N O U V E L L E RE L AT ION DE LA CHINE Contenant la defcription des particularitez les plus confiderables de ce grand Empire. Comvosée en l'année 1668. par le R. P. Gabriel de JVLagaillans, de la Gompagnie de JESUS^ Mifitonnaire tíApoíioliqtie. Et traduite du Portugais en François par le S B. f 'J A PARIS, Chez CLAUDE BARBIN au Palais fur lc fccond Pcrron de la Sainte Chappelle. DC. LXXXVIII. ÍAVEC PRIF1LECE DV ROT.
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A SON EMINENCE •liwyA monseigneur le cardinal destrèes. DUC ET PAIR DE FRANCE. aJ . V ( ^ !' \. ,.\Sl [■Y1! ONSEICNEVR Lorfque je me fhis refoltí a faire imprime? cette nou>rJelle Relation de l i ij
———— £ P J ST RE. _____ cn me fine ternps que fefiois indifpenfiablement obligé de la dedter à V O STRE E A4 /- NENCE. C'efl par fòn moyen que fay eu commumcation du JVlanujcrit Portugais, gy* c efi par fòn ordre que fay entrepris de le tra- duire. Amfi ce Livre luy apparrient par plu- fieurs tttrcs ; &c'efi plutoft un bien que je luy reflituè , quun prefent que je luy ojfre : Outre que je ne devois pas perdre cette occa- fion de luy marquer ma reconnoijfance des gra- ces continuèlles qu Elie ma faites durant mon fijour à Rome. Ces raifions, Aí O N S EI- C N E ER j pourront faire excufier la liberte' que fay prije de mettre le nom de E. E. à la te fie au premier Ouvrage que je me fiuis hafiardé de faire paroiftre en public. Je nay toutefois rien neglige de ce que je pouvois faire pour le mettre en e'tat de luy eflre offert. J'ay tâcbe de rendre mon difcours intelhgible; fay drefie & fait graver un Plan de la fa~ meuje Ville de Pe kirn j $ fay ajouté des Noites aux endroits ou fay cru quelles efi toient necejfaires. Neantmoins apres y avo ir employé tous les foins dont fejlois capable, pour n'avoir rien a me reprocher, je ne doute pas qu'on ny trouve encore bien des chofes a V * ' -
EPISTRE. reprendre : Mais fefpere que comme V. E. a eu /'Original entre les mains, Elie fera du moins perfuadee de la fdelite de ma traduc- tion, & qu' Elie verra que je me fuis fcrupu- leufement attacbé au fens &au texte dei'Au- teur. Pour les autres defauts quon pourra dé- cowvrir dans cet Ouvrage, je ne pretens pas, MONSEIGNEVR, me fervir de voftrc Nom & de voftre proteãion pour les mettre d couvert de la cenfure , puifque je feray tou- jours pre/l d les condamner quand on me les fera connoiftre ; & que je mettimeray fort heureux fi mon travail peut en quelque chofè menter l'approbation de V. E. Elie remar- quem mieux que perfonne, ce quily a de bon & de mauvais dans cette Relation; & qu en- core quon en ait imprime un grand nombre fur le mê me fujet, les particularitez, dont celle- cy efl composée font aufi nouvelles que cu- rieufes. Je ne crains pas qu'Elie l'examine avec trop de rigueur 3 par ce que je fçay que fa bonté & fon indulgence font aufii grandes que les lumieres & la penetration de fon efprit. fay eu , MONS EIGNEVR, affeZj fou- vent l'honneur de vous approcher, & d'avoir part a voílre conver/ation, pour efire perfuadé
E P1 ST RE. de cette vente, & mê me pour entreprendre de parler icy de vos Uertus 5 de voflre Science ft) de vos taléns extraordinaires , fi ce deffein pouvoit saccorder avec voflre modefiie, & n esloit trop au deffus de mes forces. Alais je ferois en cela des ejforts inutiles ; Vojtre nom porte avec luy fon Eloge. Tout le monde fçait l'efiime & la reputailon cjue vous vous eftes acquijes : Que notre incomparable Alonarque vous a plufieurs fois confie' fes affaires les plus importantes ; & que vous avezj toujours paru avec éclat fur les deux plus illufires Tbeatres de l'Vnivers , je veux dire 3 a la Cour de France & dans celle de Rome. Ainfi comme je ne pourrois rien ajouter a la haute opinion que le public a déja conçuc de V. E. je me contenteray de conferver en moy-même les jentimens de veneration que f ay toujours eus pour Elie; de luy renouveler icy les offres de mes tres-humbles fervices , & de l'affeurer que je feray toute ma vie avec un profond refpeãy M0NSE1GNEVR, »E VOSTRE EMINENCE, Le trés-humble & trés- obéiílànc Servíteur, B.
' í . i /i . '. * i -> i ' -«•* - «-/ .v> i í i . 4i»..JL Li .S '. • ' ON a fait imprimer depuis environ ccnt ans un íi grand nombre dc Relations de la Chinc, que ceux qui les ont lues, s'imagincront pcut-eftre que celle-cy ne pourra lcur ricn apprendre de nouveau. J'efpcrc toutefois, s'ils prenncnt la peinc de la lire , quils n'y trouvcront prcfquc ricn de ce qulis auront veu dans les autres , & quclle lcur paroicra auíli curieufc que nouvclle. La Chinc cft un Pais íi vaftc , íi riche , íi fercilc , & íi tem- pere ; la multitudc dc fes pcuplcs eft íi grande, lcur mduftrie daqs les Arts , & leur habilcté dans le gouvernement, fone íi extraordinaircs, qu'on peut dire que depuis qu'on a entrepris des voyages dc long cours,on na ricn decouvert qui foitcom- parable à cc grand Royaume. Ces chofes fonr con- nues de touc le monde, & ainíi on naura pas dc pcine à comprendre qu'il faudroit pluíieurs grands volumes compofez par dc fort habiles gens ,pour épuifer une íi ample matiérc. Onpeut ajouterà cela, que parmy le grand nom- bre dc Relations qu'on a fait imprimer fur ce fu- jcc, il y en a peu qui meritent 1'eílime du Public, PR
P R E F A C E. ou qui ayent cfté compoíees à deífein de nous inftruire dcs particular) tez les plus coníidcrablcs de ce grand Empire. Celie de Fernand Mendez Pinto, par cout ou elle ne parle pas des affaires des Portugais, neft prefqué rcmplic que de frables & de chimeres, quil a inventées avec une fccon- dité furprenantc d'imagination, & qu'il aílaifonne tjc tant de circonftances & de diícours étúdiez pour preparcr & perfuader Teíprit des Lebtcurs, quil y a encore pluíicurs períonncs qui les pren- ncnt pour des veritcz. Mais cette erreur neft plus excufable , depuis que la plupart des Nations de 1'Europe nous ont donné des defcriptions exa- les & íinceres de la Chine, & de beaucoup d'au- tres Pais dont parle cct Autlieur. II dit par exem- ple , que la Ville de Nan Kim , qu'on fçait eftre íituée dans une plaine forte unie,cft bâtie jfur une montagne jque le fleuve Kiam qui y paílc & qu'il nommeBatampina,vient de PeKim& de la grande Tartarie ; que la Chine contient trente-deux Royau- mesfque la Ville de Pe kim a trente grandes lieues de tour , & qu'elle a une autre muraille exterieure de cinquante lieues de circuit , quoyquelle n'e» ait pas plus de quatre , ou de cinq en y comprc- nant la nouvelle Ville :qu'elle a trois cens foixante portes, cent vingt canaux de trois brades de pro- íondeur & de douze de largeur, & dix-huit cens ponts de pierre de taille, & toutefois il n'y a que i
P R E F A C E. ncuf portes &• une feule riviere aífez pctirc r que dans une feule pnfon de dcux licues cn quarré, ij. y a trois cens mille pnfonnicrs deftinez à reparer la grande muraillciquon y voit dautres bâtimens auíli merveilleux ou auíli extravagans, & un cn- trautres dune lieue de circuit,bâty aumilieu de fa pretendue riviere de Batampina , &c. Que le Roy deTartarie cftoit venu aílicger Pe kim avcc douze cens mille fantaflins, fix cens mille chevaux , dix- fept mille vaiífeaux , &: quatre-vingt mille Rhino- xcrots qui trainoient le oagage de 1'armée : que ce Roy perdit en fix mois & demy fept cens cinquan- te mille hommes. Je pourrois faire remarquei beau- coup dautres chofes, & cntrautres ce qu'il dit de ccs deux pretendus Empereurs également puiíTans, le Siammon & le Calaminhan , dont le dernier a dans fon Empire vingt-fept Royaumes , íept cens Provinces, cinquante-cinq mille élephans, & dix- fept cens cinquante mille foldats entretenus, & dont toutefois perfonne que cet Autheur n'a ja- mais entendu parlcr. Mais je noferois m'arrêter plus longtemps à ces fables, & je crois quon aura honte de les croirc, puifquon ne reconnoít pas la moindre ombrc de verite dans tout ce qu'il dit de rifle de Calempluy ,& dans ce quil rapporte de la Langue, des noms, des meurs, & du gouvernement des Cbinois. LaRelation du Pere Jean Gonzalez de Mendoza 5 i;
P R E F A C E. cflveritable & fínccrcen ce quil racontedu voya- gc a Ia Chine dcs Peres Martin de Herrada & Je- rome Marin:mais ces Peres & l'Autheur fe font laiílez íurprendre au rccit que les Chinois leur ont grandcurs de cec Empirc , comme on le pourra voir par cc qui fuit. II donnc dix-huic cens £c> ongucur à Ia Chine , quoyque tout Ic mondeGjachc quelle n'a quevinge-deux ou vinert- trois degrez , c eíl à dire environ quatre cens cin- quante lieues de longueur. II altere de telle forte Ics noms des quinze Provinces de ce Royaume, qu il çft prefque impoíTiblc d'cn reconnoítre au' cune. II ne faitpas IaVille de Pe kimmoins grande que Fernand Mendez Pinto , puifquil aífeure en ,deux endroits, qu'un hornme monte fur un bon ene vai, & marchant depuis le matin jufqu'au foir, a peinc à .traverfer cettc Villc,fans y comprendre les Fauxbourgs qui noccupent pas moins de cer- ram, & mêrne il ajoúte que les Chinois la fone encore plus grande. Il dit enfih que dans la feule Province de Pa guia, qui doic eftre celle de Pe kim jl j a deux millioris cinq cents cinquante mille ioldats, parmy lefquels il y a quatre cens mille Ca- vahers , & dans tout 1c Royaume cinq millions uit cens quarante-íix mille cinq cens fantaííinsj & neuf cens quatantchuit mille trois cens cin- quante Cavaliere. Pedro Cubexo Sebaílian dans fón voyage du 4
PREFACE. monde, imprime à Naples en 1682. dit à peu prés les mêmes chofes : mais il nen fauc pas eítre fur- pns, parceque outre quil erre íouvent en parlant des Pais de 1'Europe les plus connus, on voic évi- demmenr quil a copie ce qu'il dit de la Chine, des deux Autheurs dont je viens de parler. Je pourrois citer plufieurs autres Rclations de la Chine, dont les Autheurs paroiflent avoir efté mal informez en plufieurs chofes : mais outre que cc detail feroit ennuyeux & inutile , nous en avons beaucoup d'autrcs qui nous confolent des imper- fe&ions de cellcsdà. Les Relations qui me paroif- fent les plus dignes dcftre eftimées font celle du Pere Trigaut, les Lettres annuelles de la Chine, celles du Pere Semedo & du Pere Martini, & les modernes du Pere Adam Schall,du Pere Grefion du Pere Rougemont, du R. P. Couplet, du R P, d'Orleans & autres. La Relation du Pere Trigaut eft Ia premiere qui nous a donné des informations exaâ:es de la Cni- ne: mais commc fon principal deflein eftoit de ra- conter la naiífance des Miffions de la Compagnie de Jesus en ce vafte Pais , & leur établiflement par le P. Mathieu Ricci , il na parle que par oc- cafion des particularitez de la Chine. Le P. Semedo s'y eft appliqué uniquement dans Ia premiere par- tie de fa Relation , & il y a tres-bien réiiíTi. LdPerc Çouplet dans fa Chronologic, & le Pere Martini )
P R E F A C E. dans fa premierc Dccade dc 1'Hiftoirc de IaChinc & dans ía Rclation de la Guerrc des Tartarcs, ont donnéau public une fuite prefque achevée detHi- itoire de ct grand Royaume. Le même P. Martini dans fon Atlas en a fait une dcfcríption Geoara- phique, qui nc nous laiíTe prefque rien à fouhaitcr íur ce íujet. Et enfín les Lectrcs annuellcs &Icsau- tres Ouvrages que jay citez, en rappoitant les di- vers fuccez des Miílions qu'ils entreprcnnenc de racontcr, nous inftruifcnt dun tres-grand nombre de circonftances curieufes. Mais quoyque tous ccs Autheurs foicnc dignes deftime, ainfi que jc lay déja dit, il cft certain qu íl nous manquoic encore un grand nombre de particularitez tres-confiderables ,Yoit quelamatiére fuíl trop abondantc pour cftre épuiféc, ou que les dcíleins qu lis s'eftoient propofez les en eufllnt de- rournez. Il femble que le Pere Magaillans ait eu en veue de fuppléer, à ce quon pouvoit defirer dans ces Ouvrages pour une parfaite connoiílance de la Chinc. Ceux qui liront cette Rclation, vcrront ai. fement que les matiércs qu'ila traitécs,ou ontefté entieremcnt omifes par les autres Autheurs , OLl n ont eité touchées qucn paílanc j & comme elles íont prefque toutes fortcurieufes, fefperc quon me fçauraquelquc degrcdavoirentrepris delarraduire. En cffct, il jne femble qu'elle a tous les avanta- gcs qui la pouvoienc rendre recommandable. U
P R E F A C E. matiere en eft importante & digne de la cuiioíite de tous ceuxqui defirent de connoitre les Pais eloi- gnez, puifquon y décrit avec beaucoup de dctail & d-cxaditude , cc qu'il y a de plus confiderablc dans le fameuxEmpire de laChine. On y verra de- cide avec des prcuvcs evidentes,que les Pais de Ca- tay òí de Mangi fone tous deux compns dans ce gr and Royaume. On y parle amplement de la Langue Chinoife, de fes lcttrcs, & de leur compofmon, de fes mors , de Ta beauté, & de la facilite quil y a a 1'apprendre 5 ce qui en donnc une idec bicn diftc- rente de cclle qu'on avoit eué jufquesicy: des Livres des Chinois , de leur antiquité , & de leur grand nombre fur toutes fortes de fujets: de 1 ancienncte de ce Royaume & de fes Roys ; de la certitude & de la bclle fuite de la Chronologic Chinoife dcpuis les íiécles voifins du deluge. On y fáit connoitre 1'induftrie des Chinois en beaucoup de choles, leur merveilleux gouvernement , & tous leurs difterens Tribunaux, avec une infinite de ciiconftanccs. On y fait un dénombrement exadt de tous leurs ouvra- ges publics, & une particuliere deferiptionde quel- ques'Ponts magnifiques,du grand Canal, de la ville de Pekim, de leurs plus belles Maiions , de leurs principaux Temples, & du vafte Palais de lEmpc- rcur,qui en comprend pluíieursautres,& quidon- nera lieu d'admirer leur archite&ure , & la forme & la difpoíition de leurs édifices. Eníin on y traitc
P R E F A C E. d une cire particuliere, & qui ne fe trouve point aillcurs; des ncheíles dc la Cbine 3 des revenus dc 1'Empercur, de quelques ceremonies remarquables, & detanc d'autres matiéres qu'il feroit ennuycux de les rapporter icy. L'Autheur eftoit bicn inftruit de routes les cho- fes qu íl raconte. II avoic parcouru prefque toutes les parties de la Chine , depuis l'an 1640. jufqu'en 1648. qu il fut amene a Pc Kim, & il demeura envi- ron 2.9 ans a la Cour ; ceft à dire jufqu'à fa mort airivcc en 1677- fans en fortir jamais que pour un voyage qu5il fie à Macao par ordre de l'Empereur. Un íi long féjour, la connoiírancc de la Langue & des Livres,la frequentation des perfonnes les plus confíderables de l'Etat, la liberte qu'il avoit d'en- trer dans Ie Palais, le choix qu'il a faie des matiéres, & les particularitez qu'il en rapporte, perfuaderont aifement qu il eftoit parfaitement informe des cho- fes dont il parle. Ainíi quoyquc ia defeription qu'ii faie du Palais de 1'Empereur, ne s'accordc pas avec le deftein qu on voit dans Ie voyage des Ambaííà- deurs Hollandois a IaChinc,on n'aura aucune pei- ne à preferer fon témoignage à celuy dc 1'Autheur de cetrc Relation. La íjncerité & la bonne foy du Pere Magaillans paroiftent auftl en cc quil ne fait pas difficulté de corriger Ie Pere Martini dans les endroits ou il con- floít qu il s cft trompé : Quoyquc d'aillcurs il con- firme
P R E F A C E. firme par fon approbation 1'eftimc que toute l'Eu- rope a conccué des Ouviagcs de ce Perc , & cn cequil parleavec moderation debeaucoupdc cho- fes qui onc eílé extraordinairement cxagerces dans plufieurs autres Rclations. Aprés avoir explique de cette forte-le fujet & Io mente de cette Rclation, je crois quil ne fera pas inutile dapprendre à ceux qui la lironr, de qucllc manicrc cllc m'cft tombée entre les mains. Il y a prés de trois ans que le R. P. Couplct eftant arri- vé à Rome en qualité de Procureur des Mifíions de la Chinc , alia rendre vifitc à Monfeigneur lc Cardinal d'Eftrées cn diverfes occafions , ou j'eus 1'honneur de me trouver. Son Emincncc luy fit bcaucoup de qucftipns curieufes fur la Chine,mais principalement fur la villc de Pekim , fur la Cour de l'Empereur, & fur le gouvernement & la pòlice de cc grand Royaume. Ce Perc fatisfit entierement fon Eminence fur les chofes dont il avoit connoiíTan- ce:mais comme il navoit cfté quune fois àPeKÍm lors quil y fut mené prifonnier dans le temps de la dernicrc pcrfecution, il luy répondit avec fa íin- cerité ordinaire, quil neftoit pas aflez inftruit fur les autres articles dont Elie luy avoit parle , mais quil avoit apporté de la Cbinc un manuferit Por- tugais compofé par le P. Gabriel de Magaillans, ou Elie trouveroit tous les éclairciílcmcns qu'Elle pouvoit defirer.il lc prefenta cn mcmctcrrps à fon
tf PREFACE. Eminencc , qui le parcourut avcc plaifir , & me Ic rcmit enfuitc entre les mains fur 1'oífre que je luy fis de lc traduirc. Je trouvay toutefois 1'Ouvrage plus difficile que je neme 1 eftois imagine.Le P. Magaiilans 1'avoit mis au nctrmais par un accidenc fâcheux, íl eíloic ar- rivé qu'il s'en eíloit brulc environ la moitié , & ainíl íl me fallut avoir recours au broiiillon , qui heureufement avoic efté confervé : mais commc íl eftoic compofé en partie, de morceaux de papier dcrachcz , j'eus befoin de beaucoup de paticnce pour les mettre en ordre , & cn rctrouver la fuite. L'Autheur avoic intitule fon Ouvrage, les douze Excellences de la Chine , & 1'avoit par confcqucnt diviféen douze parties:Mais ce titrc me paruc trop affeóté & peu convenable au fujet. Car íl nc s'é- toit pas borné à douze Excellences ou particulari- tez de la Chine, puiíqu'il cn explique un beaucoup plus grand nombre, commc on le pourra connoi- tre cn lifant ce Livre :& la diviíion qu'il avoit fal- te, n'eftoit pas proportionnéc à la matiere,y ayant des Excellences qui noccupoient quune page ou deux , & d'autrcs qui en rempliíToient rrenre & quarar , Ainfi je jugeay à propos de divifer cctte Rdatic.* en vingt-un Chapitres,& de leur donncr des titres conformes aux matiércsqui yétoient con- tenues.Danstout le refte jeneme fui;, jamais écarté dc 1'ordre & du fens de mon Autheur , & je n'y
P R E F A C E. ay pas changé la moindre chofc :quoyque pour mc conformer au ftilc & au geme de nôtre Langue, jc nc me fois pas attaclié fcrupuleufcmcnt à í'es ex- prefíions. Ce que je vicns de dire , fera connoícrc que cette Relanon na jamais paru en aucune au- tre Langue , & na jamais efté imprimée, & que par confequent elle eft coute nouvclle. Je remarquay encore cn la lifant , quil y avoit pluíicurs choícs qui ne me fembloient pas aflez bien expliquées pour ceux qui n'ont pas une par- faite connoiíTance de la Chine, & que la defcrip- tion quon y voic de Pekim & du Palais de l'Em- pereur, quelque bcllc quelle foit, pourroit paroicre obfcurc à beaucoup de gens. J ay tâché de reme- dier au premier de ces deux inconveniens par des nottes cn Italiquc, que j'ay placées à la findesCha- pitres, afin de nc pas embaraítcr lcs margcs, de ne poinr incerromprc Ta le&ure , de conferver à 1 ori- ginal coute fa pureté & fon authorité , & de la.íTer au Le&eur la liberte de lcs lire ou de ne les pas li- re. Pour le fecond , j'ay dreíTé un plan de Pekim & du Palais , cn ramaíTant avec un grand foin ce que 1'Authcur en avoit dit cn divers cndroits de fa Relation: lc ficur Peyronet Ingenieur l'a mis au nct à ma prierc & j'y ay ajouté dcs cxplications de chaque chofe, avcc des lettres qui fe rapportcnt à d'autres pareillcs qui font dans le plan. Pour fatisfaire cnticremenc la curiofité du Le-
P R E F A C E. &cur Sc donner plus dautorité à cc Livre , j'y ay ajouté la Vie du Pere Magaillans qui en cft l'Au- theur, & je my fuis dautant plus faciíemenc rc- folu,qu'elle ma femblée fort abregée & forc mo- defte. Elie a eílé compofé par 1c Pere Loiiis Bucdio Sicilien, & Compagnon infeparablc du Pere Ma- gaillans depuis 1'annéc nJ4o. jufquen i
V RE 'F A C E. tant parcc que toutcs les autres Rclations s en font fervics , qua caufc que cc nom eft fuffifamment connu en France depuis la vcnue dcs Mandarins de Siam. Ce mor vient de Mtndar, commander, & comprend couces forces d Oíficiers Sc de Magiftracs. Cecce remarque nfoblige à en ajoucer encore une fur la prononciarion dcs moes Sc des leccres Chinoifes , afin quon fçache de quelle maniere il fauc lesprononcer pour.imicer lesChinois. Les moes fone cous monofyllabes ou d'une fllabc,fans aucu- ne excepcion , Sc ainfi ils doivenc eftre prononccz touc duncoup &fans aucunc diftinòtion de fillabes; de quelque nombre de confonnes Sc de voyellcs qu'ils foienc compofez. Par exemple, Kiam qui eft le nom du plus grand fleuve de laChine,doic eftre prononcé couc à la fois, &nonpascomme s'ileftoit forme de deux fillabes , Ki'am. De même les moes Liiien,Hiiien,ne fone pas deux fillabes Li ven, ny crois Liiicn ,mais une ícule quon faie encendre en les confondanc en une fillabe Liiien, enforce coucc- fois quon exprime les fons de couces les leccres. Ce n'eft pas que les Chinois nayenc des noms, &c. tompofez de plufieurs fillabes ; mais ces fillabes • fone coujours feparécs, Sc formenc des moes diffe- renes, comme Xai yiien, nom de la Villc Capicalc de la Province de Xan fi, Cham hien chum, nom d'un ciran donc il eft parle dans cerce Relacion. Ainfi nous écrivons en Francc Sainc Maio , Havrç i
• P R. E F A C È. de Grace, par dcs mots feparez, & non pas en un mot comme Villcneuve, Montroval II y a neant- moins cecte difference,que Saint Maio cíl forme dc dcux mots & de trois íiilabes,& Havre dc Grace dc trois mots & de cinq íillabcs: au lieu que les noras Chinois nent jamais plus de íillabcs que de mots. Ainfi Tai yiien cft compofé de dcux'mots & de deux íiilabes, & Cham hien chum dc trois mots& dc trois Íillabcs feulement. A ! egard dcs lettres , quoyquil y cn air autant de differentes quil y a de mots Chinois , on peut toutefois les exprimer par lc moyen dc nos lettres d'Europe, en y ajoutanc les accens neceífaires pour les diftinguer cn parlant , ainíi quil eít explique dans cettc Rclation. Cela fuppofé , voicv de quel- le manierc les Chinois prononcenr. A. Ils ont un fon dans leur prononciation qui répondà nôtrc A, comme dans le mot Nan Kim. B. Ih n'ont aucun fon qui fe rapporre à nôtre B, mais à ía place ils employent le P. ainíi au lieu de Cambalu , ils difent Han pa lu. C. Dcvant a, o, u, il faut lc prononcer comme nous, ca, co, cu, mais dcvant e, & i,il faut dire tze, tzi, & non pas ce, ci. Ch. Devanr H, il faut le prononcer comme s'il y avoit Tcha, tche, rchi,tcho, tchu. D. On ne prononce point de D, dans la Langue Chmoife, mais feulement le T qui en approche.
P R E F A C E. E & F, dc même quen France. G. Quand li eft devant a , o , u, on doit pro- noncer nga,ngo, ngu, comme sil y avoit une N devant:maisdevant c & i, ainfi que nous, ge, gi. H Doit eftre prononcéc avec une torce afpira- tion du gofier, & micux marquee que cellc dc II confonne des Efpagnols, donc ellc approchc. I. K & L, comme nous. M Fmale ou à la fin du mot,doic eftre pronon- cée ouverte ou douccmenc, & ians appuyer defius enfermam les lévres. Aillcurs on la prononce com- me nous. , N Finale au contraire doit eftre prononcéc rer- mée , & qn la faifant fonner comme dans le mot Latin lumen\ ailleurs comme la notre. P. Comme en France. QJDe même : mais quand il eft fuivy d un u, íl fe prononce comme dans la Langue Latine , par exemple, on prononce comme s'il y avoit en François Coiian. R Les Chinois ne la prononcent point. S. Comme nous. T. Comme nous le proponçons en totalité ou Titus. V Confonne, comme nous. U voyellc, comme l'uLatin,ou comme s'il y avoit ou, excepté en ces mots, Chu, hiu, Kiu, yu, liu, niu, fiu , &c; X.Se prononce à la Portugaife , ccft à dire dc
P R E F A C E. mcmeque ch , en François , par exemple,Xan fí> Xen íi,comme s'il y avoitChan íi, Chen íi. J'ay tiré ces obíervations fur la prononciation, du Pere Couplet, du Chinois cju*il avoit amené dc laChine,de mon Autheur,& duPereGreílon dans la Prcface de Pa Relation. cl A O ,lí W ■ 2r io In' fn n "w < J '1 - 1 > t > 'Tl jL 'J.0. L "Ofíi JL 5; < ()') T.
TAB L E ! .q ? DE S '• ^0 t 7. 41 / ' J • Vi . .. Í i,XX • CHAPITRES. DE 5 noms que les Chinois & les Etran- i ChAP. I. ■ " ""— T" — — — ^ _ J1gcrs donnent à la Cbine, & des Pais de Catay & de Mangi. page I Ch. II. De 1'êtendué & de la divifion de la Chine, du nombre des Vtlles & autres heux de quelques autres particularite^remarquees par les y4uteurs Chinois. -j . P' ^ Ch. III. De l'antiquité du Royaume de la Chine , & de l'eflime quenfont les Chinois. p- 73 Ch. IV. Des Lettres & de ^ Langue de la Chine. p. 84 Ch. V. De 1'ejprit des Chinois & de leurs principaux Livres. P* 108 Ch. VI. L)e la civilité & de la politejje des Chinois, & de quelques-unes de leun Fêtes. p- **4 Ch. VII. Des Ouvrages publics & des Edifices des Chi- nois , & en particulier du grand Canal. ^ p. i35> 6
T A B L E Ch. VIII. De la grande indujlrie de cette Natlon, p. 148 Ch. IX. De la Navigation des Cbinois. p. ij8 Ch. X. De la grande abondance de toutes cbojes qui fe trouxe dans la Chine. p. Ch. XI, De la Nobleíje de cèt Empire. p. 181 Ch. XII. Du merveilleux gouvernement de cet Empire, de la dijlmílion des Mandarins & du Conjeil d'E- tat. p. 185 Ch. XIII. Des on%e Tribunaux fupremes , ou des ftx zrands Tribunaux des Mandarins de Lettres, & des cinq des Mandarins d'Armes. p. 1^4 Ch.XIV. De di-vers autres Tribunaux dc Pe Kim. p.2.17 Ch. XV. Des divers Tribunaux & Mandarins des Provinces. p. 144 Ch. XVI. De la grandeur de 1'Empereur de la Cbine & de jes revenus. p. 137 Cm. xvii. pefcription de laVille de PeKim, desmu- railles qui enferment le Palais de 1'Empereur, & de la forme des principales maifons de la Cbine. page zy's Ch. XVIII. Des vingt Appartemens du Palais de lEm- pereur. p. Ch. XIX. Dcjcription de vingt Palais particuliers con- tenus dans lenceinte interieure du Palais de l'Em- pereur. p. ^ Ch. XX. De plufieurs autres Palais & de quelques Temples (ítue% entre les mefmes enceintes. p. 355 Ch. XXI'. DesJeptTemples de 1'Empereur Jitue^dans
DES CHAPITRES. Pe Kim, & de la maniere dont çe Prince fortdans lesfonãions publiques. p- 35? • • yibrege de la "Jic de la vnort du R- P. Gabriel de Magaillans , de la Compagme de Jesus , Mi(fion- naire de la Chine ; fait par le R. P. Buglio, fon Gom- paqnon injeparable durant trente-Jtx ans 3 & en%oye de Pe Kim Tan 1677. P* 37* « I * . * " % Fin dc la Tablc des Chapitres. ' V' VI > £ - ni: rr <4 .í i!y -íUi Is J <> :'i. ' y r. maT tt v (é - » -r '."M "r .ojiH '■ 1 ti v-< 1 ti". í I! ) 11 Ò..I ' ' - • • 1' ' í • j, 1 3 -'1 r' v '* ; ■ -fc 1 - ÍH ,u\i- • 1 :'v 01 .'!v ">■ - .-rtirt: ;,T . ff Mentia x m tib ntríp noHiiSlib r. ri • , 1 +0* .. uíisU» ', st*!' '1 1 " , ri' 1 - {' r .. : > ' - i .1 lOdii* • írt nk kíiL}9Dp«ít> ob s-m t * «* -fio btlt*. • - t " , - * 1 :t . .1 » - . - v • v.- x • 1 f Ir.fliiT »1 itp* f1
íT ' ' i --V. — .3 ixri - - Fautes à corriger. QUcíquc foin quon ait oris pour imprimcr ce Livre avcc toute lexv&tude poflible j il s'y cft toutefois gliflc plufieurs fautes dont voicy la lifte , & que le Ledeur cft ptié de corriger, fur tout cel- Ics dela page 17. ou Ion a mis enfans aulieu d'Elephans; & des paecs & u6. ° 112. 156 Pages. Lignes 5 7 tt 17 28 5* 97 112 116 "/ '57 I46 I56 177 2°4 124 1J4 *55 248 298 ' 344 11 14 *5 1 *S 4 9 8 6 17 9 *9 22 ■1 28 19 12 19 20 22 28 *7 10 12 *7 Fautes. prononçans. n'ayans cinq fept Andrinoplis enfans Gumté Cai yêun Vanhonc Jean Roo Cil niu cil Tum xim Xco ci deles Reines Fêtes Cu Iu eu Fils de Kien ven ti, Corredions. prononçant. n'ayant. cinquiéme. íèptieme. Andrinopolis. Elephans. çum té. Cai yúcn. Vagnone. Jacques Roo. vlh niu. vlh. Tum Kim. Xo ci. des Reines. Fête. Cu lu çu. Oncle de Kicn ven ti, & fC- .... « u.,™i n , ^ncie de Kicn ven ti aupatavant appellé cond fils de Hum vu Hum vu. Tai min ga rcílbmblc qui a dircdion aouzaine reforme du íêcond Trinai Toutesles citez de i'HmpircduNord au Sud onc Laíêptiémc Tai mim. rcííèmblent. qui a la diredion. dizainc. renfermé. de la fecondc. Tribunal. ■WCité dífEmpirc a auSudauNord. le feptieme.
NOUVELLE RELATION DE LA C H I N E CONTENANT LA DESCRIPTION des particularitez les plus conliderables de ce grand Empire. chapitre premier. Des noms que les Chinois & les Etrangers donnent a la Chinc ; & des Pajs de Catay & de Mangi, &c. 'E S T une coucume ordinaire dans cét Empire, que quand une nouvelle Famille s'empare de céc Etat , elle !uy donne un nouveau nom. Sous la Famille precedente il s'appelloit Tat mm quet c'eíl à dire Royaume d'une grande clarté* A
i NOVVELLE RELATION Mais les Tartares qui gouverncnt à prefent, Pont appellé Tai çim que 3 ou Royaume de grande pu- reté ; & ceft celuy donr fe fervent ordinaircment les Chinois. Toutefois comme il y a eu ancicnne- ment des Regnes célebresou par leur durée de pluíieurs íiéclcs, ou par les vertus des Rois, ou par lc grand nombre deSçavans, ou par dautres avan- tages, on a confervé & Ion fe fert encore dans les Livres des noms qui eftoient alors en ufage, comme Pont ceux de Hf ia que3 Xayh ques Cbeu que 3 bián que3 &c. Ce qui faie voir quencore que ces noms íigni- fient la Chine, ils ont plútoft efté inftituez pour diftinguer les Regnes des divertes Familles Roy ales. que pour íignifier le Royaume. Dans les Livres & dans les Requeftes qu on pre- fente au Roy, on fe fert communémcnt du mor Xam que3 ceft-à-dire haut &Touverain Royaume. Les Lettrez dans leurs écrits & dans les Livres fe fervent du mot Cbum boa3 qui íignifie fleur du milieu : Toutefois le nom le plus ancien & com- mun à tous les Chinois eh Cbum que3 ou Royaume du milieu. Us luy donnent ce titre, ou parcequils croyent que la Chine eft au milieu du nionde, ou parceque le premier Roy de la Chine établit fa. Cour dans la Province de Honân, qui eftoit alors commc le centre du Royaume, ou enfin parcequil eft beaucoup plus confiderable que les Royaumes barbares & pauvres qui lenvironnent. Ce moc"
DE LA CHINE. 3 hypcrbolique Tien hiá, ou Royaume qui contienc tout ce qui eft fous le Ciei, eft auíli fort ordi- naire. Ainíi quand 011 dit Tien hia tai pim, tout ce qui eft fous lcCiel cft en paix,ceft la mcfme cho- fe que fi Ion difoit la Chine eft en paix. LaChinc a pluíieurs autres noms,^que je paíTc íous lilencc parcequils font moins untez. Les étrano-crs lappellent Piara k/W, Catai,Ca- taio, Manzi» Nica Corum, Chin, China, & Kina. Les Tartares íituez à 1'Occidcnt appellent les Chi- nois Hara Kitai, ou noirs Barbares, òí tis donnent le meme nom à la Chine. Les Européens au lieu de Hara, difent Cara ; parceque comme les Tar- tares prononcent ha avec une forte afpiration, les étrangers s'imaginent quils prononcent Cara, & non pas Hara. C'cft par la mêmc raifon que Mare Polo & d'autres Autcurs appellent Can cét Empe- reur qui depuis nóo. jufquen 1175. conquit la Tartarie Occidentale & toute la Chine, au lieu de 1'appeller Han, ceft-à-dire Roy, dans la Langue des Tartares de 1'Oueft. Le même nom eft a pre- fent en ufage parmy les Tartares Orientaux mai- tres de la Chine, & qui eftoient auparavant íi barbares quils navoient aucun Roy,ny aucun nom pour le fignifier, comme nous le dirons en fon lieu. . Les Mofcovites, ainfi que je l'ay appris d eux en cette Cour,imitans les Tartares Lappellent aulU
4 NOVVELLE RELJTION X Kitai. Lc Royaume de Chahamalaha, dont les ha- bitans fone Mahometans, & qui confine avcc la Province de Xcnfi ; le Royaume de Tumet ou 77- bet, qui environne une bonne partie des Provinces C de Xenfi & de Xanfi ; & ccluy dXfanguê, limitro- phe de la Province de Su chuen, ayans corrompu ie mot de Kitai > 1'appellent Catai : & les Mar- chands qui viennent de 1'Indoftan & des autres Royaumes des Indes, Cataio. Par ou Ion voic ciai— rcmenc que le Royaume de Cataio, dont parle le D Perc Antoine de Andrada dans fa Relation du 77- bet, ou íl a efté, neíl autre chofe que laChine; & que le grand Catai n'eft autre chofe que Ia grande Chine, a Jaquelle feule on peut attribuer tout ce qu on dit du Catai: D'autant plus que de tous les autres Royaumes fituez depuis les Indes jufquaux extrémitez Orientales de l'Afie,ceux qui font ma- ritimes font connus, & tous les autres font petits, barbares, pauvres & incultes. LesTartares Orientaux appelloient auífi la Chi- fie par mepris Nica Corum, ou Royaume de Bar- bares ; quoyqu a prefent qu'ils y font établis & quils en font les maítres, ils la nomment Tulimpa Corum, ou Royaume du milicu. Les Royaumes des Indes comme Canara, Bengala, & autres, 1'appellcnt Chi», ainfi que je lappris dans la Province de Suchuen dc deux Jogues, dont 1 un avoit efté à Goa,, & fçavoit quelques mots Portugais ; & à Pckim de quelques
DE LA s Marchahds de ces pays-là. Ce nom de Chin femblc avoir eíté donné à la Chine par ccs Indiens, a caufe dc la Famillc Chin, qui dominoit cent foi- xante-ncuf ans aprés Jesus - Christ , quoyque je trouve plus d,-apparence à croire quil vient de la Famille Cín, qui rcgnoic deux cens quarante-fix ans avant Jesus-Christ, & dont le chef fut le pre- mier de tous maítre de coute la Chine, encr autres de la Province d 'Mn nan, qui neft pas forc éloi- gnée de Bengala j parceque les Chinois^ pronon- ^ans aveç force & en ílflant la fyllabe Ciny les In- diens qui ne pouvoient les imiter, onc dit Chin. Les Porrugais qui onc pris ce nom des Indiens, riayans aucun mot dans leur Langue termine par n, onc ajoúté un a à la fin. Les Italiens ecrivent China comme les Portugais, mais ils prononccnc Kina; & ainfi ils devroienc écrire Cina, pour ren- dre le même fon, comme les Allemans qui ecrivent Tjchina. On voit évidemmcnc par ce que nous avons dit, que Cataio, tiara Kitai 6c la Chine, ne font que la meme chofe, 6c non pas divers Royaumes, comme le prétend Cluvier, qui dans le cinquieme Livre dc fes Introdu&ions àlaGeographie,chapitr$ cinq,forge divers Royaumes,comme CataiayTangut, Tainfu, & autres ; ce quil femble avoir pris dc Mare Polo; quoyque ce ne foient pas des Royau- mes, mais des noms de Villes de la Chine corrom-
6 NO WELLE RE L AT ION pus. On lc voit manifeftcment par Je mor Tainfu, qui neft autre chofe que Tai.yâen fuy Capitale de Ia Piovincc de Xan fiy ou les Tareares avoient éca- bly Icur Cour avant que d'avoir conquis la Pro- vince de PeKim. La defcriprion que Cluvier fait du Royaume de Tainfu, convient parfaicemenc à cette Ville & au Pays qui en dépend j car on y irouve les meilleurs raiíins de la Chine, Sc beau- coup de fer pres de la Ville de Lu gan3 qui fournic Pekim & les autres Provinces, principalemenc cel- les du Nord, de clous Sc de toutes forces dourils & dmítrumens de fer. Mare Polo parle d'un« même Province, quil nomme Pianfu, quoyque les Chinois 1'appellent Pim jam fu. Cluvier a auíli pris de Mare Polo le mor cor- rompu de Camba!u} Capitale du Catai: car IcsTar- tares de rOiicft ny ceux de 1'Eft nont point de b, commc on le vgrra dans 1'Alphabeth Tartare que nous donnerons en fon licu. Ainíi Mare Po- lo, au licu de Camy devoit écrire Han, c'eítà di- rc Roy y Sc au licu de Balu , Palu qui íignifie Cour ; Sc par confequenc au licu de Cambalu, Hanpalu qui en Langue Tarrarc veuc dire Cour dti Roy. Au refte il y avoic deux Han balu ou Cours ; fçavoir Pancicnnc , à prefent beaucoup moindre, éloignée de prés de trois lieues de Pekim vers 1 Oricnt, Sc qui s'appellc Tumcbeu; Sc la nou- Vclle qui L&PeKim, que Mare Polo Livre deuxiéme
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8 NOVVELLE RELAT10X injure. Mais afin quon ne puiíTe plus dourei que les noms cie Catai & de Aíangi, ne fi«nu nent tous deux la Chine,je veux icy craduire une partic du foixantc-quatriéme chapitre du fecond Livie de Mare Polo, par ou Ion verra claircment que ce que jc dis cft une verité conftantc. Aprés avoii parle dans le Chapitre précédenc de cettç grande rivicre que les Chinois, à caufe de la- bondance de fes eaux , appellent Yám cu Kiam ou Fleuve fils de la Mer , il continue de cette lorte. „ Caingui cft une petite Villc fur le bord de „ cetteriviere, du côté^u Midy, oú Ion recueil- i, *e tous les ans une grande quantité de ris, dont », on améne la plus grande partie à Cambalu, P°ur cn fournir la Cour du Grand Cam. On „ rranfporte ccs proviíions a la Province du Ca- » par des rivieres, par des lacs & par un lar- „ ge & profond canal que le grand Cam a faie „ creufer, ahn que les Vaifleaux puifent traverfer d'une riviere à 1'autre, & aller de la Provin- „ ce de Afangi à Can^alu, fans paífer par la mer. „ Cet ouvrage eft admirable par fa íituation & „ par ía longueur , & plus encore par le profif „ que ces Viíles en retirent. Le Grand Cam ãt „ auííi élevcr le long des rivieres & du canal, do „ grandes & larges digues , fur lefquelles on puft ijiarcher cormnodcment. Ce font là les paroles do Maxç
2? LA CU INE. 9 Mare Mo. Nous parlerons de ce grand ouvrage dans le Chapitre fcptiéme. Caingiã, dont parle cet Auteur, ncíl à parler proprement, ny une Ville ny une Cire. Les Chi- no is 1'appeilent Chim Kiam Kch , c eft a dire bou- che du fils de la mer, à caufe quun bras du Fleu- ye Kiam s'cn feparc en cet endroit, & qu apres avoir couru une partie de la Province de Nan Kim, il traverfe toutc la Province de Che Kiam, jufqu'à la Capitale appellée Ham cbeu. Des deux côtez de cctte bouche il y a un lieu de ccux que les Chinois appcllcnt Mà teu3 c'eft a dire lieu fre- quente pour lc commerce parceque les Barques sy aflemblent & y jettent 1'anere pour y paífer la nuit. Or ce lieu dont parle Mare Polo, pouvoit bien eftre appellé Ville, à caufe du nombre ex- traordinaire de Bârimens qui s y aflemblent, quoy- qu'il n'y ait point de muraillcs, ny aflez de mai- íons pour former une Ville. Quoyque tout cela foit parfaitenicnt connu de * tous les Religieux employez dans les Miflions de ce Royaume, toutefois j'ay dcíTein , pour mettre cette matierc dans une entiere évidcnce, d'expli- quer quelques autres endroits du meme Auteur, Ôc de commencer parles noms de tant deVilles dont il fait mention dans fon Hiftoire. Dans le vingt-feptiémc Chapitre du fecond Livre, il parle de la Ville de Tainfr, que les Chinois appellenc
10 NOVVELLE RELJTION Tai yuen fu3 ôc qui, comme nous avons dit, eft Capitale de la Province de Xanfi. Dans le Cha- pitre vingt-huitiéme il parle d'une autre Ville de Ia même Province , appellée par les Chinois Pím yâmfii, ôc qui eft laVille du fecond ordre, laplus riche & Ia plus puiíTante de tout 1'Empíre, aprés celle de Sucheu, de la Province de Nankim. Dans le Chapitre cinquanre-íixiéme il parle de la Ville de CoigArCÇu, qui s'appellc Hoai gan fu 3 ôc qui eft trés-riche Ôc marchande, à caufe de Ia quantité de Sei quon y fait, ainíi que dans fon territoire, ôc quon tranfportc cn pluíieurs Provinces de l'Em- pire, comme Mare Polo le remarque dans le mê- me Chapitre. Dans le foixante ôc cinquiéme il parle de la Ville de Cbian gianfu , qu'on appelle Chim Kiam fu. Dans le foixante ôc dixiéme de celle de Tapin^u, qui eft Taipínfu , dans la Pro- vince de Nam Kim. Dans le foixante & quinzié- me de Ia Ville de Fugiu, qui eft Fo cheu Capitale de la Province de Fokien. Dans le foixante ôc fei- ziéme de la Ville de Quelinfu, qu on appelle Kien nim fu. Il dit qu'autour de cette Ville il y a quan- tité de Lions, ôc il repete la mefme chofe en dau- tres endroits. Ce qui fait voir quil a cfté mal in- forme cn bcaucoup de chofcs ; puifque les Chi- nois nont jamais veu de Lions, mefme en peintu- re, ayant accoutumé de les reprefenter tout autre- ment qu'ils ne font. Pour moy je fuis perfuadé
DE LA C " que Mare Polo s'eft trompé en prenant les Tygrcs grands & furieux, quifont fortcommuns danscet Empire, pour des Lions. Il confirme luy-melme cerre penfée en d.fanr dans le Livre fecondChapi- tre quatorziéme, que le Grand Han a es íons dreílez à cfiaíTcr les autres beftcs, & qui font mar- quez de bandes blanches, noires, & rouges, & plus grands que les Lyous de Babylone : ce qui convient parfaitement aux Ty gr es ou aux Lco- pards, dont pluficurs Pnnccs de 1 Afie fe fervem: pour la chafie, & nullement aux Lions. Le mefme Auteur fait mentionde plufieurs autres Villesdont les noms font tcllement changez, que non leule- ment íls ne font pas Chinois, mais que melme lis nont aucun rapport à cetteLangue. Toute 01s °'J voit clairement que les Provinces & les Villes qu met dans le Catai & dans le Maw, appartiennent toutes à la clame , parce quelles fin.lfent la pluf- part par la fillabe fr , qui en Langue Chmoife fipnifie Ville. Par exemple, la Capitale de la Pro- vince de Canton s'appelle Quam cheu fu : Quam cheu eft fon nom propre qui la diftingue des autres, fu veut dire Ville , de mefme q^ f'° '! ch« 'cs Grecs. Ainfi Confantinopois fignifieViUe deConl- rantin, & Jndrmoplis, Ville d Adrian. Nous tirons la feconde preuve de la defcnption que fait Mare Polo, Livre fecond, Chapttre fiae- me & feptiéme, de 1'ancienne & dc la nouvelle Vil-
a NOVVELLE RE L AT 10 ST lc dc Pckim & du Palais du Roy : puifque nrefque touc ce qu'il cn dic eit conforme à ce que nous voyons encore aujonrdhuy , & que nous rappor. terons cy-apres en dccail. Vr tr°ráeme eíl tirée du vin qu on boit en cer- re Cour, Sc du charbon de pierre quon y brúle & qui s appelle Muy. Ce charbon vienc de qucl- ques montagnes éloignées dc deux Jicues de la Vule, & ceít une chofc admirablc qu'il naic ja- mais manque j quoyque dcpuis plus de quacre mil ans, non íeulcment cerce Ville h grande & íi peu_ p.ee, mais encore la plus grande partie de la Pro- vince cn confomme une quantité incroyable, n y ayant pas une íamille, quelque pauvre qu^llefoic qui n aic un poele échauíFé avec ce charbon qui dure Sc coníerve le feu cinq ou fix fois plus que lc Charbon de bois. Çes poéles font faies dc bnque comine un lie ou une eftradc, de deux ou trois pal- mes de hauteur, & plus larges ou plus étroits, fc- Jon que la famillc eíl plus ou moins nombreufe lis dorment tous deflus , fur des matclars ou fur- des tapis , & de jour ils-sy tiennent aílis fur des tapis ou fur des natres : fans quoy il feroic impof- iiblc de fupporter le grand froid dc ce climat. A cote du poele il y a un fourneau ou Ion met le charbon, dont la flâme, la fumée 6.' fa chalcur fe repandent de rous íes côtez du poele par des tuyaux taits expres, Sc forcenc enfuite par une petite ou—
DE LA C li IN E. 13 verture & par la bouclie du fourneau, dans lcqucl ils font cuire leur viande, chauffer leur vin 5c pre- parei leur ChC ailfli forte que la fumée mefme. La quatriéme píeuve , eft que Mare rolo dans fon Livre fecond, Chapitre vingt-feptieme, decrit< un Pont celebre fitué à déuxlieués 5c demie de Pè~ Kim vers 1'Oueft, en ces teimes. Quand on fort « de laVille de Cambai» , aprésavou faúdix xnilk «- \
i4 NOVVELLE RE L AT ION „ on trouve uneRiviere appellée Puli Sangan, qui Si fe degorge dans l'Ocean,&furlaquellenavicTuent „ beaucoup de VaiíTeaux chargez de Marchandi- íí íes. Il y a un fort beau Pont de pierre Tur cettc j, Riviere, & peut-eftre qu il n'y en a pas un pareil j, íur la terre. Ce Pont eft de trois cens pas creo- 3, inetnqucs de longueur , & de huit de largeur , j, en íoitc que dix "Cavaliers de front- peuvent y „ paíTer commodémcnt. Il a vingt-quatre arcades 3, &vingt-cinq piles dansleau quilesfoutiennent, 3> & il eft tout de pierre ferpentine travailléc avec )) u.n grand artiíice. Les rebords de part &d'autrc ,, font faies de tablcsdcmarbrc&de colonnesran- j, gées avec une belle íimmétric. Aux deux extré- ,y mitez il eft plus large quau haut de la montée : 3) mais quand on a achevé de monter on le rrouve) plat & de niveau comme s'il avoit efté tire à la 3, Iigne. En cet endroit il y a une tres-grande & a haute colonne pofée fur une Tortue demarbre „ avec un grand Lion auprés de la bafe, & un au- j, tre au deíTus. Vis-à-vis il y a une aurre fort bei- 5, le colonne, avec unLionéloigné dun pas &de- „ my de la premiere. Les colonnes des appuis ou „ rebords font à un pas & demy lune de 1 aurre „ & cct efpace eft garny de rabies de marbre, or- „ nées de diverfes fculpturcs, afin que ceux qui 33 paíTcnt fur le Pont ne puiífent pas tomber. En- 33 Hn fur chaque colonne il y a un Lion de mar*-
DE LA CtílXE. iy bre , cc qui eft une chofe tres-belle à voir. Ce « fone là les paroles de Mare Polo. 11 femble que rimprimeur a oublié fur la fin quiques mots, ce qui rend obfcure la defcription de 1 Aurem que ?ay traduire felon 1'ordre quelle devoit avoir, & conformément a la ftruóturc du Pont. . .. Ce Pont eft le plqsbeaude la Chme : mais ú n'eft pas lc plus grand, parcc qu'il y en a beau- coup d-aucres plus longs. L'Auteur dit queTa R - vierc s-appelle P«/i SmgM , ce qui eft un nom des Tareares de 1'Oiicft, qui eftoient alors Maiftres de cet Empire, & dont .1 y en a ma.ntenant plufieurs à Pe Ki™ mèlez avec les Orientaux. E le s appelle en Chinois Hoèn W , ou R.viere trouble , parce que la rapidité de fon cours entra.ne b«ucoup de ter- re qui la rend toute l'annee trouble & plcme de limon. II dit que ce Pont a vingt-quatre arcades quoyqu-il n'en ait que treize ; & que beaucoup Bati me ns naviguenc fur cette Riviere, ce qui eft 1 poílible : Car encore quelle ait une grande abon- dance d'eau , cllc neft pas navigable a caule du grand nombre de chutes, de tournans ç 3õnt eíle eft pleine. Ce qui a fait tomber Ma c O. Polo dans ces erreurs, eft que trois lieues plus loin vers 1'Oiieft , il y a une autre Riviere & un autre Pont de vinçt-quatre arcades. Les cinq du railieu font faires en voúte : les autres iont P ^ces vertes de fort longues & fort larges tab es e mar-
16 NO WELLE RELJT/ON >,t0UKS fo" bie« travaillées & tailiées en IP £nn J ' A" ,m''leU dC " P°nt °" voit Co* io es dom parle Mare Polo dana fa Defcriprion. La R.v.cre sappclle Cêu li h"o, ou Rivicrc de ver- l âirfi" ^ Cft ClalrC ' Palfiblc & "avigable; R au.fi je eroy quccet Autcur s'eft trompé en con- fondant les deux Rivieres & ]es deux Ponts Le dumond P bua ^ Cll"lc' & peucêtre mo e, come .1 dit, tant pour Pexcellenc dc 1 ouvrage, que pour la matiere donc il eft fair avaif^d- Matbrf blr ««-Sn & tres-b.cn tr vaiile & d une arch.tetfure parfaite, les rebords o"C;>'<1rní.CCOl°nneS' P°'xamc &dix decha- que Cote. Biles font eloignées Pune de Pautre d'u„ Sw k nly' fcP;UCCS Par des carrouches faites d une bellc p.crre de marbre oú Pon a cizclé di-feri es forces de fleurs, de fciiillages, doyfcaux & d urres an.maux.ee qui forme!.,, ouvrage auffi magnifiquequ,1 eftparfa.t&admirable. A'Pcntrée duPomq iregardePOricnc, ,ly a de parede dal deux beaux piedcftaux fort elevez avcc des ta. P, de marbre au deilus, fur Iefquels font deux L.onv • une grandeur extraordinairc & faits en la mame- que les Ch.nois les reprefentent. Entre les iam- b de ces L.ons, fur leur dos, fur leurs cotei, l leur ponnne, on a taillé dans la meme pierre de marbre avec une beauté & une délicatcií fur- prenante , quancicé de Lionceaux dont les uns fe pendenç
T>E LA CH1NE. 17 pendent aux Lions, les autres fautcnt & les autres montem ou dcfccndcnt. A 1'autrc bom du cote de 1'Occidcnt 011 voit auíTi fur deux^ piedeltaux deux enfans de mefme marbre, travaillez avec au- tant d'art & dc perfc&ion que les Lions. Mare Polo a oublic dc faire mention des uns & des au- tres , à moins quils n'ayent efté ajoutez depuis. LesChinois Hífent quil y a deux millc ans que ce Pont a efté bâty, fans que jufqua nos jours íleut íouffert aucun dommage. Mais la vcille de laint Laurent de cette année 1668. apres une fechereilc extraordinaire qui avoir dure toute 1 annee, íl com- manca à pleuvoir, & la pluye continua jour & nuit jufquau leiziéme d'Aouft avec tant de violence , quil fembloit que les Rivieres toutes cntierestom- baíTent du Ciei. Le dix-feptiéme d'Aouft a huic lieures du matin, il vint tout dun coup un ce u ee qui inonda la nouvellc Ville, fes Faux-bourgs, % les plaincs voifines. On ferma promptement es Portes de la vieille Ville, & 1'on boucha tous les trous & toutes les fentes avec de la cliaux & du bitume mcílez enfeneble , pour empefeher 1 eau d-entrer. Le tiers des maifons de la nouvelle Vil- le fut renverfé, & une infinité de miferablcs, prin- cipalement de femmes & d'enfans furent noyez ou enfevelis fous les ruínes. Quantite de Villages &C de Maifons de plaifance furent entraínez par i im- petuofité des caux •, & il arriva la mcfmc^choic %
IS NOVVELLE RELATION aux Villcs du voifínage. Tout Ie monde fe refu- ' gioic aux lieux elevez, ou montoic fur les Arbres j dou pluíieurs accablez de crainte ou de foiblelTc fauce de vivres, fe laiíToient tombcr dans 1'eau ou ilspcriíloienc miférablcment. Il arriva dans lesau- trcs Provinccs des accidens & des malheurs encore P ecranges par des tremblemens de terrc ; enfor- te qu'il fcmbloit queDieu vouluftpurlir ces infídé- Jes de la perfecution qu'ils avoienc excitée contre la Religion Chrétienne & les Prédicateurs de l'E- vangilc. On navoit jamais veu un pareil defordre en cctcc Cour ou tout lc monde paroiíToit éperdu ne pouvant deviner dou vcnoic un délucre £ ex- traordinaire. EnHn le Roy ayant envoyé des creris fur des radeaux , parce quil n'y a point de bar- ques à Pekiniy pour en examiner la caufe, ilstrou- vercnc que la Riviere trouble dont nous avons par- le, avoit rompu fes digucs, & avoit fait un nou- vcau ht au travers des champs & des Faux-boums de Ia Ville : ce qui répandir une telle épouvante dans les efpnts , que le Roy & les Grands furent Point de fe retlrer ailleurs. Cettemefme in- ondation entraina pluíieurs rochers, qui heurtans contre les piles de cePont celebre, les ébranlerenc de tede íorte que deux arcades furent renvcrfées. Lz cinquiéme preuve eft que Mare Polo dansle meme Livre chap. trente-deuxc parle de cetre grande Riviere que les Tareares de roiicft appellentCV*-
E LA CHINE. 19 mor ah , & lcs Chinois Hoâm Ho, ceft à dirc Rivicre iaune, à caule que le limon quehe traine rend ícs eaux de cctte couleur. Dans le chapitre trcnte-íix' íl faie mention de cct autre fleuve qu íl nomme en Lan- gue Chinoife o Kiam, ceft à dirc grande Riviere, & que lcs Chinois, comme nous avons dit, appel- lent Yám çu Kiam , ou Fleuve fils de la Mer. Dans le chapitre íoixante-huite décrivant la Villcqu il nom- me Kimfai, &£ quil dit fauííement fignifierVille du Ciei, quoyque ce mot, comme nous le dirons cy- aprés, íigmfie Cour, il en rapporte plufieurs parti- cularitez j par exemple, que cette Ville eft ntuee en- tre un grand Lac & une grande Rivicre, & qu au- tour du Lac , on voit plufieurs Falais de grands Seio-neurs,& beaucoup de Temples de Bonzcs, & autres chofes qui toutes font tres-veritables , a la referve dequelques exagerations, comme , que cet- teVille a cent mille de circuit,en quoy il fe mon- tre plus Poete quHiftorien. Qupyquil en foit a defeription qu il fait de la Ville & du Palais de Cambalu, fuffit pour prouver que le Catai eft une partie de la Chine , & ce quil dit de la Ville de Kimfay , pour fairc voir que le Mangt eft une au- tre partie du même Empire : parce que la plupart de ce quil raconte, eft entierement conforme a ce que nous en voyons de nos propres yeux. Si Mare Polo avoit fceu la Langue Chinoife, comme il dit quil fçavoit celie des Tareares, il auroit ecrit avec
r 10 NO WELLE RELATION plus d exadtitude les noms des Villcs & des Pro^ vinccs, & les autres chofes quil rapportc de ccc Empire. Mais íl ne faut pas s etonner s'il corrompe 11 louvent les noms, puifqiic nous-mêmes, qui cn arrivanr nous attachons uniquement , & avec uncr tres-grande application à la connoiíTancc des let- tres & de la Langue Chinoife, aprés plufieurs années d crude nous nous trompons fouvent, & renverfons une partie des mots. Ainíl on ne doit pas eílre íurpris íi un Cavalier qui ne fe mêloic que des ar- mes , ôc de faire ía cour au Grand Han, & ne fre- quentoit que les Tareares, qui par leur peu depo- iiteíle corrompent les mots plus que les autres na- tions, íoit tombe dans le même inconvenient. Il corrompi les noms de telle forte que ccux d'entre nous qui ont le plus de connoiífance de la Langue & de l'Empire,ont bien de la peine à en recon- noítre quelques-uns : toutefois en examinant la íi- tuation des lieux, & les autres circonílances qu il en rapporte,nous devinons aifément ce quil vcut dire, ^ Le Pere Martin Martini fí fameux par fon Atlas de la Chine, n a pu tout habile qu'il eítoit, s'exem- prer de commcttrc de pareilles fautes: Enforte que nous qui fommes dans cct Empire depuis plufieurs années, avons de la peine à reconnoítre les per- lonnes & les lieux dont il parle , principalement dans les noms qui doivent eftre terminez par une
t BE LA CHINE. ú tn, & qu'il finit toujours par ng. Par^ exemple au au Ueu de dire Pckím, Nantim, Chektam, Yumlte, Cum chim; il écrit toujours Pe¥Ling, Nan¥Ling3 Chc- nanr, Tunglie, Cungching: cn quoy il fc trompe aí- fcurcmentfparce que cette maniere d eenre ne re- pond point à la prononciation Chinoifc , quire- vient l cellc de nôtre m,Sc non pas de ng. Et il ne fert de rien de dire que les Allemans prononccnc Ym ouverte ou proferéc doucement quaíi comme na-5 à caufe quils 1'exprimem un peu du nez : par- ce que la lettre «, foit quon la prononcc ouverte ou fermée, a toujours beaucoup plus de rapport avcc la prononciation Chinoife & Latine , que les lcttres nrr. D'autant plus que les Allemens pronon- cent 1'wnnale ouverte, plútoft en tn ou fl.cn, que cn im ou en em. Cette raifon pourroit cítrc en ouelque facon recevable , fi ce Pere avoit eent en Áileman , & pour les fculs Allemans: mais ayant écrit enLatin & pour toutc l'Europe,il pouvoit c conformer à la prononciation la plus exade & la plus communc, f i • „ Philippe Cluvier dans fon Livre íixieme chapitrcj fixiéme; doure fi la ville dc Kinfai dont parle Mare Polo, Livre fecond , chapitre foixante-huit, etoit laCourduRoy Tartareou celledu Roy delaChine. II remarque auffi avec rarfon les exagerat.ons dont Mare Polo fe fert en décrivant la même ville de Km- fai Pour répondre à ces difliculccz, il faut remarquer,
n NOVVELLERE L AT 10 N STr fa"IÍtU dc * « d"'oit écrire CoÍr * t\tTC K,m fignifie ic mó Hl' À UàTTT ^UC laCour c11 c°»>™ te odelle du reftc du Royaume. Kmfii donc ou Kimjucftoit Ia Cour dcs Rois dc Ia famille que es Tarrares Occidcntaux dépoiiillerent de 1 Emp.rc au remps de Mare Polo. Ccnt ans aprés Na«k,m íc Pck,m furent les Cours de la Famille Mm,qui ces années dcrnicres a efté dérruite par S 7arntares Oricnraux. Cela fuppofé , jc répons rnm i* qui r rcnv°ye ie Lc£ieur depeur dcftre trop ong, a fort bien expl.ouéces d íbcultez, & corrige les hyperboles dc Mare Polo qu. comine un jeune homme qu'il étoic, a amplifié ■ chofes beaucoup au delà dela veriré. Toutefois quand au nombre de douze mille Ponts que Mare o dit cftre dans kmfii, jc nc fujs pas du fenti- ment dc cePere qui femble en demeurer daccord Car outre que nous avons vcu le contraire dc nos propres yeux , les autres Chinois qui rapportent dans Icurs Livres tant de parricularitez de peu d'im- porranec , „ auro.enc pas manqué dc faire men- A4 " nT f°, confiderabIe. Ce que dit auífi Mare Polo de la grandeur de plufieurs de ces Ponrs fous lcíquels de grands VailTeaux pouvoienr paffer eur., mats elevez, n eft aucunement vrai-femblable parce qu i! n eft nas croyable qu'ils foient rous riii- nez,(ans qu ri enfoit refté aucun yeftige. Pour moy je
DE LA CH1NE. ícay qu un Autcur Chinois fort celebre, qui a fait un Traité des grandeurs de cec Empire, & dont^ je rap- porteray cy^aprés pluf.eurs chofes, ne donne a laVJle de Hím cbeií, qui cft la meme que Kmfai, que cinq Ponts confiderablcs ; & il n'auroit pas manque de narlcr de cette hauteur extraordinaire, fi elle avoit eu quelque fondement. Le refte de ce que Mare Polo raconte de cette Villc cft ventable, quoyquil l'amplifie & 1'exagere à fon ordinaire. Mais pour ne plus laiíTer en doute ce que ceft que la villc dc K inh, &c patce que le Pete Martini parlant de la villedeHam cbeu dans fon Atlas folio 109. varie cn ce quil dit des TartaresOrientaux&Occidentaux je rapporteray icy un extrair que j ay tire a ce t e - fein des Chroniques de la Chine. Afin qu-une Famille foit mife au nombre de Maifons de cetEmpire,ilfaut quellc lait aflujctcl tout entier,ou dumoins la plus grandepartie. Car fi elle n'a conquis que deux ou trois Provmees, 011 1'appelle Pamchao, ccft à dire regne collateral &. qui nentre pas dans la ,lignc dircíte des Fam.lles I mperial es. Celles dom nous allons parlei font dc ce nombre. ,e L'année de Jesus-Christ mille deux cens, un Chef des Tartares Orientaux , qui depuis quel- ques années ont fubjugué cet Empire s empara des Provinces de Pe Kim, de Xanfi, & àcXan tum, _ que la riviere Jaune fepare des autres douze. 11
33 33 33 33 14 NOWELLE RELJTION „ s'cn fie couronner Roy, & nomma fa Famillc " Q^ques annccs aprés, un aurreChef des „ memes Tarraies Oriencaux Iuy fie la guerre s'em- -para de ce Royaume , exeermina la famillc re- gnanee, & nomma la fienne, & fon remic Tai- K,n Ve ou Royaume dor, qui duea jufques cn i' rcrraps-la les auercs douze Provinccs " cr"olc™ d°min«s Par un Empereur de la Famillc »l"™- Quiques Miniftres de ce Prince luy con- „leillcrcne denvoycr de grands prefens au Grand „Han qui depuis peu avoic alTujerci les Tareares " ,cc!rcntaux' Pour lc pricr de luy aider à chaffer „les Tareares des erois Provinccs quils avoient „ uíurpees. Les aucres luy reprefencerenc qu'il nt- „roie pas a propos d'excicer cerre ccrrible narion des Tareares de 1 Ouell, ni d'irrieer ceux de PEft qui dcpuis plufieurs années cftoienr en bonnc .. .necbgence avec eux , & que ce neftoie nas „unc bonne politique de chalTcr des cio-rcs „ pour meerre cn leur placc des Lions encore plus „ cruéis. Tourcfois le premicr confeil, quoyquele „plus mauvais futfuivy;on appella le Grand Hun „ & lesTartares dejavamqucursde tanedeNacions "Sc qui en peu de eemps exeerminerent la Famillc „ iui km,& semparerencdes trois Provinccs qu-el- „ le occupoie. Aull.-toft qu.ls cn furene les Maieres „ccs pethdes cournerene leurs armes conere le Roy „ de la Chine, quicenoie faCour dansuneVillc dc 33 33 3» >3
iô NOVVELLE - m Nottes & éclairciíTemens du premier Chapicre. A page 3. Comme nous le dirons cn fon lieu, &c. L'Auteur nayant pu , comme il a efié dit dans la Pré face, achevcr cét Ouvrage, na point expliqué ainfi quil le promet, lorigine des Tartares Orientaux. Toutefois plufeurs Auteurs en ont parle, comme le Pe- ie Martini dans jon híifoire de la Guerre des Tartares & dans la Pré face de fon Atlas de la Chine, 1'Ambdf. fade des Hollandois à PeKim, le Pere Adam Scball dans fes Lettres imprimées a Vienne en i66y & le Pere Cou,- plet dans fa Cbronologie de la Chine , imprimée cette année. On voit par ces Auteurs, particulierement par les deux derniers, quil ny a pas long-temps cjue les Tarta- ícs Orientaux, a prefent Maiflres de la Chine , ont des Rois, & que l'origine de ces Princes efl f obfcure , quelle efl mélée de Fables toute recente quelle efl. Le Pere Adam rapporte que le plus dgé des oncles de l Empereur JCunchi pere de celuy qui regne a prefent, luy avoit taconte plufeursfois, qu ily avoit environ dix generations que trois Nymphes ou Déeffes appellées Au- gela, Chaugula , Fcecula , eftoient décendues du Ciei pourfe baigner dans une riviere de Tartarie : que Fce- cula ayant vcu defus fes habits quelle avoit laijfé fur
DE LA CHI NE. *7 le ri vare , une efpece de mor u de ^engi nvec fon fruir r leaucoup etavidité & eflott devenuc groffi : que fif deux compagnes eflant retournées auCiet, elle eftoit nfie furL urre fifqu d ce quelle le allaitta , & quellelaijfa enfune dum de riviere , luydifant quelle s'e au & quil viendJt bien-tofl un Plcbeur qu, aurott fim dé In Tducation: ce qu, eíhitamure prédit. Oue cétenfant devir,tun bomme d une valeur extraorâinãire , & que fis fib & fisJetits - fils dom, neren, ee Pays j mais qua la ctnqu.eme general,on le peuple prirles ames centre taille & lextermina, d la referve dun fiul qui prit I. fuite. Celuy-cyeflant pourfui de prés, & ne pou- "vant plus lourir, sajftt d urre , dcfifperant àefauvtr fa vil :mais une Pie vintfe fur fa refle trompa fá cnnemis qui crurent que < eflott un trone d ar Ire & non pas un bomme. Il eft aisé de voir, comme le remarque le Pere Jdam , que jufques ,cy touro cerre narrarion efl fabuleufe , & fait connotflre que lortgme de l-Empereur de la Chtne eflfort obfcure, & na rien d'illuflre ny déclaranr.Ce efl cerram & bitabí; pmfque cét bomme, quel qutlfufl, comme JeJl de cefecle, & fi fl< a^connotflre par la cruelle eu erre quil fit aux Chmots, pourvange, la more de fon pere que les Mandarins Chmots avoientfatt mafi ' faLr!&lsou,ragesfa,tsdfaNation. LePnejdam
zs NOVVELLE dit cju il efloit Seigneur de la Vallée de Moncheu que' le Pere Martini prend pour une grande Filie. LEm- pereur Fan-lie luy donna le Gouvernement de cette mê- mc Fa lIce & des Pays njoijins a condition de les dc-~ fendre contre les incurjíons des Tartares Orientaux qui efloient divife^ en fept petit es PrincipauteIl futnom- méTien mim, & mourut 1'année 1618. Son fils Tien çum plusjage &plus modere .continua laguerre jufquaJa mort arnvée en 1654.. Cum te fils de Tien çum ache*a en quelquefaçon la conqueflede 1'Empire dela Chine: mais tl mourut avant que d'en prendre pojjcfjion en 1 6+4.* Son fils Xunchi age de 6. ans , fut rcconnu Empereur a Pe Kim & mourut en 1661. laijfant pour fon fucceffeur fon fils Cam hi qui regne prefentement. Ce dénombrement des Princes Tartares du Pere Jdam , confirme par le Pere Couplet dans fa Chronologie, par le Pere Rouycmont dans fon Hiftoria Tartaro íinica, par Pjmbaffà- de des Hollandois. fait voir que le Pere Magaillans a eu raifon de dire qu ils riavoient point de Roy ny de nom pour le fignifier ; puifque teurs Princes ont commcn- eé dans ce fiécle par un petit Chef de Horde ou Capi- taine de Bandits ou Tartares errans. Sur quoy il faut encore ob ferver que la Tartarie qui comprend toute Pjfte Septentrionale efl divifée par les Chinois, en Occidentale & Orientale. Les peuples ds Pune g? de 1'autre font ta pliipart errans avec leurs troupeaux & demeurent fous des tentes ; mais les Oo eidentaux [ont incomparablement pltts puiffans que les
T>E LA CHI NE. z9 nutres, puifquils occupent tous les pays qui font depuis Pextrémitc de U Province de PeKim , jufquau pays du Mogol, a laPerfc&à la Mofcovie, qu ils pofjedoient même toute entiere du tcmps de Saint Loiiis. La Tar- tarie Oricntale sétend depuis le pays de Leão tum
?o NOVVELLE RELATION mil hommcs 3 qui grojjirent bien-toft par le concours du refte dcs Tartares Orientaux & d'une multitude innom- brable d Occidentaux attire% par le bruit de Jes vióíoi- res & par l'abundance du butin. B page 4. r ~ ■Le Royaume de Cbabamalaba3 donc les Habi- tam fone Mahometans, & qui confine avec la Pro- vince dc Xcníi. Ce nom de Chahamalaha ne Je trowve3 a ce cjue je croy 3 dans aucune Carte 3 ny dans aucune autre Rela- tion. Mais je fuis perfuadé par ce quen dit notre Au- teur, cjue c efl le mcftme cjue le Pere Martini appelle Sa- mahania , & feflime comme luy que ceft le pays des Fsbegs oh de Mavralnara 3 dont Samarcand eft la Ca- pitale j parce qu on ne connoifl aucun Royaume de Ma- bometans a 1'Oueft de Xcnfí, ou ily ait plufteurs Fil- ies conftderables, des Pai ais & des Maijons d'une belle Arcbiteclurc 3 de la Fujjèllc d or & dargent, les autres ebofes que les Livres Cbinois attribuent a ce pays de Samabanie ou Samaban, au rapport du Pere Mar- tini. Et il ne ftautpa r eftrcJurpris de ce que les Cbinois afi- farem que ce Royaume confine avec la Province de Xenfiy a caufe qu ils ne vont jamais voyager du cote de l'Oc~ cide-nty cyqu ils nontpoint d'autre connoifjance des pays quiy fiontfttuej^, que cúlle que leur donnent les Carava- nes qui vont tous les dtux ou trois ans d la Cbine poury
DE LA CFflNE. 31 faire commerce fotts pretexte d' Amhajfade.Les Marchands Te fcrvent de cette invention pour obtemr l'entree dans U Chine, quon leur refrferoit fans cela. Ils s affemblcnt au Royaume de Cafcar, comme on Ic peut -voirdans le Voya- ae du Iefuite Benoifl Goe7, infere dam la Relatton du Pe- re Trizaut. Mais autrefois & principalement du temps de Tamerlan qui rendit Samarcand une des premieres Vi lies du Monde, ils venoient la plupart de cette tffe' la, & il y a dpparence que ces Marchands pour fc don- nervlus de réputation yfe difoient tous du Royaume de Samarcand, & que les Cbinois qui nont point de Let- tre t , & confondentfacilement le c #vec Ih, com- me iífera remarque plus Us , ayent écrit Samahan au Meu de Samarcand. Par la mefme raifon les Chmots njoyant arrinjer ces Marchands d Sucheu derniereVi le de la Province de Xenfi, & quilsfe difoient tous de Sa- mahan , ou Samarcand, pewvent aisêment avoir cru que Samahan confinoit a la Province de Xenfi. C page 4. Ufancrué. Ce(l apparemmcnt le mefme pays que le Pere Martini appelle Ufuçang, & quif comprisdons le Royaume que les Chinois appellení Sifan fitue a Oc- cident de la Province de Suchnen. La Relatton du l ere Antoine de Andrada , appelle auffi ce pays EJJangue, O- dit quil eft fitué d 1'Orient du Royaume de libety & d vingt journées de la Chine.
ji NOVVELLE D page 4. Le Pcre Antoine de Andrada, &c. ' \ Le Pcre d Andrada fit deux Voyages au Poy a ume de Tibct. La Relation du fecond quil fit en 1614. avec le Pere Gonçalo de Soufa, (fj- qui fut imprimée d Lisbonne en 162.8. parle fort clairement de la Chine. Car on y uoit quede n ejl éloignee quede vingt journées du Royaume «/'UíTanguco* UíTang, &> que ccluy-cyríefi qud quarantc journees de la Ville de Caparando ou de- meuroit le Roy de Tibet, gy ou ces Peres efioient arri- ve% d Jgr a, en moins de deux mois gy demy pafianf par Sirinagar. Pour le Catai , comme les Peuples de Tibetfont fort ignoramt ils en parlerent fort confufé ment au Pere d'Andrada > d qui ils dirent que le Catai efloit une grande Ville. On peut remarquer en pajfant3 que par cette Relation > gy par l Atlas du Pere Mar- tini, qui dans fon Hifioire de la guerre des Tartares, dit aujfi que la Province de Suchuen eft -voifinc du Royaume de Tibet , que ce Royaume de Tibet efl fi-, t.ue a l Orient du pays du Grand Mogol , gy non pas auNord3 comme la plupart des Cartes le mettent: D autant plus que le Pere Benoifi Goe% nen fait au- cune mention dans fon Vyage quil fit toujours par le Nord de lEmpire du Mogol, depuis le pays des Vfbe?s allant continuellement ycrs /'Orient, jufqu d la Çhine. E page 6.
DE LJ CHI NE. \y E page C. 1'Alphabct Tartarc que nouá donne^ rons en. fon lieu.. Le Pere Magaillans nayant pu achever fon otevra- ge, na pas donnécet JlphabetTartare, mais onletrou-
H NOVVELLE RELATION pé me, le Pere Semedo premi ere Partie, Chapitre troifiè- mc, l Jtlas du Pere Martini, dansla Defcription de la Province de Xanp, & dans celle de la Province de Pe YLim , ou il dit que les deux montagnes d'ou l'on tire ce charbon, font voiftnes de la Vdlc de Pim Ko, sappellent Kie & Siu vu. G ij. Ce qui a fait tombcr Mare Polo dans ces erreurs eft que trois lieues, &c. Le Pere Martini dans la Defcription de la Provin*> c( de Pe k im , confirme cette conjeflure, en ces termes. si Lefileuve Lu keu, qui s appeíle auffi Sangean, paffiè J} au Sud-Oueft de la Ville Royale : On le pafife fur un a magnifique Pont ou on compte plupeurs arcades de pier- 33 rc- Onvoit quil parle de la riviere qui efl alOccident de Pe kim & du Pont qui eft defifus, & que ceft celle dont Mare Polo faitmention, parcequil ny a pas gran- de dififcrence entie le nom de Sangean, que luy'donne le Pere Martini, & celuy de Sangean, ou Buli Sangan, que luy donne Mare Polo. Le Pere Grefilon Iefuíte,dans fa Relation ou Hifio ire de la Chine , Livre tropeme, Chapitre huitieme, parle du Pont Oriental en ces termes. 33 Dans la Province de Pe kim, ily avoit un Pont d'une J} ftruólure admirable , qui avoit de longueur plus de ,, trois cens pas , dont deux arcades fe rompirent. Le Pere .Magaillans raconte la caufe de la chute de ces deux arcades le neuvieme d'Áouft 166S. Mais
T>E LA CHI NE. 3t le Pere Grejlon ajoute que le refle de ce Pont tombei le ruinit-fixiéme du mois d Aottfl de la mcfne annee. Ildit aujfl quon 1'appelloit Lo-co-Kiao > quil y avoit mxlle uns quil efloit baíly 3 & qu il n efloit qu a flx lieuès de Pe K/w. Lcs PP. Rougemont & Intorcctta confir- tnent dans leurs Rclations la chute du refle de ce Pont lo mngt-flximc d'Aoufli668. mil troisans apres fa fonda-, tion j & le premier dit que le mefme Pont avoit tiois €cns foixante pas de longueuu H page 11' Ces raifons duTere Magaitlans Jont dautantplus fortes 3 que fon fentiment efl conforme a 1'ufage de tous ceux qui ont écrit a la Chine avant luy <*7* apres luy , comme le Pere Adam Allemand 3 le Pere Grejlon Fran- çois, le Pere Semedo Italien 3 le Pere Rougemont Fia- mand , &c. & que le Pere Martini na efté fuivi que pari' Auteur de l' Ambaffade, qui a pillé ou copie le Pere Martini en tout ce quil dit de la Chine 3 a U referve de la route des Ambafladeurs de Cam tum a Pc Kim, & de leurs negociations. Ainfl il ne faut pas s etonner s il l'a imite dans fon ortographe : mefme le Pere Grejlon dàns la Préface de fa Relation 3 prouve contre le Pere Martini3 qu il faut prononcer les mots Chinois de la mef- me maniere que le dit icy noflre Auteur.
NQWELLÊ RELATlOtf í page zS. On pourroit ajouterplujieurs autre s raiflons pourprou* *ver que Ic Catai n efl autre choje que la Cbine3 comme de la foye Cf de beaucoup de fruits 3 de plantes Cf d'a~ nimaux., qui Je Ion Afarc Polo croijjòient dans le Catai 3 & qtion ne trouve en aucun endroit de la Tartarie : mais tette matiere a ejle tant rcbatiie depuis prés de cent Àns» & tous les Auteurs qui en ont écrit l'ont prouvee dvec tant de raifens diferentes 3 outre celles que rapporte noslre Au th cur t qu il Jeroit inutile de sy arre ter: Dau— tantplus queperjonne nen doute prejentement 3 Cf quon ti en flauioit douter 3 a moins que de njouloir saveugler "jolontairemcnt. Ie remarqueray feulement que ce qui peut avoir trompé autrefois , ejl que dans le temps qut les Tartares Occidentaux entreprirent la conquefte de U Cbine, il y avoit deux Empereurs ; tun efloit le veri- table Empereur Chinois de la Famille Sum 3 qui pofe- doit les dou%e Provinces AJeridionales. Vautre efloit le Roy des Tartares Orientaux de la Famille Tai Kin , qui occupoit les trois Provinces Septentrionales 3 le pays de Leão tum3 Cr la Tartarie Orientale. Ces deux Em - pereurs flurent vaincus l un aprés l'autre 3 Cr leurs Etats fubjugue^ depuis 1'année izzj. jufques d izSo. Celafup* pofé 3 il ejl aifé de comprendre quil efloit facile que les Auteurs Orientaux Cf ceux qui entendoient parler de $es conquefles 3 crujpnt que le veritablc Empereur de la Çhin* efloit Maiflre de toutc la Çhine 3 telle quç notáf
t>E LA 37 ta connoiífms préfentement, & que 1'uutre Emfereur de u Famiíle Tal Km ayant fon Empire p us de- meuroit dansU Tartarieau Nord do U grande le, oh par cette raifon , nos ancicns Gcographes tranj'por- terent Cambaia- * & bcaucoup d'autres Villes &
jS NOVVELLE RE L AT ION è 1 CHAPITRE II. De reftendue & de la divifion de la Chine, du nombre des Villes & autres lieux murez, 3 & de quelques autres parti cdari tez» re- mar que es par les uduteurs Chinois. L y a dix-huit ans que le Perc Fran- çois Fiertado Vice - Provincial dc la Chinc, &depuisVifiteurdu Japon & dc la Chine, mprdonna d ecrire l'Hi- ftpirc dc cét Empire, & les progrcz de 1 Evangile , qu on a commencé d'y prêchcr il y a mamtenanr quatrc-vingt-treizc ans. Je nVappliquay avec grand loin à cét ouvrage ; mais les occupa- tions de la Million , & la perfecution que nous avons fouíFerte , m ont empêché de 1c continiier. Les Peres Nicolas Trigault Flamand, Alvaro Seme- do Portugais, Martini du Pays de Trente, Antoine Gouvea,& Ignacc da Cofta Portugais, & quantité d autres, dans leurs Rclations annuelles, ont traité- amplement cette matiere :mais la beauté,la gran- deur& lantiquité dc cetEmpirc foumitun íi vaíle
DE la CtílLJE. Í9 fujet,quequoyquonen ait écrit, ilcn reftcencore beaucoup plus à dire. Ceft pourquoy ) ay cru que je devois meccrc ícy cn peu de mots les pnncipa- les remarques que j'avois reciieillies. La Chine elt fituée prefque aux detnieres extic- mitez de 1'Afie du côté de 1'Onent. Elie a vingt- ttois desrrez du Nord au Sud, depuis a ortere de Cai fim placéc à la frontierc de la Province de Pekim,iquarante-undegrezde latitude, jufqu a la A pointe mcridionale de Me íftó «* • d.x-hmt tlcgrez d-élevarion , & au Sud de la Prov.nce de . Quam tum. Ainfi la longucur de la Chine du Nor auSud, fuivant les Livres Cliinois, cft de cinq mille fcpt cens cinquante Li ou ftades, ce qui tait 4011 l»eu& Efpagnoles ou Portugaifcs à 17 T aú J7J Pranqoifes »» H"; 345 AUemandes - - » >5 'au c»rf 13S0 milles d'Italie - - a Co - au degre. j7jo Li ou ftades Chinois aijo - au degre. Depuis la pointe de Nm fí , ViUe maritime de la Province dcCbe kiam.oà les Portugais faifoicnt autrefois leur commerce , & que Fernand Mendez appellc Leampo, jufqu* lWmiré de; la Province de Sn ebuen cn ligne drorte de 1 Eli; a 1 Oueft, il y a
40 NOWELLERELATION I - fieues EfpagnoIcs^& Portugaifes;. 4l<* " licues Françoifes. * iSS - milles d'Allemagne. 1010 ' - milles dltalic. 4° 8o - fíadcs Chinois à 2,40 au degré. Mais fi nous voulons confiderer Ia plus rn-andô longucur dc la Chine, il faut la prcndre depuis le dernicr lieu au Noroiieft de la Province de Leão tum appellé Caijven, jufquac la derniere Villc de Ia Province dc Yun nan nommée Cin tien kiun min Fu. Dc cette íortcla plus grande longueur de cér Bmpire fera' de % S15 - - Iieues EfpagRoks. 7J° - - Iieues Françoifes. - - milles d\AlIemagne. 1800 - - milles d'Iralie. 8400 - - ílades Chinois à quatre d cmy par mille d'Italic. La plus grande Iargeur de Ia Chine à prendre depuis Tam chan, lieu le plus Oriental du Pays de Leão tum, & qui confine avec le Royaume de Co- recj juiquau lieu appellé Tum tim à 1'Otieft de Ia province de Xenfi, elide 350
DE LA CH1NE. 41 ,í0 _ , _ lieues Efpagnoles. - - - lieues Françoifes. * - - millcs d'Allemagne. 12.00 - milles cTltalie. 54oo - - - ftadcs Chinois. Il y a quinze Provinces dans cet Empirc , qui par leur grandeur, leur richeíTe & lcur fertilité peu- vent eft?e appellées Royaumes. Les Chinois les rangent dc la maniere fuivante, felon leur ancien- neré & leurs préeminences Pe kím, Nan Kim3 qu on nomme à prefent Kiam nan, Xan fi, Xan tum, Ho nan, Xén fi, Che Kiam, Kiamfi, Hu quam, Suchuen, Fo Yiién , Quàmtum , Quàmp, Yunnan , Quei cbcu. Le Pays de Leão'tum meriteroit auíli le norn dc Province à caufe de fon étendue: mais les Chinoislc mettent fous la Province de Xan tum. Les Pi ovinces, maritimesfont PeKim, Xan tum^NaniYim, CkKiantj FoKicn, Quamtum. Cclles qui confinem avcc des Royaumes étrangers font, PeKim,Xanjt, Xenjt, Su cbuen ,Yun nan 3 Quamfi. Les Provinces meditcr- ranées font, Ho nan, HuquamK.umfQuc' cbcu. On voit pat là que Cluviet feft fonde fur dc fauf- fes relations quand il a mis dix- huit Provinces dans laChine, & entre elles leRoyaume de Cochincii- nejcar encore que ce Royaume & celuy de Tum Kím ayent autrefois efté foumis à la Chine , lis nc le furent que peu d'axw4es, & il y a longtcmps
4i NO WELLE RE L AT ION qu'ils ne luy obeíífent plus. Il y a plufícurs Iíles dépendantes de la Chine, commc la grande Sc la 1)ctite Liêu K/V#; Tai uan, que les Portugais appel- ent Formofa, ou les Hollandois avoient une for- tereíTc qui leur fuc enlevée par un Corfaire Chinois H y a quelques années , Sc ou ils perdirenc beau- coup de gens, dartillerie Sc de marchandifes. Hài nan ; Hiam xxn ou effc íituée la ville d 'Amando ou Macao, fur Ia pointe meridionale de cette íile, Sc ure iníiniré dautres tanc habitées que defertes. Le Royaume de Cork neíl pas une Iíle voifine de Ia Chine coinme Cluvier l'a cru : mais une grande pointe attachée à la terre ferme, Sc qi.i s'étend du Nord auSud. Xamhài n'eft pas auíli une Iíle com- me lePere Martini lecrit dans fon Atlas, & le mar- que dans fa Carte: mais une Forterc íTe íi vafte Sc íi bien fortifiée par PArt & par la Nature r quclle peut le difputer aux meilleures de 1'Europc. Elie eít dans la terre ferme prés de lamer, entre la Pro- vince de Pe \zim3 Sc le Pays de Leão tum. Les Feux murez de tout ce grand Empire fone au nombre de quatre mille quatre cens deux , Sc ils font divifez endeux Ordres, le Civil & le Mili- ta ire. L Ordre Civil contient deux mil quarantc-cinq heux murez, fçavoir,cent foixante & quinze Citcz du premicr Ordre que les Chinois appellcnt p y deux cens foixante Sc quatorze du fecond Ordre quon appelle Cbeii , mille deux cens quatre-vingt-huic
DE LA CELINE. 43 Villes qu'on appelle Hièn, dcux cens cinqHôtellc- ries Royales r.ppcllécs Ye 3 & cent trois Sentinelles . ou Hôtelleries Royales du fecond Ordre quon nommc Cham chin. Entre les Citez & les Villes de cct Empire , j'en compre pluíieurs fituées dans les Provinces de Yun nan3 de Qucicbeu, de Quim fi & de Suchuen3ÔC qui toutefoisne payentaucuntributàrEmpereur, & ne luy obeiífent point: mais à dcsPnncesou Seigneurs particuliers & abfolus. Ces Villes pour 1'ordinaire Ione de telle forte entourées de haures montagnes & de rochers efearpez, quil femble que la nature ait prit plaiíir à lesfortiher. Audedans de ces mon- tagnes ,il y a des campagnes & des plaincs de plu- íieurs journées de chemin, ou l'on voit des Citez du premier & du fecond Ordre , & beaucoup de Villes & de Villages. Les Chinois appellent ces Seigneurs Tuju ou Tucfion , ceft à dire Mandarins du Paysjparce que comme ils croycnt quil ny a point au monde d autre Empereur que ccluy de la Chine , ils simaginent auíli quil ny a point de Princes ny de Seigneurs que ceux à qui leur Empe- reur cn donne le titre, & ils ne donnent meme le titre de Mandarins de la Terre ou du Pays à ceux- cy, que pour les diftinguer des autres avec quelque cfpcce de mepris pour les Etrangers. Les peuples foumis àces Seigneurs fe fervent de la Langue Çhi- noife avec les Chinois:mais outre celle-li , ils onr Fij
44 NOVVELLE RELJTION encore leur langage particulier.Leurs moeurs &leurs coutumes font un peu difFerentes de celles des Chi- nois , leur teint toutefois & la forme de leur corps font tout-à-fait femblables t mais pour le couragc il femble que ce foic une autre narion. Les Chinois les craignent, & aprés pluíieurs expériences qu'ils ont faitcs de leur valeur, ilsont efté contraints de les laiífer vivre en repos^ de confentir à un libre jÇ commerce avec eux. Dans la Relation que j*ay faite des aótions de cefamcux Tiran Cham hiém chum, dc laquellele Pere Martini m ecrivit à fon retour d'Eu- rope,qu'il enavoit laiíTé une copie dans la Secretai- rene de Rome , & une autre dans le College de Conimbre,oii elle futleue publiquement, je parle de ce qui arriva a 1 un de ccs Pnnces Souverains» Je le repeteray icy en peu de mots afin que Ion connoiífe la puiílancede cétEmpire,oulon nefaic aucune eftimc des forces de ces Seignrurs , quoy quelles foient fort coníiderables,& que leursEtats íoient fituez au milieu des Provinces de la Chine. Le Tiran Cbam híen chum ne pouvanc fouffrir que dans la[ Province ou il s'eftoit fait couronner, & ou il difoic quil avoit jetté les fondemens de fon Empire,il y eutquelquunquirefufaftde luyobeir, envoya dire à un de ces Seigneurs donr les Etats cftoienr les plus voiíins,quil eut à venir à fa Cour le reconnoitre pour fon Roy,&luy payer le rribuc qu il luy devoit. Ce Seigneur luy répondit que ny
de LA C luy nv fes Prcdeceffeurs n'avoient jamais payé tn- but à aucun Empereur delaChine-,& cerre repon- fc mie ceTirart dans une tellc colere,quil envoya auífi-tôt une armée pour le forcer a luyobeir: mais elle fut en peu de temps battue & debite pat cc Prince. Clum hien òmm remit fut picd une nu- tre armée plus puiíTante que la premierc, &c c nut à la tefte pourentrer dans les Etats de_ce Seigneur: mais comme il eftoit vaillanc & favorife par 1 avan- tage des l.eux, il donna bataille au Tiran, le deht, & Tobligea à fe rctirer, enragé de ce mauvais luc- cez: mais plus anime que jamais-a a vengeance. prepara une troifiéme armée, & luy donna pour General fon premier fils adoptrf appelle Sum co ■vim, donc j'ay parlé quelquctois dans les Letcres anmíellcs de cerre Míd.on-Ccftoir unhomme fça- vant, prudenr, courageux, & fi affable &Ti bo , que fouvent il venoir à bout par fa fageiTe & par fa douceur de ee que fon pére ne pouvo.r farte rciiffir par la force des armes & par la cruaute. feut en eífet fi bien gagtter ce Seigneur, que non- féulemenr il lobligea à reconnoitre fon pere pour Rov, mus encore à 1'affifter d'argent & de rroupes pour continuer la conquêre de 1 Empire. 111 amena cn fa compagnie à la Cour avec toute fon armec compofée de quarante mille hommes rous jcunes, choiíis, vêtus d'unc méme couleur,& armez d une cfpece de cuiraffes & de cafques de toile de coton
46 NOVVÉLLE RELJTION piquee. Á fon arrivee,il fie montre de fes troupes dans une place deftiriée pour de fcmblables excrci- ces dans chaque ville de la Òlnne. Le Tiranle re- £ut avcc beaucoup de careíTes , & de marques de bicnveillance, & 1 invita publiquement à un fcítin pour le jour íuivant, ou ce Prince ne manqua pas dc íe rendre :mais au milieu de la Mufique, de la Comedie & de la joye du banquet , cet liomme cruel & perfide , luy fir mettre dans fa rafie un poiíon fi íubtil & íi preíent , quil en mourut ca peu de momens. Auífi-tôt aprés il fie enveloper & accaqucr Ies croupes de ce malheureux Prince par coute fon Armée quil avoitfait preparer pour ce deílein , avec ordre de nen laifler pas un feul cn vie. Ce qui fut execute avec d'autant plus dc facilite que ces pauvres gens qui ne satcendoicnc a ricn de femblable, furenc furpris fansChef, fans armes, & íansordre. Jayefté moy-meíme témoin de cét évenement que je rapporte icy pour fairc connoiftre la grandeur dc céc Empire. On ne doit point faire de difiiculcé fur ce que je fais le nombre des Citez& des Villes plus grand que le PercMartini, parce que j'y comprcns çelles de ces petits Souvcrains , dont les Etats , encore Cju ils ne rcconnoiíTcnt pas i'Empereur , font tou- tetois fituez au milieu de fon Empire dans les qua- tro Provinces que j*ay dites. Jy ay compris auíli les Citcz & les Villes du pays de Lcao ttim, & de
48 NOVFELLÉ RE LAI'10 N Villcs fronticres , 8c dans les Châtcaux íituez au dedans de 1'Empire. Dcux cens cinq fone dans les lieux appellez Yc , 8c cenc trois dans ceux quon appeJle Cbin. Les uns 8c les autres ont efté autre- fois batis dans les endroits ou il n'y avoit point de Villes, 8c peuvent eftre appellées Villes du fecond Ordre, parce qu'ils font tous murez, quils ont cha- . cun un Mandarin qui les gouverne, 8c quil y en a quelques-uns plus grands 8c plus peuplez que beaucoup de Villes 8c de Citez. II y en a cent deux qui n'ont point de murailles, mais qui font des lieux tort grands 8c fort peuplez. Un jour avant le départ du Mandarin , on fait partir un Cour- rier avec une petite planche ou tablctte que les Cliinois appellent Pai, fur laquelle font écrits le nom 8c la charge de cét Officicr , 8c au bas fon nom 8c fonfceau. Aufíi-toft quonTa vcue,onncr- toye 8c prepare le Palais ou il doit loger , 8c ces prepararifs font plus ou moins grands 8c plus ou moins lomptueux , à proportion de la dignité du Mandarin : comme les viandes, les porte-faix,les chevaux, les cbaifes, les litieres,ou les barques, íi le voyage fe fait par eau, 8c enfin tout ce qui Iuy peut eftre ncceíTaire. Dans ces Hoftelleries on re- çoit de la mefme maniere à proportion toutes for- tes d'autres perfonnes, tant Chinois quEtrangers a qui le Roy accorde cette grace, comme je 1'éprou- Yay moy-mefme lorfque je tus il y a quelques an- ile c«
DE LA CHIN E. 49 rfées cnvoyé par le Roy à Macao. Dans ccs mef- mes endroics lcsCourriers du Roy prenncnt cequi leur faie befoin pour aller cn toute diligence. Us y trouvent toujours des chevaux cn eftat dc partir: mais commc il pourroit arriver quelquefois quils nc feroient pas prefts, un ftadc oudeux avantque d'arriver à rHoítellerie , le Courrier frappe forte- ment & fouvent un baflin appellé Lo, quil por- te pendu fur 1'épaule , & alors on ne manque pas dc feller à la halte le cheval, s'il ne 1'cíloit pas dé- ja j enforte que le Courrier na que Ia peine dc monter & dc laiífer ccluy quil avoit amené. Le Royaume de la Chine conticnt onze millions cinqccns deux mille huit cens foixante-douze Fa- milles ou feux, fans y comprendre les femmes, les enfans, les pauvres, les M andarins qui font en char- gc, les Soldats , les Bacheliers, les Licencicz, les Do&eurs, les Mandarins difpcnfczde fervir, ccux qui vivent fur les rivieres, les Bonzes, les Eunuqucs, ny tous ceux qui font du fangRoyai;parcequon nc compte que ceux qui cultivcnt les terres, ou qui payent des tributs & des rentes au Roy. Il y a dans tout 1'Empire cinquante-neuf millions fept cens quatre-vingt-huit mille trois cens foixante & quatre hommes ou males. Voilà cc qui regarde 1'Ordrc civil de la Chine. L'Ordrc militaire contient fix cens vin^t-ncuf grandes FortereíTes du premicr Ordre , & fcrt im-
SO NOVVELLE RELATION portantes, foit Tur Ies frontieres, pour fcrvir de clefs ou de. défenfc à TEmpire contre Ies Tartares: ioic fur Ies confins dcs Provinces contre Ies voleurs & les rebelles. Les Chinois les appellent Ouan, &c ccllc de Xam hài, dont nous avons parle cy-de- vant, eft de ce nombre. II y a cinq cens foixante & fept FortereíTes du lecond Ordre, qu'on appelle Guêi en Langue Chi- • noifc. Le Iieu appelle Tiencim Guêi ou Fortercífè du Puy du Ciei , dont parle le Pere Martini dam Ion Alias page trcntc-fixiéme, eft, decc nombre, & par celle-la on peut juger des autrcs FortereíTes du lccond ordre. On compte trois cens onze FortereíTes du troi/ié- me Ordre, ap^ellées So : trois cens du quatriéme Ordre, nommées Chín, qui ont le même nom & la meme fígnification que celles du cinquiéme Ordre civil & cent cinquante du cinquiéme Ordre an pellées Paó. 3 r" II y a cent FortereíTes du ííxiéme Ordre, appd- s Pu, & enfin trois cens du feptiéme Ordre, qu on appelle Cbai. Ces dernieres Tont de diverTes fortes; les unes font dansles champs,& Tervent de refute aux Laboureurs quisy retirent avec leurs beftiaux leurs inftrumens,& leurs meubles, quand les Tar- tares, les voleurs, ou les rebelles courent la cam" pagne, ou même quand les Armées de 1'Empereur iont en marche:dautres Tont Tituées Tur dcs mon-
DE L A C H I N £. jr. ragnes efcarpées cn precipice , ou Ion monte ou pardesdcgrez taillez dansle roc,oupar deséchel- ícs de corde ou de bois,qu'on ôte quand on veut, & cellcs-cynont pour 1'ordinaire aucunes murail- lcs,parcc quelles nen onc pas beíbin : Les autres cnfin fone auíli fur des montagnes, mais elles ont quelque avenue ; & celles-cy font revêtues d'une doublc ou triple muraille du côté de i'entrée. J cn ay veu piufíeurs des unes & des autres , dans les Provinces de Súcbuen & de Xenfi. Par ce dénombrement on voit que les lieux mi- litaires font au nombre de deux mille trois cens cinquante-fept, qui eftans joints avec ceux de l'Or- dre civil montent à quatre mille quatre cens deux. Outre cela , il y a au dedans & au dehors de ces grandes murailles qui environnent la Chine plus de trois mille Tours ou Châteaux appellez Tai, chacun defquels a fon nom propre. On y. tient toute 1'année des gardes & des fenrinelles , qui donnent 1'allarme aufíi-tôt que 1'ennemy paroit & font íignal de jour avec une banniere quils éle- vent au plus haut de la Tour, & la nuit avec un grand flambeau allumé. Si nous comptions ces Tours ou Châteaux parmy les lieux militaires, dont ces derniers feroient le huitiéme Ordrc , il y en auroit en tout cinq mille trois cens cinquante-fept. Il y a environ cent cinquante ans quun Man- darin du fuprême Tribunal des armes, compofa r G ij
st NOVVELLE RELATIÕN dcux. Volumes qu'il dedia à 1'Empereur , & quií intitula Kieu pien tu uxe, c'eft à dire Pratique des Cartes des neuf frontieres. Il entendoit par-là, les neufs quartiers ou territoires, aufquels il avoit dh. vifé les grandes muraillesqui environnent une par- tie de la Chinc durant quatre cens cinq lieues Portugaifes, qui font vingt-trois dégrez dix mi- nuttes del'Eft à 1'Oiieft, depuis la ville de Caíyêun íituée à 1'extrémité du Pays de JLeao tum , jufqu a cclle de Can fo ou Can cbeu 3 placée aux derniers confins de la Province de Xen fi> Ce qui fe doit entendre en ligne droite ; car fi nous confiderons les détours des montagnes & des murailles , il y aura lans doute plus de cinq cens lieues Portugai- fes. Dans ces Livres il reprefente cn trois Cartes,, tous les endroits des montagnes qui font accefii- bles, & en centvingt-neuf autres grandes Cartes treize cens vingt-fept FortereíTcs, grandes ou pe- tites, quil dit eftre neceffiures pour empêcher 1c pafiage aux Tartares. Si les Chinois n'eftoient pas íi negligens, fi peu courageux , fi avares & fi infi- dellesà leurRoy, jamais les Tartares nauroient p& paíTcr les murailles, ny entrer dans des Fortercíles íi bien difpofées dans les endroits neceíTaires ,& £ fortes tant par l'Art que par la Nature. Auííi Ion voit par leurs Hiftoires & par ce qui eft arrivé de nôtre temps , que les Tartares n'ont prefque ja- mais péné.tré dans la Chinc, que la lâchctc des £òk
DE LA CH dats ou l'avatice des Commandans ne leur cn ayent facilite l-entrée. Us lcut offroienc la moic^ du buem quils feroient, sils leur ouvroient les portes,&ils sacquittoient ponauellement de leurs promelTcs à leur retour eu Tartarie;laiflinc par ce moyen un chemin ouvert pour continuer ce com- mcrce , quils faifoient deux ou trois fois lannee, fans que les peines rigoureufes que les Empercurs faifoient fouffrir à ces traítres le puílent íntcrrom- prc. Lorfque la crainte eu retcnoit quelqucs- uns, les Tartares augmentoient leurs odres , & 1-envie d'amaffer du bien s'eft accrue de telle forte dans 1'efprit de ces perfides Officiers, qu enfin elle a mis entre les mains d'un petit nombre de Sau- yages demy-barbates, le plus riche & le plus peu- pliT Royaume du monde.. f* Dans ce meme Livre on voit Ia quantite de lol- G dats qui font la garde fur cette frontiere , & qui font au nombre de neuf cens deux rmlle cinquan- te-quatre. Les troupes auxiliaircs qui y accou rent quand les Tartares fe mettent endevoir den- trer dans la Chinc, font innombrables, & " y » trois cens quatre- vingfs- ncuf mille cent foixante- fept chevaux deftinez pour ces troupes. La de- penfe que LEmpcreur fait pour la paye des OHt- ciers & des Soldais , monte tous les ans a la lom- me de cinq rmllions trente - quatre mille fept cens quatorze livres. Si ces Livres eftorent impnmcz, & leurs Cartes gravées avec TadreíTe & lexa&i-
J4 NOVFELLE RELATION tudc quon cmploye cn Europc pour ccs fortes «fcouvrages, lis ícroient dignes de 1'admirarion des períonnes curieufes. 11 feroit à fouhaiter queqúel- quun cn voulutprendre lapeine,&nousreprefen- ecr au naturcl les murailles, Ics FortcrcíTcs, & Ics au- tres chofes les plus remarquablcs de ce grand Empirc. , Par ce °IUC nous avons dit des Soldats deíbncz a la garde des murailles & des fronticres contre les Tartares, on peut aifémentjuger dela quantitédc ceux qui font employez fur les confins des Provin- ces, dans les Citez , dans les Villes, & dans tous Ics autres-heux murez du Royaumc, ou il n'y en a aucun qui n'ait fa garnifon. Ils font aunombre dc icpt cens foixante & fept mille neuf cens foixante & dix, qui cn temps dc paix gardent & accompa- gnent pendant lc jour les Mandarins, les Ambaf- íadeurs &r autres perfonnes défrayées aux dépcns du Roy, & pendant la nuit font en fenrinelle au- pres dc leur barque ou de leur logemenr. Quand ils onr fait une journée, ils s'en retournent à leurs Garnifons, & dautres leur fuccedent & prennenc cur place. Les chevaux que 1'Empercur entre- tient, tanr pour Ics troupesque dans les poíles, fe montent à cinq cens foixante & quatre mille neuf cens. Ces loldars & ccs chevaux font toujoursen- trerenus : Mais quand il y a quelque revolte ou quelque guerre, les Armées qui sa/Temblent & qui accourcnt de toutes les Provinces, font prefque in- Sombrables. *
DE LA CHINE. ss Comme le temps me manque, & que mesoccu- pations mobligent à eftre court, je rapporteray icv en peu de paroles les principales merveilles de cét Empire, que cét Auteur rapporte fort au long. II V a dans les quinze Provinces trois cens trentc- un Ponts célebres, à peu prés comme celuy donc nous avons parlé cy-devam, & ceux que decri- vent le Pere Martini dans fon Atlas page 1x3. &C Mare Polo Livre lecond, Chapitre vingt-feptieme. Te nen diray pasdavantage fur ce fujet, parceouc íi je voulois décrire chaque ouvrage conlidcrable cn particulier , faurois befoin de compoíer plu- ficurs grands Volumes : mais le Lefteur en jugera par le peu que nous en dirons. II y a dans la Chine deux mille quatre-vingts- dix-neuf montagnes fameufes, ou pour avoir cite taillées en forme d'Idoles monftrueux, comme ce- luy dont j'ay parlé dans la Relation de mon Voya- (Te de la province de Kiam nán , ou Nan Kim, a cei- fe de Sh chuen, & que fenvoyay en Europe en 1643. ou à caufe de leurs fontaines , de leurs herbes, & de leurs mineraux doiiez de grandes vprtus, ou pour leur hauteur extraordinaire , ou pour ieur beauté & leurs autres excellences qui les diítin- guent des autres. _ f , Les eaux célebres, comme font les lacs poiílon- neux les fontaines chaudcs , medicinales & mer- veilleufcs, les grands Eeuves &í les rivieres naviga-
Í6 NOZ) VELLÊ RE L AT ION blcs, fone au nombre de mille qúarre cens foixan- tc & douze. 11 y a deux mille quatrc-vingts-dix-ncuf pieces an- tiques fameufes, comme Statues & peintures célebres & Vazes de grandprix& dune grande répucacion. Millcccnr cinquante-neuf Tours, Ares dcTriom- pne & aucres femblables ouvrages magnifiques ele- vez cn 1 honneur des Rois illuítres , des liommes rameux par leur valeur ou par leur fcience , des veuves & des filies renommées par leur chafteté & Par leurs vertus. Deux cens foixante & douze Bi- bliotheques embelíies de beaucoup dornemens, abondantes cn Livres & bâties aveede grandes dé- - penfes. On. y voit íept cens ncuf Tcmplcs conflruitspar les Chinois en divers remps, en memoire de leurs ancerresj & coníiderables par leur grandeur & par la beauté de leur Architedure. Les Chinois ont accoutumé de rémoigner un amour & une obéíf- íancc extraordinaire pour leurs peres , principale- ment apres leur morr, & c'eft pour en donnerdes marques qu'ils font bâtir à grands frais de íiiper- csfalles, dans Icfquelles au licu dTmagcs & dc Sracucs, ils mettent des cartouches avec les noms de leurs parens. En ccrcains jours de 1'année, que ia ramillc à qui apparcicnt le Tcmple, determine, 4is s ailemblent dans ecs fallcs, ou ils fe profternent par cerre ca figued'amour & de rclpcd > ils offrent dc
DE LA ' T7 de 1' enccns, & font enfuite un lplendide fcílin à pluíieurs tables richement parées 6c gamies avec beaucoup d'ordre, d'une grande quantite de plats & de viandes bien apprêtées. On compte quatre cens quatre-vingts Temples d'Idoles celebres 6c fort frequentez à caufe de leurs richeíles, de leur magnificence , 6c des precendus miracles ou des fables qu'on raconte de leurs Ido- les. Dans ces Temples 6c dans les autres de touc 1'Empire, dont le nombre eft íncroyablcj habitent trois cens cinquante mille Bonzes. Comme je dou- tois qu'il y en put avoir une fi grande quantite , je demanday ce qu il cn croyoic à un de nos amis Mandarin du Tribunal des Rires, duquelles Bon- zes dépendent, 6c qui leur donne leurs Patentes ou paíTeports quon appelleT# tie. Ce Mandarin aprés s'en eftre informe avec íoin , me dit que dans la feule Ville & Cour de Pe kim d y avoit dix mille íiix cens foixante-huit Bonzes non maricz , 6c que nous appellons Ho xám, 6í cinq mille vingt-deux mariez , & qui, comme les precedents , ont des paíTeports; par ou, ajouta-t-il, on peut íuger dc la quàntité de ceux qui lont dans tout 1 Empire. Sur quoy íl faut remarquer que le nombre de trois cens, cinquante mille, dont parle cet Auteur, n eft com- pofé que des Bonzes qui ont des Patentes ; & com- me entre fix ou fept Bonzes d ny en a ordinairc- ment quun ou deux qui ayent de ces Patentes, íi r
58 NOVVELLE KELÀTION nous voulons les compter tous, il eft certain quils fc monteront a plus d'un milJion. Il y a fix cens quatre-vingts-cinq Maufolées fa- meux par lcur Architeóture & par leur richtfle. II eit défendu fous de griéves pernes, dans la Chinc, d'enrerrer les morts au dedans des murai lies des Villes, ou de quclque lieu que ce foit. A.nfiaprés lesavoir mis dans labiére, dont toutes lesjointures font bouchées avec du bitume, afin quils ne ren- dent poinr de mauvaife odeur , ils les laiíTent du- rant quelques mois & mefme duram deux & trois ans, dans la maifon ou íls font morts, fans que ^endant ce temps, les Magiftrats puiflent obliger a les enterrer. On peut auífi, quand un homme cft mort hors de cbez luy, faire tranfporter fon corps d'une Viile ou d'une Province à 1'autre, comme le pratiquem ordinairement les perfonnes riches & les Mandarins 5 fans tourefois les faire paíTcr au tra- vers des Villes,-mais aurour des murailles. Les bic— res quí font d'un bois précieux, courent quelque- fois deux cens, & mefme jufqu a mil écus. Les en- faras des morts les font porter dans des barquesou dans des litieres, durant plufieurs jours, & mefme plufieurs mois de chemin , avec des frais exrraor- dinaires, pour les mettre dans les fepultures de leurs ancctres. Les fepulchres des Grands font d'unc ftru<5ture magnifique, & certainement dignes d ê- Cre vus &c admirez. Ils font faire dans une monta-
DE LA CtíltJE. r9 gneou à la campagne, une belle & grande Maifon touce voutée, dans laquelle ils mettent la biére, & ils élevenc au deflus aífez de cerre pour cn former une petite montagne, quils embelliíTent en y plantant avec une belle fymmétrie, desarbres de differentes efpeces. Au devant de la montagne ils fone conftrui- re un grand Aucel de marbre blanc& p°ly > ^ur k- quel ils mettent un grand oandelabre de marbre, de fer, ou de laiton , te de chaque côté un chan- delier de mefme matiére. On voit enfuite ran^ées de part te d'autres te en plufieurs files quantite dc figures de Mandarins, de Gentile-hommes, de Pa- <*es, d'Eunuques, de Lions de Chevaux fellezr ãe Chameaux, de Tortués te d'autres animaux r toutesde marbre blanc &poly, te dontles aórions te les mouvemens font reprefentez avec des expref- íions fivives, quelles paroiílent eftre animées : les* Ghinois réiifíiííanc dune maniere admirable à ex- Êrimer dans leurs ouvrages de fculpture , la joye,, i triftefle^ la douceur, la colerc te les autres paf- lions. Ils comptent trois mille fix cens trente-fix Hom- mes illuftres te renommez par leurs vertus, par leur íçience, par leur courage te par leur valeur ; par leurfidelité envers leurs Princes, ou par leur obéif. íànce envers leurs parens, ou par quelque ouvrage ou a&ionutile à 1'Ecar. Us comptent auíli d'eux cens huit Filies, Femmes, ouVeuves, qui par leur chaf- Hij \
6o NOVVELLE RELATION tcté, leur courage & leurs a&ions heroíques, fone dig nes d'une étemelle memoire, & font cn efíet celebrees dans leurs Livres & dans leurs Poeíies , & onc efté honorécs par les Chinois , de Tirres , dlnfcriptions, deTemples, & d'Ares deTriomphe! Enfin il y a dans la Chine trente-deux Palais de Princes ou petits Rois, plus petits que ceux de J'Em- pereur, mais quilcur refíemblent dans la forme & dans la difpoficion des appartemens, des falles, des chambres, des jardins, & de toures les autres par- ties qui compofent celuy ou 1'Empereur tient fa Cour. Notres fur le fecond Chapitre. * 4 « « v A page 3P. T | Ans lOriginal Portugais, en cét endro it, /'Au* X Jteur #voit ècrit ces mots a la mar^e. Un Li a trois cens foixante pas; un pas, íix coudées ; une . coudée, la longueur de cerre marge. Vn Li eft un ftade Chinois , la coudée eft un pied Chinois. J'ay me- furé exaclement la longueur de la marge de l'original, que l'Auteur dit eftre égale a une coudée Chinoifc, & jay trowvé quelle efloit au pied du Chaftelet de Paris, comme fept a hu.it, ceft-a-dire que le pied de Paris fur- pajjoit U côtidée Chinoife d'une feptiéme de cette coudée. \ 0
T>E LA CHlNE. 61 Mais comme il eft tres important de fçavoir exacíement L valeur de tes mefures, ilfaut remarquer quil eft ne- ceffaire dans la Geographie de reduirc totites les mefu- res itineraires à un degre d un grand cercle de la tene. On a travaille prefque dans tous les fécles & par- my toutes les Nations policées à déterminer la grandeur d'un de ces degref ; mais auec f peu de fucccf & tant d'incertitude, qua peine trouuera-t-on deux Geographes qui saccordent en ~ce point, comme on le peut o>oir dans leurs Ouurages, & patticulicrement dans laGeograpbie reformee du Pere Riccioli Jefuite, qui en a fait un am- ple Recúeil. * Il feroit inutile de rapporter les caufes des erreurs: cies uns er des autres, & de la dijfculté quil y a a déter- miner la grandeur d'un degre auec la derniere précifon. Il fujfra de dire quenfin tjeademie Royai e des Sciences de Paris , compofée des plus fçauans hommes , & des plus habites Jfronomes & Geométres de 1'Europe , a acheué un Ouuragef dijfícile , avec tant de foin, depre- caution & d'exaditude, quil ny * pas lieu d'efperer quon putjfe rien faire de mieux a lavenir. Voicy la ualeur d'un grand cercle de la terre , que cette illufire Compagnie a donnée au Public , felon les mefures de divers pays. Vaieur d'un grand cercle de la Terre. Toifes du Chatelet de Paris - 57060 Pas de Bologne en Ita lie - - 584^1
6t NOVVELLE RELJTION Imerges du Rhein de 12 pieds chacune 15556 Lieues Parifennes de 2000 toifes - 28 ~ Lieues moyenneS de France d'environ 2282 toifes - - - xj Lieues de Marine ou d'une beure de 2Sj3 toifes - 20 Milles d'Angleterre de 5000pieds cbacun 73 Milles de Florence de 3000 brajfs - 63 i 10» Circonfcrcnce de Ia Terre. * " *1 Toifes de Paris - 20341600 Lieiies-.de 25- au degrè - - 9000, Lieiies de Marine - - 720a Diamétre de Ia Terre,. Toifes de Taris — - ^ 65$594 Lieiies de 2j au degrê - - 2864 Lieiks de Marine - - - 22^1 71 Valeur d'un degré - 37060 toifes- Valeur d'une minute - - toifep Valeur d'une feconde - kj Suppofant le pie d de Paris de - 1440 partiess Le pied du Rhein ou de Ley de en a 1390 Le pied de Londres - - -
H NOVVELIE RELAT10N marquee par le Pcre Magaillans , quclle ejl plus petite d environ une dix-feptiéme partie. Les Peres Maffee, Trigaut gr Semedo Icfultes, gr GonJaleZ Augufím , veulent que le Li ou fiade Chinois foit de trois cens pas Chinois, de Jix coudées cbacun; gr les Peres Martini gr Magaillans pretendent quil efl de trois cens Joixante. Le Pere Trigaut gr le' Pcre Semedo donnent cina Jlades Chinois au mille dTtalie, de Joixante au degré; le Pere Martini quatre gr un Jixiéme. Le Pere Magail- ans , dans les calculs qu il Jait de luy-mejme , de la plus grande^ longueur de la Cbine , donne quatre fiades gr demy d cbaque mille dTtalie. Le Pere Triga ut eftime quil faut trois cens Jlades Chi- nois pour un degré; le Pere Semedo, deux cens cinquan- te-cmq> gr les Peres Adam, Martini gr Magaillans n en mettent que deux cens cinquante, quijelon les deux derniers,font quatrcvingts-dix mille pas Chinois, ou cinq cens quarante^ mille coudées ou pieds Chinois : Mais com- me je l ay déja dit, les Geograpbes anciens gr modernes. nont pas efié plus heureux avant que 1'Academie des Sciences eut trouve la ueritable ualcur d'un degré. Ainji tout ce quon peut faire, en attendant que les Ie- Juites que le Roy envoye a la Cbine, nous donnent lespro* portions exaães des mefures itineraires decepays-là, cejl de fuivre le fentiment des Peres Martini gr Magail- lans , conformément d la mefure de la coudée Cbinoifc indiquec » \ y i
DE LA CELINE. buliquée par le dernier, & orla grandeur d'un degré mc- furí. par Mefiieurs de /'Acadynie des Sciences. LJous connoijfons dans la Chine deux mefires certai - ncs, qui font le Chè ou coudee, ou piedChinois, ft) le Puu ou pas, ou toife Chinoife ; & deux incertaines qui font le no mire des Lis ou fiadescompris dans un degré ; £
66 NOVVELLE RELJTION Magaillans sen ejí rapportfà IAtlas du Pere Martini, & quil y a faute d'impreffion dans cét Atlas , ou l'on peut aifément avoir mis un $.pourunz. Cettedernierepen- Jee ejl d'autant plus 'vray-femblable , que Ji au lieu de donner au flade trois cens Joixante Puu ou toijes Chinoi- Jes j on luy en donne Jeulement deux cens Joixante 3 & quenjuite on les multiplie par deux cens cinquante fia- des , le produit Jera de Joixante-cinq milles Puu ou pas Chinois. Ce qui approche de ft prés des foixante-cinq mil- les deux cens on^e & troisJeptiémes, Puu, ou pas aufquels jay, évalué les cinquante-Jèpt milles Joixante toijes de Paris, qui compojent un de pré Juivant la me fure de l'A- cademie Pjoyale des Sciences , que la diference ne nja pas à un flade. Toutes ces chofes eflant fuppofées , il s'enfuit quurt de pré d'un grand cercle de la Terre njaut Pieds du Chdtelet de Paris - - 342.360 Pas Geométriques de cinq pieds de Paris chacun - 68462, Toifes de Paris de fx pieds chacune 57060 4 Chê ou coudées, ou pieds Chinois, qui Jbnt au pied de Paris comme 7. à 8. 351268 Puu ou pas, ou toijes de la Chine , de Jix Chè ou pieds chacun , £
BE LA CHINE. 6? Li ou jlades a 160 Puu ou t>asr& opii valent enuiron le double des Jlades Grecs & Romains - - - Milles de 6o au degré, de 4 ~ Jlades cka- cun3 & de ioStf-t PuuoupasJ ouplus jujk lo%6 % " , " v "j. C* Lieues de marine ou d une beure a 11 i Hades, ou à iiCo j Puu ou pas cha- J íá cune ' S Ces calculs pewvent fervir a reflifer les mefures qui fe trouvent3 tant datis cette Relation que dans lcs,autres3 en attendant 3 comme il a ejle dit 3 que les Iefmtes cn- voyeX Par h * U Chine > n°HS d°nnenJ j Jníeur de la coudee ou pied, du pas ou toije 3 & du ftade Chinois ; M iljerafacide de tirer celle dun de- gré d'un grand cercle a la Chine. B patre 44. Dans la Relation que j'ay faite des aftions de ce fameux Tyran, Cbam hien chum, &c. Cf ftde cem Relation 1c Pere a ce anil dit de Cham hien Chum, dam fin re de la"uerre des Tareares comme le marque mefme. lly confirme ce que dit noftre Auteur des Prin- ccs independam qui fe trouvent dans quelques Provmces de la Chine, fiar un antro exemple d'une Pnncefie Sou-
áS NOVVELLE RELAT10N veratne dans laProvince deSuchuen, qui vimhabiltlr ZilLmrU au /èfoiers de.tEmpereur avec .HÍ.4. ■ f fon ll conte qu elle fie de fa main d'adiam de tam comre Us Tareares que comre Us rebelles... Le Pm Couplee dans fa Chronologie parle aujfi de cem Amaro, ne ou Princejje tndefendante. Les loiianges que le Pere Magaillans dome en cée en- role a Sun co vam, tun des fils adoptifi du Tyran Cbam biencbum, mfpirerom peue-eftraux - fite de/favo,r queUa efiéfadeftinée. Voety ce aue fen *y tn™ d"ns iHiãoire du Pere Rougcmit, qui feuh en a fau mention.. 6 " J Jpres que le cruel Tyran Cbam bien cbum eut cílé tue & fon Armee defaite par Us Tareares, Sun co Ll L7drr"TP"'Um nan qu ,1defendi, vaillammene duram quelques années comre Us Tareares, ll Us bae mefme cl pLursreZ contres , & ilsacqme. une f, hame repueaeion par ÇeS- verem & parfes grandes aãideJré Em- penar par fon armee en tannée eíjo. ll y avoi, e„ „ eemps un autreEmpereur de laraceRoyale, ice,peei,-fils-defEmpereurYanhé, £ Pr,me avoieefle reconnu Empenar dans Us Provin- «s de Quam fi& de Que, che & dans une partse de ■elle de Quam eum , mais tannée s<;o. Us Tareai ayane reconauiseoueela Provime de Quam eum, aeeaqZne «U.de Quam f,, &obl,gerem Yum pourfrmeere /
DE LAÓH1NE. 69 fíi feuretê 3 de fe refugier. dans la Province d!lun nan, dont Sun co vam etoit le Aíaitre. Les amis de Sun co Dam luy confeillerent de faire mourir cet Empereur fugi- tifi & de fe maintenir dans la puijfance Souveraine quon luy avoit conferée: mais il le refuja abfolument3 & dit quil vouloit reconnoijlre Yum lie a qui la naijfanc* donnoit un droit incontejlable a la Coutonne. Il le reconnut en ejfet pour Empereier 3 & Mus les Ojfciers & les fol- dats fuivirent fon exemple. li avoit des troupes fort noni- hreufes & fort aguerries 3 & ily avoit apparence que ce grand Capitame auroit pii rétabhr les ajfaires de la Chi- ne & chajfer lis Tar tares xmans les vices de 1'Empereur qui ne prenoit aucun foin de fes ajfaires 3 & efloit cntiv- rement adonné au vin & aux femmes, en empêcherent leffet. Cette conduite fit tomber Yum hé dans le mepris de tous fes Sujets ; & Sun- co
7° NOVVELLE RE L AT ION beaucoup de peine a s'écbaper par la fiuite 3 avec trois cens foldats qui luy cfioicnt les pltis fideles. Alors voyantquil ne refloit plus aucune efperance de rétablir les ajfaires des Cbinois, il alia fe rendre aux Tartares 3 qui ayant une grande eflime pourfd vcrtu 3 le comblerent abonneurs & iéleverent mêmc d la dignité de Prince ou de petit Roy. Peu de temps aprés Yum lie prive du fecoursde ce grand Capitaine 3 fut bientofl prive par les Tartares de l Empire & de la vies la valeur de Litim que n ayant pas efié fuffifante pour Içur refifier. Le fils ainè, la fiem- me & la mere de cét Empereur avoient efié baptife^ en ifyS. par le Pere André Koffier Jefuite 3 & le fils appel- lé Conflantin. VoUd ce que j'ay extrait de 1'Hifioiredn Tcre Rougemont„ C page 53. Dans ce mefme Livre on voit la quan- ti té de loldats quifont la gardc fur cette fcon- tiere, &c. Jly a quelque diverfité entre les Auteurs touchant te nombre des Joldats de la Cbine 3 que tous neanmoins fiont extraordinairement grand. Le PereTrigaut dit quil yen a plus d'un million , le Pere Martini prés d'un million ; gr au rapport du Pere Semedo, le Pere Jean Rodrizue^ qui efloitfort curieux & avoit beaucoup voyagé dans la Cbine, afjuroit quil avoit trouvé dans les Livres Cbi- nois3quily avoit cinq cens quatre-vingts-quatorgc miL les foldats dans les diverfes Provinces du Royaume 3 gy
7* NOWELLE RELATION dats que 1'Juteur Chinois 3 rapportc par le Pere Ma» &vuans , met, tant fur la frontiere quau dedans de la Cbine 3 qui monte a fei^e cens foixante & dix mille wingt-quatre : d'autant plus que ce Royaume cfl três. ytjk er extraordinairement peuplé 3 & que ccs íoIdats Jont fins difciphne &fans courage. Le Pere Martin* dit a la verite que les Tartares font plus foldats que let Cbinois : mais il ajoute , que toutefois ils ne font pas Comparablei aux troupes de lEurope. CHAP. IIí.
E LA CHI NE. 75 CHAPITRE III. De 1'antiquité du Royaume de la Cfoine, & de lefiime quen font les Chinois. E Royaume eíl íi ancicn , qu il s'cíl confervé dans fa forme., & a efté continue par vingt-deux Familles qui onteu deuxcens trcnte-íix Rois durant 1'efpace de quatre millc vingt-cinq ans: Car il y a autant d'années qu il a commencé, fuivant 1'opinion que les Chinois tiennentpour ccr- taine & indubitable. Parce que íi nous voulions nous arrefter à celle quils eftiment tres-probable, il y auroit quatre mille íix cens vingt ans jufques à cette année 166$, que ce Royaume a commencé. Les Chinois ont trois opinions fur ce fujet. Quel- ques-uns de lcurs Livres mcttent fon origine plu- ncurs centaines de milliers d'années avant la créa- tion du monde : mais quoyque le peuple ignorant la croye, les hommes fages & fçavans tiennentces Livres pour apocrifes & íabuleux, depuis que C«w- fufus a condamné cette crreur. La feconde opinion
f 74 novvelle reljtion faie commencer ce Royaume parle RoyFohí, qui regna le premier vers les confins de la Provincede Xenfi, la plus Occidentale de la Chine, & enfuite dans la Province de Ho nan, fituée prcfquau mi- Jieu de cét Empire. 11 y a felon leurs Livres deux mille ncuf cens cinquante deux ans avant la naif- íance de Jesus-Christ , que ce Prince commenca à regner, environ deux cens ans aprés le Délu^e univerfel, fuivanc la Vcrfion des Sepcante Interpre- tes. Tous les Lettrez eftiment cette opinion pro- bable, & plufieurs deux la tiennenc pour indubi- table.^ La troifiéme eft que ce Royaume a com- mencé íl y a quatre mille vingt-cinq ans, par un Roy nommé Yao. Si quelque Chinois refufoir de croire cette derniere opinion qui eft entreux comme de foy, íl feroit confidcré comme un Hé- retique, & en cette qualité rigoureufement châ- tié i & fi les Prédicateuts de l'Evan
DE LA CHIN E. 7y nicres opinions font fort probables, que pour cvi- ter les inconveniens que nous avons dit, & beau- coup d'autrcs qu on fe peut facilement imaginer. Il faut avoiier quil n'y a point d'Erat au monde qui fe puiíTe vanter d'une fuite de Rois íi ancicnne, li longue, & íi bien conciníiée. Ceux dcs AlTiriens, des Perfcs, des Grecs & des Romains ont pris fin, au lieu que celuy de la Chine continue encore comme un grand fleuve qui ne ceíTe jamais de rouler fes eaux. Cette iongue durée , & les autres exccllences de la Chine que nous avons rapportées cy-devant, ou dont nous parlerons dans la íuite de cét Ou- vragej infpirent auxChinois un orgiieil infuppor- table. Ils eíliment au fouverain degré leur Empire & tout ce qui leur appartient, & méprifent au der- nier point les Etrangers & tout ce qu ils ont d'a- vantageux, quoyquils en ayent tres-peu ou point du tout de connoiflance : Et il ne faut pas s'en é- tonner 3 puifque 1'orgiieil ne vient que de 1'aveu- glement & de 1'ignorance. Dans leurs Cartes ils donnent à la Chine une vafte étendue *, mais ils reprefentent autour les autres Royaumes fans or- dre, fans poíition & fans aucune marque de bon- ne Geographie petits & racourcis & avec dcs ti- tres ridicules 6c méprifans. Par exemple, Siaògtn efie, ou Royaume dont les Habitans font tous nains, &c íi petits, qu ils font obligez de fe lier K ij
7<* novvelle relation plufieurs enfemble pour s'empcfcher d'êtrc cnlevez par les Aigles & par les Milans : Niu gín que Royaume ou tous les Habitans font femmes, qui: conçoivent en fe mirant, & voyant leur figure dans fcn puys, ou dans une riviere , & n enfantent que des filies Chucn Sin que, Royaume ou ils ont tous un trou à la poitrine, dans lequel ils mettent un bois & fe portenc ainfi les uns les autres: Royau- me dom les Habitans ont le corps d'hamme, &le viíagc de chicn : Royaume ou les hommes ont les bras fi longs , quils vont jufqu a terre : Et beau- coup dautres chofes femblables. Enfin ils repre- lentent lesEtats voifins, commc font lesTartares les Japonois , ceux de la prefqulíle de Corée, &les autres qui font autour de la Chine, avec ce titre, Les quatre Barbares„ Ils difent qu'au dehors de la Chine, il y a foixante & douze Royaumes, qu'ils c epeignent tous perits & au milicu de la mer, com- mc autant de coquilles de «oix, & leurs Habitans iaids, diftormes & monftrueux, avec des geftes íí íidicules ou fi terribles , qifils reíTemblent plutoít a des Singes ou à des beftes farouches , qu a des fiommes. Dans ces deçnicrs temps ayant appris- quelque chofe de 1'Europc, ils rontajoutée à leurs- Cartes , & l ont placce au milieu de la mer, com- mc fi cefioit rifle de Tenerife, ou quelque Iíle de- ltrte j & c eft pour cela que le Viceroy de Ouam- um., fannée 166S. aprés avoirparlé defÀmb^de
* BE LA CÍÍ1NE. 77 des Portu^ais dans un Mcmoirc qu il cnvoya a 1'Empereur, ajouta ces mots, On voitbicn que " PEuropc neft autre chofc que deux petites Ines ^ aumilieu de la mer. Us divifent lc Ciei en vingt-huit Conftollations, & la Chinc cn autant de quartiers, à chacun deí- quels ilsiattribuent une de ces conftellations, dont ils leur donnent le nom , Tans en laiíTer une íeule pour les autres Royaumcs. Ils donnent au leur des titres élevez & magnifiques, & aux pays errangers des noms barbares, defagréables & meprijans, ahn de relcver leur Empirepar labaiflement de tousles autres Etats- . « » — Dans le ternps que j'eftois avec le Perc Louis Buelio dans la Capitale de la ProvincedcSu chuen, il séleva une perfccution cont-re la Religion Chre- tienne, excitée par plufieurs nulliers de Bonzcs qui saíTemblerenc de toute laProvince, & dansleme- me jour nous accuíerent dans tous les Tribunaux de la Ville, principalcment au Tribunal criminei appèllc Gán ckS si, dont lc Préfidcnt répondit à la Requcfte des Bonzes de ccttc maniere. Si ces < Etran<»ers demeurent dans leur mailon íans cn " fortir5 ni enfeigner de nouvcllcs inventions-, « Chim qie chi ú fá si fiyim , ceft-adire, cec '* Empire cft fi vafte, quit peut contenir ceux du « pays & les Errangers, y ayant affczdeplace pour " paus. Mais sils enfeignent une nouvelle doto-
7& noweule reljtion ^ Us diftercncç des taintcs & des véritables que nqus profeífpns dans ce grand Empire , & Ais V, pretqndent lurprcndcc & crompcr 1c,peuple, qu'ils » íoienc Punis chacun de quarante coups de' foiiet „ & cha^lez dc la Provinçe. Le Pere Nicolas Longobardo ayant parle Jong- temps de la Loy de Dieu a quelques Eunuques, avec des raifons & des argumens íi folides, qU'on voyoit aíTez qu'ils en eftoient convaincus inrerieu- rement, ils ne répondirent que les paroles fuivan- j, ces. Chum que clu vai hoanyeu táo, c'eft-à-dirc „ queft-ce que nous voyons ? queft-ce que nous* „ encendons ? Se peut-il faire que hors ce grand „ Empire il y ait quelque regle ou quelque che- „ min pour arriver à la veritablc vertu ? Y a-c-il „ quelqu autre croyance ou quelquautre Loy ? II meftarrivé àmoy-mefmeplufieursfois,queparlant a des Lcttrez de la Religion Chrétienne & des Scien- ces deTEurope, ílsme demandoient íínous avions leurs Livres ; & comme je leur difois que non, ils me repliquoienc tous furpris, incercains & fcanda- Eíez, íi dans 1'Europc vous n'avez pas nos Livres & i-òcre ecriturc , ainíi que vous 1'avoijez vous- mefmes, quelles lcttres & quelles Sciences pouvez- vous avoir. Toutefois ces infidcles font dignes de compaííion & d'excuíe, parce quil n'cft pas pof- íiblc de s imaginer la baute ídéc que nonfeulcmenc Jcs giands Sejgneurs & les gens de Lcttres, mais
DE LA CHINE. 79 encore le petit peuple, fe forment de cét Empire- Et certainement outre que nôtre nature nous por- te toujours à nous eftimer nous-mefmes & touccc qui nous appartient, plus quetout lereftedu mon- de, les grandeurs dc les avantages extraordinaires de cc Royaume contribuent beaucoup à remplir 1'eíprit efes Chmois de folies imaginations & d utt orgíieii fans égal. . :-I " / rv: : Nottes fur le troifieme Chapitre. A page 75. T A Chronolofe de la Chine efl d'une extreme im~ | j portance a caufe dc fon antiquité, & je crois que les Portugal* & les Caftillans nont point fait dans leurs voyaves dc découverte plus confldérable. Les An- nales des Caldéens çy des Egyptiens auroient pu le dif puter a celles de la Chine, & peut-eflre encore celles des Tjricns & de quelques autres Orientaux dont Io- flpb flatt mention > mais elles font peries il j a long- temps , aufli-bicn que les Hifloires de Berofe Caldeen, & dc Manethon Efyptien, dont il ne nous refle que quelques flraymans prejque tout-d-fait mutiles. Les Grecs & les Romains ne nous ontrien laijjédc certain avant Herodote, appellé d caufe de cela lepere3 de l Híf-
8 o NOWELLERELJTJON toire, & qui nccrivit quenviron quatrc cens cinquan- te ans avant Jesus - Christ: Et fi l'on veut remonter d l origine des Olimpíades, elles ne commen- ccrent que fept cens foixante-dix-fept ans avant íln- carnation. Mais les Cycles des Chinois ($p leurCbro- nologie commencent deux mille jix cens quatre-vingts- dix-fept ans avant J E s u s-C hrist ,fous le regne de Hoara ti, & mefme deux mille neuf cens cinquante- deux ans, fuivant le fentiment de ceux qui s'attacbent a la feconde apinion > & qui reconnoijjent Fo hi pour le premier Empereur de la Cbine. Et quand on vou- droit s arre (ler d la troifiéme opinion qui jait Yao le premier Empereur de la Cbine , cette Cbronologie au- roit commencê deux mille trois cens cinquante-Jept ans avant la naiffancc de Jesus-Christ , cejl-à- dire quinze cens foixante-neuf ans avant la premiere Olympiade. ll femble quon ne peut pas refufer d'ajou~ terfoy d cette Cbronologie, dcaufequelle eft bicn fuivie & circonjlanciée; que lie efimoins fabuleufe que les pre- mier s temps de iHiftoire Grecque <*r de 1'Hijloire B^omai- ne ; & quony a marqueplujieurs eclypfes f^autres oh- fervations Jfironomiques, qui saccordent parfaitement bienavec les calculs de nos plus fçavans jdjlronomes des derniers (tecles, ainfiqueje 1'ayveu dans quelques Dif- fertations manufcrites fdites fur ce fujet. On peut ajou- ter que prefque toutes les parties de 1'Hiftoire de la Cbi- ne ont eflé ecrites par des Auteurs contemporains; par exempleé les gejles du K.oy Yao ont ejle écrits parles Secretairei
DE LA CHINE. 81 Sc creta ires de Xun fon fuccefeur. FHifboire de Xun de fon fucceffeur Yu, aaufi efe écrite deleurtemps, & ef contenue avec celle du Roy Yao dans les deux premieres Parties du plus ancien & du plus venera- ble Livre des Chinois , appellé Xu Kin. Il ejl divife en fix Parties , dont les quatre dernteres contiennent une partie de l'Hifoire de la f conde & de la troifeme Famille Imperiale. On ne peut pasdouter de l'antiquité & de la verité des deux premieres Parties du Livre Xu Kin, puifque Confucius qui vivoit cinq cens cinquante ans avant J E s u s-C HRisT, en a fait fouvcnt men- tion 3 & a ramajfé avec grand foin beaucoup d'ouvrages autentiques qui contiennent plufeurs particularite% de la vie & du gouvernement des premiers Rois. Vn autre Thilofophe appellé Lao Kiun , contemporain de Confu- cius > & unAuteur plus ancien que luy de deux cens ans, nommé Tai fu cum , citent fouvent ces anciennes Hif- toires. Confucius luy-mefme a écrit l'Hifoire de plufeurs guerres de la Chine durant deux cens quarante-un ans, qu il commcnce a la quarante-neuviéme année duRegne de l'Empercur Pim vam trei^iéme de la troifeme Fa- mille, appellée Cheu, céfl-à- dire,fept cens vingt-deux ans avant la naijfance de J E s u s-C HRIST. Depuis ce temps-là il y a eu de fecle en fede un grand nombre d'Hisloriens que les Chinois confervent encore} & enont compofé des Hifoires gencrales , dont il y en a une en plufeurs Volumes Chinois dans la Biblioteque du Roy. On peut ajouter que la certitude de cette Chronologie
8i NOWELLERELATION eft confirmée par beaucoup de circonflances conformes a l'E- criture Sainte 3 quellc contient, & quon ne trouve dans ttucune autre Hifloire ; par exemple , la longue vie des prtmiers Rois pareille a celle des Patriarches du temps d'Abraham. Ainfi on raconte que Fo hi regna centcin- quante ans ; Xin num fon fuccefjcur , cent quarante} Hoam ti vécut cent on^e ans; Xaohao qui luy fuc- ceda, cent ans; Ti co, cent cinq; Yao, cent dix-huit; Xun fon fucccfjeur, cent dix ; Yu, cent ans-, & apres luy l'dge des Empereurs neut rien d'cxtraordinaire.. On uoit aujji que Fo hi commença a regner dans la Provin- ce de Xen íi, la plus Occidentale de la Chine ; ce qui fait connoítre que luy ou fon pere esloit venu de 1'Occi- dent ou Noé &r fes en fans demeuroient aprés le Déluge: ue fon Royaume efloit petit, & fes fujetsen pctitnom- fe i enforte quit eftoit plutoflun puiffant Pere de Fa~ mille comme Abraham , quun Roy ou un Empereur : que luy & fes fujets vivoient d'herbes £
DE LACHINE. 8$ fié lEcriture Sainte pour nous rendre fçavans , mais pour nous rendre bons ; & quainfi il peut s'eflre fait quelque omijfton ou quelque erreur dans les dattes ; on peut repondre que la queflion de la durée du monde de- puis le Deluge, felon la Vulgate, nefl pas encore dé~ cidee ; que cette Chronologie saccorde fort-bien avec la Traduâion des Septante, qui efl autentique & rcceue de 1'Eglife aujji-bien que la Vulgate. Mais ce nefl pasicy le lieu de setenàre fur cette matiere ; ceux qui voudront en fçavoir davantage > poutront confulter le Livre que le Perc Pe^eron Bernardin a fait nouvellement impri- zner fur ce fujet. On ne peut pas dire aufli que les Peres Jefuites ayent concertéxnfemble cette Chronologie, parce que nous voyons quils ont dit la vente dans le refle de leurs Relations ; quils ne f ont pas dificulte de fe corriger les uns les au- tres quand tis fe font mépris , comme on le peut voir dans notre Autcur en divers endroits : que les Reli- nieux Jacobins 3 Auguflins & de Saint François, qui ont eu plufleurs dijferens avec les lefuites au fujet de leurs Mijflons, saccordent avec eux, & ne les ont ja- mais accufés d'avoirerre dans la Chronologie :& quen- fln les Hollandois qui ont envoyé des Ambajfades a la Chine, & qui ont plufleurs milliers de Chinois a Batavia, n ont jamais rcpris les lefuites dAvoir fait aucune erreur fur ce fujet ; & au contraire, font beaucoup d'eflime des Oeuvres du Pere Martini , quils ont toutes imprimées en Hollande, ainfl que la China illuílrata du Pere Kirker. L ij ✓
NOVVELLE RE L AT ION CHAPITRE IV. D es Lettrcs & de la Langue de la Chine. . UOYQUE les Egiptiens fe ventent cTavoir eílé les prcmicrs qui onc cu des Lettrcs & des Hieroglifcs , il eíl certain toutcfois que les Chinois en ont cu avant eux. Toutcs les autrcs Nations ont eu une écriturc commune , qoi con- íifte en un Alphabet denviron vingt-quatre let- trcs , qui ont à peu prés le même íon, quoyque leur figure íoit differente : mais les Chinois ont cin- quante-quatre mille quatre cens neuf lettres, qui exprimentce qu'ellcs íignifient avec rant de grace, de vivacité & de force , quil femble que ce nc foycnt pas des caraóteres, mais des voix & des lan- gues qui parlent, ou pour mieux dire, des figures & des imagcs qui cxpriment & reprefentent au vif ce qu^llcs íignifient, tant Tartince de ces lettres cft admirable. Pour preuve de ce que je dis, je mettray icy un paragraphe d'un Traité que j'ay fait de la Langue Cliinoiíe. Lcs lettres Chinoifes font Cmples ou compofées.
DE LA C Lcs fimples font faites de lignes, de pnints & de plis, comme Tti fin, £ mo, Tfa '» > £ chu-r compofées font formées de pluGeurs iettres 1fím- ples jointes enfemble, comme ^ , La lettre x«, fignifie fincere, fincente,& cllc eft co - poféc de la lettre m, qui fignifie comme , & d la lettre fa, qui fignifie cceur, parce que lho - me fincere a le'vifage & les paroles comme le cceur. La lettre chu fignifie piher ou colonne & elle eft compofée de Ta lettre % mo , qui fiemhe arbre, bois, ou piece decharpcnte , & de la lettre * chu, qui fignifie Seigneur ou Maitre,parce qu 1« piliers ou lcs colonnes font comme les Maitres de la maifon, & les apuys qui la foútienncnt: Et par- ce que une Foreft conticnt pluficurs arbres , la lettre H» qui exprime cc mot, eft compolee de deux mo. Quand la Foreft eft fort epaiíTc, elle eft figmfiée par la lettre £.fen formee de trois mo;parce que nous venons de direon pouria juger desautres artífices qui font en grand nom- bre dans la compofition des lettres Chinoifes, & qui ont tant de force & d'énergie pour expliquei: , & même pour perfuader ce quelles figmfient nu.1 arrive fouvent que le changement d une feule let- tre dans un procez, eft fuffifant pour faire padre lcs biens & la vie à 1'accufe ou a 1 accufateur. II ne fera peut cftre pas mutile d'examiner ícy, fi les lectres Chinoifes font des Hieroglifes ou non.
S& NOVVELLE RELJTION Je crois cn prcmier licu,que fi Ion conildere Ieur prcmicre origine , .1 eft mdubitable quclles font icroglifiques ; parce que les Icttres anciennes dont lesChinois difem quon fe fervoic duram les premicrs fiecles de cét Empire, fone des images wfil U SUKM' ?°^Ue imParfaites- àcs chofes vilibles qu clles figmhent. Par exemple, la lettre anciennc qui figmfioic lc Soleil, eft cellc-cy o "e & ceilequi eft prefentement en ufage.eft faite aín- 1 8 ge. La lectre de Ia Lune eftoit de cette forte D yue,& maintenant ceft la foivante B Wf. r, lettre aneicnne qui fignifioit Ic fondement dequcl- que chofe avoit cette figure a leitre moderne lc fait de cette maniere * i.ucn, & ainíí des autres. On voit par là que beaucoup de Icttres anciennes eftoient des figures qui reprefentoient ce Cjuclles fignifioicnt,& par confequent quunepar- ne des Icttres Chinoifes font originairement des Secondement on peut dire la mcfme chofe des ectres modernes confiderées en clles-mefmes. Car la plupart font compofécs de Iettres fimples, de la ignihcation delquclles ellcs retiennent touiours quelque chofe. Par exemple, coutes les Iettres qui ont quelque rapporc à la femme, font toutes com- pofécs de Ia lettre mu, qUi fignifie femme , & de quelqu aurre lettre. Ainfi Ia lettre ciú qui veut dire qu un homme fe marie ou prend femme,eft com-
de LA CHI NE. 87. pofée de la lettre cm prendrc , & de la lettrc nm femme : La lettre Kiá , qui fignific qu une femme fe marie, eft compofée de la lettre Kiá , qui veut dire maifon, famille, &í de la lettre niu} qui íigni- fie femmc ice qui eft le même que dc dire que la femme eft dans fa maifon ou dans fa famille,par- cc que les Chinois difent & eftiment que les fem- mes font de la maifon de leur mary,& non pas de eelles de leurs peres, On peut connoitrc par ces exemples de lacompoíition de leurs lettres, qu elles font Hieroglifiques, puiíqu elles reprefentent a li- magination ce qu'clles fignifiens avec tant dc gra- ee, & d'une maniere fi ingenieufe. Troifiémement, la nature des Hieroglifes n'eíl pas deftre des figures naturelles des chofes quils- fianifient, mais feulement de les reprefenter , ou naturellement , ou par 1'inftitution des hommes.. Qr toutes les lettres Çhinoifes , ou font des figu- res naturelles, comme les anciennes du Soleil , de la Lune & autres femblables, ou íont des figures deftinées pour figmfier quelque chofe , comme fone toutes celles- qui figniftent des chotes qui n'onT aucune figure^, comme lame, la beaure , les vertus, les vices, ôc toutes les aiftions des hommes & des animaux. Quatriémement, on ne peut pas dire de mefme que nos'lettres foient des Hieroglifes., paice que thacunc en particulier ne reprefente & nc fignifie l 1
SS NOVVELLE HE L AT ION rien, mais feulement quand elle eft jointe à d'au- tres;au lieu que chaque lettre Chinoife a'Tfa pro- Í>rc íigniíication , & quelle la conferve quand on a jointavec d'autres. On levoit par exemple dans la lettre lim, qui lignifie une cloche ; car elle eft compoféc de la lettre K/n, qui veut dire metail, & de la lettre lim , qui íignifie commander ; parce uil n y a point de maniere plus aifée decomman- er que le Ion de la cloche. Par ou l'on voit évi- demment que ces deux lettres dans la compoíl- tion confervent leur lignification particuliere. Cinquiémement , puifque les lettres Chinoifes ne font pas de íimplcs lignes ou cara&eres, mais des figures deftinées pour reprefenter ou íignifier quelque chofe , il s'eníuit neceíTairement quelles nc íont pas de íimples lettres comme les nôtres, mais des Hieroglifes. Surquoy il eft à remarquer que ces lettres Hieroglifiques ont un avantage par- riculier qui foulage extrémement la memoire pour s'en fouvenir, (te contribué beaucoup à connoitre & diftinguer ce quelles íignifient, c'eft que cha- que genre & chaque efpecc a une lettre diftin&e, qui fe trouve dans toutes cellcs qui íignifient les chofes contenues dans la même efpece. Par exem- ple, toutes les lettres qui íignifient les chofes qui ont quelque rapportau feu, contiennenr infaillible- ment dans leur compofition la lettre bo, qui íigni- fie feu. Ainfi la lettre çai3 qui veut dire calamité, eft
9o NOVVELLE RELATION pluíieurs monoíillabes, dont Ies Chinois ne fe fer- vem poinc, comme Ba, be, bi, bo, bu. Ra, re, n,ro, ru. Pom, Tom, Nom, Mom, &c. Enforce que le nombrc de leurs mocs coníiderez en eux- memes, n'eft que d'environ trois cens vingtrmais 11 on les coníidere avec leurs diíferences & leurs- diítindions, il y en a aííez pour former une Lan- gue tres-parfaite. Par exemple, la íillabe Po , prife en onze diverfes manieres , fait onze mots, & fi- gmfie onze chofes diíferences. Ec c'cft une chofe admirable, que chaque monofillabe eft nom, pro- nom fubftantif, adjeótif, adverbe , & participe -r qu ellc eft verbe & fignifie le prefenc, llmperatif, e fubjunéfif & 1 inHnitif j le íingulier , le plurier, avec leurs perfonnes j le prefent , limparfaic, le parfait, les aoriftes &lc futur.Cecte diverficé vient de Ia maniere de la prononcer en variant la voix, le ton, ou 1'accent, qui eft ou íimple, ou fort, ou grave, ou aigu, ou circonflexe, comme auífi en y marquant ou n'y marquant point d afpiration. La uifterencc des accens dans la prononciation , fe connoic par la diveríité des tons de la voix. Par exemple, 1'accent ou le ton íimple , eft quand on prononce avec une voix unie & égale j ce que nous marquons avec cette figure íimple & égale, — > 8c ainíi des autres. Nous exprimons 1'aípira- "on avec cette marque, c ^ dont les Grecs fc fer- vem pour íignifier 1'afpiration. On peut voir tout
DE LA CHINE. 91 cela dans 1'excmple fuivant dcs onze manieres dans lefquellcs la fillabe Po peut eftre confidérée. % % % % a TS, % TS. % Tè, • 9-T!cettc fillabe ell prononcéc avec un acccnt cgal oc uni , % íignifie verre ; avec un acccnt grave íigni- fie boiiillir; avec un accent aigu, veut aire van- ner du bled ou du ris; avec un accent circonflexe ouvert, ^ íignifie fage , liberal; avec un accent circonflexe ferrné, & un pòint au deflus, Po íigni- fie préparer. Quand on la prononce avec un ac- cent circonflexe, chargé & afpiré, íignifie vieil- le femme ; avec un accent égal & afpire, ]$ íigni- fie rompre, fendre ; avec un accent abaifle ou bas & afpiré, íignifie enclin ou incline ; avec un accent aigu, élevé & afpiré, íignifie tant foit peu , prefque; avec un accent circonflexe ouvert & afpiré, ^ íignifie arrofer ; avec un acccnt cir- conflexe fermé, avec un point au deflus & afpire, íignifie efclave, captif. Dans le Traité des Lettres & de la Langue Chi- noife, que j'ay compoíe pour ceux cjui viennent prêcher dans cétEmpire, j'ay explique fort aulong ccs onze manieres de prononcer , qui font beau- coup plus intelligibles par ce qvui precede & cc qui fuit. Toutefois ce que j en dis icy eft fufhfant pour faire connoiftre 1'artifice de cettc Langue, qui nayant qu'un íi petit nombre de monoíillabes, nc laiífe pas d'eftre fort abondante òc trés expreífive,
9i NOVVELLE RE L AT ION parce quelle les aíTemble, les change, & les mele en tant de manieres & fi eloquentes, que ceftune chofe admirable, comme on lc peut voir dans l'e- xemple fuivant. La lettre mo 3 comme nous avons dit, eftant feule fignifie arbre , bois, ou le nom propre d une Famille, &c. Mais dans lacompofi- C1°nellccomprcnd quantitédautres fignifications. Mo cum eft le nom de certains Saints que les Chi- nois prétendent ne mourir jamais, mais quils vo- lenc d'un bois ou d'une montagne à une autre. Mo to íignifie un batant de cloche ; & parce qu'il iert a la faire entendre , les Chinois ont fort .élegam- ment donne le nom de Mo to aux Maítres, Do- «fteurs ou Prédicateurs de la foy, à caufc que par leurs voix , par leurs écrits & par leurs exemples, ils la font entendre & 1'enfeignent aux bom mes* fuivant ces paroles de 1'Ecriture , In omnem terram exhit fonus eorum. Ceft auífi par cette raiíbn que les Chinois donnent le nom de Mo to par exceL lence à Cum fuciusi parce quil a enfeigné Ia Loy naturelle des anciens, & qu'il eft le Maitre & lc Dodteur de cette Nation. Mo leáo íignifie une quantité de bois prepare pour bâtir. Mo hiam eft le nom d une certaine odeur. Mo n^eu fignifie par hazard il fignifie auííi de certaines figures ou pou- pées que les Chinois portent quand ils accompa- gnent leurs morts. Mo kin eft le nom d'une fleur qui s epanoiiit le macin, & le foir fe fiétrit & tom-
T>E LA CHI NE. 9j bc , & dont les Chinois fc fcrvent agrcablcment dans leurs compoíitions , pour faire entendre le pcu dc durée & 1 inconftancc des bicns dc cctte vie. Mo puen íignifie une jatte ou gamelle. Mo ticn fignifie un Ecolier du College Royai : Mo veut dirc un açbre, & ticn, leCiel & ainíi ceft comme fi 1'on difoit quun Ecolier du College Royai eft comme un arbre plante dans lc Ciei. Ado c^ua íi- ernifie un coin , fruit qui Te trouve dans la fculc Province de Xan fr. Les Chinois ne les mangent pas , & s'en fervent fculcment dans la Medecine. Ado kic íignifie des fouliers de bois. Mo lany des bar- reaux ou crillesv Mo cicn, un coin de bois. Moquait un batom Mo no , un homme qui parle peu. Mff auen, un bâton-, ou un homme impudent, ou un crocheteur. Ado piao, une grande cuilicr dc bois. Mo bia, un coffre. Mo fiam, une armoire. Mo Yu, un inftrument de bois, de la foimed unpoiííon, que les Bonzes battent, ou dont iis joíicnt en faifant leurs prkres, ou en demandant 1'aumônc. Mo ul, champignon, Mo ciam, ou Mo cnmy Chaipenticr. Mo nicu,, íignific à la lettre, vachcs dc bois, & mé- taforiquement, une invention commodc pour poi- ter de grands fardeaux j faiíant alluíion a un hom- me, qui, à. ce que difent les Chinois, ht autrefois des vaches bois avec un tcl artífice, quclles Te mouvoient d'cllcs-mefmes, & trainoient fort aife- ment des fardeaux d'un poids extraordinaire. Mo
94 NOVVELLE RELAT 10N nu 3 efpcce de petites oranges. Mo nan, nom d'u- ne pierre précieufe. Mo fim, la Planetc dc Júpiter. Mokiun, enchairement, crochet. Momien, coton. La íillabe Mo fe peut joindre de diverfes autres ma- nieres que je laiíTe pour abreger , & toutes les au- tres de mefme : eníorte que comme avec nos vino-t- quatrc lettres nous formons tous nos mots, cníes aíTemblanc de diverfes manicres, de mefme íes Chi- nois forment leurs paroles & leurs difcours en joi- gnant diffcremment leurs íiliabes les unes aux au- tres. Et ils scxpliquent de cctte forte avec tantde clarté, de grace & d energie, qu ils égalent en quel- que façon les Grecs 6c les Latins. A 1a fin du Trai- té des Lettres & de la Langue Chinoife, dont j'ay parle cy-devant, j'ay reciieilly par ordre Alphabe- tique tous les termes Theologiques & Philofophi- qucs que nos Peres ont employez dans les Livres qu'ils ont compofez pour les Chinois ; & j'ay re- marque qu'il y a quantité de mots qui expriment leur íignification beaucoup plus heureufement 6c plus facilemcnt que les noftres, tant cette LancrUe eíl belle & eloquente. & On me demandcra peut-eftre comment il Cc peut f\iirc qu un même mot ait tant dè íianifica- tions differcntes, & comment ceux qui les enten- dem les peuvcnt diftinguer. A cela je répons qUC la vaneté des fignifications vient dc la divcrfíte dc 1 aífemblagc-des monoíillabes, comme nous la-
DB LA C tí 12$ E. 9/ Yons vcu dans la fillabc Mo, & de la differcnce des acccns &des tons,comme on l'a veuauíli dans la fillabc Po. Cette diftin&ion eft fi naturcllc aux Chinois, que fans faire reflexion aux tons &au* accens , iis entendent facilcmenc toutes les ditte- rentes fignifications dun mème monofillabe. Jc dis fans y faire reflexion, parce quen effet le peu- ple nc fçait ce que ceft que ces tons & ces accens, & quils nc font connus que des Poetes & de no? Peres qui entrent dans la Chine, & qui ayans ac- quis cette connoiflance , ont beaucoup dc facilite à apprendre la Langue , qui fans cela leur donne- roit une peine extraordinaire. Nous deyons cette •curieufe & utile obfervation des tons au Perc La- zaro Cataneo de fainte mcmoirc i & j'ay tache de lexpliquer par la comparaifon d un Muficicn qui par l'Art & lc travail, a acquis la facilite d expn- mer & de connoltre facilement les fix tons, ut, rey mi tfa, foi, L, quun homme né avec les dilpoli- tions neceíTaircs , exprime & diftingue naturelle- ment fans aucun fecours des regles & de 1 Art. 11 ne feníuit pas toutefois que les Chinois chantent cn parlant, comme un de nos Peres de Macao e iWinoit j ny qu ils portent pendue au cou une tablettc fur laquellc ils écnvent ce qu ils veulent dire, quand on ne les entend pas, comme on me 1'avoit dit avant que fentraíTc dans cet Empirc^r ny enfin que les Chinois ne puiífent pas parler a
9S NOVVELLE RE LÁ TIO N loieillc, ainíique je le croyois, nfimaginant qu'i! eftoit neccílaire d elever la voix pour cxprimcr les tons & les acccns ; & on pourra cn eftre peifuadé par cét exemple. Si 1 on difoit cn Europe qu'il y a une diftcrence de tondans la fillabe to, des-mots Latins totus Sctotaliter, pcut-cftre quon auroit pei- ne a íe croire ; toutefois il n y a ricn de íi certain * car dans tom, to Te prononce avcc une voix clai- re & forte, & cn ouvrant un peu la bouche ; & dans totaliter , on la prononce avec une voix plus foible & plus bafíe, & fermant davantage les lévrcs. II cn eft de mefme dans la Langue Chinoife : La. íillabe to, prononcée avecunaccent aigu & élevé, a le mefme fon que to dans totus, &c íignifiepareft feux, ou romber , parce qu'un homme parefteux; lemble fe laiífer tomber à chaque pas : to en Chi- xiois, prononce avec un acccnr circonflexe, mar- que avec un point, a le mefme ton que dans tota- Uter, & veut dire lire , étudier , ou un foliraire j parce que pour lire ou étudier utilement , il fauc cíbe retire 6c fohtaire. La Langue Chinoife a beau- coup dautres qualitez 6c avantages qui font con- noitre 1'induftric 6c 1'efprit de ceux qui font inven- tec ; mais je les palie íous íilcnce , parce que ce n eft pas icy le lieu de les expliquer. Je ne puis toutefois m'empefche|Je dire que la Langue Chinoife eftplus facile que laGrecque, que la patine & que toutes les autres de ,1'Europc} du moins on
9$ NOVVELLE RELJTION fi fçavans en cctte Langue,, quils confeíTenr, ca- techifenc, prêchent & compofent avec autant de facilite que ti c5eftoit leur Langue naturellc, quoy- quelle nait aucun rapport avec les nôties, Sc que ces Peres foient tous avancez en age. Ce qui n'ar- riveroitpas en Europe, ou neanmoins les Langues ont toutes du rapport les unes avec les autres. On ne pourra pas douter de cette verité, íilon confidere le grand nombre de Livres que nos Pe- res ont compofez Sc traduits, Sc compofent Sc tra- duifent encore tous les jours en cette Langue Chi- noifc, Sc qui font eftimez Sc admircz par les Chi- nois meftnes, comme font ceux que compofa fur nôtre fainte Loy Sc fur diverfes autres matieres le fameux Pere Mathfeu Riccio de glorieufe Sc fainte memoire, Sc dont les Chinois parlent encore com- me d un prodige en fcience Sc en toutes fortes de vertus ; enforte quil n'y a perfonne dans cét Em- pirc qui ne le connoiífe Sc ríen parle avec éloo-e. Les Sçavans le citcnt dans lcurs écrits, comme un de leurs plus fameux Doóteurs: Et les ouvriers, pourfaire eftimer leurs ouvrages Sc les vendre à un plus haut prix , aífurent quils font de 1'invention de cét homme illuftrc , le Pere Mathieu Riccio. Enfin ils 1'eftiment à un tel point, que pluíieurs croyent que comme Cum fu fiiís eftoit le Princc^ le Saint, le Maítre Sc le Do&eur des Chinois ; de mefme íe Pere Mathieu Riccio eftoit celuy des Eu-
DE LA CKINE. 99 ropcans: ce qui eft la plus grande loiiange que ces peuplesidolatres de Cum fu íiús, luy peuvenc don- ner. Le Pere Diego Pantoja a auíli fait pluíieurs beaux Livres des pechez morreis , des fept vertus qui lcurfont contraíres, Tur le Paternofler, fur X A- ie Maria, & fur le Credo. Les Peres Alfonfe Va- nhone& Jules Aleni ont compofé pluíieurs Tomes fur Ia Religion Chrétienne , fur la Vic de Nôtrc Scigneur Jes us-Christ, fur celle de la Sainte Viergc & des Saints, & fur pluíieurs autres matie- res. Le Pere Manuel Dias le jeune traduiíit tous les Evangiles de 1'année avec les Commentaires & les explications des Saints Peres ; cc qui compofe un ouvragc également ample, pieux & fçavant. Le Pere François Furtado publia la Dialectique, Ia Logique, les Livres de Calo & Mundo, &ceux de 1'Ame. Les Peres Jean Terêncio, JeanRoo, &Jean Adam en ont fait un grand nombre dautres fur nôtre fainte Loy & fur toutes les parties de la Ma- thematiquç. Le Pere Loiiis Buglio qui a cfté tou- te ma confolation & mon Compagnon infépara- ble dans les travaux, les afflictions & les prifons, que nous avons foufferts enfemble durant trente ans, a traduit la premiere Partiede Saint Thomas, que les Lettrez Chinois eftimcnt & admirent de telle forte , que j'ay oiiy dire à l'un d'eux qui li- loit le Traité de Dieu, ces propres paroles Certai- " nement ce Livre eft un miroir qui nous fait voir«•
loo NOVVELLE RELATION „ clairement nôtre ignorance. Le mefme Peré Bu- glio a compofé plufieurs autres ouvrages fur diver- les matieres, l'un defquels eft cette eloquente & fçavante Apologie qu'il écrivit pour répondre au Livre que Yam quam fiem céc homme dangereux, {mblia en cette Cour & dans tout 1'Empire, contrc a Religion Chrétienne & fes Prédicateurs, & quil intitula Pu te y, Pârce que je ri en puis plus. LePere, • pour fe conformerau ftile du Pays, intitula le íien, le refute parce que je nen puis plus. L'un & l'au- tre titre> ont beaucoup de grace en Langue Chi- floife; mais celuy du Pere fut beaucoup plus eftu mé, paree quil a deux íignifications ? La premie- re, Je refute, parce que je n'en puis plus endurerr La feconde, Je refute le Livre intitule, parce que je n'cn puis plus.. Ce quil y a de plus admirable, ceft que ce Pere compofa tous ces Livres dans les Barques, dans les chemins , dans les Hôtellerics entre les mains des barbares & des rebelles, dans- Jes Prifons avec trois chaines aux pieds , trois au cou, & íix aux mains, &en un mot dans de con- rinuelles perfecutions. Je dirois beaucoup d'autres chofes à la loiiange de cét homme véritablement faint & illuftre, íi je ne craignois que la part que j'ay eue à fes fouffrances-, & letroite amitié qui eftoit entre nous dcux, ne me rendít fufpeâ:. Le Pere Ferdinand Verbieft íit en mefme tcmps une belle & doãc réponíè à un Livre, ou plútoíl à une
*DE la CHJNE. ror Satyre pleine d'crreurs & d'une groíTicre ignoran- ee, que le mefme Yam c^uam fiem compofa contre la Mathemauque Europeane. Le Pere Antoine dc Gouvea a fait un Cathechime. Le Pere Jean Mon- teiro a fait deux Livres, l'un de la Loy de Dicu, &£ 1'autrc, de la véritable Adoration. Le Pere François Sambiefi en a compofé quatre,de 1 Immortalitede l'Amc, de la Morale , de la Peinturc & du fon, tous fort courts & fort eftimez. J ay fait moy-mcf- mefme un Traité de la Rcfurre&ion de Jesus- Christ, &un autre dc la Refurre&ion univerfelle. Les PeresNicolas Trigaut, Lazare Cataneo, Gafpar Ferreira, & Alvaro Semedo, ontfait des Di&ion- naires tres-amples & tres-exaóts. Le Pere Gaípai Ferreira a fait plus de vingt Traitez fur divcrfes naatieres. Le Pere Jean Soeiro a fait un Abrege de la Loy Chréticnne. Le Pere Nicolas Longobardo de crlorieufe memoire, & qui rnourut il y a peu d'années en cette Cour, âgé dc quatre-vingts-fei- ze ans, a faitdivers ouvrages dc picté, & un Trai- té du tremblement de terre , fort eftime des Sça- *vans dc cét Empire. Enfin íls en onc compofé un grand nombre d'autres de la Religion Chréticnne, & fur toute forte de Sciences & de maticres ; en- forte quil y en a plus de cinq cens Tomes impri- mez, outre les Manufcrits. On a imprime en Chi- nois un Catalogue de tous les Peres qui font entrez dans la Chine pour prefeher 1'Evangilc, ou font auífr
101 NOVVELLE RE LAT ION marquez tons lcs Livres qu'ils ont compofez. De touC ceia je conclus que comme on ne fçauroit compo- rei & traduire tant de Livres, en íi peu de temps, en une Langueétrangcre,íi elle ncft cxtrémemenc facile, il scnfuit que ia Langue Chinoifc cft plus n Ca JPPrc;n^rc quaucune autre , & que deplus elle ell fort elegante, abondante
BE LA CtílNE. 105 cai mourut cn 1'annéc 1610. que lc Pcrc Mathicu Ric- cio entra en cctte Cour , & dont je paile clans cc Chapitre. "*fiJ (í« ■áhí a renouveller VVL r 4 Ca) 1 Y d(s gr anãs hommes -Yk" C6r'f'fle CT1 *' ^'cu X Ao J 3 "íw *ttrendre *<£> I & confifie en 1. liett rfi.im 6 ^ 4 /í/rf/W la raifonnable ■mim w oti 2, % witl J /j!—• confiftc en 3. lictt A±i \ ' . cfff 5 ^ 4 s arrejler ÍA /,ka" cU . 7 fouverain >2* 7 ■ ■tõ & i H.ilurc. sXen bicn. n L o Commentaire explicai ton du Texte. A methode des Grands Hommes pour ap- prendre j coníifte entrois chofes- La premie-
■104 NOWELLE relatjon iCj a eclairer la nature raifonnable. La feconde, a renouvcller lc pcuplc. La rroifiéme , à s'arteftcr au fouverain bien. A1 egard dc la premicre, la na. rure raifonnable eft le coeur de 1'hommc : (car com. me les Chinois nediftinguent point 1'entendemenc Sc la volonté , ils attribuent au coeur tout ce que nous attribuons à ces puiífances,) Lecceur eft une íubftance pure Sc intelligentc fans aucune obícuri- te , Sc ou 1'homme a roujours preces touces les rai- fons neccífaires pour répondre à coutes les difficul- tez qui fe prelcntent; mais parce qu'au momenc de la naiífance, cctce nature intelligente Sc raifonnable eftcngagée Sc enfermée dans la prifon ducorps, dc que nos paílions dcreglées Ia riennent attachée Sc cnchaínée, elle a efté troublée Sc obfcurcie. Ccft pourquoy il eft neceífaire dc s'appliquer à appren- dre Sc de faire des queftions jufqua ce qu'elle foit delivree de cet cfclavage, qu'elle rompe les liens& les chaínes des'paftions, Sc quelle revienne à fon ancienne beauré, intelligence Sc Iumiere : de mef- me que quand on polit un miroir terny, ilrcprend fon premier eclat. La feconde confífte à renouvel- 1 ci lc pcuple. Car, par exemple, moy qui fuis Roy, Magiftrat, Pere de Famille, &c. fi j'ay déja punfíé ma nature raifonnable, il e^Ldc mon devoirdele- tendre jufqu a ce qu'ellc fe «Tmmunique aux autres bommes, en faifant enforte qu'ils fe délivrent des taches des vices Sc des mauvaiíes coutumes; Sc je dois
DE LA CHlNE- i°; dois fairc cnvcrs le peuplc, comme jc fais à 1 cgard de mes habits quand il y a quelque tache car íi jc les lave & lcs nettoye parfaitement, ils deviennent beaux & acreables comme auparavant. La troifieme coníifte à p^rvenir & s'arrêter au fouverain bien. Ce fouverain bien elt la fouveraine convcnance dcs chofes & de la raifon. Quànd les grands Hommes éclairciífent leur nature intelligente , & renouvel- lcnt la vertu du peuple, ils ne le font pas a 1 aven- ture & fans deíTein : mais tout leur but cíl de per- fè&ionner leur vertu, &c quil riy ait pas^p feui homme parmyle peuple, dont la vertu neToit ic- nouvellée, ou qui ne foit renouvellé en ellc. Quand . ils font parvenus à un degré ir fublime & a une u haute excellencc, ils peuvent dire quils font arri- vez au fouverain bien : comme ceux qui apics avoir beaucoup travaillé & marche, arrivant a leur mai- fon, peuvent dire quils íont parvenus a la íupie- me& dernicre fin de leur voyage. Ce lont les trois chofes les plus neceílaircs & les principales de cc Livre, & comme le manteau ou la robbe exterieure qui couvre 1'habit, ou la corde qui lie les mailles des filets. Voilà les paroles du Commentatcur Chi- nois- . A On peut remarquei' icy qu il n y a pcut-etre rien qui foit plus propre que ces paroles de Cumfu cius pour expliquer les fondtions d un Predicateur de l'Evangile, dont 1'obligation eft premierement de
io6 NOVVELLE RELATION fe perfc&ionner foy-mefme, enfuite 1c prochain,' afin que nous arrivions au fouverain bien qui eft Dieu, derniere 6c fuprême fin de toutcs chofes. Toutefois les Chinois Paycns 6c mondains ont ac- commodé ces trois poinrs au gouvernement du Royaume, en quoy comme politiques ils mettent- tout leur bonheur & leur fin derniere. II faut remarquer en fecond lieu, que ce textc eft un témoignage évident que les aneiens Chinois connoifloicnt qu'il y avoit un Dieu ; 6c je me fers fouvenijcontfeux & principalement contre lesLcr- trez de cc dilemme auquel ils ne fçavent que ré- pondre. OuCumfu(tusentcndoitcequildéfiniífoit, ouil ne l'entendoit pas : S'il 1'entendoit, ilfçavoit quil y avoit un Dieu, qui neft autre chofe quele fouverain bien dont il parle , 6c que vous devez connoítre 6c adorer auíli-bien que luy : S'il n'en- tendoitpas que ce quil définifloit eftoit Dieumê- me, il eftoit fort ignorant, puifque comme rous 1'avoiicz vous-mêmes , les lettres Chi, 6c Xen fi- gniíicnt fouverain 6c fuprême bien qui contienr & comprend tous les autres. Ce qui eft un attribut quon ne peut donner à aucune créature, quelques avantages quelle ait, mais feulement à Dieu feul. Quelques-uns touchez de la grace, cedent à la ve- riié j les autres ne fçachans que répondre , 6c nc voulans pas avoiier que Cumfu fius ait ignore quel- que chofe , aimcnt mieux demeurer dans leur er-
BE LA CHINE. io7 rcur j & fuivre leur orgiieil & leurs paílions, fe con- tentam de dire cpiils rcvicndront une autre fois. Nottesfurle quatriémeChapitre. JE najoutrray rien à ce que dit notrc Juteur fur U Langue Cbinoife, dont ilfait ajfe^ connoitre la na~ O" ^ £>enie ; ceHX voudront en voir davanta- pe, pourront conjulter le fixième Cbapitre de la Rclation duPere Semedo 3 qui confirme ce que diticy le Pere Ma- rraillans. le remarqueray Jeulement qu il donne une idee de la Langue Cbinoife bien diferente de ce lie qu onavok éUtrefiois. Oij
ioS NOVVELLE RE L AT ION S» «i' *fc"ÍK* ík* *e-<5tí
DE LA CL/lNE. 109. lôgie. Onaura peut-êtrc pcinea lc croirc \ mais jc puis aíTurcr quil n'y a rien de plus certain, Pu'^~ que j'ay connu quclques Lettrez Chretiens, Si me- me des Gentils qui entendoient d eux-memcs, com- ine on le voy-oit par leurs difcours , les queftions deDieu, & dc la Trinité, quilsavoient leíies dzns- la premiere parcie dc faint Thomas, traduitc par le Pere Buglio.- Quel Royaume y a-t-il, quelquc nombre d Uni- vcríicez quil contienne, ou il y ait plus de dix mille Licenciez comme à la Chine, delqucls íix ou fepc mille saílemblcnt tous les trois ans à Pe kim , ou aprés dc feveres examens, on en admet trois cctiS' foixante-cinq au degré de Do£beur ? Je crois qu il n'y a aucun Ecat ou il y ait autant d Ecoliers qu il y a deBacheliers à la Chine, ou Ion en compteplus de quatre-vingts-dix mille \ & quil ny a aucun pays ou la connoiffance des Lettres foit fi univer- lclie & íicommune ;puifque dans les Provinces Me- ridionales principalement, il ny a preíque aucun homme pauvre ou riche, Bourgeois ou Payían, qui ne fçache lirc & écrirc. Enfin jc fuis pciiuade que íi l'on excepte lEurope , aucune Nation na pu- blié tant de Livres que celle-cy.- LesChroniqucs des Chinois font prefque aufli an- eiennes que le Déluge , puifqu elles commencent environdeux cens ans apres, ayant eíle continuecs jufqu a prcfent par divcrs Auteurs 1 Par ou lou
iro NOVVELLE RELJTION pourra juger du nombre des Volumes que Icur Hiíloiíc contient. lis ont pluíieurs Livres de la PhilofophieNaturellc, ou ils traitcnt de laNature, de fes proprictez & de fes accidens. Ils y mêlenc a la verite des erreurs & des impertinences , mais c eít plutoíl faute d are & de fcience, que manque d cfprit. Ils ont aufíi beaucoup de Livres de Ma- thematique & del'Art militaire, & pluíieurs excel- lens Traitez de Medecine, ou ilsfont paroltrcleur grand cfprit, faiíant de íçavans & íolides difeours Tur le poulx, dont ils ont une connoiífance parti- culiere, Tur la maniere de connoítre & de diftinguer les maladies, & fur les remedes qui leur font pro- pres. Ils ont de tres-ingenieux & agreables Ro- mans & Livres de Chevalerie, comme, Amadis, Roland , & Dom Quichote, &c. des Volumes d'Biftoires & d'ExempIes, de lobéiíTancc des en- fans envers leurs peres, de la fidelité des fujets envers leurs Rois, de 1'Agriculturc ; des Difeours eloquens, des Poefies agreables &d'unebelle inven- non, des Tragedies, des Comedics, & enfin des Traitez fur une infinité dautres matieres. Us ont tant de facilité à compofer, quil y a peu de Li- centiez & de Do&eurs qUi ne publient du moins un ou deux ouvrages. , ont cinq Livres qu ils appellent V kim ou cinq ecritures , qui font pour eux ce que font pour lious, nos Livres facrez. Lc premicr sappellc Xít
BE LA CHI NE. m Kim, ccft à dire Croniquc dc cinq Rois ancicns que lcs Chinois eftiment & honorent commc dcs Saincs. Les trois dernicrs eftoient les Chefs de trois familles diffcrentes, qui regnerent duranc plus dc deux mille ans, ceft à dire prefquautant que lcs dix-neuf familles qui les ont fuivies, cn y compre- nant celle des Tareares qui domine prefentementr. Le premier dc çes Empereurs s'appciioit Vâo} qui felon les Chroniques Cninoifes, commença à regner il y a quatre mille vingt-cinq ans, en certe annce 1668. ou environ cinq cens ans, aprés le Déluge, fe- lon le calcul dcs foixante-dix Interprettes.Ce Prin- cc Legiílatcur des Chinois eftoit orne de pluíicurs vertus & principalemcnc d'une clemence , d'unc juftice, & d'une prudencc extraordinaire. Commc il vir que fon fils n'avoit pas les qualitez ncceífai- res pour gouverner ; (car à ce que difent lcs Chinois,, on faifoit alors plus d'eftime dc la vertu que de tout le refte) il choiík pour fon Collegue un de fès fujets appellé Xun , quil declara Empcrcur cn -mourant, & luy donna fes deux filies pour fem- mcs. Les Chinois fe fervent de cet exemple pour deífendre la poligamic :mais nos Peres leur répon- dent fclon le fentiment des Peres & des Doóteurs dc l'Eglife , que Dicu pcrmic alors la pluralité des femmes,parce quelle eftoit ncceíTaire pour la mul- tipheation du genre humain , & pour peupler la terre. Lcs Chinois font facisfaits de cette réponfe^
ih NOVVELLE RELJT/ON ' a caufe que Ie prcmier Livre facré leur enfei<*n* qu en ce tcmps-là, la Chine eftoit fort mal peupíéc. Us approuvent toutefois d'avantage 1'explication que le Pere Julcs Alcni donne à ce paíTage dans les Pivics appellez Xeàrogr chaÕ, compofezpar IesLet- xrez Chréciens dc la Province de Fo kién, de ce qu'ils ayoient oiiy dire à ce Pere dans fes difcours pu- j & parriculiers. Sçavoir, qu encore quon life dans le textc dc ce premier Livre cil niu, ces deux nionoíillabes ne íignifient pas deux filies, mais la leconde filie de 1'Empereur Yao , quil fít époufer a íon Succeíreur, parce que les Chinois, comme il lc pratique encore à prefcnt, nont jamais donné à leurs enfans dautre nom pour les diftingucr, que celuy de lordre dc leur naiífance ; par exemple, le premier j le fecond, le troiíiéme fils, & de même des tilles': & ainíi quand on Iit que Ys,o, donna à Xun, cil mu , cela nc veut dire autre chofe , íinon quil y fa fcconde filie, la lettre cil, eftant Ia meme choíe que le chifíre i , parmy nous. Ce fecond Empcrcur Xun eft loiié dans ce Li- vre de bcaucoup de vertus, fur tout de fon obcíf- íancc envers fon pere , & de fon amour pour fon frere, qui le voulurent tuer pluíieurs fois : mais il fupporta leur cru3uté avec une extreme patiencc. DeuxPbilofophes racontent entre les autres exem- ples de vertu qu il donna , qu'un jour fon pere & fon frere qui eíloicnt auíE. méchans qu'il eftoic vertucu*
£ £ LA C H IN E. í<$ vcrtucux, abufans de fa bonté, luy commandcrent de décendre dans un puys pour le nctcoyer. Ii obeic áufíi-toft ; mais íi ne fut pas plutoft au fond , cjuc CCS barbares tranfporcez de rage 5c a envie retire- rênt l'échellc,& y jetterent des pierres,du bois,& tout ce quils trouverent pour le tuer,& lenterrer dans ce puys: toutefois il en fortit par un chemin fouterrain quil y trouva,& non feulementil ne íe vencrea pas de cet cxccz de fureur & d'inhumani- té, mais il continua de leur donner encore de plus o-randes hiarepes de refpeót 5c d amour. ô Le troifiémc Empereur s*appelloic Yu , leque! ayant fervy tres-utilement 1'Empereur Xun pen- dam fa vie, ce Pnnce en mourant le choiíit pour fon SucceíTeur , parce que fon fils eftoit mechant, 5c navoit pas les talens neceflaires pour bien gou- verner. Cet Empereur Yu durant la vie de fon Pre- deccíTeur, eut foin defaire ecoulcr les eaux du de- lu^e qui couvroient encore alors une partie des campacmes de la Chine, & que les Chinois appel- lent Hum xuí, ceft à dire grand déluge d'eaux. Cet Empereur voulut,comme les deux*pieccdcns, choiíir pour fon SucceíTeur un de fes fujets appel- lé Ye, qui 1'avoit aíTifté dans le Gouvernement de 1'Etat-': mais les Pcuples ne voulurcnt pas le per- mettre, difans que le fils de 1'Empereur cftoit doire de toures les vertus neceífaires pour bien gouver- rier * & ainfi ils le miremt en poíMion de TEmpi-
H4 NOVVELLE RELJT10N rc. Lcs Empereurs qui fuivirent ce dernier, domi- nerent par droic de fucceílion, &c non pás par éle- âion, jufqu a 1 Empcreur Kie, homme virieux & cruel, qui fut lc dernier de cetce premiere Famille Royale. Le quatriéme Empereur sappelloit Chim tam, Fondateur de la deuxiéme Famille Royale. Ses vertus avoient obligé les Empereurs precedens à le creer Roy du Royaume de Po , qui eít à prefent compris dans la Province de Ho nán. Il prit les armes contre 1 Empereur K/V, & s'empara de l'Em- pire aprés avoir délivré les Pcuples de ce Tiran. Au temps de cet Empereur, il y eut une fechereíTe de ieptans, duranc lefquels il ne tomba ny pluye, ny neige , comme íi les Cieux avoient eftc de bron- ze. Les fontaines & les rivieres furent prefque en- tierement tarics , la terre devint íterile, & ce mal- heur fut íuivy de la famine & de la pefte. Dans cette extreme mifere, l'Empcreur quittafon Palais & les habits royaux , & s'etant couvert de quel- ques peaux , monta fur une colline appellêe Sam hm , ou ilTe profterna par terre & fit cette prierc au Ciei ^Scigneur, íi vôtrepeuplc vous a ofícnfé, »ne lechâciez pas, à caufe quil vous aoíFenfé fans », içavoir ce quil faifoit:puniíTez-moy plúroíl, qui „mc prefenre icy comme une Vi&ime pourfocífi ir 3,toutce quilplaira àvôtre divine Juftice d?ordon- >,n.er. A peine eut-il achevé cette pricre, que tout
BE LA CHI NE. n;
u6 NOVVELLE RELJTION plus de fix cens ans jufquau Roy Cheu , qui fnt auíTi méchant & aufli cruel que Kie. Quand les Chinois difenr quun homme eíl un Kie, ou un Cheu, c'efl comme íi nous difions parmy ríous ceít un Neron, un Diocletian. Le cihquiéme Empereur sappelloit Eu uam. II eíloit fils de Ven uam Prince du Royaume de Cheu, qui prefentement eíl une portion de la Provincede Xen Jt. Comme il ne pouvoit pas Couffrir les crimes & les tyrannies duRoy Cheu, il 1'attaqua, levain- quit en bataille, & fe rendit Maitre dc 1'Empire. Cét Empereur Vu ua.m avoit unírere recommanda- ble par ia prudence &í par fes aucres vcrcus, qu'il fie Roy du Royaume de Lu, à prefent compris dans la Province de Xan Tum , &qu'il choifit en mourant pour gouverner l'Empirc durantla minorité defon fils aíné. Ce fut luy, à ce que difent les Chinois-, qui inventa le premicr, il y a plus de 1700 ans , Tufage de 1'aiguille aimantée ou de la boufíble : car par fes foins & par fa fage conduite, 1'Empereur fon neveu , ayant recu les AmbaíTadeurs & IcTribut des Pays qu'on appclle Tum Xiw, & Goehinchi- ne ou kiáo chi cjue , il donna à ces mêmes Ambaf- fadeurs, une maniete de bouffole , afin que parfon íecours ils puflcnt s'en retourner par le chcmin le plús droit , fans eílre expofez aux détours & au:i egaremens qu'ils avoient cíTuyez en venant. Auífi cc. Prince eíl un des Heros & des Saints des Chi-
BE LA CHINE. rt7 nois.quiont un refpcft extraordinaire pour fa mé- moire. Lorí que 1'Empercur Vu wm revenorc tnom- phant de la Utaille cú le Tyrarr C/«« avou efte défait deux freres appdlez Pey SíXco "'ce^"s parleut «rru & par leur Nobleffe, luy vrnren audevant,&l'ayanc arrcfté en prcnantfon clrcva par la bride, le.reprirenc hardiment & avec des paroles auffi feveres que fmceres de s eftre faifr de TEmpire & davoir contrainc 1 Empercur a bríiler dans fon Palais avec fcs trefors : que touc vicieux & touc cruel quil cftort,>1 ne hilTon: p s detre fon Mattre & fon Roy, ordonne parle Ciei. qu'il devoit tâcher de le corriger commeun bon & fidelle fujet, & non pas lc faire mourtr comrne un traitre : Et quenfinil devoit remettre le Royaume aux enfans cíu Roy défunt, pour faire connoiftic quil riavoit efté pouífé par aucun mouvemenc dambicion , mais par lc feul defir de ddivrcr le peuple de fa cruauté lí de faciranmc. Marsquand ces deux freres virent quil ne vouloit pas luivrc lcurs conferis, ils fe retircrcnt dans une monta- onc déferte, proteftans quils atmoient mreux pc rir dc cctte forte, que demanger dece que pro- duifoient les tcrrcs dontrài*»» seftoit rendu lc maiftre, de peur quon necrut qrúlsapprouvotent cnquelque maniete fon crime &fa revolte.LHil- toire dc ces cinq Rois, que les Chinois efttmcnt Sarnis,principalement les quatrc premters, &i cíc
tis NOVVELLE RELJT/OM leurs dcccndans, eft la maticre de ce premier Li» vrc, qui a aucant dautorité pour ce§ Iníidellcs que les Livres desRois en ont parmiles Chreftiens' Son íjilc eft ancien,mais exad& élegant. Le vice' y cft blâmé& les vertus louées,& les adions des Rois & de leurs VníTaux y font rapportées avecunc cntiere íinccnte. Et afin que le Ledeur curicux voye 1'cncrgie & la brevecé de la Langue & des Iet- tres Chinoifes, qui déja étoient alors en ufao-e ) cn mettray icy cinq tirécs du premier chapftre du Livre dont nous parlons, au íujec duRoy Yáo Km 3 Mim, Vên, Su, Gan. Ceft à dire, le Roy Yáo eftoit forc grand & venerable ; il elloit trés eclaire & trés fage ; il cftoit fort compofé, mo- deite & gracieux; il paroifloit toujours peníif
dcs Difciplcs de Cmfufim, & d'autres Interpretes plus modernes & fufpeíb qu'on doit hte avec circonfpecbon.y ayant plufieurs chofes qu on ticnt P°Le tSme' s-appelle X,Km,c'&d direyLivre de Vers, de Romances & de Poéfics. On les divi- fe en cinq efpeces. La premicre eft nommee Ya- Sum , ou loiianges & excellences, quon cha coic à 1'honneur dcs Hommes illuftres par leurs vercus ou par leurs talens. Il y avoit auffi divers enfeigne- mens, &c ces Vers eftoient chantez dansles En- terremens, dans les Sacrifices, dans les cremo nies que les Chinois faifoienr en memoirc de leurs Ancêtres, & dans les Fcftes lcs^ plus íolemnelles, La feconde s'appelle Ouefúrn, ceft-a-dire, Coutumes. du Royaume. Ceftoicnt des Romances ou Poe- fies choiíies entre celles que faifoient les parriculicrs. Elles nétoient pas chantécs, mais recitees dcvant 1'Empereur & fes Miniftres. On y decnvoit íans aucun déguiícmcnt les mccurs du peup e commc il eftoit crouverné, & 1'état des affaires de 1 Empire. Cequi íemble eftre la même chofe que les premie- res Comedies des Grecs, ou ion reprenoit les de- fauts des particuliers & de la Republique. La troi- fiémc sappellc Pi que, ceíU-dire, comparaiíon, parce que tout ce qui y eft contenu eft explique par des comparaifons, ou fimilitudes. La quatrienv.,?
lio NOVVELLE RELJT/ON Hím tjue, c'cft-à-dire, élever, parce que cette for*, te de Poéfie commence par quelque chofe dc cu- rieux & d'élevé, afin de préparer 1'efprit & attirer 1 attention pource qui íuit. Lacinquiéme, Ye Xi, ceft-à-dire , Poefies rejettées ou feparées, parco que Cumfufus ayant reveu ce Livre de Poefícs, rejerta cciles qui ne luy parurent pas bonnes, com- me apocrifes, Toutefois on les cite encore &on Jes laiíle comrae elles font. Le quatriéme Livre a efté compofé par Cum fZ fus , & contient l'Hiftoire du Royaume de Lâ fa Patrie, à prefent compris dans la Province dc Xan tum. Les Chinois eftiment extraordinairement ce Livre, & font charmez quand ils lc lifcnt. 11 a c- crit cette Hiftoire de deux cens ans, en forme d'An- nales, ouilcxpofe commeen un miroir,Ies exem- ples des Princes vertucux & des méchans, rappor- tant les évenemens aux temps & aux faifons dans lefquelsils font arrivez, & par cette raifon, il l'a in- titule Churi cieu , ou Printemps & Automne. Le Livre sappelle Ye k im, & il eft eftimé Ic plus ancien de tous, parce que les Chinois difent qucFo hi leur premier Rov,en a efté 1'Auteur. Ce Livre eft digne d'cftre lu & eftimé, à caufe desbel- lesSentcnces & preceptes moraux qu*il contient. Je crois que les bonnesmaximes qui y font répandues font du Roy Fo hi, & que le reftc y a cfté ajouté par dautresquiont voulu autoriferleurs viftonsdu nom j-
17)S LA CH1NE. nf nom de ce fameux Prince. Il eft certain toutefois que les Chinois onc une veneration extiaordinaire pour ce Livre , & quils 1'eftiment le plus f^avant, Je plus profond & le plus myftericux qui foit au monde ; que par cette raifon ils croyent quil eft comme impoíhble quils le puiílenc bien enten- dre , & que les Etrangers ne le doivent ny voir ny toucher. Les Chinois ont un autre Livre d'une égale au- torité avcc les preccdens, & quils appellent Suxu, c'eft-à-dire, les quatre Livres, par excellence. Cc íonr des extraits & comme la moele & la quintef- fence des cinq premiers. Les Mandarins en tirent les Sentcnces & les Textes qui fervent de Thêmc aux Lettrez qu'on examine pour les degrez de Ba- chelicr , de Licencie & de Dodeur , & fur lef- quels ils compofent. On le divife en quatre Par- ties. La premiere traiíe des Loix & de la do&rinc des hommes illuftres par leur fcience & par leurs verrus. La feconde, de la médiocrité dorée. La troiíiéme contient un grand nombre de Sentcnces Morales bien exprimées , folides & profitablcs à tous les membres de 1'Etat. Ces trois Parties fone louvrage de Campi cius, le premier Doóteur de la Chinc , & ont efté publiées par fes Difciplcs. La quatriéme Partie qui en grandeur eft comparable aux trois autres, acftéfaitcpar le Philoíophe Adem $a9 qui vint au monde cent ans aprés Cam fu cias,
ui NOVVELLE RELATION I & que les Chinois honorent comme un Do&eur du íecond ordre. Ceft un ouvrage ou il paroic beaucoup defprit, de fubtilité & d'éloquencc ; les difcours font juftes, les Sentences graves & mora- les, &leftilevif, hardy & períuaíiL Tous nos Re- ligicux qui viennent à cette Mifíion, travaillent &c étudient les Lettres & la Langue dans les quatre Parties de ceLivre, & ceft deluy & des cinq pre- miers que font dérivcz comme de leurs fources, tant de Livres & de Commencaires de divers Auteurs anciens &nouveaux, que le nombreeneft prefque infiny & donne lieu de loiier & d*admirer l'efprit, le travail & 1'éloquence de cette Nation. Nottes fur le cinquiéme Chapitre. A page "S. LE fujet ou le fondement de ce Livre ricjl autre chofe quune Table de foixante- quatre figures3cha- cune de Jtx lignes, dont les unes font d'unefeule piece comme celle-cji ■ & les autres de deux pieces de cette forte . Les Chinois attribuent cette Table k leur premier Roj Fo hi, mais on ne fçauroit deviner quelle ejloit la penfée ou le dejfein de 1'Auteur. ll efl cer- tain toutefois quenviron dou^e cens ans avant Jesus- Christ, leTrince Venuanv,pfre de 1'EmpereurW u
DE LA CHI NE. x ny uam Fondateur de la troifiéme Famille Royale, &fon fecond fils Chca cum, entreprirent dinterpreter cette Table énigmatique, & que cinq cens ans aprés, IcPbi- lofophe Cum fu cius fit des Commentaires Jur les inter- pretationsde ces deux Princes. Tout ce que cestroisAu- teurs ont dit fur ce fujet ,fe réduita tirer, du rapport & de la vicijfitude des élemens & des chojes naturelleSydes Maximes & des Sentences politiques & morales, & des preceptes tant pour les Princes que pour leurs fujets. Mais ce qui rend cette Table pernicieufe , cefl que les Idolatres appelle% Tao fu , les Rondes & les Difeurs de bonne aventure , en abufent pour etablir leurs pré- diãions fupetfiitieufes ,forgeans de cette varieté de figu- res £r de beaucoup d'autres chofes quilsy mêlent, une infinité de combinaifins & ^ rapports vains & imper- ttnens , par le moyen defquels ils fe vantent de prédire tout ce qui arrive auxhommes, dheureux,ou de malbeu- reux. O n peut voir plus au long dans les Pré faces du Confucius nouvellement imprime, des extiaitsdes pre- miers Commentateurs de cette Table de Fo hi, & plu- fieurs particularite^desprincipaux Livres des, Chinois, dont notre Auteur parle en ce Cbapitre. QJl
ii4 NOVVELLE CHAPITRE VI. Z)e la Civilité & Tolides & dc (^H£líjti£S~Hfl£S dc IctiTS F£t£S* N pourroic fairé plufíeurs Livres des civilitez & ccremonies des Chinois. Us ont un Livre qui en explique plus de trois millc, & c eft une chofe fur- prenante de voir combien ils y fone adroits & pon&ueIs. Dans les Maria^cs dans les Enterremens' dans Ies Vifites & dans les Banquets , c Maitrc de la maifon, quoyquc plus erand Sei' gneur & plus élevé en dignitc que tous les conviez" donne toújours la premiere place aux plus vieux' ceux-cy la cedent à ceux qui viennent de loin & tous aux Etrangers. Quand un AmbaíFadcur arri- ve depuis le jour quon a accepté fon AmbaíTade jufqua ce quil force de la Chine, 1'Empereur luy faie fournir touce forte de provifions, deschevaux des litieres & des barques. A la Cour ifle fait lol ger dans i'Hôtellerie Royale, od de deux iours en J°UB 11 luy envoye de fa cuiíine un Feftin
DE LA CtílNE. ns tout prepare, pour marque de bienveillaflce. Car les Rois de la Chine fe piequent Tur toutes chofes debica recevoir& traitter les Etrangers, commelc Pere Loiiis Buglio & moy Tcprouvâmes durant deux ans que nous fumes logez dans rHôcellerie Royale, lorfque nousvínmes de laProvince de Sa chuen en cerre Cour. II eft vray que cela nc s'execute pas toíijours avec une égale honnêteté & regulariré : tourefois il- ne faut pas 1'atrribuer au Roy, mais à Pefpric bas & intereíTé de fes OfKcicrs, quidétour- nent fecretement &c dérobent une partiede ceque le Roy faie liberalcment fournir aux Etrangers. Il n'y a point de Nation qui égale les Chinois dan9 la muítitude &í la diverfité des titres & des noms honorables qu ils employent dans leurs civilitez, & que je nexplique pas, à caufe que nos Langues & mefme la Grecque & la Latine nont point der mots qui puiífent les faire entendre. Ils ont auíli un grand nombre de noms pour diíhnguer les di~ vers degrez de parente. Par exemple, nousn^vons que les mots de grand-pere & de grand-mcre,tanc pour les paterneis que pour les maternels j & les Chi- nois ont quatre noms jjdus diíferens. De même nous n'avons que le mot d'oncíe pour íignifier les freres du pere &de la mere & les Chinois ont des noms qui diftinguent non feulement les paterneis davec les maternels, mais qui marquent encore ceux qui font plus jeunes ou plus vieux que le pere ou que
Tl6 NOVVELLE RELATION ia mcre, & ainíl des aucres parens. Cette Nation furpaíle auífi routcs les aurres dans le foin quellç prend dc fes vcftemcns, puifquil n'y cn a point de fi pauvre qui ne s'habille modeftement & proprc- ment. C eft une choíe furprenante dc lcs voir tous, le premier jour de leur année, propres, polis , & avec des habits neufs, fans qu'il y en ait un feul J pour milerable qu'il foit, qui puiíTe choquer Ia veue. La modeftie de cette Nation neft pasmoinsadmi- rabie. Les Lettrez font toujours íl compofez, qu ils çroyent que ceft un crime ou un peché, que defai- re le moindre gefte ou mouvement qui ne foit exa- ftement conforme aux regles de la bienfeancc & de l'urbanité. Les femmes afteótent de telle forte la pudeur, la modeftie & 1'honnêteté , quil fem- ble que ces vertus font nées avec elles. Biles vivent dans une rctraite perpetuelle ; elles ne découvrent jamais leurs mains: &íi elles font obligéesde don- ner quclque chofe à leurs frcres ou à leurs beaux-fre- res, elles la prennent avec la mainexadement cou- verte de leur manche, qui a caufe de cela cft fort lon- gue&fortample, &la mettentfurla rabie, ou leur parent peut enfuite la prend$. Ccft à caufe de ce- la que les Chinois font fort fcandalifez quand ils voyent dans nos Images les Saints avec les pieds nuds j & certainement il me fcmble quilsont rai- fon; car cesreprefentationsne saccordentpasavec Ia modeftie & la pureté Angélique que çcs Saints.
DE LA CHINE. <17 ent profcffic: & par confequent ccs peinmres fone defedtucufes & fauíTcs, puilqu elles nc relTemblcnc nas aux originaux & nimitent pas allcz 1 Hiltoire & la naturc , ce qui toutefois eft la perfedion dc laPcinturc. Outrc quil n'y apoint d'apparence que de jeunesVierges marchaíTent pieds nuds & qu il eft ridicule de leur faire des habits de riehes etor- fes & de couleurs éclatantes , & de ne lèur point donncr de chauíTures. / Les Chinois réduifent leur civilite ou maniere de vivre les uns avec lesautres1, à cinq chefs j ceft à fcavoir, du Roy au fujet , du pcrc au fils , du mary à la femme, du frere aine au cadet, & d un amy à 1'autrc. Ces regles enfermem une bonnepar- tie de leur Morale, mais je ne iriétendray pas íur cc fujet, parce que je naurois jamais taitíije vou- lois rapporter tout ccquils difent de la fidelitedu fujet envers le Roy , de 1'obéiíTance des enfans a, leurs peres, de la foumifíion des femmes envers leurs mar is, de 1'amour entre les freres, Sc de la- mitié qui doit eftre entre les amis. Je pourrois auin- parler du bel ordre de leur gouvernement politi- que , mais j'en feray un Chapitre entier avant que de finir cét ouvrage. Entre les Fêtes des Chinois, lune de cellesquih celebrem avcc le pias dc joye & dc folcmwte, eft lc quinziémc jour de la premiere Lime de leur an- née Ce jour-là ils allument tant dc feux & de lati-
"S Nr>VVELLF. RE L AT ION temes, que fi l'on pouvoit voir tout 11 * f • ' Empire de quelnue li™ í\ ' ^ ols cct illuminé coZT^Z^L T V""* «»« prcfquepas un homme^Jans Ics Vilfe ny d' "> 3 PW, lur Icscôtcs ou fur ics riviercs'Z nlT^ d" ^cernes peintes & faconnécs c'n jiff mameres, & qui ne MiLlcdcTfní T oombes, des a , íuíecs, des Dragons, des Tmes' des " Poiír°ns,des tres artífices de fl f ElcPhans > & miJJe au- "rap cc oTe O^' 'C raPPor- ,tf44- dans la Province dc 1™* ' anric*c ^j-rt*SX^£SS'Ím Oumbxn A, li noi > invita a J « c"cl Tyran mvenrion admi„b!c .j™' eííJ u' «em furpns de Ia machine fuivante K trcilie de niFnc r~, . luxvantc- eltoit une brúloit fans fe confumer Mn Z""" mcnuifcrie !cs %> Ics branches Ics Li.llT V/" C<""r3Íre '« grains fe confumoient neu i nVn ?rapP" & tefois qu on nelaiíToit pas d'y voír Zoú? Z t0U" tomes ccs chofes cíbien" narrei? T0,115 contrefaites. Mais rp * ics, & non pas & dc voir que le fcu oui"ciT ""í"" davantagc» 1 5 tcu 1U1 eft un éJement fi aftif
BE LA CH IN E. 119 6c íi tcrrible, agiífoit íi lentcmcnc, quil fcmbloit avoir quine fa naturc pour fuivre lcs preceptes de l'Arc, & nc fervir quà reprefenter au vif cettecreil- le, au licu de la brulcr. Les lanternes ne font pas moins merveillcufes. ■II n'y a point, comme je Tay dit, de maifonpauvrc ou riche ou l'on nen voye quelqu une íufpenduc dans lcs falles, dansles cours 6c aux feneftrcs; & il y cn a de tant de differentes fortes, quil n'y a point dc figurequcllcs nereprefentent. On en faità vilprix pour lcs pauvres: mais il y cn a d autres pour les xiches, auíli curieufes par leurs peintures que par leurs artificcs, qui valcnt cinq, dix, 6c vingtpillo- les; & dautres pour les Mandarins 6c pour les Vi- íiteurs 6c Vicerois des Provinces, pour les Princcs 6c pour 1'Empcrcur, qui coutcnt cent, deux cens, 6c julqu à trois cens 6c quatre cens piíloles : ccqui paroit difficile à croire, 6c toutefois eft tres-vérita- blc. On pend les plus grandes dans les falles Royal- Ics, ou dans les cours íur des Theatres. biles ont vin^t coudées , 6c même davantage dc diametre; on y entrelaíie agréablement une ínfinite de lam- pes 6c de chandelles, dont la lumiere donnc grace à la peinture, 6c la fumes donne 1 ame 6c 1 eíprit aux figures difpofées dans la lanterne, 6c qui avec un artifice admirable, vont, tournent, montcnc 6c déccndent. On y voit des chcvaux courir, tirer des chariots, labourer la torre , des Vaiífeaux na- R
i3o NOVVELLE RELATION vigucr, des Mandarins, des Princcs & des Rois env trcr & fortir avcc un grand appareil , & quantitc dc gens à picd & à cncvalj marchcr des Armécs, reprefenter des Comedies , des dances, & mil- le autres divertiífcmcns & mouvemens. Tout le monde paíle la nuit entiere à la veué de ces agrea- bles fpc&acles , & au fon dc pluíieurs inftrumens qui accompagnent les Feftins plus ou moins ma- gnifiques, que chacunfait avec fa Famille, fes pa- rens & fes amis. On y joint fouvent des Come- dies en forme, reprefentées par de petites figures qu'ils font mouvoir avec des fils cachez , ou par des ombres quils font paroitre fur des toiles de foye blanche, fines& claires, faites exprés. On eít éton- né dc voirces petites figures de bois & ces ombres artificielles reprefenter des Rois, des Reines , des Capitaines, des foldats, desRodomons, desbouf- fons, desLcttrez, & d'autresperfonnages de Thea- tre : commcnt clles expriment les larmes, la joye, la colere, la trifteífe, & toutes les autres paílions: & avec quelte induftrie & quelle facilité les Machi- niftes font mouvoir ces figures & ces ombres , & Vous font même douter fi elles nc parlent point, parce qu'ils accompagnent les geftes qu'elles font, tn contrefaifantdes voixde petits enfans avec tant d'adrefle , qinl femble que tout ce qu'on voit eil naturel &veritable, tant cette Nationeftingcnieu- íe & fubtile.
BÉ LA CtflXE. 131 Les Chinois racontent de la maniere fuivante 1'originc de cettc celebre Fête des lanternes: Ilsdi- fent^que pcu de temps aprés letabliíTcmcnt deleur Empire, un Mandarin aimé de tout le monde pour fes vertus & fes rares qualitez, perdit fur le rivagc dun Fleuve fa filie qu'il aimoit uuiquement. Ilior- tit pour la chercher le long de cette riviere j & comme on luy portoit une grande affc&ion, tout le pcuple le fuivit avec des flambeaux & des lanternes, pleurant & gémiífant à fon imitacion. Ils la cherchc- rent Ion""-temps, en decendanu & remontant le Fleuve, ^e mefme que Ceres fa filie Prolerpine : mais leurs foins furent inutiles , puifquils ne la trouverent point. Voilal opinion du peuple: Mais comme cettc Hiftoire reífemble fort à cclle qui a efté caufe de la Fête qu on celebre le cinquiemc jour de la cinquiéme Lune, que ceux de AJacao, íi je ne me trompe , appellent Lumba Lumba , & les Chinois, Lum cbuen, ceft-a-dire, barques fai- tes en forme de Dragon , dans lefqueiles ils cou- rent cc jour - là fur les rivieres ; les Lettrez don- nent dans leurs Livres une autre origine à la Fête des lanternes, en ces termes. Il y a prés dc rrois mille cinq cens ans que le dernier Roy de la pre- miere Famille HtXy nomme Kie, dont nous avons parle cy-devant , qui eftoit extraordinairement cruel & adonné à fes plaifirs , s entretenant un jour avec cellc de fes Reines quilaimoit le plus, &
132. NOWELLE RELATION dont il cíloit paílionnc jufqu a lafolie , fe píai- gnit du peu de durée des plaiíirs de certe vie ; quil y avoic peu d'hommcs qui vécuííent cenc ans -j qu il i> y cn avoic pas un qui les paílàft tous cntiers dans la joyc Si les divertiíTemens : qu'cn Hyvcr les jours eftoient courts , & les nuits forc longues ; & en Efté au contraire , les jours longs, & les nuits courtes que cette inégalité fai- íoit que 1'homme ne pouvoit prendrc aucun paf. íe-temps capable de le fatisfaire : qua pcine leSo- leil cíloit leve, quil fe couchoit; quil en eftoit dc ineme de la nuit: que 1c temps alloit avec trop de vice/Te ; qu'il n'cftoic pas aíTez long pour contenter nos deíirs, & qu'il ne fçavoir pas pourquoy la na- turc nous traitoit avec tant de rigueur & de cruau- té. Cela n'eíl rien, luy répondit la F^cine, jc fçay un moyen pour prolonger 1c temps de telle forre,. qu'il íuífira pour vous íatisfairc ; 'faites d'un mois un jour, Sc dune annéc un mois j & ainfi les an- nees, les mois Sc les jours feront íi longs, que vi- vant dix ans, vous aurez cent années d« plaiíir Sc dc joyc. Cette invention feroir exccllente, répon- dit le Roy , íi vous aviez le pouvoir darreter ou de retardcr le mouvement du Ciei, du Soleil, de la Lune Sc des Etoiles. J avoué, luy dir-elle, que ny vous, qui cíles íils du-Cicl, Sc Mairre dun íi grand Empire, ny moy, ny aucune puiífance hu- maine ne peutchangcr les Loix dc la naturc.. Mais.
'DE LA CHI NE. »JJ vous pouvcz oublier lc temps, les Cieux, & le s Aftres, en enfabriquant de nouveaux & un nouveau tcmps, de la maniete fuivante. Faitcs bâtir un Falais dont les falles & les chambres foicnt faltes de telle lor- te quclles n'ayent ny portes, ny fcnêtrcs, & que Ia lumiere du Soleil, de la Lune & des Etoiles n y puil- fc cncrcr par aucunc ouverture. Quand elles leront achcvées & parfaitement obfcures, mettez-y tout ce que vous avez d'or, dargent, de pierres precieu- fes, de tapis & de riches meubles; affemblez-y ce qui vous plait davantage, je veux dire quantite de jeunes hommes & dc filies, tous choifis & lans au- cun défauc. Alors nous y entrerons vous & moy, & nous feronstous fans aucunsvêtcmens, maistels que la nature nous a formez. Ces preparatifs eftans faits, vous ferez tout d'un coup paroitre millenam- beaux & millc lanterncs, qui formeront une nou- vellc lumiere i & vous faifant voir les-objets que vous aimez avec tant de paífion, vous feront ou- blier le tcmps, les Cieux, le Soleil & la Lune,^ enfin vous-même ; & vous ferez fi charme, qu un móis ne vous paroítra qu un jour, & une annec un mois i les flambeaux & les lanternes vous tien- dront lieu dc Soleil, dc Lune & de Planettes & chaque falle votfs femblcra un Ciei orned'Etoiles> & par ce moy en vous vous fabriquerez dc nouveaux Cieux & un nouveau tcmps. Cet Empereur in_en- fé fe laiíTa perfuader, & executa tout ce que cctt*
134 NOVVELLE RELATION Reine impudique luy avoit confeillé. Il palia une année entiere dans cePalais, sabandonnant a cou- tes fortes dc plaifirs deshonnêtes, fans fe fouvenir de fa Cour, ny dc fon Empire. Ces folies & plu- ficurs autres adions injuftes & cruelles, obligerent fes fujets à fe foulever & à élire en ía place l'Em- pereur Chim tam, Chef dune nouvclleFamille, du- qucl nous avons parle cy-devant. Aprés la more de I Empcreur Kie , les Chinois détruifirent fon nouveauPalais,ou ií faifoit tant dadions infamçs & déteftables, & abolirent toutes les Ordonnan- ces de ce Tyran , a la referve dc cecrc invention des flambeaux & deslancernes, quils confcrverenc pour celcbrer la Fêce dont nous parlons. Les Chinois racontcnt encore, quenviron deux mille ans aprés ,'un aucre Empereur de la dixiémc Famille Royale, appellée Tam, fe laiíTa furprendre par un Charlatan de la Sede de ceux qu'on appel- k Taofu , qui fone profeffion de tromper Ie peu- ple, les Letcrez, les Nobles, & même les Pnnces par des operations Chimiques, & par des promef- fes pompeufes & magnifiques, leur prometranr par kur Are une infinitéd'or& dargent, uneviepref- queternelle, & de les fairc volerd'une montaçne d une Ville, & dune Province à Pautre, en peu de momens. Ce Roy seftant donc laiífé gao-neràTun de ccs fourbes ou Magiciens , luy dit qu il avoir Une extreme envie de voir les lanternes de ia Ville
i3* NOVVELLE RE L AT ION pie avoit alluroées j & pour lc recomperder du di- vertifiement quil luy avoit donné , il fit faire par ícs Muficiens un conccrt dc voix & Tinftrumcns, lequel cftant finy, il reprit le ebemin dc fa Capi- pitalc, & cn un clin d ccil il Tc rctrouva dans fon Palais commc auparavant. Un mois apres il vint, * fuivant lacoútume, unCourrieravec une dcpeche' par laquellc ondonnoic avis auRoy,quelanuitdes lantcrncs on avoit vcu Tur la Villc de Yam cheu, fur des Trones de nuées tirez par des Cignes, des hommes faints, qui avoient fait un Concert admi- rable de voix & dmítrumens. Enfin ils difentquil y a environ cinq cens ans quil y avoit un Royde la Famille Súm , illuftre par fes belles qualitez & par ía vertu, & fur tout par fa douceur & fon afi. f abilité. Que ce Prince, pour faire connoitre 1'amour quil portou aux Grands & au peuple, avoit accou- tumétous les ans, durant huit nuits,de paroítre en public dans fon Palais, fans Gardes &à portes ou- vertes, & de laiíTer voir à tout le monde, dans les cours & dans les falles, quantité de feux d'artiíicc & de lanternes de diverfes figures, grandes & ma- gnifiques , avec une Mufique digne dc la gran- deur dc cét Empereur, qui fe communiquoit fami- liérement à toute TAíTcmblée. Voilà ce que les Chinois racontent dc 1 origine & de 1'accroifiemenc de cette Fête des lanternes fi celebre dans cét Em- pirc. Je l'ay rapportéeun peu au long,afin que par cec r
BE LA CFÍINE. 137 cét cchantillon on puiíTc juger de ce quon pour- roic dire Tur d'aucres matiercs. Nottes fur le íixiéme Chapitre- A page 135. Yam cheu dans la Province de Kiam nan. LA Filie de Yam cheu efi fituée prés de lembou- chure du grand Canal dans le Fleuve Kiam. Elie cft riche , marchande & embellie de magnifiques mai~ fions j bdties la plupart par des Marchands qui fe font enrichis au commerce du fel quon tire en abondance de plufieurs falines fituées a 1'Orient de la Filie. Ces gran- des richeíjes font caufie que les Habitans y font fiort adon- ne7 a leurs plaifirs; en forte quon y eleve beaucoup de pentes filies les plus belles quon peut trouver, aqui on enfieignc a dancer , a chanter , & tout ce Peut ^ rendre a^reables, pour les vendre enfiuite chercment a des perfonnes riches qui les achetent pour leur fiervir de concubines. Il ne faut doncpas sétonner s ils n épargnent rien pour fie divertir & pour rendre leur Fêtes des lanter- nes plus magnifique que toutes les autres de la Chine. Prefque toutes les Pelations parlent dc cettc Fcte de la mefime maniere que notre Auteur, mais avec beaucoup moins de circonfiances. Kiam nan fignifie Province att 3
S NOVVELLE RELATJON Midy du Fleunje Kiam. Sous les Róis Cbinois cettè Pronjince sappelloit Nan kim , auffi-bicn que [a Filie Capitale 3 c cjl-a-dire 3 Cour du Midy, comme Pe kim ftgmfe Cour du Nord , parce quil y avoit alors deux Cours3 & que la Filie de Nan Kim joiiijjòit des rnef- mes privileges & avantages que la Filie Royale de Pe Kim : mais les Fartares l'en ont dépoiiillée çy luy ont changé fon nom de Nan Kim en celuy de Kiam nim, cejl-à-dire, repôs du Fleuve Kiam. Cette coutume de changer ainfi les rtoms efl trés-ancienne dans la Cbine, & a ejlc pratiquée de mejme, de temps en temps3 a 1'cgarâ des autres Filies,. r '•* r~
i4o NOVVELLE RELAT10N pere de parler amplement dans le dernicr du Palais de 1'Empereur. Toutefois afin de donner une idéc plus juftc de la grandeur & de la magnificence des ouvragcs de la Chine , je veux repeter icy ce que j'ay dic dans les Lettres Annuelles de 1659. touchant 1c grand Canal, qui, fi je ne me trompe, furpaíle tous les autres ouvrages de cette nature qui font íur Ia cerre. 11 y a plus de quatre cens ans que íes Tartarcs A Occidentaux conquirent coute la Chine. LeurEm- pereur établit fa demeure dans la Ville de Pe Kim, qu'il fonda de nouveau, afin de gouverner fes Ecats avec plus de facilite, parce quil eftoicauífileMai- tre de coute la Tarcarie Occidentale, qui commence à la Provlnce de Pe Kim3 & secend jufquau Pays du Mogol y à Ia Perfe & à la mer Cafpiene. Mais comme les Provinces Septentrionales ne pou- voient pas fournir les proviíions neceffaires à la íubfiftance de cette grande Ville , il fie cdnftruire quantité de VaiíTcaux pour apporter des Pays Mé- ridionaux les vivres, les épiceries & les marchandi- fes de coutes fortes à Pe k;w. Mais voyanc 1'incer- titude de cette navigation, & que les calmes & les temperes caufoient la perte d'une infinité de pro- viíions & de marchandifes , il employa des ou- vriers fans nombre, qui avec des dépenfes immen- fes & une induftrie mervcilleufe , ouvrirent à tra- vers de plufieurs Provinces uri canal de trois millc x
IDE LA CHILÍE. 141 cínq cens ftades Chinois de longueur, ou de deuac • cens quarante-cinq lieués Portugaifcs. Ce canal a cn divers endroits, tanc pour diminucr le courant de leão que pour la rendre plus profonde cn lare- cenant, foixance - douze efclufes, que les Chinois appellenc Chi. Ellcs ont de grandes portes faites de groíTes pieces de bois 3 qu on ferme la nuit & quon ouvre le jour3 pour faire paíler les barques» On paíTe la plupart de ces éclufes avec beaucoup de facilite : mais il y en a quelquesmnes quon nc peut pafíèr qu'avec bien de la peine & du danger, & une entrautres que les Chinois appellent Tien Fi Cha, ceít-à-dire, la Reine & la Martreffe duCieí, afin d'exprimer par ces termes hyperboliques, fa hauteur extraordinaire. Quand les barques vont contre le courant & quelles font arrivées au bas de cette éclufe, on attache à la proué quantité de ca- bles & de cordages tirez de part & d'autre du ca- nal j par quatre cens ou par cinq cens hommes, ou mê me par un plus grand nombre, felon le poids & la grandeur de la barque ; dautres travaillent: en meme temps avec des cabeftans placez fur les murailles de l'éclufe3 qui font íort larges ôí baties de pierre de taille. Outre les cordes dont nous avons parle ; il y en a dautres fort groíTes quon entor- tortille à de grandes colonnes de pierre ou de bois^ afin de retenir la barque, fi les autres cordages ve- noient à fc rompre. Quand toutes ces cordes font; 1
*4* novvelle reljtion °n commence à tircrpcu à peu, au fon jl ua bailia quon frappe au commenccment fort * lencenicnt & de loin à loin ; mais lorfque la moi- tic de la barque pour Ie moins eft élcvee à Ia hau- teur du canal fupcrieur, commc 1c courant fait alors plus d impreffion, on frappe le baífin avec grande vitcíle tous cn mefme cemps pouífent de grands cris, & í"ont enfcmble un tel cíForr, quen un moment ia barque acheve de monter & cit mife en fcureté dans 1 eau morre qui íc trouve entre les côtez du canal & lc milieu du courant. On fait décendre Ies barques avec beaucoup de promptitude & de aciiite ^ mais auíli avec bien plus de dan^er. On atrache a la poupe quantité de cordames quon Jâ- & rctient également de part & d'autre. En mê- me temps íl y a des deux côtez des hommes, qui avec de grandes perches ferrces conduifent la bar- que par le milieu du canal, pour lempêcher de ncurter contrc Ies jambages ou groíTcs pierres od les portes font attachées. Lorfque la barque Ies a pailees, tout d un coup on Iâche Ies cordes qui la retenoient & Icmpcchoient de feprécipiter, & cn meme temps elle cft emportée par le courant dune viteíTe egale a celle dune fléchc, jufques à ce que cJJe s arrete peu à peu de mente que 1'eau, & rc- commencc a vogucr dc la manierc ordinaire. Ce Canal commence à la Ville de Tum cheu, éloignée de deux licues&demye de Pe Kim. 11 y a un? ri-
D E L A C H 1 N E. *4> vierc de laquelle on fuit lc courant, jufqu a ce que prés de la mer elle entre dans une autre, que 1 on rc^ monte durant quelques jours. On entre enfuite dans un canal fait à la main ; & aprés y avoir na- vimié-vingt ou vingt-cinq lieues, on trouve un Templc appellé Ftien xui miao, c'eft-a-dire, Tem- pie de 1'eíprit qui divife les eaux. On va jufques- là fur le canal contrelc courant dei eau; mais quand on eft arrivé vis-à-vis de ce Temple on commen- ce à décendre & à fe fervir des feulcs rames. Je pnc maintenant nos ingenieurs & nos beaux efprits dc 1'Europe, d'expliquer comment cela fepeutfaire, & íi ceft un ouvragc de 1 Art ou de la Nature. Une barque eft traverfée au milieu du canal, la proue a 1'Occident du côté du Templc, & la poupe à l'Orient j d'un bord l'eau court vers le Nord , ôc de l'autre bord elle va vers le Midy. L exjplication de cét énigme coníifte en ce que du cote de lO- rient, à une demy-journéc dc chernin , il y a un grand Lac entre de hautes montagnes, dont 1«3 eaux formoient une aflez grande riviere qui cou- rç)it vers la mer du côté de 1 Orient. Les Chinois boucherent cette fortie, & ayant coupé la monta-
r-44 NOVVELLE RELATION milieu devant IeTempIe, dccendégalementdepare & dautre vers Ie Nord & vers le Sud, ainfi quo* lé peur voir dans la Figure fuivante. Nor il fe déchargc dans cctte grande & rapide riviere que Ics Chinois appellent, jaune. On navigue deíTus unpeumoins de deux journées , & Ion entre dans une autre riviere qu on remonte environ deux portées dc moufquet, au bout dcfquelles on trouve un canal que les Chinois ont ouvert au bord Meridional de cette derniere riviere, & qui court vers la Viile de bíçai ngan. Il paíTe enfuite par beaucoup de Vil les & de Bourgs, jufqua ce quil arrive à la Ville de Yam cheu, le plus farneux Port de cét Empire. Peu apres il fe degorge dans le Fleuve Kiam, à une gran- de journéc de la Ville de Nan kim. Cét ouvraae «ii à la verité grand & magnifique j mais la con- ílru&ion
DE LA CHI NE. i4y ftru&ion des onze cens quarante-cinq Hoftelleries Royales ne luy cede point, & celle de plufieurs tnilliers de ForcereíTes & des murailles de cinq cens lieués de longueur, qui enviíonnent la Chine, eít encore plus admirable. Nottes furle feptiéme Chapitre. A page 140. II y a plus de quacre cens ans que les Tartares Occidentaux conquirent, &c. CHinghis can Fondateur de la Afonarchie des Tar- tares la plus grande qui fitt'jamais au monde ; ou du moins fon Juccejjeur Oótay can, commenca environ 1'année izzo. la conquéte de la Chine Septentrionale, en attaquant les Tartares Orientaux qui loccupoient depuis cent dix-fept ans, felon la Chronologie du Pere Couplet. Alais la conquefle entiere de la Chine ne fut achevée quen 1'annce iz8o. par le cinquiéme Empereur depuis Chingnis can., nomme par nos Hifloriens a 1'imitation des Orientaux , Cublay can , ou Cobila. Les Chi- nois qui luy donnent de grandes loiianges, 1'appellentXí çu, e^r* dijent qu il s'appelloit auparavant Ho pie lie j ce que je crois nejlre autre choje que le nom de Cublay, ou Cobila corrompu, à cauje que les Cbinois ont peine À prononcer t & corrompent prefque toujours les noms T
I4<5 NOVVELLE RELJT10N les mots des autres JVations 3 comme ncrtre Auteura re- marque au premier Cbapitre3 que Mare Polo avoit cor- rompa le nom Tar tare de 1'ancien Pe Kim , en difantr Cambalu au lieu de Han palu. Les Cbinois font de mefme à 1'égard des mots des Langues étrangeres, cbun- ge ant des lettres Cr ajoutant des voyelles, pour les pro- noncer plus facilement; parce que tous les mots de leur Langue Jont monoflllabes. Ainfl fay veu dans uncDif- fertation manuferite fur la necejjité de faire le Service Divin en Langue Cbinoife 3 & qui meriteroit bien d'ejlre mife en lumiere, que les Cbinois pour dire Crux, difent Cu lu cu; au lieu de prononcer Beatus , ils di- fent Pc ia tu fu > pour baptifo ^ ils prononcent pa pc ti fo y Cr pour Bartholomeus, Pa ulh tolo meu fiu De mefmeil femble quils ontpíi dire Ho pie lie, au lieu de Cublay, ou Cobila, cbangeant le c en h, & le b en p. Et difant Hopili., au lieu de Cobily, Cr ajou- tant deux c3 pour faciliter la prononciation. Ce fut ce PrinceXi çu ou Cublay cair, qui flt faire- te grand Canal que notre Auteur décrit avec fon exacli- tude ordinairc, & qui ejt fans doute un des plus magni- fiques Cr admirables ouvrages de 1'Vnivers. Il refle feu- lementà eclaircir fl leséclufesde ce Canal font flaites com- me celles de France Cr des Pays-bas ; ceíl-a-dire 3 flv elles font composees de deux portes a quelque dislance l'une de tautre, entre lefquelles teau s'eleve; car il femble3 par la; Fíarration du CPere Magaillans Crparcelle du PeréTri- gault, que les eclufes des Cbinois ne font autre ebofe quune
DE LA CtílNE. 147 porte f,mple,ferméeawc despiec )„ de travers ou horizontal,ment, jufqu a ce que l ou- verture foit entierement bouchée. ce moyen, on leve ces pieces de bois l'une nutre, & alorson fait monte, & dkendre l s ne pourroient pus naviguer, cuufe que l euu manque- je dans le Canal, f, cite neftoit re,enue& confervee par cette invention :mais eque celle des efclufes à deux portes un cofre Jutí, l'Auteurde la Relatton de l Jmbaffaie des Hol- landoisditquonnouvre les éclufes de la Chinfqua-uec beaucoup de diffculté,& qune voyaze. Celi toutefois une ebofe bicn remarquablc & bien c-ommode quon puijfe allcrdm bout de la ame a iautre, duram lefpace dlnviro ftx toujorn, par des rivieres ou par des eanaux , a a referve d une feule journée de chemin par tem, entre Jc Quam tum e? de Kum fi, ou entre les Nan hium & de Nan gan, oh lonfc rembarque fur la it- vierede Can. Surquoy il eftbon de remarque, ctuelM- teur de U Relatton de 1'JmbaJfade des une faute confiderable en confondant cette rtvtere de Can avec le mnd Fleuve Kiam qui ment de la Promnce de Junnan, &toucbe feulement tex,remite Scptentrto ate de la Province de K.am fi, au lie» que lartv.ere de Can la dtvtfe en deux , en la farcourant du Sui au Nord.
I4S NOVVELLE RELATION ... 1:1:1 111 Irllli CHAPITRE VIII, E)e la grande indufirie de cette Nation. 1 A magnificence & íc grand nombre | des ouvrages pubiics de la Cbine, ne vient pas íeulement de la dépeníe in- croyable quon y fait, mais encore de Ia rare induílrie de cette Nation. Us fone toutes fortes d ouvrages mécaniques avec beau- coup moins dmítrirmens & bien plus facilement que nous. Us ont des inventions admirables pour ache- ter & pour vendre, &pour trouver les moyens de iubíilter. Car conimc dans ce Royaume il riy a pas un pied de terre inutiie, auíTi riy a-t-il aucun homme ny feramc, jeune, vieux, boiteux , man- clior, íourd, ou aveugle , cjui riait le moyen de gagnerfa vic, & qui riait quelque Art ou quelque empioy.^ Les Clunois difent en commun Proverbe que
DE LA cm NE. 149 Pe Kim ily a plus de mille Familles qui n'ontpoint d'autre métier pour fubíifter, que de vendre des allu- mettes & des méchcs pour allumer du fcu. 11 y en a du moins autant qui ne vivenc d'autre chofe que de ramaíTer dans les rues & parmy les balayeurcs, des chiíFons detoffes de foye„& de toille de coton & de chanvre, des morceaux de papier & autrescho- fesfemblables,quilslavenc&nettoyene, & lesven- dent cnfuite à d'autres qui les empdoyent a divers ufages, dont ils nrenc du profit. L'invcntion donc ils fc fervent pour porter des fardeaux, eft curieufe; car ils ne les portent pas à vive force comme npus, mais avec adreífe, de la manicre fuivante. Ils at— tachem les chofes qu ils vculent porter à des cor- des ou à des croehecs, ou les mettent dans des pa- niers, & les pendent enfuite aux deux bouts dun bois applaty & prepare pour cela , qu ils elevenc fur leur épaule en equilibre , à la maniere d une balance , enforte quil pefe autanr d'un cote que d'autre. Cette invention eftd'une grande commo- dité, parce qu'il eft certain que les poids eftantmis en equilibre font beaucoup plus faciles a porter, Dans toutes les Citez & les Villes de 1'Empire il y a deux Tours, dont Func s'appelle la Tourdu Tambour, & 1'autre, la Tour de la Cloche , qui fervent à marquer la veille ou la garde de la nuit. Les Chinois divifent la nuit en cinq parties, plus grandes ou plus petites, felon que les nuits font
Ijo NOVVELLE RELATION plus longues ou plus courtes, & ellcs font ainfí plusgrandes en Hyvcr qucn Efté. Au commence- ment de la nuit ou de la veille, la fenrinelle frap- pe pluíicurs coups Tur le tambour, Sc la cloche luy répond de m&me. Aprés cela, durant touc le pre- mier quartier , la fentinclle frappe un coup fur le tambour, &l'autrefentinelleen donneauíli-tôc un autre avec le marteau fur la cloche. Environ 1'efpace d'un Credo aprés, ils donnent chacun un coup au tambour Sc à la cloche , Sc continiient de même jufquau commencement de la feconde partiedela nuit. Alors ils donnent chacun deux coups & con- tinuem, comme il a efté dit, jufqu a la croifiéme parcie; à la quatriémc ils en donnent quatre ; à Ia cinquiéme cinq, & au poinr du jour ils redoublent les coups , ainíl quau commencement de la nuit. De cette maniere, en quelquetemps de la nuit que Ion s'eveille, on entend le fígnalde toute laVillc, à moins quele ventnerempcíche, & on fçait quel- le heurc il cft. A J^e Kim on voit dans le Palais du Roy un tambour Sc une cloche fur de hautes Tours j Sc dans la Ville, deux autres Tours avec un tambour Sc une cloche. Le tambour dé la Villc a de diamc- tre quinze coudées publiques, comme celle que j'ay reprefentée dans la premiere remarque. La clo- che du Palais eft aufti grande qu'aucune que jaye veué en Portugal mais elle a un fon 11 éclatant,
DE LA CHINE. ifi fi atrréablc & fi harmonieux, quit paroit bieri moins venir d'une cloche, que de quclque inftrumcnc de Mufiquc. Le Pere Athanafe Kircher ,dans lc Chapitrc le- cond du fíxiéme Livie de fa Mufurgie, ou Are des confonnances & diííbnnances, aílure que la cioc ae de la Ville d'Etfort fujette à JEleftcur de Maven- ce, cft la plus grande, non feulement de toute l'Eu- rope, mais auíft detout le monde. Touterois nou.» avons veu de nos propres yeux & rcconnu par cx- perience 1'année \66\, quelle eft beaucoup moin- dre que celle que les Peres Jean Adam & Ferdi- nand Verbieft éleverent avec des machines , au grand ctonnement de toute la Cour, & quils place- rentfur 1'unc des Tours dont nousavons parle cy- devant. On fera convaincu de cette vente par le . parallele des mefures de la cloche d Erfort, tirecs du Livre du Pere Kircher, & de celles de la■ de Pe Kim3 fait par le Pere Ferdinand Vcrbieít de la maniere fuivante. ■ . ; ,-r J.! ./3: i. L'ouverturc de Ia r. Lc diamétre de Ia bouche de la cloche d'Er- bouche de la cloche de fort cft de fept coudées Pe Kim eft de douze cou- Chinoifes & une dixié— dees & huit dixiemes. L'épaiífeur de Ia- *. UépaiíTeur de la cloche d'Erfort verslem- cloche de Pe Kim ver»
ifi NOVVELLE RELAT10N bouchure,eftdeíixdixié- fon cmbouchure, eft de mesd'unecoudée,&lepc neuf dixiémes dunc cou- dixiémes d'une dixiémc. dée. 3. La hauteur ince- 3. La hautcur inte- rieure que le Pere Kir- rieure de la cloche de cher appelle, altitudinem PeKim, eftdc douzecou- inchífie curvatura, eft de dces. huit coudées & cinq di- xiémes & demy. • 4. Le poids de Ia cio- 4. Le poids de la clo- che d Erfort eft de vingt- che de Pe Kim eft de cenc cinq mille quatre cens vingt millc livres dc hvres. bronze. Cette cloche eft celle qui fert à marquer Ies heurcs de la veille ou de la nuit, dans la Ville de Pe Kim, ôc je puis aííurer avec toute forte de certitude, qu5il n y en a point dans toute 1'Europe qui 1'égale ; & mefme que felon toares les apparenccs elle eft Ia plus grande qui foit au monde. Quand on lafon- ne la nuit , le bruit , ou plutoft le mugiflement qu'excite cette terrible machine , eft i\ grand , fi plein & íi refonnant, qu'aprés s'eftre répandu par routc ia Ville, il s'étend pardeífus lesmurailles, dans les Faux-bourgs, & dans routes les campagnes voiíines. Avec cette cloche extraordinaire, les Róis Chinois en avoient fait fondre fept autres, dont il y en a encore cinq à terre. Lune de ces dernieres mente \ • r
DE LA CHINE. meritc d'etré admirée , àcaufe quelle cít toute cou- vcrte de caracteres Chinois, ÍI beaux, 11 nets 6c íi parfaits, quils ne paroiíTenr pas avoir eft4fondus, mais tracez fur le papierpar quelque fçavant ôcce- lebre Ecrivain. Les Chinois ont trouvé , pour regler 6c mefurer ies parties de la nuit., une invention digne de la merveilleufe induftrie de cette Nation. Ils mettent en poudre uncertain bois en le râpant ôc le pilam? ils en font une efpece de pâce , dont ils formenc des cordes 6c des batons de diverfes figures. On en fait quelqucs-uns d'une matiere plus pretieufe , comme de fandal, de bois d'Aigle, ôc d'autres bois odorans, 6c de la longueurdun doigt ou environ, que les perfonnes riches 6c les Lcttrezfont brúlcr dans leurs chambres. Il y en a dautres plus ordinaires, dune, de deux ôc de trois coudéesde longucur, 6c mêmc d'une, de deux 6c de trois aunes, 6c unpeu plus ou un peu moins gros qu'une plume d'Oye, qu'ils brulent devant leurs Pagodes ou Idoles, Ils s'en fervent auíli comme d'une méche pour porter du feu d un lieu à un autre. Ils font ces cordes de poudre de bois d'une grofleur égale, en les paífant par une filiere, ou un trou fait exprés. Eníiaitc ils les cntortillent en rond , en commençant par le centre, 6c forment une figure fpirale 6c conique, qui s'élargit à chaque tour, jufquà une, deux, ôc trois palmes de diamétre 3 6c même davantage, ôc V
U4 NOVVELLE RELATION durc^un , deux & trois jours, & plus encore, apro* portion de ta grandeur quon luy a donnée : car on en voit dans des Tcmples, qui durent dix, vingt & trente jours. Ces macnines ou méches reíTem- blent à une nafle de pefcheur, ou à une corde en- tortillée autour dun cone. On les fufpend par le cen- tre, & on les allume par le bout d'cnbas, d'ou le Feu tourne lentement & infenfiblement, fuivant tous les tours quon1 a fait fairc à cette corde de poudre de bois, fur laquelle il y a ordinairement cinq marques pour diftinguer les cinq parties dela veille ou de la nuit. Cette maniere de mefurer le temps eft íi jufte &c íi certaine, que jamais on n'y remarque aucune erreur confiderable. Les Lettrez,. les Voyagcurs, & tous ceux qui veulent fe lever à 'une heure précife pour quelque aífairc, fufpendent a- la marque qui indique 1'heure à laquelle ils veu- lent s'éveiller, un petit poids , qui, quand le feu- eft arrivé à cét endroit, ne manque pas de tom- ber dans un baflin de cuivre, qu'ils ont mis au def- fous/ & de les révciller par le bruit quil fait en tombant. Cette invention fupplée à nos Horloges à réveil, avec cette differencc, quelle eft tres-íim- ple & à íi bon marche ,, quune de ces machincs qui peut durer vingt-quatre heures, ne coute qu'en- viron trois deniers,, & que les Horloges fonteom- pofées de quantité de roiies & d'autres picces, & •font íi cheres, qu'elles ne peuvent eftre employées que par des períonnes riches..
DE LA CtíltfE. ísí Notces fur le huitiéme Chapitre- /l page 145). Us attachent les chofes quils veulent porter, &cc. CEtte innjention > ainfi quelle efl décrite , efi en- tierement pareille d celle dont fi firtent les fiem - mes en Hollande pour porter dansles rues des fiauxpleins de lait> & dont apparemment le Pere JMaraillans n a- *uoit pas connoijjdnce : mais elle ejl tout-a-fait inutilc pourporter unfardeau d'une fiule pieee. fi page 150. Le tambour de la Viile a dc diametre quinze coudées publiques , &c. fiay remarque dans la premiere Notte fur le fecend Chapitre, que la coudée Chinoife efloit au pied de Paris comme fipt d hutt; ainfi ces quinze coudéesualent treine pieds & une huitiéme de Pams ; ce quifait uoir que ce tambour eft d'une grandeur prodigieufi , puifque par la proportion du diametre d la circonference, il doit avoir quarante-un pieds un quart, ou prés de fept toifes de tour. tVi " . \ Q pageiji. Lc Pere Athanafe Kircher, &c. aflu- re que la clochc de la Ville dEifort, &c. Le Pere Kircher riavoit afieurément pas connoijfance "* Vi;
i,-« NOVVELLE RELATION de plufeurs cloches de lEuropeplus grandes que celle d'Er- fort; car fans fortir de France, la cloche de Rouén, ap- pellée George d'Amboife, peje environ quarantc milliers, ainfi quil efl écrit deffus. Celles de Rhodc^, de faint Iean de Lyon 3 ft) les deux quon fit fondre tlj a deux ans pour 1'Eghfe de Notre-Dame de Paris 3 font d peu prés de la méme grandeur que celle de Roiien. Il eflcer- tain aujfi que le pere Kircher riavoit aucune connoiffan- ce des cloches de Pe Kim, puifquil seft retraãé dansfa China illuftrata3 apres que le Pere Gruber luy eut en- voyé 1'extrait d'une Lettre du Pere Ferdinand Verbiefly qut contenoit la defcription de cctte cloche de Pc Kim, que le Pere Kircher a fait imprimer dans Jd China il- luílrata. Fe Pere Magaillans riavoit pas veu non plus ce dernier ouvrage du Pere Kircher. A l'égard des cloches de Pc Kim, le Pere Ferdinand Verbiefl dans fa Lettre, & le Pere Couplet dans fa Chronologie 3 difent que lies furent fondués environ lannée 14.04. pari'ordre del'Em- pereur Chim çu3 autrement Yum 1 o3filsde Kien ven ti, auparavantappellé Hum véi, lequel chajfa de la Chine les Fartares Occidentaux 3 & fonda la Famille Rojiale Taimin, ga détruite en ce feécle par lesTartares Orien- taux. Cét Empereur Chim çu fit fondre cinq de ces cio- ches3 qui pefent chacune centvingt milliers3 & il nefaut pas douter quelles nefujfent alors les plus grandes du mon- de-. Mais lacques Reutenfels 3 dans ta belle Relation de M ofcovie quil a compofee en Lalin, rapporte quily en a une beaucoup plus grande dans le Palau du Grand Duc
NOVVELLE KELATlOlSt V .. v *. 4^ v . j ' CHAPITRE IX. jiíi^ tiíi 1
' £>E tA tfílNE. V9 íeau & l'autre Tur la terre>& autant de Veftifeè quil y a dc Villes. Ces barques fervent de maU fon à ceux qui en font les maittes. Ils y font leuf cuiífne, ils y naiílent, ils y font elevez & ils y meurent. Ils y ont leurs Chiens & leurs Ghats,^& ils y nourriííent des Cochons, des Poules,*des Ca- nards & des Oyes. Ellcs font de differentes fortes, les unes grandes, les autres petites. Il y en a pour le Roy, pour les Mandarins, pour les Marchands & pour le< peuple. Entre les Barques du Roy, ceb les quon appelle ço Cbuên, font emplòyees au traní- port des Mandarins qui vont exercer leurs Charges ou qui en reviennent- Elles fontfaites comme nos Caravelles, mais fi hautes & fi bien peintes, prin- cipalement la chambre ou loge leMandarin, qu el- les reífemblent beaúcoup mieux à des batimens faits pour quelque folennitc publique, qua des bárques ordinaires r Celles quon appelle Leam Cbuêni ccft à dire Barques deftinées à porter de* Provinces à la Cour, toutes fortes de provifions,. font au nombre dc neufmil neuf cens quatre-vingts-- dix-neuf. J'ay eu plufieurs fois envie de b^vojr pourquoy on nen avoit pas ajouté une, ahn efe remplir le nombre dedix mille-, mais toutes les di- licrences que j'ay faites ont eíle inutiles, jufqu a ce qS-enfin aprés plufieurs années, & lors que je fus mieux inftruit de 1'humeur & descoutumes de cettt í^ation, j'en devinay la raifon. Le nombre de di*
Wo NOVVELLE RE L AT ION mille eít exprime par deux feulcs Letrrcs ChinoifeS Y & Yan, qui n'onc rien de grand & de magnifi- que, ny dans fécriture ny dans la prononciarion, ■$£ par confcquent ne meritent pas d'être employées pour expliqucr Ja multitude dc ces barques de 1 Empereur. Ainfi ils cn ont ôté une de dix millc pour iaire un.nombrc.pompeux & majeftucux, & qui piin flatcr- lcur orgiieilôí leur vanité, en difant •ncuf nullè neuf cens quatre-vingt-dix-neuf. Ces • barques font un peu moindres queíes premieres; tou- tefois elles ont lcursChâteaux de poupe & deproue, & leur falle aumilieu, comme cclles des Mandarins. La troiíiéme forte dc barques de 1'Empereur s'ap- -pelle Lum y chucn, ceft-à-dire, barques qui portcnt à la Cour les habits & les pieces de foye & dc bro- cat de TEmpcrcur. Il y cn a autant que de jours en 1'année, ou trois cens foixante-cinq ; parceque comme-on appcllc 1'Empereur fils duCiel, lesnoms dc toutes lesdchofes qui luy apparticnncnt fe rap- portent ordinaircment an Ciei, au Soleil, à laLu- nc, aux autres Pianctes/à aux Etoiles. Ainfi Lum y íignific habrts du Dragon, parce que la Dcvife hc ics Armoiries duRoy de la Cbine lont compofccs de Dragam® avec cinq ongles, & par cctte raifon ftfs« habits & fes meubles doivcnt ncceífairement -cílrcíorncz de figures de Dragons en broderie 011 cn pcinture :.mcpaè quand on dit Lim yen, yeux
*DE "LACHI NE. > t«í Tnonde entend cjuc l'on parle des yeux ou des ha- ~ bits de 1'Empereur, & aínfi de tout le refte. Il y a enfin d'autres barques appellées Lám ebuen , fort lecreres & pecites cn comparaifon des autres, & qui íont prefqucauííi largesque longues. Elles fervent aux homrnes de Lettrcs & aux perfonnes riches & coníiderables qui vont Ou viennent de la Cour. Ils y ont une Calle, un lit, une tablc, des chaifes, & ils y peuvent dormir, manger, etudicc, ecriie , recevoir des viíites avxc autant de commodite que «'ils eftoient dans leur maifon. Les Matelots occu- pent la proue , & le Maitrc dc la barque avec Ca femme & Ces enfans, la poupe, ou il prepare à man- ger à celuyqui a loiié la barque. Ces dcrnicrcs a\ec pluíicurs autres de diverfes formes, appartienmnt aux particulicrs, & font prefque innombrables. Je navi
16t NOVVELLE RELATI01V la Ville de Hâm cheuy Capitale dc la Province de* Cbe Kiamy& lc vingt-huitiéme d'Aouft de la memo année, jarrivay à la Ville de Chim tu, Capitale de la Province dc Su chuen. Duranc ces quatrc mois5 je fis, toujours.par eau, plus de quatre cens lieues, en comptant lcs détoursdes rivicres, enfortc tòutefois que je naviguay durant un mois Tur deux rivieres differentes y mais durant lcs trois autres je voya- geay continiiellement íur lc grand Fleuve Kiam, qu on appellcFils de la mer. .Pendant cctte longue navigation je rencontray chaque jour un ÍI grand nombre de trains ou de radeaux de toutes fortes de bois, que íi on les attachoit les uns aux autres onfcroit unpont deplufieurs journées deloncrUCuro. Je voguay le long de quelques-uns attachez^ con- trc le rivage, pendant plus d une heure, & quel- qucfois durant une demy-journée. Les plus riches Marchands de la Chine font ceux qui font com- merce de fel & de bois ; auíli n'y a-t-il point de marchandife dont lc debit foit plus coníiderable.. Us vont coupper ce bois dans les montagnes de la Province de Su chuen, fur les frontieres dela Chi- ne , du cote de 1'Qccident. Aprés quils lont faie voiturer fur le bord du Fleuve Kiam, qui par céc endroit entre dans cér Empire , ils le mettent en radeaux & le conduifent à peu de frais dans la plu- part des Provinces , ou iis le diftribuent avec do grands profits. La largeur de ces radeaux. eft deiv
* DE L A C H I N E. 163 • ^iron dix picds, & la longueur eft plus grande ou plus petite , à proportion de la richcíTe du Mar- chand ; mais lesplus longs font d un pcu plus d u- jic demy-lieuê. Ils s'élevent au dcíTus de 1'eau de quatrc ou cinq pieds, & on les fait de la maniere fuivantc. Ils prcnnent autant de bois quil eft nc- ceíTaire pour luy donner la hauteur ou 1'cpaifleur de quatrc ou cinq pieds , &dix de largcur^ Ils font d es trous aux deux extrémitez du bois, ou ils paf- fent des cordes faites de cannes ou d oíicrs tordus. Ils enfilcnt d'autresbois à ces cordes, laiíTant con- tinuellement dériver ou deccndre le radcau ftir la* nvierc, jufquà ce quil foit de la longueur qu ils defirent. Toutes les parties du radeau compofe de cette forte, fe meuvent&fe plient aufti facilement quand il eneft befoin, que lesanncaux dunechai- ne. O11 met fur le devant quatreou cinq hommes avcc des rames & des perches pour le gouvcrner , Sc le faire aller ou ils veulent. Il y en a d autres tout le long du radeau , dans des diftances ega- les, pour ayder à le conduire. Ils batiflent au dcí- fus, d'efpace en efpace, des maifons de bois cou- vertes de planches ou de nattes, quils vcndcnr tou- tes entieres dans les licux ou ils abordcnt duiant lc voyacre. Ils dorment & fe mettcnt à couvert dans ces maifons, ils y fontleurcuifine, ils y mangent, & ils y enferment lcurs liardes & lcurs meubles. Ces Marchands apportent des montagnes & des
I64 NOVVELLE RELJT10N Forefts ou ilsprcnncnt lebois, diverfes fortes d'her-: bes médecinales, beaucoup depcrroquets, de Sin-* ges & d'autres chofes quils veridcnt dans les Villcs & autres lieux ou ils paíTent, à dcs Marchandsqui vont enfuite les debitcr dans toutes les Provinces de 1'Empire. On ameine une grande quantité de ce bois jufqu à Pe Kim, quoyquc cette Ville foit éloignée de plus de fcpt cens lieues Portugaifes des montagnes ou on le coupe. On peut juger aifé- ment par ce que je viens de dire, qu'il ny a poinc de Pays au monde, qui pour la navigation fepuif- fe égaler à la Chine,
i66 NQVVELLE RELJTIOM blç, d'autant plus que tout celuy qUi y entre(unc rois,nc peut jamais cnfortir, à caule dela rigiicur dcs Loix qui le défendent. 11 arrive rarcmcnt en Europe qu on faíTe des prcfens de cinq cens ou de mille ccus : mais à la Chine il cíl fort ordinaire den faire , non pas de miíle, mais de dix mille, de vingt, de trente, & de quarante mille. Il eft cercam que dans tout 1'JEmpire, & principalemenc fn cette Cçmr, on dépenfe tous les ans plu/icurs mil- °ns en regales & enprefens, &quenousy voyons chaque jour, ce que difoit cét ancien de la Ville de Rome, que tout y eftoit à vendre & à Pancan. II n> a prefque point de Charge de Prefídent de' •Cite ou de Ville , qui ne coute pluíieups milliers d ecus à celuy qui en eft pourveu , & quelqucfois vingt & trente mille, & il en eft de même à pro- portion, des autres Ofiices grands & petits. Pour eftrc Viceroy ou Gouverneur d'une Province il faut payer avant que deftre mis en poíTeífion, tren- te quarante, & fouvent foixante & foixante-dix mille ecus. Le Roy non fculement ne reçoit pas ccr argent, mais il n'a pas même connoiíTance de ce deíbrdre. Ce Pont les Gouverneurs de 1'Empire les Colao, ou Confeillers d'Etat, & les fix Tribu- naux íupremes de la Cour , qui vendent fecrete- mcnt les Chargcs aux Vicerois &c aux grands Man- darins des Provinces. Ceux-cy pour fatisfaire leur avance & regagner ce que leur ont coute leurs eni-
BE LA C li IN Ê. iS? píois, exigcnt des prefcns des Preftdcns des Terri- to ires & des Citez, qui fc recompenfcnt fur les Pre- íidens des Villes & des Bourgs, & cesdernicrs, ou plúcoft tous enfcmblc , fc dédommagent & s cn- graiífent au dépens du miferable peuple : Enforte- que ceft unProverbecommundanslaChinequele Roy lâche fans le fçavoir autant de Bourreaux, d aí- faflins, de Chiens & de Loups affamez pour rui- ner & devorer le peuple , quil crée de nouveaux- Mandarins pour le gouverner. Eneftetil ny a ao. cun Viceroy, Vificeur deProvince, ou autre íem- blable Gfficier, qui au bout des trois ans de ion employ , ne sen retourne avec fix & ícpt cens mille , & quelquefois un mdlion d'ccus.^ De touc cela íe tire une conclufion qui me paroít íncon- tcftable , ceft à fçavoir, que fi Ion confidere 1 in- clination prefque naturelle &l'avidité infatiable dc cette Nation, il y a tres-peu d'argent dans la Chi- ne : mais fi Ion regarde les ncheiles quelle pofle- de en clle-même, il n'y a point d'Etat qui en cela- puiíTc luy eftrc compare. II y a dans la Chine une fort grande quantite de cuivre, de, fer , d'eftain , & de toutes les au- tres forres de métaux-, & pnncipalement de cuivre & de laiton , dont ils font des pieces d Artillcric,. une infmité dldoles & deStatucs, & beaucoup de vafes de differentes manieres, & dun pux & d une valeur extraordinaire. Il y a quelques-uns de çes
NOVVELLE RELATION Vaies, qui pour eftre fort anciens , & pour avofr cfté fairs fous un tcl Roy ou par un tel Ouvrier duoyque cTailleurs ils foient fort limples &fort grof' liers, font eftimcz pluftcurs ccntaines d'écus, & Oueiquefois millc & davantage. La Villc de Macao fournit une preuve evidente de 1'abondance de ces métaux ; çar on y a fondu tant de pieccs d'Artil- Icric dunejrrandeur, dunc bonte & dun travail admirablc , que non feulcmcnt cettc Villc en eft fuffifamment pourvcuc, mais quon en a encore envoyé un grand nombre dans les Places des In- des, & jufqu*en Portugal. On connoit encore la quantité du cuivre & du laiton de la Chine par Ia grande multitude de monnoye quon en fait dans tout cct Empire. Ellcs font percées d'un trou quar- ré par le milieu & enfilées avcc des cordons qui contienent chacun millc deniers. On donnc ordinai- rement un cordon de millc deniers pour un écu, ou Tael Chinois ; & ce changc fc fait dans des banques & des loges publiques deltinées à cela. 11 faut remarquer en paífant, qu'il n'y a aucu- nememoirc dans la Chine, & quonne trouveau- cune marque dans les Livres, quon fe foit'jamais fervy de monnoyes de papier dans ce Royaume comme Mare Polo lc dit dans fon fccond Livre' Chapitrc dix-huitieme. Mais parce que Mare Polo cft un Autcur digne de foy, jc veux expliquer icy Çc qui peuc avoir cite caufe quil fe foit trompé. La monnoye
faE LA Cm ftiohhòye de cuivrc dc la Chine cft ronde, & pour 1'ordinaite dc la grandeur d'unc réale & demic de Portugal. 11 y a des lettres imprimées, qui d un co- te marquent lc nom du Roy regnant, & dei aucre celuy du Tribunal qui I'a fait battre. Lcs pieces dor & d'argcnt ne font pas battiiés, mais fondues & jcttées en lingots de la forme d'un petit batteau, & on les appclle à Macao, paes, ou pains d or ou dargent. Lcs uns & lcs autres font de differente valcur. Lcs pains dor valent, un, deux, dix , & júfqua vingt écus, & ceux dargent font dun de- my-écu, d'un écu, de dix, de vingt, de cinquan- te, & quelquefois de cent &c de trois cens ecus. Ils Jes*coupcnt avcc des cifcaux d'acicr, quils portent pour cela, & les divifent en pieces plus grandes ou pluspctites, felon le prix dccc qu ils achetent. Ce- ia eftant fuppofe, il faut remarquerque lcprenncr & le quinzieme de chaquc mois, & toutes les fois que les Chinois portent enterrer leurs morts, ils brulent quantité dc cordons de monnoye & de pains faits de pâte de papier , argentez avec des feuilles d'eftain tres-fubtiles, & dorezavcc les me- mes feiiillcs vcrniífées de jaune. Ces figures de pâ- te reífemblent dc tclle forte aux veritables mon- noyes de laiton & aux pains d or & d argent, que lcs Etrangers qui ne íont pas encore ínllruits des poutumes & fuperílitions de cctteNation, peuvent •*jiementy cílre trompez j d'autant plus quils voyenc X
j7o NO WELLE RELATJON à chaque pas dans lcs rues & dans les places, des hom*. mes chargez, & desboutiqucs pleines de ces mon- noycs contrefaites. Les Chinois les brulent, parce qu ils croyent que les cendres fe convertiíTent en monnoyes de cuivrc & en pains d'or & d'argenc, & que leursparens défunts s'en fervent cn 1'autre monde pour loiier des maifons, &achcter dcshabits& des vivres, &pouracquerirla faveur duRoy de 1'Enfer, de fes Miniftres, &de fes bourreaux, afin qu ils les traittent avec moins de rigueur & quils adouciílenc leurs tourmens, & pour les obliger à ne pas dilfe- rcr, mais plúcoft à avancer le temps de lcur tranf- migration ou metempficofe , en faifant promptc- ment entrcr leurs ames, non pas dans des corps de beftes , mais *dans des corps d'hommes confidera- bles par leurs fciences, par leurs honncurs & par leurs richeíFes, tant 1'ignorance ôíTaveuglemenc de ces infidelcs eft extraordinaire.- Il faut encore re- marquer qu'anciennement, lorfque les Rois de la Chine manquoient d'argent, ils donnoicnt aux Mandarins &c aux íoldats pour une partie de leur paye, des billets íignez & fcellez du Sceau du Roy. Ces billets eftoient aufli faits de pare de la gran- deur d'une dcmy-feiiille de papier,& on écrivoit dcf. fuslcur prix ou leur valeur. Ainíi quand quclquun dcvoit recevoir cent écus, on luy en donnoit cin- quante en argent, & les cinquante autres en ceS fortes de billets, quonnommoit Cbao, cfoúeítdé-
DÊ LA CH1NE„ 17Í íivé lc mot de Chdofu, qu'on a dcpuis donné aux revcnus du Roy. Mais parce que lc pcuple faifoit difficulté de rccevoir ces papicrs au iieu dargent, le Roy ordonna que Ton accorderoit une Charge à celuy qui ramafleroit & rapporteroit au Trefor Royai cent de ccs billcts, quon en donneroit une plus grande à ceux qui cn rapporteroient mille, &c v ainíi a proportion d'un plus grand nombre. En quoy le Roy trouvoit fon compce , & les perfonnes ri- ches un grand avantage , parce quils acqueroient des Charges quils n1 auroient pas pú obtenir dunc autre maniere, & qui font toute la gloire & tout le bonheur de cetccNation. Cét expcdienc ne píit pas toutefois appaifer le peuple, qui nc pouvoit fe refoudre à donncr fes marenandifes &c les provi- íions pour un morceau de papier ; ce qui caufoic beaucoup de diíputes & de querelles, & obligea cníin la Cour à les fupprímer pour évicer ces in- convenicns & pluíieurs autres qui en provenoient tous les jours : enforte que depuis quelques íiécles ces papicrs ne font plus en ufage. 11 ne faut pour- tanc pas dourer que ccs chofes nayent donné lieu à Mare Polo d'aííurcr en divers endroics de fon Hif- toire, quon fe fervoit dans ia Chinc de monnoye de papier ou de carton. La foye blanche & la cire de la Chine font deux chofes qui mcritent d etre remarquées : La premic- $c eft la incillcurç du monde j ôc ta feconde eíl non Yij 1
172. NOVVELLE KELATION ^eulement la meillcurc, mais elle eíl encore unique,1 f)uifqu'elle ne fc trouve que dans ce Royaume. Touc c monde connoit 1'abondance Sc la bonté de la foye quon faie par toute la Chine. Les anciens en ont eu connoiílance , puifquils 1'appelloient le Royaume de ta foye, Sc les modernes le fçavent Í>ar experience ; parceque beaucoup de Nations de 'Afie & de 1'Europe en fortent tous les ans avec plufieurs caravanes Sc quantité de Vaiífeaux char- gcz de foye ouvrée Sc non ouvrée. On voit auílr cette abondance par le nombre incroyable d'étof- fes de foye fimple ou mèlée d'or ou d'argent, qui fe confomment dans tout le Royaume. L'Empe- reur, les petits Rois, les Princes, les Grands avec rous leurs domeíliques, les Eunuques, les Manda- rins, les gens deLettres, lesBourgcois riches,pref- que toutes lesfemmes Sc Je quart du refte des hom- mes portent des habillemens de foye , tant inte- rieursquexterieurs. Cétufageeftfi corumun à tou- te 1a Cour, que même les laquais qui fuivent leurs' Maitres allans à cheval, font vêtus de fatin Sc de damas. Enfin on peut eftre convaincu de cette abondance incpuifable de foye par les trois cens^ foixarrte-einq barques dont nous avons parle cy- devant, que les deux fcules Provinces ÀzJSlan Kim & de Cbe Kiam envoyent à la Cour tous les ans, chargées non fculemcnt de pieces d'érofes de foye Sc d'or, de damas, dc fatins Sc de velours de di~
DÉ LA ckine: verfes manicrcs U de differenccs couleurt , mais encore de riches & pretieux habillcmens, pour le Roy, pour la Reine, pour les Princes leurs enfans & pour coutes lesDamesdu Palau. Aquoy onpeut encore ajoucer les centaides de milliers de livres de foye íimplc ou mife en oeuvre, que les aucres Pro- vinces payent chaque année de tribut au Roy , & dont ie mettray le compre plus bas. Car il eíl ne- ccílàirc qu'il y ait dans la Chinc une quanuteinc- puifable de foye, puifque les tributs quon en tire fone fi grands. La cire eíl la plus bellc, Ia plus nette, & la plus blanche quon ait jamais veué i & cluo7,ílu^llí? ne foit pas fi commune que celle des Abeilles 1 eíl eíl Europe , elle fufftt toutefois pour le fcrvice duRoy & de tous ceux du Palais, pour les Grands, pour les Seigneurs, pour les Mandarins qui font a£tuel- lement dans Temploy, pour les gens de Lettrcs & pour les perfonnes riches. Ce qui eílant bien con- fideré , on jugera aifément qiíil faut quellc foi* auíTi abondante que la cire ordinaire l'eíl en d au- tres Royaumes. On la trouve en plufieurs Provin- ces ♦, mais celle de la Province de H* qtiam íurpal- fe coutes les autres, tant par fon abondancc que par Ta blancheur & par fa beauté. Elle vient dana des arbres qui dans la Province de Xan tum Ione petits, mais dans celle de HÚ pim font aufli grands que les arbres de Pagode dans lcsIndcs,.ouquc ler
174 NOVVELLE RELATJON Châtaignicrs cn Europe : & cllc n'y cft pas produi- re commc la poix refine dans les pins, mais par une induílric particuliere de la narurc. II y a dans ces Provinccs un petit animal de la grandeur dunc pU_ ce3 fi inquiet & fi prompt à fe mouvoir , à mor- dre & a penetrer, quil pcrcc avec une grande vi- teíTc , non feulemcnt la peau des hommes & des bcítcs, mais encore les branchcs & les trones des arbres. Les plus eftimez font ccux de la Province de Xayx tum, dont les Habitans, ramaíTcnt dans les arbres les ceufs de ces qnimaux. Ces ceufs auPrin, tempsfuivantfeconvcrtiífcnten depetits vers, dont ils rempliíTent des tronçons de groíícs cannes, &lcs portent vendre à la Province de Hu quàm. Au com- menccment de 1'Efté on les met au pied des arbres lc long dcfquels ils montent avec une grande ví- teííe , & par un inítinófc admirable , cn partagent entr eux toutes les branches & tous les rameaux. Eftans ainfi placcz dans leurs poftes & toujours en mouvement, auíli-tôt avec une a&ivité furprenan- tc ils rongent, percent & penetrem jufqu a la moc- lc, que par une proprieté que Dieu leur a donnéc, ils preparent, purifient & convertiíTent en cire blan- che comme la neige. Eníuite ils la pouífent par les trous qu'ils avoient faits jufqu'à la fuperficic , ou par lc moyen du vent & du froid cllc fe congele & demeure pendante cn forme de goutes. Alors les Maitres des arbres la rccucillent & Ia mettent cn
DE LA CHI NE. t7f fíiaflc commc nos pains de circ, qu'ils vtiident & diílribucnt par toucc la Chinc. Quoyquon nc voyc pas dans cct Empirè des draps de lainc pareils à ccux donc nous nous fer- vons cn Europe, il y a toutefois diverfes fortes de ferges & quelques-unes tres-fines & tres-prccieu- fes de couleur de cendrc & de canelle, donc ordi- nairement les vieillards & les perfonnes de coníí- deration s'habillent durantTHyver. Les Villageois & le menu peupie font leurs veílemens de toilTc de cotton, donc il y a une íi grande abondance & de tant de fortes de couleurs differentes, qu il cft im- poífible de 1'exprimer. Mais il eft encore plus dif- íicile d'cxpliquer le prix, la richcífe, la beauté, la quantité & la varieté des fourrures que cette Na- tion employe dans les Provinccs du Nord., &prin- cipalement dans la Cour de Pe Kivn. Je remarque- ray feulemcnt pour faire entendre cette verité, que quand le Roy fort cn public dans fa falie Royale ce qui arrive quatre fois le mois , les quatre mille Mandarins qui viennent luy faire la rcverence & luy rendre hommage, fonttous couverts depuis la tefte jufqu'aux pieds, deMartes Zibelines d'unprix extraordinaire. Lesfemmes font babillées demefme} & les Chinois en doublent non feulcmenc leurs bot- rincs& leurs bonnets, maisils garniíTcnt encore de diverfes fourrures les felles de leurs chevaux, leurs banesleurs chaifes & le dedans de leurs tentes.
t76 Í<10VVELLE kELATÍON Parmy lc peuple ceux qui fone riclies s'habillcnr de pcaux d'Agncaux & Ies pauvres de peaux de Mouton : Enlorte quil n'y a perfonne dans cetce grande Ville qui durant l'Hyvcr ne foic couverc de diverfes peaux d'animaux, commc deZibclincs,dc Martes, dc Renards, dc Loups, d'Aigneaux Sc dc quantité d'autres dont je ne fçay pas le nom cn Portugais. 11 y a quelques-unes de cespelleteries, íi prccieufcs , que quelques habits coutem jufqu a deux cens, trois cens Sc quatre cens écus. A 1'égard de la chair, du poiífon , des fruits &c autres proviílons, il fufíir de dire quils onc touccs cellcs que nous avons cn Europe , 5c beaucoup d autres que nous n'avons pas, 5c queleur basprix faie aflez connoítre leur abondance. Commc la Eanguc des Chinois cft fort Laconique, aufli-bien qaeleur écriturc , ils expriment prefque coutes ces çnofes avcc íix lettres ou íillabes; les deux premieres font u co, qui fignificnt quil y a cinq principales fortes de grains, fçavoir, le ris, le bled, 1'avoíne, le mil, les pois 5c les feves •, les deux autres font Lo hio, ceft-à-dire, quil y a íix fortes de chairs d'a- nimaux domcftiques, qui font,le chcval,lcbceuf, le porc, le chicn., le mulet 5c la chcvrc : les deux derniercs Pe quo, íignifient quil y a ccnt fortes dc fruits qui, font les poires, les pommes, lespefehes, ies rai/ins, les oranges, les noix , les chaftaignes, jlcs grenades, les citrons, & les autres fortes que OQU?
E LA CHI NE. "i 177 noas avons auífi en Europe, à la referve de trois qui nous manquent. La prcmicre de ces trois for- tes sappelle Su cu ; 6c à Macao, figues de la Chi- lie , non pas à caufe quelles luy reífemble , mais parce que leur gout a.quelque rapport à celuy dc cc fruir, qui eit fi excellent, qu'on pourroit avec raifon lenommer, maíTede fucre. Lcs plus grands • 6c les meilleurs font de la grandeur d'un coin,mais plus bas ou plus écrafez.- Leur couleur eft d'un bcau jaune extrémement vif 6c qui les faie reíTcmblcr a de vericables pommes d or. La feconde forte sap- pelle Li chi; 6c la troifiémc, Lumyen 3 6c à Macao, Lichias 6c Longans. Ces deux fruits, foit qu'on les mange fiais oufechez, font d'un gout tres-exquis. Quelqu'un dira peut-être quen rccompenfe nous avons les coins, les nefles 6c les cormes, que les Chi- nois n'ont pas mais outre que ces fruits fe trou- vent dans la Province de Xan fi 3 il n'y a nulle comparaifon entre lc gout de ceux-cy, principa- lement des deux derniers quon ne peut manger que pourris, 6c la faveur 6c la bonté des trois que j'ay nommez. La chaífe eft fi abondante, principalement à la Cour,que tous les ans, durant les trois mois d'Hyver, 011 voit en diverfes places deftinées à cela, des files de la longueur d'une 6c de deux portées de moufquet & des monceaux de diverfes fortes d'animaux volatiles, jLerreftres 6i aquatiques, dureis, dreífez,fur leurs jam- 2? Z 1
i73 NOVVELLE RE L AT ION bes & cxempts de corruption parla rigueur du froidV On y voit entrautres des Ours de trois efpeces, que les Cfiinois appellenc Gín biúm, ceft-à-dire,: Ours-homme ; Ken hium, Chien-ours -r ôc Chu biumy ouCochon-ours,parcequilsleurreífemblcnt, prin. cipalement de la tefte ôc des partes. Les pattes des ours bien cuites ôc bien apprêtées font fort eíLi— mées dans les feftins des Chinois , ôc leur graiífe cíl un grand regale pour les Tartares qui la mangenr crué trcmpée dans le miei. Toutefois les Ours fone rares ôc chers par confequenr. M ais il y a une fi gran- de abondance de toutes les autres efpeces d'ani- mauxr commc de diverfes fortes de Cerfs, de Daims, de Sanglicrs, d'Elans, de Liévres, de Lapins, d'E- eureiiils , de Chats & de Rats fauvages, dOyes, deCanards, de tres-belles Poules de bois, dautres de couleur cendréeôc drautres plus petites , de Perdrix, de Caillcsr ôc de quannté d'autres , de difíerentes efpeces ôc figures que nous n'avons pas cn Europe , ôc tous à 11 bon marche, que je ne 1'aurois jamais pu croirc , li je nen avois eftécon- vaincu fi fouvent paF mes propres yeux depuis "vingt-deux ans que je demeure en cette Cour. cJhs pp pp pp
DE LA CHINE. 179 Nottes Tur le dixieme Chapitre. A page 173. Lacire eft la plusbclle, &c. D^Jutres Relations parle nt de cette efpece de cire produite dans les Arbre s, mais non pas avectant de circonflances curieufes. Le Pere Trigaut dit que Ja flámeeft plus claire, <&quelle eft plus blancbe & moins araífe que la cire ordinaire. Vn autre Auteur ajoute qu e l e cíl tran[parente:t & quondiftingue la mécbe atravers la are. Le Tere Trigaut dit encore que les Cbinoisfontd une autre forte de are tresMancbe tirée d'un Arbre, mais beau- coup moins lumineufe que la precedente. Vne autre Re ation decrtt cet Arbre & fon fruir en cette manicre. IIy a dans la Province de Fo Kien unbel Arbre affe^ grandúT toufr fu appellé Kuei xu, qui croiíí auprés des ruijjeaux. produit en Decembre un fruir verd obfcur, gros comme une noifette. La peau verte fe feche & fe retire peu a peu & laiífe paroítre une matiere blancbe comme la neige & qui reffemble d du fuifbien purtfié. On la recueille d lafin de Decembre ou au commencement de Ianvicr ; on la fond & on en fait des cbandelles qui rejfemblent a de la cire blancbe , & ne rendent aucune mauvaife odeur. On sen fert toute 1'annee, quoyauelles durent beaucoup plus en Hyverquen Efte 3 £r et les ne coutent que de ux Cols la livre. Du marc de ce fruit, on fait de l huile * Z ij
t8o NOVVELLE pour les lampa. Cefruit eft bien extraordinaire & faie comam combien la narnre a fawriíé la Chine au def- fus des aulres Pays. ' ; J 1 - - "* •> l CJ J J J / éV B page 177. Drcflez Tur Ieurs jambes & exemts de corrupcion par la rigueur du froid. Cela ne doitpas paroítre incroyablc 3 pui [que ccíltef- fet ordihaiirt du gr and froid~ Tous les Hiftoriens Efba- gnols rapportent qu au voyage que fit Diego d'Almiro au Pays du Chili , plufeurs de fes gens en traverfam les hautes montagnes des Andes 3 demeurerem tranfis roides de froid fur leurs chevaux , o* debout centre les roches ou tis efloient appuye^ quils furem trouvez long-temps. aprés de la mfme maniere fans aucune corruptton. La Relation de Mofcovie 3 dom fay parlê cy - devam 3 ditaujfquen Hyver on vend d Mofcou, dans Ic Marche3 une grande quantité d'Efumeonsd' Af- traedn roidis& confervt^ par k froid, oraje] piles d autres poiffons couverts de neige. ?» >T.J ' 'v.1 '«v.á \'À • OK 11 ( V>* 4' ■ XdlA: y [ >115//' ' V V*r ; , . ti ítt n\h ^^n'3 '
DE LA CHINE. 181 CHAPiTRE XI. De la Noblejfe de cét Empire. I cc mot de NoblcíTeeft pris cn gene- ral pour ccllc de 1'Etat même , qui n'eft autre chofc qu une grandeur écla- cancc continuée pcndant pluíieurs fie- cles , il eft certain quil n'y a jamais eu d'Empire plus illuftre que celuy de la Chine■, puifqu'il a commencé deux cens ans apres le De- luo-e , & qu'il a continiié jufqua prefenc durant environ quatremil cinq cens trente-deux ans. Mais íi nous entendons parler feulement de la Noble íTe des FamilleSy il faut avoiier quil y en a peu dans ce Royaume, par la raifon fuivance. Tous les grands Seigneurs , qui íont comine aurant de petits Rois,. de Ducs, de Marquis, de ComtcSj &cc. nc durent quautant quelaFamille reinante, ôc periflent rous avec elle; parce que la Famille qui s eleve a la place de l'autre,les fait tous mourir,ainíi que nous lavons veu de nôtie temps par cxperience. Ccftpar cette rai- fon que la Matfon la plus noble qui ait jamais eítc
x8t NOVVELLE RELATION dans céc Empire, eft la Famille Cheu,quidura huit cens foixanee-quinze ans, & finit il y a deux rnil- le deux cens ans, aucune aurre depuis neftant ar- xivée à crois cens, Ce que nous avons dic jufqu'icy, fe doic enten- dre de la NobleíTe qui s'acquicrc par les Armes. Car pour celle qu'on obcienr par les cmplois de robbe,, elle n'a jamais eu aucune durée conliderable; par- ce que encore quun homme foit Xam xu, qui eft Ia premiere dignité des fuprêmes Tnbunaux de la Cour, ou Co ixòy c'eft-à-dire, premier Miniftre, ce qui eft le plus haut poinc d nonneur & de ri- chefie ou la fortune puifíe élever un fujet dans céc Empire •, fon petic fils fera pour 1'ordinaire rres-pau- vre & obligé de faire le métier de Marchand, de Re- vendcur, ou de fímple Lcrrré,commefonbifayeuJ. En cftet il ny a aucune Famille de gens de robbe qui fe foit confervée dansleluftrc aufti long-temps que la Maifon regnante. J'ay connu fous la Famil- le qui dominoic avant la conquête des Tareares, plufieurs penes Rois, Ducs, & aueres grands Sei- gneurs, qui pour êere du Sang Royai, ou décen- dus des vaillans Capicaines qui avoienc aydé à con- querir l'Empire, eftoienc d'une NobleíTe aufti an- ciennequela Maifon Royale, & íinircnc aufti mal- hcureufemenc avec elle : mais je n'ay jamais veu ny oiii dirc qu'aucunc Famille de gens de Leceres aic eu une aufti longue durée. Toucefois ce qui
de LA CH IN t*5 n'eft qu-un malheur ordinaire dans ccs derniers, cft un cffet de la cruauté de leurs ennemis dansies premiers, dont il y cn auroit plufieurs qui fans ces maífacrcs auroient continue leur grandeur & 1 u Noblcíle auffi long-tcmps que 1 Empire racmc. rcfte en efferune Famille , qut non feulement a confetvé fon luftre, mais qui cft encore a P^nt, cgalemcnt honorée par les Rois, par es Grand , & par le peuple, & qui fleunt depuis plus de vmgt fiécles; enforre quelle peur dire avec juftice qucl- le eft la plus ancienne de FUmvers. Cette Maifon cft celle du fameux C «m /« finou qut nàquit fous la troifléme Famille Imperiale appeU lée Chen , cinq cens cinquantc-un anavant la naiffiince du sLveur, * amfi elle a dure deu mille deux cens dix-neuf ans jufqu a la prelenre année de i«
i*4 NOVFELLE ZEL JT ION Mairre Cum, comme nous difons le Do&cur ou Maícre Scot. Lc croifiéme figmfic hommc Saint i parcc que quand on dit le Saint par excellcnce, on entend Cum fu ftus : ce qui parmy lcs Chinois íl- gnihc un hommc d une íageífe extraordinaire & Heroi'quc. Cecte Nation fait une íi gráftde cftime de ce Philofophe , qu encore quelle ne le tienne pas pour un de íes Dieux, ellc 1'honorc toutefois avec beaucoup plus de ceremonie que fes Idoles ou Pa- godes & le« Chinois ne fouffriroient pas quon lappellat leur Idole & leur Pagode, au contraire, ils le prendroient pour une grande injure. Jc pour! rois ajouter plufieurs autres cliofes que cette Nation aflure de ce Philofophe , qui à la verité eftoit un homme fçavant & doiie de beaucoup de vcrtus nacurclles : mais il fuífira de dire qu ils luy donnenc hberalement aprés fa mort, laffcdion, le rcfpeót, & Ies ticres d'honneur quil n'a jamais pu obtenir pendant fa vie, & ceft pour cela qu'ils 1'appellent Su vam, ceíl-a-dire , Roy fans commandement, fans Sceptre, & fans Couronne & pierre precieufe' mais brute & fans aucun luftre. Par ou ils veulent faire entendre qu'il avoit toutes les qualitez necef. faires pour eftrc Roy & Empereur •, mais que le deftin & lc Ciei luy furent contraires. mm •CHAP. XII
DE LA CHINE. i8J f CHAPITRE XII. Di
i%6 NOVVELLE R EL AT ION faire neuf chofes. La premiere,de feperfe&ionncr & de fe bien gouvcrner lui-mêtne,en forte qu'il ferve de guide Sc d'exemplc à tous fes Sujcts. La dcuxiéme , d'honorer & de bien traitcrlcs Hom- mes deLettres& de vertu,les frequenterScIescoiv- fultcr fur les affaires de 1'Eftat. La troifiémc, dai- mer ies Oncles, fes Coufins & tous les autres'prin- ces du Sang, leur accorder toutes les graces & Ies recompenfes quils meritent, leur faire connoítre quil les aimc Sc les eftimc , Sc qu*il les prefere à toutes les autres perfonnes de 1'Empire. La qua- triéme > de traiter avec refped Sc courtoifie les Grands qui ne font pas du Sang Royai, les éle- vant en honneurs Sc en richcífes, eníorte queux & tout le monde voyentquil les cherit Sc les con- ííderc plus que le commun des Hommes. La cin- quiéme, de sincorporer , pour ainfi dire, au ref- te de fes Sujets, d'égaler Sc dunir fon cceur aux leurs, & de les regarder Sc les eítimer commc fa propre fubftance Sc fa propre perfonne. La fixié- me, d'aimer veritablement fon Peuple, ferejouif- fintde leur bien Sc de lcurjove, Sc saffligeantde leur mal Sc de leur triftefle, enforte que le dernier du Royaume fe perfuade que le Roy Laime com- me l'un de fes enfans. La fcptiéme dattirer à fa Cour Sc à fon fervice , toute forte d'C)uvricrs & d'Artifans, afín que les affaires Sc les ouvragespu- blics Sc particuiiers , foient promptement expc-
T>E LA CH7NE. 1J7 diez. La huitiéme , de carcíTcr & de traicer avcc beaucoup de bonté Sc de libéralité les AmbaíTa- dcurs Sc tons les Etrangers,lcur montrant cn cfteC & en paroles^une ame royale&genereufc,&don-» nant ordre que quand ilsvoudronc sen retourner, ils puiíTent arrivcr en leur patrie en furcte & avcc une entiere fatisfa&ion. La neuíiemc, quil em- braire Sc mette dans fon coeur, tous les Seigneurs de 1'Empire, & les traite de tellc forte que non-feu- lement il ne leur vienne pas la moindre peníéc de fc revolter , mais quau contraire ils fervent de for- tereífes Sc de muraillcs à tout le Royaume. Ce font là les neuf régies de Cum fu yíkr ;cequi fuic cft d'un Commentateur. Si le Roy, dit-il, met cn ufage çes neuf régies, il pourra immortalifer fon Regne, Sc non-.feule- ment acquérir une grande renommée, mais encore parvenir à la fin pour laquellc le Giel 1 a eleve a une fi grande dignité. Parce que íilc Roy fegou- verne bien lui-mêmc, en mefme temps il acquer- ra cette fouveraine perfeótion Sc cctte vereu uni-» verfclle de la médiocrité dorée: il fera un miroir de criftal ou fes Sujcts fe mireront, & une reglc vivante Sc un modele anime qu ils imiteront. S il cftime Sc traite avcc honneur les Hommes Lettrez Sc vertueux, auíli-tôt ils luy decouvriront agrea- blement le chemin& les maximes du bon gouver- Hcment. Tous les jours il deviendra plus eclaire, Sc
tSS NOVFELLE RELATION il acquerra plus de prudencc, de difccrncmenr,, eexpériencc& 'defcience,tantpourfe perfe<2ion- nerlui-meíme , que pour gouverner fon Etat; &il fe verra de moment à autrc moins incertain ôc moins embarraífe dans la conduite des affaires dc fa Maifon & de tout lc Royaumc. S'il aime fes Oncles, fes Frcrcs & fes autres Parens, ih vi- vront avec luy avec beaucoup de concorde & de fatisfa&ion. S'il refpc&e & careífe les Grands de fon Empire, ils feronc fídéles & dilígens: ih luy fervironc d'inftrumens- pour augmenter fa puiíTan'- ce ; ils agiront avec grande cquité dans les matie- res importantes : En un mor, ih luy feront dun grand fecours en toutes chofcs, & il ne fera pas cxpofé pendant qu'il fe fcrvira d'eux, à demeurer fans guide & à commettre de grandes erreurs dans lc gouvernement dc 1'Eftat. S'il coníidere fes Su- jcts comme fes propres membrcs, ils feront les dernicrs eíforts pour fon fervice & pour luy don- ner desmarques dune extreme fidélité,afinderé- pondre à l'eftime& aux bicnfaits de leur Prince. S'il aime fes Peuples comme fes Enfans, il les- remplira de joye& d'affeâ:ion, & leur cccursem- brafera d'amour & dc veneration pour leur Roy, leur Pere & leur Seigneur. S'il attire à fa Cour des Ouvriers de toutes fortes, ils travailleront à l'en- vy pour établir ou pour augmenter le Com- ínerce, 1'Agricukure & tous les Arts & les Manu.
DE LA CHINE. 189 fa&ures dont ils auront connoiíTancc. Àinfi, ils amafleront eles richeíTes , par lc moyen defquelles lc Peuplc , tout 1'Empirc & le Roy mêmc , vi- vront dans 1'abondancc , & joiiiront d une paix inebranlable. S'il traite avec*courtoifie & avecli- beralité les AmbaíTadeurs & les autres Etrangcrs, aufli-tôt lc bruic de fes vertus fe répandra dan» toutes les parries de la Terre , dont les Peuples viendront cn foule & avec grande joye, s'aílujet- tir à fa domination. S'il aime & met dans forl cccur les grands Seigneurs de fon Empirc , ils * s'exciteront à toutes les aótions illuftres & héroi- ques dont leur rang & leur NoblcíTe les rend ca- pables i & tous avec une crainte refpe&ueufc & un ardent amour pour leur Princc, embraíTeront la vertu de toutes leurs fqrces , ÔC ferviront de o-ardes à TEmpercur, & de remp*arts l 1'Empire; Ce font là les reflexions du Commentateur íur- ces neuf régies ou maximes pour bien gouver- ner. Je les ay traduites de Chinois en Portugais, afin que par cet eíTay, on juge de leurs fentimena fur cette matiere, & que lc Le&cur puiíTe enten- dre plus aifement ce que nous avons a dire. Les Mandarins de tout le Royaumc font diftin- guez en neuf ordres , & chaque ordre eft divifé cn deux degrez. Par exemple, on dira, un tel eft Mandàrin du fecond degré, du premier, du fecond du troiiiéme ordre j ou bienril eft Mandarúj-
i?» novvelle relatjon du premier degré , du prcmicr du fccond , ou du troiíiemc ordrc. Cettc divifion ne fignifie autrc chofe que des titres d'honneur particulicrs que lc Roy Ieur donne, fans aucun égard à leurs emplois. Car bicn quordinaífcment les Mandarins foient d un ordrc plus élcvé ou plus bas, à proporrion de ia dignite des Charges quils exercent, néantmoins cc ncít pas une rcgle gcneralc , parce qu'il arrivo quelquelois, que pour recompenfer Ie merite d'un homme dont 1'Ofíice a accoutumé d'eílre poflede par uri Mandarin des ordres inferieurs, leRoy luy donne le titre de Mandarin du premier ou du fc- cond ordrc: & quau contraire pour punir un hom- me dont la Chargc appartient aux ordres fupcrieurs, li lc rabaiíTc au titre de Mandarin des ordres in- ferieurs. La connoiíTancc , la diftin&ion , & Ia fu- bordination de fces ordres cft ft parfaite, la fou- miílion & Ia vcncration des derniers envers les premicrs, & 1'aurorité ,1a gravite & la précminencc des premiers envers les derniers, cft fi grande , & enfin la puiíTance fouveraine du Roy fur les uns & fur les autres, cft íi abfolué , que je n'ay rien trouve que jc lcurpuífc comparer, quelque rechcr- che que j'aye pú faire parmy nous dans le gouver- Jiement Eccleíiaftique ou feculicr. Les Mandarins du premier Ordre font Confeil- Jcrs du Confcil d'Etat du Roy ; cc qui eft le plus grafld honneur & la plus hautc digniçé ou u-.
DE LA CELINE. w Lettré puiíTe arrivcr dans cet Empire. Ils ont plu- fieurs titrcs & pluíieurs noms ancicns & moderncs afte&cz à leurs Chargcs, dont voicy les plus com- muns, A/id co, Co Lio , Cai fiam, Siam cum , Siam que, & tous avec peu de diíferencc fignifient Af- feífeurs, Aidcs & Suprémcs Confeillers du Roy. 11 y a pluíieurs Salles dans le Palais du Roy , magni- fiques par leur Archite&ure , par leur grandeur & par leurs ornemens, qui ont aufii leurs rangs leurs dignitez. Car quand lc Roy veut faire quel- que grande faveur à quelqu un de ccs Confeillers, il leur donne le nom de quelqu une de ces Salles, comme Chum Kie tién ; ceft à dire,Supréme Sallc Royalc du milieu , & alors on ajoute ce nouveau titre à fon nom ordinaire j par exemple un tel Co- lao, Supréme Salle Royale du milieu. Le Roy leur donne encore d'autres titres qui leur acquierent un honneur & une gloire extraordinairc, quand ils les meritent par quelque aaion illuftre , comme Que chú, quiíignifie eolomne qui foutient l Empire. Ces Confeillers nont point de nombre deter- mine, mais ils font tantot plus,tantot moins,^fe- lon qu'il plait à 1 Empereur , qui les choiíit a ía volonré parmy les Mandarins des autres Xribu-- naux. II y en a nkntmoins toujours un, nommé Xeu fiam, qui eft leur Chef,& comme le premier Minifire & le Favory de 1'Empereur. Le Tribunal de cef Confeillers eft le premier de tous ceux d&
192. NOVVELLE RELATION f Empirc , auíTi eft-il logé dans le Palais , à main gaucne dela Supréme SalleRoyalc,danslaquellc le Roy donnc Audiance, Sc reçoit les hommages des Mandarins, quandil Tort en public. Surquoy il faut remarquer que Ia main gaúche parmi les Chinois <■ eft Ia placc d'honneur. Ce Tribunal s'appelle Nui yuén\ c'eft à. dire, Tribunal qui eft au dedans du Palais du Roy. Il eft compoíe de rrois claílcs de Mandarins. La prcmicre des Confeillers du Roy, dont nous venons de parler. lis ont foin de voir, d'examiner & de juger tous les Memoriaux que les fix grands Tribunaux , dont nous parlerons bien-tôt ,prcfentcnt au Roy fur toutes les affaircs importantes de l'Empire , íoit en matiere de Paix ou de Guerre, ou dans les caufes civiles ou crimi- nelles. Quand ils les ont decidées , ils communi- quent dans un extrait fort court , leurs jugemens au Roy, qui les confirme , ou les infirme,comme il luy plait, Sc voit même les memoriaux Sc les pieces au long, Sc les examine Sc decide quand les caufes le meritent. Cqux qui compofent la fcconde ClaíTe , font comme aíiiftans&aíTeíleurs des Confeillers du Roy, Sc font fort puiífans, crains Sc refpeótez. Ils font ordinairement du íecond ou du troifiéme Ordrc de Mandarins, Sc montent fouvent aux Chargcs de Coníeillers du Roy, de Vicerois des Provinces, &: aux principaux Officcs des fix Tribunaux ffipré- mes.
DE LA CtíINE. m mes. Leur titre ordinaire eft Tá hio fú , c eft a dire Lcttrez d'une grande fcience. On donne auíli cc titre aux Confeillers du Roy, lequel en donne en- core d'autres fort honorables aux Mandarins dc ces deux ClaíTcs, quand ils les merirent. Comme Tai çú tai , qui fignifie Grand Gouverneur du Pnnce heritier de la Couronne: Tai cu tai fu, Grand Maítre du même Prince:Ho tién tá hio fu, grand Letre de la Salle de la concorde ,& autres femblables. Les Mandarins de la troifiéme Clafle dc ce Tri- bunal s'appellent Chum xu co^ceíl a dire ClaíTc ou Ecole dc Mandarins. Us ont foin d'écrire ou de fai- re écrirc les affaircs de ce Tribunal le Roy leur donne auííides titres qui ont rapport aulieu &aux Salles ou ils exercentleurs fon&ions. Us font ordi- nairement du quatrieme, du cinquiernc, ou du íi- xiéme Ordre de Mandarins; mais ils fontbeaucoup plus redoutez que ceux des deux ClaíTcs preceden- tes , parce que c'eft prefque d'eux fculs que dépend le bon ou le mauvais fuccez des affaires, puilqu en changeant,ôtant, ou ajoutant une Teule lettre , ils peuvent faire gagner ou perdre un procez ; entor- te que fouvent ils font perdre aux pius innoccns, les biens, Thonneur & la vie : tant la corruption& 1'avarice ont de pouvoir fur cctte nation , & tant les lettres Chinoifes ont d'équivoques & d'énergie. Outre ces trois Clafíes , il y a encore dans ce T1*- bunal une infinité d'Ecrivains , dc Procureurs, dc Revifeurs & dautres Ofiiciers,
*9+ NOVFELLE RELATION CHAPITRE XIII. I Z)es on&e Tribunaux Supre mes , ou des fix grands Tribunaux des Mandarins de Lettres, & des cinq de Mandarins d'Ar- mes* partagerent toutes les aíFaires de 1'Empire , & tjui fubíiftent encore a preíent r Sçavoir, íix' de Mandarins de Lettres, n appclle £
DE LA C H IN E. 19 f íkions &dcs Financesdu Roy. Lctroiíiémc Li a la dire£tiondes rices ou des Ceremonies.Le qua- triémc PimpUy prend foin des Armes, des Capi- taines & des Soldats de tout l'Empire. Le cinquié- me Him pu, jugc des crimes & des punitions dc tous lcs Crimineis du Royaume. Le íixiémc Qum pu , a la Sur-Incendance des Ouvrages &dcs Bâti- mens du Roy. Ces íix Tribunauxont jurifdi&ion fur prefque tous ceux de la Cour, & abfolument fur tous ceux des Provinces, dans lefquelles pour éloignées quelles foient,ils fone craints&obéisde mê me que s'rls étoient prefens. Mais parce que leurpouvoit efttrcs-grand&tres-étendu, &c qu'on pouvoit craindre que quelquun d'entr'cux fe fer- vant de fon autorité, n'entrepriftd'exciter quel- que revolte, on a régie leurs emplois de tellefor- te, qu il n'y en a pas un qui puiífe terminer les aífaires dont il eft chargé, fans 1'intervention des autres, ainíi que nous le voyons tous les jours,&: que nous 1'avons éprouve à nos dépens au temps de la' perfecution, durant laquelle nous fumes ren- voyez à tous ces Tribunaux pour diverfes circoní^ tances. Dans lcs Palais dc chacun de ces íix Tribu- naux ,il y a toujours une Salle &un Appartement deftinez pour un Mandarin appellé Co li, ceft à dire Infpe&eur ou SurVeillant, qui examine pu- bliquement ou fecrettement tout ce qui fe fait> & s'il reconnoít quelque défordre ou quelque injuk Bbij
!5>à-dirc , Prefident de la main gaúche; & 1'autre, ou le fecond, Yéuxi Lám, c'eft, a-dire, Preíident de la main droite, Ces Afícíleurs font du premier degré du troifiéme ordre. Tons ces trois Preíldens ont encore divers titrcs j par exemple , le premier s appelle Tá tam, ou grande & prcmicrc Salle j le fecond s'appelle, Salle qui eft à la main gaúche ; & le troiíiéme, Salle qui eft à la main droite. Ces fix Tribunaux font placez felon leur rang prés du Palais du Roy, du côté du Lcvant, dans de grands & magnifiques Ediíices quarrez , dont chaque côté eft long d'une portée & demie de moufquet. Ces Ediíices ont chacun trois diviíions ouenfilades dcs portes de cours & d appartemens. Le Premier Preíident occupe celle du milieu, qui 0
'DE LA CHI NE. 197 cotnmence à la rue par un Portail à trois portes, & continue par quantité d'autres portes & portails, & par de grandes cours, accompagnees de portiques & de naleries foútenués par des colonnes, julqua ce quon arrive à une falle fpacieufc ou c remier Preíident fe tient avec fes Affeffeurs & beaucoup d'autres Mandarins, qui ònt leurs noms Pa™cu- licrs, & quon appelle tous ordinaircment Man- darins dela grande Salle. Au deli de cetteSallcd v a encore une court, & enfuite une a e p petite , ou le Prender Préfident fe retire avec (es AíTelfeurs,quand il sagit d"examiner une aftaue fecrette ou de grande impoitance. Des deux co- tez & an dela
198 NOVEELLE RELJTION v " La maniére de proceder dans ccs íix Tribunaux efl: celle-cy. Quand unHomme a quelque aífaire* illcc-rir dans un papier, de la forme & de lagran- deur rcgléc par laÇoutume. Enfuite il entre dans lc Palais du Tribunal, ou il frappe un tambour qu'on trouve à la feconde porte j & seftant mis à genoux, il eleve avec les deux mains, à la hauteur de fa tefte; fon papier ou requefte, qui eft reçue £ar un Officier deíliné à cet employ. Celui-cy Ic remet aux Mandarins de la grandet falle, qui lc donnent au Premier Preíident , ou en fon abfen- ce a fes Aílefíeurs. Ceux-cy 1'ayant leu Papprou- vent ou le rejettent : S'ils le rejettent, ils le ren- voyent à celuy qui prefenté, a qui fouvent ils fontdònncr pluíieurs coups de foiiet pourle punir d'avoir forme une' demande mal fòndée, ou pour dautres raifons. S'ils l'approuvent,le Premier Pre- íident le renvoyeau Tribunal infcricur, à qui cer- re forte d affaire àppartient, afin qu'il examine k caule & en dife fon fentiment. Aprés que ce Tri- bunal Pa examinée& jugée, il 1'arenvoye au Pre- mier Preíident, qui pour lors donne la Sentence,' augmentant , diminuant, ou coníirmant la déci- íion du Tribunal fubalterne. Que íi laífaire eíl importante , il ordonne au même Tribunal den dreífer un mémoire, lequcl ayant reçu & lu avec fes Aíleífcurs, il lc remet auMandarin Infpe&eur^ dont nous avons parle; & celuy- cy au Sup|èn$
E LA CHI NB, 169 Tribunal des Confcillers d'Etat, logé dans le Pa- lais du Roy. Ce Tribunal examine la caufc, & en informe Sa Majefté, qui le plus fouvent ordonne au Tribunal de 1'cxamincr de nouveau. Pour lors les Confcillers d'Ecat renvoyent le Memoirc àl Inf- pe&eur, qui aprcs avoir veu 1'ordre du Roy , lc remet au Premier Preíidenc : Celui-cy lc fait exa- mincr encore une fois,& luyayantete rcndu,il lo rcnvoye à 1'Infpécteur, Hnípcdeur aux Confcillers d'Etat, & ceux-cy à 1'Empereur , qui donne al°rs 1'Arreíl deffinitif. Cet Arrcft retourne par la mêmc route au Premier Prefident, quile fait intimer aux partics, & pour lors la caufe eft terminée. Quand raffaire eft de cellesque les Tribunaux des Provin- ces renvoyent à la Cour, ellc eft adrefféc à 1'Inf- pe&eur du Roy dans un memoire fcellej 1 Infpec- teur 1'ouvrc& le lit, & enfuitele rcnvoye au Pre- mier Prefident , qui procede comme nous favons explique dans les affaires qui luy viennenfenpre- mieie inftance. ^ • Si les Mandarins dansle jugement des procez-, aeiífoient conformement aux Loix & à tintention de lcurPrinec,la Chinc feroit lepavs du monde lc plus hcurcux & le mieux gouverné r Mais autant 'quils font exads dans lobfervance exteneure des formalitcz que nous avons dites, autant font-ils ín- terieuremcnt méchans, hypocritcs & cruéis. Leurs artífices & leurs fourberies font en figrand nom* i
ioo NOVVELLE RELJTION brc, qu'un volume entier ne fuffiroitpas pourlcs Wpliqpsr, jc me contentcray de dire , pour ffcdpwif r. • qnjekjue idée, quil cft cres-rare de trou- ver un Mandria cxepipt cT-avarice & de corrup- tion. Us ne çoníidefenc point la jufticc ou Pinjuf- ticer d'uoe caufe, mais ceux qui leur donnent plus d'arg$at &de prefens; &ainíi,foitquil sagifledes bicns, deThonneur ou dela vie.ces Juges infatia- bles &fanguinaires nyont aucun égard, & ils ne fougenc qu a fatisfaire leur avarice facrilegc, com- me autant de loups acharnez. Ce que nous avons dit jufquicy eítcommunaux íix Tribunaux Supre- ines, il fauc parler maincenant de çhacun en par- ticulier. Le premier de ces íix Tribunaux , s'appelle Li pit : íon employ eíl de pourvoir tout 1'Empire .de Mandarins grands & perus, dexaminer leurs merites & leurs deffauts , & d'en inftruirc le Roy J afin qu*il les eíleveouqu'il les abaiífe, quil les re- compenfeou quil les puniíTc. Iladans fon Palais quatre Tribunaux fubalterncs. Le premier s'appelle Vênfuenfú, ceft àdire,Tribunal qui choiíit ceux cjui ont les qualitez & la fcience néccflaires pour ellre Mandarins. Le fccond, Cao cúmju , qui exa- mine la bonnc &Iamauvaife conduite des Manda- rins. Le crofiéme, Nièn fÚmfú, qui a foin deícellcr tous les a&es juridiques, de donner les íceaux à chaquc Mandarin, íuivant íonOffícej&dexamincr íi les
DE LA CHI NE. ioi fi les fce aux des dépêchcs qu on apporte ou quon cnvoyc, font vrais ou faux. LequatriemcÃi, hiun fUi ou qui prend foin d^xaminer les merites des Grands Seigneurs , comme des petits Roys du Sang Royai, des Ducs, des Marquis & auties fem- blablcs, que les Chinois appellent Hiun Cbin, c eít a dire Anciens Vaílaux , qui ont rendu de grands fervices àlaGuerre, quand laFamille regnante fie la conquête de l'Empire. Le fecond Tribunal ruprème s'appelle Ha pu,ct qui fignifie Grand Trcforier du Roy. Il a la Sur- Intendance des Trefors, de la recepte &c de la de- peníe, & des revenus & des tributs du Roy. Il diftribue les penfions &c la quantite de ris, de pic- ces de foye & d argent que 1 Empeieur donne aux petits Roys, aux autres Grands Seigneurs, & à tous les Mandarins de 1'Empire. Il tient le rôlle ou de- nombrement qu'on fait tous les ans avec grande exaótitude, de toutes les familles, de tous les hom- mes, des mefures de terre, de tous les droits qu ils doivent payer, & des Doiiannes ou magafins pu- blics. Il raut remarquer icy pour l'intelligcnce de ce qui fuit, quencorc quil y ait quinze Provinces dans la Chine, toutefois dans les regiftres publics, & même dans la maniere ordinaire de parler , on dit quatorze Provinces & une Cour , parcc que, difent les Chinois, la Province ou la Cour rc/ide, domine & n eft pas íujette, & ainíi elle ne doit
101 NOVVELLE RELATION pas eftre mife au nombre des autrcs Provinces, Ccft pour cela que dans les íix Tribunaux fuprê- mes, il n'y en a aucun íubalterne determine pour les affaires de la Proyince de Pe Vim: mais le Pre- mierPrefidentles renvoye, ainíi quil Ie juge àpro- pos, à un ou à deux des Tribunaux inferieurs de- Itinez pour les autres Provinces. Cela fuppofé, Ic Supréme Tribunal des financcs a dans fon Palais des deux côtez, quatorze Tribunaux fubalternes, qui portent chacun lc nom de la Provincc qui luy eíl attribuée ; par exemple, le Tribunal de la Pro- vince de Ho nan 3 le Tribunal de la Province dc Can ton, Sc ainfi des autres. Durant le régne de Ia Famille precedente, oncomptoittreize Provinces Sc deux Cours, parce que la Villc de Nân Kim eftoic Cour comme cclle de Pe kim 3 Sc avoit dc meme- ílx Suprêmes Tribunaux , Sc tous les áutres quon voit encette dernierermaisIesTartaresluy ont ôté le titre de Cour , Sc tous ces Tribunaux Sc luy ont changé fon nom ,.1'àppellant Kúm nimi Sc Ia Province Xiam nan , qui font des noms qu'ellcs avoient eus anciennement. Le troiíiéme Supréme Tribunal -s'appelle Li pu y qui a la Sur-Intcndance des Rites , des Ceremo- nies, des Sciences & des Arrs. II prend foin de la Muíique Royale ; d'examiner les "eíludians , Sc de leur donner le pouvoir d'eftre receus à 1'cxa- men des Lettrez , de donner fon avis fur les citrcs
DE LA CLT1NE. 20$ & les honneurs dom 1c Roy vcut gratificr ceux qui lc mericcnt; des Templcs & dcs Sacrificcs que le Roy fait au Ciei, à la Terre, au Solcil, à la Lune, Si à ícs Ancêtrcs; des banquets que 1'Empereur faie à íes Sujcts ou aux Etrangcrs -y de recevoir, de re- galer & de congedier , les Hôtes du Roy & les Ambaífadeurs ; de tous les Aits liberaux Si méca- niques; ôí enfiti des trois Loix ou Religions qffon fuit dans cet Empire , donc la premiere eft celle ■dcs Lettrez , la fecondc des Táo JU ou des Bonzes mancz,& la troiíiéme des Bonzes qui ne font pas maricz. Ce Tribunal les peut tous faire prendre, foiiccter & châtier, & ceft dans ce mefme Tri- bunal que nous fumes emprifonnez durant deux mois , au temps de la perfecution , licz chacun de neuf chaínes; fçavoir les Peres Jean Adam , Loiiis Buglio , Ferdinand Verbieft , õi Gabriel de Ma- gaillans,& enfuite livrez au bras feculier. Ce Tri- bunal fupreme en a des deux côtez quatre fubal- ternes, aufquels les affaires que nous avons expli- quees cy-deffus font diftribuées. Lc premier s'ap- pelle Y chi Ju, c'eft à dire Tribunal dcs affaires aimportance, comme des titres de petits Roys, de Ducs, de grands Mandarins,&c. Le fecond, Su ci JU, ou Tribunal qui prend foin desSacrifices duRoy , desTemples,desMarematiques,des trois Loix,&c. Le troiíiéme Chu Ke Su 3 ou qui a foin de traiter Si d'expedier les Hoíles du Roy, foit du pays ott Cc ij
io4 NOVVELLE RELAT10N Etrangcrs. Le quatriéme, Cim xen xu, ouqui a di- reCtion des banquets quon prepare pour Ie Roy, ou pour d'autres à qui Sa Majefté veut fairc cettc grace. Dans le temps que les Chinois eftoient les Maítres, on ne recevoit cn cc Tribunal que des Do&eurs, & mefme de ceux qui avoient le plus dc rnerite & de fcience : Aufli eftoient-ils les plus eftimez & les plus en état de savancer; parce que c'eftoic entr'eux que leRoy choiíiííoit les Colao & les Confeillers d'Ecat ; mais à prcfem il y mec des Tareares qui difpofentde toutes chofcs à leurgré, les Mandarins neftans plus que commedesStatues muettes ; & c'eft la mefme chofe dans les autres Tribunaux. Tant il fcmble que Dieu ait pris piai- fir à châticr & à confondre lorgiieil incroyablede cette Nacion , en rafíujenfiam à un petit nom- bre de barbares , pauvres , ruftiques & ignorans : dc mefme que íi pour punir 1'Europe, Dieu la li- vroit au pouvoir des Cafres d Angole ou de Mo~ zambique. Quoyquc le nom de ce Tribunal ref- femble entierement à celuy du premier, toutefois il y a une grande difference dans la Langue Chi- noife : ear les caracteres dc la premiere fillabe Lr, ne fe reílemblent point, & la prononciation en eft auífi fort differente. Dans 1c premier on la pronon- ce en fubtilifarit & élevant la voix , ce que nous marquons avcc un accent aigu, Li ; & dans le fe- cond au contraire en 1'abaiíl'anc, ce que nous mar-
DE LA CHINE. zo$ qnonsavcc unacccnt grave, Li. Ainfi dansle pre- mier, Li íignifie Mandarins, Sc Pu, Tribunal, Si tous deux enfemble , Tribunal dcs Mandai ins. Dans le fecond , Li fignific rires, Ceremonics „ Sc avec Pu, Tribunal des ceremonies. Ccttc equi- voque ne fe trouve pas parmy les Tareares qui nom- ment le premierTribunal, Hafan xurgan, ou Tri- bunal des Mandarins , parce que xurgan fignihe Tribunal, Sc Pldfan, Nlandarins, Sc le íecond, Tovp xurran, ou Tribunal des Rires. Le quatriémc fuprême Tribunal s'appelle Pim m 3 qui a la diredion de la euerre Sc des armes dans tout l'Empire. Il choiíit Sc avance tous les Ofíiciers, il les diftribue dans les Armées, dans les Frontieres, dans les FortereíTcs, Sc dans toutes les parties de la Chine : Il leve Si exerce les foldats: Il remplit de grands Arfenaux Sc un grand nom- bre de ma^afins, darmes offenfives Sc deffenfivcs, de munitions de guerre Sc de bouchc, Sc de toutes les chofes neceífaircs pour la deffenfe de 1 Empirc. Il a dans fon Palais quatre Tribunaux inferieurs. Le premier s'appelle Eu fiuen Ju 3 Sc prend íoin de. choiíir Sc de donner les Charges aux Mandarins d'armes, Sc de faire exercer les troupes. Le íecond qui s'appelle Che fam fu, cft chargé dediftnbuer dcs foldats Sc des OíEciers darmes dans tous les licux & poftes de 1'Empire , aíin de pouríuivre les vo- . leurs Sí les empefeher de troubler la tranquilitc
io6 NOWELLE R ELAT ION publique. Lc troi/íéme sappclle Che kia* loin de tous les chevaux du Roy, tant de ceux qui fone fur les fronticres & dans les lieux ijnportans, que de ceux qui fervent dans les poftes & dans les Hôtelleries Royalcs dont nous avons parle cy-def- fus. 11 a auífi la diredtion des chariots & des bar- ques qui fervent au tranfport des proviíions & des foldats. Le quatriéme qui s appelle vucufi , a lc foin de faire fabriquer toute forte darmesoffenfí- ves & deffeníives, & de les faire garder & tenir en cftat de fervir dans les magafms & dans les Arfe- naux. Le cinquiéme fuprême Tribunal s'appelle Him fU, & íl eft comme la Tournellc ou Chambre cri- minelle de tout 1'Empire. II a foin d'examiner, de juger & de punir tous les crimineis, conformément aux Loix def Empire,qui prefque toutes font juftes & conformes à Ia raifon. Si les Mandarins de ce Tribu- nal & de tous les autressyconformoient,iln'y au- roit pas tantd'injuftices& detyranniesquonen c- prouve tous les jours. A pcine juge-t-onmaintenant une caufc felon la raifon & la Juíticc. Quidonnedc largent a toújours bqn droit,& qui en donnc da- vantage 1 a encore meilleur. LJor, largent, les pieces de foye& les autres prefensfervent de Loix, de rai- fon & de Juítice ; ou plutoftla Juílice, la raifon & les Loix fe vendent comme en plcin Marche & à l'en- can , CetteNation fe laiílant de fclle íorte aveutder
DE LA 107 a Favarice , quclle nen pcut eftre détoumée pafc les rigoureux châtimens que lc Roy fait fouttrir quelquefois à ccux qui font furpris dans leurs ín- juftices, & qui fone convaincus de s'eftre laiíTé cor- rompre. Tous les Tribunaux de cette Cour con- noiíTent des crimes de ceux qui leur font foumis à caufe de leurs cmplois. Toutefois quand les crimes meritent des peines rigoureufes, commedela con- fifeation des biens, du banniflement, ou de la morty alors aprés l'avoir faie fçavoir au Roy, ils renvoyent le procez & 1'accufé à cc Tribunal r qui aprés les avoir examinez de nouveau, prononce 1'Arreft dé- íinitif. Dans lePalais de ce Tribunal il y en a qua- torze inferieurs pour les quacorzc Provinccs du Royaume , comme nous 1'avons explique en par*, lant dufecond Tribunal. Les tourmens & les íup- plices que ce Tribunal fait fouffrir aux crimineis font de diverfes fortes •, mais je les paífe fous íilen- ee de peur d'eftre trop prolixe. Je remarqueray feu- lement une coutume des Chinois contraire à celle que nous pratiquons en Europe, ou Ion coupe la- tefte aux Nobles, & on étrangle les perfonnes du commun j mais danslaChine la plus grande igno- minie qu un homme puiíTe recevoir, cft davoir la tefte tranchée. Quand 1'Empereur veut faire une grace extraordinaire à un Grand Seigneur, ou a unMandarin condamnéà mort., il luy envoyeune piece de foye tres-deliéc pour fervir à 1'étrangle^
ioS NO WELLERELATION La raifon que les Chinois rapportenc pour juftifier leur imagination, cft quhl faut neceffa.rement que ceux à qui l'oncoupe la tefte, ayent efte delobeil- fans à leurs parens, qui leur avoient donne leurs corps fains Sc entiers, & queux par leur delobeil- fance & par leurs crimes, les ont divifez Sc dehgu- rez. Ils font tellement prévenus de cerre opimon, que les parens acheptent du Bourreau les corps morts, cinq, dix Sc vingt êcus, & quelquefois plu- íieurs centaincs & milliers d'écus, felon quilslont pauvres ou riches; Sc ators ils reiinilfent Sc recou- fent la tefte au corps avec beaucoup de douleur & de larmes , pour fatisfaire en quelquc taqon a leur defobéiflance. On dit que 1'origine de cerre ceremonie vient d'un Difciple de Cumfu cus, ap- pellé Tíemtfu. Ce Philofophe eftant fur le point de mourir, fie venir fes cíifans & íes Dilciples •,&, leur ayant montré fa tefte, fes bras, & fes pieds, „ il leur dit ces paroles : Mes enfans, apprencz de „ vôtre pere & devôtreMaitre à eftre auíli obeyl- „ fans que je l'ay cfté envers ceux qui m ont mis au „ monde, & mdntélevé avec tant de foin, puifque „ c'cftparcc moyen que j'ay conferve cntier&par- „ fairle corps qu'ils m'avoient donne. ] ay dit cy- deífus que les Chinois rachetoient du Bourreau les corps-de leurs parens, parce que ceux quiíont con- damnez à eftre décolez, le fontaufli a eftre pr.vez ■de la fepulrure, ce qui cft pour eux une grande 1 ínramie.
DE LA CHINE 109 & ainfi le Bourreau eft obligé, aprés les avoir dé- poúillez, de les jetter tous nuas dans une grande fof- fe : en forte quen lcs vendant il s'expofe à eftrc châtié , ou tout au moins à donner au Mandarin ou à 1'accufateur qui découvre cette vente, une bonnepartie de 1'argentquilareceu.Entre lesLoix que ce Tribunal obferve, il y en a une établiepar les anciens Rois, qui merite d'eftre rapportce. Ceft que quand un criminei eft digne de quelque grace pour íes bellcs qualitcz ou pour quelqu'autre rai- lon, U eft ordonné quefoit quon le.condamnc en Hyver, au Printemps, ou en Efté, on fufpen- de Texecution jufqu'à la fin de 1'Automne fuivant. Parce que c'eft une coutumc ancienne que pour la nailfance, ou pour le mariage d'un Prince, ou pour quelquautre fujet de joye publique , ou quand il arrive un tremblement de terre , ou quelque mu- tation extraordinairc du temps ou des élcmens, on délivre tous les prifonniers, à la referve de ccux qui font coupables de quelques crimes refervez; & ainfi ceux dont on a fufpendu le fupplice font mis en liberte , ou du moins ils joiiiíTent de la vie & de cette efperance durant quelques mois. Le íixiéme & dernier fuprême Tribunal s'appelle Cum pu, ou Tribunal des ouvrages publics. Il a foin de faire conftruire & reparer les Palais des Rois, leurs Scpulchres, les Tcmples dans lelquels ils ho- norent leurs prédeceífeurs, ceux ou l'on adore lc Dd
lio NOVVELLE RELÀTION Ciei, Ia Terre, le Soleil ôc la Lune; Ies Palais des Tnbunaux de tout 1'Empire, & ceux de tous les grands Scigneurs. Il a 1'intendancc des Tours, des Ponrs, des Digues,. des Rivieres ôc des Lacs, Ôc des ouvrages neceííaires pour les rendre navigables' t , "es ru&> <*es chemins, des chariots, des barques, & autres ehofes pareilles. Il a dansfon Palais qua- tre Tnbunaux fubalternes. Lc premier s appelle Yw xen■ fu, qui cft chargé d'examiner & de former les dcííeins de tous les ouvrages quon veut faire. Le iecond,T« bem fu3 aladiré&ion des Ateliers ôc des Boutiques quifontdans toutes les Villes du Royau- mc pour la fabrique des armes neceíTaircs aux Trou- pes. Le troiílémc,7# xuifu, prend foin de rendre les Rivieres & les Lacs navigables, de faire appla- nir les chcmins, conftruire ôc refaire les Ponts, & i ^lre í?a^,ricluer les chariots, les barques&autres choíes íemblables. Le quatriéme, Cetien fu, a l'in- tendance des Maifons ôc des Terres du Rov, quil donne à loiiage ôc fait cultiver, ôc en retire les rc- yenus ôc les fruits. Par ce qui a efté dit on voic que les íix Tnbu- naux fuprêmes en ont fous eux quarante-quatre lub alternes , qui tous ont leurs Palais particuliers dans l enceinte du grand dont ils dépendent, avec les (alies, les chambres ôc les preces nccefíaires. Cha- . cun de ccs quarante-quatre Tnbunaux a un Preíi- dent ôc douze Confeillcrs y dont quatre font du i
til novvelle prcíentement vingt-quatre, douze Turrares & doa- ze Chinois. •Ce font là Ies fíx fuprémes Tribunaux qui eou- verncnt toute laChinc, & qui font íl célebres dans cet Empirc. Mais comme chacun d'eux en particu- her auroit efté trop puiíTanr, les anciens Roys qui Ics ont etablis, Uur ont diftribué leurs emplois & regle leurs fon&ions avec tant de prudcnce que pas un ncft abfolu dans les affaires qui fone de Ion reílort, mais qu'ils dcpcndenc tous les uns des autres. Par exemple, le Pr«mier Prefident du qua- tneme Twbunal qui eíl celuy de la Guerre, auroic pu te íoulever s'il avoic eu une autorité indépen- dante , à caufe que coutes les Troupes du Royau- me fone foúmifcs àfes ordres: mais 11 manque d'ar- gent, & íl fauc neceíTairement quaprés avoir ob- tenu la permiffion & lordre du Roy, ií le deman de au fecond Tribunal,qui eft celuy des financcs Les pionniers, les barques, les chariots, les tentes' les armes & autres inftrumens dependenc du fixié- me Tribunal, a qui íl faut que le quatriéme Tri- bunal s adreííe; ôc enfin les chevaux font fous la jurifdi&ion d'un petit Tribunal feparé , dont nous parlerons cy-aprés , & à qui ií faut auífi les de- mander. . * Les Mandarins d'armes compofent cinq Tribu naux qui sappcllenc ufi, c'cft i dirc cinq ClaíTcs ou Troupes. Leurs Palais font placcz à Ia droicc" l*
B E L A C H IN E. nj & aucouchant du PalaisRoyai,& leurs noms fone diftinguez en la maniere fuivante. Lc premier s'ap- pcllc Heufu jáft à dire arriere-garde. Lc fecond Tfó fi , ou aíle gaúche- Le troiíléme Yeufí, ou aile droice. Le quacriéme Cbumfu 3 ou corps de bataille. Le cinquiéme Cienfu > ou avant-garde. Ces cinq Tnbunaux font gouvemez par quinze grands Seigneurs, comme Marquis, Comtes, &c. trois dans chaque Tribunal , dont lun eft Preíi- denc, & les autres deux fes AíTcíTeurs. Ils Pont tous quinze du premier Ordre des Mandarins, mais les Preíidens íont du premier degré de cet Ordre , & les Aífeífeurs du fecond, & ils ont foin de rous les Oíficiers & Soldats de la Cour. Ces cinq Tribunaux ont au-deflus xTcux un fupréme Tribunal qui s'appellc Ium Chim fu , ceft à dire fupréme Tribunal de la Guerre, dont le Pre- íident eft toujours un des olus grands Seigneurs du Royaume. Son autorité s'etcnd fur ces cinq Tri- bunaux^ fur tous les Oíficiers & Soldats del'Em- pire: mais de peur qu'il n'abufat d'un íi grand pou- voir, on luy a donné pour AíTeífeur unMandarinde Lettres , avec le titre de fupreme Regent des ar- mes , & deux Sindics ou Infpe&eurs Royaux, qui prennent part à toutesles aífaires. Sous le regne dc la Famille precedente, ces Tnbunaux avoient bcau- coup d'autorité , & ils eftoient encore plus hono- rez & cftimez * toutefois ils avoient plus de repu-
H4 NOVPELLE RELATION tarion que dc verirablc puiflance , ptfifque pour 1'execution des affaires ils dcpendoient du íuprémc Tribunal des armes, appeilé Pim puJ qui eít le qua- triémc des íix dont nous avons parle. On me dira peut eftre que ces cinq Tnbunaux eftoient fuper- ílus, puifqu'ils dcpendoient du quarriéme des íix premiers. Pour répondre à cette diíHculté , il fauc rcmarquer quil y avoit à la Cour quantité de Sei- çncurs que les Chinois appellent HiZtn Chin, ccft à dirc Vaílaux de grand mente , dont les ancètres -avoient aidc au premierRoy de la race precedente a fc rendre Maitre de 1'Ernpire. D'adleurs il efteer- tain que les Chinois n'ont point de paílion plus violente que celle de commander, 8c qu'ils mettent en cela toute Ieur gloire & tout leur bonheur, com- me on le pourra connoítre par la réponfe que fit un Mandarin au Pere Mathieu Ricci, Ce Pere luy parlant de nôtre fainte Loy, & de la felicite éter- nelle dont jouifloient aprés leur mort ccux qui l'a- voient íuivic : Taifez-vous , luy dit ceMandarin, JaiíTez ces réveries, vôtre gloire & vôtre bonheur à vous qui eftes étranger, eft de demeurer dans ce Royaume & dflns cette Cour. Et pour moy, toute nia gloire 8c ma felicite confifte dans cette ceintu- rc 8c cct habit de Mandarin , tout le refte n'eít que des fables 8c des paroles que le vent emporte, 8c des chofes que Ion raconte 8c quon ne voit pas. Ce qui fe voit., ceft de gouverner 8c de com-
DE LA CLÍINE. nj tnander aux autres , c eft l'or & 1'argent , les fem- mes & les concubines, 8c la multitude des valcts & des fervantes -y ce fone les belles maifons , les gran. des richeíTes, les banquets &Jes divertiííemens : En un mot, les biens, les honneurs & la gloire font des íuites de 1'avantage d'eftre Mandarim C'eft-là toute la felicite que nous deíírons> & dont nous joiiiífons dans nôtre grand 8c fublime Empire , 8c non pas la vôtre qui eft autant mutile qu'elle eft inviíibe & impoílible à acquerir. Voilà les fenti- mens chameis de ces hommes autant aveugles que fuperbes. Cela luppofé, comme les Roys connoif- foient Thumeur de cette nation,& principalcment des Grands, ils s'aviferent prudemment pour les fa- tisfaire d'inftituer ces Tnbunaux , & de les regler enforte quils leur donnaflent le moyen de conten- ter leur ambition par les honneurs & les profits qui y eftoient joints, 8c les empêchaífent de mal faire par lepeude pouvoir qu'ils leur accorderent. Com- nie il y a des Mandarins, ainíl que je l'ay remarque, qui ne font encore d'aucun des neufs Ordres, 8c qu'on appelle Vi jo lieâ, c'eft à dire hommes in- déterminez, ir y en a aufíi d'autres quon appelle Vu pin , ceft à dire qui ne trouvent point de rang qui leur convienne, parce que leurs merites font 1* grands , qu'ils les clevent au-deífus de tous les Or- dres 8c de tous les degrez. Ceux-cy font les petits Rjoys, les Ducs, les Marquis, &c. qui gouvernent
ná NOVVELLE RELATION lcs cinq Tribunaux des armes: mais quoyqu'i!s íc tiennent honorez des titres& du pouvoir, quoyquc medíocre, que leur donnc cette qualicé dc Manda- rins , toutefois ils eíliment beaucoup d'avantage la dignicé dc Ducs & de Marquis que lcurs grands fervices leur ont acquis. Voilà ce que nous avions à dire des unze Tribunaux íuprémes,il faut main- tenanc expliquer en peu de mots les autrcs Tribu- naux de la Cour & de touc l'Émpirc. iíDOisvnos iup r "■ .... ÇHAP.XW
VDE LA CH1NE. 117 CHAPITRE XIV. • » De dhers autres Tribunaux de Te kim. • E S Licenciez de tout le Royaume, que les Chinois appellent Kiu gín , c'eft à dire Hommes illuítres par les Lettres, s'aíTemblenc tous les trois ans a la Cour dc Pe kim, & y fone examinez durant trcize jours. U11 mois apres , on donne le degré de Dodteur aux trois cens foixante-fíx qui ont montre plus de capacite dans leuis compoíi- tions. Entre ces nouveaux Dodtcurs, le Roy choi- íit les plus jcunes & les plus habiles , &c les met dans un Tribunal qu'on appelle Han lin iuen, ceít à dire jardin ou bois floriílant en Lettresôcen Scien- ces. Ce Tribunal contient un grand nombre de Mandarins 3 tous fort fçavans & des plus beaux ef- prits de 1'Empire, qui íont diviíez en cinq Claílcs, & compofent cinq Tribunaux,dont je nexplique- ray ny les noms ny les employs, de peui d cítre tiop loncr. Je diray feulement en general quelles font leurs fonctions. Ils fontMaitres ou Precepteurs du
/ «8 NOVFELLE véím'111"?'" dc 1'E!"PÍre> à 1ui& enfeignentla y tu, les Sciences &la civiiité. I!s 1'inftmiPent peu » pcu , & a proportion de fon âge, dans la fcicncc de gouvemer, & dans la maniete dont .1 doit sy conduire. Us ecrtvem tous les fuccez qui arrivenc anslaÇour & dans l'Emj>tre,& qm meritent de- confervez a la pofteme. Ilscompofcnt 1'Hiftoire genctale du Royaume ; ils eftudient toújours & fone des Livres fur diverfes matieres. Us fone " Í prementles gens de Lettres duRoy,qui senrrenent fouvent avec eux fur diverfes Sciences, & cn choi! «t pluíieurs pour eftre fes Ce U, ou Confeillers oui pour d autres Tribunaux. Dans les affaires oà a befoin d un homme de confiance & fidelle il Jeuren commet ordínairement lexécution. Enfin Zl Z un<=/cademie Royale , & pour amfi, d ire un magafin remply d'habiles gens t ú-jours prcfts à fervir 1'Etat & 1'Empereur. Ceux de fcC'fOU Tf'bu"a!' du rroSml íri/me * T' * "UX dc k ^econde, du qua- • / ,ce,JX ^ tro1* aw«s, fone tous du cin-
T>E LA CHI NE. u9 Soleil, ou à la Lunc , ou à quelquun de fes fujets mores, pour récompenfe de fes grands fervices , les Mandarins de ce Tribunal preíenrent le vin ; ce qui fe fait avec de grandes ceremonies. Le íècond cmploy eft davoir foin de tous les LicenciezôcBa- cheliers du Royaume, & de tous les étudians, à ui, pour quelque raifon particulicre, le Roy accor- c des titresôc des dignitez quiles égalent en quel- que maniere aux Bacheliers. Ces étudians font de huit fortes. Les premiers s'appellent Cúm Jem, ôc font de ceux qui eftans Bacheliers ôc fçavans, fonr «,comprendccux qui étans Bacheliers depuis longtemps, Ôc nc pou- vans dans les examens meriter le degré de Licenciez, E e ij
210 NOVVELLE R ELATJON ou craignans de perdre celuy de Bacheliers, com- meil airivc quelqucfois, donnencau Roy unefom- me pour laquelle íl leur accorde le ticre de Kien fem, qui les confirme pour toujours dans le degré de Bacheliers, & les met en eílac de pouvoir cifre Mandarins. La fixiéme eft compofée d'Eeudians qui apprennent les Langues des Etrangers, pour leur íervir ddncerpreeesquand il en vienequelquun en cette Cour. Le Roy pour les recompcnfer leur donne ce^ticre aveedes revenus proportionncz, & aprés quelques années de fervice, Us peuvent fans examen eftre faies Mandarins. La fepciéme cft for- mée des- fcconds fils des grands Seigncurs, à qui on apprend dans ce Tribunal la vertu, les Sciences & la civilité ; & quand lis font en age d'eítre Man- darins, le Roy leur accorde quelque Charge. La huitiémc efl: de la maniere qui fuit. Quand l'Em- pereur a des filies quon appelle,. Cum chu, c'eft-à- dire, Dame du Palais, & quil a defTein de les ma- rier , il fait choiíir à Pe Kim plufkurs jeuneshom- mes dc bon naturel, bicn faies, &r âgcz depuis qua- torze jufqu àfeize ans, íoie quhls foiene fils de Man- daria-, de quelque Arcifin, ou de quelque pauvre homme. Le Tribunal des Ceremonies choific en- tr'eux ceux qui fonr les plus accomplis du corps & de lVfprir, & les prefenre au Roy, qui prefere ce- luy qui luy plaír davantage, & renvoye les-aueres àlcurs pareris, aprés leur avon faie diftribuer à cha*.
DE LA CELINE- m cun une fomme dargent & quelque piece d etoífe de foye. Il faie donner à ceux qui ont cfté ainfi choifis pour eílrc fes gendres , un Mandarm du Tribunal des ceremonies, & les met dans ce Cone- cte pour cftrc inftruits comrqe les precedens. Lc Prcíident de ce Tribunal eft du quatriéme Ordre de Mandarins, & fes Aífeíleurs qui lont comme Re- féns dans ce College, font du cinquiéme Ordre. ^ Les Mandarins qui compofent le Tribunal ap- pcllé, Th chayHcn, font Vifiteurs ou Scyndics de la Cour & dc touc 1'Empirc. Le Preíident eft egal en dignité aux Preíidens des fix fupremes Tribu- nauxt & ainfr il cft Mandarin du fecond Ordre. Son premier Aífcíleur eft du troifiémc v le fecond , du quatriéme , & tous les autres Mandarins qux font en o-rand nombre & de grande autorite, font du feptieme Ordre. Leur employ cft de veillercon- rinuellcment à la Cour & danstout 1'Empirc, pour faire obferver lesLoix & lesbonnes coutumes ; que les Mandarins exerccnt leursOffices avecjuftice, & que le pcuple faík fon devoir. Ils puniíTent les fautes kereres dans leur Tribunal, & donnent avisauRoy dScrrandes. Tous les trois ans ils font une vifitege- nerale, enyoyant par tout 1'Empirc quatorze Vifi- teurs , undans chaque Province. Aufli-tôt que les Vifiteurs entrent dans leurs Provinces,. ils devicn- nent fupcrieurs aux Vicerois & aux Mandarins, grands & petits, & ils les findiquent avec tant de
iii NOVVELLE RE L AT ION majcfté , dautorité & de rigucur, que la crainte clu en ont les Mandarins a donné occafion à ce Proverbe ordinairc des Chinois, Laè xtt kien mio t c eft-a-dire , le rat a veu le chat. Et ce n'eft pai lans raifon qiTils les apprehendent, parcequilspcu- vent leur ofler leur emplois, & les ruiner. La vifi- te achcvéc ils retournenc à la Cour, chacun pour 1 ordinairc avcc quatre ou cmq cens milleécus, plus ou moins, que les Mandarins leur donnenr. Ceux qui íont coupables leur donnent davantage, de peur quils ne les accufent au Roy4 & les autres moins, ahn qu'ils nmventent point d'accufationconrraix! A leur arrivée ils partagent avec leur premier Piei lidem & avcc fes ACefleins largent qu ils ont ainfi vole, & enfuite ils rendenteompteà eux&auRoy *eur vi fite. Qrdinaircmcnt ils ne dcnoncent que les Mandarins dont les -injuftices & les tyran- nics font fi publiques , quil eft impoílible de les diílmiuler , ou ceux que leur vertu ou leur pau- vreté empefehent de leur fairc des prefens. Cerre •vifite s appelle Ta chai , ou vifitc grande & crene- rale. Ce Tribunal fait tous les ans une fcconde vifite qu'on nomme Chuv chai, ou vifite du mi- eu. II envoye alors des Vifiteurs aux ncuf quar- tiers de la Frontiere du côré des grandes murailles qui feparent la Chine de la Tartaric. 11 dcpêche dautres Vifiteurs des falines dont le Roy tire de grands revenus r & fi ceux de la vifite generale fone
D E LA CHI NE. 2.13 de grands profits, ou plutoft degrands larcinsfur les Mandarins & furle pcuple, ces derniers volenc encore davantage fur les Fermiers qui diftribuent le fel dans les Provinces, & quifont les plus riches hommes de la Chine, ayanr pour 1'ordinaire qua- tre oucinqcensmilleécus debien. La troiflémevi- fite s'appelle Siaò chai, ou petite vifite. On la faie tous les trois mois, envoyant des Vifiteurs quelquefois rnconnus & déguifez , tantoft à une Province ou à une Ville, & tantoft à une autre, pour informer contrc quelqueMandarinfameux par fes tyrannies. Outre ces viíites, ce Tribunal envoye tous les trois ans, dans chaque Province, unViíiteur appellé Hio ytitn , & dails chaque Ville un autre nommé Ti hio, pour examiner tous les ans les Bacheliers, & reprimer les violences quils exercem contre le peu- ple, fc confians en leurs privileges. Us les font prendre & les condamnent au foiict ; & quand ils font incorrigibles, ils les privem de leur degré & les châtient rigoureufement. Eníin ceTribunal en- voye, quand il le jugeà propos, un Vifiteur appelle Siun ho, pour vifiter ce Canal celebre dont nous avons parle cy-devant, & prendre foin des barques qui y font ernployées. Ce Vifireur a plus d'honncur & de profit que tous les autres que ce Tribunal envoye. Ce mefme Tribunal loge dans un vafte Palais, & afous luy vingt-cinqTnbunaux íubalterncs, divi-
ii4 NOVFELLE KELJTION fez cn cinq Clafles, chacune de cinq Tribunaux, avec cinq Preíidens , Sc bcaucoup cVAfleflcurs Sc d'Officicrs inferieurs. Lcs cinq de la premiere Claf- fc s'appellent V chin cbajuen , c'eft-à-dire, Viíi- teurs descinq quartiers de Pe Kim. Lc premier eft Vifiteur des murailles du Sud Sc du quartier de la Villequi y eft joint ; le fccond, de mcfme des mu- railles duNord ; le troiíiéme des murailles de 1'Eftj le quatriéme , des murailles de 1'Oueft, Sc le cin- quiémc du quartier dumilieu. Ces Mandarins ont une fort grande autorité , ils jugent Sc puniíTent les crimes du pcuple Sc des domeftiqucs des Man- darins Sc des grands Scigneurs ; Sc íi le coupable merite la more, la confifcation des biens ou le ban- niílement, ils le renvoyent au Tribunal criminei. Ceux de la feconde Claííc sappellent Vchin pim mà fuy ou grands Prevofts des cinq quartiers. Ceux de la troifiéme sappellent Fam epaon , ou Prevofts inferieurs des cinq quartiers. Les deux dernicrcs Claflcs ont foin de faire arrêter les volcurs, les malfai&eurs, lcs jciicurs , les vagabonds Sc autres gens femblables; de les tenir en prifon jufqu a ce qu'ils les confinent aux Tribunaux fuperieurs ; de viftter lcs rues Sc les quartiers , d'y faire la ronde ou leguet la ituit, Sc de mettre des fentinelles pour averrir quand lefeu prend cn quejque maifon. Les Capitaines des rues font foumis à ces deux Clafles; • tar chaque douzaine de Fainilles a unChef appellé Pai
DE LA CtílNE. ^5 fru, & dix Pai teu en ont un autre appellé Tfim Kia, qui cit obligé d'avertir ccs Tribunaux , dc cc qui íc fait dans Ton diftrict, contre lesloix & les bon- nes coutumes, ou s'il arrive des Etrangers ou quel- quautre nouveauté. Il cfk auíli oblige d exhorter les famillcs à la verru , cn chantanc a haute voix tous les jours au commencement dc la nuit, dans la rué donc il a le foin, unechanfon ás cinqpetirs Vers qui contiennent les preceptes les plus^ ncceU faires en ces mots, Hiao xum , fu mu , Tfum kim cbam xám, Ho mo bia li, Kiao t^u fun, Mo tfo vi. Ccft à dire , obeiflez à vos parens , refpe&ez les vieiliards & vos fuperieurs, vivez tous en paix M- ftruifez vos enfans , ne faites point d'injufticc. Dans les petits lieux ou il n'y a point de Manda- rin, on donne ce foin à quatre ou cinq vieiliards des plus vertueux, appellcz Lao gin , qui ont un Clicf nomrné Hiam yo, ou Ti fam. Celuy-cy chan- ce de mefme la chanfon toutes les nuits le pre- mi er & le cinquiéme de chaque rnois aíTcmblc les habitans, & leur explique les inllruótions qu clle contient par des comparaifons & des exemples, dont fay cru en devoir rapporter quelques-uns pour faite connoitre le bon naturel , lcíprit & le gouvernement de cette nation. ObeiíEz a vos pa- rens comme les aigneaux obeilTcnt aux leuis, ainli quils le font connoitre par leur grande douceur çn femettant àgenoux pour têter,&en leur obeiU
íi6 NOVVELLE RELJTION fant exadement pour reconnoiflance de cc qu'ils les ont élcvez. Refpedez les vieillards & vos fupe- rieurs, à 1'imitation des canars íauvages , qui par 1 ordrc qu'ils gardcnt en volant, montrcnt lc rcf- ped qu'on doit porrcr auxplus ancicns. Viveztous en paix, en imitant 1'amour & 1'union qui eft en- tre les cerfsj car quand l'un d'entre eux a trouvé quelque b»n pâturage , il ne peut Te refoudre à paitre, jufqu'à ce que par fes cris il ait fait venir fes compagnons pour en prendre leur part. Inftrui- fez vos enfans comme cctce ancienne femme ap- pclléc Tuon kqui eftant veuve foiiettoic toujours un fils unique qu'elle avoit, jufqu à ce que luy ayant fait perdre fes mauvaifes inclinations, il de- vint illuftre par fa fciencc & par fes vertus, en for- te qu'il parvint à eftre Chuamyuén r ou le premier des Dodcurs de 1'Empirc , & enfin par fes vertus & par fes adions hcroiques , Co lao ou premier Mmiílre de 1'Empereur. Ne faites point dmjufticc comme ce méchant & defobeiflant Heu ci, qui par une ingratitude extreme , voulant tuer fon beau- pere à caufe quil le reprenoit de fes fautes , tua fans y penfer fa propre mere , qui par fon indul- gence cauf3 la perte de fon fils, en luy donnant de 1'argent quil employoit en toutes fortes de dé- bauches, & en cacnant fes méchancetcz. Mais le Ciei pour le faire fervir d exemple à fes pareils, 1 e- crafa &c le divifa. en deux d'un coup de foudre..
DE LA CHINE. zt7 Lc Tribunal appellé Ih hio , eft un Tribunal mixte, qui prend lòin dcs Bachcliers de Lertres & d'armes. 11 y a deux Preíidens, doncTuo a l'inten- dance des premiers, & 1'autre des dcrniers. Ccux- là s'exercent à faire des dilcours Tur les moycns de conferver 1'Etat & degouverner ie peuplc ; &ceux- cy Tur la maniere de donner dcs bataiiles , d'atca- quêr & de deíFendre les Piaces, & íur d'autres ma- tieres femblables. Les Mandarins de cc Tribunal cjui fone répandus dans les Provinces & dans les Villes, leur donnenties fujets de ces compoíitions, & ils íònt refpcótezpar ces Bachcliers pliuoft com- ine des Profeíleurs que comine dcs Magiftrats. Les deux Preíidcns qui fonr à la Cour fone toújours Do&eurs, l'un darmes, & 1'aurre de Lettres. Les aucres Oíficicrs font du nombre de ceux que lc Roy fait Mandarins parpure grace, ou àcaufe du merite de leurs peres. Lc Tribunal appellé Co ta6, ou Co /í, eft celuy des Infpeébeurs ou Surveillans, dont nous avons parle, qui font divifez en íix ClaíTcs, comme les lix Tribunaux fuprémes , dont ils prennent leur nom & leur diftin&ion. Par exemple, la premiere s'appelle Li co> ou Infpeéteurs du fuprême Tribu- nal des Mandarins. Laíeconde, Hh co, ou Infpe- deurs du fupreme Tribunal des Finances, & ainíi dcs autres. Chaque Claííe eft compolée de pluíieurs Mandarins, tous du feptiéme Ordre & tous égaux ;
nS NOVVELLE RELATION enforte que pas un , ny mcíinc ccluy qui tient íc Sceau du Tribunal, n'a aucunc fuperiorité ny prcé- mincncc íur les autrcs. Ils Tone dcftincz à repren- dre le Roy des fautes quil commct dans le "ou- vernement de 1'Etat; & il y en a de fi refolus & increpides, quils s'expofcnt au banniílêmcnt & à la more pour dire la verité à leur Prince, tanroft par un memorial, 8c tantoft de vive voix, íans au- cun déguifement. On en voit encore à prefentplu- íieurs exemples, &les HiftoiresdesChinois en rap- porrent un grand nombre. 11 arrive auíTi d'autres fois que les Rois fe corrigem de leurs défauts, 8c rccompenfenc magniíiquement ceux qui les en onc avertis. Ils ont encore íoin de prendre garde aux defordres des íix Tribunaux fuprêmes, & d'en aver— tir le Roy par des memoires fecrets. Le Roy fe fere des Mandarins de ce Tribunal pour les executions íecretes & imporrantes. 11 en choifít auíli tous les ans, trois,pour eftreViíiteurs. Le premiersappelle Siíixjim, qui viíite tous les Marchands de la Cour ou de Pe Kim , 8c s'informe s'ils n'ont point de marcbandifes alterées ou dejflfcndues. Le fccondap- pellé Siun-cxm3 viíite les faifeurs dcchaux du Roy. Lc troiíiéme qu on appelle Siun xi nim ym, aííiíLe aux reveues des troupes de la Conr. Les Manda- rins de ce Tribunal nc fone que du fcptiéme Or- dre de Mandarins , mais en recompenfe ils ont beaucoup- d autorité 8c de pouvoir.
DE LA CHI NE. "S> u Tribunal appelié Hím ginfr , eft compofè de pluíleuts Mandarins, tous Dofteurs, tous cgaux & du feptiémc Ordre comme les preccdens. Leur employ eft d'eftre Envoyez, ou Ambaíladcurs de- dans ou dchors lc Royaume, comme quand le Roy envove porter dcs titres d'honneur a la mcre ou a la femme dun Mandarin more à la guerre ou aprés avoir rendu des lerviccs coníiderables au Roy Sc à 1'Etat dans 1'exercicc de quelque Chargc ou quand 1'Empereur veuc donner ou conhrmer lc ti- tre de Roy à celuy qui domine dam le Royaume de Corée Sc autres voifins. Ces Ambaílades font tres-honorables Sc quelquefois dun tres-gran Pr°Lc'Tribunal TL, li fi, ceíU-dire, de la fuprê- me raifon Sc juftice, eft ainfi nomme parcc qu il a foin d'examiner les caufes douteufes & difticiles„ Sc de confirmer ou d'iníirmcr les Sentences des au- tres Tnbunaux , principalement de ccluy dcs cri- mes ou il sagit dcs biens, de Lhonneur , & de ls vie des fujets du Roy. Le Prefidenc de «Tribu- nal eft du troifiéme Ordre ; f« J^ux Aflèffcurs. du quatriéme ; & les autres Mandarins mfcrieurs- qui font en grand nombre , du cinqmeme & du fixiéme. Quand lc Tribunal des crimes condam ne à mori une perfonne confiderable , ou mefme un homme ordmaire , & que 1/ Roy trouye les motifs de laSentence douteux, Hia remet toujoui* %
23o^ novvelle relation aU San fâ fu, qui crt comme fon Confeil de con- , !!lcc;. 9a trois Tribunaux ; fçavoir Ic Tai li fu, dont nous parlons , le 7^ c/;í, * ou le íuprcmc Tribunal des Vifiteurs, &celuy des crimes. Us examinem cnfcmblc dc nouveau 1c pro cez cn prcfcncc des accufez & des accufateurs & louvem i!s revoquent la Semence* parce que l'ac culateur u ayant gagné que le Tribunal des crimes & n ayant pas aílcz d'argent& d'intrigue pour cor- rompre les deux autres , ils jugent íclon la jufticc &laraifon, &: 1c Roy pour lordinairc approuve ce que ces trois Tribunaux ont decide. Lc Tribunal TÚm chim fu, a loin de faire pu- . a la Cour & dans rout l'Empire les ordres & les commandemens du Roy, de smformer diliaCm ment des calamicez , des afflidions , & des ncccf- íitez du peuple , de leurs circonftances & de leurs caules, & den avertir exadement & fecretemenc J Empereur. Il cft aulli chargé de faire porter au Roy ou de retenir, felon quil le juge à propos tous les mcmoriaux des Mandarins darmes & de Lctrres des quatorze Provinccs; des Mandarins vé- terans, ou quiíont difpenfez de touces fortes d em ploys du peuple,des foldats & de ceux qui vien- - nem des Pays étrangers. Les Mandarins de Ia Pro- vince dc Pc K/w prefentent diredement leurs me- moiresau Roy, ÍJns les faire paíTcr parce Tribunal dont le Prclident cft du troifiéme Ordrc dc Man-
BE LA CHINS. iji Jarins fon ptemier AffelTeur du quatriéme , lc fc- cond du cinquiéme, & les autres Mandarins infe- neurs du fixicme Se du feptieme Ordre. Le Tribunal Tui cbam fi , cft commc: Affocie & Coadiutcur du fuprcme Tribunal des Rires. Son Prefulent cft du troifiéme Ordre , fes Afleffeurs u quatriéme, & les Mandarins >nfaicurs qui fom n grand nombrc , du cinquieme & du foin en parriculier dela Mufique Se des Sacr.fic du Roy , & comme on les fait dans les Temples dcdicz' au Ciei, à la Terre , au Sole.l a la Lune auxMonragnes & auxRivieres, ceTribunal prend foin de ces édifices, qui font rous vaftes magni- fiques. Il a foin encore des Bonzes mariez, q pour 1'ordinaire font AlKimiftes & difcurs de boli- ne avanture. Deux de fes Mandarins fone dcftinez pour donner ordre à la reccjition & au logcment Ses Etrangcrs qui viennent à la Cour. Enfin 1 a 1'intendance des feromes publiques, des lieuxou elles habitent,Se de eeux qui les dirigem dans111 u infame métier. Les Chinois pour ma quer 1 aver- fion quils onc pour ees m.ferables , les appellent -Mm 1 , ceft i dire hommes qui ont nus en ou- bty buir verrus, fqavoir , 1'obeVffanee envers eu peres & metes ,1'amour envers leurs ftercs & Leres parens, la fidelit envers leu Roy,Ia bon- nc fov 1'honnêteté & la juftiee , la pudeur & la chafteté Se toutes forres de lcienees Se de bonnes
2jx NOVVELLE RE L AT ION coutumcs. Ceft ce que fignifient ccs deux mots que les Chinois marquenc avec dcux lettres feule- mcnt, par ou l'on pourra connoitre 1'énergie de leur langue, & l'eftime quilsfont de la vertu,"quoy
DE LA ■peréur en achetc tous Ies ans foixante-dix mille, ou- tre ceux que les grands Seigneurs, les Capitaincs, les Soldats, les Mandarins de Lettres & le peuplc achetenc, & qui fe montent au dcuble ou au tri- ple. On peut juger par là combien eft grand 1c nombre qui s'en trouve à la Cour, n'ofant pas le fpecifier, de peur quil nc paroiíTe incroyable. Kín tien kien eft le Tribunal des Matematiques.' Le Prefidenc eft du cinquiéme Ordre ; fcs dcux Affeííèurs, du fixiéme \ & les autres Mandarins x du feptiémc & du huitiéme. Ils- s'appliquent à l'Af- tronomie, & ils ont foin d'avercir le Roy du temps; du jour , & de la grandeur des Eclipfes du Solcii & de la Lune; dont 1'Empereur fait avertir tous les TribunauxdesProvinces par le grand Tribunal des Rites,. aíin quils fe preparent à faire les ceremo- nies ordinaires, qui confiftent à faire battre les tam- bours durant l'Eclipfe, les Mandarins fe tenans ce- pendant à genoux les yeux levcz au Giel avec une craintc refpeótueufe. Ce Tribunal compofe auíli le Calendrier quon fait imprimer tous les ans , & quon diftribue par tout TEmpire, eftant dcífenda fous peine de la vie d'en faire un autre. Le Tribunal appellé Taiy yuen, ou de Medcci- ne, eft compofe des Medecins du Roy, de la Reine/ & des Princes. Ils rraitent auíli tous ceux que le Roy par grace finguliere leur ordonne d'aflifter, dc iis preparent cux-mcfmes les Mcdecines. Les Man^ Gg /
Z34 novvélle reljtion darins de ce Tribunal font des mefmesOrdres que ceux du precedcnc, Sc lis dépendent tous deux du fuprême Tribunal des Rices. Le Tribunal appellc Hilm Ih Jh, fait la fon&ion dc grand Porcier & de Maitre des Ceremonies qu'on obíerve quand le Roy donne Audiance, ouquand il vient à la Salle Roy ale recevoir Phommage des Grands Sc des Mandarins. Ce Tribunal eft Coad- juteur de celuy des Rices ; fon Prcfident eft du quatriéme Ordre ; fes Afleíleurs, du cinquiéme Sc du íixiéme ■, Sc les aucres Mandarins, du fepciéme Sc du huiciéme. Le Tribunal appellé Xam lenyuen , a foin des jardins, des vergers, des viviers, de la nourricure des bccufsj des moutons, des cochons, descanars, des poules, & de toutcsles forces danimaux quon employe dans les facrifices , dans les banquecs Sc dans rHôcelleric Roy ale. Il eft fujet au Tribunal des Rices, Sc fes Mandarins fone des mefmes de- grez que ceux des Maccmaciques Sc de Medecine. Le Tribunal appellé Xam pao fíi, loge dans Ic Palais Royai. Il a íoindu Sceau dePEmpercur, qui eft faie d' une pierre excellence Sc precieufe, com- ine le íignifient les deux leccres Xam pao. Il eft quarré Sc prefque d'un palme de diameerc. Quand un Tribunal veuc s'en ferviril eftobligé d'cn aver- rir le Roy; Sc aprés qu'ill'a employé Sc qu il Pa rc- formé , il luy cn donne avis de nouveau. Il eft
DE LA CHINE itf ebargé de tenir prefts les Sceaux de tous les Tribu- mux de la Cour & de 1'Empire, & de regler qucb les lettres & quelles marques íl faut y gravcr quand le Roy donne quclquc cmploy ou quelque titre nouveau , ou que par raifon d Etat il veut changcr les Sceaux. Lorfque le fuprcme Tribunal des Man- darins a beíoin des Sceaux pour donner des Cliar- k « 1 ges & des dépefches aux Mandarins de la Cour & des Provinces, il les demande a ceTribunal,apres en avoir obtenu la pcrmiílion de l Empereur. Lc Preíldent na quun feul Aífeífeur, & tous deux font Do&curs & du cinquiéme Ordrc. Les autres fone du nombre de ceux qui ont eílé faits Man- darins par grace , & ne fone que du feptieme & du huitiéme Ordrc. Le Tribunal appellé Kiny guei, ou de la Garde Royale , cíl compofé de plufieurs centaines de Mandarins d'armes, divifez en quatre Claífes. Ceux de la premiere font du fecond Ordrc de Manda- rins ; ceux du fecond, du troifieme ; ceux de la troifieme, du quatriémej &ceux de la quatrieme, du cinquiérjae Ordre. Leur employ cft de garder le Roy, & de laccompagner quand il fort du Pa- lais, ou quand il donne Audiance aux Grands & aux Mandarins, & c'eft à eux quil confie la cap- ture des perfonnes confiderablcs par leur naiílancc ou par leur dignité. Ils íont ordinairement fils de grandsSeigneurs, freres ou parens de la Reine, fil? Gg ij.
1)6 NOVVELLE RELATION ou neveux des fils du Roy, ou fils ou ncvcux des Mandarins qui ont rendii dc grands íervices , cn coníideration defquels le Roy leur faie cette «rrace. Us ne montent point à daurres Tnbunaux com- mc 1c reíte des Mandarins qui çhangent continuel- iement dun Tribunal à 1'autre : mais en rccom- penfe ils s elevenc dans leur propre Tribunal , & arrivent íouvent jufqu a Ia qualicé dc Xam xu'qui eít íc cirre des Prefidens des íix fuprêmes Tribu- naux, mefmc a Ia qualite de Co lao, qui cft celle des Confeillers d Etat. Ils fone extièmemcnt craints & rcfpeótez a cauíe de le.urs Cbarges & de leur NobleíTe, & de ce qu'ils fone prés de la períonne du Roy. Et quoyquils íoient Mandarins darmes, ils fone independans du Pim pu, qui eít lc fuprje- mc Tribunal .des armes , & ne fo.nt foumis quau Roy. 1 Ce Tribunal en a deux fubalterncs qui demeu- rent dans des Palais particuliers. Le premier s'ap- pelle Nân Çhin, ceít-à-dire, Sentinelle, ou Tour du Midy i & le fecond , Pe chin , Sentinelle , ou Tour du Septentrion. Les Prefidens de ces deux Tnbunaux fone du cinquiéme Ordre ; & les Man- darins inferieurs qui íont en grand nombre, fone du feptiéme Ordre. Lemploy des Mandarins du premier Tribunal eít dTccompagtier ceux qui vonc prendre les grands Seigneurs ; & la Charge du fe- coiid, eít de recevoir ces prifonniers & de les gar.-
13* NOVVELLE RE L AT ION foiiec, & lcs rend enfuiee à lcurs Maítres. Les an- nccs dernieres on les marquoic fur la jeiie gaúche auecdeux caraderes Tareares & deux Chinòis, cjui íigniííoient Efclave fugitif: mais un Mandarin Chi- nois reprefenca au Roy par un Mémorial, que ce chatiment etoictrop rigoureux, pour un crime qui eftoic plutôt 1'effet du défir de la libere é íi na cu- rei aThomme, quedaucune malice, & que c eftoit une chofe indigne d une ville ou Sa Majefté faifoic fa demeure , de voirles rues pleines de fcmblables objecs. Le Roy approuva cec avis, & ordonna qu a 1'avenir onimprimcroic ces lectres fur le bras^au- che. Le Preíidenc de ce Tribunal eft du fecond Ordre, fesdeux Aífelfeurs, du troifieme,. &lesau- rres Mandarins qui fone fore nombreux, du fep- tiéme & du huieiéme. Ils onc quanricé d'Huiífiers& d'Archers répandus dans eous les quarciers de la ville, qui avec uneinduftne & une adreífe exeraordinai- re, découvrenr, fuivenc & prennenc les voleurs & les Efclaves fugicifs. Le Tribunal appellé Fu Yn, eft celuy des deux ' Gouvcrneurs de la ville de Xun tienfu, ou de Pe kim\ mais le premier nom eft plus uficé , parce que Pe kim figniíie proprement Cour du Nord. Ces Couverneurs fone au deífus de ceux de eouees les- aucres villes deTEmpire, & du rroiíiéme Ordre de Mandarins y & leurs AífeíTeurs , du quatriéme. Le premier a 1'incendance de eous les Ecudians & de
7)E LA CHI NE. tous les Lettrez de Pekim, qui ne font pas enco- re Mandarins. Le fecond a íoin deníeigner lc Peuple, & de 1'exhorter à vivre enpaix& en union, de s'informer deleurs moeurs,de chatier ceux qui introduifent des nouveautez &des abus , de favo- rifer les Laboureurs, derendre également jufticeà tout le monde , d epargner le peuple dans les ou- vrages publics, defçavoir lenombre des faroilles & des perfonnes de la ville, de veiller jour & nuic pour remedier aux miferes du peuple, le defen- dre conrre les riches & les plus puiílans, foulager les pauvres & les afftigez, recompenfer les bons, aflllter les innocens& punir les coupables ; &cníin de faire preparer le lieu 6c les choíes neceílaires pour les Sacrifices publics. Par ces fon&ions on peut connoitre que celt avec raifon que les Chinois appellent les Gouverneurs des villes Fumít, ceft à dire, le pere & la mere du peuple. Il y a encore deux Tribunaux appellezT*/ hirn hien, & Von pin hiên, qui ont les mêmes emplois que le Tribunal des Gouverneurs de la ville , duquclils dépendent, & font comme fes Miniílres. Ils font deux , à caufe qu'on divife Pc Kwt cn deux villes, fuivant la coucume detoutrEmpirc, ouloncomp- te lesCitez pour une ou pour deux villes, felonleur grandeur & 1 etendué de leur territoire. Les Prcfi- dens de ces Tribunaux, dans les villes ou eft la Cour, font du íixiémc Ordrc , 6c dans les villes des
240 novvelle relatjon Provinces, du feptiéme, & les quatre Mandarinà inferieurs fone du feptiéme , da huitiéme & di^ neuviéme Ordrc. Tfumginfu9 eftle Tribunal des Grand* qui de- cendent dc pere en fils, dc la Famille Royale. Lc Préíidenc eít un de ceux qui onc la qualité de Roy , & qui eft venerable parfon age & par ícs ver- tus. II neft daucun des neuf Ordres,parce que fa dignité 1 eleve au deflusdetous les Ordres dc Man* darins. Ses deux AifeíTeurs font toujours deux Seigneurs titrez du Sang Royai, quine font dau- cun Ordre parla même raifon que le Preíident. Il y a auííi dans cc Tribunal, pour 1'expedition des aífaircs, quelques Mandarins de chaeun des ftx fu* premes Tnbunaux. Tous ces Ofliciers ont foin de diftribuer les peníions aux parens du Roy en ligne maículine, qui,foic quils foient grands Seigneurs, ou pauvres & éloignez jufqu a la quinziéme & fei- ziéme generation, ont tous quelque peníion- plus grande ou plus-petite, felon leur dignité &. leur proximité. lis ont tous le privilege de peindre de rouge leurs maifons & leurs meublcs j & comme la Famille precedente avoit dominé durant deux cens foixante & feize ans , ils s'eftoient multfpliez & éloignez de leur trone de telle forte , & leurs re- venus eftoient par confcquent íi petits, que plu- íicurs cftoient reduits pour fubíiíter à> exercer des Ar.cs mecaniques. Lorfque jjentray dans cét Empire, yen
'DE LA CHINE S4* j'cn vis un dans laCapitale de la Province àcKiam Jiy qui faifoit lemétier de Crocheteur, &c qui pour fe diílinguer de fes camarades portoit fur fon dos les iníirumensde fa profeffion, fort luifans & ver- jiiíTez de rouge. II y en avoit un nombre infiny fous le regne de la Famille precedente , répandus dans tout 1'Empire, qui abufans des privileges de leur naiíTance , commettoient mille infolences ÔC faifoient mille avanies au pauvre peuple ; mais íls ont tous cílé exterminez jufqu'au dernier , avecla Famille dont ils décendoient. A prefent les parens du Roy Tartare qui gouvcrne, iont tous grands Seigncurs & demeurent à la Cour : mais íi lcur domination dure long-temps, ils multiplieront en auífi grand nombre que les precedens. Ce Tribu- nal el! encore chargc de juger tous les diffcrens & tous les proccz civils& crimineis de ces Princes du Sang, d'ordonner les peines qu'ils meritent, & de les faire executer aprés en avoir averty 1'Empereur. Hoam cin eít lc Tribunal des parens du Roy, du côté dcsfemmes, qui font de dcux fortes. La pre- miere cftde ceux qui defccndent des filies duRoy, mariées avec de jeunes hommes choifis , comme nous avons dit cy-devant, & s'appellent Fu ma, ; ceux-là, felon la coutume de la Chine, ne font point eftimez Princes du Sang, ny parens du Roy , Sc n'ont aucun droit à la fucceílion de la Couron- ne, quand mefme il n'y auroit plus d'heritiers du
NOVVELLE RELJTION côté des males ; ce qui s'obferve auííi parmy lc pcuple. Car dans la Chine, marier une filie, ceft Ia merme chofe que dc 1'exclure pour toujours de la Famille de fon pere, & 1'inferer dans celle de fon mary, dont elle prend cn mefme tempsle furnom. De là vient que pour exprimer quunc filie eft al- lée à la maifon de fon mary „ les Chinois ne fe fer- vem pas du verbe Km, aller, mais du verbe Queis rerourner; & ainfi ils ne difent pas, elle eft allée, mais elle eft retournée à ia maifon. Ils s'expliqucnn de mefme en parlam des morts : car ils ne difent pas, un tel eft more, mais il eft retourné en terre. Par la mefme raiíon , quand un grand-pere par- le des enfans de fon fils, il les appelle fimple- ment Sun çií , mes petits fils : mais quand il parle dc ceux de fa filie, il dit, Vai fun çu, mes petits- fils de dehors , parce quils les eftiment de la Fa- mille de leur gendre. La feconde forte dc parens du Roy, du côté des femmes, font les peres, freres, oncles & autres parens des Reines; les gendres du Roy &leurs peres, freres, oncles, & autres parens. De ces deux fortes , le Roy en choifit quelques- uns des plus coníiderablcs pour compofer ce Tri- bunal & faire les mefmes chofes que les Oíficiers du Tribunal desPrinces duSang. Ils diíferent feu- lement en ce que ces derniers ne font d'aucun des neuf Ordres de Mandarins, & que les autres font du premier & du fecond ; Quoyquils s'cftiment
BE LA C Hl NE. 14* beaucoup plus honorcz des titres dc Hodm cin, & de Fu wày ou de parens du Roy, que deceluy de Mandarin, mefme du premier Ordre. Cettefecon- de forte dc parens fut auíTr extermineé par lesTar- tares avec la Famille precedente. Voilà ce que j'a- vois à dire des Tribunaux, des Mandarins, &du Gouvernement de la Cour : II faut maintenant par- ler en peu de mots de ceux des Provinces. ^ " Nottes fur le quatorziéme Chapitre- A page no. II fait choifiràPe Kim plufieurs jen- nes hommcs, &c. ILfaut remarquer que /'Auteur parle en cer endroit de ce qui fe pratiquoit du temps des Empereurs Chi- nois ; car les Empereurs Tartarcs ont chanpí cet ufa.ge> & ne marient plus leurs filies quà des Rois , a des Princes , ou à de prands Seigncurs, comme notre Au- teur le dit luy-mejmc plus bas.
144 NOVVELLE RELAT10N CHAPITRE XV. Des divers Tribunaux & Mandarins ' des Provinces. HACUNE des quinze Provinces a uft Tribunal fupréme, qui a la Surinten- dance Tur tous les autres. Le Preíi- dent a les titresdcTw tdYni Kiun wiucn3 Fu yuen, Siun fn) 8c bcaucoup d'au- tres noms , qui íignifient tous ce que nous appcl- lons Gouverneur de Province ou Viceroy. Ces Pre- íidensfont dupremier, dufecond, ou du troiíiéme Ordre, felon qu'il plaít au Roy de le regler, quand il les cnvoye dans les Provinces. IlsTont chargez de tout le Gouvernement, auíTi-bien en teníps de paix qu'en temps de guerre, du peuple 8c des foi- dats, & du civil comme du criminei. Ils avertiílcnt le Roy 8c les íixTribunaux fuprémes, de touces les aííaircs importantes. C'cft à luy que font adreíTez les ordres & les dépêches du Roy, 8c de ces íix Tri- bunaux,& tous les Mandarins de la Province íont obligez d avoir recours à fon Tribunal dans les aftaircs coníiderables. Il y a d'autres Vicerois qui V
DE IA CHI NE. 14; prefident fur deux, trois ou quatrc Provinccs, Sc qui s'appellent Tfum to , comme Leàm quam Tfum to, ceft-à- dire, Viccroy dcsProvincesde Quàmtum, & de Ouàm fi. Quam tum vcut dire Province étcn- dué diTcôté de l'Eft ; & Quam fi Province étendué du côcé de 1'Oiieft. 11 y a dautrcs Vicerois fem- blables dans la Chine , parciculierement dans les Provinces Frontieres de la Tartarie & en dautres • lieux importans. Outre le Viceroy il y a dans cho- que Province un Vifiteur appellé Ngan tai, ouNgan yuen, donc nous avons parlé cy-devant. Enfin il y a un troiíiéme Officicr confiderable, appellé Tfum pim, qui commande toutes les troupes de la Pro- vince, & qui eft du premier Ordre des Mandarins d'armes. Tous ces trois fuprêmes Preíidens dcs Pro- vinces ont Tous eux pluíieurs M.andarins inferieursj qui les aident a expedier les aíFaires ; & quoyque ces trois Tribunaux ayent ordinairement leurs Pa- lais dans la Capitale, ils n'y demeurent pas toujours, mais ils parcourent les Villcs & les divers quartiers de la Province, felon que les aífaires le demandent. Les Tribunaux particuliers des Villcs Capitalcs fone ceux qui fuivent. Chaque Capitale a deux Tribunaux , dans lei- quels proprement coníifte tout le Gouvcrnemenc de la Province, 1'un pour le civil, & 1 autre pour le.criminel. Le premier s'appelle Pu chim fu, donc le Preíident cít Mandarin du premier degré du fcfe
z+6 NOWELLE RELATION cond Ordre, Kc fes deux AíTcíleurs font du fecond degré du mefrnc Ordre. Le Palais de ce Tribunal çoncicnr des .deux côtcz, commc ccux de la Cour, deux Tribunaux, qui ne font pas dépendans, mais aíliftans- ou coadjuteurs du premier Tribunal. Ce- luy de la main gaúche eft lc plus coníiderable, & s.appelle Tfan chim. Il a deux Preíidens qui fone tous deux Au fecond degré du croifiéme Ordre. Goíuy de la main droite sappelle Tfany 3 & fes deux Preíidens fone auíli égaux 6c du fecond de- gre du quatciéme Ordre. Tous ccs troisTribunaux ont quantiré de Mandarins inferieurs, appellez Xcu, linyuõn. Us.ont foin de decider toutes les aífaires civiles, & de faire payer & de recevoir tous les rc« Vénus Royaux de la Provincc. Le Tribunal criminei sappelle Ngan cba fu, & fon Prcíident quicít du troiíiéme Ordre, n'a point d'Af- fcfíeurs, mais deux ClaíTes de Mandarins fous luy. Ccux de la premiere qui sappelle Fofu, font du qua- * tnénie Ordre. Ceuxdelafecondequis'appcllc Cién pt, íont du cinquiéme ; & les Mandarins de ces deux ClaíTes en commun«'appellent Táo li, ou Táo tfun. Ces Tao li íont Viíiteurs dc tous les quartiers de la Province , dans lefquels ils ont leurs Tribunaux. Quelques-uns d'entr'eux ont foin des chevaux de pofte, des Hoftellcries Royales, & des barques du Roydeleur département, & font appellez Ye chucn ião. D autres appellez Pim pi taò3 íont chargez d(*
jDB LA CLÍIJSÍE. " *47 Pinfpe&ion des troupes; & d'autres de faire écou- ler les caux des cerres, & de faire applanir ôc reparer les chcmins, & ceux-cy fone nommez Tun tien taò. Ce Tribunal a Ic pouvoir de faire punir les crimi- neis par le banmíTement, ôt mcfme par la perte des biens & de la vie : Et quand il n'y a point de Viílceur dans la Province, il veillc fur tous les autres Mandarins, & avercit le Roy de ce qui s'y paíTe , quand les aífaires le meritent. En un mot ces deux Tribunaux ont les mefmes fon&ions que les fix fuprêmes Tribunaux de la Cour , & font commc leurs Subftituts. Chaque Province eft divifée endiftri&s, & chaque diftri&a unMandarin appcllé Tao //,qui eft com- ine Vificeur ou Infpedteur du bon ou du mauvais çouvernement des Ofíiciers de fon territoire. Il a foin de follicicer les Gouverncurs dcs Cicez & des Villes, & de faire promptement payer les droits du Roy. Il y en a aufti qui prennent foin des rivie- res & des coces de mer de leur quartier. Ceux qui onc foin des rivicres s'appellent Ho tao; & les Vi- íiteurs des cotes de mer, Hai tao. Tous ces Mandarins font du Tribunal des Infpc&eurs ou Surveillans, ap- pellé Co tao, dont nous avons parle cy-devant. Toutes les Citez du premier Ordre, foit quel- lcs foient Capitales ou non, ont un Tribunal ou preíide le Gouverneur de la Ville & de fon terri- toire , qui eft Mandarin du quacriçme Ordre , ÔC
14& NOWELLE R EL AT ION «'appelle Chi fu. Il a trois AífeíTeurs ; le premiei defqucls sappelle Tum chi ; le fecond, Tum puon ; & le troiíléme Chui efuon , qui font du íixiéme 6c du feptiéme Ordre. On les appelle auíli fecond, troiíléme, ou quatriéme Seigneur, de la feconde, troiíléme, ou quatriéme Chaife, ou de la feconde, troiíléme ou quatriéme Ville ; parce que le Prc- íident sappelle premier Seigneur, premiere Chai- fe & premiere Ville. Il a encore quatre Manda- rins inferieurs nommez Kim lie, chu fu, Chao mo, Kim kiao , 6c qui íont du feptiéme , du huitié- me , 6c du neuviéme Ordre. Lemploy de ce Tri- nai _eft le mefme que celuy du Gouverneur de Pc Kim. Toutes les Citez de 1'Empire ont de pareils Mandarins : mais quand elle eíl d'un grand com- mercc , ou qu'elle a un territoire fort étendu, 6c beaucoup de Villes dans fa dépcndance , le nom- bre de ces Mandarins eíl double. Les Citez du fecondOrdre, appellées Chcu, font de deux fortes ; celles de la premiere font fujettes aux íeules Capitales, comme les Citez du premier Ordre', & ont des Villes qui dépendent delles. Celles de la icconde font fujettes aux Citez du pre- mier Ordre , foit quelles ayent des Villes dépen- dantes, ou quelles n'en ayent point. Le Preíidenr de ces Citez s'appelle Chi chcu. Il eíl du fecond de- gré du cinquicme Ordre, & il a deux AífeíTeurs, íont le premier sappelle Chcu tum, 6c le fecond „ Chci*
LA CHI NE. nl Chett poon j & qui font du fecond degré, du íixié- me & du fepuéme Ordre. Il a encore fous luy un troiíiéme Mandarin appelle Li mo , du fecond de- gré du ncuviéme Ordre. Le peuple appelle le Gou- verneur Taijye, ccíl à dire, grand ou premier Sei- gneur, & les trois autres, fecond, troifiéme , & quatriéme Seigneur. Leur employ eft le mefme que celuy des Gouverneurs des Citez du premier Ordre. Toures les autres villes de PEmpircont un Tri- bunal, dont le Prcfident s'appelle Chi hién , & eft du premier degré du feptiéme Ordre. Il a deux AíTeíTeurs,dont le premier, qui s appelle H/e» cVimy eft du huitiême Ordre , & le fecond, qui eft du neuviéme, s'appelle Cbu pu. Il y cn a un troiíicmc appellé Tien ju3 qui n'eft daucun Ordre : mais sil s'acquite bien de fon employ durant trois ans, le Gouverneur de la Ville en donne avis a celuy de la Cité fuperieurc , & celuy - cy au Gouverneur de la Capitale. Ce dernier en avertit les deux grands Tribunaux de la même Capitale, & ceux- cy leViceroy. Le Viceroy en écrit au fuprémeTri- bunal des Mandarins, qui en donne avis aux Con- feillers d'Etat, & ces derniers à 1'Empereur, lequel ordinairement le fait Mandarin du huitieme ou du ncuviéme Ordre. C'eft-la, la route que tiennent les Mandarins qui s'élevent à de nouvelles dignitez: inais ce bonheur ne leur arrjve jamais, s'ils ne l'a-
Xjo NOVVELLE RELJT/Otf chcptcnt par des prefens proportionncz au pro&r quils peuvenc rctirer de leurs emplois ^ce qui fe- pratique auííi ouvertement que li ceitoicune Lov bicn etablie. Cet abus eft caule que la Juftice & les Charges fone vendues,comme à lencan, dans tout 1'Empire , & encore plus i la Cour : en forte qu'il n'y a propremenc que lc Roy qui fonge au pien public, tous les autres ne penfant qu'à&leurs intercfts particuliers. Voicy un exemple de cette maniere d'agir, donc j'ay efté témoin. Un jeune bomme appelle Simon, &c fort bon Chrétien, fut" fait Mandarin d'uneVille du fecond Ordre,par une grace particuliere que 1'Empereur luy fit, à eaufe que fon pere Viccroy de la Province dcXèn ft, eftoit mort en combattanr contre 1'armée des Brigands qui seíloienr foulevez. Les trois années de fon employ eftanc achevées il fut élevé à 1* Charge dc Mandarin duneVille du premier Or- dret & le temps qu il la> devoic exercer eftant ex- pire, il fe rendit a la Cour fuivant la coúcume, ann dc demander d^eftre envoyé à une ville plus conííderable pour récompenfe de fes fervices. Le Roy renvoya fon affinre au Tribunal des Manda- rins, & auííi-tôt des courtiers vinrent de la part de ce Tribunal,luy dire, que s'il vouloit coníiner en main tierce quatorze Van d'argent,qui valenc cent mille écus, on luy donneroit le Gouverne- ment de la ville dePimjám, cn la Province de Xanfi\
ifi novvelle relatioet «niferable Ville dans Ia Province de pua chm Ia plus eloignec & la plus pauvre de tout 1'Empire m/'l*ureuxtout horsde luy-même de ceiíiau r i^f' ff5 refPcítcr le Tribunal ni la pre- ience de plus de trois cens Mandarins, fe leva rouc Jraiid *( Pa"C qU °" tÍrC ,* genoux > PouAinc un g n cry, & ayant quitte fon bonnet & fa robe íe jetta fur ce Greffier , le renverfa par terre & luy donnant mnle coups de pied & de poing íuv crioit, ou cft donc impofteur & fourbe que tu es, argent que je t'ay donné, oú cft la Ville que ru mas promife;& beaucoup dautres chofes fcm- ables. Les Mimftres du Tribunal les íeparerenr, & on les conduifit tous deux dans les prifòns dú Apreme Tribunal criminei, odils courent grand rifque d eftre condamnez à mort, parce qíe ces fortes de marchez font deffendus par lestoix fo„s peinc de la vie, & que les circonftances fcanda- eufes de cette aâion , rendent leut crime beau. coup plus enorme. Dans toutes les Villes & Citez de 1'Empire il y a un Tribunal compofê d'un Prefident, & pour Icmoinsdc deux ou trois AlTeireurs. Ils s'appeílent Kuo rm c eft a dire Juges des gens de Lemes • parce que Ieur employ eft d-avoirfoin des Lctrr» & des Lcttrez, & fur tout de vciller fur iesBache- Hers, qiu font en grand nombre, & fouvenr tres- pauvres,&: qui k prévalans de leurs privileges, de-
7 )EEA CHI NE. viennent hardis & infolens, exercent beaueoup dé violences & de fourberies poui tirer de 1 argent despauvres & des riches, & perdent quelquetois le refpcft dúaux Prefidens & aux Gouverneurs. Ainlt ks anciens Rois ctablirent avec beaueoup de ptu- dencc , cc dernier Tribunal qui les faie prendre, lcur fait donnet le foiiet, leur impofe dautres pcines felou quils le meritcnt,.& meme ks prive de leur degré quand ils font íncorngibles. Aulli ks Bachcliers craignent & rcfpeftcnt cer Manda- rins d'une maniere extraordinaire. Ce Tribunal a encore foin daífembler de temps en temps tous ks Lettrez de la Vilk ; fçavoir les Bacheliers , les Liccnciez, les Dofteurs „ ks Mandarins veterans ou difpenfez de travarller, ceux qui font en exercice, pour- traiter des Sciences Sc des vertus. Ils leur donnent des textes tirei de leurs Livres lur lefquels ils font leurs compofitions, que ce Tribu- nal examine, loue Sc blâmc publiquement: en Ion- te que cesOfficiers font pldtoft des ProfeíTeurs que des Mandarins. v Outre ces Mandarins communs a tout Ihmpirc* il y a d'autres Tribunaux affe&ct à quelques lieux & à quelques' Provinces, comme íont les Manda- rins du fel, qui ont íoin de le faire diftribuer dang route la Chine par les traitans, &c d'empècher que des Marchands particuliers n'en debitem , & n» &ífcnt tort aux revenus- du Prince. Dautres
zf4 ' NOtíVÊLLE RELATIOX clarins ont Pintendancc des rentes du Roy & des grands Seigneurs,en qiielques endroirSjparticulie- fement dans les Provinces maritimes. Il y a unau- tre Tribunal appellc Ti kiu fu , & par les Portu- gais Tai qui fi. Surquoy il cffc bon de remarquer ^uils corrompent prefque tous les noms Chinois; iis appellent Hanfam la ville de Hiam xan , ceft à dire Mont des Odeurs. Ma cao sappclle Ama^ao, ccft à dire, Bayc ou Golfe de 1'Idole Ama , car -Qao íignifie Bayc , & Ama eft le nom dun Idole qu'on adoroit en cet endroit. Ce fone là les Tribunaux des Mandarins de Leu tres. Ceux des Mandarins darmes font encore en plus grand nombre. Car outre quTl y en a dans tous les lieux ou font ceux des Mandarins deLct- tres, ik en ont encore en divers paífages impor- tans qui feparent les Provinces,dans les Ports & dans les Bayes,& encore plus fur les fronticres du cote de la Tartarie. On envoye déJla Cour par tout 1'Ernpire le catalogue des Mandarins de Let- tres quon imprime, & renouvelle à chaque faifon del'année,ou font les.noms &lestitres,lapatrie& le temps auquel chacun a receu les degrez. On imprime un autre femblable Livre ou Catalogue des Mandarins darmes. Le nombre des Manda- rins deLcttrcs de tout l'£mpire,eíl de treize mille fix cens quarante-fept, & celuy des Mandarins darmes de dix-huit mille onq cens vingr. Ainli 4
DE LA CUINE. .Vf v a en tout trente-deux tnille cent foixante-fcpt Mandarins; ce qui, quoyque três- cerram, paroitr» pcut-eftrc incroyable. Mais lcur d.ftnbuuon, leur diftinaion & leur fubordination ne i font pas moins admirabics. 11 lemble que lcs Legi accu navcnc rien oublié , & quils ayenr preveu tons lcs inconveniens que Ion pouvoit craindre. Aullt ie fuis pcrfuadé quil n'y auroit point d Eftat au monde mieuxgouvcrnc niplus heureux.fi la con- duite & la proíàité desOfficiers répondoit a ce bon crdre. Mais comme ils nont aucune connoiffance du vray Dieu , ni des peines & dcs recompen cternelíes de 1'autrc vic, ils ne font toucbez dau- cun remords de confcience , ils mettent tour cu bonhcur dans les plaifirs,dans les dignitez Si dans lcs richeíTcs, Si pour les acquenr Us vrolent Ian aucun fcmpule toute forte de dr01t' '*ln? humains,foulant aux pieds la raifon.la Re ígion, la Júdice , les Loix , lUneltó & les dro.ts du fang Si de famitié. LesOfficiers infeneurs ne lon- ge nt qu'a tromper les Mandarins fuperieurs ceux- cy les Tribunaux fuprémes, Si tous enfemble leur Roy. Ce qu'Us fqavcnt faire avec tant darcifice Si d'adre(Te , employant dans lcurs memo.rcs des paroles fi douccs,fi honnetes.fi humbles , fi rcl- peaueufes Si fi flatcufcs, Si dcs raifons fi bien co- forées , Si fi dcfintercíKcs en apparence, que lo pauvrc Ptince prend le plus fouvent le menfonge A.
i-{6 novvelle pour Ia verite. Ainfi le peuple fe voyant continuel- Jcment maltraité, & accablé fans aucunc raifon, murmure & excite des feditions & des revoltes qui ont caufe tant de mines & de changemens dans cet Empirc. Toutefois la méchanceté des Magif- trats ne doit point faire de tort à la bonté & i 1'excellence des Loix de la Chine. DC JC/ijPS' *• r • "n°3 Í.íiwmkmÍ ^hín'òrn «odwííiobnoçJ: . " "'ii Ire: nor1 - eilrnfjmo^si 23b j > \3rt3.-:j 3 7JJ0l jAOj Jt iy »' •' < "Ty o-cirri:?l/iv ?i- mr.t »„.* :.vcl 2* S ~17fom^n f 1 ÍÍ ; zoífj '•• •' r • 1 i n. • no - . 3; DÍaom oí inovuo) u z * f CHAP. XVI:
\ NOWÈLLE RELJT10N que Iorfque ce Roy commença à regner, les Chf- nois vivoienc d'herbes & de fruits fauvages, beu- voient le fang des bêces & sh^illoient de leurs peaux : mais quil leur enfeígna à faire des filets pour la chaíTe & pour la pcfche , & qU'il inventa ies lettres Chinoifes. Tous les Lettrez eftiment cec- te opinion probable, & plufieurs la tiennent pour certaine & indubitable. En effet, il paroít aíTez vray-femblabie que Fo hi a cfté lc premier Roy de la Chine j parce que íi Ion retrancheles fablcs que les Chinois y ont ajoutées, demefme que lesGrecs & les Romains quand íls parlenc de leurs premiers Fondateurs , la fuite de leur Hiftoire & de leurs Rois femble eftre veritable. Car felon le calcul de leurs Hiftoires & de leurs Chroniques, on voit clai- rement que le premier Roy de la Chine commen- ça à regner environ deux cens ans aprés le Déluge univerfel, felon la Veríion des Septante Interpretes. Ce qui eft un temps fuffifant pour que les décen- dans de Noé ayentpu s etendre julqucs auxdernie- ,rcs parries de 1'Afie ; puifque dans un pareil efpa- ce ils fe répandirent dans les parties Occidentales de 1'Afie, dans 1'Afrique & dans une bonne par- tie de 1'Europe. La troifiéme opinion veut que le premier Roy de la Chine ait efté Yáo, qui felon leur Chrono- logie commença de regner il y a quatre mille vinge- cinq ans. Leurs Hiftoires rapportent que de (on
DE LA C H IN E. *59 temps il y avoit dcja des Mathematiciens & des Aftronomes : qu'il fir creufcr des foílez òc des ca- naux pour faire écouler lcs eaux d'un grand Dé- luge, qui couvroient encore lcs vallees&i lcs cam- pa^ncs. Ce Roy fut un Prince illuftre par fes veif tus&& par fes grandes qualitez , & il eft encore ho- noré comme l un des plus fages &c des plus vertucux de la Chine. Cerre opinion , comme nous avons dit cy-devant, paíTe parmy les Chinois pour evi- dente & pour indubitable. Tous ceux de nos Pe- res qui jufquicy ont cu le plus de connoillancc de leurs Livres & de leurs Hiftoires tiennent cet- te dernicre opinion pour certaine , & la íeconde pour probablc. Et parcc que ielon la Vcríion de lEcriture Sainte, appellee Vulgate, il s eníuivroit neceíTairement que les Rois Fo bi & Yao fcroicnt nez & auroient regné avant lc Delugc, nous fom- mes forcez de fuivre en ce pays, la Vcríion des Sep- tante : Ce qui eftant une fois íuppofe, 1 Hiftoire de cét Empire paroit tres-vray-Ecmblablc, bien fuivic, & conforme non feulement aux Hiftoires Egyptiennes, Aífyricnes, Grccques & Romaines , mais^ce qui eft encore plus furprenant, à la Chro- nologie de 1'Ecriture Sainte. Suivant donc la fecondc opinion comme tres- probable; depuis le Roy Fo bi, qui commença à re- gner environdeuxcensansaprésleDeluge, jufqucs a 1'Empereur Tartare Camhi, qui regnecette annee Kk ij
i6o NOVVELLE RELJTJON J668, il y a eu deux cens trcnte-fíx Rois di- en vingt- dcux Familles diffcrcntes, qui ont gouverné cét Empire duranc quatre millc einci cens trente-quarre ans, Ces Familles fubfiftoienc P ou m°ms de temps, felon quelks fe aouver- noient bien ou mal, & jufqu'à ce qu*un Jutrc fe revoltam, faifoit mourir le Roy , exterminoit tous les Princes de fa Maifon , & rous les Grands quellc avoitetablis, & s'emparoitde 1'Empire. An commenccment ces rebclles cíboient ou de petits . Roís, ou de grands Seigneurs : mais depuis ee n ont cffce ordinairernenc que des perfonnes viles ÔC de baíTc naiíTancc. Le premier Roy de la Famille precedente eftoit dune Famille abje&e, appelléc Cbfí; II fut long-temps valet des Prêtres des Idoles, apres il fe fit voleur de grands cbemins : Enfuifc ayant efté banny , 11 fe mit à la rête de pluíkun; rroupes de brigands; & aprés beaucoup de fucccz. heureux, il s'empara de 1'Empire. A fon couron- nement il fe fit appellerHaw
BE LA CHI NE. i6i Voyez pour foulager lc pcuple opprimé par la ty* rannie dc ceux qui gouvemcnt; & cettc opinion, ou plutoft cette viíion trouve tant de-crcdit dans 1'efprit des Chinois & eft tellemcnt enracinée dans leursefprits, quil femble quellc lcur foitnaturellc, puifquil n'y cn a pas un qui nait quelquc efpe- rance d'eftre un jour Empereur. C'cft la lc fujet des frequentes revoltes qu on voit dans cét Empirc, aujourd'huy dans une Province, demain dans une autre, & mefme dans une fcule Villc & dans un feul Village. On voit quelquefois un miferablc s'é~ riger en Roy ou cílre fait Empereur , tantoft par une cinquantaine de bandis , tantoft par cent ou deux cens payfans, & plus fouvent encore par une certaine Se&e d'Idolâtres, qui font profelTion de eréer de nouveaux Rois , & d'établir ún nouveau Gouvernement dans 1'Empire.Ceft une chofe fuf- prenante de voir les Comedies, ou íiIon vcut les Tragedies qui font tous les jours rcprefentées dans cet Empire comme fur un theatre. Gar celuy qui fait aujourd'huy le mêtier de Bandi, & qui cn cet- te qualité eft craint & hai , ayant changc de per- fonnage & pris la Couronne, les habirs & le nom? de Roy, fera demain aimé & refpe&é de tout le monde , & quoyquon fçache quil eft dune naiíl fance vile & abje&e, on le nommera aufíi-toft Fiís du Ciei & Seigneur de 1'Univers : Dautant que les- Chinois, comme nous avons dit, appcllenc lcur
)' • i£t NOVVELLE RELAT10N RoyaumcTien biá, c'eft à dirc tout ce qui eft fous lc Ciei ou Su bai chi ním , c'eft à dire tout ce qui cft entre les quatre Mers. Titres conformes à Ieur orgiieil & à leur ignorance , & au mépris qu ils ont pour les Etrangers:enforte que ceft la même chofe cntfeux , d'appeller un homme maítre de tout ce qui cft fous le Ciei ou entre les quatre Mers, que de dire quil cft Roy de laChine. Les Chinois donnent à Ieur Empcreur plufieurs titres fuperbes & magnifiques. Par exemple, ils 1 appellent Tien cu, Fils duCiel \Xim tien cu, faint Fils du Ciei; Hoam ty , augufte & grand Empe- rcur :Xim boám, faint Empcreur, Hoam xam , au- gufte Souverain : Xim kiun 3 faint Prince: Xim xámy íainte Souveraineté :Quecbuy Seigncur du Royau- mc : Eam , Roy : Ç)uc iam , Roy du Royaume: Chao timy Palais Royai -.Van fui, dix mille ans: & beaucoup d'autres noms femblablcs pleins degran- deur & de majefté, que je laiíTe pour ne pas en- nuyer le Ledcur. En forte que c eft la même chofe de dire le Fils du Ciei, ou dix mille ans, Ou Palais Royai, que de dire le Roy ou 1'Empereur. Avec tout cela, ce Prince cft bien éloigné de la folie du Roy de Afonomotapay qui croit qu'il a le poúvoir de commander au Solai, à Ia Lune, & aux Etoiles; & de 1'artifice du Roy de Siam} qui fcachant par experiente que la grande riviere qui traverfe fon Royaume, deborde tous les ans en certame faifon,.
t)E LA CHI ME- ifi} & quelle fc retire en un certain temps à peu prés, Fort en grande pompe defonPala.s & commande aux eaux de fe retircr, & de decendre a la Mer. Car quoyquc les Chinois donnent ces grand noms à leur Roy , & qu'il le fouffre , m luy ni eux:, du moins les Lettcz & les perfonnes pas fi dépourveus de raifon que de croire qu.left Fils naturel du Ciei : ma.s Cculemen qud elt ion Fils adoptif & qu'il la choifi pour c'lrc ™ r et Emoire & pour aouverner& deffendre pie On ne íiauroit nicr routefois que ces noms ne marquem 'quelque prefomption dans ceux qu Z donlent, l dans Jeluy le eft en quelque faqon excufab c P Paycn & qu. íiabite un Empire f. grand , f pwt fant & f. floriffant. D'autant plus que,amais le R y ne sen fert en parlant de Uqr-meftnc : cai p ticulicr il employe le mot qmveutd > ^ & qui eft commun à tous fes lujets •, d parle en publ.c aflis dans fon Trone, .1 fe lert do mot cbin,qui ligmfie aufli moy , per_ differcnce que perfonne que luy n P vir en quov il eft beaucoup plus modefte que a plúpart des Ltres Princes qui fongent contrnuel- fement à s'élever par de nouveaux t.tres La plúpart desRois font desDucs, des & dautres grands Seigneurs, auíTi- ien 4 , • percur de la Chine ; mais celuy-cy sattr.bue ds
1*4 NOVVELLE relation plus, aumoins dans les dcrnicrs temps, Jc pouvoir d c fairc dcs Dieux & dcs Idoles. Ccftok autrcfois la coucume dans cét Empirc , que quand lcs Róis vouloient rccompenfer le merite de quelque hom- mc illuftrc pour les grands fervices quil avoit ren- dus à 1'Ecat, ils luy bâciflbient aprés fa more un Palais magnifique, ou ds mettoienc ordinairement íon nom grave cn or , avec d es titres & des di- gnitez proportionnées à íes mentes. 11 y a plus de millc ans quil y avoic dans Ia Chine un grand Capitaine , qui duranr pluíieurs annécs défendic rErat & le Peuple, & retablit Ie Roy & le Royau- me dans fon ancicn luftre par le gain de pluíieurs combacs & batailles., avec dcs perils Sc des travaux immenfes, & aux dépens de quantité de bleíTurcs; Sc enfin de fa propre vie, quil perdit encombat- fane contre les rebelles. Pour reconnoítre une íi grande fidelité Sc ranc daótions Heroiques, lEm- pereur refolut de luy donner aprés fa mort la di- gnité qu'il luy avoit confervée durant fa vie : ainfi il luy fie bâtir un Temple magnifique, ou ilfitmet- tre fa figure , Sc le declara Empcreur de toute la Chine. Ce vaillanc homme Sc beaucoup dautres femblablcs fone maintenanc adorez comme des Pa- godes ou des Dieux , par le Roy Sc par tous les Chinois, qui ayans oublié que Pintencion de Ieurs Ancêtres n'eftoit autre que d'honorer les perfonnes vertueufes, Sc dexciter lcs autres par leurexemple à eífre
BE LÃ ClIINE. i6f a eftre fideles & vaillans, cnt perdu pcu à peu la connoiíTancc quils avoient autrcfois , qud n'y avoit quun fcul Dicu, & fc font precipicez dans 1 abíme de 1'Idolâtrie. A prcfent les Rois dc la Chine font en poíTeíííon de déifier qui bon leur femble, comme faifoit anciennement le Senat dc Rome , dont voicy deux exemples qui meritenc d'eílre remarquez. Lorfque lc Pere Mathieu Ricci entra dans la Chine, elle eftoitgouvcrnée par l'Em- pereur Ván lie, dont le regne qui dura quarante- huit ans,fut auíhheureux pour 1'Etat, ou ílmain- tinc toujours la paix &c 1 abondance, qu il fut ma heureux luy-mefme dans la conduite dc fa famil- le. Il choiíit pour Gouverneur du Prince heritier de la Couronne , un Colao ou Confeiiler d Etat tres-habile & tres-fçavant, nommé Cham Kiuchem. Celuy-cy abufant de la facilite d'entrer dans lc Palais , que luy donnoient fon credit & fadignité, fe familiarifa de tclle forte avec la mere de FEm- pereur , quelle s'abandonna à cet Officierj mais 1'Empcreur 1'ayant appris, il luy fit auífi-tôt per- dre la vie. Cette Dame outrée de cet affront & dc la mort de ce Co Lo, & craignant une pareille de- ílinée, tomba malade & mourut en peu de jours. Alors TEmpereur pour rétablir en quelque façon la reputation de fa mere par des honneurs extia- ordinaires , declara folemnellement quelle eftoic Kieii lien pttf* > ceft à dire DéeíTe de neuf fteurs * L 1
i66 NOVVELLE RELATION & cllc-a dcs Templcs dans tout LEmpirc, ou eíTc cft adorée fous cc titre , de mêmc que la Courti- lane^Fiore cftoit honorée par les Romains comme Dcelle des Fleurs. Aprcs la mort de cc Co Lo les Mandarins confeillerent à 1'Empereur de faire bríi- ler les Commentaires qu'il avoit faies fur les Livres compoíes par Cumfufos; mais il Ieur répondir avcc ia prudence ordinaire, qa"il puniíToit fes mauvai- lcs ocuvrcs, & non pas les bolines qu'il avoit fai- tes pour hnftrudion du Prince & de tout LJEmpU re. En eífet, ce Commentaire cft le plus excellent que les Chinois ayent fur cette matiere. II eftrem- piy de tres-beaux difeours moraux & bien fuivis de maximes & de raifonnemens folides, &de deci- fions juftes & claires fur beaucoup de difficultez f & c cft aufTi par ccs raifons le Livre qu'cftudienc ceux de nos Peres qui ont acquis quelque connoif- iancc de la Langue. II y a olus de quatre cens ans, quun Bonze de Ia Scítc de ceux qui ne fe rafenc pas la tète & qui íe maricnt , & que les Chinois appellcne Taó /«, s empara de telle forte de 1'cfprit du Roy qui regnoit enjee temps-là, par le moyende la Chimie, & enfune par la magte , & par des inventions diabohques que non feulcment il 1'eftima plus qu nomme durant fa vic, mais même aprés fa mort d le declara Dieu & Scigneur du Ciei, du -oluljde la Lune & des Etoiles. On peut voirpar
DÊ LA CtílNE. *6-7 Cts deux exemples combicn eft grande 1 ignorance du peuple, qui croit que 1'Empereur a le pouvôir de faire d'un homme foible & miferablc, un Dieu tout-puiíTant: & jufqu à quel excez va la flaterie des gens de Lectres, qui non-feulement approu- vent, mais qui perfuadent au Roy defaire_des a&ions fi contraíres à toute forte de raiíon. C eit auíTi cequi nous donne lieu deles convaincre p us facilemcnt par ce dilemme. Ou le Roy eit plus puiífant que ce Pagode ou ce Dieu; ou cc Pago- * de eft plus puiífant que le Roy. S'ils répondent que c'eft le Roy , nous leur difons, dou vient donc que le Roy fe met à genoux devant le Pa- £rode,& qu'il 1'adore inclinant la teftc juiqua ter- te ? Pourquoy luy otTre-t-il de 1 cncens ? Pourquoy luy demande-t ilune longue vic pour luy,la paix pour fon Etat & autres chofes parcilles ? S'ils difent, comme ils font ordinairement, que le Pagode eft plus puiíTant, nous leur répondons de cette forte. Cette puiífance ne peut luy venir que de ce qu u eft Pagode: Or ceft le Roy qui l'a fait Pagode, donc leRoy eft plus puiííant que luy. Et pour leur faire voir que le Pagode na aucun pouvoir, nous leur demandons íi le Roy leur peut donner une longue vie,la fanré, des enfans,&c. Ils repondent que non-íeulement il ne peut pas les leur accor- der, mais qu il ne peut pas íe les donnei a íoy- rnême. Cela eftant ainfi, leur repliquons - nous, Li ij
t<8 NOVVELLE R EL AT ION commc le Pagode tient du Roy tout le pouvoic qu li a & que Ie R0y ne peut pas luy donner ccr te pui/Tance, puifqudl ne h pas luy-même; com" toe vous avoucz , il fenfuit évidemment oucU Pagode ne I a pas non plus. Ils entendem bien la lcu"erremsrol t C]n-'<í,llCS"Uns '^onnent rs erreur pour embraffer la vcrité: mais la plu-part repondent avec beaucoup de civilité tf'M' C'Cft * "viendtm un7;;tt ponfe nueTT doaiine :cCe qui<=ft lamêmeré- Vo.rv Ít" AíeoPaSltes firc« à Saint Paul. ' v icy 1 Etat des revenus de ce puiflant Monar que. qu, entrem tous les ans dans fes rrefor & d" nê fes magafins. Nous lavons tire dun Auceur t cxaa,&. d une grande autorité parmy lesChmois & dom les Livres sappellent u biopién. ' II entre tous les ans dans le Ttefot Royai dix C toillions & fIX cens mille écus dament en quoy toutefois ne font pas compris les drolts ntfon leve fur tout ce qu. sachepte & qui fe vendam qaclc RovDrêce"' d ^ 1uekiucs millions ue le y pret a es ufutes exceíbvesni les re . «nus des terres des bois & des jardins Royat^ qu. font en grand nombre; ni fargent des confif çat.ons qu. fe monte quelquefois à plufieurs mi " ions comme nous le LyL ™ ce Z con^fb r 1° 1CS rCmeS b.ens immeublés ç filqucz, fur. lcs crimineis de leze-Majellé, fut
DE LA CLTINE. 16* Ics rcbellcs, fgr ccux qui volent les deniers Royaux, ou qui volent fur le peuplc jufqu a la fomme de mille écus 5c au-dcífus, ou qui commettent des cri- mes enormes, ou qui font de grandes fauces dans 1'exercice de leurs Charges 5c en d'autres cas, que iavarice des Miniftres determine pour avoir pre- texte de dépoiiiller les parciculiers. II entre auíTidans IcTréfor fous le titre de revc- nus de la Reine , dtx-huit cens vingc-trois mille neuf cens foixante-deux ecus. . On porte tous les ans, dans les magaíins de la Cour, quarante-trois millions trois cens vingt-huit , mille huit cens trente-quatrefacs de ris & de bled. í°. Treize cens quinze mille neuf cens trente-fept pains de fel, du poids de cinquante livres chacun. 3\ Deux cens cinquante-huit livres de vermilloa ^ tres-fin.. 4°. Quatre-vingts-quatorze mille fept cens trente- fept livres de verniz.. r. Trente- huit mille cinq cens cinquante li- vres de fruits fecs,comme de raiíins,de hgues, de noix, de chataignes, &c. On porte dans lesGarderobes duRoy feizecens cinquante-cinq mille quatre cens trente-dcux li- vres de pieces de foye de diverfes coulcuis, com- me toilcs,velours, fatins, damas 5c autrcs, en quoy ne font pas compris les habits Royaux qu appos- tcnt les barques dont nous avons parle..
17° novvelle relation y. Quatrc cens foixante-feize mille deux cens loixante-dix picces de foye legeres, dont les Chi* nois s'habillenc cn Efté. Troiíiémemcnc, Deux cens foixante-douze mille lieur cens trois livres de íoyc criic. Quatricmement, trois cens quatre-vingt-feizc ímlle quatre cens quatre-vingts pieces de toille dc coton. - A Cinquiémement, quatrc cens foixante-quatre 111 ,cux cens dix-fept livres de coton. Sixicmement, cinquante fix mille deux cens nua. tre-vmgts picces dc toille dc chanvre. Enhn, vmgt-un mille quatrc cens foixante-dix •tes de teves, quondonncaux chevaux duRoyau Leu d avoine. 1 * I, ^mUX m^*ons C^n<] cens quatre-vinert-dix- huic mille cinq cens quatre-vingt-trois boScs dc pauiCjchacune du poidsde quinze livres. Ces deux derniers articles eftoient ainíi fous les Rois Chi- nois i mais ils íont à prefent au triple , & mcfmc au quadruple , a caufe de la grande quantité dc . chevaux que ces Rois Tartarcs entretiennenr. Outre routes ces chofes tirées du Livre que ,"ar cite, on cn ameine pluííeurs autres à la Cour par mc "Avances. Commc des bceufs, des mou- íons, dcscochons, des oyes, des canards, despou. ies & autres animaux domeíliques : quantité dc VCRaiíon & de gibier , commc des fangliers, des
DE LAchine. 17» ours des cerfs, des daims, des liévres, dcs lapins, des póules dc bois & d'autrcs oyfeux tc«eftres & anuatioucs: dcs poiflons, commc des barbcaux, dcs cruites^ort grandes & bcaucoup *»£"£££ cellens & dont je nc fcay pas les gais : toutes fortes d'herbes dc jar , & aufli fraiches au tmlreude 1 \ s. grand cn cctteCour, qu aamdteuduPantem^. Enquoy il faut avoiier que 1. toutes tion eft admirable s car íls confcrvent aulb toutes fortes dc fruits cn des lieux preparez expres ou par dcs fourneaux. foufterrains ^donnent tcl ^ gré dc chalcur que bon le« f«n c ^. n= peut OnzvZw aufli dc fhuilc, dcs vins prccieux de *££*%£ 2S fortes: dc toutes les cfpeces dc fruits que ^ av°ns Europc comme des melons, des concombrcs, des Ste cerifes, des pcfchcs, des po.KS des abondancc, quelle paroitrott mctoyable i ] P „ois 1'cxpliquer exatanent. Je mc WMsntcray,
171 NOVVELLE relation pour cii donner quelque idée, de rapporter cc qul íuir. Le huitiémc Dccembre 1669. Ic Roy ordon- na à. trois Mandarins de venir brúler de Ienccns devant le Tombeau du Pere Jean Adam, pour luy íaire honneur, &nous fít donner à trois Peres qui nous trouvionsà la Cour trois cens vingt-cinq écus pour les frais de fon Enterrement. Pluíieurs Man- darins de nos amis & la plúpart des Chrétiens de Pe Kim} aíTifterent à Ia Ceremonie, quifut tres-belle & trcs-curieufe , mais qui íVeft pas dc mon fui et. Le lendcmain ncuviéme nous allâmes, fuivant Ja coutume, rendre graces à 1'Empereur de cette fa- vcui cxtraordinairc. Aprés que nous nous fumes acquittez de cc devoir, Sa Majefté nous envoya due dattendre , & quellc nous vouloit faire une ^ nouvelle grace. Nous attendímes plusduneheurej & a trois heures aprés Midy onnous fit entrer dans Ja Salle Royalc,ou ileftoic dans fonTrônc,& nous commanda de nous aífeoir à la premiere table du troiíieme rang du côté droit. Nous luy obéímes, & pluíieurs des principaux de ceux qui demeurent au falais, parmy lefquels 11 y en avoit beaucoup u ang Royai, saííirent aulíi felon leurs rangs. II y avoit deux cens cinquante tables, & fur cha- cunc vingt-quatre plats dargent d un palme & de- my dc diametre, mis les uns fur les autres,à Iama- niere des Tartares, c'eft-à-dire, qu5on en met une partie fur la table,& les autres entre-deux.en lair, leurs
DE LA CHI NE. 175 Içurs bords eíhns foutenus par lcs bords dcs pre- mi ers , tous remplis dc viandes & de diverfes íor- tes de fruits& de confitures, mais fans aucunpora- ge. Au commcncement du Fcftin ,4'Empereur nous envoya de Ta cablc deuxplaes d or plus grands que les precedem , & pleins de confitures & dc fruits á'un goút excellent. Au milicu du repas il nous fit apporter un aucre plat d'or, ou il y avoic vingt pommes dcs plus grandes & des meilleures de cc Royaume , appellées Pin quo. Sur la fin il nous en- voya encore un plat temply de belles poires, &de ecs pommes d'or dont nous avons parle ailleurs; La grace que 1'Empereur nous fie en cettc occaíion, nous paruc extraordinaire, & a cous ccux qui en enrendirent parler : mais elle eft ordinaire pour tous les autres qui y furencinvitez, puifque le Roy leurdonne tous les jours unfemblable repas. Tou- tefois il leur en donne de bicn plus magnifiques, & à tous lcs grands Seigneurs & Mandarins de la Cour , qui font au nombre d environ cinq mille, en certaines occafions de Fêtes & de rejoiiiflances Oucs : Et par là le Lcdteur pourra connoitrc o ídeur & la puiflance de cét Empereur \ & que 1'abondance des provifions de toutes fortes qui entrent continuellcment dans cette Cour, eft au deífus de la defeription que j'en ay faite. ^ Mm
274 NOVVELLE RELAT10N * ' a, . • /\ rs r y - ——. , v , „ . Nottes fur le feiziéme Chapitre» ÍJ «.* j f:2 ; M J 3ft -M. .. . j #• A page 257.2' LE Pere Magaillans avoit deja parle dans le troi- fiéme Cbapitre3 des trois epimons desCbinois tou- cbant lantiquité de la Chine ; (*r je ne doute pas que s'il avoit pu mettre la dernicre main a cet Ouvrage 3 il neut range tout ce quit en dit3 dans un mème Cbapitre, Je nay pas cru quil me fut permis de retraneber ce quil' en rapporte dans ce Cbapitre ytant pour ny pas feire uru cbangement ft conftderable y que parce que l Auteur y a> mis plujieurs circonftanccs nounjelles &curieufes, & que U matiere ejl d'elle-mejme tres-importante. Outre que ce Cbapitre ayant ejlé compoje en\6G% ilJert de confemation au troifieme que le Pere Aíagaillans avoit ccrit 1'année precedente > comme on le peut noir par les dattes dijfe~ rentes quil marque dans cet Ouvrage,
*75 BE LA CHINE. & ** D CH AHTRE XVII. Mio»de U ViUe de Te Desm* ra,lies quienfermem le Palau de i reur, & de la fome des Mai jons de la Chine• A ViUe ou Cour de PcKim, eft fituee dam une plaine. Elie forme un vafte quarré, dont chaque cote eft de dou- 1 ze ftades Chinois, qui font env.ron troismilles d'ltalie,& pres d une Ueue de Portugal. Elie a neuf portes, trots du cote du ík;ÍSsÍ£ Poio LmVfconVcLÍitre^cpuIme. CerreV.lle ombaK, romme ils les anpellent. Mais comme fous les Rois nrecedens les Hab.tans s'cftoient rellcment multr- pliez, qu ils ne pouvoient cftre contcnmdans cerre
»7« novvelle reljt/on Capitale ni dans fes neuf Faux-bourgs quj répoir- dent aux neuf portes qui, s'ils ne font pas cha er andsR S"' V'"iC-' f°nC du moins autlnt d« g i bourgs ; on bane une nouvclle Villc quar-ree auffi , dom chaque côté cft de fix rtades cín- ° ' J °k, m le & dcmy' d'I«lie > & dom le core du Nord jo.nt celuy du M.dy efe Pancienn ' Port"> &chacune un Faux-bourg bica P UP e y 'Lu' tour celuy qui regarde lc Coucfianr • Ífemuil-V eft ,c côtí PaI entrent tous ceux oui r.out 1 Empire vienncnt par terre à cerre Tini P c; L une & 1'autre Ville eft divifée cn cinq quainers ou terntoires, comme nous Javons dir dans e quatorzieme Chapirre. Les principalcs rues PEfti Fn!"1^ rn aU Sud ' & ,es au"« de Pd a 1 Ooeíl : mais elles font toures fi droites f, ngues, filarges&fibienpraportionnées, quíjcft aifedeconnoirrcquetlcsfonrríacéesaucordeau & PEurone Le"'1 dC°mme dans nos Vlll« de l!n a * f S ?rCUtC* rues courcnt touves de J'Eft \ 10ucft,& dm,fenren des Ifles égafes & proportlon- ®nt les"unesPiCC|<5U' cftemrc'«grudes rues. Elles rnn i aUttCS ,eurs particuliers eomn elarue des Parensdu Roy, la rue de la Tour de vfe & " f'?S dcfo' du Po,
DE LA CHI NE. *77 Mandarins à leurs vifites te à leurs Tribunaux, & qui portenc leurs prefens, leurs Lcttrcs te leurs or- dres en divers endroits de la Ville te de 1 Empirc. Car ils cn envoyent continuellement un grand nombre pat touc le Royaume, te ceft de là qu'eft venu ce bon mot fifouvent repete par lcsChinois, que les Provinccs donnent des Mandarins a Pe Kim^ te que Pe Kim leur donne en cchange des LaquaiS te des Meílagers : Et en cffet il eftrare de voir un Mandarin originais de cette Ville. La plus belle de coutes ces rues eft celle qu on appelle Cbantgati kiaiy c'eíl-à-dire , la rue du Perpetuei repôs. Elie va de l'Eft à 1'Oueft, botdée du côté du Nord par les rnurs du Palais du Roy, te du cote du Sud par divers Tnbunaux te Palais de grands Seigneurs. Elie eft Ci vafte, quelle a plus de crente coifes de O Jargeur , & fi fameufe , que les fçavans dans leurs ecrits 1'employent pour fignifier toutc la Ville, en prenant la partie pour le tout *, car c eft ia naefmc chofe de dirc, un rei eft dans la rué" du Perpetuei repôs , que dc dire qu'il eft à Pe Kim. Si les nni-i fons eftoient élevées & banes íur le devanr commo les nôrres , la Ville feroit beaucoup plus belle :: mais clles fonr toures bailes, pour marquer le ref- pedt quils ont pour le Palais du Roy. Il y en a quelques-unes des plus grands Seigneurs, qui fons hautes te magnifiques ; mais clles font placées en dedans , te on ne voit fur la rue qu une- grand®-
Í7& NOVVELLE ZEL AT ION - . - fj íaJ » J íXUJjS* m MO i porte, avec des maifons baíTcs des dcux côtez, oc- cupccs par des domeftiques & par des Marchand» & des Ouvriçrs. Cette coutume toutefois fert à la iommodité publique j car dans nos Villes une bonnc partie des rúes eft bordée par les maifons des perfonnes coníiderables ; & ainii on eft obligé, Í>our fe pourvoir des chofçs neceflaires, d'aller bien oin à la Place ou fur les Ports : Au lieu qu a Pe Kim., & il cn eft de mefme de toutes les autres Vil- les de la Chine , on trouve à acheter à fa porte tout cc quon peur deíirer pour 1'entretien & pour la íubíiftance , & mefme pour 1c plaiíir ; parce que ces petites maifons fontfdcs Magazins, des Caba- rets, ou des Boutiques. La multitudedu peuple eft íi grande dans cette Ville, que je nofe lc dire, & nc ftjay mefme comment le faire entendre. Toutes les rues de Tancienne òf. de la nouvelle Ville en font rempíies, autant les petites que les grandes, &cel- les qui font au milieu, que celles qui font vers les extrémirez; & la foiíle eft íi grande par tout, qu ellc nejpcut eftre comparce quaux Foires & aux Pro- ceftions de nôtre Europc. : Le Palais de 1'Empereur eft fitué au milieu de cette grande Vrlle , & regarde le Midy, fuivant la courume de cet Empire , ou l'on voit rarement une Ville, un Palais,ou la Maifon d'une perfonne coníiderable, qui ne foit tournée du mefme côté. II eft entoure d'une double enceinte de murailks,
tté N&VVELLE ^RtL'JtSSfO. N garde ctt ^e^tro^raiilc^miTlêscn tout, qui érant oiltribuez f5ar compagmes & -par cícouadcs ou bngades, gardtnc jour &núit,-tour à rour & tant de joiírs par rtiois, les portes de k Ville & celles du Palais, ou d y en a plufieurs autres outre.celles que nous avons dites , & diverfes tours qui cnvi- Tonnent la muraille interieure. Pour les élephans ils ncfont poiw aux portes ,-itiais dans leur écurie •ou pkiçoíl dans leur Pàláfrçc»; ils íont logez.dané ■une vaíte court , au milieu dad&mdle li y a une •grande & belle falle, ou ils font leur demeure du-. ma? Peru{fm PHyvercmics met dans •des falle5 fepat"ees,& plus petucs , dont le pavé tíi •cena urre avcc des fourneaux : lans quoy ccs ani- ?laUjXjle Pòuííoiem Pâs Pupporter la rigueur du uece climat,ou il agrivemême fouvcnt qu'ils •meurent par la negíigcnce de .qeux qui ien ont le ii' , y cnaPas Pllls de cinqoufixj quonamti- iie de la Province de Yun mn. On ne les nré de leur logement que quand le Roy fort du Palais pour quelque fon&ion publique ^ comme pour -quelque facrifice & autres chofes fcroblables. LVn- tree de ccs portes cft deffendué auxBonzés des Pa- godes, aux aveuglcs, aux boiteux , aux eílropiez aux gueux, à ceux qui ont des baiaíFrés, des goirre/ le ncz ou les oreilles coupées,& cn unmofà tous •ceux qui ont quelque difformité coníiderablc. ^ . muraille -intèrieurc qui entoure immediare^ menc ✓
. 1 « , „ rV ~ _V / » Í . ^ ^ DELA CPI/NE. ift íhcnt Ic Palais , cft extrémement haute & épaiíTe, bâtic de grandes briques toutes égalcs , & embei- lie de creneaux bien ordonnez. Elie a duNord au Sud fíx ftades, ou un millc & demy d Italie , uri ilade & demy de largeur, & quinze ftades, ou -cinq mille moins un quart, de circonference. Elie a quatre portes avec de grandes voutcs &C árca- des j cellcs du Sud & du Nord font triples , com- ine les portes de la prcmiere enceinte , & cellcs des côtez nmples. Sur £es portes & Tur les quatre an- gles de la muraille, s'élevent huit tours ou plutoft Êuitfalles dune grandeur extraordinaire, & d'une tres-bcllc archite&ure, verniflees au dedans dua beau rouge feme de fleurs (for , & couveTtes dc tuilcs verniíTées de jaune. Sous les Rois Chinois, vingt Eunuques faifoient la garde à chacune de ces portes ; à prefent les Tartares ont mis a leur place quarante foldats avec deux Officiers. L'en- trée eft permifc à tous les Mandarins des Tnbu- liaux qui font au dedans du Palais, & a tous les Officiers de la Maifon du Roy : Mais elle eft ri- gourcufement deffenduê à tous les autres, s'ils nc montrent une petite table de bois ou divoirc, ou leur nom & le lieu ou ils doivent fervir foicnt mar- quez, avec le cachet du Mandarin de qui ils de- pendem. Cette fcconde muraille eft environnéc d'un profond & large fofte , reveftu dc pierrc dc raille, & plein de grands & excellcns poiíTons»
ig* NQVVELLE EELATION Ctuquc porte a un pont-Ievis pour traverfer fc ?j* a la rcfcrvc ac eeile du Sud qui l'a plus au. dedans,comme nous 1c dirons plus bas.. . Dans le grand efpace qui fepare les deux mu- railles, íl y apluíieursPalais dctachez, les uns ronds„ les aucres quarrez, qui onc taus ck-s noms confor- mes aux ufages & aux divertiíTemens pour lef- quels iís ont efté çonftruits, & qui fone íi vaftes„ ,fi nchcs ôc fi bien orncz,quils pourroient fuffire non íeulement à des Princes, mais cncorc à quel- ques Rois de nôtre Europe. Dans le mefmc efpacc , dit côté de 1'Orienr, & joignant Ia premicre muraille , coule une rivierc quon traverfe fur divers Ponts, tous forc beaux, & raies enticremenr de marbre,àla referve de 1 arca- dedu milieu, qui eft un Pont-levis de bois ; tous jes autres Ponts qu'on voit en bon nombre dans ,1 ' ^ont bâtis même manicrc. Du côté c Occidcnt, ou 1 efpacc eft beaucoup plus large, i y a un Lac fort poiííonneux, long de cinq fta— des ou d un millc & un quart cfltalie , & fait en. forme de viole. On le traverfe à 1'endroit le plus ecroit, qui répond aux portes des murailles, fur un beau Pont, dont les extrémirez font ornées par deux Ares de rriomphe à trois arcades chacun, éíe- , vez, majeftueux , & d'une excellente architeólure^ Ce Lac, dont Marc-Polo fait mention, Livre z. Chãp. 6. eft environné de Palais ou Maifons de o si *
•DE LJ CHI NE. 185 plaifance , bâtis partie dans 1'eau-, & partic en ter- rc-fclmc, & lc milieu eft garny de barques três-* proprcs j dont le Roy Te fett quand il veut prendrc le plaiíir de la pêché -oú de la promenade. Le refté: des dcux efpaces de ÍEft & de 1 Oiieft , qui neft point occupé par leLac ou par lesPalãis detachez, eft divifé en rues larges & bieh proportionnees, habitées par les Officiers & pai les Artifans qui fer- venc dans le Palai* du Roy. Au tèmps des Roys precedens il y avoit dix mille Eunuques; mais ceux qui regnent prefentement , ont mis en leur place des Tareares & desChinois de la Province de Leaò íawfqui font coníiderez comme Tareares par une grace parciculiere. Voilà ce qui regarde les dehors du Palais, il faur parler maintcnanc de ce qui eft au dedans. Pour Pintciligence de ce qui fuit /il faut rémar^ quer deux cholcs. La premiere que, comme nous 1'avons déja dit, toutes lesVilles & tous les Palais du Roy, des grands Seigneurs, des Mandafins, & des perfonnes riches, fone conftruits detelle forte que les portes & les principaux appartemens re- gardent ou font tournez du côté du MitfyLa fe- conde, qu'au lieu que nous bâtiíTons nos logemens à divers étages, les uns fur les autres , les Chinois les font fur un même plan/les uns ati dela des au- tres, & qu'ainíi nous occuponsTalr & euxTa terre. Par exemple, la grande Porte qui regarde le Sud, Nni)
NOWELLE KELAT10N eft fur la rué, & a dc pctitcs maifons dc part St d'autre,&c'eftlà Iepremier appartement.On«ou- ve enfuiteune baífe-court,&au bout une fecondc porte ou eft le fecond appartement. II eft fuivy dune court pias vafte, qui aboutit à une grande fallc deftinée pour recevoit les Etrangcrs, Aprés une troiíiéme court, on trouve lc quatriémc ap- partement „ ou demeure le Maítre de la maifon,& enfuite une autre court, Sc un cinquiéme apparte- ment , ou Ion met les nippes, les joyaux Sc les meu- blcs les plusprecieux. Au-delàily a un jardin,& au bout le íixiémc & dernicr appartement, avec une petite porte au milieu, qu on ouvre feulemenc quand Toccaíion ou la necefíicé le demande.. A 1 Eft Sc l 1'Oiieft de ces cours, il y a des logemcns. moins coníiderables. Les domeftiques avec leurs- femmes Sc leurs enfans demeurent dans celle qui joint la grande Porte, Sc lies autres font oecupées^ par les depenfes& les ofíices de la maifon. Les mai- fons des Mandarins Sc des perfonnes riches, font ordinaircmentdifpofécs decette maniere :maiscel- les des grands Seigneurs.,, occupcnt encore plus de terrain, Sc ontplus d'appartemens , plus grands Sc plus élevez, aproportion de leur dignité :tout étant- Ebienreglédans laChine,quc les Mandarins nilcs grands-Seigneurs nepeuvent batir leurs maifons, quer conformement à ce qui eft ordonné par les Loix.. A
DE LA CHI NE. Nottes fur le dix-feptiéme Chapitre. CE Chapitre eft d'autant plus curieux , quil con- tient une defcription fort ample de la Filie Ca- pitule de la Chim, & du vafte Pulais de 1'Empereur. Toutes les autresy Pjelations fans en excepter aucune3 en difçntfort peu de chofe, gr pour l ordinaire fort confu- fément. ; mais il nefaut pus sen étonner: les Ambaffa- deurs demeurent toujours enferme^ dans te Pulais qui leur eã define > gr les Miffonnaires 3 a la referve d'un petit nombre3 ou nont point veu Pc Kim , ou ne lont neu quen pajfant, ou quand ils y furent mene% pri- fonniers durant la derniere perfecution. ll ny a prefque que le Pere Adam 3 te Pere Ferdinand Ferbiefl, & le Perc Magaitlans qui ayent pu siníbruire parfaitement des particulariteT^ de cette grande Filie ; gr le dernier ejt le feul qA nous en ait donné la deftription y apres un fèjour de prés de njingt-cinq ans. fay cru toutefoisque pour donner plus de fatisfaclion gr um idee plus difinãe aux Leéteurs , je deiois joindre a cette dcfcfiption un Plan de la Filie de Pe Kimy gr du Palais de l'Em- pcreur. le lay drejfé avec beaucoup de foin gr de peine,. fans y rien mettre qui ne foit fondé fur la Relation de notre Auteur , comme on le pourra njoir dans cette Tra- duélion gr dans les Nottes fumantes. On ne) ra aujjt qu encore que cette defcription foit fort belle3 elie auroit /
NOVVELLE kELJTION befoin poureflre parfaite, d'un Plan plus exatf de la Filie Cr du Palais en general, & de beaucoup de Plans & de dejjeins particuliers desdivers Palais, tant de l'Em- pereur que des grands Seigneurs, desTemples, des Ares de T) wmphe, des Ponts, Crc» Miais on peut Je conten— ler de cette Relation , en attendant que tes lejitites qui jont alie% a la Chine par ordre du Roy, nous enuoyent quelque choje de plus acheve. On na marque quenvi- ron foixante- dix rues ; parce qu'eflant toutes Jituees de mefme, elles fuffífent pour donncr une idée de cette gran- de Filie, outre que la Relation n en dit pas le nombre, Cr que la petitejje du Plan nauroit pas permis d'en met- tre danjantage. ' •' * t Ir ' i \ V • v A page 175, Chaque cote de la Ville cft de douze ílades Chinois. Le Pere Martini donne aux murailles de cette Filie Jeulement quarante ftades Chinois de circuit : mais il en faut plútofl croire le Pere Magaillans, qui en devoit eflre mieux injlruity Cr qui luy en donne quarante-huit. Le Pere Martini dit aujji que ces murailles furent faitespar l ordre de lEmpcreur Tai çungus', troifiéme cie la Fa- mille Tai mim, lequelcommença a regner en 140+. Le 1 í re Couplet dans Ja Chronologie appelle cet Empereur Chim çu , ou Yum lo , Cr dit quil ne transfera le Siege de l'Empire de Nan Kim, * Pe Kim que la rep- rime année de fon Regne, ceíh-a-dire, en iln. ' , '* - ■
DE LA CH 1*7 ■ R"paee 17J- Elie a neuf portes, & non pas douze, comme le dit le Pere Marani, &c. Cf me diriçy notre Auteur confirme par le Pere Semedo , firemiere iix-fepttéme, par le Pere Adam Schall, Chapim dexie- t & par ll Pere Confie, Z.\ZL ne donnen, que neuf porres a P= Km, ^ C oaee rii. On bãtit une nouvelle Ville quarrée, dom chaque côté eft de fa ftades Chmo.s, te, Elie a fept portes, & chacune un Faux-bourg, Tmuve icj mis fur U rrandeur de cette nouvelle \ tile. L J >J ta fmacion de fes portes. Lacroifteme , fur le nom r des Faux-bourgs des deux Villes. Le Pere Maea.llans dit cçy, que cerre nouvelle FM ,/f fÚaX&fue chaque cÚ ift de f,x Hades Chcno.se /«la foiçam/, cerce iuvelle V.lle dauro.cquemn^ quacreftaies de e.rconference& fi* te auarc de celle de 1'aucre Filie , ceH-a-d.re , que » la nu/irt du terrain de l dncienne ville* ZuÍTparol crop pecic par deux raifens. La premie me le Tere Adam, Chafitre dixtíme, rapporce que js Tareares, depuis la conquête de la C me, slfi , ,W 1'ancienne VAU, & avo.encohhge cous les Chj- mis a aller habicer dans la nouvelle, que eftancftp ■ » *
i8S NOVFELLE riauroit pas eflé capable de Irs conteritr ; d'autant plujt quil ajoute quelle efloit deja en partie habitee du temp$ da Empcreurs Cbinois. La, jeconde, que le mejme Peri Adam dit pojitivement au mejme endroit 3 que la nou- velle Vi lie de lOrient d lOccident, efl plus longue de quatre flades que 1'ancienne: mais que du Septentrion ai* Aíidy t elle riavoit que la moitiê de la largeur de 1'an- cienne Ville. Il senjuivroit de la que cette nouvelle Ville riauroit de largeur que fix flades, çomme le dit aujfl le Pere Magaillans ; mais quelle auroít Jei^e flades de longueur 3 & quarante-quatre de circonjerence. Le Pere Adam efl un témoin d'une grande autorité , aujfl bien que le Pere Magaillans ; & ainji je croy que pour les accorder, il faut dire que te Pere Magaillans ne parle que de la largeur de la nouvelle Ville, ou des coteTj qui regardent l'Orient & lOccident y qui ne font ejfeflivc- ment que de Jix flades de longueur cbacun. Toutejbis je riaypas cru, jufqrid ce que nous en ayons de plusgrands éclaircijflmens y que je dujje rriécarter de la dejcription du Pere Magaillans ; & ainji jayjait dans le Plan cette nouvelle Ville parjaitement quarrée & de jix flades de chaque cote, laijjdnt À cbacun la liberte de juivre l'opi- nion qui luy paroitra la plus vray-Jemblable. Selon ces mefures , lenceinte de 1'ancienne Ville de Pe JKim j a douçe flades pour une lieue de vingt au degré 3 ( & non pas d dou^e & demy , comme nous l'avons étably cy-dcvanty) feroit de quatre lieuéSy ou de quarante-buit flades y & fon aire contiendroit cent quarante-quatre
DE LA CELINE. if? fades quarreLa nouvelle Villf, filon le Pcre Ma- gaillans3 contiendroit le quart de 1'ancienne , ou trente- yfoíta quarre^ , & les deux enfemblc cent quatre- vingts flades quarref. Selon le Pere A dam 3 la nouvelle Ville auroit qua- rante- quarre flades de circuit, fon aire quatre-vingts- fei^e Jlades quarreavec 1'ancienne deux cens qua- rante Jlades quarre VAuteur de l' Ambajfade des Hollandois donne de tour aux deux Villes de Pç Kim, cinq beures ou lieues de vingt au degre : ce qui s accorde avec le calcul du Pere Magaillans, qui leur donne foixante flades : mais fuivant les mcfures du Pere Adam, elles en ont foixante- huit , ou cinq lieues & deux tiers. v Si Ion veut maintenant comparerPc Kim avec quel- ques autres Vi lies, on trouvera que fes deux Villes pri- jes enfemble,fontbien pluspetites que Nan Kim ou Kiam Nam, quoyque felon les Peres Martini , Semedo & Trigaut 3 elles foient çn recompenfe beaucoup plus peu- plées. Ces deux derniers Peres donnent d Nan kim dix-buit milles de circuit 3 qui font foixante - douf^e flades ^ & une aire de trois cens vingt-quatre Jlades quarre^ : de forte que les deux Villes de Pa Kim ne contenant)mème fclon topinion du Pere Adam}que deux cens quarante Jlades , noccupent par confequent quen- viron les trois quarts du tcrrain enferme dans la pre- miere enceinte de Nan KÍm \car je ne parle pas de la feconde} qui au raport de ces Auteurs ,ne forme pas une cloture entiere 3 & nefl autre chofe que quelques mu- O Q
i9o NOVVELLE RELJTION raides ou Yetranchemery pour deffcndre l'acce^ de la Vilte dans les endroits par ou l'on y peut venir plus facile- ment. On dit que la Ville de Kim tu, Capitale de la Province de Su chuerv, f/7 aujji grande que Nan kim., gy ainji elle ejl aujji plus grande que Pe Kim , quoyque voins peuplée.Je neparle pas des autres grandes Viíles'de laChinc3qui y font en tres-grand nombre 3 comme Ham cheu,Su cheu,Quam tum, &c. parce que nous rien fçavons pas cxaclement la mefure : mais il y a appa- rence que Pc kim les furpajfc toutes en grandeur, &> meme toutes celles de la terre . d la referve de Mofcou. Car la Relation que fay déja citée , donne d Mofcou quatre miUes ou lieués d' Allemagne de circuit. Cette Ville nejl pas parfaitemeht quarrée comme celles de la Chine y mau en la fuppofant quarrée, & les lieiies d'Allemagne des lieiies moyennes3 dont il en faut quinfe pour un de~ gré y Mofcou aura foixante-quatre Jlades de circonferen- ce 3 cejl d dire quatre Jlades moins que les deux Vides deVc Kim. Mais fon aire contiendra deux cens cinquan- te-fix Jlades quarrelf 3 cejl d dire feife Jlades quarre% plus que les deux Vides de Pe kim. Enfin fuppofant Parisy fuivant la nouvede enceinte, d'environ trots lieiies de marine ou de vingt au de gré 3 de circuit, & reduifant la figure circulairede cette Ville en Jlades quarre^f, Paris nert contiendra au plus que cent trois & un onfiéme3 cejl d dire que Paris ne contiendra quenviron les deux tiers de l ancienne Vide de Pe Kim j ou les deux cinquiémes des deux Vides de Pc Kim, jointes enfcmble. La feconde dificulte ejl fur la fituation des fept portes
autremuraille,du cote duNord, que celle de lancienne 3 dont elle neftfeparee que par ce foífé; au-fft toutes les Relations ne font mention que de deux enceintes quil faut traverfer avant que darriver au Palau. Ainfi il femble que les trois portes meridio- nalcs de 1'ancicnne Ville doivent aboutir a la nouvelle; cè qui eft diffcile à comprendre fuivant la longueur que le Pere Mandam femble luy donner, & firt aife dans celle que luy donne le 'Pere Adam , & c eft pour cela que pour éviter la confufton je nay pas voulu join- dre immediatement la nouvelle Ville à /'ancienne, com- me je crois quelle le doit etre. Celafuppofe, ã me fem- ble quily doit avoir trois portes du cote du Nord,qui re- pondent aux trois portes de l'ancienne Ville une du cote de 1'Orientj & une autre du cote de lOccident, parce- que notre Auteur dit en cet endroit3que chaque porte a fon Fauxbourg bien peuple 9 fur tout ccluy qui regar ç
±9*. NOVVELLE RELJT10N le couchant : Or il s'expliqueroit mal i"it y avoit plust d'une porte Cr d'un faux-hourg du cote du Couchant. De cette manicre il ne refle que deuxportes , que fay pia- cées du cote du Midi, Cr je nefpere pas de trouver rien de plus exaól flur ce fujct, jufqu a ce que nous ayons d'autres nouvelles de la Chine. La troifúme dijflculté regarde le nomhre des Faux- bourgs des deux Filies. Notre Juteur dit que chaque porte a fon faux-bourg; ainfl, comme il ya Jei^je portes, neuf dans lancienne Filie & fept dans la nouvelle, il faudroit quily eut aufli fei^e Faux-bourgs. Cependant cela me paroit impoflible , à caufe que par notre Ju- teur CT parles autres Rcjations, le coflédu Nord de la nouvelle Filie joint le cote du Sud de lancienne, Cr l'on entre de la premicredans la feconde par trois portes , com- me le Pere Adam le dit exprejflement en cesmots, Tri- bus poreis ad anteriorem urbem eft pervia ; par confequentles portes Méridionales de 1'ancienne, nepeu- njent auoir aucun Faux-hourg, nonplus que les Sep- tentrionales de lanouvelle, p, comme fay fuppofe, clles font confondues avec celles du Sud de l ancienne, ou nert font Je pare es aue par un fojflé. Dans cette fuppofition, lancienne Filie ne peut avoir que ftx faux-bourgs, la nouvelle auatre J Cr les deux enfemble dix: Et fi Ion vcut que les fept portes de la nouvelle Filie foient dé- gagéesCT dislinguées de celles de lancienne, il riy au- ra en tout que treife Faux -hourgs, Cr non pas fei^e. Ainfl je crois que notre Juteur a voulu dire feule- V ^ * «.
BE LA CHINE. i9í ment aue chatjue porte dégtgée, & quijort a L Cam- pagne 3 a un Faux-bourg. Comme notre Auteur 3 nypas uneRelation , ncparle exaclement des Jòrtifications de cette grande Vilte, il ne fera pas bors de propos de mettre ici ce que j en ay re- cueilli des Peres Trigault, Semedo, Martini & Adam & de 1'Ambaffade des Hollandois. Vanáenne Vdle efl environnée de jvrtes murailles garnies de tours 3pla- cees d u,n jet de pierre lune de l autre. Le Pere Adam dit quily en a trots cens foixanteytoutes quarrees 3 par conjequent} du milieu de tune au milieu des deuxplus prochaines, ily a trente - quatre pas Cbinois & deux tiers 3 ou trente toijes de Paris & un tiers, qui jvnt cent quatre-uingt-deux pieds de Paris. ll dit aujji 3 qu cntie ces tours ily en a de deux en deux Jlades 3 une beau- coup plus large, dont il Jeroit aije de Jaire un bajiion en y ajoutant la pointe ou lesdeux Jàces du bajtion 3 quiy manquent. Le circuit de cette Ville cjl de quarante-buit Jlades 3 d'ou il s'enjuit qu il y a uingt-quatre de ces gran- des tours, dont on pourroit jaire uingt-quatre baslions 3 qui jeioient éloigne^ l'un de l autre 3 d environ quatre cens cinquante toifes 3 ou de cinq cens quarante pas geo- metriques. La muraille ejl proprement un remparty com- pofe de deux murs de brique, dont lebas cfl de gran- des pierresde taille3Jelon les PeresTrigaut (A1 Martini3 & dont 1'entredcux ejl rempli de terre a la maniere de nos Places Jortes d'Europe. Le Pere Adam dit que ce rempart ejl baut de cinquante coudees ou pieds Cbinois ,
NOVVELLE RELATíON cefi à dire de fept toifes& fept vingt-quatriémes, ou de quarante - trois pieds £r trois quarts; & que fon épaif fetir efl de vingt-quatre coudêes ou pieds Cbinois, ceft a dircde trois toifes & demie, ou de vingt-unpieds. Toute cette murai lie efl environnée d'un profond & Urge fojfé piem d'eau, & le rempart & Us tours fontgarnis de tou- tes fortes d'armes neceffairespourleur defenfe 3 filon tu- fage du payst même la Relation de l'Jmbaffade desHol- landois remarque quilyavoit une grande berjèt a la por- te par laque lie les Ambajjadcurs entrerent. La nowvelle Ville eJPaujflfortifiée de murailles, de tours &dcfof^ : mais les murailles fontplus bajjes & plus foibles j & les tours moins frequentes. D. page 177. Elie eft fi vafte, quelle a plus de trence toifcs de largeur. Il y avoit dans l'Original plus de njingt lances3 ce qui ej} une maniere de parler Portugaife , faytraduit trente toifcs, evaluantàneuf pieds les lances Efpagnoles, qui fontun peuplus longues que les notres. Nottes pour fervir à Imtelligence du Plan de Iâ Ville & du Palais de Pe Kim. II y a
T> E LA CHJNE. 195 ãutcôté, & de quarante-huitftades ou de prés de quatre lieués de circonference. Ces muraille s font doulles avec un terre- plein entre deux , & forment un rewpart defept totfes & prés d'un tiers de hauteur, & de trois totfes & demie de- paiffcur. Biles font garnies de trois cens foixante toursquar- récs , & environnées d'un foffé flein d'eau, qui n eft pas marque dans le Plan , parce que 1'Auteur nen a nen dit. B Portes de la Ville , au nombre de nettf, dont il y e n a, trois du cote du Midy, & deux d chacun des autres cotei. On les a placées à peu prés ou elles doivent eftre, parce que 1'Auteur ne marque pas íendroit ou elles font, à la referve de celle qui eft au milieudu cote du Midy. C Ruès de la Ville, toutes droites & tirées au cordeau, avcC cette difference , que celles qui vont du Nord au Sud,font touterlarges , & celles qui vont de VEft a l'Oiieft,fontpref- que toutes étroites. , rv Premicre enceinte du Palais, qui forme un quarre longde deux milles de longucur, d'un mille de largeur ,& de ftx milles ou de deux lieués de vingt au dcgré de circuit. C eft une muraille fort haute & fort épaijfe,é-c. Du cote de l 0- rient de cette muraille, il y a une riviere, qui fcIon quch quês Relations , fait plufieurs dctours dans le Palais : mais comme elles ne marquent pas fon cours, non plus que notre Auteur ,on a efté obligéde la marquer en ligne drotte. Dtt cote de íoccident, ily a un Lac de cinqftades,ou de ml cent trente -fept toifes & dimy de longueur , avec un font a Vendroit le plus étroit, & fait en forme de viole, qu on a imitée autant qu'on a peu. Db Seconde enceinte du Palais, qui contient plufieurs Palau particuliers de l'Empertur.% _ _ Troiftéme enceinte on clôture du Palais, qui borne des deux ^ C cótez ienftlade des divers Appartemens du grand Palais de 1'Empereur. Appartemens du Palais de l'Empereur , que FAuteur utet
i96 NOVFELLE RELJTION a li Hombre de vtngt, & quil décrit en commençant par là porte meridionale & principale de la Filie. Porte méridionalc & principale dela Filie, grande & magnifique. ® Premiere rué quon trouve en entrant dans la Filie par la porte méridionalc. r Place ou terrain quarré, environné d une balulhade de marbre. J Seconde riieornée de ieux Ares detrimfbe, entreIcíquels ferfinnene pe.salter i fied nj à ehevsl, !i uufi d« refpeéi deu au Palau de l Empereur. r CHAP. XVIII.
i?8 NOVVELLE RELATION du fecond , à caufe quon manqucroit au refpe
DE LA 199 qui,comme j'ay dit,borde du côté du Nord la rue dd Perpetuei repôs, lc fecond Appartcmcnt Si 1c fecond portail, qui dcvroitplutoft eftre appclléle premier, puifque tous ccux qui vont au Palais font obligez d'y paíTcr. Il eft compofé de cinq portes, íçavoir de trois grandes au deílus du rez de chauíTée, par lefquelles paííent tous ceux qui entrent & qui fortent, mefme les plus grandsSei- gneurs. Au deíTus de ces portes , Si il en eft de mefme detoutesles autrcs,s eleve une grande falle ornée de quantité de colonnesavec les bazes Si les çhapiteaux dorez Sc pcinte par dehors d'un vernis vermeil, &par dedans d'un vernis or Si azur. Cét Appartcment eíl fuivy d'une court incomparable- ment plus grande que la precedente, Si qui à l'Orient ôi à 1'Occident eftbordée de falles Si de chambres, avec leurs portiques &leursgaleries, comme toutes les autres courts aont nous avons parle. Aprés cellc- cy, on trouve le troifiéme Appartement appellé le Portail du Commencement. Il eílfuivi d'une court comme les autres, qui aboutit au quatrieme Ap- partement, qu'on appelle laTour ou le Portail du Midy, Si qui eft le premier de la muraiile inte- rieure. Il eft compolé de trois vaftes voutes Si dunc falle au deífus, d'une architeôtlire pareille à cclle du troifiéme, mais beaucoup plus grande, plus élevée Si plus majeftueufe. Elie a des deux Ppij
5oo NOVVELLE R EL AT ION côtez deux murailles en forme de coridors ou de galeries, qui s'eftendent vers leMidi,delalongucur d'unc portée de moufquet, & quià leurs extremi- tez au Nord & au Sud font terminêes par quatre pavillons ou falles femblables à cellc du milieu,. mais plus pctitcs.Leurs toidts font hexagones ou à fix pentes, & font couronnez de chiens de bronze do- ré j & ces cinq bâtimcns enfemble font un effet furprenant, &infpirentde 1'étonnement & du ref- pcót par leur grandeur & par leur richcífe. Ccft au milieu de cette grande falle du milieu que font le tambour & la cloche dont nous avons parle dans le huitiéme chapitre. Elie eft fuivic d'unc. court parcille aux precedentes, &ducinquiéme Ap- partement appellé le Suprême Portail. Il eft fermé de cinq grandes & majeftueufes portes, aufquelles on monte par 5. efealiers de 30. degrez chacun : mais avant que d'y arriver,on traverfe un profond fof- fé plein d eau, fur cinq ponts qui répondent aux cinq efealiers. Les uns &les autresont leurs para- pets,baluftres,colonnes,pilaftres & perrons, avec des íions & d'autres ornemens : Tout cela d'un rnarbre tres - blanc & tres- fin: En forte que c'eft avec raifon que cet Appartement porte le norn de Portail Suprême, puis quil éTt plus magnifique & plus majeftue\]x que tous les autres. Il eftfuivid'u- ne tres-vafte court, aífortie des deux côtez de por- tiques ôc de galeries, avcc des falles & des cham-
de LA cm NE. $01 brcs trcs-bellcs & trcs-richcs. Cctcc court abou tit aufixiéme Apparrement nommé laSuprémeSai- lc Imperiale. On y monte auíb par cinq efcalicrs, chacun de quarante-deux marches dun beau cra- vail &d'unmarbre tres-fin. I/efcalier du milieu, par lequcl le Roy feul a droit.de paíler, cft dune lar- o-cur exrraordmaire : les deux plus voifins par ou paíícnrles grands Seigneurs &: les'Mandarins, font moins larges ; & les deux autres qui íont encore plus étroits , fervent aux Eunuqucs& aux Omciers de la Maiíon du Roy. On dit que fous les Roys Chinois , cette falle eftoit une des merveillcs du monde par fa beautê,parfa richeífe & par fagran- deur : mais que les voleurs qui Te foulevercnt du- rant les dernieres revolutions, la brulerent avec une grande partie duPalais, lorsqu ílsabandonne- icnt^PeKim, depeur desTartares, Celiequ'on voit l prefent , fut bâric par les Tareares, qui comme des Barbares quils font, fc contenterent quellc reí- femblât cn quelque façon à 1'ancienne j & coutc- fois ellc nc laiíTe pas dc remplir l'imagination & de marquer la grandeur de 1 Empereur. C eli dans cerce falle que ce Princc, affis au milieu dans Ion Trone , reçoit les foumiííions de tous les grands Seigneurs & des Mandarins deLcttres & d* Armes: mais comme cerce ceremonieeft tres-remarquable, íl nc fera pas hors dc propos de la rapporter dans toutes fes circonílances.
fòi NOVVELLE RELATIOTST Lors quunc nouvelle Famillcs'emparedcl'Em- pire, aufii-tôt elle determine les jours aufquels les Scigncurs & les Mandarins doivent aller rendre leurs devoirs à 1'Empereur. Cecte nouvelle Famil- le desTartares achoiíi 1c premier, lc cinquiéme , le quinziéme & le vingt-cinquiéme jour de chaque Lu- ne: & ainfi, chacun de ces jours, tous les grands Sei- gneurs& Mandarins de la Cour, quifont aunom- bre de prés de cinqmille,s'afemblent dans les por- tiques, dans les falles & dans les chambres qui íont des deux coftez de la court qui precede la porte du Midy, dont nous avonsparlé. Ils íont tous couverts de bonnets & de robes tres-riches enbroderie dor: mais toutefoisdiferenciées àproportion de leur di- griité, que l'on reconnoítpar la diverfité des betes & des oifeaux brodez à trois étages fur leurs bon- nets, à leurs deux côtcz, & fur la poitrine, aveedes pierres precieufes de figures & de coulcurs dife- rentes. Au point du jour,le Roy part du unziéme Appartement,ouil faitfa demeure, porte dans une magnifique chaife fur lesépaules defeize Eunuques, & entorn e de plufieursautresperfonnes. Eftant arri- vé dans la falle, il s'afiiet fur un riche trone élevé au milieu, entre fix hautes & groílés colonnes qui pa- roiíTcnt,& quon appellecolonnes de fin or, quoy qu'elles ne foienr que dorées. Alors un Eunuque íé met à genoux au devant de la porte , & haufiant la vou de toute fa force,dit dun ton lent &écla-
DE LA CH1NE. 3°) tant Fa lia j ccft à dire, que le Ciei lâchc fes tonner- res. Auíli-tôt on faie retentir la cloche & legrand tambour du Palais, des timbales, des trompettes, des • hautbois, & des flutes, & on ouvre touc à la fois & avec precipitation coutes les portes du Palais, à la re- ferve de celles du premier Appartement ou portail. Dans letemps que ce fracas commcnce,les Seigneurs & les Mandarins fe mettent en marche ;fçavoir les petits Roys ou grands Seigneurs du Sang Royai, & les Mandarins de Lettres,du côté de l'Efl:,&les grands Seigneurs qui ne font pas du Sang Royai , & les Mandarins d'armes,ducôté de 1'Oiieft. Ilsmarchenc des deux côtez en bel ordre, & d un pas egal, par des chemins droits pavez de grandes pierresde mar- bre , paífans par les petites portes qui font à côté des grandes. Les grands Seigneurs montenc les de- grez,& fc placent felon leurs dignitez fur le terre- pleinou perronqui eft audcvantde la grande falle; & les Mandarins àmefure quils arrivent, fe poftent dans la court felon leurrang& leurs préeminences, dans les licux deftinez pour chacun des neuf Or- dresde Mandarins, qui fone marquez & écrits íur . de petirs pilicrs fort bas. Quand ils font ainíi dif- pofez des deux côtczde ta court, laiílant vuide le chemin du milieu, par ou le Roy a accoutumé de paífer, & qui eft plus large& plus eleve que leref- te., ils fe tournentles uns vers les autres, c'eft à di- re, ceux de TEft vers ceux de 1'Oueft , & ceux-Cy
novvelle reljtion de mcfme vcrsceux de l'Eft; & auíli-tôt Ie bruit de tous ces inítrumtns ceílc i il fcfaitungrand íilence & tous fetiennent dans un refped &une modcítie cxtraordinaire. Alors le Maítrc des Ceremonies à genoux au milieu du grand degré de Ia falle , dit avcc une voix éclatante&harmonicufc, Ics paroles fuivantes. Tfcs- haut & tres-puiíTant Prince,nôrre fouverainSeigneur,tous ícsPrmccs du Sang&grands Scigneurs, & tousles Mandarins de Letcrcs & d'Ar- mes,font arnvcz&fontprcíts à vousfairc les foú- miíTions quils vous doivcnt. Aprés cela il fe leve, & s'eftant mis debout fur le coité Oriental du de- grc, il eleve de nouveau la voix , & dit Pàipan, c'eíl a dirc, mettez-vous en ordre. AuíTí toftilsac- commodcnc tous à leurmanicre lcurs habits, leurs picds, leurs mains & leurs ycux. Il continue Chuên Xin, tournez-vous ; &ils fe tournent dansle mo- mcnt vers la falle Imperiale : mettez-vous à genoux ;cc quils font tous: meu teu, touchczla ter- te avcc la cell:e; ils la touchentrjf/ lai, levez-vous & ils fe levcnr. Eníuite il dit Ye,ceít à dire met- • tez les brasen are, joignant les mains & les levanc jufqu'au haut de la tcíte, & la baiífanc cn cet eítat jufqu5aux genoux ; & tela eítantfait, remettez- vous de bonne gracc comme vous eítiez : car la Icttrc Ye toute feule íigniíic cette forte de reveren- cc. Ils fonttrois fois cette ceremonie, aprés quoy ils Tc mettciit tous à genoux, & alors le Maitre dea
.DELA CHINE. 30J des Ceremonies crie Kéu téu , touchez de la tece contre terre , & ils le font : TJai Keu téu 3 tou- chez une feconde fois 3 Yéu Kéú teu , touchcz une troiíiéme fois j cc quils font tous. Quand ils battent les deux premicres fois la terre avec le front, ils difent à baíTe voix,Vúnfui, ceft-à-dire, dix mille ans: mais à la troifiéme ils difent , Van fui van ván fui, ou dix mille ans dix milliers de milliers d'années ; car Dix mille ans eft le nom de 1'Empereur. Ce dernier profternement eftant fait, le Maítrc des Ceremonies repete Ki lai , levez-vous, Cbuen xin, tournez-vous, 5c ils fe tournent les uns vers les autres ; & enfin Ouei pan, mettez-vous en ordre , 5c ils fe remetrent en leurs places, redref- fans leurs rangs 5c leurs files. Cependant le Mal- tre des Ceremonies fe met de nouveau à genoux, 5c avec la rnefme voix rcfpeóiueufe 5c éclatante il dit Chao y pi, c'eft-à-dire , tres-puiífant Seigneur, les Ceremonies de cette foumiíTion qui vous eftoit deue font achcvées. Alors on fonne de nouveau tous les inftrumens •, 5c cependant le Roy "defeend de fon Trone , 5c s'en retourne de la mefme ma- niere qu'il eftoit venu les Grands 5c les Manda- rins font la mefme chofe, 5c fe retirent dans les fat- ies 5c les chambres de la court qui eft devantlePor- tail du Midy, ou ils fe repofent 5c quittent les ha- bits de Ceremonies quils avoient pris en venant au Talais , qui lont diíerei;^ de leurs habits ordinai- Qjl
Joá NOVVELLE RELJTION rcs &beaucoup plus riches. Toucefois pas un den- treux nolcroit les porter de couleur jaune,à pei. nc cieftre rigoureufement puny;parccque icsChi- nois difcnt que le jaune eft la Reine des couleurs, puiíque lor qm fans difficulté eft le Roy des mé- taux, la preferceà toutes les autres,&queparcon- lequenc tile doit eftre refervée à 1'Empereur. En cftet íl paroit toújours en public avec une robbe iongue jufqua terrc,dc cette couleur, à fond de velours releve de quantité de petics dragons à cinq ongks en broderic d'or & dun beau deíTein qui Ia couvrent toute. Deux grands dragons op - poícz 1 un a 1'autre rempliílènt avec leurs corps & ieurs queiles entortillées les-côtez & le devant de iapoitrine, & femblent vouloir faiíir avec les dents & les gnffcs une bellc perle qui parole*tomber des íiues, pour faire alluíion à ce que difent les Chi- nois, que le dragon fe joue avec les nuées & avec les perles. Son bonnet, fes botrines, fa ccinture en un mot tousfes veftemens font precieux & ma- gnifiques, & marquent beaucoup de grandeur & de majefté. 5 Aprés Ia falle Imperiale & la court qui Ia fuit y cn a une autrè appellée Ia falle tres-élevée* qui rait le feptiéme Appartemcnt. Aprés uneautre couit,onrrouve une falle qui fait le huitiéme Ap- partement , & qu on appelle Ia fupréme Sal le du milieu. La falle íiiivantc,precedée de mefme dune
'DE LA cm NE. 307 court, fait le.neuvicme Appartemcnt, & s'appelle la Sallc de la fouveraine Concorde. C cft dans cettc £alle & dans dcux autres bâties de pare & dautre, que le Roy vienr deux fois le jour , lc matin & 1'apréfdinée, traiter des affaires de tout 1 Empire avec fes Co lao, oti Confeillers d'Etat, & aycc les Mandarins des fix Tribunaux fuprêmes. Ec ceít a caufc de cela qu a fOrient de cette falle il y a un beau Palais pour lc Tribunal appellé Nuiyuén, ou Tribunal du dedans, compofé des Confeillers d E- tat avec plus de rrois cens Mandarins grands & petits, & qui, commenous avons dit, eíiaudcflus de tous les autres Tribunaux de 1'Empire. A prés une autre court, on trouve le dixieme Appartc- ment avec un beau Portail &c fort eleve, qu 011 ap- pclle le Portail du Ciei clair &í net. 11 a au milicU trois grandes portes, ou l'on monte par trois efea- licrs de plus dc quarante degrez chacun, & qui ont à leurs côtez deux petites portes comme toutes celles dont nous avons parle, & dont nous parle- rons cy-aprés. On entre enfuite dans une valte court, terminée par le onziéme Appartement qu on appelle la maifon ou demeuredu Ciei clair & net, & qui eft le plus riche , le plus eleve , & le plus magnifique de tous. On y monte par cinq efea- liers de marbre tres-fin, chacun de quarante-cinq deerrez, & ornez de parapets, de colonnes,dc ba- luftres, & de plufieurs petits liotis, & íur le haut
joS NOVVELLE RELATlOR des deux cótez, de dix bcaux & grands Iions bronze dore.* Au milieu de la court & à Une di dance proportionnée de ces efcaliers, on voit une Tour de bronze dore ronde &finiíTant en pointe & dc la hauteur de douze ou quinze pieds avcc des portes des feneílres, & quantité de petites fi- gures ciielees tres-deheaternenr , & des deux cô tez deux grands brafiers aufli de bronze doré & d un tres-beau travail, ou jour & nuic on brulo des odeurs.Ceft en ee bel Appartemcnt que l*Em pereur demeure avec les trois Reines, dont la pre- mi erc q.ui s appelle Hoãm heu, ceft-à-dire, Reyne ou Imperatrice demeure avec luy dans le quartier du miheu : la feconde appelléc Um cZm Mbite J 11/^ • 1 | . _ ^ e nommée Sic»m,dans 1 Occidental, qui auífi-bien que le precedenc joint ccluy du milieu.. Les fils de ces tfois Reines font tous legitimes, avec cette feule difierence, que ceux de la premiere font pteferez aux autres dans la fucceffion de 1'Empire 11 v a encore dans cét Appartement & dans les fuivans dont nous parlcrons bien.toft,millc &queIquefois deux & trois millc concubines, felon la volonté de 1'Empereur. Elles s appcUent CÚm niâ ou Damcs duPalais.-mais cellesque le Roy aimele plus sap- pellentF*, ou prefque Reines; il leur donneq^and íikiyplait,des joyaux quelles mettenr à leurtête ou íur leur poitrine, & une portiere de fatin ou i
DE LA C 3c damas jaune.qtfelles mettcnt à leurportei, & •oui les fait rcfpeftcr par toutes les autres. loures r-v A* c rirrrç & des dijrnitcz parti cu- CCS Damcs ont des ntres oíQ > » erill 0rdrcs liercs, & font div.féesen pluCeursclaffcs ouordre^ avec des habits & des parares diítinítes , & d marques deleur rang.de mefmc queks Mandanm^ Leurs ffls & ceux des prefque Remes f°nt íl nl bâtatds Tout ce qui regarde lc fervicc du Roy, des Reines & des clcubuies, & le gouve« du Palais & de la Maifon Royale, eftoit fait autre- fois par dix mille Eunuqucs, dom ,e pourro.s de- crire amplement la condu.re lavance cs nchef- fes 1'oreíieil, &c 1'impurete, f> ce difcours n ctoit hor's de mon fujer: mais auffi-tôt que lesTarrares furam Maitres 'de fEmpire, ils en chafferenr neuf mille, & n en referverem que: m.lle pour le ferv.ee interieur du Palais. Toureies abulande ht,eu nelfe dufeu Roy, its sempararent f. bien de efprit par leurs rufes & par leurs flater.es, qu.ls íe remirem prefque dans leur anc.enne autonte. Le Roy eftanc mort, les quatre Tutcurs ou ege™ Tareares, leur ôterent tout leur cred.t, & leste Juifirem à rrois cens pour («virdans es ofe« les plusbas, le petit Roy, & les RemesTa mera« fa erand-.mere. A prefent ce Pr.nce , lcsrappeller; & ils le f^avenr f. b.en a apparence qu'avec le temps .ls dev.endrom aulU puiífans que jamais..
"° XOVFELLE RELJTION ,,,11 faut rcm«qucr encore au fujcc decét Annie temem, que comme les maifons, les porcelaineT i mcublcs > '« habits, & coutes les chofe 1' fervem au Roy fo„t pein[CS) ornées & brodécs dé ■gons, de meíme les bâtimens ou il demeureonr qucjque rapporc parlenom, parle quelqu autremaniere avecle Ciei. Ainii ce dernier Xxvíe»:s,? ■«~ sí'«a- .'°5 * clair & net & de cnfontqa-ua duporcail du Ciei cerre rai^ fe t^etTu^Tr'' ^P" "c^CS ,DC mePrac Pour répòndre^u^doutí queno' T5 la ''Snc tlroite duNord auSud nem &- ' bnCnVjnS! autr" font í côté d I'0- nt a I Occident, & ils font tous f fíu fi fuperbes , quun feul pourroic fuffire pour un Roy Sur ce príncipe, quand les Chinois & nrin cipalement les Eunuques parlent de leur Rov ils * exprimem avec des paroles magnifiques au E ólHes Pl "T" 3U Cr'raU S°Hàla Lune, ils ne í a r3UtreS chofcs femblables. Ainfi 5 n,C diront pas, fanes fonner les rrompcrccs lcs tambours & les autres inftrumens, mais Fa lm c'rft a ire, que le Ciei lâche fes tonnerres. Pourfaire
T>E LA CHI NE. vr èntendre que ie Roy eft mort , ils fe fervent du mot Pin tien, c'eft-à~dire, il eft entre un nouvcl hôtc dans le Ciei, ou du mot Pum , eeft-à-dirc , une grande montagne eft tombéc. Au lieu de di- re, les portes du Palaís, ils difent, Kinmucn,ceft- à-dire, les portes d'or , & ainfi des autres chofes. Il ne fera pas hors de propos de rapporter icy une des circonftances de la perfeeution excitéc contrc la Religion Chrétiennc en 16^4- Par 4ue^ ques perfonnes, & fur tout par un Mandarin ap- pellé Yayti quan fien. Un des grands crimes que cc méchant homme impofa au Pere Jean Adam, fut d'avoir manque dans la conftru&ion d un Globc eelefte, de marquer 1'EtoiIle du Nord que lesChi- nois appellent Ti Jtmy c'eft-a-dire , Aftre Roy des autres Etoilles y parcc que comme elle eft immò- bile, ils difent que les autres tournent autour d'elley comme les fujets autour de leur Roy pour luy ren- dre fcrvicc: Et par cette raifon ils prétendent que leur Empereur eft en terre,ce que cette Etoille eft dans le Ciei. De tout cela ce fourbe concluoit que reconnoiífoit point de Roy dans par confequent il eftoit rebelle & meritoit lá mort. Les Juges furent ravis de cette ridicule accufation, à caufe que toutes cellcs quon avoit faites contre nôtre fainte Religion, n avoient fervy qu a la fairc éclater davantaçe. ToutefoisleursmauYais deilems O le Pere Adam ne 1'avoit omife
NOVVELLE RELATION allcrent cn fumée , & la malicc de cét impofteur nc fcrvic qua faire rire lcs afliftans. Les Peres qui accompagnoienc le Pere Adam, qui eftoit tombe en apoplcxie , & ne pouvoit parler, demanderenc pour luy que le Globe fuc apporté au milieu de 1'aílemblée, ou Ion vit quil n'eftoit pas achevé, & quon n'y avoit encore marque les conftella- tions, que depuis la Iigne Equinoétiale jufquau poie Antartiquc : ce qui detruiíit clairemenr cettc calomnie, & confondir 1'accufateur. A prés ce onziémc Appartement, on trouvc une court comme lcs precedentes , & enfuite le douziémc Appartement ou le fecond logement du Roy, quon appelle bclle &agréable Maifon du mi- lieu. Elie eft íuivic dune autre court & du treizié- me Appartement, ou du troiíiéme logement du Roy, quon appelle Maifon qui reçoit le Ciei. On voic au-delà un curieux & vafte jardin, qui fait le qua- torziémc Appartement,&fe nomme Jardin Impe- rial. Dela,aprés avoir traverfé pluíieurs courts & dautres grands efpaccs, on arrive au dernier por- tail de 1'enceinte intericure, qui fait le quinziéme Appartement, & s appelle Portail de la mifterieufe yaieur. Ii eft compole de trois portes, & de trois grandes voutes qui foútienncnt une falle fort élc- vée, toute peinte 8c doréc, 8c couronnéede petites tours, & de divers ornemens au fommet du toiét tour çcla avec tant de proportion, quil s'en forme un
DE LA CtílNE. 311 un objet auffi agréable que majcftueux En Cor- tam decet Appartement on traverfc le toffe fur un feeau & laree pont bâtí de grandes piores de mar- , a ^ trouve une rue qui va de r^MmeftTttcftbordée du cocéduMidy mr kfoffé.&du côté du Nord par divers Palais rlft li n2e le Rov exerce fes chevaux , & a.nfi íS pomr pavé comme les autres courts, ics rues & les efpaces dons nous avons parle : mais eft couvert de terre & de fable , qu on ar ofe quand le Roy veutmonter fes.chevaux: Au «rulie» de la muraille Septentrionale de ce terrain , un grand Porta,1 de ««^X~e Í b,able aux de Jmille anf, Eft àd£ te PoS de 1'Empereut. Plus avant on ' (ir t-prrain ou pare entoure de haures trouve un vaft terra P ^ ^ fauvages> murailles , ou le Koy , . T*irrr<*<: & autres feàíbh&ics ^bacun^dans^unríoge, krge^& t Ia plus
5^4 NOVFFLLE RE L AT 10N clevec, & les auires quatre qui fone plus petites & placecs, deux à 1'Eft & deux à 1'Oucft, s'abaiflent avec une proportion égale. Ellcs fone faices à la inain, de Ia.terre qu'on a tirée du folie & du lac dom nous avons parlé , & fone jufq.uau fommec couvertes d arbres rangez avec íimmetrie, chacua avec fon picdeftal rond ou quarré , dans lefquels on a pratique des trous qui fervent de retraice aux licvres & aux lapins,donc ces montagnes fone couvertes. Il y a aulíi íur ces montagnes & dans - tom cec enclos quantité de Cerfs, de Dairas,& de Chevreuíls ; & fur les arbres bcaucoup defpeces d oileaux domeftiqucs & privez. Lc Roy va de temps cn temps en cc lieu fe divertir à entendre ia muíique de ces oifeaux, & à voir fauter & com nr ces beítcs. Mare Polo parle de ces montagnes dans Ion Livre fecond chapitre íixiéme. Au Nord & à deux grandes portées de mouíquet -de ces montagnes, il y a un bois forr épais, & au bout de ce bois, joignant la muraille de ce pare, on voir trois maifons de plaifance dune parfaite Em- mctrie, avec de beaux efcaliers & des terraífes qui leur fervent de communication. Ceft un ouvra<*e vrayement Royai, & d'une tres agreabíe archite- cture II compofe le dix-huitiéme Appartcment, & s appelle les Palais Royaux dela longue vie. Un peu plus loin on trouve un Portail fcmblable aux pieceuens, qui fait.le dix-neuviéme Appartemenc, 4
V, DT LA Cif IN EL " fiT fe nomme le Portail fort élévc duNord. On en- tre enfuite dans une large & longue rue ornéc de pare & d'autre de Palais & dc Tribunaux, aujdelà de laquelle s'éleve un Portail à trois portes , con- ftruit dans Tenceinte exterieure , & qui s'appelle Portail du Repôs du Nord.Ceft-là le vingtiéme & dernier des Appartemens qui forment le Palais du Roy par une ligne droite du Midy au Septen- trion. . ' .to ^3 . " ivi \'A *A ''a tov j "v ' aoi • Iai wwv/. ^ \ ^ l i \ 4 . Nottes fur le dix-huitiéme Chapitre. ... ViÇS \TT PRemier Appartement appellc Tay cim muen; I-, c ejl a dire 3 Portail de grande Puretc. ll conjijle en trois grandes portes & en trois voutes qui Joútien- s nent une tres-belle falle. On i'oit au dela une grande court plus longue que large, bordee des deux coteT^ de portiques, & de galeries Joutenues par deux cens colon- nes. Cette court ejl terminée par la rue du Perpetuei Re- pôs , qui e(l coupée par deux portes 3 l une du cote de 1'Orient, 1'autre du cote de 1'Occident. On les a placees au ha^ard, parce que la fituation nen eft pas marquce dans la ReUtion. Second Appartement qui devroitcftre appellé le premier, U» puifquil dorme entrée dans l enceinte exterieurc du Palais. Rrij
P6 NOVVELLE RELJTION Cet Appartement ou Portail eft compofé de cinq portei , trois grandes au milieu, qui ne s'ouvrent que pour leRoy, & deux petites a cote, ou te refle du monde p afife. ll y a aujfi cinq grandes tvoutes, Cr une grande falle au def- fis ornee de la maniere que te decrit notre Auteur, Cp au dela une court beaucoup plus grande que la preceden- te : mais comme rtous navons aucune me fure des parties du Palais, je naypas.pu luy donner la proportion necef- faire. Cette court,comme toutes cedes qui fuivent,cflbor- dée a droit CT a gaúche de portiques, de galeria , dejalles CT de chambres► III. Troíjtémc Appartement appellé te Portail du Com- mencement, CT qui efl fuivy d'une court pareille au# precedentes. IV. Quatrième Appartement & premier de la feconde cn- ceintc , appellé la Tour ou le Portail du Midy. ll a trois portes, trois 'voútes, & une falle au defifius, plus grande plus élcvéc , & plus majeflueufe que lesprecedentes. Cette falle a des deux cotef deux galleries qui setendent vers le Midy, CT ^i a leurs extremitef font terminées par quatre pavillons ou falles plus petites que celle du milieu, &c. C'efl dans la falle du milieu que font le tambour CT l<* cloche , dont il efl parle au Chapitre huitiéme. V. Ctnquiême Appartement appellé le Supréme PortaiL ll efl comme les autres precede d'une grande court, CT forme de cinq grandes portes, aufquelles on monte par cinq magnifiques efcaliers de marbre. Avant que d'y ar- river, on traverfe un grand foffé plein d'cau, marque
DE LACHINE. hns U Plan,fur cinq ponts demarbre.qui repondentaux ^sfxiéme Jffartcment nommé Suprem Salir Im- yj_ periali. On y monte par cinqefcaliers de marbre tres- maznifques, & de quarante-deux marches éacun, &c. Celi dJns cette falir que 1'Empereur repett l hommage & les foum.ffons de, Princes,de, Grand, & rins, que nitre Juteur demt ft hnn,quil eft Mele dy rien aioàter.f, ce nefl quefelon lePere Semedo & d au. tres Juteur,, on pratique le mêmejour lamemeceremo- n,e dam toute, le, V.Ues du Royaume , ou tou, le, Ma- riSbatr ,'alfemilent dam lePalai, du Gouverneur de- tant un Trine on Ion a placi les Enfeignes Rpyales. Enfuite ih font les mime,reverentes & ceremon.es que notre Juteur a rapportées. Le Pere Magaillans dit que les Seigneurs & Man- darins mefure quils arriventje pofknt dans la com felon leur ranger leurs preeminences, dans les lieux de- íilincT Pottr áacun des neufOrdres de Mandarins, qui fontmatque^& écrits fur de petits pihers fort bas. Le pere Adam dit que ces pilters ou bornes font de bron^e & quarreT. ll explique aujfi les difhnthons des neuf Ordres de Mandarins3 que je riay leu dans aucun autre Juteur , <*T qu'on fera peut-eftre bien aifi de trouver Mandarins du premier Ordre portent au haut de leur chapcau ou bonnet, qui finit en coneJort ecra]e} une cfcarboucle enchajfée dans de l'or, & afa bafe pardç?
J.8 NOWELLE W uneperle.A leur ceintur ih Mitre fort ejtimeesdans la Chine, dam & taillées en quarre% longs, d'environ trois doigts de lar- quatre de longueur. Cette pierre appellee par les Chtnois Yufcé, eft apportée du Royaume de Cafearpar les Marchands Mahomctans qui en -viennent tons les trois ans3fous pretexte d'Ambajfade. Elie eftverddtre & reffem- ble aujafpeji ce n eft quelle eft plus dure 3 un peu tranípa- rente, & quelle tire fur te blanc. Les grands Seigncurs qui comme ditnôtre Juteurjont au dejfus de tous les neufOrdres de Mandarins, nefent diftingueK de ceux du premierOrdre que par les pierres de leur ceinture,, aui Jont rondes & ont unfapbir au milieu. Les petits Rois3 *mfi appdlef quoyqu ils ne jouijfent dUucune fouverai nete3 portentau lieu d'efcarboucle au fommet de leur toque ou bonnet, un rubis accompagné de plufteurs perles ; & de plus une Jleur d'or attachee au bas de leur bonnet fur lefront. LEmpereur porte un cbapeau ou bonnet de mef me forme ala pointe une perle groffe comme un ceufde pjgeon avec plufeurs autres perles plus petites au def- Jous ;fa ceinture eft toute brillante des pierres preaeufes & des perles dont elle eft enrichie. Les Mandarim du ficoni Orirc ont au baut de leur cbapeau un rubis affeK grand, & un autre plus petit i Ja bafe. Leur ceinture cíl ornée de demj-globes d'ory or- ne^defleurs de mefme matiere, avec uni efcarboucle au milieu. Les Mandarins du troipéme Ordre ont a la poin- t! de leur chapeou une efcarboucle encbajfée dans de 1'or,
DE \ LA CHIEIE. 51?
5io NOWELLE RE L AT ION des efpeces de jufleaucorps ou de furtoUt, diverffie^par des figures d'oyfeaux& dUnimaux en broderie, qui fernjent aujfl a diflinguer les divers Ordres de Mandarins. Mais comme ils ne les portent pas régulierementfur tout en Efléy a caufe des chaleurs} ils ne font pas d'unfi grand ufage pour connoitre les Ordres & les rangs des Man- darins , que les autres diflinãions rapportées cy-dejfus ; parce que pcrfonne ne peut les quitter ou les porterindif- feremment comme il tuyplaít 3 fans contrevenir aux Loix. Les mefmes Loix ont aujji regle la place de chaque Man- darin dans le Palais, quand ils sy ajfemblent. Les Man- darins de Lettres font a la gaúche du Roy, qui a la Chi- ne ejl le lieu le plus honorable ; les Mandarins d armes a la droite 3 & leRoy regarde toujours le Midy quand il efl ajfis dans fon Trone. VII. Septième Appartement, appellé la falle tres-élevée, & qui efl precede d'une court comme les autres. VIII Huitiéme Appartement, quon appelle la fupremeftlU du milieu. IX' Newviéme Appartement, nommé la falle de la fou- veraine Concorde. Cette falle efl accompagnée de deux autres, l'une a l'0rienty & l'autreà l'0ccident s &• cefl dans ces trois falles que lEmpereur uient le matin & 1'apréfdince tenir Confeil auec fes Colao ou Confeil- lers d'Etat, & avec les Mandarins des flx Tribunaux fupremes. A 1'Orient de cét Appartement efl le Tribu- nal ou Falais du Confeil d'enhaut, compofé des Colao de plus de trois cens Mandarins. Dixiémi
BE LA CHINE. 511 Dixiéme Appartement 3 appelle le Portail du Ciei clair x. & net. ll efl a cinq portes comme les autres , & I on monte aux trois du milieu par trois ejcaliers de plus de quarante degreT^ cbacun. On^icme Appartement 3 quon appelle la, demeure du xi. Ciei clair (y net3 & qui efl le plus beau de tous 3 com- me on le peut noir dansyiótre Auteur : Vay marque dans le Plan la Tour de bronze & les braflers dont il parle. C efl dans cet Appartement que tEmpcreur de- meure avec les trois Reynes & plufleurs concubines, ainji quil efl explique' dans la Relation. Les Chinois nap- pellent cet Appartement que le newviéme 3 parce quils ne comptcnt pas le premier qui efl bors de 1'enceinte cxte- rieure 3 & quils nen flont quun de celuy-cy3 de celuy qui le precede 3 & de celuy qui le Juit. Ce qui Jert a entendre ce que dijent les Chinois, que le Roy dort dans neufl murailles , quelques Relations ayant mal entendu ou mal explique ces paroles. Dou^ieme Appartement, appelle belle & agréable XII. Aíaifondu milieu 3 & qui efl le Jecond logcment duRoy. Trei^téme Appartement & troifléme logemcnt duRoy, appelle Maiflon qui reçoit le Ciei. XIII Quatorziemc Appartement 3 qui conflfle en un grand jardin & en plufleurs courts & autres ejpaces, que l'Au-^ jy teur ne décrit pas en particulier , & que la petiteffle du Plan nauroit pas permis de diflinguer3 quand il les ati- rou decrits. Sf
511 NOVVELLE RELAT/ON XV. Quinziéme Appartement, appellé Portail de la myfle~ rieufe
DE LA CHI NE. 513 quelque peine que jy aye prije i parce que fay trouvé le terrain entre les deux enceintes trop étroit pour tant d'Ap- partcmens , pour le manége , le grand pare , les ruès3 &c. Quelque s Rclations difint que le Palais de l'Em- pereur s'ètend jufqud la muraillc de la Vdle du cote du Nord3 ce qui m duroit donné un efpace plus opte fujji- Jant. Alais je nay oje mécarter de mon Auteur qui'fem~ ble dire clairement le contraire , & cpá nauroit pas manque demarquer iendroitou ces Appartemens auroient cou()é l'enceinte exterieujre quil ne met quau dernier. Ainfi je crois quil faudra attendre une nouvelle Rcla- tion pour rejoudre ces dijficulteiQ
5i+ NOVVELLE RELAT10N CHAPITRE XIX. Dejcription de vingt "Valais particuliers con- tenus dans 1'enceinte interieure du Valais de Í Empereur. UTRE ce Palais deftiné pour ia pcr- fonne de TEmpercurJl y cn a à côté vingt autres particulicrs , donc plu- ficurs a caufe de leur bcauté , de leur richcíTe , & de leur grandeur, pour- roient ioger de grands Princcs. Mais pour com- piendre leur fituarion, il faut remarquer que 1'ef- pace quenfcrme k Sfuraille inrerieurc, cft divifé en trois parcies feparees par deux groíTes & liautes murailles qui courent du Sud au Nord. Elles n ont point de crencaux , mais elles fbnt couvertes de tuillcs ycrmflees de jaune, & le fommec eft releve. & enjolive de millc deíTeins & figures de Ia même matiere & de Ia même couleur. Lcs bords de ce petic toiót finifiènt en dragons en demy-relief, qui pendem des deux côtez. Lc refte de ccs murailles eit couverc de carreaux verrs, jaunes & bleus, qui
DE LA CHI NE, 31J bar leur arrengemcnt reprcfcntcnc des animaux, des flcurs & dcs cornes cTabondancc. Cela fuppofe, le Palais du Roy occupc lefpace ou la partie du milicu, & les deux autres fone pour les Palais col- lateraux dont nous allons parler, & qui par confe-. quent fe trouvent au dedans de 1 enccinte inte- ricure* ' , > , Lc premier s'appelle Vcn boa tién s ceít a dire , Palais desLettres floriíTantes. Il fert au Roy àdeux ufages, premierement pour s'y retirer quand il vcut iraiter des Sciences ou des plus importantes nfraires de l'Empirc. Secondemcnt pour obfcrver plus exa- £tement les jeúnes accoutumcz parmy les Chinois j íçavoir ccux qu'ils obfervcnt quatre fois lannee, & qui repondent ordinairement à nos quatre temps, Quand ils veulent fairc Iciirs facrifices folennels, ils jeunent les trois jours qui les precedem * & enfin quand ils veulent demander mifericordc au Ciei dans quelque calamitê publique , comme en temps de pefte , de faminea de tremblement de terre ou de quelque debordement d eaux extraor- dinairc. Tous ces jours-là les Mandarins vivent feparez de leurs femmes, & demeurent jour & nuit dans les Tribunaux; ils nemangent point dcchair,. ne boivent point de vin , &c ne traitenc d aucune aífaire, principalcment des criminclles. L Empcreur vit auíli folitairement dans ce Palais, qui eíl íicuq à 1'Orient de la fupréme Salle Imperiale.
NOVVELLE RELJTION Lc fccond Palais eít vis-a-vis du prccedent, ^ 1'Oiicíl dé la mêmc Salle Imperiale, & s'appelle Và im ticn, ou Palais du Confeil de Guerre. Le Roy s'y rend pour tenir Confeil quand 1'Etat eít trou- blé par quelque revolte, ou par des Corfaire§, ou par les courfcs des Tartares fur la frontiere. Ces deux Palais ont chacun quatre Appartemens avec leurs courts,& une Salle Royale au milieu avec fes efealiers, & autour un perron ou coridor de mar- bre blanc de même travail que ccux du Palais prin- cipal , mais plus petits. Les courts ont à côté des falícs Sc des chambres d une cxcellente architedtu- re, Sc peintes au dedans de vernis vermeil, or Sc azur.Ce que nous difons decesdeux Palais, fe doic entendre auíli de ceux qui fuivent. Le troifiéme ou fecorid du côté de 1'Eft ,s'appelle Fumficn tien , ou Palais ou Ion honnore les Rois defunts de la Famille Royale qui gouverne aétueL lement. Ces Rois font aííis fur leurs Trones Royaux dans une magnifique falle , accompagnée d'efca- licrs, de coridors, & de tout le refte commeles pre- cedentes. Leurs figures font faites de bois d'Aiglc, de fandal , ou d autres bois odorans Sc precieux, Sc ornées de riches habillemens. Le Roy fe tient dans ce Palais les jours qu'il fait les ceremonies or- dinaires a fes Predeccíleurs. 11 y a au devant dc leurs figures de riches tables avec des chandelicrs, des brafiers, & d autresomemens precieux. Le jouf
DE LA CAIJSTE. 5^7 de la Ccrcmonie , on leur offre un grand nombre dc tablcs couverces de quantité de viandes des plus exquifes. Le quatriéme Palais ou fccond du cote de 1'Oiieft, s'appclle Gin chi ttcns ou Palais de Mifericorde &í de Prudence. Aufíi-tôt que le Roy eft mort, on le met dans une bcllc chaife quon rient prête , & que feizc Eunuqucs portent au milieu de la Salle Royale de ce Palais, ou íl y a une eftrade & un riche lit, Tur lequel ils pofenc le corps. Pcu aprés,. avec bcaucoup de ceremonics accompagnécs dune muíiquc fúnebre, ils lemettenc dans unebiere qui coute deux ou trois millc eeus. Elie eft faite d un certain bois de la Province de Sú chucn , appellé cum cio mo, ou bois de Paon , parce que fes lignes & fes veines forment des figures qui reífcmblent aux yeux de la queuedu Paon. Les Chinois difent que ce bois, qui certainement eft tres-beau & pre- cieux, prefetve les corps morts de corruption du- rant pluficurs années. On fait enfuite dans ce me- me Palais, la Pompe fúnebre avec tant de ceremo- nies & de dcpenfe,qu'on en pourroit faire une re- lation fort curieufe. Les Cbinois apres avoir bou- ché toutes les jointures de la biere avec du bitu- nie , de peur que 1'Odorat nen foit offenfé , onc accoutumé d'y laiífcr le corps plufieurs móis, & quelquefoisplufieurs années, principalcment fie eft ccluy de leur pere ou de leur mere , pour qui íU i
NOVFELLE RELATION portcnt 1c dcuil trois ans, à caufe,difent-ils,qu'ií$ nc ^cuvcnt fc rcfoudre à s'en éloigner. Pour le Roy, aprés que Ies obíeques fone achcvées avcc une ma- gniíiccncc incroyablc & digne de ce grand Mo- narque, on le porte enterrer dans le Bois Imperial. C eít ainfi qu on appelle Ic lieu ou íont les ícpul- chres des Roys, donc je ne diray autre chofe , fi ce n'eft que la grandeur , fes Paiais , fes richcflcs, les ornemens, les murailles qui 1'environnenc , les Mandarins & les gens de ícrvice qui y íont cm- ployçz , & les Officiers & Soldars qui le gardenr, meriteroient une rciation parciculiere. Le cinquiéme Paiais ou le troifiémc du côté dc 1 OricntjS appelle Tfu Kim cum, ou Paiais dc com- paílion & de joye. Lc Princc heritier de 1'Empirc y deincure jufqu a la mort dc fon pere. Le íixieme Sc troifiéme du côté de 1'Oucft, s^p- pelle Kim ho cum, ou Paiais d'union& floriflant. Il cít habite par le dcuxiéme & Ic troifiémc fils de l'Em- pereur, avant qu'ils foient mariez. Car quand ils le íont, on a accoutumé dc les envoycr dans les Ca- pitales, & dans quelques autres principales Villes des Provinccs , ou il y a des Paiais bâtis pour eux dune magnificencc furprenante, & dignes defiro habitez par des Roys. J'cn ay veu trois moy-même divcrfcs fois. Le premier dans la Ville de Vâcharn, Capitale de la Province de Hu auam. Le feconâ 4ans Ville dc Chim tuy Capitale de la Provinco do
33o NOVVELLE RE L AT ION de Dix millc ans, & qu'on ne donnoit à ces Princes que celuy de Cien fui, ou de Mille ans. Le feptiéme Palais ou le quatriéme Oriental, sappellcYucn hoen tien, ouPalais desNopcesRoya- les. Quand le Roy ou le Prince heritier veulent épou^r Ter une fcmme,lc Tribunal dcs Ceremonies choi- fit a Pe Kim des filies de quatorze ou quinze ans, lesplus belles & lcs plus accomplies quon peut tron- ver, foit quelles íoient filies de grands Seigneurs ou de gens de baíTe naifiance. CcYribunal fe fere pour cela de femmes âgées & de bonnes mceurs, qui fone choix des vinge quelles eftiment les plus parfaites.Le Tribunal en eítant avcrcy,lcs faitmet- tre dans des chaiíes bien fermees, &lcs faie porter par dcs Eunuqucs au Palais , ou durant quelques jours, elles font examinées par la Reine-Mere, ou à íon deffaut par laprincipale Dame du Palais,'qui les vifite, & les fait courir pour reconnoítre fi elles nontpoint de défautoude mauvaife odeur. Aprés divers examens, elle en choifit une qu elle remet au Roy ou au Prince avec de grandes ceremonies accompagnées deFeftcs, de diítribucionsdegraces' & d'un pardon general pour tous les crimiifels dc 1'Empire, à la referve des rebclles & des voleurs dc grands chemins. On la couronne avec un grand appareil , & on luy donne en mêmc temps beau- coup de tirres & de revenus. Quant aux dix-neuf filies qui nont pas eu la fortune favorable, le Roy
DELA CHI NE. jji les maric à des fils de grands Seigncurs j & s'il ny en a pas aíTez pour coutes , il les renvoye à leurs parens avec des does fuffifantes pour les marier avantageufement. C'eftoit-là la coutume des Rois Chinois: mais à prefent les Empereurs T artares choi- fillcnt pour leur femme & pour Reine la filie de quelquun des grands Seigneursqui nefont pas du Sang Royai, ou de quelquun des Roys desTarta- res d'Occidcnc. Le huitiéme Palais ou quatrieme Occidental, s'appelle T^u rum cúm , ou Palais de piete. Il fere _ de demeure à la Reyne Mere, & à fes Demoifelles & Dames d'Honneun Le neuviéme ou cinquicme Oriental , s'appellc Chum chi cum, ou Palais de la beauté; & le dixiéme ou cinquiéme du côté de 1'Oiieft, s'appelle Ki fiam cum ou Palais bienheureux. Ces deux Palais íont dcftincz pour lcs foeurs & pour les filies du Roy, avant qu elles foient mariées. Sous les Roys Chinois le Tribunal des Ceremonies choifiíToit, comme nous avorls dit, de jeunes hommes de quatorze ou quin- ze ans, bien faits & d'unbonnaturcl, dontleRoy en élifoit un pour luy donner fa foeur ou ía filie, avec une groíle dot & beaucoup de joyaux & de grands revenus. On les appelloitFw ma, ou parens 3e TEmpereur par les femmes. Ils ne pouvoient pas efire Mandarins : Mais ils ne laiíioient pas d'eílre puiíTans & dc faire beaucoup de mauvais T t ij
33* NOVVELLE RELATION traitemens au peuple. Avant quils euífent desen- fans ils eftoient obligez matin & foir de fe mettre à genoux dcvanc la PrinceíTe leur fcrame, & de ffapper trois fois de la tefte contre terre. Mais aufli-tôt quils avoient des enfans , ils neftoicnt plus obligez à cctre cerémonie. A prefenc lc Roy Tarcare marie fes filies & fes focurs avec des filsde grands Seigneurs qui ne font pas du Sang Royai y ou avec les fils des petits Rois des Tareares d'Oc~ cident. Lc onziéme ou fixiéme du côté de 1'Orient, s'ap- pclle Y hao tien, ou Palais de jufte titre. Le dou- ziéme ou fixiéme du côté de 1'Occident, s'appelle Siám nim cum, ou Pelais de la felicité. Le treiziéme ou fcptiémc de l'Eft, sappelle Gin xeu cum , ouPa- lais dc la longue vie \ & le quatorziéme ou feptié- me de TOucíl, s'appelle Kien nim cum, ou Palais du repôs celeíle. Ces quatre Palais font habitez par la feconde & troiíiétne Reine, & par les concubines & autres Dames du Roy deffunt, dont le Roy ne voit jamais aucune , & nentre pas mefme dans leurs Palais, tant ils ont d egard & de refpeót pour leurs predeceífeurs. Le quinziéme ou le huiciéme du côré de 1'Eft, . s'appelle Kiao ta tien, ou Palais de grande amitié.. Le feiziémc ou huitiéme de 1'Oiieft,sappelle Quen nim cum, ou Palais du lieu de repos. Le Roy~va à. l'un de ces deux Palais, quand íl veut fe rctirer en. particulier avec Ia Reine.
de la chi NE. m te dix-feptiéme ou le neuviéme dc l'Eft, s'ap- pcllc Chim miencum , ou Pai ais qui reçoit le Cicl. Lc dix huitiéme, qui luy eft oppole, K cum , ou Palais dc la Terre élevée. Quand lc Roy veuc s'cntretcnir avcc les déux autres Reynes, il va au premicr avcc la feconde, & aufecondavec latroi- íiéme. f v , .. Lc dix-neuvieme ou lc dixieme a 1 Llt, s appenc Lum te tien, ou Palais de la vertu abondante. Le vincrtiéme ou le ftixieme dc FOuelt, s'appelle Kiuen fin tien, ou Palais qui enveloppe lc cocur. On crarde dans ces deux Palais, dans des armoires &iur des tablettes, les joyaux & les bijoux du Roy , qui font d'un prix ineftimable. Il y va quelquetois vi- fiter ce Trefor, qui cft peut-eftre le pius grand i & le plus richc du monde, puifquil y a quatre mille vinet-cinq ans qu on y ajoute toujours fans ja- maiten rienôcer. Car quoyque les Famillcs regnan- tes ayent changé tanc de fois, on n'a jamais tou- cliéà cc Trefor, ni à ceux dontnous parlerons cy- aprés, à caufc des peines rigourcufcs que Us nou- vcaux Rois font fouffrir à ceux qui 1 auroicnt cn- treprís, & à toure leur Famillc. Quoyque les noms dc tous ces Palais ayent peu dcgrace en notrcLan- aue il eft cercain toúterois qu lis font dans la Chi- nefórt frgnificatifs & myfterieux, rfhns inventei exprés par les gens de Lettres, conformement a leut ftructurc, a leur fituatíon 6í a leur ulagc.
334 NOVFELLE REL AT ION Nottes fur le dix-neuviéme Chapitre. GES Pelais fint grands & magnifiques, & fím tue'KJ cntre / enfila de des vingt Appartemens du Pulais de lEmpereur, & les deux murailles de len- ceinte interieure, qui fint décrites par nòtre Auteur dans ce chapitre dix-neuviéme. l' : Premier Falais appellé Vcn hoa tien , cefl à dire, Palais des Lettresflorijfantes. Le Roy sy retire quand il veut sentretentr avec des fiavam , ou traiter d'affaires importantes, ou ohferver les jours de jeune accoútume? dans la Chine. Il efi placé a 1'Orient du fixiéme Ap - partement appellé la fupréme Salle Imperiale. II. Second Palais vis-a-vis du precedent, a l'Occident du fixiéme Appartement. Il s'appelle Vu im tien ou Palais du Confiil de Guerre. III. Troifiéme Palau ou fecond du cotéde l'Efi allant vers le Nord, appellé Fum íien tien, ouPalais ou l'on hon- nore les Róis dejfunts de la Famtlle Royale. IV. Quatriéme Palais du coté de 1'Oiiefi , appellé Gin chi tien, ou Palais de mifericorde & de prudence , ou l'on rend les honneurs fúnebres au Roy aprésfa mort. V. Cinquiéme Palais du coté de l'Orient J appellé Tíu kim cum , ou "Palau de compajfion & de joye , & ou le Prince heritier de 1'Empire demeure jufqua la mort di fon pere.
de LA CHI NE. 5;; Sixitme Palais d» cité d'Occidcnt, Kim ho VI. cum, ou Palau d'union& floriffant. troiféme fils de l" Empenar y demeu quon '"Sepriême Palaisou quat riémedacbtíde VII. appelléYuenhocn ticn, ok Pala f.Ice T'ony celebre les Nkes du & du ritier de la Couronne. / / im -j » trrri > Huitieme Palais ou quatriême du cotedOcadcnt, VIII, appellé Tzu nim cum, ou Palais de piete , & ou de- meure la Reync-Mcre arec les femmes mi Neuviéme Palais ou cinquicme Oriental, appelle Chum X. cui cum, ou Palais de heaute. Dixicme Palais ou cinquiême Occidental, appelle Ki fiam cum , ou Palais bienheureux. Ces deux Pa- lais font defline^ pour les fceurs & pour les piles du Roy, avant quelles foient mariées. v, Yt Onziéme Palais ou fíxiéme Oriental, appelle Y nao ticn, ou Palais de jufle titre. Douzjéme Palais ou fíxiéme Occidental , .appelle Siam XII. nim cum, ou Palais de la felicite. ^ ' Trei^ieme Palais ou feptiéme Oriental, appelle Gin XIII. chu cum, ou Palais de longue vic. Ouator(ième Palais ou feptieme Occidental, appelle XIV. KieiT nim cum , ou Palais du repôs celefe Ces fia- tre Palais font babite7par la feconde & troifeme Reine, & par les concubines O4 autres Damesdu Roy c ejfunt, ainfi ces Palais frvent au mefme ufage que le vieux Serail a Conjlantinople.
v* NOVPSLLE RELÀTIOJtt W' Quin^iéme Palais ou huitiéme Oriental appelle Kiao ta ticn, ou Palais de grande amitié. Sei^ieme Palais ou huitiéme Occidental i appelle Quen nim cum, ou Palais du lieu du repôs. Ces Pa- laii Jervent au Poy quand il ycut fc retiver en particu- avec la premiere Peyne, Dix-feptieme Palais ou neuviéme Oriental, appelle xry tt> Chim kien cum, ou Palais qui reçoit le Ciei. .... ' Dix-huitiemc Palais ou neuviéme Occidental y appelle Y quen cum , ou Palais de la terre élevée. Le Poy va au premier de ces deux Palais avec la fcconde Peyne t & du feçond aveç la troiféme. \ XIX. Dix-nettviéme Palais ou dixiéme Oriental, appellf . v Lum te tien, ou Palais de la vcrtu abondante. XX. Vingtiéme Palais ou dixiéme Occidentaly appelle Kiun íín tien j ou Palais qui enveloppe le cceur. On gardc dans ces deux Palais les joyaux y les bijoux du P°y, qui Jont d un prix inejlimable. Notre Auteur dit qu on y ajoute toujours depuis quatre mille njinit- cinq ans 3 fans en rien ofler. Mais cela fe doit entendre , en cos qu il narrive point d'émbrajcment fubit, ou que U Ville & le Palais ne foient pas pris pille^ par les ennemis , qui ne s émbarrajjént guere déobferver les Loix de la Chine fur ce fujet. Cary par exemple y tou- tes les Pclations qui parlcnt de la guerre des Tartares % entrautres les Peres Martini & Couplet, dfcnt quen, l année 164+. le rebelle Li ou Li cum, nofant attendre dans Pe Kim / arrivée des Tartares , fenjvitapres avoir employc
DE LA CLf 1NE. 337 tmployc huit jours a cnlever ce quil y avoit de plus précieux ddns le Pulais. Ces uingt Palais ont chacun quatre Jppartemens fe- pureT^ unec une Calle Royule au milieu, & le refle quon petit ioir dans la. Relation. Je les ay place7^ comme ils Jontduns le plm ; parce quil efl aifé de juger que felon 1'ufa^e de la Cbine les derniers ou font les fcmmes & k Trefor, donent eslre les plus êloigne^ de la porte prin- fipale.
35$ NOVVELLE RELJTION C H A PIT RE XX.. De flujleurs nutres Palais, & de quelcjuef Temples fituezj entre les mèmes encemtes. O U S ces Palais dont nous vcnons de parler,fontaudedansde lenceintein- cerieure du Palais, dont ilsfont, com- ine nous avons dit, feparez par deux murailles, &divifez entreuxpard'au- trcs murailles de mefme fabrique. Les fuivans fonr fitucz entre les deux enccintes. Le premier s'appellc Chum boa tien , ou Palais de la fleur doublée. Pour cntendre ce nom, ii faut remarquer quil y a deux cens ans qu'un Roy Ghinois, contre 1'avis desgrands& du peuple,vou- vòulut aller combattre les Tartares de roiicft, qui prenoient quantitc dePlaces & defoloientla Provm- ce de Pe Kim : mais il fut défair, pris & mené en Tartarie, & cru mort par les Chinois, qui mirent fon frere en fa place. Quelques mois, aprés des Ambafíadcurs Tartares apporterent la nouvellc quil cíloit en vie , ôc demanderent fa rançon & celle des autrcs prifonniers. Auíli-tôt que le nouveau
*D E LA CHI NE. m Roy «ut receu cét avis , il donna ordre de nego- cier la liberté de fon frere, Sc de bâtir un magni- fique Palais ou d avoit dcíTein de fe retirei apres fon retour. Le Palais & le traité eftant achevez, on amena le prifonnier Tur la frontiere ou Ion don- na aux Tartares quantité dargent, de pieces de fioye Sc de cotton, Sc tout ce quils demanderent. Ce Prince cftant de retour à Pe Kim , le nouveau Roy voulut luy remettrele Sceptre j mais íl ne vou- lut point 1'accepter, Sc Te retira dans le Palais que fon frere avoit prepare pour foy-mefme , íans le meíler cn aucune hçon du Gouvernement. Trois ans aprés, le nouveau Roy mourut, Sc alors Lan- cien ayant accepté la Couronne, il fut couronne une fcconde fois, Se les gens deLettres,fuivant la cou- tume luy, donnerent un autre nom, LappellantTir» xun, ceft-à-dire, Roy qui a fuivy la volante du Ciei. lis donnerent auíli un autre norçi au Palais ou il avoit demeuré trois ans „ Paçpellant Cbum boa ticn, ou Palais de la fleur doublee , faifant aU lufion au double couronnement de ce Roy . Le pont fur lequel on traverfe le fofíe qui environne ce Palais cftun ouvrage merveilleux. C cft un dragou dune grandeur extraordinaire, qui a dans 1 eau les deux pieds de devant & les deux de dernere pour fervir de piles * Sc qui avec le corps qu il plie lait 1'arcade du milieu , Sc deux autres, Pune avec la queue, Sc 1'autrç avec le cqI Sc la tefteMUft tait
>4° NOVFELLE RELAT10N de grandes pierres de jafpe noir.fi bien jointes Si n II traval"ee5. que rion feulcment il paroic eitre d une leule piece, mais il reprefencc encore un dragon fort au naturel. On 1'appellc F, c elt-a-dne, Pont volant: Parce queles Chinois difent quil cli venu par 1'air dun Rovaume des Indcsquilsappcllent Tien cho, CcíU-dire, Royau- mc des Bambous ou des Cannes du Ciei * dou ils pretendem auííi que vint autrefois leur Pagode & a Loy. Ils eonrenc de cc pont & de cc draaon pluíieurs autres fables que jc laiíTe commc indi- gnes de ectte Rclation. Ce Palais a de Iongueur deux ltades Chinois ou un dcmy-mille d'Italic. Lc fecond sappcllc Hiênyámtitn, ou Palais du , Levanc. Il eft d'une belle & magnifique ar- cuitcíture & environné de ncuf tres-hautes Tours tomes differenres. Ces neuf Tours fignifient les neuf premiers jours de la Lunc, lefquels & princi. palemcnt le neuvieme, les Chinois celebrem avec c grandes Fefies. Ils marient ccs jours-Jàlcurs en- ' & Parmy lcs diverfes pieces du fefiin ils nc manquem jamais d'en fervir une qui reprefente Ia our des neuf etages, .dont chacun répond à un e ccs neuf jours: Parce que, difent-ils, lc nom- re de neuf a des proprietez qui lc fone exceller par deflus tous les autres & le rendem heureur P°irr Paugmentation de la vie, de 1'honneur & des ocnelles. Par cctte raifon, tous les Chinois pauvres
T)E LA CtílNE. *4! & riches montcnt ce jour-là fur lcs terraffes & fur les Tours dans lcs Villcs, & à la campagne fur lc« moncagncs, fur lcs colincs, ou du moins fur Ice digues & aucres lieux élevez,ouils fc rcgalcnt avcc leurs parens & amis. Mais commc lcs Rois dc Ia Chinc nc fortcnt pas facilcmcnt de leur Palais, lis ont faie bâcir ccluy des neuf Tours pour y mon- ter & celebrer cctte Fefte, communc à touc l'Em- PirCr Lc troifíéme Palais sappclle Và.n xcu tién, o a Palais dc dix- millc Vics. Il y a un peu plus dc cenc quarante ans que lc Roy Kia, cim , c cft a dire Roy nec & precicux, commenea à régner. Ce Prince maintint la paix & Ia juftice dans 1 Empi- rc : mais comine il cftoit faciie & fuperftitieux, un Bonze de ceux qui font maricz , furprit fa crédu- lité, & luy perfuada quil lc feroit vivre éternclle- ment, ou du moins plufieurs fiécles, parle moyen dc la Chimie. Pour en venir à bout, il luy con- fcilla dc fairc bâtir cc Palais prés du Lac dont nous avons parle. Il cft à la veritc plus petit que lcs autres 5 mais en recompenfe bcaucoup plus agrea- ble. Il cft environné dune haure muraille à crc- ncaux , & parfaitcmenc ronde y & toutes les falles & lcs chambres fone rondes, hexagones ou o&o- gones,&duneftru&ureauífibcllequc magnifique.1 Lc Roy s'y retira pour diftiler la Mcdecíne dc flmmortalité: mais fes foins eurem un fuccez bicn.
I4t KúVVELLE RELÀTION contraire à fes pretentions, puifquau lieu dalort-' ger fa vie, il 1 abregea. Car le feu des fourneaux Juy ayant deífcché les entrailles, il tomba malade dans un tnois ou íix femaines , & mourut peu dc jours aprés, ayantfegné quarante-cinq ans. L'Em- pereur Van lie, fon petit-Fds en rcgna quaran- tediuit ; & leurs rcgncs font remarquables, tanta caule de la paix & dela profperité dònt iísfirent joiiir leurs Peuples, que parce que l'Apôtre des Indes, Saint François Xavier, entra dans la Chi- ne & mourut íur la frontiere, du temps du Roy Kia cim, un peu avant la fondation [dc la Ville de Macao, par les Porcugaisj & que la onziéme an- née du Regne de Vin lie , le fameux Pere Ma- thieu Ricci, íi univerfellement eftimé jufqu'à au- jourd'huy par les Chinois , pour fon fçavoir & pour fes ver tus, entra dans cet Empire. Le quatriéme s'appelle Cim hiu tién , ou Palais dune parfaite Pureté, & il aefté bafti pour le fu- jetfuivant. Le quinziéme de la huitiéme Lune eít celebre par les Chinois, avec de grandes Feftcs & rejoiiiífances. Depuis le coucher duSoleil&lelever de la Lune jufqua minuit, ils font tous avec leurs parens & amis, dans les rues, dans les places, dans les jardins dc fur les terraífes, à fe regaler & à veiller pour voir le Liévre , qui cette nuit là paroift,à ce quils difent, dans la Lune. Par cet- fe raifon, les jours precedens ils s'cnvoyent les uns
DE LA C34? aux autres, des prefens dc tourtes & de gâteaux fiicrez, quils appellent Yué fim, ou gatcaux de la Lunc. tis font tous dc figure ronde, mais les plus grands denviron deux palmes de diamctre, qui reprefcntcnt la Lunc pleinc, ont tous au mi- lieu un Liévre fait de pâte de noix, damandcs, de pignons, de fucre , avec d'autres ingrediens. Ils les mangenc à' la- clarté de la Lune; les richej- au fon des inftrumens & cTune bonnc muíique y & les Pauvres, au bruit des tambours, dcs tim- bales & des baílins qu ils frappent rudement. Les anciens Roys ont donc fait bâtir ce Palais pour celebrcr cette Fefte ; & quoiquil foit commc le precedem, aíTez petit , il eft toutefois tres-agrea- ble, fur tout par fa fituation fur une montagne . faite à la main , & qui sappelle Tulh xan , cclt à dire Montagne du Liévre. Nos Europecns ri- ront peut-eftre, de voir que lesCbinois simagi- nent que les ombres du- corps de la Lune lont un Liévre: Maisoutre que le Peuple parmy nous,, a des opinions qui ne font guéres moins ndicu- lcs , ie dois les avertir que les Chinois nent auíly quand ils voycnt dans nos Livres que nous pei-
?4'4 NOVVELLE RE L AT ION tc durant les.grandes chalcurs, que lc calme rend prefque infupportablcs ;la Villc de Pe kim ctant cgalement incommodéc du chaud & du froid. Le fixieme s^ppellc Van yen tien, ou Palais dc dix-millc Jeux & Plaifirs. 11 cíl au bord du Lac du côté du Nord, & le Roy va s'y repofer quand jl va pêchcr ou Te promener fur lc Lac dans les barques qu'il a , tant à voiles qua rames, defti- íices pour cela, & toutes fort belles & forc richcs. II y en a une dc la forme de nos Briganrins, que lc Perc Jean Adam fiu fairc par fon ordre, & qui luy plaít fort , s'cn fervant ordinairement quand li va pêchcr &voir les Naumaclues, ou repçefen- tations de batailles navalcs. f . La feptiéme eíl un grand Terrain entouré dc hautes murailles en quarré , au milieu dcfquelles cll un bcau Palais, appellé Hu chim tien ou Pa- lais des Murailles du Tigre. Sa fallc Royale eft dc figure ronde, fort élcvée & majcftucufe. Elie a au deífus deux globcs de bronzedoré,l'un fur lautrc, dc la hauteur dune lance, l'un plus grand & l'au- txc plus petit, en forme dc courge ou dc calebaí- £e, quiavcclc toi&couvert dc tuilles verniflees d'a- zur , & divifées & terminées par des fleurs, des feftons & d'autres ornemens verniífez dc jaunc,' fone un trcs-bel effet. De cettc falle& dc fes bal- cons, le Rov voit les animaux quii fait nourrir dans cct caclos, comine Tigres, Leopards, Ours, Loups,
DE LA CHI NE. 34; Loups, Singcs de diverfes efpeccs, animaux qui portent lc mufc & autres •, dcs oifeaux curieux par Icurs coulcurs ou par leur grandeur 3 commc des Paons, dcs Perroquets verts, rougcs & blancs, des Ai^les,desCignes,des Griies, & quanticé dautres dont jc ne fjay pas les nonas. Il y en a un entr au- tres appellé Lm cui, ou oyíeau de bec de círe, parce que fon bec en a la coulcur. Il eít gros comme un merle &c de coulcur cendree. Cet oi- feau apprend fi facilement ce quon luyenfeigne, quil fait des chofes incroyables. Car ilrcprefente touc feul une Comedie : Il porte un mafque 5c manie une épée,une lance & une petite enfeigncj il joiie aux échets 3 il fait la reverencc en lcvant 6c baiíTant la tefte, & fait diverfes autres adions & mouvcmcns , avec tant de vivacité & de bonne grace, quil charme les Spedateurs,enfortc quon ne fçait ce qui eílle plus digne dadmiration, ou Pinftind de cet Oifeau, ou 1'induíVrie de ceuxqui 1'enfcignent. # Le huitiéme eft íitué au bout d un valte ter- rain, & s'appelle la demeurc de la Fortercffe du milicu. Les Roys Chinois avoient accoutumé daller à la Salle Royale de ce Palais, pour voir faire 1'exercicc à trois mille Eunuques , armez de toutes pieces y qui dans cette court ou terrain, faifoient montre de leur valeur pretendué: mais les Xartares ont fupprimé cc ridicuie divertiífement.
h* novvelle relation Outrc ces Palais t il y a encore dans les deux enceintes quantiré de Temples d'Idoles, donc il y en a quatre pias celebres que les autres, & qu on appelle auííi Palais, a caufe de leur gran- deur, de la multitude des Appartemens & de la beauté de l'archite&ure. Le premier s'appelle Tai quammim,ou Palais de grande lumiere. Il eft dedié aux étoiles que nous appellons Gardesdu Nord, les Cíiinois Pe teu. Ils eftiment que cette confteíla- tion eft un Dieu, & qu^lle a le pouvoir de donner une longue vie, & ccft pour cela que le Roy , les Reines & les Princes viennenc facrifier dans ce Tcmple, ou il n y a aucune image, mais feulement aumilicu une carrouche ou toille entouréedun ri- che cadre , íur laquelle eft écrit, A lefprit& att Dieu Pe teu. Ce Temple eft au dedans de Ia mu- raille interieure ; les trois fuivans fone íítuez entre les deux enceintes. Le íccond s appelle Tai cao tien , ou Palais du tres-haut & fouverain Empcreur.* Ceft le Tcmple de ce farneux ôc fidelle Capitaine deifié, dontnous avons parle cy-devant,& qui sapelloit Quan ti. Ha luy demandent la fancé, une longue vie , des en- fans, des honneurs, des richefles,"& tous les biens de cette vie, fans fonger à 1'autre , parce que les Chinois mettent tout leur bonheur & leur fin der- niere, dans les plaifirs & dans les objers fenfiblcs. Pour entendre ce que nous avons à dire des
34* NOVVELLE RELATION Indes: Qifil portoit un bâton à Ia main, & avoit lá têtenue;& quun jour voulant traverfer cc grand Fleuve que lcs Chinois appellent Kiam , ou fils de la mcr, & perfonnc nc voulant le paíTcr à caufe que tout le monde avoit efté prévenu contrc luy par les Bonzcs, il traverfa cette rivierc à pied Fec. On lit bcaucoup d'autrcs miracles & d'aóhons mer- veillcufes de ce Saint. L'on nc doit point fairc de difíiculté fur cc que les Chinois 1'appellent Tarrio au lieu dc Tomas : Car commc nous alterons les noms Chinois, auííi ils alterent ceux dcs autres Na- tions ; enforte qu'il cft fouvent impoflible de lcs pouvoir reconnoitre. Jofc mefme aflurcr quils nc Içauroient prononcer exa&ement aucun nom étran- ger, particuliercmcnt ceux ou la lettre R fetrouve ou qui ont pluíieurs íillabes, & de là eft venu quils ont changé les voyelles dc placc , mettant l'a à la premiere íillabe, au lieu de le mcttrc à la derniere. Mais lcs Portugais ont fait encore pis, cn difant Tome, & íubftituant ainíi un é à la place de l'a. Le Pere Antoine de Andrada a fait une pareille fau- ce dans fa Relation du Royaume de Tibet, ou il nomme Lamba, au lieu de Lama , les Prêtres des Idolcs dont nous parlons. II y a un grand nom- bre de ces Lama à Pe kim : mais ils ne fone efti- mez ni dcs Chinois, nides Tartarcs Oricntaux qui dominenr dans la Chine, parce quils connoiífent leurs mauvaifes mceurs, rimpertinence de la Loy m
DE LA CHI NE. 549 fttfils enfeigncnt, & la ridiculité de leurs Idoles. Cai quoyque lEmpereur leur permette de demeurer a la Cour, & que ccs annécs dcrmeres 1! leur ait fait bâtir deux Tcmples, il ne l'a faie par aucune in- clination pour eux : mais par raifond Etat, & afin d'empêcher par leur crédit, que les Tareares Occi- dentaux tfentteprennent aucune chole contre luy. Ces deux fortes de Tareares font egalemcnt vail- lans; mais les Orientaux qui fone en pcrie nombre, craienent les Occidentaux, done le nombre eft prel- que infiny. Ueftime & la veneraeion que ces derniers one pour les Uma eft prefque^mcroyable.^De^fi loin quils les voyent, lis paroiífcnt faifisdcucramte & de componaion ; & quaad ils les rencontrent, aufli-toíl ils décendene de chcval, ils jettentleur bonnet, & s'eftans mis à genoux ils eur embraf- fene les pieds & leur baifent le bas de la robe avec une ardeur & une devoeion inexpnmablc, qu ils fone connoírre pat les mouvemens de leur vilage, de leurs mains, & de toue le corps. Cependant le Uma leur paffe gravemene la main fui le haut de h têtc, y trace une figure de lofange & murmure quclquesVicres à fa mode. Cela cftane arnf. fup- P°Le troifiéme Palais ou Temple s'appelle MacaU ticn.Te» en Chinois figmfie falle ou Palais Royai, & Maca ladans la Langue des Uma veuc dire tete de Bccuf avec les cornes, parce que 1 Idole de cc
NOVVELLE RELÂT/ON Temple effc une rête de Bccuf avcc fcs cornes. Ce qui fait connoitre combien cft grand laveugle- ment de 1'homme, que les Chinois appellcnt Van mo chi mâmy Roy & Seigncur de coutes chofcs, & man mo chi lim, ou la plus intelligente des crca\u- res; & qui toutefois adore louvrage de fes mains, des betes qui nc fone creées que pour fon fervice' & ce qui fcmble incroyable, la carcaíTe de la teto d'un Boeuf. Le quatrieme s appelle Lama tien> Palais ou Tem- ple des Lama. Il cft ficué à l'Orient du Lac dont nous avons parle, fur une montagne en pain de Lucre faite à la main, avec des rochcs quon y a fait autrefois conduire à grands frais du bord de Ia mer, quoyqu il y aic plufieurs journées dmtervalle. Ces roches font la plupart pe^cées & creufécs par íe choc des vagues, les Chinois prenant un errand plaiíir à voir ces ouvrages ruftiqucs de la nature. Ellcs íont diípoíées de telle forte qu'elles reprefen- tent de hautes pointes de rocher, des fonds efear- pez & des prccipices; enforte que dune diftance medíocre il feroble que ce foit une montagne fau- vage faite par la nature. Au plus baut on voit une Tour ronde, a douze étages, bicn proportionnée&: dune hauteur extraordinairc. Aurour duplushaut etage il y a cinquante cloches, qucle ventáiit mou- voir & fonner le jour& la nuit. Le Temple qui cft: « grand & magnifique, eft fttué au milieu delapen-. I
CDE LJ CHI NE. jyt te, du côté du Midy, 6c les Cloirres 6c Ccllules dcs Lama s etendcnt à 1'Orient 6c à 1'Occident. L'Ido- le cíl Tur 1'Autel dans lc Temple, en forme d'un homme tout nud 6c vilain comme le Dicu Priapc dcs Romains. Il neft adore que par les Lama 6c par les Tartares Occidenraux; car les Orientaux 6í les Chinois ont en horrcur ce monftre infame & deshonneftc. Le feu Roy pere de 1 Empcrcur ro- gnant,fitbâtir ces dcux Temples par raifon d Etar, comme nous avoris dit, 6c pour faire plaiíir a fa mere, filie dun pecit Roy des T arcares Occidenraux, parce que cette Princeíie eft fort affectionee aux Lama, 6c les entretient à Pe Kim avec de grandes dépcnfes. Mais ily a apparencc quauíTi-toft quellc fera morte on fermera ces Temples abominables. On voit encore entre les deux enccintes vingt- quatrebeaux Palais quifervent a vingt-quatreTri- bunaux, donc les Mandarins font comme Major- domes de 1'Empereur, 6c ne dependent en aucunc maniere des autres Tribunaux 6c Mandarins dc l'Empire. Ils ont 1'Intendance du Palais, de ceux qui y fervent, des celliers, des offices, des trefors, 6c autres chofes pareillcs, 6c de chatier 6c recom- penfer, felon que leRoy Pordonne, tous ceux dc fa Maifon. Au temps des Rois Chinois, tous ces Tribunaux eftoient entre les mains dcs Eunuques. A prefent ils font gouvernez par foixante-douze Seigncurs Tartares élevez dans le Palais. Il y çn *
3JL NOVVELLE RELAT10N trois dans chaque Tribunal, qui ont fous eux quan- tité d'autrcs Officiers fubalternes, tous occupcz à 1'expedition du grand nombre d'affaires donc ils fone cbargcz. Cc font-là les principaux édiíicesdu Palais derEmpcreur;carnousn'aurions jamais fait, s'il falloic décrire en détail les autres lieux & bati- mens qui y font enfermez, comme les Maifonsde plaifance, les Bibliotéques, les Magafins, les Trc- fors,lesOffices,lesEcuries & autres chofes fembla- bles. Mais on jugera facikment de ce qui refte à dire, par ce que nous avons décrit cy-devant. Tous les édifices dont nous avons parlé, font cou- verts de tuiles grandes Sc groífes., verniftees dejau- nc, de vert & de bleu, Sc attachées avec des clous pour reíifter aux vents qui font violens à Pe Kim, Le faifte ou le haut qui s'écend toujours de l'Eft à 1'Oiieft , s'éleve au deíTus du toid de la hauteur dune lance. Les extrémitez font terminées par des buftes & destetes deDragons,deTigres,deLions, Sc dautres animaux, qui s'entortillent & s'étendent le long du faifte. Quantité de feftons , de cornes d3abondance,& dautres ornemens fort agréables, fortent de Ieurs bouches Sc de leurs oreilles, ou font attachez z leurs cornes : Et comme tout cc que Ion voit de ces Palais eft verniíledes couleurs que nous avons dites, il femblc à ceuxqui les voyent de Ioin, quand le Soleil fe leve , comme j'ay fait plufieurs fois, quilsfont tous faits ou du moins couverts de puf
DE LA CH1NE. 313 pur or émaillé d'azur & de vcrt, cc qui forme un objet agréable, magnifique & majeftueux. ' * ' ■ Nottes fur le vingticme Chapitre. De plufieurs autres Paiais , & de quelques Tem- pies fituez entre les deux enccintes. PR E Ml E R Paiais fitué a lOrient entre les deux enceintes & du cote du Midy3 comme il efl fur le Plan, & que le Pcre Couplet le dit en parlant de l'Em- pereurk caufe duquel il fut bdti. Ce Pnnce s appelloit Ym cum, ou Kim rum, & fon frere Kimti. Il com- mença a regnerlannée 1436. il fut pris par les Tartares en i6jo. & delivré quelque temps aprés. Son frere Kim ti mourut en 1447- & cét Empercur remonta fur le Tro- ne la mefme année 3 & mourut l'année 14.64.: Le Pont dont parle notre, Auteur efl d'une invention tout-a-fait extra ordinaire , & qui peut feule faire admirer l efprit & 1'induflrie des Chinois. . Second Palau fitué 3 ainfi que les flx qui le fuvvent immédiatement3 entre les deux enceintes. ll s,appelle Hien yam tien, ou Paiais du Soleil Levant. ll fert a ce e brer les Fêtes quonfait les premiers jours de la Lune. Troifiéme Paiais, appclté Van xeu tien, ou Palau de dix milde lies. Jl efl marque prés du Lac par notre Y y
3T4 NOVVELLE RELATION Auteur. Cét Empereur ou Roy Kia cim, Cappelloit au- trement Xi çum ; ll commença a regner en içiz. Saint François Xavier entra dans la Chine en ijçi. cr mou- rut dans l'ljle de Su chuen de la Province de Quam tum, le deuxiéme Decembre de la mefme année. L'Em- pereur Kia cim ou Xi çum, regna jufques en itf7.fon fils Mo çumo# Lum kim, mouruten iç7i. Cr fin pe- tit-fls Xin çum ou. Van lie, commença a regnçr la me- nte année. Le Pere Mathieu Ricci entra dans la Chine en içSj. & l'Empereur Van liéo» Xim Cum, mourut lannte i6zo. Le Roy Kia cim fit faire ce Palais pour travatllcr d la Chimie Cr d la Medecine de 1'immorta-- litc. N Quatriéme Palais, appdlé Cim hiu tien, ou PaUis d'une grande pureté: Je l'ay placé fur une montagne , conformément aux paroles de notre Auteur. ll Certa ce- ie brer la Fêtc du quingiémc jour de la Lune. O Cinçjuiéme Palau, appellé Ym tai tien , ou Palais de la Tour florijfante. On le peut voirprés du Lac en - tre des arbres ffuivant les paroles de notre Auteur. Le R°y J 'va prendre le frais dans les grandes chaleurs. p Sixiéme Palau Van yeu tien, ou Palau de dix mille - jcux & plaifrs. ll efl dans notre Auteur CT furle Plan au bord du Lac CT du cote du IVord. Le Roy y va quand il veut pefcher ou fe promener fur le Lac. CL Septiéme Palais, appellé Hu chim tien, ou Palau des murai lies du Tygre. Le Royyfait nourrir des ani- maux de diverfes efpeces 3 quil va voir quelquefou. La
DE LA CHI NE. jjj Jítuation de ce Pulais ncjl pus marquée en particulier. par nótrc Auteur. Ie l'ay mis a l'endroit opa mu paru le pites large & le plus proprc entre les deux enceinter. Huitiéme Pulais y appcllé la demettre de laFortercjJè ^ dunilieu. Il fcrvoit dfaire fuire 1'exercice aux Eunuques du Pulais. 5*1 fituution ncjl pus non pites marquée par notre Auteur, fl ce nèjl quil le met entre les deux en- ceinteSy ainft que les fx précedens. Premier Templc des quutrc plus conftdérablcs du Pu- 5 lais ; il iappclle Tai quarn mim, ou Palais de gran- de lumiere , & il ejl dedié aux étoiles que nous appeU lons Gardes du Nord. Il ejl dans 1'enceinte inttrieure, & f l'qy mis a lOrient, comme d la place la plus ho- norable, parce quelle ejl d la gaúche de 1'Empereur. Second 'dTemplc, appcllé Tai cao tien, ou Palais T du tres-haut & fbwverain Empercur. C'ejl le Temple de ce jamcux Capitaine déijié dont il ejl parle au Cha- pitre fei^iéme, & je riay pie trowvcrle nem, niletemps précis de ja mort. Poy mis ce Temple au ha^ard d l'Oc- ctdent du Lac, parce que notre Auteur dit fculcment quil eíl entre les deux enccintes. Troijtéme Temple, appellé Macala ticn ou Palais de y la tête de Bccufl Notre Auteur ne marque pus non plus précifcment la fituution de ce Temple. Quatrième Temple Lama tien, efeít-à- dirc, Palais x ou Temple des Lama ; Il eíl dans le PUny comme dans notre Auteur, d lOrient du Lac , au milieu d'une montagne de roches, fui te d la main enpain de fucre, anjec une Tour au fommet. Y y ij
3S6 NOVVELLE RELATION Vinyt quatre Palais qui fervent aux Mandarins qui ont llntendance de la Maifon de lEmpereur. Ie les íiy placc/f du cote de 1'Orient entre les dcux encetntes , ain/t que le dit notre Auteur, qui nen fait aucune def- cription particuliere. Il ne dit rien auffi de quantité d'au- três baflimens , comme Maijons de plaijance Bibhote- quest Maga fins, ojjices, ecuries 3 logemens des Ofjiciers3 Crc. qui feront fouhaitter aux pcrfonnes curieufcs dei, dcfcriptions Cr des Plans plus achcve%.
DE LA CHI NE. 519 CHAPITRE XXI. D es fept Eemples de b Empcreur JitueZj dans Pe kim , & de la maniere dane ce Prince Jort dans lesfonãions publiques» UTRE les Tem pies qui font dans le Palais,PEmpereur en a fept autres ou il va faerifier une fois tous les ans ; cinq dans la nouvellè Ville, & deux dans Paricienne. Le premier de eeux-là s'appellc Tien tam ou Temple du Ciei , fi- rué à deux ítadcs Chinois de la porte prmcipaledo la Ville, un peu à lOrient, & eniouré d une mu- raille ronde de trois íkdes de circuit. Une partie de cet efpace eft occupée par-de crcs-bcaux édihces^ & le refte par des bois frais & épais , donc les-ar- bres fone dune bauceur extraordinaire, & rendent ce lieu auílí fombre& rrifte pournous,quil paroít devoc & vcnerable à ces infidclles. Il a cinq portq? du côté du Midy, trois au milieu commc auPalais auon nouvreque quand le Roy vient facriner, & deuxà-côté.toujours oiwcrtes, par ou encrent tous
NQVV ELLE R EL AT ION ccux qui vont à ce Teniplc. Il a du Sud au Nord fcpt Appartcmcns feparcz, dont fix fone des fallcs & des porcails auíTi grands & magnifiques que ccux du Palais du Roy. Le feptiéme eft une vafte & hautc falle ronde qui reprefente le Ciei, fourenue Tur quatre-vingts-deux colonnes, toute peinte par dedans d'azur& d'or,& couverte de tuiles vernif- fécsd'azur. LeRoy facrifie auCieldans ceTemple, au jour& au moment quarrive leSolftice d'hyvcr, accompagné de tous les grands Seigneurs 6c Man- darins de laCour,&il offre en íacrifice des Bceufs, des Pores,desChévres& des Mourons. Il fait cet- te cerenaonie avcc un grand apparcil & beaucoup de folemnité, mais fur tout avec beaucoup de rci'- pc£t 6c d'humilité j car il ne porte point d'or , ni de pierreries, ni même la couleur jaune, commc dans les autres occafions :mais il eft habillé mode- ftement d'une robe íimple de damas noir ou bleu celefte. Le fecond s'appelle Ti tdm ou Tcmple de la Terre. Il eft íitué vers 1'Oíieft dans une diftance qui ré- pond à celle du precedem , duquel il ne differe qu'en ce quii eft couvert de ruilíes verniílees de vert. Quand on couronne le Roy 6c quTI prend poíleftion de 1'Empirc , il va dans ceTemple,ou il facrifie au Dieu de la Terre. II prend enfuitc des habits de Laboureur , 6c avcc deux Bceufs prepa- rez pour cela avec les cornes dorécs, 6c une char?
BELA C H IN Er v* rué vcrniíTée de vermeil à filets d'or, il Iabourc qucl- que peu un champ enferme dans 1'enclos duTcm- pie. Pendanc quil eft occupé à ce travail, la Reine avec fes Dames, luy prepare en un autre endroic un pauvre & limple diner, quelle luy apporte Sl qu'ils mangent eníemble. Lcs anciens Chinois infti- tucrenpcerceceremonieaíin que lcs Roys fefouvinf- fent que leurs revenus venoient des travaux Sc des fueurs du pcuple, & quainft ils devoient les em- ployer feulemenc en des ouvrages neceífaires , Sc pour le bien de 1'Ecat, Sc non pas en des édifices mutiles, en des divcrtiíTcmens exccílifs., Sc en des dépenfes fuperflues. Au Nord de ces deux Temples ^ il y en a trois autres éloignez de deux ftades Chinois des portes, Sc du milieu des muraillcs du Nord de 1'Eft Sc de 1'Oiieft, Sc qui font entierement íemblables aux deux precedens. Celuy qui eft du côté du Nord s'appellc Pc tien tan , ou Temple Scpreiitrional du- Ciei. Le Roy yfacrifie au Solftice d'Eftc •, à 1'Equi- noxe du Printemps dans celuy qui eft du côté de 1'Eft, appcllc Ge tam y ou Temple du Soleil;& à l'E- quinoxe d'Automne , il facrifie dans le Temple Occidental, qu'on appelle Yhc tam ou Temple de la Lune. Avant que de faire ces facrificcs, on ob- ferve par ordre du Roy, dans Pe k/>w,un jeune de trois jours, durant lefquels il eft deífendu de man- ger ni chair ni poiíTon, ô<: Von ne traite aucune a£*
SBò N&VVELLE V, EL AT ION faire, principalement ctiminelle,dans les T ribunaux; cc-qui reflemble fort à nos jeuncs des Quatre- Temps.'Jedcnianday un jour a un homme de-Let- tres,ré qtfãb prfcrendoient obtenir par ccs jeunes & eès facrifices, & commcnt ils pouvoicnt dire que ja- mais le Roy ny la Reyne ne facrifioiew publique- mcnc aux Idoles, puifque le Ciei, la Terre, le Soleil & la Liiiife eftóient des corps inanimez , & qui ne meritoíenc pas les bonneurs & les íacrifices j qui neftoient dus qu a Dieu feul qui les avoit créez. 11 me repondit que le mor Ciei avoit deux íigni- fications j car on entendoit premierement le Ciei materiel, appellé Yen bím chi tien} qui cft celuy que nous voyons, &c dont nous reíTentons^les efFets, ainfi que du Soleil, de la Lune & des Etoiles : Se- condement le Ciei immateriel, appclle Ycu du bim chi tien , qui n'a point de figure, & qui n eft autre chofe que leCreateur & le principc de toutes cho- fes. Ceft à celuy-cy , àjoiita-t-il , que les anciens Chinois adreíToient leurs facrifices & leurs jeuncs, pour 1'appaifer fk. le remercier des bienfaits que nous en recevons continuellement, principalcmcnt dans les quatre íaitons de 1 annec. Mais que com- meles hommes font groífiers & chameis, ilsavoient oublié le veritable Seigneur & Maitre de toutes chofes, & ne fongeoient plus qu au Ciei materiel que nous voyons :Qjae toutefois dans lesTcmplcs d u Ciei, de la Terre, du Soleil & de la Lune, qui neíloienc
7) E LA CHI NE. 361 ifeftoicnt nommcz ainfi que pour la diftin&ion des faifons & des facrifices , lc Roy ne facrifioic pas à ces creatureSjComme lc Pcuplc fc limaginoit, mais au Ciei fpirituel. Le íixiéme Templc,fitué dans 1'ancicnneVillc, s'appelie Ti uam miaó, ouTemple dc tous les Rois paílez. Ccft un grand & magnifique Palais , avcc beaucoup d'Appartemens, de portails, de courts ÒC defalles,dontla dernierc eft aufli belle,auífigran- de & auíli bicn ornccquc celles du Palais du Roy. On y voit dans de riches trones les ftatues de tous les Empcrcurs de la Chine, bons & mauvais, durant quatre mille' cinq cens vingt-cinq ans, depuis le premier appellé Fo hi, jufqifau dernier nomme Xun chi, perc dc celuy qui regne à prefent. Ce Temple eft íitué au milieu d'une des plus belles rues dc la Villc. Ccttc rué, des deux côtez des por- tes du Temple, eft traverfée par deux Ares de Triom- phe à trois portes, éleycz , majeftueux , & dignes d'eftrc admirez. Tous ccux qui paíícnt dans cette rue,de quelque qualité quils íoient, mettent par refpcâ: pied à terre quand íls arrivent à ces Ares, & marchent à pied jufqu a cc qu ils ayent palie lc frontifpicc du Tcmple.Le Roy y fait des Ccremonics une fois l'année , àtous fes Predccefleurs. Les Ccre- monics qu'on obferve dans cette íolemnitc & dans toutes les autres , font en fi grand nombre , & dc tant dc fortes, que nous nc finirions jamais, íi nous
)6z NOVVELLE RELJT ION voulions les décrire routes : mais on en pourra ju- ger par ce que nous en avons rapporté Le íepticme s'appelle Chim hoám miao, ou Tem- pie de 1'Efpnt qui garde les murailles. Il eft prés des murailles en dedans du côté de 1'Oiicft.LeRoy n yfacrifie pas, mais les Mandarins; & toutefoiscet- re fon&ion.eft comptéeparmilesíacrifices Royaux, tanc parce que le Roy en faie la dépenfe, qua cau- fe que c eft luy qui nomme ceux qui doivent fa- crifier cn ia place. Toutes les Villes de 1'Empire ont cn même íituation, unTcmplc pareifdedié à l'Ef- pric qui Jes garde , comme íi nous diíions dedié à 'Ange tutela ire de chaque Villc. Voiíà ce qui re- gardeles Tcmplcs de 1'Empereur. Il nous rcfte à décrire 1'appareil avec lequcl il a acoutumé de for- tir de íbn Palais. L'Empereur fort de fon Palais en deux manieres. La premiere, quand il va à la chaflfe ou à la pro- menade ; ce qui eft coníideré comme une aótion privée , & alors il n'eft accompagné que de fa o-ar- de, & des Princes duiSang & autres grands Sei- gneurs, qui marchent devant, derriere, ou à co- te, felon leur rang Ôc leurs préeminences. Cette fuite eft denviron deux mille hommes, tous à cheval &c magnifiques en leurs habirs, en leurs armes, & dans les harnois de leurs chevaux, ou l'on ne vo-ic qu'é- toffes de loye ,broderies d or & d'argent & pierres precieufes. Certainement, aprés 1'avoir bien confi-
DE LA CHJNE. ^ deré, je doute qu'aucun Prince de la Terre paroifle jamais dans une calvacade avcc une potnpc pareil- le à celle que nous voyons en certe Cour, quand 1'Empereur fort de fon Palais & de la Ville , pour fe divertir dans fcs jardins Sc dans fes pares , ou fiourchaííer à la campagne, dans les bois, ou dans es montagnes. La feconde maniere eft, quand l'Empereur fort pour faire quelque facrifice, ou pour quelque autre fon&ion publique , & aíors il marche de cette forte. Premicrement, on voit paroítre vingt-quatre hommes avec de grands tambours, en deux files de douze chacune, comme tous ceux qui fuivent. . Deuxiémemcnt, vingt-quatre trompettes, douzé par bande. Ces inftrumens font faits d'un bois ap- pellé Vtum xú, fort eftimé desChinois, qui difent que quand 1'oifeau du Soleil veut fe repofer, il le fait fur les branches de cet arbre. Ces trompettes ont plus de trois pieds de longueur,& prefque un palme de diamettre à 1'emboucheure. Elles ont la forme d'une cloche,font ornées de cercles d'or,& s'accordent aubruit& à la mefure des tambours. t Troiíiémcment, vingt-quatre batons, douze par bande , longs de fept à huit pieds, verniííez de rouge, Sc ornez de fciiillages dorez avec leurs ex- trémitez de même. Quatriémement, cent halebardes, cinquante par Zz ij
I 364 nowelle relation bande, avec lcurs fcrs cn forme de croiífanr. Cinquicmement,cent mafles de bois dorées, cin- quante par bandc, avec des batons de lalongueur d'une lance. Sixiémcment , deux perches royales appcllécs Cajf, vcrniííecs de rouge avec des fleurs, &c les extremitez dorccs. r Septiémcment, quatre cens grandes lanternes, ri- chcment ornées,& curicufemcnt travaillées. ó Huitiémemcnt y quatre cens ftambeaux forc cn- jolivez,& faits d'un bois qui coníervc longtemps k feu & rend une grande clarté» c Neuviémement, deux cens lances , ornees au bas dufer,les unes dc flocons de foyede diverfes cou- lturs,& les autres dcqueucs depantheres,deloups, dc renards & d'autrcs animaux. Dixiémemcnt, vingt-quatre bannicres , fur lef- quelles font peints les íignes duZodiaque , que les Chinois divifent en vingt-quatre parties, au licu que nous nc le divifons qu cn douze. Gnziémement, cinquante-íix bannieres,oufont les cinquante-fix conftcllations, aufquelles les Chi- nois reduifent toutes les étoiles. Douziémement, deux censgrands éventails fou- tenus par de longs batons, dorez & peints de diver- fes figures, dc Dragons , d'oifeaux , du Soleil , & d'autres animaux. Trciziémement, vingt-quatre parafols richement
t)E LA )(S brna , & toujours en deux bandes, comme il » '^mímcmcnt, buir fortes dudancda dont lcRZv fc fcrt ordinaircmcnt, commc une napp-,u» baííind'or,une éguiérc dc mêmc macierc,&autr chofcs femblables. >, comme P Scixitmtmenc r,eonrvoit fortir cem Lan«rs^ des deux côcex en dedans les Pages dc kChambr. lucStfld'» beauté * d'une rlcheffe .ncroyablc,& figrand quilfait om- bre au Roy & au chevab u-Betit» Dix-íeptiémement ,Us Prmees doSang.lepetua Róis, & un grand nombre de grands Se.gneurs, .fo perbement vêtus & rangez des dcux cot , p fanes & par files felon leurs preeminences Dix-huitiémeinent, cinq cens jeunes Gentilsh A* rpmnereur richement habillez. mCSDt neXement, mrlle hommes, cino cens par bande,appcllcz ftóiCcft;adire:VJ«
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DE LA C.tílNE. 367 fítué,Jelon notre Auteur, a deuxflades Chinoisde la Porte principale de la Dille y c efl-d-dire, de la porte du Midy, un peu a 1'Orient. ll efl entouré d'une muraille rondey de trois flades de circonference. On peutvoirle refle dans le Plan. Le Roy y oja facrifler au Solfltice d Hyver. Les quatre autres Temples font d'une flryflure enticre- ment femblable au premier. Le fecond > appellé Ti tam, ouTemple de la Terre 3 efl fltué vers le Couchant dans une diflance de la Porte principale proportionnée a celle du précedent. DEmpereury facrifie au Dieu de la Terre le jour de fon Couronr.ement avec les ceremonies rap- ponées par notre Auteur. Le troiféme efl éleigné de deux flades de la Porte du Nord3 & s'appelle Pe tien tam, ou Temple Septentrional du Ciei. Le Roy y facrifie au Solflice d'Eté. Le quatriéme efl èloigné de deux flades de la Porte Orientale. Il s'appelle Ge tam, ou Temple du Soleil, & le Roy y facrifie d 1'Equinoxe du Prin- temps. Le cinquiéme efl eloigné de deux flades de la Porte Occidentale. ll s'appelle Yuc tam , ou Temple de la Lune, & le Roy y, facrifie d 1'Equinoxe d'Au- tomne. Si l'on donne fei^e flades de longueur d la nou- ojelle Ville 3 felon le fentiment du Pere Adam, il faudra mettre ces deux derniersTemples plus loin & d la mi- me diflance de deux flades des Portes de l'Efl & de 1'Oiieíl. Deux Temples fltuef dans 1'ancienne ViUe. Le pre- & x. mier s'appeite Ti vam miao, ou Temple de tous les Rois paffef. C'efl un gr and & magnifique P alais, ou l'on
3«S NOVVEILE RELJTJON loit fur des Trones, dans la falle principale yles ftatues de tous les Rois de la Chine 3 bons & mancais depuis Fohi. Nôtre Auteur, pour mar quer fa fituatien3 dit fèulement quil efi au milieu d'une des plus belles rués de la Vide , accompagné de part & déautre de deux Ares de Triomphey quon a marque^ dans le Plan. Ainfi ce Temple ne petit pas efire place au Midy du Palais 3 par- ce que ce cote eh occupé par les avanteourts & par les premiers Appartemens du Palais, le n ay pas cru le deuoir mettre
DE LA CHI NE. 3«9 les Mandarins de tEmpire. Il a quatreTribunaux fub- alternes t qui s'ajfcmblent en ce mefmc Palais , dans les deux enfilades d' Appartemens quony voit a droitft) a gaúche, celle du milieu efiant deflinée pourle Tribu- nal fuprême; &• cejl la mefmc chofe des cinq autres qui occupent toujours les Appartemens du milieu
570 NOVVELLE RELATION rien de plm partiolier tomba»t leur fa na m» & iear fabrique: ll y a toutefois apparence qu.lsfontfam cem- me les precedem. Lepremicr, qu on peut jitmfir le p Septerarionnal, sappelleHeufu 2je. Lefecond,Tfo (à, o» M ganche. Um,fie- me Yeu fu, ou aíle droite. Le quatrieme3 Chum tu, ou Corps de bataille. Le cinquiémc, Cien fu, on Avant- . ^ Le Pere Magaillans ne dít rien de la ptuation des p alais de tant d'autres Tribunaux de Pe Kim dont d fait la defcription. Ih fint apparemmenf dam leslteux oh il dtt en general quily a des Valais & des Tribu- naux, comme dam la rué du Perpetuei repôs , & dam les autres endroits marque*, dans le Piam ll ny a rien a obferver fur ce qu ti dit de a marche ou fome de 1'Empereur, finon que le Pere Adam la de~ crit a peu prcs de mefme.. F IR -
*7l oAPRECE DE LA VIE ET DE la mort da R. Pere Gabriel de Aíagaillans, de la Compagnie de J £ S U Sj, Jidifítonnaire de la Chtne : Fait par le R. Pere Louis Baglio, fon Compagnon infeparable durant trente-fix ans s & envoyéde Pe Kim l'an 1677. E Pere Gabriel de Magaillans Portu- ais, nâquit l'an 1609. de parens no les & pieux. Il paífa fes premieres année-s dans la maifon d'un de fes oncles, qui eftoit Chanoinc , & qui pric foin de 1'élevcr dans la pieté & la crainte dc Dieu. Il écudia enfiiite dans les Ecoles de la Com- pagnie de Jesus, dc la celebre Univeríké de Co- nimbre, ou émeu par le bon exemple de ces Peres, il refolut de quitter le monde, & fut reçú dans la Compagnie à l'âge dc feize ans. Eftant encore No- vicc , il demanda d'eílrc envoyé aux Miflions des Indes Orientales; ce qui nc luy fut accordé qua- pres quil eut achcvé fes études dc Rhctorique & Aaa ij
* 37* jlbregé de la me de Philofophie. ll arriva cn 1634. a Goa, ou il fut auíTi-toft employé à enfeigner la Rhetorique aux jeunes Religicux de la Mallon. Deux ans aprés il demanda inftammcnt d'eftrc envoyc à la Miílion du Japon -T cc que fes Supcricurs luy accorderent avec beaucoup de peine, à caufe du progrcz ex- traordinaire que íes écoliers faifoienc fous un tel Maítrc. Quarid il fut arrivé àMacao,lc Pcre Vifi- teur luy ordonna dcnfeigner la Philofophie-, à quoy il commcnça à fc difpolcr r mais il vint cn mêmc tcmps un Mandarin Çhréticn qui lc dégagca de cctte occupation. Le Pere Viíiteur vouloit profitcr de 1'occaíion de cet OíEcier, pour faire cntrer dans Ia Chine quclque homme de mcrite pour aider lcs autres Mifíionnaires. Il nc s'cn trouva poinc dans ]e College qui fut proprc pour ce Pais-U : ainfi lc Pcre Magaillans proíitant de cettc conjon&ure r demande avec empreífement cet employ, qui luy fut accordé. Il parrit avec lc Mandarin, & arriva à la ville de Ham cheu, Capitale de la Provincc de Che Kiam,oú fe trouvoit alors le Pere Vice Provincial. £n cc temps-là,on reccut nouvelles de la Provincc de Sú chuen} quclc Pere Loiiis Buglio qui eftoit al- ie y fondcr une Miflion eíjoit malade, & n'avoit au- cun Compagnon: le Pere Magaillans soífrit & ob- •tint de Paller aílifter. Il y avoit quatre mois de che- min depuis Ham cheu jufqu'à la Capitale de la Pro- vincc de Suchuen , toutefois il y arriva hcurcuíbr \
du R. P. AíagailUns. $73 mcnr, & fut#d'un grand fccours ãu Pcre Buglio. II sappliqua avcc grand foin a letudc dela Langue & des lettrcsChinoifes,qu'ilapprit avcc bcaucoup de facilite. Deux ans aprés, il s'éleva une grande perfccu- tion contre les Predicateurs de 1'Evangile , cxcitéc par les Bonzes de cettc Provincc , qui s'eftant af- femblez cn grand nombre desVdles voifines, accu- ferent les Peres dc rebellion dans tous les Tribu- naux de cette Capitalc. Le premier Mandarin du Tribunal du crime , craignant que les Bonzes ne caufaílènt quelque revolte dans un temps ou Ic Royaume cíloit troublé par divers foúlevemcns, ordonna que les Peres feroient fuftigcz, & enfuite chaíTcz des limites dc la Province. Mais eux fe con- fians cn raíliítancedeDicu,& en la protc&ion des Mandarins,dont la plupart eíloient dt leurs amis,. n'abandonnerent point leur demeure. Les Bonzes afíichoient chaque jour dans les principaux quar- • ticrsdela Villc,des libclles contrc les Peres, & mê- me contrc les Mandarins:mais un Mandarin der- mes Chrétien prenoit foin dc les faire tous arra- cher par fes foldats. Les Peres de leur côté firenr quelques Livres, ou lis expliquoient les veritez dc la Foy,& détruifoient les impoftures dc leurs aver- faires. Cette perfecution dura trois mois, aprés lef- qucls les Bonzes, foit quils craigniífent les Manda- rins qui protegeoient les Peres,ou quilsmanquaf-
374 dbregé de la vie fent d'argent pour fubfifter plus long-temps dans la Capitale, fe retircrent les uns aprés lcs autrcs j & alors le Gouverncur de la Ville, qui favonfoit ces Peres, priva de fachargc le Supcrieur des Bon- zes ; ce qui impofa íilence à tous les autrcs , & acheva detouffer ccttc affaire. Peu de remps aprés ilsfurent expoíez à une per- recution beaucoup plus à craindrc que la premiere. Le rcbelle Cbam bien chum fuivy d'une grande Ar- mée, & mettant à feu & à fang tous les lieux par ou il paíToit, s'avança vers la Capitale pour s'en emparer & prendre enfuite le titre d'Empereur de la Chine,com- rac il fit. Quantité de gens, pour éviterfa fureur, allercnt fe cacher dans les montagnes, & lcs Peres les imiterent pour attendre que ces defordres fuf- fent calmez. Ce rebellc prit en trois jours la Capi- tale , oju il St un grand carnage ; & trois mois aprés ayant appris que beaucoup de gens s'eftoient ca- chcz dans les montagnes, & que les Peres y eftoient auílj ; il y envoya plufieurs troupes de foldats qui • cn rameuerent un grand nombre & les Peres avec cux. Quand ils furent arrivezen fa prefcnce,il les reçut avec des honneurs extraordinaircs , & leur promitquauííi-tôt quílferoit paifible poíícíTeur de l Empire, il y feroit élever de magnifiques Eglifes en 1'honneur du Seigncur du Ciei. Il leur fit ce- O • \ 1 pendant donner une grande maifon, ou ils expo- ferent 1'imagc de nôtrc Sauveur & baptiferent plu3
du R. P. Magaillans. yj$ íieurs pcrfonncs, entrautres lc bean-pere dcce Ty- ran. Des trois ans quilfe maintint dansfonufur- pation, il fe gouvcrna pendant la prcmierc avce beaucoup de jufticc & de liberalitc : mais ayant eílé irrité par pluíieurs foulevemcns qui fe firent cn divers cndroits, il refolutdaller conquerir laPro- vincc de Xenft, dont les peuples font tres-belli- queux,. & de mettre avant que de partir celle dc Sn chuert hors d'ctat de fe revoltcr. Suivant ce cruel deíTein il fie perir une infinitc dc gens par diverfes fortes de tourmens. Les uns eftoient mis en quar- tiers, les autres écorchcz tous vifs, d'autres coupez en piecês peu à peu, & il y en avoic d'autrcs quil ne vouloit pas quon achevâc de faire mourir. Il fir maíTacrer cent quarante mille foldats de la Pro- vince de Sít chuen, qu'il laifia prefque dépeuplée. Les Peres vôyant cerre eííroyable cruaute, & per- dant 1'efperance de pouvoir faire aucun progrez fous le Gouvernement d'un Tyran ÍI barbare, luy prefenterent une Requeftc pour luy demander la permiííion de fe retirer jufqu a cc que les troubles dont ce Royaume eífcoit agite , fuflent appaifez. Ce Tyran fut tcllement irrité de cettc demande, que deux heures aprés il envoya chercher les dc- meíliques des Peres & les condamna à cftre écor- chcz., les accufant d'avoir infpiré cette penfée à leurs Maítres. Les Peres y accoururent pour leur íauver la vie, & luy dirent, comme il eftoit veri-
3 "7 6 yfbrege de la vie tablc , que ecs pauvres gens navoient ancune connoiíTance de leur deíTein : mais aprés quelques difcours, ce barbare fie prendre les Peres & ordon- na qu'on les conduifift au lieu du fupplice, & qu'on les miít en pieces ; ce qui auroit cilé execute, íi pendant quon les menoit à la boucherie fon pre- mier Capitainc, quil avoit adopte pour fon fiís, n*eut par fes raifons ôc par fes pricres obtenu leur gracet Le Tyran envoya donc cn diligence pour les faire ramener en fa prefencc, ou aprés lesavoir chargez d'injures, il les mit entre les mains de quel- ques foldats, avec ordre de les garder jour & nuit. Us demeurerent un mois en cét eftat, au boutdu- quel il les fie amener un matin devant luy. Ils le trouverent occupé à faire cxccuter à mort un grand nombre de gens, & ils crurent que leur derniere bcure cítait venue : mais Dieu permit que dans ce moment les fentinelles vinrent 1'avertir qu'on voyoit paroiftre quelques Cavaliers de lavantgarde des Tartarcs. Il nc voulut pas y ajouter, foy &il' fortit fans armes, avec quelques perfonnes afidécs, pour s'en éclaircir : mais dés le commencement dc refcarmouche il fut tué d'un coup de flcche dans lc cceur. Les Peres fc voyans libres par la mort du Tyran , voulurent fc retirer à leur maifon. Eu chemin ils rencontrerent une troupc de Tartarcs qui leurtirerent pluíicurs flécbes. LePerc Magail- lans eut le bras droit traverfé de pare en part, &í
dii R. P. Magaillans. 377 le Perc Buglio cut la cuiífe droite perece d'unc flé- che,dont le fer demcura fort avant dans la chain Le Perc Magaillans vouluc lc Iuy arracher, mais il ne put en venir about, même en y employant les , dents. Rcgardant de tous côtez dans cettc extré- mité, il vic auprés de luy dans le lieu écarté ou ils eftoicnr, dcs tenailles, avec le fecours defquellcs il arracha lc fer de la playe, d'ou il forcit une gran- de abondancc dc fang. Le foir du même jour ils furent prefentez au Prince qui commandoit lar- méc,&quiayanc cfté informe dece quils ctoient, les traita avec beaucoup de bonté , & ordonna à deux Seigncurs davoir íoin de leur fournir tout ce qui leur feroic neceífaire. Les Peres fupporterent de grandes fatigues du- rant plus d'une annéequils fuivirent i'arméc, juf- qu'à leur arrivée à PeKim 3 particulierement faute de vivres qui manquerent aux troupes pendant ue temps. Le Pere Magaillans fut reduit du- rant trois mois à vivre dc riz en petite quanti- té, cuit avec beaucoup d'cau. A leur arrivée à la Cour lc Tribunal des Rites qui prend foin des étrangers j les fie loger dans rHôtellerie Royale, avec des proviíions fort amplespour leur entretien. Ilsy demeurerenc deux ans,aprés lefquels on char- gea une perfonnc de confideration du foin de les entretenir, & pendant rout ce temps ils s'occupe- íent à prêcher la Foy , òí baptiferent beaucoup dc Bbb quelq
373 dbrcgé dc la njie perfonnes. Ils furent fept ans a la Cour avant que d'cftre connus du Roy: mais cc Princc ayanc ap- pris qui ils cítoient , cn témoigna -beaucoup dc joyc, & leur donna une maifon , une Eglife , des revenus&de 1'argent pour leurs veftcmens. Le Perc Magaillans,, pour témoigner au Roy fa reconnoif- fance de tant de bien-faits, s'occupoit jour & nuit a luy fairc plufíeurs ouvrages curieux & ingenieux, ne laiíTant pas toutefois de s'employer à la conver- íion des amcs,& de vive voix,&par écrit. Ilcom- pofa diverfes Relations, & traduiíit le Livre de S> Thomas d'Aquin de la RefurrcótiondesCorps, qui fut receu avec beaucoup d'applaudiíTement. Le Roy mourut huic ans aprés, & parce que fon íils qui regne prefcntcmenc, eíloic encore fort jeu- ne, il établit quatre Regens pour gouverner 1'Em- pire jufquà ce que fon fils euc l'âge neceífaire. Au commencemcnt de leur regence, quelques valets dun Mandarin Chrétien, pour fe venger de leur Maítre contre lequel ils eftoient animez, accufe- rent fauílement le Pere Magaillans d'avoir donné des prefens en faveur de ce Mandarin qui avoit cfte prive de fa Charge ; ce qui eft un grand crime dans la Chinc. Le Pere fut amené au Tribunal du crime , ou on luy donna deux fois la queftion en luy íerrant les pieds avec des douleurs extremes, fans qu'il fe plaignit jamais , ni quil confeífât au- cune chofe, parce quil n'eftoit coupable de rien.
\ du iv. P. MagailUns. 3^9 Toutcfois lcs Juges contre toute juílicc , 1c con- damnercnt à eftre étranglé , & cnvoycrcnt felon la coutumc lcur fentencc aux quatre Regens: mais ccux-cy , tant parce quil cftoit étranger, qu a cau- fe quils connoifloient fon innocence , le declarc- rcnc abfous & luy rcndirent ia liberte. Trois ans aprés, dans la pcrfecution, que fouf-* frirent tous lcs Peres pour la Religion , il fut pris avec les autres,& attaché quatre mois entiers avec neuf chaínes, trois au col, trois aux mains, & trois aux pieds. Il fut enfuite condamné a quarante coups dc foiict, Sc à eftre exile pour toute fa vic dans la Tartarie : mais un grand tremblement de terre qui furvint à PeKim, le fit delivrer avec tous fes compagnons. Ils'occupa depuis durant pluíieurs années, tant aux fonótions ordinaircs de la MiíTion qu'à divertir par fes inventions ingenieufes le Roy regnant, qui avoit pris poííeílion du gouverne- ment: travaillant comme un íimple ouvrier, afín que la faveur du Prince fervit à maintenir & aug- menter la Foy; ce qui cftoit fon umque but. Trois ans avant fa mort, les playes quil avoit cues aux pieds àcaufe de la qucftion quil avoit en- durée,fc renouvellerent avec de grandes douleufs, quil fupportoit avec beaucoup de patience. A ces doulcurs fejoignirent deux mois avant quil mou- rut, des fluxions qui luy cmpêchoient la refpira- tion, Sc 1'obligeoient à dormir aílis pour i\c pas Bbb ij *
380 Abrege de la vie eftre fufíoqué; ce qui luy fie paíTer pluííeurs nuics > fans fermer les yeux. Ricn nc luy manqua durant fa maladie, mais les remedes ne purent furmonter la force du mal qui s'augmentoit de jour en jour. Enfin le íixiéme de May de 1'année 1677. entre íix & fept heures du foir, eílanc aífis dans fa chaife, & le mal Ie preífant plus quà 1'ordinairc, ílfie ap- peller les Peres,qui luy donnerent le Viatique & rExcréme-Onótion , ayanc fait quelques jours au- paravanc uneConfeíTion generale. Sur les huit heu- res il rendir paiíiblement 1'amc à fon Createur, en prefence de tous les Peres , des domeftiqucs, des voiíins, & de plufieurs Mandarins Chrétiens qui fondoient tous en larmes. Le jour fuivanr, le Perc Ferdinand Verbieft , à prefenr Vice-Provincial de cette Miílion, alia de bon matin donner avis au Roy de la more du Pere. Ce Prince luy dic qu il s'en retournât à fa maifon, ou il envoyeroit bien- tôt fes ordres. Une demy-heure aprés , il envoya trois perfonnes des plus coníiderables du Palais porter un Eloge en 1'honneur du Pere , deux cens Taels ouenviron 800 franes, & dix grandes pieces de Damas pour 1'enterrer, avec ordre de faire les ceremonies accoutumées devant lecorps du défunt, &dc le pleurer:ce quils firenten repandanfbeaa- coup de larmes en prefence de 1'aíiemblée. L'Eloge que le Roy donna au Pere eftoir en ces. íermes : .o'l . , • • r ^ (i oca
du R. P> Magaillans. 3^1 Je vicns d'apprendrc que Nghan uen fu (^ccft lc nom quon donnoit au Pere dans la Chinc ) eftoit mort de maladie : Je luy fais cette ecriture en con- íideration de ce que au temps de mon pere premicr Empereur de nôtre Famille, ce Pere par fes ouvra- cTes in^enieux donna dans lc genie & dans lc gout de mon pere, & de ce que apres les avoir inven- tez, il prit íoin de les conferver avec une diligen- ce extreme & au dela de fes forces > mais encore plus en confideration de ce quil eíloit venu de ir foin & d'au dela de la mer, pour demeurer commc 'il afait plufieurs années dans la Chine. C eftoit un homme véritablement fincere & d'un efprit folide, ainfi quil Pa fait voir duranttout lccoursde favic. J'efperois que fa maladie pourroit eftre furmontee par les remedes •, mais contrc mon attente il s'eft éloio-né de nous pour jamais, a mon grand regrec & au fenfible déplaifir de mon cceur. Par ces rai- fons je luy fais don de deux cens ecus, & de dix gran- des pieces de Damas, pourfaire connoitre que mon deííein eft de ne jamais oublier des vaflaux vénus de fi loirr. Il y avoit au bas, Paroles de /'Empereur. L'année feiziéme de l'Empereur Cam bi, le fixié- me j-our de la quatriéme Lune •, ce qui répond au fcptiéme de May de lannee de Jesus-Christ 16-77. un jour apres la mort du Pere. Qn fit imprimer cct Eloge, ainfi quun abrege
3 §2. Abregé de la njie de Ia vie du Pere, & on le diítribua aux Princcs, aux grands Seigneurs, aux Mandarins, à nos amis & aux Chrétiens : ce qui fut d'un grand poids pour aucorifer nôtre fainte Loy, en faiíant connoiílre à touc le monde 1'eftime que le Roy faifoit des Pré- dicatcurs de 1'Evangile. Deux jours aprés le Roy envoya de nouveau Ies mefmes rrois perfonnes pourpleurer devant le corps du deffunt, &s'informer du jour quil feroit enter- re , parce qu'il leur avoir ordonné de 1'accompa- gnerà la fepuhurcj ce quieftun honneur extraor- dinaire. Les Peres navoient pas averti leurs amis dccctte mortjdc peur de les incommoder : toute- fois il y cut un grand concours d'amis & de Man- darins qui vinrent avcc des prefens faire les cere- monies accoutumécs ; d'autres envoyerent des Elo- ges du Pere, écrits fur du fatin blanc. Quelques jours avanc quil fuít mis en terre, les mefmes hommes vinrent dire, que le Roy vouloit que Ienterrement fuft fait avec magnificcnce. Les Peres, tant pour fe conformcr à. la volontéduPnn- ce, que pour faire honneur à l'Eloge quil avoit envoyé par une grace particuiiere , íirent des pré- paratifs extraordinaires. Le jour de rEnterremcnt les trois hommes du Roy vinrent de fort bonne heure pour accompa- gner le corps, fuivant 1'ordrc quils en avoient. Il y vint auíli bcaucoup de Mandarins, d'amis, &
)è du R. P. Magaillans. 383 dautrcs perfonnes pour le mcfmc cfFct. Laceremo- nie fut faite en la manicre fuivantc. Dix foldats marchoicnt dcvant avcc lcurs armes pour écarter la foule. Ils cftoient fuivis dc dix Huif- íiers de divers Tribunaux, qui portoient des Ta- blcaux ou eftoit écrite une Ordonnancc des Man- darins pour faire fairc placc, íous peine de châti- ment. Vingt-quatre Trompcttes & Haut-bois, avec diverfes fortes dmftrumens paroiííoient aprés & précedoient 1'Eloge du Roy, ecrit fur du fatin jau- ne, porcé dans une litiere ou brancard Ôc entourc dc quacre-vingcs pieces de fatin dc diverfes cou- leurs. Cét Eloge eftoit accompagné de pluíieurs Eunuqucs Chrêtiens, dont quelques-uns fervoient la propre perfonne du Roy. On voyoit enfuite trois autres brancards ornez de pluíieurs pieces de foyc t Dans le premier on portoit la Croix dans lc fc- cond 1'image de la Sainte Vierge j & dans le troi- íiéme, cellede Saint Michel TArchange. Entre ccs brancards qui eftoient à une aífez grande diftancc les uns des autres, marchoit un grand nombre de Chrêtiens, dont les uns portoient les bannieres, les autres les lanternesy les autres les encenfoirs , dautres les cierges, les odeurs, & beaucoup d'au- tres chofes. On portoit aprés, dans un autre Bran- card, le portrait duPere entouré de pieces de foyey que le Roy avoit fait faire fort au naturel il y avoit trois ans, avec ccux de tous les autres Peres, par
^4 jébrege de la vie un fameux Peintre du Palais. Cc portraic eftoit íuivy par une grande multitude dc Chrêtiens y d a— mis Sc de Mandarins, entre lefqucls il y en avoic plus de foixante habiilcz de dciiil. Les Peres mar- choient les derniers , ímmédiatement devanc un íuperbe cerciicil, pofé dans une manicre dc poile de bois vernifíe or Sc vermeil , dont le ciei eftoit d*unc riche picce de vclours rouge , Sc qui eftoic environncdequelquespieces de damas blanc &bleu donnécs par le Roy. Ce cerciicil eftoit porté par foixante - dix hommes, qui avoient chacun à la tefte un bonnct de deiid. Le nombre de ceux qui aífiftoient à 1'Enterremenc eftoit fi grand,. que les derniers cftoient éloignez des premiers de plus d'un mille. Quand on fuc arrivé au lieu dc la fcpulture on chantá les Répons, avec les autres pricres Sc ceremonies ordinaires des Chrêtiens. Huit Mandarins Chrêtiens vêtus dc furpfis, aftiftoient le Pere qui faifoit 1'Officc : Les Chrêtiens chantc- rent devotement les Litanics de la Saintc Vierge, Sc enfuitc on mit le corps dans le fepulchrc fait de brique. Aufti tôt que la ceremonic fut achevéc, on entendit les plaintes Sc les cris de toute rAflcm- bléc, accompagnezdclarmesqui faifoient connoí- tre quils proccdoient d'une veritable afflidtion. Les trois hommes de 1'Empcrcur rendirent les mê- mes devoirs à la memoire du deífunt. Trois jours aprés ils revinrenc par ordredu Roy,& íirent les mêmes
du R. P. fylagaillans. 3 g j mêmes ccrcmonics que lc jour de 1'Enterrement. On n'a point veu dans cctte Cour dc funerailles plus celebres par la multitud edeceux qui s'y trou- verenr, par leur modcftie, par leurs larmcs & par leur affli&ion íincere,par les hcnncursque leRoy fn au deffunt, & par 1'Eloge quil luy donna con- tre Tufagc ordinairc. Auíli ce bon Pere meriroit bien toutes ces marques deftime par 1'humiÍité qu'il faiíoic paroírre dans routes fes aótions par fon extreme charitê pour tout le monde, & parti- culiercmenc envers les pauvres, par laffabilité quil témoignoit à toutes fortes de perfonnes , par les travaux quil a foufferts pour 1'amour dc Dieu , & par le zele quil avoit pour laugmentation de la Religion Chrétienne, mefme aux dépens dc fa re- putation. Lc Roy ayant appris des perfonnes quil avoit deputées pour cette ceremonie , la folennité avec laquellc elle s'eftoit faice, en fie paroítre beaucoup de joye ; & quand les Peres allcrcnt le remcrcier, il les fie approcher forc prés de luy, les traita avec une douccur & une bienveillance toute particuliere, & les confola avec des paroles plcincs de bonté.
Extrait du ^Privilege du Roy. PA r Lettres Patentes du Roy données à Verfaillcs le cmquiéme jour dc Mars 1688. Signées Gamart , &C íccllées: II eft permis à Claude Barbin de fairc imprimer un Livre intitule N ouve lie ReUtion de laChine ,contenant la Vefcription des p articularitex, les plus conjtderables de cegrand Empire , & cependant le temps de huit années, à cora- mencer'du jour quil fera achevé d'imprimer: avec defen- fes à tous autres de quelque qualité &c conditions qu'ils foient, d'imprimer ou faire imprimer ledit Livre fans le confentemcnt dudic Expofanc, Tur les peines portécs par lcfdites Lettres. Eegifiré fur le Livre de la Communauté des Jmprmeurx & Libraires de Paris, le 11. Mars 1688. fuivant/'Arrefl du Par leme nt du S. Avril Mfj. celuy du Confeil Prive du Roy, du 27. Fcvricr iúís- & l'Edit de Sa Majejlé donné a Verfailles au mois dAouJl 1626. Signé J. B. COIGNARD , Syndic, AchevF d"imprimer pour la premiere fois le 31. Mars 1688. f 4 Les Exemplaires ont efté fournis. De rimpiimçric dc C. Chinauit fils.
T A B L E D E S MATIERES. A^Nimaux rarcs te curieux de plufieurs cfpeces, dans un ./V Palais de 1'Erapereur Faie expres. page 34J Antiques des Chinois, comme ftatuès, Scc. Et leur nom- bre. • p. y6 Antiquitc du Royaume de la Chine, rrois opinions fur cc fujec. , p. 73,74 Architcdure des Chinois, dans lesPonts. p. 13 te fuivan- tes, &: 339. Tours te Ares de Triomphe. p. 56. Ganaux te éclules. p. 140 te fuivantes. Maifons. p. 177, 178, z8y,z86. Palais. p. 178 te fuivantes, prefque jufqu'à la fin du Livre. Ares de Triomphe. p. y<í 8. Beftes farouches te leur pare. p. 313 Bibliotheques de la Chine te leur nombre. p. yó Bonzes ou Prêtrcs des Idolcs, leur nombre te leur diftin- &ion cn maricz te non maricz. p. y7- De quel Tribunal ils dcpcndenc .p. 131 c Caingui, ce que c'cft, p. 8 ,f . C c e ij
T ABL E Cambalu , que c'cft la Ville de Pe kim. ^ p- 6 Canal, grand Canal dela Chine, par qui ilacíle fait, & ía defeription. P- '4° & luivantcs. Catai Sc Mangi, ce que c'eft. P 7>8>í6 Chahamalaha, ce que c'cft. P-,?° > 3l Cham hien Chum tiran. p. 44 SC fuivantes^ vcut faire mou- rir les Peres Buglio Sc Magaillans. p- 375 Sc (uivantes^ Charbon dè pierre, Prez de Pe kim. p. 11,33, 34. La grande confommation qui s'en faie à Pe k/w,ibidem. Chronologic dos Chinois, fon antiquite Sc la cettitudc. p. 79 Sc fuivantes, 109 257 Sc íuivantcs. Circ de Ia-Chine tranfparentc Sc d'une cípcce particulicre. p. 173,174. Autre efpece de cite ou de íuif, tirec d un fruir. p. 181 Civilité Sc politcíFe des Chinois. p-11 Clõches , grandes cloches de la Chine; p 150 Sc irw. ue Mofcou , de Paris, &x. p. 155 Sc fuivantes.. Cluvier, íesfautes fur la Chine. p. J, 6,41 Concubines <% l'Empercur Sc leurs diftinaions. p. 308 , 309 Confeillers d'Érat dc la Chine, Sc leurs trois Clalles. p. 190 Sc fuivantes. Coton de la Chine Sc fon abondance. p- 175 Crimineis dc la Chmc, leur punition,& pourquoy les Chi- nois croyent qu'ilcft píus honteux d avoir la tece ncnchee que'd'eft~c écranglez. p. 107,108. Loy qui favorife les Crimineis diflinguez par leur mente. p. 109 CuWay Canafarfairelegr indCanal. p. 140,143 ,14^ Cuivre de la Chine Sc fon abondance. p. 167 ,168 Cumfufius, les regles pour le gcuvernenvnt de i btat p. 185 Sc fuivantes- Pnviicgcs Sc nobkífc dc íatumillc. p 185 Sa reputation. P» 184 . ... JL7.... j Dcluge arrivé à Pe TÚm cn 1668. Sc fa deícription. p. 17» '8 E. Empercur de la Chine, titres qifon luy donnc. p. 161, z6f
T AB LE Hommnge que rendcnt tous les mois à 1'Empcreur, les Prin- ces, Scigncurs,&Mandarins,&fadeícription. p. 301 &: fuivantcs. Hommcs llluítrcs de la Chine, leur nombrc. p. 39 Hòcçlleries publiques de la Chinc. p 47,48 I. Jcunes dcs Chinois. P* 31! Igr.orancc & orgucil dcs Chinois. p. 73 & fuivantcs. Induílric dcs Chinois, pour marquer les parcics dc la nuic. p. 148,149,130,133 & fuivantes, pour confcrvcr dcs poif. fons, dcs frui ts,& desherbcsau milieu dcfhyver. p. 171 Injufticc òc avaricc des Chinois. p. 165 & fuivantes. zzz, 115 K. Kinfai ou Quinfai, que c'eft laVillede Hamcheu. p. zi Sc fuivantes. L. Lacfaitàlamain danslePalaisde 1'Empereur. p. i8i,i8_j Laines, étofes dc laine de la Chine & leur couleur. p. 173 Lamá Prctrcs dcs Idoles,leurs Pais, lcurs habits, combien ils font honorcz par les Tartares Occidentaux. P-349 Langue Chinoifc, fa bcauté, & lc grand nombrc dc fes let- tres. p. 84. Ces lettresíont fimplcs ou compofécs. p. 83, 89. Siclles font hycro^Iiphiques. p. 86,87,88. Le pctit nombrc dcs mots qui font tous monoiÍllabes,& les ac- ccns qui les diverfificnt. p. 89 & fuivantes.Que cette Lan- gue cft facile à apprendrc. p. 96 &c fuivantes. Sa pronon- ciation. zo,ir, 33. Letcres Chinoifes. p. 84 & fuivantcs. Lions, qu'il n'y cn a point dans la Chinc. p. 10 Livres des Chinois, tant anciens que modernes. p. 11« &: fuivantes. Livre des chemins dela Chine. P-47 Livres qui décrivcnt la grande muraillc. p. yz, JLivrcs dcs Peres Jcfuitcs cn langue Chinoifc , leur grand nombre. * p. 98 &: fuivantes.
DES MATIERES. Livre qui contient Ic nom & Ia íhuation dc chaquc rue dc Pekim. M, Maifons de Pe Kim, & dcs autres Villes dc la Chine, &: leur fou&ure. p. 277,278, 285,286 Mandarins ou-Magiftrats de la Chine, leurs neuf ordrcs, di- vifcz ch.acun cn dcux degrcz. p. 189, 190. Commrnt ils s'clevent à dc plus hautcs dignitcz- p. 149. Ils n'y réiif- fíílentprefque jamais quà force d'argent ,avcc un exem- ple íiir cc fujet. p. 250, 251. Autre exemple fur le méme íiijct. p. ty r, 252. Lc nombre tant dcs Mandarins d'armes, que dcs Mandarins dele teres. p. 254,255. Leur injuílice. p. 255, 256,200,206,222,225. Mancge ou 1 Empcreur exerce fes chevaux. p. 513 Mare Polo, cxphqué & corrige, p. 6, 7, & (uivantes, & p. 21, 168 Martini,lePereMartini corrige, p. 20,21,22,42,168,275, *75> r Maufolces ou Scpulchresfameux, leur nombre & leur def- cription. , p. j8,59 Mcfures itineraires de la Chine ,& leur reduftíon à celles d'Europe, & la valeur d'un degré d'un grand cerclc dc la terre, donnc par 1'Acadcmie Royalc dcs Sciences dc Paris, p. 60 &: (uivantes. Monnoyes de papicr s'il y en a cu dans la Chine. p. 168, 169. Leur ufage dans les Entcrremens. p. 170,171. Montagnes fameufes dc la Chine, leur nombre. p. 55 Montagnes ou colrnes faites à la main. p. 313 Muraillcs de Pe jeim , par qui bâties. p. 286. Leur circuit ibi- dem, leur forme. n íc>3 N. Navigation des Chinois, la beautc de leurs barques, & leurs diverfes cfpeces. p. Xj8 & fuivantes. Nobleííc & Nobles dc la Chine, p. 181 & (uivantes. Noms de la Chine. p. i & fuivantes.
T ABLE o. Oifeaux &í animaux curieux. p. 343 . Oiicau du bec de cire U fon adrcíTe incroyablc. p. 343 Ours, lcurs diffcrcntcs cfpeccs. p. 178. Lcurs pattes cftimées un mets deliçieux. ibidem. Ouvraçcs publics dc la Chine. p. 139 P. Palais Royaux cn divcrs lieux de la Chine, leur nombre. p. 60 Palais dc 1'Empereur à Pe kim, fa fituation. p. 2.78. Ses dcux cnceintes dc muraille. p. 179 Sa longucur, fa largeur, &: fes portes, ibidem. Qucllc eft la garde des portes, p. 279, 180. L'enttée cn cft défendtié aux Bonzes, aux cftropicz, &c. ibidem. Longucur &: largeur de 1'cnceinte intericure. p. iSt, Rivierc qui y paílc, & lac fait à la main. p. 2S2. Ap- partemens ou corps de logis dc ce Palais au nombre dc vingt. P- z97 Palais particulicrs contenus dans 1'enceintc intericure du grand Palais de 1'Empereur, lcurs noms, leur ufage & leur defeription. p- 3Z4 jufqu a 333 Palais du fecond & du troifiéme fils dc fEmpercur quand ils fontmaricz. ' P 3z853z9 Palais de la fleur doublée, par qui bati, & pourquoy. p. 338 & fuivantes. Palais du Soleil levant, à quoy dcftine. p. 340 Palais dcdixmillc vies, par qui bati, &: pourquoy. p. 341 &C fuivantes. Palais d'une parfaite pureté, à quoy dcftine. p. 2.42,, 243 Palais dedix millc jeux & plaifirs. ^ P-344 Palais des murailles du tigre, à quoy dcftine. p. 3 44,343 Palais au nombre dc 24 pour les Officicrs dc la Mailon de 1'Empereur. P-351 Pe kim, Villc Capitalc de la Chine, fa fituation ,fa forme, fon circuit, fes portes , fes fauxbourgs,habitéc par les Tartares. p. 273. Nouvclle Villc prés de 1'ancienne , fa forme,
DES MAT1ERES. .forme,fon circuit,fes faux-bourgs. p. 276 Sc 287 Sc ^ui- vantes. Difpofition dcs ruès dePeKim.p. 276. Forme des maifons. p. 277, 278. Difficultez fur la grandeur dc la nou- velle Villc, fur le nombrcdc fes portes, & fur celuy des fauxbourgs des deux Villes. p. 187 Sc fuivances. Poeles de la Chine pour l'hy ver, lcur ftrudurc, Sc leur com- modité. , . P' lz> *3 Pont magnifique tout de marbre, prés dc PeKim. p*ij» Pont merveilleux en forme de dragon. p. 339» 34° Ponts remarquables de la Chine , leur nombre. p. yy Poíles de la Chine. Princes ou petits Roys dans la Chine, indepcndans de 1 Em- percur, Sc ce qui arriva à l'un d'eux. p. 43, 44j 3 4^> ^7 Princes Sc dcícendans dc la Fanulle Royalc precedente, leur multitude Sc leur pauvreté. P- *4°3 14r Prononciation de la Langue Chinoiíc, dans Ia Prefacc Sc p. 2 o, it, 3J. Les Etrangcrs, Sc fur tout les Portugais la cor- rompent, aufli-bien que les nomsChinois. p. 234 provinces de la Chine, leur nombre, Sc le rang qu'cllcs ont. p. 41 Qujnfai ou Kinfai, que ceíl la Villc dc Ham cheu. p. 21 Sc (uivantes. R. P.adeaux dc la Chine, leur longueur extraordinaire Sc leur fabrique. P- Rcvcnus du Roy dc la Chine. p. 168 & (uivantes, abondan- ce incroyable dcs provifions de toutes fortes qu'on luy apporte,& fes feftins. p. 27r & fuivantes. Revoltes frequentes dans la Chine &c leur caule. p. 160,261 RicheíTes dc la Chine, Sc 1'abondance dc l'or,dc 1'argent, Sc autres metaux qui s'y trouvent, p. i5y Sc fuivantes. Rivieres celebres de la Chine. P- yy> S. Semedo, le Pere Semedo corrige. p* *79 Ddd
T ABLE Scpulchrcs & Maufolées fameux, & leur dcfcription. p. j?, 59 \ SoldatsdelaChine,lcurnombrecxraordinaire, Sc leur peu de courage 8c dc difciplinc. p. 53 & 70 & fuivantes. Soye dc laChine Sc fon extreme abondance. p. 171,171 Sun co vam, fils adoptifs du Tiran Cham hicn Chum, &: fes vertus. p. 45. Son Hiftoire. p. 68 Sc fuivantes. 1 T. Tartares Orientaux, leurs premieres conquêtes dans la Chi- ne en fannce 1200. p. 23,24,36,37. Origine des Rois Tartares à prefent Maítres de la Chine. p. 26, 27 Sc fui- vantes. Leur politique dans le gouvernement. p. 204,112 Tartares Occidentaux, leur premiere conquête de la Chine. p. 24,25. Le grand nombre de chevaux quils ameincnc tous les ans à la Chine. p. 235 Temples celebres dc la Chine , leur nombre. p. 37 Tcmple du Dieu Pe teu, ou des Etoilcs appellécs Gardes du Nord. ^ p.54^ Temple d'un Capitaine deifié; p. 346 Temple de la téte de boeuf. p. 34^ Temple des Lamá. P- 350 Temples de la Nouvcllc Ville au nombre de cinq, leur dcf- cription , & leurs ufages. p. 357 & fuivantes. Temple de tous les Roys deccdez. p. 361. Temple dc 1'eíprit qui garde les murailles.. p. 362 Thomas, Saint Thomas Apôtre venu à ce qu'on croit à la Chine. p. 348. Tibct Royaume, fa fituation, Sc le voyage que le Pere d'Andrada y fit. p; 32 Titres que les Chinois donnent à leur Empereur. p. 262,265, 310 . Toits des Palais del'Empereur,&leursornemens. p. 332 Tours magnifiques
DES MATIERES. Palais de ces Tribunaux. p. 196,197. Manierc d'y plaidcr, p. 1698,199. Le peu dc juílice qu'on y obferve. p. aoo,zo6. Defcrípcion de ces íix Tribunaux Suprémes en particulier, avec pluíicurs parcicularitei curieufcs, p. aoo&: fuivantesufqu'à zio Tribunaux fubalcernes aux íix Tribunaux fuprcmes , au nombrc de 44. p. jb.yvJ. 1 > ! Tribunaux des Mandarins d'armes, fituation delçurs Palais, leur diftir.&ion, &c. p. ziz'& ítiivantes. Tribunaux de PcKim. . p. 217 Tribunal appcllé Han lin iiien, compofé des plus beaux ef- pritsde laChine,& leurs fon&ions rcmarquables. p. 117 -V«=1 ' ' .00.. . iq ' Tribunal des ViGteurs ou Sindics dela Cour & de tout l'Em- pire, leurs emplois, leur autorité, leur injuftc avarice. p, 221 &: fuivantes. Vingt-cinq Tribunaux fubalcernes, &£ . leur emplois. . ; p. 114 ôc fuivantes. Tribunal des Infpe&curs ou Surveillans, leurs fon&ions de corriger cous les Mandarins dc 1'Etac, même dc repren- dre 1'Empcreur. p. «7,118 Tribunal des graduei dcftincz à eftre Ambaífadeurs ou Ejivoyez. •<- - > 3 p. 219 Tribunal de la Suprémc raifon & Juílice. p. 1^5», 130 Tribunai appellé Tum chim fu,& fcs fon&ions remarqua- bles, p. 230 Tribunal Coadjuteur du Suprême Tribunal des rites, & foir aucorité fur les Bonzcs ,fur les Chimiítes fur les fem- mes publiques. • P-23r Tribunal des Hôtelleries Royalcs. ; . p.ip Tribunal qui alaSurincendancc des chevaux, tant du Roy que des troupes.. p. 232 Tribunal des Matcmatiques & fes fcnftions. p. 2$y Tribunal de Mcdccinc. : P^íf4 Tribunal du Maicre des Ceremonies. p. 234 Tribunal des proviGons de vivres. p. 2}4
TABLE DES MATIERES. Tribunal qui a foin du Sceau dc 1'Empcreur. P-■í34 Tribunal dcs Mandarins dc la Gardc Royalc. p. .23j, 2$6 Tribunal dcs droits dentrccde Pekim. p. .237 Tribunal du Grand Prevoft. P-^37 Tribunal des Gouvcrneurs dc Pe xim. p. 238,239 Tribunal des Grands de la Famille Royalc. p. -240 Tribunal desparensdu Roy du cote des fcmmes. p. 241 Tribunaux des Provinces. p. 244 Tribunal Suprême dc chaque Province. p. 2^4,245- Tribunal Civil de chaque Capitale. p. 24É Tribunal Criminei de chaque Capitale. P-M7 Tribunal ou Mandarin Infpe&eur de chaque diílrid d'une province. p. 247 Tribunal de chaque Cite du premíer Ordre. p. 247,248 Tribunal de chaque Cite du fecond Ordre. p. 248 Tribunal de chacune des autrcs Villcs. p. 249 Tribunal dans chaque Ville pour juger les gens de letrres. p. 1J2 Tribunal du Sei ou de la Gabelle & autres Tribunaux. p. 253, V. Vie du Pere Gabriel dc Magaillans. p. 371. Son arrivéc a Goa & à Macao, fon entrée dans la Chine, 6c fon voyage - à la province de Su chuen. p. 372. perfecution cxcitée pat les Bonzcs contre luy 6c contre le pere Buglio. p. 373. pcril que lcur fit courir le Tiran Cham bien chum, p. ^74>375> J7<>. Us font blcflfezpar les Tartares& mencz à Pe Kim. p. 377. Son féjour à la Cour &; fes occupa- tions. p. 375,378. Nouvclle perfecution 6c fa delivrance. p. 379. Sa mort. p: 380. Elogede cc pere fait par I'Em- percur. p. 381. Son Enterrement magnifique fait par 1'ordre dc ce Prince. p. 382 6C fuivantes. lífaugué , Royaume, ce que c'eft. p. 31. Fin dc la Table des Matiéresi