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  • RELATION D U VOYAG DADAM OLEARIUS EN MOSCOVIE, TARTARIE, ET PERSE, AUGMENTEE EN CETTE NOUVELLE EDITION de plus d’un tiers , & particulierement d’une feconde Partie; CONTENANT LE VOYAGE DE IE A N ALBERT DE M ANDELSLO AUX INDES ORIENTALES. Traduit de I’Allemand par A. dc'tolC £V E F Reft dent de Brandebeurg. TOME PREMIER. S E C O N D E EDITION. • * . A PARIS, Chez ANTOINE DEZALLIER,rue Saint Jacques, à la Couronne d’or. M. DC. LXXIX. isivec Privilege du Roy.
  • A LA SERENISSIME REINE DE POLOGNE ET DE SVEDE- ADAME, Si it prens U liberte de porter cette Traduãion auxpiedsde Fo/Ire Majeíté ,ce n eftpas que taye U preemption de croire , que ce Joit *vn prejent digne * tj
  • E P I S T R E. dvne fii Augufie Reine; c efi que ^ o fire bon té ay ant preuenu mes feruices far des graces touted farticulie- red31 ay & °[ue mefme clle a pris la peine dyfaire plu- fieurs remarques, aufii exaães que iudicieufes 3 tay cru que cette Relation3que i ay Idhonneur de /
  • E P I S T R e; dont toutesles pensces mefmesn’ontpour butqueíhon- neur de Dieu3 refufe de dormer les moyens de publier les chofes incroyables qnil afaites parvoflre conduite & en vofire faueur. Prenez^garde ADAME 3que vofire modejHe faitpreiudtce a la gloire de celuy, qui et voulu fe firuir de vous pour la conferuation de la Chreflienté3 d laquelle le Royaume de Pologne a fer¬ ny de rempart pendant tant de fecles. Dans cette *veuè , Aí A D A Aí E, ie croy pouuoir dire , que V. Al. bien loin de pouuoirfupprimervne infinite' dJa~ ãionsglorieufesquelle afaites, eft obligee d'employer la langue & la plume de tonsfisfiruiteurs,pour fatre refinner inceffamment les louanges de ce grand Dieu» qui a fait tant de merueilles pour ette, $ qui ía fat- te clle-mefine la merueille de noftre fie de. Cefi luy , Aí ADA Aí E 3 qui vous a fait naifere dans vne maifen, ou fe trouue vny le fang des Empereurs d'0- rient& d’Occident, & de lapluspart des Souuerains de l*Europe. Cefeluy, qui vous ayant defline'e d cjire Reine désvoflre enfance3afait agir les pltts puiffans ennemis de Ê. Aí. pour vous empefiher die fere proche du throne dela F rance3p arce qutlvouloit vous efieuer a celuy de la Pologne. 11 a voulu exercer vojlre pre¬ miere ieunejfe dans vne aduerfité continuelle , pour vous preparer auxgrandes affaires 3 dont vous deuiez* vn iour auoir la conduite3 çfe cefe par vne prouidence touteparticuliere de Dieu,que les chofesfefent trouuées difeosées en forte , que cedes qui vous deuotent faire * ítj
  • EP I ST RE. tout apprehended, font cedes quiontleplus contribute porter V.M. ait plus haut degré de gloire, oit iamais Princejfe aiteflé éleuée. Pour efire Reine.,ilne fuffifoit pas d'auoir e'pousevn ‘Rpy ; ilfalloit regner en effet, & portervnepartie des Joins & du fardeau de laRoyau- te.zAinfiileftoit neceffatre que Dieufift naiftreles oc- cafions,ou V. M.pujifaire connoijtre, qu’elle a toutes tcs qualttez, qrn luy peuuentdonner ceramr,& laren- dre capable du gouucrnement. Si c’ejl done de Diet*, ■M-p4D A M E, que vous tend fees aduantages, & Ji cefi vn rayon de la Majejie Diuine qui relutt en •vous,ne deuetj-vous pas faire Jcrupulc de le fruflrer de la gloire qui luy efideui ? Et commentpouuezj-vous re- jufer de contrtbuer àlagrandeur de celuy qui a fi puifc famment efiablj la voftre? le ne parle point defeque .' afait pendant les premieres années defòn ma¬ nage, ny des occupations quelle sefi données dans la paix S en reftablijfant les iFoSpitaux: enouurant des c[colespour les Ftiles orpbelwesou pauures lenfaifant memrde France des perfonnes capables dUnjfruire la lemejfe , en eftendantfea charitefiur la France mefene, far leJoulagement d•vngrandnombre deperfennes aft- pigeesjpendant la difette ft) les defer dre s du Royaume, & en exerçant Ja liberalite fur les perfennes de mente, &fea magnificence me feme furies Grands. Mats te ne puis mempefiher de dire, M A D A ME, que deft pour fta gloire que Dieu a cuoulu expofer 'voftre ruertu a des efpreuues fi ‘violentes, quil y a peu de perfennes
  • E P I S T R E. de voftre condition qui en ayent fenty defçmblables,Çcf point du tout qui ayent pá y refefier auectant decon- fiance. V. M. nauoit pas encore effuyé les larmes quelle verfeit far la plus grande & la plus fen fib U ajjhãion quede ait euè en fia vie,quand les rebelles troublerent le repos de /’ Efiat & le v o fire} MADA¬ ME,par vn fouflèuement effroyable. Les armes que Ion vouloit employer pour punir cet te reuolte fiurent en mefene temps diuerties par les JHoficouites, qut atta~ querent le Royaume du cofie de Smolensko , & fe rendirent matfires de toute la Ltthuanie. 'Toutes les forces de Pologne efioient occupe'es contre ces deux redoutables ennemis, quand vn troifiefene ? bien plus formidable & plus dangereux que les autres entra dans la Pruffe , nonobflant la foy de la TLre've. .Mais ce qui reduifet les affaires en vne derniere ext remite' 3 ce fut la precipitation auec laquede les Polonois changerent de party& ioignirent leurs ar¬ mes a cedes de leurs ennemis irreconctliables. Cette na¬ tion, qui veut quel’on croye quede poffede feule la ve¬ ritable valeur, perdit d’abord le iugement en cette re- uoh(ttion & emporte'e par le dejeffoir , fe tourna contre Jon Roy & contre fia patrie. 11 eft certain, JM AD A ME 3 quen 1‘eflat on V. Aí.fe trouua pour lorSy ede auoitbejoin d'vne vertu extraordinaire 3 & quil luy vint du fecours d’enhaut 3 puis quede n7en pouuoit plus efeerer deshommes.Lafelonnie des Cofa* quesyles infaltes des Mofcouites, la fureur des Sue dots
  • E P I S T R JE. & ld defeãion des Polonois donnerent fans doute 'vn rude choc d vojtre courage inumcible,mais ils ne íaba> tirent point. AIoys.MADAME/vohs rvn dequoy faire des leuées ,& dequoy payer ceux, dont la fidelite' ne pouuoit pas ejtre gratuite en cette con- jonãure
  • E PIS T RE. jonãure d'affaires. Le deuoir que nous auons a no- firePatrie, nenous oblige qua fkcrifier vnepartie de nofire bien afin feruice , & la chantc me fine ne requiert de nous, fin on que nous le part agio ns auec les mifirables: mais de donnerce que l'on a & ce que l'on n a point, deft defpomlier pour rcuefiir les pan- ures,& defi mettre au hazard de tober dans la mi- fire >d'ou lJon tire les autre s, cefi vne vcrlu dont on ne fiait pas encore le norn,& qui n a efié pratiques iufques icy que parV. A/L Cefuten cette retraitte, fit AD A Ad E, ou vows commençafies a fairs changer l’efiat des affaires des ennemis, non feule- mentpar vofire vigilance & par vofire liberalite', mais aufii en oppofant vofre piete a leurs fiacrileges, I’ardeurde vos prieres à leurs blasphemes, vos veeux continueis d leurs outrages, vofire confiance a leurs violences, & la iufiice d’vne bonne caufi a leurs vfurpations. Vofire Adaiefie ay ant par ce moyen commence de vamcre fans combattre, voulut ren- trer dans le Royaumc,a dejfein defaire combattre les troupes Polonoifis, qui s’efoient reconnues, & qui efioient rentrees en leur deuoir, fp afinde remporter vne viãoire entierejurles ennemis, qui n esperoient defija plus pouuoir confiruer ce qui ne leur appar- tenoilpoint. Ce riefipasparfoiblfie, mais par vn prinetpe de piete que'V. Ad. abhor re lefang, & e lie ne condamne les guerres, que parce que le plus fiu- uent diesfont tnjufies, dJtCais cede des cPolonoif
  • E P I S T R E. efloit défnfiue3 ceft a dm necejfaire j c efi pourquoy V. Aí- nefit point de difficult é de (è trouuer en per- fonne a l'armée3& dyfaire mefine lesfonãionsfdont fia quahtéla pouuoit disfienfer.il falloit quelle afife u- raft le couragedes njns, quelle ejchauffafi le feledes autres, que fia prefence animaft les Polonois3 que fiòn exemple les empefchafi defidifiiper, & que fia rvertu) agijfiant par tout auccvne rvigueur inconceuable3Je- condâtles benedictions quele Cielevn long fiege, cam¬ per en la plus fafcheufiefiaifiòn de 1‘anne'e, difiher fur la caifife d
  • E P I S T R E. MADAA4E, de vos lumieres infaiUibles, dont cesgrauesS enateurs qui ont vie illy dans les affaires, fe font vouluferuir en toutes les deliberations impor- tantes & fans lefquelles ils efloient contraints d'ad- muer,qutls neferoient iamaisfortis des difficultef quils y rencontroient?On ne les a iamais veu entrer dans les affemblées, ou l'on deuoitprendre les refòlu- tionj de la dermere importance, quils ne vous ayent témoigné quils auoietbefoin de voflre prudence, & on neles a iamais veufirtir,quils ne vous ay et ren¬ du copte de ce qui sy eftoit pâffé3& quils nayent cç- fejjéquilefioit impofible de predre vn meilleurpar¬ ty, que celuy que vous propofef&de trouuer lefalut de lEffat ailleurs qu’en vos Coffils. lis s’enfòntfèr- uis fort v tile menti aufi bienque dela fagacité mer- ueilleufè} aueclaqueUe V» Ai. a penetre dans les ru¬ fes de ceux, qui non conténs de voirle Soleil fe leuer ft)fe coucher dans leurs Eflats, croyent auoir droit fur tout ce quil éclaire. Elle a preuenu le deffan quils auoientfiirlaCouronne dePologne^uecvn fuccés d’autantplusglorieux, quilneft pas moins difficile de fe defendre d’vn amy infidelle, que de combattrevn ennemy declare. Ce font Idles caufes fe condes. AÍADAA4E, dont Dieu s'effferuy pour le re ffabliffement des affaires de Pologne, & dont il f Jèrt encore tons les tours pour fa conferuation: Aiais ce font aufi les mojens quil a voulu employer pour I’efiabliffcment de la gloire & de la reputation ** « i
  • H P t S T R E. de V. M. com me elies font fondees fiir une uertu incomparable, accompagnèe dune çAugufle Ala- jefté, & fitr une infinite d ant res excedentes quali- tez, de corps ft) deífiritjontle Ciei,MCADAMS, fuous a extraordinairement fauorifée, par dejfus les plus belles çef les medicares Princeffes da mon¬ de, il nefaut pas s’ejlonner deuoir les pcuples les plusferoces, que les armes nauoient pu dompter, profierne T^aux pieds de d .AI. pourluy rendre hom- mage, pourluy demandsr pardon, ft) pour la flip- plier tres-hnmblement d’interceder pour eux enuers le Roy, ft) la Republique. Maisfi cette ucrtu a eu afifei de pouuoirpour forcer ceux qui nont quafl point defentiment d human it é, quelle impnfion ne doit-elle point fat re dans les e sprits qui font capa- hies de comprendre les aduantages que V. AI. leur a procures ?&quede doit efire la joye ft) la re con- noiffance de ceux qui jouiffent prefentement du re¬ pos , ft) qui uojent que la guerre a eflé efloigne'e par la faueur du Ciei, que la pieté dune fi bonne Prin- ceffe a fait repandre fiireux, & dont ils iouiront long-temps fous (on heureufe ft) fage conduite. II efl certain, AÍAT) AAIE, quils ne peuuent confide- rer AI. que commeune Princejfe,qui doit eflre en adniiration a tout IVniuers ,& qui efl en ejfet l amour ft) les dehces despeuples , & I’obiet deleurs plus tufles & plus cheres inclinations, f espere, M
  • E P I S T R E. grace3 que ie luy demande icy3 depouuoirjoindre mes
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  • AV LECTEVR. HlSTOlRE acétaduantagc,qifel- leinílruit beaucoup plus efticacement que la Philofophie, Sc qu’elle diqertit plus agreablement que le Roman ‘y parce que les exemples fone plus d’imprellion que les preceptes, Sc que la verité donne vne fa- tisfaétion que les eíprits raiíonnables ne trouuent point dans la fable. Mais les relations des voya¬ ges ontccladeparticulier, qucllesfont lvn Sc 1 autre incomparablement mieux que l'liiiloire. Car commed vn coité, cn voyant les moeurs Sc les villes de diuers peuples on fe forme l’efprit Si 1 on acquiert beaucoup de lumicres &;de pru¬ dence, de 1 autre on trouue d’autant plus de di- uertifTemcnt dans les relations, que l’on y prend part au plaiíir qui charme les voyageurs, Sc que 1 on n en a point à vne infinite de dangers, de fatigues Sc d incommoditcz, qui les accompa- gnent. ' * Le voyage de Mofcouie Sc de Perfe,que le jfieur Oleariusa donne au public,a cfté fl bien receil deceux qui fontcapables de juger de fon me-
  • v PREFACE. rite,que j’ofemc promettre qiwlsnefcrontpas maris detrouuer en cctre fecondeEdition cc quc l’Auteur auoic fait efperer en la premiere. II y auoit dit, que le fejour qu’il auoit faicaMofcou alfpahan,&; la connoiiTance qu’il auoic acqui- ie de Ia langue duPai's,rauoient faic pcnetreriu£ ques dans les myfteres de leur religionjmais que la precipitation auec laqnclle il auoit efté oblige de faire imprimer Ton liurc, l’auoit empefchc d’en donner les particularités, auiii bien que de pluiieurs autres chofes, ou il n’auoit touche quc fort legerement.il la fait depuis à loifir, 6c il y a reLiffi en forte, que Ion peut dire que e’eft vne autre relation. Ceux qui one veu la premiere ad- uoiieront fans douce quelle auoit befoin de cet- tederniere main,qu’ils reconnoiftrontencetce feconde, 6c qu’ils ont quelque obligation au Li- braire,qui leur donne vne piece plus curieufe, 6c s’il eft permis de le dire, plus acheuee.Ils verront qu’il y a adjoute les cartes de Liuonie , de Mof- couie, de la Mer Cafpie,de Perfe 6c des Indes, 6c ce que Ton doit eftimer le plus, cede du cours de la riuiere de Vvolga, laquelle n’a pas encore efté veueen France, qui leur doiuent feruirde gui¬ de, 6c fans leiquclles ileftoit impoftible de fui- ure nos voyageurs dans'tous ces pa'is cíloignés. Le premier volume, done Ton a efte oblige de retrancher vne partie, afin de luy darner quel¬ que proportion auec le fecond, fen voir qu’il a efté
  • PREFACE. a efté augmente de plus d’vn tiers,&: dc pluiienrs chofesficonfiderables,quefi Ion veut prendre la peine de confcrcr cerce imprefíion auec la pre¬ miere, Ton n’aura point de peine à defcouurir la difference qu’il y a de l’vne à l’autre. Et d’ailleurs celle-là ne pouuoit point eftre parfaite , fi Ton n’y adjouftoit la relation du ficur de Mandelilo, dont Ton a veu l’abrege dans les lettres, qu’Olea- rius auoit publiées à la fin de so premier volume. Ie ne penfe pas qu’il foit neceffaire de repeter icy les chofes, dont la Preface de la premiere im- preffion a entrctenu le le&eur , touchant le fujet de l’Ambaffade, que le Due de Holftein enuoya en l*an 1633. en Mofcouie & en Perfejdes qualicés & du merite de ce grand Prince 3 du loiiable def- fein qu’il auoit forme pour le commerce des foyes par terre 3 des difficultes, ou pluftoft des impoffibilités qui fe font rencontrées en l’execu- tion 3 de l’humeur brufque , glorieufe Sc extra- uagante de Brugman 3 de fon mauuais procede ÒC de fa fin malheureufe: mais ie ne me puis pas difpenfer de dire icy vn mot de l’llluftre lean Al¬ bert de Mandelilo, qui eft, s’il faut ainfi dire, Ie Heros,de la feconde partie de cette relation. Ie luy donne cette qualité , parce que vous verrezen la fuitte de fon voyage de merueilleu- fes aduantures. Mandelilo , Gentilhomme de naiffance illuftre, fut eileue en fa premiere jeu-
  • preface; nefle aupres du Due de Holftein. En fortantde page ne donna pas moins d’eftenduea fespen- fees, que la nature en a donne à tout 1’Vniuers. Carayancoiiyparler d’vn voyage de Mofcouie & de Perfe , il en voulut elite) Et comme s’ii euíl ede cec honnefte homme,a qui tout le mon¬ de doit feruir de patrie, ii ne voulut point partir, que ion Prince ne luy permiil de voir le rede de l’Afic.Le fejour qu’il fit alfpahan,luy donna Foc- caiion de faire connoilfance auec quelqucsmar-- chands Anglois, qui en luy parlant des Indes, luy firent venir Fenuie d’y aller. Le Roy de Perfe luy offnt vne penfion de dix millc efcus: Il mefprifa cette grace aucc fierete ) monta à cheual fans argent, comme vn Heros de Roman, auec trois valets Allemans , fous la bonne foy d’vn Perfan , qui luy deuoit feruir de guide &C de tru- chement, mais qui le quitta lors qu’il en auoit le plus de befoin. En cette compagnie , &, en cede d’vne forte diarrhce,qui degenera en difen- terie auec vne fievre chaude, il entreprit d’al- Jer àOrmus, &C depercer de làaux Indes. Cefut encore vne auanture de Roman, qui luy fit ren- contrer a. Suratta de la ciuilitc ÒC de Fhoipitalité en desperfonnes qui n’enont point ailleursjquile fit fubfiiteraux depens d’autruy j qui le condui- * certain/; qu’ii Pa1' terre à la Cour du Mogul j * qui k rame* cc naheureuftmeutàSuratta)qui fauua foi>nauire
  • comme on le proii^nce vuU gairement. * PREFACE. Jans les orages continueis dont il fut battu vets le non Mogol, " Cap de bonne Efpcrance, 6c qui le tira miracu- comme on lc leufement de la mer àla rade d Angleterre. Les voyages font capables de former vn honne- fte hommcjLe íieur deMandelílo y auoit toute la difpofition,&C moftra qu il en fçauoit fi bien iaire sõ profit,qu’Olearius mefme ne fait point de dif- ficulté de confeífer , qu’il a trouue en fes memoi- res dequoy enfler fa relation, qu ilseuífent pfi trouuer de 1’approbation , parmy les curieux, s il n’eut eu plus de retenue à publier so voyage,qu a le faire. Mais Mandelílo bien loin de dormer cet- te fatisfaótion au public, &C de demeurer aupres de cet amy, qui l euft feruy en fon deílein, quit- ta la Cour de fon Prince, ou il ne trouuoit point d’employ proportionné a fon merite,ôcfe jet— tant dans vne autre profeííion, il prit party dans le Regiment de Caualerie d vnGentilhomme du pais, qui par fa feule vertu militaire eftoit parue- nuà vne des premieres dignites de France. Ily commandoit vne compagnie , &C pouuoit efpe- rer vne grande fortune , auec d autant plus dc juílice, que fon courage eftoit accompagne de v toutes les qualités qui peuuent former vn grand hommcj quand eftant venu a Paris, a deífein d y paífer l’hyuer , il y mourut de la petite verole. comme s’il deuoit finir fa vie 6í fes voyages dans Vne ville, qui comprend tout cc qu il auoit vcu.
  • PREFACE. Sc tout ee qu’il euit pu voir encore dans Ie mode. EítanràSurattaau mois de Decembre 1638. li fit vne efpece de teftament, ou de declaration de ía derniere volonté , touchant ies memoircs, la- quelle il mit au deuant de fa relation 5 prfant le fieur Olearius de ne fouffrir point qu’elle tuiit pu- blieé : parce qu’il n’auoit pas eu le loifir de la di- gerer Sc mettle cn ordre 3 ou s’il y trouuoit quel- que chofe qui meritait de voir le jour, dc luy rendre en cela office dumy : en forte toutefois quil euit plus d*efgard à fon honneur aprés fa mort, qu’a famine qu’ils s’eitoient promife, Sc qu’ils auoient fidellement cultiuee, pendant les quatre années de leur voyage. Le fieur de Mandelflo n’auoit point d’eitude, mais il fçauoit aifez de Latin pour entendre ce qu’il lifoit, Sc pour faire feruir cet aduantage au deilein qu’il auoit d’apprendre les commence¬ ments de la langue Turque,dont il acquit vne connoiifance aifez raifonnable. Ileut auili lacu- riofite de fe faire initruire par fon amy en l’vfage del’Aftrolabe,&: y profitafi bien , qu’en peu de temps il fe rendit capable de faire les obferuatios dcs longitudes Sc des latitudes, que vous trou- uerez en tous les endroits de fon liure, &C fans lef- quellesil luy euit eite impoifible de reuif.r enla geographie 3 quifaitla mcilleure partie de cetce forte de relations*
  • PREFACE. II eft vray que ce qu’Olearius a public de luy, nerefpondpasentieremcnt à ce quc les lettres, qu’il auoit efcrites cle Madagafcar be de Londres, pouuoient faire efperer. Car mayant veu qu vne bien petite partie de la Perfe , nayant preique point fait de fejour à la Cour du Mogul, be n ayat veu dans les Indcs que quelques villes du Royau- me du Guzuratte be de l’Indofthan, auec la villc de Goa, il iven pouuoit pas faire vne fort grande relation. Et eneftetce qu’il en dit eft ailezmai- gre: mais Olearius, qui auoit paftion de faire vi- urelamemoire de fon amy ,y a voulumettre la main, be luy a donné à peu prés la forme, fur la- quelle cette traduélion a efté faite. Yeritablement il luy a rendu office d’amy; non feulement en reformant ion ftyle,qui ne pouuoit pas eftre fort elegant en vn homme de fa profeilion j endiftinguant Ton traitté en liures be en chapitrcs 4en 1’augmentant de pluficurs re¬ marques ÒC additions neceftaires, be en le faifanc imprimer infolio en de fort beaux caradferes, be embelly de plufteurs tailles douces. Mais il l’euft entierement oblige , s’ilen euft ofté les endro its, qui font connoiftre fes foibleifes, particulier^- ment l’iniufte be defobligeante defiance , qu’il tefmoignedeceuxdont ilconfefte n’auoir receu que du bien *, be s’il l’euft fait parler vn peu plus obligeamment des Hollaadois. Car à n en point *** iij
  • preface: mentir,ceít vne chofe ridicule,qu’vn homme ne au milieu des Vandales, 6c nourry parmy les Cymbres, traitte d’inciuils 6c de grofliers ceux quiontouuert chez eux,depuis rant d'annees, 1’efcole dcMars 6c de Pallas pour tous les eftran- gers qui font encore aujourd’huy en poifef- iion de porter les arts 6c les fciences jufcua leur derniere perfe&ion. Ienefçay pourtant fi Ion en doit accufer plu- ftofl; le iieur de Mandelilo ou bien Olearius, qui nepcutpas diiTimuler fanimoíité qu’il a contrc ceux qui fe font oppofcs à la negotiation des Ambaftadeurs de Holftein , & qui ont en partie cmpefché 1 eíbabliíTemét de ce commerce. Quoy qu il en foit, vous ne laiifez pas d’eftre obliges au premier dc la defcription, que vous verrez icy de cette partie des Indes, qui eft depuisla cofte de Malabar iufquesen la Chine. Et bien qu’il ne fait point vcue, ie puis dire pourtant, qu’il n a rien efcrit qui ne foit conforme à ce que les autres en ont public. Pour ce qui eft d’Olearius, il a enrichi cette re¬ lation depluiieurs belles remarques, tirecs d’E- manuel Oforio, de Maftee, 6c des principaux voyages des Hollandois, 6c par ce moyen il a donne exemple au Traducfteur de prendre la mefme liberte, d’augm enter leliurc de ce qu’il a trouuc de beau dans tous ceux, qui ont le mieux
  • Wtfy PREFACE, parle de l’eftat des Indes Oricntalcs. Ainii ceil au Tradu&eur que vous deuez la defcription exacie des Próuinces de Perfe&de Guzuratte, des Royaumes de Pegu de Siam , dec. de 1 e- ilar des affaires de Zeilon^de Zumacra, de Ia- ua, des Moluques ÔC du Iapon , &C de la Religion de tous ces pcuples: comme an ill ce que vous y lirez des villes des Pais-bas, ou Mandelilo a pailej parce qu’il a jugé qu’il pouuoit donner quelques pages au plan de quatre ou cinq des plus belles villes de l’Europe, aufquelles 1’Auteur ne donne qu’vne ou deux lignes. V ous y trouuerez peut eflre pluileurs chofesqui vous fembleront incroyables,parce qu’elles vous font inconnues:6c entr’autres vous vous etlonne- rez fans doute des richeffes d’vn Gouuerneur d’AmadabathjSc d’vn Roy d’lndofthanjdu reue- nu des Prouinces 6C des Seigneurs de la Chine &C du Upon ] mais outre qu’il n’y a rien en cela qui ne foit tres-veritabUjSc qu’il n’y a point de com- paraifon à faire dcs richeiles dc l’Europe aux ri- cheifes de l’Afie , ou celles de tout le reftc du monde fe vont rendre, comme les riuieres a la mcr, il y a vne trentaine de perfonnes dans Paris, ailez riches, pour juftifier ce que noftre relation dit fur ce fujet,en dift-clle fix lois dauantage. La paix,queDieu va donner àla Franceses fera con- noiftre, dc les empefehera fans doute de fc feruir
  • preface; ,/ des exemples qu’ils trouuerónt en cette relation, pour l'eftabliiTement de leur fortune laquel- le en eftet ne paiTetoit que pour bien mediocre aux Indes, mais qui eft prodigieufe en Europe. Enl’eftatou eft cettetradudion, ie croypou- uoir dire qu’elle nc fera point de tort à la memoi- re de I*Auteur ,& qu’il y a lieu de croire3que ceux qui y ont intereft , ne fe fafeheront point de voir leur amy accommodé de la forte& habille ala Françoife. Sionne l’a pas mis paffaitement à la mode, il faut excufer le Tradudeur 3 dc confide- rcr qu’il eft bien difficile qu’vn eftranger puiife ii bienhabiller vn Allemand , quil paife pour naturel François. Mais pourucu qu’il foit aftez raifonnable pour le faire fouffrir dans les compa- gnies, &C pour auoir dequoy fournir à la conuer- fation , il croira n’auoir point perdu fa peine, &C il tafehera apres cela de vous donner dans peu de temps vne autre produdion de fon propre fondsj laquelle paroiifant fous 1’auguftenom d’Hiftoire^ aura quelque chofe de plus grand que ce que I’on peut eipercr d’vne iimple relation. : .a :: . . f ■ ' k: -vl;.'- IOVRNAL
  • I OVRNAL DV VOYAGE DES AMBASSADEVRS DE HOLSTEIN. EN MOSCOVIE ET EN PERSE. <7'our fernir de TABLE k cette Relation. PREMIER VOYAGE. EN MOSCOVIE. E fujet de cette Ambaifade. Les noms & les H qualitez des Ambaílàdeurs , qui partent de Gottorp, le zz. O dobre, page i. & z. 1 Is font leur equipage à Hamburg , d’ou ils par- tent le íixieme Nouembre. Arriuent le Iendemain à LubecK, & le 8. à Trauemunde, ou ils s’embarquent le 9- Ils paífentleio.prés de 1’IíledeBornholm, pag. z. & moiiillent leu. auCap. de Domejnes en Courlande. Le iS.ils arriuent aufort de Dunemonde, al’entreedelari- uiere de Dune, & de là, le meíine iour, à la ville de Ri¬ ga, capitale de laLiuonie, pag. 3. huid iournées. Dtfcription de Riga, ou tls Jejournent prés d'vn mois, p. 4.& Partent de Riga le //, Decembre,fur des traif- 0* a 16 33- Ottobrc. N ou t rr.br e. Tnccmhre.
  • £ AN 1634- Januier. FtvricK Mars. cAvriL May.. JallUt.. IOVRNAL DV VOYAGE neaux, & arriuentle dix-huidiéme à la petite villc de Volmar, p.6. trois iournées, 18. lieues. Lezo.auChaileau d’Ermes. ibid,6. lieues. Le u.au Cliafteau de Halmet, ibid. 4. L Le zl. au Chaileau de Rtngen , & le iz.à la vdle de Tor- pat. ibid. 6.1 Dc/cription de la ville de Tor pat, r« ils pajfentles Fefles de No'elyg.6 7. cinq iournées. Partent de Torpat le ig.Decembre, Sc arriuent le 3. Ian- uier 1634.3. Narua. lls y ftiourneni cinq mots,pendant lefquels ils enuoyent ame par tie de leur tram d Nouogorod, (y ils vont en per- fonne a Reuel, ous' afjemblotent les Ambafjadeurs de Sue- de,pourallerenjemble en Aiojcouie,p. 7. ^ Partent de Reuel pourretourner à Narua le ry.May, ou ils arriuent le 18. pag. 8. quatre iournées, Partent de Narua le z8. May, p.9. & arriuent le 19A Ka- purga , p. 10. 9-l.n iournée, le 3. a lohannes that, ibid.. 4.1.1ei. iourde Iuin a.Ncufchans, p. n, deux lieues Sc demie,& le z. à Notebourg. ibid. llsyfetournent fixfrpmatnes,.ibid. Ceremonie de la re¬ ception des Jmbajjadeurs de Suede en leur paffage en Mofcouiefir la rtuicre, qui fert de frontier e communed la Suede,&dla Mofiouieyp.iz.(sr 13. Defcription cL Notebourg,i^.Chtens matins, Mouche- ronsfjyc. Partent de Notebourg le vingtieme Iuillet,ibid. Entrent en Moicouie, paííant la meime riuicre. Leur rece¬ ption, pag.15. Sont deffrayetout le temps qu ils font ei Adojcouiefe- ImL coujlumci&prennentleur defray m argentiibid■
  • DE MOSCO VIE, &c. Les viures jont àbon marche en Mofcouie. Partent de Laba lemeímeiour,paíTentvn grand Lac, sembanjuent apres furvne grande riuiere, ibid. Sc arriuent à Ladoga, p. 16. 17. lieues. Partent de Ladoga\c 15. Iuillet, pag. 16. s embaiqucnt fur lariuiere de W olgda. (Ceft vn Fleuue different du Wolga,) & arriuent le 19. à Nouogor&d, pag. xo.ouils trouuentletrain,quilsauoient enuoye deuant, 3;. lieues, cinq iournees. Adoucherons & Coufns incommodes, pi7- M.oine Mofcoui- te,pag. íS. Adi trade de Saint Nicolas, p. i<). Partent de Nouogorod le dernier iour de Iuillet, & arri¬ uent à Brumts, p. zo. 4.1. Dcfcrtptton d'vne Procefhon Mofcouite ,pour benir la riuiere. ibid. Partent de Brunits le rr d Aouft,par terre,p.ii.arriuent a Chrafmfiamky 5. lieues,le z. à Gam Cbrefla, 8.1. le 3. à lafelbit^a, le 4.à Stmnogor<í,le 5. a Columna, \cy. &Bu- dwa, & le 8. àTor/ock, p.2z.7i.lieu‘és. S.iournées. Partent de 7"«ar/orlc le 9.Iuillet,& arriuent a 7 ysrcre3 íur la riuiere du nieíme nom, qui tombe dans le Wolga:3 ibid. Arriuent le 13. à Nicolas Nacbmsky > Sc le 14. à Mofcou3 pag. 13. * lis y demeurent plus de quatre mois. Leur reception entree a Mofcou, ibid. &p.i+. t? ^y.Le iy.tls ont leur premiere audience3p.z7. Leur Caua!cadet ibid. Lesprefents qu tis font au Grand Duc>p.2&. Ceremo niesde íAudience,p*g. 29. Magnificence du Grand Due, pag.30.quitesfait regaler3p. 3*- Onleurdonnela liberte de fortir de leur logis3contrela coujlume ordinaire des MoJ- couites3p.33. Celebration du iour du nouuelan des Aíofco
  • Off obre. Noiicrx bre. Vecewlre. VAN 163s. larmier. IOVRNAL DV VOYAGE uites, le 1. Septemb. pag. 34.1Uont pour Epoque la Crea¬ tion du monde , ibid. Negociation des Ambajfadeurs, conjointement auee ceux de Suede, pour le traficdes Jopyes en Perfe , p. 36. Entree des Ambajfadeurs des Tartares, p. 37- des Turcs pag. 38. & fuiuans, Prefentsde I'AmbaJ- fadeurTurc, (
  • V DE MOSCO VIE, See. Arriuent à Riga le C.Février,& en partent le 13.p. 50. Arriuent le 14. à Mittau, ville Capitale de la Duché de Gourlande, pag. 51.6.1. vne iournée. Description de la Duché de Courlande, & du Prince qui gouuerne aujourd'huy. Partent de Mittau le 16. & arriuent à Frauenberg, & de laic 15.zBador enPologne,p. jz. 11.l.trois iourn. Arriuent le 19. \Memtl en la PruiTe Ducale, p. 53.16.1. 3. iournées. Defcription de Ademel. ibid. Partent de Memel le zo. Février , & arriuent le zr. à Komgsberg, ville Capitale de la Duché de PruiTe, ibid. 16. lieues, deux iournées. Defcription de la ville de Koniiberg, oil ils voyent entran¬ ces ebofes la belle Bibliotbeque de lEleâeur de Brandebourg. Partent de Konigsberg le Z4. pag. 54. & quittentles traif- neaux, pour prendre les chariots.Arriuent à Elbing, en la Pruíle Royale, ou Polonoife, & de là à Dan- t^ig.p. jj. zo. lieues, trois iournées. lls y fejournent dix-fept tours. Defcription de la ville de Dantfig,/* fituation, fon Magi- ftratyfes priuileges, fon commerce ^c. Partent àcDantfig le 16. Mars,p. 56. & arriuent le zj. à Stettin, ville capitale de la Pomeranie Suedoife. Defcription de la ville de Stettin, ibid. Arriuent lez9. Mars à Roflock, en la Duché de Mik- lenbourg, p. 57. a v Mars.
  • \yinril. O ff obre. NtuetubrC' IOVRNAL DV VOYAGE Defection de U ville deRoâock,& de fon^niuerfttê ,ou Albert Krantz eflobt autrefois Reãeur, ibid. Pai tent de Rojlocklc jo.lVíarsírA/d.& arriuent le meím^ iour àW ijmar, Defcription de la ITille dfWiímar, ibid. Arriuent le dernier iour de Mars au Chafteau de Schom- berg, d ou ils partent le i. iour d Auril, 5c arriuent le mefme iour à Lubeck, p.58. Defcription de la ville de Lubeck , ibid. Partent de Lubeck le 3. Auril ,p. 59. Arriuent lelende- mainà Arnsbock, le 5. à Pret^, le6. à Kiel, & encore le mefme iour à Gottorp. SECOND VOYAGE ENMOSCOVÍE eten perse. LEs Ambaíladeurs,apres auoirfait leur rapport, & ayansaugmentéleur train, partent de Hambourg len.Oòl:obreJ&arriuentlei4. à Lubeck,pag.61. dix lieués,deux iournées, S embarquent\Trauemunde,& partent\czj. ibid.deux lieués.SetrouuentÍei9.à la hauteur de 1’ille deBor- Ao/w.Donnent íurvnefcueil la nuiólíuiuante, pag. 6z. Defcendent dans 1 Hled Of/áw^íe 30.p. 63.arri¬ uent à Calmer le i.Nouembre.p.64. Dcfcripiton de 1'lfle de Gotlandc^dg. 6$.
  • DE MOSCO VIE, &c. Souffrent vne horrible tourmente la nuid du j. m 8. Nouembre,p.67.& arriuent le8. àllfle de Hoglande, ou ils mettent pied à terr eyM. Le nauire fe brtfi contre les rochers de Hoglande j mais l on fauue les hommesjestardes,&les cheuauxj.68.llsyper¬ cent leurs •mures, & àinfi fe trouuenl redutts d la derntere cxtremitéydans vne lfle deferte & inhabitable J.6t>. Partent de Xlflede Hoglande le iy.Nouembre,dans detix barques de P efcheurs,font vne nauigation foit pe- rilleufe, ibid, mettent pied à terre en Liuonic le iSL p.7r.& arriuent à Reuel lc i.Decembre, ibid. Sur le chemin ils fe rajfraifihijfent quelques tours en la maifin de Kunda en Efihonieypuis fiiourneni aufii a Reuel trots motSj ibid, \ Dccetnbre,- Defcription de la ville de Reuel, Capitale d Eflhonie,^. 73V Defiription de la Liuonie fes frontieresj."}4-fs Seigneurst ib„. Safertilite}p. 7 j. fes habitantyp. 7S- Lordre des L^heua- Iters de Liuonie, ibid. Lafaçon de viure des Ltuonois,p. 77. Les ceremonies des manages fold. Leur Religion,p-7^- &fuiu.Barbaric, fotufe &fuperJlitton des payfans de ces quartiers-ldj.8i.Sa Nobleffej.U.LeGouuernementdc la Liuonie,p.83. Partent de Reuel le z.Mars,& arriuent le 5. à Narua ,. p;. £,^ ^ 84. i7.1icués, quatre iournées. 16 3 6. Defription de la vide de Narua, ibid. Son commerce, (y fin Mars., gouuernement Politique,p.8j. Le Chafeau d hianogorod, pag. 8;. Htftoire remarquable d'vn loup enrage,(? d’vn OurSyp.%6. Partent dc Narua le 7. Mars,p. 87. Arriuent le meime iouràLilienhagen, 14. lieues,trois iournees. Le 8. & SaritSy&clcq. àT^uerin,p.83*.
  • IOVRNAL DV VOYAGE / 63 7. ^rn Pnftaf vtent au deuant d’eux, & les reço/t au nom da Grand Due dans le bois d’Orlin, ibid. Arriuent à Nouogorod le onziéme Mars, ibid. 16.1. z; iourn. Sejournent a Nouogorod cinq iours. Defeription de cette ville,p. 89. Son afiette fur la riuiere de Wolgda, ibid. Sa grandeur,p. 90. i^ruautes quiy ont ejlé exercées par les Grands Dues de Mofcouie, p. j>r. (?<,z. FabU du voyage de Saint Antoine,p. 95. Par tent de N ouogorod le 16. Mars, ibid. PaiTent par Bra- nits, Miedna, Kreffaflafelbit^a, Simnogora , Columna, W‘fna Wolloka, &c Wtndra Pufck, & arriuentlezi. a Torfock, p. 94.59. lieues, fix iournées. Partentde Tor jock leu. paiTent par Troitska-Miedna, & aniuent le lendemain a 7 were, ibid. 12.1. %. iourn. Ils s’y embarquentfurleWolgda Ieij. ibid. Mais le lenl demain ils continuent leur chemin par terre, paf- lent par Garodna, Sawidowa ,Saulka- Spas, Klin,Bef cbick, ôc par Zerki^oWo , & arriuent le 18. à Nicola Darebna, ibid. Z9. lieues. 6. iournées. Partent de Nicola Darebna le 19. Mars, & font le mef- me iour leur entree à Mofou, pag. 9y. rMvril. Ils y fejournent trois mois. L ordre de leur Caualcade, (yleur reception, ibid. Leur lo- gement dans la ville de Mofou, p. 96. Les viures quon leur fournit, ibid. Leur premiere audiance publique le troifieme Avnlyp. 97. le Grand Due les fait regaler, ibid. Leur premiere audiance fecrete, p. 98. la feconde , ibid. Procession desMofcouitesa Pafques Fleuries,ibià.(yp. 99. Leurs Pafques, ceufs de Pafques, gr autre: ceremonies,pag. My. 100‘ -dudiance particuliere de Brugman, bid.Diuerfs au- dtances & conferences des AmbaJJadeurSytu mois de May, ibid.
  • DE MOSCOVIE, &c. ibid, lour de la naifjance du Prince de Mofcouie le i. Iuin, ti. ioi* Audiance de conge des Ambajfadeurs,ibid. Audiance du Secretaire de /’Ambaffade, p. 10z. Les Ambajfadeurs augmented leur tram, ibid. Entrée des Ambajfadeurs de Pologne,p. *0$. Fierté d’vn Ambajftdeur Polonois, ibid. Pajfeport du Grand Due, p. 104. Defcription de la njide de Mofcou,p. 101 .Safituation, p.106. fa grandeur, ibid. Plufieursincendies. Ses maifons font de bofs, ibid. Les cjuartiersde laville3p. 10J. Le Palais du Grand Due, ibid. Sesmarcbez3p.iG8.& iop.fes Conuents9 fa grojfe cloche,fesTemples>&JesChappellesiibi&.&p.iro. Defcription de la MoJcouie,p. ill. La Prouinte de Wolodi- mer,ibid. Cedes de Smolensko, de Rhefan,Je Permie, &de Iugarie,^. ui. Cedes de Wiathka, de Bielske, de Rfchou?e>TVere 3de Plefcou, de Siberie, de la- roflaf, de Rofthou, de Sufdal, & de Dwina,p. 113. Cel- les dVitiugha &* de Vologda,p. 114. Cedes de Bieleje- zero, de Petzora & d’Obdorie, p. nf. Les nuteres de Mofcouic, ibid. Le Wolga 3ibid. le Bori~ fthene & la D^ine,p.u6. L'airde MofcouextremementfroidenP1yueri&chaud en rement fes melons3p. 119. le Borane^yp.izo.fa venaifon & fongibier,p. 12,1 .Ses fourrures, ibid. Be fes far ouches, p.m poijfon,ibid. Point de Carpes en Mofcouicyp.u^ Ses mi¬ nes & forges de fer. ibid. Digression pour les Samojedes 3qui efl vn autrepeuple que /«Samogithes, p. 125. Leurs maifons, ibid. Lentfapon de njiure, leur taille, leurs habits, p. 12.6. & fuiuants. Us font ChreJUens}p. 119. Vne autre dtgrefsion pour la Groenlande ,p. 12.9. & 13®' la taide des Groenlandois,p. Í31.OT W- l™r lan£aie> é Ittitu 1
  • Inin. IOVRNAL DV VOYAGE P'z33' leurshabits, dr leursexercicesordtnaires.p. 134. four façon Ae viure,p. 13/. leur ftmplicit'e,p. 136. leur Religion, p. ij7. leur coulcur, dr pourquoy les Septentrionaux font ba^aneg,p. 13S. La, taille Acs Mofcouites,p.139. lls efliment ceux qui ont U birbe grande dr It ventre gr os .ibid. Les femmesfefrdent, ibid. Leurs habits, p. i+g. ey* 1^.1.leur façon Ae viure,paç. 743. Us ont Ae I’aucrfion pour les Sciences, Aont ils nont point Ae connoiffance.particuhercment pour les Matbema- ttques, dr pour f Anatomic, p. 744. Ne manquent point Aefprit.p. font défiants? menteurs dr calomniateurs , p i46. dr a cent occapon I'bifoire plaifantc A'vne femme , qui accufefon mary,p. 1^7. font indifcrets.p.i^il. inciutls, gr offers dr barbares, p. 14*. querelleurs dT infolents.p. 1 jo, fans politeffe dr fans bonnefet'een la conuerfation page // 2, lls font yurognes,p.ij3.dr 1/4 font tons efclauesAu Grand Dur,p. tçyaujf bien que les efr angers,qui vont Aemeurer en Mofcouie, p.içj. Les Knez dr Bojares ont grand mm- bie d Efclaues. p. 158. qui font Ae grands de for Ares, tant d la vide qua la campagne,p. jj9. ils font bons foldats,p. 160. Lepege Ae Smolensko, en ban 1Í3/. ibid. &pag. 161. leur mefnag*,p.iCi.leur nourriture ordinaire,p. 163. le Cauayar dr l bidromel,p.164- la Aepenf des perfnnes Ae condition ,pag, 16/. dr 166. Totes les Mo fcouites dormem apr:s Aifner,p.i67. je feruent A'efuues, ibid, dr s’endur- ciffent au froid,p.i68. viuent long-temps? p. iC
  • DE MOSCO VIE, &c. Li veneration que les Mofcouites ontpour leur Prince, ib. lis ne peuuentpas fortir du Royaume, fans fapermijfion}p. 1 So. faputffance abfoluéyp. 181. Change les Gouuerneurs des Prouinces de trois en trots 4»5,ibid. La monnoyc de Mofco- ftie}p. i8í. Les Jmbaffadeurs Mofcouites, &le traitement que 1’onfaitaux Ambaffadeurs tflringer<}p.iS$.(enfet page zxi. Sa table (s' fes Medecinsyp.zt3. Ses truchemensypagexx^. fon Co»/e//,ibid, ôcíuiuans. Cadminiftration de lajuftice, pagexzy. le ferment}page zp. la quejhon (s'les Jupplicest p.X3l.(S* 2}2. De la Religion des MoJcouiteSyp. zjj. Des pens .dint C H
  • IOVRNAL DV VOYAGE ils fe ftrucnt pour l’explication de la Sainte Efcriture, page z$4. LeSymbole de Saint Athanafte regie leur creance >page . Leur Religion eft me flee de plufteurs [aííent le j. à la veuc de Rhefan y ibid.&c arriuent le/.ala petit: ville dcCafti- nogorod,tn Tartarie,p.z74.ou ils emoyent compli- menter vn Prince Tartare, fujet cu grand Due,,
  • DE MOSCOV1E, &c. W.tj.lieues, trois iournees. Partent de Cajfinogorod le 8. ibid.&c arriuent le 9. a la vilíe de Moru ma,p. 27 j.qui eíUa premiere desTartares de /Won/w^vingt-deux lieues,deux iournees. Partent de Morumalc 10. ibid. &c arriuent le lendemain deuant la grande ville de Ntfie, ou Nifa Nouogorod, p. -Ljó.fur le conflant de 1 ’Occa,ôt du Wolga, J/5 Jeiournent trois fepmaines deuant la vtile,en attendant que ion acheueleNauire,qutls y auoient fait baflir,pour leur nauigation fur le Wolga,^ fur la mer Cafpie, ibid. Defcription de la ville de Nife,p4g. 277. Magnificence dit weiíiode, 178. De Mofcou dNife >il y a cent lieues par terre,¢ cinquantepar eau. Largeur dela riuieredeVVol^p.iyS.Cefivne des grandes riuieres du monde, p. 17 9. ayant depuis Ja fiource iufiques a I’embouchure plus de quinze censlieues de France de corns. Sa namgation efifort difficile,* caufieque l'on sy afiable fouuent^.í/8. * Aouft. Partent de Nifè le 30. Iuillet ,p.í.7^- niais nauancent point Le4 iour d’Aouft ils font vn reglement pour la aarde, contre le danger qu’ils auoient à apprehcn- der des Cofaques,p.i8o.& arriuent le 5. deuant la vil- • le de Bafiligorsd, fur le conflant de la riuiere de Sura, p. 281. Defcription de cette villey ibid. DcsTartarcsCeremiJfestf.zZí. Leurdemeure. Leur Reli- gion.Ceuxde la gauche sappellentLuàow\}&ceux de la droite Nagomi,tbid. Leur croyance touchant l immortalite de l*ame,p.zS$. Leurs fuperjhuons>& leurs fiacrtfices, ibid. La Polygamic cfipermifi parmy eux,p.z8^.leurs habits3 & ceuxde leurs femmes, ibid. Partent de Bafiligorod le 6. Aouíf,&arriuent le7. a Kufi é iij
  • IOVRNAL DV VOYAGE madcmiamky. Huiót lieues, deux iournées, le 8. à Ia ville de Sab*k~ki)&: àdix âcKocktfcbara. Defcription de Cafan, fa fttuation dans v/e plaine d vne lieué(çr demie du Wolga yfur la riuierc d: Cafanka,/^^. Ses bajhmens. Son Chajleau. Donne le non d toutela Pro- uince.Comment elle a efe conquifeparies Mofcouitesypag. i8 8 .(era cette occafon vne diprejjionfort agreable. Exem- fie de lafidelité d'vn Weiiiode3ibid. Le Grand Due chafe dcMofcotty& reliably}pa?( 189, Prend la ville de Cafan d’ajjautyp. i9o. Partent d’aupres deGi/a/jleij. AouityW. Setrouuent Je i7.a l’emboucheure dela riuiere deK<*w^,qui en- tre dans le YJolga à gauche, a. douze lieues de Cafan P-2-9I. Life de SokoI 3 ibid. Arriuent le 18. à la riuiere de SerdiK, p.291. &enfuitte a celle d’/^tkapp. z9t. &voyent en paifantla ville dc s' Tetus, à vingt-cinq lieues deC^»3quatre iournées. Le dix-neufieme paiTent deuant l’lile de Starve, qui a trois lieues delong,p.z92.àfeptlieuésde Tctus3 vne iournée, Lafaçonde pefeher des Mofcouites des Tartares. pa93. Le 10. le 11. zz. 6c iy lllle de Botenska. Le Cap de Polibno. La riuiere de Beitma) & pluiieurs villes ruinées pai Tamerlan. La montagne Arbeuchim, & la riuie¬ re d’Adrobe, p. Z94.
  • DE MOSCO VIE, See. Le zf,ta montagne de fel,la riuiere d'Fjfa, & la mon- tagne de Dm/agora, p.195. & la vallce dslablaneu* quas, ouau cidre, p. 190. Lei7. Ia montagne ou colline de Sariol K«rg n , fort memorable,p.^7. &cellede Soceobeit ibid,. Couleuures rouges de Saint Nicolas, ibid. Arrment le a*, de grand matin à la ville de Samara ,i ioixante-dix lieues de Cafan3 iur la riuiere du mefme f1011* > a deux Weriles du WjIga , ibid. Le mefme iour a la montagne des Coíàques, à vingt-cinq lieues d c Samara , p.2.98. & vis avis leConflant de la riuiere d'Jfiula, apres auoir paile /es Iiles de Batracb, a vingt lieues de Lopatin à vingt-deux lieues de Samara, ibid. La riuiere de Paw/^/w^&Plilede StfgwiVuko, p. i9y. Le 30. a la riuiere de Zagra, ibid.qui donne le nom a 1 Iile de Zrfger/Hjko. L’lile de Sofnou. & la montagne de Tichy, ibid. Lep.Aouíl: 1 Iile d Ojlino, & cclle de Schifmamagny p. 300.En.iukecellede Ko/to^la montagne de Smiowa, tbid. & les quarante Iiles, 301. Fable & metamorphofe d vn Dragon tue par in Jrlerosy p.300.30!. Arriuent le 1. iour de Septembre à la ville deSoratofy p.301. íituee íur vne branche du Vuolga, à foixante- dixl.de Samara. Le 2.paifent deuant les Iiles de KriufiaScdcSapunof- Septembre. Li*,&eniuite l’lile & la montagne d-ZchmatsKigori, à dix I. de Soratof. ibid. & à 4. 1. plus bas I’lfle de Solotoi ,& la montagne de Salottogori, ou Mont-d’or, iW. Celle de Cny/f, p.jor. La montagne auxPiljers. Le 3. la riuiere de /W4«*>ibid.& k montagne ÍF-
  • ÍOVRNAL DV VOYAGE raKofJK.arul3k$oAAcSoratof. Lamontagne dcKámuf-, ch/nma,5c la riuiere du meíme nom. En cet endroitlc D011,0a Tanais approcbedefept lieues du Wolga, p.303. Ceremonies des vi fites des chef de la Carauane,p.}o 3. & ÍÍ14 Le 4. la riuiere de Bollocleaà 18. lieues dcKamuJchinKa, p.^04* Premiere tranche duWWg4, à 48. degrez, 5r. min. d ilcimtion,tbid.Bieluga, grand poiílon blanc,p.307. Arriuent le 6.a la ville de Zanza3 à íoixante dix lieues de Soratof, fm; la droite de la riuiere,ibid. ' Dcpuis là tufcju a Aítrachan,/ onne trame plus que des landes & des bruyeres, ibid. L"Iíle de ZerpinsKe,ibid. Derrierclaquelle il entre vne riuiere dansle Wolga, qui pourroit feruir de communication auec le Don, p. 308. Le 7.arriuent à 1’Iíle & môtagne de Naffonafko}p^o 9. T^ibsrika, poiíTon d’vne rare figure, tbid. Le 8.1e Cap.de PopcvritsKa j«>Li,àquatorze lieues de Zariza,6clamontagne de Kamnagarfã8. lieues plus bas,d>/roJ]ej& en grande abondamce ,ibid. Arriuent le 9. Septembrella petite ville de Tzornogar,à quarante lieues dcZariz^p.^o. O iyne de cette ville, p.311. Parte ntdeT^omogar leio. Cítrpes detrenteliures,Sandates ,&>c.ihid. P aíTent le 11. deuant Ia montagne de PoloVon, 5c en íulte aupres de Hílede K^r,ibid. Le
  • DE MOSCOVIE.&C. Le ix.voyentlacroifie'me ôc quatriéme branche dif Wo/gdj&íúr lefoir rifledeP/r#dcy,p.jix.LesIilesde C oponoj&c de Karinsmy ,ibid. Le 13. la cinquiefme branche du Wo/g^p.^ij, Excellens fruits de Nagaya. (Torworví«n,ibid. Arriuent le 15. Septembre à AJlrachan ypag. 514. apres auoir pafte la íixiéme & íeptiéme branche du Wolga, les Iíles d'I tribunal yScdeBufanyôc lariuiere de BiIi^ik. La feptie'me branche du Wolga, nominee KniluJJe, forme 1’Iílc de Dulgoi, en laquelle AJlrachan eft íitué, ibid. De Mofcou à AJlrachan fú y a plus de íix cens lieues d’Allemagne. Defcription de la ville d’ Aídr achán, page 314. euils feiournent presd’vn mois. Des Tartares de Nagaya, ibid. & p- 3rS' La fituation de laville.Son climat, ibid. De Pife de DuL goiytbtd. Sourcesfaléesyp.316. Lavillc ejleforgnéededou- %e lieues de la mer Caípie, ibid. La riuicre ejl abondante enpoijjon, & la terreen toute forte de gibier,page 317. La beau té de fes fruits, & particulierement de fes melons, lly mient de fort bon 'i'/w,ibid. Ffiynd la Nagaya a cfl'econ- quifepar les Mofcouitesyp. 318. Grandeur de laville. Ses baJlimens.Son artillerie.Sagarnifon. Ses Gouuerneursyibid. ll ejl deffendu auxTartares d'y demeurer,p.3i<). Fafon de *viuredes Tartares,ibid. Leurs habits, leurs guerres auec les Kalmukes yibid.& auec ceux de Buchar,jt>.320. Les ha¬ bits de leurs femmesy ibid.Leurnourriture ordinaire}p. 321. Leurs Princes y&leur Religion, ibid. Les Ambajfadeurs paffent le temps d Aftrachan en fefins auec les T artares (çr les Per fans, ibid.&p. 3 22. l^ifte du Prince Tar tare,&fa reception yp.$i3- GeUe dc Cuptzi, 0# fafteurduRoy dePerfeyp.^i^. Le WeiUode /Aftrachan, i
  • 0 tf obre. Ncucmhrt. IOVRNAL DV VOYAGE fait des prefentsaux AmbaJJadeurs yibid.llsy rencontrent 'vn ArnhaJJadeur du Roy de Pologne icyo\i mer de Baku,p. 353.011 ils trouuent la nauigation fort difficile. Arriuent le l.iour de Nouembre deuant la ville de Terki en CtrcaJJte,p.337. N’ayans fait en feizeiours denaui- gation tres-fafcheuíè , que foixante lieues, depuis Aflrachanycpai en eft eíloigné de foixdnte -dixlieues par terre, pag, 338. La fituation de Terki y fur la riuiere de TimensKi. Sesfortifications yfagar mjon yibid. Pendant qu tls demeurent d la rade de Terki yl'equipage duNauire fe mutine)p.$$9. Vn Eunuque du Roy de Perfe vifite les Ambajfadeursyqus enuoyent des Depute^ au Prince de Terki yp.340. Samai- fonyibid.Lameredu Prince.pag.34.1. Sa Cour & fesautres filsAbid. Elle donne la collation ohx depute-*, ibid. Marie fa file .au Ry de Perfe y ibid. Enuoye vnprefent aux Am- b>Ajfadeursyp. 34,2. JAfite d'vn Prince Ttrtare deDagc- ftban,ibid. Sa façon £
  • DE MOSCO VIE, &c. Partent de Terki le io.Nouembre. page 344. Arriucntlc mefme iour àllíle de T^etlan, ibid. Defer ipfion de 1'lfle de Tzetlan, appellee par les P erfes Tzen- zeni, ibid. Voyent le Mont Salatto, qui e(l le Caucafus des anciens, dans U Mengrelic,oule Colchis,p. 34/. parle en fuite du mont Ararat,p. $+6. & ft defcrtption.Sont poujfe^par •vnfurieux or age, qui les porte wrs les cofies de ?erfe,mats les empefche de gagner la rade de Derbent, p. 34Í. & leurfait enfin fane naufrage, en faifant échoiitr le Nature, p. 3fr. Defcnption de la merCafpie^j/i. Ses nomsfiibid.Eflvne merparticuhere , qui n’a point de communication auec les autres, ibid, lly entre plus de cent riutercs ,fans quil pa- roijje par ou elle dégorge.p. 3/3. Les fentimens de plufteurs fçauans lk-dejfits,ibid. Sagrandeur ,p. tf+.Sa fituation, contre /’opinion commune dcsGeographes,ibid. Cenfurede Petrejus fon hifioire de Mofcouie,ibid.Erreur de QJCurce, p,$Sf. Les anciens nontpasbien connu cette mer, ibid. Elle nanyflux, ny rejlux,p$f6.&n aquaft point de havre,ny derade}ibid.SespoiJJons,p.}f7. Lapejche,ibid. Defcription de la Prouince de Schirvan , qui efl íancienne Mede, p. 3/í. Defcription de laY>erfêtp.$5<). Son etimologie, fit grandeur,jes frontieres, ibid. &p-3^o. Ses principals Vrouinces, ibid. CcWErak,ibid. Celles de Fars, de Schirvan , & d’l- ran,p. 361. Celle d Adirbeitzan, p.561. Celle de Kilan., p.&.Cellesde Rcfçht,de Keskér,^ de Chorafan,pag. 36^.Cellesde Sablufthan, de Sitziílhan & de Kerman, p. 365. Celle de Chufifthan, p. 366. Celle de DiarbeK* page 367. Defcription particuliere de la Prouince de Schirwan, ibid.So# í ij
  • IOVRNAL DV VOYAGE terrtirjes bledsfes vtgnes, ibicf. Songiíier,}. ySt. RenarJs de deuxfortes, Bujfles&ç. ibid. Lesmaifinsde Perfe page3it. Pre/ent du Gouuerneur de Dcrbent aux Amíajfadeurs, quite refufent,pat Umau- uaije humeur ABragman, p. 3i% Le Gouuerneur sen "iTi a 1“"fl C*UJ‘ quits font retarded a Niafabath, i id. Le Mehemandar, ou tntroduóíeur des dmbaffa- > dcurf> P-57o.qui font vtfue^ par le Prince Tartarc de Da- gcitnm,p.j7i. Decembre. Partent de Niafabathpar terre le zz. Decem&re, p. *74, & logciit au village de Mordou. Origine decemot & de ies habitans,qui font Padars}ibtd.La. montagnc de Barmach, p. 375. fa defcription p.376. Reftesdes rortereiies, quel onappelloit autrefois Port* Cafpia, r a 16^7. J/inuier. Partent de Barmachie is. Decembre, p.377. & arriuer.t ieiendemain a Pjyrmaraas, lieu celebre,a caufe da fe- pulchre d’vn Saint Perfan. Defcrtptton de cefipulchrejbid.D’-vn autre fejukhreJ,.37g, kmurde I.Camerarius,deBarron & A'Amman Marcel. t»,ibid. Faux miracles des Saints de Perfe,p. ;79. Coqutlles dansrvne montagne élotgnéede la mcr,ibid. Siperfiition des Perfes, p.$So. [ J Arrwent a Scamachiek3o. Decembre,p.38o.Les cere. momes de leur reception,oQ les parents d ’Ah fe font remarquer par leurs habits,,W.L'equipage & la fuite du Chan^.tfu La Mubque des Perfes, tbtX llsy fe)ournent trots mcis„ e Chan les traite, p.tfi.Sa maifon. Particular iter du iW?’j/j\PyrCie ^ Perfes>f- Mufiquey ibid Addrejfe du Chan,^ leprefent de raffrafebtffemenss quit fan aux AmiaJJadems,page 3ss. Emerremem d’vn
  • DE MO SCO VIE, &c. Gentilhomme Perfan , qut sefioit tué, à force de boire de leau de.vie , ibid. Ceremonies de la benediólion de 1'eait far les Armeniens, le tour des Rotsypage $S6.&c íuiuants. Vfite de 1'Euefque Armenisn,p. 389. Fijlin du Calenter aux Ambajjadeursi ibidem. Labeauté de fxmaijon, ib. Prefent des Ambajfadeurs au Chan. p. 3^0. Qut permec aux Armeniens de baflirvne Eglife>ibid. Ordre dwSchach four la continuation du voyage des Ambajfadeurs ,/>. 391. L'Enuoye de Mofcouiepart de Scamachictp.^i. College pour l mjlruclion de la ieunejje ,(çpce qut sy enfeigne , ibid. Efcole pour les Enfansypage 393. Les Perjes ontl’Eu- chdey& feferuent de I'Afrolabe,ibid. Pricur duConuent des Augufins de Tiflis vfte les Ambajfadeurs,page395. Fejle en memoire d’Aly ypage 396. & íuiuants. Equipage d vn Predicateurfiihid. Proceffon apres le Sermon, f>. 3^/.. Fin du Carefme des Perfesy ibid. Cbajfe auec vn Leopard drefié, page 33)8. Autre fejle des Perfes, ibid. Troifufme fefeyp ,399. Leur premier tour de l'anyp.4oo. Le moment auquel il commenceyp. 401. Leur cpoqueyp, 400. Le Chan rend laderniere vi fite aux Ambaífadeursyp. 401. Leur tru- chement deuient renegatyp.401. Prefents du Chan au Rojy p. 403. Fait rembourfer les Ambajfadeurs de la dépenfe qu ils, auoier.t faite Scamachie,ibid. Defcription de cette villeyp.404. Son nom & fa ftuationg ibid. EJl la capitale de la Media Arropatia^.405, Son fondateur.Ses ruesyfes maifons & fon commerce ,ilbid. Son Bafar ou marche. Ses Carauanferas, (y fes Hamams ou Efluuesyp.4o6. Les quahrex du Chan & du Calenter^ p• 407. Leurs fnflions, ibid. Leur mine, ibid. Sont tons deux yurogneSyp. 40S. Vne forterejje ruinée y nomméeKã- íeKulefthan ,ibid. Deux fepulthres de Saints,page 409. Tombeau d vne Princejfe de Perfè, ibid. Le feu perpetuei l iii. livritr. Mars, y
  • jíuril. / IOVRNAL DV VOYAGE desanciens Perfes,p.+lo.£)ue íongxrdoit dans la montagne cfElbours. Partent de Scamachie le vingt-hui&ieíme Mars, p. 410. Voyent le mefme iour le fepulchre d’vn Saint Per- ían, ibid. La montagne de Scant acbie, qui repreíentc vne belle perípediue, & le cours des riuieres de Cjy- rus 6c d’Araxcs,p. 411. Le conflans de ces deux riuieres, p 4U. Le Cyrus fepare les Prouinces de Scbirwan 6c de Mokan. Les Ambaílàdeurs le paíTent le z.d’Auril, Pur vn pont de bateaux, ibid. Changent de Meheman- dar, qui regie leur ordinaire, ibid. Vne efpcce de cerfs, que Ton ne connoiit point en Europe, p.413. Le Torrent de Balharu , ou ils voyent quantité de Tortues, 6c de la façon qu’ils font efclorre leurs ceufs. Herbe venimeufe aux Chameaux, ib. Sortent le 5. d’Avril de la Prouince dc Mckan, pour entrer en cede de Befgiruan, ibid, ou ils changent encore de Adehemandar, p. 41/. La montagne de T^rgetlu, & la riuiere de Karafu, p,+16. Arriuent à Ardebil le 10. Auril,p. 416. quarante-cinq lieues, douze iourne'es. Y Jeiournent deux mois. Ceremonies de leur entree d Ardebil, p. 417. Le Chan & le Calenter de la ville. Leurs noms & leurs quahte^y ibad, Le Chan leur donne la collation d la campagne, p. 418, Defcnptiondefamaifon de campagne, ibid, (ypa^e 4ip. La 'veneration que les Perfcs ont pour leur Prince, page 419. Les Ambajjadeurs font traiteç de la cuifine de Schich-Sefi, mats fansvin a ibid. L ordinairequ on leur donneypendant leur Jeiourd Ardebil,p.+io.Eoltfes Chre- ftiennes en Perfe, ibid, a l occafion d 'vn Euejque Arme- nien qui les 'vifite. Le Kurban,ou facrifice desPerfes,0*
  • DE MOSCOVIE, &c. Bairam,p. 4 21. Velertnage des Turcs des Perfes a U Meque,ibid. & fuiuans.Fauffe hífioire du facrijiced'A- braham, p. 422. &í fuiuans. Prieres pour les morts, & le Carefme des Perfans ,page426. Le Chan traite les Am~ baffadeurs lettr dit la mort du Grand Seigneur, ibid, L'Afchur, oufejle de Hoífein,

    ibid. Ses autres Metzid y ou Mofquées, ibid. Description du fepulchre, que les Ambaf fadeurs •voyent, page 456. & fuiuans. Sa voute admira¬ ble, faBibliothcque.Sacuifinejagc 439. Les aumojnes qui s'y font,p.440. Tombeaux des Rots de Pcrfe j ibid. Le trtfor & le reuenu de cefepulchre,p.441. CommiffairespQur lare- cepte,p.44Z.Sert d'azylefibid.L’Hifiotrc deUnfolence ivn fauory,p.44S. Autre fepulchre de Saint,p. 444- Chain d’Ardebil ejl au ferment des Reltgieux du fepulchre,page 443. Eaux medecinales dans le voifinage d Ardebil, p.44/, ^446-Serpents qui marquent quancl elles font falutaircs* ibid. Prefens des Ambaffadeurs <<«Chan,p.447* T a.rtcnt$ Ardebil \e douziéme Iuin, page 448. Le Chart prendcongé deux. LePreuoftdes bandes,ibid. En¬ trant enla prouince de Chalcal, page 449. Paílènt le Mont-Taurus, que les Perfes nomment Verdelts , & Ia riuiere- de Ktflofein. ibid. Chemin cffroyable,ip. 45<‘v Arriuent le dix-neufiémeàk petite villc dcSenkw, M.y,

  • IOVRNAL DV VOYAGE P-4JI. A leur entree ils voyent vn Caualier fans pieds &íàns mains,quine laiífepasdemanier íon cheuaJ tbtd. trente lieues,fept iournécs. * Partent de Senkan le vingt-vme'me,& arriucnt Ic Icnde- main a Sulthanie, p.^j.íix lieues,vneiournée. YJe')ournent trots tours. Dí/àiption de Salthinie,/wMehemedCho- ddbcnàc fur les rumes de íancienne Tigrocerta, ibid. Tombeau dc Chodabende,ibid. Sa grande Mofquée, & fes portes, p. 4;í. Super(litton des Perfis, ibid, ^ne autre • Mofquée de lafondation de Schach Ifmaél,£.4j6.AW- dís habitans, p. 4/7. Partent dc Sulthanie le 25. Iuin,p. 43/. Les femmes Per- fanes fc mettent dans des cages, quand dies voya- gen tyibid.HarasduRoyde Perfe^p.^fô. íeizelieues, deux iournees. Xis y feiournent plus de quince tours. Leur entree dans Cafwin, ou tkvoyent vnPrincelndien, b 4-s$‘Des courts fanes (ydes Muftciensjp.459. Defection de la villede CaiVin, qui eft iancienne Arfacia, A plus decent millehabitant}ibid. Leur langage ftbid. Ceft la de- meure des anciens Rots de Perfet p. 46o. Son Palais fes marche^, ib. Les marchandtfes que bony debitep. 4C1, Se¬ pulchre deHoffcm} ibid. Htftoire fabuleufe deLocman, p.^Ci. Ri[a. faux Prophete. Hiftoire veritable du Prince Xndien,p.463.^464.Les Ambajfadcurslenuoyent compli- menter,p. 46 Le Gouuerneur leur donne le dtuertijfement du combat des Uitcurs&dcplufieursanimauxMd.Erreur des antiens touchant l’Elephant,p.466. La mantagne d’El- '7 7/ r. wenc^bH- Plaifantcontc,p.46-7.grp. ^68. Ul et‘ Partent de Cafirin le i3.Iuillet,p.4^.& arriuent le 17. à la vine dc Saba,p. 47o,vingt lieues,4. iournees. Partent
  • DE MOSCO VIE, &c. Partent de Saba le mefme iour,p. 471. & arriuent le 19. à laville de Kom.tbtd. 11. lieues, 1. iourne'es. Leur entrée a Kom,fxtuation de la
  • j'ipttmbre. OcJohe, Hjrtumhrt. SXctmbre, IOVRNAL DV VOYAGE ptrfonne du Roy. Son age. S
  • DE MOSCOVIE, &c. dans l’Alla-capfp.jti. Injolencedt Brugman,p./22. Defcription dela vtlle /Ifpahan,^./23.& íúiu .Sonnom.Sa grandeur,ipyi^.LariuieredeSenderutdbicLgrp.jif. Ses jardins,p.jz6.Sesfontainesgrmaifons,p.fzy. Ses rués gr marche^,p./2#. Legrand Maidan ibid. Le Palais duRoy, p./2?. Sa garde gr fes appartemens. p./jo. Lesa^ylesgT la Citadelle,p>.fii.La plus belleMojquéedelaville,^.f^z. Les exercices ordinairesdesSeigneurs de la Cour,p.fH.Ca¬ barets,p. 534. Efchecs, ibid. Cabarets d Tabac gr d Ka- hwa}p./3/. Boutiques de Barbiers gr de Cbirurgiens, ib. Le Bafar,p.536. Le commerce de la villed' Iípahan, ibid. Les viures,p.^y-j. La monnoye de Perfe , p.j}/. Leur mon¬ noye de cuiure,p.j$8. Les Carauanferas d’lfpahan, ibid. Conucnts,ibid.grp.$i
  • IOVRNAL DV VOYAGE fi firuent dc ^ Opium p.575. Son effet,p. 57g. Usprennent du tabac, ibid. Le Caiava, p.j77.5o» effet, gr deuxplai- fAntes kijloires fur cefujet,ibid.<2rp. $78. Vvfage du Thè3 p.jyy.Les ejlojfes de Perfe,quiproduit tons lesansvingt mil- le bailes de fye ,page j,f0. La guerre riy empefhepoint le commerce,p.j8z. Incommodite^de la Polygamic, p. j8z. ôc íuiu.Ceremoniesdclcursmariages,p.)8 +. ôc fuiu.grpar oc- cafton de 1’ordre, qut (JleJlably en Pufe pour le Guet,pay jiy.Adariagespour vn certain temp<,pagc 588. Supervision des Perfis,p. 589. Quqfont jaloux,ibid. Le diuorcey eflper- miSyp.590.Et àccproposquelques conteSyp.j91.gr 92. LV- ducationde leurs enfans,p.j9j. Leurs efcolesy ibid. Leurefi criture,papier,plumest encre,grleur langue,p.^+.La Tur- quey efi famihen,p.59j Leurs Caraãeres. Leurs Vmuerfi- teZy ibid. Aiment /’Aflronomie,gr /’Arithmetique, p. 596. Leurs meilleurs Autheursen Profit. íbid.A/e font pas fort ruc- r/tables en leurs Htfloires,p.j97.Celle d'Alexandre le Grand9 ibid. & fuiu. Ils aiment la Poefte ,p. 6o2. Leurs meilleurs Poetes,p.605. Leurlurifprudencegp Aíedecinep. 604. VA- fronomie & Afirologie,p. 6oj. Leur Almanack ,p. 606. ôc fuiuans. Efat Politique de la Perfi, p. éo?. & fuiuans. La qualité de Sophi,/\ 610. Le Royaumeefl keredttaire. Ses armes.Le Couronnement des Rots, p. 611. Hijloire Sommaire des derniers Rois de Perfe,p. 61 z. Víum Caílàn. ibid. Schich Eider,p.6i3.IfmaeI,ibid.e^/>.<íi4. SchachTamas, p.615.ôc fuiuans. Ifmael II. p.ói8. Ma¬ homet Chodabende,#* Emir Emfe,p. 619. Ifmael IIL p. 6io. Schach Abas,p. ézi.ôc íuiu. Faitlaguerre aux Víbeques,p.6iz. Aux Turcs,p.613.ôc fuiums. Safeueri- te,p.6x6. Fait mourir fon fils,p. 6x7. Dont ilfe repent,pa Cty.Sa cruauté, ibid.ôc fuiuans. Sa refaction a Íarticle de
  • DE MOSCO VIE, ôcc. la mort, p. 633. Sa memoire efien veneration en Perfe, paçe 634. Schach-Sefí fuccede,p. 655. Exemples de facruauté, p.636. ôc íuiuans. F-i/V precipiterfes O neles. C reuer les yeux à fon frere. Couper la te(le a trois Coufins germains, p. 637. Tue deft main Seinel-Chan,p.638, Qualite-^de ce Sei¬ gneur,p. 639.&fuiu. Fait mount le Chanceher & le Grand Maifiredu Royaume,p.C^iFait enterrer quarante Dames vtues,pA41 .(çrmefme fa mere. Ames cruaiite^, p. 6+3. ôc íuiuans.// a plus de temeriteque de courage,p.6 43. Ses qua- lite^page 646. Ses femmes,ibid.Samort,p.6y%.Sch.àch- Abas, qui regne auiourd'huy, ibid. Les charges ny les dignite^nefont point hereditaires en Per¬ fe,p.G^S. Le domaineeft employe au payement des foldats, p-649. Leursarmées ne font compofies que de Caualerie, ib.Leurs armesfbid.Leurs Officiers de guerre,p. 650. Perfes hajffent les poltrons,p.6$\. LereuenuduRoy de Perfe, ibid. Enquoj) il conffie,p. 632. Vatffelle d'or 3ib.Lfí Ojficiers de la Couronne & de la Cour, p.6f3.&c{\im.L'adminifirationde la lufiice,p.668. L'inte- rejly ejl defenda ybidL.es Perfis font cruelsenleurs fuppli- ces, ibid. Li Religion des Perfis,p. 669. & fuiu. Signification du mot Muíulman^.670 LaCu concifionjbid.La difference de D Religion des Perfis d’auec celle desTurcs,p. 671. Commence¬ ment dela Religion des Perfis,ibid. Schif-Sefí,ibid. & p. éyi.Saints de Perfi,p.Gm/3.Fefies,p.6y^.Cornmentateurs de l Alcoran ,ibid.Fau x miracles,p. 67 y.Le urs pur if cations, p. CqG Leurs prieres ,p .Gy-j Leur deuotion,p.G-j% .Leur opinion touchantle Paradis (8i. Hifioire tragique d'vn Abdalla, ibid. Les ceremonies de leurs enterremens ,p. <$83. & íuiuans.
  • PRIVILEGE DV ROT. âÇÇgjjg O V IS par la grace de Dieu Roy de France & de Nauarre^A S WfjfÔ nos amcz & feaux les gens tenans nos Cours de Parlement Maiilres des Requeftes ordinaire de noftre Hoftel, Baillifs, Se- nefchaux , Preuofts , leurs Lieutenans , & tous autrcs’ nos lufticiers & Officiers qu'il appartiendra,Salut. Le fieur de Vicquefort.Re- íident de 1 Elcibeur de Brandebourgprés de noftre perfonnc , nous a tres- humblementfait remonftrer,qu’il acompofé vnLiure intitule, Le Voyage Jí Mofcouie cr de U Terfc, augmenté depuis la premiere Edition d’vne ft- conde Partie,contenant lc Voyage du fieur Mandeflo de U Terfe aux Inde< qu’il defireroit faire imprimer,s’il nous plaifoitluyen accorder la permit iion,qu ilnous a tres-humblement fait fupplier luy vouloiro&roycr. A ces cavses ,defirant gradfier & fauorablement traiter ledit fieur de Vicque- fort, nous luy auons de noftre grace fpeciale, permis & permettons par ces prefentes, faire imprimer,vendre & diftribuer par tels Imprimeurs & Li- braires.cn tels volumes & caracteres que bon luy femblera, ledit Voyage de Mofcouie tV de Terfe, auecla feconde Partic, contenant le Voyage dudit fieur Maudeflo de U Terfe aux Jndes, durant le temps devingt annéesiFai. fant deflFenfes tres-exprefles à tous Libraires & imprimeurs,& autres nos fubiets.de quelque condition qu’ils puiftent eftre, d'imprimer,ou contrefai- rc> en quelque forte Sc maniere que ce foitledit Liure pendant lefdites an- nées, á peine detrois milleliurcs d’amende.confifcation des exemplaires,& de tous defpens, domniages Sc interefts entiers l’Expofant;à condition’de mcttreen noftre Bibliotheque deux Exemplaires dudit Liure,&vnen celle de noftre tres-cher & feal le fieur Seguicr Chancelier de France: Comman- dons au premier noftre Huillicr ."ou Sergentfur ce requis, faire l’exc- eution des prefentes neceílàire ,fans demander autre permiílion ; C a r tel eft noftre plaifir. Donne’à Paris le zo.iourdeluillet l’an de grace itfcg.Et de noftre regne le feiziéme.Signé, Par le lloy en fon Confeil, Salmon. Et feellt* du grand Sceau de cire jaune fur fimplc queue. Et ledit fieur de Vicqueforr a cede & tranfporté fon droit du prefent Pit uilege du Voyage de Mofcouie tV de Terfe, à I e A n Dv Pvis, Mar- chand Librairc à Paris. fegiftri Jur l« Liure de la Communautê des Marckands Lilraires (V ftnpt*meurtfe 14. Nouembre i6$S.conforme'ment * T Arre ft du T arlément du 9. Auril 16j 3. Bechet Syndic. Les Exemplaires ont tfté fournis. \
  • VOYAGE MOS COY IE ET DE PERSE- PRE MI EJRE parti e. LIVRE PREMIER. E tres-hávlt&tres-puiflantPrinceFridc- 'riCjpaj la grace dc Dicu Prince hereditaire dc Voyage" ^ Noruegue, Ducde Silefuic de Holftein, dc Stormarie & dc Ditmarfc, Comte d’Olden- bourg , &c. Ayantfaitbaftir laville dcFridc- licftad en la Duchc de Holilein , il y voulut eftablir le commerce des Soycs; fans doute 1c plus important de tousceux quife font enl’Europc. LaPerfe eft le Royaume du monde qui en produit le plus -.e’eft pouiquoy le Prince refolut de rechercher pour cet effet 1'amitiéduSophi. Mais dautant que pour plufieurs confiderations il ne pouuoit pas faire venir les Soyes par met*, & que pour les tranfporter par de*Perft terreilauoit befoin dc la permiflion du Czaar, ou Grand-Due &au Grand 4 de Mofcouie, il jugea à propos en l’an 1633. d’enuoyer vne am- DllcclcMqf.. baftade folennelle à ces deux grands Monarqucs, les Ãmbafl»- II donpa cet employ à Fhtlifpcf Crufius, Iurifconlulte fon dcurs, A
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, ií3?. O C To B R E. Font leur e- quipagc. Novembre. l'artem de Hambourg. S'cmbarquec. Se mett^nt en aier. ■Reglemens pourle voya- £f- L’HleileBorn* J»o1hj. Confeiller d’Eft^t, &a Otton BrugmAn , Marchand de Ham¬ bourg, qu’il honora auíTi de laqúalité de Confeiller. Le n., ■ O&obre de lamefme année ccs Meftieurs partircnt de Got- torp, demeure ordinaire du Due Fridcric, Sc allerenc à Ham¬ bourg , ou ils donnercnc les ordres neceifaires pourlcur voyage,- Ils y firent leur equipage, compofé d'vnc fuitte de trente- quatre perfonnes; auec laquelleils fe mirent enchemin le 6. Nouembre. Lelendemain ils arriuercnc à Lubcc, &: le 8. à Tra- vemunde,- oules Ambaftadcurs prirent à leur feruice vn tres- experimenté Capitaine de nauire, nommé MichelCordes^om s’en feruir de pilote, priucipalcment fur lamer Cafpie. Le neuf nous prifmes congé de nos amis, qui nous auoient ac- compagnez depuis Hambourg,&; nous nous embarquâmes dans vn nauire, nommé la Fortune,fous la conduitedu Capitaine lean Muller. Nous reccufmes auili dans noftre boràWendclin Sibelift, Do&eur en Medecinc, qui ailoit en Mofcovie fervir de Medecin au Grand-Due. Nous fortifmes du port fur les deux heures apres midy, &: nous nous mifmes àlaradc, moiiillans àhuict braftes d’eau. Sur les neuf heures du foir, le vent eftant Sudoiieft, nous fifmes voi¬ le, c£ fifmes cette nuitlàvingt lieués.Le lendcmaindixiémc les Ambafladeurs trouuerent bon de faire quelques reglemens jparticulicrs pour noftre voyage, afin de preuemr par la les de- lordres, qui ne fojit que trop grands parmy ceux, qui ne fortent d’ordinaire deleurpatrie , que pourviure auec plus de liberte ailleurs: &: pour en faciliter 1’eftabliífibníèiit & 1’execution, ils nommerent plufieurs Officiers-jdonnant laqiualité de Fifcal au Secretaire de l’Ambaflade, &celle d’afleftciur à Wendelin Si- he lijf ,&a Hartman Graman, noftre Medecin.. Ils firent ft bien leur charge, &: lajufticey fut rendue avec teant d’exaiftitude, qu’a lafindecette nauigation,quinefutqueedecinqjoursl’on trouuaqueles amendes montoient aphis de wingt-deux efeus, qui furent mis entre les mains du Capitaine, auecordre deles diftribuer aux pauures de Riga &de Lubcc egalement. Sur le foir dumefmeiournous paft’afmcs à la veué de l’lile de Bornholm ^ que nous laiftafmes à vne bonne lieué i noftre main drbite. On fait eftatquc cette Ifle eft eftoignée de Lubcc de quarante licuès d Allemagne. Ellc en a trois de long fur autant, de large, &: vne belle raaiíbn Royalc, nòmée Hammers haufen*
  • í n DE PERSE, LIV. I. 3 appaitenant au Roy de Danncmarc. Vers leNprt deTIÍle font 1633. les cfcueils, que 1’on nomine Erdbolm, afléz connus par les fre- qucns naufrages, qui les rcndcnt d’autant plus formidables aux gens de marine pcndantrautomnc, que 1’obfcuritc delanuit cmpefchcdeles dcfcouurir, &:quclafonde ne trouve point de fonsdans le voifinage. Le n.furlemidy nous nous trouuafmes à 36. degrez de lati¬ tude, lc temps continuam au beau:mais fur lefoir,lc vent, eftant toufiours Sudoúeft, forma vn íi grand orage, que nous fufmes contraints d’amcner nos voiles, &c d’allcr au grc du vent iufques au lendemain matin. Ceux d'entre nous, qui n’eftoient Maladie de pas accouftumcs d’aller fur mer, furent fi malades, qu’il y en eut mer. qui vomirent iufqu’au fang:mais d’autant que nousauionsle vent en pouppe, fa violence ne nous empefcha pas de tenir toufiours noftrc route, Sc de faire encor quinze lieués cette nuid là. Plufieurs croyent que c’cft la puanteur de 1’eau falée, qui crou- sacaufe. pilfantdansla Sentinc, prouoqucce vomiflemcnt. Les autrcs difentaucontrairc qu*’ilen faut attribuerlacaufeà la violence du mouucmcnt du Nauirc, qui fait tourner la teftc, Sc vuidcr l’eftomach. Mais il eft certain quel’vn Sc 1’autre y contribuéj parce que íi lc mouuement trouble le ccrucau, la puanteur l’of- fenfe aufli, èc donne des maux de eccur à ccux qui ont 1’odorap fin, prouoquantle vomiíTement, mefme fans autre mouuement violent, quelque part qu’ils fe trouucnt; non feulement fur mer mais aufli par tout ailleurs. Ceux qui croyent que 1’onn’eft pas fuiet à cc mal fur les riuicres, fe trompent: Car outre que 1’ex- pcrience fait connoiftre le contrairc , 1’on y trouuc le mefme mouuement, Sc l’eau douce eftant croupie, neftpas moins puante que la falée. Le 11. nous eufmes vn ft grand calme, que le Nauire fe trou- GunJ caIme‘ uant comme fixe ôc arrefté en vn mefme lieu, nous eufmes la commodité de faire porter nos inftrumens de mufique fur le tillac, de chanter lc Te Deum ,Sc derendre graces à Dieu, de nous auoir deliurez duperil eminent de la nuict precedente. Sur lc midy nous eufmes le vent du Sud, qui nous porta iuf- quesau Cap de Domefnes en Courlandc, oil nous moíiillafmes. Nous y demeurafmeslanuiâ;. Le lendemain 13. le vent eftant Domcinc*.' Otieft nouslevafmcs 1’ancrc, doublafmesle Cap, entrafmcs A i)
  • iGouuerneur de la Vil¬ le, au Magiftrat, au Sur-Intendant, ou premier Miniftre, qui parmy les Lutheriens tient rang d’Euefque, & à quelques cffi- ciers dé la garnifon. Pendant le fejour que nous fifmes encette Ville, qui futde pres de cinq fepmaincs, en attendant quele froid eutgclé les marais de ces quartiers là, & que la neige eut couuert le che¬ min', qu’il falloit faire cn traifneau, nous augmentafmes noltre fuite de quelques perfonnes neceflaircs pour c
  • I ET DE PERSE, LIV. I. f Siege, àRiga.En fan izij.Ilfut erige en Archcuefchc, eften- ^?35^ dant fa Metropolitaine fur toute la Liuonic, Pruíle Sc Cour- ch^Ccbé/' lande. LesCheualiers dePOrdre del’Efpadon,Sc en fuite le MaiftredcPOrdreTeutonique en Pruíle, y ont fouuentpar- tagé la Iuftice Sc la Souueraineté aucc PArcheuefquc; iufques à cc qu’en fuite de la reformation de la religion les vns Sc les au- tres perdirent 1’autorité quils auoicnt en cettc Ville.Ellefut en fuite obligee d'auoir rccours à la Couronne de Pologne, à la- quellc elle fe donna volontairemcnt en Pan 1561; àcaufedela sujeteir* guerre du Mofcouite. Depuiscela, Charles Due dc Sudcrman- Pologne. nie ayant ufurpe la Couronne de Suede fur Sigifmond, fon nc- ucu, qui auoitefté appcllcà ccllcde Pologne , nefe contenta point de fe maintenir en la poil’eifion defes vfurpationçjinais croyant pouuoir conuertir en ofFenfiuc la guerre,qui eftoitmef- me criminellc en deífendant, il entra en Liuonic cn l’an iéojv ou il aifiega laville de Riga. Ilfutcontraint de leuer lc fiege, eommeauflien 16051. mais Guftaue Adolfe fut affez heureux Kileeft prif« pour la prendre cn i6zi. C’cft dcpuiscc temps la, que les Sue- patlcssuc- doisfont poífedée, quoy que fans titre; le traitté qui fut fait dolS- entre les deux Couronnes cn fan 1635. ne leur en Iaiflant la poflciEon,que iufques à ce que la paix,qui fe fera entre les deux Rois, lafaile reftituer à fon Prince legitime,, ou la don- nca ccluyquila poifede auiourdhuy. Les Suedois font bicn connoiftrele peu d’enuie qu’ils ont de la rcndrc,par lc foin auec lequel ils s’appliquoient lorsde noftre voyage à fairecon- ^*rfocuSca~ tinuer le trauail pour les fortifications. Elies confident en fix baftions reguliers du coité de la terre , auec leurs demy- luncs fraifées„ 3c leurs contreícarpes paliífadécs. Son ailiet- te eft fort belle , dans vne grande plaine , fur le bold de la riuiere de Dune, qui a vn bon quart de lieue de large en cét endroit la. Elle eft fort peuplée Sc tres-confiderable a cau- fede fon commerce, tant auec les Anglois Sc Hollandoi-s, Sc Son cõmcrcc aucc les villcs Anfeatiques, pendant que PEfté rcrul la mer Balthiquenauigable, qu’aucc les Mofcouitcs, Iors que la gla¬ ce Sc la neige peuucnt porter les traifneaux. Elle eft fi mat- chande quelle a quafijrutant de boutiques que de maii^ns. Les viures y font à fort bon marche-.parcequ’il s’y en trouue.vne fi grande abondance,que l’on n’achepte vnboeufque trois efeus, vn pourceau qu’vn cfcUjSc ainfi le gibier Sc la venaifon a propon* A ii*
  • Arriucnt a «^olniat* 6 VOYAGE DE MOSCOVIE, i è 33. tion ,d’autant qu’il n’ya point de Paifan dans lc voifinage, qui nait la liberte de charter; bien qu’iln’en ait point d’autrc. L’onn’y cognoift point d’autre religion quela Proteftante, dc- puis la derniere rcdu&ion de la ville, oC tant le Magiftrat que les habitans font tous Lutheriens, ôctellement zelcs qu’ils ne haiflentpasmoinslesrcformesque les Catholiques 5c que les Mofcouites mefmes.il n’y a quafi point d’liabitant qui ne íçache l’Alleman, le Sclavon , 5c le Courlandois; mais lc Magiftrat ne fe fert en fes ades publics que de la langue Allemande. Les Miniftresenvfcntdemefmc enleursfcrmons; finon que pour lemenu peuple ,quin’entendpas bien l’Alleman, Ton cn fait en Sclauon 5c en Courlandois en deux Temples differents. ixcfubre, Le 14. Decembre nous fifmes partir 5)-. traincaux, auec Les AmbaiTa- uncpartic de noftre train 5c bagage, 8c lc lendemain iy. les aíly.'tent Ambafladcurs fuiuirent,prenans lechemin de Derpt. Le 18. .nous arrivafmes aFolmar, petite ville diftante deRiga de dix- huictlieues, 5c tellement ruinceparles Mofcovites 5c les Po- lonois, que les habitans., pour fe mettre à couuert de l’injure du temps, ontefté contraints defairedes baftimens de bois fur les ruinesdespremiers. LeCommandant vint au deuant de nous 5c nous receut fort bien. Le to. nous arriuafmes à ftx licues de la, auChafteau d’Ermes, appartenantau Colonel de la Barrc, qui nous traitta fplendidement. Le 11. nous fifmes quatre lieues , jufques au Charteau de Haltnet, ou nous vifmes un jeune Eland, plus haut qu’vn chcual, que Ton nous amcna pendant que nous eftions à table. Le it. nous allafmes àquatre licues de la au Chafteau de Rin- gen, 5c lc 23. nous arriuafmes a Derpt ou Tropat. Cette ville eft fituée à fix licues du Chafteau de Ringuan, fur la riuicre d’Eimbec, entre les lacs de Worker0 5c dçReijpú, au emur de la Livonie. Ses baftimens font tres-anciens, imais fort ruinez Vilic Epifco- par la guerre. Les Mofcouites quifappellent Iuriogorod ,1’ont portedée jufques en fan 1230. auquel le maiiflre de l’Ordre Teutoniquelaprit, 5c la fit eriger enEucfch'é.lean Bajilsiiits, Grand Due deMofcouie, la reprit lery. Iuillet 1558. fans au- cuhe reiiftance par vneterreurpanique del’Eucfque , de la no- bléfte 5c des habitans, qui fe rendirent, ala premiere fommatip. ■Enl’an 1571. Reinold Rofe, Gentilhomme du pais , entreprit de mettre la ville entre les mains de Magnus, Due deHolftein; ■Au Chafteau dXrmes. An Chafteau de Hairnet. Au Chafteau de Ringen. •IIs arriucnt à ■Derpt.
  • I E T D E PERSE, LIV. 1. 7 maisfondeíTeinayanteftédécouucn:, ilfut tailléen pieces par 1634. les Mofcouites, qui exercerenc en fuittede ccla lcs dernieres cruautéscontreleshabitansdecetteVille;fansaucunediftin- chondefexeoud’age.Elle retournaàla couronne de Pologne, à'hcònronnc auec tout le refte de la Liuonic, par la paix qui fut faite entre le dcPologne. Grand Due lean Bafiloiiits, Sc Eftiennc Battori, Roy de Polo- gnCjenl’an 1581. Iacob de la Garde, general de 1’armée de Suede, la prit fur les Polonois en l’an 1624. Et e’eft depuis cc temps-là quelle eítdemeurée aux Suedois, maisparprouifion, Pti(.c ks en vertudu Traitcdel’an 1633. iufques àce qu’il en ait cftéau- suedois. trement ordonné par 1’éuenement de la guerre prefçnte. Le feu Rpy de Suede Gufiaue Adclfe, y fonda vnc Vniverfité en Panróji. ala pourfuiic de lean Skytte, que le mefmc Roy fit LeRoyde Baron de Duderof, Sc en fuite Senateur de la Couronne dc Suedey foníe Suede •, pour reconnoiftre le foin qu’xl avoit eu à luy enfeigner nmu" en fajcuneflfc les premiers fondemens des bonnes lettres: xnais iufquesicy elle ne s’cft point faiteonnoiftre ,ny par la reputa¬ tion de fes ProfclTeurs, ny par le nombre des efeoliers; ne s’e- ftant encore trouué que dix Suedois, Sc peut-eftrc autant de Finlandois, quiayent pu croire, qu’il yeuít quclquc chofeà apprcndrc en ces quartiers là. 1 a n v. Apres auoir paíTe les fcftcsde Noel à Dcrpt, nous en partif- Les Ambaiia- mes le 19. Decembre, Sc arriuafmes lctroifiéme Ianuier 1634. à Nanus oiinousfufmes obligez dedemeurer prés dc fix mois arnuem k en attendant 1’arrivée des Ambaíladeurs de Suedc, qui de- o^Hsdcmeti- uoient paílér en Mofcouie auec nous. Mais quoy que nous euf- rent présdc fions icy auífi bien que nous auions cu à Riga, tous les divertif- fi* mo,s- femens imaginables, faifant tenir à difner table ouuerte, ac- compagnée demufique,ou lcs AmbaíTadeurs reccuoicnt rou¬ tes les perfones dequalité, Sc que nous tafchaílions à nous deí- cnnuyer auxfeftins, àlachafle Sc auxpromenades, pourlcf- quellcs on faifoit des parties tous lcs iours: Si cíl-cc que ccttc façon dc viure, dans l’impaticncc ou nous eftions d’acheuer noítre voyage, nous deuint auec le temps infupportable. Con- fiderant d’aillcurs qu’il feroit commcimpoflible aux Ambaíla¬ deurs de Suede d’arriuer deuant le Printemps, qu’alors le che- min entre Narua Sc Nouogorod feroit trcs-fafchcux, Sc que ce- pendant nos gens auoient tous les iours querellc auec les fol- dats dela garnifon, ilfut iugç apropos dclairc partir le 28. Fe- Emm.
  • s VOYAGE DE MOSCOVlE,' 1 ^4* uner le fieur Paul Flemming, auec vne partie du train &du bagage, & dc 1 enuoyerpar traifneau iufques àNouogorod.Le Docteur Wcndelin fe feruit de cette commoditc,. & prit par me une moycn lechemin de la ville de Mofcou.Nous auions encore vne autre incommodité; en ce que les viures venanc à nous manquer , nos pouruoycurs, qui eftoient Mofcouites, eftoient contraints dallerchcrcherdumouton &dc lavolaillc iufques àhuici ou dixlieués de la ville. Etd’autantquel’onne pouuoit pas fi toll eíperer larriuéc des AmbaíTadeurs Suedois, v .. , Ief ”°“rcs ailerent auec vne fuite de douze perfonnes à Rcuel, ou»55 rurentreceus au bruit de route 1’artillerie complimen- tez &: regalez par lc Magiftrat, par lc Gouuerneur, &: par les principaux Bourgeois, qui nous firtót beaucoup d’honneur, pendant lefcjour que nous y filmes, quifutde dix fepmaines. Nous parlcrons de la ville dz Reuel, comme aulfi de celle de Narua, &: du refte de la Liuonie, au liure fuiuant. Le io. Mayde Seigneur pbilippes Scbcidinç;> Gouuerneur de Keucl, nomine Chef de 1’Ambafíade, que la Couronnc de Suc- May. deenuoyoit cnMofcouie, cutaduis quefes Collegues eftoient arriucz à Narua j de íbrte que s’eftant difpofé au voyage, nous partifmesde Reuel lc ij. dumefmc mois, & le Gouuerneur nous fit encore faliicr de route Tartillerie dela Ville. Nous ar - íiuafmes a Narua lc iS. &C rencontrafmes à vne lieuc de la Vil¬ le les ficurs Colonels Henry Flemmin?, Eric Gyllenftiern
  • ET DE PERSE, IIV. I. 9 AmbaíTadcurs de viures &: de voiturc,dés qu’ils entrent dans ' lcPais defonobeyflance, &leurdonne pourccteffèt vn con- ducteur, que les Mofcouites nomment Prijlaf, Sc les Pcrfes Mchemtwdcr, qui afoin de leurs viures, Sc de leur conduite , &: fe fait aecompagner dequelques foldatspour leur efeorte. Les Ambafladeurs Suedois, apres auoir depéché leur Courrier à Nouogorod, partirentde Naruale xi. May,prenans lechemin de Kapurga, ou ils faifoient eftat de paífer les feltes de la Pente- cofte; aíin d’eitre plus prochesdcs frontieres de Mofcouie.Nous demeurafmcs cependant à Narua; ou i'eus la curiofitc d’aller le vingt-quatriefme May, veille de la Pentccofte, à la Narua Ruf- ficnne,&: d’y eonftdererlcs ceremonies de leur anniuerfaire, &:les deuoirs qu’ils rendent à leurs parens &amis trcfpaflez. Tout le Cirnctiere cftoit plein de femmes Mofcouites , qui auoient cftendufurlesfcpulcresdesmouchoirs, dontles coins eftoient bordes de foye de diuerfes couleurs, fur lefquels ils auoient pofédes plats pleinsde poiflon roily & frit, de flans, degafteaux&d’oeufspeints. Les vnsfe tenoient debout Sc les autres eftoientà genoux, faifans plufieurs demandes à leurs pa¬ rens, verfansdes larmes fur leurs tombes, & tefmoignans leur affliction par des cris épouuantables; mais auec fi peu d’attache- ment,qu’cllesneperdoientpointd’occafiondeparler, Sc mef- mc de rire auec ccux de leur connoiflance qui pafloient.Le Pre- ftre fuiuy de deux de fes Clcrcs, fe promenoit çà&làpar ie Cirnctiere, tenant à la main vn encenfoir, ou il jettoit de temps cn temps quelques grains de cire, pour encenfer les fcpulcres. Les femmes luy nommoientlcs parens Sc amis qu’ellcs vou- loient recommander à fes prieres , le tiraillans par le fur- plis , pour auoir la preference. Le Prcftre s’acquitoit de cette dcuotionfort legerement, Sc yapportoitfl peu d’atten- tion, qu’il n’eftoit que trop bien payé de la piece dc cuiure qu’on luy donnoit, Sc ne meritoit point quon luy donnaft les viures, que les Clercs auoient foin d’amafler, au profit dc leurmaiftre. Le 2.6. nous fifmes nos deuotions, Sc apres auoir cnuoyéno- ftrebagagc,5í vne partie de noftre train par eau iufques à Neuf- cbamps, nous partifmcs de Narua le z8. Le Colonel Port, Gouuerneur de la place, nous fit tous les honneurs imaginablcs à noftre depart, SC nous fit cempagnie iufquà Garn. C’eft vne 1 5 5 4. Deftay^nt les Ambafladeurs Eftrangcrs. Ceremonies que les Mof- couitcs font tousles an* pour les morts. Les Ambalfa- deurs partect de Narua.
  • Vo VOYAGE DE MOSGOVIE,' 1 ^4* place fortifice, ou plutoft vn fort, fitué cn laProuince d’ln- guermannic, non à douzc lieues, coramc die le Baron de Her- berftein cn Ton voyage de Mofcouie, mais à trois lieues de Nar- i foitJc IU> furvne petite riuiere que Ton appelle le torrent de Gam. Gam. La place ell petite, maisceinted’vnc bonne muraille, & for¬ tifice dccinq baftions, rcueftusde pierre; ayant dans levoifi- nage vn bourg, qui eft habite par les Mofcouites, mais fujets dela Couronne de Suede. Nousy prifines des cheuaux frais, qui nous porterent jufques a Kapurga, à fix lieues de Gam, ou K',?u's* nous arriuafmes le 19. Bugiilas Rofe, Gouuerneur du fort, nous receutfort bien, &: nous traitta fplendidement, tantce foir là a fouper, que le lendemain à difner. Nous en partifmes le 30. à trois heuresapresmidy, pour aftercoucherala maifon d’vn Bojar, ou Seigneur Mofcouite: mais dautant que nous auions encore fept lieues à fairc,nous fufmes contraints de mar¬ cher toute la nuid, &: nous n’y arriuafmes qucle lendemain fur les trois heures du matin. Le Bojar nous fit grand’chere, nous donna le diuertiflement de deux trompettes pendant le difner. Et pour nous fairc plus d’honneur, ilfit venir au for- tir de la table fafemme &, fafille, fort parées&ajuftccs,fui- uics d’vne Damoifelle, ou filie de chambre effroyablement lai- civiihé des > a^n donner plus d'éclat à la beauté des Dames, qui fans femmesMof- cclamefme en auoient beaucoup. Elies beurent chacune vn couices. gobelet d’eau de vie, & en prefenteient autant àchacun des Ambafladeurs. C eft la le plus grand bonheur que les Mofco¬ uites eroyent pouuoir fairc aux Eftrangers; fice n’cft qu’ils leur vueillent faire la ciuilité toute entiere, & fouffrir qu’en fa- luant leursfemmes ils les baifent. C’eftainfi qucle Comte Alexandre Slakouen vfa aucc moy, & me fit céthonneurlors que le Due mon Maiftre me renuoy a en Mofcouie en l’an 1643. en reconnoiftance de celuy qu’il auoit receiu en noftre Cour pendant fon exil. Ce Bojar s’appelloit N. Bajfiloúits. II eftoit de fort bonne humeur, & fort bien fait de fa peufonne. Il nous dit qu’il auoit porte les armes en Allcmagne, qui’enl’an 1651. il s’e- ftoit trouué à la bataille de Leipfig, & nous monftra les cica¬ trices des bleffures qu’il y auoit recedes. Le dernier iour de May à vne heurc apres midy nous prifmes loháaes Thai- congé de noítrehoftc, &fiimes encore ce jour la quatre lieues, íufques à lohannes Thai, ou la valléc du S .’lean, que 1 on a ainfi
  • 1 6 5 4- ET D E PERSE, L I V. I. xT appellee du nomdu Baron lean Sicitte, quicommcnça cn ce temps-làà ybaítirvnc petite ville. Cefutlàou nous fentifmes la premiere perfecution des mouches , coufins Sc guefpes, que les marais y produifent en fi grande quantité, que Ton a de la peine à s’en defendre. Nous y eufmes aduis que les Ambafla- vir?* deurs de Suede nous attendoient à Neufchans > ce qui nous obli- gea à nous mettre en chemin des les trois heures du matin du i. jourde Iuin, Neufchans ,que les autres nõment la 2V/V,eít vn fort Neufcjian, - à deux lieués Sc demie de Iohannellhal, fur vne riuierc nauiga- e’eft à drre te ble, •qui fort du Lacde Ladoga, fe décharge dans le Golfe de Fin- LaVde Lado- lande , Sc fert de frontierecõmune àla Carclic Sc à 1’Ingerman- g*. nie. Les Ambaíladeurs de Suede en partirent apres vne confe¬ rence de deux heures quils eurent auec les noílres.Nous 1c fui- uifmeslelcndemain a. Iuin,& arriuafmes iemefmeiouràiW/o- ^»rf,ounousdemeurâmesplusdefix fepmaincs;&: attendant jCS AmbafTa- n 1 • t ' ucursarnircnr lesordres du Grand Due pour noítre reception. Le gouuer- à Notebourg. neur de la place, nomme lean Knncmond,paíl'a la riuierc dans vn batteau, fait Sc couuert en forme de Gondole, pour venir au deuantde nous.Les Ambaíladeurs Suedois tenoient toujours table pendant le fejour qu’ils firent à Notebourg, Sc cn- uoyoient a tousles repas leur Marefchal,quifaitla charge de Maiílre d’Holtel dans les Cours d’Allemagne, Sc les Gentils* homines dc leur fuitte, pour y conuicr Sc conduire les Am- baíFadeurs de Holftein. ff'r"ngcin' v _ qmclme Am. Le 17. Iuin arriua a Notebourg lefieur Spiring , Fermier bafladeurde general des traites foraines de Suede Sc de Liuonic, vn des couu'-iMion Ambaíladeurs de Sucdeen Mofcouie. Le zj. Iuin les Ambaf- Holiandois fadeurs Suedois eurent aduis, que le weiiiodc, ou Gouuer- ^ctap*^"cc neur dc Nouogorod, auoitenuoyé vn Priílaf pour les rece-Les AmbaiTa- uoirfurla frontiercice qui les obligea à partir le lendemain d'‘’ttsn(jcdols zó.pour aller àLaba. Les noílresles accompagnerentjufqu’a Notebourg, quatre lieues de Notebourg, & me permirent de fuiure les Suedois iufques fur la fronticrc, pour voir les ceremonies de leur reception. Le ij. nous arriuafmes fur les quatre heures du matin à la riuicre, qui aenuiron quarante pasde large, Sc fert cncétendroitlàdefrontiereà la Suede la Mofcouie, Les Ambaíladeurs, ayans fceu qu’il y auoit defautrecoílé de la riuiere dix-fept barques, deítinées pour leur paífage , en- uoyerent auífi-toíl leur truchcmcntau Priílaf, le prierde leur B ij
  • 1^3 4* Ficrté Mof- couite& Sue. doiíç. Couftumedes Mofcouites de dormir apres difner. ii VOYAGE DE MOSCOVIE, cnenuoyer quclques-vnes, pourfaire paíferleur bagage;afín de faciliter par ce moyen leur reception. Le Priftaf qui eftoit homme d’âge, lcur fitrcfponfe,qu'ilnel’oferoitpas faire, & qu’il ne falloit pas croirc, que la dcpenfe d’vn iour, qu’ ils pour- xoient perdre,fuft capable d’incommoder le TzaarfonMaiílrc ( c’cft ainfi que les Mofcouites appellent leur Prince, )Sc qu’il falloit commenccr par lareccption des Ambaífadeurs. Sur le mi- dy illeur enuoya fon truchement aucc quatrc moufquetaircs y qu ils appellent Strelits,Sc qui 1’accõpagnoient en cctte ceremo- nie au nombrc detrcnte,pour leur fairc dire, qu’il eftoit preft de les reccuoir, quand ils voudroicnt pafler. Vn des Ambaífadeurs luy fit refponfe en tcrmes vn peu forts, mais ciuils, qu’il y auoit cinq fepmaines qu’ils attendoient fur la frontiere , Sc quc lc Priftafncpourroitpas trouuer mauuais s’ils le faifoient atten- drevniour: toutesfois, d’autant que fcs Collegues prcnoient le repos du midy, il ne luy pouuoit pas faire vne refponfe bien prccife, Sc qu’ils luy feroientfçauoirleuscommiodité. Les Am- bafladcurs repofoient, tant parce qu’ils auoicnt marche toute la nuid, que parce qu’eftans arriuésfurla frontiere de Mofcouie, ils s’accommodoient a. la couilumc du Pais, ou le repos n’efi: pas- moins ordinaire apres difner,quelanuid.Vn des Ambailadeurs Sucdois demanda au truchement, quand on receuroit les Am- baifadeurs de Holftein; il luy dit qu’il ne le pouuoit pas bien fça- uoir; mais qu’il nc croyoitpas que cela fe put faire encore de trois fepmaines, Sc qu’apres que les Ambailadeurs de Suede fc- roientarriuez à Mofcou; parce que l’on eltoic oblige de fe feruir pour leur conduite des mefmes cheuaux voitures qu’ils auoient la. Sur les quatrc heurcs apres midy, les Ambaifa- deurs firentdire qu’ilseiloientpreftsde pafler, Sc que le Pri- ftafn’auoit qua les venir prendre -,Sc fur cela ils entrerentauec leur truchement dans vne barque, Sc j’entray auec leurs Gen- tilshommes dans vne autre. Lc Priftaf s’embarqua au mcfme temps, accompagné de quinze Mofcouites enfort bonordre:: mais afin de mefnager la grandeur de fon Prince, lesMatelots qui auoient le mot, tiroient à la rame fi lafehement, qua peine quittoient-ils la riuc; ceflans mefmes de foisà autre, pour don- ner aux Ambaífadeurs le loifir d’auancer cepmdant, Sc de faire quail tout le chemin; a. quoy le battelier Mofouitc, qui paifoic les Ambailadeurs, s’accommodoit aulTi.Mas quand Monilcur
  • ET DE PERSE, LIV. I. íy Philippes Scheiding eut apperccu1’intcntion dcs Mofcouites; il i 6 3 4. cria au Priílaf,que cétorgueil neíloit pasbicndefaifon,qu’il auançaíl,& qu’il confideraíl que par cettc façon defaire ilac- queroit auífi peu d’auantage à fon Prince, qu’ils prctendoient euxprejudicieràla Souucrainetc du leur. Les barques s’eilans rencontrées au milieu de la riuiere,le Priílaf auança Sc leut dans vn billet; que le grand Seigneur Sc T&aar, Michel federoiiitz^Scc. faiíoit receuoir les Ambaíladeurs de la Couronne de Suede, Sc qu’il auoit commandc de les pouruoir, eux Sc leur fuitte, de viures, Sc de tout ce qui leur feroit neceíTaire iufques a la ville de Moícou. Apres que les Ambaíladeurs eurent refpondu au compliment, lc Priílaf les mena à terre, Sc les fit entrerdans lamaifond’vn Gentilhomme de la qualité de ceux qu’ils ap- pellent Sitnbojar, prochedelariuierc;ouils furent rcccus dans RecfptionJfs vn petit poéíle, plus noir de fumée quele charbon, Sc ou Ton AmbniradeiMs n’auoit paslaiílé defaire du feu,nonobílant lachaleur de la fai¬ fon, qui eíloit extreme. Lc traitement quel’ony fit aux Am- baífadcurs, confiíloit cn pain d’epiccs, fccnquelques gobelcts Coljatie^ d’vne tres-forte eau de vie, &dc deux fortes de tres-mauuais hydromel. Les Ambaíladeurs fe contcnterent de fe 1’appro- cher du nez, Sc ayans fait paifierle gobcletde main cn main, le dernier me lc donna, y adiouílant, addatur partm fttlphurú , & fietpotio infernalis. Apres ce feftin, qui dura enuiron vne heure,. pendant laquelle les moufquctaires Mofcouites firent plufieurs falues mal concertées, les Ambaífadeurs &le Priílaf partirent, les Sucdois cn douze batteaux, Sc les Mofcouites aucc le dra- pcau Sc le tambour entrois. Ie m’enretournay à Notebourg, ou nos Ambaíladeurs attendirent encore trois fepmaines; ainíl que le Priílaf 1’auoit predit. Le pais que les Mofcouites appellent Ojinca , auprés de Notebourg, eíl fort beau, de forte que nous n’eufmes pas beau- coup de peine à nous diuertir, particuliercment àla chaíle. Il y auoit a vn quart delieuede Notebourg deux Ifles, eíloignées ÍVnederautredelaportéedumoufquct, &: routes deux gar- nies de bois,oii le gibier ne donnoit pas beaucoup dc repos à nos fufils,& les chiens marins,dont il y a vn nombre incroyable dans le lac, nous donnoient belle priie fur eux, quand ils s’eiten- doient au Soleil le long des rochers.Nous auions auili la dofle SC agrcable conucrfation de Mõfieur Pierre de Cmsbiom, qui avriua * 3 iij
  • i4 VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 5 4. pendant ce téps-là à Notebourg, auec deifein de pailer cn Mof- couie, ou il alloit enqualité de Reiident de la Couronne de Notebourg. Suede. Cette place eft fituée à 63. d. 30. m. à 1’entrée du Lac de Ladoga^ fur vnc Ifle que le mefme lac y fait en forme de noix,qui luy donne le nom. Les Mofcouites 1’auoient baftie &: ceinte d’vne muraille, épaiflc de deuxbrafles &: dcmic, contre les efforts des Suedois, quila prirent fousla conduite de Iacqucs de la Gardie; apres que les fatigues du ficge &: vne maladie contagieufeeuftconfume route la garnifon , iufques à deux hommes prés; qui nc laiflercnt pas de fairc vne capitulation fort aduantageufe.Le lieu eftbeau hi agreable;mais mal fain,à caufc des lacs d’eau douce, Sedes marais, dontil eft enuironné. Nous y fufmes extremement incommodez d’vne forte de mouche- rons, de la forme de ceux que Ion appelle en Latin Pyraujlx, qui y eftoient en ft grande quantite,qu’ils nous oftoient fouuent la veue du Ciel, &i nous empefehoient d’ouurir les yeux. Ces infe&es fc trouucnt aufti cn Carelie, mais non point en li gran¬ de quantité qu’a Notebourg. Itiili 1. Le 16. Iuillet l’on nous donna aduis, qu’vn Priftaf, nomms Simon^AndréKareckshin, eftoit arriuc fur la frontiere pour nous rcceuoir; de forte que nous nous difpofâmes pour le voyage, Sc LeiAmbafla- partifmes le lo. pour allcr iLaha. A peine eftions nous arriuez, deursarriuent quele truchement du Priftaf, accompagné d’vn moufquctaire, vint fçauoiríxles Ambafladeurs defiroient eftre rcceus;& fur ce que nous voulions fçauoir s’il nous receuroit deçà,ou bicn au milieu de la riuiere, corame il auoit reccu les Ambafladeurs de Suede, il nous fit dire, que nous n’auions qua pafler: &: que 1'onn’auoit fait ces ceremonies auec les Suedois, qua caufede la conteftation qui eft entr’eux pour la frontiere. ku* recepsiõ. Apres auoir pafte la riuiere , nous trouuafmes le Priftaf à huit ou dix pas du bord, veftu d’vne Tunique de damas rouge. Dés que les Ambafladeurs eurent mis pied à terre , ils’auança vers nous, toufiours couuert, jufques ace qu’il eut commence à parlerr Alors il oftafon bonnet, en prononçant le nom du Grand-Due, lifant dans vn billet ces paroles : Sa Majejlc le Czaar, Michel FederoiiitConferuatcur detous les Ruffes, &c. m’a enuoye icy, pour rcceuoir toy Philippes Crufuts, & toy Otton Brttgman, Ambaffadeurs du Due de Holftein, m’a com- mandé de pouruoir, vous &: voftre fuice.de viures, voiture ,
  • ET' DE PERSE, LI V. I. iy chcuaux,& d’autres choícs ncceíTaires, iufqucsàla villede 1654Í Mofcou. Sontruchement,nommé Antoine,íçauoit fi pcu d’Al- leman, que nous eufmes dc la peine à l’encendre. Les AmbaiTa- deurs firent fairc la rcfponfe par noftre truchement lean Arpcn- beck j qui eftoit tres-fçauant cn la langue Moícouite. Aprcs cela le Priftafprcfentalamain aux Ambafl'adeurs, &: les conduifttà rhoftcllcric, à trauersdes moufquccaires,qui eftoienttous Co- faques, &aunombre dedouze. La falue de leursmoufqucts, dontils nous honorerent, n’eftoitpas ft jufte,que le fecretai- reduReftdent de Suede, qui y eftoit venu auec nous, pour voir les ceremonies dc noftre reception, n’en eut vn coup dans lebuffle. Aprcs auoirfait collation de pain d’cpices, dc cerifcs collatioa fraifehement confites, & d’eau de vie, nous repaftaimeslcau, Mofcouite. & nous nous embarquâmes pour la continuation de noftre voyage. Apres auoir difné auec le Gouuerneur dcNotebourg, qui nous auoit accompagnez iufques là, &c qui nous traitta en¬ core ceiour là de toutes fortes dc delicieux breuuages, nous nous embarquafmes en fept batteaux. Le 2.1. nous paflafmes $ Amb,iia le lac de Ladoga, qui eft cn ccccndroit là large dc douzelicues. a'urs conti-" Nous mifmes pied à terre auprcsd’vn Conuent nommé Naiiol- nuemlcuc bus Konshy ; 011 nous trouuafmes vn Moine, qui nous regala v°yaSt* d’vn pain & d’vn Saulmon fume. Le Priftaf, qui auoit charge de nous defrayer, nous demanda ft nous voulions qu’il nous four- nift les viures de jour à autre, & qu’il nous traitaft, ou ft nous aimions mieux prendrel’argent que fa Majcfté Czaarique auoit ordonné pour noftre traitement, & faireapprefter les viandes ànoftre mode par noftre cuifinier. Nous trouuafmes apropos d’acceptcr la derniere condition; fuiuant la couftume des Am- bafladeurs, quivontencesquartierslà: De forte que nousfai- fions nous mefmes acheptcr nos viures, que nous trouuions par tout àbon marche, au prix du taux fait par le Priftaf; bien que d’ailleurs on ne laifle pas de viure cn Mofcouic pour peu de chofejàcaufedelabontc& fertilité du pais. Vne volaille ne fe vendoit que deux Copecs, qui font deux fols monnoyede France, & neuf oeufs qu’vn fol. On nous donnoit tous les jours deux Roubles & cinq Copecs, qui font enuiron quatre efeus cinq fols, monnoye de France; ce qui fuffifoit pour fairefaire bonne chcre. Apres difner nous nous embarquafmes fur vne A illent^ riuiercqui nous conduifit jufques à Ladoga, éloignée de Laba Ladògan. *
  • r qu’il n’eftoit pas fille, Sc en monftra quelques-vncs au doigt.'- Le 13. àdiíhernousoiiifmespourlaprcmier: foisla mufique dupaiscompofce d’vn Luth &: d’vn violon, qu’ils accompa- gnoient dc la voix, chantans des airs al’honneurde leur Tzaar MichelFederoiiitZ, 5c voyantqu’on les fouffroit, ils fe mirent à dancer d’vne eftrangc maniete. Les hommes&: les femmes danfòient d’vne mefme façon, cliacun à part auec forces gri- mafles Sc gefticulations ; les mouuemens des mains, des efpau- lcs,&: des hanches, eftans plus violents que ceux des pieds, dont ils ne font que trcpigner,nebougeans quail d’vne mefme pla¬ ce. Les femmes ont le plus fouuent à la main des mouchoirs brodezdefoyedepluiieurs couleurs, qu’ils paíTent à l’cntour de latefte. Apres difner nous nous embarquafmes furlai riuiere de Wolg- d.u Nos moufquetaires ou (Irchis , demanederent la benedi¬ ction àvnMoine, quife trouuafurle bord dee la riuiere; lcur Dcuotiondes couftumc eftant de ic faire donner la bcnedhclion par tous les Mofcouitc*. mojncSj & en routes les Eglifes qu’ils rencontrentpar le che¬ min ; &s’ils n’ont pas le loiiir d’y entrer, ils fe contentent de faire la reuerence aux Croix qu’ils voyent fur Les Eglifes SC Chappelles, prononçant ces paroles, Hojfiodt bnclmilo,e’eft à dire, Seigneur ayezpitiedcmoy, Lc La Mufique des Molcoui. ces. La riuiete de Vyolgda.
  • ET D E PE RS E, L IV. I. 17 Le vent s’eftant rendu fauorable, il fut trouué bon que *1 a} ou nous demeurafmes la nuid, &mcfme lc lendemain, pour attendre les batteaux de noftre fuitte, qui n’eftoicnt pas encore arriués. Depuis Reucl iufques à Mofcou il n’y a que des bois, des ma- ^ufiasTir^ rais, des lacs &C des riuieres, qui engendrent vne fi prodigieu- poxtuns. fe quantité dc mouches, moucherons, coufins & guefpes, que Ton a de la peine, a s’en defendre; fi ce n’eft que l’on s’en- C
  • i8 VOYAGE DE MOSCOVIE, ' 1634. ueloppe la nuift de certains draps de toile , faits en façon de rezeul, dontles voyageurs font contraints defeferuirenz,*- uonie & cn Mofcouie: &c ceux dc noftre compagnie , qui n’a- uoient pasle foinde fecoaurir, fe trouuoient le lendemain le vifage marqueté, corame s’ils venoient derelcuer de la petite verole.Lcs charticrs &: paifans, qui n’ontpasaflezd’equipage pour porter deceslincculs, font contraints defe feruir dufeu contre 1’importunité de cesinfectes: &:commcle bois ne man¬ que point en Mofcouie,quclque part que l’on fe trouuc,ils en al- lument vne bonne quantité, & s’y couchent aupres; mais auec Prcfens d’un tout cela ils nc laiflent pas d’en eftre extrcmcment incommodes, wuiu Moi* ^ n’y auo*t clue q^atre Moines au Conuent,dontnous ve- nons de parler.Le plus vieux nous fit vn prefent dc raues, de pe- tisconcombresconfitsaufel & au vinaigre, de pois verds&de deux bougies; &: nous reconnufmes fa liberalité d’vne piece d’vn efcujqui legaigna fi bien, qu’il nous ouuritfon Eglife, contre la couftume du pais, & prit fes habits Saccrdotaux pour nouslcs fairevoir. II nous monftra au portail les miracles de faint Nicolas, points à la mode du pais, fort grofllerement oc fans aucune proportion.Sur la porte eftoit reprefente le dernier Iugement; oii le Moinc nous fitremarquer vn homme habillé a Lcs Mofcoui. f Allemande, & nous dit que les Allemans &: les autres na¬ tes ne con- tions ne laiffoient pasd’eftre fauucs ; pourueu qu’ils euilent aba>"umen°tnt ^amc Mofcouitc, & qu’ils vefcuifent en gensde bien deuant ceux quifont Dieu. II nous fit auffi voir vne Bible enfa langue; caril n’y a a'rne^utrc P0*nt Mofcouitcquifçached’autrelangue que la fienne & Religion que la Sclauonne, &: nous leut le premier Chapitre dc l’Euangile dc la lew. faint lean, que nous trouuafmes entierement conforme ànô- tre texte. II yadioufta, qu’eftantvn iour àRèuel,ily auoiteu vne conference auec quclques-vns dc nos palfteurs, touchant la faintcEfcriture; mais qu’il neleur auoit pas pudonner beau- coup de fatisfa&ion, parce qu’il n’entcndoic pas bien le truchc- ment Allemand:toutesfoisqu’ayantvcules figures & images, il n’auoit feeu racontcr les. hiftoires de la.Bjble. II auoit cm uie de nous fiire voir toute l’Eglife; mais no; moufquetaircs, qui y iuruinrent , cn gronderent, &: luy reprotherent de nous auoir defia donné trop de liberte. Nous luy dennafmes encore vn efeu, dont il nous remercia, baiffant 1. teftc iufques à terre, &la frappantdu front. Noftra dcffcinsftoitdeprendre
  • ET DE PERSE, LI V. 1/ i9 no (Ire refection fyr 1’herbe vertej mais à peine nous eftions nous aflãs, que le venteftant deucnufauorable, lc Moine nous rc- uint trouuer auec vn prefent de raues &: dc concombres; difant que ccluy que nous luy auions fait, auoit obtenu de faint Ni¬ colas le bon vent, qui nous alloit conduirc cn noftre voyage. Nous partifmes fur les deux heures apres midy ; nous fifmcs ce jourlà quatre lieues, & arriuafmes fur lc foiràvn village nomrné cVm//£rf.Etd’autantquelebord delariuierefc trouua plus agrcablc que le village, nous y fifmcs drefler noftre cuiíine, &nousy foupafmes, en attendant que nos matelots, qui fai- foient eftat de partir encore lcmefme foir , euflent pris quel- ques heures de repos. Nous ne nous couchafmes point, mais nous prifmes le diucr- tiflement d’vn ieunc Ours, que le Priftaf nous auoit amené , &: qui fçauoit faire mille tours. Nous partifmes apres minuit, &: fifmes quatre lieues, iufqucs au village àc Soliaa \ou le Priftaf, qui eftoit demeuré \Coradiz,a, nous vint rejoindre, amcnant auec luy fonhoftc, qui eftoit vn Knes, ou Prince Mofcouite, nomrné Roman luanoiiitz,. IIl’auoit ft bien traitte, qu ils eftoient tous deux yurcs: Neantmoins voyans qu’ils auoient encore en- uic de boire,nous leur fifmes donner quelques gobclets d eau dc vie, &: de vin d’Efpagne , dont nous auions bonneprouifion, qui acheucrent de les enyurer. Nous fifmes ce iour làfixlieiics iufques au village àzGrunza, que les Pa'ifans auoient entierement abandone; ce qui nous obligea à loger à la campagne, prenans noftre quarticr dans vne prairie fur vn eftang, ou nous fifmes trois grands feux ; & dau- tant que nous auions dormy tout le iour dans le batteau, nous paffafmesvne partiedelanuità fairedes contes, & a nous di- uertirde l’adrefte de l’Ours. Les moufquctaires,qui auoient ' aualé quelques gobclets d’eau de vie, prenoient plaifir a nous faire voir fes fouplefles. Nous vifmes en ce quartier la grand nombre de grués, & en comptafmes fur l’eftang iufques a trois cens. Le lendemain z6. Iuillct, fur les trois heures du matin, nous continuafmes noftre voyage, &: fifmes deuant difner quatre lieues iufques au village de H^ifoko. Lc Priftaf, qui s eftoit prié i difner chez nous, entendant prononcer le nom de I e sv s , fe fit plufieurs figiics dc Ctoix fur Veftomach, voulut qu on luy C ij 3 4- MiracIc dc faint Nicolas.
  • 20 VOYAGE DE M O S C O VI E, r 654. donnaft noftre priere par cfcrit, &illatrouua fibelle, qu’il dift quil n’auoit pas cru que les Alleraansfuflent,fi bons Chre- ftiens ny fi gens de,bien. Le 27. nous employables tout Ie iour & la nuift fumante à Ia continuation dc noftre voyage,&: nous auançafmes ft bien, que le lcndemain 28. nous arriuafmcs auec le iour au village de Krifzciiifa. Nous y demcurafmes ce iour là; afin de donner leloifira noftre Priftaf d’auertir le Gouuerneur de Nouororod de noftre atriuee ».& dc fç.auoir fa volonté fur noftre rece¬ ption. Conuentde Ce village n’cft qu’a deux licues de la ville àcNouogorod,& à fix chutma Spa- cent pasdelàeft vnfort beau Conucntque quelques-vns imm¬ inent Nacbatim: mais on l’appellc communcment Krifzemza Cbutina Spafif monaftir. Heft fort bien bafty , & encore micux fituey ayantvn Abbe, foixante Mloincs, & 400. paifans qui la- bourentlcs terresqui en dependent: mais il eft oblige d’entrc- tenir de fon reuenu cent hommes dc la garnifon.de Nouogorod au fcruice du Grand Due.. let Ambaffa- ^‘c z9’ ^°ps continuafmes noftre voyage, & arriuafinesà dearsartiuent Nouogorod; ou nous trouuafmes à vne lieue de la ville vne par- i Nouogorod. tje de noftre fuitte, que nous auionsfait partir de Riga, &qui nous attendoit depuis plufieurs mois auec beaucoup d’impa- tience. Ils vinrent au dcuant dc nous dans vne barque, 5c nous- temoignerent la ioye qu’ils receuoient de noftre arriuee. Le vciiiode nous enuoya cn noftre hoftellerie vn tonneau* de bierc, vn autre dhidromel 5c vn baril d’eau de vie, 5c nous Partem. 1c enuoyafmes vne coupe de vermeil doré. Nous partifmes de Nouogorod. Nouogorod, lc 31. Iuillet, & nous fifmes encore quatre licues par cau, iufques a Brunits, d ou nous acheualmcs noftre voyage par Ainfi que nous eftions empefehes à débarqucrr,&: à charger 4-VST noftrebagagea Brunits,lc premier iourd’Aouftl,nousyvifmes vne proceiiion de Mofcouitcs, qui fe renditaha riuierc, pour A o vst. e,n ^en'r 1cau* Ptemicremcnt marchoientdeux hommes, dont Proccffion des 1 vn povtoit vne Croix, ayant aux quatre coins les quatre Euan- ° C0UUcS' geliftes; 1 autreportoit vne vieille image peinte, 5c couucrte d vne toile blanche. Apres eux venoic vn Prcftre pontificalc- ment veftu, tenant entre fes mains vne Croix debois, de la. grandeur d vn bon demy pied, 5C chantant de concert auec vtt
  • ET DE PERSE, LIV. I. « garçon, qui portoit vn liurederrierc luy. En fuitedc cclavc- íí 54. noicnt lcs pa'ifans aucc leurs femmes be cnfans, lcs perfonnes d’aage portant chacun vne bougie. Alaqueuedelaprocdlion venoitvnhomme,reprefentant leClercdela Paioiíle, tenanc >dix bougies collécs enfemble , be toutes allumées par lebout. Le Preftrceftant arriué fur le bord dc la riuiere y chanta,&: leuevne bonne demi-heure: apres cela il prit les bougies dc la main du Clerc, & les éteignit dans 1’eau, & à Ton exemple tous^ lespa'ifansy éteignirent auftilcs leurs. Apres cela le Preftrey trempa fa Croix trois fois,la laiíTant à chaque fois degouter dans vn baílin, deftiné pour la conferuation de cettc eau , qu’ils efti- menc tres-facrée. Cetce ceremonie eftant achcuée , les fem¬ mes y mirenttousleurs cnfans, grands be petits, quclqucs-vns auec leurs chcmifes, les autres tout nuds : Ccux qui y pou~ uoient defeendre fans aide, s’y jettoient d’eux-mefmes.Il y en eut mefmes qui y abreuucrent leurs chcuaux, pour les faire par- ticiperala vertu de cette caubenite. Apres cela toute la pro- ceíTion retournaà l’Eglife ou le Preftre donna la benediction au peuple, be lc congedia. Nous montafmes à cheual fur les quatre heures du foir j apres- auoirfait partir noilrebagagefur cinquante chariots, be nous fifines ce iour la encore cinq lieues iufques à vn village nomme Grafmiftansky. Le lendemain deuxiemc,nous iifmcs hui incommodez, parcc que le cuifinier eftant allc deux lieues plus loin, pour nous apprefterafouper , il nous fut impoiliblc dele joindre, à caufe du mauuais chemin; dc forte que nous pafl'af- mes la nuict afl’cz mal. Nous rencontrafmcsceiour là plufíèurs Gfficicrs ,qui apres que la paix eut cfté faitc entre les Polonois be les Mofcouitcs a Smolcr.ko, auoient demande leur congé, be s’en rctournoient chezcux. Le 4. nous trouuahnes à Sm- nogora,ou il ya encore vnrelais, lc Colonel Fuchs, lc fixic- s innogos-a.-- meà Wulfock, le Colonel Charles. Ils iirenttousdeux l’hon- neur à nos Ambafladeurs de les vifitcr, be leur viiitc donna fujet ides feftins, be à des excez qui les accompagnent ordinaire- C iij
  • it VOYAGE DE MOSCOVIE, 1654. ment cn Allemagne: en l’vn defqucls noftre Trompctte blcfla à more vnde nos moufquetaires, fansqu’il l’cuft oftenfe. Nous laiíTafmes lc blcíTé, Sc donnafmes quclque peu d’argent a ccux quicn deuoient auoir foin. Lc mcfme Trompctte fut depuis tué, eftant au feruicc du Grand Due, ou il fc mit au retoúr de noftre voyagcdcPerfe. Le y. nous pailafmcs dans vn village, que les pa'ifans auoient abandonné, pour cuitcr lc logement des foldats Allcmans, que l’on auoit licenciez aupres dc Mofcou, òc qui fe rctiroient cn troupes, fans ordre Sc fans route. Nouslogeafineslanui&au Columns, village de Columna. En ccs quarticrsdà noustrouuafmesplu- fteurs grandes pierres blcufis, que letyran lun Rafiloiiitz, auoit fait oftcr des fepulcres, lors qu’il prit la villc dc Reuel,a deftcin de les fairc porter à Mofcou; mais des que l’on feeut qu’il eftoit decedé, onlesdefchargcaparlechemin; oii ellcs font demeu- rces depuis cc tcmps-là. Budcíía. Le 7. nous arriuafmcs à vn village nornmc Eudeiia; mais en entrant nos cheuaux commencerent à fe cabrer, ruer, & frapper des piedSjComme s’rlseuflcnt eftépoílcdez, fans que nous en puifions deuinerlacaufe; jufques àce qu’ayans mis pied à terre, nous vifmes que e’eftoient des niouches à miel, quinecou- uroient pas fculementtousnoscheuaux, mais commençoicnt auili à s’addrelTer ànous, qui fufmescontraints ànous enuelop- per la teftc dc nos cafiques, &: de nous after loger à lacampa- gne. Nous feeufmes depuis que les pa'ifans auoient irrite les mouches, adeflein denous empefeherde loger dans le village. Lc8. nous atteignifmes encore vn rclais, &: arriuafmcs cn ToiíbcK fuitte à Torfock, qui eft vnepetite yille, fituéefurla pente d’vnc colinc, vn peu efloignee du grand chemin, fortifiéc dc ramparts &: dc baftions dc bois. Le pain, la biere Sc I’hy'dromel y eftoient fort bons. Les Ambafladeurs firent faire qiuelques huttes de branchages hors de la ville, ou nous foupafmocs Sc logcafmes la nuicl. Le lendemain 9. nous pailafmcs deux torrems, l’vn aupres de Torjbik , Sc l’autre a deux werftes, ou demi-liicuc de cMiedna. iliac. Nous arriuafmcs fur lc foir à la villc de Tuere, qui eft aufli baftie lurlapentcd’vnc coline, comme Torfock, maiselleeft vnpcu plus grande. Ces deux villes ont chacune [ewfVeiiiodc, ou Gou- uerneur. La dernierc a fon nom de lariuiere dc Tune, quiy
  • E T D E PERSE, LIV. I. ‘25 pafle, aufli bien queleWolg*: lcquel continuant foncours de- pujs ccttcville , par la Mofcouie&: la Tartarie, va décharger feseauxàplus defix ccnslicues d’Allcmagnc qui en fone bien ijoo. dc France, dans lamer Cajfiie. Elleeft delia fi large cn ces quartiers là que nous fumes obligczdc nous feruirdu bac pour lapafler. Onnouslogeadelautrccofté de la ville dans le fau¬ bourg. Etdautant que c’eftoitla lc dernier rclais, nousy prif- mes des cheuaux frais, qui nous deuoient porter iufques à Mofcou. Le 13. Aouft nous arriuafmes a vn village nommciV/WáiVrf- chinski, àdcux licues dc Mofcou: d’ou noftre Priftaf dcpefcha vn cxpreSjpour donner aduis de noftre arriuée. Le 14. le Priftaf, accompagné de fon truchement, & de fon Clercou Secretaire, vintfairccomplimentaux Ambaflàdeurs, lesremerciantdu bon traittement quiiauoitrcccude fa part. Nous luy fifmes prefent d’vne coupe dc vermeil dorc, &c don- nafmes dix oudouxe efeus aux autres.Ce mefmeiour rcuint lc Courrier, que lc Priftaf auoit cnuoyé à Mofcou , &c nous obli- gea à nous preparer pour noftre entrée, que nous fifmes le mei- me iour en cetordre. 1. Les Strclits, ou MoufquetairesMofcouitcs, qui nous auoient efcortc marchoientles premiers. z. Apres eux Iacob Scheuc , noftre Fourrier,Michel Cordcs, Ca- pitainc dc Nauire, & lew Algueyer, Efcuycr decuifine, tous trois dc front. 3. Trois chcuaux de main, pour eftre prefentésau Grand Due, un noir &c deux gris pommelé. 4. Le Trompette. 5 Le Marefchal, ouMaiftred’Hoftel. 6. Trois de nos Gentilshommes dc front. 7. Trois autres Gentilshommes. 8. Le Secretaire, le Medecin, &: le Controlleur. 9. Les Ambafladears, accompagncs chacundc quatre gar¬ des auecleurs carabines, ayansàleurdroite,maisvnpcuéloi- gné d’eux, lc Priftaf qui les auoit conduits. 10. Les fix Pages, faifans deux rangs. 11. Vncaroflca quatre cheuaux gris. iz. Le Capitaine ducharoy, accompagné dc huid autres perfonnes en trois rangs. 1634. Lariuicic cc dc Y volga. Nicola Na- chinsky. Entrée dcs AmbafladcUiS àMofcoii. L’ordre dekut train.
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  • ET DE PERSE, LI V. I. zy refiafky, Belofirsky,V dorsky ,Gldorski}Condinskii&par tout le Nort; 1 ^ 3 4* Seigneur dcs Pats d’Iuerie}Zaar dc Kartalmski, & d'Ingujinski, Prime des pais de Kabardinsky, Cyrcaskydrdc I or sky, S eigneur dr , dominateur de plujieurs autres Seigr. curies; Vous fait receuoir com- me grands Ambafladeurs du Due de Slefúiq, Holftein, Stor- marie & DitmarfejComte d'Oldenbourg &: dc Delmcnhorft.il vous fait la grace, & aux Gentilshommes de voftre fu itte, de pouuoir faire voftre entree fur lescheuaux, &: nous a ordonnes Priftafs, pourauoir foin devous, &C pour vous fournir toutes les chofes neceftaires, pendant le fejour que vous ferez à Mof- cou. Aprcs qucl’Ambafladcur Philippes Crulius cuft refpon- du au compliment, l’onfit amcner deux fort grands & beaux cheuaux blancs , auec dcs fclles à piquer à l’Allemande, bro- dées dor &: d’argent, auec les couucrturcs &: lesharnois dc incline. Dés que les Ambafladeurs furentà cheual, l’on fit rctircr lc Priftaf & les moufquetaires , qui nous auoient conduits depuis la frontiere. On fit aufti diftribuerdix cheuaux blancs pour les principaux delafuitte, couuerts de felles à la Mofcouite, dc . toile dor &dc brocard, Les Priftafs prirent les Ambafladeurs prennentfa^^ entr’eux j quoy qu’en Mofcouie l’on croye donner la place la main fur le* plus honorable à celuy qui a la main droite libre. Apres eux dc™r^afl*’ marchoient les palefreniers Mofcouitcs, qui portoient les cou- uertures dcs felles ,faites de peaux dc Leopardy dc toile d’or & d’efcarlate. La Cauallerie, quiauoit paru alacampagne, &lcs autres Mofcouitcs entrerent en foule dans la viile auec les Leur logc- Ambafladeurs, & les accompagnercnt iufques àleur logis, dans mint' la muraille blanche, au quartier que l’on appelle Czarskigorod, e’eft à dire vilie du Czaar. Nous eufmes pour noftre departe- ment deux maifons bourgeoifes, bafties de bois; dont le Priftaf nous fit excufe au nom du Grand Due, &: nous dift; que le feu n’ayant pasfeulementconfumc l’lioftcl ordinaire des Ambaf- fadeurs, mais encore vne autre grande maifon deftinée pour noftre logement, il eftoit impoflible de nous en donner vn plus commode prefentement.Et dc fait,en entrant dans la vilie nous auions veu des rues entierestoutcsdefertcsjparcc que le der¬ nier incendie auoit reduit cnccndrcs plus de cinq mille mai¬ fons ; en forte qu’vne bonne partic des habitans eftoit obligee de fe logcr fous des tentes & dcs huttes. D
  • u VOYAGE demoscõvie; 1^34. A peine eufmes nous lc loifir de confidcrer noftre logis, que Piefentdciaf- l’onnousvinft apporter des prefcns dc la cuifine&dela cauc fiaiCsdír dugrand Due; fçauoir huid moutons, trentc,tant chappons Grand Due. que poules, quanticé de pain blanc Sc bis, &: vingt-deux fortes dcbreuuages, de vin, bicre, hydromel &: eau dc vie: le tout porte par trente-deux Mofcouites, qui marchoient tous de file, faifoient parce moyen vnelongue fuitte. Apres cela On fait gar- on fcrmaia porte de noftre logis, &on la fitgarder par doure blffideurs™' Moufquetaires, pour nous ofter toute communication auec ceux de la ville , iufqu’apres la premiere audiance. Lcs Priftafs nemanquoientpas cependanc de nous venir voir tousles iours, pour nous faire offre de leur feruice. On nous auoit aufli laiflc vn truchement, pour nous faciliterle feruice que les Moufque¬ taires eftoient obliges de nous rendre enl’achaptde nosviures &:d’autres chofes. Ce truchement eftoit né Mofcouite, &: auoit eílé fait prifonnier de guerre par lcs Polonois; par ie moyen dc quoy il eftoit tombe entre les mains du Prince Unus Radziuil, qui l’auoit menc à Leipfig, ou il auoit appris la langue Allc- mande. TMofcoui_ Le if. Aouft les Mofcouites cclebrerentla feftc de l’Afcen- teffiniffent fion de Noilre-Dame, &: iinirent an mefme iour le ieufne qu’ils jcut icufnc. auoient commence le premier dumois. Le 17-auoitcfté dcítiné pour noftre premiere audiance; mais le Grand Due eftant allé faire fesdcuotions hors de la ville, nous employables la iour- néeà rendre graces folemnelles ;i Dieu, de ce qii’il nous auoit fi heureufement conduits iufqucs au lieu dc noftre Ambafladc. Nous fifmes chanter le Te Deurn en mufique, &C fifmes faire vn Sermon par noftre Miniftre, auquel, & audifner qne nous fifmes cn fuitte, fe trouua auffi auec la permiflion du Grand Due, le fieur Balthazar ouch cron, qui faifoit les affaires dc M. le Due de Holftcin a Mofcou, en qualiité de Commiffaire. II nous dift, que les Mofcouites auoient trouué noftre entrée fort belle, &: qu’ils s’eftonnoientdece qu’tcn Allemagne il y auoit des Princes afles puifl’ants, pour enuo'yer vne ambafladc fi confiderablc. Us donnent à tous les Prir ces eftrangers la qua^- oi)Síi^ncLirCe íicé dc Kne&i quoy que leurs KneT^ ne biemt proprementque dcilofoouic. ec que font cnei nous les Gentilshomm :s, &qu’ala referuede ceux qui font employes dans les premie, escharges del’Eftat, les autres n’ayent pas. plus dc bien que nos Seigneurs de iuu& on dix milleliures de rente.
  • 1^54* tcs vculent couurit leur et dê PERSE, L IV. I. 17 LciS-Lesdeux Priftafs nous vinrcnt dire que le Grand Due nous donneroit le lendemain audiancc publique, alin que nous nous tinfions prefts. Ils nous demanderent aufll au nom du Chancelier, vn memoire des prefens que nous ferions à fa Ma- jeftc. Aprcs difner le ieune Prittaf nous vint encore confirmer l’aduis,qu’ilsnous auoient donné le matin ;fçauoir que nous aurions le lendemain l’honneur de baifer la main au Grand Due. Nousluy demandarmescc que vouloient direles coups de canon, dont nous auionsoiiylebruit le iour precedent, Sc que nous auions veu tirer de nos feneftres en vne grande prai¬ rie ; il nous dill, que e’eftoient pluiieurs pieces d’Ardllerie d’vne nouuelle fonte que le grand Due auoit faiteflayer. Les autresdifoient qu’onles auoit fait tirer exprés, pour fairevoir que les Mofcouitcs n’auoient pas perdu toutc leur artillerie Lcs Mofcoui- deuant SmolenfKO, commel’on vouloit faire accroire. Le 19. Aouft les Priftafs vinrent voir ii nous eftions prefts pe“te pour l’audiance; Sc ayant veu que nos gens auoient mis leur belle liurée, Sc que tout eftoit en eftat, ils cn allerent aufli-toft donner aduis au Chafteau; d’ou Ton nous amena les cheuaux blancs, qui nous auoient feruy à noftre entree. Les Priftafs re- uinrent fur les neuf heures, faifans porter apres eux leurs rob- bes de brocard,& leurs bonnets de marcre,qu’ils laiiferent dans l’antichambre des Ambafladeurs. Nous montafmes àcheual en manteau 5c fans cfpée; pareeque perfonne n’en porte en la prcfcncc du grand Due, 5c prifmes le chcmin du Chafteau: laCaualcade fe faifantencét ordre. Trenteíix Moufquetaires marchoient alatcfte. Aprcs eux noftre MarefchalouMaiftre d’Hoftel. Trois Gentilshommesdc lafuitte des Ambafladeurs. Troisautrcs Gentilshommes. Le Commiffairc, le Secretaire Sc le Medecin. Aprcs eux eftoient les prefents, menez Sc portez par des LeSptcfc Mofcouites. Sçauoir vn cheual entiernoir, auccvne tres-bel- le houfle. Vn Hongre gris pommcle. Vn cheual entier gris pommelé. Le harnois d’vn cheual garny d’argent, Sc enrichy de tur- quoifes, rubis Sc autres pierreries, porte par deux Mofcouites. Vne Croix de Chry folite cnchaflee dans de l’or, de la gran-* LaCaualcade des A mb alia- deurs. ents.
  • 2.S VOYAGE DE MOSCOVIE^ 1634. dear d’vn bon demy-pied, portce dans vn baflin. Vn cabinetd’Ebenc, gamy dor fcruant d’apotcque, auecfes boiietes & vafes d or enrichis dc pierrcrics,, plein de plufieurs excellents medicamcns chimiques, porté par deux Mofcouites. Vn petit vafc dc criftal de rocbe garni d or & enrichy de rubis. Vn grand miroir, ayant vne aulne &: vn quart de haut & vne dcmy-aulnede large, auec fa bordurc d’Ebene, couucrte de fueillages fruidages d’argent, porté par deux Mofcouites. Vne horlogefonante, enformed’vneminiere,aupresdela- quelle eftoit reprefentée en figure de relief, la parabolc dc l’Enfant Prodigue. Vn ballon vermeil doré, dans lequel eftoit vne perfpefliue. Vne grande horloge fonante, dansvneftuy d’Ebenegarny d’argent. Apres cela alloicnt deux Gentilshommes de la Chambre, portanshaut en fair les lettres de creancc de S. Altefle •, l’vnc au grand Due &C l’autre au Patriarche, perede fa Majefté. II s’appclloit Philarete Nikidits, & eftoit decedé depuisnoftre de¬ part de Holltcin; mais Ton nous dill qu’il feroit à propos de faire connoiftre que l’on auoit auifi dcs lctcrcs de creance pour luy. Apres cela fuiuoient les AmbalTadcurs entre les deux Pri- ftafs, ayansdeuanteuxlestruchemens, à colic quatre laquais, &derrierc eux les pages. Depuisnoftre logis iufques au Chafteau,il y auoit vn bon quart de Heiie d’AUemagnc, & plus dc deux mille Strelitsou moufquetaires,faifansdcsdcuxcoftczdela rue vne have fort ferrée, pour nous faire paifage iufques à la Exile de l’Audiance. Les rues eftoient pleines, & les feneftrçs & toi&s desmaifons chargesdu people, qui eftoit accourude toms les quartiers dc la ville, pour voir noftre caualcade. Nous mauchafnxes fort bel- lemcnt, &: nous nous arreftions &: auancioms felon les ordres que les courriers, qui venoient à bride abattué du Chafteau, apportoient a nos Priftafs, pour reglcr moftre marche; afin darriuer a la falle dc l’Audiance, au mcfme moment qucle Grand Ducs’aftecroit en fon Throne. Eilans entres dans la Courdu Chafteau, nous paftafmes par- deuant le Pofolsky prccafe, ou la Ghançcleric dcs affaires efti'an*
  • 1 ET DE PERSE, L I V.I. í9 geres, ou nous mifmes pied à terre. Apres que les Officiers Sc 1634. Gentilshommes eurent pris place;fçauoir le Mareíchal ou Mai- ftred’Hoftelala teile desprefens, &les Gentilshommes auec lesautres Officiers immcdiatement dcuant les Ambaíladeurs, i’on nous lit aller à 1’Audiance. La falle de 1’Audiance eíl à la maindroitcdelaCour,&: quand il sy prefente des Ambaffa- deursPcrfes, Turcs, ou Tartares, on les ymenctout droit, cnlesfaifantmontcrparvnefcalierdcpierrc quife trouue à la maindroite; mais d’autant que nous eítions Chreíliens, 1’on nous fit prendre à gauche , ou Ton nous conduifitpar une galle- rie voutce , pour nous faire pailer pardcuant vne tres belle Cereraonic Eglife , ouTondifoitalors leferuice. Deuant que d’entrer dans pourks Am- la fallc,nous trouuafmcs dans vngrand appartement voutc bafladeurs beaucoup de monde, Sc entr’autres plufieurs vicillards, venera- CJ,t*iliens' bles par leurs grandes barbes blanches ; dontlesvns cjtoienc affis, Sc les autres debout le long des murailles , tous vcftus dc Tuniquesdebrocard, &couuerts dc grands bonnets de mar- tic. On nous ditqucc’cftoient les Gofesf.de ía Majclté , e’eft à dire, fes principaux marchands& fa&curs, aufquelsl’on pre- flc ces habits du treior du Grand Due , afin qu’ils luy faflent honneuren cette forte de ceremonies ,• à la charge de les refti- tuer quand elles font acheuées. introduZem Les Ambaíladeurs eílans arriués à Ia porte dc 1’antichambre, des Ambarta- ilsy trouuerent deux Boiares, ou Seigneurs, veftus de Tuniques dcurs’ de brocard, couuerres d’vne broderic de groíTes perles, pour re- ceuoir les AmbaíTadeurs à 1’entrée. Ils leur dirent, que ía Ma- jeftc Czaarique leur faifoit la grace, SC à leurs Gentilshom¬ mes , de pouuoir venir en fa prefence. On fit demeurer les pre- fens dans l’antichambre, Scion fit entrer dans la falle les Am¬ baíladeurs auec leurs Officiers,Gentilshommes Sc pages; ayans deuant eux lean ttelmes, premier truchcment duGrand-Duc. Ccluy-cy cn mettant le pied dans la falle,falua fa Majeíté d’vne voix haute, luy fouhaittanttoute profperité&: longue vie, Sc 1’aduertitdo 1’arriuée des AmbaíTadeurs. La falle eftoit quarréc Sc voutée, tapiflcc aux murailles SC auplancher. La voutc étoit doréeSc pcinte de diuerfesHiftoires Saintes, tirées dela Bi¬ ble. La chaife du Grand-Duc eíloit à 1’oppofite de la porte con- lcThrone du tre la muraille, exhauílccde trois degrez du plancher, ayant Grand Due. aux quatre coins despiliersde vermeil doredcla groífeur de D iij
  • 1^34 Ceremoniedc i’aiidiancc. 5o VOYAGE DE MOSGOVIEJ trois poulces, ayans chacun à la hauteur d’me aulnc 6c demie vnaigleimperiald’argent,•aupresdefquels rcpofoitfurlesmef- mes piliers le ciei de la chaife; quipouifoit encore auxquatre coins autantde tourelles de mefme eftoffe, ayansauftiau bout desaiglcsdelamefmefaçon. L’onnous dit quel’ontrauailloit, à vn autre Throfne, auquel on employoit feize ccns marcs d’ar¬ gent, 6c írx-vingts onces d’or de ducats pour la dorurc, 6c qu’eile deuoit reuenir à plus de vingt-cinq mil efeus. Celuy qui cn auoitfaitle deflein eíloit Allemand, natifde Nuremberg, 6c s’appelloit Efa'ie Zincgraf. Le Grand Due eftoitaífis dans la chaife, veftud’vne Tunique enbrGderiedcperles, 6c chargee de toutes fortes de pierres pre- cicufes. II y auoitpardcfliis fon bonnet quieftoit de martre, vne Couronne d’or parfemé de grosdiamans, Seen fa main droite vn feeptre quieftoit de mefme eftoffe richcife, 6c iipefant, que pour fe foulager il falloit que de fois à auitreil lechangeaft demain, Aux deux coftez de la chaife de fa Majefté , eftoient de bout deux ieunes Seigneurs, de bonne mine 6c de belle taillc, veil us de Tuniques de damas blanc, auec des bonnets de peaux de Linx, 6c des bottines blanches, auec des chaifnes d’or, qui paf- fansen croix fur l’eftomach leur venoient dcfccndrc des deux coftez iufqucs fur la hanche. Ils tenoient couches fur l’epaule vne hachc d’argent, à laquelle ils portoient les mains, com me s’ils fe metfoient en eftat d’aller defeharger leur coup. Du çofté droit de la chaife eftoit fur vne Pyramidc d’argent cizelé, 6c à iour, la pomme de l’Empirc d’or maftif, reprefentant le monde, dela grofleurd’vn borrlet de canon de quarante-huid liures de calibre , &: vn peu plus loing du mcíme cofté , vn baiftn , aiguiere 6c feruiette , pour laucr 2c eiluyer les mains du Grand Due, apres que les Ambafladeurs 6c ceux de leur fuitte les auroient baifées. Les Principaux Boiaresou Seigneurs de la Cour ,au nombre de cinquante, eftoient aifis fur des bancs Ie long des murailles, à cofté 6C vis à vis du Grand Due, tres- richcment veftus, 6c couuerts de grands bonnets de fourrure de renard noir, 6c de la hauteur d’vn bon quartier, Le Chan- celicr fetenoit debout du cofté droit, à enuirmcinq pas dela chaife. Apres que les Ambaftadeurs curent fait vn? profonde rcuc-
  • ET DE PERSE, LIV. I. ji rence en entrant, onles plaça au milieu de lafalle, vis à vis du r 54. grand Due, & à dix pas de luy ; ayans dcrrierc cux les Officiers & Gentilshommes de leur fuitte, à droittc les deux Gcntils- hommes qui portoient les lettres de creancc, qu’ils tenoient dcuant eux,&: a gauche le truchcment, Jean Helrnes. Apres cela le Grand Due fit figne au Chancelier de dire aux Ambailadeurs que fa Majefté leur faifoit la grace de leur permettre de luy faire la reuerence. Les Ambailadeurs y allerent l’vn apres l’autre, Sc luy baiferent la main droite, qu’il leur auançoit de bonne grace, Sc d’vn vifage riant, mettant cependant le feeptre en la main gauche. Ouil faut remarquer qu’ences ceremonies iln’eft pas permis à celuy quibaifela main du Grand Due d’y toucher de la iicnne, Sc qu’il n’y a que les Ambailadeurs des Princes Chrc- ftiens qui ayentl’honneur de labaifer: ee que Ton nepermet point aux Turcs, ny aux Pcrfes, encore moins aux Tartares. Cette ceremonic ellant acheuce, il leur fit dire par le mefme Chancelier, que s’ils auoient quelquc chofe à propofer dela part de leur Prince ils le pouuoient faire. Alors le fietir Cru- fiusprenant la parole, luy fit vn compliment dela part du Due noftre Mai lire, Sc fes condoleanccs fur la mort du deffunefc Pa- triarchc fon Pere; y adjouftant que S. Alteife efperant qu’ils le trouueroient encore en vie, elle les auoit chargez de lettres de creance pour luy, Sc qu’ils les auoient apportées auec cellcs que S. Alteile eferiuoit à fa Majefté. En mefme temps il prides lettres des mains deceux qui les tenoient, Sc s’auança pour les deliurer; mais le Grand Due fit figne au Chancelier de les pren¬ dre, Sc l’ay ant fait approcher il luy dit à l’oreille la refponfe qu’il vouloit faire aux Ambailadeurs. Le Chancelier s’cftant remis à fa place, dit: Le Grand Seigneur C&aar Sc Grand Due, Sec. vous fait dire, à toy Philippes Crufius, &: àtoy Otton Brugman, lier, qui ncs’eftoit point découuert non plus que les autres Sei¬ gneurs , oftoit fon bonnet quand il prononçoit le nom de í a Ma¬ jefté , ou celuy de Son Altcil'e. Apres cela on fit afl'eoir les Ambafladeurs fur vn banc, cou- uert d’vn tapis de Turquie, que Ton mit derrierc eux, Sc le Chancelier leur dit; que le Grand Due leur faifoit la grace de- Ambailadeurs du Due de Holftein , qu il a rcceules lettres de S. Alteile, qu’il vous feratraduire, qu’il vous fera fçauoirfon intention par fes Bojares, Sc qu’il y fera refponfe. Le Chance-
  • 1 ^ 3 4* Lc Grand Due fait re galer Its Am. balladcufs. 32, VOYAGE DE MOSCOVIE, permettre,que leurs Officicrs &: Gentils-hommcs luy baifaflent aufli la main. Celaeftant fait ,1c Grand Due fefoufleuavnpcu de deflus fa chaife, &C dit aux AmbaiTadeurs; Knez Fridcrtc iefeha Sdorof ? Lc Due Frideric fe portc-il encore bien? A quoy il fuc refpondu, que lors de noftre depart nousTauions laiíTé en bonne Í ante. Die it donne bonne vie & longue, & toute prejpenté à fa c JMajcfté, & a fin Altcfife. Alois Ie Grand Maiftre appotta vne lifte des prefens qu’il fitentrer en mefmc temps, dc tenir quelque temps deuantlc Grand Duc; iufqu’acc que le Chanceliereuftfait fignequ’on les remportaft. Lemcfme Chancelier dit auifi-toil aux Am- bafladeurs, que lc CTgar & Grand Due de tous les Ruffes, Sei¬ gneur dr Dominateur deplufieurs Seigneuries ,r&c. leurfaifoit en¬ core la grace de pouuoir parlerdc leurs aiFaires; maisilsprie- rent, que pour ne contreuenir point aux traitezfaits entre la Couronne dc Suede Sc S. A. touchant le commerce de Perfe,on leurdonnaft enfemble vne audiancc particuliere. Ccquilcur fut accordé. Apres cela le Grand Due leur fitdemanders’ils fe portoicnt bien, & s’il ne leur manquoit ricn; leur faifant dire, quece iour-la il leurvouloit faire la grace de les faire traitter des viandes dc fa table. Ce full la la premiere audiancc publi¬ que des AmbaiTadeurs. Au fortirde la ilsfurent ramcnez iuf- ques dans Tantichambre par les mefmes Bojares qui les auoient receusà Tentrée. Nous remontafmes à cheual au mefmc lieu 011 nous auions mis pied à terre, &: rctournafmes chez nous ac- compagnez de nos Priftafs, au mcfme ordre que nous eilions partis. A peine eftions nous defeendus de cheual, que nous viímcs arriuer vn des Gcntils-hommes dc la chambre du Grand Due. Ilauoit laqualitéde Knez, àlaquelle refpondoitparfai- tement fa bonne mine & fon equipage, eftant de belle taille , tres richcmcnt veilu , auantageufement monte & fuiuy , il auoit efté enuoyc de la part du Grand IDuc, pour traitter les AmbaiTadeurs à difner. Il ne fut pas fi-toil arriué qu’il fitmettre la nappe, furlaquclleonpofa d’albord vne faliere& deux vinaigriers d’argent, & quclqucs vafc:s àboire, dontles trois eftoient dor, deuxautresd’argent, &:figrands, qu’ils auoient plus d’vn bon pied dediamettre, vn grand couiteau & des fourchettcs. Ce Seigneur s’eftant mis au haut bout de la table, fit afleoir les AmbaiTadeurs aupres deluy; les Gentils- bommes
  • ET DE PERSE, II V. 1. 33 hommes fe tenans dcbout deuant eux. II fit mettre fur la 1634. table deuant les AmbaíTadcurs trois grands vafes pleins de vin d’Efpagne, de vin du Rhin & d’Hidromel, & fit feruir en trcnte-hui
  • 34 VOYAGE DE MOSCOVIE, í 6) 4? apres, le Priftaf, accompagné d’vn Efcuyer du Grand Due nous amena fix cheuaux, Sc nous conduifit au logis dcs Ambaf- fadeurs de Suede , que nous vifmcs pluficurs fois depuis ce temps-là; viuaiits en tres-bonne intelligence aucceux. Le 2.5. les Ambaftadcurs firent pricr à difner le Do&eur Wendelin, Medccin, l'Apothicairc Sc quelques autres do- meftiques du Grand Due: maisleChancelicr ne leur envou- lut pas donner la permiilion, Sc leur fit faire defenfe de nous voir dc trois ioursj fans que Ton nous diftlaraifon pourquoy on les traittoit auec tant de rigueur: mais nous feeufmes de¬ puis que ceftoit, parce que Ton n’auoit pas encore faitefti- mer les prefens , panny lefquels fe trouuoit l’Apotheque, dont nous auons parlé cy-delTus, qui ne pouuoit eftre efti- mée que par eux. Le 24. arriua dcuant la ville de Mofcou Arnottl Spirinq, Fermicr general des traites foraines en Liuonie, ou il auoit pafie, Sc auoit efté enuoyé par la Couronne de Suede, pour eftre prefent à la negotiation que fes Ambaflfadeurs deuoient faire pour le commerce, ou il eftoit fortentendu. LesMofoo- uites, qui le connoiiToicnt, firent d’abord quclque difficultc de le reconnoijftrc en cette qualité : mais voyant que les Suedois le trouuoient mauuais , ils s’y refolurent enfin, & enuoycrcnt vn Priftaf au deuant de luy , pour le re- ccuoir. seítímsrs. Le premier Scptembrc, les Mofcouites celebrerent lciour iourderan" nouue* an: dautant que nay ant point d’autre epoque dcs Mofcoiii- que celuy de la creation du monde, qu’ils croyent auoir eftc flit en Automne, ils commencent 1’année auec le mois de ' Septcmbre, &: ils comptoient alors 7141. ans; fuiuant 1'opi- nion des Grecs, Sc dc l’Eglife d’Orient, qui comptent cinq mille cinq cens huit ans depuis la creation iu.fques à la naif- fiance de Iesvs-Christ : à quoy fi l’on adiouite 1634. I on trouuera 1c nombre de 7141. au lieu que nous nc comptons depuis la creation du monde iuíques en la mefime année 1634. que cinq mille fix cens Sc trois ans. Leur proceflion leurprocef- e^°*c a^'ez belle, & compofée de plus de vingc mille perfion- iion. nes,de tous ages, qui fie rendirent en la bade cour du Cha- fteau. Le Patriarchc accompagné de prés te quatre cens> Preftres , qui feftojenc tous veftus pontificalenenc, Sc por-
  • ET DE PERSE, LI V.I. 3j coient quantité de bannicres , d’images Sc de vieux liures ou- 1^54- uerts, fortit defEglife, qui eftàla main droitc de le feconde Cour, pendant que Ic Grand Due vint du code gauche de Ia mefme Cour , accompagné de fes Confcillers d’Edat , Knez, Sc Etj ires. |Le Grand Due Sc lc Patriavche s’auancerent 1’vn vers 1’autre, Sc fe bailerent -,1c Ducayant lc bonnet à la main , Sc lc Patriarche , qui auoitla Mitre fur la tede , tenoit vne Croix d'or, de la grandeur d’vn pied , enrichie dc plufieurs diamants Sc d’autres pierres precicufes , qu’il donna à baifer au Grand Due. Aprcs cela lc Patriarche donna la benedi¬ ction àfaMajefté , &: à tout le pcuple; leur fouhaitant route profperitéace nouuel an. IIy auoit plufieurs Mofcouites,qui tenoient leurs requedes en fair, Sc pour les prefenterau Grand Due,ilslesjettoient auecbeaucoupdc bruit à fes pieds , d’oii quelquesOdicierslcsramadbient , pour les faire porter en la Chambre de fa Majeftc , Sc pour les faire refpondre. Cela edant fait, les Proceflions fe feparcrent, Sc retournerent d’ou ellcs edoiens parties. Le troifiéme Septembre les fieurs Gilletiftierna , Bureus dr Spiring, qui edoient la pour nceoticr conioinctemcnc aucc Lcs s"ecrfe- uions cite , pendant que les deux autres Ambadadeurs de Sue¬ de, les fieurs Philippes Scheiding Sc lc Colonel Plenty Thmming parleroient en particular des adaires, que la Couronne de Suede auoit à démeder auec lc Grand Due. Les trois pre¬ miers demandercnt cn leur audiancc d’edre reccus con- jointement auec nous, à traitter aucc les Commidaires, qu’il plairoit à fa Majedé de nommer pour ccla: ce qui leur fut accordé. En fuitte decela,tous les Ambadadeurs,tant les Suedois que les nodres, allcrent le cinquiémc au Chadeau. On les conduidt d’abord dans vn grand appartement à main gauche, ou ils trouuercnt les mefmes GoJes, ou marchands du Grand Duc,& dans lc mcfmc équippage que nous les auions trouués lors de, nodre premiere Audiance. Delàils padferent dans vne fade, Audiance ou les quatre Commidaires, deputes pour traitter auec eux particulúe les attendoient, adis à vne table. C’cdoient deux Bojares Sc deux Chancclicrs, ou Secretaires d’Edat, tres-richcment E ij
  • 3<í VOYAGE DE MOSCOVIE, 1634. veftus , ayans ieurs Tuniques de brocard , brodées de trcs- gvofles perles Sc d’autres pierres precieufes, Sc des groíTes chaines dor , quileur paílbient en Croix fur l’eftomach. Lcs Bojares auoienc des bonnets en forme de calottes , en brode- ric de perles , ayans au milieu vn bouquet de diamans Sc de pierres precieufes. Lesautresdeux auoient leurs bonnets four-’ rés de renard noir, à 1’ordinaire. Ils reccurent les Ambaífa- dcursauecciuilité,&:les conuiercnt dc s’afleoir auprés d’eux; maisauec toute leur ciuilité , ils ne laiílerent pasde prendre les premieres places, à vn coin de la falle, proche les feneftres, ou les banes feioignoient. Les Ambailadeurs prirent les leurs aupres d’eux contre la muraillc , Sc 1’on porta vn banc fans, doífier , pour les Chanccliers ou Secretaires d’Eftat , vis à vis des autves. lean Hclrnes, premier truchement du Grand Due , fc mit debout au milieu de tous nos Priftafs , Sc tous lcs Gen- tilshommcs ,auec le refte de noftre fuitte, demeurerent dans l’antichambre , à la referue des deux Secretaires de l’Am- ' ballade, de Suede Sc de la noftre, d’autant de truchemcns, &: d’vn Clcrc Mofcouite , que I’on fit entrer, pour tenir regi- ftrede cc qui feroit traité. Apresque chacun euft pris fa pla¬ ce , l’vn des Bojares demanda aux Ambailadeurs 5 fi Ton auoit foin de leurs perfonnes pour leur fournir lcs viures ncceflai- res, Sc s’il ne leur manquoit rien. Lcs Ambailadeurs dirent qu’ils auoient fuiet de fe loiier de ceux qui cn auoient l’ordre, Sc qu’ils cn rendoient leurs tres-humbles graces àfaMajefté. Apres ce compliment ils fe leuerent tous, Sc s’eftans decou- uerts jleplus confiderable de ccs deux Bojares , dit: Le Grand Seigneur CT^ar & Grand Ducy Sc recita tous fes titres, Sc s’e- ftans tous rail’is ,il continua : vous fait fçauoir , Mellleurs les Ambailadeurs de la Couronne de Suede Sc du Due de Hol- ftein, qu’il a fait traduire vos Icttrcs cn langue Moicouite * &qu’ilaauífi entendu vos propofitions aux Audiances pu¬ bliques qu’il vous a donnees. Apres cela, ils fe leuerent en¬ core tous, Sc l'autre Bojare, prenant la parole, Sc fe décou- urant comme auparauant, dift:Le Grand Seigneur, Cz,«ar & Grand Due, ( y adjouftant encore tous lcs titres:} Et fe ralfeant, continua; fouhaitc à la Reine de Suede, Sc ut Due de Hoi- llein, toute profperite SC vi&oire contre burs ennemis, Sc vous fait ditc, qu’il a leu leurs lettres, Sc qi’ila biencompris
  • ET DE PERSE, LI V. I. 57 leur intention. Le troificfme Commiílairc continua auec les mcfmcs ceremonies : Lc Grand Seigneur, &c. a vcu aux let- tresque vous luyauez apportécs, qu’iivous fautdonner cre- ance enticrc, cn ce que vous direz 6c propofercz : ce qui fe fe¬ ra . Lc quatriémc acheua de mcfmc: J£)ue J* Majefté, le C&aar, les auoit rtommcs Commijjàires ,pour fjanoird’eux ce qu its auoient a propoferdr à demander, 6c leut cn fuitte les noms ?des Commif- faires; fçauoir, Kncz Boris Michaeloiiits, Liko'to Obolenskoi Weiuode deTucre. Knez, vajili Iuanoiiits Streno'to , Wciuode de Tarfchock. Les deux Secretaires d’Eftat, qu ils appellent Dumnoi Ditken, eftoicnt. „ « lean Tarajfiiiitz, Gnmmatin , Garde des Seaux ou Chancc- tier, Scc. luan ofonajsio^jin G^wáríw/^Vicc-Chancelier. Cette lecture eílant faite, ils fe lcuerent encore tons, 6c le fieur Eric Gillen flier no., l’vn dcs Ambafladcurs de Suede, apres auoir remercic fa Majefté au nom de la Reinc, de les auoir admfs à l’audiance particulierc, lcut aux Commiflaires leur proportion , cfcrite fur vne fciiillc de papier, en langue Al- lemande. Nous voulufmes fairs autant de la noftre; mais eftant vn peu plus prolixe 6c eftendue que l’autre, &: confide - rans qu’cllc pourroit cnnuyer les commiflaires, nous nous contentafmes de la leur donner auec cclle des Ambailadeurs de Suede. Les Commiflaires les ayans prifes, monterent àla chambre du Gra*d Due, pour les luy communiqucr ; nous laiflans ccpcndant fculs: mais Ton permit aux Priftafs, 6c aux Gentilshommcs de la fuitte d’entrer dans la chambre, pour nous entretenir. Apres auoir attendu vne bonne demi-heure, le Vice-Chancelier defeendit, pour nous dire, que pour cet- te fois nous n’aurions point dautre refponfe ; ilnon que fa Majefté feroit traduire les proportions , 6c nous fcroit fça¬ uoir fa refolution au plutoft. Lcdixiéme Septembre les Ambafladcurs de Suede eurent leur derniere audiance particuiiere pour les affaires de la Couronne; Le douziefme nous vifmcs vne Caualcade detrois Ambafla- deursTartares, enuoyés par lc Prince de Caflan , vaflal du Grand Due. ifcj niuoient autre fuitteny compagnie queccl- E iij ■4 i^34* Cauakade dc Tartarts.
  • JS VOYAGE DE MOSCOVIE,' i^34- ledcfeizc valcts,quiJcs fuiuoient a picd,auec leurs ares & flechesala main. Leurshabits,oucafaqucs,eftoienr d’vn-nos vilaindrap rouge jmaisau retourde Mudiance ils en auofent dc damas, les vnes rouge cramoifi Sc les autres jaune dont le Grand Due leur auoitfait prefent. II nc fe palie qu’afi point d annee que ces Mcílicurs, auílibienque les autres Tartarcs leurs voiíins, n’enuoyent de ces Ambaífadcurs àMofcou; Pas tant pour aílaires, que pour y attraper quelques fourrui es de martre, & quelques robbes de foye. Lc quinzieme nos Priítafs vinrentdire, que la grand’Du- chefie eftoit accouchéeleiour precedent d’vne filie que ]’on auoit defia baptifée, &:nominee Sophies fuiuant la couflume des Mofcouitcs, qui font baptizer leurs enfans immediate- ment apresleurnaiílancc, fans aucunes ceremonies, oufe- ftins, comme lon fait en Allcmagne. Lc Patriarche auoit eíté fon parain, auífi bien que de tous les autres enfantsdu Grand Due, qui voulut que nous prilfions part à cette ioye en nous faifant doubler noítre ordinaire. - 5 iSS" Le.dix-feptiémc «riu* vn Ambaflidcurr^, qui fut rc- Turc: ceu auec dc grades ceremonies ; Et quoy que lon enuoyaíl au deuant de luy plus de feize mille cheuaux; fi eít-ce qu’en toute cette armée 1’on nc compta que fix eftendarts. Le pre¬ mier, quieftoit celuyde laCompagniedes Gardes, efioítde fatin blanc, &auoit au milieu, dans vn tour dc lauricr, vn Aigle Imperial,auec vne triple Couronne, & auec cette deui- íe: Viriute fupero. Vn de damas rouge cramoifi, ayant au mi¬ lieu vn Ianus a deux vifages. Vn de damas rouge tout vny, &: les trois autres * partis de bleu &: blanc ; dont l’vnauoitvn grif¬ fon , lc deuxiéme vn limaçon, & le troifiémc vn bras nud^for- tant des nuesoc tenant vne cfpée. L’on tient que ces dcuifes auoient efté inuentées par les Officiers Allemands, lorsdela guerre dc Smolensk o. Chaque étendart auoit fes timbales & fes haut-bois, mais la Cornettc blanche auoi t fix trompettes, qui faifoient beau bruit , &; vn afiez mauuais concert à leur mode. Les Knez &: Seigneurs quefon cnuoya au deuant dc cet Ambafladeur, cftoient tres-aduantageufement montes, fur des cheuaux de Perfe, de Pologne òc d’Allefnagnc, tres- richement enharnachés, ayans auec eux viqgt-fcheuaux de main, delefeune du Grand Due, auec .dc, guofics chaifncs
  • ET DE PERSE, LI V. I. 39 d’argent, &udicu de brides, femblablcs à cellos donr nous auons parle cy-deuant. Nous fifmes auec les Gentilshommes Sd Offíciers de la fuit- tc des Ambafladeursde Suede, vne troupe de cinquanteche- uaux,fouslecõmandement duíieurWotfvtolfspar, Mareíchal deTAmbaílade de Suede, quicomme noftre Capitaine, mar- choit à la tefte dela compagnie. Nousfufmes iufqifà vne bon¬ ne licue au dcuant de 1’Ambaíladeur; qui dés qu’il nous ap- pcrceut, nous regarda fixement entre deux yeux, Sd nousluy. Nous le côtoyafines long-temps, pourconfidcrcr fa fuitte Sd fa caualcadc, qui marchoit en cét ordre. Premiercment alloient quarante fix Strelits, ayans au lieu de moufquets, des ares Sd des flechcs, Sd le cimeterre au cofté. Apres eux venoit le Priftaf, veflu d’vne Tunique de bro- card, Sd íuiuy d onze homines habillés de veloux rouge cra- moiíi, qui cftoient partie marchands Grecs ôd Turcs, partic Ec- defiaftiques Grecs. Apres eux marchoit lemaiftre d’hoftelde I Ambaíladeur feul, en fuitte quatre gardes auec leurs ares & flechcs. Apres eux deux Caualiers richement veftus,pre- cedans immediatemcnt YAmbaíladeur , qui marchoit feul. C’eftoit vnhommede moyennc taille, ayantle vifage bazané & la barbe fort noire. Sa hongreline eíioitde fatinà fleursa fond blanc, &: la íurueíle de brocard, fourré demartres. II auoit le turban blanc fur la tefte, auílibien quetousfesgens. II eftoit dans vn meíchant chariot de bois blanc, mais tout couuert de beaux tapis àfonds dor. Lerefte de fon train con- fiftoit en plus qc quarante chariots de bagage , qui eftoient ^ar- deschacund vn oudedeux garçons. Eftantàvn quartdelieué de la villc, &: iugeant qu’il approchoit du lieu oú les Mofcoui- tes le receuroient, il monta furvn beau chcual Arabe. Et de fait, à peine s’eftoic-il auancé à la portée díi piftolet, quT! í encontra lesideux Priítafs deftiriés pour fa reception, auec les chcuaux du Grand Due, cn la maniere acouftumée. Les Priftafsdemeurerentà chcual,iufques à ce que YAmbaíladeur euft mis pied aterre; mais celuy-cy de fon cofté, netoucha point a fon turban, quoyquc les Mofcouites oftaílént leurs bonnets en prononçant le nom du Grand Due. Apres ce premier compliment les Priftafs remonterent aufti- toft a chcual. L Ambaíladeur fit tout ce qu’il put pour y eftre
  • 40 VOYAGE DE MOSCOVIE, i 6 5 4. en mefmc temps, ou plutoft j mais on Iuy aaoit afnenc vn che- ual fort haut, couuert d’vne felle haute à la Mofcouitc, &(i fougueux, que non feulement ileut de la peine à Ie monter, maisauflià fe defendre d’en eflre blefle. Dés qu’ii fut à cheual les Priffcafs les prirent au milieu deux, &: les conduifirent à l’Hoftel ordinaire des Ambafladcurs , qui auoitcftc rebaft y de- puis noftre arriuee. Des qu il y fut entre, Ton en ferma les portes, & Ion y mic plufieurs corps de gardes de moufque- Nos Ambaffadeurs auoient faitdeiTein d’aller ce iour làchez les Ambafladeurs de Suede, qui les auoient priés à difner, pour leur faire voir les Turcs, qui eftoient logés dans leur voi- finagc, &: les Sucdois auoient veue fur leur Cour: mais le Chancelier nous fit prier de ne point fortir cc iour la feule¬ ment , & y fit adioufter, que c eftoit pour caufe qu’il nc pouuoit pas dire. Leij>. Nouseufmesladeuxicme Audian
  • ET DE PERSE, LIV. I. 41 Apres les prcfents marchoienthuict Turcs, deux à deux , &c 1 ^3 4- apres eux deux ieunestrommes bicn fairs, portants fur dc gran¬ des pieces de foye les lettres dc creance, qui eftoient pliées; mais clles nelaiíloient pas d’auoir pour le moins vne demy-aul- ne de large. Les Eccleíiaftiques Grecs ne fe trouuerent point cncetteca- ualcade; mais curcnt leur audiance à part le vingt-hui&ic- mc du mcfme mois. Deux Preftres Mofcouites les allerent querir en leur logis, &: les conduifirent au Chafteau; oíi ils trouuerent grand nombre de Preftres, qui les accompagne- rent à 1’Audiance. Lcurs prefents eftoient. Six baífins auec des Rcliqucs, ou diuers oíTements, dont quelqucs vns eftoient dorés. La doubleure d’vnechafuble,enbroderie dor &c de perles. Latcftiere d’vn cheual, enrichicdc pierreries. Deux pieces de brocar d dor. Vne chafublc. Vne piece de tabis d’argent, à fleurs d’or. Les Grecs marchoient apres les prcfents, habillés de ca- melotviolet, &: faifoient porter la croíle deuanteux. Lettres d«rE- Nos Ambafladeurs auoicnt auífi des lettres dc 1 Ele&eur de jCeLacuu^Grani* Saxeau Grand Due ,&trouuoient apropos de la deliurer aufti Due. en vne audiance publique, pour laquelle on nommaleiourde laS. Michel, vingt-ncufuiémc Septembre. Nous y allafmes dans le mefme ordre que la premiere fois, les lettres furent porteesparle fieur d’Vchterits, fur du taffetas n'oir & jaune, qui font les couleurs del’Eledeur. Le Grand Due les receut auec ciuilité, s’enquit de la fanté dc fon Alteflc Electorale, &: ordonna que l’on nous fourniftpourla deuxiéme fois des vian- desdefa table; lefquellcstoutesfoisne nous furent point ap- portécs cuitcs &c accommodées, comme les prcinieres, mais l’on fe contenta de nous cnuoyerla viande, pour la faire ap- preftcrà noftre gouft. Le premier O&obre, les Mofcouites chommerent vne dc lcurs plus folemnelles feftes ou Prafnik; à peu prés auec les ceremonies fuiuantes. Le Grand Due , fuiuy detoute fa Cour, couitcs> &: le Patriarche, accompagné de tout le Clergé, allerent cn proceflion à la belle Eglifc, quieft dans labafle courdu Cha- ftcau, que les Mofcouites appcllcnt dela Saintc Trinitc,3<: les
  • 4* VO Y AdE DE MOSCOyiE, S í 3 4. Allemands Ierufalcm. Mais deuant que d’y cntrer, ils dé- tournerent a vne baluftrade, drcíTce enforme deTheatre, 3 maindroitcsenallant àrEglife,aupresde laquelle fe voyenc deuxgroífes pieces de canon , dont la boucheapour lemoins vne demy-aulnc de diametre. Lc Grand Due Sc le Patriarchc y eítans montes feuls, le Patriarche prefenta afa Majefté vnc image peintefurvn carton , quifeplioiten forme de liuregar- ny d’argentau milieu Stauxquatre coins, à laquelle lc Czaar fit vnetres-profonde rcuerence, ôc la toucha mefmc du front; Les Preftres marmotant cependant leurs prieres. Aprcs cela lc Patriarche s’eftant encore approché du Grand Due, luy pre- fenta à baifer vnc Croix dor, de la grandeur d’vn pied, enri- chiedediamans.il luy en toucha auífi le front Sc les temples. Gela eftant fait, ils allerenttous à 1’Eglife, ou ils acheucrent le feruice„ Les Grecs, qui cftoient arriués auec rAmbaífadeur Turc, y entrerentauífi, par vn priuilege qui leur cílparticulier par- my tous les Chreftiens, aufquels les Mofcouites defendent 1’cntrée de leurs Eglifes; mais ils la permettent aux Grecs, commefaiíans profeífion d’vne mefmc religion auec eux. Le huidiéme Odobre, nous eufmes nollrc troifiémeau- diance particuliere auec les Ambaífadeurs de Suede, Sc nous- fufmes deux bonnes heures en conference auec les Miniftres du Grand Due. Le douziéme le Grand Due fut en pclerinage à vne Eglife, £c Grand Due fituée à vne demy-lieue delaville. II marchoitfeul à cheual,, va cn pcleri- ayant vn foiiet àla main ,& eftoit fuiuy de plus de milleche- uaux. LesKncz& Bojares, qui le fuiuoient, marchoient dix de front; ce quifaifoit vn fort bel effet, & fentoit bienfon- grand Prince. La Grand-Ducheffe, auec leieune Prince & la Princeil'c fuiuoient cette troupe dans vn grand chariot dc menuiferie, dont Timperiale eftoit couuerte d’efcarlate, Sc les mantelets de taffetas jaune, Sc clEoit tire jpar feize cheuaux blancs. Apres le chariot fuiuoient les Dames dc la Cour en- vingt-deux autres chariots dc bois , peints de verd, couuerts- d’efcarlate & les mantelets abattusy en forte que l’on n?ypou~ uoit voirperfonne. Ecus le bon-heur, que le vent ayant fait leuer ceux du chariot de la Grand-Ducheife, ie l’entreuis, Sc. U trouuay fort belle , Sc tres^richement habillée. Aux. deux.
  • ET DE PERSE, LI V. L 43 coftés marchoient plus de cent Strelics, ayans des bartons 1634. blancsàlamain, pour charter lepeuple, qui accouroic enfou- le, pour donncr la benediction à Ictus Princes, pour lefquels lcs Mofcouitcs ont vne affe&ion ,Sc deuotion toute parti- culicre. Le 2,3. nous eurtncs auec les Ambartadeurs de Suede nôtrc quatriémc audianceparticuliere, en laquelle nous acheuafmcs noftre negotiation. Les Suedoiseurentlevingt-huictiémcleur audiance publique dc congé, au retour de laquelle ils firent porter la refponfe à leurs lettres par deux Gentilshommes. Ils Les AmbaíT»- partirenr le7. Sc 10. Noucmbre dc Mofcou, en trois troupes; decent "dc les vns prenans le chemin de Liuonic, Sc les autres celuy Mofcou. de Suedc. Le dix-neufuiémeNouembrenous cufmes noftre cínquié- Notembre. me Sc derniere audiance particuliercj en laquelle il nous fut dit, que fa Majeftc Czaarique, apres auoir meurement de¬ libere fumos proporttions, auoic enfin refolu degratificr fon Alteflcle Due de Holftein,eomme fon amy, oncle Sc allié, acCor
  • 44 VO Y AGE DE MOSGOV I E, 1634. Premierementalloitvn homme, tenant uneai
  • ET DE PERSE, LIV.I. 4? troisheurcs. Eftansarriuésdans la falle dePaudiance, Ics vns 1634, s’afiirent à tcrrc, les autres s’y coucherent, Sc on leur donna à chacun vn gobclct d’hydromel, aux deux chefs de Fambafiade des veftes de brocard, aux autres d’efcarlate, Sc aux moins qualifies d’autres veftes d’vneetofte plus commune, auec des peaux & bonnets dc martre, qu’ils auoient toils mis fur leurs habits enreuenant de Faudiance. C’eft vne nation vrave- 4 ment barbare Sc épouuantablc a voir. Bien quelle foit fort éloignée de laville de Mofcouvers lemidy, ellc nelaiilepas de faire beaucoup de mal au Grand Due, par les courfes Sc lcsvols quelle faitinceifamment fur fes fujets. Le CzaarFa¬ ctor Iumoiiits, peredu Grand Ducd’auiourd’huy, auoit tâché de fc mettreà couuert de leurs courfcs, en faifant abattre le bois , Sc parle moyen d’vne chaufleeôí d’vn foile qu’il auoit fait tirerae plus decent lieues d’etendue, pour leur empefeher l’entree du pais: mais ils ne fe font point donné de repos qu’ils n’ayent abbatul’vn, Sc comblé Fautre; de forte que pour les faire demeurer chez eux,le Grand Due eft obligedefoutfrir qu’ils enuoyentde temps en temps de ces Ambaifadcs,quine ten dent qua attraper quelques prefents: &: le Grand Due ne fe foucieroit pas beaucoup de la dépenfe qu’il yfaut faire, fielle feruoit à faire entretenirlapaix auec ces barbares; maisils ne lagardent,que iufques à cequ’ils trouuent l’occafion de pro- fiterde la rupture. Le feizieme nous eufmes noftre audiance de congé, à la- Ambaffa- qu’elle nous fufmes conduits auec les mefmespompes Sc cere- deurspren- monies qua la premiere ;finonqu’a caufe de la neigc& de la diancedeec»! glace, qui empefche les Grands Seigneurs de fe feruir deche- gi. uaux, on nous enuoy a deux beaux traineaux dont Fun eftoit double de fatin rouge cramoifi, & l’autre de damas de lamef- mc couleur. On y auoit mis des peaux d’ours blancs, Sc par- deflus de fort beaux tapis de Turquie, pour feruir de couuer- ture. Les boucles des harnois des cheuauxeftoient couuerts detous coftés de queues de renard, qui eft la plus riche paru- re, dont les Grands Seigneurs, Sc le Grand Due rnefine, fe puifl'ent feruir. LesPriftafs auoient chacun leur traincau, SC marchoient à cofté droit des Ambafl’adeur$. A la defeente nous fufmes receus par deux Bojares, en la maniere accou- tumée, Dés que les Ambaíladcurs furent arriués en la prefen-
  • 46 VOYAGE DE MOSCOVIE,' 1634. ceda Grand Due, &qu’ilfc fuc informe parleChancelierde l’eftat de leur fantc, l’on apporta vn banc, &: on les conuia dc s’ailoir. Et alors le Chancelierprenarit la parole did : Le Grand. Seigneur, Czaar& Grand Due Michel Fedcroiiits, Conferuateur de tons les Rufes, &c. vous fait dire, Meflieurs les Ambaifadeurs, que S.Alteife le Due Frideric de Holitcin,vous ayantenuoycz à fa Majeité Czaarique, auec les lettres qu’ellc a rcceues, elle a bien voulu à votre pricrc fairc entendre &c examiner vos propo- finons par fes Bojares Cot\Ccú\cts)Kftezi BorisM ichaelouits Lu- kou, Vajili Iuanoiiits Strenou, & Dumnoi Diaken, luan Tarafouits, & luan Gauartnou, fur lcfquels on eft conuenu dc part & d’autre d’vn traittéquc vous aués figné. Sa Majeítc a aufTirc- ceu les lettres, que vous luy auez apportéesdela part de l’E- Icéteur lean George dc Saxe ,dontil a bien compris le conte- nu. Vous receurez prefentement la refponfede fa Majeité , cant pour le Due Frideric dc Holliein, que pour l’Electeur lean George. Ay ant acheue dc parlcr, il leuir deliura les let¬ tres deuant la chaifedu Grand Due, &les A.mbaffadeurs les ayans reccues auec refpcét, le Grand Due diit : guandles Am- hajfadeurs ferontarriucs aupres de S. Altejfe Sereniftmc I’Eletfeur lean George de Saxe aupres de S. Altefe le Due Frideric de Hol- Jlein, ilsles faluerent de ma part. Aprescela il leur fit dire parlc Chancelier, qu’il faifoit aux Ambaifadeurs & aux Gentils- hommes & Officicrs de leur fuitte, la grace de luy pouuoir encore baifer la main. Ceia eitant fait, 1 on nous diit, que Ton nous enuoy eroit à dif- ncr de la viande de la table du Grand Due. Les Ambailadeurs remerciercnt le fzaar dcs graces, quilsauoient rcceues de luy, fouhaitansa fa Majeite vne longue vie, & vn heureux gouuernemcnt, &:a toutela maifon Czaariquie route profpe- ritc. Et ayans ainii pris conge, ils retourneremt aulogis. En- uiron vne heurc apres l’on nous apporta les viiandes dc la ta¬ ble du Grand Duc,cnquarante-fix plats,lapllufpartdu poif- fon au cour-bouillon, roity & frit à l’huile , «quelques legu¬ mes, &de lapatifleric; mais point dc chair à caufedu jeufnc queles Mofcouites obferuent fort exadementdeuant les fe- ilcsdeNoel. Knez, luan Z-'ftW^’lesaccompagnoit, pour nous traitter auec les mefmes ceremonies, que nous fufmes traittes apres la premiere audiance publique. Apres difner nous fuf-
  • ET D E PERSE, L I V. I. 47 mesvifitéspaiTefcuyer,lesõmelier, &lepourcroyeur, qui nous 1 vinrentdemanderleursprefents. Le Kncz, l’efcuyer&: lcfom-' melier, curent chacun vn vafe à boire de vermeil doré: Les au- tres qui eftoient au nombre de feize, curcnt enfemblc 52,. rou¬ bles , qui valent foixante- quaere efcus monnoye de France. Lelendemain les deux Priftafs, accompagnés dcs deux tru- chemens, lean Helmes André Angler, dont le premier nous auoit fcruy cn noftre negotiation , auprcs du Grand Due & auecles Bojares, & 1’autrc en nos affaires particulieres , vin- rent fçauoir de nous combiendecheuaux nous aurionsbefoin pour noftre retour. Nous cn demandafmes quatre-vingt , Sc leur fifmes preíent à chacun d’un grand vafe à boire de ver¬ meil doréjComme auffi au premier Secretaire de la Chance- íerie, Sc à quclques-vns des grands Seigneurs^ Lc vingt vniéme nos Priftafs nous prefenterent vn autre Priftaf, nomrnc Bogidan Tzergeiiits Gomodof, qui auoit ordre de nous eonduire iufques fur les frontieres de Suede. Lc lendemain Ton nous amena les cheuaux deftines pour noftre voyage, &au mcfme temps arriua aucc nos Priftafs le Secretaire de rintendant du Trefor , accompagné de douze Mofcouites , charges de martres, pour en faire prefent de la pIffent ^ part de faMajefté aux Ambaffadeurs, & à ceux deleur fuitte. Czaar. Les Ambaffadeurseurent pour leur part onze zimmers: (cha- que zimmerfait vingt paires,) de la plus belle martrezobeline: les Officiers , Gentilshommes , Pages , le Fourrier ,1’Ecuycr de cuiline, Sc le Capitaine du charoy eurent chacun vn zimmer de martrei doubler. Les autres eurent les vns deux , les au- tresvne paire feulement. L’on donna au Secretaire vn vafe à boire de vermeil doré , Sc aux aurres trente efcus. Lc Grand Due nous enuoya dire aufíi , que finous voulions faire encore quelque fejour à Mofcou , à caufc des feftes prochaines de Noel ,&du froid, qui eftoit extraordinairement grand, nous luy ferions plaifir,&: quoy que nous cuflions nos dépcfches ,, Ton ne laifleroit pas de nous fournir nos viures à l’ordinaire mais l’cnuie que nous auions de retourner en Allcmagne , nous empefeha d’accepter cette gratification , & nous obligea à faire continuer les preparatifs de noftre voyage. Pour cet eft'et nous acheptafmes des traincaux, afin de voyager auec plus de commodité; puis qu’aufli bicn ilsne nous reuenoient qua.
  • 48 VOYAGE DE MOSGOVIE % , 16 3 4. trois ou quatre efcus la piece. Mais dautant que nous auions à faire le voyage dePerfe, pour lequel nous vcnions d’obtcnir U permiflion,il fur iugé à propos , que Ton cnuoyeroit (JM'tchel Cordes, & fix auttes perfonnes de noftre fuicte, à Nife, qui eft i cent lieucs de Mofcou , poury faire baftir les nauires, done nous aurions befoin, tant fur la riuiere de j'/Volga,, que fur U Mer Cafp'te. Lc vingt-quatriéme Dccembre fut 1c iour de noftre depart de la ville de Mofcou pour le retour. Les deux Priftafs vinrent fur le midy ,accompagnés de quelqucs moufquetaires, qui auoient amené les deux traineaux , dont nous nous eftions feruisà la derniere audiance, Sc nous conduifirent cn bonor- dreiufques àvn quart de lieué hors de la ville ;ou nous prif- mes conge d’eux , &: de nos amis , qui nous auoient fait l’hon- neurde nous conduire , & continuafmes ainfi noftre voyage. Nous fifmes ce iour la ic la nuid fuiuante 90. v/erftis, ou dix- huict lieues d’Allemagne , iufqu’a vn village nomme Klin ; ounous fifmes le lendemain faire le Prefche , à caufe du iour de Noel. Nous en partifmes apres difner , &: continuafmes noftre chemin toute la nuid ; de forte que le lendemain matin vingt-fixiéme Decembre, nous arriuafmes à Tuere .ou nous eufincs des cheuaux frais, auec lefquels nous partifmes le mefme foil* , & arriuafmes le lendemain \Tarfcck. Quatre iours apres, fçauoir le trentc-vnicmeDecembre,quieftoitle feptiéme depuis noftre depart de Mofcou, nous arriuafmes à la ville de âgouogorod, qui en eft éloignée de fix vingt lieues d’Allemagne. Dont il ne fuuts’eftonner beaucoup ; dautant que toute la Mofcouie n’eft quafi qu’vne plaine, &; pendant le froid , les cheuaux font bien fouuent fur la neige dix ou douze lieucs d’Allemagne d’vne traitte, &: fansrepaiftre. 16 3 3. Le premier Ianuier 1633. apres lc Sermon &c les prieres nous Airiucut à partifmes de Nouogorod, & fifmes trente-fix Werftcs, ou fept Ian0?”*».’ ^euijs 5 iufqu’a Mckriza. Lc deuxieme íuifqua Tuerin , fix lieues &: demie. Lc troifiémc iufques à Orl'in, fix lieues; Le quatriéme iufqu’a Sariza, huid lieues, & la nuid fuiuante nous fifmes encore quatre lieucs iufqu’a Lilienhagcn , appar- tenant à Dame Marie Stop, veufue de lean Muller, en fon viuant Agent de Suede en Mofcouie. Nous y fufmesfort bien trai- tés,Scle lendemaincinquicmc nous fifmesfeptlieuesU arri- uafmes à Narua. Le
  • ET DE PERSE, LIV. í. 49 Le fixiéme nous fifmes partir noílre bagagc. Lcs Ambafla- deurs fuiuirent le lcndemain, 5c trois iours aprcs, fçauoirle dixiéme Ianuier, nous arriuafmes à. Reuel; ou nous demeuraf- mes trois fcpmaines cncieres. Mais confidcrant enfin que la mer Balthique n’eftoitpas nauigablecn cettc faifionlà, 5c ne nous pouuans rcfoudre à dcmeurer là tout le rcfte del’Hy- ucr, nous iugeafmcs que nous ferions bien de partir au plu- toft, 5c às continuer noílre chemin parterre, le prcnanspar la Prttjfe, la P omeranie 5c\cM ecldenbonrg. Lcs AmbaíTadeurs partírent de Reuellcjo. Ianuier, apres auoir mis la plufpart de leurs gens en penfion chez le íieur Hen~ vy KoÇen^ fecontentans d’vnc fuitte de dix perfonnes, &pre- nans le chemin de Riga. Nous paílafmes les deux premieres nuifts à Kegel, maifon appartenante à lean Vtiller, Confeil- ler dela villcde Reuel, raon bcau-pcre, ou nousfufmesfort bien traités. Nous arriuafmesle z. Feuricr à Parnauoii le bon Dieu me garantit d’vn infigne malheur; en cc quen déchargeant le canon à noílre entrée , le tampon, que 1’onauoit oubhcdc tirerd’vnc des pieces, vintdonner contre moydanslamuraille de la porte, ou elle fe brifa, 5c les cíclats me paílcrcnt à l’cn- tour de la teílc, auec tant de violence, que j’en demeuray ellourdy fans me pouuoir remettre de plus d’vnc demy-heure. La viile de Parnau eft fort petite, mais elle a vn fort bon chaílcau, bafty de bois 5C fortifié à la Mofcouite , auftibicn que fes maifons, portes 5c Eglifcs. Elle eft fituéc fur la petite riuiere de Parnau ou Parnou, qui luy donne fon nom, 5c qui prenant fa fource dans vne grande foreft aupres de la petite riuiere de Bcca, 5C du chaílcau dc Weijfinflein, 5c fe chargeant cn paftant des eaux des riuieres dc Feta 5c de Pen/keia, fe de¬ charge dans lamer Balthique aupres dc.cctte ville, laqucllefe fepare cn vicille 5c neufue. On la met au nombre dcsvillcs Anfeatiqucs •,quoy quelle n’ait quafipoint d’autre commerce que celuydu bled. Eric, Roy de Suede, lapritfur lesPolo- nois cn fan 1562,., maisceux-cyla reprirent par ftratagemeen Pan xLes Mofcouites s’en rendirent lcs maillrcs le 9. Iuillet i57y. mais elle fut reunie a laCouronne dc Polognc ,aueclc refte de la Liuonie, par le traitté de paix qu’ellc fit aucclc Grand Due. LesSuedoisla prirent en l’ani617. 5c la poil'e- dent encore aujourd’huy. G 5 ^ 3 S’ • . A Reucl. F e y r 1 ir] Dcfcriptioa dela ville de Parnau.
  • JO VOYAGE DEMOSCOVIE, 15 3 Í* Nous y trouuafmes la Comteife Doiiairiere de la Tout, nominee xJMagddewe, de la maifon de Hardeck en Auilriche. Les Ambailadeurs m’enuoyerent auec deuxautresde la fuitte, pour la complimenter, &Huy faire offres dc feruice en leur nom. Elle en fuc tcllemenc fatisfaite, que non contente de nous faire boire à la (ante dc fon Altefle iufqu’a trois fois, elle nous obligea à prendre les tafles de fa main,&, nous en- tretint cependant dc plufieurs beaux difeours à l’aduantage dc fon Altefle Sc de cctte Ambaifadc > coinmc aufli des moeurs & dc la Religion des Moicouites, auec vne douceur & graui- te, quine lepeuuentpasbien exprimer. Elle voulut aulfi que les jeunes Comtes, chriftian Sc Henry, fes fils, allaflent iuf- ques dans rHoitellerie, oil les Ambaífadeurs cíloient logés, pour les complimentcr j dont ces ieunes Seigneurs s’acquitc- rent fort bicri, Sc voulans ackeuer de leur faire honneur, ils demeurerent à fouper auec cux. Le lendemain la Comteife nous enuoyatoutes fortes de vi- urcs, Sc des lettres pour lc Comte Mattkieu Henry de la Tour,fon beau pere. Elle fit aufli prier les Ambaífadeurs de recommander fes filsi fon Altefle,Sc de luy faire agreer leur feruice, quand ils feroient capables Sc en âge de luy en ren- dre. Quand nous voulufmes montcr à cheual noilre hoftrefit 1 honnefte, Sc refufa de prendre de noftre argent; difant que la Comteife ayant enuoyé laplufparc des viurcs pourle fou¬ per des Ambailadeurs, le reite ne valoit pas la peine de com¬ pter; de forte que pour reconnoiflrc fa bonne volonté, nous luy fifmes prefent de vingtefcus.Mais nous n’eftios pas encore a vne lieue de la ville, qu’il enuoya vn homme aprés nous, pour nous rendre 1’argcnt, Sc nous fit dire que le prefent eftoit trop petit, pour reconnoiitre la peine que nous luy auions donnee. Nous renuoyafmes noilre Founder iauec l’hommc , Sc fifmes donner encore douzc efeus al’holile, dont il tef- moigna eftre fatisfait. rieurwmvic ^X^rae nous fifmes noilre entree a Riga. Le lendemain * Riga. Gouuerneur vifita les Ambaífadeurs, Sc lcdixiémeil fit cn leur con fi derat ion vn fuperbe feilin, auquel il conuia les prin- cipauxde laviilc. Lcsiours fuiuans fe pailcrent aufli en feilins «liez quelques vns denosamis. le treizieme Fcuricr les Ambaífadeurs panirentde Riga, Si
  • ..: ET DE PER SÊ, L I V. I.’ fi fen Icui* íôtopagnic partitauffi vn certain Ambafladeur de Fran¬ ce, qui s appelloit Charles dcTallerandyCrprenoitlaquahté de Mar- quis d’ Ext due'll, Prince de Ch alais, Comte de Grignol, Baron de Ma- rueil & de Boifuille. Lovis XIII. Roy de France Sc de Nauar- re , 1’auoic enuoyé auec Jacques KonJ/cl en Ambafladc cn Turquie Sc en Mofcouic. Mais RouJJel , fon Collcgue,Iuy auoic rendu dc íi mauuais offices aupres du Parriarche, que lcGrand Due 1’enuoya cn Siberie,ouildcmcuratroisanspri- lonnier; íufquà cc que les artifices Sc malices dc Rouflcl,qui ne trauailloic qu’i mettre les Princes en mauuaife intelligen¬ ce, ayans efté rcconnues , onle remit en liberte apres la mort du Patriarche. II s’eftoit diuerty pendant fa detention i ap- prendre par coeur les quatre premiers liures de 1’Eneide de Virgile, qu’il fçauoit parfaitement. C’eftoit vn Seigneur d enuiron trente lix ans &C de tics belle humeur. Nous priímes noftre chcminpar \z Courlande, SC arriuafmes le quatrieme fur le midy i Mitras. Cette petite ville eft íituée en cette partie de Courlande, que l’on appelle Scmgalles, i lix lieues de Riga, ôcceftle lieu ou le Due fait farefidence or¬ dinaire. La Duçhé de Courlande faiíoit autrefois partie de la Liuonie, de laquclle elle cft íeparée par la riuiere de Dune ; mais toute cctte Prouince ayant efté miferablement ruinée parlesSucdois &par les Mofcouites, &: rArcheuefquc de Ri¬ ga «SclcmajftredePordrc Teutonique s’eftant donnés i la Cou- ronnede Polognc, auec cc qu’ils y pofledoicnt encore, Si jf- mond Augujle, Roy de Pologne, crigea la Courlande en Du¬ che, Sc la donna i Godard Iletler de Nejjèlrot /dernier mai- ftredel’ordre Teutonique cn Liuonie, pour la teniren fief dc la Couronne dc Pologne, Godard mourut le 17, May 1587. laiftant d’Anne , filie d’Albcrt Due de Meklenbourg, deux fils, Frideric, qui mourut fans enfants, Sc Guillaume, qui íucce- da i fon frereen la Duché de Courlande. Ce dernier ayant cftc dcpofledc par Sigifmond UI. Sc par les Eftats de Pologne, fut contraint de viure en cxil •, iufqu’i cc qui la prierc dc plufieurs Princes eftrangers,ilfuftreftably en Pan 1610. Pen¬ dant la premiere guerre entre la Pologne Sc la Suede, la ville deMittau fut pnlc par les Sucdois, qui la fortifierent, «Senela reftituerent au Due de Courlande, qu’en vertu dc la trefue qui fut faitç enttc cesdeux Couronnes en Pan 162.9, Jacques, fils dc c V MittauJ Courlando ciigc'c ca Duché,
  • 5* VOYAGE DE MOSCOVIE, 6^. Guillaume, quipoifcdeaujourd’liuylaDuche, & qui prendia qual ire de Due de Couriandc, de Liuonie &de Scmgalles, a efpoufê Loiiifc-Charlotte, fille de George Guillaume Elcdcur de Brandebourg, & d’EUfabeth-Charlottc de Bauiere. II y a quclque temps que ce Prince, ay ant fait partir vn Gencilhom- me, qu’il enuoyoit pour fes affaires au Grand Due deMofco- uic, le Weitiodede Tleilau ncle voulut point laiifcr pail’er, &: luy fit dire, que la Courlande eftant vnfiefde Polocme, ilne Çouuoit pas auoir fes agents & miniftres particuliers, mais qu’il ctoit oblige de fairc negotiet fes affaires pari’Atnbailadeur que Le Roy fon Maiftre auoit cn Mofcouie. Neantmoins ce Prince a cílé aifez heureux,pour obtenir depuis cette derniere
  • ET DE PERSE, LIV. I. 53 jeuner, qui dura iufques apresmidy , nous empefchá de faire 1^55- ce foir là plus de quatre lieues, iufques à Hashoff, oil nous nous couchafmes fans fouper. Le dix-huicticmc nous fifmcs fix licués, iufqu’a vn village nommé Walz.au. Le dix-neufuiéme nous arriuafmesà Memcl, à fix lieues de McmeI! watzau. C’efi: vne jolie petite ville à l’cntrce du Golfe , que l’on appclle le Courishaf , ou le lac de Courlande. Les Courlan- doisappcllcnt cette ville en leur jargon cleupeda, Sc Cromerus en fon hiftoire de Pologncla nommcTroipes. Son chaftcauelt beau Sc bien fortifié, Sc fon Havre fort commode. La riuierc de Tange labaigne detous coités, Sc entre auprés de là dans le Golfe. Elle fut baftie en l’an 1150. Sc eftoit en ce temps-là du domaine de Liuonie. Les freres de 1’ordre dcLiuonie vendi- rent cettc ville en fan 1318.au Maiftrcde l’ordrede Pruife , Sc e’eft auec cette Duché qu’clle eft paruenue à 1’Eleétcur de Brandebourg , qui la poil'ede , depuis qucles Sucdois l’ontre- ítituée envertudela trefuedevingt-fixans,que la France fit faire en l’an 163 y.entre les Couronnes de Pologne Sc de Suede. Le vingtiéme nous nous mifmes fur le Haf, ou golfe de Cour- landc,&: difnafincs ce iour là à Siéen^cl, à trois lieues de Memel, Sc couchafmes à Bulcapen, à cinq lieues de cette dcrnicre place. Levingt-vniémenous fifmes huid lieues, Sc arriuafmes à Tonigsberg, ou la neige commençant à nous manquer, nous Komgsbsrg.' fufmescontraintsdequitternos traineaux. Cette ville que les Polonoisappellent/OWf/fÁ’/,cít fitucefur lariuiere de Pregely Sc eftlacapitale de cette partiede Pruflç, que Ton appelle Du- cale; parce qu’clle a fon Due ou Prince particular, fous la Souueraineté de la Couronne de Pologne. C’eft vn ouuragc du trciziéme ficcle, auquel les Cheualiers de 1’Ordre Teutoni- que labaftircnt, Sc la nommerent Konigsberg, ou Royaumont, l’honneur dc Primiflas-Ottocare Roy de Boeme, Sc cn re- connoiífance du fecours qu’ii leur auoit amené contre les Payens de cesquartiers-là. Soneftendueneftoit pas figrande cncetemps-làqu’eIlecftauiourd’huy; puis qu’outre les Faux- bourgs, quifontfort grands,l’ony a adiouíté cnl’an 1300. cette partiede la ville que l’on appelle Lebcnicbt, &cn 1’an 1380. cel- le de Kntfhof, qui ont chacune fon Magiítrat particulier , txntpour la police que pour la Iuftice. Le Palais doit fa per¬ fection» George Fridcric de Brandebourg, Due de Pruife ,
  • 54 VOYAGE DE MOSCOVIE; j-, quile fit Baftir fur la fin da dernier fiecle. L’on y remarque cntr’autreschofesvnefallcquin’apointdc pi)iers,quoyqucllc ait i74- pieds geometriques de long fur ys>. de large, & vne fort belle Bibliotheque, compofée d’vn ties grand nombre de bons liurcs; parmy lefquels Ton voit dans des tablettes pleines de liures garms d’argent, celuy qu Albert dc Brandebourg,pre¬ mier Due de Pruííe,afait,& eferit de fa main, pour rinftruàion dc fon fils, & pour le gouuernement du pais apres fa mort. Son Vniveríité eft de la fondation de ce mefmc Prince, qui a pris beau coup de plaifir à vendre cctte viile vnedes plus confidera- blcs de tout le Nort. La riviere de Pregel,ou Chrenus, qui a fa fource dans la Lithuanie, &: entre dans le Golfe, que 1’on ap- pelle le Frishaf, à vne lieue au deflous de laville ,contribué beaucoup à I’eftabliflenient de fon commerce,, & la ville eft tel- lement peuplée,qu’ii s’y trouvefouuentlept ou huiót families dans vne mefme maifon.Ony parle commumément Alleman, quoy qu’il n’y ait gueres d’habitans, qui ne fçachent aufli le Polonois, & la langue de Lithuanie oc de Comrlande. On leur apporte dc Pologne &c de Lithuanie du bois dc chcfne, pour la menuiferie, 8C pour fairs des douues, des ccndies pour fanedu fauon, de la cire, du miei, dc 1’hidromel, des cuirs, des fourru- res,du bled, du feigle, du lin &: du clunvre , 5c les navires Suedois, Hollandois ScAnglois y portent du fer,du plomb, de l’eftain,du drap, du vin, du fel, du beurrc.du from age, 5cc. Nous nc parlerons point icy dela Pruífe, de peur defairevne trop «rrandê digreífion, 5c dc toucher à cc qui cíl du fujet de rhiftoire d’Allemagne, qui n'a rien de commun aucc noftrc voyage: mais nous dirons feulement, que la Couronnc dc Po> lo
  • I ET DE PERSE, LI V. I.- yy poífede, à l’entree du Irisbof Ton en feroit vnc tres bonnè ville 163 pour lc commerce. Le vingt-feptiéme nous arrivafmes ij Dantjig^ou nous demeu- Damfig. rafmes feizeou dix-fept iours, Sc pendant ce temps-là le Ma- giftratnous fit les prefens ordinaires de rafraifehiffements ,Sc les principaux habitans firent plulieurs feftins fort fplendi des pour l’amour de nous.Les Polonnois appellent cette ville Gdans- ko, d’ou vint le nom Latin Modernc Gedanttm. Elle n’cft pas bien ancicnnc, Sc neantmoins Ton ne peut pas dire bicn ccrtai- nement, fi elle a efté baftie par les Dues de Pomeranie, ou par les Danois; veu qu’il femble que e’eft cux qui luy ant donné le nom. Elle a efté long-temps poft'edee par les Dues de Pomera¬ nie , &: en fuitte par les Rois de Polognc, Sc par les Maiftres de l’OrdreTeutonique en Pruflc. En l’an 14J4. elle fe rachetta de la fuje&ion de l’Ordre, Sc fc donna volontaircment à Cafi- mir, Roy de Pologne. Elle eft fituée en la Caftube,fur la Vijlule Sc fur la Rodaunc, que Ton dit eftre i'Eridmus des anciens (par- ce que e’eft en ce lieu la que l’ambre jaune fe trouue en grande quantité,) Sc aupres de la Mojlaua, qui entre dans la Viftule à vn quart de lieiie au defl'ous de la ville. Mais aucc tout cela la riuicrey eft ft bafle, que les grands vaiffeaux ne peu- uent pas approcher de la ville aucc leur charge. Elle a du cofté du Ponant pluficurs collines de fable , que Ton a cfté contraint d’enfermer dans les fortifications , parce qu’elles commandoicnt à la ville; bicn que Ton ne fe ferve pas bien du canon quand on tire dc haut en bas, Sc qu’il n’y ait pas afl’ez d’efpace entre la colline Sc lefoífé pourmettre des troupes en bataille, Sc pour after à l’aftaut. Vers le M idy &: le Nort elle a vne belle plaine, Sc du cofté du Leuant la riuiere. Elle eft aftez bicn baftie, finon que les rues ne font pas trop nettes. Les bafti- ments publics y font magnifiques ySc ccux des particulicrs pro- pres. Au dela dc la Moflauc elle a vn fauxbourg, nomine Scot- landjou Efcofl'e, qui vaut bien vne bonne petite ville, mais elle ne depend point de la ville de Dantfig ., mais de l’Euefque de Cujauie. Elle a fa fcance Sc fon fuffrage aux diétes dc Polo¬ gne, mefmes en celles que Ton conuoque pour l’Election du Roy. C’eft vne des quatre villcs, qui ont la direction de toute la Hanfe Teutonique, Sc elle a rant d’autres priuileges, qu’cncorc Su’clle contribuè à la Pologne, Sc donne au Roy la moitié des __ roits qui s’y ieuent,eftenc laifte pasde joiiir prcfquc d’vne
  • 16^. Mars. Sieiia. ^ VOYAGE DE MOSCOVIE, liberte tout cntiere. II y a vn íl grand commerce de bled cn cette villc , que Ion tient qu’il s’y en vend tous les ans plus de fcpt cens trente mille tonneaux , dont les deux font vn left. Lc Magiftrat cft compofé de quatorze Senateurs &: d: quatre Bourguemaiftres; ycomprisle Vicomte, que le Roy dc Polognc norame pour la police , dc quelques Efcheuins pour les caufcs ciuiles &: ctiminelles , Sc de cent Confeillers pour les affaires d’importancc. Elle juge fouuerainement Sc cn dernier rcífort les caufes criminelles , Sc les ciuiles qui n’cxccdent point la foinme de mille Iiurcs. Elle faitdes Sta- tuts , Sc leuc des impofitions fur leshabitans , pour lanccef- íitc des aftaires publiques , fans autre permiííion fupcrieure, Sc fait des reglemens pour l’cxcrcice des Religions permifes par les Loix de 1'Empire. Le 16. Mars nous partifmes de DantJ/g, Sc arriuafmes lc 2.Ç. à Stetin, villc capitals de Pomeranic. Elle eftfituce à yj. degrés z7.n1. delant.&tjS. d. 4f.1n.de longit. cn vn tres-beau liea fur la pente d’vne petite colline. La riuicrc d’Oder s’y fepare en quatre branches, dont cclle qui laue les murailles de la ville , conferue fon nom , Sc les autres prennent celuy de Farnit\ Sc de la grande Sc pc tile Kcgclitz,, Sc coupe tellc- ment fon ccrroir, que pourvenir à la ville du cofté dc Dam, ii faut paifer fur fix ponts, ayans enfemble neuf cens quatre- vingt feizc aulnes d’Allemagne dc long fur 14. pieds de lar¬ ge , Sc font tous joints par vne belle chauflee bien pauée ,Sc gardee au milieu par vn fort Royal. La ville eft fort belle, Sc •parfaitement bienfortifiée, particulicremcnt depuis que les Sucdois en font les maiftres. lean Fridenc, Due de Pomeranie, y iettacn Pan 1 y7j. les premiers fondemens du magnifiquePa- lais que Ton y voit,bafty a l’ltaliennc, Sc aaompagne dc tres- bcaux appartemens, ou l’on admiroic dcuain: ces dernicrcs guerres la belle Bibliotheque , lc cabinet d’airmes SC dcs rare- tés , Sc la riche argenteric des Dues de Ponncranie. La ville eft du nombre de celles que l’on appelle Anleatiques , Sc joiiit dc pluficurs beaux priuileges; entr’autres de celuy des eftappes, qui oblige les eftrangers à décharger dans la ville routes les marchandifes qui y pailent, de quelque nature qu’cl- Ics puiftent eftre. Que les Gcntils-hommes du voifinage ne peuucut point baftir dc chafteau ny dc place forte à trois lieues.
  • ET DE PERSE, LI V. I. 5/ licués à la ronde, & mefmc s que les Dues de Pomeranic ne peu- i6*< uent point baftir de fort furl’Odcr ny fur la Suine, ou fur le * Frishaf, iufquà la mer: Mais ellcneioiiitplus de cétaduanta- gc depuis qu’clle depend de Ia Couronnc de Suede. Le 19. Mais, qui cftoit le iour de Pafqucs nous arriuafmes à Cette ville eft fituee fur la riuicre de Warne en la Du- Roftock che de Meklcnbourg, au lieu ou demeuroient autrefois les peuples que l’on appelloit Varini. Pribiílas II. fils de Niclot dernier Prince des Obotrites, la ceignic de murailles en fan 1160. 5c en fit vne ville des ruines-de cclle de Ke/tn, que Henry le Lyon , Due de Saxe, auoit detruitc. Son port eft incommo¬ de , en ce que les grands vaiffcaux font obligez de decharaer à Warnemunde ,qui eft à deux lieues au defl'ous de la ville à l’emboucheure dela riuiere. La ville eft aiTez belle, ayans’trois grands maiches, fept-vingts rues, quatorze portercaux 5c fept portes. Son Vniuerfité eft vne des plus anciennes de tou- tel Allcmagne,o£ doit ia fondation a lean 5c Albert, confins g^ rmains, Dues de Meklenbourg, qui en firent Pouuerture coniointement auec le Magiftrat, en Pan 1419. II fe trouue plu- fieurs grands homines au nomhre de fes ProfciTeurs, mais cn- tr autre% Albert Crant£ qui eftoit Re&eur de l’Vniucrfite enl’an Albert Cramz 14&Z. Cette ville, ayant efte prifeparies Imperiaux en l’an 1619. auec tout le reftc de la Duche de Meidenhour^ lefeu Roy de Suede, Guftaue Adolfc, la fit aftieger en Pan 1*31. fur le Baron de Virnemont, qui y commandoit, 5c qui la rendit le ió.Oiftobre delamefmeannée. .... Nous partifmes de Rojlock le 30. Mars, Sc arriuafmes le mef- Vvifmar. me iour a Wfmar, qui en eft eloigné de fept lieues. Ceux qui duent que cctte ville a efté baftiepar wifmur ,Roy dcs Vanda- « j cnuh'°n 1 an 340. s amufent à des fables, dont la vanité eft d’autant plus vifiblc, qu’il eft certain qu’clle n eft ville que depms que Henry de Ierufalem, Due de Mexlenbourg luy en donna les pnuileges , en Pan 12.66. Elle eft quafi aufli grande que RoftocK, 5c fon port, qui eft fans doute vn des meillcurs de toute la mer Balthique, la rend fort marchandc. Son afliette Sii r ma^is & fur la iner,eft fort aduantageufe , Sc fa ci- tadelle fortifiee de cinq baftions reguliers 5c de beaux dehors, Jarait confidercr commevnc des plus importantes places d’Al- lemagne. Adolfc-Frideric, Due de Meulenbourg, 5c le Gene-
  • i*3 L A v R II. ArriuencàLu. bciK. jS VOYAGE DE MOSCOVIE, ral Todt la prirent le io. Ianuicr 1*32,. fur le Colonel Gram¬ ma , qui y commandoit pour lc Due de Fridland, Sc cell depuis ce temps-là que les Suedois la poíledenc, & la conferucnc comme vn des plus precieux joyaux de leur Couronne. Lc dernier iour de Mars nous arriuafmes au Challeau dc Sckonberg, appartenant au Due dc Meklcnbourg, ou les pa¬ rens dc nollre camaradc, lean Albert de Mandeflo, nousrcceu- rent&traiterentfplendidement. Ten rcceus en mon patticu- lier pluíieursbons offices; parce qu’ayant eílc blefle par vnde nollre compagnic , qui en tirant fon piftolet m’auoit donné dans lc bras, ie fus contraint de m’y arreíler deux ou trois iours, pendant lefquels i’en receus tant de ciuilité , que ie fuis obligé de leur en témoigner icy ma reconnoiflance. Les AmbaíTadcurs partirent de Scbonberg lc i. iour d’A- uril, mais le íieur de Mandeflo Sc moy, nous y demeurafines encore deux iours, & les trouuafmes encores le troifiémc d’Auril à Lubeck. Cette Ville eít tellement comnué, que ie nc marreíteray point à en faire vne defeription particuliere, apres ce que tant d’autres Auteurs en ont efcrit. Seulement diray-ie, qu’ellc eít íituce entre les riuieres de Traue Sc de Wagenit&ia. 2,8. degr. zo. minut. de latit. Sc à 54. degr. 48. minut. de longitude, àdeux lieues dela mer Balthique. Elle a eílé principalcment bailie par <^Adolfe II. Comte de Holftcin, par Henry le Lion, Due de Saxe, Sc par Henry Euefejue dl\~Alden- bourg. L’Empereur FridericL la reunit à 1’Empire, Sc Fride- ric 11. Ton petit fils, luy donna vne partie des priuilegcs, dont elle ioiiit prefentement. Elle eftfituée dans la wagrie,àl’en- treedupaisde Holílein, &eíl parfaitement bien fortifiéeàla moderne, ioiiiíTant outre les aduantages qui luy font coramuns auec toutes les autres villes Imperiales, de ccluy dauoir la dire&ion de toute la Hanfe Teutonique ,dont elle garde tous les archiues dans 1’Hoílelde fa ville. L’on peut iuger en quelle confideration elle eft dans l’Empire par les contributions qu’elle paye pour les frais du voyagede Rome, qui montent à 11. hommes à chcual & à 177. hommes de pied, Sc reduits en argent à mil neuf cent vingtliures par mois. Et pour ce qui eftdu rang qu’elle tientaux dietes, elle a fa fiance alternatiue auec la ville de Worms. Ceil en cette ville oiifc fit en l’an i6zp. la paix entre l’Empereur Ferdinand 11. Sc Chriftiam I V.Roy
  • ET DE PERSE, LI V. I. 59 deDannemarc. L’Euefchede wagrie,quiacftctransfered’Al- 1 634. denbourg cn cette ville, eft auiourd’huy poftedé par lean, Due de Holftein , frerc de Frideric Due de Holftein à Gottorp, qui demeure à Oicin. 1’euitay encore en cc licu-là vn grand malheur, en ce qu’en defeendant de cheual, ie tombay fur monbras qui eftoit cafí*é,&:le cheual de Mandeílo qui eftoit fougueux & ombrageux, en ayant pris Tefpouuante, fe cabra, &: penfa m’efcrafer la tefte. Nous continuâmes noftre voyage apres difncr, & arriuâmcs fur le foir à Thoftcllerie au fauxbourg &K_sírnsbock. Cette petite ville, fituée en la Wagrie entre Lubec Amsbock. &: Prctz,appartenoit autrefois aux Chartrcux, mais auiour¬ d’huy clle eft poftcdéepar loachim Ernefl Due de Holftein, de la branche de Sonderborg , qui a efpoufé Dorothéc ^íngujle foeur de noftre Prince. Et ce fut en cette confideration qu’il nous enuoya vn carrofteàfix cheuaux,& nous fit conuier de Taller voir au Chafteau , ou les Ambaftadeurs & quelques- vns de leur fuitte fouperent à fa table, &c y furent logés la nuit fuiuante. Le lendemain Ton nous fit encore desjeufner au Chafteau, & apres cela le Due nous fit conduire dans Ton carrofíc à Thoftel- lerie, d’ou nous continuâmes noftre voyage, arríuâmes en¬ core le mcfme iour à Frets, ou il y a vn tres-bcau & riche Con- uent de filles nobles, qui y ont dequoy fubfifter, iufqu a cc qu’elles qn fortent pour fe marier. Le 6. d’Auril nous arriuâmcs fur le midy à Kiel, ville fituée Kiel- fur la mer Balthique,&celebreàcaufede TaíTemblée qui s’y fait tous les ans, a la foirc des Rois, de toute la Noblefle du pais, & d’vn tres-grand nombre de marchands. Nous arriuafmes encore le mefme foir à Gottorp; dont nous auons fuiet de rendre Gottorp. graces à Dicu, &: le lendemain les Ambaftadeurs firent le rap¬ port de leur negotiation. Et c’eftla noftre premier voyage de Mofcouic. f
  • VOYAGE MOS COY IE ET DE PERSE PREMIERE PARTIE. LIVRE SECOND. Ocitis 3i i. Prcparatifs pour lc fccond voyage. E s que Ton Alteffe fceit que le Grand- Due de Mofcouie au*it permis à fes Ambafladeurs de palfcr par fes Eftats pour aller en Perfc,jd appliqua tous fes loins à l’auancement du fccond voyage, auec vnedepenfe incroyable: donnant pour cét effet fes ordres pour celuy de Pcrfe, &: faifant faire les prcparatifs ne- ceílaires, & chercher de touscoftés desprefents digncsd’vn fi grand Mon arque. II fit aulTi augmenter le train dcs Ambafladeurs,&ordon- na qu'en attendant le temps du depart,les Gentils-hommes, Officicrs 6c valets fuffent nourrisàHambourg, au logis d’ot- thon Brugman, l’vn des Ambafladeurs; ou ils etoient fort bicn traittez 6c entretenus , chacun felon fa condrion 6c qualité; la trompette fonnant toujours aux heures di repas lors que ion alloit feruir; cequcl’on fit auifx pendanttoutle voyage. \
  • ET DE PERSE, LIV. II. 61 Toute cettc fuittc cftoit compofée d’vn Marefchal ou i<3f. Maiftre d'Hoftel, d’vn Secretaire de 1'Ambaílade, de quatre A^abf^dcut* Gcntils-hommes de la chambre,& de huit Gcntils-hommes fuiuants, parmy lcfquels paíToient le Miniftre & lc truchcment: de quatre pages de la chambre, de quatre autres pages, de qua¬ tre valets de chambre, de quatre Muficiens, d’vn Control- lcur, d’vn Fourrier,de déux Sommeliers, d’vn chef d’Office, de deux Trompcttes, dc deux Horlogers, de huidt Hallc- bardiers,qui fçauoient aulfileurmeftier,dc Boulanger, Cor- donnicr,Tailleur,Marcfchal ferrant, Sellier &c. de dix la- quais, d’vn Efcuyer de cuifine, auec deux Cuifiniers &: vn Garçon , d'vn Capitaine de Charoy auec fon valet, de dix feruiteurs pourles Gentils-hommes, d’vn truchement pour la langue Mofcouite, d’vn autre pourleTurc, &: d’vn troifieme pour le Pcrfan. Les Sommelliers , Muiiciens Trompettes auoient aufli leurs garçons, au nombre de huicl: outre douzc autres perfonnes dcftinéespourfcquipage du nauire, trente Soldats, &: quatre Oihciers Mofcouites, auec leuxs feruiteurs, que nous prifmes à noitre feruice en Mofcouie, auec la per- milhon du Grand Due. Tout l’Elte, Sc vne partie dc l’Automne furent employes Us s’embar- aux preparatifs dc cc voyage; de forte que nous ne pumes for- tllient’ tir de Hambourg,que le vingt-deuxiéme Octobre 1(335-. Nous arriuafmcs le ving-quatrieme a. Lubeck, ou nous demeurafmes deuxiours;pcndant lefquels 1’on embarquaàTr^ewwWcnoftre bagage & nos chcuaux ,au nombre dc douze. Nous fuiuifmes le vingt-feptiéme, & nous nous embarquafmes fur le midy auec tousnos gens, dans vn nauire tout neuf,& qui n’auoit iamais efté cn mer. Le vent eltoit fort bon pour fortir du Ha¬ vre, &: neantmoins nous rencontrâmes vn courant d’eau fi fort, qu’ilnousfut impoflible denous empefeher de donner contrc deux autres grands nauircs,qui eftoientdans le port, & auec lefquels nous nous embarailames fi fort, que nous fufmes plus de trois heures à nous dégager. Ce que plufieurs d’entre nous prirent pour vn mauuais augure du mal-heur qui nous arriua peu de iours apres. Le vingt-huiclieme Oclobre furies cinq heures du matin, apres auoir fait la priere, nous fifmes voile auec vn vent Oiieft Sud Oueít, qui fe renforça fur lc midv, acheua fur le H iij
  • 6t VOYAGE DE MOSCOVIE, i ^3 y. foir de former vn orage horrible. II continua route la nuid , pendant laquclle'nous reconnufmes que laplufpart de noftre* equipage cítoicnt aufti neufs au meftier, que lenauire mcfme, qui n’auoit veu la mer que cctte feule fois, Sc nous eftions dans' vne appreheníion continuelle, que le mail n’allafthors du bord; parce que les cordes, qui eíloient neuues, lafçhoient tellcment, quelles neletenoientquafiplus. Le vingt-neufuiéme nous nous trouuafmes vers les coftes de Dannemarcic, que noftre Capitaine prenoit pour 1’Iíle de Bornholm ,Sc nous trouuafmes que nous auions dreífé nô- tre route droit vers le pa’is de Schonen 5 de forte que fi à l’Au- be du iour nous n’euiftons reconnu Ia terre ferme, Sc trouué quatre brades d’eau feulement, cequi nous obligea de chan¬ ger aufli-toft de route, c’eiloit fait de nous &: de noftre naui- re. Sur les neufheures nous découurifmes 1’Iílc de Bornholm à Tienbord,& dautant que le vent eftoit fort bon, nous mif- mes toutes nos voiles. Mais fur les dix heuires du foir, lors que nous y penfions lc moins, Sc ne fongions; qu a prendre le repos pour nous remettre des fatigues de la muid precedente, au mcfme moment que Brugman, f vn des Ambaftadeurs, ex- hortoit le contre-maiftre, qui eftoit en quarrier, de prendre Leur nauirc garde à Iuy, & que l’autre luy répondoit qu’il n’y auoit ricn cfcu"ii.Ur VnC acraindre jVveu quenous auions toutela mcrdeuant nous, nous donnafmes a pleines voiles fur vn écueil couuert d’eau. Le coup que le nauire donna , fit vn fi horrible bruit, qu’il nous ré- ueilla tous en furfaut. L eftonnement & l’efpouuante, dont nous fufmes faifis, nous furprit tcllement; ciu’il n’y euft pas vn dc nous quine cruft y auoir rencontre auec la fin du voyage cel- ledefavie. ° D abord nous ne fçauions pas ou nous eftions;, & d’autant que la Lune eftoit nouuelle , la nuid eftoit fi noiire, que nous ne voyons pas a deux pas de nous. Nous mifines noftre lanterne au Challcau, Sc fifmes tirer quelques coups de moufquet, pour voir s il y auoit du fecours à efperer dans le voifinage. Mais perfonne ne repondit à ces premiers coups, Sc le nauire commcnçant afe coucher fur le cofté, noftre afHidion com- mcnçaafcconuertiren dcfeipoir;tellcment qie laplufpartfe jetterencagenoux, prians Dieu auec des criseffroyables, de leur enuoycr le fecours, qu’ils ne pouuoicnt eiperer des homes,
  • ET DE PERSE, LIV. I. Le Capitaine mefme plcuroit a chaudcs larmcs, Sc abandon- i 6 3 5:. noit íe Gouucrnail Sc la conduite du nauire. LeMedecin&: moy , qui auions contracfce vne amitié particuliere, eftions aflis l’vn auprcs de 1’autre, àdeflcin de nous embraíTér, Sc de mourir enfemble, comme bons Sc ancicns amis, cn cas de nau- frage. Les autres prenoicntcongc lcsvns des autrcs, ou fai- foienc des voeux à Dieu, dont ils s‘acquit ter cnc depuis fi reli- gieufement, qu’en arriuant à Reuel ,on trouua dequoy marier vne pauure, mais tres-honnefte filie. Le fils de 1’AmbaíTadeur Crufius eftoit celuy rui faifoit plus de pitié. II ji’auoit que dou- ze ans, Sc il s’eitoit iette fur Ic vifage, rcmpliífant tout le naui- re de plcurs, Sc de lamentations, pouífant inceflamment fes cris vers le Ciei, &difant, Fils de Dauid ay és pitié de moy ; à quoy leMiniltre adioufta, Seigneur ,fi tu ne nous veux point exaucer, exaucc au moins cét enfant, Sc ayes égard à 1’innocen- cede fon age. De fait le bon Dieu nous fit la grace de nous con- feruer; quoy que la nauire heurtaft plufieurs fois; &: auec gran¬ de violence contre le rocher. A vne heure apres minuid nous appcrceufmes du feu ; ce qui nous fit croire, que nous n’eilions pas bien loin de terre. C eft pourquoy les Ambaíladeursfirent mettrela barque de¬ hors , à deíléin des’y ietterchacun auecvnferuiteur, Sc daller droit à cefeu, pourvoir s’ily auroitmoyen de fauuer les autrcs: mais à peine y auoit-on mis les caífettes, ou eftoicnt les lettres de Creance Sc les pierreries, que la mer la remplittoute, Sc faillitànoyer dcuxde nosgens,qui s’y cftoient iettés lespre- miers, penfans fe fauuer : de forte qu’ils eurent de la peine àfe retirer dans le nauire, deuant que la barque allaft à fonds. Ainfi fufmes nous contraintsdedemeurer làlerefte de la nuiét, at- tendans enfemble auec impatience la fin de ce peril &: de nos inquietudes. L’aube du iour nous fit reconnoiftre 1 'ijle tTOcland, Sc dé- l’Mc d-Oe couurit aupresdenous ledébrisd’vnnauire Danois, qui y auoitland- fait naufrage depuis vnmois. Apres que le ventfe futtantfoit peu appaifé, deux pefeheurs de rifle vinrent à noftre bord, Sc menerent les Ambafladeurs à terre , moyennant vne rccon- noiflancefort confiderable ,Sc apres euxquelqucs-vns de leur fuite. Nous y trouuafmes fur lc midy les deux caífettes, que la
  • <4 VOYAGE DE MOSCOVIE, i 6} y. mery auoit iettées, òc apres que la mcr fe fut vn peu calméc, plufieurs pa'ifans de l’lfle vinrentà noftre fecours, pour aider à tirer noftre nauirede ces ccueils,- mais le malheur voulut que lors qu’ils voulurcnt ietter l’ancre, qu’ils auoienc portée dans la barque iufqu’a cent pas du nauire, la barque fur renuerféc, de force que tous ccux qui y eftoient fe virent en vn moment dans la mer. Noftre contre-maiftre alia aufíi-toft à leur fecours aueevne des barques de rifle, Sc d’autant qu’en verfant ils s’eftoient fai- ils jles vns dc la barque,les autresdequ.clque rame ou autre chofe, Sc que le vin qu’ils auoient pris, leur donnoit du coura¬ ge ,1’on eut le loifir, d’y faire deux voyages, &de les fauuer tous àla referue de noftre Charpentier, qui petit deuantnos yeux ; parce qu’il n’auoit pu rien attraper , qui le puft tenir fur l’eau. Pendant que l’on trauailloit à guinder noftre nauire, les eaux crurent en forte, que le vent qui eftoit en mefme temps change vers le Nortiieft, aida ale mettre en pleine mer, fans peine. II Detroit de nY ^ut Pas k-toft que vent remit au Suducft,&: nous fauori- Caimer. fant ainfl au fâcheux pafl’age du détroit de Calmer, qui eft d’au¬ tant plus dangcrcux en cetce faifon que la mer y eft route parfe- mée de rochers , Sc que les bancs de fable le rendent incommo¬ de mefme en Efté. Le nauire attendit les Ambaífadeurs à Cal- Novimbh. mer) ou jis arriuerent par terre le premier Nouembre, Sc vinrent au bord prés d’vn vieux fort ruinc, nommé Ferjlat. Eftant arriués à Calmer nous renuoyafmes vn page Sc vn laquais à Gottorp, querir d’autres lettres de Creance, parce quela mer auoit enticremenc gaftc les premieres. Nousymif- mesaufli en deliberation, s’il feroit à propos de prendre noftre chemin par terre , en trauerfant la Suede, ou fi nous conti- nucrions noftre voyage par mer. On pritle diernier party com- me le meilleur; Sc afin de le pouuoir faire auiec moins de dan¬ ger, nous fifmes chercher vn bon contre-nmiftre, pour nous feruir fur la mcr Balthique; mais n’enpouuainspoint trouuer, nous nous contentafmes de prendre deux Pelotes , qui nous conduiíirenc vne demy-lieué par les bancs, iufqucs en plci- nc mer. Le troiíiéme nous reprifmes noftre route, & paflafmcs par- deuant vn cfcueil, que foil appclle laDamoifdlede Suede, que nous
  • ET DE PE nous laiftafmes au bas bord. huic licues. Sur le midy nous eu fines à Tienbord le Chaíleau de Bornholm, danslTíle deOeland. Sur lefoirnous doublafmes lapointe dc 1’Iíle, auec vne íi horrible tourmente du Nordeft, que la proue fetrouuoit plus fouuent dans 1’eau que dehors, &les coups de mer lauoient à tous moments nos voiles. Le malheur voulut aufll quenoftre pompe fetrouua en de- fordre; dc forte qu’en attendant qu’on la puít fairc joiier, il fal- lut employer tous nos chauderons Sc autres vafcs à vuider 1’eau. Cette tourmente dura iufqu’au lendemain midy, àuec tant dc danger pour nous,que fi le vent n’cuft point change,il nous euft efté impoflible d’euiter le naufrage. Mais le vent eftant deuenu vn pcu plus fatiorablc, nous continuafmes noftre route, Sc ar- riuafmes fur le foir à la veuc de la Gotlande. L’lflcdeGotlandccft fttuce vis avislaProuincedeSeandina- ^ . uieou de Schonen, quia le mcfme nom, à 58. deg. dc lati- Gotlande. tude. Ellea 18. lieues d’Allcmagnede long fur trois ouquatre de large. Le pais eft pleinde rochers, dc bois de fapin Sc de gcniévre; ayant vers le Leua'nt piufieurs Haures aifez com¬ modes ; commc ccux dlojtergaar, Sliedhaf, Sanddig, jgaruig,dr Hciligholm. ojlcrgaar eft vne petite Ifle fituéc quafi en égale diftance dcs deux pointesdc la grande, formant vn Haure af- fez commode pour ceuxqui fçauent c'uiter les bancs de fable, qui y auancent aflez loin dans la mer. Slicdhaf eft plus haut vers lcNortqu’q/?ir^r,&:avnHaure tres-commode contrctou- tes fortes de vents; les nauires s’y mettans a Fabry dequatre petites Iflcttes, ou plutoft collines de fable , qui rompent la violence dcs flots. Iln’ya qu’vnefeule ville cntoutel’iilej mais ils’y trouue plus de 500. Fermcs, Sc les Eglifes y font bâ- ties à vne lieue de diftance les vnes dcs autres,comme dans l’lfte d’Oeland; de forte que le clochers donnent beaucoupd’adref- fe aux nauires qui prennent cctte route. Les habitansfont Da- nois,&l’Iílea efté fujette aux Rois de Dannemarck , 'iufqu’a cc qu’en fuitte d’vne fafeheufe guerre clle ait efté cedée à la Couronnede Suede, à laqucllc ellepaye tous les ans ioo.laft de gouldran. Tout leur trafic eft de bcftail&de bois, à baftir &a bruler, Sc c’eftde la que l’on apporte les meilleures planches de fapin. Teus la curioftte d’allcr voir, auec quelques-vns dc I R SE, LIV. I I. cif On compte de Calmer iufqu’icy x ^ ^
  • 66 VOYAGE DE MOSCOVIE, ^ - mes Camaradcs, la villc dc Wisby. Ellc eft baftie fur la pente •* ' d’vn roc fur lebord dc la mer,ccinte d’vne bonne muraille, &fortifiéedcquelques baftions. Les ruines de quatorzc E^li- ícs,&: de plufieurs maifons,portes Sc muraillcs de pierre dc taillc Sc dc marbre que nous y vifmes, font iuger qu'elle eftoit autre¬ fois fort grande. On dit qu’elle eutfon commencement vers la fin du huitiéme fiecle, Sc que depuisce temps-làellc a efté il peuplee, quel’onya fouuent comptc iufqu’adouzc millclu- bitans , dont la plus part eftoient marchands ; fans les Da- nois, Suedois, Vandales, Saxons , Mofcouites, Iuifs , Grecs, Prufliens , Polonois , Sc Liuonois qui y auoient leur com-* mercc. L’on dit que e’eft la que l’on a fait les premieres or- donnanccs dc la marine, dont la ville de Lubek Sc les au- trcsvilles Anfeatiqucs feferuent encore: maisle port eft pre- fentement entierement mine; de forte que les nauires n’y peu- uentplus entrer. Lecinquiéme, le ventrecommença auec pllus d’impetuofite qu’auparauant, en forte qu’itous coups de mier levaifleau fe trouuoit couucrtd’cau. Surles dixbeuresdu foir nous jettaf- mes la fonde, Sene trouuafmes que douze brailes; e’eft pour- quoy nouschangeafmes dc route, &prifmes lapleinemer ,dc peur dedonnercontre terre, &:dcfaire naufrage, quicuft çítc ineuitable. Lcfixiefme nous rencontrafmcs vn nauire Hollandois , qui nous enfeignala route dc rifle de Tageroort, ou nous arriuaf- mes fur le foir; mais la mefmc nuit la tourmente nous repoufla en pleinemer. Lefepticmc, nous nous trouuafmes fur le midy à la pointc de Tagtroort ; mais le Contre-maiftre fc trompa, Sc croyant que le vent nous euft portes vers le Nort, nous voulut per- fuader, que e'eftoit Oetgensholm, Sc fur cette opinion il s’enga- gea imprudemment à vn tres-dangcreux paflage , nommelc Hotideshiiig. Il nes’apperceutpoint defonerreur, qu’il nere- connuft le clocher de l’Eglife; fi bien que nous fufmes contraints de retourneren pleinemer, auec bien plusdc rifquequc nous n’auions couru en y entrant. Cc iour-la nois rencontrafmcs vne barque qui s’cftoitegaree; laquelleayantappris que nous allions i Reuel, nous fuiuit quclque temps, mais clle nous quitta fur le foir, Sc mouilla deuanc Tagermt-, Sc à cc que
  • E T D E P E RS E , L I V. I I. e7 nous fceufmes dcpuis, elle árriua lclendemain heureufement i 6 3 y. àReucl.Toutc 1'aprefdiíhée nous ne perdifmes point la cofte de Liuonie de veue , & fur le foitnous nous trouuafmes à vne lieué de 1’Iíle de Narga, qui eft à 1’entrée du Havre de Raiei. Noftre Capitaine & lc contre-maiftre n’y oferent pas entrer, ny xnoiiil- ler deuant Tageroort; aymans mieux choillr la pleine mer,quoy qu’auec vne horrible tourmente, qui nous firpaífervnc tres- mauuaifenuit, & nous fitperdre noftre grand mail, auce ce- luy de mizaine d’vn coup de mer,qui emporta touc lc chafteau: &ce fut comme par miracle qu’il nous laiílti labouíTole, fans laquelle il nous euft efté impoífible de fçauoir la route, que nous eftions obligez de tenir. Le huitiémc nous reconnufmes que nous auions paffé le Havre de Reucl, &C furies dixheurcs le temps groífit telle- ment, qu’il reílcmbloità vn trcmblement de terre, qui alloit bouleuerfer tout 1’Vniuers, plutoft qua vn orage. II redoubla noftre peril & noscraintes, iufques fur les trois heures apres diíner, qu’vn de nos matelots, qui eftoit monte dans la hune du Beau-pré, nous dift qu’il voyoit l’lfte de HogUnde. Nous y ar- riuafilies fur les fcpt heures du foir, & moitillafmes à dix-neuf braíles d’èau. Nous y dcmeurafmcs leneufiéme, &: refolufmes que cy-apres pous ferionsla prieredeuxfoisleiour ,& quede temps en temps nous rendrionsi Dieu des actions de (traces pour nous auoir deliurés le iour precedent d’vn peril, que nous croyions ineuitable, finonen donnant auec noftre vaif- feau à trauers les rochers, qui font fur lescoftesde Finlandej comme nous auions refolu de faire, ft Dieu ne nous euft fait découurir cctte Ifle. Les Ambafladeurs mirent pied à terre, pour reconnoiftre l’aftiettedu pays , & pour fe rafraifehir. Sur le foir il fut mis cn deliberation , fçauoir ft Ton acheucroit le voyage par met iufques à Narua, ou ft l’on retourneroit à Re- uel: inais la diuerfité des opinions fut ft grande que l’on ne put rien refoudre. Sur les neuf heures du foir le Capitainc vine au logisdes Ambafladeurs, leurdire, que le vent eftanttour- né vers l’Eft , & pouflant le nauire à terre , il ne voyoit point d’apparence de le pouuoir farmer, fmoncnreprcnantle chemin de Reuel. Les Ambafladeurs luy répondirent qu’il fift ce qu iliugeroit à propos, & fe rembarquerent; mais au mcfme temps que l’on trauailloicàlcuciTancre,levencs’aug- )
  • 68 VOYAGE DE MOSCOVIE, 163 j. menta fi fort, qu’il fat impoflible de prendre cc party; de for¬ te que le Capitaine &:fon Confeil changerent dcdeilein, Sc trouuerent bon que l’on demeureroità l’ancre, depeur d’ef- choiier. Mais cette preuoyanccneferuitde rien ;parce que la terreeftant trop proche, lesordres ne purent pas eílre execu¬ tes auec afies de diligence pour éuiter lc naufrage. Tout ce que Ton put faire, ce fut de mettrela barque en mer, &les Ambafladeurs à terre, auec quelqucs-vns de leur fuitte. A- pres quoy lc nauire donnant contrc les grofles pierres, dont toutelacoftceilcouuerte, il fe brifa cnfin&callaa fonds. On eut leloifir de farmer tous les homrnes,vne bonne partie des Irardes, Sc fept cheuaux, dont les deux moururent le lende- main. Nous nous retirafmes en descabanes depefeheurs , fur le bord de la mer, ou nous trouuafmesquelques pa'ifans Liuo- nois, qui ne parloient que le jargon du pays. Cette retraitte ackeua de confcruerceux qui s’elloicnt fauués du naufrage, parce qu’ayans leurs habits moriillés furle corps, la plus part fuifent morts defroid, dans la ncige qui tomba la nuit fui- uante. Le lendemain dixiéme, nous vouluTmes voir s'il y auoic moycn de tircr encore quelques hordes du nauire ; mais la tourmente continuant toufiours, perfonne n’ofa fe hazarder d’en approcherauecla barque: toutesfois le temps s’ellant vn peuadoucyapresmidy, Ton en retira encore quclque chofe, Sc nous mifmes à fair nos habits, les liurcs & le bagage, que l’eau de la mer auoiten partie gaftés, ou entierement perdus. La plus grande perte que nous fifmes ce fut d’vne horloge de lavaleurdequatremilcfcus, que les cheuaux auoientmis en pieces, en faifant effort pour fe detacher. Aufortir dece danger nous nous trouuafmes dans vn autre, qui pour n’eftre pas fi prefent, n’eftoit pas nnoins fafeheux. C’eitoit fincommodité des viures. La mer auoit gaífcé les noftres, Sc nous apprehendions que les glaces nous enfermans le refte de 1’Hyuerdans l’Ifle,nous ne mourulfxons de faim, ou ne fullions expofés aux exrremités de nous nourrir d'efcorces d’arbres, comme auoient efté contraints de faire ceux d’vn autre nauire, qui y auoit fait naufrage quelques années au- parauant. II nous reftoiepeude pain, ô^lebifcuit eftort telle-
  • ET DE PERSE, LI V. II. mentdétrcmpc, que nous fufmcs contraints de lefaire boíiillir i 65 3. dans de 1’cau fraiíche auec vn peu de cumin, ou de fenouil, ôc le faiíions ainfi manger anos valets en potage. Vn iour nous ptifmcs dans vn torrent, qui defcenddes montaigncs,aíTez de petits poiílons , pour en faire dcux bons repas anos gens. L’lile de Hoglande tire ion nom de la hauteur dc íòn aftiette, L'lflcdeHo. qui paro it fort dans la mer,&atrois licues de long fur vne de s'andc* large. L’on n’y voit que des rochers, dcs fapins & des broflail- les. Nous y viftnes bien quelques lievrcs, qui y dcuiennent blancsrHyucr,commepar toutailleurs en Liuonie, mais nos chiens ne les pouuoicnt pas fuiure par lcs bois &: par les rochers; parce que tout le pais eftant rude & couuert, ils nc les vouloicnt pas feulement faire leucr. Le bruit couroit cepcndant à Rcucl que nous cftions tous perdus; tant parce que l’on auoit trouué fur la code de Liuonie des corps molts, veltus de rouge, qui eftoit noftre liurce , que parce que la barque, dont nous auons parle cy-delTus, auoit rap- porte , quelle nous auoit veu emporter par la tourmente au de la de la Baye de Reuel. D’ailleurs on fut huiot iours entiers fans apprendrede nos nouuelles; de forte que lcs gens que nous y auions laiiles au retour de noftre premier voyage de Mofcouie, commençoient defia à chercher maiftre,quand le fieur d’Vchte- rits, alors Chambellan des Ambafladcurs,&r auiourd’huy Gen- tilhomme dc la Chambre de S. Altefle de Holftcin à Gottorp, y porta de nos nouuelles peu dc iours apres. Nous auions eu moyen de l’y enuoyer dans vne des deux barques Finlandoifcs, que la tempefte poufla à l’lfle le 3. Nouembre. Le dix-feptieme les Ambaifadcurs s’embarquerent chacun Eftrangen»- auec vne fuitte de cinq perfonnes dans deux barques de pef- nigation. . cheurs, pour pafler en terre ferme,de laquelle cette Ifle eft éloL gnée de douze grandes lieués. Cette nauigation n’eftoit gueres moins dangercufe que la premiere ; en ce que ces barques, qui eftoient fortpetites & vfées, n’eftoient point calfeutrécs, & n’eftoient liécspar enhautquede cordes,faites d’efcorces d arbres. La voile eftoit faite de plufieurs vieux lambeaux, & dreílée en forte quelle ne pouuoit feruir qu’aucc le vent ar- riere; ft bien que le vent commençantibiaifer tant foit peu, apres auoir fait cinq lieucs, les pefeheurs luy voulurent pre- fentcr la poupc,- mais nous les exhortafmes d’amcner la voile, I iij
  • 1*35- les AmbaíTa- «Icuts arriuent *u Liuonic, 70 VOYAGE DE MOSCOVIE. Sc dc fe fcruir de la rame, pour tafcher de gagner vne Iíle, qui eftoit à noftre veué à vne dcmy-lieue de nous, Sc ou nous arri- uafmes fur le foir. Nous n’y trouuafmes que deux cabanes de- fertes, Sc bafties moitié en tcrre. Nous fifines du feu , Sc y paflafmes la nuift; mais n’ayans ny pain ny viande, nous fifmes. noftre fouper d’vn morceau de fromage de Milan , qui nous eftoit demcuré de rcfte. Le lendemain nous continuafmes noftre voyage à lafaueur d’vn fore bon vent, Sc d’vn aílés beau temps, quoy quela mer fuft encore fort émeue. A peine auions nous fait deux lieués qu’vn tourbillon venant de l’Eft, bien que le vent fuft du Nort, aecueillit la barque ou i’cftois,ala fuite de l’Ambafladcur Brugman, Sc la fit coucher fur le cofte,fi fortqu'elleprit eau, fàifant en mefme temps éleucr les flotsdelamerd’vnedemy- aulnc pardelfus le bord. Tout ce que les pefeheurs peurent faire ce fut d’abattre la voile, Sc de.fe ietter contre l’autre bord, pour redrefter la barque. L’oragc eftant paífé nous reprifines noftre route jiufqu’a ce qu’vn fecond tourbillon nous mift cn la mef¬ me peine. Nous l’eufmes trois fois en moins dedeux hcurcs. Et ie croy que ce fut 1 ale plus grand danger que nous cuilions encore count en tout noftre voyage jparce quelabarque eftant vieille , Sc chargée de huidperfonnes ,de route la vaift'elle d’ar- gent 6c d’autre bagage, qui nous laift’oit fort peu dc bord, vn coup de mer l’euft pu remplir, 6c nous abifmer tons. Mais apres cela quand les pefeheurs voyoient venir le tourbillon, ils pre- fentoient le cofté au vent, afin que la vague ne put frapper qu’en gliflant, Sc par ce moyen nous éuitions le peril, dont nous eftions menaces. A trois lieuesde terre nous cufmes aufii vne furieufe greile jmais ce qu’il y eut de plus admirable ea tout cela,ce fut que la barque de l’Ambafladeur Crujius, qui nous fuiuoit de pres, à la portée du piftolcc, n en fentic rien, & eut toufiours beau temps. Nous n’cftionsqu’a vnedemy-lielie de terre ,quand le vent fe mettant tout à coup au Sud, nous deuint enterement con- traire, Sc cuft oblige nos paifans à retourner.il l’efperance d’vn flacon d’eau de viede trois pintes, que nous lur promimes, tie leur cuft donné le courage d’abattre les voies , Sc dc nous rnener à terre à force dc bras. Nous y aborda line. fur le foir du ^.Noucmbre^Scmifiries pied aterre en Bjlbon.i, apres auotf /
  • ET DE PERSE, L I V. II. yi rodé vingt deux iours fur la mer Balthique , aucc rout Ic dan- \ 6 3 c. ger, done cct elementpeutmenacerceux quis’y fienten ccc- cefaifon-la. Le zi. arriuerent dans rifle dc Holland' deux autres bar¬ ques que la tempefte y auoient iettées. Les gens , que nous auions laifl.es dans 1’Iilc , s’en feruirent pour pafler en cerre ferine, ou ils arriuerent le vingt-quacrieiine, auec les chcuaux &le reftc du bagage. Nous allafmcs dela à Kunda, maifon ap- partenantea feu lean Muller, mon beaupere, éloignée de la mer de deux lieues, ou nous demeurafines crois fepmaines, pour nous refaire des fatigues que nous auions fouffertes fur la mer. Nous y tombafmes quafi tous malades, maisiln’yen eutpasvnqui gardaftle lift plus detroisiours. Nous allafmes j^^'***' de là à Rend , oil nous arriuafmes le deuxicfme Deccmbrc, à deffein d’y feiourner quclque temps, pour fairc remettreen eftat nos hardes &: les prefents qui auoient efté gaftcsparles defordres de noftre naufrage. Les Ambafladcurs fe trouuans à Reuel auec toute leur fuit- te, jugerenti propos delcur faire publier 1 ordre quele Due vouloiteftre obferucen toutlc voyage. Ils l’auoient apporte auec eux en bonne forme,Sc fcellc dugrand feeau de S. Altefle ; mais ils y ajouftcrent vn reglcment particulier dè leur part,afin de preuenir par ce moyenles defordres, qui ne font que crop frequents parmy vn fi grand nombre de domeftiques. Mais daurant quel’vn &: l’autrc ne contiennentque des chofcs fort ordinaires, nous ne les infererons pas icy , & nous nous conten- tcrons dc dire qu’ils furent fort mal obferuez ; parcc que l’Ambafladeur Brugman ayant armc les Laquais de haches, dont les manches auoient vn canon, en forte qu’ils pouuoient feruir de fufil, & leur ayant donné ordre dene rien fouffrir des habitans de Reuel, ilnefe pafloiegueresdeiour, pendant les trois mois que nous y dcmcurames,en attendant d’autreslcttres de Crcance,qu’il n’y euft quelque querclle & batterie.Mcfmes fonziéme Févricrlfaac Mercier, François de nation , valet dc chambre de l’Ambaffadeur Brugman, d’ailicurs fort bon gar- çon de fort bonne humeur, ayant oiiy le bruit d’vne batteric entre les domeftiques des Ambafladeurs &: les garçons dc bou¬ tique de la ville, &: voulant allcrau fecours des noftres, fut bleffc d’vn coup de barre , qu’on luy déchargea fur la tefte, &
  • 7* VOYAGE DE MOSCOVIE; 1 ^ U* qui luy brifaft tout lc tell,cn forte quit en mourut le lendcmain. Lc Magiilratfit routes ies diligences poflibles pour découurir 1’autheur du mcurtre, mais cn vain; de forte quc toute la repa¬ ration que Ton en eut,ce fut l’honneur que le Senat nous fit d’aifiller à fon cntcrrement, coniointement auec les Amballa* deurs &c ceux de la fuitte. Difcription Pour ce qui elide la villede Rcuel, elleeílfituéeàyo.dccrr. íuud.VlllC dC minut- de iatit, &: à 48. dcgr. 50. min. de longit. fur la mer Balthique , au Cercle de Wirlande , en la Prouince d'Ejlhonie. Waldcrnar ou Volmar 11. Roy de Dannemarc, en ietta Ies pre¬ miers fondements enuiron l’an izjo. Volmar III. la vendic en Fan 1347. auec les villcs de Narva &: de Wefenberg 'a Go- stitn d’Eck, Maiilrc de l’Ordre de Liuonie, pour dix-neuf mil- le marcs d’argent. II y a enuiron centans, quc la Liuonie eilant trauaillée d’vne tres - facheufe guerre contre le Mofcouite, cette ville fe mit en la protection d’Eric Roy die Suede. Elle elloit fi forte dés ce temps-là, quelle fouilinttvngrandficge en Fan 1570. contre Magnus Due d’Holilcin, qui comman- doit l’armce du Grand Due; &: vn autre en 1577. contre les mefmes Mofcouites, qui furent contraintsde fe retirer auec perte. L’afliette dc fon chafteau ell d’autant plus aduanta- gcufe,que le roc fur lequel il ell bally, ell efearpé de tous coités, finon vers la ville : laquclle eilant fortifiée à la moder- ne, n’cll gueres moins conliderable que celle de Riga: &: c’elt pourquoy elle a eu pendant plulieurs années la direction du College de Nouogorod, coniointement auec la ville de Lu- bec. II y a plus de trois cens ans que les villes Anfeatiqucs Font receue en leur focieté; mais elle ne commença d’eltre bien marchande qu’enuiron Fan 1477. &:en ce teimps-la ellencut pas beaucoup de peine à fe confcrucr le traficc, particuliere- naent celuy de Mofcouic, parce que fon beau pporc &: fa bonne radc rendent la fituation 11 aduantageufe, qqu’il femble quc Dieu&la nature l’ayent fait pour la commoditccdu commerce. Si elle ne Peut point conuerty en Monopole , elle feroit enco¬ re enla mefme confideration 5mais ayant rompu auec les au- tres villes Anfeatiques enl’an iyyo.&le Grand Due ayant pris la ville de Naru.t quclque temps apres, les Mofcouites y clta- blircnt en cette derniere ville le comcrce qu'ils auoient aupara- uant à Reuel. Elle ioiiit encore du droit d’Ellappes, dc fes habi¬ tants
  • Occuleus ~s.u.r* ■ptentrio Ctrafcnu J ^tAlizfçJhn. j£*J£ni/,tu v A ~ jey/uiyc taaunó ■i: Ul (rrurtL HoytZnâ Stoclchoí MU, TK.arya/Jc Simcskehct Ccportc ■c valia Olmilwlni v-!MS7lod X o O RuttJq ífLAvé Rustic ** Sa-tidc kainfm. 'crtics ív >* - cUtn • Tuccittti irtcjJhUijS "**”!/ JtaJSi •atrua/ íwcnpctv unsantf. ’SotcC ) Linlcov O SuAcwaT cmcmuf lrCWêtA 3 Rctaiv Jiraflfa. ur Ml / Drifswiat Nevetmaflepcc ■unoiv Juratva 'tu cu heme o *Wvtnu?a Worcmctc \rnu-z DttHtlt ■twiai Ujtiuini) R dec l
  • E T D E P E RS E , L I V. II. 73 tans ont, aucc la preference des march adi fes qui fe déchargenc cn fon port , le pouuoir d’empecher le trade de Liuonie en Mofcouic, fans fa permiflion. Ces priuileges luy ont efté con- firmez par tous les Traitez qui onr efté faies entre les Roys de Suede Sc les Grands Dues de Mofcouie, comme en 1^93. à Teufina, en 1^07. à wibourg, &: en 1617. à Stolúolia. II eft vray quecesauantagcs luy ont efté en partie oftez depuis lader- niere guerre de Mofcouie > de peur qu’à 1’exemple de plu- íieurs autres villes Anfcatiques, clle ne tâchaft de fe fou- ftraire de lobeifTance de fon Prince; mais ellene laiífe pas de joiiir encore de pluficurs autres priuileges, qui luy ont efté confirmcz de temps en temps parles Maiftres del’Ordre, lors qu’ils eftoient Seigneurs du Pays, Sc enfuite par les Roys leurs fuccefleurs. Elle fe fert des coutumes de la Ville de Lubec, & a vn Confiftoire, Sc vn fur-Intendantpour les affaires Ec- clcfiaftiques , faifant profeflion de la Religion Proteftante, de la confeííion d’Augfbourg , Sc vne fort belle école , d’ou il fort dc fort bons Efcoliers, que l'on enuoye acheuer leurs Eftudes à Derpt,oudans les autres Vniucrfitezde ccsquar- tiers-la. Le gouuernement de la Villc eft Democratique ,1c Magiftrat étant oblige d’appeler les Doyens des meftiers, Sc les plus ancicns Habitans aux deliberations des affaires im¬ portantes. On voic encore aujourd’huy à vne demy-lieuede la Ville, du côté de la Mer, les ruines d’vn tres-beau Conucnt, qu’vn Marchand de la Ville fonda au commencement du quinziéme fiecle, par vne deuotion particuliere qu’il auoit pour faintc Brigitte, fous Conrad de lungingen , Grand Mai- tre de PrufTe , Sc Conrad de Vitingohf, Maiftre Prouincial dc Liuonie. II eftoit compofé de Religieux SC dc Religieufes, Sc le liure que i’ay vu dc lafondation dece Conuent, remar- que plaifamment, que les freres Sc les foeurs auoient trouue le moyen de fe parler par fignes, &en fait vn petit Diétion- nairc affezdiuertiffant. DefcriPtio« La Liuonie a ducote duLeuantla M0/r
  • 74 VOYAGE DE MOSCOVIfc, 635. micre de ces trois Prouinces eft fubdiuifée en cinqCercles, que l’on norrime Harrie, Wirlande, Allcntaken, Ierue Sc Wiechy Sc a pour ville Capirale coxnme la Lettie Riga, &: la C#r- Gold ingen. La Liuonie Sc fes Seigneurs, Ics Maiftres de l’ordrc.dont nous parlerons cy-aprés, eftoient fujets à 1’Empire d’Allema- gne; non-fculcment depuis que cctte Prouinee fut conqueftée fur les Infidelles par des Allemans ; maisaufti, & particulic- rement depuis qu’cn Ian 15-13. l'Archeuefque dc Riga, auec fes fuffragans, Sc le Maiftre de I’ordre, qui s'eftoit rachetté dc la fuiettion de ccluy dc Prufte, furentreceus au nombre des Princes del’Empire. Voyons de quelle façon elle en a cfté dé- tachée. LcMofcouite, qui trouuoit cctte belle Prouinee fort à fa bien-fcance, y entra en l’an 1501. auec vnepuiffante arméc; mais Gaultier de Plettenberg, Maiftre de l’ordre, luy donna la bataille, en laquellc plus de quarante mille Mofcouitcs furent tuez fur la place. Cette défa.ite produifit vne trefve de cin- quantcans. Enl’an 1558 .lean BaJ/louitz,, Grand Due deMof- couie , ayant joint à fes autres Eftats les Tattares dc Caftan & d’Aftrachan , Sc voulant profiter des diuifionsquiauoient armé le Maiftre de l’ordre cõtre 1’Arc.heuefque dc Riga, entra en Liuonie, &C ayant fait des courfes dans 1’Eucfché de Dcrpt, &en wirlandc, il fc retira en Mofcouie. Pendant ces defordres les Liuonois preflerent les Eftats de l’Empire de leur en- uoyer du fecours contrc vn ennemy ft criicl Sc ft barbare: mais n’en pouuant point efperer, la ville de Reucl, qui fc voyoit expofee au premier peril, s’offritauRoydeDannemarc,&a fon refus elle s’adrefla à Eric Roy de Suede, Sc luy deman¬ da vn fccours confidcrable d’hommes Sc d’argent. II leur fit reponfe, que fon Royaume n’eftoit point cneftatdcfaireny 1’vn ny l’autrc > mais que ft la Ville fc vouloit mettre en fa protection, il luy conferueroit tous fes Priuileges, Sc la défen- droit contre le Mofcouitc : furquoy la Ville aprésauoir pri$ laduis de la NobleíTcduvoifinage,renonçaaudeuoir qu’clle auoic au Maiftre de l’ordre, &.iemitenlaprotediondu Roy de Suede enl’an rj
  • ET DE PERSE, LI V. II. 7S niiíle ducats pour les fiais de la guerre, luy cngageanspourcét eftet neuf des meilleurs Baillagesdu pais. Maisenfan 1561. le Roy de Polognc voyant que toute la Liuonie s’alloit perdre par les diuiíions qui déchiroicnt la Prouiilce, & que lavillc de Reuel, auecvne partie de l’Efthonie, s’eftoit jcttéeentre les bras du Roy de Suede, il refufa d’exccuter 1c traitté,& d’cn- uoyer lc fecours qu’il auoic promis ,, íi 1’Archeucfquc &: le Maiftre de 1’ordre ne reconnoiíToient la Souucrainetc de la Couronne de Pologne. Cette necefíité les contraignit de re- mettre tous les A&es & Priuileges quils auoient obtenusde 1’Empirc & du Pape, aucc le fceau &c les autres iparques de Souucraineté, entre les mains du Prince de Radziuil, Com- miflairc de Pologne, auquel ils preftcrcnt auflile ferment de fidelité. Enfuitte de cela le Roy de Pologne donna la Curlan- de cn tiltre de Duche à Godard Ketler, Maiftre de 1’ordre, qui prefta le ferment de fidelité à la Couronne de Pologne le y. Mars iyéz. Par le traité qui fut fait entre le Roy de Pologne & lc Grand Due de Mofcouie, le 1 y. Ianuicr 15 8z. le Due reftitua à la Cou¬ ronne de Pologne routes les places de Liuonie, à la referue de cellcs que le Roy de Suedc poífedoit en Eílhonie. Aujour- d’huy ellc cft quaíi entierement occupéc par les armes Sue- doiíés. Toute Ia Liuonie cft tres-fertile , & particulierement cn sa fertilitc. bled. Car encore qu’elle ait eftc fort ruinéepar les Mofco- uites, 1’on nelaiíTcpas de la défrichcr petit à petit, enmcttant le feu aux forefts, & en jettant la femence dans les cendres, qui pendat les trois ou quatre premieres annces produifent de fort bon bled, & cn tres-grande abondance ; fans qu’il foit befoin d’y mettre du fumier. Ce qui eft d'autant plus admira¬ ble , que l’on fçait qu’il ne refte point de qualitc generatiue dans les ccndres : Si bicn qu’il faut croire quelc {bulfre& le falpeftre, qui demeurent aucclecharbon fur latcrre. y laiftcnt vne chalcur & vne graifte capabledeproduire,auifi-bicnque le fumier. Ce qui fe rapporteauxfentimcnsdc.S7r
  • 76 VOYAGE DE MOSCOV1E, i (j ^ y. quatre fols, vn coq de bruyere fix, Sc ainfi da rcfte; dc for¬ te que 1’on y vit à bien meilleur compte que l’on ne fait en > Allemagne. Ses habitans ont efté fort long-temps Payens,& ce nefut Scs Labitans. ^u’au douziéme fiecle qu’vn rayon du Soleil de luítice com- mença à lcs éclairer ; àfoccafiondu commerce que quelques Marchands de Breme vouloiet établir cn ces quartiers-là. Dés l’an iq 8. vn de leurs Nauires ayant efté jetté par la tepefte dans le Golfe de Riga, que Tonne connoifloit pas encore, les Mar¬ chands trouuercnt fi-bien leur cõptcauec les habitans du Pays, qu’ils. refolurént de continuer leur nauigation ; Sc ce aucc d’autant plus d’apparencc de fatisfaârion, que le peupieérant fort fimplc, ils cròyoient que Ton nauroit pas beaucoup de pcine à Pamener au Chriítianifme. Menard, Moine deSege- berg, fut le premier qui leur prêcha TEuangile, &: qui fur fait premier Euefquc de Liuoniepar le Pape Alexandre III. enl’an 1170. Bcrtold, Moine dc 1’Ordre de Cifteaux, fuccedaà Me¬ nard en TEuefchc de Liuonic •, mais dautant qu’il ne fe íeruoit pas fi bien dc la parole de Dieu que des armes, pour la redu¬ ction de ces peuplcs, il y rcufiit fort mal, Sc les irrita telle- ment, qu’ils le tuerent en fan uS6. auec onze cens Chreítiens. OnT dcs ci e -Albert, Chanoine de Bretne, fucceda à Bcrthold en 1’Euefché. naiicts de Li- C’eft luy qui iettales premiers fondemens de Ia viile de Riga, U0Iue- SC de 1’Ordre dcs Freres de 1’Efpadon, de l autoritcdu Pape Innocent III. Sc en vertu du pouuoir qu’il luy auoit donné de leur ceder la troifieme partie des conqueíles qu’ils feroient furies Barbares. Ils viuoientfous la regie desTemplicrs,&on les appeloit Freres, ou Cheualiers dcTEfpadon , parce qu’ils portoient fur leurs manteaux blancs vn efpadon rouge , auec vne étoile de la mefmecouleur,qu’ilsconucrtircntdepuiscn deux efpadons mis en fautoir. Mais dautant que cctre nouuel- le Religion ne fe trouua pas afiez bien établie ,eile fur joirite à 1’Ordre de fainte Marie de Ierufalem , cn la perfonne de Herman Balk , Grand-Maiftre de PruíTe , en Fan 12.38. Et e’eft depuis ce temps-là que le Maiítre de Liuonic a cité dans la dépendance du Grand Maiítre dc PruíTe , iufqua ce que Sigifmond Augufte, Roy de Polognc, changca cette qualité cn cellede Due deCurlande , cn la perfonne de GodatÁ Kettlcn ainfi. que nous venons de dire,.
  • \ ET DE P ER*SE, LI V. II. Tout le plat pais de ces dcux Prouinces de Lctthic Sc d'Efthonie^ eft encore prefentcment peuplé dc ces barbares, qui nepof- fedentrienenpropre; mais ils font efclaues, Sc fcrucntla No- blefle à la campagne , Sc les Bourgeois â la villc. On les appe- le Vnteutfcbe, ceil à dire non Allemans ; parce que leur langue n’eft pas intelligible aux Allemans, qui fontallez demeureren ces quartiers-là ; bien que cello de Litthie n’ait riendecom- mun auec celle d’Efthonic, non plus que leurs habits Sc leur façon de viure. Les femmes d’Eilonieportent desjuppes fort etroites Sc fans plis , coramc des facs , garnis en haut fur le derrierc de plufieurs petites chaines de cuivre , ayans au bout des jettons du me me metail, Sc par embas des chama- rurcs de verre jaune. Les plus accommodées portent au col vn rang de plaques d’argent de la largeur d’vn ecu, Sc d’v- ne piece de trentc fols; Sc au milieu fur l’eftomach vne dc la largeur d’vne afliette, mais gueres plus épaifle que lc dos d’vn coutcau. Les filles ne fe coiffent point ny Hyuer ny Efté, &: fefonc couper les cheueux de la mefme façon que les hommes, les laiflant ncgligemment flotter à l’entour dela tefte. Les hom¬ mes &: les femmes s’habillentd’vne vilaine étoflfedelaine, ou bien d’vne groffe toile. I Is ne fçauent pas encore fvfagede la tenneric, de forte que l’Efte ils fe chauifent d’ecorces d’ar- bres, Sc VHyuer dc cuir cru, taillé dans vne pcau de vache. Les vn$&: les autres portent ordinairement fur eux touteslesri- chefl.es qu’ils pofledent. Les ceremonies dc leurs mariages fonttoutes particulieres . Qoand vn Payfan époufe vne fille d’vn autre village, ilia va querir à cheual, la met derriere luy cn croupe , Sc s’en fait embralfcr du bras droit. I! dent a. la main vn bâton fendu par le bout ,ouil met vne piece demonnoyede cuivre, qu’il don- neàceluy quiluy ouure leguichet parou ildoit paficr. II a dc- uantluy vn hommeâcheual, qui joue de lamufette, & deux de fes amis qui ont 1’efpée nuc à la main , dont ils donnent deux coups d’eftramaçon en croix dans la porte du logis oule manage doit eftreconfommé , Sc enfuitte ils pouflentl’efpce par la pointe dans vne poutre fur la tefte du marie, afin de rom- pre les charmes, que l'onditeftre fortordinairesen ce; pays-la- Celt en cette mefme inflation. que lamariée jette des pieces dc* K iij, Centronics des Manages des Lmouois.
  • I is font mau- ttais Chic. UCliS. 78 VOYAGE D‘Y, MOSCOVIE, drapoudefergc rouge parle chemin ; mais particulieremenc aux carrefours, auprésdes croix, Sc fur lesfepulcres des en- fans morts fans bapteme, qu’ils ontaccoutumé d’enterrcr au- prcs du grand chemin. Elle a vn voile fur le vifage, pendant qu’ellc ell à table; mais elle n’ydemcure pas long-temps. Car on fait leuer les mariez dés le commencement du repas, 3c on les fait coucher. Au bout de deux heures on les fait leuer, Sc remctcrc a table ; jufqu’a ce qu’apres auoir bien bcuSc bien danfé, la biere ,1’cau de vie, ÔC la laifitudc les faíTc tomber a ter- re, ou ils demeurentendormis les vns parmy les autres. Nous venons de dire que l’Euangile fut prefche en Liuonic dcs le douziéme fiecle; mais les Liuonois ne font pas meillcurs Chreftiens pour cela. Ils ne 1c font la plufpart quedenom, Sc ne fc peuuent pas encore enticrement dt-faire dclcurs fu- perftitions Payennes. Car encore qu’ils faflent profeflion de la Religion Luthericnnc, 5c qu’il n’y ait prefque point de village qui n’ait fonTemple &C fonMiniftre; 11 eft-ce qu’ils font ii peu inftruits & fi peu regenerez, que l’on peut dire, qua la referue du Baptefme, ils n’ont aucun caractere du Chriftianifme. En effet, ils vont fort rarement au Prêche , 6c ne communient quaii jamais. Ils s’excufent de cctte irreuerence enuers les Sacrcmcnts, fur ladurctc de leur feruitude , laquelle ils difent eltrc tellement infupportablc , qu’elle ne leur permetpoint de s’appliquerala deuotion. S’ils vontquelquefois.au Prêche, ou a. la Communion, ce n’elt que par contrainte, ou pour d’autres confidcrations particulieres. Ceil a ce propos qu’Andre Befiq, Prcuoil de 1’Eglife de Lukcnhaufen , me coma vn jour, qu’ayant eílé appellé pour confoler 8c communier vndeces Pay fans qui étoit malade à la mort, il luy demanda ce qui l’auoit oblige à enuoyer querir fon Pailcur en l’ctat oii il ctoit, veu que pendant vne longue fuitte d’annees il ne s’etoit point avifé de fe reconcilierauec Dicu. Lc Payfan luy repon- dit ingenuement, quiln’y auroitpas fongé encore; mais qu’il auoit bien voulu fuiure lc confcil d’vn de fes amis,qui luy auoit dit que fans cela ilnepourroitpas eílrc enterre au Cinietierc, ny cilrc portc en terre auec les ceremonies ordinaires. 11 eft vray quo la ctafle 6c inexcufablc ignorance de la plufpart des Paftcurs de ces quartiers-la , qui bien fouuentauroienteux- iuefmes bcfoin d’etre catechifez, abeaucoupcontribucal’en- V
  • ET DE PERSE, L I V. I I. 7S, durciffement dc cespauures gens: Mais 1c feu Roy dc Suede y i 63 y. a pourneu, en enjoignant par vne ordonnance tres-feuerc à 1’Éucfque delaProuincc, qui a fa reíidence en TEglifc Catlie- drale dc Reuel,de conuoquer tous les ans vn Synodc pour lc rc- glement des affaires de leurs Eglifcs, &: d’y examiner, non- íeulement les Recipiendaires; mais auffilcs Pafteurs des villa¬ ges mefmesj aíín dc les obliger par cemoyen à s’appliquer aucc affiduitc à 1’Eftude de 1’Efcriture Saintc. II cft vray que la feruitudedecespeuplesefttres-dure,&: Leurfcruitu- touc à faitinfupportable ; mais il cfl vray auífi qu'on ne leur dc‘ fçauroit cant foy peu lâchcr la bride, qu’ils nes emancipcnt, & qu’ils ne fe difpenfent de leur deuoir; jufques-là quctans perfuadez que leurs Predeceffeurs ont autrefois efté maiftrcs duPays, & que cc n’eftquc laforcequi les a affujettis aux Ab lemans, ils ne fe pcuucnt pas cmpcfcher den tcmoigncr leur reffcntiment, & dc fairc connoiftre, fur tout quand ils onr beu, que fi 1’occafien fe prefcntoitde fc pouuoir rcmettrc en liberte j ils ne manqucroient pas de s’cn fcruir. L’on en vic vne preuuc bien éuidentc , quand lors de l’irruption du Co¬ lonel Bot, les Payfans voulurent fauorifcr lesennemis, & fai- re trouppe, pour tâcher de fe faifir de leurs Maiftrcs, & de les mettre entre les mains des Polonois. II croycnt eneffet vne autre vie aprés cclle-cy; mais ils ont L-opinion fur cela des penfces fort extrauagantes; jufques-làqu’vniour q«''isontdcla vne femme Liuonoife, qui fe trouuoitàPentcrrement defon.V1Ceteindlc* mary, mit du fil Sr vne éguille dans la biere; difant pour fa rai- fon, quelle auroit hontc de fçauoir, que fonmaryayantà fe trouuer en 1’autre monde en la compagnie de force honneftcs gcns,y auroit efté vcu auee des habits déchirez. Et de faie,ils fc. íoucient peu del’auenir, &decequ’il leurpeutarriuer en 1’autre monde, qu’au fermentqu’ojileur fait faireen luftice, au lieud’y intereffer leurfalut&laconferuation dcleur Amc, on les oblige à confidcrer les biens prefents &: temporels, pourcéteffcconlesfaitiurcrenlamaniercfuiuancc. Ie N. N.- Jhú icy dcuanttoy preftntement; puis ejue tu deftres fçauoir, moniu-^w i"crrnt * ge , dr me demandes, ft cetteterrc, fur lap ue Ue ie me tiens main/e-en u ic*~ nant, eft 4 Diett & a moy a bon tit re fe iure a Dieu drafts Saints, dr ainft me iuge Dieu au dernier iourpue cette terre m'dppartient dc droit, ah’die eft ft, Dieu dr arnoy, dr put men fere.I’a fojjedee >&encs
  • 8o VOYAGE D E MOSCOVlE iS^. jotiy ily a long-temps. Et s'il fie trouue que le ferment que je fits foit faux, je confins que U malediction de D teu pafife fitrmonxorps, fnr mon ame, fiur mes enftns, & far tout ce qui mappartient, j/f qua la neufiéme generation. Ec afin que Ton voye quelcur lan¬ gue nariendeconmnaucctoutescellesdont lesplus Sçauar.s peuuenc auoir quelque connoifTancc, nous adiouterons icy lc mefme ferment de la façon qu’ils lc font mot à mot. Nucbt fiei fie n tninna N. N.Sthn. Kui finna fim dia tninufitahat, eht minna fie Kockto perrafi tunnts tarna pean , cht fifinnanc rnab, Kumbapehlminna fieifinyumla ninck minnu verteenitutmahon, Kit- ba pehl minna minno eg atai ellanut ninck prukkuntollen fieperafifihs tnannut an minna iumla ninck temma poha de eefi. Ninck kuinued jttmrnalpeph fiundina fchtNiihmb fid peb'foal; eht fies in nane Mah iu¬ mla ninck minnu verteenitut per mah on, Kumba minna ninck minno ififia igkas pruKinut o/lemei, kusma idle Koikfò 'toannutan fihs tulka fiedda minno iho ninck. hingepehl, minno ninckKeick minno lap fide pehl, ninety kpick. minnu onne pehl emmis fie vduya polite tagka. Ec e’eft ce qui s’obferue en Efthonie: maisauprés deRiga quand les payfans font ferment cn iufticc,ils mettent vne tour- be fur la tefle, & prennent vn bâton blancà la main, pout faire entendre qu’ils confentent qu’eux, leurs enfans &: leur bcftail feichent comme cette tourbe Sc comme le bâton, s’ils iurent à faux. On voit en tout cela desmarques dc leur ancicnneidola- trie. Les Miniftres font tout ce qu’ils pcuucnt pour l’arracher petit à petit, Sc nous vimes mefmes â Narua le Catechifme, les Euangiles Sc les Epiftres, auec leurs explications, que Hen¬ ry Stably Surintcndant des affaires Ecclefiaftiques encesquar- tiers-là,qui fc faifoit cõfidercr par s5 fçauoir Sc par lc foin qu’il auoit cu d’inftruire cesBarbares,auoir fait traduire Sc imprimer cn leur langue; afin de leur donner quelque connoiifancc de la religion Chreftienne.Mais l’idolatric Sc la fuperftitio y ont jet- tc dc trop profondcs racines, SC leur ftupidité & opiniâtreté eft crop grade, pour pouuoir efperer qu’ils lc rendet capables d’in- itru&ion. 11s font leurs deuotions le plus fouuent f ur des col- lines , ou auprés d’vn arbre qu’ils choifiiTent pourccla, &ou ils font pluficurs incifions, les bandent de quelque étoffe rou¬ ge, Sc y font leurs pricres, qui netendentquaattirerfureux des benedi&ions temporelles. A deux lieiies dcKunda, entre Keuti \
  • E T D E V E R S E, L I V. 11. 81 Reuel & ?{arua, il y a vne vieillc chapdle ruincc, ou lcs paifans vont tous les ans £aireleurpelerinage,lejourdelaViíitation de Noftre-Dame. II y en a qui fc dcshabillent, &: s’eftans mis en cét eftat agonouxaupresd’vnegrofl'e picrre, quicíl au milieu dela chapellc, ils fautentàfentour, & luy offrent dcs fruits Side laviande, luy recommandans la conferuation de leur fantc& de celledc leur beftail pour cettcannée-là. Cette deuotion s’acheue en mangerics & beuuerics, & en routes for¬ tes de diífolutions, qui ne finiflent quafi iamais fans quercllcs, meurtres, &: autres defordres femblables. Us ont rant d’inclination pour le fortilcge, & ils le croyent fi neceífaire pour la conferuation de leur beftail, que les pe- res & les meres 1’enfeignent à leurs cnfans; de forte qu’il ne fe trouuc quaíi point de paifan qui ne foit forcicr. Ils ont tous certaincs ceremonies fuperftitieufes , par lcfquelles ils croyent pouuoir empefcher le fort ; c’eft pourquoy ils ne tucnt point de befte , qu’ils n’en iettent quelque chofe , ic ne font point de braflee dont ils ne verfent vne partie, afin que le fort tombe là-deíTus. Ils ont aufli lacouftume de rcba- ptizer leurs cnfans, quand pendant les fix premieres femai- ncs aprés leu/ naiflance, ils les voyent malades outrauaillcz d’inquictudes, quils croyent proceder de ce qu’on leur a don- né vn nom qui ne leur eft point propre. C’cfl: pourquoy ils leur en font donnervn autre ;mais d’autant que cc n’cft pas feule- ment vn peché , mais aufli vn crime que le Magiftrat punit fe- uerement en ce pais-là, ils s’en cachent. S’ils font opiniaftres en leurs fuperftitions, ils ne le font pas moins en l’exa£te obferuation de leurs anciennes couftu- mcs •, & c’cfl; à cc propos que l’on nous conta chezle Colonel de la Barre vne hiíloirc fort plaifante, mais tres-veritable, d’vn vicux pa'ifan. Ce bon homme , ayant efté condamné, pour des fautes affez enormes, à eftrecouchéparterre pour eftre foiietté, & Madame de la Barre, qui auoit pitié de fon age quafi decrepit, ayant intercede pour luy, àce que fa peine full commuéc en vne amedc pecuniaire, d’enuiron quinze ou feize fols, il 1’en remcrcia,&: dift, que fur fes vieux iours il ne vouloit rien introduire de nouueau, ny fouffrir que fon changeaíl les couftumcs du Pa'is, mais quil eftoit prefl: de receuoir lcchâ- timent que ccs predcccífeurs n’auoient point dcdaigné: fe def- 16^. Ils fontfor- cicrs. Lent opiniá- treté.
  • 8* VOYAGE DE MOSCOVIE, i C y. poiiilla cn raefmc temps, fc coucha par terre, receut les coups qui luy auoient cfte deftinez. Ce n’eft pas vn fupplice, mais vn chaftiment ordinaire en Liuonie. Car le peuple eftant d’vne humeurincorrigible, 1’on eft contraint de le traicter auec des rigucurs quifcroientin- fupporcables par tour ailleurs.On ne leur pcrmec point de faire aucunc acquisition, & afin de leur en ofter tous les moyens, on les empefche de labourer qu’autant de terrc qu’il faut pour les nourrir & faire fubiifter : mais ils ne laifTent pas dc cherchcr l’occafion dc couper le bois en quelqucs endroits des forefts, &: d’y faire du bled, qu’ils mettent dans des puits cn terrc, pour le vendre eneachetce. Quandonles furprend en cette fupercherie,oucnquclquc autre faute, on les oblige à fc dépoiiiller iufqu’aux hanches , & à fe eoucher par ter- re, ou à fouffiir qu’on les attache à vn poteau, tandis qu’vn de leurs camarades les bat à coups dehouifincs , iufqu’a ce que lc fang en ruiflelle de tous coltcz : particulicrement quand le maiftre die : Selke nack mahapcxema. Bats-le iufqua ccquela pcau quitte la chair. On ne leur laifle point d’argent- Car des que 1’onfçait qu’ils en one, les Gcntilshommes & leurs OfHciers, qui fe font payer dc leurs gages par les paifans, fe le font donner,&mefme les contraignent de donner ce quirs n’onr point. Ce n’eft pas que cette duretc des maiftres ne jettc quelquefois ces pauures gens dans ledefefpoir; car nous fçauonslctrifte exemple d’vn pa'ifan, lequel fe voyant prefle par rOfficicr de fon GcntiU homme, de payer ce qu’il n’auoit, & ne dcuoit point, & qu’on luy oftoit les moyens de faire fubiifter fa famille , eftrangla fa femme & fes enfans , & fe pendit enfuitte auprés d eux. L’Officier en entrant le lendemaindanslamaifon,ouilpen- foit receuoir de l’argent , donna de la teftc contre les pieds du pendu, & apperceut cette miferabie execution , dont il eftoit la caufc. La Noblefle Pour ce qui eft de la Nobleffe dc Liuonie , & particu- Jt Liuonie. lierement de celle d’Efthonie , clle eft exempte de routes charges & corue es. Son courage , & les feruices qu’clle a rendu contre les Infidelcs contre les Mofcouitcs > luy ont acquis cette liberte , & la plus part de fes priuileges. Yolmar XI. Roy de Dannenurc ,, luy donna les premiers
  • ET DE PERSE, L IV. II. S3’ droits de fief, qui furenc depuis confirmed par Eric VII. 163?. qui lcs fit mettre par efcrit, 6c leur cn donnafes Lettres Paten¬ tes. Les Maiftres de 1’Ordre de 1’Efpadon , 6c les Grands Maiftres de 1’Ordre de PruíTe les augmentcrent. Conrad de Iungingen eftendit la fucceífion desfiefs cn Harriet. Wirlande aux filies 6i aux femelles iuqu’au cinquiéme degré : 6c Gau¬ tier de Flettenberg, qui fut éleu Grand-Maiftrcen Fan 1495-. 6C rcconnu Prince de 1’Empire en 1513. acheua daffranchir la Nobleífe d’Eilhonie de toute autre fujetion ; à la referuedu feruice que lcs Gentilshommes font obligez dc rendre en per- fonne, à caufe de leurs fiefs. On en fait la reueue tous les ans, 6C l’onconfiderclccorpsdecctteNobleiTe,commevne pepi- niere, qui a fourny , 6c fournit encore tous les jours vn grand nombre d’Officiers,& mefmes plufieurs Gencraux à l’armce de Suede j outre la belle Caualeric qu elle peut mettre fur pied, 6C enuoyerauferuiccdelaCouronne. Cette racfmc NobleiTe ne s’clE point mife en la prote&ion du Roy dc Suede , que lors que fevoyantabandonnéede tous fes voifins, 6c ne pouuant plus refiftcr à fes Ennemis, elle fut contrainte par la derniere nc- ceflité d’auoir recours à vne Couronne eftrangcre, qui luy a promis dc luy conferuer tous les priuileges , que foil coura¬ ge luy a acquis. LeGouuernement Politique du pais &: la Iuftice, font entre Li Go"uef; les mains de la Noblefle, qui en commet 1 adminiltration a Liuonie. douze d’entr’eux, qui compofent le Confeil du pais, 6c ont pour Prefident celuyquieft Gouuerneur dela Prouince pour la Couronne de Suede. Lors de noftre ambaiTadc Tbilippes Sçbtiding y prefidoit , auquel a fuccedé depuis Eric Oxen- ftiern, Baron de Kimitho, Confeiller de la Couronne de Sue¬ de, & à luy Henry , Comte dc la Tour. Ils s’aiTemblcnt tous les ans aumoisdeIanuicr,&vuident alors tous les differents entre les parties; qui pour toutes pro¬ cedures ne pcuuent employer autres efcriturcs que la deman¬ de 6c la deffenfe, fur lefquelles on iuge fur lc champ. Onélit pour cela vn Gentilhomme, qui alaqualité dc Capitaine de la Prouince , 6c reprefente au Gouuerneur Sc au Confeil du pais les plaintesdu peuple s’ily en a, 6ccctemploy change de trois cn trois ans. Etdautant que pendant les guerresauee lcs Mofcouites 6c Polonnois ,les bornesdes heritagesparticuliers L ij
  • ?4 VOYAGE DE MOS CO VIE, i6$6. ^ans les Proumccs de Harrie , wirlande & wiech ont cftc quail routes confonducs , & que les procez qui cn nailfent nc peuuent pas eftre iugez rommaircment , 1’on nomme dc trois ans en trois ans des luges , qui eu prenncnt connoif- lance ; &: 11 quelqu’vn fe trouuc grcue par leur iugement, 11 en Peut appeller au Gouuerneur& au Confcildupais,qui nommcnt des CommiíTaires, lefquels aprésauoir fait la viíice ur es lieux » caíTcnt ou confirment le premier iugement. lis ont auffi des luges particuliers pour les chemins , qui y lont tres-fafcheux, à caufe dc la quantité desmarais, ponts oC enauílees que 1’on trouuc par tout lc pais. Contianation Continuons maintenant noftre voyage. Nous auons dit du voyage, cy-deflus que les AmbaíTadeurs eftans à Calmer au commen- e v r 11 r. cement de Nouembre, auoient renuoyé vn Page & vn Laquais a Gottirp, querir dautres lettres dc creance, aulieudecelles que la mer auoit gaftées. L’on auoit auífí enuoyé lean Arpen~ ec ’ r’°^:re interprete, a Mofcou , pour y faire entendre la caule dc noftre retardement, & les particularitez de noftre naurrage. Des que les vns &lesautrcs furentarriuezà Reuel, nous nous preparafmes pour la continuation de noftre voyage, & le 14. Feurier les AmbaíTadeurs firent partir lecontrolleur te lcur maifon, auec trente&vntraifneaux, pour vne partie Mars. tra*n & du bagage. Nous parjiifmes auec le refte. Le z. Mars Lcs AmhaiTa- vne partiedu Magiftrat& quelques-vns de nos amis nous con- deBRcuc"cnt dm firent iufqua vne lieue de la ville. Nous couchafmescet- tc premiere nuid a Ko/ka, maiTon appartenante au Comte de la Garde, Conneftable de Suede, à fept lieues dcReuel. Le endemain 3. Marsnous arriuafmesà Kunda, dontnous auons parle ailleurs, & le quatrieme à vne maifon appartenante au neur lean Fock , à cinq lieues de celle du Comte dc la Garde. Narua.Uent a c‘ncluicme Mars , aprés auoir fait encore cinq lieues, nous arriualmes a Nartta. Cette ville eft petite, mais forte , accompagnee dvn fort bon chafteau. Safituation eftà 60.de- grez de la ligne equinodiale, au cercle S'^ltlentaken, &elle ell ainfi nommée de la riuiere de Nartta ou Nerua. Cette riuiere Ion du lac de Ptipis t & entre dans le Golfe dc Finlande,a deuxlieuesau deflbus de la ville. Elle eft quafi aulft large que e, mais beaucoup plus rapide, U fes eayx font fort bn»- • •' - •— — k -J
  • ET DE PERSE, LI V. II. 8y nes : Ellc a vn faultà vne demy-lieuc au deffus de la villc, ou iC',6. les eaux tombent aucc vn bruit effroy able dans le precipice, & auec tant de violence, que les flots venansàfebrifercontre les rochers fe reduifent comme en poudre; laquelleremplif- fant 1’air fait vn eífet admirable; parce que le Solcil y donnant le matin, y fait voir vn arc en ciei auíli agreablc que celuy qu’il a accouftumé de former dans les nués. Ce fault fait que Ton eft contraint de defeharger en cét endroit-là toutes les mar- chandifes, que l’on enuoye dc Plefcou Sc deDetpta Narua, pour eftre chargees fur le Golfc de Finlande. L’on tient que Volmar II. Roy de Dannemarc, la baftift en l’an 1213. lean Bafilokits , Grand Due de Mofcouie la prit en I’an 1538. & Pontus de la Garde , General de l’armee de Suede, la reprit fur les Mofcouites le 6. Septembrc 1581. &: e’eft depuis cetcmps- la que les Suedois la pofl'edent. Ntells Ajfirfon y comman- doit lors de noftre voyage, auquel a fuccedc depuis F.ricGyl- lens tierna, Gouuerncur & Lieutenant General pourlaCou- ronne de Suede en Ingermanic. Ellc a fort long temps jouy des priuileges des autres villcs Anfeatiques •, mais lesguerres entre la Mofcouie & la Suede, y auoient tellement ruiné lc commerce , que cc n’eft que depuis fort peu d’annees que Ton commence d’en efperer le reftabliflement ,amefureque celuy de Reuel fe diminue. La guerre entre les Anglois& les Hollandois luy a efté d’autant plus fauorable , que lanauiga- tion &le commerce d’Archangel ayant efté parcemoyenin- terrompu , les nauires qui auoient accouftumé d’aller en Mofcouie, fe feruirent du Havre dc Narua > ou aborderent en l’an 165-4. plus dc foixante nauires, &: y chargerent pour plus de cinq cens mil efeus demarchandifes.Enfuittede cela on a commence de nettoyer &: d’agrandir la ville, d’y faire dcs rues neufues& reguliercs, pourlacommoditc dcsmarchands eftrangers, & de r’accommoder lc Havre,pour faciliter l’abord des nauires. La Reinc Chriftinc de Suede a retire cette ville de la Iurifdittion generate du Gouuerneur dc la Prouince, & luy a donné vn Vicomtc particulier, pour iugcr les affai¬ res Seculieres & Ecclefiaftiques en dernier reffort. Le Chafteau eft de dcçà la riuierc,& de dela eft celuy d'Iuano- iuandgorod. gorod, que les Mofcouites ont bafty fur yn roc efearpé, done la riuicrc de Narua fait vne peninfule; deforce que la place a L iij
  • I6jy. Hífloire te- ftorquable a vnloup. %6 VOYAGE DEMOSCOVIE, efté iugée imprenable, iufqua ce que lc Roy Guftaue Adol- fe 1’euft prifc en I’ani6i7. Au pied dece Chafteaufe voicvn bourg que 1’on nommela Nerua Mofcouite, pour la diftingucr d’auec la Nerua Tcutoniquc, ou Allemande, dontnous vcnons de parler. Ce bourg eft habite par dcs Mofcouitcs naturels, mais fu jets à la Couronne de Suedc, à laquellc le Roy Guftaue Adolfe a jointauíTi le Chafteau &Iuanogorod, ou Nicolas Gallcn commandoit lors de.noftre pafíage, en qualitc dc Lieutenant du Roy. Lc pais entre Rcucl &: Nerua, corarae aufll generalemcnt route ringermanie Sc la Liuonie , nourrit dans fes bois vn grand nombre de beftes fauues & noires, & entr’autres vne fi grande quantité de loups Sc dours, que les paifans ont de la peine à en deíFendrc leur beftail, Sc mefmesleurs perfonnes. L’hiuer, lors que Ia terre eft couuerte de neige, les loups, qui ne trouuentrien a manger à Ia campagne, entrent en piem iour dans les bailes cours, d’ou ils enleuene lcschiens qui les gar- dent, & percent les murailles, pour entrer dans les cftables. On nous conta que le 14. Ianuicr 1634. vn loup , quoy qu’il ne fuft pas desplusgrands,auoitattaquédouzcpa'ilansMof- couites qui menoienc du foin àla ville; ilpritlc premier à la gorge , 1’abatit Sc le tua, Sc en fit aurant au fecond. II cícorcha toutela tefte au troiíicfme ; arrachalenez&lcs jouésau qua- triefme, Sc cn blcíTa encore deuxautres. Lesíixreftants firent troupe, fe mirentendéfenfe,abattirentlcloup&:lctuerent. L’cuenement fit connoiftrc qu’il eftoit enrage, veu quetous les blefTez moururent enragez. Le Magiftrat deNarua en auoit fait preparer Sc conferuer la pcau , que l’on nous monftra, comrae vne chofe fort remarquable. On nous conta demefmcd’vn ours; leque! ayanttrouué vn caque d’harangs, qu’vn paifan auoit defchargé àla porte d’vn cabaret, fe mit a manger , & entra enfuitte dans l’efcurie, ou les paifans lciuiuirent; mais il enblefTaquelques-vns,&: les obligea à fc retirer. Dc la il entra dans labrafTcrie, ou il trouua dans vne cuue de la bierre nouuelle, dont ils’enyura ii bien3 que les paifans voyans qu’il chancelloit achaque dé¬ marche, &: qu’il eftoit demeuré endormy par le chemin, le fuiuirent Sc l’aflommerent. Vn autre paifan qui auoit laiíTé la nuic fon cheualà fherbe,
  • ET D E PERSE, LI V. II, S7 letrouualelendcmain matin mortauprcs d’vnours, qniena- lífjr. uoit fait defia vn bon repas. Mais dés que 1’ours apperceuc le paifan, il quittala proye quiluy eftoit aflurée, fe faifit du pai- fan, & 1’emportaentrefes pattes vers fon fort; mais 1c chien du paifan qui le mordoit au pied, luy fit lafcher prife, & donna le loiíir à fon Maiftre de monter fur vn arbre, &: de fe fauuer. En 1’an 1634. vn ours deterra treize cadaures au cimetiere d’vn village auprés de Narua, Sc les emporcSauec les bieres, & il n’y a pas long-temps qu’vne Dame de qualitédecesquar- tiers-là , en rcncontra vn, qui emportoit vn cadaurc auec fon linceul, qui traifnoit aprés luy , done le cheual qui tiroit le traifncau de cettcDame , prit fi fort 1’efpouuente, qu’il en- traifna la Dame aueclc traifneauà trauers champs, au grand peril de fa vie. L’on nous conta plufieurs autres hiftoires fem- blables , comme d’vn ours qui auoit garde vne femme 13. iours dans fon fort, Sc de la façon qu’elle en auoit efté déliurée.• mais dautant qu’elles feroientpartiedel’hiftoire naturelleplu- toft que de noftre voyage, nous nous difpenferons pour cettc fois de cette forte de digreifion. Seulement adioufteray-je icy que les paifans qui ne font pas en feureté de ces ani- maux en allant aux champs, particulierement lanuit, croyent que le bruit d'vn bafton qu’ils attachent au traifneau, fait peur aux loups & les fait fuir. Le feptieme Mars nous partifmesde Narua, & couchafmes l*s le íbir à Lilienhagen», qui en eft eloigne de fept lieues. Le Jg;™1' hui&iéme nous fifmes fix lieues iufqu a Sariís. Le neufiéme ■nous fifmesdeuantmidy quatre lieues iufqu’a 0rib ^ on le tru- chement, que nous auions enuoyé deuant, pour donnerad- uis de noftre depart dc Reuel , vint nous rejoindre, Sc dire1 qu’vn triftaf nous attendoit fur la frontiere. Et dautant que plufieurs defordres s’cftoient gliflez parmy ceux de noftre iuitte ; cn forte que quelques-vns perdoient lerefpedqu’ils deuoient à leurs Supeneurs, les Ambafladeurs les firent ve- nir tous en leur prefence, & leur remonftrerent, qu’eftans fur le point d’entrer en Mofcouie, ou l’oniuge de la qualité de l’Ambafladc, &: dc la grandeur du Prince qui l’enuoye, par l’honneur que les domeftiques rcndenc aux Ambafladeurs , il feroit neccflaire de n’y pas manquer. Nous promifmes tou$> que nous n’y manquerionspoint,- pourucu que l’on nous traii-
  • Arrincnt à Ncuogorod. 88 VOYAGE DE MOSCOVIE, tail auec douceur, & auec quclque difference, felonia qua- lité de ceux done leiir fuicteeíloit compofée. Ce que les A m- baffadeurs ayans aufíi promis de faire, nous parcifmes gaye- ment pour aller au deuant du Priftaf. Nous Ic trouuafmes dans vn bois à vne lieué òlorlin , ou il nous attendoit dans laneige auec vingc-quacre Strelits , ou moufquecaires, &: 90. traineaux. D.és que le Pritfaf, qui s’appelloic Constanti¬ no Juanoúits Arbufou, nouscuílapperceus ,& veu que les Am- baíTadeurs mettoient pied à cerre , il defeendie de fon trai- neau. II eftoit veftu ÍTvne tunique de velours verdàflcurs, quiluy defeendoie iufqu’a my-jambe, auec vne groífe chaifne dor en croix fur la poitrine, &: vne furucíle fouréedemar- tres. A mefure que les Ambaífadeurs sauançoient, il faifoic auffi quelque pas ; iufqu’a ce que s’eftans approchez, &: les Ambaífadeurs ayans mis la main au chapeau , lc Pnjlaf diíl. K_AmbaJfadeurs, découurez-vous. Les Ambaífadeurs luy firent di¬ re par le truchement, qu’il voyoit bien qu’ils eíloientdécou- uerts, & alors le Priftaf leut dans vn billet, Que Knez. Pieter Alexandrouits Eepnin, 'toeiiiodc de Notiogorod , 1’auoit enuoyé par ordre du Grand Seigneur, Czaar&c Grand-Due, Michel Fe- derouits, Conferuateur de tous les PruJJes ■> &c. Pour receuoir les AmbaíTadeurs Philippes Crufms &: Otton Brugman, &: pour les pouruoir de cheuaux, de voi&urc, de viures, & des autres chofes neceífaires pour la continuation de leur voyage, iuf- qu’à Nouogorod , &delà iufques à Mofcou. Aprés que nous 1’eufmes rcmercié , il nous donna la main, s’enquit de lecat de noftre fanté, &dcsparticularitezdenoftre voyage, &fai- fant mettre les cheuaux aux traineaux , il nous fit encore faire ce iour-la fix lieues, iufqua vn village nommé Tsiierin. Le dixieme Mars, fur le midy, nous arriuafmes à Defan, & fur le foir au village de Mflír/z.*, à huiit lieues de Tsiierin. Lc onzieme nous arriuafmes à Nouogorod. A l’entreedela ville, le Prijlaf fit effort pour prendre la main fur les Ambaf- fadcurs : & de fait il la pric, quoy que les Ambaífadeurs ta- chaifent de 1’en empefchcr. Mais dés que nous fufmeslogcz, il pria le truchement d’excufer 1’inciuilité qu’ilauoit faite, &: d’aifeurer les Ambaífadeurs , qu’il auoit efté contraint d’en vfer ainfi, par l’ordre exprés du weiiiodc, qui luy eufl fans dou- te rendu vn tres-mauuais office auprés du Grand-Due, s’il euft manque dc luy obe'ir, On
  • ET DE P ER S E, LI V. IT. 89 On compte de Nanta à Nouogorod quarante lieues d’Alle- magne,de làà V left ou 3 6. Sc à Mofou 110. lieues. La villc de Nonogerod eft íituée fui la riuiere dc Wolgda, à 58. dcgr. 23. min. d’cleuation. Lundorp cn la continuation de Slcidan,la met à 61. Sc Paullotic à 64. degrés ; mais en l’exa&e obferuation que i’cn fis leiy. Mats 1636. ie trouuay qua.midy le Soleil eftoit élcué fur 1’horifon de 33. degr. 43. minut. Sc que la decli- naifon du Soleil, à caufe du biflcxtc, à raifon de 33. degr. eftoit de t.dcgr. 8 minut. lefquels cftant dcfduits de 1’eleua- tion du Soleil, cclle de la ligne équinoctiale ne pouuoit cftre que de 31. degr. 17. minut. lefquels oftés dc 90. degres, iln’en petitdemèurer que 38. degr. 23. minut. Ce qui s’accorde à pen prés auec la calculation qu’en a faitc lc íieur Burem , cy-deuant Ambaííadcur dc Suede enMofcouie,qui en fa carte Ceogra- pliique de Suede Sc. dc Mofcouie, met la ville de Nouogorod à 38. degr. í3. minut. Son aftiette eft dans vne grande plaine furle bord de la riuiere dc Wolgda ou Wolcbon: laquclle fort du lac d’llmen, à vne demy-lieuéau deflus de la ville, Sc traucrfant lc lac dc Ladoga^ coupe enpafl’antla riuiere de Nioua, aupres dc Notebourg , Sc entre par le Golfe de Finlande dans la mer Balthique. File cft tres-abondante en toutes fortes de poiffons, Sc particulicrement cn Brefmes, qui y font tres-excellentes Sc à tres-grand m^rché. Mais lc plus grand aduantage que la ville tire decette riuiere , eft celuy du commerce. Car eftant nauigable depuis fa fource , Sc le pais cftant riche cn bled, lin ,chanvre, micl, cire, Sc cuir de Ruílie, que l’on prepare mieuxàNouogorod,qu’enaucune autre ville dc Mofcouie, la facilite du tranfport de fes marchandifcs y attiroit autrefois, non feulement les Liuonois Sc Suedois, fes voifins,mais auili les Danois-, Allemans Sc Flamans, quiy ont autrefois fait vn ft bei eftabliílement, que 1’on nc luy pouuoit point difputcr la qualité de la premiere ville de tout lc Septention , pour le negoce. Les villes Anfcatiques y auoient leur bureau, ou, comme ilsdifcnt,leurcomptoir, & la ville quiioiiiflbitdeplu- fieursgrands priuileges fous fon Prince, qui nc rcconnoiflbit point le Grand-Due, eftoit deuenu íi puifl’antc, qu’il eftoit paflé en prouerbe , Ocbto mofchet foiati protif Bocho dai Welik Nouo¬ gorod? qui eft-ce qui fe peut oppofer à Dieu Sc à la grande ville de Nouogorod? 16 3
  • 5>° VOYAGE DE MOS.COVIE, x 6 3 6. II y en a qui la vculent mettrc cn parallele, pour fa grandeur, auec la ville de Rome: mais ils fe crompenr. Cat encore qu’on lappelle communement WdtkiNouogorod,cellàdirelegrand Nouogorodi fieft-cequellene peut pas encrer cn compan¬ ion auec la ville de Rome. Ilya bcaucoup d’apparencc qu’au- trefois ellc eftoit bien plus grande qu’elle n’eft auiourd’huy; non feulcment parce que c’eftoit la premiere ville de tout lc Septcntrion pour le commerce, corame nous venons de dire; mais auffi parce quel on voic dans Ton voifinagc les reftes des murailles, & de pluficurs clochcrs qui faifoient fans doute par- tie de la ville. Lc nombre de fes clochers promet quelquechofe de plus beau &£ de plus grand, que ce qu elle elt en effect; puis qu en approchantde la ville Ion n’y voit que des murailles de bois, & des maifons bafties de poutres &: de foliues de fapins, entaffées les vnesfurles autres. Vithold, Grand-Due de Lithuanie , & General de l’ar- méc de Pologne ,futle premier qui i’obligea enl’an 1417. à payer vn tribut confiderable , que l on fait montcr a cent millc Roubles, qui font deux cens mil efeus, & dauantage. Le Tyran lean Bafth Grotfdin , ayant, apres vne guerre de fept ans, obtenu vnetres-grande vi&oirefur vne arméeque cette ville auoit mife fur pied aumois dc Nouembrel’an 1477. contrai- gnit les habitants de fe rendre , & de receuoir vn Gouuer- neurde fa part; mais confiderant qu’il ny eftoit pas aflés ab- folu , & qu’il feroit bien difficile de s’y eftablir par force , il s’aduifa d’y aller en perfonne , fe feruant du pretexte de la Relmion ,’ &: de les vouloir empefeher d’embraftcr la Ca- thoiique Romaine. L’Archeuefque Theophile , qui y auoit lc plus d’authorite,fut celuy qui fauonfi le plus fon deflein, 5^ qui enfut le premier paye. Car le tyran ne fut pas fi-toft entré dans la ville,qu’il ne la pilln.it; en forte qu en çartant de la, il emmena auec luy trois cens chariots charges dor, d’argent, de pierreries, fans les riches cftoffes,& les beaux mcubles qu il ft charger fur plufieurs autres chariots, oi por¬ ter à Mofcou j ou il tranfporta auffi les habitans, enuoya des Mofcouitcs en leur place. Mais il ny a rien qui ait plus mine cette grande ville que la brutale cruautc de lean Baji- loiiits Grand Due de Mofcouie. Ce Tyran, emporté par le feul foupçon qu’il auoit de laftdelité des habitans de Nouogorod,
  • ET DE PERSE, LIV. II. 91 entra dans la ville en l’an 1569. &:y fit tucr,ou iettcrdans la 165 <£. riuiere deux mille fept cens foixante dix perfonnes, fans au- cune diftinction de qualité,de fexe ou d’age,ynon compris vn nombre infiny depauures gens, qui furent cfcrafés par la caualerie, qu’on lafcha fur eux. Vn Gentil homme, que le Roy dc Danncmare enuoya àce Tyran huicfans apres la prifc de cettc ville, rapporte cn fon Itinerairc, quc dcs perfonnes de condition l’auoient affeuré , que l’on ietta tant de corps dans leWolgda ,que la riuiere ne pouuant pas continuer fon cours jdébordafur toutelacampagne voifine. La pefte, dont la ville fut infcctée en fuitte de ce defordre, fut fi furieuic, que pevfonnc ne voulant fe hazarder d'y porter des viurcs les habitans mangeoient les corps morts. LeTyran prit pretexte dc cctte inhumanité, de faire tailler en pieces tous ceux qui s’cftoient fauués de la pefte , de la famine Sc de la premiere cruauté de cc Tyran, qui eftoit fans comparaifon plus épouuan- table que tous les autres flcaux de Dicu. Ic me contentcray d’enalleguer icy deux exemples, qui ferucnt aufuiet de la vil¬ le de Nonogorod^ dont nous faifons icy la defcription : L’Ar- Exemple de cheucfquc de Noucgorod* qui s’cltoic fauuedcla premiere fu- c;uautc- rcur dcs Soldats, voulant reconnoiftre cctte grace , ou bien flatter le Tyran , luy fit vn grand feftin en fon Palais Archiepi- fcopal ,oule Due ncmanquapoint defcrendre aucc fes fatcl- lites Sc fes gardes: mais pendant lc difner il enuoya piller le riche Temple de Sainte Sophie ,Sc tous les threfors des autres Eglifes, que l’on y auoit retires, commc dans vn lieu dc feu- reté. Apres difner il fit aufli piller 1’Archeucfché , 6«: dill à l’Archeuefque, qu’il auroit mauuaife grace dc faire lc Prelat, n’ayant plus dc bien •, mais qu’il eftoit en humeur deluy cn fai¬ re. Qu’il falloit quitter les riches habits, qui neluy pouuoient plus efttc qu’a charge, & qu’il luy feroit donner vne mufette • &cvn Ours, pour le mener, Sc pour le faire danfer pour de l’ar- gent. Qu’il falloit qu’il fe mariaft,&: que tous les autres Prelats Sc Abbés, qui s’eftoient refugies dans la ville, fuflent des nop- ces; ordonnant à chacun la fomme dont il vouloit qu’ils fif- fent prefent aux nouueaux mariés. Il n’y en eut pas vn qui n’apportaft ce qu’il auoit pu fauucr; croyant que le pauure Archeucfque dépoiiillé en profiteroit. Mais le Tyran prit tout l’argcnt, Sc ayant fait amener vne cauallc blanche , il dift a M ij #
  • 9* VO Y AGE DE MO SCO V I E, 1’Archeuefque; voila tafcmmc, monte-là, va à Mofcou, ou ie tcfcray tcceuoir au meílier des violons, afin que tu apprcn- nes à fairc danfcr l’Ours. L’Archeucfque fut contraint d’o- beir, Sc dés qu’il fut monte, on luy lia les iambcs fous le ven¬ tre ducbeual jilluy fit pendre au col des flageolets, vne vicie ôc vn ciftre , Sc voulut qu’il ioiiafl.du flageolet. II en fut quitte pour cela, mais tous les autres Abbés SC Moines furent tall¬ ies en pieces, ou chaíles àcoups de piques Sc de hallebardes dans la riuiere. II en vouloit particulierement à l’argent d’vn richc mar- chandnommé Theodore Sircon. II le fit venir au Camp aupres de N ouogorod > Sc luy ayant fait attacher vne cordc au milieu du corps, il le fit ietter dans la riuiere, le faifant pafler fous l’eau d’vn bord à 1’autrc, iufqu a cc qu’il fut preft d’expircr. Alors il le fit rctircr,&: luy demanda ce qu’il auoit veu dans Tcflat ou il s’cftoit trouué. Le Marchand refpondit, qu’il y auoit veu vnfort grand nombre de diables, qui s’eftoient aí- femblés pour attendre 1’ame du tyran, afin de 1’entraifner auec eux dansl’abyfinc des Enfcrs. Le tyran luy diít : tu as raifon. Mais il eft raifonnable auífl que ie te fafle payer ta prophetic, &: ayant fait apportcr de 1’huile bouillantc, il luy fit mettre les pieds dedans iufqu’a ce qu’il euflpromis de payer dix mil efeus. Apres celaillc fit taillcr en pieces, auec fon fre- re Alexis. v Le Baron à‘Herberftein, qui auoit fait le voyage de Moíco- uie du temps de 1’Empercur Maximilian I. Sc pour fes affai¬ res , dit qu’autrefois, dcuant que la ville de Nouogorod euft etlé conucrtic au Chriítianifme, il y auoit vn Idole que l’on ap- pclloit rerun, e’eft à dire le Dicu du feu; le motde Pt run, li- gnifiant feu en la langue Mofcouite. On reprefentoit ce Dicu tenant le foudre à la main, Sc fon entretenoit aupres de luy vn feu perpetuei de bois de chefne, quine s’efteignoit qu’aux defpcns de la vie de ccux qui le gardoient. Le mefmc Au- theur y adioufte que les habitans dc Nouogorod, apres auoit re- ceu le Baptcfmc, ictterent l’ldole dans 1 eau, qu il nageacon- trele corns de la riuiere, Sc qu’eftant prochc du pont, il ap- pella les habitans de la ville, Sc ietta au milieu d’eux vn ba¬ llon & leur dill, qu’ils cuflentale garder pourl’amour de luy, Quc dc fon temps l’on y entendoit encore à vn certain iour
  • ET DE PERSE,LI V. II. 93 de Fannée la voix de Perm, Sc qu’alors les habitans fe mettoient i 6 3 y. à fe battre à coups de ballons , auec cant d obftination , que le Wciuodc auoit de la peine à les feparcr. Au jourd huy 1 on n cn parle plus, Sc il ne rcíte plus de memoire de cc Perm qu’au Conuent quel’on appelle Perunski monaftir, que 1 on ditauoir cite baity au lieu ou eitoit autrefois le Temple del Idolc. Hors de la Yille, 5c de l’autre coité de la riuiere, l’on voic vn Cliafteau ceint de muraillcs de pierre, on demeurent le Weiiiode 6c le Metropolitain, ou 1’Archeuefque, qui a la dire¬ ction des affaires Ecclefiaftiques par toute la Prouincc. Ce cha- fteau eftioint à laVille parvn grandpont, duquclleDuc 1'tUn BafiloHits fit ietter grand nombre d’habitans dans la riuiere,lors qu’il entra dans la villc,dela façon que nousvenons de dire. Vis-à-vis du Chafteau, du code de la Ville, fevoitvn Con¬ vent dedié à faint Antoine. Les Mofcouitcs difent qu il eitoit venu dcRomcen ces quartiers-là, fur vne pierre de moulin, conuentdcS. aucclaquellcil defeenditpar leTibre, paíla la mer , Sc monta Antoine, la riuiere de Wolgda iufqu’a. N onogorod- Ils y adioutent qu il rencontra cn atriuant quelques pefeheurs, auec lciquels il fit marche de tout ce qu’ils prendroient du premier jet. Qu’ilsa- mencrent vn grand coifrcplein d’habits a dire la Meflc,de Li- urcs 5c d’argent, appartenans à ce Saint, 5c qu il y baftic cn luitte vne Chappelle, enlaquellc ils difent quil eft enterre, 5c que fon corps s’y voit encore auifientier, qu’il eftoit leiour de famort. II s’y fait à leur dire beaucoup de miracles, maisils ne permettent pas aux Eilrangers d’y entrer; fc contentans de leur monitrer la pierre de moulin, fur laquelle le Saint a fait lepretendu voyage, 6c que l’ony auoit couchee contrc la muraille. Cefont les deuotionsqui s’y font, qui ontfournyde quoy bailir vn tres-beau Convent cnce lieu-la. Nous demeurâmes i N ouogorod c\\\c\\outs , pendant lefquels \cWe1H0de nous enuoyavn prefent de vingt-quatre fortes de viandes, accommodées à leur mode, 5c de leizc diuerfes iortes de boiffons. Le Chancclier Bogdan Foedoroiiitz, oboburott, qui nous auoitferuy de Priftaf au premier voyage, nous enuoya aufli plufeurs raffaichiffcmens. Les AmbaiTadeurs firent pre¬ fent au Weiiiode d vn caroffe neuf. Le feiziemeMars l’on nous fournit fix vingts neuf cheuaux £“rSp“rtgtj‘ frais pour nos traineaux,5c nous fifmes cc iour-la quatre lieues, N0uogoro
  • 94 VOYAGE DE MOSCOVIE; IG $ 6. iufqu’a Brunits, oii nous eumes encore dcs cheuaux frais,aue c lcfquelsnous fifmes lc lendemain, dix-feptiéme, deuantmi- dy huit lieues iufqu’a Miedna, Sc apres difner quatre lieues Sc demieiufqua Krejja. Ledix-huiciéme nous fifmes deuantdif- ner fix lieues, iufqu’a Iafelbitza, Sc apres-difiier quatre , iuf¬ qu’a Simnagora. Ledix-neufiémeneuf lieues iufqu’a Columna, &C le vingtiéme cinq lieues iufqu’a W‘fna Wodcka , ou l’on nous fit voir vn ieune homrne de douze ans, qui eftoit déja ma¬ rie. KTuere l’on nous auoitfait voir vne femme qui n’en auoit qu onze; Sc cela eft aft'ez ordinaire en Mofcouic, comme aufl'i enFinlande. Le foir du mefmeiour, nous arriuafmcs à Wi»- dra. Pufck , apres auoir fait cctte apres-difnee fept lieues. En tout ce lieu-là nous netrouuafmes que trois maifons, Sc les poifles fi fales Sc fi puants, que nous en eumes vne tres-fafeheu- fenuit; quoy que par tout ailleurs les poifies ne foient gueres plus propres que chez nous les cftables. Le vingt-vniéme nous fifmes fept lieues iulqu’a la ville do Torfock. Lc vingt-deuxieme fix lieues, iufqu’a Troitska Mied- na^ Sc le vingt-troifiéme autresfix lieues iufqu’a Tuére, dont il a cftc parle cy-deftus. Etdautant que la neige commcnçoit à fondre en quelques endroits, en forte que nous n’euftions pas punous feruirde traineaux, nous nous mifmes fur 1 cWolgda. qui eftoit encore glacé , Sc fifmes cc iour-la fix lieues iufqu’a Gorodna. Le vingt-quatriéme nous reprifmes la tcrrc,parcc que la glace commençoit àfefondre,& allamcs a Sa^ido»aySc dela à Saulkajpas,fept lieues de noftre dernier giftc ■, apres auoir paf- fé quelques torrents, qui pour n’eftre pas tout i fait pris, ny aufti entierement degeles , nous rendoient les paflages fort difficiles. Le vingt-cinquiéme nous paíTâmes par vn grand village nornmc Klin, derricre lequel eft le torrent Sejlrea, qui tombe dans la riuierc de Bubna, &:auec elle dans le Wolgda. Nous fufmes contraints d’arreftcr les glaces auec des pieux, que nous fifmes cnfonccr dans le torrent, pour empefeher qu’elles nenous emportaifent. Le lendemain nous la paifafmes encore vne fois, parce qu’elle ferpente fortences quartiers-la, Sc demeurâmes le foir à Befchtck,a fept lieues de Klin. Lc vingt- . feptiéme nouspaftames encore deux petits torrents, Sc filmes fix lieues, iufqu’a Zeriizo/io. Le vingt-huitieme nous ne fif¬ ties que trois lieues, Sc arriuámes à Nicola-Varefaa , que
  • ET DE PERSE, LIV. I. 95 1’Autheur nomme au premier Liure Nicola-Nachinski ,à deu x 1 d 3 6. lieués de Mofcou, ou les Ambaíladeurs ont accouftumé dat- tendre la voíoncc du Grand-Due, Sc l’ordre qu’il defire dormer pour leur entrée. Nous ajuftafmes ccpcndanc nos liurées , Sc nous nous mifmes en ordre pour noltre caualcade, laquelle nous fifmes le lendemain fur le midy,en l’ordrc fuiuant. Premierement alloientles vingt-quatre moufquetaires, qui EntrécàMof- nous auoient conduits depuis lafrontiere,&: eftoient tous Cofa- ques. Apres eux marchoit noilre Marefchal feul. En fuitte les Oificiers Sc les Gentils-hommes, trois dcfront, Sc les principaux aux premiers rangs. Trois Trompettcs, aucc leurs trompettes d’argent. Ceux-cy eftoient immediatementfuiuis des Ambafladcurs, chacun en fon traineau, ayans deuant eux fix Gardes auec leurs Carabines, &: aux coités d’autres auec des Pertuifanes. Les Pages marchoient apres les traineaux, Sc apres eux le reftc de la fuitte à chcual, &le bagage en fort bon ordre. Le Prijlaf auoit prisla main fur les Ambaíladeurs. Eftans arriuezà vne demi-licue dc la Ville,il vint au deuant de nous plufieurs trou¬ pes de Cauallerie, Mofcouitcs, Tartares, Sc mefmes quelques Allemans, qui firentle tourdenoftre caualcade, Sc retourne- rent apres à la ville. Apres ceux-cy vinrcnt plufieurs autres troupes, qui fe feparerent, Sc prirent nos deux coités, pour nous conduire. A vn bon quart dc lieue de la Ville nous rencontrafmcs deux Prtftafs, auec vne tres-belle fuitte, Sc auec le mefme équi- page, qu’ils auoient amené lorsdenoitrc premiere reception. Eftans à vingt pas de nous, ils firent dire aux Ambaíladeurs, qu’ils priiTent la peine de defeendrede leurs traineaux, & de veniràeux. Et de fait, les P ri/tafsnemkent point pied aterre, Sc ne fe découurirent point qu’apres que les Ambaíladeurs eurent fait l’vn&: f autre. Ils font obligez d’y proceder auec cette rctenuê , Sc de ménagcr la grandeur & la reputation du Czastr, à peine de difgrace, laquelle eft bienfouuent accom- pagnée du foiict, ou des ctriuieres. La reception fe ft en la mefme manierc qu’au premier voya- La r“eP.^?. gc. Le plus ancien Priftaf commcnçant en ces termes; Le d'*tJ roDa Grand-Seigneur ,C&aarc? Grand-Due, Michel Pederoiiits , Sec. y adjoutant tous les titres, nous acommandt de recemrtcy Philip-
  • 9é VOYAGE DE MOSCOVIE, ió}6. jes Crufius & toy Otton Brugman, grands Ambajfadeurs du Grand- Seigneur Frideric, Due de Holstein, & de
  • ET DE PERSE, LI V. II. 57 me liberte que Ton nous donna lors de noftre premier voyage. Le troifiéme Avril nous eufmes noftre premiere Audiancc publique, à laquelle nous fufincs conduits auec les mefmes ceremonies que cy-deuant, &: en noftre caualcade nous gar- dafmes le meftne ordre que nous auions obferué à noftre en¬ tree j finon que le Secretaire marchoit immediatement de- uant les Ambafladeurs , portant les lettres dc Greance fur vne grande piece de taffetas cramoifi. Les moufquctaires auoient fait haye depuis noftre logis iufqu’au Chafteau,inais cela n’empefeha pas quelc peuplen’y accouruftcn foulepour nous voir. Les Courtiers alloicnt & venoicntcomme de couftume,pour regler noftre marche; afin que le Grand-Due fepuft mettre fur fon throne au mefme moment de noftre arriuée. Les Ceremonies del’Audience eftoient toutes femblablcsà cclles dont nous auons parlé cy-defl’us. Etla propofition nc contcnoit quedes complimens, des remcrcimcns de ce qu’il auoit plu à faMajefté accorder aux Ambafladeurs le paflage cn Pcrfe, &: des inftances pour quelques conferences fecrctcs. Incontinent apres noftre retour au logis arriua vn des Ef- cuyerstranchants du Grand-Due,nommkKncySimen Pttrouits Luou, auec quarante plats de la table de fa Majefté, tous de poiflon,fritures&:legumes, àcaufe deleurCarcfme,&douze pots de toutes fortes de breuuages. Apres que Ton euft mis la nappe, &: que Ion euft feruy , il prefentade fa main aux Ambafladeurs,&iceux de leurfuittc,a chacun vn gobelct plein d’vnctres forte eau devie,prit luy- mefmc vn grand vafe de vermeil doré, & beut à la fanté du Grand-Due, à celle du jeune Prince, & enfuitteà cclle de fon Altcfle; obligeant route la compagnieà luy faire raifon. On luy fit prefent d’vn vafede vermeil doré, &: à ceux qui auoient apporté la viande, acjiacundeuxefcus. Nous nousmifmesà table; mais dautantquc la plufpartdcs viandes eftoient appreftées auec de Tail & dcl’oignon, nous n’en mangeafmes que fort peu , &: enuoyafmes le furplus anos amisà la VilR. Nous fifmes felon leprouerbe, à peu manger bienboire; &: c’efta quoy nous animerent les Ambafladeurs de Pcrfe, qui eftoientlogés en noftre voifinage, par le bruit de leurs mufettes & hautbois, dont ilsnous voulurent don- N r 6 3 6» A V R 1 J.. Cctie propo¬ fition fetrou- ue dc mot à mot cn l’Ori- ginal, maisé- tãtimpoíTible d'expriraerlcs complimens Allcmans en noftrcLanguc, nous auons trouud à pro- pos d’endirc fculcmcnt 1» contenu.
  • 98 VOYAGE DEMOSCOVIE, \6)6, ncrlc diuertiflemcnt,, Sc par les excellcns vins, que le Grand- Due nous auoit enuoyés. Lc cinquiémeAvril nous fufines a noftre premiere Audien¬ ce fecrettc, aucc les ceremonies ordinaires, Sc eufmes pour Commifl'aires les mefmes Bojares Sc Seigneurs quiauoient ne¬ gocie auec nous au premier voyage; à la referue du Chance- lier IuanTarajjouitz, Grammattn, qui auoit reíigné fa charge à caufede fonaage, Sc auoit eu pour fucccfleur Fedor fedoroufin Licbozou. Pendant cettc audience mourut au logis vn de nos Laquais, qui en verfant auec le traifneau, quelqucs iours au- parauant auoit eftc blefte de la caflette dc l’Ambafladeur Brugman, qui luy eftoit tombee fur l’eftomach : Sc dautant qu’il auoit fait profellion dc la Religion reformée, l’on fit por¬ ter le corps au Temple dc ceux de la Religion, ou l’on luy fit vn Sermon Funebrc, apres lequel on l’enterra au cimetierc des Allemans. Lc Grand-Due nous enuoya pour le Conuoy vn Prijiaf, Sc quinze cheuaux blancs dc fon cfcuric. Leneufiéme nous eufmes noflre deuxiémc Audience par- ticulierc. Ledixicme, qui eftoit lc iour de Pafques Fleuries, lesMof- Psfqucs°rieuC couitcs fircnt vne belle Proceftion, pour reprefenter l’entree . ties de noftre Seigneur dans Ierufalem; Et afin que nous la puf- fions voir à noftre aife, parce que nous auions témoigné du defir pour cela,le Grand-Due enuoya aux Ambafl’adeurs leurs deux cheuaux ordinaires, Sc quinze autres pour leur fuitte. II nous fit aufli garder vn lieu vn peu eleuc aupres dc la porte du Chaufteau, d’ou Ton fit retirerle peuple, quis’y trouuoit aunombrede plus dedix-milleperfonnes. Les Ambafl'adcurs de Perfe eurent leur place derriere nous,fur le petit theatre,dont nous auons parle cy deflus. Le Grand-Due, apres auoir aftifté au feruice de l’Eglife Noftre-Damc, fortitdu Chafteau aucc le Patriarche, enforc bon ordre. Premicremcnt marchoit vn tres-grand chariot, fait dais cloiiez enfcmble, mais bas monté, trainant vn arbre,duqucl pendoient’ force pommes, figues, raifins , fur lequel eftoient aftis quatre garçons auec leurs furplis, qui chantoient \cHo- fanna. Apres cela fuiuoient plufieurs Preftres auec leurs furplis Sc
  • ET DE PERSE, LIV. IT. §9 chafubleS, portant plulíeurs Croix, Bannieres Sc Images, fur i 6 5 6. de longues perches; dontlesvnschantoient,& lcs autres en- ccnfoient le peuple. En fuitte de cela marchoient lcs princi- paux Gofcs, ou Marchands; apres eux lcs Diacres, Commis, Secretaires, Knez &: Bojares, tenant la plufpart des palmes à la main, & prccedans immcdiatement le Grand-Duc,qui eftoit tres-richement veltu, ayantla Couronnc fur la tefte, &: eftoit menéfous les bras par les deux principaux Confeillersd’Eftat, Knezj Imn Borifouts Cyrcaski^C Knez, Alexey Michaêlouits LW'ou, &c tenoit luy-mefme parla bride le cheualdu Patriarchc qui eftoit couucrt de drap , & dcfguifé cn afnet Le Patriarche qui le montoit, auoit fur la tefte vn bonnet rond de fatin blanc, cn broderiedetres-bellcsperles, par deflus vne tres-riche Couronne. II tenoit delamaindroitevne Croix de Diamans, dont ilfeferuoit pour bcnirlePeuple,qui receuoitfabenedi- ítion auec beaucoupderoumiflion , baiffant la tefte &faifant inceftamment le figne dela Croix. II auoit au pres & dcrricrc luy les Metropolitains, Eucfqucs&: autres Preftres, dont les vns portoient des Liures &. lcs autres des encenfoirs. II s’y trou- ua prés de cinquantcieunes garçons, la plufpart veftus de rou¬ ge, qui eftoient leurs caiaques, Sc lcs mettoient fur le che- min: les autres auoient des pieces de drap d’vne aulne de long, de toutes fortes de couleurs j qu’ils couchoicntpar terre, pour y faire paflerle Grand-Duc&: le Patriarche. LeGrand-Duc eftant arriué vis-à-vis du lieu ou nous eftions , s’arrefta, &: nous enuoyafon premier truchement, lean Hebnes, pour nous dc- mander 1’eftatde noftrefanté, &:ne fit continuer la proceftion que l’onneluy eullporténoftre refponfe. Apres cela,il entra dansTEglife, 0C1 il demeuraenuiron vne dcmi-heurc. Au re¬ tour, il s’arrefta encore au mefme lieu , pour faire dire aux Ambafladeurs qu’il leur enuoyeroit à difner dc fa tablexc qu’il nc fit pas pourtant, mais au lieu de ccla, Ton nous doubla noftre ordinaire. L’honneur que le Grand-Due fait au Patriarche, de luy mener fon cheual, luy vaut quatre cens efeus, que le Patriar¬ che eft oblige dcluy donner. Les mefmes ceremonies le font le iour de Pafques Fleuries par route la Mofcouie, ou les Me¬ tropolitains & les Euefques reprefentent la perfonne du Pa¬ triarche , & les Weinodes,ou Gouuemcurs,celle du Grand-Due N ij \ /
  • 100 VOYAGE DE MOSCOVIE, *636. Le dix-feptiéme Auril ciloit lcur Pafque. C’efl: la plus Les Mofcoai- gianiic dc toutes lcurs felles, Sz ils la celebrent auec bcau- lTfcfte d"0' coup dc ceremonies, & y font de grandes réjouyíTancesjtant cn Pagues. memoire de la Refurreélion de nollre Seigneur, que parcc que c’ellla la fin de lcur Carefme. On nevoyoit autre chofe par les rues que dcs Mercicrs , qui vendoient des oeufs dc toutes fortes dc coulcurs, dont les Mofcouites fe font des prefents les vns aux autres, toute la premiere quinzaine apres Pafquesj pendant laquelle, quandils fc rencontrcnt ils s’entre-baifent: £z fefallientde ces paroles: cbrtJlosWos Chreft, c’cil à dire, Chrill eft; refufeité, à quoy l’autre répond, Wojlm Wos ebreft, ceilà dire , veritablementilell reílufcité. 11 n'y aperfonne,de quelquccondition, fexe ouqualité qu’il puifl'c elite, qmofe refufer ces baifers, ou les oeufs qu’on luy prefentc. Lc Grand- Due mefme cn fait prefent à fes principaux Confeillers, & aux Seigneurs defaCour. IlaaufllaccouíluméleiourdePaf- ques, dc vifiterde grand matin les prifonniers deuant qued’al- ler à l’Eglifc, SZ de leur faire diílribuer à chacun vn oeuf, & des fourrures de peaux de mouton, les exhortant de le réjouyr, puis que Chrill ell mort pour lcur pcchés , & que prefente- mentil eit veritablement refufeité. Cela eftant fait, il fait re- fermerla prifon, &vai fes deuotions. Leurs plus grandes ré- joiiiílances confillent en dcs fellins, Sz en bonne cherc j mais particulieremcnt cn dcs debauches qu’ils font dans les caba¬ rets, qui font plcins de routes fortes de perfonnes,, d’hom- mes& de femmes, d’EcclefialliquesSz de Seculiers,quis’en- yurent tellement, que les rues font toutes jonchccs d’yuro-
  • ET DE PERSE, LIV. II. i« 47. a la cinquicme Sc derniere audiance particuliere. 1636. Le trenticme May, le Grand- Due permit au Gouuerneur du icuncPrincedcfaircvolerloy fcau,Sc deconuieràcediuertif- fementles Gentils-hommes dc noflrc íbitte. II nous enuoya ícs cheuaux, Sc nous mena à deux lieucs de la ville, dans vne tres- bellc prairie. Apres auoir chafle deux ou trois heures, Ton nous donna la collation fous vne tente ,que l’on y auoit fait dreiler exprés. Le traitementfutàrordinaire,d’eaude vie,d’hydro- mel, de pain d’epices Sc dc cerifes confitcs. LepremierIuin,lesMofcouites celebrerent auecbcaucoup dc folemnitcz, le iour dc la naiflance du ieunc Prince Knez, Juan .'Michaciouits. Nous y eufmes part, parcc que Ton nous doubla l’ordinaire de nos viures. Letroiiicine,rAmbafladeur Rrugman cuten ion particulier ' 1 ▼!*<• pour la deuxieme fois,vnc conference fecrette auec les Boja¬ res. Le quatrieme Iuin, qui eiloit la veille de la Pentecofte, le Grand-Due donna Audiance publique dc congé à tous les Am- bafladeurs, qui fe trouuoient alors à Mofcou. Celuy de Perfe fut le premier al’Audiance. C’ciloit vn Cupzin, ou Marchand, Sc. en reuenant del’Audiance il auoit mis fur fon habit, fuiuant la couftume de Perfe, vne veile de fatin rouge cramoify , dou¬ ble de fort belles martrcs,dontlc Grand-Due luy auoit fait prefent. Apres luy furentà l’Audiance les Grccs, les Armeniens Sc les Tartares, qui au retour faifoient porter deuanteux leurslettres Sc les prefents qu’on leur auoit faits. Le douziéme arriua noftre Controlleur, qui eiloit demeu- réàDantziq, ou il auoit fait acheuer quelques ouurages, Sc prefens, que nous dcuions emportcrcn Perfe. Le Grand-Due eiloit alléen peierinage hors dc la Ville, &le Chancelier n’o- foit pas permettre au Controlleur d’y entrer, fansl’ordre expres de fa Maieílé; ce qui fut caufc qu’il demeura trois iours entiers aux fauxbourgs. Le quinziéme le Grand-Due Sc la Duchefle fa femme, caualeade de reuinrent à CMofcou. Le Grand-Due auoit vne longue fuitte [*^canci de Seigneurs. LaDucheffe auoit apres ellc trente-iix Dames, ou Damoifciles. Ellcs eftoient toutes à chcual, iambe deça, iambe dela , habillées de rouge , Sc le chappeau blanc fur la telle , auec de grands cordons rouges battans fur le dos, N iij
  • VOYAGE DE MOS'COVIE, i <5 3 6. Atidiance du Sccre airc dc I’Ambalfadc. Intrée des Ambadadcurs de Pologuc. l'ccharpc blanche an col , Sc elles eftoient fort vilainemeftt fardées. Lc dix- feptiéme ie fus enuoyé au Chancelier, pour luy pavler de nos expeditions. II me voulut faire l’honneur entier, Sc or- donna quVnPr//£//m’introduififtàrAudiance. Cette ciuilité importune me coufta deux heurcs dc patience, qu’il fallut pren¬ dre dansl’antichambre, iufqu’acequeIoneuft trouucvnPri- ftaf. Le Chancelier &le Vice-Chancelier me receurent fort bien, & me renuoyerent fort fatisfait. La table de la chambre del’Audianceeftoitcouuerted’vntres-beau tapis de Perfe, fur lcquelyauoit vne eferitoire d’argent, mais fans ancrer&l’on me dit, que l’vn Sc l’autre n’y auoit efté mis que par parade , SC pour le temps quej’auois à demeurer auec cux. Pay fuiet de croi- rcquel’onme fit attendre principalement, afind’auoir leloifir d’accommodcr la chambre , laquelle n'eftoit pas fort propre fans cela. Le vingtiéme les Vrijhfs Sc les Commis nousvinrent dire, que nous pourrions continuer noftre voyage de Perfe, quandil nous plairoit, Sc qu’au retour nous aurions l’honneur de baifer la main àfa Maiefté Czaarique. Qu’il ne feroit pas à propos de le faireprefentement,puifque les Ambailadcurs neprenoient pas conge pour s’en rctourner chez eux, Sc qu’en la derniere Audiance publique le Grand-Due feroit oblige deleurdonner la réponfe aux lettres de Creance qu’ils auoient apportces; ce qui ne feroit pas dans labien-feance. Nous nous refolumes done au voyage, fifmes mettre cn or dre quelqucs barques,pour defeendre la riuierc iufqu’a AT//2, Sc nous prifmes à noftre feruice trois Lieutcnans, quatre Sergens, Sc vingt-trois Soldats, Eicoifois Sc Allemans. Le Grand-Due nous permit de les choifir dans fes Gardes, pour noftre fcurete contre les courfes desTartares, qui rendent le chemin fur le Wolgafort dangereux. Nous loiiafmcs aufti quelques Mofcoui- tes, pourle trauail ordinaire. Nous employafmesle 14.Sc 15. Iuinà embarquer ,&àfairc partir quelques petites pieces de fontc,que nous auiosamenées d’Allemagne, quelques pierrier* que nous auions achettés à OWoJcoh , Sc vne partie de noftre ba- gage; auec ordre au condu&eur dc nous attendre \NiJi. Le vingt- íixiémc arriuerent des Ambaftadeurs; ou pouS parler ala mode des Mofcouites ,des Gourriers de confiaera-
  • ET DE PERSE, LI V. II. 103 tion , dela pare du Roy dcPologne. Nous fortifmcs dela villc 16 5 6. pourvoir leur entree. Des qu'jls nous apperccurcnt, lis nous laluêrent fort ciuilcmcnt, en fe découuranc, mais ils traittoient les Mofeouites aucc bcaucoup de fierté ,&:ncfcdécouuroicnt point. Ils obligerent auííi 1 cs Priflafs à defeendre de cheual, & à fe découurir les premiers; difans qu’ils n'eftoiCnt pas-là pourfairehonneur aux Mofeouites,mais pour en rcceuoird’eux. Audi n’y eut-il point de cheuaux de l’efcurie du Grand-Duc pour 1’entrée des Ambaííadcurs; parce quepeu de iours aupara- uant vn autre Ambaííadeur de Polognc les auoit refufez, &: s’eftoitvoulu feruir dcsfiens. Cét autre Ambaííadeur Polonois, afín que j’en die encore Ficrtc aíTadeur tinent aprcsladcífaitedes Mofeouites deuant Smolensko, & fe ItlloaoiS* fçeut,fi bien feruir de cét aduantage là,qu’il ne leur en laifla au- cun pendant le feiour qu’il fit à Mofcou. II voulut eítre aífis en faifant fa proposition, quand en prononçant le nona & les titres de fon Roy, il voyoit que les Bojares n’oftoient point leurs bonnets , il s’arreftoit, iufqu’a ce que le Grand-Duc leur eutfait figne &: commandé de fe découurir. Le Roy de Polognc n’auoit point enuoyé dc prefens au Grand-Ducí mais l’AmbaiTadeur luy donna, pour luy en fon particular, vn fort beau caroífe, &neantmoins quand le Grand-Duc luy enuoya vn riche prefent de martres , il le refufa. C’eft pour- quoy le Grand-Duc luy renuoya fon caroífe, &: 1’Ambaííadeur qui nc cherchoit quvn pretexte pour s’emporter, en prit fuiet de faire ietter le PrifiafòiU haut en basdela montée. Le Grand- Ducs'en trouua tellement oífenfé,qu’il fit dire à 1’ AmbaíTadeur, qu’il ne fçauoit pas fi c’eiloit de 1'ordre de fon Roy, qu’il en vfoit ainfi, ou ficeíloit de fon mouucment qu’il commettoit ces cxcez. Que li fon Roy luy auoit commandé de 1’outragerdc la forte,ilfalloit auoir patience,iufquà cc que Dieu luy euftdonné le moyen de s’en reflentir. Que 1’éuenement des armes eíloit en fa main, & qu’il le pouuoit elperer en fa faueur. Mais que sTl l’auoit fait fans ordre & de fon mouucment, il s’en plaindroit au Roy fon Maiftre, & luy en demanderoit juílice. Le 16. luin le Priílaf nous vint apporter le paíícport du pjiTcport da Grand-Duc, lcquel pour eftre d’vn ftile aílez extraordinaire, Grand-Duc. nous auonsvoulu inícrericy, ainfi quel’Autheur nous ledon-
  • 104 VOYAGE DE MOSCOVIE,' - 1636. ne,traduít mota mot duMofcouitc ,cn ccstermcs: 5> De la part du Grand-Seigneur, <3£ Grand-Duc dc tous les Paflepartdn » RuíTes Michel Federoúitz, ,i\ eft enjointàtous nos Bojares, a.ana-Duc. «^eiuodes & Diaxen, & àtous nos gens de commandement «depuis la ville de Mofcott,iufqu’a Columnar delaà Perc/laf, « Rcfansky,& Kafimoúa à Murama ôc à Nifè-Noitogorod,\ Cafanct, 33 Aftracham: de laiíFer paíTcr Philippes Crupus & Otton Brug- ■y>man , AmbaíTadeurs &: Confeilíers du Due Frideric dc 3> Holftein que nous auons permis de partir de Mofcou pour waller cn Perfe, au Schach Sefi de Perfe, en vertu du trai- >3té fait pour le paíTage 8£ le commerce des marchands dc «Holftein. Nous leur auons aufli permis d’emmener auec »eux leurs Allemans dc Holftein, au nombre de8y. perfon- Mncs,&:pour leur efeorte trente Soldats,pris dc noftrecon- »*fentemcnt parmy les Allemans, qui feruent en Mofcouic-, »dont ils pourront augmenter le nombre,pour la feuretédc »>leur voyage dc Petfe à Ni/è, Ca/fan ou Ajlracbam , d’onze «hommes, Allemans ou Mofcouites volontaires. Nous leur »permettons auífi deloiier àNifc deux pilotes,qui fçachcnt »lc cours du wolga. Nous confcntons &pcrmcctons pareil- «lement aufdits AmbaíTadeurs de Holftein, fi à leur rctour Mdu voyage de Perfe ils ont befoin d’efcorte, ou d’autres » gens pour le trauail, de prendre à Ca/fkn ou à ^ifirachan, & par '’tout aiileurs ou il leurplaira, quarante hommes ,ou tel au- »trc nombre , quils iugeront neceífaire pour Tauancement »de leur voyage; à la charge que ceux de nos gens , qui fe ’’loiieron-t aufdits AmbaíTadeurs, feront connoiftre leurs noms » aux Bojares, wciiiodes &: Diaxen , du lieu de leur demeure, «tanten partant, qu’aurctour-.afinqu’ilen foittenu regiftre. >3 Et s’ils reuicnncnt de Perfe pendant 1’Hyuer, ils pourront «pour leur argent prendre à leur feruice tel nombre d’hom- »mes & de traineaux; quils iugeront neceílaire pour la conti- «nuation de leur voyage, "Nous auons auífi nommé Bodiuon Gabato, Gentilhomme wd’Aftrachan , pour conduire lefdits AmbaíTadeurs depuis «Mofcou iufqu’a Aftrachan. C’eft pourquoy nous vous j’Commandons, nos Bojares, Weiuodes, Diaken, & gens de com- »»mandement, de laifler paíTcr ledit Rodiiion, auec les Arnbaf- «fadeurs dc Holftein, fans leur dormer aucun empefefiemen?.
  • ET DE PER SE,LI V. II. toy Et qucfi aprcsauoir fait le voyage de Perfe,à leur retour ils« veulentrepaíTer par les pais denoftre obeiífancc, vousleur « permettiez dc prendre à leur feruice, pour 1c trauail ou« pour l’efcortc fur le Wolga, quarante hommes, ou tel autrc« nombrc,dont ils auront bcfoin,lefquels ils prendront cnvertu « du prefcnt paíleporc à Aftrachan, à CaíTan, ou en tel autre e«) lieu qu’illcur plaira. Etlcfdits nos fujets fcront obliges de«} faire enregiftrer leurs noms, tant en partantquau retourjcc! afin que Ton voye s’il ne s’y meíle point de volcurs, & de Go-«j lops, ou d’Efclauesfugitifs. Demefme au retour de leur voya-«; ge,en paílantpar la Mofcouie pendant 1’hyuer, ils pourront« loúer pour lcur argent tel nombre de traineaux qu’il leur piai- « ra-, fans qu’on lcurpuiífe donner aucun empefchement, ou « apporter aucun retardemcnt à lacontinuation de leur voyage,« tant dans les villes qu’à la campagne. Voulans que l’on refpe- « cte les Ambaííadcurs de Holftcin,& que Ton témoignc de l’a- « mitiéà leurs gens, tant enallantqu’en venant; fans fouftrir « qu’on leur fade aucune violence, ou qu’on les vole : comme « euxde leur coíléne prendront point dcs viures par force de « qui quecefoit; mais il leur fera permisd’cn acheter pour lcur « argent dc ccux qui leur en voudront vendre volontairement, « tant en allant qu en venant. Efcrit à Mofcou fan 7144. le ao. « Iuin, & cíloit figné, Le Cz,aar& Grand-Buc de tons les Ruffes Mi¬ chel Federoiiits, &: plus bas, Beak Maxim Matuskineftoit fcellc du grand Sceau. Dés que le Priftaf nous euft deliurc noftre paíleport, nous prifmes iour pour noílrc depart, & le fixafmes au 30. Iuin. Le lieur BauidRut^nous íít encore vn grand feftince iour-là, ÔC nous entretint iufqu’n. ce que la derniere heure du iour, que les Mofcouites commencent auce le Soleil leuant, & achcuent quand il fe couche, cftant fonnée,le Priftaf nous fit amener les cheuaux du Grand-Duc, &€ nous fit partir enla compagniede pluficurs perfonnesde condition, qui nous íirent 1’honneur de nous conduire iufqu’au Convent de Simanafz trois lieues de Mofcou, ou noftre barque nous attendoit, parce que nous vou- lions éuiter les tours & détours, que la riuiere fait depuis la ville de Mofcou iufqu en ce lieu-là. Mais il n’eft pas iuíle de partir de Mofcou,fans faire connoitre cette grande ville, qui eft la capitale de toute la Mofcouie, à la- O 1 3 (j. Les AmbaíTa- tleurs partent dc Mofcou. D c feri p ti on dc la villcdc Mofcou.
  • io6 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1636. quelle elle donne le nomjcomme ellc tire lc Tien de la riuiere de cMosktt. Cette riuiere qui trauerfe Sc fepare tout le relic de la villc d’auec lc quartier que Ton appelle Strelitza Slaiioda, fort de la Prouince de Tiiere, Sc apres auoir ioint fes eaux à celles de l’Occa aupres de Columna, elle entre auecelle à vne demy-lieue de la dans le Wolga. La ville ell íltuée à 53. de- grés 36. minut. d’élcuation, Sc à 66. degr. de longitude, au mi¬ lieu de toil tie pais, Sc dans vne diílance quail égalcde routes les fiontieres, dont elle ell éloignéede plus de fix vingt liciies d’Allcmagnc. Elleenaenuirontrois detour, Sc il ell certain qu’autrefois elle elloit fans comparaifon plus grande qu’elle n’cll auiourd’liuy. Mathias de , Chanoine de Cracouic, qui viuoit au commencement du dernier fieele , dit que de fon temps elle elloit deux fois plus grande que la ville de Pra^ gue. Les Tartarcs de Crim Sc de Precop la brulercnt en Pan. 1371. & le feu que les Polonnois y mirentenl’an 1611. nelailfa de refle que le ckalleau fcul, Sc ncantmoins Ton y comptc prefentement plus de quarante mille maifons, & il ell certain, que e’eft auiourd’huy vne dcs plus grandes villes de l’Europe. Ses nuifons II ell vray,qu’a la referue des hoftels des grands Seigneurs, fomdebois. Sc des maifons de quclqucs marchands aifes, qui enont bally de pierre ou de briques, routes les autres font de bois, &: qu el- les font bailies de plulieurs poutres Sc foliues de fapin , ar- rangées les vnes fur les autres. Les toicls font d’cfcorces d’arbres, qu’ils couurent quelqucfois de gazons. La negli¬ gence des Mofcouites, Sc lepeud ordre qu’ils ontcnlcur me¬ nage, faitqu’il nefe palTe point de inois, ny mefmc prelque point de fepmaine, que le feu ne s’y prenne: Sc que cét Ele¬ ment, rencontrant vne matierefort combullible, ne reduife cn vn moment plulieurs maifons , & li le vent l’anime, mef- mes des rues entieres cn cendres. Peu de iours deuant no- llre arriuécle feu auoitconfumc la troiíiéme partie de la ville, Sc il y a cinq ou fix ans qu’vn femblable accident faillit de la de- truirc entierement. Pour preuenir ces defordres, il ell en- ioint aux Strelits, ouMoufquetaires de la garde, Sc aux archers du Guet,de porter la nuit des haches, auec lefquelles ils abba- tent les maifons, que le voifinagedu feu menace d’vn fem¬ blable accident; dont ils empefehent parcemoyenle progrés ^uec bjen plus defucces que s’ils entrcprejioient de l’eflcindre
  • ET D E PERSE, LI V. II. 107 Et afin qu’il nc prennepointaux autres baftimcnts plus folides, 1656. 1’on cn fait les ouuertures &c fencftres fort pctitcs, &: on lcs gar- nit de volets de fer blanc, pour empécher que les efclats &: eftin- ccllcsn’y cntrent point. Ceux qui font ccs pertes s’enconfolet cn quelquefaçon, par la facilite qu’ilsont de trouuer des mai- fons neuues toutes bafties, au marche deftiné pour cela hors de la muraillc blanche, oii l’on achette pour fort peu de chofevne maifon entiere que i’on fait démontcr, tranfportcr &: rcballir en. fort peu de temps au lieu ou eftoitla premiere, Les rues de la ville de Mofcou font belles &e fort larges, mais ficrottées, quand lapluyca détrcmpé tant foit peu la tcrre, qu’il fcroit impoílible de fe tircrdela boué, fans lcs rondins joints enfemble , que Ton y a mis, &: quiy font vne cfpece de pont, à peu prés de la façon de celuy du Rhin aupres de Straf- bourg, qui ferucnt de paué dans lcroauuais temps. Toutc la ville eft diuifée en quatre quartiers ou cerclcs ,Kataygoroá. dont le premier eftnommé Kttaigorod, c’eil à dire ville du mi¬ lieu,' parcc qu’il eft fit ué au milieu des autres. Ce quartiereft ceint&fcparé des autres par vne bonne muraille dcbriqucs, que lcs Mofcouites appellent Crafne Stcnna, c’cftii dire pier- re rouge. La Mofca lalaue du coité du Midy, & lariuiere dc Neghna, qui fc joint à l’autre derriere le chafteau, vers le Nort. Le Palais du Grand-Due,que Ton novt\meCrcmelen
  • ioS VOYAGE DE MOSCOVIE, Bojares qui ont dcs charges à la Cour. Depuis pcu Ton y a baity vn fort beau Palais de picrre, à l’ltalienne, pour le ieune Prince; mais le Grand-Due continue tqufiours de demeurer dans fon Palais de bois,comme eftant plus fain que les baftimens de pier- re. L’epargne 5c les magazins des poudres & dcs viures font auf- li enfermes dans l’enceinte du chafteau. On y voit auiTi deux fort beaux Convents, l’vn de Moines &: l’autre de Rcligieufes, & plus de cinquante Eglifies, &: Chap- pclles,toutes bailies de picrre: Entr’autres celles de la Sainte Trinité, de Sainte Marie, de S. Michel, ou font les tombeaux des Grand-Ducs,&: de S. Nicolas. A la porte du Chafteau , mais hors de fes muraillcs, du cofté du midy,fe voit la belle Eglife, dediée i la Trinité & commu- nement appellee Ierufalcm. Quand elle fut acheucc le Tyran Juan Bajilouits trouua fon baíliment il magnifique, qu’il fit cre- uer les yeux à I’archite&e; afin qu’il ne fift plus de bâtiment, qui put eftremis cnparallele auecceluy-cy. Aupres decerte Egli¬ fe font deux groilcs pieces d’Artillerie,qui ont la bouche tour¬ nee vers la rue , par laqucllc les Tartares ont accouítumé de faire leurs irruptions: mais ces canons font demontés, &c ainfi hors d’vfage. La place qui eft deuantle chafteau fait le premier marche de laville, & on levoit tout le long duiour fourmiHer de mon¬ de, mais principalement d’Efclaues & de faineans. Tout le marche eft plcindc boutiques, aufll bien que routes les rues qui y aboutiflent; mais chaquc meftier a la fienne, &: fon quar- tier ; en forte que lesmarchandsdefoyene fe meftent point aucc les marchands de drap, oude toilc, nylesorfeures auec les felliers, cordonniers, taillcurs, pelletiers ou autres arti- fans; mais chaquc profeifion & chaque meftier a fa rue. Ce qui eft d’autant plus commode qu’en vn moment on dcficou- ure de l’oeil tout ce que l’on defire. Les lingeres ont leurs boutiques au milieu du marche, ou il fe trouue encore vne au¬ tre forte de marchandcs, qui tiennent des bagucs en la bou¬ che, &: debitent auec leurs rubis leurs turquoifes, vne autre marchandife que Ion ne voit point. Il y a auffi vne rue parti- culicre, oii Ton ne vend quedes Images de leurs Saints. Il eft vrayquecela nepafle point pour marchandife chez les Mofi- couitcs,qui feroient confidence de dire qu’ils one achetté vn
  • ET DE PERSE, LI V. II. 109 Sainft;maisilsdifcntqu’ilslcs troquentauccde1’argent,&cn les acheptant ils nc marchandentpoint,mais ais en payent ce quele peintrc demande. II y a encore vn autre lieu en cc quartier-là qu’ils appellent le marche poiiillcux; parcc que les habitans s’yfont fairc lc poil, dont toute la place eft tellement couuertc, qu’il fembleque lony marchefurdesmattelats. Laplufpartdesprincipaux Gofcs ou Marchands, comme auífi plufieurs Knez & Seigneurs Mof- couitcs ont leurs maifons en cc premier cercle. Le fecond quartier s’appcllc Cfaargorod, c’eftàdire ville du czaargoroJ. Czaar ,ou ville Royale, &c enferme le premier comme dans vn demy cercle. La petite riuicrc de Neglina y pafle au milieu, ilafa murailleparticulierequ’ils appellent Biela-Stema,cellà dire muraille blanche. C’cft en ce quartier-là ou eft 1’Arfenac,&: le lieu ou Ion fondle canon & les cloches, qu’ils appellent Peg- gana-brut, dont le Grand-Duca donné la direction à vn tres- faabille homme, nommé lean Valk, natifdc Nuremberg, qu’il a fait venir expres de Hollande , àcaufe du moyen qu il a trouue le premier, dc tirer vn boulct de canon de feize liurcs dc calibre aucc cinq liures de poudre. Les Mofcouites qui ont trauaille fous cet homme, ont fi bien appris la fonte, que prefentemeiu ils y reiiififlcnt auifi bien que les plus fçauans AUemans. Encemefmc quartierdemeurentplufieurs Knez, Seigneurs, S'tnbojares, ou Gcntils-hommés, & vn grand nombre de mar¬ chands qui trafiquent par tout le pais , &: d’artiians, mais fur tout des boulangers. On y voit aufli dcs boucheries,des cabarets à biere, à hidromel & à eau de vie, des greniers à bled, U des marchands de farine, &l’cfcuriedu Grand-Due. Le troiíléme quartier de la ville de Mofcou s’appelle Skora- skoradon*., dom, & enferme le quartier que Ton nomme Czaargorod > depuis le Leuant,cn tirant par lc Nort iufqu’au Ponant. Lcs Mofcoui¬ tes difent que ce quartier auoit y. licues d’Allemagne de tour, auant que les Tartarcs euíTent bruílé la ville cn 1 an 1571. La petite riuiere de Iagufas y pafle, & y entre dans la Mofca. C ell en ce quartier la ou eft le marche au bois &: aux maifons, dont nous auons parlé cy-deftus;ou lon trouue dcs maifons toutes dreflees, que 1’ondémonte, tranfporte & redreffe enfortpeu de temps, & aucc peu de peine de dépenfe 5 pud que Ton fc contente de mettre lespoutres, Seles rondinslesvns fur les au- O iij
  • Strclitza Slaoda. no VOYAGE DE MOSCOVIE, trcs , &deremplir lcs ouuertures de moufle. On appelle le quatriefme quartier Sire lit za Sld^eda, a caufc dcsftrelits ou moufquctaires dc la garde du Grand-Due qui y ont leur demeure. II eft litué vers le Midy du quartier de Kitay- gorod, de deli la Mofca, fur les aduenues des Tartares. Ses rem- pars &: baftions font dc bois. Le Grand-Due Bafdi Iuaneiiits, pere de lean Bafdoiiits, qui fit baftir ce quartier, les deftina pour le logement des Soldats cftrangers,comme Polonois, Allcmans &: autres ; nommant ce lieu-la Naeilki, ou le quartier des yuro- gnes, du mot iVá/iquifignifie verfe; parce que ces eftrangers eftans plus fuiets i l’yurogncrie queles MofcouitcS ,il nc vou- loit point que leur exemple fift vn mauuais eft'etdans l’efpritde ces gens, qui fans cela nc font que trop portes i la debauche. Au refte, il n’y a dans ce quartier-li , auec les Soldats, qu’vne partie du menu peuple. II y a dans la ville de Mofcou,&: dans fes faux-bourgs, vn tres- grand nombre d'Eglilcs, de Conuents &: de Chappelles. Nous auons dit enla premiere impreifion de ce voyage , qu’elles pa(- foientceluy de quinze cens :mais dautant que lean Loiiis Gode- froy, Auteur de XArchcntologia. Cofmica, trouue ce nombre ft ex- ceilifjqu’ilnecraint point d’enparler, commed’vne chofcqui n’a point d’apparencc de verite, ie me trouue oblige de dire, que icm’yfuis trompé en effet, &qu’il eft certain qu’il y en a plus de deux mille. II n’y a point de Mofcouite, qui ait demeuré i Mofcou,ny mefmepoint d’eftranger,qui ait tant foitpeude connoiífance de cette ville, qui ne confirme cctte verite, & qui ne fçache qu’il n’y a point de Seigneur qui n’aitfaChap- pelle particuliere, ny de rue qui n’en ait plulicurs. II eft vray qu’elles font la plufpart fort petites, ii qu’ellcs n’ont que quinze pieds en quarre ; mefmes qu autrefois auant que lc Patriarche euft ordonné qu’on les baftift dc pierres,ellcs eftoient toutes de bois ; mais cela n’empefche pas qu’il n’y en ait beaucoup, & que le nombre ne monte àce que nous venons 4c dire.
  • { Brial CmU ha et iVcflvci Movkmanskoy more t 1i;’ar“n' ~ *JCibameJ . túi2V,„, I ÍT‘cpcnvoU c°ua}a- Camttwos crzetuf. •oria r,)< ' r/ArJífÂ^ ivcnetc ceitere ajcr/ut .umetv um mare 'ertnawci sifrtyeçrc T*-— rc’Csv-- K-tLCfCC. rS&lJhattc ^—<• jtSv Ntcuc/ejtl/ip/^ 4 1 Jr^âp Cauetrjnaem . *,(• I /,,! |\P Xccps.í CJL v A A’ eruua w WAG/ Wiatlk woloCAda \r^r<í 'V-Ç /l llh < mi *1* jRthnuJjri •tmtA’otta ftaJh&n Cereimífi JZubcnscoi A£ c p/ os era %, 'tnir- bu>y fcc Nart jJúrjles ^ &ònstetn. tchntut Olll ioi/a /artist VstuznS Ku/nuvJe k imánsbf J)atiicí£/cC LVoijja plitn Rh» SlViatjki Tetnk from fppaczc yXaworô ,; SX teeee'L i tjj/i \yrjjt_ o/mar i Kl!,,,/ '''"■'A',,} er/u Ceramissi J iUJtlU I Utmrewa Zorna ‘oiveun ‘^íej ttT Suraj Mfitepsk ,• IVestrm Aftatízial' \CSC4UL imooproí o I um na Sensko AÍOSCOVIA] \A(nus k -■ ■òiytfka. "l f/teswics' vou tt venci ki S A: Jj ííMiíSèj^iv ^CrcfifinA JieJcla ^ Pianz.t SCJria^y/^ JZfStf flau; Jsujiu ****■'/J&ta ia.cerkixv-& irJLcí .tnt/ri- ^^lilClS njlnc JDo,-, r.,nniJ~ícroituaf ConfctíTev ~èu A oy, et */Luditeujr cn^fa Clxa-mbre bar Comptc-r à. ÇBarts . (Jarfon tecs iiumíiíc et tecs oUciffant J'ceuitcue 2) . P. ^’lucc jj viuilcjjc jjcur- 2. o aos . 1 ófyy TARTA: RI A Av, Jiiip ar r'.V>.,, , CíAkA. PARS IVR MEN -Á^(?srmsL& ffiS^Baxu PARS Pap. tu .par. /.
  • VOYAGE MOSCOVIE ET DE PERSE LIVRE TROISIESME. A ville de Mofou , quc ceax du pais ap- pcllcnt Moskva donncle nom ala Pro- uincc cn laqucllc elle eft fituée,& à tou- te la Mofcoutc, que l’o n connoiííoit autre¬ fois fous celuy de Rufie ou de Rufie blan¬ che, C’cft fans douce le plus grand de tous les Eftats de l’Europe; puis qu’elle occupe en fon eftendue plus de trente degres ,ou quatre cens cinquante lieues, & cn falargeur feize degrés, ou deux cens quarante lieues d’Allemagne. Ses fron- tieres s’eftcndent versleNordau dela du cercle ar&ique, iuf- qu’a la mer glaciale. Du cofté du Leuant elle a la riuiere d’Oby, vers le Midy les Tartares de Crim & de Precop, &: vers le Po- nant la Pologne, la Liuonie Sc la Suede. LaMofcouie eft diuifée en plufieurs grandes Prouinces, que nous auons la plufpart nommées ailleurs, auec les ciltres du Grand-Due. Celle de Wolodimerow Vladimer, eftoit autrefois la premiere de toutes. Sa ville capitale, qui luydonne le nom, a cftébaftie parle Prince Wolodimer, qui viuoit enuiron Pan 91S. Elle eft fituéeà trente fix lieues de la ville de Mofcou, vers le Leuant, entre les riuieres, d’0cca Sc de iVolga, dans vn pais fi fertile, qu’vn boifteau de bled yen rendiufqu’a vingt-cinq Sc trente. La riuiere dc Clefma , qui laue fes murailles , entre x 6 3 6. Defcriptio!» dc la Mofco- uie. La Prouince dc Vvolodi- mcr.
  • Smolensko. Rbefan. Pcrmie. í«Saxic, nt VOYAGE DE MOSCOVIE, dansVOcca auprésde la vilte de Murom. Les Grand-Ducs l’a- uoient choiíie comme le lieu le plus comriiodc pour leur refidcn- ce, iufqu’a ce que le Prince Danilou Michacloiiitz. euft transfere le liege dc 1’Empire à Mofou. La Prouince de Smolensko a du cofté du Leuant la Pro- uince de Mofcouie , vers lc Nort la Siberie , vers le Midy la Lithauie, Severs le Ponant la Liuonie. La ville de Smolensko, capitale de la Prouince, eftfituéefur la riuicrede Niepcr, que l’on die eftre lc Borijlhenes des anciens; quoy que ce nora fe rap- porte mieux à celuy de la Bere&ine. Ses autres principalcs Villes font Trohobus fur le Nieper, JVez,ma fur la riuiere du mefme nom, &: Mofaysko. La ville de Smolensko a de l’autrc cofté dc la riuiere vnecitadellcfortifice degrofícs chcfncs, 5c dc tres- bons fofles , auec vne bonne contrefcarpe, bien palifladee. Les Mofcouitcs prirent cctte Ville fur la Couronne de Polo- gne enl’an 1514. Sigifmond^ RoydePologne,la reprit en l’an ióii. &le deft'untt Grand Due MichaelBederoiiits l’afliegea en l’an 1633. mais il contraint de leuer le liege, ainfi que nous aurons occafion de dire cy-apres. Le Grand Due quiregne au- iourd’huy la pritpar compofition enl’an 1654.5clapoftede en¬ core prefentement. La Prouince de Rhefan eft íituée entre los riuieres de Don 5c d’Occa; ayant vers le Ponant la Mofcouie, de laqucllc elle eft feparée parla riuiercd'Aka. Cette Prouince eft fans doute la plus fertile de toute la Mofcouie, 5c produit vne tres-gran- de quantitc de bled,de miei,de poiífon,& de toutes fortes de venaifon&dcgibier. Outrefaville capitale, qui cftfurla riuiere d'occa, elle a encore celles de CorfraSc de Tulla, fur la riuiere du mefme nom. La Permieeíí vne des grandes Prouinces dc Mofcouie, 5c eft éloignéedelavilledeMofcoudczjo.oude 3oo.lieues d’Alle- magnc,vers le Leuant &: le Nort. Sa ville capitale,qui luy communique fon nom, eft fituée fur la riuiere de Vifcbora, qui entre dans\eKamz quinze lieués dc là. Leshabitans dc cette Prouince ont vne langue 5c des cara&eres tout particuliers. Ils mangent des legumes au lieu de pain, 5c au lieu de tribut ils en-^ uoyent au Grand Due des cheuaux 5c des fourrures. Elle a pour voiíins vers le Leuant les Tartares deTumen. Le Baron de Herberfein dit, què la Prouince dc Iugarie eft •; celk
  • ET DE PERSE',LIV. II. xr3 celle dont les Hongrois font fortis, pour occupcr le pais qu’ils i 6 5 6, poftedentauiourd’huy furlc Danube. La Prouince dcWtatbka eftà cent cinqUante licués d’Allc- Vv>ati'Ka* magne dc la Ville de Mofcou, vers le Leuant, de dela la riuiere de Kam. La riuiere de I^/4íA/(’4luydonnele nom, &: fe vadef- charger dans le Kam, qui entre dans le Wofga à douzelieuês au. deílous dc Cafiw. Lepais eft marefeageux & ftcrile, &: fort fu- jet aux couries des Tartares CzeremiJJes, qui en ont efté les maiftres,iufqu’à cequc Bafili, Grand Due de Mofcouie, 1’ait vnieà faCouronne. La Pnncipautéde Biclske tirefon nomde^yf/4, fa ville ca- Bidske. pitale, commèla Prouince de Bfhouiede celuy dc la ville dc Rshc'toagiL celle de T'foere, de la ville du mefme nom. La ville & Duché dc Plejcoii auoit fes Princes particuliers,iuf- Pltfco». qu’à ce que le Grand Due lean Bajilouits cuft reiiny l’vne &: l’autrc à fa Gòúronne, en fan iyoj?. LesMofcouitesrappcllcnt PskoSX du lac fur laquellcla ville capitale eft fitucc , & d’ou fort la riuiere du mefme nom, qui trauerfc la ville. La Siberie eft grande &: vafte, ÔC a cu fort long-temps fes siberi*. Princes particulars, qui payoient tribut aux Rois de Pologne, àcdufe dc la Lithuanie, dont ils releuoient en quelque façon. Ils fe reuoltcrent contrc Cajimir, fils àclagellon, Roy de Po¬ logne, & fedonnerentau Grand Due de Mofcouie. Le Czaar Bafili chafla lc Due dc Siberie, &: vnit cette Prouince à fa Cou- ronne. La ville çapiralede cette Prouince eft Nouogorod, mais afinde la diftinguer d’auec les autres qui ont le mefme nom, on l’appelle Nouogorod Siebersky, e’eft à dire Nouogorod ou Villcneuf- uede Siberie. Scs autres principals viljes font Starodub, Potivolu, Czernigou &£ Bransko. \ Les Duchésde Liroflaf, dc Rosthou ÔCÚcSufdal eftoient au- IorosIrf- trefois des apanages des puifnés de Mofcouie, qui les ont pofle- dees long-temps, iufqu’a ce que lean Bajilouits les ait prifes fur leurs defeendans, & rciinies à la Courcnnc en fan 15éy. La Prouince dc DVoina eft la plus grande & la plus Scptentrio- Dwina; nale de toutc la Mofcouie, & dependoit autrefois du Due dc Nouogorod. La riuiere dcD'ftu/zd, qui luy donne le nom,en¬ tre dans la mer blanche aupres d’Archangel. II n’y pas long- temps ; que cette Prouince, quia plus decent lieues d’eten- duc, n’auoit qu’vne feutç ville, du mefme nom, fituéeaumi- > P
  • 114 VOYAGE- DE MOS'COVIE, 16 3 6. lieu du pays; mais dcp.^squeies Mofcouites ont transfere eta ces quartiers là lencgogeLqucies Angitis, Hollandois &lcs villes Anfeatíques aupkiWj accòpítuíné dc faircà Narua, clle eft deuenue vne des plus confiderables Prouinces de toute la Archangel. Mofcouie. La villeoule commerce fefait s’appelle Archangel, tkrArchangc S. Michel, of eft fituce à I’cmboucheurc de la DVtina, aulieuouelle forme l’lile de Podffemski. La villc n’eft pas bicu grande , mais fort marchande, parl’abord d’vn grand nombre de Vaifteaux, qui y arriuent tous lesans ,&qui con- uient les marchands Mofcouites, hi particulierement les E- tranger? , qui demeurenta Mofcou , à s.’y transferer aucc les marchandils$ dupays, pour acheter celles qu’on leur appor- te. Le Grand Due cn tire de tres-grands aduantages : inais les droits qu’il y leue font ft grands, hi chargent tcllement les marchandifes, qu’il y a lieu de croire que les Eftrangcrs pourrontbienrctqurner à Narua, oii le Roy dc Suede nc fait n’eft pas ft dan- aupres de l’em. bouchcure de la DVptrois Hies , appellees Solofkay Anger hi Coloua. Dans la premiere eftoit autrefois le fcpulcre t}’vn Saint Mofcouite; maisily a troisou quatre ans que le Grand Due fit enleucrlc corps delà, &lc fit porterà Mofcou. II y ena quidifent, qucles Grands Dues, Predeceflcurs dc ccluy qui regncauiourd’huy,y auoient cache vn grand trefor, com- mc dans vnlieu maccefliblc,a caufc dc fes rochers hauts hi ef- carpcs. Vrtingha. La Prouince d'Vftiugha eft voifine de cclle dcD'toina, mais plus mcridionale, &: dependoit autrefois aucc cclle dcD'ftina du Due de Neuogorcd. Sa villccapitalc, qui alemefmc nom, oi qui ledonne à toute la Prouince, eft ainfi appellee dumot Vjl, qui fignifie em bouchcure d’vne riuiere, corame le mot Latin Ojiium , code Ingh\ parcc quelle eftoit fituce aulieuou la riuiere dc I ugh entve dans la Such an a-, dont ellc eft auiour- d’huy éloignce d’vne.denjy lieu A Ses habitans ne mangent point dc pain, mais Te contentcnt de poifl’on hi de yenaiion fechéc au Soleil, hi e’eft dela que l’on apportclcs plus beaux renards noirs. Ydogda. La yjjjc yologdajzn la Prouince du mefme nong eft la feule leuer que deux pour cent, oi ou lanauigation gercufe. On voit dans vn Golfe que la mer forme
  • ET DE P ErRS E, LIV. III. ny detoutcs celles de Moíconie, qui fetrouue ccinte d’vnemu- raillc de pierrc; parce que le Grand Due a accouítumé d’y enuoyer vne partie defes treforsen temps dc guerre. Ellcre- lcuoit autrefois du Due de Nouogorod, &: a eftéreiinie aucc cet- te Prouince à la Mofcouic. La riuicrede Vologda,qui luy donne le nom,entre auec la D'toina dans la mer blanche. LaDuchéde Bieleiezorock aufti vne dcs Prouinces Septen-Bidejezorc. trionales de ce grand Eftat,&fi marefcagcufe & pleinede bois &: deriuiercs, quelle cn eft commeinaccefliblc; finonlors que lc froid a glacé les marais Sc les riuiercs. La Prouince de Pctzora s’eftcnd lclong de la mer glaciale, Pctzora. versleLeuant &lc Septentrion. Lariuierede Pe/ajratquiiuy donne le nom , entre dans la mer aupres du détroit dc Weigats, au deiVous dela ville de Pujleozicro, par fix emboucheu test Les montagnes,quc les Mofcouites appellent Zimnopoias, e’eft à dire la ceinture dela terre , que Ton croit eftre les monts Jti- phécs Schyperborces des ancicns couurent fes deux riues , Sc nouiriflcnt les plus belles zoblines, Sc les mcilleurs oyicaux dc proye dc tout lc mondc. La ville eft fort petite , 8c lefroid eft ft granden cctte Prouince, quelesriuieres , quj n y dégel- lent qu’au mois dcMay,commenccntàregelççpn Aouit. Dans lc voifinage dc cette Prouince font ics Sawaicdesj dont nous au- ronsoccalion dc parler cy-apres. La Prouince d'obdorie tire fon nom de la riuicre d’oly, 1-aqucL 0b(loiic* lc fortant du grand lac àeKataisko, &coulant du Leiianfryerj le Norr, entre dans la mer glaciale, Sc eft ii large à loi> einbou - '•: cheurc,que de niefmes auec vn vent fauorablc on ne fcaurqit cn :* deux iours pafter d'vn bord à l’autre. , Nous ferons connoiftre les Prouinces Tartares, qui font fu- Source je j, icttcsau Grand-Due, enlaluictedcnoftrc voyage,le lomr delaril,iere dc riuicre de : dclaquelle nous dirons en pailant; qften iaVvolg1' Prouince dc Rfcbouie, à deux lieucs de fa ville capitale ,Sc dans la grande foreft de'WoIk.ovvskíIcs , eft lelacde Wrono^o , d’ou fort vne riuicre, laquelleentreà deux lieuês de ladansklac de Wolgo, dont elle prend le nom,&s’appclleaufortjrdela Wolg*. Les Tartares l’appellent Edcl, Sc l’ontient que e’eft le Rba de Ptolomée. Celt fans doute la plus grande riuiere de route l'Europc; veu que depuis la ville Nifmouogçrod, aupres de laquellcnous y entraftnes auec la riuicre d’Occa, iufqu a la
  • ii6 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1636. BorifUienes. D»vina. L»ir deM^i- couic eft lain- Le froid y eft grand. mctCafpie, nous auons compté plus dccinqccns lieues d’Al- lcmagnc, 5c n’y auons point compris plus decent lieues,qu’el- lcfait depuis fa fource, iufqu’au Conflans de/’occa. Le Borifthenes, queceuxdu pays appellent Dnieper, fourd dans lamefme Prouincc, a dixlieues du lac deaupres d’vn village nomine Dniepersl^o. Elle fepatfe -la Lituanic dc la Mofcouic, 5c apres auoir pris Ton corns vet’s le Midy,oil elle pafle aupres àcWiefma , 5c dc In. vers le Leuant, cn baignant les villesdc Progobus , Smolenko, Orfcha , Dubrou'fotui 5c Mobilou'\V, elle retourncencorcvcrslc Midy, ô^pafiant par , paries CircaJJes,5c dc livers O/sakolfo, villc de Tartarcs de Precop,elle fe defeharge dans le Pont Euxin. II y a dcuxriuicresenMofcouiequiont le nomde D'toina : la premiere fort dulac du mefme nom, i dix lieues du lac de Frono'foo, tk.de la fource àw Dnieper, U entre dans la mcr Bal- thiqueau dclfous de Riga. L’autre, qui fc forme du Conflans dcs deux riuieres de Ugel 5c de Such Ana, donne le nom à la Pro - uince,dont nous auons parlécy-deiTus,& entre en lamer blan¬ che aupres d’ Archangel. Les riuieres de Mafia 5c d’occa font belles 5c fort confidcrables, mais elles fe perdent auec leur nom,& auec routes les autres riuieres du pais, dans cellcs que nous venons de nornmer. II eft bien facile de iuger que dans lavaile eftendue , que nous venons de donneri la Molcouie, ilcilimpoifible qu’en des ProuinCcsli eloignccs, 5c fituées en de fi diifercnts cli- mats, les qualités de fair 5c de la terre foient femblables pat- tout. Pour ce qui elide la ville d c Mofcou 5c dc fes Prouinces voilines, fair y ell bon 5c fain^ en forte que l’on n’y entend pref- que iamais parler de pelle, ou d’aucune autre maladie cpide- mique. C ell pourquoy quanden fan 1654. au commencement dc la auerre de Smolensko, la contagion fit de fi eilranges raua- rres en cette grande Ville, fon en fut d’autant plus furpris , quedememoired’hommefon n’auoit rien veu de fcmblable. Elle elloit fi grande que l’ony voyoit des perfonnes expirer dans la rue, qui n’auoient point fenty le mal en fortant dc chez eux,ô£toutela Mofcouic en fut tcllement cílonnée que fon defendit le commerce aucc la villc dc Mofcou , dontlonfit garder touteslesauenucs. Le froid y ell fi violent, qu’il n’y a point de fourrure qui puif-
  • ET DE PERSE, L1V. III. u7 fe empefclier que lc nez, les orcilles,lcs pieds,Só les mains i6$6. ne gclent, Só ne tombent. Lors dc noftre premier voyage cn 1’an 1634. le froid eíloit íi afpre , que nous vifmcs au grand marche , qui eft deuanc le Chafteau, la cerre s’oiiurir dc plus de vingt brafles de long, Só d’vn pied de Jarge. Nous ne pouuions pas faire cinquance pas, que nous ne fuífions craníis de froid, Só au hazard dcperdrcquelques-vns de nos membres. I’y vis auíE par experience ce que les autres one laiífc par eferit, que le cra- chatfegeloitdeuantqu’ilfut aterre, Só que 1’eaufe glaçoic en degouttanc. ' • Auec tout cela i’av trouuéquela terrenes’y r’ouurepas plus tard qu’en Allcmagne, 80 que les fruits printanniers y viennent quad cnmefmc temps ;parcequeplusla terre eft couuerte de neige, plus ellc confcrue la chaleur neceilairc pour poufler l’herbe dés que la neige acheue de fc fondre. La mefme neige 80 la glace vniifent tellement le chemin,qui n’a point de bode quad par toute la Mofcouie, que Ton y fait voyage auec vne fa¬ cilite, qui nefe trouue point ailleurs. Les Mofcouites fc fçr- uent pour cela des traifneaux, qui font fort bas montes, faits d’efcorcesde tillot, £0 doubles d’vn gros feutre. Nous nousy couchionstoutdu long, Só nous faidons couurir dc peaux de mouton,SóIe traifneau d’vne couuerture de feutre oudegros drap, non fedlement nous ne fentions.point le froid, mais audi nousfuions auplus fort dcl’Hyuer. Les cheuaux Mofcouites font de fort petite taillc, mais ils ne laid’ent pas d’eftre fort propres pour cette force de voiture; parce qu’eftant vides Só infatigables, ils font huict ,dix, Só bien fou- uent douze lieués d’vne traitte. Ce que ie fçay par l’expcrience que i’en ay faite moy-mefme; ayant fait deux fois le chemin de Tuère à Tarfock fans débrider. Cela fait que l’on y voyage i d bon marche, qu’vn paifan entreprendra de vous mener cinquantc licuespour trois ouquatre efeus auplus. Si le froid y efl: incomode l’hyuer, la chaleur ne Left pas moins La chaleur n> 1’efté : pas tant à caufe des ardents rayons quclcSoleil ,qui y cftras moins- paroid: quad toujours fur l’horifon,Só qui y forme vn iour dedix- hui£t heurcs, darde auecbcaucoup de violence, qu’a caufc des mouches, coufins, guefpes Só autres infedes, que le Soleil en¬ gendre dans les eftangs 8ólcs marais, qui occupent vne bonne partie dupais, en d grande quantité, que iour Só nyiid Ton a
  • nS VOYAGE DE MOSCOVIE; 1 6 36- dc la peine à s’en dcffendre ,• ainfi que nous auons die cy-deíTus,' au premier Liure dc noftre voyage. hMSoule1' Mais nonobftant les sarais Sc les forefts, done quafi route Ia Mofcouie cft couucrte, les terres que 1’on cultiuc ne laiílenc pas d’eftre extremement fertiles. Cara la referuedu terroirde la ville de Mofcou, qui eft fablonneux Sc fterile, 1’on nc fçau- roit donneríipeu de façon aux autres, qu’ellcs neproduifent plus de bled & de fourage que le pays nefçauroitconfumer. Les Hollandois adupucntque la Mofcouieleur cft ceque la Sicile eftoit autrefois à la ville de Rome. Audi n’y entend-on iamais parler dechcrte ; quoy que dans les Prouinccs cloignces des ri- uieres,qui pourroient faciliter lc tranfport du bled,les habi- tans ne 1 abou rent qu’autant de terre qu’il faut pour les fairc íub- ftfter le long dc 1’année, fans fc foucierde l’auenir; parce qu’ils fçauent que 1’ordinairene leur manquerapoint. C'eft pourquoy Ton y voit rant dc belles terres abandonnécs, qui ne produifent que del’herbe, laquellcmcfme Ion neglige de coupcr ■, parce ia Mofcouie ^UC *em cn ade refte. eft pius°fertile f1Y a vne fi grande difference de ce terroir a celuy de la Pro- tjucia Liuo- uince d'Alentaken en Liuonie, quoy qu’elles ne foient feparces que par la riuicre de Narva, que Ton nc Pa pas fi-toft paftec, que Ton ne s’en appcrçoiuc. La Mofcouie, Sc les Prouinces les p!us Septentrionalcs dc Liuonie, ont cela decommun auec 1' I nguermamie, Sc la Carelie, que 1’on y fait les femailles qu’en - uiron troisfcpmaincs deuant la faint lean;parce que le froid penetrant, par manicre de dire , iufqu’au centre dc la terre, il Juy faut donner le loifirdc degeler: mais auffileblcd n’cftpas fi-toft en terre qu’il ne germe, Sc que la chaleur du Soleil, qui paroift inceflamment fur l’horifon, comme nous venons de di¬ re, nc le pouffe, Sc nc le fafle meurir: cn forte qu’en moins de deux mois 1’on y fait la fcmaillc Sc la recolte. En quoy les Mofcouites ont cét aduantage fur les Liuonois, qu’ils ierrent leur bled fee, &:encftat d’eftre battu,au lieu que les Liuonois font contraints de le faire fecher au feu , par le moyen d’vn grand four, bafty au milieu d’vne grange,ouils mettentlcurs gerbes fur des poutres, on fur des foliues , iufquà ce que la chaleur les aitfi bien íèichées, qu’en les battant d’vne baguette- Eon en fait fortir le grain, fans qu’il foin befoin de le battre- ou le faire fouler, comme Pon fait en Leuant. Ce qui ell d’au.
  • ET DE PERSE, LIV. II. n9 tantplus incommode, que ceblcdainíi feché ncft pas íi bon i pourfcruir de fcmence, Sc que bieil fouucnt lcfcu lcconíumc auec les granges, Sc auec lcs maifons qui íont dans le voifinagc. Dans les Prouinces qui nc font pas fort aduancées vcrsle Nort, fruits de & particulierement aupres de la ville dc Mofcou, il y a de fort Mafcouie- excellentsfruits:entraucresdespommcs,dcs cerifes, dcs pm- nes Sc desgrofedles. I y ay vcu dcs pommes prefque fembla- bles en beauté Sc en coulcur à cclles d’Apie, Sc tcllemenc diaphanes ,qu cn les regardant au foleil 1’onycomptoit faci- lement les pcpins. II eft vray, que le fruit n’ayant pas lc loifir dc fe cuirc au foleil; parcc que 1’humcur fuperflue fe confumc bicn mieujc par vnc chaleur lente que par vne ardeur excef- fiuc, ií n eft pas de garde , commc en Allemagne Sc aux pays plus mcridionaux ; mais celan’empcfche pas que le Commcn- rateur des cartes dc 1’Atlas ne fe trottipc, quandil dit, aprcs le Baron de Herberjtàn Sc aprcs Guagnin, que lc froid eft ft grand en Moícouie, que la terre y eft incapable de produirc dcs pom¬ mcs , ou d autres fruits bons à cftre feruis:Ils ont aufti routes for¬ tes de legumes, des hcrbes potagercs,dcs afperges , de loignon, dc Tail, dcs racines, des concombres , des citroiiilles Sc des me¬ lons: Sc de ceux-cy en tres-grandc quantité, trcs-cxcellcnts, JíSíJue.!'*’ Sc d’vnc groíleur íi extraordinaire, qu’au voyage que iefis à (JMoJcou en 1’an 1^43. par lordre du Prince, mon maiftre, vn de mes amis me fit prcfcnt d’vn melon qui pefoitvn pudde, ceft à dire quarante liures. Les Mofcouitcs ont vne addreflc toute particuliere pourcultiucr les melons. lis font tremper lagrai- ne deux fois ving-quatre heures dans du laid de vache, ou dans dufumier debrebis defttcmpé auecdc 1’eau decifterne, Sc ils font leurs couches de bon fumierdc cheual, tel qu’on le tire de fcfcuric, de la profondcur de íix pieds, Sc les couurent de la meilleure terre,dans laquelle ils font des foflcs plattes, de la lar- geurd vn pied Sc dcmy. Ilsenfonccnt lagraineíiauant dans la couche,que non feulement clle puifle eftre àcouuert du froid,& neantmoins rcceuoir les rayons duSolcil,mais auííi qu’elle puifle iouyr dc la chaleur que le fumier cnuoye par dcífous: la cou- urantla nui£I Sc quclquefois auífi le long du iout auec dcs clo¬ ches de vcrrcdu pays, ou dc tale. Ils ne les repiantent point, mais ils font foigncux dc chaftrer lcs reiets, Sc d’arrefter la plan¬ te fur chaqueiet, cn larognant, ainfiquel’on fait par tout ail-
  • I 63 6, * Boranez. J Dcsfimrs. Dcs afpcrgcs. no VOYAGE DE MOSCOVIE, leurs, ou I’on nc fc met point en pleinc terte. On nous aiTeura qu’aupres de Samara., entre le Wolgd Sc Ie Doa ,il fc trouue vne forte de melons, ou pluftoft decitroiiilles, faice commc vn agneau, dont cc fruit reprefente tous les membres; tenant à la terre par la fouche, qui luy fert de nom- bril. En croill’ant il change de place , autant que fa fouche le luy permet, Sc fait feicher l’herbe par tout, vers ou il fe tour- nc. Les Mofcouites appellent cela paitre ou brouter : Sc ils y adjouftent, que quand il eft meur la fouche fe feiche, Sc le fruit fe reueft d’vne peau velue , que l’onpcut preparer ,Sc employer au lieu de fourrure. Ils appellent cc fruift- la Eoranez-, e’eft à dire agneau. L’on nous fit voir quelques pcaux, que Ion auoit defchirées d’vne couuerture de lict,&: l’on nous iuroic que e’eftoit dc cefruict; mais nous auions dela peine ale croirc. Elle s’eftoient couuertes d’vne lainc douce &: frifee, comme celle d’vn agneau nouuellemcnt né , ou tire du ventre de la brebis. IhL Scaliger en fait mention en fon exercit. 181. &dic quccefruitftcroift toufiours, iufqu’acequel hcrbcluy manque it qu’il ne meurt que fauce de nourriture. Ily adioufte qu’il n’y a point de befte qui en foitfriande, finon leloup , & que l’on s’en fert pour l’attraper: Sc e’eft ce que les Mofcouites endi- fent auiTi. Il n’y a pas long-temps que Ton y voit des fleurs, & des her- bes fortes, Sc e’eft le Grand Due Michel Federoúits qui a com¬ mence à fairc dc la defpenfe pour le jardinage , ou il a aftez bien leiUfi. Il n’y a pas long-temps auifi, que Ton n’y connoifloit que des rofes fauuages. Pierre 'JMarcellu, Commiflaire du Roy de Dannemarck, Sc du Due dc Holftein à Mofcou , eft celuy qui y a porté les premieres rofes de Pronins. Les Marchands Hollandois St Allemans y ont depuis peu plante des afperges, qui y viennenc auiourd’huy en abondance, &t de la grofieurd’vn bon poulce. Iln'yapas long-temps que les Mofcouites ne fçauoicnt pas encore cc que s’eftoit que de laiclue ny de faladc, Sc fe moequoient des Eftrangcrs qui en mangeoient : mais auiourd’huy ils commcncent à y prendre goulfc. Il n’y a point dc noyers ny de vignes cn Mofcouie, mais les Hollandois.y apportent tantde vin tous les ans par la voye d’Archangel,&de tant dc fortes,qu’il n’y en manque point.De¬ puis quelquçs annees l’on y cn apporte d’Aftrachan, par la voye du Wolga^ La
  • ET DE P.ERSE, LIV. III. m La Mofcouie abondecn chanvre & en lin , & Ton y trouue i 6 $6* tant de miei & de cire, mefme dans les bois, qu’outrc la quan- cite qu’ils employenc en Icur hydromel j&àfaire des cicrgcs & de la bougie, cectedenrée fait la meilleure partie du com¬ merce que les Mofcouitcs one aucc les Eftrangers; aufquels ils vendcntplus de vingt-mille qnintaux de cire tous les ans. Toute la Mofcouie n’cftant qu’vne foreft continuelle , à Vcnaifon & la referuc des licux ou 1'on a mis le feu dans le bois, pour le con- Slbicr- uertir en terre labourablc, il fauteroire qu’ellecft extreme- ment peuplée de toute forte de venaifon & de gibier: ceft pourquoy les coqs de bruyere , les faifans, les gelinottes & les perdrix y font à fort bon marche , auífi bien que les oyes & les canards fauuages. L’onn’y eftime point les herons,ny les cy- gnes, &: encore moins les tourdes, les griues, les cailles, les alloiiettes& les autrespetits pieds; iufques-làque les paifans ne veulent pas prendre la peine de les tirer;tantil les mefpri- fent. En Mofcouie l’on ne voit point de cigognes, non plus qu’en Liuonie; mais bien grand nombre d’oyfeaux deproye: commc dcsFaucons, des Tiercelets, &c Et dans fes Prouin- ces les plus Septentrionales il s’en trouue de blancs, qui font beaucoup cftimés, à caufe dcleur rareté. Iln’y a point de vcnaifon qui ne s’y trouue, excepté des I]n. a cerfs. Les elands & les fangliers y font cn tres- grand nombre. de ccifs. F° nt Les lievres y font gris, maisen quelques Prouinces ils deuien- nent blancs L’hyuer, commc en liuonie, quoy qu’en Cour- lande, qui eft contigueà cette dernicre Prouince, dont elle n’eft feparée que par la riuierc de Dune,les lievres ne changent point decouleur. II n’eft pas bien difficile de trouuer la caufe de ce changcmcnt, qui ne procede ccrtainement que du froid extcricur;vcuque ie fçay, que mefme pendant 1’Efté les lie¬ vres changent de coulcur , quand on les garde quelque temps dans lacave. Les mefmes forefts nourriflent un nombre innombrable Foumues. d’ours, deloups,delinx ou de loupsceruicrs, de tigres, de re- nards, de martres & de zobelines, dont les peaux font ic plus coniidcrable commerce du pais ; veuqu’ily adcsannées, ou les Mofcouites en vendent aux Eftrangers pour plus d’vn million d’oryfans celles que Ton confumme dans lc pais,ou que l’on donneou Grand Due. Les plus precicufes fourrures font Q.
  • in VOYAGE DE MO SCO VIE, r6'6. ^cs pcaux de renard noir, dc zobeline, de caftor, d’ours blanc, d’hermines, Sc dcfcureuls, quc Ton appelle en Fiance du pe¬ tit gris. Les ours Sc les loups y font d’eftrangcs rauages, Sc ils ne rcndent pas les chemins moins dangereux que les volcurs. Car ce quc nous auonsdit delaLiuonic, ri’cftpas moins veritable en Mofcouic, fçauoir que l’Hyuer ils entrentdans les maifons, en percent les murailles, Sc en enleuent le bcftail, qui fe trou- ucdans lcseftables. Les grands chemins cn font tout couuerts, Sc 1 cs paifans ne s’cn defcndent, que par le moycn d’vn bafton qu’ils attachcntala queue de leurstraineaux, Sc qu’ils laiffent trainer au bout d’vne longue corde. Loup enrage. Le ving-quatriefmc Ianuier 1634. vnloup, d’affez petite taille, mai* enrage, rencontraà vne lieue& demiede Narua douzc paifans, conduifans autant de traineaux chargez de foin. II attaquelc premier, luyíãuteà la gorge, labbat, Sc le cue. II cn fait autant au fecond, efcorche toute la teile au troi- fiefme,arrachc le nez Sc les joues au quatriefme,& en blcfle en¬ core deux autres. Les fixreftans, fevoyans menace dumcfmc danger font trouppe, employent leurs fourchcs, attaquent le loup&letuent. I’eus la curiofité d’aller auec noftre Medecin voir vn dc cesblcflez, que ietrouuayen vn pitoyable eftat. llmourut peu dc iours apres enrage, auifi bien que tousles autres bleifez. Le Magiftrat de Narua voulut auoir la peau du loup, &la fit templir defoin, pour en conferuer la me- moirc. Rauages ue ^ant a Ernes en Liuonie, vn chaffeur me raconta qu’en fan font les ours. 1630. vn ours, d’vne grandeur extraordinaire, eftant forty du bois, Sc ayant trouué vn caque. d’lurang , qu’vn chartier auoit defchargé à la porte d’vn cabaret, il cn mangea vne bon¬ ne quantité. Apres cela il entra dans l’efcurieparmy lesche- uaux f Sc en bleifa plufieurs, auifi bien quc les paifans qui vin- rentau fccours. Apres auoir bien rode par les maifons, ilbuc dans vne cuuc de braifeur tant de bierre, tout fraifehement f rite, qu’il s’cn enyura: de forte que voulant reprendre le che- mindubois, ilchanceloit&: tomboità chaque demarche. Les paifans levoyans encéteílat, le fuiuircnt, Sc l’ayans trouuc endormy l’aflommerent. Vn autre paifan , ayant laiífé foncheual dans le bois, &lc
  • ET DE PERSE, L1V. III. I13 voulantaller querir lelcndcmain, trouuaquil auoit eftétué i 6 3 6. par vn ours, qui cn auoit delia fait vn bon repas, & le gardoit encore; maisdésquileutapperceule paifan,ilquitta la cha- rogne , courut apres luy, le faifit aucorps & l’emporta. Lc bon-heurdu paifanvoulut quefonchien fuiuit 1’ours, &luy dormant des atteintes aux iambes, 1 obligea à quitter lc paifan pour fedeliurcrdecetteimportunité. Lepaifantrouuacepen- dantmoyen de fefauuer furvnarbre. Les Elans enfont fou- uent deuorez , parce qu’ils ont de la peine à s’efchapper, à cau - fc dcleurlenteur. Ils en veulentauífiaux corpsmorts, quils deterrent, & remuent quelquefois descimctieres entiers; ain- ílqu il arriua a Haghof auprés de Narua, ou ils deterrerenten 1 an 1654. treize corps morts, qu’ils emporterent auec leurs bicres. L on nous raconta plufieurs autres hiftoirès aflez eílranges; fçauoir d vn ours qui auoit gardé vne femme quinze iours dans fon fort: De leur rage, quand ils fefentent bleífez du mau- uais party qu ils font aux chaíleurs, quand ils lespeuuentat- traper, & autres femblables. Mais dautant quelles pourroicnt trouucr peu de crcance en 1’efprit de ccux qui n’ont iamais ouy parler de ceschofes, i’ay faitdiíEculté d’enfaire icylcrecit. Quand les Mofcouites en trouucnt de petitsilsles appriuoi- fent, leur enfeignent mille tours, &s’cnferuent pour gagner leur vie. Les lacs, lescftangs,&les riuieres fourniífenttoutes fortes p0,*nt je depoiffons: mais il n’y a point de carpes cn toute la Mofcouie, pe« «1 Mof- non plus qu enLiuonie. A Ajlrachan nous en trouuafmcs quan- Cou‘e‘ tité, & de fort groífes, mais dures & infipides; cefl pourquoy les Mofcouites nc les eftimcnt point. Cy-deuantiln’y auoit point de mines en Mofcouie : mais depuis quelques annees, Ton en a commence vne aupres de Tula, fur les frontieres de Tartarie,à vingt-íix lieués de la ville de Mofcou , qui ne donne que dufer, & lc Grand Due y fait trauaillcr par des ouuriers.que l’Eleftcur deSaxc luy a enuoyes afapricre. Fierre Marcellis, marchand natif de Hambourg en a la direction, &ayant fait faire vne forge dans vne villéefort agreablea lafaueur dvn torrent qui la trauerfe, ilen atraittc auec 1c Grand Due; auquel ilfournit tous les ans vn certain nombre de barres defer, dc pieces d’artillcrie &c de boulet-s Qji
  • n4 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1656. II y a enuiron quinzeans,que Ton donna aduisau Grand Due MichaelFedero^its, qu’envnecertaincProuincede Mofcoufe Ton trouueroit de l’or, ii on vouloic faire la defpefe de fairc ou- urir la terre; mais celuy qui cn donna l'aduis, au lieu de s’enri- chir, acneua de feruiner. Autrefois les Mofcouiccs eftoient aflez fimplespour efcouter cesaduis, & pourauancer dc Tar- gent, fur les propofitionsqu’on leur faifoit. Mais depuis quel- ques années, ils fe contentent dc les efcouter ; ou s’ils font des auances d’argent, ce n’eft qu’endonnant parl’entrcprc- ncur bonne & fuffifantecaution. I’en ay veu vn exemple en la perfonne d’vn Marchand Anglois, qui s’eftoit perfuadé qu’in- failliblcment il trouueroit de Tor : & fur cette imagination il engagea quelques-vns de fes amis à refpondre pour luy au Grand Due, del’argencqu’illuyauanccroit. Maisaprcs auoir fait beaucoup dcfrais inutilement, il fut arrcfté prifonnier, fes amis furent contraints de payer ce qu’il auoit cmprunte. iamoiedc* Il eft vray que n’ayaat point veu les Prouinccs plus Septen- trionales de Mofcouie, comme la D'toina, la Iugarie, la Permiey la Siherieòc la .yawo/f^ie dcurois me contenter de ce quei’en ay dita I’entreedcceliurc.-Mais d’autant que cette dernicrc Prouincc eft entierement inconnué à tout le refte de l’Europe, &: que i’ay cu l’occaiion d’entretenir quelques Samoicdes, & d’apprendrede leur bouche les particularitez de leur pais, i’ef- pere que Ton ne trouuera pas mauuais que ie fafle icy vne peti¬ te digreflion , &: que ic die ; Que me trouuant en la villc de Moufcou cnl’an 1643 &eftant dans Tantichambre du Grand Due, ou dans le Pofo/fe-pricas attendantqu’vn Ambafla- * deur Perfan full forty del’audiance, pour prendre la micnne, j’eu lcloifir deparler à deux deputez Samoiedes, qui auoient efté enuoyez au Grand Due auec vn prefent de plufieurs peaux d’eiand, & d’oursblancdont les Seigneurs Mofcouites fe feruent pour parer leurs traifneaux. Ie me feruis de cette occafionpour m’enquerir d’eux d’vncpartic de eequeiedefi- rois fçauoir touchant leurfaçon deviure : àquoy ie trouuay d’autant plus de facilite, qu’ils entendoient tous deux la lan¬ gue Mofcouite. Il eft certain que ces peuples ont efté anciennement compris- fous le nom de ceux que l’onnommoit Schites, &C Sarmatcs, & que Tonne les appelle Samoiedes, ou Samogedes , que depuis
  • ET DE PERSE , LIV. íIF. rsr qu ils rcconnoiífent la domination du Grand Due ; parcc que i £ j 6, ce mot eft Mofeouite, & Cigni&e mangeurs defip-mejme, commc eftant compofé de celuy de Sam, foy-mefme, Sc Geda, ie man¬ ge. Ils vouloientmarquer par là, que ces pcuples eftoicnc An- tropopbages ,• parce quen effet ils mangeoient de la chair hu- maine, Si mefmes celle deleurs amis trefpaflez, qu’ils mé- loient SC mangoient aucc la venaifon , qui eftoit Sc eft encore leurnourriture ordinaire. Ce que nous venons de dire faie emreSamo-- connoiftrela difference quily a entre cette Prouince Sc celle icd= ©* same- de Samogitie, que les Mofcouites appellent Samotska Sembla, salu4‘ laquelle eft fituéc entre la Lituanie &laLiuonie, & fait partic du Royaume de Pologne ; au lieu que la Samoiede eft fituéc vers les mones hyperborcens dedeçà &: delà la riuierc d’Oby, fur la mer de Tartarie,&: vers le dctroitde Weigats-, ainfi que- nous auons dit cy-deftus. I’aydcla peine à me perfuaderque cefoit de ces Samoiedes que Curte entend parler, quand il dit que les Abi/ enuoyerent leurs Ambafíadeurs à Alexandre le Grand, Sc qu’au lieu d'^_Abij ily fautlire obij, parcc qu’ils* demeuroientfur la riuiere d’oéy;mais bien des Tartares , qui font voifins de la riuiere de Don ou du Tanais, qui fepare 1’Aíic de l’Europe. Ces d’eux pluftoft que des Samojedes, que ce pouuoitdire, qu’ils n’auoient point de villes nyde demeu- re fixe, mais qu’ils faifoient leur rctraitc dans les bois , Sc dans les deferts, eíloignez de la conuerfation des hommes, &: que fi Alexandre y alloit, il auroit à combattre les forcfts im¬ penetrates , les riuieres, les glaces, Sc les neiges, apres quit auroit triomphé des habitans. Car encores que les Samoiedes n’ayent point de villes, ils ne font point Nómades pourtant, Sc ils nc chansent point de demeure , commeles Tartares. Au1 T, ... , * . . r r i Lesmaifo»*-. contraire, leurs cabanes, qui lont couuertes en rorme de vou- des Samoie- te, font bafties moitié dans la terre, &: ont au milieu vn tuyau, dcs> qui ne leur fert pas feulement de cheminée, mais aufli de por¬ te, quand la neige eft fi haute, qu’ils font contraintsde fefer- uir de cette ouucrturc pour prendre 1’airjpuis que le pais eftanc fitué dans la Zonefroide, la neige qui y tombe bien fouuent de la hauteur d’vnepicquc, leur oftcl vfage de la porte. Ils one dcsallécs fous leurs cabanes, par lefquelles ils fepeuuent vi- fiter Sc communiquer. Et cette façon de viurc leur eft d’autanc plus fupportableque leSoleil feretirant.au delà laligne, Sc 03
  • 116 VOYAGEDE MOSCOVIE, i 6 6. Ics laifTant dans vnenui&continuelle fix moisentiers, la liber¬ te qu’ils auroient defortir ,leur feroic inutile. Pendant cette longue nuid ils n’ont point d’autre clarté , que cellc qu’ils empruntent de leurs lampes, ou ils nourriiTent vne lumiere tri¬ fle ic fombre , d’vnehuiledcpoifldn, dontils fontprouifion pendant I’Efte. Cette faifon commence chcz euxdés que le Soleil attcint la ligneequinodiale, & entrant dans les fignes Septentrionaux du Zodiaque, faitfondre lesNciges, &lcur fait vniourauífilongquelanuidaefté incommode. C’eftfur cette particularité qu’ olaus Magnus , Alexandre Guagnin & au- tres, ont fondé la fable des peuplcs, qui dorment fix mois Tan- née, ou quimeurentcommeles hirondelles &lesgrenouilles au commencement de l’Hyuer, & refufeitent au Printemps. Ilsnc labourentpointlaterre, &: ne nourriiTent point debc- flial; fansdoute parce que laterrc ne refpondroit point aula- Leurnourri- k°ur 5 & clu’e^ce^ incapable de produire de Therbc. Celt ture. paurquoy n’ayant point de bled, ils n’ont garde defaire du pain , & fautc de laine ils font contraints de fe veftir de cc que le pays & la nature leurfournit. Ils fc nourriiTent depoiffon fe- L-ut au VCnC ^au Soleil, de miel & de venaifon. Ils font de fort petite taillc, & ont levifage large & plat, les cheueux fort longs, lesyeux petits, losjambes courtes, & ne rcffcmblcnt pasmal auy-Groenlandots, que nousauons veu chez nous, 5c dont nous dirons tantoft vn mot en paiTanr. Iturs habits. Les habits dcs Samoiedes, font fait de peaux de Rencs, qui ic trouucnt cn grande quantité encc pays-la auifl bien que par tout le Scptentrion. Cét animal, que Ton croit eftre le 7"<<- randtus des ancicns, eft appellé par les Latins moderncs Ran
  • ET D E P ER S E , L I V. II I. u7 C’eft vnebeftedecompagnie, &: quipaift par troupeaux. On le domptefans peine , & on cn tire dc tres-grands feruices, particuliercmcntaux voyages, en les attellantà de petits trait neaux faits en forme dc barque, qu’ils tircnt auec vne force Sc vnc vitcfíe incroyable. LcsSamoiedes portent de fort grands bonnets larges, faits de fourrurc ou bien de plufieurs pieces de drap de diuerics couleurs, qu’ils acheptcnt des Mofcouites, &: font ft amples, qu’ils vienncnt dcfcendre par deifus l’orcillc iufques fur lc col. Lcurs chcmifes font dc pcaux de jeunes renes qui font fort douces Sc ont lepoil fort court. Ils portent des caleçons fous lachemife, &fur la chemifedes veftesqui leur vont jufqu’i my-jambe, bordéc parlcbasd’vne fourrurc fort longue. Ces veftesfont faitescommeccllcsque l’onappellc cofaques , Sc n’ont autre ouuerturc qu’au col Lcurs mitaines font attachécs au bout des maches,& lafourrure de tous lcurs habits eft tour¬ nee dehors. Qu^nd le froid eft extraordinairement grand ils paflent la cofaquc fur la tefte, Sc laiftcnt pcndre les manches, Sc nc monftrcnt lc vifage que par la feme qui eft au col. Ce qui a apparemment donnéfuietà quelques vns d’efcrire qu’en ces pais Septentrionaux , il fe trouue des peuplcs fans tefte, Sc qui portoient le vifage fur l’eftomach. Commc aulli qu’il y en a qui ont lepied ft grand, qu’il peut faire ombre à tout le corps, &: qu’en fecouurant dupied ils fc peuuent mettreà l’abry du Soleil & de lapluye. Mais cette errcur procede dece que Ton a veu aux Samoted^ Sc aux Laponnois &Filandois des fou- liers, ou pluftoft des patins, dont ils fe ferucnt l’Hiuer pour al- ler fur la neige, Sc qui n’ont pas moins d’vne aulne Sc demie de poinft. Les Finlandois& Laplandoislesallongent ducoftédu talon autant que vers les doigts, Sc les appellent Sakjit, mais les Samoiedes nc leur donnet point de longueur vers le talon , Sc les appellent Nartes. Les vns& lesautres les font d’efcorces d’arbres, ou d’vn bois fort mince , Sc sen feruent auec vne adrefleadmirable. Le Colonel Port, Gouuerneur deNarua, quiauoicbeaucoup deFinlandoisparmy les foldatsde fa garni- fon, nous en voulut donner le diuertiiTcment lors que nous y paiTafmcs, en les faifant defeendre d’vne colline proche de la ville, auec vne fi grandevitefle qu’vn cheual courant àbride abbacue, cuft eu de la peineà les attcindre. I 6} 6. Errcur de quelques Geographcji
  • It* VOYAGE DE MOSCOVIE, s 6 i 6. Les serfs Sc lcs veines des renesferuentau lieu defil,a con- •drelcs habits dcs Samoiedes, quifontleursbottesdela mefme eftoffe Sc de la mefme façon. Ils raclentlapartieinterieurede 1’cfcorce de heftre, Sc ccttc raclure, qui eft aufli fine que celle -de parchcmin ou d’iuoire, Sc fore douce , leur fert de mou- •choir.Ilsenprcnncnt vne poignéc, Sc sen mouchent, Seen cfluyent lenez & le vifage. -La relation du fccond voyage, que les Hollandois firenc vers le Norc cn fan 1595. parlc Acs Samoiedes en mefmester- mes que nous, Scdit que leurs gens, ay ans mis pied à tcrrele 31. Aouft, aupres de Waigats, apres auoir fait enuiron vne lieué de chemin, ils apperceurentvingt ou vingt-cinqde ces Sumo~ sedes, en l’equipagc que nous venons de deferire. Ils lespre- noient d’abord pour dcs fauuages, Sc ils furent eonfirmez en cette opinion par la pofture ou les Samoiedes fe mirent, d’ad- iuftcr leurs arcs Sc leurs flechespour tirerfur les Hollandois, mais le truchement Mofcouitc que lcs Hollandois auoienr auec cux, leur ayant fait entendre , qu’ils eftoient amis, & «ju’ils ne deuoient ricn apprehender d’eux, ils mirent les armes Las, s’approcherent Sc leur dirent toutes les particularités du pais. Ils furent fort fatisfaitsde la ciuilitédes Hollandois , Sc 1’vnd’entrc eux prit vn bifeuit qu’on luy prefenta; mais cnle mangeant il tefmoigna tant de defiance qu’il n’y auoit pas moyen de l’afleurer; particulieremcnt lors qu’ils oiiirent tircr vn coup de Moufquet du cofté de la mer, Sc aflez loin d’eux,ils cn prirent tellement l’efpouuante, que l’on euftdc la peine à lcs remettre. I’eus la curiofité de demander à vn de ces Samoiedes ce qu’il difoitde laMofcouie, Scs’ilne tronuoitpas le pays plus beau que le leur, Sc la façon de viuredcs Mofcouites plus agreable. lime refpondit que la Mofcouie auoit quelque chofede beau d’agreable , 8c que les viurcs n’y eftoient pas mauuais: mais que leur patrie auoit des commoditez Sc des douceurs qui ne fc trouuent point ailleurs, 8c qui font fi charmantes , qu’il eftoit aífeuré , que fi le Grand-Due lcs auoit gouftées , il quittcroit aufli-toft la villc deMofcou pour aller chez eux joiiir du repos Sc de la douceur de leur vie. Il n’y a pas long- temps qu’ils eftoient encore payens Sc idolatres; dc forte que lors du voyage des Hollandois,dont ie viens de parler,ils trou- uerent
  • ET DE P ER S E, LIV. UR rt9 Uerenttoute lamer bordée d’idoles, pour lei quels les Savoie- des tcfmoignerent tant d’affcdion , qu’ils ne piirent pas fouf- frirque Ton en emportaft vi^quclon auoit arraché. Maisdc- puis quelques années ils ont cfté baptifés,&: ont embrafle la R c- ligion Chreftienne,par le moyen de l’Euefque dc Vladimer,quc lcdefunt Grand-Due yenuoya, auec quelquesPreftres, pour lesinftruireà leurmode. L’Autheur,qui a fait icy vne digreifion cn parlant des Samoie- des, quoy que hors dufuiet de fon voyage, die qu’il croit en pouUoir faire vne aucre pour la GroenUnde ; tant à caufc du rapport que les peuples de ces pays-la ont auec ceux dont il vientde parler ,2c auec les Tartares, dont il aura occafion de parler cy-aprés; queparcequ’ila veu 2c entretenu des Groen- l.mdeis, qui luy ont dit des particularités, qui ne feroient point dcíugreables, íi M. de la Percire n’euft épuifé cctte ma-tiere, & s il n eut dit quafi toutce que Ton pcutd'vn pais,qui n’eft pas moins inconnu que les parties du monde, qui n’ont pas enco¬ re Cile decouuertes. Lc tvaitte qu’il a public furcc fuict,nous difpefera clc repeter icy ce qu’il cn a dit cn termes clairs 2c elegants, à fon ordinaire, 2c nous nous contentcrons d’y adiou- tcr auec l’opinion dc noftre Autheur , qui croit quclaG'mv;- lande eft terreferine, 2c qu’elleconfine auec la Tartarie vers lc Leuant d’vn coité, 2c auec l’Amcrique vers le Ponant dc 1 autre^: Quo Fridenc III. Roy de Dannemarc , eftant par- uenu a la Couronnc en lan 1648. y apporta auec routes les autres vertus Ro.yalcs, la curioíitéde faire continuer la naui- gation dc GrocnUndc. Henry Muller , Eermier general des traittes foraines de Dannemarc , homme riche 2c curicux, l’cntreprit , 2c equippa pour cct eftet en Pan 1652. vn naui- rc , dont il donna la conduitc au Capitaine Dauid Danncl, vn des experimentes Pilotes de fon temps. Le premier voya¬ ge ayant eu le fuccés qu’il s’en eftoit promis, le fieur Mul¬ ler lerenuoya en Groenlande année fuiuante 1633. maiscom- me les gens d’aftaires, quelque curiofité qu’ils ayent,font em- portes par vne autre paffio predominante, 1’on n’apprit ricn du du tout en ces deux voyages: au moins ceux qui les ont baits ont neglige d en faire vne relation qui ait eftc veueimais en Ian i6f4. l’on equippa vnnauire, lequel eftant party de Coppcn- haguenau commencement du Printemps, n’arriua fur les co- R 3C Ils font Chrc» itieosdepuis quelques an¬ nées* Defcripcion dc la Groen»- landc.
  • i<« VOYAGE DE MOSCOVIE, ftcsdcGroenLwde quelei8. Iuiller, dans vn lieu ou les monta- gnes eftoient encorecouuertes deneige, le bord glacé, «Sele fond fi dur, qu’eftant impoffible que 1 ancre y mordiít, l’on fuc concrainc de laiíler nager le nauire fur 1’eau; parcc que l’on trouuoitduroc par tout. Dés que ce nauire parut fur les coftes de GroenUnde, les habitans du pays mirent plus de cent barques en mer,&: vinrent reconnoiftrecc baíliment,qui eíloit bien dif¬ ferent deccux qu’ils auoient accouíluméde voir chezeux.D’a- bordilsn’oferentpasapprocher,mais voyans qu’onles conuioit d’entrer dans 1c nauire, ils aborderent enfin,&: ferendirent dans peu de iours íi familiers, qu’en apportant leurs marchandifes, qu’ils troquoient auecnos bagatelles, ils y amenoient aulli leurs femmes ,.à dcílein d’en rirer du profit parvne autre efpece de commerce, quipour n’eitre pas moins connu ailleurs, n’y cft pas fi public neantmoins que chcz eux, ou la paillardife n’efl: nv pc- chény crime. Les Danois feferuirent decette belle humeur des Groen- iitidoà, pour tafeher d’en cmmener quelques-vns. Carie na¬ uire eftantpreft defaire voile pourle rctour, òc les Sauuagcs continuans d’y apporter leurs marchandifes, vne femme, qui auoitenuiededeuxcoufteaux, qu’vn matelotportoità la cein- turc dans vne feule gaifne, luy offrit en efehange lapeaud’vn chien marin, òc fur ce que le matelot luy tefmoigna qu’il n’y trouuoit pas foncompte, elle luy offrit la fiennepar deflus le marche. Le Matelot neuíl pas fi-toft tefmoigné que le marche luy plaifoit,qu’ellc fc mit en dcuoir de dénoiier 1’éguillette, car dies portent des caleçons auffi bien que les homines, &: voulut fecoucher fur le tillac. Mais le Matelot luy fit connoiftre par íi- gnes, qu’il nevouloit point que tout 1’equippagefufttémoin de cetteaâion: &: qu’il falloitdcfcendre enbas. La femme apres en auoir obtenu la permiífion de fon perc, fuiuit le matelot auec deux femmes âgées, vn ieune garçon, St vne filie de dou- ze à treize ans, qui deuoient eftre prefents à 1’execution du marché. Mais dés qu’ils furent dcfcendus,onfermalatrappe, 1’on fc faifit en mefime temps encore d’vn homme , &: l’on mit les voiles au vent. Dés que les Sauuages fe virentattra- pés,il fc leua dans le nauire vn bruit épouuantable.Ccux qui eftoient demeurés fur le tillac gagnerent aufli-toíl leurs naf- fçlles, ôc fuiuirent le nauire bien auantdans lamer; pour taf-
  • ET»DE PERSE, LIV. III. r3i chcr de recouurcrlcs prifonniers. Lc garçon, qui cftoit dei- cendu aueclesfemmes,Flic aftes adroit pour fe ietter dans la mcr par vncdes ouuertures, qui feruent à faire pafler Ics ca¬ bles, &c pour fe fauiier àla nage. On leur renuoya auifi vne femme, quc Ton trouuoit trop âgéc pour cltrc transferee; fi bien quc l’on ne garda en tout que quatrc perfonnes, fça- uoir vn homme, deux femmes, & vne fille. Leur affliction de fe voir ainfiparmy desgcns inconnus fut extreme, mais ilsfe rendirent enfin aux carefles, & a la bonne chere qu’on leur faifoit, auffl bien qua l’efperance qu’on leur donnoit, qu’on les ramcneroit dans peu de temps en leurspays: de forte quc lors qu’ils arriuerenta Bergues en Nor^tegue, ils eftoient fxbicn remis , qu’il fcmbloit qu’ils ne fe fouuinfl'ent plusde leur cn- nuy :&:mcfmes l’homme trouuoit les femmes du pays libicn faites, &: fe mit de fi belle humeur, qu’il voulut porter la main au ventre d’vne Damede condition , qui auoit eu la curiofité de venir voir ces Sauuages. Cét homme mourut dans le nauire, enpaffantdeiVi>rVkv^-//(f en Dannemarc. Safillele voyant dans l’agonic,luy liala teftedans facafaque, odelaifla ainfi mou- rir. T1 s’appelloit ibiob, &: auoit enuiron quarante ans. Les deux femmes &: la fille arriuerenta bon port. La plus âgéc qui auoit enuiron quarante-cinq ans , s’appelloit Kuncling, cellc qui auoit fait prendre les autres,en auoit vingt-cinq& die s’appelloit Kabelau, &: la icune fille StgoYa. La peile, qui rauageoit en ce temps-la tout le Royaume de Dannemarc,auoit oblige le Roy àfe retireràFleníbourg , en la Duche de Hol- ftcin, ou ces Groenlandoifcs luy furent prefentées. II les fit mec- tre en penfion chez vn Chirurgicn , voulut qu’elles fuflent fi bien traitées, qu’alcur retour en Grocnlande ,o\x\\ auoit deifein deles renuoyeràla premiere commodité,dies euffent fuiet de felouerdcla liberalitédc fa Majeftc,&de laciuilitcdefesfu- iets. Le Roy ficl’honnenrau Due de Holftein, mon maillre, de les luy enuoyer à Gottorp, ou elles furent logées en ma maifon pendant quclques iours, quei’employay aeitudier leur humeur &: leur façon de viure. Elles eftoient toutes trois de fort petite taille, mais elles eftoient fortes, &: auoient tout le corps fort bien proportion- néjfinon qu’elles auoient le vifage vn peu trop large,&: les yeux petits, mais nojirs dc vifs au pofflble 5 particulierement la 163$. La taille Groenlandoi- fcs.
  • I3i # VOYAGE DE MOSCOVIE, plusâgée des deux femmes Sc la filie, les pieds Sclesmains courts; refíemblans au refle aux Samojedes ou aux Tan ares dc Nagaia, íinon qu’clles elloientfans comparaifon plus noires; leut couleur eftantd’vn oliuaílre brun, Sc le corps beaucoup plus bazane encore que levifage, &ellcs auoient lapeaubien plus douce que ces aucres peuplcs, dont nous venons de parler. La troiíiemc, que Ton appelloit KabeUu, n’eftoit pas íi noi¬ re que les deux autres. Elle auoit auíli les yeux plus gros, &: tefinoignoit auoir plus d’efpric, plus dadrefle Sc plus de complaifancc que fes compagnes. On s’imaginoic qu elle é- toit deícendué de ces anciens Chrefticns, qui ont autrefois demeure cn Groenlande s parce que 1’on remarquoit en elíe vne Religion, ou plutoft vne fuperftition particulierc , par 1 auerfion qu elle auoit pour les viandes que les deux autres mangeoient: comme celles des beílcs que nous tenons pour immondes, Sc que Ton ne mange point en Europe. Elies auoient les cheueux plus noirs que du jais, £>c les releuoicnt de^ tous coftes, Sc les lioient cnfemblc au fommet de la tefte. Des que les files commcncent d’attcindrc l’age nubile, dies fe font faire plufieurs rayes blcues au vifage, tout demefine que les femmes Americaincs. Ces rayes fcfontdepuisla levrc , iufquau menton* ou elles s'elargillent au bout, Sc au dciliis du nez entre les deux yeux,ily en a vne qui fe fcparc Sc va gagner par ddTus les fourcils les deux temples,oiilaraye fe four- che encore en finlilant. Elies fe font ces marques auec vn filet bien délié,détrempédans del’huile de Balene, ou dans quel- qu’autre graiffe noire,qu’ils paffent entre le cuir& la chair, ou il laiile vne marque qui paroiíl bleuaftrc i trauers la peau à peu pres comme les veines dans vn teintnec Sc deiicat. Elles me monftrerent auíli qu’elles auoient les oreilles percees , Sc qu’elles auoient accouftumé d’y porter dcs pendants. Elles auoient le fein fort mal frit, lc bout noir comme vn charbon, Sc les tetons mols Sc battans iufques fur lc ventre, en quoyla ieune file n auoit pas plus d’aduantage que les deux autres. Audi donncnt-clles à tetter à leurs en fans, qu’elles portent ordi- naiicment lur le dos, pardedus 1 eipaule. I’ay appris de ceux qui les ont long-temps obferuces, qu’elles n’ontdupoil que fur la telle,Sc qu elles nelont point fujettesaux maladies, dont les femmes font incommodées tous les mois.
  • ET /DE PERSE, LIV. III. i55 Les ÇroenUndoà patient viftc &:du gofier, à pcu prés com- me leg, Tartarcs; particulieremenc ils prononcent fort rude- Leur lanjage. ment les mots ou fe trouuent des G. Ils n’ont point de R en touteleur langue,&quand on les veut obliger àleprononcer ils lc conucrtiflent enl. II eft vray queparmy tantde mots, dont leur langue eft compofée, il s’y cn trouuc dc Danois, mais ils font en fort petit nombre, &: tous les autres n’ont lien dc commun auec les languesque Ton parle, cuquel’on apprend, & mefme que Ion connoift en Europe : ft cc n’eft quc Ton vueil- lc dire que le mot de Keilcngdefcend de ccluy de Ccelum, ccluy ò.'1/iont ou Ilioun du mot Grec «A/cç , parce qu’ils fignifient la mefme chofe. On pourroit dire auift que le mot d'igne eft La¬ tin ; mais parmy tous les autres à peine en trouuera-on trois ou quatre,qui ayent tant foitpeu dc rapport auX autres langues. Et aftn que le leéleur en puifle iuger luy-mefme, nous mettrons icy quclques-vns de ceux qui font les plus coramuns dans la conuerfation ordinaire. Keilcng, le Ciei, I It out ou Ilioun le Soleil, Aningdng la Lune. Vblcifin Eftoile, VbUvAc iour, Vnu'tooa la nuicl. ^yigák ^ugoo hicr. zdkaggoo auiourd’huy, Itaguptaa demain. rating vn hommc,Kona vnefemme, Pannienvn enfant. Kajottuinas jeune, Knnnoctuina vicux, Ekinkin laid, vbia pere, Niakau la telle, Jjikjn vn ceil, Sittta vne oreille, K anexua labouchc, V kang la langue, Vimixiiin la barbc , Tikitgga vn doigt, YLttblun le poulce, Najikkalc ventre, Ká»rfjambe, ... Enno'tonn vne camifole, Neizin pourpoint, Naglein chaulfcs. Karlein bas de chaufles, Kamingbottc, Pifr&fe arc. Kakftta vne fleche, lugelingcouitcau , Y^ctjttu cueiller. Kalipfi vn pot, iAimcifa vne tafle, Tuylío dc la chair. Egleftn vnoyfeau , Y^achflutcn vn canard, Kaltilia moulue. Ktlulifcn moulué feiche, , lc poilfon qui porte la corne qu’on appelle de Licorne. Tou'toa.kfen la come mefme , MingaVcifin poilfon. Kapi/iling vn faulmon, Nau barque, Krf/'^kka nalfelle. Pautingvneramc, Iglun maifon, lÉeifuinbo\s. ^SaSSan Picrrc > Stftoigming du fer, IpJJhu la terrc. R iij Tinatin beau. Nuh a mere. YLeinga\enen.;. Kigutingvnc dent. la main. Kuggie l’ongle. SiKadin pied.
  • 134 VOYAGE DE MOSCOVIE, i £3 6. If gin de l’herbe, Nidlong glace, ^A[>on neigc. Siru\fua pluye, I me 1’eau, /jmk la mcr, Ignc feu , IggA fuméc, Kifikaun chaud, Keigcndkiun froid, Vangga ie, ° iblinq; ru. Ab oiiy, Nagga non, Pifrak vnehien, Amiga peau. Mekkonc éguillc, LMikakkam petit, Angelovrand. Agncffui haut, Eipa bas, KAchain affame, YLafotkaun faoul. manger, IemtktAunboire,chanter, Ke/gerJonp\eurer. Iglakton rire, ^//^k/ws’affliger, Tabatton fe réjoiiir. /cptone apporte, iV/krf//',* vat’en, Y^idmeble quefignifie. qu’eft-ce, Ska que veux-tu, Taupvn, 2IÍ4g//íW4 deux. Ptngcgua trois, Sijfcma quatre, Tellima cinq , ^kWw
  • ET DE PER S E, L I V. III.- íjj dardent dans la balene, Sc à 1’autre vnc pcau de veau ou de 1656. chien marin cnflée ; laquelle nageant fur 1’eau marque la trace dc la balene bleílee. Si ellc ne 1’eft pas aíles pour en mourir promptement,ils la fuiuent, Sc luy dardenc cncorcdeux outroisdecesharpons,iufqu’à cequc lefang&la force man- quansà la balene, ils sen approchent, aclieuent de latucr,la tirent à cerre, Sc la partagent entt’eux. Le lard de la balene dl vn dc leurs delices, mais particulieremenc l’huilc qu’ils en ti- renc, qui eíl leur meilleure faulce, Sc le breuuagc qu’ils aimene le plus. Ils ne boiuent ordinairemene que de l’eau , Sc les fem¬ mes que j’ay veues, n’ont iamais voulu boire du vin, ny man¬ ger du pain , ny de nos faulees, parce que n ayans point de fel, ny d’cfpice ,ny dc fuccreen leur pa'is, non plus que du vinaigre il ne fauc pas s’eftonner de ce que nous ne les auons pas pu ac- couftumer à nos ragouíls. Ce n’eil pas pourtanc qu’ils mangent leurs viancles crues, commc quelques-vns one voulu faire ac- croire, mais ils les mangent cuites, Sc les font bouillir ou roílir. II eíl vray qu’ils aiment la moulué feche,ou le Stocfis , Sc qu’ils le mangent quclquefois creu ; Mais cela n’cft pas bien extraor¬ dinaire cnAllcmagne mefme,ouj’ay veu feruirparmy ledef- fertduDuc de Volfcmbuttel du jambon&du faulmon fumé cru. Leurs viandes ordinaires font les chiens Sc les veaux ma- rins, les renes, les renards, les chicns domcíliques &: du poiíTon. En mangeant ils portent d’vne main vne piece de chair à la bou- che, Sc la coupent del’autre, dc forte que les bouchces eílans auill grandes que la bouche mefme, ils fe defigurent fi fort qu’ils font peur. Leurfaçonde viure eítíi eíloignéc dece que l’on voit par usfontfa§, tout ailleurs, qu’on ne leur fait point de tort, quand on leur «ages. donnelaqualitedefauuages. Ils n’ontpoint d’efprit, point de ciuilité, point de vertu, point depudeur. Ils onclc vifage re- froigné, &: ils rient fort rarement; ils font craintifs, Sc defiants, SC auec cela inlolens, obílinez,.&: indifciplinables. Ils font fales Sc puans, Sc la langue leur fert de mouchoir Sc de feruiet- tCjpour les habits auíTi bien que pour le corps; de forte que 1 on peut bien dire qu’ils viucnt en beíles. En quoy neantmoins il faut faire quelque diílinction, felon la difference íituation du pais; cílant certain que le pilote Anglois, qui partit de Danne- jnarc auec GodtfyeLindcnau^ot parle M.de la Pmire,Sc qui prit
  • *3* VOYAGE DE MOSCOVIE^ 3 • fon corns plus vers le Sudoiieft,y trouua vn peuplebeaucoup plus docile 5c moins fauuage que celuy que L indenan rcnconrra vers lc Nort. Nostrois femmes, dont ie parle ,qui auoient efté piiiesal entreedu deftroitde Dauis, font aifez raifonnables, 5c apprennent facilement ce qu’on leur enfeigne. II y en auoit vne qui imitoit fort bien vne tcfte ou vne main que ic defi
  • E T D E P E RS E, L I V. TÍI. r37 qu’ily a des mines dc fouffrc. L’on dit auíliquc da temps de Fridcric 11. Roy de Dannemarc, l’on en apporca de laminie- re, donde quintal rendoit ving-fix onces d’argent; cc quieft d’autant pluscroyable,qu’il eft certain que les pays les plus Sep- tcntrionauxproduifcntauíTideror&derargent; puifque Ton a vcu chez le Roy de Dannemarc vne maíle d’argent de foixan- te mares,qui auoit efté dree des mines deiyfr'fr^. Pour ce quieft de la Religion des Greenlandois, i’aduoue que ie n’cn ay rien pu apprendre : mais il y a grande apparence qu’ils font payens Sc idolatres; parce que nous auons entre les mains vn idole, que nous auons achetté du cabinet du Docteur paluda- r.ns Medecin à Enck-huifen, qui y auoit attache vn billet, portant qu’il auoit eftc trouuéau deftroitdeDauis. Etdcfaic nos Groenlandoifts le reconnurcnt auífi-toft , Sc l’appclloicnt Nalim-qui-fing. Ilcftoit groífteremcnt fait, d’vne piece de bois d’vn pied Sc demy , couuert de plumes Sc d’vne peau velué, ayant vn colier de dents de chiens marins. Ces femmes me íircnt entendre que les enfans ont accouftumé de danferau- tour de ces idolcs, ôfTonaveu nos Groenlanáoifes aux belles matinées fc proftcrncr& pleurerau Soleil lcuant: ce qui faie croire que ces peuplcs adorentle Soleil. Zeiler ditenfon Itine- rairc,queles GroenLndoisfont laplufpart tous forcicrs,&: qu’ils vcndentle vent commc les Laplandoisjmaisc’eft ce que les Da- nois n’ont point remarqué en leurs voyages.Seulement a-on ob- feruc parmy ceux qui ont eftc en Dannemarc, que quand quel- qu’vnd’euxtomboit malade,vndescamarades fccouchoit fur le dos aupres deluy, Sc le malade fe mettant en fonfeant ban- doitla tefte deceluy qui feportoit bien , luy paftoit vn bafton entre le front & le bandeau, &fouílcuoit ainíila tefte, que le malade fentoit legere d’abord, Sc en fuite pefante, pronon- çant Sc marmottant qttelques paroles. Apres cela il recommen- çpit,&celity qui auoit la tefte bandée l’appefantiftbit fort d’a¬ bord, puis apres il la faifoit fentir plus legere, le malade conti¬ nuant toujours fes prieres ou imprecations; fans que 1’on aic pu fçauoir lc myfterc de cette cercmonie. An refte ils n’ont point de Magiftrat ny de fuperieur parmy cux. Lcur condition eft cgale cn tous, Sc celuy qui a lc plus d’enfans, plus d’arcs SC de fléches, Sc qui abbatplusde gibier, eft le plus riche & le plusconfidcrc. S
  • i*S VOYAGE DE MOSCOVIE, l Pour ce qui eft de la couleur deces peuples,ily auroit dequoy •auxbazaaTs, *’cft°nner de cc que dans le climac lc plus froid du monde, l’on voitdeshommes oliuaftres, oupluftoftbazanés, ft cequc Pline die en Ton Hiftoire naturellc, Liurc z. Chap. 78. eft . vray, que e’eft l’ardeur du Solcil qui brule la peau, & qui frife l«s cheueux,&: quee’eft le froid qui la blanchit, & qui teint les chcucux d’vnc couleur ccndrée. Mais l’experience nous fait voir lecontraire j non feulemcnt aux pcuples, dontnous venons dc parler, mais aufli en ecux qui demeurent au dé- troit de Magellaftes, qui fontblancs, quoy qu’ils ayentlcSo- leil aufli voifin que les Negres d’Afrique. Les habirans du Capdc Bonne-Efpcrancc font noirs, les Efpagnols les Italiens, & mefmes les Perfcs, qui font au mefme degre, font blancs. Les Ethiopicns nc font que bruns, les Mala- bares & les habirans de 1’lflc de Ceilon , qui font également éloignés dela ligne, font noirs. Dc mefme entoute l’Ame- rique il ne fe voit point dc noirs, finon à Jjtuarrca; quoy que cettc vafte particdel’Vniuers eftende fes Prouinces d’vn cer- cleà 1’autrc, par tous lesclimats du monde. Cc nc font que des conjectures, quandon dit que cettc diuerfitéde couleurs procede decertaines qualitcs du pais & del’air dont la caufe nous eft inconnue. O11 n’afleure rien aufli, bien que l’on die quclque chofe, quandon foiiticnt quee’eft la conftitutiondu corps qui donne cc teintà la peau, puis qu’en quclque cli- mat que Ton fc trouuc, le melange d’vn hommenoir& d’vnc femme blanche produira vn bazane,oudc la couleur de ccux que les Efpagnols appellcnt Mulatas: cn quoy il y a d’autant plus dc probabilité, quele Soleilnenoircitpas touflours; mais aucontraire il blanchit la cire, &c le linge: Et Ton fçait que le mefme Solcil efclaircit le teint d’vn portrait, que les Portugaifes mefmes y expofent leurs cheueux, pour les dé- teindre. Pour cn parler en Chrcfticn, Ton peut dire aucc lc fçauant M. Bochart, en fon incomparable Phaleg,que la couleur noire eft vne marque de malediction, cn la poftcritc de Cham, qui s’eft efpandue cn Aftc & cn Afrique, aux lieux, oil demeu¬ rent les Neçres. Maisil eft temps dc retournerà nos Mofcouites ;'dont nous çonfidererons premierement la taillc &: les habits, & en fuitre I’liumeur &: la façon de viurc.
  • ET DE PERSE, LIV. IÍT. r37 Pourcequi cft de leur taille, ils font d’ordinaire gros &: gras, forts &: robuftes, &: de la mefme couleur quclcs autrcs Euro- peens. Ils eftimentbcaucoup les grandes barbes, dont lcs mou- ftaches couurenc la bouche,& lcs gros ventres; de force que ceux qui font bien barbus,& bien charges de cuifinepaflent pour de» 'gens d’importance parmy cux.- Lcs Goz.cs, ou marchands du Grand Due, que nous trouuions dans l’antichambre, quand on nous donnoit audiance publique ,auoienteftc principalcmcnt choifis à caufe de ces deux qualitcs, pour faire plus d’honneur a leur Prince. Les Grands Seigneurs fe font raferlatefte: les perfonnes do moindre condirion fc font coupcr les cheueux, & les Preftres cC les gens de l’Eglife les laiiTent croiftre , cn forte qu’ils leur vonc iuiqucs fur le dos,Sc fur les eipaules. Les Seigneurs, qui nefonc pas bien ala Courles laiflent croiftre auffi,& pendre neghgem- inent à 1’entour dela tefte temoignans par la leur affliction: ians doute à lexemplc des ancicns Grecs, que lcs Moicouites alfc- ctent d’imiter en routes leurs actions. La taille des femmes n’cft ny crop grande, ny trop petite , mais fort bien proportionnee. Elies ontlc vifage beau &: fort raifonnable, maisellesfe fardent ft groffierement, que quand elles auroient applique la couleur auec vn pinccau, Stjetté vne poignee de farine fur le vifage , elles ne pourroient pas eftre plus défigurées , qu’clles le font par le fard. Et certe couftumc yell ft gencrale, que les plus belles mefmes n’ofe- roientpas s’en difpenfer,de peurd’eftacer la beauté artificiel- le des autrcs; dont nous auons veu vn exemple à la femme du Knez. Iuan Borijfr&itz. Circsuki, qui eftoit la plus belle Dame de Mofcouie, &: nc pouuoit fe refoudre à detruire par le fard, ce que par tout aiileurs cellcs de fon fexe prennent cant de (bin de conferucr ; mais les autres femmes la quercllcrent, &c voulurent que Lems maris contraigniflent cc Caualier de foufi- frir ce plaftre fur le teint de fa femme. Defait i’vfage du fard eftficommun en Mofcouie, qu’il nefe fait point de manages dans lcs villes, que le fiance n’enenuoye parmy lesautrcspre- fens à fa fiancee, ainfi que nous verrons cy-apres, quand nous parlcrons de leurs manages. Les femmes mariées ferrent les cheueux dans leurs bonnets, mais lcsfijjcsles laifl’ejjt traifner en deux trefl’es, fur ledos,8c S i j i 6 5 (G La taille tier Mofcouitc* Lts femmesfa fardent.
  • i4o VOYAGE DE MOSCOVIE, t6$6. lesnoiient aubout d’vnehoupede foye cramoifie. On coupe les cheueux aux enfans au deifous de l’age de dix ans, tanc aux filles qu’aux garçons, a lareferucdes deux mouflaches qu’on lcurlaifle aux templesjde force que n’eftans point diftingués par les habits, Ton ne peut connoiftre la difference du fexe, que par les bagues d’argenc,oude cuiure, quelcs filles portent aux orcilles. tears habit*. Leur habit â quelque chofc de celuy des anciens Grecs. Leurs chemifes font larges , mais fi courtes qu’a peine cou- urent-elles les feiTes. Elies font vnics&: fans plis vers le col¬ let, Sc doublecsd’vne piece de toile triangulaire depuis les ef- paules in fqu’aux reins, que Ton coudde foye cramoifie plattc. 11 y cna qui mettent fous les aiffelles Sc aux fentes, des bouts de taffetas de la mefme couleur. Les plus riches fonc border le collet de leur chcmife, qui a vn poulce dc large , les poi- gnets ou bours des manches, Sc l’ouuerrure fur l’cftomach, de fovesdc plufieurs couleurs, Sc quelquefois dor Sc de per¬ les, Si les font paffcrpardefluslacamifollc, afin quel’on voyc cette broderie,auffibien que les deux groiles perles, ou agraf¬ fes d’or Sc d’argent, dont ils ferment le deuant dc la che- mife. Leurs chauifes font fort larges, Sc pliilees vers la cein- ture,enforce qu’on les peut élargir ou ferret , dc la mefme façon que l’on fait nos caleçons. Surcela ils portent vne ef- pece de camifolle, qu’ils appellent Kaftan,maiselles vonc iuf- qu’aux genoux, Sc les manches en font fi longues que l’onn’y fçauroit paffer la main, fi l’on ne les repouffe en plufieurs plis fur le bras. Le collet de cette camifolle a plus d’vn demy quartier dc haut Sc de large, en forte qu’il couure toute la telle par derrierc. Et dautant que cela paroift extrememenc , les plus aifés le doublent de velours ou de brocard. Ils por¬ tent fur lex afan vn iulte au corps, ou hongrcline, qui leur vaiufqu’au gras dela jambe, Sc ils l’appellent Feres.Ceux-cy font garnis dc cotton , Sc l’on fait les Kaftans Sc les Feres de toile dc cotton, de taffetas , de damas ou de fatin, felon la qualité des perfonnes qui les portent. Quand ils fortcntils mettent fur les habits vne vefte, qui va iufqu’au talon, Sc on les fait dc drap violet, tané ou verd brun, auec des boutons à queue aux extremités. Cellos des Knes Sc des Bojares font de damas, de fatin ou dc b ccard, Sc de cccte derniere ciloffc
  • ET DE PERSE, LIV. III. 141 font toutes-lcs vcftes,que Ton tire du trefordu Grand-Due, pour les perfonnes, dont il fe fait accompagncr aux ceremonies publiques. Lcurs Fw^ou Hongrelines,ont vn collet fort large, qui leufbat fun les efpaules; aux ouuertures de deuant,&: aux coftés de gros boutons à queue, dor Sc d’argent, ou mefmes en broderiede perles. Les manches en fontaufli longues quel’hon- greline meime,mais eftroites; e’eft pourquoy en les veftant, elles paifent la main de beaucoup, Sc il y en a qui prennent ad- uantage, pour y cachet des ballons Sc des pierres, dont ils fur- prennent Sc alTomment bien fouuent ccux qu’ils ont deftein de volcr. Tous les Mofcouites portent des bonnets au lieu de cha¬ peaux. Les Knez,, les Boiares Sc les Minillres d’Eftat en portent aux ceremonies de renard noir.ou dc martre zobeline,dc la hau¬ teur d’vnc demy-aulne, mais dans le logis, Sc par la ville ils en ont de velours, doubles de la mefme fourrure, mais auec fortpeude bord, &: chamarrés aux coftés de boutons à queue d’or Sc d’argent ou en broderic de perles. Lc comroun peuple fe couure l’Efte dc bonnets de feutre blanc , Sc l’Hyuer dc bonnets de drap, fourrés de peau de mouton, ou de quelquc autrepclletcric commune. Leurs bottines font courtcs, com- me celles des Polonois, Sc pointuês vers les doigts des pieds, Sc ils ne les font que de cuir de Ruifie, ou de maroquin dc Le- uant, qu’on leur apporte de Pcrfe. Ils n’ont pas encore l’in- uention de preparer le maroquin commun, ny dc tanner les peaux de vache autrement que pour les femelles. Lesfouliers dcs femmes ont lc talon de la hauteur d’vn demy quartier, garny de petits clous; de forte que c’elt tout ce qu’elles peu- uent fairequed’appuyer le bout du pied,&:ont de la peine à marcher. Les femmes Mofcouites s’habillent de la mefme façon que les hommes, llnon que leurs hongrelines font plus larges, £c de la mefme eftoffe que les camifoles. Les riches les font chamarer iur ledeuantde paifementSvd’or Sc d’argent,ou de foye, &le feruentde boutons à queue dela mefme eftoffe, ou bien de gros boutons d’argent oud’eftain, pour les fermer. Les manches tiennent au corps, en forte qu elles les peuuent veftir, •ou bien les laifler pendre. Elles ne portent point de Krtf cats ^
  • i4* VOYAGE DE MOSCOVlD, 16 3 6.. Sl encore moins de ecs collets hauts,dont les hommes fe parent; Les manchcsde leurs chemifcs ont quatre ou cinq aulnes ds long, St ferangent en plufieurs petits plis fur lc bras. Elies por¬ tent de grands bonnets larges, de damas, dè fatin, ou de bro- card, chamarrés ou en broderie d’or St d’argent, &; fourrés de Caftor,dont lepoil Leur couure quail tout le front. Les files qui font en âge d’eftre mariées, fe couurcnt la tefted’vn bonnet dedrap, double d’vne peau de renard. Iln’ya pas long-temps que les Medccins &: les Marchands eftrangers, François, Anglois, Hollandois St Allemans s’ha- billoient à la Mofcouite, de peur de s’expofer à la rifée St à l’infolence du peuple, qui prenoit bien fouuent fuiet de les outrager de la diueríité de leurs habits. M'ais le Patriarche, qui vit auiourd’huy ,ayant remarqué dans vne proceffion , ou il fe trouuoit en perfonne , que les Allemans , quis’eftoient meiles aueclcs Mofcouitcs, pour la voir paífer, témoignoient quelque irreuerence pour leurs ceremonies , St particuliere- ment pour la benediâáon qu’il donnoit au peuple , s’en faf- cha, St dill, que ces eftrangers ne meritans point dc participer a la benediction que Ton ne donnoit qu’aux Fiddles, il falloit que lc Grand Due fift publier vne ordonnance, par laquelle il commandaft aux Eftrangers de quitter les habits Mofcoui- tes, St dc s’habiller à la mode de leurs pais. Le mefpris de la Loy fc punit fort fcucremcnt en Mofcouie: mais 1’execution dc celle-cy fut trouuéc d’autant plus difficile, que faute de taftleur lleftoit comme impoffiblc de changer d’habits dans-le temps porté par- le reglement. Il fallut obeir neantmoins, St cette obeifl'ance protiuifit vn fort plaifant effet; en ce que ceux qui eftoient au feruicc du Grand Due ,eftans obligésde fe trouuer tous lesiours i la Corn,St n’ofans y paroiltre en des habits Mofcouitcs ,ils furent contraintsde mettre ceuxqu’ils rencontroient, St de fe feruir de ceux que leurs ayculs & bif- ayeuls portoient,lorsqueleTyran I nan Bafdouits les contrai- gnit dc fortir de Liuonie , pour after demeurer a Mofcou. Ce fut vne chofc bien grotefque de les voir tous veftus d habits, qui eftoient ou ,trop larges ou trop eftroits, pour n’a- uoir point eftc faits pour eux, fans qu’il y euft aucun rapport entte les pourpoints St les chaufl'es, ou de la mode du temps qu’il* auoient efté faits, an ec cellc du fieele ou nous, viuoni^
  • T45 ET DE P ER S E, L I V. III. Depuis ce temps-là chaquc nation s’y habille à fa mode. i C$6. Les Mofcouites ne changcnt iamais la lcur, Sc ie ne me fou- niens qued’vn feul Seigneur qui ait eula curiofité de s’habil- ler à la Françoife. II sappelle Kncz, Mikita Imno'toits Romano, Sç ell fort riche, Sc proche parent du Grand Due , qui aime fon humeur agreablc&complaifante. Ce Seigneur a vne af¬ fection particulierc pour les Eílrangers, Sc fe plailtas’habiller a la Françoife Sc i la.Polonoife, particulierement quant il va à la campagne ou à la chaíle. Mais le Patriarche, qui ne pouuoit point approuuer cette liberte,non plus quecellequecc Prince prenoit quelquefois de parlcr auec pen d’auantage deleur Reli¬ gion , luy fit dire, qu’il euít a s’abftenir de parler de la Religion. Iln’y aricn de fi pauure que les habits dcs paifans. Leurs habits ne font que de groifetoille ,Sc leurs fouliers d’efcorced'arbre, qu’ils fçauent noiicr Sc entrelaifer comme des paniers, auec vneinduftrie merueilleufe. II n’y aprcfquc point de Mofcouitc qui ne fçache ce meftier,&qui ne l’exerce; dc forte que l’on peut dire que la Mofcouie a autant de Cordonicrs quelle a d’hommeSjOU au moins qu’il n’y a point dc famillc, qui n’ait ioncordonnier particulier. Et c’cil par la mcfme raifon,quc Ton dit que l’Elccteur de Brandebourg a vn Baillagc en la Duche dc Prufi’c, qui eil ccluy d’Infterbourg ,ou il fe trouue plus de quin¬ ze mille Cordonniers; pareeque tous les paifans de cc Baillagc font cux-mefmes leurs fouliers. Si Ton veut confiderer l’humeur Sc la façon de viurc dcs Lcur façonáe Mofcouites,l’on fera contraint d’auouer qu’il n’y a ricn deft Jc,,iurc' barbare que ce pcuple. I Is fc vantent d’eftre defeendus des an- cicns Grecs: mais pour dire la verité , iln’y anon plus de com- paraifondcla brutalitéde ces barbares ala ciuilitc des Grccs, àqui tout lc reíte du monde eft oblige de tout cc qu’il y ade poly Sc de beau parmy les hommes ,que duiour i la nuid. Ils n’apprennent point d art ny de fcicnce, Sc ils n’appliquent point l’efprit ai’cftudc: au contraire ils font fi ignorans, qu’ils croycnr qu’il faut eftre forcier pourfaire vn Almanach, Sc que l’on ne fçauroit predire les reuolutions de la Lune, ny les ccli- pfes, que Ton n’ait communication auec les diables.C’eftpour- quoy tous les Mofcouites murmurerent de la refolution que le Grand Due auoit prife de m’arrcfter àfon feruice,en qua- lité d’Aftronome Sc dc Mathematicien , au rctour de noftre
  • 144 VOYAGE DE MOSCOVIE, 636. voyage de Perfe, &firent courir le bruit que lcur Prince alloit eftablir vn Magicien en fa Cour.L’auerfion quc ie reconnus aux Mofcouites acheua d’effaccr le peu d’inclination quc j’auois pourcet employ; que Ton m’oftrit fans doute, pas tanta caufe que ic fçauois l’aftronomie , qu’afin d’auoir fuiet de me retenir dans lepais; parce qu’ils fçauoient, que j’auois exaclementob- ferue, &mis fur le papier toutle cours dc la riuiere de Volga; dont ils ne vouloient point que les Eftrangers euflent connoif- fance. Au voyage que ie fis par l’ordre du Due de Holftein,mon Maiftre, aMofcouen fan 1643. ie leur fis voir fur la muraille d’vne chambre fort obfcure,atraucrsd’vn petit trou, que j’a¬ uois fait dans vn volet fur vn verre poly, & taillé pour l’optique, tout cc qui fe faifoit dans la rue, Sc les homines marchans fur la tefte; mais aprescelailmefutimpoiTibledcleuroftcrl’opinion qu’ils auoientdemoy, & de l’intelligenee qu’ils croyoient quc j’euile auec le diable. Ils ayment les Medccins,&: ils ontvnc grande eftime pour la Medecine , mais ils ne veulcnt point permettre quc Ton fe ferue dcs moyens , que Ton employe aillcurs pour fe rendre parfaits en cctte fciencc. Ils ne veulcnt point fouffrir quc Ton ouure les corps, pour tafeher de penetrer dans les caufes des maladies, 5c ils ont vne eftrange auerfion pour les fqueletes. Ie raconteray àcepropos vne hitloire afiez plaifante d’vn chirur- gien Hollandois, qui demeuroit à Mofcou , il y a quelques annécs. II s’appelloit £hnrin , & eiloit agreablc au Grand Due, à caufe de fa belle humeur, 5c dc l’experience qu’il auoit acquife cn fon art. II arriua vn iour que cet honnefte-homme, eftant dans fa chambre,&fe diuertifl'ant à iolier du luth,les Stre- //>j,quiontaccouftumédcfefourrer par tout, s’approcherent dulieuou cctte mufique les appelloit:mais voyans par la fer- rurevn fquclete pendu derriere luy ala muraille,que lc vent de la feneftre agitoit, ils s’en effrayerent, 5c allercnt publier quece Chirurgien eltranger auoit vn cadaure qui fe mouuoit au fon de fa mufique. Lc Grand Duc&lc Patriarchcvou- lurent s’efclaircir de la verité de cc rapport,& l’cnuoyerent ob- ferucr pard’autres;quine confirmerentpasfeulement ee que les premiers auoient dit, mais ils y adioufterent, qu’ils auoient veudanferlc fquclete auionduluth du Chirurgien. L’afFairc fut jugée aíTés importante pour enparler au Confeil, ou il nc ie trouua
  • ET DE PERSE, LIV. III. trouua perfonnc qui ne foutinft, que ceftoit vn cfFct de la ma- i 6 3 6. gie: qu’il falloit que le Chirurgien full Magicien,&: que comme tel, il falloit le bruíler auec 1c fqueletc. Dés que le Chirurgien fut aduerty de cét Arreft, il pria vn marchánd dc fes amis qui auoit bcaucoup de credic à la Cour,dc reprefentcr au Knez Iutra Borijfo'toitz Circaski, qu’iln’y a quafi point de Mcdecin , ny dc Chirurgien en Allcmagnc,qui ne fe feruc de ces íqueletcs; afin d apprcnprc par la la conftitution du corps,& la jointure dcs oflements,afm de reiiflir mieux en la cure des accidens qui pcu- uentarnucr en ces parties.Sur la remonftrance deceSeicmeurl’5 changea bien le iugement, mais Quirin fut contraint de fortir du pays & le fqueletefut cntraifné & brulé au de là lariuiere de Molca. Vn peintrc Alleman courut lc mefme rifque il y a fix ans. Car les Stretíts, qui entrerêt chcz luy,à dcílein d’abattre la mai- fon, pour empefcher lc progrés du feu , qui auoit deíia fait dc grands rauages,y ayans trouué vne teftc de mort, ils voulurent ietter 1’vn & 1’autrc dans le feu: & 1’euíTent fait, fi fes amis nc fcuflent fauué des mains de ces Barbares , & s’ils neuílent fait connoiftre l’vfage innocent de cette tefte, enlart dont il faifoit profeífion. L«Mofco„i- II eilvray queles Mofcouites ne manquent point d’efprit mais ils 1 employent íi mal, qu’il n’y a pas vne de leurs actions, ^ * J c*uc" qui ait pour lebut la vertu,ô£ la gloire, qui en eft infeparable.Le Gentilhomme Danois,qui a public l’Ambaflade qu’il a faite en Mofcouie,au nom du Roy Fridcric II. fait le veritable Elo- gc des Mofcouites endeuxlignes; quand il die qu’ils fone fias, rufés, contredifans, opiniaftres obítinés, infolens & irnpu- dents, qu’ils reglcnt la raifon fur lent pouuoir, & qu’ils ont renonce a routeslortes devertus, pours’embourberen toutes fortes de vices. Leur induftrie &c la fubtilite de Ieur cfprit paroilt principa- lcmenten leur trafic, ou il ny a point defmelle, ny detrom- perie dont ils nc fc feruent, pour fouvber les autres plultoft, que pour fe defendre de i’eftrc. Ie m’eftonnois dc voir qu’ils donnoient a trois efeus &: demy vne aulne de drap , qu’ils auoicnt achctee des Anglois quarre efeus: roais on me die qu ilsnelaiílòientpas d’y gagner beaucoup ; pareequ’en ache- tantlc drapa vn an dc terme, & le vendant comptant, quoy qu a plus vil prix a ils fc feruent de 1’argent, & Pemployent en T
  • x 6 j <>. Sont dcfians & mcnteurs. r4á VOYAGE DE MOSCOVIE, d’autres chofes, dont ils tirent bcaucoupplus dc profit, qu’is neferoients’ils vendoient lc drap à terme , quoy quc beai- coup plus cher, qu’il ne leurcouite. Ils ne laifient pas cc fairc confidence dc retenir ccqu’onleur pâye dc trop,& fiott afies gens de bien pour renuoyer ce qu’on leur a donne p.r mégardc: mais ils ne croyent pas qu’il y ait du mal à furprei- dre dans le negocc ceux qui trafiquent aucc eux, Sc difieit pour leur raifion, qu’il faut que le Marchand fie fierue de l’efiprc & de l’induftrie queDieu luy a donnée,ou qu’il ne fie meile poiit detrafiquer. Etdefiait vn certain marchand HolIandois,ayait vilainement trompé plufieurs Moficouites, ces Meflleurs at lieu dc s’en offenfier, en parloient comme d’vn habile hon- me, Sc le firent prier de les afidcier auec luy, dans l’efiperai- ce qu’ils auoient qu’il leur enficigneroit quelque bon tour dc fim meftier. Etdautant quc latrompcrie ne s’cxerce point fans fauiled, fiansmenteriesSc fans defiances, qui enfiont infieparables, is fiçauent mcrueilleufiement biens’ayder deces bellesqualité;, aufii bien que de la calomnie; laquelle ils employent le pits fiouuent contre ceux dont il fie veulent vanger pour lc larcin,qti eft parmy eux le plus enorme de tous les crimes, Sc qie Ton y punitlcplus fieuerement. Pourcét effietilsont l’adreft. dc mettre en gage , ou dc porter fiecretcment au logis deceix qu'ils veulent accufier , les chofies qu’ils veulent fairc croic leur auoir eítc volécs , ou de les fourrer dans les bottes cc leurs ennemis; parce que e’eft la ou les Moficouites porteit ordinairement leur argent Sc leurs lettres. Pour en retrai- cher cnpartic les occalions,le Grand Due fit vn Edit enl’ai XÍ34. par lcqucl il ordonna qu’al’auenir touces les promefls ou obligations, pouremprunt ou pour gage, quand ce ficrct mefime entre lepere Sc le fils, fie feroient par cficrit, Sc fieroieit fignees des deux parties; à peine de nullité&: de pertcdeleir deu. Cy-dcuant, Sc particulicrement fious le regne du Tyrxn I nan Bafdo'tiits, il fiuffifioitd’accuficr quelqu’vn de crimedeh- zeMaieitc, pour le fairc condamnerà la mort, ouau banni- fement, fians autre forme dc pvocez, fians prcuucs , fians de> fenfies, Sc mefime fians aucune diibinction de ficxe, d’age cu de qualité. Les calomnies Sc les trahifions eftoient fi comini- nes fious cc Prince, quepluiieurs eft rangers, &des perfionn^s
  • ET DE PERSE, LI V. III. I47 publiques mefmes, fe trouuoient fouuent engagces en ces mal- heurs-, fans que leTy ran confidcraftleur caractere d’Ambafla- dcurs, ouceluy des Princes qui les auoit enuoyés. II rclegua en Siberie l’AmbafTadeur de l’Empereur,& lc fit fi maltraittcr,que le pauure homme fe refolui enfin de changer de Religion, afin dc trouuer en fa reuolte quelque foulagement à fon mal. Le Grand Due Michel Fedcroúits, n’eut pas plus de refpeetpour le Roy defunt, quand il enuoya lc Marquis d’Exidueil en Siberie, ou il fouifrit a la fufeitation de Iaques Rouilel,fon Collegue, vne captiuité dc crois ans; ainfi quenousauons dit ailleurs. Acepropos Martin Baar, PafteurdeNarua, quidemeuroic Hiftoire piaj dciia à Mofcou fous le regne du Grand Due Boris Gudenou, Iaute- nous conta vn iour , que dc fon temps le Grand Due fc trouuant fort afflige dc la gourte, fitpromettredetres-gran- des recompcnfes \ toutes fortes de perfonnes , de quelquc qualité ou condition qu’ellcs fuflent, qui luy indiqueroient vn remede capable de foulager fon mal. La femme d’vn Bo~ jare, outrée du mauuais traitement quelle reccuoit de ion mary , alia declarer que le Bojare fçauoit vn fort bon remede V pour la goutte: mais qu’il auoit fipcu d’affection pour fa Ma- jefté, qu’il nelevouloit point communiqtier. On enuoya que- rir fhomine; quifut bien eftonné, quand ilfeeut la caufede fa difgrace: mais quelque cxcufe qu’il puft allcguer on l’at- tribuoità la malice: on le fit foiiettcr iufqu’au fang, &on le mit en prifon.-ouilneputpass’empcfcherdes’emporter, &de dire, qu’il voyoit bien que e'eftoit fa femme qui luy auoit joiic cetour, & qu’il s’en vangeroit. Le Grand Due, s’imaginant que ces menaces ne procedoient que du defpit que le Bojare auoit dc voir que fa femme auoit reuelé fon fecret , le fit foiietter pluscrucllement que la premiere fois, &: luy fit dire qu’il employaitfon remede, ou qu’il fcdifpofall à mourir pre- fentement. Le pauure diable voyant fa perte ineuitablc, dill: enfin dans le dernier defefpoir, qu’en eífet il fçauoit quelque remede; mais qucnelecroyant pas aflescertain, ilne l’auoit pas ofé employer pour fa Majefté: & que fi on luy vouloit don- ner quinze ioursde temps pour le preparer, il s’en feruiroic. Apres auoir ootenu ce delay , il enuoya à Cz>irback, à deux iournees de Mofcou, fur la riuierc d‘Occa, d’ou jj fe fit anaenet T ij
  • i48 voyage de moscovie, 16 $6. vn chariot plein de touces fortes d’herbes, bonnes Sc mauuaifcs, &en prepara vn bain pour lc Grand Due, qui s’en trouuabien. Car foit que le mal fuft au declin, ou que parmy vne ii grande quantité de toutes fortes d’herbes il s’en trouuaft de propres pour fonmal, ilen fut foulagc. Ce fut alors que Ton fe con¬ firma dans l’opinionque l’on auoit eué , quele refus du Bo/are n’cftoit procede quede fa malice;e’eftpourquoy on le fouetta encore plus fort que les deux premieres fois, Sc apres on luy fit vn prefent dequatre ccns efeus, Sc de dix-huict pa'ifans,pour les pofleder en propre, auec deffenfes bien exprefles Sc tres-rigou- ueufes de s’en rcifentir contrc fa fcmme;quien profitafi bien, qucdepuiscetcmps-làils vefcurcntenfemble cn vne ties par- faite amitié. Aujourd’huy Ton y procede auec vn peu plus de retenue, Sc Ton ne condamnc perfonne qu’apres vne information bien exadte. Et afin dc déraciner entierement la calomnie,il faut que le delateurfc refolue à fouftrir lc premier la queifion ;en laquellc s’il perfifte en fon accufation, l’on y applique auili l’accufe, SC bien fouuent on le condamnc fans l’ouyr. Nous cn vifmcs vn exemple en la femme d’vn piqueur de l’efcurie du Grand Due; laquellefc voulant défaire defonmary, l’ac- cufa d’auoir voulu empoifonner les cheuaux,&: s’il cn eutpu trouuer l’occaiion, la perfonne mefmc du Grand Due. Elle fouffrit la queilion fans varier en fon accufation j Sc fit confi- ner fon mary en Sibcrie. On nous monilra la femme , qui jouiflbit encore dela moitié dcs gages dc fon mary. De cctte façon d’agir des Mofcouites, Sc du peu de fidelité qu’ils ont Les Mofcoui- entr’eux, l’on peutiugerde ccque les Eflrangers cn peuuent crcí°.nt mdl" cfperer , &iufqu’a quel point Ton s’y peut fier. I]s n’offrent iamais leur atnitic , Sc n’en contradlent iamais, que pour leur intereft particulicr , Sc à deifein d’en profiter. Lamauuaife nourriturc qu’onlcur donneen leur icuneile , en laquelle ils n’apprcnnent au plus qu’a lire&: eferire, Sc quclques petites pricres vulgaircs, fait qu’ils fuiuent aucuglement cc que Fon appelle aux beftes l’inltinct; De forte que la nature eiiant en elle mefmc déprauée Sc corrompue, leur vie ne peut eltrc qu’vn debordement Sc déregiement continuei. C’eil pour quoy Ton n’y voit rien quede brutal, Sc des effets de leurs paf- fions Sc appetits defordonnés,à qui ils lafchent la bride, fans au- cune retenue.
  • I 6} 6. ET DE PERSE, LI V. Ml. 149 La ficrtc de couces les aucres lotions, ii l’on en exccpte cel- le de quelques Infulaices, cffc nO'ble"&: fpiricuclle , mais la gloi- re 6c la fuififancc des Mofcouices eft groftiere, focce 6c impcr- cinence : 6c l’orgueil dc ceux qui fe fen tent canc foie peu ad- uancagés en honneucs 6c cnbiens, cit infupportable. Ils nc ie diifimuleirc poinc , mais touces leurs mines , leurs paroles 6c leurs a&ions font connoiftre ce qu’ils Tone cn eft'ec. C ell fur cc principe qu’ils fondent l’opinion aduantageufe qu’ils one de la grandeur, de la puiííance ,6c des richeftes dc leuf’Prm- ce, qu’ils preferent à tous les aucres Monarqucs de l’Europe, Ec e’eftpourquoy ils ne fouft'rent poinc que les Princes eftran- gers luy donnenc des qualicés ,qui puifl’ent faire croire qu’ils precendenc encrer en compecence auec luy. Ils commandenc fottement& infolemmenc aux Ambafl’adeurs de fe dccouurir les premiers, 6c prcnncnc par force couces forces d’auancages fur eux; s’imaginans qu’ils fe feroienc beaucoupde torc,&: 3 leurPrince, s’ils craicroicnc les Eftrangers auec quelquc ciui- licé. Les particuliers mefmes efcriuent& parlenc aux Eftran¬ gers en des cermes indifcrecs, mais d’aucanc moins offenfans, qu’ils fouffrenc que Ton en vfe dc mefme auec eux , 6c qu on les traicce comrac ils mericenc. II eft vray qu'ils commencenc à apprendre la ciuilicé , depuis qu’ils connoiflcnc l’auancage qu’ils cirenc du commerce qu’ils one auec les eftrangers -,6c ii yenaparmy eux,qui envfcnc auecquelque difcrecion ;mais ils fonc en fort pecic notnbre, &: à la referue dc Nikita ,donc nousvenons de parler, 6c dedeux ou crois aucres, l’on auroic de la peine a cn crouuer aucanc à qui l’on puifl'e donner céc Eloge. 11s n’onc pas plusde coplaifance les vns pour les aucres, qu’ils iisn’ont point one de deference pour les Eftrangers: car au lieu de fe faire ci-<1*CiUlllte‘ uilitc , ils prennenc les vns fur les aucres la main ’6c tons les au¬ cres aduantages qu’ils pcuuer.c: lors que nouseftions à Nifenouo- gorod\cMaiftred’Hoftcldu Chancelierdc Mofcouie, quieftoic vnhommedeparfaicemcncbonne mine,nous vine voir,& les Ambaftadeurs le conuierenc dc dii'ncr auec eux : mais quand il falluc fe meccre à cable , le Priffaf ne luy vouluc point co¬ der ; 6c fur cela ils entrerent en conteftation fur leurs quali- tcs. L’vn comme Sinbcjar ^ou Gcntilhommc ,pretcndoit precc* dcr le Prijtaf, qui n’auoit point de naitfancc: &:ccluy-cy, qui T iij
  • iyo VOYAGE DE MOSCOVIE, 16$ 6. eíloit là dela part du Prince>i\c vouloit point permettre que 1’autrefit comparaifon aueciuy. Les titresde fils de putain,&: dechieneíloicntlesmoindresiniuresquils fedifoientpendant vne bonne demy-heure, Sc fans aucun refped pour les Am- baffiadeurs: qui leur firent dire enfin , qu’ilslcs auoicnt priés de difner aueccux,afindeferé;ouir,&; non pour eítre importu- nésde leur qucrellc[: quils lesprioicnt encore de manger Sc debairc,&:de vuider leur different ailleurs. Us fuiuirent ce conffcib, Sc mefmes entrerent en vne fi grande confidence, qu'il fembloitque lcfeltin ne full fait que pour leur reconciliation, qui parut fort lincere dans le vin , dont ils s’enyurercnt à l’or- dinaire. Us font que- Ilsfont tous fort queçelleux, de forte qu’on les voitçà Sc içllcux. là dans la rue fe prendre de paroles , Sc fe chanter des iniures commedes harangeres, Scauectant danimofité,queceux qui ne les connoiífent point croyent qu’ils ne fe fepareront iamais fans fe battre; Sc neantmoins ils en vienncnt bien rarement à ces extremités :ou s’ils febattent, c’efl à coups dc poing ou de foiiet, Sc leurs derniers efforts fe font à coups de pieds, qu’ils fe donnent dans le ventre Sc dans le coité. L’on n’a pas encore veu que lesMofcouitcsfe foient battus entreux à lefpce&à coups de piílolet ,ou qu’ils fepiquent de cette brauourc en la- queilepluficursfontconfiíter fauíTement le veritable courage, Les grands Seigneurs Sc les Knez Sc Bojares mefmes, fe battent àchcualà beaux coups de foiiet, Sc vuidentainfi leurs qucrelles furle champ. infoiens en -En fe quetellant ils ne s’emportent point contre Dieu,en paroles. jurant, blafphemant &: reniant, mais ils fedifent des iniures, Sc proferent des paroles f infames Sc fi horribles, que la Fran¬ ce n’en ayant pas encore oiiy de femblables, ie medifpen- feray de les porter aux chaftes orcilles de ceux qui liront cet- tc relation; quoy que fauteur en ait voulu faire vn prefent à fa Patrie ,oii 1’on n’en fçauoitdefia quetrop ,Sc ou les injures ' font plus communes qu’en aucun autre lieu du monde. Ic di¬ ray feulemcnt qu’elles ne le font pas moins en Mofcouic •, puis que les peres Sc les meres difent à leurs enfans, Sc ceux-cy à leurs peres Sc meres, des chofes que l’on auroit horreur de pronon- cericy,&:quelesperfonnesles plus proílituées ne voudroient pas auoir dites. II y a quelques années que le Grand Due fit
  • ET DE PERSE, LIV. III. Iyi defcndre ces excés &: ces infolences, à peine du fouet,& le Magiftrat auoic le foin de faire mcíler des Stre/its &c des Ser- gents auec le peuplc, pour furprendrc lcs coupablcs ou lcs malheureux ,&lcs faire punir furlc champ. IvíaisTexperience fitbicn-toftconnoiftre que cc remede eftoit inutile que le mal eftoit trop enraciné , &: fi vniuerfel , qu’il n’cftoit pas feulement difficile, mais abfolumcnc impoffible d'executer lcs dcffenfes. Neantmoinspour mettre les perfonnes de con¬ dition à couuert de ces infulteSjl’on a fait vn rcglement, qui porte que celuy qui outrage vne. perfonne de qualité, ou vn Officicr du Grand Due, de paroles ou-de fait , doit reparer l’iniure d’vne amende pccuniairc, qu’ils appellent Bifceftia, oc monte quclquefois iufqu’a deux mil efeus, felon la quali¬ té de la perfonne offenfée. Si e’eft vn Officier du Grand Due, qui s’en plaint, on luy paye autantd’amende, qu’il a d’appoin- tementde laCour. On la double pour vne Dame, on l’aug- mente du tiers pour le fils, & on ladiminue d’autant pour vne fille,&: Ion fait payer l’amende autant de fois qu’il fe trou- uede perfonnes offenfees par les injuj.es, quand mefmes elles feroientdeccdéespluficurs années auparauant. Si le criminei n’a pas dequoy payer, on le met entre les mains de fa partie, qui en difpofe ,ou pour cn faire fon efclaue, ou pour le faire fouet- terparlebourreau. Lebon homme lean Barnley, marchand Anglois, dont nous parlerons ailleurs, fut condamnc à payer la Bifieftia à vn autre Anglois, nommé le DecicurDcy, Medecin du Grand Due lcCapitaineí/r/aC^, Gentilhomme Fran¬ çois , ttouua moyen de faire faire vne compcnfation de l’amen- deenlaquelle il auoitcílécondamné enuers vn Colonel Allc- man ,aueccclleque ce mefme Colonel dcuoita vn autre Fran¬ çois , nommé Antoine le Groin , qui voulut cn cela obliger la Code, fon amy. ? II n’yaricn de poly en leur conucrfation au contraire ils he craignent point de lafeher les vents que 1’eRomach ren- uoye, quelque part qu’ils fe thouucnt j fans honte & fans ~e- tenueren quay ils font d’autant plus incommodes, que mef¬ me fans cela ilsontl’haleincpuantc,acaufc de l’ail& de l’oi- gnon qu’ils mahgent auce toutes leurs viandcs. Ils s’cftendcnt & rottenc en tput.es.des .compagnies à la referue du Grand Duc,il n’y a petfonno pour qui jls ayent alios de refpeft pour sen empelcher. 16)6.
  • I 63 6. IIs n’ont point d'cftude. Ny d’lionnc ftcié. 1,1. VOYAGE DE MO SCO VIE, IIs n’ont point d’ellude,ils ne s’appliquent point aux fcien- ccs n’ont point deconnoiffance des affaires eftrangercs; de forte qu’ils nc s’en peuuent pas entretenir en leurs conuerfa- tions particulicres: mais auffi fe pourroient-ils bien difpenfer de parler des vdenies&dcs brutalitcs, dont ils fe diuertiffent en leurs debauches. Ie ne parle point des feftins des grands Sei¬ gneurs , mais des efcotsordinaircs des Mofcouites; ou l’on n’en- tend parler que des chofes abominables , qu’ils ont faites cux inclines, ou qu’ils ont veu faire a d’autres: failans gloire de fe vanter dcs crimes que l’on expieroit icy par le feu,&: dont on enfeueliroit la memoive dans leurs cendres. Mais comine ils s’a. bandonnenta routes fortes dedi(Volutions, Sc mefmes à des pe- chez, contre nature, hon feulement auec les homines, mais auili auec les belles, celuy qui en fçait faire le plus de contes, Sc qui les accompagnc dc plus de gclles, paffeparmy eux pour le plus habile homme. Les vieleurs en font des chanfons, Sc leurs Charlatans Sc Saltinbanques les reprefentent publiquement, Sc ne craigncnt point de fe découurir lc derriere , Sc quelquefois tout ce qu’ils portent, deuant tout le mondc. Les meneurs d’ours,qiufcfontaccompagncrde joucurs de gobelets , Sc dc marionnettes ,quidreffentleur theatre en vn moment,par le rnoyend’vne couuertttredelid ,laquclle ils fc lientau milieu du corps, Sc la pouffantde route fon eílêndué audeffus dela telle j ils y font paroillrc leurs poupées, &: y reprefentent leurs brutalitcs Sc leurs fodomics, en donnent le diuertiffement aux enfans,qui apprennent par ce moycn dés leur premiere jcu- neffe à renoncer àla pudeur &: à l’honneftete. Et dc fait les Mofcouites n’en ont point du tout. Les poilu- res de leurs danfes, Sc l’infolence de leurs femmes font des mar¬ ques infailhbics de leur mauuaifeinclination. Nous auons veu à Mofcou des hommes Sc des femmes fortir des eftuues pu¬ bliques tout nuds, de s’approcher dc noilre ieuncffe ,&delcs agaffer par des mots fales Sc lafeifs. Loiíiucté, qui, ell la mere de tousles vices ,5c qui femble cílradonnéc en partage à ces barbares, ell celle qui les porte àces excés; auffi bien que l’y- urognerie : parce qu’ellans naturellcment portes à la luxurc, ilss’y abandonnententierement apres levin., le*ftic fouuiens a proposd’vne hiiloire, que le truchelncntedu Grand Due me conta lots que nous eílions à WMfbgtrodi fçaiioir qu’en cettc .ro: Ville
  • ET DE PERSE, LIV. III. m ville il fe fait tous les ans dc grandes deuotionsjou il fc trouuc 16 5 6* vn grand nombre de Pelerins. Celuy qui a le droic de tcnir ca¬ baret , obtient du Metropolitain la pcrmiílion de drcíTcr plu- íicurs tentes,pour la commodité des Pelerins 5c des Pelerines qui ne manquent pas dc s’y rcndredcslc grand matin deuantlc feruice,&:d’y prendre quclqucs gobelcts d’eau de vie. Ily ena, mefme,quiau lieu de vaquerà leursdeuotions, paíTent toute Ia iournéeà lataucrne: dontil s’enfuitde íl cftranges defordres, qu’ilnousditauoirveuvne fcmme, qui s*y cftoit tellcmenten- yurée,qu’au fortir dela tente elle tomba, 5c demeura découuer- tc & endormic en plcine rue,&: en plein iour.. Ce qui donna oc- cafion à vil Mofcouitc,qui eftoit yure auífi, dc fecoucher aupres- d’clle, &: s’en eftant íeruy il y demeura couché Sc endormy à la veuêde tout le monde; qui ayant fait cercle autour n’en faifoit que lire, iufqu a ce qu’vn vieillard, qui auoit horreur dc ce fpc- Qc acle, les couurift de fa verte. Il n y a point de lieuau monde ou 1’yurogncric íoitfi com- iisfcntyuro mune qu en Mqfcouie. Toutes les perfonnes, de quelquc con- g«es. ditionouqualitéquellesfoient, Ecclcfiaftiques Sc Laics,hom- mes& femmes,ieunes 5í vieux,boiucntde 1’eau devie a toute heure, dcuant, pendant 5C apres le repas. Ils 1’appellent Tzar- k'O'tiino, 5c nemanquent iamais d’en prefenter à ccux qui les vi- fitent. Les gens de baile condition,les pa'ifans Sc les efclaues ne rcfufcnt point les taíles d eau de vie qu’vne períonne de condi¬ tion leurprefente; mais ils en prennentiufqu’accqu’ils derneu- rent couches, 5c bien fouuent morts fur la place. Les grands Seigneurs mefmes ne font point exempts de ce vice: ainfi que Ton vit en cct Ambaífadeur Mofcouite, qui fut enuoyé à Char- les,Roy dc Suede,enl’an 1608. Ce galant homme, au lieu de mefnager fa qualité d’Ambaifadeur,&:les affaires quefon Mai- ftreluy auoit confices, prittant d’eau de vie la vcille de fa pre¬ miere audiancc,que le lendemain matin ayant efté trouué mort dans fon li£\:,l on fut contraint de le porter en terre,au lieu de le* conduireà l’audiance. Lcs gens de baftc condition nefc contcntent pas dedemeu- rerau cabaret, iufqu’a ce qu’ils y ayent laifl’c le dernier copec de leur bourfe, mais ils y engagentbien fouuent meimes leurs habits iufqu a la chemife; Sc c ert ce que Ton voyoit tous les iours pendant noftre fepur à Mofcou. Eftant logé à l'Hoftcl: V
  • 1*4 VOYAGE DE MOS-COVIE; 1 6 de Lubec, en paflantà Nouogorod, au.voyage qucie fts en Mofcouie en lan 1643. ie voyois ibuuent fortir d’vn cabaret, qui eftoit dans noftre voiftnage, de ces yhrognes, les vns fans bonnet,les autres fans bas Sc fans fouliecs, Sc raefme fans cami- fole, Sc en chemifc. I’en vis vn entr’autres, qui en fortit premic- rcment fans Kaftan Sc enchemife j maisayant rencontre vn de fes amis, qui prenoit le chemin du cabaret, il y retour- na auec luy, Sc n’en fortit point qu’il n’y euft aufti laifle la che- mife. Ie l’appellay, &c luy demanday ce qu’il auoit fait de fa chemifc,&s’il auoitefté vole, ilme refpondit auec laciuilite ordinaire des Mofcouites. I a but fui matir : va te promencr, c’eft le cabaretier , & fon vin qui m’ontmis en cftat; rnais puis que Ia chemifc y eft demcurce,i’y veux auíTi laiífer les caleçons; ilnemel’euftpas fi-toftdit, qu’il retournaaucabaret;d’ou ie le vis fortir incontinent apres, nud comme la main, couurant fes partieshonteufesd’vnepoigneedeflcurs, qu’il auoit cueil- lies aupresdela porte du cabaret: &s’en alia ainii gay Sc con¬ tent chezluy. Eftantenlamefme ville de Nouogond, lorsde noftre fecon- deAmbaifade, i’y vis vn Prcftrefortir du cabaret, lcqucl en approchant de noflre logisvoulut donner la benediction aux Strclits, qui eiloient en gardeà la portc : mais cn lcuant la main, ÔC en faifant l’inclination , la teite qui eftoit chargee dcs fuméesdu vin, fe trouua fipefante, quelle emportale rede du corps, Sc fit tomber le Pope dans la boué. Nos Strel ts le rcle- uerent auecrefpeCt, Sc ne laifl’erent pas de receuoir cette be¬ nediction crottéc; comme vnechofe qui cil fort ordinaire par- my eux. Le Grand Due Michael i'ederonits, qui eftoit fort fobre Sc ennemy de 1’yurogncrie, confiderant qu’il eftoit impoflible d’abolir entierement ces excés, fit de fon temps plufieurs re- glemens pour les moderer; faifant fermer les cabarets, & fai¬ fant fairedes defenfes de vendre de l’eau de vie ou dc l’hy- dromel, fans fa permiifion exprefle, & ailleurs que dans des tauernespriuilegiées; oul’on n’en vend qu’a pot&à pinte, & 1’on n’y donne point à boire. Ce qui fait vn afles bon eftet, ence que Tonne voit plus des nudités par les rues, maisccla n’empcfche pasqu’elles nefoient jonchecsd’yurognes j parcc que les voifms&les amis,qui ontdcíTeindcs’enyuEcr,enuoyét
  • ET DE PERSE, LI V. III. cjuerir vn ou plufieurs pots d’eau de vic à la taucrne, & ne fc t <, c ícparent point qu’ils neles ayent vuidés. ^ Lcs femmes ne íontpas plusdcdifficulté deVenyurer que Lhyurogneti. les hommes. Fcn visa Naruavn aífez plaifant exemple en ladcsfcnm,es’ maifonou ieítois logc ; ou plufieurs fernmes Mofcouices vin- rent vn íour trouuerleurs maris, pour eílre de l’efcot s’aiTi- rcnt & íirent raifon de bonne grace. Les hommes eftansyurcs voulurcnt allcr chez eux; maisJes femmes tefmoignerent5 qu clles n cftoient pas encore en humeur de fc retirer quov qu on lcs y conuiaft par bon nombre de grands fouflcts & obhgerenc íeurs maris à fc r’alfcoir, boire de plus bcllc- juíqu a ce que lcs hommes cftans tombes endormis à terre * lesremmcs safluentfur eux,commefurdcs banes, & conci- nuerent dcboire; iufqu’i cc qu’clles demeuraífent couchces a terre aucc eux. Iacques dc Cologne, qui me logeoit a Narua, me conta qu il auoit veu vne fcmblable comedie à fes nopees, ou lcs Mofcouices, apres auoir bien étrillé Íeurs femmes à coups dc touets’cftoient remis àboireauec elles,iufqu’a cequellans couches yuresa terre, les femmes s’aflirent fur eux, s’en- yurerent tellement qu’ellcs demeurerent couchées parmv les hommes. r 1 Le tabacy eftoit autrefois ficomraun, que I’on cn voyoit*-' tabacy tit prendre par tout, enfumceou en poudre. Poury remedicr defindu* pour cuiter les defordres qui ennaifl'oientjnon fculcment parce que les pauures gens fe ruinotent, en cc que dés qu’ils auoient vn fol,ils 1 employe,ent en tabac, plàtoít qu en pain: mais auf- h parce qu ils mettoientfouuent le feu à la maifon & fe nre- ferrtotent aiiecfhaleine puante Sc infectedeuant leurs images leCrand Due ôçlcPatnarche nigerentà propos en Ian 1634! den defendre abfolument la vence &l’vfage. Ceuxqui font conuaincus den auoirpns ou vendu, font fort rigoureufemenc pums. On leur fend les narincs,ouonleur donnelefouetrain- cvqanres°nS T“ ^ ’ de U dirons cy-apres,quand nous parlerons de l’admimftration dclaluftice en cc pais la. a, ^ naturcl pemcrs des Mofcouites, & la bafTeffe cn Iaqucllc „ , . cil ol frZS’jrr“ h nru,tude' P°“rla<5udk* eltrenes, tone que 1 on eft contraint dc les traiter en belles tudev Vif
  • iy<í VOYAGE DE MOSCOVIE, t6^6. plutoílqu’en perfonnesraifonnables. Et ilsy font fí bicn ac- couftumés, qu’il eft corame impoflible de les porter au trauail, fil’on n’y employe lc foiiet &le bafton: dont ils nc fcplaignent pas beaucoup; parce qu’ils font endurcis aux coups par la cou- tume que les ieunes gens ontde s aflembler les iours de fcfte, Sc de fe diuertir à coups de poing Se de bafton, fans qu ils s cn fafchent. Ceuxquifont nés libres, mais pauurcs, eftimentfi peu cétaduantage, qu’ils fe vendent auec toute leur ramille pour peu dechofe, Sc ils ont fi peu defentiment pour la liber¬ te, qu’ils ne font point de difficultc de fe vendre encore , apres 1’auoir recouuréeparla mort de leur maiftre, ou par quclque autre occaíion. Les foúmillions qu’ils rendent à leurs Supericurs font les marques do la baflefl'e de leur naturel, Sc de leur icruitude. Ils nc fc prefentent iamais dcuant les perfonnesde condition, qu’ils ne s’inclinent iufqu’a terre, à laquelle ils touchent 6c la battent du front, Sc il y cn a qui fe icttent aux pieds de leurs Seigneurs,mcfrncs pour les remercier apres en auoir efte bien battus. II n’y a point dc Mofcouite, de quelquc condition oil qualité qu’il puiifeeftre, qui ne tiennea gloirc de fe pouuoir dire Colop,ou cfclaue du Grand Due: Sc pour faire connoiftie leur humilité ou abieclion, mefmes aux moindres cholcs, ils conuertiífent leur nomendiminutifs, heneluy parlent ny ne luy eferiuent point qu’au licude on de lean, ils ne diient I^antske e’eft à dire Iemnot, he qu’ils ne fignent Tetruskc- Ttooj Golop,Pierrot vollrc cfclaue. Lc Grand Due enparlant a cux, en vfcde mefme, he les fait traittcr au refte en Efclaues,a coups dc foiiet he de bafton : puisquaufli bicn ils aduoiient que leurs perfonnes Sc leurs biens font a Dieu he au Grand Due. . . . Lacondition Les Eftrangcrs, qui s’eftabliftent cn Mofcouic, ou qui le re¬ des Efhangers foluentd’entrcr auferuicedu C&aar, fc doiuent auflireloudre fefj" à luy rendre les mefmes foumifftons, & a receuoir deluy le mefme traitement. Car quelquc part qu ils ayenten fes bon¬ nes graces,ilfautfi peu dc chofe pour meriter le foiiet, quu n’y a perfonne qui fe puiífe vantcr d en eftre exempt. Autre¬ fois il n’y en auoit point quiy fufl'ent plus fuicts que les Mode- cins; parce quelcsMofcouites eftoient perfuades,quc cct art eftoii infaillible, he que l’eucnemenc de lamaladie depcndoit
  • I6}6. ET DE PERSE, LIV. III. iy/ dclavolontcde ceux qui faifoientprofeflion dc gucrir les ma- lades. C’eft pourquoy quandenl’an i6oz. lean Duc&c Holficin, frerede Chriftian I V. Roy de Dannemarc, qui auoic époufé la filie da Grand Due Boris Gudenou tomba malade, le C\aar fit dire auxMedecins, que s’ils ne lc guerifl’oient point, leur vie ref- pondroit de cellc du Prince : dc forte qu’eux voyans que la force du mal éludoit 1’efFet des remedes, &£ qu’il eftoit impof- fiblc de fauuer lc Prince , ils fe cacherent, &: n’oferent point fe prefenter deuant le Grand Due, iufqu’a cc que les douleurs de la goute 1’obligeaífent à les faire chercher. II y en auoit entfautres vn Alleman, lequel, apres auoir exerce quclque tempslamcdccinccnMofcouie,s’aduifade vouloir aller que- rir fes licences en Allcmagne: mais le Grand Due, quivoulut fçauoir lc fujet dc fon voyage, pour lequel il eftoit oblige de de- mander congc, ayant fceu qu’il s’y alloit faire examiner, pour receuoir en luitte le degre de Dofteur, que la Faculte de Mede- cine donne &; confirme par fes Lcttres Patentes, il luy dift, qu’ayant cfté fouuent foulage de fes douleurs , par le moycn de fes remedes, il eftoit afteuré de fa fuftifance: pour cc qui eft des Lettres, s’il en auoit befoin, il luy en feroit donner d’auiTi authentiques,qu’il en pourroit auoir d’vne des Vniueríites d’Al- lemagne, &C ainfi qu’il fe pafleroit bien de la peine qu’il fe don- neroit, de la dépenfe qu’il feroit en cc voyage. Ce mefme Medecin eftoit du nombre de ceux qui s’cftoient caches apres la mort du Due de Holftein, &c croyant que le Grand Due l’enuoyoitquerir pour le faire moutir, il mit vn mefehant habit rompu, &c ayant les cheucux negligemment abbatus fur lcsyeux&fur toutle vifage,il fe prefenta en céc eftat à la porte de la chambre du Grand Due : ou il entra à quatre pattes: &C s’cftant approché du lift, il dift qu’il ne me- ritoit point de viure,&: encore moins defe trouuer en la pre¬ fence de fa Maiefté, puis qu’il eftoit aflez malheureux, pour auoir attire fur luy fadifgrace. Surcelavn des A'»f2.,qui eftoit aupres du Due, croyant faire plaifir au Prince , le traitta de faback, ou de chicn, & luy fit fortir du fang de la tefte d’vn coup qui luy donna du bout defa bottc. Mais le Medecin,ayant apperceu que le Grand Due le regardoitdebon ceil, envou- lut faire fon profit , 5C fe r’affeurant il dift : Grand Prince, icfçayqucie fuis voftre efclaue:mais ic vous fupplie de me V iij
  • 158 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1636. permettre de dire, que ie ne fuis quc lc voftre. Ie fray quei’av mente la mort, & ie m’cftimerois heureux dc la receuoir de vos mains: mais il me fafchc de me voir outrage par ce Knez, qui eft voftre cfclaue aufti bienquemoy ; & ie ne croy point’que voftre intention foit, qu’autre quc vous aitpouuoirfur ma per- fonne ^ Ces paroles,& le befoin que le Grand Due auoit du Medecin, obtinrent pourluy vnprefcntde mil efeus, le pardon pour fes Collegues, &; des coups de bafton pour le Bojar, its out grand Pour ce qui eft des efclaues, lc nombre n’en eft point regie, nomUc d’£f, II y a des Seigneurs qui en ont plus dc cent en leurs maifom’ dc campagne, ÔC en leurs meftairics. Ccux qu’ils gardent pour leur feruicc à la villc, ne font pas nourris dans lelo
  • ET DE PERSE, Li V. III. tr9 nopcesde la filie d’vn Marchand Alleman. Et quoyquil ne fe paflall prefque point dc nuiót fans meurtre , ainfi que nous venons de dire 5 fi eft-ce qu’il fembloit que ces defordres fe mui- tiplioicnt à mefure que l’on sapprochoit de quelque Fcftc: mais particulierement pendant les iours gras , qu’ils appcllent LMaJloiiitzo. Laveillede la faint Martin nous comptâmes iuf- quà quinze corps morts dans lacourde Semskoy, ou on les ex- pofe, afin que les parens & amis les rcconnoiflent, & les faflent enterrer. Si perfonne ne les reclame, on les entraifne, commc des charognes, dans vne mefchante foífc, fans aucuncs cere¬ monies. L ir.folence de ces voleurs eftfi grande 3 que mcfme ils ne craignircnt point d’attaquer le premier Medecin du Grand Due cs pleiniour. Ils l’arreftercnt dans la ru: en allant chez luy ,1 abbatirent defon chcual 3S£ luy alloient coupcrlcdoigt, ou ilportoit fon cachet dans vne bague dor, fans lefecours qui luy futenuoyc bien a propos par vn Knez dc fes amis,qui logeoit dansle voifinage, & qui l’auoit veu attaquer. Le mal eft que la nuicl il n’y a point de Bourgeois qui vueille mettre la tefte à ia feneftre ,tants cn faut qu il ofe fortir defamaifon, pour aller au fccours de ccux que Ton outrage ,• depeur dc voir le feu chez luy , ou dc fc trouuer dans le mcfme malheur, dont ils vou- droicnc garantir les aucres. Dcpuis noftre voyage l onyaeila- bly quelquc ordrc;cn cc que l’on met dcs corps de garde aux carrcfours, qui arreftent ccux qui vontlanuidfans flambeau ou fans lantcrne, & les conduifent aux ttrelitfi prifias, ou on lés punit le lendemain. Quand les Seigneurs font fairc leurs foins, ees efclaues, que 1 on y employe en grand nõbre3rendentlechemin entre Mofcot* & TVoere tort dangereux: parcc qu’ils fe feruent de 1’aduanrag- d’vne montagne voifine , d’ou ils découurent l’eftat des paf- ants, qu ils volent & tuent; fans que l’on en puifle tirer raifon dc leurs maiftres , qui nc fourniflants point dequoy viure 3 leurs efclaues,font contraintsdedillimulerle mal,& dc con- niuer a leurs crimes. Les maiftres difpofent de leurs efclaues commc de leurs au- tres meubles, &mefme vnperepeut vendre fon fils&l’alie- ner afon profit.^ Mais les Mofcouites font figlorieux, que non ieulcment ils nen viennenc pas Yolonticrs à ces extremités, «*3
  • IÓO VOYAGE DE MOSCOVIE, mais auíli qu’ils aiment mieux voir lcurs enfans mourircfe faim chezeux,que fouffrir qu’ils aillcnt feruir ailleurs. II n’y a que lesdebtes qui les obligent bien fouuent à engager lcurs enfans à leurs creanciers; les garçons à dix , Sc les filies à huict efcus par an: puis qu’aufli bien les enfans font obliges aux deb- tes de lcurs peres, Sc de fouffrir le cruel traitemcnt que Ton fait auxmauuaispayeurs,oudc fe vendre aux creanciers pour les acquirer. La fuie&ion en laquelle ils font nés,& Ia nourriturc grof- fiere qu’on leur donne dés leur premiere icuncífc, ou on leur iUToncboas enfeigneàfe paífer de peu de chofe, font que l’bn y trouue de oidatt. fort bons foldats, Sc capablcs de rendre de fort bons feruices fous des Chefs Eftrangers. Car encore que la difeipline militairc des Romains ne permift point que Ton enrollaít des cfclaues en leurs legions ,lcsMofcouites,qui le font tous, ne laiílçntpas d’eftre employes fort vtilement à la guerre , 5c ils font fort bons dans vne place aíhegée ; ou ils tefmoignent auoir du cocur , Sc fc defendent merueilleufement bien. Dont nous auons veuvn exemple au fxege deNotebourg: ou deux hom¬ ines firent la capitulation cn Tan 157i>- Les Polonois,qui auoient aífiegélechaftcaudcJ’////’í//,y mirent le feu pendant qu’ils y donnoient l’ailaut; mais les Mofcouitesnelailfoient pas dele prefenter à la breche, Sc dc la defendre; quoy que le feu fe prill mefmes à leurs habits. Et au ficge de l’Abbaye de Padis cn Liuonie, ils le fouftinrent, iufqu’a ce que faute de viures ils fe trouuaflcnt tellement aft'oiblis , qu'ils n’auoicnt pas la force d’entreren garde , n’y d’aller au deuant dcs Suedois iufqu’a la porte. II ell vray qu’ils ne reufliflent pas fibien à la campagne Sc aux batailles, qu’ils en ont rarement gagné contre les Po- lonois , Sc contre les Suedois , leurs voiiins, qui ont prefque toufiours eude l’auantage fur eux; en forte quel’on a eu plus de peine à les pourfuiurc qua fe fauuer de leurs coups: mais il eft vray auill que ccs malheurs leur arriuent à caufe du peu d’ex- perience Sc de conduite dc le urs generaux, plutoft que faute de courage en leurs Soldats. siege dc Smo. Car pour ce qui eft de 1’affront que les Mofcouitcs receu- ens'ko. rent au liege de Smiensko cn fan 1633. ce fut vn effet dc la perfidie du General, qui payafon nuiftre de fon imprudence, d’auoir
  • ET DE PERSE, LIV. III. l6r d'auoir confié lc commandcment dc fon armce à vn eftran- \ 6 ger. II cftoit Polonois, Sc s’appclloit/Aww? Scljeinyc\m pour s’etablir dauantage dans 1’efprit du Grand Due, auoit cu la lafcheté dc fe fajrc rebaptifer. L’armce, dont on luy donna la conduitc,eítoit compofee de plus dc cent mil homines,entre lefquels on comptoit plus de fix mille Allcmans , &: plu- fieurs Regimens Mofcouites,exerces al’Allcmande Sc com- mandés par des Officiers eftrangers, François, Allemans Sc Efcoflfois ; de trois cens pieces dc canon, Sc de toutes lcsau- tres chofcs neccílaires pour le fiege de la place , que les Po¬ lonois auoicncdepuisquclquc temps prifefur les Mofcouites. La reduction eneuíteité d’autant plus facile, que la ville n’eft ceinteque d’vne íimplc muraille , fans fofle Sc fans defenfes. Cell pourquoy les Allcmans,qui y auoient fait vnc brefche raifonnable , fefaifoicnt forts de 1’emportcrdu premier aflaur. Mais lc general s’y oppofa, Sc dift, qu’il ne pcrmettroit pas que 1'onput rcprocher au Prince,fonMaiítre , d’auoir leué vnefi puiílante armee pour le fiege d’vne ville, qifvnepoignée d’Al¬ lemans auroient prife cn fi peudciours,& pour laliccntier aulti- toft. Les Colonels eltrangers de leur coftc, confiderans que Ia reputation du Grand Due feruinoitau fiege decette ville, aufii bienque 1’armée mefme, fi 1’onne 1’employoit point,re- folurcnt dc donncr 1’aílaut, Sc cíloient quad maiftres de la brefche , quand le General faifant pointer 1’artillerie contre eux, les contraignit de fe retirer. Ils en firent leurs plaintes,& firent connoiftrelcfuietqu’ils auoient dcfoupçonner fa fide- litéjmaisil leur fit dire que s’ils ne demeuroient dans l’obeif- fance, Sc dans le rcfpcct qu’ils dcuoient à leur General, il trou- ueroit bien lc moyende les chaftier, Sc qu’il les feroit traitter à laMofcouite. De forte que n’ofans plus rien entreprendre, 1’artnée demeuralà quelquc temps fans rien- faire,& donna le íoifir au Roy de Polognc d’ailemblcr vn petit corps dc cinq mil homines ,auec lcqucl il fe faifit fi bien de toutes les aue- nues,par lcfquellcs lesMofcouitcs elloient obliges de faire venir leurs viures, que dans peu deiours leurarméc demeura plus eítroitementaífiegéequc la ville mefme. II euft eftc bien fa¬ cile au General Mofcouite d’empefeher d’abord les Polonois de prendre ces poftcs,mais il leur donna le temps des’y retrán- cherfi bien, qu’il luy cult efté itnpoihble de les forcer en leurs X
  • 163-6. Leur menage. i4z VOYAGE DE MOSCOVIE, quartiers , quand inefrae ilen auroit eu la volonté. L’armec Mofcouiteeftant ainfireduiteà la dernierc extremitc , le Ge¬ neral, pournclalaiffier pas perirdefaim, fut contrainc deca- pituler auec les Polonois, deferendrei difcrction auec toute fonarméc, & de leurlaiffier auec toute cette belle artillcric, des ôtages pour la rançon de tous les Officiers &: foldats,laquel- lcle Grand Due fut oblige de payer. Le General eut l’impu- dence de rctourner à Mofcou apres cela, 3c de feprefenter à laCour:ou il trouua affiés d’amis pour fe maintenir, nonob- ftant les plaintcs, qucles Officiers & les foldats faifoient con- treluy; mais lepeupletefmoignatant dereffientiment de cet¬ te lafeheperfidie, que pour empefeher le foulcuement, done la vide & tout PEftatmeftneeftoit menace, Ton fut contrainc dele fairc cxecuter en plein marche. La plus part des Grands auoient trempé en fes trahifons:mais de peur qu’il ne les aecufaft, on luy fit accroirc qu’il ne fe de- uoit pointeftonner dc toutes cesprocedures:que l’onn’en fe- toit que la mine, pour donner quelque fatisfa&ion au pcuple, & que fur le point de l’executionon luy enuoyeroit fa grace. Ce qu’il crutd’autant plus facilement, que parle changemcut de fa Religion ils’eftoit acquis l’affc&ion 3c les bonnes graces du Patriarche.-mais il n’eut pas fi-toftcouchélateftc fur lebloe, que Ton fitfigncal’exccuteurdela couper. Lc mefmeiouron executa fon fils, qui auoit comande au fiege de Smolensko ious fon pere. On le conduifit en la plaine deuant le chafteau, ou il fut dépoiiillé tout nud, 3c foiãctté iufqu’a cc qu’il euft rendu 1’efpritfurle lieu. Tous les autres parents furent relegues en 5iberic;& ainfi cette execution s’acheua au mois de luin 1634. LcsMofconites reglent leur mefnage fur lebien qu’ils pof- fedent; maisils n’y font pas grande defpenfc: les Bojares non plus que les perfonnes de condition mediocre. Ce n’eft que depuis trente ans que les Grands Seigneurs, &: lcsprincipaux marchands baftiffient des maifons de pierre : Car deuant cc temps-la ils n’cftoient pas mieuxlogés que les plus pauures, dansde mefehans baltimens de bois. Leurs meubles ne font pas plus precieux que leurs appartemens, 3c ne confident lc plus fouuentqu’en troisou quatrepots,&enautant d’efcuel- les de bois 3c dc terre. 11 y ena quienont d’eftain, mais fort peu, à la relerue de queiques taffies tegobelets, 3c il n’y cn
  • r 6 3 <3. ET DE PERSE , L IV. TH. i*j a pointd’argent du tout. Ils ne fçaucntcc que c’eit que d’cfcu- rer,Si la vaiilellcd’argentdu Grand Due mefmen’cftoit pas mieux fourbic que les pots de tauerne , que l’on ne nettoye qu’vnc fois l’an. Les plus aifés nc garniflent les murailles que denattes, Si ne les ornent que de deux ou trois mefehantes images. Ils n’ont prcfque point de lids de plumes, Si ils ne couchent que fur dcs matelats oufurdes paillaflcs, Si mefme fur de lapaille, ou fur leurs habits qu’ils accommodent l’Efts fur vn bane , ou fur vne table,Si l’Hyucr fur lespoilles,qui font plats comma en Liuonie. Et e’eft la ou Ton trouue le mai^- ftre Si la maiftreffe, les feruiteurs Si les feruantes, les vns aues les autres, Si i’ay veu qua la campagne les poules Si les pour- ceaux fe retiroient ordinairement dans vne mcfme chambre auec le máiftre du logis. Ils ne connoiflent point nos ragouts, Si ils ne font point accou- Lcur noum* flumes à nos viandes delicaces. Ils nc viuent d’ordinaire que tuic" de gruau, dc nauets, de choux Si de concombres frais Si con- fits au fel Si au vinaigre. 11s font particulierement leurs deliees de poiílbn falé , qui pour ne l’eftrc pas- afles , elt tellement puant, qu’il infede tout Fair voifin ; de forte que Ion fent leur poiflonnerie de bien loin, encore que Ion nc la voye point. Ils ne peuuent pas manquerdebocufnydemouton,acaufe des bons pafturages qui fe voyent par route la Mofcouie, Si les for cits y nourriflent vne fi grande quantitc dc pour- ceaux , qu’il nc fe peut qu’ils ne foient à bon marché; mais d’autant qu’ils craigncnt la dépenfe, Si que d’aillcurs leur an- née eft cõpofce dc plus dc iours maigres que de gras,ils fe font fibicnaccouftumésaupoiflon Si aux legumes , qu’ils mefpri- fentla viandc. Etdefait les ieunes continueis leur ont enfei- gné l’induftrie de donner tant de façon à leur poifTon, à leurs herbes Si aux legumes,que Ton fe paife aifémentdes vian¬ des que l’oneftime le'plusen Allemagne. Nous auonsdit cy- deflus, que le Grand Due nous voulant regaler des mets de fa table, nous enuoya plus dequarante plats, la plus-part de legumes Si d’herbes. Ils font entr’autres vne certainelorte de patifl'erie, qu’ils appellent Piroguen , de la grandeur Si dc la> forme d’vn pain à la mode de deux fols. Ils garniflent la- paftc de poilfon, ou de chair hachce , dont ils releuent le gouft de ci~ bouktte Si depoiure, Si les font frire dans vne poifle dans-du X ij
  • I 6 y 6. Cauajar. L'hidromel. 164 VOYAGE DEM-OSCOVIE, beure , Sc en Carefme dans i’huilc. Cc n’efl: pas vn mauuais manger, Sc c’eilla bifque de ces quartiers-là. lis preparent les ccufs dcpoiflon, & particuliercmcnt ceux d’efturgeon, de cette fiiçon. IJsenoftent lapcau bien propre- ment, Sc les Talent. Aprés qu’ils ont pris lent Tel, pendant luiit ou dix iours, Sc qu’ils font reduitsen pafte, on les con pc menu par tranches ; I’ony adiouile de l’oignon Sc du poiure, Sc on les mange auec del'huile Sc du vinaigre en faladc. Le gouíl cn eftbien plusreleué, quand au lieu de vinaigre Tony met duius de citron. Pour aimercc ragouftily fauteftre ac' couftuméj quoy qu’ils croyent qu’il excite l’appetic Sc qu’il fortifiela Nature. Les Mofcouites l’appcllent ÚarySc les Ita- liens Causyar; Sc c’eil vne grande manne par l’ltalie} cu Ton cn mange vne tres-grande qu anti té cn Carefme, au lieu de bcurc. Le meilleur fc fait fur le Wolga , & aupres d’Ailracan , d’ou on 1’enuoye dans des tonneaux de fept 011 de huit quintaux , par rAnglcterre&laHollandeenltalic.Mais dautat quclc Grand Due s’cft referué ce trafic,ille donne à ferme,&en tire vne ibm- me fort conildcrable tous les ans. PourdiiTiper les vapeurs qui montent à la telle apres la dcbauchc,ils fc feruent de veau roily froid,qu’ils coupent cn quareaux, &: y meflentdes concombres falez,&y font vne faulce de poiure, de vinaigre Sc du iusdes concombres Tales,qu’ils mangent aucc la cueiller. EUe fait rcuc- nir l’appetit, Sc ce ragoull n’eft pas mauuais. Lc mefme pcuplcne boitordinaircmcntqued’vnc’ccrtaine petite biere, qu’ils appcllentZ/w;, ou de 1’hidromcl, mais ils ne font point de repas qu’ils ne commencent &: finiflent aucc de l’cau de vie commune. Les perfonnes de condition font leur prouiiion de bonne biere double, de vin d’Efpagnc Sc de toutes autres fortes devin. La bonne biere fe brafle au moisdcMars, &ils la conferuent 1’Eílé dans des glacicres , 011 ils font vne couche de glace Sc de neige , mcíléc enfemble, Sc en fuitte vnerangéede tonneaux, Sc ainii de fuitte vne couche de glace & vnrang de tonneaux alternatiucment,les couurantdcpaillc SC de planches , qui leur feruent de voute : parccque leurs caues ne fqntpoint couuertes. Les Mofcouites n’eftiment point le vin du Rhin, ny ce* luy de France, parce qu’ils ne letrouuent pas afles fort; mais ils ayment l’hidromel, qu’ils preparent auec des ccrifcs, des
  • et de perse, liv. nr. fraifes, des incuresou des framboifes. Gcluy qu’ils fone auec des 16 ’ 6. framboifes eft lc plus agreable de tous. Pour lc bien faire, ils laiílent tremper les framboifes dans de l’cau fraifehe, pendant deux ou crois nuits, &iufqu’àce quellç en aic attiré le gouft 6c la couleur. Ils demeílent dans cettc cau du miei vierge, met- tant fur chaque liure dc miei trois ou quaere liures d’eau, felon que Ion veutThidromel doux ou fore. L’on y ictte vne roftie frotcedelie oudelevurc dcbicrre,quc Ton ofte dcs que lTii- dromel commence àcuuer-, de peurqu’il n’en prenne vn mau- uais deboire. Si Ton defire qu’il cuue long-temps, on le laifte dans vn lieu chaud, mais fi on lc veut boirc prompeement, on le met dans vn lieu frais, ou il cede aulli-toil de cuuer, 6c alors onle tirede dcft'us la lie pour le faire boire. Pour luy donner vn gouft releuc, Ton y met, dans vn linge,vnpeudecanelle&: dc cardamom , auec quelqucs cloux de girofle. II y en a qui au lieu d’eau font deftremper les framboifes vingc - quatre heu- res dansde l’eau de vie commune, qui donne vn gouft mcr- ueillcux al'hidromcl. L’hidromcl commun fe fait auec du miel, ou la cire eft encore ‘ attachce , qu’ils battent dans de l’cau tiede , le remuentfort, &c apres l’auoir laifte repofer pendant fepe ou huict heures , ils lc paflent dans vn fas, le font boiiillir, l’cfcument, &: fans y appor- ter autre façon, ils l’expofcnt ainfi en vente. Les perfonnes de condition font obligees de paroiftre en La ^t;pen{.c lcuriuitte&renlcur dépenfe ; mais clle n’cft pas ft grande que dcs perfonnes l’on fe pourroit bien imaginer. Car encore qu’ils ayent quel- dc con
  • i66 VOYAGE DE MOSCOVIE, qui Içs pcuuent feruir de leur credit. Les Weiuodes ncman- quent pas de faire dc ces feítins deux outrois fois l’an dans leurs Gouuernemens. Le plus grand honncur qu’vn Mofcouitc crort pouuoir fairc à Ton amy, c’eft de luy fairc voir fa femme, de luy fairc prc- fcnter vne tafle d’cau de vie par cllc, & de fouffrir qu’il la faluc d’vn baifer. Lt Comte Leon Alexandre de Slakou melcfit bien connoiftre ,lors du voyage queiefis enMofcouie en l’an 164$. Apres m’auoirdonnei difner r il me fit retirer dans vne autre chambre, ou il me diffc, qu’aulieu ou j’eftois ie nc pouuois point rcceuoir vne plus grande preuue de l’eftime, qu’il auoit pour moy ,& de l’obligation qu’il reconnoiífoit auoiràfon Altcilc, quc de me faire voir fa femme. Ie la vis entrer incontinent apres fort fuperbement veftue dc fes habits de nopces, &: fuiuie d'vnc Damoifelle, qui portoitvne boutcilled’eau devie&vne tailc d’argent. La Dame s’en fit verfcr,&: apres auoir portela taífcà la bouche, elle me la donna, &: m’obligca à la vuider; ce qu’elle fit trois fois dcfuitc. Apres celalc Comte vouloitque iela bai- fafle : dont ie fus d’autant plus furpris, quc mcfme au pais dc Holftein l’on ne connoit pas encore cette ciuilité. Ceil pourquoy ie me voulus contenter de luy baifer la main, mais il me força fi obligeamment à la baifer ala bouche,qu’il me fuc impoifiblcde m!en deffendre. Elle me fit prefent d’vn mou- choir, brodé aux extremités dor, d’argent &de foye,&gar- ny d’vn grande frange, de la façon de ceux dont on fait prefent à la mariée le iour de fes nopces. Et de fait j’y trouuay attache vn billet, portant le nom dc Strefnof, oncle patcrncl de la Grand’ Duchefle. Les Knez, &lcs Bojares n’ontpas feulcment des penfions & dcs appointements fort confiderables 5 mais auffide grands re- uenus cn fonds de cerre. Les Marchands &: les Artifans s’entre- tiennentde leur commerce & deleur meftier ; Ceux qui peu- uent fortir de l’cilat , & qui ont permiflion de trafiquei- en Perfe , en Pologne, cn Suede £>c en Allemagne y portent des zobelines&d’autres fourrures, du lin,du chanvtc&du cuir- de Ruifie, Les Artifans n’ont pas beaucoup de peine agagner dequoy faire fubfiilcr leur famille, dans la grande abondancede rou¬ tes fortes dc viures. Ils font fort habillcs de la main, &; imi-
  • ET DE PERSE, LIV. III. 167 tent facilement ce qu’ils voyent faire; quoy qu’ils nc foient 1 £ 3 6. point ft riches en innencions que les Allemans , ou les autres pcuplesde I’Europe: cari’ay veu leurs cifcleures aufli bien & mieux pouflees que les plus belles qui fe faflent cn Allema- gne; de forte que les Eftrangers, qui fe vculent conferuer le fc- cret de leur art, fe doiuent foigneufement garder dcs Mofcoui- tes, lean ValcK , dont nous auons parlc cy - deifus, ne fai- foitiamais fa fontc cn leur prefence. Auiourd’huy ils fondent du canon, &c le difciple de ValcK auoit fait vne cloche, lors que nous y eftions, qui pefoit fept mille fept censpudcs, qui font trois mille quatre-vingts quintaux: mais on ne s’en feruit pas long-temps quelle ne creuaft, & 1’ona acheuc dc la rompre pouren faire vne autre, qui doit cilrc encore plus pefante que la premiere. II n’y a point de Mofcouite, de quelque condition ou qualité IU dorment qu’il puifle eftre, qui nc dorme apres difner; ce qui fait que fur aPces dllner- le midy l’on trouue quafi toutes les boutiques fermces , & les Marchandsjou leurs garçons endormis deuant la boutique; ii bien qua ces hcurcs l’on ne parlc non plus aux perfonnesde qualité,nyauxMarchands,qual’heurede minuict. Ce fut vne des marques qui leur fit recõnoiítre la fourberie du fmx Demetrius. Nous verrons tantoften l’hiftoirc que nous en ferons, quecét impoftcurne dormoit point apres le difner, ôc que les Mofcouites iugerent par la qu’il eftoit Eftranger, aufli bien que par l’auerfion qu’il témoignoit pour les bains; qui font ficommuns en Mofcouie, qu’il n’y a point de Ville, ny dc Villa¬ ge qui n’ait les eftuucs publiques & particulicres, en grand nombre. Ils n’ont que cette feule proprieté, laquclle ils iugent mefme neceflaire en pluficurs rencontres, &: particulierement aux mariages, apres le premier congrés. Eftant a Aftrachan , j’eus la curiolité d’y entrer fans me fairc Loirs tftuues. connoiftre , & j’y trouuay les eftuucs feparécs d’vnc cloifon d’ais. Mais outre que Ton voyoit aifément de l’vne i l’autre par les iointurcs, les hommes ÒC les femmes entroient for- toient par vne mefme porte, ceux & cellcs qui auoient le plus de modeftie , fc couuroient d’vne poignéc de fueilles qu'ils font feicher l’Eftc, & l’Hyuer on les détrempc dans de 1’eau chaude pour les faire rcuenir; mais les autres eftoient tous nuds, Sc les femmes nc craignoient point de venir parler
  • 1*8 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1 6 3 *• cn cét eftat leurs mans, cn la prefence des autres homines. C’eil vne choi’e mcrueillcufc de voir à quel poinct ces corps accouftumés 5c endurcis au froid, peuuent fouffrir la chaleur, & comment, apres qu’ils n’en peuuent plus, ils fortent de ces* eftuues, nuds commc la main, cant les homines que les fem¬ mes ,5c fe icttent dansl'eaufroide ,ou sen font verfer fur le corps, 5c comment en Hyuer ils fe veautrent dans la neige. Noftre ieunefle prenoit quelquefois plailir à s’allcr prome- ner deuant ces eftuues publiques, pour voir les diuerfes po- fturcs des femmes qui en fortoient, 5c qui fe diuertiiloient dans 1 eau, 5c qui au lieu d cn auoir honte, íe plaiíoient àleur dire des mots de gucule, 5c ne fc faichoient point quand quelqu’vn denos gens fe iettoitdans 1’cau ,pour fcbaigneraucc clles. Ce que nous nations pas feulement veu en Mofcouie , mais auiiti en Liuonic, oii les habitans, mais particulierement les Finlandois, qui y font habitues, en fortantde ces eftuues au plus froid de l’Hyuer, fe iettent dans la neige, 5c s en frottent le corps com¬ mc de fauon : puis rentrent aux eftuues pour joiiir dvnc chaleur plus modcree; fans que Ton voyc que ce changement de quali- tes contraires au dernier degre, fade tort à jeur fanté. On n’en fçauroit trouuer la caufe qu’en l’accouftumance; parce qu’y ayans eltc nourrisdés leur premierejeunefle, 5c cctte habitude s eftantconuertie comme en nature, ils s’cndurciftent au froid 5cauchaud indifferemment. A Narua nous auions de ieuncs garçons Mofcouites, de huiift, ncuf 5c dix ans, qui nous feruoient i la cuifinc, 5c a tourner la broche. Ces petits frippons s’arreftoient fou- uent plus d’vnc demy-heure fur la glace, les pieds nuds, comme les oyes, au plus froid de l’Hytier, fans qu’ils tef- moignaftent d en eftre incommodes. Les eftuues des Alle- mans, qui demeurent cn Moicouie 5c en Liuonie, font fort belles, 5c Ton s’y baignefort agrcablemcnt. Lc paué eft cou* uert de fueilles de pins battues 5c réduitcs en poudre, de routes fortes d’herbes 5c de fleurs, qui rendent vne fort bonne odeur, auifi bien que la lefliue qu’ils font fort odori- ferante. Le long des murailles ilyades bancs, ou Ton fe cou- che pour fucr, 5c pour fe faire frotter; 5c il y cn a de plus hauts les vns que les autres; afin de prendre tel degré de chaleur que 1 on veut, 5c ils font tous couuerts de linceuls blancs 5c d’orelliers
  • ET DE PERSE, LIV. in. d’oreillers remplis dcfoin. On dfffinràchactm vrre-fcrííste, qui* & fe met en chemifc pour frotter, lauer,baigner,eíl'uycr, &: rendre pour tous les autres fcruices ncceflaircs. En entrant clle vous of- fre fur vne afliette quelqucs tranches de refort, auec vn peu de fel,& fi vous eftes des amis de la maifon, la maiftrefte mefmc,ou la filie vous vient prefenter vne ccrtaine compofition,mcflée5dc vin &c de bierc,dans laquelle on met du pain efmieté, du citron parpetits carreaux , dufucre& vn peu de mufeade. Quandon manque à cette ciuilité,il faut croire que le maiftre du logis ne fait pas beaucoup d’eftat de fon hofte. Apres lc bain on fe cou- chedans lelict, puis on lelcue pour manger, Sc apres lc repas on 1 e recouehc pour dormir. Les Molcouites font d’vne complexion forte Sc robufte, ils viuent ordinairement long-temps, Sc ils font fort rarement malades. Quant ils le font on ne leur donne prcfquc point d’autre remede, mefmes dans les ficures chaudes, que de fail &: de 1’eau de vie. Les perfonnesde condition fe feruent des Medecins depuis quelques années,&; font perfuadés que les re¬ medes les foulagent. La paillardife y eft fort commune,&neantmoinsIon n’y fouffre point les bordeis publics, que plufieurs autres Princes Chrcftiens ne permettent pas feulement, mais autorifent auili,, & en tirent du tribut,pour les proteger. Le mariage eft honora¬ ble parmy eux , &la polygamiey eft defendue. Vn homme veuf, Sc mefme vneveufuc,fepeut marier deux ou trois fois„ mais 1 on ne permet point que Ton pafle à des quatriémes nopces & lePreftrequilesauroitbcnites feroitchafte. Ils obferuent en leurs manages les degrésde confanguinité,. & ils ne fe marient pas volontiers à de proches parents ou al¬ lies. Ils ne permettent point non plus que les deux freres épou- fent les deux foeurs, Sc ils refpeftent auifi l’alliance fpirituelle, ne fouffrans point que les parains Sc les maraines fe marient: entreux. Les folemnitcs de leurs manages fe font de cette façon. Lon nepermeten aucuncfaçonauxgarçons&auxfillesde Ceremonies fe voir, Sc encore moins de fe parler de mariage, ou d'en faire leursmariages* aucune promefte entreux de bouche ou par eferit. Mais quand ceux qui ont des enfans à marier, particulierement des filies, ont trouué vn party raifonnable, ils parlcnt aux pa- ^ Y
  • syo VOYAGE DEMOSCOVIÊ,' a (>) 6. xens da garçon,.&: leur tcrmignetttie defir qu’ils ont de faire alliance aueceux. Si les autres agréent la propofition , 6c ft -celuy que Ton recherche demanded voir la fille , on lc refufe abfolument; toutesfois ii elle eft belle, on confent que la me¬ tre,ou quelqu’autre parente la voye:; & ft on la trouuc fans def- fauts,c eft à dire, qu’cllenefoitny aueugle, ny boiteufe, les pa¬ tens traitent entr’eux dcs conditions dumariage,& en demeu- eent d’accord,fans que les accordés fc voycnt.Car ils nourrilTcnt leurs fillcs dans des chambres fort retirees, particulicremcnt les perfonnes dc condition,oil ils les enferment,en forte que mclmc le marie nevo.it point fon epoufe, que lots qu’onlaluy ame- ne dans la chambre : & ainfi il arriue quelqucfors que tel, -qui penfe auoir epoufe vne belle fille, ena vne contrefaite, & mefmc qu’au lieu de la fille de la maifon, on luy donne vne au¬ tre parente,ou bien vneferuante; dont ie fçay plufteurs exem- ples.De forte que l’on ne fc doit point eftonner du mauuais me¬ nage quel’on voit fouuent entr’eux. Quandies grands Seigneurs , Knez 6c Bojares marient leurs enfans, l’on nomine dela part du marie vne femme, qu’ils ap- pcllent Suacha,6c, vne autre de la part de la marice, qui donne con jointement les ordres necefl'aires pour les nopces. Celle de lamariéevalciour des nopcesau logisdu marié, 6c y drefle le lit nuptial.Ellefefait accompagnerdeplus dc cent feruitcurs, qui font tous en hongreline, 6C portent fur la tefte les cho- fes neceflaircs pour le lit,& pour la chambre des mariez. Le lid fe drefle fur quarantc gerbes de feiglc, que le marie fait coucher par ordre,& les fait entourerde plufteurs tonneaux pleins de fro- ment, d’orge & d’auoine. £e lit des nou- Tout eftant en ordre, le marie part dechczluy fur letard,ac- ^«auxmariés. Compacrné de tous fes parens, ayant deuant luy à cheual lc Prcftre°qui le doit marier. II trouuc à 1’entrée du logis de fa fiancee tous les parens, quilcreçoiuent auec les ftens,quel on conuie de fe mettre à table. L’on y ferttrois plats, mais perfon- ne n’en mange , 6c on laiflc au haut bout dc la table vne place vuide pour le marié: mais pendant qu il s entretient auec les parens de la marice ,vn ieunegarçon 1 occupc, & ncs en oftc point que le marié ne Ten fafl'c fortirà force de prefens. Apres que lc marié a pris fa place, Eonamenelamariéc.fuper- ■bement parce, ayant le vifage couuert dvn voile. On la fait
  • ET DE PERSE, LTV. IJT. rTt afícoir auprcs du marié; mais afin qu’ils nc fe puiffent point j-53 if. voir, on les fepare d’vne piece de taffetas rouge cramoifi, que deux ieunes garçons tiennenttandisqu’ils font aílis. Apres cela la Sancha de la mariée s’approchc d’elle , la peint,trouffe fes cheueux en deux nceuds, luy met la couronnc fur la teftc, &: achcuc dcfhabiller cncfpoufée. Lacouronne eft dc fueilles d’or oud’argent doré,battu fort mince,doublécdvne etoffede foye, & ellea deuers les oreillcs cinq ou fix rangs dc grofles perles,quiluy pendet iufquesfurle fein. Larobbe, ou furueftc, qui eft à manche larges d’vne aune & demie, eft brodee d’or & de perles aux extremites,fur tout au collet,qui eft large de trois. doigts,&: tellementrehaufleedebroderie, qu'il fembleplutoft a vn collier à chicn, qua autre chofe: &: cette fortede robber rcuientà plus de millc ecus. Lc talon des ibuliers, rant dc» fiancees,que dc la plufparc dcs femmes & fillcs,a plus d’vn demj. picd'dc haut r de forte qu’a peine fe peuucnt elles appuyer. fur le bout dcs pieds.L’autre ^w^rfpeint le marié,&cependant les femmes montent fur les banc , & chantcnt nullc fottifes.. Apres cela entrent deux ieuncs hommes riohement veftus,por~ tans vn tres- grand fromage,& quelques pains furvne ciuierc,de laquelle pendent plufieurs peaux demartrcs.On en apporte au* rant de la part de la mariée, &: le Preftre, apres les auoir bcnitsr lesenuoyea l’Eglifc. Enfinonmetfur la table vn grand bailin' d’argent,plcin de petits morceaux de fatin & de taffetas, de la; grandeur qu’il faut pour fairc des bourfcs,de petites pieces d’ar- gent carrécsjdu houblon, de l’orgc &c de l’auoine,tout meílé en*- fernble. La Suacha,apres auoirrecouuertlc vifage de la mariée, cn prend quelques poignées, &C les iette fur ceux de la compa- gnie,quidifentcependantvnechanfon, & ramaffent ce qu’ils trouuent à terre. Cela eftant fait les peres des mariésfc leuent, & changent entr’cuxlesbagues. Apres ces ceremonies la Suacha conduit la mariée dans vntraineau à l’Eglife,accompagnéede fes amis & efclaues,qui font-par le chemin miilc impertinences & vileniesi Le marie la fuit aucc le Preftre, qui prend ordinairement fi bien fa part du vin de lanopee,qu’il le faut tenir à deux,tant à cheuaj, qua l’Egliie pendant qu’il benit lemariage. Dans l’Eglife, ou la bcnedié&ion fe doit fairc, on conurc vne LeI «rfmou garde du paué de taffetas rouge cramoifi, & pardeilus.d’vne X ij;
  • 17*- VOYAGE DE MOSCOVIE, it? 3 tf.. autre piece de la mefmeeítoffc, fur laquclle lcs mariez fe tien- nent dcbout. Auant quede les maricr le Preftre les fait allcr à l’offrandc, qui confide en poiflbns , fritures Sc patiflcries. 4 Aprés cela onbenitles marics,en leur tenant dcs images au defl’us de latcfte, Scle Preftre prcnant la droite du marié Sc la gauche de la mariée entre fes mains, leur demande trois fois, li ceil de leur bon gré qu’ils confentcnt au mariage, Sc s’ils s’ai- ancront l’vn l’autre commeils doiuent. Apres qu’ils ont répon- •du qu’oiiy, tous ceux de lacompagnie fc prenncnt par la main, &le Preftre chantele Pfeaumeiz.8; à quoy les autres refpon- dent par couplets, danfanscependant de la mefme façon que l’on danfe icy auxchanfons. LePfeaumeeftantacheué,illeur met vne guirlande de rue fur la telle, ou fur l’efpaule, ft e’eft va yeuf, ou vne veufue, difant, Croijfer & multiplier, Sc apres cela il ackeue de les marier, en prononçant ces paroles: Ce que Dieu a conjoint, I’homme ne le feparera point. Pendant que le Preftre prononce ces mots, ceux qui font de la nopce allument tous de •petites bougies, Sc l’vn d’entreux donne au Preftre vne tafl'c debois , ou bien vn verre plein de vin clairet, qu’il boit, 8c apres que les manes luy ont fait raifon , en le vuidant chacun trois fois, le marié jettela tafleà terre, & luy 8c la mariée la foulent aux pieds, Sc la brifent en pieces, auec ces paroles; Ainft puijfent tomber a nos pieds, é1 efi. e brisés, ceux qui tafthe- ront dej'emer de la diuijion ou de Cinimitré entre nous, Apres cela les femmes jettent fur les mariez de la grainc de lin Sc de chanvre & leur fouhaittent toute profperité. Elies tirent aufli la mariée par la robbe,comme ft elles la vouloient arracher au marie, mais ellc fe tient ft bien à luy, que leurs efforts demeurent inu¬ tiles. Les ceremonies du mariage,ellans ainft achcuées, la ma¬ riée fc remet en fon traineau, qui ell enuironné de fix cier- ges, &le marié remonte à cheual, pour retourner au logis. du marie,ou fe font les nopces. Dés qu’il y arriuent. le marie, Sc fes parens Sc amis, fe met- tenta table pour faire bonne chcre, mais les femmes emme- nentla mariée dans la chambre, la des-habillent Sc la cou- chent. Cela cflant fair, on fait íeuer le marie de table, Sc fix ou kuit ieuneshomines, qui portent chacun vn flambeau,le conduifcnt dans la chambre. En entrant ils mettent les flam¬ beaux dans les tonneauxplcins defroment Sc d’orge, 6c fere-
  • ET DE PERSE., L IV. III. 175 titcnt. On leur fait prefent à chíícun dc dsux peaux de mar- trcs. Dcs que la marice voit vcnir lc made, elle fe leue du lief, s’cnuoloppe d’vnecimarre fourree de martres, va au deuant de luy, 5c le reçoic auec fubmiilion, en luy faifant la reuerencc d’vne profonde inclination dc telle: 5c c’cil alors que le made la void pour la premiere fois au vifage. Ils fe mettent enfem- bleà table, ou on leur fere entr’autres viandes vne volaillcro- ftie,que lc marie dcchire,&: jette la partie qui luy demeurc entre les mains, la cuilfc ou l’aiile, par dclfus 1 epaulc, 5c mange lautre. Aprcs cc repas les mariés fe couchent, 5c tout lc monde fe retire, à la referued’vn des anciens feruiteurs dé la maifon, qui fe promeine deuant la porte dc la chambre, pendant que les parents &: amis font toutes fortes de charmes à faduantage des nouueaux mariés. Ce feruitcur s’approchant de temps en temps de la porte, demande li I’afFairc eft faite. Dés que le marie répond qu’oiiy, on fait fonner les trompettes 5c les tymbales, qui ne font qu’at- tendrece mot, pour faire beau bruit; iufqu’a ce qu’on ait pre¬ pare les eftuueSjOules deux mariés fe baignent, maisfépare- ment. Onleslaued’caud’hidromeloi devin,ôcla mariée en- uoyc au nouueau marie vne belle chemife brodee dor 5c de perles, au collet 5c aux extremitez , 5c vn bcl habit. Les deux iours fuiuans fe palTent en feftins, danfes 5c autres diuertiffc- mens; ou les femmes fe feruent de l’occafion, pendant que leurs maris fontyvrcs,& s’cmancipentbicn fouuentdc leurdeuoir aux depens dc leur honneur. Aux nopces des Bourgeois, 5c des gens de moindre condi¬ tion, on ne fait pas tantde ceremonies. La veille du mariage le marié enuoye à fa fiancee vn habit, vn bonnet fourré , Sc vne paire de bottes, vne caifette auec des bijoux , la toillctte, vn peigne 5c vn miroir. Le lendemain on fait venir le Preftrc, qui porte vne petite Croix d’argent, 5c fe fait conduire par deux garçons portans dcs cicrges allumez. En entrant dans la maifon il donne la benediction de fa Croix, premierement aux deux garçons, 5c enfuite aux conuiez. Apres ccla on met les mariés à table, les deux garçons tenans vnç piece de taffetas entre-deux, mais lors que la suacha coeffc la marice , on leur prefente vn miroir, 5c les mariez approchans leurs joués f vn de prés de f autre, fe voyent, 5c rient f vn à f autre. Les deux Sm- Y iij I 6 y 6
  • 174 VOYAGE DE MO SCO VIE,’ tS} 6. cbd jettcnt cependantduhoublon fur lcs mariez. Apres eelaon les conduit al’Eglife ,ou les ceremonies fcfbnt de lamefmefa- çon que pour les gens de qualitc. Lz %on d* Dcs que les nopces font acheuees, il faut que les femmes fc He" refoluent à la retraitc, & à ne fortir de la maifon que bien rare- ment, fouffrans plus fouuent lcs viiltes de leurs parens & amis, qu’elles n’en font. Et cornme les files des grands Seigneurs’ & dcs bons Marcliands nc font pas initruites au menage^, aulfi s en meilent - ellcs fort peu, quand elles font marices. Leut principal occupation eftde coudre, ou de broder des mou- choits de tafretas blanc , ou de toilc , ou de faire de petites bourfes, ou quelqu’autrc gcntilleíTe. Les habits qu’elles por¬ tent au logis font d’cltoffe commune & vile, mais quand ellcs fortent pour aller a 1 Eglifc, ou bien quand les maris lcs produifent pour faire honneur i vn amy, elles fe parent magnifiquement n’oublient point de fefarder Je vifao-e le col& les bras. & ’ Les femmes des Knez, des Bojares &: dcs autres grands Sei¬ gneurs, fe feruent l’Eflrc de chariots couuerts d’vne houffe dedrap rouge , dont elles couurcnt l’Hyuer leurs traifneaux, ayans à leurs pieds vne efclaue, autour d’elles grand nom- bre dc valets & deftafers, fouuent iufqu’au nombre de 30. ou de4o. Le cheualqui les traifne-a plufieurs queues de renards au col&au crin, ce qui le déguife d’vnc eftrange façon; &c neantmoins les Mofcouites trouuent cetoincment fi beau, que- non-ieulement les Dames grands Seigneurs s en feruent-, mais bien ibuuent le Grand Due mefme, quoyqu’au lieu de queues de renard> ils fe feruent quelquefois de peaux de martres. Les femmes eftans ainli oyhues, ne fàifans point ou fort rarement des vifites , &nc fe meilans point du menage, ellcs chcrchcnt a fe diuertir chez elles aucc leurs feruantes. Elles couchent au trailers
  • FT DE PERSE, LIV. III. x71 ouquatreàla fois. EUcs ne craignent point de le prendre cn 16 $6. pleine rue, pour deux ou trois iols qu’elles donncntàdes gar¬ çons quiy tiennent des ficges prefts. Leursmaris font biciTai- fesde leur donner ce diuertiftement, SC mefme aident quel- quefois à les brandillcr. II nc fant pas s’eftonner da mauuais traidement qu’ellcs reçoiuent fouuent de leurs maris , parcequ’elles ont la plufpart vne mediante langue, qu’elles font fort fubjettes au vin , Sc qu ellesne laiilent pas pailer 1 occaiion dcfaire plaiíir à vn amy, Et parcc qu’elles polTedent bien fouuent ccs trois belles qualités enicmble, & pa rfaitement, elles ne fe pcuuent pas bcaucoup offenferdes coups defouet,dont leurs maris les gratifient de temps cn temps: mais elles sen coniolent par l’exemplc de leurs voifmes Sc amies ,qui ne font pas mieux trainees , & qui nc fc gouuernent pas mieux qu’elles. Mais ie ne me fçaurois perfua- der ce que Barclay dit en ion tableau des Efprits,quc les femmes Mofcouites ne croycnt pas que leurs maris les aiment , fi elles n en font bien battues; au moins ie puis dire que ie n’en ay point veu, qui ayent tefmoigne dc ia ioyc quand on les battoit. Elles ont les meftnes paííions & les mefmes inclinations que I on voit auxautres femmes. Elles font fcnfiblcs aubien Sc au mal, Sc il n’y a pointd'apparencc, que les effets de la haine & dc la colerc paiient dans leur cfprit pour des efpreuues d’vne bonté Sc d’vne .amitie obligeante. Il fe peut faire que quelque folie l’ait dit à fon mary cn riant, ou que quelque enragec ait demande à elfre battue, comme cellc dont parle Petrejuf en fa Chroniquc de Moicouie; laquel- le ayant vefeu plufieurs annees en vne parfaite amitic auéc fon mary, qui eftoit Italienne, accqu’ildit,quoy que lc Baron d'Herberjlein dit qu’il eftoit Allcman, Sc Marefchal ferrant , &sappclloit /orâf<í/»,s’auifavniourdc luy direqu’ellc ne pou- uoit pas croire qu il 1 aimoit, puis qu’il ne l’auoit pas encore battue. Lcmary luy voulanttemoigner qu’ill’aimoit eife6tiue- ment, la foiietta bien fort, Sc voyant qu’elle y prenoit plaiíir, retourna fi fouuent à cét exercice,qu’enfin elle en mourut. Mais quand ceneferoit pas vneonte, àquoy neantmoinsily a beau- coup d apparcnce, l’on ne peut pas juger de l’humeur de toutes les femmes Mofcouites, par cc feul exemple, qui eft vnique en ion .cfpece.
  • iy6 VOYAGE DE MOSCOVIE); 165 Ils necvoycnc point commettre adultere, que lors que qíiel- qu’vn époufela femme d’vn autre; tout lc refte n’eft que fim- plc paillardifc, Si quand vn horame marié y eil furpris, il en eft quittepour lc foiiet, Si pour quelques iours de prifon,ou on le fait ieufner au pain Si al’cau. Apres cela on le remet en li¬ berte, & on luy pcrmetdcfe rcifentirdes plaintesque fa fem¬ me enafaites. Vn maty qui peutconuaincre fa femme d’vne fautedecctte nature,lapcutfaire rafer,Si enfermer dans vn Conuent. Ceux qui fe trouuent ennuyés de leurs femmes fe feruent bien fouuent de ce pretexte , accufent leurs femmes v d’adulterc, Si fubornent des faux temoins , fur la depofition defquels on la eondamne, fans l’oiiir , Si on luy enuoyc dcs Religicufcs dansle logis,quiluy donnent l’habit, la rafent Si l’cmmcnent par force dans le Conuent; dont ellc ne fort ja¬ mais , depuis quelle a fouffert que le rafoir luy ait paífé fur la tefte. < La caufe la plus ordinaire du diuorce,ou au moins le pre¬ texte le plusplaufible, c’eftla deuotion. 11s difentqu'ils aiment plus Dieu que leurs femmes, quand ils les quittent par caprice, pour entrer dans vn Conuent, fans leur confcntement, Si fans pouruoir à la fubiiftance de leurs enfans communs. Et cette rctraitteeft tellcmentapprouuéeparmy eux, quoy que S. Paul mette ccs gens la au nombre de ceux qui font pircs que les payens Si les infidelles, que fi la femme fe remarie, ils ne font point de difficulté dc donner l’ordre de Preftrifeà ce nouucau profclytc; quand mefmeil auroit fait auparauant lemeftierde Tailleurou de Cordonnicr. Lafterilitécftauífi vne caufe Tuffi- fante de diuorcc en Mofcouie. Car celuy quin’a point d’enfans de fa femme la peut enfermer dans vn Conuent, Si fe remarier au bout de fix fepmaines. Les Grands Dues fe feruent mefmes de cette liberte, quand ils n’ont que des filles. licit vray que lc Grand Due BaJ/lin en¬ ferma. la Princeife Salome fa femme dans le Conuent, Si ef- poufa Helene fille dc Michael Linsky Polonois , que lors qu’il fe vitfans enfans, apres vingtSivn an de mariage; mais il eft vray auifi que peu de iours apres ellc accoucha d’vn' fils; Si neantmoins il fallut y demeurer; parce que lc rafoir auoit pafic fur fa tefte,. Nous en vifraes vn exemple en vn Polonois, lequel ayant cmbraiTc.
  • ET DE PERSE, LI V. III. . ,77 embrafle la Religion Grecque, pour cpoufer vne belle fills , 6,6 Mofcouite, fut oblige de faire vn voyage en Pologne, ou il demeuraplus d’vnan. Laieunefemme, cnnuyée del’abience de Ton mary, cherchaà fc diuertir aillcurs, &ry reiiilic fibicn quelle augmentacepcndantfa famille d’vnenfant j mais ap- prehcndanc le recour de Ton mary & fa colere, elle fe retira dans vn Conuenr, & fe fitrafer. Le mary fit ce qu’il put pour l’en faire fortir, luy promettant de luy pardonner fa faute & deneluy reprocher iamais l’affront quelle luy auoit fait.’La femme de fon code eud bicn voulu fortir, & rctourner aucc Ion mary , mais onnclevoulut iamais permettre; parccquc leur Theologie enfeignc,que e’eft vn peché contreic S.Efprit,qui nc peutedrepardonneen ce monde icy ny en l’autrc. Ce fut 1 artifice dont ic feruit autre-fois Boris Federou its Gudenou lequcl ayant acquis beaucoup de reputation en l’adminiftra- tion des adaircs de 1 Edat, pendant la minorite de Feeder Iua- noiiits, & voyant que les Mofcouites n’eftoient pas bien rc- iolus encore dans le dedein qu’ils auoient de Ic faire Grand Due; afindeleur en donner plus d’cnuie, ilfit femblant defe vouloir faire Moine, & s’enferma dans vn Conuent, ou fa foeur edoit Religieufe. Dés que les Mofcouites lc feeurent ilscoururentcn foule auConuent, fe ietterenta terre, s’arra- cherent les cheueux, commc dans vn dernier defefpoir, lc prie- tent dene fefaire,point rafer,mais de permetre,qu’ils 1’éÍcuíI'ent en la,place de leur defunt Prince. II n’y voulut point confentir d abordjmais enfin il fit mine de fc rendre à leurs prieres,& àfin- terceffion de fa fucunfc faifant par le moyen de cette inuention oftnr & donner en vn moment, ce qu’il fouhaitoit auec cant de pafljon,&ce qu’il eud eu dc la peine peut-edre à obtenir apres plufieurs deliberations. r L emportement &c la brutalite des Mofcouites pour les r r a- femmes ed grande,, & neantmoins ils ne voudroient pas‘ion. °P connoidre vne femme, qu ils n’eudent auparauant ode la petite croix, qu on leur pend aii col lors qu’on les baptife ny en lieu oh il y cult des images de leurs Saints qu’on ne les eud couuertes. Ils ne vont point à l’Eglife le iour qu’ils ont couchc auec vne femme, qu’ils ne fe foient laucs & qu’ils n’aycnt change de chemiib. Les plus dcuots n’y’en- trent pas feulement, mais fe contentcnt dc s’arreftcr au z
  • i78 VOYAGE DE MO SCO vie, i 6 $6. portail, pour y fairc leurs prieres. Les Preílrcs ont bienla permiííion dcntrerdans rEglifelemefmeiour,pourueuqu’ils fe foient laués au deílus audcíTous dunombriftmais ilsn o- feroicnt pas s’approcherdel’Autel. Les femmes fontcftimees moins pures que les hommcs e’eft pourquoy elles demeurent ordinairemencauprés dela porte pedant que 1 on dit le Seruice. Ceiuy qui connoiftfafcmme en Carefme ne peut pas commu- nier de toute l’année,&: fi vn Prcftre fait cctte faute, on le fuf- pend de ía charge pour vn an,mais li vn pretendant au Sacerdo- ce cftoitaflez malheureux pour tombercn cctte faute,il nes’en pourroitpasreleuer, Sc feroit defeheu dcjfa pretention. Leur remede contre cette foiiillurc cftlebainplutoftqucla repentance;c’eft pourquoy ils s’en feruent à routes les occafions. Er parce que Demetrius qui vouloit que Ton crut quil eftoit fils du Grand Due Iiian Bafiloúits, quoy que cc fils euft cfté tué à Vglits,il y auoitlog-temps,nc fe baignoitiamais,il ferenditd’a- bord fufpecfc aux Mofcouites ; qui iugerent de là,qu’il eftoit ef- tranger. Et de fait quand ils virent ,qu’il ne fe vouloit point fer- uird’vnbain, que l’on luytintprcft les premiers huitiours de ion manage,ils en curent horrcur,comme d vn Payen, Sc d vn profane, chercherent plufieurs autres pretextes, 1’attaquercnt dansle chafteau, Sele tuerentle neufuieme iour apresfesnop- ces,ainfi que nous dirons cy- aprés. Le gouucrnement Politique de 1’Eftat de Mofcouie cft Mo- L'Eftat Politi- narchiquc Sc Dcfpotique. Le Grand Due en eft Seigneur he- quedeMof- rc&: cellemcnt abfolu, qu’il n’y a point de Knez., ou de Seigneur entout l’Eftat, qui ne fe croye faire honneur , en prenantla quahte de Golop^o u dcfclauc de ía Majelte. Et de fait il n’y a point de maiftre, qui ait plus de pouuoir fur fes cf- claues, que le Grand Due a fur fes íuiets,dequclque condi¬ tion ou qualité qu ils puiftent eftrc. De lorce que 1 on peut di¬ re que la Mofcouie eft du nombre de ccs Eftats, done parle Ariftote, quand il dit, qu ily a vne efpece de Monarchic chez les barbares, qui approche de la Tyrannic. Car puis qu il nya point d’autre difference entre le gouuernemcnt legitime Sela tyrannie,ímon qu’en l’vn on a principalement pour but la con- íeruation des fuiets, Se en 1’autre le feul profit & aduantage du Prince,il faut croire que eeluy de Mofcouie tient beaucoup * dela tyrannic. Nousauonsdit cy-deílus, que les plus grands
  • i6 $ 6. ET DE PERSE, LXV. IIJ. ,75, Seigneurs none point de honte de mettre leurs noms en dimi- nutif,&: de s’appcller leannot, Pierrot, &e. Etil n’ya pas lon
  • iSo VOYAGE DE MOSCOVIE, x g ^ 6. Prince queles Mofcouites, qui apprennent dés leur enfanceà parlerdu Ctwr,comme de Dieu mefme; non feulement en leurs adies & dans leurs aílemblées publiques , mais auffi en leurs feftins, &: cn leurs difeours ordinaires. Cell de là que procedent leurs façons de parler rcfpectueufes, 4?u'tls auront ihonneur devoir la cUrtc desyeux de fa Majrjlé Cz,aarique. Il riy a que Dieti&le Cz,aarqui Icfçachent, & que touíce qu’tlspojfcdent appartientà D teu & an Cz,aar. G’eft le Grand Due I nan Bajiloiiits, qui les a accouftumésà cettc foumiflion. I -s m fcoui- Et afinde les entretenir cn cecte baíleftc, & deles empef- tes nc fçaucnt cher de voir la liberte done les autres peuplcs iouiflent dans de?*libcnT' ^ur Vo i linage, il eftdefendu auxMofcouites, fur peine dela vic,dcfortir de l’Ellat, fans la permiiTion exprefle du Grand Due. lean Heimes, truchement du Grand Due, qui mourutil ya troisans, cn l’age dc nonante-fept ans, auoitobtenuper- milfion d’enuoyer Ton fils en Allemagne, pour y eiludier en Mcdecine,ou il y a fort bien relilfi; mais cc ieune homme, apres auoir pendantdix ou douze ans, qu’il a voyage en Allemagne & cn Angleterre,goufte la douceur du climat &: de la liberté,il n'a pasvoulu ferefoudreà retourneren Mofeouie. C’eft pourquoy quand -Pierre Miklaf, naarchand dcNouogorod, que le Grand Due enuoya en Allemagne il y a trois ans,en qualité dcPo/Ianik; fupplia faMajefté de luy permettre de lailler Ton fils en Allc- magne,ny le Czaar, ny le Patriarche n’y voulurcnt iamais con- fentir. Et de fait cegouucrnementddpotiqucfemblecilrc ia plus propre à leur humeur &: àleur naturcl, qui eft incapable dc goufter la libertc^laqueileils ne connoiflcnt point, 5c de poftedcr vn bien dont ils none iamais oiiy parlcr. Aurefteilnefaut point rapporter au temps prefent ccqu’on lit dans le Baron'de Herbtrftein, dans Patti I one Sc dans Guagnin, duCTouuernement violent 6c tyranniquedu Grand Due: cards eferiuoient pendant le regnedc Iuan Bafiloiiits, dont lefeeptre eftoit de fer, &: dontlc gouuernementa eltc plus cruel &plus violent que d’aucun autre Prince dont les Hiftoircs parlcnt. Mais le Grand Due qui vkauiourd’huy , eft vn fort bon Prin¬ ce, quia 1'exemple defonpere, au lieu de prendre le bien dc ics fujets,les foulage, &: fait fournir de fon Efpargne dc quoy iemettre ceux qu vnemauuaife annee, ou quelqu'autre mal- heur i ruinés. II a mcfmc la bonté dcpouruoir àce que ceux
  • ET DE PERSE, LIV. III. 181 que Ton relegue en Siberiepour crime, quoy que cela n’arriue i6x6. pasfouuenr íous ce regne , ayent dequoy fubfifter; cn faífant donner de 1’argent aux perfonnes de qualité, de 1’cmploy à ccux qui cn font capables, & vne place de morte-payc aux Soldats: deforce quece qu’il y a de fafcheux cn leur difgrace, c’cft qu’ils n’ont pas l’honneur de voir lcs clairs yeux de fa Majefté Czaari- que. Car fans eela cecce peine eft deuenuefi douce, que plu- fieurs ont ramaífé en leur exil des richeffes, qu’ils n’euttent pas ofé efperer auparauant. Quand nous auons dit que l’Eftat de la Mofcouie eft Monar- Ll chique, nous prefuppofons que fon Prince eft Monarque ,8c Gr^rDuc. qu’il poifede feu 1 les droits de Souuerainccé. Et dc fait il n’eft point fuiet aux Loix, 8c il n’y a que luy en toute la Mofcouie qui en faft'e,& tous les Molcouitcs luy obeiftenc auecvnell grande deference; que cant s’en faut que I’on s’oppofe à fa vo- lonté , qu’ils difent que la iuftice 8c la parole de leur Prince eft facrce& inuiolable. Ilcréefcul lcs Magiftrats, 8c les depofc,les chaffe 8c les fait punir mefme, auec vn pouuoitfiabfolu,queronpeutdiredu Grand Due ce que le Prophece Daniel dit de ce Roy de Babi- lone; qu’il faiioit niourir ceux qu’il vouloic, &c fauuoit la vie à ceux qu’il vouloic. Qifil élcuoicceux qu’il vouloic, 8c abbaiilbic ccux qu’il vouloit. Il nomme les Gouuerneurs &:les Lieute- nans dans les Prouinces , pour l’adminiftrationdudomainc& de la Iuftice , conjoincement auec vn Deak, ou Secretaire; qui prennent connoiftance de toutes les affaires, jugent routes lcs caufcs en dernier reifort, 8c font executer leurs Sentences, nonobftant l’appel. En quoy le Grand Due fuit le fentiment des plus prudens ndurgflc* politiques ,qui bien loin de còhfeiller de donner la furuiuance Gouuerneurs des Gouuernemcns, vculent qu’vn Souuerain, pour fe referuer j(cols','^s le pouuoir de punir les malucrfations, que les grands commet- tent en leurs Gouuernemcns , 8c pour les empefeher dc fairft leurs cabales, 8c de crauailler alcur eftabliflement daçs les Pro- uinces jchangcles Goiiuerneurs de trois en trois ans. Il a leul le droit de declarer la guerre aux Princes fes voi- fms, 8c de fairc lapaix auec eux. Car encore qu’il prenne pour celale Confeildc fes Knez 8c Bojares, (I eft-ce qu’il ne le fuit pas touliours: mais illeur fait connoiftre, qu’en leur donnant Z iij
  • iSz VOYAGE DE MOSCOVIE, i ,6 5 6. la liberte de dire leur aduis, il fe referue cclled’executer fa vo- lonté, 5c le pouuoir de fc faire obeir. Celt lay feul qui confere les dignités en tous les lieux defon obeiílance, 5c qui pour reconnoiltre les feruiccs des Seigneurs, les fait Knez,, Dues, Princes ou grands de fon Royaume. Et d’autant que les Mofcouites ont oiiy dire ,que e'eit vn droit de Souucraincté cn Allemagnc, de faire des Doéteurs, le Grand Due s’en mcíle auífi, &: en donne des lettres àdes Medecins,& àdes Clururgiens cílrangers. L* monnoye Quail route la ruonnoye du Grand Due , qui a feul droit dcMofcouie. ^’en^áire battre,cíl d’argent, petite 5c ouale. La plus grofle ne vaut qu’vn foi, &: l’on 1’appclle Copec, ou Dtnaing. Car en¬ core que dans le commerce les Mofcouites fe feruent des mots d'Altifiy de Grif 5c de Rouble, dont le premier vaut trois, le fc- cond dix, 5c le troiíiefme cent copecs, tout ainfi qu’en France on ne parle que par efeus ou par piftoles; fi eíl-ccque cettemon- noye ne s’y trouue point cn efpecc, &: 1’on ne fe fert de ces mots, quepour la facilité du commerce, pour éuiter la multi¬ plication du nobre des copecs, qui ne valent que quinze deniers, monnoye de France, puifque le Rouble ne vaut que deux ef¬ eus. Le Poluske vaut la moitié , & la Muskofske le quart d’vn copcc. Mais cctte petite monnoye,qui eít auífid’argent, cíl fi incommode, &: fi malaifce à manicr ,que les Mofcouitesfe la fourent à poignées dans la bouche, de peur quelle ne leur efehappe des mains; fans que cela les cmbaraífe, ou cmpcfche de parler. Toute leur monnoye eít marquée àvn mefme com ayant d’vn coité les armes de Mofcouie, dont nous auons parlé cy-deíTus , à 1’occafion du grand fceau du Royaume , &: qui eitoient autrefois.particulieres à laville deNouogorod, &c dc 1’autrc le nom du Grand Due qui rcgne,.&:celuy de la ville, ou la monnoye a cite battué. Il n’y a que quatre villes dans toute la Mofcouie ou 1’on en batte; fçauoir à Mofcou, à Nouogo- rodJiT'toerePlcJcou,&c le Grand Due donne la monnoye à ferme à des Marchands de ces lieux-là. Les Rixddcrs, ou comme on lesappelle cn France les Ruhedales, ont auífi cours. cn Mofcouie; mais d’autant qu’il s’en faut deux gros que les cent copecs ne pefent deux Rixdalers, les Mofcouites cn fçauent bien faire leur profit , 5c les portent à la monnoye, aufii bien que les Rcaulx d'Efpagne. Ils appellent les Rixdal-
  • ET DE PERSE, LIV. III. i$5 lers lafismke, du mot Latin moderne Ioachimicus, que fon a donné à cettc monnoye, tant à caufe dc Saint Ioachim, de l’ef- íigic duquel elle eftoit autrefois marquee, que de Ia ville de Io- cbimjlhitl en Bohcme, ou cctte monnoye fut premierement bat¬ tue ,enl’an iyi?. Le Grand Due ne bat point de monnoye dor; il ce n’cft que pour confcruerla memoire de quelque grand ad- uantage qu’il a obtenu fur fes ennemis, il faíle faire des mcdail- les , pour en faire prefent aux Officiers eftrangers, ou pour les diftribucr parmy les Soldats de 1’armée victorieufe. Le Grand Due cftablit Si leuefeul des tailles Sides imports, Si les reiglc à fa fantaiíie ; iuíques-là qu’il prend cinq pour cent de toutes les marchandifcs fur les frontieres de fon Royaume, tant en entrant qu’en fortant. C’eft de fon autorité particulierc qu’il enuoyc des Ambafía- deurs'al’Empereur, aux Rois de Pologne, de Dannemarc Si de Suede, ou au Roy de Perfe Si aux autres Princes Si Eftats fes voilins. Ces Miniftres font ou Wtltkoi Pofol, c’eft à dire grands courriers , ou bien PoJIanik, ou enuoyés. Autrefois, Si particulierementdu temps de Iuan Bafãouits, l’on traittoitle? eftrangers, Si mefmes les Miniftres des Princes , aucc bcau- coup demépris; mais auiourd’huy Ton en vfe tout autrement. On reçoit les Ambaífadcurs auec grande ciuilité, Si on les def- fraye depuis le iour qu’ils entrent dans les Eftats du Grand Due, iufques au iour qu’ils en fortent; On les regale de fe- ftins , Si on leur fait de beaux prefens. C’eft pourquoy les autres Princes de l’Europe ne craignent point d’y enuoyer leurs Ambaftadeurs, Si il y en a mefme qui y ont leurs Rc- fidents ordinaires, comme les Roys d’Angleterre Si de Sue¬ de. Tous les prefents que le Grand Due fait confident fourrures , Si il n’enuoyc point d’Ambaflade folemnel- 166. AmbaiTadcurs Mofcouitc*. en le , qui n’en emporte dc tres-confiderables pour le Prince auquel elle eft deftinéc. On remarque entr autres ceux que le Grand Due Fedor - luaneiiits enuoya en fan à l’Em- pereur Rodolfe II. dont la valeur excedoit vn million de li- ures, fçauoir mille trois zimmers (nous auons dit ailleurs qu’vn zimmer fait vingt paires, Si vaut enuiron cent efeus en Mofco- uic) dc zobelines: cinqcens dix-neuf zimmers de martre com¬ mune : fix vingts pcaux derenard noir. Trois cens trente fept mille peaux de renard comraun ; trois mille Caftors. Mrile Prcfcnt ccr (idetabks.
  • i84 voyage de moscovie, i d3 6. peaux de loup, & foixante-quarre peaux d’Elant. Les Po/lanik ne font point de prefens de la part du Grand Due, mais ils en fone en particular, pour tafeher d'en attraper d’autres: & fi Ion manquedeleur endonner, ils ne manquent pasdc lesde- mandcr. On ne defraye pas feulcment les Ambaftadeurs eftran- gers de viures, mais auili de voiture , &; il y a fur lc chemin des relais. eftablis pour l’auaneement de leur voyage, par le moycn des paifans, qui font obliges dc fe tenir preits auec vn certain nombre de cheuaux , & de marcher au premier ordre qu’on leur enuoyc. Ces paifans ne font point du tout foulcspar ces coruées. Car outre les gages defoixante efeus par an , dont ils font fort biep payés, on leur donne aftesde terre pour enpou- uoir fubfiftcr. Ils font exempts des tailles , & de routes les au- tres charges, &:ont encore quclques altinsde chaque voyage. Par ce moycn Ton fait le chcmin de Nouogorod à Mofcou. e’eft à direplus defix vingt lieués d’Allemagne, en fix ou fept iours ,&l’Hyuer en quatre ou cinq. II eft vray que les mai- fons ouonloge les Ambaftadeurs fontfimal meublées,que fi Ion ne vent point couchcr à terre oufur vn banc ,il y faut ap- porter des licts: mais les Mofcouites n'en vfent point autre- mentpour euXrtnefmes. Cy-deuant on enfermoit les Ambaf- fadeuis &c leurs gens dans le logis, on les gardoit comme des prifonniers, & Ion mettoitdes corps de garde aux portes pour les empefeher de fortir, ou ft I’on permectoit à leurs gens d’allqr parlaville, on les faifoit accompagner de Streliisqui obferuoient toutes leurs actions : mais auiourd’huy on ne les oblige à cette retraitte , que iufqu’i la premiere audiance, & cependant on les fait vifiter & entretenir par deux Pri- ftrfs, qui onr le foin de leur faire fournir les chofes neccf- faires. Ces Mellieurs la ne feignent point dc demandcr aux Ambaftadeurs le fuict de leur Ambaffa.de, &C le contcnu de leurs lettresde creance; de s’jnformcr d’eux s’ils ont des prefentspour le Grand Due , en quoy ils confiftent, & s’ils n’en ont point auffi pour eux. Dés que les Ambaftadeurs ont deliurc leurs prefens, le Grand Due les fait eftimer par des perfonnes qui s’y connoifl’ent. On auoit accouftumé cy-de¬ uant de regaler les Ambaftadeurs apres leur premiere audian¬ ce publique, dans la chambre du Grand Due, &: me fines a fa table;mais depuis quclques anne'es on achange cette couftu- me,
  • ET DEPERSE, LI V. III. i8y. mc,Si 1’on fe contento de lcur cnuoyer chcz eux ia viande defti- née pour lcur traitement. Tous les Ambaftadeurs,qui y portent des prefens, en remportent aufii pour eux & pour leurs gens:on en donne mefmesaux Gentils-hommcs enuoycs,&: à tous ccux qui n’apportent que quelque lettre de ciuilité d’vn Prince eftranger. Pour achcuer de faire connoiftre l’eftat politique de Mofcouic, ilne fera pashors de propos de faire icy vnc digref- fion,&: de nous éloigner encore vn peu de noftre chemin,afin de le reprefenter mi eux dans 1’abregé de 1’hiftoire de ce qui s’y eft paíle depuis enuiron cent ans. Le Grand Due I nan Bajiloiiitz,, fils de B a fill eftoit encore fort ieune quand il paruint i la Couronne , en l'an 1540. II n’yapoint d’hiftoire de fon temps, qui nc parle de fesguerres, 5c des cruautés inoiiies qu’il a cxcrcées contre toutes fortes de perfonnes, pendant tout le coins de fon regne. Elies font fi horribles, qu’iln’ya point de tyran,qui en ayt iamais fait dc femblables:de manicreque Ftul-jouc, qui eftoit Eucfque, euft bien pu fe difpenfer de luy donner cette belle qualité de bon & de deuot Chreftien; puis que pour dire la verité,ilne me- rite pas feulement qu’on lc metre au nombre des homines. II ell vray qu’il aftc&oit d’aller fouuent à l’Eglifc, dc dire luy mefmele feruice, de chanter, de fe trouuer aux ceremonies Ecclefiaftiques, 5c de fairc les fonftions des Moines 5c des Prefixes : mais il fe moequoit de Dieu 5c dcs homines , 5c n’auoit pas mcfme des fentimens d’humanite,- rant s’en faut qu’il euft aucun mouuementdepieté. Il cut fept femmes legi¬ times,& de la premiere il eut deux fils Itt.tn Sc Feeder fed àdirc, Juan&c Theodore. Il s’emporta contre l’aifne dccolere , 5c luy donna vn coup d’vn ballon ferré à la telle, dont il mourut cinq iours apres. Il eut de ladcrniere Demetrius, 5c il mourut le 18. Mars 1584. fentantdans l’extremite defa vievnepartie des douleurs, qu’il auoit fait foutfrir à vn nombre infiny de perfonnes innocentes. Fedor Iuanouits, qui eftoit devenu l’aifne par la mort de fon frere,fut couronne lc dernier iour de Iuillet de la mcfme an- nce. Il auoit vingt-deux ans quand il fucceda à fon perc, mais il auoit fi peu d’efprit, qu’ellant incapable d’affaires , il fut trouué bon que l’on en donneroit l’adminiftration , auec la Regencedc l’Eftat, à Boris Gudcnou, Grand Efcuycr dc Mof- A a i 6 3 6. Abrrgé Jc l’Hifioire de Mofcouie lui Bafiloiiits. Fedor Iua| noiiits.
  • l 6)6. Boris Gude- noa. i%6 VOYAGE DE MOSCOVIE, couic, & beau-frere duGrand Due. Salomon Henning ditenfa • Ghronique de Liuonie, que ce Fedor eitoit fifimple, qu’il ne trouuoit point de plus grand diuertifTement, qua former les cloches aux heures du feruicc. Boris Gudenou au contraire fccut fi bien répondre à la bone opi¬ nion,que Ton auoit conceue de luy , & eut tant d’adreife i me- na^er I’afFcction du peuple, quel’on nc craignoit point de dire, que fi Dicu difpofoit des deux Princes heritiers de la Couronne, il ne falloit point douter,que Ton n’y appellalt celuy qui donnoit tant de preuues d’vnc fi grande conduitc. Pendant la Regen- cc, Boris voyant que Demetrius eitoit celuy qui s’oppofoit 1c plusà la grandeur, que l’aife&ion des Mofcouitcs luy faifoit efperer, refolut de s’en dcfairc. Ce ieune Prince n’auoitquc neuf ans, &onl eleuoit en la villed'Vglitz,, ou vn des Gen- tilhomines de la fuitte de Boris l’alla tucr de fa main. Maisau lieu de ioiiir des grandes reeompenfes qu’on luy auoit fait cfpe- rer, Boris le fit tucr auec les complices, dés qu’il fut de retour à Mofcou. En faifant mourir de ccttc façon les meurtriers, il cacha pour quelquc temps le veritable auteur du meurtre; mais afin d’oiter au peuple le fentiment qu’il en pouuoit auoir, par vn déplaifir plus fenfible,il fit mettre lefeu àplufieurs maifons, & confuma ainii vne bonne partic de la ville, pendant que de Pautre coité il fitraíèr lechafteau d'vglitz- &: chaflet les habi- tans,commc s’ils euíTent fauorifé 1’aíTaífinat, &: donne retraitte aux meurtriers. Lafoibleifede Fedor luanouits laiil'oit ccpen- dant la conduitc des affaires a. Boris-, lequel eilant en effet ce que l’autrc n’eiloit que de nom & enapparence , il ne iugea point i propos de rien precipiter , maisil laiilapaiferquelques années , au bout defquelles Fedor tomba fubitementmalade, en Pan 1597. &: mourut fans enfans; apres auoir regné dou- ze ans. On ietta auffi-toftlesyeux fur Boris, qui eut a (fez d’a dr eife, pourrefuferenapparence ladignitcRoyalc, pour couurir fon ieu, & pour s’enfermer dans vn Conuent,ainfi que nous venons de dire, pendant qu’il faifoit preflerfon election par quelques- vns de fesamis, à l’inftante fupplication defqucls ilfit femblant de fclaiifer vaincre,&: d’accepterk Couronne. Sous le regnede Boris il arriuavne chofefort remarquablc, par Pimpofture d’vn Moinc Mofcouitc, Hommé Grisha Vtro-
  • 16} 6. ET DE PERSE, LIV. III. 1S7 foja, natif de Gerejluu, de rnaifon noble , mais mediocrement riche; qui auoit eftéfourrédans le Conuenc pour fes debau¬ ches , be pour famauuaife vie. II auoit le corps fort bien fait &: l’efprit fubtil; qualités dont vn vicux Moine du mefme Conuent fe feruit, pour pouiler cct impolteur dans Ic mon¬ de, be pour le porter fur le Throne. Pour mieux acheminer fon deifcinillc iitfortir du Conuent, be 1’cnuoya en Litliua- nie, au feruice d’vn Seigneur de grande qualitc , nomine Adam Jj/e/heVeetsly, dont il gagna en peu de temps les bonnes graces, par fon adrefle, be par 1’afíiduité de fes feruices. Vn iourfon maiitre s’eftant fafchécontrc luy , l’appella bledinfin oufils deputain, &lcfrappa.(7r/j£a,tirantaduantagedccet- tedifgrace,fe mit à plcurcr,&: dift à fon maiitre, que s’il fça- uoit qui il effcoit, il ne l’appelleroit pas fils de putain, &ne le traiteroit point dela forte. La curiofité du Seigneur Polonois fut aifez grande pour prefler Griska de dire qui il eftoit:l’im- pofteur répond qu’ii eft fils legitime du Grand Due Juan Ba+ jjloiiits; que Boris Gudenou l’auoit voulu fairc afl’afliner, mais que le malhcur eftoit tombe fur le fils d’vn Preftre, qui luy reflembloitbeaucoup, Iequelfes amis auoient fubftituéen fa place, pendant qu’ilsl’auoient fait éuader. Il monftre en mef¬ me temps vne Croix d’or garnie de pierres prccicufcs, qu’ii difoit luy auoir efté pendue au col, lors qu’ii fut baptifé. Il y adiouftc que 1’apprehenfion de tomber entre les mains de Boris Gudenou l’auoit cmpefché de fe declarer iufqu’alors. Sc jettc aux pieds du Seigneur, be le coniure de le prendre en fa protection; accompagnant fon rccit de tant dc circonftan- ccs, be fes actions dc tant de mines> qu'il auoit cu le loifir d’cftudier, que fon maiitre en eftant entierement perfuadé, luy fait en mefme temps donner des habits, des cheuaux be vn équippage refpondant.à peu présà la grandeur d’vn Prin¬ ce de cette qualitc. Le bruit s’epand aulfi-toft par tout le pais, trouuc dc la croyancc par tout, be fe fortific d’autant plus,que le Grand Due Boris Gudenou fit oifrir vne bonne fom- me dc deniersà ccluy qui reprefenteroit ce faux Demetrius, vif oumort. Son maiitre croyant qu’il ne feroit pas enfeure- téchezluy, 1’cnuoyaenPologne, onlclVeiuode de Sandomtrie le receut, be luy promit vn fecours fuififant, pour le remettre fur lc Throne ; à la charge qu’ii fouffriroit en Mofcouie l’c- Aa ij
  • iSS VOYAGE DEMOSCOVIE, x 636. xercice de la Religion Catholique Romaine, dés qu’il feroic remis enfes Eftats. Demetrius n’accepta pas feulemcntla con¬ dition, mais fe fit fecretcment inftruire, changea de Religion, Sc promit d’epoufer la filie du Weitiode, incontinent apres Ton reftabliflement. L’efperance d’vne alliance ii aduantageufe, &lezelc que le^cv/Wfauoit pour fa Religion, l’obligerent à employer fon credit & fes amis, parlemoyendefquelsildreiTa vne armée raifonnable, entra en Mofcouie, Sc declara la guerre au Grand Due. II prit d’abord pluíieurs villcs, débaucha grand nombre d’Officicrs, que ^wemployoit contre luy, Seobtint tant d’auantages fur luy, que lc déplaifir que Boris en cut, le toucha fi fenfiblement, qu’il en mourut le treizieme Avril i6oj. Lcs Knez Sc les Bojares, qui fc trouuoient à Mofcou, firent F
  • ET DE PERSE, LIV. III. i$<, Toute la villc fut au deuant de luy, Sc luy fitdes prefens. Son 1656. couronnement fe fit le zi. Iuillet, auec bcaucoupde ceremo¬ nies. Et afin qu’il n’y euíl rien, qui puíl faire douter de la verité dc íanaiífance, il cnuoya querirla mere du veritable De- metrius, que Boris Gudenou auoit relcguéc dans vn Conuenr, fort éloigné de Mofsott. Ilfutau deuant d’elle auec vn grand cortege , Sc la logea au Chaílcau , ou il la faifoic traitter auec beaucoup de magnificence ; la vifitant tous les iours, & luy rendant tous les honneurs, qu’vne mere euftpudeftrer deíbn fils. La bonne Dame fçauoit fort bien , que Demetrius fon fils auoit cite tuc, mais ellclc diflimuloit adroitement; tant à caufe du reifentiment qu’elle auoit contre la memoire de Boris Gude- notice de peur d’eilre maltrairée par cc faux Demetrius •, que par- ce qu’elle eiloit bien-aife de fe voir honorée de la forte, Sc de jouirde la douceur d’vne vie plus heuveufe, apres les ennuis qu’clle auoit foufterts, depuis la mart de fon fils, dans le eloiitre. Mais quand les Mofcouites virent fa façon dc viure, toute Conjuration autre que celledes Grands Dues fes PrcdecciTeurs, fon def- fein d’epoufer vne femme Catholique Romaine , fçauoir la fillc du Weiiiode de Sandomirie, Sc qu’il pilloitdes Tréfors du Royaume, pour luy enuoyer dequoy fe mettre en equipage, ils commencerent à le foupçonner, Sc à s’apperceuoir qu’ils auoient eflc trompés. Vndes principaux Kncz, nomme * “fi¬ ll Zuski, fut le premier qui en ofa parler à quclques autres Seigneurs, tant Ecclefiailiques que feculiers , Sc leur refflon- ftrer le danger, ou 1’Eilat Sc la Religion fe trouuoient ex- pofes , par l’alliancc que cét aftronteur alloit faire auec vne femme eftrangcre, Sc de Religion contrairejy adjouilant qu’il eftoic con(lant,que c’elloit vn impofteur Sc vn traiftre. Sur cela il fut refolu que l’on s’en deferoit ; mais la conjuration ay ant cfté découuerte , Sc Zuski pris , Demetrius le fit conda m- ner à la mort. Toutefois il luy enuoya fa grace fur le pointl de l’cxecution; efperant gagner par cette douceur l’affedion des Mofcouites. Et de fait tout fut paifible iufqu’au iour de fes nopces, qui fut le huicliefmc May 1606. La fiancee eilant ar¬ rive auec vn grand nombre dc Polonois armez, Sc en efiat de fe rendre maiitre de la Ville , les Mofcouites rccommen- ccrcnt àouurir les yeux. Zusky raifembla chez luy plufieurs
  • i?o VOYAGE DE MO SC O VIE, 16 3 6. Knez Sc Bojares, leur fit coniiderer l’eftat prefent des affaires, leur remonftra la ruine inéuitable de I’Eftat&dela Rcligioti, Sc offrit pour la confirmation de l’vn Sc de l’autre ,d’expofer encore fa perfonne Sc fa vie, comme il auoitdejafait. Les au- tres le remercierenc, &: promirent de lefecourir de leurs bicns Sc de leurs perfonnes, quand il jugeroit l’occafion proprc pour l’exccucion. Elle fe prcfenta belle le dernier iour des nopces , qui fut le neuficme du mariage, Sc le dix-fcptiéme du mois de May. Le Grand Due, Sc ceux de fa compagnie, eftans yures Sc endormis, les Mofcouitcs firenc fur la minuict fonner le toefain de toutes les cloches de la ville , fe mirent auffi-toft en armes , Sc attaquerent le Chafteau, oil ils défi- rent d’abord les Gardes Polonoifes, Sc apres auoir force les portes , ils entrerent dans la chambre du Grand Due ; lcquel voyant fa more prefente, crut la pouuoir cuiter, en fautanc par la feneftre dans la cour, adeffeinde fe fauuer parmy les Gar¬ des , qui y eftoient encores fous les armes ; mais il fut pm Sc mal-traité. Toutle Chafteau fut pillc.Zuski, s addreffant ala pretendue mere de Demetrius , l’obligca a jurcr fur la Croix, fi ce Demetrius eftoit fon fils ; fur quoy ayant refpondu que non, Sc qu’ellc n’auoit iamais cuqu’vnfeul fils, qui auoit efte mal- Dtmetrius heureufcmcnt ailaffine,ron donna d vn coup de piftolet dans ^ la tefte de ce faux Demetrius. On mit la pretendue Grand’ Du- chcffc fa veufvc, auec fon pere Sc fon frere en prifon , aulli bien que l’Ambafladeur dcPologne. Les Dames & les filles furenc outragées Sc viole'es,& plus de dix-fept cens hommes tués; parmy lefquels fe trouuerent plufieurs Marchands Ioiiailliers, charges de quantite de picrrerics. Le corps de Demetrius fut dépouillc tout nud,&entraifne iufques dans la placedeuant le Chafteau, oil il demeura expoíe trois iours entiers, à la veue de tout le monde. En fuittc de ccla on le mit en terre, mais on le deterra auffi-toft, pour le bruler Sc pour le reduire cn cendres. in*nBafiiouits Cette conjuration ayant eu le fuccés que nous venons de ^Zuski Grand djre ? ies Mofcouites cleurent en la place de Demetrius, Knez. Bãfiloúits Zuski,chc£de toute cctte entreprife, qui fut cou- ronné le premier iour de Iuin 1606. Mais a peine eftoit-il monte furle throae,qu’vn autre impofteur luy cn difputala Dcmet^1 poffeflion. Il s’appelloit Knc* Gregori Schaçopskj-, lequel ayant
  • > ET DE PERSE, LIV. III. i9I ' pendant le defordre, trouué dans le pillage du Chaileau les r <> $ £. feeaux du Royaume, s’ailocia dc deux Polonois, &c fe fauua en Pologne. Ilfeferuitdc la mefmc inuention dc Ton predeccf- feur, &: prit le nom dc Demetrius ; difant par tout ou il pailbit, qu’il s’eftoit fauuc du maffacrc à la faueur dc la nuitt , que Ton auoittué vn autre pour luy,& qu’il alloit cn Pologne, leucr vne autre armée.pourfe vangerde l’infidclitc, Scdel’ingrati- tude dcs Mofcouites. Dans le mefme temps paiut cnla villede Moicou, vn troi— Vntroifiemc fiémeDemetrius. C’eftoit vn Commisd’vn Secretaire d’Eftat, imPoftcur- qui fe mit à la campagne, s’aida de la mefmc impofture que les deux autres, &: trouua de la fuitte; auec laquellc ilferendit maiftre de plufieurs bonnes villes duRoyaumc. Ce bruit fut caufe de plufieurs autres defordres, que les Polonois fomente- rent, pour fe reffentir de I’aftront qu’ils auoient rcceu des Mof¬ couites. Les fuccezde la guerre , qui cn nafquit, furentfifu- neftes &: fimalheureux ,que les Mofcouites cn prirent fuiet, ou pretexte, dc fe dégoufter de Zu*kt dc le confidercrcom- me la feule caufe de toutes leurs difgraces. Ils difoient, que fa domination deuoiteftreiniufte , puis quelle eiloit malheureu- fe, &>qu’ily deuoit auoir quelque chofc dc funefte cn fa per- fonne, puis qu’il fembloit que la vidoire s’enfuyoit de luy, pour fe ranger du coílédes ennemis. Trois Seigneurs Mofco¬ uites, Zacharte LtppancW, Michael Molfineck , & Iuan Kefefski, furent les premiers qui firent courir ces bruits parmy le pcuple, & voyans qu’ils eftoient bien reccus, ils paiferent outre, dé- poiiillcrent Zuskt de fa dignité, fenfermcrcnt dans vn Con- uent, & le firent rafer. Aprcs cela les Knez &: les Bojares demeurerent d’accord,que pour éuiter la jaloufie quel’Eledion pourroit faire naiitre en- tr’eux, ils appelleroient à la Couronne vn Prince cftrangcr. Les Polonois fauorifoient toufiours les Armcs du fccond De¬ metrius-, jufques-la qu’ils auoient contraint la veufue du premier à lc reconnoiftre pour fon mary, &: ils vouloient qu’on leur don- nait fatisfadion de l’outrage qu'ilspretendoient auoir receu à Mofcou , au mariage de Demetrius- ;de forte que les Mofcouites voulans contenter les Polonois, &: ne trouuans point de Prince dans le voiíinagc,qui euít tant dc grandes qualitcz, qu'vladtflas, fils aifne de Sigifmond, Roy de Pologne, ils firent prier le Roy Viadiflas Prin¬ ce de Pologne clcu Czara de Mofcouic.
  • \6}6. Mécontente- mcntdcsMof couiies contre jks Polonois. !5U VOYAGE DE MO SCO VIE, fonpere ,de trouuerbon qu’il acccptaft la Couronne de Mof- couie. Le Roy y confentit; mais le traitté qui fut fait pour cela portoit entr’autres chofes, que luan Bafilei/iís Zuski feroit tiré du Conuent, Sc qu’il feroit mis, auec quelques autres Sei¬ gneurs fes parens , entre les mains du Roy de Pologne; qui les fit long-temps garder prifonniers à Smolensk*), ou Zuski mourut enfin, Sc fon corps fut enterre aupres du grand che- min , entre Thorn &: warfauie. Staniflas Solkouski, general de Pologne, s’eftoit ccpendant auancé auec fon armée, iuf- qu’aux portes de la ville de Mofcou,auec ordre de venger la mort de Demetrius, Sc des Polonois, qui auoient eflé maffa- crés auec luy. Mais dés que fon eut aduis de la conclufion de ce traitté, on mit les armes bas,& Stanislas cut ordre de rc- ceuoir au nom du Prince la foy &£ 1’hommagc des Mofcouw tes , de demeurer à Mofcou , iufqu’a ce que le Prince s’y fe¬ roit rendu en perfonne. Les Mofcouitcs le trouuerent bon, &aprcsluy auoir prcíté le ferment de fídelite, ils prirent re- ciproquemcnt le ferment de luy, Sc luy permirent dentrer auec mille Polonois dans le Chafteau, pour y tenir garnifon. Le reftc de 1’armée demeura hors de la ville , n’entreprenanc rien,qui puftdonnertantfoitpeu d’ombrage aux Mofcouites. Au contrai re 1'on n’y voyoit que des tefinoignages d’amitic Sc de bonne volonté depart & d’autre; iufqu’a ce que les Polo- nois,s’cftans petit à petit gliffésdans la ville, Sc s’y trouuans au nornbrc de plus de fix mille, fe faiftrent des auenues du Chafteau , Sc commencerent à incommoder les Bourgeois par leurs logemcns, Sc à deuenir infupportables par les info-, Iences,&:par les violences qu’ils commcttoient tous les iours contre les femmes Sc contre les filies, Sc mefmes contre les Saints des Mofcouites, contrclefquels ils tiroientdes coups de piftolet. Si bien que les Mofcouites, neles pouuans plus fouf- frir, &eftans cnnuyés du retardement de la venue du Grand Due, s’afteinblcrent le vingt-quatriefme Ianuier ióif.dans la place deuant le chafteau, ou ils firent du bruit, Sc fe plaignircnt des outrages qu'ils receuoient iournellement des Polonois; difans qu’il leur eftoit impoífible de nourrir Sc dentretenir vn fi grand nombre de Soldats, que leur trafic fe ruinoit, Sc qu’on les épuifoit, iufqu’a la derniere goutte de leur fang. Que le nouueau Grand Due nc venoit point. Que cela leur donnoit
  • j 6. ET DE PERSE, L IV. III. ,9j dcnnoit fui et tie foupçonner quelquechofedefiniftrc 'Qujis ne pouuoient plus viure de la forte, 5c qu’ils fcroicnt contraíns d’employcr les moyens,que la nature leur auoit donnez pour leurconferuation,fi 1’on n’y donnoit ordre. Le General ties Polonois fit toutcequ’il puítpour lesappai- fer, &: fitmefme chaftier bicn fcueremcnt quelques-vns dcs plus crimineis; mais les Mofcouites ne sen voulurent pas con- tcnter. Les Polonois dclcur coité, apprehcndans vn fouleuc- ment general,doublcrent leurs gardes,fe faiílrentdes principa¬ ls auenuès dcsrués, 5c firent dcfenfes aux Mofcouites de sat- trouper, & de porter des armes. Cequi les irrita tellcmenr, qu’ils fe foulcuerenttous, 5c firent des aílcmblées cn plufieurs endroits dela ville, à deílein dobligcrles Polonois dc feparer leurs troupes. Les Polonois ne fe contenterent pas de fe tcnir fur la deffcnfiue, mais ils mirent Ie feu en trois ou quatre quar- tierS; obligeans par cemoyenles Mofcouites de courir au fe- cours dc leurs femmes 5c de leurs enfans; 5c faifans leur profit de ce defordre,ils attaquerent les Mofcouites par tout ou ils les rencontroicnt,&: cn firent vn íi horrible carnage 5 que fon die que le fer 5c le feu confiímcrent, pendant ces deux iours plus dc deux cens milleperfonnes, 5c toutes les maifons dela Ville; à la referue du Cha(teau,des Eglifes, 5c de quelques autres ha¬ vens de pierre. Letrcfordu Grand Duefull pillé,auíTi bicn que les Eglifes 5c les Conucnts, dontlcs Polonois tirerent 5c enuoycrentenPologne vneincroyablequantité dor 5c d’ar- gent, 5c dc pierres precieufes; parmy lcfquelles les Mofcoui¬ tes regretent encore auiourd’huy vne certainc corne dcLicor- ne,cnrichiedediamants. L on dit que lesíoldacs y fircnttant de butin , qu’il y en eut qui chargerent leurs piítolets de grof- fes perles rondes. Quinze iours apres ce'defordre arriua Zacharias LippencVe, auec vne bonne armée, 5c aífiegca les Polonois dans le cha- fteau , leur tua plufieurs homines cn diuerfes attaqucs, 5c les contraignit enfin dc venir à vn accord , & de fortir du Royaume. ncTorHre à Moícou. Les Mofcouites, voyant 1 Eilat sn repos, apres tantdc de- fordres, procederem àfcleétion d’vn nouueau Grand Due, & Michael re-' nommerenten fan 1613. Michael Fcdcroiiits , fils de Fedor ÍTgTd NtktttS', qui eitoit parent, mais fort éloigné , de I nan Baji- ' “* Bb
  • I r94 VOYAGE DE MO SCO VIE, <5 5 6. loiiits. Cc boa homme auoit quittc fa femme, pour l’amour deDicu, comme ils difent,&: auoit pris l’habit dc Rcligicux. Ilfuc enfuitte decelaéleu Patriarche, &en cctte dignitéil changca le nom de Fedor cnceluy de philaretes. Lc fils, qui eftoit bon, &qui auoit beaucoupde difpofition à ladeuotion, atoufioursvefeudans vnprofond refpedpour lcPere; fc fer- uant de fes aduis aux deliberations des affaires importantes, &c luy faifant fhonneur dc le conuier à toutes les audiances &: atouteslcs ceremonies publiques; ou il luy faifoit touiiours prendre la premiere place. 11 mourut en fan i653.peu dc iours dcuant noftre premiere amballade. La premiere chofe que lcnouueau Grand Due fit à fonad- uenement à la Couronne, ce fut de faire laPaix auec les Prin¬ ces fes voifins , &: d’abolir la memoire des cruautés dc fes predeceifeurs, par vn gouuernement fi doux, que Ion demeu- roitd’accord, que depuis plufieurs fiecles la Mofcouien’auoit point eude Princes,dont les fuietseuffent eu plusde fuiet de fe loiier. II mourut le it. luillet 1645. enla quarante-neuf- tiémeannée de fon age, &enla trcntc-troifiéme de fon re- anc. La grand’Ducheifc fa femme, mourut huit iours apres luy , 5c fon fils Kntz, Alexei Michaelotiits fucceda à la Cou¬ ronne. Le regne dc Michael Federoiiits a efte fort paifible. Mais comme du temps dc Boris Gudenou, & de luan BaJilouits Zus- ki l’ona veu des faux Demetrius , ainfi s’eif-il trouuc fous Michael Federoiiits vn impofteur, qui a eu l’audace de prendre LcfauiZusici. icnom&iaqUalité de Baftli luanoiiits Zushi,fils du Grand Due luan BaJilouits Zuski. II s’appelloit Timoska Ankudina, & eftoit natifdelaville de Vologda,enlaProuince du mefme nom, & liltdVamar- eftoit fils d’vn marchand linger, nommé Dcrr.ko, ou Dementi chand linger. ^inkudina. Le pereayant remarque quelque lumiere d efprit cn luy , cut le foin de luy faire apprendreà lire &a eferire; ou il rcdffitfi bien, qu’il paifoitpour habillc homme, parmy ceuxqui n’ont point d’autre fciencc. Savoix & 1 agreement, auec lequel il chantoit les Hymncs dans les Eglifes, luy don- ncrent accés aupres de f Archeucfque du lieu, qui le prit a fon feruicc: dont Aakndina s’acquitta fibien , quel’Archeuefque Sa premiere payant prjs en affedion, luy fit cfpoufer fa petite fille. Cette alliance, dontil pouuoit tirer defi grands aduantages, fut la
  • I 6 $é. ET DE PERSE, LI V. III. premiere caufc dc fa perte: Car il commença dés lors à pren¬ dre, en fcs lettres,la qualitc de gendre du IVdiiodc de Vologda Sc de Vellikopermia. Aprcsauoir diffipé toutlcbicn de fa femme, apres la more de l’Archcucfquc, il fe retira aucc fa famille à Mofcou ; ou il trouua de l’employ, par la rccommandation d’vn des amis de l’Archeucfque, dans le Neuazetuert, c’efta dire , au bureau ou les Tauerniers font obligez de prendre l’eau de vie, le vin Sc l’hidromel qu’ils vendent cn detail, & ouils rendentcompte du debit qu’ils cnontfait. Onluy don¬ na la recepte de cesdenicrs; maisil en vfa fi mal, qu’au pre¬ mier comptequ’il endeuoitrendre,il s’en fallut plusdc deux cens efcus,que lc Prince n’y trouuaft le fien; Et dautant qu’en Mofcouie l’on eft fort exact pour ces chofes, il fe feruit de routes fortes de moyens, pour tafeher de trouucr ccttc fom- me. Il s’addrefla pourcetelfet à vn dc fes Collegues, nom- mc BafdiGregoriiiits Spilkt, qui eftoitfon compere, Sc quiluy auoit rendu dc fort bons offices aux occafions, Sc luy dift: qu’vn des principaux marchands de Vologda ; à qui il eftoit oblige , eftant arriué à la ville , il l’auoit conuié à difner, Sc ieroit bicn-aife de luy prefenter fa femme; le priant de luy prefter les perles &: les bagues de lafienne, afin de lapouuoir raire voir cn vn eftat digne de 1’employ qu’il auoit. L’autre n’y fit point de difficultc, Sc les luy donna fans aucunc afleuran- ce; quoy qu’elles valuflcnt plus de mil efcuj. Mais Timosha. au lieu demettre les bagues en gage, pour rcmpiacer ce qu’il auoit pris fur les deniers du Roy , les vendit, détourna l’ar- gent, Sc ofa.fouftenir à fon Collegue, qu’il nc luy auoit rien prefté. Spilki le fit arreftcr prifonnier; maij n’ayant point dc preuues pour le conuaincrc, il nc puft pas empefeher qu’il ne fuftmis cn liberte. Timoska ne viuoit pas bien aucc fa fem¬ me, laquelleluy reprochoitii fouuent fa perfidie, Sc fcs au- tres vices, particulicrement fa Sodomie, que craignant d'vn co¬ ité la recherche de fes maluerfations au maniement des deniers du Roy, Sc de l’autre que fa femme ne full la premiere à l’accu- ler,s’aduifa vn iourd’enuoyer fon fils chcz vn de fes amis,d’en- fermcr fa femme dans vn poifle, Sc de mettre lc feu dans fa mai- fon,ou fa femme futbrulée. Il fe retira apres cela cn Pologne,fi fecrctcment que Ton croyoit à Mofcou, que le piefroe feu l’euft confumé auec lc reftc de fa famille. Affronte fu« Collegue. F^itbruflcr fa femme. Bb ij
  • I <5 J 6. Se retire cn PologliC. SefaitTure. ií>? V O A G E D E MOSCOVIE, Timosha fit fa retraite vcrsla finde 1'annce 1643. maisayanc fceu cn 1Í4J. quclc Grand Due enuoyoit vn Ambaíladcur au Roy de Polognc, & que Ton fçauoit cn Moficouie qu'il sc- ftoit retire àla Cour deWarfauic , ilallaenl’an i646.trouucr chmitlnski> General des Cofaques,8c le pria de le proteger á contrc les pcrfecutions, qu’il cíloit contrainc de íoiiftrir; par- ChmieinisKy. cc que le Grand Due fçauoit qu’il clloit proche parent du Prince, Iuan BafUoifiisZusky.IIauoit aílez d’cfprit pourfaire valoir fa fourbçrie,& fçeut fi bien manier celuy de Chmuinsky, que l’on commcnçoit à le confiderer ; quand vn Pojlamk Mofcouitc, nommé Iacob Koslou , qui auoit eílcenuoycà ce General Cofaquc, le reconnut , &c 1’exhorta de retourner à. Mofcou, de rentier en fon deuoir, Sede tafcher defefairere- mettre lafommedont ileftoit demeuré reliquataire au Grand Due; laquellcn’cftoit pas fi confiderablc, que par l’intercef- fiondc fes amis il ne puftfacilemcnt obtenir fa grace; car l’on ne fçauoit pas encore, qu’il auoit fait entendre, qu’il eftoit fils du Grand Due I nan Bajilouits Zusky. Mais il nes’y voulut pasfier, & apprehendant, que Ton ne luy miftla main fur le collet.il fe retira cn fan 1648. à Conftantinople , ou il abiura le Chriftianifme, &fefit circoncire. Iln’y demeura pas long- temps ; mais craignant d’eftrepuny dequelques exces, qu’il y UqueRonuin. auoit commis, il pafla en Italie, &: alia à Rome, ou il fe fit Ca- tholique Romain. De la il allaen l’ani6jo.a Vienne en Au- ftriche, & en fuittc en Tranfiluanie,aupres du Prince Ragots- ya en Suede. Icy, qui luy donna des lettres de rccommandation à la Reine Chriftine de Suede. Cette Princefle le rcceut fort bicn , fe laiffa furprendre aux beaux contes que cct affronteur luy fai- foit , luy donna dequoy fubfiftcr honorablcment. Les marchands Mofcouites, quife trouuoienta Stocxliolm cnee temps-la, donnerentaulfi-toftaduis au Grand Due del’impo- Iture decct horame, quipublioit par tout qu’il eiloit fils de Iuan Bajilouits Zusky. Le Grand Due y enuoya incontinent le mefme Bdslou, qui l’auoit rencontre aupres de Chmielniski 3 &: pria la Reine de luy rnettre ett homme entre les mains; mais Timosha, qui fçauoit bien que Ton ne manqueroit pas de l enuoyer chcrcher, s’cftoit defia retire. Son valet qui s’appel- loit Kejika, ou Conjlantin, qui eftoit demeure à Stockholm, pour quelques affaires, fut pris, & enuoye bicn lie &: garotte SefaitCatho-
  • ET DE PERSE, LIV. III. 191 a Mofcou , ou l’on rechercha auili la mere Sc les paicns de Timoska, dont quelqucs-vns furent appliquez à la queftion, &: executes. Timoska mefme fut arrelie à Reucl en Liuonie, par l’ordre de la Rcine de Suede ; maisil trouuale moycn de fe fauuer de la prifon , Sc alia par la Hollande à Bruxelles, oil il vit 1’Archiduc Leopold. Dc la il alia à witteberg, Sc i Leipfig, ou il fit profeifion dc la Religion Lutherienne, Sc efcriuit luy mefme fa confeilion de foy en Latin. De là il allaaNcuftat enlaDuchéde Holitcin ,oii Pierre
  • i5? 8 VOYAGE DE MO SCO VIE, i í 3 (i. >5 rent trouuer Tbeodat Chmielnisky> general des Cofaques Z*~ “porofsky, auquel lc Roy lean Caiimir dc Pologne, noftre »frere,commanda de mettreces voleurs &traiftres entrcles ” mains du fieur Germolitzo'toi, Gentilhomme de fa chambre, “ qui auoit ordre de les enuoyer en Mofcouic, fous la conduitc “du ficur leter Protefio'toi, Gentilhomme dc noftre fuitte, “ainfi que le dit cbmielnisky l’auoitfait fçauoir à noftre Maje- ” jefté Czaarique. Maisccs voleurs &: traiftres fc fauucrenta » Rome, ou ils embraftcrent la religion Latine. Apres ccla ils “ontpafte par plufieurs autres Prouinces de l’Europe, ou ils “ont change denom ; enforcequcTimoskaa. pristantoftceluy “ de Zuiski, Sc tantoft celuy dc Sinenjis,pendant que Kojlka luy “feruoitde valletfiufqu’a ce que l’vn Sc 1’autre ayans efté re- ” connus à Stockholm, par quelques-vns de nos marchands de 55 Nouogorod, Sc d’aillcurs, Sc en fuitte arreftés, l’vn à Reuel Sc “l’autre aNaruejlcs Gounerneurs de ces deux places ont fait » difficult^ de nous dcliurer,fans ordre exprés dc la grande R ei- »ne de Suede. Mais apres auoir priéladite grande Reine dc « Suede,demettre ces traiftres entre les mains du Gcntilhom- *» me que nous luy auions dcpefché exprés pour cela,ils’cft trou¬ ble qu’àfonarriuéeàRcuel,auec les ordres de ladite grande “Reine, leGouucrneur auoit defiafaitéuader l’vnjdc fortcqu’il “n’apu amenerqucleditKoftka. Nousauons feeu depuis,que ” 1’autre a efté arrefté Sc mis prifonnier au pais dcHolftein,c’eft ”pourquoy nous auons trouué bon d’enuoyer à V. Alteífe no- 55 lhe Poslanik Bafili Sptlik , accompagné de quelques-vns de ’> nos fuiets, auec des lettres de nôtre Majefté Czaarique,pour “ vous prier,qu’il vous plaifc leur deliurer, Sc nous enuoyer ces “traiftres. Ces lettres eftoient du dernier iour d’O&obre 16ji. apres lefquelles le Grand Due eh enuoya encore vne autre, du cin- quiéme Ianuicr 1^53. conçeue en mefmes termes; finon qu’a “la finde la lettre Ion auoit adioufté leslignes fuiuantes. De- “ puis cela eft arriué aupres dc nous,au mois de Decembre der- . “ nicr,Pierre Miklaf\ de Nouogorodjqui nous a rapporté, com- “menten fuitte de vos ordres ledit traiftre auoit efté arrefté »en noftre villc Ducale de Neuftat, Sc que fur la remon- “ftrance, que ledit Miklafvous auoit faite, vous l’auiez fait “transferer à Gottorp , pour y eftre tenu fous bonne Sc
  • ET DE PERSE, LIV. HI. m fcurc garde. C eít pourquoy nous vous renuoyons iedic « Miklaf, auec des lettres de noftre Majefté Czaarique , pour vous prier de luy deJiurer, & à Baftli sptlki, Iedic,. traiftre , afin qu’il n’ait plus moyen de fc fauuer, Sc defuf- ,< citcr de nouucaux troubles dans le monde. En rcconnoif-« Tance dequoy noftre Maieftc Czaarique feruira voftre de-.. ledion aux occafions qui fe prefenteront.Ce voleur &trai-« ftre de noftre Majefté Czaarique,nomine Timosha, eft de fort.. baiTcnaiiTance,fils d’vn marchand de grofle toilc, nommc« Demhi Anhudina, du fauxbourg de Vologda. Sa mere fe nom- me Salmaniska, & Ton fils, qui eft encore viuant, Seresha Ti- „ mosha eftoit eommis au bureau de Nona Zctnert, & il a vo- « lé noftre threfor, il a tué fa femme,Sc a brulc auec fa maifon ct plufieurs autres de fonvoifinage, done plufieurs de nos fu-c< jets ontefté mines. Cell pourquoy fçachant qu’il nepou-ce uoit pas éuicer la more que par la fuite , il s’eft retire de la c, façon que nous venons de dire. Donné en noftre refiden-tt ce C^aariquo de Mofcou, le j.Ianuier, fan de la creation.. duMondcyiéi. Sc de la naiflancc deNoftre Seigneur nJyj... Apres cela il cfcriuit encore vne troificfme lettre le 17. Octo- bre delamefmc année; enfuittedc laquellele prifonnier fut mis entre les mains deceux, que le Grand Due auoic nommés pour cela. L’vn de ces deputez eftoit le mefme Spilhy, que Timosha auoit affronté , en empruntanc de luy le collet &: les perlcs de la femme. Le comperageeft vne grande alliance en Mofco- uie, ôcilsauoicnteftécollcguesdans vn mefme employ; e’eft pourquoy il pria fon Altefle de luy permettre de voir le pri¬ fonnier, Sc de luy parler en la prefence de quelques Officiers de laCour. Mais Timosha vine au deuant deluy , fit le froid, commc ne le connoifiantpoint, Sc refufa deluy parler Mof- couite,mais vouluc parler Polonois ,pour embarafler 1’autre, qui ne fçauoit pas biencetteLangue. Spi/hy luy demanda,s’ll ne s’appelloit point Timosha Anhudina, Sc s’ii n’auoit pasvo- l^le trefor du Grand Due, Sc eommis plufieurs autres crimes enormes, Timosha luy relpondit , qu’il fc pouuoic faire qu’vn nommé Timosha Anhudina euft vole le trefor du Grand Due, ou détourné les deniers de fon epargne, mais que cela ne le touchoit; point qu’il s’appelloit lohannes Sincnjis , Sc en Po-
  • zoo VOYAGE DE MO SCO VIE, i 6 3 6’ lonois Ztiisky: éuitant adroicement de toucher à ce qu’il auoit die auparauant, fçauoir qu’il eftoit fils du Grand Due luan fi.ijilo’titz,Zusky. Mais quand Spilki luy demanda,s’il ne fe fouuenoit point de faviepaflcc; l’autre fe moequa de luy, luy dift des injures, Si y adjoufta,qu'il ne le pouuoit pas rccon- noiftre enqualité de Poflanik.; veu qu’il n’eftoit qu’vn mercier ôcvendcur d’cfpingles jfaiiant alluiion au nom de Spilki, qui iignifie efpinglier. Timoska s’aduifa vn jour de fupplier le Due de Holftein, de commcttre Ton Chancclier, quelques au- tres dc Ton Confeil, pour ouir de fa bouche l’eftat de fes aftai- rcs. II luy demanderent de quelle famillc Si maiion il cfloit, Scs’il cfloit parent du Grand Due? pourquoy le Grand Due le perfecutoit i Si cn quoy il luy pouuoit nuire? II refpondit. que 1’ori fçauoit qu’il s’appelloit lobbies Sinenfis,Si en Polonois Zus- h.,Qu’au baptcfmeil auoit eílé nommé Timothée: qu’il eiloit fils de Rajilc Domitian Suisky, Si qu’il auoit efté ainíi furnommé d’vne ville de Mofcouie, nominee Suia. Qu’il eftoit Mofcouite d’originc , mais qu’il eftoit Polonois dc naiflance j comme ayant efté né Si élcué en Polognc , en la Prouince de Nouogaik* Seuerskbio , Si qu’il eftoit Seigneur hereditaire dc Hukraginx S cuerska, furies frontieres de.Mofcouie. Que le Grand Due .n’eftoit pas fon parent; paree que le pere du Grand Due n’a- uoit efté que Gentilhomme, mais quele fieri eftoit Prince dc naiflance, Si que e’eftoit à caufe de celaquele Grand Duclc perfecutoit. Que le Cham dc Tartaric, qui faifoit alors la guerre au Roy de Pologne, 1’auoit voulu obliger de faire la guerre au Grand Due; mais qu’il auoit eu trop de tendrefle pour la Patrie de fes predeccfl’eurs , pour en vouloir troubler le repos. Qu’il auoit efté cn fon pouuoir d’enuoyer plus de cent mil hommes en Mofcouie ; mais que le bon Dieu luy auoit ofté ces mauuaifes pcnfées. Il auoit eferit en mefmes termes au Patriarche. Carle PoflaniK , qui eftoit venu de Sue¬ de, ayant fait confidence auec luy , & luy a*/ant confcillé d’ef- crire au Patriarche, comme à ccluy qui auoit aflez de credit au- presdu Grand Due,pour luy obtenir fon abolition; il refolfit dc luy efcrire,uC bailla la lettreau Poflanik ; cn laquelle il man- doit au Patriarche, qu’eneftetqu’il eftoit Mofcouite, Si qu’il auoit cite nomme au Baptefme Timothée, dontlemotde 77- maskn eft 1$ diminutif. Qifil auoit en crude d’entrer en Mof¬ couie
  • ET DE PERSE, LIV. HE lor couie auec vnc armée de plus de trois cens mil hõmesjmais qu’il 16 5 auoit efté détourné de ce pcrnicieux deílein par 1’Ange tuce- laire de Mofcouie. Que fur cela il eítoit reuenu àluy , Sc qu’il auoic refolu de retourner cn fa Patric;cn forte que s’ilcuftvou- lu continuer famauuaifc vie , il luy cuft efté bien aifé de fe iauuerdela prifon de Neuftat, mais que fon deflein cftoit de retourner en Mofcouie volontairement , auec ceux que lc Grand Due auoic nommés pour faconduitc. Le PosUmk, qui ne doutoicpoint,qu’ilne fíftencerrelettrevne efpecc de con- feílion, qui fu ft capable de le conuaincre, 1’ouurit , & la leut cn fa prefcnce. Mais il auoic à faire à vn homme, qui ne fe defaifoie paspourfí peudechofe. 11 voulut faire paflcrle Pcf- ianik pour vn affronteur,&: dift,que ceftoit vnelettrefuppofée, qu’il ne 1’auoic point efcricc : Sc pour fouftenir cc qu’il en dit, il ccriuic vne autre lettre d’vn ftile Sc d’vn caraâere íi different dcceluy delalettre,quelePoílanik, enragédefe voir affron- tc dela forte, la luy ietta au vifage. Timofkas’cn faifit auili- toft,&: la defchira. Mais la mauuaife difpofttion dc fa confcience ne paroiífoit Tuboim que tropen lavarieté de fes depofitions, Sc aux declarations poíhions. qu’il auoit faites, tant de bouchequepar eferit. Car tantoft il fedifoit filsdu Grand Due Bnfili Iuanouits Zusky, Sc tantoft ildifoit que fon pere s’appelloic BafileDomitian ; quoy que 1’on íceuft qu’en ce temps-là il n’y auoit eu que trois Seigneurs dc lamaifon àc Zusky, Sc que pasvn d’cuxn’auoic eu renom là. Tantoft il vouloit,que Ton cruft qu’il cftoit Polonois, Sc ofoit fouftenir,qu’il auoit dequoy faire voir à 1’ccil,qu’il n’eftoit point Mofcouire, Sc qu’il n’y auoit lien enfa perfonne, en fa lan¬ gue, nyen lafaçonde viure, qui puft faire croirc qu’il lefuft. Et de fait il auoit la barbe tout autrement faitc que les Mofco- uitesne l’ont ordinairement.il auoit afl’ez bien apprisle Latin, l’ltalien, l’Allemand Sc le Turc, pour fe faire entendre en ces Langues, &il fçauoit ii biencontrefairc toutesfortes d’eferi- tur cs,qu’il eftoit bien difficile de le conuaincre par cellc, dont il s eftoit feruy cn fon premier employ. Tl vouloit mefrne fai¬ re foupçonncrde fauílétéles lettres, quele Grand Due auoic eferitesà noftre Prince; parce qu’il nc les auoit point lignees: & il nouseuftpu furprendre par cette rufe, ft nous n’euffions appris en Mofcouie, que le Grand Due ne ftgne iamais les ex.- C c
  • 104 VOYAGE DE MOSCOVIE, peditions, & qu’il laifte cccte fon&ion aux Secretaires d’Eftat. Timoskadonevoyant queers finefles eftoient incapables de le fauuer, fc ietcadans le defefpoir, &: voulut fc tuer. Car eitanc en chemin pour eftre embarque i Trauemunde, 8z IC-proche de la ville dc Neuftad , il fe ietca embas du chariot, la tefte la premiere, &: ferotila fous la roue; à deifein de fe la faire pafl’er fur le corps, mais le terrain eftant mol & fablon- neux, il ne fe bleifa point en tombant, & l’on fit aufli-toft arreftcr le chariot; dc forte que Ton eut le loifir de le remet- tre, &on I’attacha fibien que l’on ne pouuoit plus apprehen- dcr qu’il fe prccipitaft. line lailloit pas d’eftre de bonne lni- meur par le chemin , quoy qu’en eifet il rechcrchaft tous les moyens imaginables pour fe faire mourir; maisonl’obferuoit de fi prés, qu’il en perdit toute l’cfpcrance, & auec cllc la ioye qu’il auoit temoignee iufqu’alors, & arriuant à Nouo- gorod, il tomba dans vne fi profonde trifteife, qu’il cn dc- uint inconfolable.Ccqui n’empefehapas pourtant,que dans les plus grandes douleursdc la queftion, il ne tefmoignaft vne conftance admirable , au moins fi l’onpeut donner ce nom à l'obftination determinée, auec laquclleil perfifta en fes pre¬ mieres depofmons : foit qu’il vouluft par la laiiler dans l’cfprit des eftrangers l’opinion qu’il auoit tafehe d’y imprimer , ou , qu’il coniidcraft, que fa confeflion ne le fauueroit point dela amort,5c nefoulageroit point fon mal. En entrant dans la ville de Mofcou, on l’appliqua tout auífi-coftà la queftion, en la prefence de plufieurs perfonnes dc qualité : mais il diteffron- tement, qu’entre tous les Bojares il n’v en auoit point à quiil vouluft faire lhonneur de parler, finon au lines Nikita Iua- nouits Romano^; parce que le connoiflant de reputation , à cau- íe defa bonté & de fon courage, il feroit bicn-aife de l’en- tretenir. Pendant que deux Bojares alloient querir Nikita, Timoska demanda à boire. Oniuy prefenta du £>nas dans vne efcuclledebois, mais il voulut qu’on kiy donnaft .de l’hydro- mcl,&: qu’on le feruift dans vne tafle d’argent, mais apresque l’on cuft eu cette complaifance pourluy , il n’en voulut point boire, &fe contenta'de le porter à la bouche. Voyant entrer Nikita auec les deux autres Bojares, il luy fit ciuilitc: mais il fouftint toufiours qu’il eftoit fils de Bajili tuauoiiitsZuski;nonob- ftjjit qu’on luy prouuaft, qu’il eftoit fils de Dementi Anku-
  • ET DE í ER S E, LIV. IIP. ^ dinous, Marchand linger de Vologda, & que le Grand DucBa- íili n’auoit point eu d’cnfans, mais feulement deux frcres, fça- u°ir Knez, Demetri Iuanoiiits 5c Iuan IuanoiiitsZuski,c\w\ eftoient aufli dccedez tous deux fans cnfans mafles. Car de ces trois freres, qui furent enuoyez prifonniers en Polognc, lors de l’E- lcdion du Prince Vladiílas, en Pan 1610. auec les autres pa¬ rens du Grand Due, les deux aifnezy moururent, 5c le troifié- me fut relafché 5c renuoyé en Mofcouie, oil il eftoit dccedé peu d’annees dcuant l’execution de Timos ka. II eft vray qu’il y auoit cu encore vn Seigneur de la mefme famille, nomine Bafi- h Federouits, oncle dcs trois autres: mais il n’auoit aufli laifle qu vn fils , nomme Michael Bajiloiiits Zuski Sea fin , qui mourut fans cnfans, lors que les Suedois prirent la ville de Nouocrorod enl’an 1616. J On luy confronta ala queftion fa mere, qui l’exhorta à re- connoiftrc fa faute. 11 fembloit qu’il fuft touché de fa pre- fence, mais il perfiftaà dire qu’il ne la connoiflbit point, non plus qu7 uan Peskott, à qui il auoit confie fon fils, lors'qu’il» partitdeMofcou. Cedernier luy remonftra lc tort qu’ilauoit d’en vfer ainfi , en l’eftat ou il fe trouuoit, 5c luy dit, qu’il falloit enfin s'arracher le mafque , dont il s’eftoit ferny pen¬ dant rant d’annecs pour tromper le mond.e, 5c pour troubler le repos de l’Eftat. Qu’il reconnuft fon fils, &quil ceflaft de s’amufer à des fourberies 5c à des impofturcs, qui ne feroient qu’aggrauer fon mal, 5c appefantir la main de Dieu 5c de fa luftice fur luy. Il en fut tellement touche, que depujs ce temps- li il ne voulut plus dire vn feul mot5quoy qu’on luy prefen- taft plulieurs perfonnes , qui l’auoicnt connu pendant fon employ au bureau dcs Tauernes. On lc vifita aufli, 5c l’on trouua qu’il s’eftoit fait circoncire. Le lendemain on i’appli- qua encore à la queftion ; mais il ne voulut plus parlcr du tout: de forte qu’on le conduilit auffi-toft au grand marche: ou on luyprononça fa fentence , quifut executée en mefme temps. On luy coupa d’vne hache , premierement lc bras droit au deflousducoude,puis lajambegauche audeftous du genoiiil, 5c en fuite le bras gauche 5c la jambe droite, 5c enfin la tefte. Scs membres furent attaches àdes paux, 5c le trone demeura à terre: mais les chiens le mangerent la n.uid , 5c le lende¬ main matin les vallets du bourreau entraifnerent les membres à la voiric. C c ij Et executé;
  • 204 VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 ) 6. ■Ceremonies du Sacre du Czaa;. Koftk>ty(\Vii luy auotc feruy dc valet, obtint grace de la vie, pour auoitconfeifé la verité;maisd’autant qu’il auoit manque de fidelité à fon Prince, il fut condamné a perdre les trois doigts de la main droitc. Lc Patriarche fit encore moderer cette peine; parce que la Religion des Mofcouites les obli- geant à faire le figne de la Croix de la main droite, qui nc doit point eftre eftropice , on luy fit fouffrir la peine à la main gauche > 5c on lc relcgua en Siberie; ou 1’on pourueut à fa fub- liltance pour le rede de fes iours. En ce temps-la il cltoit arriuc vn enuoyc Polonoisàla Courde Mofcou. On luy donna au- diance le mefme iour que Ton fit mount Timoska, & l’onprit .adroitement rheuredelcxccution, pour le faire paffer par le marche, afin qu’il en fuft tefmoin oculaire , & qu’il puft faire rapport en Pologne de la finde cette impofteur; qui s’y eftoit fait confidercr en qualité du fils du Grand Due Baftli Iuanouits Zuski. Nous auons ditcy-deftus,que lc Grand Due cMichael Fe- dereiiits mourut le 12. Iuillet 1645. Dés le lendemain 15. les Knez, & les Bojares firent les ceremonies du Couronnement de fon fils Zlexis CMichaéloiiits , qui n’auoit pas encore feize ans accomplis. Celt celuy qui regne auiourd’huy, & qui fc fait connoiftre par la guerre qu’il a fait en Pologne, aullibien que par celledontil menace auiourd’huy la Suede. II nafquit le 17. Mars 1650. &: le Knez, Boris Iuanouits Morofiu^ apprehen- dantque fes ennemis ne prifteut aduantage dc la jeuneife du Prince,preifa fifort fon Couronnement, que l’on n’y put pas appeller tous ceuxquiont droit d’y afliftcr ,n’y l’accompagner des ceremonies ordinaires du facre de leurs Princes: qui fe fait en la maniere fuiuante. On fait venirà Mofcou, non feulement tousles Metropoli¬ tans, Archeucfques, Eucfqucs, Knez &C Bojares, mais aufli les principaux Marchands de toutes les Villes du Royaume. Le iour ayant efté pris pour le Couronnement, le Patriarche, fuiuy dc tous les Metropolitans, conduit le nouueau Crand Due à l’Eglife du Chafteau; ou Ton fait vne tribune, cleuée dc trois marches, &: couuertc d’vn riche tapis de Perfe, fur laquelle on pofc trois chaifcs de brocard, éloignées les vnes des autres en diftance égale. L’vne eft pour lc Grand Due, f autre pour le Patriarche ,5c fur la troiíiémeXon met lebon-
  • ET DE PERSE, L IV. III. i0j net Sc le manteau Ducal. Le bonnet eft en brodcrie de perles 16 j é. Sc de diamants ,ayant au milieu vnehoupe, de laquellcpend vne petite Couronne toute chargée de diamants, Sc le manteau eft d’vn riche brocard, double de la plus belle martre Zobeline, On dit que le Grand Due Demctri Monomach le trouua à la prife de Kaffa cn Tartarie, Sc qu'il lc deftina aulli-toft pour ie couronnemcntdcs Princes, fcsfuccefleurs. Des que le Czaar entre dans PEglife, le Clergc commence fes Hymnes ; lefquels eftans acheués, le Patriarche fait la prierc àDieu, à faint Nicolas, Sc aux autres Saints, pour les eonuier d’aftifter à la folemnité du iour. Apres la priere, le premier Confeillcr d’Eftat ; prenant le Grand Due par la main, le prefentc au Patriarche, Sc luy dit. Puis que les Knez, Sc les Bojtirer reconnoiftent le Prince icy prefents pour lc plus proche parent du feu Grand Due, Sc pour l’hcritier legitime dc la Couronne ,ils ddlrent, que comme tel, vous le couron- niez prefentement. Sur cela le Patriarche fait monter le Prince fur la Tribune, Sc l’ayant fait afleoir dans vne des trois chai- fes, il luy porte au front vne petite Croix de diamants, Sc le benit. Apres cela vn des Metropolitans prononce la prie¬ rc fuiuantc. Seigneur noftre Dieu , Roy des Roys, qui as« éleu ton feruiteur Dauid par ton Prophete Samuel, Sc qui« l'as fait facrcr Roy fur ton peuple Ifrael, exauce noftre« priere, que nous tc prefentons, quoy qu’indigne. Rcgarde« du haut des Cieux ce tien fidelle feruiteur, qui eft icy« aflis fur cctte chaifc, Sc que tu as exalte, pour eftre Roy fur « ton peuple, que tuasrachepté pas le fang de ton Fils. Oins« le d’huile de liefte. Protege-le de ta vertu. Mcts fur fon« chef vn diademc precieux Donne luy vne vie longue heureufe. Mets en fa main vn Sceptre Royal,& le fais af-« feoir fur le throne de Iuftice. Aifujcttis luy toutes les lan-« gucs barbares. Que fon coeur Sc fon entendement demeu-« rent conftammcnt en ta craintc. Qu’cn tout le cours de fa« vie il rende vne obe'iftance continuelle à tes commandemens. t« Eiloignedefaperfonne&de fon regne toute hereiie 3c tout ^ fchifme. Enfeigne- luy à proteger Sc àobferuer tout ce que latt Sainte Eglife Grecque commando SC ordonne. luge ton« peuple en Iuftice, Sc fais mifericordc aux pauures , afin qu’au « fortir de cettc vallée de larmes , ils puiflent eftre reccus£i Cc iij
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, i 6) 6. aux joyes éternelles. Le Pacriarche conclut la prierc par ces pa¬ roles. Caràtoy eft leregne,la puiflance ,&:la gloire. Dieule Pere,DieuleFils,&: Dieule Saint Efpritdemeure auecnous. La priere eftant aeheuce , le Patriarche ordonne à deux Metropolitains de prendre le bonnet &lc manteau, 5c ayant fait monter quelques Bojares fur la Tribune, il leur ordonne d’en reueftit le Grand Due, qu’il benit encore, en luy tou- chant le front de la petite Croix de dimants. Apres cela il leur fait aulft donner le bonnet Ducal, pour le luy mettre fur la tefte , pendant qu’il dit au nom du Pere, du Fils, 5c du Saint Efprit apres cela il le benit pour la troifiéme fois. Enfuite de cela le Patriarche fait approcher tousles Prelats, qui don- nent la beneditftion au Grand Due, mais de la main fculement. Cela eftant fait, le Grand Due 5c le Patriarche s’afleent, mais ils fc leuent aufti-toft, pourfaire chanter la Litanie, dont tous les verfets finiffent par Gofpedipomiluy. Seigneur ayez pitié de nous; y meflans touftours le nom du Grand Due. Apres la Li- • tanieiís fef affcent, 5c vn des Metropolitains s’approche de FAutcl, 5c dit cn chantant: Dieu confcrue nofire Czaardr Grand. Due de tons les Rujfis, cjue Dieu nous a donnt en fin amour, en bon¬ ne finte dr en vne tongue & beureufi vie. Tous ceuxauis’y trou- uent prefcnSjtant Eccleiiaftiques que Seculiers, repetent les mefmes paroles, 5c font rctentir 1’Eglifc de cris de joye. Les Bojares s'approchent alorsdu Grand Duc,fc battent le front en fa prefence, &: luy baifent la main. Cela eftant fait le Pa- triarche fe prefente feul deuant le Grand Due, &: luy dit; ”Que, puis que par la prouidcnce de Dieu tous les Eftatsdu >>Royaume,tant Ecclefiaftiqucs que Seculiers, Font eftably ”&couronne Grand Due fur tous les Ruffes, & luy ont con- ”fié vn gouucrnement 5c vne conduite de ft grande impor¬ tance, il doit appliquer toutes fes penféesà aimer Dieu,a »garder fes commandemens , à adminiftrer la Iuftice, & à «proteger 5c confcruer la vraye Religion Grecque. Apres cela lc Patriarche luy donne la benedi&ion, Sc toute la Com- pagnie fort de l’Eglife , pour entrer en celle de faint Michel TArchange,quieft visa vis del?autre,ou Ton recommence les Litanies, commc aufli en fuitte en l’Eglife de faint Nicolas; ou Ion acheue les Ceremonies, pour aller difner dans la grand’ falle du Paliais Ducal.
  • ET DE PERSE, LIV. HI. i07 Apres lc couronnemcnt Alexci Michaelouits Morofeti changca i 6 56. la qualitc de Gouuerncur cn celle de Fauory & de premier Miniftre, & prit lc rncfme pouuoir dans les affaires qu’il auoit eu furla perfonnedu Prince,pendant la viedu Perc. II com- mença fon eftablifl'ement par les grands emplois, qu’il fit don- ncr aux parens de la grand’ Duchefle mere , pour laquelle le Prince auoit beaucoupde veneration: mais fous ce pretex¬ te il les éloignoit de la Cour, laquelle il rempliiloit cepen- dant, aufli bien que les principales charges de 1’elfat de fes parents, &: de fes creatures, qui n’auoicnt point d’autre atta- chement qu a fa fortune. Il ne fouffroit pas,que les autres ap. prochaflentde la perfonnedu Prince, lequcl ilfaifoit fouuent partir dela villc capitale, fous pretexte d’allcr à la chafle, ou pour quclque autre diuertiflement; afin deluy donnerdel’a- uerfion pour les affaires, & de s’en rendre luy mefme le mai- ftre. Il croyoit que le feul moyen de s’afleurer dc fon cfprit, e’eftoit de le marier , & pour cét effet, il luy fit connoiftrc la filled’vn Gentilhommc, dont labeautc eftoit extreme,mais la naiflanee fort mediore. Son deffein eftoit d’cfpoufer la foeur de cette Damoifelle, &: d’interefler par ce moyen le Grand-Due plus auant en fa confértiation. Le Pere de ccs fillcs s’appelloit IliaDaniloiiits Miloslauskyfic pofledoit les bon¬ nes graces du Fauory; non feulement i caufe dc fes deux belles filles; mais auflià caufe de l’afliduite , auec laquelleil paroifToita fa fuitte. De forte que croyant pouuoir s’afleurer de fon affection &: de fafidelité , il en parla vn iourau Grand Due, & auec tant d’auantage pour la beauté de ces Damoi- felles, qu’il luy fit venir l’enuie de les voir. Lc Grand Due les enuoya querir, fous pretexte de venir voir les Princeflcs fes foeurs, &lcs ayant veues, ilfeprit fi bien de la beauté de 1’aifnée, que désleiour mefme il fit dire à Miloslausky , qu’il levouloithonorer defon alliance, cfpoufer vne dc fes fil¬ les. Le Gentilhomtne receut ce meflage auec grand refpeét, & remercia le Grand Due de la grace qu’il luy vouloit faire. Incontinent apres on porta chez luy de riches prefents pour 1 accordce , & vne bonne fomme d’argent pour le Perc; qui auoit befoin de ce fecours , aufli bitín que fes parents , qui eftoient tous pauures, pour fc mettre en eftat deparoiftreau mariagedc fafille. Ilfut celebre leDimanohegras l’an 1647.
  • fcoS VOYAGE DEMOSCOVIE,- í 61 tf, mais fans bruit: de peur que Ton en empefchaft 1’effet par des charmes. Huit iours apres fe firent les nopces de Morofou, auec la feconde filie MilosUusky, & ainfi il deuint bcaupere du Grand-Due. Ilia Dantlomts ' Mihshnsky nefevit pas ft-toft eftablyen cet- tcnouuellcgrandeur, quU lavoulut fairc paroiftre aux ycux de tout lc monde. Il fit abbatre vnemaifon de bois qu on luy auoit donnéeaupres du Palais du Grand Due dans lechafteau, &ç fie éleueEen la place vn fuperbebaftiment depierre. II chaf- foit petit à petit les vieux Officiers de la maifon, &: y faifoit en- trer les parents & fes creatures : lcfquels pour eftre aufli affa- mez que le chefdc leur famillc,qui les produifoit, ne pcrdoiçnt 'point d’occafien de faire leurs affaires. 11 eftablit entr’autres en la charge de premier luge de laville de Mofcou, vn nom- mé, Leponti Stcppanouits Plejfeoti, cn la luriidi&ion qu ils appel- lent Semskoy Duor. II n’y auoit point de coneuffion , dont cét homme nc s’aduifaft. line fecontenoit point de prendre dcs prefents, maisil reduifoit routes les parties à la derniere mi- fere. II fubornoit des delateurs, qui aceufoient dediuers cri¬ mes ceux qui auoient dequoy fe redimer de fes vexations, les faifoit arrefter prifonniers,& les perfecutoit cruellement, pour les obliger à faire negocicr leur liberte , auec des gensapoftés pour cela ; &: entr’autres auec vn certain Pierre Tichonouits Trochaniotou , fon beau frere. Ce dernier eftoit de la qualite de ceux , que I on appelle en Mofcouie Ocoinits, parmy lefquels on choifit ceux que l’on veut fairc Bojares, &: il auoit la dire¬ ction du Puskarfe Pricas, e’eit à dire fur les armuriers, les Ca- noniers, & fur tous les ouuriers de l’Arfenac, qui cn eftoient fort mal traites. Car au lieu de les payer tous les mois, ainfi que l’on a accouftume defaire en Mofcouie, oul’onpayetous ceux qui font au feruice du Grand Due, auec tant d exactitu¬ de , que s’ils manquent d’aller querir leur argent le premier iourdu mois, on le leur enuoye chez eux > cclui-cy au con- traire les laiflbit languir plufieurs mois , les contraignoit de venirà compofition , de donner quittance de toutela fom- me, bien qu’ils n’en receuffent qu’vne partie. Auec cela on ruinoit lc commerce , l’on faifoit des Monopoles, & l’on ne donnoit point de charge nyd’employ, que l’on n’euft achette l’agreeraent du fauory Boris Iuanouits Morofou. II y cut vn maltotier*
  • ET DE PERSE, LI V. III. 20p maltottier, qui donna l’inucntiondc faire dcfendreles auines, dont l’on fe feruoit ordinairemenc, fc ^’obligcr le peuplc d’a- chcttcr certaines auines de fer qui eftoient eftalonnées de la marque du Grand Ducjmaisau lieu de les vendre huit ou dix fols,l’onenfaifoit payer vn efeu : dc forte que l’on en fill vne fomme immenfc par le debit neceflaire qui s’en fit par tout 1c Royaume. Vn autre donna l’inuention de faire charger la pudde,qui eft lepoids dequarante liures, de fcl, que 1’on n’a- chetoit auparauant que vingt fols , dedix folsdegabelle. Etce droit fut effetftiuement eftably : mais au lieu d’en tircr vn grandaduantage, il fe trouua au bout de fan, que la chcrté du fel en auoit tellement empefché la ventc, quenonfculc- mentle reuenudu Grand Due en eftoit vifiblement diminuc, maisauífiil s’eftoitgafte vne fi grande quantité de poiftbn,ou Eon auoit cfpargné le fel, qui defchcoit & fe gaftoit cepen- dant dans les magazins , que fi l’on euft autant aimé lcferuice du Prince, que Ton auoit deftein d’opprimer le peuplc, l’on cuftbien toft reuoquécette nouuelleimpofition. Leshabitans de Mofcou,qui auoientvefcu fous vn gouuernement plusdoux, pendant le regne du dernier Grand Due, ne pouuoient pas s’empefeher d’en inurmurer. Ils faifoient des aflemblées au- pres dcsEgIifcs,aux heures que leursdeuotions les y appelloienc, & refolurent enfin deprefenter leur requefte au Grand Due! Et dautantque perfonnene voulut, ou ofa, s’en charger, ils prirent iour pour la luy donner eux mefmes , &: de luy re- monftrer l’extreme neceífité du peuple, lors qu’il fortiroit du chaftcau , pour aller à fes deuotions,ou à fes diuertiftemens. Ils en vouloicnt particuliercment a Leponti Steppanoiuts Pleskeou, &ils auoient deftein de fupplier le Czaar de mettre fa char¬ ge entre les mains d’vn homme d’honneur, dont ils pufteqt cfpcrerplus dciuftice. Ils tinrentleurrcquefte prefte, &: cher- chcrent deuxou troisfoisl’occafiondcla prefenter au Prince: mais les Bojares, qui ont accouftumé de l’accompagner aux ceremonies, la leurofterent, &:fecontentans d’enfairelcrap¬ port, fuiuantl’ordre'qu’ilsprenoicntde Morofou, larequefte demeura fans rcfponfe, 8£ le peuplc fans foulagcmcnt. Cccy arriuafi fouuent, que le peuple refolut enfin d’en vfer autre- ment, &rdc faire fes plaintesde bouche, à la premiere occa- fionqui fe prefentcroiuCc fut leGluillet 1Í48. qu’ils fe fer- Dd 163 6.
  • if0 VOYAGE DE MO SCO VIE, Z 5 3 ó. ujrcnt dc celle d’vne proccílion, que le Grand Due fit au Conuent de Strttenskey ,dans la ville. Lc peuple s’cftoitaflem- blé au grand marche dcuant lc chafteau , pour levoir paffer, comme decouftume: mais au retour ils fendirent la preíTedc ccux qui accompagnoient le Grand Due s’approcherent dc luy, faifirentfon cheual par la bride, l’arrcfterent, lcprie- rent d’ouir les plaintes quils auoienta luy faire, des iniulli- ces Sc des violences dc Plejfeou ; le fupplians d’etablir cn fa place vn homme debien, qui fe peuft micux aequitter de cct- te importante charge. Le Grand Due, quoy, que furpris dc ce procede, nc perdit point lc iugcment ; mais témoignant delire touché des plaintes dc fies bons fujets , promit quil s’informeroit dcl’eilat dc laftairc, &qu’il leur feroitdonner fatisfaction. Le pcuplc nen demandoit point d’autre, Sc s’al- loit feparer, fort content dc cette refponfc, quand quelqucs Bojares ^ des amis de Plejftou , dirent des iniures au Pcuplc, pouílerent leurs chcuaux dans lafoule, Sc battircnt quelques- vnsà coups de foiict: dont lc peuple fe fentit tellemcnt ou¬ tre , qu’il y cn cut qui amaífcrent des pierres, Sc en iettcrcnt vncfi grande quantité, que les Seigneurs,fe fentans charges ' dVnegraifledecailloux, furenteontrainsde fefauucra bride abatué au chafteau i ou le peuple les pourfuiuit fi vigoureufe- ment, que tout cequc les moufquetaires de la garde purent faire, ce fut dc 1’arrcftcr, iufquà cc que les autres euflent ga- gné la chambre du Grand Due. Larefiftance des Strelits nc íeruic qu à irriter la rage du pcuplc, qui menaça de forcer l’appartcment du Prince,& de faire main baíTe à tout ce quils y trouueroient, fi Ton nc leur mettoit prefentement Plefíeoa entre les mains. Moro/cu fortit fur vn balcon , Sc tafcha dap- paifer le peuple, en 1’exhortant au nomdefaMajeftéCzaari- que, de fe feparer, Sc de faire ccíTcr la mutinerie. Mais on luy dit, qu’on luy en vouloit auífi bien qu’à 1’autrc. Et dc fait vne partie alia droit à fon Hoftel, qui fut force, pillé &: demoly en vn moment,&l’on ietta par la feneftre vn de fes domeftiques, quis’eftoit mis endeuoir dcs’oppofera ce defordre. Leur ani¬ mo fi té fut fi grande , quils nefpargncrcnt pas mefmes les Images dc leurs Saints, pour lcfquelles ils ont accouftumé d’auoir d’aillcurs beaucoup de veneration. Seulemcnt eu- rent-ils quelque rcfpect pour la femmc de Morofou, Sc fe
  • ET DE PERSE, LIV. III. Zlí contenterent de luy arracher fes perles, Sc fes pierrcries, qu’ils ietcerencdans la rue, & de luy faire pcurjen luydifanc, qu’ils la conílderoient comme la belle-foeur du Grand-Duc , mais qucfanscelailslataiilcroient enpieces. Ils briferent entr’au- trcs fon beau carofle garny de brocard, houíTé de mefme Sc eftofté d’argent, mefme aux roues. II y en eut qui fe ietterent dans la caue, Sc ils y enfoncercnt les tonneaux d’cau dc vie, ou le feu fe prit,&: confuma tous ceuxqui s’y eftoientcnyvrez. Ce pillage, le butin qu’ils y firent, ne leur feruit que de cu- rée,pour pluíieurs autrcs naaifons,qui furcnt pillées cníuitc: comme celles de PleJJcon de Ticbonoiiits , du Chancelier , Sc de tous les autres partifans dc la faueur, Sc ils y trouuerent tant dc richeífes, qu’ils vendoicnt les perles à poignécs,&:n íi bon marche, que Ton en achetoit plein vn bonnet trente efcusjvn renard noir, ou vne paire dezobelines trente fols, Sc les eftoftes dor Sc d’argent, & de foye fe donnoicnt quail pour rien. Nazari luáneuits TziJIou, Chancelier de Mofcouie , eftoit celuy qui auoit pris lafermedelagabelle, Sc il fe trouuoit ma- lade au lid d’vn accident qui luy eftoit arriué trois iours au- parauant, par la rencontre d'vn boeuf enrage, dont fon che- ual auoit pris 1’efpouuante, & auoit ictté fonmaiftrc à terre, auec tant dc violence qu’il cn eftoit en danger de fa vie; mais quandil fccut que lamaifonde Morofou auoit eftc pillce, Sc croyant bien qucl’on ne manqueroit point de venir chezluy, il fe cacha fous le boullcau,dont on fait prouiiion pour rou¬ te l’annee pour les eftuues; SC afin que l’on n’en foupconnaft rien, il le fit couurir de quclques fleches de lard ; fi bien^qu’!! fe fut indubitablement fauué, fans Finfidelité d’vn de fes valets, qui faifant fon profit du malheur de fon maiftrc, le trahit, & fe faifift d’vne bonne quantité de ducats, auec laquelle il fe retira i Nifenouogorod. Cc pcuple enrage le tirapar lespicdsdedcf- fous le boullcau, Sc le traifna le long de la montée iufques dans la Cour, ouilfutacheuc àcoups de bafton. Le corps fut ictté fur le fumier la maifon pillée , en forte qu’il n’y refta l ien d’entier. Pendant que ces defordres fe fliifoicnt danslaVille, l’on cut le loifir de fe barricader dans le Chaftcau, contrc Finfo- lence du peuple, qui dcmeura route la nuicf, du fix au 7. Iuil- let fous les armes, faifant bien connoiftre par fa contcnance Dd ij 1 <3 f 6,
  • i9i VOYAGE DE MOSCOVIE, 16} 6. qu’il ne faifoit qu’attendre le iour, pour recommencer. C’eft pourquoyl’on donna ordrcaux Officiers 8c aux foldats Allc- mans, de fc donnerplufieurs rendez-vous dans la ville , oc de venir fccourir le Grand Due au chafteau. Us y allcrenc aucc le drapeau, tambour battant; & les Mofcouites, au lieu de s’y oppofer, leur firent place, les falucrent, & leurdirent, que ce n’eiloit pas à eux i qui ils cn vouloient, 8c qu’ils les con- noiftoient] pour gens d’honneur, qui n’approuuoient point les fripponeries 8c les violences du gouuernement. Dés que les Allcmans furent entrés au chafteau, ils prirent leurs poftes pour la garde, &le Grand Due en fit fortir Knez. Nikita Iua- nciiits Romanou, qu’il fçauoit eftre fort agreable au pcuplc; pourtafeher de diíliperleur aífemblée. II Ce prefenta au peu- ple le bonnet àla main,&: leur dift,qu’il croyoit qu’ils deuroient eftre fatisfaits de l’afleurancc que le Grand Due leur auoit donnée le iour precedent, qu’il remedieroit aux defordres dont ils fe plaignoient. Que faMajefté luy auoit ordonné de leur porter la mcfme parole, &c de les exhorter de fe retirer chez euxjafin deluy donner d’autant plus de moyen d’executer ce qu’il leur auoit promis. Cette harangue fut fort bien rcceue, & le peuple luy refpondit, qu’ils ne fe plaignoient point du Grand Due; mais bien de ceux quife feruoient dc fon nom, pourabufer de fon autorité, & qu’ils nefe retireroient point, qu’on ne leur euít mis entre les mains Boris luanouits Moro- fou, Sleppanouits Leponti Plejfcon , & Pierre TichonoiiitsTracha,- nijlott pour fe venger fur eux du mal qu’ils auoient fait i tout le Royaume. Romanou les remercia de la fauorable refponfe, qu’ils auoient faiteà fapropofition, 8c leur dit, qu’il ne man- queroit point defaire rapport au Grand Due , du zele & de l’aftedion qu’ils tefmoignoient pour fon feruice. Qu’il ne dou- toitpoint, qu’il nefiftexecuter les trois Seigneurs qu’ils de- mandoicnt;mais qu’il leurpouuoit iurer, que Morofou 8c Tra- chanifiou s’eftoient fauuez,& que pour le troifiéme, l’on nefe- roit point dc difficulte de le faire mourir. Et de fait Romanou nefut pas fi-toftdcretour aupres du Grand Due, que Ton fill dire au peuple, qu’on leur alloit facrifier PleJJeou, 8c que l’on feroitautantdes deux autres,dcs qu’on les auroit trouucz,&; que pour cét cifet ils enuoyaftent querir le bourreau , pour ^execution. II ne fe fit pas long-temps chercher, mais fe pre-
  • ET DE PERSE, LIV. III. ZI3 fcnta auífi-toíl auec fes valets à la porte duchaílcau; d’ou on lc vit fortir au bout d’vn quart d’heure , anjenant FleJfeoH, au marche, pour luy couper la telle. Maislepeuplc neluyen don¬ na pas le loifir,ny au Greffier dc celuy de luy lire fa fentence.Ce fut à qui l’arracheroit des mains du bourreau , pour luy donner lc premier coup de ballon , dont il fut aílbmmé en moins de rien,auec tant de rage, que la tellene reilembloit plusà cequ clle elloit auparauant. Apres celails traifnerent le corps par la boue, & lechargercntdc routes les maledictions imagi- nables; iufqu ace qu vn Moine, à quile defunt auoit autre¬ fois fait donner dcs coups de ballon , en coupall la telle. KJWorofiu s elloit fauue en effet; mais ayant rencontre dcs charrctiers, & vne partie de la populace, quile cherchoient, il fut alfez heureux pour fe fauucr encore de leurs mains, & pour fe retirer par des routes fecretes au chalteau. Etalin PcuP^e cruft point que le Grand Due cull contri' bue a 1 eualion des autres,. on enuoya aulfi-toll apres Tracba- niftou, que Ion attrappaaupresdu Conuentderwz^àdouzc lieucs deMofcou. Onleramenalehui&iéme au Semsky Duor, cella direau lieuoufon maillre auoit accoullumc de rendre laiullice:&Cdes queleDucencuftaduis, il commanda qu’on luy tranchallla telle. Cette execution fit vnfi grand effet, que lepeuplc ayant fceuqucMorofott auoit cite en effet rencontre a la campagne,fans que l’on fceult ce qu’il elloit deuenu, iugea nc falioit point prelfer le Grand Due de leur donner ce quiln auoit point, &: fe feparaenuiron furlesonze heures du matin. Incontinent apres midy on vit lc feu en plufieurs mai- fons, aux quartiers dc Metrofski & dc T^erski; ou lc peuple,qui ne s’elloit pas encore retiré, accourut, pour dcrober plutoll, que pour aider à elleindre lc feu. Il fit en fort peu de temps tant deprogrez,qu’il confuma tout le quartier de Zaargorod; re- duifantenccndrestouteslesmaifons comprifes dans la murail- le blanche, iufqu’a la riuiere de Neglina: &c paflant au dela dela riuiere dans les tauernes du Grand Due, il alluma col¬ ics a l’eau de vie,& fit vnfi horrible embrafement, que l’on croyoit qu’il enfeueliroit mefmc le challcau dans fes cendres. Il ne s’y trouua perfonne, qui voulull aller au fecours, &C ceux qui y elloient obligez,n’elloient pas en ellat de lepouuoir faire; s’ellans tclleraent enyurez, qu’eitans demeurez endor- D d iij 15 3 6.
  • ii4 VOYAGE DE MOSCOVIE, mis dans la rue, les vapeurs du feu, qu’ils auoient dans Ic corps, Ics^ eílouftoit, auíli bien quela fumée deceluy qui acheuoitdc bruler toute la ville. Sur les onze heures du foir quelques cilrangers, s’amufans àregarder aucc eftonnemcnt lefeu dans la maifon,ou Ton auoic ferre l’cau de vie pour laprouifion du Grand Due , appcrceurenc de loin vn Moine , charge d’vn fardeau, qu’ils nepurentpas bien reconnoiftre d’abord, finon qu’a l’oiiir ahanner, ils jugerent bien qu’il deuoit cllre bien pefanr. En approchanc il pria que Ton vint à fon fecours,ôd qu'on luy aidaft à jetter dans lefeu le corps du mefehant Phfi Jiou, qu’il traifnoit apres luy j’parce que c’eftoitla lc feul moyen àcequ’il difoit, de I’efteindre: mais voyant que les Ailcmans n’y vouloient point mectre la main, il fe mit à jurcr ôd à blafphe- mcr, iufqu’a ce que quelques Mofcouitcs luy euilent rendu ccc office, ôd qu’ils luy euifenc aide a jetter le cadauredans le feuj qui de l’heure mefme commença a fe diminuer, ôd à s’efteindr# quelque temps apres, en leur prefence. Quelques jours apres cét accident , le Grand Due fit rega- ler les Strelits d’cau de vie ôd d’hydromel, ôd fon beau - pere, Ilia Danilotiitz, CMiloflansky conuia plufieurs bourgeois de cha- que mellier à difner chez luy, ôd employa plufieurs iours de fuittealeur faire bonne chere. Le Patriarche exhorta auffiles Preftrcs ôd les Moines de tafeher de ramener les efprits efga- res à leur deuoir, ôd de leur remonftrer le refpecfidl’obeiilan- ce, à laquelle la confeienee les obligeoit. Ce qui acheua de calmer les efprits; de forte que lc Grand Dug ayant remply les charges des executes deperfonnes capable* Ôdapprouuées, il fe ieruit de l’occafion d’vne proceffion, pour parler au peuple en la prefencede NikiL luano 'uits Romanou, 5d dit, qu’il auoit vn regret extremed’apprendre les injuftiecsôdles violences,que Tle(j\ou, & Treebantstoh auoient faites fous fon nom, mais con- tre fon intention. Qu’il auoit cftably en leur place des perfon- nes de probité,ôd agreablcs au peuple, qui nc manqueroient pas d’adminiftrer la iulfice gratuitement, ôd également à tous ;à quoyil auroitluy-mefinel’ceil. Qu’il reuoquoitl’Editdc la ga- belle du fel, ôd qu’il fupprimeroit au premier iour tous les mo¬ nopoles. Qu’il leur confcrueroit tous les priuileges, ôd qu’il les augmenteroit aux occafions. Surquoy le peuple s’cftant battu le front, Ôd ayant remercié fa Maieftc ;le Grand Due conti-
  • ET DE PERSE, LIV. III. iiy nua, & dift,qu’il eftoit vray qu’il auoit promis de leurmectre 163 6. entre les mains la perfonnede Boris Iuauetutz Morofou , &: qu’il aduoiioit, qu’il nc le pouuoit pas entierement juflifier; mais qu’il nc fepouuoit pas refoudre àle condamner auífi. Bien vou- loit-il efpcrcr, que le peuple ne rejetteroit point la premiere priere qu’j'1 luy vouloit faire, dc pardonner à Morofou, pour ccttc fois feulement, ce cn quoy il leur auoit depíeu : qu’il refpondroit pour luy , Sc qu’il oldit aíTeurer le peuple, que Morofou, fe gouuerncroit íi bien à l’aduenir, qu’il auroit fuict d’eftre fatisfait de fa conduite. Que fi Ton nc vouloit point qu’il continua de prendre fa place au Confcil d’Eftat ,il le con- gedicroit j mais qu’il fupplioit le peuple de confiderer ce Sei¬ gneur , comine celuy qui auoit íeruy de perc au Prince , Sc comine celuy, lequelayant efpoufé la foeurde la Grand’ Du- cheílc, ne pouuoit pas ne luy eftre point extremement cher, & ainli quil auroit dela peine à confentir àfa mort. Les larmes, auec lefquelles le Grand Due finiítcedifcours, íirent bicncon- noiílrc l’affedion qu’il auoit pour ce Fauory, & touchercnt íi bien le peuple , quils sécricrent tous. Díeu donne vne longue vie Só heureuíe à fa Majeílé. La volonté dc Dieu Sc du Grand Due foit faite. Le Czaar en fentit vne joye extreme, en re- mercia le peuple, Sc loiia hautement le zele & l’affection, qu’il venoit de temoigner pour fon Eilat, Sc pour fa perfonnc. Peu de jours apres Morofou parut en public à la fuitc du Grand Due, Sc il’occaiiond’vn pclerinage,qu’il fitauConuentdc Troit^a. II nefe couurit point depuis lc Chaílcau iufqu a la porte dela Ville, faluant le peuple dc l’vn Sc de 1’autre cofté dc profondes reuercnces: depuis ce temps il nc perdit point 1’occaíion dc gratificr Sc d’aider de fon credit ceux qui s’adrcflbient à luy, pour les affaires qu’ils auoient à la Cour. L’hiftoire que nous venons de raconter, confirme la verité dc ce que nous auons dit ailleurs , que les Moícouites, tout fou- mis Sc efclaues qu ils font, nc laifient pas de s’emanciper,quand le gouuernement leur deuient infupportable, Sc les jette dans le deíefpoir. I y adioufteray encore vn exemple plus recent, Sc dontlerecitferad’autantmoins cnnuyeux,qu’ilaquclque de- pendancc auec celuy dont nous venons de parler,&: qu’il a beau- coup dc rapport ace que l’onaveu en mefme tempsquafien tousles autres Eílats de 1’Europe.
  • znS VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 3 6. Le Grand Due de Mofeouie enuoya en 1’an 1649. vn am- bafiade folemnelle à la Reine de Suede, dont eftoit le chef ÍOcolni&A Boris Iuanoiiits Buskin. II auoit ordre , entr’autres chafes d’accommoder le different, qui fembloit menacer ces deux Eftats voifins d’vne guerre inéuitable; àcaufc des fuiets de l’vne &C de 1’autre Couronne, qui quittoient le pais de leur demeure, Sc qui fe rctiroientchcz leurs voifins, pour éuiter le payemenc deleurs debtes. Et dautantquedepuis trente-deux ans ce cornpte n'auoit point efté liquide, & quil fe crouuoit plus de Sucdois en Mofeouie que dcMofcouites en Suede,il fut dit parle traitté , que Buskmfita Stocidiolm, quel’on fe- roit vne compofition des trente premieres années , &c que pour les deuxautres, le Grand Ducferoit payerà la Reine & à la Couronne de Suede cent quatre-vingt dix mille Rou¬ bles , qui font trois cens quatre-vingt mil efeus; partie en ar¬ gent, partie enfeigle, & que le payement fe feroit au Prin- temps de l’an níjo. Et de fait lean de Rodes eftant en ce temps- là arriué à Mofcou, en qualité de Commiífaire de la Reine de Suede, on luy paya, en copecs & en ducats, trois cens mil ef¬ eus, & Ton donna ordre à Fedor Amtliantu, marchand de Plefcou , de fournir du feiglc, iufqui la valeur de quatre-vingt mil efeus. Céthomme interefféfit aufli-toft faifir tous lcsfei- gles,& ne voulut pas permettre que les particuliers en ache- taílent vn feul boifleau, fans fa pcrmiífion ; laquelle on eftoit contraint d’acheter bien cheremcnt. Les habitans de Plefcou íouffrirent cette opprcffion fi impatiemment, que non con- tens de s en prendre à l’auarice des Suedois, ils accufoient Buskin depreuaricationen fonemploy, ôó de trahifon contre íbn Prince. Ils difoient que Morojòu eftoit d’intelligcnce auec les cftrangers, &: fe perfuadans que cette negociation s’cftoit faite contre l’intention du Grand Due, ils tafehoient d’inte- reífer laville deNouogoroden leur querellc ilsy trauaille- rent fi bien, que quelques-vns des principaux marchands, s’c- ftans declarcz pour eux, leweiiiode cut de la peine , à empef- cherlcfoíileucmcnt de route laville. Les vns& les autres re- folurent, qu’ils arrefteroient l’argcnt lors qu’on le voudroic tranfporter en Suedc, &: qu’ils nc permettroient point la traitte du feiglc, parce quelle feroit capable d’affamer tout le pais. Auec cette intention ils cnuayerent trois deputez à Mofcou
  • ET DE PERSE, LIV. Hl. íiy fçauoir vn Marchand, vn Cofaque, 5c vn Strclits j auec ordre defçauoir ft ce traitté s’eftoit fait,ôc s’il s’executoit du confentc- ment da Grand Due. Et cependant, fans attendre 1c retour deleursdeputez, ils pillerent la inaifon &<^imilianou, 5c don- nercntla queftion à fa femme, pour la contraindre de découurir l’argent de fon mary, qui s’eftoit fauué. Le weiiiode y accou- rut,àdeflein d’empefeherledefordre; mais on le chafla de la Ville,5cl’on conuialaNoblefl.edu voiflnage d’y venir, ôede feioindre àcux, contrc les Monopoleurs 5c contrc les Maltot- tiers. Ces trois venerables depurez ne furent pasft-toft arriuez à Nouogorod, que le Weiiiode les fit mettre aux fers, 5c les cn- uoyacnce'tcftataMofcou; ou arriuerent en mefme temps lc Weiiiode de Plefcou, 5c le Marchand <^imilianou. L’on y eut aufli aduis , que ceux de Plefcou auoient volé 5c mal-traitté vn Marchand Sucdois jc’elt pourquoy le Grand Due y renuoya le Weiiiode, 5c lefitaccompagnerd’vn Boiare ,pour tafcher d’ar- refter lc progrez de fes defordres. Ccux de Plefcou, qui nele vouloientpoint rcceuoir d’abord, leur ouurirent enfinlespor¬ tes; mais ce ne fut que pour mettrele weiiiode enprifon,ÔC pourfaire violence au Boiare; qui fut aflfez imprudent pour les vouloir traiter, hors de faifon , auec tant de feuerite,quc le peuplclc chargcade coups de bafton, 5clc poutfuiuit iufques dans vn Conuent oii il fut force , 5c mal-traité, en forte que Ton croyoitqu’il endeuft mourir. Le Grand Due ne laiíla pas d’executer le traité qucj’on auoit fait auec la Suede, 5c acheua de payer en argent le feigle que 1’on auoit promis de fournir ; lc faifant conduirc auec le Commiflaire Suedois,par vne bonne efcorte de Strelits•,iuf¬ ques fur les frontieres de Suede. II donna en mefme temps or¬ dre à Iuan Nikitoiiiís Gauensky d’aflembler la Noblefle des Prouinces voifmes,5c les Regimens d’Infanteric des Colonels Kormichel 5c Hamilton, qui faifoient plus de quatre mil hom¬ ines > 5c d’aflieger la villc de Plefcou. Les habitansfirent d’a¬ bord mine defe vouloir defendre, mais le courage leur man- qua bien-toft, aufli bien que la force; de forte qu'ils furent: contraints de faire leur accommodement aux dépens des auteurs de la fedition , qui furent executes à mort, ou rele¬ gues en Sibcrie. Les defordres dont nous venons de parler, ont apportc vm E c
  • ii8 VOYAGE DE MOSCOVIE,' 16} 6> grancl changcmenc aux affaires &au gouuernement dc Mof- couie. Car encores que CMiloJlauski &: Atorofou ayenc beaucoup de credit, & que le Patriarche mefme ait vnc tres-grande auto- rité aupres du Grand Due, les autres Knez & Bojares ne laiífent pasd’auoir bonne part aux affaires, & de faire les fonehons dc leurs charges, chacun felon fa naiíTance & felon fon employ. Les Bojares fe trouucnt ordinaircmcntàla Cour au nombre dc trente; quoy que du temps dc Zusky l’on y en comptalt iufques àfoixante-dix. Quandenfan 1654. il falut refoudre la guerre de Smolensko, il fe trouua aux deliberations de cette importan¬ te affaire vingt-neuf Bojares, dont voicy les noms. Boris Iuanoiiits CMorofou, fauory du Czaar. Boris Nikita Iuanoiiits Romanou, grand oncle du Czaar. Iuan Bajiloiiits Morojou. Knez Iuan Andreoiiits Gallizin. Knez Nikita Iuanoiiits Odoouski. B'nez, Iacob Kudenietciiits Tzerkaski. Knez Alexei NikiteiiitsTrubetskoi. Gleeb Iuanoiiits CMorofcu. Wafili Petroiiits Fzerneretou. Knez Boris ílexanderoiiits Reppenin. Michael Miehaeloiiits Solti kou. Bafili Iuanoiiits Streefnou. Knez Wajili Simonoiiits Poforouski. Knez fedor Simonoiiits Kurakin. Knez Gregori Simonoiiits Kurakin. Knez Iurgi Petroiiits Buynejfou Rojlouki. Iuan Iuanoiiits Sollikou. Knez Iurgi zAlexeoitits Kolgorusky. Gregori Bajiloiiits Puskin• Knez Fedor Fedroiiits Volchanski. Laurenti Demitrioiiits Soltikou. ilia Daniloiiits MilosUuskf beau pere du Grand Due. Bafili Baftloiiits Butterlin. Knez
  • ET DE PERSE, LIV. III. Les Ocolmts ,ou lcs Seigneurs, da nombre defqucls on choifíc les Bojares, font, Ocolnitza K/tez André Federoiiits Li trinou Mafalskoy. Knez Iuan Federoiiits Chtlkoti. Mikifor Serge o Hits Z aback in, Knez Demetri Petrouits Le'frou. Knelfafili Petroiiits Le'toott. Knez Simon Petroiiits Le'toou. Knez limn Iuanoiiits Romadanottski. Knez Bnftli Grigoriiiits Roruadanousky. Knez Stepp an Gabriéloiiits Pus kin. Knez Simon Romano Hits Pofarskt. Bogdan Mattheoiiits cbytrou. Peter Petrouits GthtooVoin. Iuan Andreoiiits Miloslauski. Knez Iuan Iuanoiiits Labanou Roft on ski. Knez Demetri Alexeoiiits Dalgaruski. Simon Lukianoiiits Strefnou. Iuan Fedroiiits Bolskoi Strefnou. Michael Alexedits Artischo. Prccofi Fedroiiits Sochounin. Knez Boris Iuanoiiits Troikurou. zAlexei Demetrioiiits Collitziou. •->_ Wafdi Alezandrioiiits Zioglockou. Iuan Bafiloiiits <_Alferiou. Les plus qualifiez apres les Bojares les Ocolnits, font ceux qu’ils appellent Dumeny Duorainy, & Simboiarski-,cd\. à dire, fils de Bojar, Scils font au nombre dc fix > fçauoir, Iuan Offonafiinouits Gabrienou. Fedor Cufmits ledijfariou. Bogdan Fedroiiits Narbkkou. Sdan Bafiloiiits Condemi. Bafli Fedroiiits lanou. Ojfonajfei Ofipoiiits Prontzijfoii. Le Chancclier & les Secretaires d’EiUt font^ Wilmas Iuanoiiits Clwncelier. E* n I 6
  • nS VOYAGE DE MOSCOVIE, 16)6. Simon Ittanoilitf Saborouski. Lar lotion Demctrioiiits Pront&ijfou. Ce font la lcs noms des Seigneurs qui ont imjourd’huy les principales Charges, & qui gouuernenc tout le Royaumc de Mofcouic} rant au Confeil d’Eftat,, que pour les affaires parti- culieres ,• ainfi que nous verrons incontinent. La premiere dignité du Royaume eftoit autrefois cellc du oÉfdf Sud.rftnmi ainifih,, c’eft'adirc de grand Efcuyer de Mofco- Mofcouie & uie :mais cctte charge demeure fupprimec depuis qutZufki, leurrang. • ja poffedoit, fut appellé à la Couronne. Celle qui lafuit. ou qui eft auiourd’huy la premiere,eft celle de Duoretskoy, ou de Grand-Maiftre,qui a l’intcndance&r la direftionde route la maifon du Grand Due. Apres luy fuit le Orufntscbci, qui a l’in- tendance des armes Sc des eheuaux, qui font pour le feruice particulier de la perfonnedu Czaar, comme auífi des harnois 5c des autres orncmcns, dont 1 on ic fert aux entrees Sc aux ceremonies publiques. Ces trois officiers precedent torn lcs autres Bojaresyocolnits> Dwntni-Diaki , &.les Secretaires d Eftat; qui a leur tour precedent le poflilnizei to\i celuy qui fait le lict du Grand Due, le Comnutnoy Klutz>iotn, c eft a dire le Chambel- lan, le Craftzei, ou Efcuyer tranchant, les Stolntki, ou Gcntils- hommes feruans, lcs Strapji,ou Gentils-hommcs de la Cham¬ bre,& les Duoraini, ou Gentils-homroes ordinaites. Les Silzi ou Pages,les Did’*,ou Secretaires, & les Poddiotzei, ou les Commis, qui font les demiers en dignitc 5c en fon&ion. Bo ares Tous leS KntZ> & lcS BfÍ*res » °nC du bien ’ fonC obli gCZ de font oblige1" donner leurs terres à ferme,& de demeurer en perfonneà Mof- tie fuiur« la cou. jjs fonc obligez d’aller tous les iours à la Cour, Sc de C°Ur: fe frapper le front en la prefence du Grand Due: qui s’affeure par ce moyen dcleur fidelité, Sc affermit le repos de fon Eftat, qui pourroit eft altere par 1 autorite, que les Grands pour- roient s’acquerir dans les Prouinces,pendant lc feiour qu’ils y feroient. Leur dípenfe. Leurs Hoftels font grands Sc magnifiques, Sc lls paroificnt extremement, tant en leur depenfe dans lelogis ,quen leurs habits,5c en leur fuite,quand lls fortent dcchez eux. Quand ils vont à cheual ils portent à 1’arçon de la felle vne petite timbale, d’vn pied de diametre, ou ils donnentde temps en temps des coups du manche de leur foiiet, pour fe faire fairc place dans
  • ET DE PERSE, LIV. UI. |>reíTe,qui fe trouue ordinairement au marche, & dans lcs rues, i 6 5 6. Les Knez,qui n’cnt point d’employ àla Cour,&quin’oncpas le moycn d’y faire la dépcnfe, fe retircntà la campagne; ou leur façondeviurcn’eft pas fort differentede celles despa'ifans. Ils nefemcfallientpoint, &ilsfonteftatdclancienneNo- U*eftimcntla ble(Te;non feulement de celle de leur pais, mais aufll dcl’e-Noblcirc‘ ftrangcredont ils s’informent bien particulieremcnt, 6c fur tout de la naiifance des Ambaffadeurs que Ton enuoye en Mofcouie. Ccs Bojares ne fcruent pas feulement aux ceremonies 6c aux audiances publiques, mais ils ont effe&iuement part an miniftere, & ils font employez aux affaires & à la dccifion des procez, ou ils fe trouucnt, en qualité dc Prefidens. Lcs Con¬ fers pour les affaires d’Eftat fe tiennent ordinairement la nui&, &C les Confeillers fe rendent au Confeil à vne hcure aprcs minuidt, 6cy demeurcntiufqua neuf ou dix heurcs du matin. Nous parleronsdc l’employ particulicr des Bojares, quand nous aurons dit vn mot du reuenu du Grand Due. lequel ayanc vn Eftat d’vne vafte eftendue,& copofé d’vn tres-grand nom- brcdeProuinces,il nefe peutqu’il ne foit tres-richc &trcs- puiiTant^tant en domaine, qu’a caufc du profit quit tire du tra- ficqu’il fait faire par fcsfa&eurs, &dcs tailles, droits &im- pofitionsqu’illeuefurfesfuiets. En temps depaix les impofi- tions nefont point exceiliucs, mais lcs contributions font fi grandes en temps de guerre, que lors que le Grand Due, Mi¬ chael Federoiats voulut affiegcr la ville de Smolensko en l’an 1631.il obligeatous les fuietsà luy payer la Fett 'ma^c’cftadirele cinquiémc denier dc leur bien; mais celuy-cy s’cft contente au commencement de la prefente guerre, dudixiéme. Les Knez, les Bojares 6c les Gentils-hommes font exempts deces taxes, mais ils font obligez auffi bien que lcs Conuens dcs Religieux, de leuer 6c d’entretenir vn certain nombre d’hommes, à pied 6c à cheual, à proportion de leur reuCnu. La traite Forainc rend vne fomme ft confidcrablc, qu’il y a des années ou le bureau de la feule ville d’Archangel four- nit plus de fix cens mille efeus. Les Crucisnondnor, e’eft a. dire, les tauernes, ou le grand Due fait vendre du vin, dc la biere, del’hidromel&: del’eau de vie,payent vne fomme immenfe; Ec iij
  • 2,2.2, VOYAGE DE MOSGOVlE, l$l6- puis qu’iltirede trois taucrnesdc lafeule ville de Nouogorod plus dc douze mille cfcus, & que dcpuis que cc droit n’appar- tient qu'au Souuerain, il y a plus dc mille maifons ou le Grand Due fait feul vendre lc vin&l’eau de vie, & cn tire feul lc profit. Lcs Martres Zobelines, Sc les autres fourures luy donnenc auflibeaucoup; parce qu’il s’en eft referué le trafic i luy feu], aufli bien que ccluy du Cauayar , S£ de plufieurs autres mar- chandifes. Lc reuenu dc l’argent qu’il fait valoir par fes fa- cteurs, n’eft pas ft certain; rant parce que le profit du Marchand nel eft pas toujours egalement aftcuré,que parce qu’on luy fait quelquefois banqueroute, auifi bien qu a des particuliers. Lors de noftre ambafl'adc, il auoit confie quatro mille efeus à vn Mar¬ chand, nomme Sauelli; qui aulieu defaire profiter cettc fomme Jadiflipaentierement en moinsde trois ans, qu’il futen Perfe. Le Grand Due donna ordre au Poflanik Alexei SAtoino 'tiits Ro- manitzikott, qui fit le voyage dc Perfe auec nous, de le fairc prendre, & de le ramener cn Mofcouie. En arriuant à Schama- chie, nous feeufmes qu’il eftoitdans la ville: mais d’autantque le truchement du Poflanik eftoit mort,ilnefit point fcmblant d’auoirordredelefaireprendre,mais il lepria de luyferuirde tiuchement cn la negotiation; à deflein de le ramener fous ee pietexte iufques fur la Frontiere, & de le faire enleuer cniuite. L autre qui fc tenoit lur fes gardes, feruit fort bien le Poslanik pen dantlefejour qu’il fit illpahan ; mais le voyant preft de par¬ tir, pour retourner cn Mofcouie, il fe fauua dans 1 ’A/lacapi, fib fit circoncire , fe mitfous laprotedionde Mahomet, & demeura en Perfe. jí depenfe. Le Grand Due donne tout fon domarne à ferme ,mais le reuenu qu’il en tireeftla plufparc employéàla fubfiftance des Strelits , dont il eft oblige dentretenir continuellement vn tres-grand nombre j tant dans la ville de Mofcou, ou il y en a plus dc ferzemille, que fur les frontiercs; dc forte que le nom¬ bre de la milice ordinaire monteà plus de cent mille homines, Et pour dire la verité, fi la recepte eft grande, la dépenfc ne 1 elt pas mains, Il n’y a quafi point d’annee, qu’il ne foit con- traint dachepter Ia paix des Tartares à force d’argent &c de preiens. Il ne fait pas fes guerres à fi bon marché qu’on les fait auleurs. Car appellant à fon feruice grand nombre d’Qfftciers
  • ET DE PERSE, LIV. III. zi3 & de foldats Aliemans, o£ d aucres eftrangers,il neles y arrcfte, 163 6, quenleurdonnantdesgages extraordinaires , & enles payant fortexa&ement, &bien
  • 2.14 VOYAGE DE MOSGOVIE, 16 3 (J. de vie,Si d’autres denrées. Ils font obligez d’aller tous les lours à la Cour,Si de fc battre le front en la prefence du Grand Due*, ou au moins dcuant ceux qui ont l’intendance de fon apo- theque. s-s truciic- II a plufieurs truchemens pour les langues eilrangercs parti- mens. " culicrementpour l’Allcman,le PoIonois,le Suedois,leTurc Si pour le Pcrfan. Celuy dont il fe fert principalement en fes plus importantes affaires, eft Danois, &: a vneconnoiffancc il gene- rale de toutes les langues de l’Europe, qu’ayant efté cnuoyé à la Cour de Vienne depuis trois ans , auec Iuan htanoiiits Bok- lakouskoy Si l nan Folycarpoujin M iebailou, l’Empereur legoufta fi bien, qu’il Iuy donna des lettresde Nobleffc de fon mouue- ment. Au refte, la Cour du Grand Due a ccla dc comrnun auec cellede tous Iesautres Princes, quelc vice enbannit la vertu, poury eftablirmieux fon throne. Ceux qui ont l’honneurde l’approcher de plus prés, font aulfi plus adroits, plus fourbes, plus infidelles Si plus infolens que les autres. Ils fçauent mer- ueilleufement bien faire valoir la faucurdu Prince, Si fefont rendre les derniers refpeds Si les plus baffes foumiffions, par ceux qui les recherchent, pluftoft pour éuiter le mal qu’ils pourroient faire, que pour le bien qu’on en efpere. Lc Confcii du Le Confeildu Grand Due eft diuifécn fix deparremens, ou Giand Du.* fe]on ieur faç0n de parler,cnfix Chanceleries. Dans le pre¬ mier on parle des affaires eftrangeres. Dans le deuxiefmede celles de la guerre. Autroifiéme l’on traitedudomaine Sides finances du Prince. Danslc quatriefme on reçoitles comptes des fa&eurs 8i dc ceux qui ont l’intendancc dcs tauernes. Dans le cinquicme on prend connoiffance par appel dcs procésci- uils, Si dans le fixieme des procés crimineis, Nous auons dit cy-dcffus, que les Bojares ne fontpas feule- ment employes aux affaires d’Eftat, mais auífiau iugementdes» affaires particulicres, ©u ilsprefident auec d’autres luges, cu ilsy iugent fculs les procés, felonia nature des affaires qui fc prefentent. Ils appcllcnt Fololskoy Pricas le lieu, ou Ton regie les affaires des Ambaffadcursjdcspoftcs du Royaume Si des Marchands eftrangers. o4lmas Iuanoicitz. eft Secretaire de cette Chambre, En la feconde Chambre,qu’ils appellent Roferadni Fricas,l’on tient regiftre de laqualité, Sc de la famille des Bojares Si de tOUff
  • ET DE PERSE, LIV. III. ^ tous les Gentilshommcs dc Mofcouic, commc aufli de tous les exploits de guerre,& des aduantages que leGrand Due cn tire ou des pertes quil y fair .Iuan Ojjomjsinoiiitz, Gabrtenou a Ia dire¬ ction de cette chambre. Dans le Pomieftnoi Pricas,qui cft la troifiefmc Chambre 1’on tientregiftrc de tousles fiefs, &l’on y vuide les procés qui les regardenr.Lfonyreçoit aufli lcs droits que lcs fiefs doiucnt au Carand Due, íous la direction de Fedor Cufmits Iellifariou Dans le Kafanskoy & Siberskoy Pricas , e’eft à dire dans Ia quatneme&: la cinquicmeChambre, fciugentlcsprocez des Prouinces deCafan & deSiberie, & lon y tient regiftre des pelletenes, que ces Prouinces fourniílcnt au Grand Due. Le Prefident de ces deux Chambres eft le Bojar Knez, Alexei Ni- htouits Teuboltskoi. Dans le Duorouoi Pricas fe iugcnt lcs procez des com men faux du Grand Due, & lcs affaires qui regardent la maifon,fous le Bojar Bajili Bafiloiiits lutterlin. Ulnafmskoi Pricas eft pour les Officicrs de guerre eftran- gers, qui y ont leurs caufescommifes, & qui en temps depaix y rcçoiucnt leurs ordres, & Ilia DaniloUits Miloflausky, bcaupe- re du Grand Due, qui en a la direction. Reitarskot Pricas eft pour le iugement dcs procez de la Caual- enc Mofcomtc, & e’eft la ou en temps de paix ils rccoiucnc leurs ordres & leurs gages; fçauoir foixantc efeus pourchaque Cauallier par an, furrordonnancedumefme Ilia Miloflauski. Cette Cauallcne eft la plus-part compofée de Gcntilshom- dcT fi^fs°nt PCU dcbicn> maiscluine laiilent pas de pofi'eder Dans le Bofchoi Prichcd tous les Receucurs dcs droits du Grand Due rendent leurs comptcs tous les ans. Le Bojar Kaez, Michael Petroiiits Pronski, qui a la direction de ce Pricas taxc auffi le pain, & le vin eftranger, & il a la fur-intendancc des poids &: des mefurcs par tout le Roy aumc. II a auffi le foin dc faire payer les eftrangers, qui font au feruice du Grand Due. Sudsioy WMdimirskoy & le Sudnoy Mofcauskoy Pricasnt pour Prefident, le Boiar Knez.Gregori Simono'uits Kurakin, qui luge les Knez &c lcs Boiares cn la premiere Chambre, & les Gentilshommcs & Officicrs de la Cour cn l’autre. Le Bojar Inez, Boris Alcxandroiiits Rcppcnin prefide dans le Rosbomoy F f I <7 3 6:
  • nê VOYAGE DE MOSCOVIE, Pricas, ou fon iuge lcs vols fur vn grand chemin, les aíTaífinats, Sc lesautrescas Preuoftaux. PeterTycbonoiiitsTracbanitzou eftoit Prcíidcnt dans le Pus- karskoy Prices, Sc auoit 1’intendancc fur les fondcurs, four- biíTcurs, cannoniers, armuriers, marefchaux Sc charpentiers, qui trauaillent dans l'Arfcnac ,• mais Ton a eílably en fa place lc Bojar Kttez, Inrgi Alexoúits Dolgarnskoy; non feulemenc pour iuger les procez entr’cux, mais auífi pour reccuoir leurs ouura- ges, Sc pour les faire payer. Le Iamskoy Pricas eft eílably pour regler les coruées, Sc pour payer les gages Sc lcsappointcmensdesmaiftresdes poftes,&: pour donnerdes paíleports à ceux qui en dcmandenr, pour fc feruir de la voituredu Grand Due, fous la direction de 1’Ocolnit- za In an Anduftoitz, Miloslauski Les Diacs, les Secretaires,les Commis, les Capicaines des portes, Sc les Huiífiers dcs Plicas ont leur iuge particulier, qúi eíl Xocolmtza Peter Petrdtoitz, Gollo'toin, dans le Tztalobitnoi Pricas. Le Semskoy Duoron\eSctxsko Pricas, eft comme le Chaftel- let; ou le iugenttoutes les autrcscaufesciuiles des Bourgeois dc la ville de Mofcou. Lon y paye aufft les droits que doi- uent les places Sc les maifons que 1’on vend , comme auífi les taxes dont Ton charge les maifons , pour l’entretien dcs ponts, dcs portes, des ramparts, Sc des autres baftimens pu¬ blics , fous la direction de 1 ’Ocolnitza Bogdan Mattbeo'toitz Chy troit. Les G clops, c’efta dire, lcsefclaues ont leur bureau particu¬ lier, ou ils font leur declaration quand ils fevendent, Sc ou ils prennentvn certificat, quand ils fe rachettent, ou quand ils recouurent leur liberte par d’autres moyens. L’on appclle celicu la Cboloppi Pricas, Sc Steppan Juanoiiitz Isleniou enala direction. Le lieuou Ion fournit, Sc ou Ton tient regiftre de toutes les eftoffes debrocard, de velours, defatin, dc damas , Sec. dont Ton feferta la Cour, Sc dont on fait dcs veftes, que le Grand Due donne aux Ambaftadeurs des Princes eftrangers, Sc aux autres perfonnes de qualité , s’appelle le Bolschtkafni Pricas. Sous ce Magazin eft lelieudu trefor,ou de l’eipargne, ouI’ob
  • ET DE PERSE, LIV. III. iz7 ferre tout 1’argcnt qui fc trouue de refte au bout de l’an dans les coffres du Roy,&: dans les receptes generales,fous 1’intendancc d’IliaDaBtlo'toit^JMislolauskiJocaupcte du Grand Due, qui pre- íide auíTi en la Chambre,ou Ton iuge les procez des Gofes, ceft à dire des principaux marchands, & des facteurs du Grand Due, que l’on appellc Cafannoi Pricas. VOcolnitz,a Kncz, luan Fedroiiits chilkoti iuge les Eccleíiafti- qucSjtant les Prcftres Seculiers que les Moines,qui font obligez dereconnoiftre la Iurifdi&ion feculierc,horsles cas priuilegiez,, dans lc Monafierski Pricas. Le Grand Due a vn baftimêt fort vaftc ,deftiné pour les pierrcsr la chauXjlc bois &: les autres materiaux, que Ton employe pour fon feruice,que Ton appelle Camenoi Pricas:d£ e’eft là ou lc Duo- rainin Iacob luanouits S agrai skoi iuge les differens entre les char- pcnticrs,les maçons &: les autres ouuriers,&: ou il a lc foin de les fairc payer de leurs iournées- Lereucnu de Tgouogorod & de Nijònouogorod íe paye au Pri- cas, que 1’on appelle Nouogorod Zct'foert, ou les receueursparti- culiersdcces deuxvilles rendent leurs comptes. L'on y iuge auífi quelque fois les procez deshabitans de ces deux places.. Car encore que les l^eiUodes iugent les procés en denier rcílort,. &: fans appel, fi cíi-ce quê ccux qui ont fuiet de douter de l’e- uencment de leur affaire, parlepeu d’inclinationqu’ilsremar- quentau^z/Wí”, ont la voye de l’euocation , & font ren- uoyer leurs caufes à Mofcou. Le Chancelier Almas luano'toits prefide en ce Pricas.. Les Prouinces de Galhtz. & de Volodimer ont auífi leur Fri¬ as particulier, pourlcmefme effet,quelon appelleGalliazko Volodormrsky Pricasi oix prcíide Yocolmtza Peter Pctrciiits Gol~ lo'toin. Les receptes detoutes les tauernes & des Kabacs de Mofco- uie fc fait au lieu, que 1’on appelle Nona Zeí^eert-, ou tous ceux qui ticnnent tauerne fontobligez de venir prendre 1’hidromel, levin &: lean de vie qu’ils debitent, &: d’y rendre compte de la ventc qu’ils en ont faite. L’ony punit auffi ceux qui enont vendu fans permiffion, ou qui ont prisou debite du tabac, qui eft feuerement defendu aux Mofcouites,bien que Ton en per- mette le trafic & l’vfage aux Allemans, Sc aux autres eftran’- gers.. L' Ocolnitza Bogdan Mattbea^its Chytrou a la direction dcr cc Pricas. Ffij 16 3 6.
  • a?;S VOYAGE D E M O S C O VIE, ,1 6 56. Ec Bojar 5c Grand Maiftre de 1’artillerie Grcgori Bafilo'toits Puskiffy qui a le departemenc de Cajlrem^c I are fiou,5c des autrcs villesdecesquartiers-là, rcçoit leurs compres, 5c fait vuidcr leurs affaires dans le Cajlromskoi Tricas , comme 1'Ocolnitza. Knez Demetri Bafiloiiits LcSvou ceux d’F/Ioga 5c de Colmo goro d, dans \’Vjlogskoi Pricas. Le mefmc Gregori BaJ/lo'foits Puskin a la garde des bagucs de la Couronne/Ã: l’intendance fur les Orfévres Allemans, qui trauaillcnt en vaiíVellc d’or &: d’argenr, 5c qui vendent despicrreries,&: il a fon bureau pour cela dans le Solotoya Al- mafnoy Pricas. II a aufll la clef du cabinet d’armes du Grand Due, 5c 1’adminiftration dc la Iuftice pour ceux qui trauaillent aux armes pour fon vfage particulier , 5c les pave dans le Ru/iannoy Pricas. Les Medecins, les Apothicaires,les Chirurgiens, les Opc- rateurs,&; tous ceux de cette profeífion, font obligez de fc battre le front en la prefence òl Ilia Danisloiiits Miloslausky, qui en a l’intendance,& ils doiuent dire ce qui manque dans 1’apo- theque du Grand Due. Tamofwi Pricas eíl le bureau, 5c la recepte des droits d’en- trée de la ville de Mofcou, laquelle fe fait par vn des Gofes,ac- compagné de deux ou trois Afíèfleurs, qui en rendent compte àvnechambre,qu’ilsappellent Bolscboi Prichod: 5c ccs Gofcs changcnt tous les ans. La recepte du dixiéme denier pour la guerre fe fait par le Bojar Knez, MichaelPetro'toitzPronsky, 5C par/’Ocolnitz* luan Bafiloiiiiz k^AIf criou, au shorn dezatti dengi Pricas. Les affaires qui n’ont point de Pricas afteftc, cn ont vn gene¬ ral, que l’on appelle Siskoi Pricas, fous la direction du Knez Iurgi Alexei^titz Dolgaruskoi. Le Patriarche à fes particulars; fçauoir celuy dcRof- crad, oul’on tient regiftre de tous les biens d’Eglife, &:oufont les Chartres 5c les Archiues; celuy de Sudny, oil le Patriarche a fa iurifdi&ion fpirituelle; 5c celuy de Cafannoy, ou l’on garde le reuenu &: le trefor du Patriarche, qui a fes Officicrs 5c lu¬ ges Ecclefiaftiques, qui luy rendent compte de toutes leurs actions. II n’y a point de Pricas, qui n’ait fon Diak, ou Secretaire, 5c plufieurs commis &: copiftes, qui fçaucnt tous fort bien ef.
  • ET DE PERSE, LI V. III. li9 crire,&:fontfçauansen rarithmetique à leur mode; ou ils fe 16 $6. íeruentde noyaux de prunes,aulieu de jettons. C’eft pour- quoy il n’y a point d’Officier, qui n’cn porte vne certaine quantité dans vne petite bourfe. II leur eíl defcndu fur pei¬ ne du foiiet, de prendre Pofchul, ou des prefents; maisils nc lailfent pas d’en prendre: mefmeleurauariceeíl figrande,que bien fouuent ils offrcnt de leur propre mouuement copie des dcpelches & dcs refolutions íecretes , dans 1’efperance d’en tirer quelque aduantagc. Toutesfois ccs oífres doiucnt eílre d’autant plus fufpecles, que ie fçay par experience, que ccsgens ontbicn rarement ce qu’ils font efperer :ous’ils font cn leur pouuoir, ily a tant de danger à le communiquer, que le plus fouuent ils nc debitent que des pieces fauHes oL fup- P o fees. Car cn 1’an 1645. le Miniílrc d’vn Prince cílranger, ayant enuic d auoir copie de la dcpefche que l’on me donna vndes commisdu Conícil l’a luy vendit bien cherement. On mela fitvoir, mais quandà mon retour en Holítein 1’oneut traduit les lettres, ie n’y trouuay rien d’approchant de cc que jauoisveu en la copie. Ils ne tiennent point de regiílre, ou de protocolic de leurs acles dans des liures, mais ils les cfcriuentfur dcsroulleaux de papier, qu’ils font de plufieurs fueilles coupées cn bandes, & collées enfemble, de la longueur de vingt cinq ou trente aulnes, dont tous leurs Grelfes font pleins. Lors que nous arriuafmes à Mofcou, l’on nous fit accroire qu'il n’y auoit rien que l’on ne puil obtenir de la Cour, par le moycn des prefens. Et de fait i’ay connu des Seigneurs, qui quoy qu’ils n’cn priflent point eux mefmes , n'eiloient pas marris que l’on cn enuoyaíl à leurs femmes; mais j’en connois auíli, qui ontbien témoigné qu’ils eiloient tout à fait incorruptibles^, & que leur fidelité au feruice de leur Prince ciloit a l’cfpreuuc des prefens; au grand regret de ceux qui confidercnt, que làou l’on ne donnericn, Ton n’obticntrien auíli. La Iuftice fe rend dans les Pricas,dont nous venons de parler. L'adminiilr*- Le Bojar,qui prefide,a fon Secretaire & fes Aileflcurs, luge 1°^ Uui fouuerainement toutes les affaires qui fe prefentent dcuant luy. Autrefois les Mofcouites n’auoient que fort peude Loix, & quelque peu de Couilumes, fur lcfquelles on jugeoit tous les Ff iij
  • 130 VOYAGE DE MOSCOVIE, piocez, Elies nc parloicnt quc dcs attentats contre la perfonne du Grand Due, des trahifons contre l’Eftat, des adulteres, des larcins,&:d£sdebtes entre les particuliers. La decifion de tou- tesles autres affaires dependoient dc la fantaifieduiuge. Mais cn I’an 1647. lc Grand Due fit vne grande affemblce des No¬ tables de ion Royaume, & fit rediger par eferit, & publier plufieursloix& ordonnances,qui doiuent feruirde regie aux luges. Elies furent imprimeesin folio, fouslctiltrede^
  • I 6 5
  • i5* VOYAGE DE MOSCOVIE, 6. chaftiment ofte fon Kaftan,& n’eftant couucrt que de fa chemi- fe, fe couchc le ventre à terre, &alors deux hommes fe met-*, tent fur luy, jambedeçà jambe delà, l’vn furlccol, &l’autre fur les pieds,ayans chacun vne baguette à la main, dontils luy battcntle dos, de la me-fmefaçon que les pclletiers battcntlcs fourures, pour en chaffer les vers. On fend ordinairement les narines à ceux qui ont pris du tabac en poudre, contrc les défenfes que le Grand Due en a faites. Lefoiiet, delafaçon qu’on le donnc enMofcouie, eft vn des plus barbares fupplices, dontlonaitiamais oiiyparler. Le 24. Septembre 1634. ie le vis donner à huit hommes , & à vne femme, qui auoient vendu du tabac Sc de l’eau de vie. Ils fe mettoient l’vn apres l’autre fur le dos du valet dubour- reau, ayans le corps nudiufqu’aux hanches, Sc les pieds atta- ehez enfemble d’vne corde, laquelle paffoit entre les jam- bes de ce valct, qui les tenoit parles bras, qu'ils auoient à fon col , pendant qu’vn autre valet tenoit la corde, en forte qu’ils ne pouuoient pas fc remuer. Le maiftre bourreau eftoit à trois pas delà, auccvn grand foiiet dencrfdebccuf, ayant au bout trois éguillcttes de cuir d’Eland, cru &: non tanné, & partant gueres moins tranchant qu’vn rafoir ; dont il leur donnoit fur le dos de toutc fa force, & cn faifoit ruiffcler lc fangà chaque coup. Les hommes en curent chacun vingt- cinq ou vingt-fix, iufqu’a ce que le Clercdu Greffier, qni auoit dans vn billet le nombre des coups , à quoy lls auoient efté condamnez, criahPolno^ e’eftadire, c’eflajfcT^. La femme n’en eutque feize, mais elle nelaiífapasdetomberen défaillance. En cét eftat, & quoy qu’ils eufl’ent tout le dos decoupé, on les attacha tous par les bras, deux à deux; ceux qui auoient vendu du tabac ayans vn cornet pleinde cette drogue, & ceux qui auoient debite de l’eaudevie, vne petite bouteillcau col, & on leur donna le foiiet par la ville; & apres leur auoit fait fai- re vne bonne demy lieué de tour, on les ramena au lieu de , 1’execution , ou on les laãífa allcr. Ce fupplice eft fx cruel,qu’il y en a qui cn meurent; ainfi que nous auons dit cy-deifus du £ls du General Herman Schein. Ily enaqui apres auoirefté traittés de la forte, s’enueloppent d’vne pcau de mouton fi'aif- chement tué. Cy-deuant ces fupplices n’eftoient point infames, Sc ceux qui
  • ET DE PERSE , LI V. III. iy? quiauoient paíle parles mains du bourreau, nelaiííoicnt pas I 63 d’eftrc receus dans les meilleurescompagnies, non plus que le bourreau mefme: done lc meftier eftoit ft honorable, que les marchands mefines quittoicntquelqucfois leur premiere pro- feffion,pour feruir lc Magiftrat aux executions, & pour acheter cét employ,qu’ils reuendoiét à d’autres au bout de quelques an- nées. Cette charge eft d’autant plus profitable, que le bourreau ne fc fait pas feulement payer par le Iuge,mais il tire auih de l’ar- gent du criminei;qui luyen donne,pour en eftre plus doucement traité,quoy qu’il fade fans comparaifon plus de profit de l’eau de vie,qu’il vend fous-main aux prifonniers. Ce meftiern’cft plus fi honnorablc,ny fi fort recherche auiourd’huy, depuis que les Mofcouites commencent à apprendre laciuilitéde leursvoi- fins:auffi ne permet-on plus au bourreau de vendre fon Office; mais^il faut qu’il demeure dans fa famille:laquclle venanti s’cfteindrc, les bouchers font obligez d’en fournir vn de leur Corps. Tout ce que nous venons de dire de la cruautc de Ieurs fup- plices,n’approche point dcceluy que l’on fait fouffrir auxmau- uais payeurs. Ccluyqui ne paye point dans le tcrmeportepar fon obligationTe met dans la maifon d’vn Sergent, iufqu’i ce qu’il ait fatisfait dans le temps, qu’on luy donne pour cela. S’il y manque, on le menedans la prifon, d’ouon letiretous les iours, pour eftre conduit en la place deuant la Chancel- lerie ; oule bourreau le bat fur 1 os de la jambe, auec vne ba¬ guette, de la groft'eurdu petit doigt, vne heure durant. Apres cela on lc ramene dans la prifon; ft ce n’eft qu’il puiffe don- ner caution,qui promette de le reprefenter le lendemain à la mefme heure, pour eftre traitéde la mefmefaçon ,iufqua ce qu’il ait payé. Et cela s’execute auec beaucoup de rigueur contre routes fortes de perfonnes, de queique condition ou qualitc qu’elles puiflent'eftre, rcgnicoles & eftrangers,hom¬ ines & femmes, P re ft res &: fcculicis. Ileft vray qu’en faifanr queique prefent au bourreau, il permetquele debitcur fade couler du fer blanc dans labotte,pour receuoir les coups, ou bien il frappe plus doucement. Si lo debiteur n’a pas dequoy payer, il faut qu’il fe vende, auec fa femme &C fes enfans, à fon crcancicr. Pour ce qui eft de la Religion des Mofcouites , nous dironsà *-aRelliP5 7 Moicouncs.
  • 154 VOYAGE DEMOSGOVIE, i 6* 1’entree dudifeours, que nous enferons, qu’il s’efttrouue des Do&eurs Lutheriens ; en Suede Sc en Liuonie, qui ont ofc rendre probleraatiquc la queftion; fçauoir fi les Mofcouites font Chreftiens ou non. Us euíTent pu parmefme moyendif- puterenleurs actions publiques, files Mofcouites font hom- mes:puis qu’il n’y a pas vne fi grande difference de leur Reli¬ gion auec celle de quelques autres Chreftiens , que de leur Morale Sc de leur façonde viure, auec celle de plufieurs au¬ tres homines ; mais comme ils font homines par les ris Sc par la parole, auffi font-ils Chreftiens par le Baptefinc , Sc par la profefllon extericurc qu’ils font de la Religion Chreftien- ne. Si on les en veut croire , il n’y a qu’eux de vcritables Chreftiens au monde ; puis qu’il n’y a queux qui ayentefté baptifez, Sc que tous les autres Chreftiens n’ont efté qu’ar- rofés ; Sc e’eft la raifon pourquoy ils ne reçoiuent point de profelyte à leur mode , qu’ils nc rebaptifent. Ils fondent leur Religion fur les Liures du vieil Sc du nouucau Tcftamenr, Sc ils ont l’vfage des Sacrements. Ils fc feruent de la Bible de la verfion , que l’on appclle des Septante , qu’ils ont depuis quelques années fait traduire Sc imprimer en leur Langue. Ils ne fouffrent pointquel’on porte route la Bible à l’Eglife; de peurde la profaner par plufieurs palfages peu modeftes qu’ils trouuent dans le vieux Teftamcnt; e’eft pourquoy Ton n’y porte qucle Nouucau, Sc quelques textes tires des Pfeaumes & des Prophetes; mais on permet de lire toute la Bible dans la maifon. Ils donnent bcaucoup d’autorite , cnl’explicationde l'Efcriturc Sainte à Cyrille, Euefque de Icrufalem , qu’jls ap- pellent Jguirila Ierufalimski, SC qui a eferit vn Catechifine fous 1’Empereur Theodofc. II viuoit fur la fin duquatriéme fieclc, Sc nc doit point eftre confondu auec Cyrille d’Alc- xandrie, dont les Grecs celebrent la memoire lep. Iuin, au lieu qu’ils chommentla feftede l’autre le iS.Mars; ainfique l’on peut voir cn leurs Menologes. Les autres Peres, dont ils fuiuent l’autoritc, font Ium Domaskin , Ioannes Damafcc- nus, Grigori Bogojloua, S. Gregoire de Nazianze, IuanSolot- taaska, faint lean Chry foftome, ou bouche dor, Sc Ephrem Syrirt, Ephraem,Diacre de l’Eglifc d’Edefla en Syrie. Ils content de luy, auifi bien que Gerard Voflius,qui l’a traduit en Latin, qu’vn Ange luy ay ant prefente vn Liure eferit en cara&ercs
  • ET Dl PER SE, LI V. III. i3f á’or, que perfonne ne pouuoit ouurir, il en tira auífi-toftdes i 6 3 6. lumieres, qui paroiflént encore auiourd’huy dans Ics Liurcs. qu’il a publiés. IIs ont outre ccla encore vn Do&eur particu- licr,nommé Nicola Sudaftoorits,qui a eferit quelques traittés fpi- rituels. Sa memoire eft enfi grande veneration parmylcs Moí- couites,qu’iln’y a paslong-temps, que 1'onvoyoit encore des bougies allumées à fon effigic , pour laqucllc on auoit ba¬ ity vne Ghappclle particulierc , en la grande rue , qui va à la porte de TVterc 5 raais l’vn Sc l’autrc eftpery dans ledcrnier incendie. Le Symbolcde faint Athanafcfert de regie à lcurcrcanee. Ils croyent en Dieule Pere, commc au Createur de tout le mon- de:en / e/Jis-Chrifl,covpmc au Sauucur & Redcmpteur de tout le genre humain:&: au S.Efprit,comme à celuy qui famftifie tous lesFideles. II eft vray que leur Religion n’eft point ft efpuréc, qu’cllc ne foiteorrompué par vne infinite de fuperftitions: ence qu’ils coníidcrcntla Viergc Marie, les Euangeliftcs, ics Apoftrcs, vn nombre infiny d’autres faints, non feulement commc des íimples interceífeurs-, ainfiq.ue difent les plus entendus, mais auífi comme des caufes &: des cooperatcurs de leur falut. II n’y a point dc Mofcouite , qui ne rende à fes Saints , & à leurs Images, fhonncur qui n eft deu qua Dieu ; qui tefmoi- gne en eftre ft jaloux , qu’il traitte cefaux cuitc de paillardifc fpirituelle. L’ignorance du petit peuplc eft fi groffiere, qu’il fait conftftcr toute la Religion aux honneurs, &: en la veneration qu’ils rendentà ces images : Auífi eft-ce la feule inftruclion quils donnent à leurs enfans,qui pour toute dcuotion n’appren* ncntquà fe tenir auec grand refpccl dcuant ces images, pour fairc leur priere. Leurs bonnes oeuures, qu’ils croyent meri- toires, font,dcbaftir des Conuents & des Eglifes, Sé de donnet l’aumofne; fans qu’au refte Ton puiífe iuger de leur foy par leurs ceuures. ' 1 Ils fevantentd’eftremembircs de l’Eglife Grecque, Fleurs, Hiftoircs & Annales difent, que la Religion. Chrcftienne a eu fon commencement en Ruífie dés le temps des Apoftres. Que. faint André , en partant de Grccc, s’embarquafur la riuierc de Boiifthene, & vint par lamer de Ladoga à Nouogorod, ou il prefchal Euangile. Que depuisce temps-là.la Religion Chre -
  • Z3g VOYAGE DE MOSCOVIE, 6, íliennc auoic efté entiercment abolie par les Tareares &: par les autres Payens, qui s’eftoient rendus les maiftres de toute la Mofcouic, ÒC quenuiron l’an 589. Woíodimer, Grand Due de Ruífte,ayantremportéde tres-grandes viotoires furfes voifins, & ayanc rciiny plufxeurs Prouincesà fa Couronne , deuint fi confidcrable,que Bafile U Conftantin Porphirogenncces, Em- pereurs dc Conftantinople , 1’enuoyerenc complimentcr par vne ambaíladefolemnelle. Ce futà cette occafion qu’il euc la premiere connoiftancc de la Religion Chreftienne, laquelle il embraífacnfuite,&: fe fitbaptifer. Les Eucfques & les Preftres, quelePatriarchc de Conftantinopleyenuoya,acheuerent d’in- ftruire & de baptifer lc peuple, qui depuis ce temps-là a fait profeífton dela Religion Grecque. Johannes Curopalates, qui a eferit vne partic de l’hiftoire By¬ zantine, qui viuoit enuironcetemps-la, ditqueccttc con- uerfion nefe fit point fans miracle, & que l’effet de la foy de 1’Euefque toucha plus etficacemcnt l’efprit de ces barbares, que la predication de l’Euangile. Carayansde la peine à com- prendre les merueilles,dont toute la vie de N. Seigneur eft com- pofée, ils demanderent vne preuucdela promefle quiliaitaux fiddles, de leur faire donner par 1c Peretoutce qu’ils deman- deront en fon nom. L'Euefque s’y offrit, 8c leur dit, qu’il auoit tant de confiancc en la parole de Dieu, qu ils ne pourroient ricn demander, que fa pricrc n obtinft de Dieu. Ils dirent donc!, que puifque Dieu auoit bien conferueles compagnons de Daniel dans la fournaife, il pourroitbien empefeher que la Bible, qui eft remplie detoutes ces mcrucilles, fuft confumee parle feu. l’Eucfquene leur refufa point cette efpreuue, inais ietta la Bible dans vn grand feu, ouilla laiffa iufqu a dequ e- ftant tout reduit en cendrc, le Liure en fur tire aufii entier qu il eftoit lors qu’on l’y ietta. Cedrenus &C. Zonaras confirment la ve- rité de cette hiftoire, Sc difent que Wolodimtríwx. tellement t ou- ché de ce miracle, qu’il abolift auili-toft toute 1 idolatric, & la bannit de tous fes Eftats. C’cft à caufe de cela que les Moicouites aiment les Grecs, qu’ils leur font dubien, quandl’occaiions en prefente. En 1 an 1649. lc Patriarche dc Ierufalem vinti Mofcou, apporta au Grand Due de latcrrc du Sepulcrc denoftre Seigneur, quoy que l’on fçachc qu’il fut taillc dans le roc, U de 1 eau benite du
  • ET DE PERSE, LIV. III. 137 Iordain. II y futfort magnifiquemenc receu , & il fut conduit par tout le Clergéa l’audiance du Grand Duc,qui luy fit vn prcfcnt de plus de cent mille ducats ;maisilfut fi malheurcux, qu a Ton rctour il tomba entre les mains dc quelques Turcs, qui luy oílcrent toutcequ’onluy auoit donné. II nefe paíTe quafi pQÍntd’année,queronne voye a la Cour du Czaar de ccs Pre- ítresou Moines Grecs,qui y debitent leurs Reliques, dont ils fe font fort bien payer. Les Mofcouites font tous profcfliond’vnemcfmc Religion, lia quelle leurcftant commc particulicre , l’on peutdire qu’clle a la mefrne eftendue que l’Empire du Grand Due; finon qu’cllc s’exerceauíTiàNarua3fousladomination du Roy deSuede, que les Tartares ont aufli lcur Religion Mahomctane& Pa- yennc le long du Wolga, &: au dela d’Aftrachan, fur la mer Caf- pie. II n’y en a quafi point mefmes parmy leurs Moines &c leurs Preftres,qui puifl'ent rendre raifon de leur foy;parcc qu’ils n’ont perfonne qui leurprefchc la parole de Dieu:c’cft pourquoy lc Patriarche ne fouffre point qu’ils difputent dela Religion, ou qu ils s’informent de celle des eftrangers. Il y a quelques années qu’vn Moine dc Nifonouogorod cut quelques conferences auec vnMiniftreProtcftant; mais dés quelc Patriarche lefeeut, il l’enuoya querir,& lc mit cn prifonjou il cuft eíté fort mal traitte, s’il n’euft cu l’adreifc de dire, que le Miniftre luy auoit tefmoi- gné de I’inclination pour la Religion Mofcouite , &: qu’il auoit deifein de fe conuertir. Ils ont pris leurs cara&cres des Grecsj auili bien que lcur Re- ligion-.mais corame ils ont fort alterc l’vne, auifi ont-ils change & augmcnté les autres,de la façon que nous les reprefentons en la table fuiuante. 16 3
  • K- i3S VOYAGE DE MOSCOVIE, Charactares lincjiue Huteaiar A XdTd Eilb A b 1» 3 d Aas Buki íl ííx f>/\ Well 1J* 3la3°l dobro G S fosír c yfv do3 I li, .3cri t&l, 06- vi x® A \ kji VT. pSc OVlrff rbúo /70 ' jfcbil-l te itofú ULS j4.CC te . ff III IUS 02 ks ns u MiPtncrt t z, 3 -f £ 6 7 oÇ b rh 8 S 3 ^ o , J? yo_ ti tz 2.0 tjo HA I AlÁdkx 40 5o 60 70 80 00 >oo 200 ^NySíl%X.f Iocrra^N ttomh^i^n J !C,' Ils íe feruentde ces cara&eres., tanten leurs Liures impri* ínes, qu’en leurs eícritures, ou ils employent vne Langue qui leur cíl toute particuliere; mais tellement approchante de la Slauonne,&:dela Polonoifc, que celuy quifçait 1’vne, n’a pas beaucoup de peincà apprendre l’autre. Elle n’arien decom- mun auec la Grccque, quoy qu’en leur Liturgie il fe rencon¬ tre des mots qu’ils ont empruntés des Grecs, mais ils ne feruent qu’acela. Nous auons dit ailleurs , que les Mofcouites n’ap- prennenten leurs cfcoles qu’à lire &: eícrirc cn leur Langue, &: qu’ils n’en apprennent point d’autre: mais depuis quelques an- nees ils ont ouuertvne efcole, du confentement du Patriar¬ ch0} ou Ton enfeigne lc Grec ÒC le Latin, fous la direction
  • ET DE PE RS E, LI V. III. d vn Grec naturel, nomine Arfenius. Lon nefçait pas encore ce que 1 on en doic efpcrer: mais il eft certain qu’il y a des Mof couites quinemanquent point defprit, quiont del’affcaion poiu eftudc, &qui font fort capables d’apprendre, qnand ils rencontrcnt quelqu vn qui leur enfeigne.exfW Iuanouitz.qm fait amourd huy la charge de Chancelier, ou de premier Secíe - taire dlE ftat,a eíte aílez heureux en fa ieuneíIe,pour auoir voya¬ ge cn Tmquic,& en Perle; ou il a fi bien appris 1’vnc &, 1’autre Langue, qu il nc fc fert point de truchcment auec les Miniftres du GrandScigncur,& duRoy de Perfe.Le truchcment Danois dont nous auons parle cy-deílus, a traduit cn leurs Langues’ que ques Lmrcs Latins & François.oú ils ont fi bien pris *5u(h qu ilraut efpercr que ccux de la Cour voudront vn iours’appli- quer al eítudedes Langues, qui leur pourront faire connoiftre de li belles chofes. iC^Ç, Tout 1 exercice de leur Religion confiíte principalement au Baptcíme , enla lecture de la parole de Dieu dans LEglife, à le trouuer alaMeíTe,a faire des prieres aux Saints, à faire des rcucrcnces& des inclinations deuant les Images, à faire des l,ocsefFlons ^ 4CS peonages,à ieufner à certains iours de l’an- nee,a íeconfeíler & à communier. Ils tienncnt le bapteíme d autant plus neceífaire qu’ils ^eur bapttf- croyentque cell; la feule porte, par laquelle on entre dans PE- me‘ ghíe de Dieu, &par laquelle on va cn Paradis. Ils rcconnoif- ent qu ils font conceus & nez en peché, & que Dieu a inftitué le baptefrae pour les regenerer, & pour les nettoyer par lcau, de leurs ordures origmelles. C’eft pourquoy ils font bàptifer les entans des qu’ils font nez. S’ileilmalade on lebaptife inconti¬ nent, ailleurs pourtant que dans la chambre de laccouchéc- mals s*il fe porte bien on le fait porter à 1’Eglifc, parle parain & par la matame. Le Preílrc les reçoit à la porte,'les fignc de la crorx au front, &: leur donne Ia bencdi&ion, en difant: Le Sei- near garde «ivoftre entrée & vojlre fortie. Les parains donnent neut bougies auPreftre, qui les allume, & les attache en croix a « cuuettc dans laquelle le baptefme fe doit faire, &: qui eft au milieu de 1 Eglife. Il donne de 1’encens aux parains, &l confa- cre 1 eau auec bcaucoup de ceremonies. Apres cela il fait la proceínon auec les parains, qui portent des bougies à la main, al entour de la cuuettc. Le Clerc marche dcuant, portant l’I-
  • i6}6. ' v \ 240 VOYAGE DE MOSCOVIE, mage de Saint lean, Sc ils enfont le tour trois fois; le Preftre lifant ccpeudant dans vn liure. Cela eftant fait lc Preftre de¬ mande le nomdcl’enfant aux parains , qui le luy donnent par efcrit. II met ce billet fur vne Image, qu’il tient fur l’eftomach de l’enfant, Sc aprcs auoir marmotté quelqucs priercs, il de¬ mande auParain, ft l’enfant croiten Dieu le Pere, au Fils Sc auSaint Efprit. Apres celailstournenttous ledos à la cuuet- tc, afin de tcfmoigner qu’ils ontdel’auerfion, Sc de horreur des trois demandes que le Preftre vafaireen fuite : fçauoir II l’cn- fant renonce audiable ;s’il renonce àfes Anges; Sc s’il renon¬ ce à fes ceuures. Les parains refpondcnti chaque demande, qu’oiiy , SC crachcnt à chaque fois à tcrre. Apres cela ils fc tournent encore vers la cuuette, &alorsle Preftre, apres Ieur auoir demande s’ils promettent d’efleuer l’enfant en la vraye* Religion Grecque, iH’cxorcife,en impofant les mains à l’en¬ fant,en difant \fors decet enfant efprit immonde & fait place aitS. Efprit, Sc cn foufflant trois fois en croix fur l’enfant pour chaf- ferlediable; dontilscroyentquclesenfans font poífcdés cffe- ftiuement deuant le baptefme. On m’a aífeuré que prefentc- mcnt l’exorcifme fe fait deuant la porte del’Eglife, depcur quelediablc, cnfortantdu corps de l’enfant, ne la profane. A- prcs cela il coupe vn peu de cheueux de f enfant, Sc les met dans vn liure, Sc ayant demande aux parains s’ils prefentcnt l’enfanc poureftrebaptifé>illeprendtout nud d’entrcleursbras, Sc le plonge trois fois dans l’cau; prononçant les paroles ordinaires du Sacrement. Ie te baptife att nom du Pere fdn Fils & du Saint Efprit. Apres le baptefme il met vn grain de fel dans la bouche de l’enfant, luy fait le ilgnc de la croix aux front, au mains, à l’eftojnach Sc au dos, d’vnc huilequel’on confacre exprefle- mcnc pour cet vfage, Sc luy mettant vne chemife blanche, il dit, tun’es pas moins blancny moinsnetdeton pcché originei que cette chemife. Les ceremonies s’acheuent par vnc petite croix d’or, d’argent, ou de plomb, felon la qualité Sc\cs fa*- cultes du pere del’enfant, de la forme de cclles que portent nos Eucfqucs , que le Preftre pend au col de l’enfant: auec vne obligation ft eftroittede la porter toutefavie, quefionne la luy trouuoit point apres fa mort, Ton nc l’cntcrrcroit poinc; maison l’entraifneroit à la voyrie. Lc Preftre donne auifi vn Saint particuljer à l’enfant, done il donne l’lmage aux parains,. &leuç
  • ET DE PERSE, LIV. III. z4I & leur recommande d’obliger l’cnfant, quand il fera paruenu i C3 en l’aage dc connoiflance, d’auoir vne deuocion particuliere pour fonPatron. Apres ccla il embrafle & baifc l’cnfant, &les parains, &: les cxhortc de s’entr’aimer; mais fur tout dc pren¬ dre garde de nefe point marier cnfcmblc. S’U airriucque 1’on vueille baptifer plufieurs enfans cn mefme temps, l’on vuide la cuvette autant de fois que Ton prefente d’enfans, & l’on benit d’autre eau ; parcc qu’ils croyent, que la premiere eftant char¬ gee dcs ordures du pcchc originei de l’enfant,quiy a eft é ba- ptife, eft incapable de nettoyer vn fecond, & encore moins vn troificme. Ils font confcience defaire chauffer cctte eau au feu • e’eft pourquoy quand il fait froid ils la mettent dans vn lieu chaud, pour la faire tiedir. Les perfonnes aagées, qui fefont ba- ptifer, comme les Chreftiens Apoftat$,les Turcs & les Tartares reçoiuent lc baptefme dans vn torrent, ou dans la riuicre, ou on lcsplongciufque^par deifus la teftc, quelquc froid qu’il faiTe; en forte que bien fouuent l’on caffe la glace, pour les y faire en- trer. L’on en vfe ainfi, particulierement auec ccux qu’ils appel¬ lant Caldeens. Cefont dcs hommesdcneant, qui obtiennent du Patnarchc la permiffion de fe mafquer, oc dc courir les rues, de- dec”,? Ca!r puis leiS.Decembre iufqu’aux Roys, auec du feu d’artifice, dontilsbrulent les eheueux& la barbe dcs paflans. Ilsperfecu- tent particulierement les paifans, & les contraignent de fe redi- a>Crr* c^iaclue rencontre J vn copec , qu’ils exigent auec tant a infolence, queieleur ay vu mettrcle £eu à vne charrettede tom, & bruflerla barbe & le vifage d’vn paifan, qui s’y vou- loit oppofer. Ils font tous déguifez, & fe couurcnt la teftc de grands chappeaux de bois, bizarrement pcints, &fc frot- tent la barbe de miel, dc peur que le feu qu’ils lanccnt ,4ie s’y prenne. Ils font ce feu dartificé d’vne poudre, qu’ils appellenc I'ldun, laqueile ils font d’vne certainc lierbe, que Ton nc con- noift point ailleurs. Elleiettevne fort belle flam me ,&fort di- uertiflante, particulierement la much Mais cell dont nous par¬ lei ons enlafuittcdc cette Relation , quand nous aurons occa- flonde traitterdes feux d’artifice dcs Perfans. Settlement ad- joufterons nous icy,que ces hommes reprefentent à lcur dire, ceux qui allumerent le feu de la fournaife,ou Ton fit entrer Sadrac ,Mefac &c Abednego, par lc commandement de Ne- bucadnczar, Hli
  • H* VOYAGE DE MOSCOVIE, í ou on les oblige i abjurer leur pre¬ miere Religion, à la detefter comme heretique , & à cracher routes les fois qu’on la nomme. Apres le Baptefme on les ha- bille à la Mofcouite, & on leur fair prefent d’vne belle vefte de la part du Grand Due, qui leur donne aulfivne pcnfion,pro- portionnee à leur qualité. On voit vn tres-grand nombre de ces Apoftats à Mo/cou, ou plufieurs Soldats eftrangers, la plufpart François, fe fi- rent rebaptifer apres la guerre de SmolensKo, ilya vingt-cinq ans ; encore qu’ils ne feeuffent point la langue du pais, &: qu’ils n’euffent aucune connoiilance de la Religion des Mofcouites. Ce que l’on pouuoit en quclquc façon excufer aux Soldats, qui n’ont point d’inilruflion : mais ie ne fçay comment dcs perfon- nesde condition, & qui ne manquent point d’efprit ny de iu- gement,ont pu fe refoudre à fe reuolter,&: à cmbraflcrvne Religion contrairc , feulemcnt pour y trouucr moyen de vi- ure, comme Ie Baron de Raymond, & le Jieur de Groin Gentil- hommes François, le Colonel Alexandre Lesley & le Comte SU- ckbtf Cedcrnier vint en Pan 1640. en Holftein, &: en fuittc en Dannemarc,oii ildit,qu’il eftoit dcla maifonde Slick en Bohemc, &: qu’il auoit elté chafle de fes biens à caufc de la Religion: ce qu’il perfuada fi bien au Roy & au Due, qu’ils ne
  • ET DE PERSE, LIV. III. z45 firent point de difficulty de luy donner les lcttres dc recoin- j mandation qu’il lcur demandoit pour lc Grand Due de Mof- ? couie. II ne fut pas fi-toft arriuéà Mofcou, qu'il fit dire, qu’il y eftoit venu a defiein de changer de Religion, & dc dcincu- rcra la fuitc dc fa Maiefté Czaarique. Cette acquifition fut d’autant plus agreable au Patriarche, 5c aux Seigneurs Mofco- uites, qu’il paflbit parmy eux pour vn home d’illuftre nai fiance, & du grand merite qui fie trouuoit en luy, releué par la connoifl fiance qu’il auoit deplufieurs langues, & particulierement par celle de la Latine 5c de la Polonoifie. Ils le receurcnt done à bras ouuerts; le firent baptifier, 5c le Grand Due luy donna auec lc nom de Leo AlexandreSlik, &: la qualitc de Knez, vne peniion de deux cens cficus par mois. Ses pretentions allercnt iufiques à la Princefle Irene Michaelouna, & il croyoit que le Grand Due ne luy refuferoit point fia fiosur; de forte qu’il fit le inefcon- tent, quandil ficeutque Ton auoit fait partir deux perfionnes de condition , pour negotier lc mariage de la Princefie auec vn autre Prince eftranger; & il ncreuint point defion mécon- tentement, que 1 on ne luy cuft donne la fille d’vn des premiers Bojares du Royaume. Le Roy de Dannemarc ayant ficeu la conduite decct homme, ayantappris, que bien loin defire de l’illuftre maifon de Slick, il efioitfiuietdu Comte Gafiparde Denhofen Polognc , & qu’il l’auoit fiurpris en fes lcttres dc rc- commandation, il en donna aduis au Grand Due qui luy fit re- procher fion mauuais procede, 5c Ton impofture: mais il nc laifi- fa pas de luy faire continuer fies gratifications; dontil joiiit en¬ core prefentement ,fious lc nom de Knez Leon^ílexandroktts Slakou(esky. Lc Colonel Lcfiey tomba dans ce malheur par ia foiblcfic: Il auoit en cettcqualite fieruyle Grand Due,pendant la pre¬ miere guerre de SmolensKo,dont il auoit remportc vne rres- coniidcrable fiommed’argent. Mais comme ceux dc fion meftier ne font pas toufiours fort bons menagcrs,il trouua bien-tolt le fond d’vn bien, qui diminuoit tous les iours par la dépen fie, que fa qualitc l’obligeoit de faire. Pour reparer les brefehes dc fia fortune, il refolutderetourner enMofcouic, à l’occafion d’v- ne Ambafiade que la Reinc de Suede enuoya il y a quelque temps au Grand Due; dont Eric Gollenftiern, Scnateur du Royaume, eftoit lechef, Mais d’autant qu’encc temps la iln’y Hh i i \
  • *44 VOYAGE DE MOSCOVIE,' ,, , , auoit point d’apparence dc guerre cn Mofcouic , & que le 1 ‘ Grand Due fuifoit difficultc de fe charger dc penfions. Leiley luy fir dire, qu'il fe contenteroit dc quelquc domaine, quil taf- cheroitdefaire valoir, & obtint vne belle terrefur lc wolga. Ii y auoic dequoy viure en grand Seigneur lereílcde fes iours, íi l’humeur crop ménagere de fa femme n’euft jectc les paifanes dans le defcfpoir. Elle les traittoit auec rant dc duretc, que ne la pouuant plus fouflFrir, elles s’en plaignircnt, & dirent qu'elle les contraignoit de manger de la chair les jours dc jeufne, qu el- lcne leur donnoit point le loifirdc faire leurs inclinations de- uantleurs images, ÒC encore moins d’aller à l’Eglife, & qui pis eft, qu’elle auoit avraehc les images dc la muraille, pour les j et- tcrau feu. II n en falloit pas dauantage pour la rendre odieufe à toutc la Nation.On enuoy a aulTi- toft querir Leiley auec toutc fa famille , Sc Ion confronta les paifanes auec la femme du Co¬ lonel , laquellc aduouoitbien qu’elle auoit oblige cette canaille au trauailj mais elle nioit tout le relic. Tous lesdomelliques eilrangers dépoferentà fa décharge , 5c neantmoins les autres offrans de fouftenir leur accufation,& defouffrirpour celala qucllion , ellenefe pud pas bicn luftifier, quclc Patnarche n y intern in ft, & n’obligeaft le Grand Due à retirer cette terre dcs mains de ces eilrangers, & à faire vne declaration; par laquelle ilaffccloit cette forte dc domaine aceux qui feroient Mofcoui- tes , finon de naiifancc, au moins de Religion. Leiley fc voyant par ce moyen reduit a la dernicre extremitc, & n ayant plus cie quoy faire fubfiftcr fa famille & fes enfans, fit entendre, que fi le Grand Due luy vouloit laiifer le domaine, il changeroit de Religion auec route fa famille. On le prendau mot,on l’enfer- me auec fa femme auec fes enfans dans vnConucnt,on les inftruit, cC on les rebaptife. ilia Danilo'toits Miloslausky fa femme j voulurent eftre leurparains, Sc faire les frais dc leuis nopces,parce qu’il falloit les remarierde nouueau. Le Grand Due leur fit dc grands prefens, &lcur donna entr autres vne fomme de fix mil efeus cn argent. Mais dcs que les paifans feeu- rent quo par le moycn de cc changement de Religion, lls alloient rentrerdans leur ancienne fcruitudc, ils pieicntercnt leur Rcqucftc a fa Majefte, & demanderent vn autre Seigneur, &luy nommerent particulierement le Sicur Groin, qui s’cftoit j-eqolté an mefrne temps , &c qui pretendoit cette terre ,parce
  • ET DE PERSE, LIV. III. i4T qu’onluy ea auoitpromis vne de cette nature. De forte que 1636. Leíley fut contraint de fc contenter d’vne penfion de quatre- vingts dix efeus par mois,qui eft la folde ordinaire des Colo¬ nels, èn temps de paix, &: d’vne autre plus mediocre pour fon fils. Qujl me foit permis de faire icy vne digrefiion en faueur Conitancead, d’vne Dame,qui a fait connoiftre par vne conftance admira- SamcAngioU ble,que fi les hommes font fouuent fujets aux deffauts des fem- fe. mes, les femmes ont aufli quclquefois des vertus, qui peuuent feruird’exemple aux hommes. Les Mofcouites ontccladcbon, qu’ils ne contraigncnt iamais perfonne de faire profeifion de leur Religion, fi ce n’cft que dans vne famille le mary ou la fern- mes cn foit, auquel cas ils nc permettent point à 1’autre de de- meurer dans la fienne. Nous venons de dire que le Baron de Raymond, Gentilhommc François ,cftoit du nombre deccux qui changercnt dc Religion, apres la premiere guerre deSmo- lcnsko. II auoit efpoufe la fille 4’vn Gentilhomme Anglois, qui demeuroic à Mofcou depuis plufieurs années, nommé GmlUa- me Barncslci, laquclle eftoit fans doute la plus belle de toutes les eftrangeres;&: il changea de Religion par legercté,&: pour com- plaire au Grand Due, pluiloit que par aucun mouuement de confcience; fe faifant rebaptifer,&: fe faifant donner le nom d ’/- nan au lieu de celuy de Pierre, qu’on luy auoit donné à fon pre¬ mier baptefme. La loy du pais vouloit que fa femme fuiuift fon exemple, &: le mary employa tous les moyens imaginables, pour la luy perfuader; mais il y trouua vne fi grande refiftance, qu’il fut contraint d’auoir recours à 1’autorité du Grand Due, &duPatriarche. Ceux cy fe feruirent d’abord de la douceur, luy offrans de tres-grands aduantages en leur Religion, en fuite ils luy firent de tres-feueres menaces : mais cctte jeune femme , qui n’auoit que quinze ans , demeura inflexible, fe ietta auxpieds du Grand Due, &le fupplia dc luy ordon- ner de rcceuoir le dernier fupplice , pluftoft que d’embrafler vnecroyance,dontcllen’cftoit point perfuadée. Lc pere luy fit les mefmes foumiflions, mais lePatriarche le repoufla à coups depied, & luydifl: qu’il l’a falloit traitter cotnme vn enfant, qu’elle ncconnoifloitpoinccequi eftoit dufalutdefonamc,&: qu’iblafalloitbaptifer malgré ellc. Et de fait, on la mit entre les mains de certaines Religieufes, qui l’entraifnerent auec Hh iij
  • i46 voyage de moscovie, 63 6. v.iolence-au ruiffcau, ou cllcfut rebaptifce; nonobftantles pro- tçftations quelle fie, que cc pretendu baptefmc, quon luy don- noift fans lon conrcnterncnc jnepouuoitpas effacctle caradtc- íc que ion premier & veritable bapteime auoit imprime dans íon ame. Lors quon Ia plongcadansl’eau , elle entraifna vne de ces Religicufes auec clle, & quand on Ia voulut obliger à detefterfa Religion, clle leur craclia au vifáge, & ne voulut iamais abjurer. Àprcslc baptefme on lenuoya à Siiiatka, ou fon mary eftoit Weiuode, & ou ellc demeura, iufqu'a cc que les trois ans de Ton gouuerncmentfurent expires. Le mary eftant decode incontinent apres fon retour à Mofcou, clle croyoit pouuoir reprendre fes habits cílrangers, & fake profeífion de fa premiere Religion, qui eftoit Ia Reformée; maison s’yop- pol'a, on luy ofta fes deux fils, & on lenuoya auec fa petite filie au Conuent de Belojjora, àdix ou douze lieués de Mofcou; ou ellc vefcut cinqansentiers parmy les Religicufes,fans quon luy permift de parler à des perfonnes, qui luy puftent dire des nouuclles de fes parens, ou de fes enfans. Pendant tout ce tcmps-li elle ncn eut qu'vne feule fois, par le moyen d’vn cou- ureur Alleman^qui fous pretexte d’appeller fon garçon ,&de luy montrer les ardoifesqu’il demandoir,enfeignaàcettepau- ure defolée 1c lieu ou elle trouueroit des lettres. Elle y fitrepon- íc,&: apres la mortdu Patriarcheellcfortit du Conuent ,& fon fucccfleur luy permit de joiiir de fa liberte de confcience chez clle , de faire de rcccuoir des vifites; mais elle ne put iamais ebtenir la permiiTiond’aller au Prefchc. Ie 1’ayfouucntviíitéeen cct cftat,&j’ay fceuquecettcver- tueufe Daine eft decedée depuis deux ans, ferme conftantc en la profeífion de la Religion, iufqu’au dernier foupir de fa vie. A quoy j adioufteray en paífant, qu’il n’y a pas long-tcmps que Guillaume Batnejley, fon pere , eft dcccdé cn Angleterrc , âgé dc fix vingtfix ans,apres seftrc remarié cn fecondcs nopees en 1 âge dc cent. Les Mofcouites qui changent de Religion hors du pais, &qui veulent retourneràleur Communion, font obliges de fe faire rc aptifcr,quoy que la Religion Grecquc, encore qu’clle ne rc- çome point lebapteme dcl’Eglife Latine/emble neantmoins fe contender du premier, que lon peut auoir receu en leur Eglife; ansqu ilfoitbçfoindefc faire rebaptifer apres le changcment*.
  • ET DE PERSE, L1V. III. i47 Tis ont leurs feftes reglées, Sc leurs ieufnes, qu’ils obfer- uent exa&ement. II n’yapas long-tcmps que lesMofcouites croyoient auoir bien chommé la fefte, quand ils auoient cfté le matin à la Mefle,quoy qu’ils employ aftent lc rcfte du iour à leurs vacations ordinaires; de forte que mefmclors denoftre Ambaf- fadc, nous voyons le Dimanche 5c les iours de Fefte les bouti¬ ques ouuertes, Sc les Marchands 5c les Artifans trauailler à leur meftier :parceque, difoicnt-ils, il n’appartient qu’aux grands Seigneurs de fe donner du bon temps les iours de Fefte. Mais lc Patriarche , qui vit auiourd’huy a change cela, &c veut quc Port fermeles boutiquesnon feulementle Dimanche, mais aufll leMercredy &leVendrcdy ,qui font leurs iours de ieufnc -, ne permettant pas mefme que pendant le fcruice on vcnde du vin, ou de l’eau de vie àla tauerne. Leurs grandes Feftes, outre lc Dimanche, font au nombre de treize, 5c fuiuent felon leur année, laquclleils commencent du premier iour de Septembre, en cet ordre. Le 8. Septembre P'rafnick rofojlua prizijie bogorodice, c’cft à dire, la Fefte de la Natiuité de la Saintc Mere de Dicu. Le 14. Septembre Vz,emirna Wofdui fenja cbrejla. L’Exalta- tion dcla Croix. Lc zi. Nouembre VedcnjaPricifie Bogorodice. L’Oblation de la Sainte Merc de Dieu. Le zy. Dccembre Rofojiua Chrijloua. La Natiuité deNoftre Seigneur. Le 6. Ianuier Boiejaulenid, ou Crefibcma. L’Epiphanie, oula Fefte des Rois. Le z. Feurier Stretenu Goftoda Boga. La Chandeleur. Le zy. Mars Blagaucfenui Pricifte Bogorodice. L’Annonciation de Noftrc-Dame. WerbnaWofcrefchenid. Pafqucs Fleurics. Welikoi Den ,ou Wofirefchenid cbrijlo'toa; Le iour de Pafques, ou la Refurrettion de Chrift. WofnefcenU cbrijto'toa, L’Afcenfion de Chrift. Scbiejluie S'toetaga Ducha. La Pentecofte, ou l’enuoy du Saint Efprit. Le 6. Aouft Preobrojienia gojpcdo Chrijioiia. La manifeftation de la gloirc de Iefus-Chrift fur la montagne. Lc iy. Aouft VJpenia pricijle Bogorodice. L’Afceniion de la
  • t\% VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 l6' Mere de Dieu. Ils celebrcnt la feílc de la Trinité le lende- main de la Pcntccoíle, & celle de cous les Saints le Dimanché fuiuant. Au reftc ilnyapoint de iour en toute 1’année, ou il ne fe rencontre quelque feflc particulieredc Saints , & quelques fois dc deux ou dc trois; mais le peuple ne les chornme point. II n’y a que les gens d’Eglife,qui foient obligez dc dire 1’Officede ces iours là. Ils ont leur Almanach perpetuei, felon le vicux ilile, o li ils trouuent fans peme coutes les Fcíles ,tant mobiles qu’immobiles. tearfcruice Aux grandes Fcíles & le Dimanché ils vont trois fois à l’E- ghfe, premierement le matin deuant le iour, à Matinés, qu’ils appcllent Saflcrini ,• fur le midy à Yobedny ,■ & fur le foir à Wod- febemi, ou à Vefpres. Tout le feruicc confide en la lecture, que Ic P te (Ire faie, de quelques Chapitres dc la Bible, dc quelques Pfcaurncs, & du Symbole de faint Athanafe; à quoy ils adjou- tentquelquesfoisvneHomeliedc faintChryfoílome,& quel- ques prieres qu’ils chantcnt quafi de la mefme façon que 1’on chante les Antiphones;y meflant de temps en temps le Gcf- fodi Pomilui. Dieu ayes pitié de moy , que le peuple repete trois fois, en faifant le figne de la Croix. Apres cela le'Pre- ltre s’approchc de 1’Autel, firiuy d’vn Chapelain, & dit l’Of- fice, felon la Liturgie dc Baíile le Grand. II verfe du vin clai- ret del eau dans le Cálice , & y ictte quelques rnorceaux de pain , le confacre , 6C dit quelques prieres > lefquelles cllanc acheueesjil le prend auec vne cueiller,mais nen donne à períòn- ne, fi ce n eíl qu on luy apporte quelque enfant maladc, lequeí il fait comm tinier auec luy. SicciourlàlePreílreavcu fa fem¬ me , il ne peut point approcher de FAutel, mais il eíl oblige dc raire dire la Meíle par vn autre. Le peuple fe tiant deboutdu- íant 1c leruice, &: fait inceflamment dc grandes inclinations deuant les images, en prononçant le Gofpodi Pomilui. Ils fe con- tentent de la feulelefture du texte de la Bible, & de quelques homelies, ainíi que nous, venons de dire; &: ils difent pour leur raTon, que le Saint Efprit ayant fondé 1’Eglife fur la feule pa- roie dc Dieu, fans autre explication, ( en quoy ils fe -tromd pent neantmoins,) ils s’cn peuuent bien paífer áuífi; puifqu au- íi bien les diuerfes interpretations qu’on. luy donne, font em partie caufe des erreurs & ejes herefies, qui déchirent FEglife.
  • ET DE PERSE, LIV. III. II y acinq ans que lc Protopope de Afo w#,s’eftant amufe à pref- chcr, & à fe feruir de la parole deDieu,pour cxhorter le pcuple àla picté,le Patriarchele depofa auecles autres Preftrcs, qui auoientvoulu fuiure fon exemple, les excommunia& les rclc- gua en Siberie. Ils ontconipofc vn Liure, ou ilstraittenc les Hiftoires de 1’Euangile dvneeftrangefaçon, & lesaccompagnenc de tanc dc circonílances impertinentes, fabuleufes &impies, qu’il ne fe faut point eftonner de voir regner le vice & le peché par- my ceux,qui cn trouuent les exemples en leurs Liures de de- uotions. Ic me fouuicnsà ce propos d’vne hiftoire, que le Gcn- til-homme Danois, dont nous auons parle ailleurs, raconte en la relation de fon voyage de Moícou : fçauoir que s’entre- tenant vn iour auec fon Prijlaf, des chofes de Ia Religion, cc Mofcouite,qui s’appelloit Fedor,&eftoit defia fort aagé,Iuy di t, qu’il n’yauoitpas beaucoup de mala contrader vne habitude depecher iournellemcntjpourueu que 1’oneuft 1’intcntion de sen repentirvn iour,&à 1’article de la mort, &: allegua pour faraifon l’excmple de laMagdelaine. Cette Marie Magdelai- ne,dit-il, faifoit profeflion d’eftre courtifane; de forte qu’il nefaut pointdouter qu’cllc n’offenfaft Dieu à toute heure. Neantmoins il luy arriua vn iour, de rencontrer vn homme fur- le grand chemin,qui lapria de luy accorder ce qu’elle n’auoit iíamais refuféà perfonne: maiscommc les femmes de fon me¬ tier ne font pas touíiours d’humeur fort efgale ,elle n en vou- hit rien fairc; iufquà ce que l’homme la priaft pour 1’amour de Dicu,de ne le point rcfufer.Qu’alors elle s’accommoda à Ia vo- lonté du galãd,&: qu’en faifant pour 1’amour de Dicu,cc qu’el¬ le n’auoit pas voulufaire par complaifance,fon attion eftoit de- uenue ft meritoire,qu’elle n’auoit pas feulementexpié tousfes autres pechés par cette charité, mais qu’elle auoit aufti meri- té d’eftre eferiteen lettres rouges au Liure des Saints. II n’y a point d’hiftoire Euangelique2qu’ils n’ayent falfifiéc de la forte, &: qu’ils n’accompagncnt de circonftanccs auftiabominables quecelles-cy. Us font tous dcfcouuerts dans les Eglifcs ,& lc Grand-Due mefmene s’ycouurc point. II n’y a queles Preftres,quilaiflent fur la tefte Ja Skufia., ou la callotte, qu’on leur donne quand on lesconfacre. En faifant leurs inclinations deuantlcs ima- It 1
  • ijo VOYAGE DE MOSCOVIE, i gcs, ils font fouuent le ftgne dc la Croix, des trois doigts dela main droite, qu’ils portent premierement au front, Sc de làà la poitrine, puis apres à l’efpaule droite , Sc enfin à l’efpaule gau¬ che. Et afin que Ton ne croye point que cela fc faífe fans myfte- re,ils difent, que lestrois doigts fignifient laTrinité. Enles portant au font, ils veulcnt dire que Noftre Seigneur eft monte au Ciei fqu’ils fe touchent à la poitrine, pour marquer que ceft de cceur qu’il faut aimer Dieu, S£qu’cn le paílant de 1’cfpaule droite àia gauche, ils fe reílouuiennent du iourdu jugcment, ouDicu mcttra les bonsàfa main droite,Sc les medians àla gauche; les premiers pour eftre appellés au falut étcrnel, Sc les autres pour eftre abifmés dans les enfers. Les Moícouites n’entreprennent quoy que ce foit, qu’ils n’ayent fait le figne de la Croix, au boire Sc au manger, Sc en toutes leurs actions ciuiles. Leurs images. Pour ce qui eft des Images , ils aduoiient que Ton n’en a point veudans lesEglifes pendant les trois premiers íiecles, Sc iuf- quesau temps dc Conftantinlc Grand: ou s’ily en a eu ,qu’cn neles a pointhonorezd’aucuncultc ; mais que l’on ne s’en eft feruy, que pour reprefenter les Hiftoires de la Bible. Ils difent, qu’ils fuiuent en cela le fentimentdc loannes Dunufcams: mais il y a grande apparence qu’ils font pris dc 1’Eglife Grecque, auec laquelle ils nefouffrent point dc figure de relief, comine eftant defendue parle Decalogue: mais ilsontdes Images peintes en l’huile furdubois, d’vn tres-mauuais coloris, Sc fans propor¬ tion , de la grandeur d’vn pied, Sc vn peu plus longues que lar¬ ges. Ils n’en veulcnt point, ft elles ne font faites de la main d’vn homme de leur Religion ; quand mefmes elles feroient de la manicrc du meillcur peintre de l’Europe. Dans la ville de Mofcou il y a vn marché particular pour les Images, ou Ton nevend que cela;quoy qu ils appellcnt cette efpecc de com¬ merce, troquer auec de l’argent, dans la croyance qu’ils one qucles noms d’achat Sc de vente ,ne font pas aftez refpedueux pour les chofes Saintes. Cy-deuant ils vouloient que les Eftran- gers en cuftent cn leurs maifons,afin que leurs domeftiques Mofcouites y eufl’ent dequoy faire leurs deuotions; mais le Patriarche d’auiourd’huy ne veut plus permettre , qu’elles foient profanées par les AUemans : iufques la que Charles du Moulin, Marchand Hollandois, ayant achepté vne maifon dc
  • ri}** ET DE PERSE, LIV. III. lyj.* pierre,celuy quilaluy auoic vendue,raclala murailie, à l’en- droicoulon auoicpeintVimage,&:cmportalaraclurc. Lespai- fans ne vouloient pas pecmettrc que nous y touchaflions, ou que nous tournaífionslcs pieds de ce coílé-là, cn nous coucliant. II yen auoit mcfimes qui les faifoient ençenfer,pour lespurifier, aprcs que nous cftions forcis de chezeux. Les murailles de leurs Eglifes en font couces couuertes elles reprefencenc la plufpart,Noltre Seigneur, la V ierge Marie, Sainc Nicolas , Patron de Mofcoui£,ou les Saints particuliers qu’ils fechoifiífent, pour lc principal obictde leurs deuotions. Ccux qui commettentdes pechez, pour lefquels ils meritenc d’eftre cxcommuniez , font obligez de faire oiler leur Saint, que Ton nefouffre point dans l’Eglifc , non plus que leurs per- ionnes. Les grands Seigneurs &: lcs Marchands, qui ont du bien ornent leurs images de perles , &C d’autres pierreries, &: tous lcs Mofcouites les confiderent commc vne chofc fi neceflaire, que fans les images ils ne pourroient pas faire leurs prieres j lcf- quelles ils ne font iamais, qu’ils n’attacnent des cierges à leur Saint,qu’ilsncleregardentfixcmcnt, tantquela deuotion dure. Quand vnMofcouite entre dans vne maifon,ou dans vne chambre , il ne dit mot, iufques à ce qu’il ait découuert de la veue le Saint qu’il cherche, &: qu’ils pendent ordinairement dans vn coin , derrierc la table: &: s’il ne le trouue point, il de¬ mande, Icftle Boib ,oueftle Dieu. Dés qu’il 1’apperçoit, il luy fait vne tres-profonde reuerence, & prononce à chaquc fois fon Cofpodi Pomliu: Et apres cela il fe trouue vers la compagnie &: la falue. Les Mofcouites refpectent leurs images , commc ayans quelque chofede diuin , &: leur attribuent la vertu des mira¬ cles ; iufqucs-li qu’en fan 1643. vne vicille image commen> çant à changer de couleur, &: à deuenir vn peu rougeailre au vifage, Con lc mit à crier au miracle. Lc Grand Due cC lc Pa¬ triarchs s’en eftrayerent,comme fi cctte couleur rouge prefa- geoit quelque chofe de funeftc, &c commc fi ellc menaçojt 1’E- itatjou la perfonne du Prince d’vn malheur inéuitable: ôc il fuc fur le point de faire publier des jeunes extraordinaircs, & des prieres publiques par tout le Royaume, fi les pcintres, que Ton fit venrr, pour auoir leur aduis fur cctte affaire, n’eufient af-
  • iji VOYAGE DE MOSCOVIE, 6) S. feuré tous, qu’il n’y auoit rien, done Ton fe deuft allarmer; vcu qu’il n’y auoic rien d’extraordinaire, mais que lc temps, qui auoic mangé le coloris, auoic découuerc la premiere couche du tableau, qui eftoic rouge. Leurs Moines & leurs Preftres ne manquent pas de leur fai- re faire des miracles, ou d’y faire remarquer deschofesqui obligentle peuple à des deuoeions excraordinaires; qui fone touftours accompagnées d’offrandes , au profit duPreítre. La villc d’Archangel en fournic vn bon exemple cn deux Preftres de celieu-là: qui apresauoir amaíTé vne bonne fomme d’ar- genc par leurs impoftures , fc prirenc de paroles, quand il fallut faire le partage, &: fe reprocherenc fi bien leurs fourberies, que le Magiftrat en ayant efté aduerty, ils curenc chacun vne cren- taine de coups de nerfs de bceuf,de la façon que nous auons die cy-deíTus. Ces aíffonteurs ietcencces pauurcs gens dans des frayeurscontinuelles, & leur donnenc vne íi grande venera¬ tion pour leurs images,qu’ils n’ont recours qu’a clles cn leurs plus grands dangers.Iacob de la Gardie, general de 1’ Armcc de Suede,ay ant enl'an 1610. pris la ville de Nouogorod, le feu s’y mit,&: vn des habitans voyant fa maifon en damme, y prefenta vneimagedcS.Nicolas,Sc lapria d’arrefter lc progrez de ce furieux element, qui l’alloit ruiner. Mais voyant que le feu ne laiflbitpasdeconfumertout.ily iettafon image,&luy dit , que puis qu’il ne le vouloit point fecourir,qu’il s’aidaft luy mefme, & qu’il efteignill le feu,s’ilvouloit. On remarqua auili en ce temps-la,quelesfoldats Sucdois,qui ne trouuoient riendans les maifons, s’aduiferent d’emportcr les images des Mofcoui- tes,&les obligerentpar ce moyenà les fuiure, & à racheter leurs Saints bien chcrement. <, La premiere chofe qu’ils enfeignent à leurs enfans, c’eft de faire des reucrences aux images, &de faire de profondes in¬ clinations deuant clles. Ie logeoisà Ladoga chez vne femme quincvouloit point donneri dejeunerà fon enfant, quine pouuoit pas encore bien parler , ny fe tenir debout, qu’il n’euft fait ncufinclinationsdeuantleSaint,&qu’iln’euftau- tant de fois begayé fon Goftodi. Ce n’eft pas que parmy vn ft grand nombre d’innocens, il nc fc trouucdcsperfonnes aftez bien inftruites, &: qui dans ccs efpaifles tenebres de l’ignorance, ne voyent vn rayon dcla
  • ET DE PERSE, LIV. III. 153 Iumicre dc la verité. Car ie me fouuiens auoir connu dans la 16 3 6. Narua Ruflique vn riche marchand, qui vit encore auiour- d’huy , & qui voyoit fouuent nos AmbaíTadcurs, &c difnoic aueceux. Son entretien eftoit fort agreable, &: ilnccraignoic point dc dire, qu’il ne pouuoit pas approuuer 1’opinion que les autresMofcouites ont dcleurs Saints,nyleculte quilsrendent à lcurs images,& qu’il ne fe pouuoit pas fier de fon falut à des coulcurs,qu’il pouuoit effacer de fon mouchoir,&: au bois qu’il pouuoit letter au feu. Qtfil trouuoitenla Sainte Efcriture, qu'il auoit Ieue auec attention,des confolations bien plus íbli- dcs,& des fondemcns de fon falut ineíbranflables.Quc leu ieú- nencfcruoitdcricn,quandau lieu de viande l’on fe raíTafioic dumeilleur poiífon , & quandons’enyuroitduplusdelicieux hy dromel,&: de la plus forte eau de vie.Que le pain & 1’cau fuf- fifoient à ceux qui veulcnt ieufner, & que la priere faifoit la meilleure partie de cctte mortification. Les AmbaíTadcurs luy dcmanderent , pourquoy auec ccs bons fentimens, il n’auoit pas auífi la charitédc les infpircr àfes compatriotcs í II leur rcpondit, que cen’eftoit point ía vocation & qu’il n’y reiilTiroit point, puifqu’il paffoit dcja par- mycux pour heretique.Qu’il foufFroit les images dans fa mai- fon, mais feulement pour l’honneur de Dieu, & pour honno- rcrlamemoire des Saints. Qu’il gardoit chez luy le portrait du deffunt Roy de Suede, z caulc des a&ions hcro'iques de cc Prince 5 & qu’il croyoit pouuoir cn vfer dc mefmc de ceux dc Icfus-Chrift, & des Saints, qui n’auoient pas feulement fait dc grandes a&ions, mais aufli des miracles. 11 nous fit connoiftre par la fuite dc fon difcours, qu’il fçauoit toutes les raifons que les Grecs allegucrcnt au Concile de Conftantino- plc,contre ceuxqu’ilsappclloicnt Iconomaques en Tan 787. contre lequel Charlemagne aflembla en Tan 797. ccluy dc Francfort i ou la dodrine des Grecs touchant les images fut condamnée &: anathematifée. Depuis peuvn Cafansky Protopope, nommé luan NerMouXeii aduifé de faire desaíTemblées, ou ildcclamoit contre i’hon- neur , que Ton rend aux images ; traittant Tidolatrie le culte que Ton renda des coulcurs&à du bois. Ildifoit,quc s’il falloit auoir de la veneration pour les Images, que Ton pou¬ uoit admirer cn Thommc celle dc Dieu, &honnorer le pein- Ii iij
  • zy4 VOYAGE DE MOSCOVIE, 16trc pluftoft que l’image qu’il a faite; mais lc Patriarche y donna bien-toft ordrc , cn degradant cc Preflrc, qui fuc enferme dans lc Conuentde Cameno CMonaJhr, furlariuiere de wolga. Quandle bois de leurs images fe pourrit dc vieillefle, ils ne les jettent point, mais ils les mccccnt fur la riuiere, afin que le cou- rant les emporte; oubicnils les cntrercntdansquclque jardin, ou au cimetiere. Les Saints de Mofcouie nefont point fans miracle, non plus qu’ailleurs. Pojfettin dit,que cc ne font que des fables, Sc que les contes que Ton en fait, font ridicules. Ils en ont vn de nouuelle datte,nomme Sudaftoorets Philip Metropolit(>delamaifon de Col- lit z, ion. 11 viuoit du temps du Tiran luan Bafdo dts^Sc fefaifoit c5- liderer paries remonftrances qu’il faifoit ace Prince fur fa mau- uaife vie.Le Tyran s’en trouuant importune,lcrelegua dans vn Conucnt, fi cloigné dc la ville de Mofcou, qu’il ne pouuoit plus apprehender fes reproches:maisl’autre fit faire àla plume ce que la langue ne pouuoit plus cxecuter,&5 reprefentoit de temps en temps le jugement de Dieu aux yeux du Grand Due, auec des coulcursfi viues, que l’autrc ne pouuant plus fouffrir cettc liberte , 1’enuoya cftrangler par vn dc fes domeftiques. Ce bourreau trouua fon homme tout prefi: de mourir; mais il le pria qu’au lieu del’eftouffer auecvne corde, il luy vouluftdon- ner d’vn coufteau dans lc cceur j. cc qu’il fit. Les Moines du mefmeConuent lemirent au nombre des Saints Martyrs, Sc enuoyerent enterrer fon corps dans I’lfle de Solofkn en lamer blanche, aupresd’Archangel; ou l’on dit qu’il a fait bcaucoup de miracles. Le Patriarche d’auiourd’huy a perfuadéau Grand Due, qu’eftant encore Metropolitan de Rcjlou Sc de Inrijlau, il auoit feeu, que pluficurs maladcs y auoient cílé gueris, Sc que le corps de ce Saint fe trouuoit encore auili entier, qu’il eiloit le iour qu’il fut tucj&l’a obligéàlcnuoyer cnleuer de Solofka,.pour le faire transferer à Mofcou. Les miracles,que Ton fçaitcertainementauoirclfé faits à cettc tranflation, font: quele Kncz, cMichaélLeuontgftoits , qui fut depute pour cct cf- fet, y eftant allé auec vn Diak &c auec fes deux fils, Sc s’cllant embarque auecquelques-vns defes gens dans vne grande bar¬ que ouucrte, il arriua heureufement dans l’lflejmais l'on n’a ia- mais pu fçauoir ce que font deuenus les trois autres,auec leur ihite. L’autre miracle, fuc que le Grand Due, le Patriache Sc
  • ET DE PERSE, LIV. III. ijy toute la Cour, cftans allez au dcuant de ce Saint, iufqu’a vne 1 ^ 3 ^ lieué dc la ville de Mofcou, le Metropolitan! de Rojtoube&c I depuis que ce Saint y eft enterre, quoy qu’il foit proprement dedica la Tri- nite. Le Conuent eft fi riche, qu’il nourrit plus de trois ccns Moines, be fon rcuenu s’augmcntc encore tous les iours,par la liberalité d« Grand Due, be par les aumofnes des paflans,
  • 16} 6. Leurs Eg!if,: l56 voyage de moscovie, qai s'y acquittent des vceux qu’ils ont fait en lcurs voyages, ou en lcurs maladies, &:y font dcs fondations, pour dcs fcruices apres leur mort. Lc Grand Due, qui y va deux fois l’an en pe- lerinage, defeend du chcual à vne demy- licue du Conuent,& acheuele reftedu cheminà pied. Apres auoir acheuéfesde- uotions, il s’y diuertit quelques ioursà la chaffe, pendant la- quellc l’Abbc le defraye , auec fa fuite, de viurcs 5c de fourrage. II y a quelques annécs que les Mofcouites trouuerent vne image de la Vierge Marie i Cafan,dont ils enuoyerent vne co¬ pie à Mofcoujou on luy abafty vneEglife au grand marche,au- pres de la rue, ou les Marchands Couftelliers ont leurs bouti¬ ques. Ils appellent cette Eglife Precijla Cuz,anska>\n fainte Mere de Cafan,&: il s’y faitbeaucoup de pelerinages. Ils en font auf- iiau Conuentde chutina ,a vne licue 5c demie de Nouogorod, au fcpulcre delcur faint J^arlam, qui eftoit natif de Nouogo¬ rod,&:fut enterre à Chutina-, 5c e’eftpourquoy l’on appellcfa fcfte Prafaiik Warlama chutinskoga. Pour cequi cftde leurs Eglifes, nous auons dit cy-deflus, qu’il y a plus de deux mille Eglifes 5c Chapclles dans la ville,& dans les fauxbourgs de Mofcou, Sc qu’il n’y a prefque point de Seigneur, qui n’ait la fienne, Cellcs qui font de pierre, font rondes, & routesvoutécs; parcequeles maifons ou Dieu ha- bite, doiuenten quelquc façon reprefenter le Ciel, qui eft fon Throne. Elies n’ont point de bancs ny de fieges; parcc que perfonne ne s’y afhcd;mais tout le monde fe tient debout, ou fe meta genoux , pour fairc fa priere. Le defunt Grand Due, quieftoit fort deuot, fe couchoit tout de fon longa terre, quandilfaifoitfa priere. Ils ne fouffrent point d’orgues ny d’autres inftrumens de muiique en leurs Eglifes, 5c di- fent, que les chofcs inanimées ne font pas capablesdc glo- rificr Dieu. Qujon les auoit fouiferts fous la Pedagogie de la Loy ,• mais que depuis le nouueau Tcftament , ils ne doi- uent plus eitre dans l’vfage de l’Eglifc , non plus que les autres Ceremonies Iuda'iques. Lc Patriarche, qui vit auiour- d’huy,eft allé bien plus auant, & a fait defendre tous inftrumes du mufique, dont les Mofcouites auoient accouftumé de fe feruiren lcurs efcots, &en lcursaíTemblécs. Il y aquatreou cinq ans qu’il en fit faire vne rccherchc tres-exade par toutes les t.
  • I 6 3 G. ET DE PERSE , Li V. TIL 2J7 Ics maifons particulicrcs, &: cnayantfait chargercinq grands chariots, il lesficmcncr au clclh do la riuierede Mofcou, ou il Ics fit brtifler. On a laificaux Allemans lcur mnfiquc , &l’au- toritédu Patriarcheri’a pas eftc afi.cz grande , pour obligcr le Be jar Boris Nikita Iuanouits Romonon, à charter fes muficiens. 11 n’y a point d’Eglifcdc pierre, quin'aitau milieu dc quatretou- rclles vne tour, dontlc bout fie forme de la mefme façon que font les pommesdc nos lifts, ayans au deflus vne croix triple; par laqucllc ils difent qu’ils reprefentent Nofire Seigneur, comine Chef de l’Eglife, &: difent que la croix eftant la marque du Chriftianifme, ilfautnecefiaircment qucl’Eglife dc Chrilb fefafic connoiftre parla. Ilscroyentqueleurs Eglifesfont pro- fances par les cftrangers;c’cft à dire par ceux qui ne font point dc leur communionx’cftpourquoy quandau commencement de noftre voyage nousy entrions, I’onnous prenoit par les bras, pour, nous en faire fortir, &: bien fouucnt on ballayoit apres nous. S’il arriueque par mefgarde vn chien y cntre,ils nefe contcntent pas deballayer 1c paué ; mais ilsl’encenfent, &: le purifient auec del’caubenite. 11s out aufli beaucoup dcrefpeft pour les cimcticres, &ne permettent point que l’ony lafehe l’eau. Les cloches ne font point dans des clochers, mais dans vne Leursdoctic». eertaine machine auprés de l’Eglife, au cimeticrc , & dies font laplufparr fi petites,qu’à peine pefcnt-elles cent cinquante, ou deux cens liurcs. On les fonne quand on va commencer le feruice, & à l’cleuation duCaliccjcar le Pain y eftant mis imme- diatementapres laconfecratibn, ils ne font qu vne feuleeleua- tion. La corde ne tient point à la cloche,mais au battant: de for¬ te qu’vn feul homme peut faire fonner trois ou quaere cloches à la fois> cn tenant la corde attachcc aux deux coudes, & aux mains, Scfaifant ainfi par de diuers mouuemens vn carillon, qui ne defplaift point aux Mofcouites : mais ccluy du grand nombre des cloches, qui fonnent bien fouuent routes a la fois> entoutesles Eglifes,fait vne eftrange bruit aux oreillcs dcccux qui n’y font pointaccouftumez. Ilscroyentquc cette fonnericeft fi neceflaire, que fans cela leurLiturgic feroit imparfaite. Etde fait, vn certainPriftaf, quiconduifoit des Ambafiadeurs de Suede, ayant feeu qu’ils vouloicntfaire leurs dcuotions, à caufe de la Fcfte de S. Mi- Kk.
  • i4o VOYAGE ‘DE MOSCOVIE, i 6 té». chcl, ildie, qu’il ns pouuoit pas comprcndre comment ils fe«. roient; veu qu’en ce grand voyage ils n’auoicnt pu apporter dc cloches. II n’y a point d’Eglife qui n’ait vne image fur la portc.fcmbla- blcment a. tous les coins dc rue quafi,& à routes les portes de la villc il y a des images , ou les Mofcouitcs s’arrcftent pour dire leur Gofpodi. Ils adreiTent auifice Gofpodi aux croix, qui font fur les Eglifcs; dc forte qu’il n’y a point de rue, ou Ton ne les voyc arreftez,pour faire leurs deuotions. Le gouuernement Ecclefiaftique eft compofé d’vn Patriar- che, de plufieurs Metropolitains , Archeuefques, Euefqucs, Archidiacres,Protopopes & Popes.Le Chef de leur Hierarchic eft lc Patriarche, qui a chez eux lamefmc authorité, que le Pape fc donne dans l’Eglifc Latine Le Patriarchede Conftan- tinoplc en auoit autrefois la nomination. Aucc le temps on neluy laifla que la confirmation ; mais depuis quelqucs années oníuyaofté l’vne ^l’autre. FiUrete Nikuits, pere du defrunt Grand Due, a eftéle dernier ,qui ait demande la confirmation au Patriarch© de Conftantinoplc. Auiourd’huy l’cle&ion du Patriarche de Mofcouie fc fait par les autres Prelats, qui s’af- femblent dans la grande Eglife du Chafteau, qu’ils appellent Sabor,Sc nomment deux ou trois Prelats de leur Corps, des plus confiderezpourleurfçauoir, &pourlaprobité de leur vie, Sc lesprefententau Grand Due, qui apres en auoir communique auec les Prelats,procede auec eux i Selection; fi ce n’eft que les qualitez des nommez rende lc choix que Ton en pourroit fai¬ re fi difficile, que l’onfoit oblige d’auoir recours au fort. L’on cn vfa ainli en l’eledion du dernier Patriarche. C’cftoit vn Prelat du fecond Ordre, &C on l’auoit nomine, auec deuxau- ttes Metropolitains ,a caufc dc la reputation que fa bonne vie luy auoit acquife. Le fort eftanttombe fur luy, tous ceux du premier Ordre en tefmoignerent du mefcontenrement; de forte que Eon y rctourna pour la feconde fois, qui luy fut auifi fauorablc que la premiere : mais l’ambition des autres Candidats paroiftant encore fur leurs vifages ,leGrand Due cut la complaifance dc faire reiterer le fort, qui reufiit encore à ion aduantage; fi bien qu’il n’y eut plus moycn de s’en dedire. Celuy qui vit auiourd’huy, s’appelle Nicon , Sc eftoit cy-deuant Metropolitajn dc Roden Sc de Uroflon , Sc eft aagé d’enuiron
  • ET DE PERSE, LlV. UI. i59 quarante cinq ans. II demeuredanslePalais, euila faitbaílir l6;cí. vn bei Hoflel de pierre. 11 cienc bonne rabie, te eft de íi bonne humeur, qu’il lafaitparoiftre mefmes aux acbions les plus fe- rieufes. Car vnc belle filie s’eftant prcfentée à luy, pourrecc- uoir fabcncdidlrion, apres auoirefté.rebaptizcc, aucc quelques- vnsdefesparents, il luy dift, qu’il eftoit cn doure s’il deuoit commcncer par le baifer que lon dorme aux profclytes apres le baptefme.ou par la benediction. L autorité du Patriarchc eft fi grande, qu’il partage en quel- que façonla fouueraineauecle Grand Due. Il luge fouuerah nement toutes les caufes Ecclefiaftiques,&: difpofe abfolument des affaires de la Religion: auec tant de pouuoir, qu’il reforme inefme dans la police ce qu’il croit eftre contre les bonnes moeurs, ou contre la modeftie Chreftienne ; fans quele Grand Due s’en raeílej finon pour faire executer, fans aucunc con- teftation, tout ce quele Patriarchc ordonne fur cc fuiet. II a fousluy quatre Mctropolitains, fept Archeuefqucs te vn Eucf- que. Les Mctropolitains fontecux de N ouogorcdskoi teWdikolukskoy ^ qui demeure à Nouoporod. Rosioufskoi te laroJLwskoy, à Rojlof. Cafimkoi te S'toiatskoi, à CaJJkn. &: Saraskoi te Pondonskoi , demcure dans le Chafleau de Moícou. Les Archeuefqucs font ceux de Wologdskoy te Wd.ko Prcmskoi. demeure à Wologda. Rejanskoyte Moromskoi, à Refin. Sufdalskoy te Tor rusk y, à SufdaL . Ttoerskot te Cafirnskoi, à T\\ère. Sibirskcy te IcboLkoy; à Tolo les ha. \^AJlraeh
  • t6o voyage DE MO SCO vie, id) 6. T.cusPrcIâts fii fs m.uient poinr. Li fiçon de vúirc de leur* Moines. Inhabit des Ecdcilaftitjucs IgHmeni, qui font leurs Abbes,leurs Prieurs Sc leurs Gardiens. LcPatriarche , les Metropolitans, les Archcucfques &lcs Euefques ne fe marjent point, SC font vceu de chafteté,pour le temps qu’ils font conftitucs en cettc dignité, quine leur imprime point vncaraftcreindelebile, comme ailleurs. Il leur eft defen¬ da dc porter des bagues aux doigts. II ne portent point dc chaui- fes,ny de chemifes de toile, mais do laine feulement, Sc ne cou- chent point fur des lifts. Les Religicux ne mangent point deviande, ny mcfme dc poillbnfraiSj&neboiuent point devin, d’eau dc vie ou d’hi- dromel, mais ils font obliges de fc contenter de leur quas; quoy que hors du Conuent ils fe difpenfentde la feueritéde cette loy , Sc mangent dc tout ce qu’on leur donne; feferuans fou- uent fi biende foccafion, qu’illesfaut remporter à quatre au Conuent. L’habit ordinaire du Patriarche , aufli-bien que des Metro¬ politans,des Archeucfques,des Euefques,comme auili de lenrs Moines, eit vne efpecc de fottancllc noire, fur laqucllc ils met- tentvncveftcdclamefmecouleur, &:àpcu prés dc la mcfme façon de celles des autres Mofcouites. Leur coiffure ou chape¬ ron, a pour lemoins vne aulne demie de diametre, Sc au mi¬ lieu vn rond, de la largeur d’vnc aifiette , qui leur pend derricrc la tefte. En allant par la ville ils portent à la main vn balton cro- chu aubout, en forme d’angle droit, qui leur fere de erode, Sc ils l’appcllcnt Pofok. On peutiugcrdunombredcs Popes ou des Prcftres, que l’on trouucdans la ville de Mofcou, parccluy desEglifcs, parmy lefquels il n’y en a point, qui foicntvn peu plus grandes que leurs Chappellcs ordinaircs, qui n’en ayent trois ou quatre, Sc dauantage. Ceuxqui veulent embrafler cette forte de vie, s’a- dreflentau Patriarche,ouau premier Metropolitan qu'ilsren- contrent,qui les examine, Sc s’iltrouuc qu’ils fçachent medio- cremcntbien lire0^ eferire, Sc chanter dans l’Eglife, il leur donne l’Ordre Sc vne atteftation. En les confacrant, on les ha- bille de la façon que nous venons de dire, Sc on leur coupe les cheueux auhaut de la tefte, que 1’ony couurc d’vn petit bon¬ net, cn forme dccallotte jqui eft le feul caraftere dcleurPrc- ftrife. Car ils ne l’oftent iamais , que pour fe faire couper les cheueux, Sc eeluy quienbattant vn Prcftre luy feroit tomber
  • ET DE PERSE, LI V. III. i6i fa callotte à terre, feroit bien feuerement puny, 5c oblige de luy i 3 6. payer la bicclHejlà ou d’ailleurs on peutoutrager vn hommc de cette profeifion, auec la méfmc impunité qu’vn autre: mais pour lefaire fcufement, on luy oftc fa callotte deuant que dc le battrc,& apres cela on la luy rcmct refpeducufement fur la tclte. Les Protopopcs ,S£lcs fimples Preftres ,font obligez de fc LesPrcftr« marier; mais il ne fe pcuucnt pas rcmarier en fecondes, ou cntroifiémcsnopccs,s’ilsncrenoncentàlaPrcftrifc. I Is alle- gucnt pour ccc effctle texte de faint Paul, en la premiere Epi- ftre à Timothée, chapitre troifiémc ; oil l’Apoftre dit, qu’il faut que l’Euefque foit mary d’vne fcule fenune. Ce qu’iis n’cntcndent point ny des Eucfques, quoy que le texte y foit formel , ny dc la Polygamic mais fculement de la neceffité qu’iis impofent au Prcftre dc fe marier, pour dcuenir mary d’vne femme. Et ce poind du rnariage des Preftres fait vn des principaux differens, que les Mofcouitcs, 5c toute l’Eglife Grecque,ont auec celle de Rome, qui defend le mariageaux Preftres. 11sfortifient leur opinion, principalementparlequa- triéme Canon du Concile ,qui fut tenu à Gangres en Paphla- gonie,peu dc temps apres celuy de Nicée; qui anathematife ccux qui font difficultéde communier dela maind’vn Preftre made. Mais les Preftres Mofcouites ont cela de particular, qu’iis font obliges de fe marier, deuant que de rcceuoir les Ordres, &:d’efpoufcr vne fille,& non pas vne vefue, ou vne . femme dc mauuaife vie :en quoy ils font ft exads, que ft vn Preftre trouue fon efpoufe déflcuréela premiere nuid de fon mariage0il faut qu’il faife diuorcc auec elle,ou auec la Pre- ftrife. Le Preftre qui s’cft approchc de fa femme la nuid, ne s’approche point dc 1’Autel le iour fuiuant, 5c vn Preftre veuf ne peut plus adminiftrer les Sacremens. II peut bien aftifter aux Offices de Faíicrim 5c ò.zV etierni; mais il n’eft point ad- mis a celuy d'obedni, on l’on communic, 5c ne peut plusbenir les manages. Ccux qui ne veulent point viurc en cét eftat, &tqui s’cnnuyentduCelibat,changencde meftier,5£ ic font Marchands ou Artifans, &fe rcmarient:& pour cét eftet ils n’ont qua quitter lent vefte 5c leur callote: s’ils lont trop vieux pour fe marier, ils fe retirent dans vnConuent;& acheuent leur vie dans la ietrairte. Kk iij
  • M* VOYAGE DE MO SC O VIE, i ó 3 (5. Ils ont vn trcs-gtand nombre de Conucns de Relioieux Sc cnts!"5 Con*Religicufcs, tant dans les Villcs qu’à la Campagne, Sc ils foment quafi tous la Regie de Bafile le Grand. La pauureté, l'âge,les infirmitez,l’ennuy dumcfnagc, Scla violence rcm- pliífent lcs Conuens, plâtoft que la dcuotion. Quandellecít volontaire,I’on pcrmetàccuxqui one dequoy-, de porter vnc partic de leur argent au Conuent; mais ils font obliges de laif- íerlerefte à ieurs heritiers. Autrefois les fupcrftiticux y don- noient tout leur bien, Sc lon voyoit que cette manie s’cftoit fi bien faifie delefprit de plufieurs , qu’auec le temps lcs Moi¬ nes euflent occupé vne bonne partie de la Mofcouic , íi lon ny euftdonne ordre. Ils ont leures heures reglées pourlcSer- uicc , Sc ils difent Ia plufpart de leurs prieres au Chapclct. L auílerité de leur vie eít grande, en ce qu’ils nc viuent que de poillon falé,dc miei,de laict,dc fromage, d’herbes &r dc legumes, Scparticulicrcment de concombres, frais &confits au fel Sc au vinaigre, qu’ils coupent cn quarreaux, & les man- gent auec la cuiller dans du ^uas. Ils ont eela de commun auec quail tous les autres Mofcouitcs, qu’a peine fçauent-ils lire &: eferire. De dixiln’y enapas vn quifçachefOraifonDo- minicale, & il n’y en a quail point, qui fçache le Symboledcs A polires, Sc lcs Commandemcns de Dieu. Ces Moines ne fone pas fi fort retirez , que l’onn’en voyc par touten grand nombre, alavillc Sc a la campagne, ou ils font lcs mefmcs fon&ions que lcs paifanSjdont ils ne font diítingucz que par Dhabit. II eít vray qu d y aauífi force Anachorctcs, qui baftiífcnt des Chapellcs fur le grand chcmin, Sc qui demeurent dans les bois comme des HermiteSjOU ils ne fubfiítcnt que des aumofncs qu’ils tirent des paflans. teur ícufhc. Ils ieufnent le Mercrcdy Sc le Vendrcdy , Sc s’abftienncnt íi tort de toutes fortes de viandes, Sc mefrnes d’oeufs Sc de laid, quedepuis quelquesannccs les plus deuots ne voudroient point auoir mange du fucre •, parce qu’ils fçauent que 1’on fe fert d.e blancs d’ceufs, pour le clarifier. Leur annce eít compoféc de plus de iours maigresque d.c gras. Car outre les deux iours dc chaquc fepmaine, Sc les veit- les des grandes Feftes, ils ieufnent pendant le Carefme fep,t íepmaines entieres ; quoy qu’en la premiere ils mangent du beure, du laid Sc des oeufs, Sc ç’e(t-là leur Garnaual, ou ilsfont
  • ET DE PERSE, LIV. Ill, ^ d«s cxcés incroyabics à boire, &: des infolences, aufquclles lc i6}6. Patriarchc na pas encore pu remcdier. Lafcpmaine fuiuante ils nemangent quedu miei, des herbes&des legumes, &ne boiuencquc du quas Sc de 1’eau: ils fe baigncnc Sc fe ncttoyenc des ordures, qu’ils one contrattées danslcs defordres de leurs debauches. Toutlerefte du Carefme ilsviuentforcfobremenr, Sc les plus deuots ne mangent point de poiflbn,fmon le Di- manche. Leur fecond Carefme commence huit iours apres la Pcntecofte , Sc dure iufqu a la Saint Pierre. Lc troiíiéme depuis le premier d’Aouft iufqu’au 16. Sele quatriéme depuis len.Nouembre iufqu’iNoel. II eft vray qu’il y en a qui fe relaclxent quelquefois de cettc grande aufterité; mais ie n’ay point connu de Mofcouite, qui n'ait exadement obferuérabfti- nence pendant le Carefme; mais comme ils ne sen difpenfenc point, rnefmes cn leurs plus grandes maladies,aufli ne les pour- roit-on pas obliger à manger du poiflon le Dimanche,& les Fc- fteshorsdu Carefme j parce qu’ils croyent que ceil de l’inftitu- tion Apoftolique de manger de la chair le Dimanchc, &: qu’ils font obligez d’obferuerla Regie qui fe trouue fous le nom de S. Clement, aux Tomes des Conciles, de Pimprefllon de Veni- fe ; quidit qu’vn Ecclefiaftique qui ieufne lc Dimanchc,ou le Samedy ,doit eftre degrade ,&:iivn Laic fait la mcfme faute, ildoiteftrecxcommunié. Lainefmc Regie,qui leur ordonne dcs’abftenirde viande le Carefme, leur defend aufli de tou¬ cher leurs femmes pendant ce temps-la, fur des peines bien expreiles. Les perfonnes qui font paruenties cn agede connoiffance,-^"1 confci‘ font obligez defc confeiler deuantla Communion. Cette de- uotion eft fort volontaireparmy eux; mais il n’yaquali point de Motcouitc, qui ne communic à Pafques. Ils s’y preparent par vne mortification extraordinaire, huift iours durant j pen¬ dant lefqucls ils.nc mangent que du pain dur, Sc ne boiuent quede l’cau&duyw^/jfiaigre, qu’il leur donnedes trenchées au ventre, Sc les abbat entierement. Ils font leur confelfion de bout,aumilieu del’Egliie, &deuant vne Image, fur laquellcils tiennent les yeux arteftez pendant la confeifion; recitans tous leurs pechez par lc, menu, Sc témoignans a chaque pechc leur repentance, Sc promettans de s’ajncnder. Le Preftre , cn leur donnant l’abiolution, leur donne aufti des:pcnitences à faire,
  • Leur Comma- a ion. .VOYAGE DE MOSCOVIE, quiconfident principalement, à prononcer plufieurs fbis lc Gef- podi Po&iiluy, ou de faite vn certain ndmbrc de rcuercnces dc- uant lcs Saints, de s’abftenir des femmes pendant vn certain temps,de fe teniràI’cntrec de l’Eglife : ou files pcchezfont enormes , de feferuir d’eau beniile , qu’ils confacrent le iour des Roys que les Preftres gardent le long de i’anneepour cet vfage, qui n’eft iamais gratuit. Ils eftiment que cctte can eft capable dc les nettoyer de tous leurs pcchez, de les mettre enl'eftatde grace. Ils communient ordinairement la veille de Pafques ; au moins ilschoififfent pourcèlavn iour deieufne i cc qu’ils ob- feruent fi exa&ement, quequandmefmc quelqu’vn commu- nieroit le Dimanche,il ne pourroit point manger de la viandc ce iour-la. Ils communient fousles deux efpeces,& meflent mefme dc l’cau auecdu vin. Ilsymettentauifi le pain,&:en prennent vn morceau auec le vin dans vne cucilldr. Le pain eft leuc, &: doit auoir eltc peftry &: cuit par la veufue d’vn Preftre; ce qu’ils croyent eftre tcllementdel’cffenccdu Sacre- ment, qu’vne dcs principals caufes du Schifrnc entire l’Eglifc Grecque&la Latine ,eft, que ccllc-cy fe fert du Pain fans lc- uain, contrc l’inftitution exprefl’e de Noftre Seigneur, qui pour abolir la ceremonie des Iuifs, qui fc feruoient d’Azyme, a vou-- lu prendre du pain comun. On lc confac're,ou le ioiir mefme de la Communion, ou lc Icudy dcuant Pafques: l’vri pour les com- muniants qui fe prefentent, 1’autre pour les maladcs?6£ on garde ccluy-cy lc long dc l’annce. Ce pain eft enuiron deux fois plus grandk plus efpais qu’vne piece d’vn éfeu . &aau milieu la figure du Crucifix. Aprcsque le Preftre fa confacré, ilenenleue cctte figure auec vn infttumentfait en forme d’vn fer de lance,& l’enfermc dans vn pigeon de bois : que Ton pend au deftiis de l’Autcl,afin d’empefeher que lcs fouris nc )e mangent. Quand on veut communicr vn malade, Ion cn prend vn miette, fur laquelle on verfe trois gouttes de vin elairet, on lc met dans le CalicC, ou 1 on mcfle quclquefois vn peu d’eau,Se on le donne ainfi au malade dans vnecueillcr. Mais s’il n’eft pas eneftatde pouuoir aualet lc pain , on de liiy donne que du vin confacré. Pour ia Coiamiirtion ordinaire, ils le fer- uetit d’vn pain confacré,de la mefme forme que 1 autre ; mais pas plus grand qu’vn demy efeu, dont ils enlcuent aulli le Cru-
  • ET DE PERSE, LIV. III. 16$ cifix,&:le rompcnt en autant de pieces quily a dc commu- niantSjlesietcent dans du vin clairet, Sc y meílent vn peu d’eau tiede : parce que fans doute le fang Sc l’éau qui fortirent du cofté de Noftre Seigneur 1’eftoicnt. Ils croyent la trans- fubftantiation , Sc en adminiftrant le Sacremcnt le Preftre prononcc ces paroles: Cecy eft le vre,y Corps , &le vray Sang de Noftrc Seigneur Iefus-cknjl, qui a ejlé donncpour tcy,& pourp/u- Jietirs, en remijiion de tes peche^' , leifuel í/t prenàras en memoire delay. Dieu te benie. Les plus dcuots dorment apres la Commu¬ nion, afin de nc point pechcr ce iour-là. Le rcfte du pain con- facré fert de pain benit. Ils 1’appellent Kutja , Sc le Preftre en donne vn morceau le Dimanche fuiuantà ceux qui ont coni- muniédansla fepmaine. Iln’ya point d’enfant íiieune, qu’ik ne faftent communier; mais ce n eft que quand il eft malade,Si: on ne luy donne qu’vne des efpcccs, iufqu’a I’age de fept ans, Sc alorson le communic commc les autres : parce qu’ils difent qu’en cét âge là on commence àpecher mortellement. Ils ont fans doute pris cette couftume de ce qui fe faifoit dés lc troifteme ilccle, ouS. Cyprian dit, que l’on communioit les enfans immediatement apres le Baptefme; ccqui eftoit enco- rc en vfage du temps dc S. Auguftin. Mais auec le temps Ion a change cette couftume: puifqu’a ce que dit Nicephore, fils dc Califte, qui vnioit au quatorziéme fiecle, de ion temps l’on: ne donnoit aux enfans, qui apprenoient les premiersrudimens dcs fcicnccs, que le pain confacré, qui eftoit demeure de refte, apres la communion. En Mofcouie l’on communic aufli les infenfez; mais l’on ne fait que leur toucher les lev res du pain détrempé dans lc vin. Le Preftre qui a baifévn corps mort, ou qui a afliftc à Pen¬ te rrement, ne peut point confacrer, ny adminiftrer le Sacre- mentce iour-là; parce qu’on le tient pour fqUillé. II nc luy eft point permis non plus de communier vne accouchéc dans la mefmechambreouellea accouché; mais elleeft obligee defe faire porter dans vn autre departement, Sc de fe fairc laucr. Autrefois ils enuoyoientle pain confacré à la campagne, aux lieux qui n’auoient point de Preftre, SC mefme ils en donnoient àceuxqui alloient faire voyage, ou qui alloient à la guerre; qui fc confeftbient deuant que partir, Sc communioicnt de leurs mains, quand ils cn auoicnc la commodity , ou quand ils fe 16 $6.
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, i 6}<>. voyoienc on danger de mort,pour leur feruir de Viatique. Cctte couftume de prendre le vin confacré dans 1’Eglifc, 8C d’emporccr lc pain, pour le prendre au logis , 8c mefme cel- les des Anachorcccs, qui emporcoient l’vn 8c 1’autrc cn leur re- traicte, eft fi ancienne, que S. Cypnaa, 8c Tertullien mefmc,cn parlenc, commc d’vnechofe, qui cítoic fore commune cnce temps-là; mais cecte façon de communiera efté cncieremenc abolie cnMofcouie, aullibien quailleurs. Ceux qui ont faie íèrment en Iufticc,ou qui ont commis mcurtrc,ou quelqu.e au¬ tre peché enorme, ne pcuuent cominunicrqu’àrarticledela' mort. On communictouslesmaladcsqui fonren cét cícat là, &: on leur donne en mefme temps rExtreme Onction : mais apres cela on, nc lent frit plus rien prendre, non pas mefme de la n'ourriture li ce n’ell quel’on appcrçoiuc viílblemcnc qu’il reprendjes forces, &c qu’il promet vnc rcconualefccnce aíleurée. Deuant la communion ils clonncntquelqucsfois aux maladcsdc l’eauou del’cau de vie, ou ils font détremperdes reliques. Hyena, qui eítans cn çét cftatlàfe font rafer,pren- nent 1’habic de Moine, 8c le deuicnnent cífecliucmcnt: Car aprescela il ne leur eft point permis de prendre quoy que ce foit pendant huit iours: parce quils difent, que ceux qui pren- nent cét habit, quils appcllent Scraphique, ne font plus au nombrç des homines, mais íònt dcucnus Anges. Et li nonob- ftant pette abílinence de huit iours ils reuiennent à reconua- lefcencc, ils font obligezdc s’acquittcr de leur vocu , 8c d’en- trerdans le Conuentjparce que le rafoirleur a palie furlatche. Leuts enterre- Pour ce qui eít des enterremens des Mofcouitcs, ils les fone mens. aucc beaucoup de ceremonies , commc toutes les autres aébions publiques. Des que lemaladc eft decedé, fon cnuoye querir les parents 8c les amis du defunt, qui s’eftans rendus au logis, fc rangent à l’entour du corps, s’excitcnt à pleurer, afin d’aidcr les femmes, &: demandent au defunt, pourquoy il s’eft laifle mourir? íiccs affaires neíloicnt pasenbon eltat? s’ilmanquoit de manger ôedeboire? fi fa femme n'cftoit pas aífez belle &: aílezieunc? fi clle luy a manque dc fidelitcíôPc. Lon cnuoye auffi-tofl: vn prefent dc bicre, d’eau dc vie 8C d’hidromel au Prcfhc, afin qu’il faífe des pricres pour Tame flu defunt. On laue bien le corps , 8c apres 1’auoir reucílu d’vnc chcmife blanche, ou d’vn linceul, on luy chauífe des
  • 163$. ET DE PERSE, LIV. III. ié7 fouliers,fairs cTvn cuir dc Ruffie fortdclié, Sc on lc met dans le cercueil , ayant les bras pofés fui Peftomach, en forme de croix. Ils crcufén.t leurs bicres dans lc trone d’vn arbre Sc e’eft vne marchandife que 1'on trouue cn grande quantité expofee en vente par toute la Mofcouie. Ón lacouured’vn drap,ou bien de la cafaque du defunt, on le porte à 1’Eglife, &fi e’eft vne perfonne riche, &: que la faifon le permette, on ne Ten cerre pas auffi-toft, mais on lc laiífe-là huit ou dix iours; pendant lefquels le Prèftre iuy donne dcPencens&de 1’eau benite tous les iours. j , L’ordreduconuoy fe fait en la-maniete fuiuante. A Ia tefte marche vn Preftrc, qui porte Piroagedu Saint,qui aefté donrié au deffunt à fon baptefme,pourluy feruir de Patron. Aprescela fuiuent quatre filies,des plus proches parentes du deffunt, qui feruent de plcureufcs,& qui rempliffent Pair de leurs cris& de leurs lametations effroyables,d'vn ton concerte Sc fi iufte,qu’el- les ceifem toutes à la fois, pour recommenccr èn mefme temps, parintcrualles. Aprescela (uitie corps,que fix homines portent furies efpaulcs:& fi e’eft vn Religieux, on vne Rcligieufe, fes Confreres ou fes compagnes luy r ell dent det office.Les Preftres •marçhent auprés du corps dc tous coRefc,& l’cncenfcnt,pour en efioignerlcs mauuais efprits, Sc chantemquelques Pfeaumes. Les parents & amis fuiuent-le corps, Sc marchent en Confufion, tenans chacun vn cierge à la main. Eftans arriuês auprés dclafoile, l’ondefcouure la biere, Sc l’on tient Pirruge de fon Saint fur luytandis, que lePreftre faitquelques prieres, oil il racile forwent ces paroles. Seigneur regardc cetteawe eniu/Hce , & quelqucs palfages de leur Litur- gie, pendant quela veufuecontinue fes plcurs, Sc continue fies demandes,qu’clle luy a defiafaites. Apres celales parents 5c amis prennent conge dudeffunt, en lc baifant, ouenbaifant feulcment le cercueil: 8c finalement le Preftre approchc, Sc luy metcntrelcsdoigts vn billet, figné du Patriarche, ou du Metropolitain du lieu, Sc du Confefieur, qui le vendent felon la qualitc dcs perfonnes qui Pachettent. Ce billet, qui doit fer¬ uir depafle-port pour lc voyage de l’autrc monde, eft conccu ences termes. Nousfoubs-Jignez, Patriarche you Metropolitan/)^ & Prejlre de cette ville de N. reconnoijfons & certifionspar cesprefen- tes, que N.porteur de nos lettres, a toufiours uefeu parmy nous etn LI i}.
  • I c $
  • it ET DE PERSE, L1V. III. par dcs aumofncs. G’cft pourquoy il n’y a quafxpoint de Mofco- 1656. uite, qui en allant le matin a l’Eglife, ou à fcs affaires, n’achet- te du pain, pour le diftribucr aux pauurcs; quibienqu’cn tres- grand nombre, en font vn fi grand am as, que ne pouuans con- fumer tout, ils font fechcr le rcfte au four,3d en font vne cfpcce de bifcuit, qu’ils appellcnt Sucbati, õdle vcndentaumarché a ccux qui font voyage. Au reftclcs Mofcouitcs pcrmettcnt a routes fortes de nations Lct Mofco„i_ oi de Religions de demcurer parmy cux, commc dcs Reformes, tes ne íotfriéc des Luthericns, dcs Armcniens, dcs Tartares, des Turcs 8d des [^Xpcs. ** Perfes, mais ils ne vculent point fouffrir lcs Iuifs ny les Catho- íiques Romains. II y a vn fort grand nombre de Protcftans par route la Mofcouie , 3d en la feule ville dc Mofcou ily en a plusde mille, quiontrexerciceiibre deieur Religion. Les Re¬ formes & les Lutlieriens auoient cy-dcuant leurs Temples dans le Ccrcle de Zaargorod: mais il y a enuiron vingt-ans, que les Lutheriens pcrdirent Ieleurpar l’imprudence de leurs fem¬ mes : parce que celles des Marchands ne voulans point ceder aux femmes des Officiers, qui n’eftoicnt la plufpart que dcs feruantesrcucilues,elles enrrerent enfembleen conteilation, 3d en vinrent dcs paroles aux mains, dans le Temple, auec tant dc fcandale, que le Patriarche, qui y paffoit par hazard, ayant fccu le fuiet de leur querelle , commanda qu’on démolift le Temple: Ce qui fut execute a l’heure mefme. Mais on leur a permisd’en baftir vn autre auquar tier dc BolJòigorod.O n ofta aux Reformes leur Temple, parce que non contcnsdc laChapellc de bois, qu’on leur auoitdonnée dans lcquartierde la murail- le blanche, ils y voulurent faire vn baftiment de pierre; qui eftoit quafi achcue, quand le Patriarche,qui n’y auoit point confenty,fit abbatre l’vn Sd l’autre. Auiourd’huy les EGran¬ gers n’ont point dc Temple, ny mefme dcmaifons,dans la ville. Carles Allcmans fe voyans expofésàla riféedcs Mofcouites, depuis que lafantaific du Patriarche les a obliges à fe diitingucr par les habits d’auec les habitans du pais, pour fe dcliurcr de cette perfecution,fupplierentle Czaar de les proteger contrc lcs outrages, & contrc lcs infultes qu’on leur faifoit tousles iours. D’ailleurs lesPreftrcsfe plaignoient ,de ceque les Ellrangers baftiffoient fur leurfonds, Sd diminuoient le reuenu de leurs Cures; de forte que le Grand Due pour faire plaifir aux vns LI iij
  • I/O VOYAGE DE MOSGOVIE, i 6. Sc aux autres, leur donna hors de la ville auprcs de la porte Po- krofky^vw lieu capable de contenir toiites les maifons des cftran- gers, qui firent auífi-toft demolir celles qu’ils auoient dans la villeJ&: firent en fort peu de temps vn Fauxbourg,que Ton nom- mc Nona Inafimskit Sloboda; ou les Lutheriens ont deux Tem¬ ples , Sc les Reformez deux autres; l’vn pour les Hollandois, Sc les autres pour les Anglois, Sc ou ils ontd'autant plus defatis- faction, qu’ils font commc hors du commerce des Mofcouites, &horsdu danger des frequentes inccndies, qui commencent ordinaircment dans les maifons de ces barbares. Les Lutheriens Sc les Reformez viuent en fort bonne intel¬ ligence entr’cux, Sc les Mofcouites fe plaifcnt i trafiquer auec les vns &les autres ; mais ils ont vne fi puiifante auerfion pour les Catholiques Romains,qu’ilsn’ont iamais voulu permcttre qu’ils ayent eftably l’exercice de leur Religion en Mofcouie. En l’an 1617. le Roy defun&fit propofervn traitté par Loiiisdes Hayes ,pourle reglcmentdu commerce auec les François, Sc par mefme moyen pour vne Eglife,ou ils puifcntfaire dire la Mefle; mais ilcnfut refufé. Et lors de la premiere guerre de Smolensko^on ne fc voulut point fcruir de Soldats Catholiques. Et mefmes par le traitté, que nous fifmes auec eux pour lc paila- ge de la Perfe. Ils ftipulercnt bien expreíTement, que nous n’au- rions point de Catholiques à noftre fuitte. De forte qu’il y a de- quoy s’eftonner,decequ’enl’an 1610. ilsappellerentàlaCou- ronne Vladislas, Prince de Pologne Sc de Suede; bien que cette Election n’cuft point d’effet, pour des raifons qui font horsdu fuiet de nollre Relation, auifi bien que celles de l’animofite quc les Mofcouites ontcontre l’Eglife Romainc; dont il faut cher- eher le fondement dans l’Hiiloire Ecclcfiaftique, qui n’a rien de cemmun auec la Relation de noftre voyage; laquelle nous con- tinueroias au Liure fuiuant.
  • IJZI VOYAGE D E ET DE PERSE- LIVRE O.V ATR I ESM-E. V fortirdcla villedeMofcou, nousallaf- Ivin. mcs par tcrre, iufqu’au conuentde Sima- 1656. na, ou nous nous cmbarquafmes, aprcs auoir pris cogedes amis qui nousauoienc accompagnés iufqu’ence lieu-la, fous la conduitc d’vn Fnfiaf^ nomine Rod'ftoon MatfeoViitz , qui auoit ordre d’auoirfoin des Ambalfadcurs iufqu’a Aftracban. A peine auions nous quitté là riue, que le Gouuerneur du Peuple, Boris Iuanoiiitz Morofou,y parut auec fes troropcttcs, Sc nous pria d’aborder, Sc de foufFrir qu’il nous donnaft à foupcr ce foir-la: mais les Ambafladeurs, qui ne vouloient point retarder leur voyage, s’en excuferent,& luy cnuoyercnt prefenter vne coupe d’argent. II la reccut dans vne petite barque,auec laquelle il co- ftoyoit lanoftre, Sc témoigna farcconnoill’ance parla fanfare de fes trompettes. Mais l’impatience le prit enfin, SC il pail’a dans noftre barque, ou il demeura toute la nui£t à boire auec les Gcn- tils-hommesdont il eut de la peine afe feparer lelcndemain matin fans larmes. Nos Matelots Mofcouites, qui eftoient frais Sc gaiilardsde I t 1 “ * l’eau de vie qu’on leur auoit donnée, trauaillerent cependânt fibicn toute la nuitjcnfe relayans de temps en temps, tirans toufiours huit à la rame ,que le lendemain matin au leuerdu fokil,nous nous tiouuafmcs à vne maifon dc plaifancc,nom-
  • % VOYAGE DEMOSCOVIE, i 6S. mècDuore#f0ou,fitiiée fur la riuegauche.de la riuiere, àquatrc vingts werftes qui font feize licués d’Allemagne, de Simana. Sur lefoirnous arriuafmesàquaranteWerftes,ouhuitlieués,de Ducreninou}\ vn village nommc M orts chuck At forte qu’en vingt- quatre heures nous auions fait autant de lieués d’Allemagne. Le lendemain deuxiéme Iuillct, nous rencontrafmes fur le midy , aupres du village Sc Conuent de Porfenà , plufieurs grands bateaux chargés de miei, de fel Sc depoiífonfalé, qui venoient la plufpart d’ Ajlrachan, Sc alloient à Mofcou. Sur le foir nous arriualmcs deuant la ville de Columna. Ellc Column*. eft fouce fur la riue droite de la riuiere de Moska, àcent qua- tre-vingts werftcs, ou trente fix licués d’Allemagne de la ville de Mofcou ;quoy queparterrciln’y en ait pas plus dedix-huid, que l’on peut faire en fort peu de temps ; particulierement l’hyuer furla ncige. La ville eft aflez grande, Sc paroiftfort belle par dehors, à caufe dc fes tours Sc de fes murailles de pierre, qui font rares en Mofcouie. Comme de fait clle eft fi confidera- blc,que le Grand Ducya fon Weiiiode, cpie Ton ne voit que dansles capitales dcs Prouinces. Nousluy enuoyafmes noftre pafleport par lc Prifiaf, Sc incontinent nous vifmes le pont de bois charge de peuple : Sc d’autant que la couuerture de no¬ ftre baftiment eftoit trop éleuée pour pafterfous lepont, Ton abattit en moins de lien vne de fes arches, pour nous faire paflage. Nous auonsdit au Liureprecedent, qu’il n’y aqu’vn feul Euefque en route la Mofcouie, Sc qu’il refide en cette ville de Columna. A trois werftes au defliisde la Ville, aupres du Conuent de Kolutin Serge Monajlir, qui eft dc la fondation d’vn certain faint Serge, dont nous auons parlé aillcurs, Sc qui eft enterre au Con¬ uent deTroitza, la Mofca entre dans la riuiere d’Occa; laqucl- lc eit fans comparaifon plus belle &plus large quel’autre. Ellc vient du cofté du Midy , Sc arrofe des deux coftcz vn fort beau pais,, fort peuple Sc trcs-fcrtile. Ses deux r-iues font bordées de chefncs, qui font aftez rares en ces pa'is-la, Sc nous fifmes faire lc Prefchc fous vn grand arbre, capable de faire ombre à toute l’aflcmblee. Nous nous rembarquafmes incontinent apres difner, Sc nous laiilafmes à vne demy-lieue de là à noftre main gauche, vne grande Ifte,aumilieudc la riuiere. Nous paflafmes en iuitte plufieurs
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 273 plufieurs villages, nommémcnt ceux de Seelfa 5c lAorofo, qui íbnt plus grands que lcs aucres, 5c tous deux fur le bord dc la riuiere, ànoftrc droite. Le4.nousarriuafmesfur lc midy vers lavillede PcrcfU, íi- tuee fur lc bord de la riuiere, à la droite , àvingt-deux lieues & demie dc Column a, 5c à 34. degrés 42. minuetes d’eleuation. Elle a fon Veiuode particulicr. Ley. nous laiftafmesà noftremain droite le Bourg ò.cRbc- fm. C’eftoit autrefois vne fort belle ville, qui donnoitlenom à toutc la Prouincc, mais lcs Tartares de Crim la ruincrent nuec toutc laDuché en l’amy^S. Le Grand Due ,confiderant Ia fertilité du pais, qui s’eftenddepuis la riuiere d’Occa,iuf- quesau retranchemcnt, que l’ona fait contrc firruption des Tartares, railcmbla ieshabitans, que l’inuafiondcccs barba¬ res auoient diílipés, 5c ayant fait porter fes materiaux àhuit lieues de-la, il y fit baftir la ville, que l’on appclle encore auiourd’huy Peresla. Rtfinsk;, parcc que l’on y fait allcr plufieurs habitans de la ville de PcresU, qili ell eíloignéc en diftance ef- galc decelle de Mofcou vers lcNort, que celle-cy l’cft vers leMidy. Le bourg de Rbtfw s’cfl toufiours conferué l’honneur dela reiidcncedcrArcheuefque: mais il faut corriger l’errcur dc ceux qui difent, que la Prouincc de Rbefan eft fituéc vers l’Occidcnt de la ville de Mofcou;veu qu’eux mefmes confeflent quelle eft entre les riuieres dc Don 5cd'0cca, quine font point i l’efgard de Mofcou vers l’Occident, mais vers i’Orient; dc forte que Rbcfin doit eftre necclfaircment placéedans la car¬ te au Midy a l’efgard dela ville de Mofcou. Le mefme iour nous vifmcs en paflant plufieurs Conuents &c villages, com me ceux de St toy aupres de Rhefin à noftre main gauche, 5c à 7. W. de la Kyfirits, commc auífi de l’autre cofté, 5c à 3. W. de là le Conucnt d’obloziiza, 5c à 2. W. de la Lippono- Ijfido, à 2.W. Muratou à i.V. Kallionino, 5c 3.1. \v. Schilko. Au¬ pres du premier village nous trouuafmes vn cadavrc qui nageoit furl’eau,&: il y auoit grand apparencc que les Cofaquesl’euftent jetté dans la riuiere depuis plufieurs iours, puis que le Soleil l’a- uoittcllementhallé,qu’ilencftoittoutnoir. Nous fifmesapres difner pres dc quatre lieues. Le lendemain 6. nous en fifmes deux, iufqu’au Conuent de Tericbo,*gauchc:dc là deux autres lieues,iufqu’a Tmersko Slitoo- Mm , 1636. La ville tic Pe- nila.
  • 2.74 VOYAGE DE MOSCOVIE, 163.6* d,t,. à droit c , cn iuitte 8. W. iufqu’a S'tointzus & 1. w. à AV/
  • i 6$6, ET DE PERSE, LIV. IV. i7s La nuit fuiuante, Sc le lendemain neufiefme, nousvifmes en paflant pluficurs villages, Conucnts Sc tauernes, la plufpart fort agrcablcment íicués, Sc enfoncés dans le bois; entrautres à no (Ire droitc Potfmok Tatarsko, à 3. V. de Cafiwogorod, Sc à 7. W de là Seloy Petio'too. Apres cela vnc tauerne, ou Cabak à 8.W. & Brootb à y. W. l’vn &l’autreà noftre gauche , Sc enfuite a droice la riuicre de Mok/cbe 8. W. à G. vne aucre tauerne 1. w. W.le Conuent òiAdrianon Puftino ij. W. Iékatma 3. W .Ceft vn grand village d’enuiron trois cês feux,&appartient au Bojar Fedor Iuanoiiits Sheremcton, Sc de là nous fifmcs encore 20. W • iufqu’a la bruy ere de Rttsbonor. Le^.nous fifmes dix Werftes, iufqu’a 1’Eglifede Woskreffenja^ vulgairement nommè Woskrejfemkimehl, à G de là y.W. iuf¬ qu’a vn grand village, nommé Lechi, appartenant au Knez, Bo¬ ris Michaeloiiits Lykou, du mefmc cofté, enfuitte 10. ~W • iufqu’a PretTj/le Refemko à d. finalement à la ville de Moruma à noftre vi,,c de gauche. , Morum*' Auant que d’artiueraupres de la Ville, nous vifmesdel’au- tre cofté de la riuiere vne troupe de Tartares Sc. Crim, qui fc ca- cherentaufli-toftdans le bois,d’ouils nous tirerent quelqucs coups de fuzilj mais nousleur refpondifmcs à coups de mouf- quet, Sc les obligeafmes parce moyen à fe retirer. Ils parurent . encore au deflous de la ville, ce qui nous fit croirequ’ils nous attaqueroient la nuit fuiuante; e’eft pourquoy nous nous mif- mesà couuert de l’lfle dc Zuchtsko oftrou^ Sc nous fifmes fort bonne garde; mais nous nc vifmes plus perfonne. La ville dc Moruma eft la premiere dcsTartares de Mord'toa, Tartsrcsdc Sc eft habitée par des Mofcouites Sc par dcsTartaresjmais elle eft Mordv1ra' . fujettc au Grand Due. Nous enuoyafmes noftre truchemenr au marehé,achctter quelqucs raffraifehiftemens neceffaircs, pour la continuation de noftre Voyage. Le dixiémc nous paflafmes pardeuant le bourg de Pre'toe/palo, appartenant au Knez Iuan Barijjoiiits Circaski , Confciller d'Eftat, Sc laiflafmes , tant à droite qua gauche, plufieurs petits villages, Sc la riuiere de Morsva Reka à droite, Sc à 8. W- delàà gauche ccllede Kltfna, qui vientdu cofté de Wlad rncr. Apres ccla la riue commence à s’eleuer petit à petit du cofté droit, 3 vne hauteur fi extraordinaire, qua la voir de bas en haut, il fcrable, que ce ne foit qu’vne fcule montagnc,de plus Mm ij
  • z7S voyage de moscovie, dc centlieués d’Allemagne, 1c long de la riuierc de Volga. Etde fait en cette faifonlà, Sc aux plus grandes chaleurs de 1’annéc nous y voy ions encore de la ncigc Sc de la glace ; quoy que d’aillcurs lepaisy foit vny, bon Sc de Nojimh;,nous arriuafmes fur le foir deuant la grande Sc belle ville dzNifc ouNifonouogOYod\0\x nous trouuafmes lc na- uirc,nomméFr/
  • ET DE PERSE, LIV. III. *77 mans firent plufieurs feftins, pour I’amour de nous, &des rcce- uoir chez nous dans la rente, que nous auions fair drefler fur le bord dela liuierc. Le fejour que nousfifmes en ce lieu-là, me donna la com- ^ modicé d’y obferucr l’eleuation, He ietrouuay que laville, au lieu ou la riuierc d’Occa entre dans le wolga, ell a y6. degrez z8. minutes, He quercfguille de labouflollc y dcclinoit de plus dc neuf degrez vers le Weft. Le Grand Due Bailie la fit baftir fur le conflans dc ces deux belles riuicres, He luy donna le nom de Nifonouogorod, a. caufe du nombre dcs habitans de la grande ville de Nouogorod, qu’il fit transferer en ce lieu-là. Celle-cy n’eft pas fi grande ; mais ellc ne laiflfe pas d’auoir fes tours He fes murailles dc pierre. L’oncomptedepuisla ville de Mofcou iuf- qu’a Nife, cinq cens werftes, ou cent lieues d’Allemagne, par terre; mais par cau il y en a cent cinquantc. Lcs Fauxbourgs font fans comparai fon plus grands que laVillc mcfme,&ont plus d’vne demy lieuc d’eftendue. Ses habitans font Tartares, Mofcouites He Hollandois:dont'il y a en cette Ville vn aflez grand nombre , pour former vne Eglife Proteftanted’enuiron cent perfonnes. lean Bernarts noftre Fa&cur, eftoit celuyqui auoit le plus d’autorite parmy eux, qui n’eftoient la plufpart que des Officiers de gueixe, dcs Marchands He des Viuandiers. La Ville eft commandéepar vn weiuodc ,&e lors de noftre paflage Bafili retrofits y eftoit Gouucrneur pour le Grand Due. Lcs viures y eftoient à fi bon marché, qu’vn poulet ne fe vendoit qu’vn fol, vn quarteron d’oeufs autant ,& vn mouton douze à quinze,ou au plusdix-huitfols. " Le 14. Iuillet lcs Ambafladeurs enuoycrent le ficur de Man- dcflo, leur Efcuycr, He moy , cn la compagnie dc noftre truche- ment Mofcouitc, He du Priftaf, au weiiiodc, pour le remercicr des bons offices qu’ii auoit rendns à nos gens, pendant le fejour qu’ils auoient fait dans la Ville depuis vn an, tandis que l’on trauailloitau nauirc, He pour luy faire prefent d’vn bijou dela valeur dccentefcus. La reception qu’il nous fit, fiftbien con- noiftre la magnificence aucclaquellc il viuoit chez luy. Car des qu’il fçeut que nous approchions de fon logis, il enuoyadeux hommesfortbien faits audeuantde nous,iufqu’à la porte de la rue. 11s nous conduifirent par vne forr longue gallerie, He à Pcntrée du corps dc logis, nous renconcrafmes deux Vicillards Mm ii;
  • 6 2,78 VO Y AGE DE MOSCO VIE, dc fort bonne façon, & en fort bon ordre, qui nous firent cn- n;cr dans la chambre du Weiiiode, quicfloit couuert d’vne vefte dc brocard, & accompagné d’vn tres-grand nombrc de perfon- nes dcquahce. La chambre eftoit garnie dc tapis de Turquie, &: ornee d vn grand buffet, charge de vaifTelle d'arcrent. II nous receut fort ciuilement, & aprcs auoir accepté le prefcnt, & refpondua noftre compliment, il nous conuia de nous j ’ f °r C bire collation : pendant laquellc il nous entre- tint de plufieurs beaux difeours, qui inarquoicnt en luy des lu- inicrcs d’autant plus furprenantes, que les Mofcouites ont bien rarcmenc dequoy fournir à la conuerfation. Il nous demanda en- trautres chofes, fi nous n’apprehendions point la rencontre des t-olaques,quancmanqueroient point de nous attaquer fur le w° ga,«S^:il nousdit,quc c’efloient des gens barbares & inhu~ mains & plus cruels que des Lyons 5 nous montrant cn mefme temps dans vn tableau le combat deSamfon. Nous luy refpon- diimes que le mefme tableau nous eftoit vn fort bon auo-ure parce que files Cofaques auoient vn courage de Lyon,‘nous’ les combattrions en Samfon , &: n’aurions pas beaucoup dc peine a nous cn defendre. Le Veiiiode repliqua , quil auoit cctte bonne opinion de nous,&mefme qu’il croyoit, que la reputation que noftre nation auoitacquife aux feruices, quel¬ le auoit rendus à fa Maiefte Czaarique , eftoit aflez grande pour faire pcur.aux Cofaques, & les empefeher dc nous at¬ taquer. La ruiiere de Volga a quatre mille fix cens pieds geometri- qnes de large aupres de Nifc, au conflans dedeux riuieres dautant que fes eaux groififl'ent aux mois de May&de Iuin, aprcs que le Soleil a fondu les neiges, & dcgele les riuieres qui s y dechargent, les battelliers qui vont de Mofcou à Aflracban, partent le plus fouucnt cn cettc faiso la,en laquelle les batteaux trouuent aflez d’eaux,pour pafTer par deflus les bancs de fable,&: mefmespardeffusles Ifles, donttoute la riuierc eft parfemée. Cette confideration, & l’exemple du malhcur de ceux dont les batteaux elloicnt efchoiiés, &: paroifloient encore à demy pour- risfur les fables, nous fit refoudre de partir au pluftoft' auant que les eaux qui commençoient à baifler à veué d’ccil, nous manquaílent entierement. Cequiafixéleiour de noftre depare .ait trentiefme Iuillet.
  • ETDEPERSE, LIV.IV. *j9 Le wolga, done nous auons die vn tnoc au liurc precedcnc, eft 1 6 3 6. à mon aduis, vne dcs plus belles 5c dcs plus grandes riuicres du Le Vto1S*- raonde, &: done le cours a le plus d’eftendue, depuis la fource iufqu’a fon embouchure, au defl’ous 'd’Aftrachan. Ceftpour- quoy j’ay pris plaifir den obferuer routes les particularitez de lieue en licue,& dewerfte en wcrfte, auec toute l’exa&itude poiftble,&: aucc l’aided’vn contre-maiftre Hollandois, nom- mé Corneille Nicolas, qui eft vndes habilles homines, que i’ayc connupour ccctc fcience,&:de quelques PilocesMofcouites, i’en ay fair vnecarce fore exafte, laquellc i’auois fair efperer il y a quelques années ,mais ieladonneprefenccmenc, fibienfaice & li iuftc, que i’efpcre que le left cur iudicieux y crouuera fa ia_ tisfa&iom Aprcs auoir fair achcptcrles prouifions ncceflaires,pourlac5- tinuacion de noftre voyage iufqu’a Aftrachan5& auoir mis le nauirc en eftac, nous partifmes au iour nommé de Nife; aimans mieuxpartir auec vnvenc contraire,&: afteralabouline, que lailfer perdre le beau remps. Le fierir Balthafir Mouther on, Corn- mi flaire , ou Agent de Ton Altefte aupres du Grand Due , le Se- eietairc du weiiiode de Nife, le Pafteur dePEglifc Luthcrienne du mefmc lieu , &c noftre Fatfteur, lean Bernarts, nous voulu- renc accompagner quelques Werftcs,pour voir le commence¬ ment de cette longue nauigation: Mais à peine auions nous fait dcux\Verftcs,que nous trouuafmesfonds, aupres du Conuent de Pet&ora, &: nous fufmes contrains demouillerl’ancre,en at¬ tendant quel'on trauaillaft àfaire Hotter lc nauire; àquoy ilfut employe pres de quatre heures. Le lendemain 31. Iuillet, apres auoir auancé enuiron vne Werfte, le nauire s’arrefta encore fur le fable; mais nous nous deigageafmes bicn-toft , &: nous euifions continue noftre voyage, file vent contrai re, venant du Sud-fud-eft, acompa- gné d’vn grand orage, nc nous euft contraint de moiiiller. Nous nous feruifmes de cette rencontre pour faire nos dcuo- tions, & pour rendre graces à Dicu, pour nous auoir ft mira- culeufement fauuez 1’année paflee, lors de noftre naufrage lur la mer Baltique. Apres difner, & apres la mufique, dont xious rcgalafmes nos amis, qui nous auoient conduits iufques- la, ils prirent congé de nous, &:s’en retournerent.fur le foirr à Nife.
  • Z$õ . VOYAGE DE MOSCOVIE, i (5 5 Le premier iour d’Aouft les Ambafladeurs firent vn regle- a o v s r. menc pour la garde, que 1’on jugeoit neceíTaire, pendant la na- uigation fur leVolga. L’ondiftribuaceux qui eftoient capables de porter les armes , tant Soldats que domeftiques , cn trois compagnies: Sous le commandement des deux Ambafladeurs, &du Marefchal ou Maiftrc d’Hoftel de 1’Ambaflade. Cesdeux auoicnt chacunleurCapitaine Lieutenants fçauoir le fieur Cru- Ji-u 1’Efcuyer, 8£ le flour Brngman le Secretaire de l’Ambaflade, qui cntroicnttouslcsiours cn garde alternatiuement, à la tefle delacompagnie , faifoient pofer les fentinell.es à la proué &au Chalteau, Sc auoient vn corps de garde au Grand Maít. Le mef- rne iour nous nous voulufmes feruir des rames, pour cflayer ft 1’on pourroit vaincrc 1’opiniaftrcté du vent , qui continuoit toufiours de nous donner cn proue, maisà peine auions nous fait cinq cens pas, que le nauirefut encore arreíté furle fable. Laplufpart de nos Gentils-hommes mirent piedà terre ,ou ils fediuertirentà tireraux oyfeaux , dont route Ia riuceftoitcom- me couuerte. Car toute le haut Pays, depuis Ni/è iufqu’i Caflan,eftant garnyde bois Sc de verdure, tout eíloit pcuplc de gibier. Le dcuxiéme, le vent s’cftant vnpeu appaifc, nousleuâmcs l’ancre,&: nous nous mifmes en deuoir de cotinucr noftre voya¬ ge: mais à pcine auions nous fait vn quart de Iieue,que nous ren- contrafmes encore des fables, aupres de 1’Ifle de Tlctinski, &: in¬ continent apres encore d’autres, aupres dc 1’Ifle de Subfinski: ou nous vifmescfcboíié vn grand bateau pour auoirvoulu pafl'er à la faueur de la grand’ eau, mais il y eftoit demcurc. Ces mau- uaifes rencontres, les neuf heures entieres quenous employaf- mcsànous dégager de ce dernier banc,ioint à l’ignorance de noftre pilote; qui aduoiioit, qu’il yauoit huit ans qu’iln’auoit point fait ce voyage, abbatirent le courage a. ceux, qui confl- derans.quc depuis quatre ioursl’on n’auoit fait que deux lieues, & qu’il cn reftoit encore cinq cens cinquante à fairc, iufqu’a la mer Cafpie, commcnçoient à defefperer de pouuoir acheuer cettc nauigation. Mais dcs le troifleme nous fifmes vn peu plus de chemin, Sc paflafmes par dcuant les villages dc Stolliza Sc dc Stela, qui font à trois licucs de Ni/è. Nous vifmcs en fuitte à noftre droitc, dans yn fonds entre deux montagnes, le village dc Wclikofrat^ccluy dc
  • ET D E PERSE, LI V. IV. *Si àeTjimonskt, fur vnecolline, &l’IíledeDiploi, à to. Werftes, ou quatrelieuésde Nife. Nous rencontrafmesaupresdcccvil- lagc vn grand batteau, qui auoit deux ccns homraes d’cquip- page, pour aiderà le faire monter. II venoit d’Ailrachan, &: cftoit charge de poiffon íalé. Cc grand nombre de matelots leur eit tres-neceifaire; parce qu'au lieu d’aller a. labouline, ou àla rame, quand ils'ont le ventconcraire, ils cnuoyent ietter l’ancre à vn quart de licuê deuant eux, & cftans dans lc battcau tous ces homines tirent la corde, oil 1’ancre eft attachee; Sc c’cft ainfi qu'ils auancent petità petit, Sc auec beaucoup de temps SC de peine: ne pouuant faire par cc moyen que deux lieuespar iourau plus; à caufede la grandeur de ces bateaux, qui chargent auifi pefant,que les plus grands vaiileaux de la mer Occane,dehuit aneufcens&de mille tonneaux. L’aprefdinee nouslaiflafines plufieurs autres villages à noilre droite, com- me BezPtoodna , Kafniza, ou ie trouuay l’eleuationdc
  • zSi VOYAGE DE MOSCOVIE, 1656. fes maifons, mefmeslesbaftimcnspublics , eftans debois, Ion peut dire quecen’cft propremcnt qu’vn village. Elle eft íituée aupiedd’vne montagnefur lariuedroite du Wolga, à jf. de¬ gress 51. min.d’eleuation : auconflansde la petiteriuierede Sura, qui feruoit autre fois de frontiere commune aux Tarta- res de Cafan Sc aux Mofcouites. Le Grand Due Bafle la bâtic contre les courfes des Tartarcs,Sc la fortifiajmais depuis que les Mofcouites ont eftendu leur domination bien plus loin , l’on n’a pas iugé neccifaire d’y tenir garnifon. Le 6. nous eufmes bien de la peine i paftcr les fables, que nous rencontrions à toutcheurc; en forte qu’il eftoit plus de Midy quandnousarriuafmesaupresdelaville,laqucllc nous faliiaf- mes d’vne volée de canon.Nous fifmes le mefmehonncurà tou- tes lesautres villesfurla mefme riuiere. Tamres Ce- Les Tartares,dont nous venons de parler, font ccux quel’on appelle Ccremijfes,& occupcnt beaucoup de pais,bien au dcla de Cafan, del’vn Sc dcl’autre coité de la riuierede Wolga. Us n’ont point de maifons,mais feulement quelques mefehantes petites buttes,& ils ne viuent que de miel, Sc du gibier, qu’ils trouuent dans le bois, Sc du laid, que leur pafturage leur fournit. C’eft vne nation vrayement barbare,infidclle, Sc cruelle,fort adonnée au fortilege Sc au vol. On appelle ccux qui demeurent du coité droit du Wolga Nagorni, ou montagnard, du mot na , qui figni- fie en Langue Mofcouite fur, SCgor montagne: Sc ccux du cofté gaucheLugoVoiou Lugo'toizenne, c’eft à dire prairies, ou prez à foin: à caufe du foin , que ce pais-là produit, ÔC en ft grande quantité , que les Nogorni mefmes en nourriftent leur beftail. Gttagnin dit qu’ils font en partie Mahometans, en partie payens: mais ie fçay qu’aupres de Cafan ils font tous payens , qui ne fça- uenteeque c’eft ny de baptcfme ny de circoncifton. Toutcs les ceremonies qu’ils font, pour donncrlenomi vn enfant, con- íiftent à nommer vn certain iour au bout des fix mois, auquel ils luydonnentle nomde celuy qu’ils rencontrent le premier en leur chemin. Ils croyent laplufpart qu’il y a vn Dieu, qui eft immoitel, qui eft autheur de tout ce qu’il arrriue de bien aux hommes,Sc: qui veut Sc doit eftre adoré : mais c’eft la tout ce qu’ils en fça- uent. Car ils ne croyent point l’immortalite de fame, ny par eonfequent la refurredjon des morts, mais que les hommes
  • ET DE PERSE, LIV. IV. ^ &: lcs beftes ont vn mcfme príncipe &c vne mefmefin dc vle. Ic rencontray vn de ces Tartares Ceremiíles cn la maifon ou j’c- íioislogéà Cafan. Ceftoitvnhommede 1’aage d enuironqua- rance cinq ans, & quinemanquoit pointd’cfprit, mais quand il entendit que ic mentretenois auec mon hofte de quelques points de la Religion, & que ie parlois de larefurrccHondes mortSjil s en mocqua, & me diílj ceux qui font morts font bien morts, &c n ont garde de reuenir, non plus que mescheuaux &c mes vaches,qui font pourris il y a long-temps.Ie luy demanday, s ilmc pouuoit dire qui eft le Createurde cette Vniuers,& qui a fait le Ciei Sc la Tcrremiaisil mererponditcn foil jargon Tzort Sneiti le Diablelepeuc fçauoir.Ils necroyent point qu’ilya vn enfer, mais ils nc laiflent point dccroire,qu’ily adesDiables, dcs mauuais eíprits,qui aífligent Sc qui tourmentcnt lcs hom¬ ines en cette vic;&: ccft pourquoy ils tafchent de les appaifcr, Sc de fe les rendrcfauorablcs pour lcurs íàcrifices. Il y a entr’autres vn certain endroitA quarante lieués dcCafiv, qu’ils nomment Nemdi,dans vnlieu marafcageux,ou ces Tarta¬ res font leurs pclerinages Sc leurs deuotions, Sc ils croyent que ceux qui y vontles mains vuides,& qui ne portent point de pre- fcntau diable,tombét en langueur.&rpciiíTent d'vn mallcnt& incurable. Ils croyent particulieremét,quele diable a fa princi- palc demeure fur le torrent de Scbockschcm,à dixwerílcs dcNcm- da\§c dautantque cette petite riuiere, qui n’apas plus de quatre pieds d eau,negele iamais, parce que ces eaux font trop viues, & parce que foncours eft trop violent entre deux montagnes, ils croyent que cela nc fc fait point fans myftere,&: ils ont vne íi grande veneration pour clle, qu’ils font perfuadcs, qu’ils n’en pourroient pas approcher, fanss’expoferi vn peril euident dc la mort, quoy queles Mofcouites lapaiTent tous les iours, fans aucun danger. Aux facrificcs qu ils font à Dieu,ils tuent vn chcual,vn bceuf, ou vnmouton,dont ils font roftir la chair, Sc en prennent vne tranche dans vneefcuellc, Sc tenans dansl’autre mainvneau- tre efcuellc, pleine d’hidromel, ou de quelque autre liqueur, ils verfent 1 vn ic l’autre dans vn feu,qu’ils font deuant la peau de ianimal, qui fert de facrifice, laquelle ils eftendent fur vne perche couchee de trauers entre deux arbres. Ils prient cette peau de prefenter leurs prieres à Dieu 5 ou bien ils s’adreflent à N n i j 1636.
  • iS4 VOYAGE DE MOSCOVIE, i f 3 6. £)ieu dire&ement, 6c le prient d’augmcnter le nombre de leur beftail,oules autrcscommoditez delavieprefente , qui font le foul objetdeleurs vceux, &:detoutes lcurs deuotions. Ilsado- r ent auíTi le Soleil 6c la Lune, comme auteurs de routes lcs bel¬ les productions de la tcrrc,&: leur fuperftition va mefme iufquà auoir dc la veneration pour tout cc qui fe prcfcnte à eux la nuit, en refuant, qu’ils adorcnt le lendemain, comme vn cheual, vnc Vchc, lcfouj 1'cau, &c. Ie dis au Tartare , dont ie viens dc parler, qu'ily auoitdel’extrauagancea rendre cecultcfacré à des creatures, 6c dcsbeftcs, dont la viecíl en noftredifp'oil- tion; mais il merefpondit, quit valoit bien mieux adorer les chofesanimécs, quclesDieux de bois 6c decouleurs que les Mofcouitcsontà leurs muraillcs. Ils n’ontny Eglifes, ny Pre- llres,ny Liures, &c lelangage des CeremiíTes leur efttoutparti- lier;n’ayant prefque rien de commun auec celuy des autresTar- tares,ny auec le Turc;quoy que ceux qui font fujets auCzaar,&: qui font obligez de conuerfer auec les Mofoouitcs, fe foruent auífi de leur langue. Ils font routes les ceremonies Religicufes , 6c leurs facrifi- ces aupres dequelque torrent, ou ils s’aifomblcnt; particulie- rcmentquand apresla mort dequelqu’vn de leurs amis, quia laiíTé du bien, ils font bonne chcre du meillcur de fes cheuaux, qu’ils font mourir auec luy. La Polygamic eíl fi commune parmy eux, qu’il n’y en quad point, qui n’ayent quatre ou cinqfommcs, dont ils prennent bien fouuent deuxou troisdansvnemefmemaifon,&:nefont point de difficulté d’efpouferles deuxou trois focurs en mefme temps. Leurs femmes & leurs filies font toutes habillées d’vne groífe toile blanche, dont ellcs font tcllement enueloppées, qu’elles n’ontrien de dcfcouuert que le vifage. Les fiancees ontleur coifforcparticulicre,&:pointuêcomme vnecorne, qui femblefortir dela telle, de la longueur d’vne demy aulne. Au bout de cctte corne tient vne houppe dcfoyc de diuerfes cou-« leurs,àlaquellepend vne petite clochette. Les homines font veílus d’vne longue robbe ou veítede toile,fous laquelle ils por¬ tent des chaufles. Ils fe font tous rafer la teftc;mais les homines qui ne font point encore mariés, laiíTent croiftre f ur la tefte vne longue trefle decheueux, que lesvns ferrent dans vn nceud contre la tefte, 6c les autreslalaiflent traifnerfur ledos. Ce
  • ET DE PERSE , LI V. IV. z%s que nous eufmesle loifirderemarquer micuxen paflântà Ca- fanà noftrc rctour, qu’enallanc. Quandils nous virentíur la riuiere, en vn equippage fi different du leur, ils curent pcur,&: il y en cut qui s’enfuirent: d’autres demeurent fur lc borddcla riuicrermais il n’y en cut pas vn qui vouluft venir à nous, dans le nauire. Eftans arriués fur lc foir à la riuiere de Weilnga aupres du Conuent àcluxka,il y en cut qui fe hazarda dc nous apporcer vn efturgeon à vendre,qu’ilfit d’abord vn efeu ; mais il lelaiflâen- fin à quinze fols. Le feptieme Aouft nous arriuafmes dcuant la ville dcKufma- demiAnsky^ à quaraiite wcríles àc, Baji li gore d,(\tucc à noftrc droite au pied d’vne montagne.Nous vifmes cn ces quarticrs-là des fo- refts entieres d’ormes,dont ils vendent leféorce par tout le pais, pour en faire des traineaux.Les arbres bien fouuent font íi gros, que le bois eftantcoupé en cylindrc,ils en font des cuuettes, des barils,des tonneaux Sc des bieres tout d’vne piece,qu’ilsportent vendreaux villcs voifines. Nous moiiillâmesà trois werftfesdc la, aupres de l’lfle de Xti®,ou nous fifmes nos deuotions,& celebrafmes la Cenedu Seigneur. Les paifansde ce quartier-la nous apporterent for¬ ces rafraifehiflemens à vendre. A vne licu ; de la nous fufmes accueillisd’vn orage, qui nousobligeaà moiiiller encore, & i y pafl’cr la nuit. Le huitiémc, le vent eftant fauorable, nous arriuâmes fur le raidy vers l’lile dcTunch; mais apres ledifner le mefme vent nous poufl'a â pleines voiles fur vn banc de fable , aupres dc l’lfte de Mã/lof-, auec tant de violence, que les malts en penfe- rent rompre, Sc nous engageafi auant, que nous fufmes plus de quatre heures à nous cn tirer. Nous y vifmes à noftre droitc vn grand nombre de Iartares, à pied Sc à cheual,qui venoientde faire leu rs foins.Nous arriuâmes fur le foir dcuant la ville de Sa- bâkziAr ^ fituce à quarante Werftes de Kujmademianski, Sc fur la mefme riuc. Cette ville eft bailie de bois , comme les au- tres, mais fon afftette eft fans comparaifon plus agreablc que cellc de toutes les autres villes de Tartaric. Les habitans, voyans dc loin noftre grand Nauire , nc fçauoient d’abord qu'en iuger; e’eftpourquoy lejT^/^Wfenuoyaquelqucsmouf- quetaires dans vn bateau iufques à l’lllc de Makrits^ pour nous reconnoiílre, à trois werftes de la ville. Ce battcau n’ofanc Nn iij, KufmaJc. mianskyv La ville dc Si' bakzar.
  • i.%6 VOYAGE DE MOSCOVIE, 163 6. pas approchcr, tournoyoit deloin au tourde noftrc Nauire, &: s’cn retourna à la ville; mais l’on n’euft pas fi coilappris dans no¬ ftrc paileporc, noftrcqualite , 1cfuietde noftrc voyage, que le image fe rempliede plusdc trois cens perfonnes, pour nous voir. Leneufi erne nous laifsâmes à noftrc gauche 1’líle de Kojin, à douzcwerftes de Sabak&ar. Puis encore à la mefme main vn Village ,nommé Sundir, & nous arriuâmes en fuitc à vne petite i.a \i!]e dc Ville nominee Kokfthagafwx. la riuc gauche du Wolga^bc à vin"t> Kokichaga. cjnq werftes de Sabakz,ar. La riuiere eftfibafle encét endroit-li, qu a peine y auoit-il aflez d’eau pour noftrc Nauire; cc qui nous donna bcaucoup dc peine tant cciour-laquele lendemain ; en forte que Ton n’entendoit autre chofe dans le Nauire , que ten- ni, krtbbi,nafar, e’eft à dire,tire, nage, tourne, &c. Le vnzieme, le courant dc l eau ayant iette le Nauire contre la riuc,ou nousdemeurâmes plufieurs heures,fans nous pou- uoir degager, le íieur dc M-tnde/lo moy, nous mifmes pied à terre , à deflein de nous diuertir, &: dc chcrcher quelques fruiets dans le bois. Cc qui nous penfafaire perdre: parcc que levent, donnant en poupe, auoit conuie nosgcnsà raire voile; fi bien qu a noftre retour a la riuiere, nous n’y trouuámes plus perfon- ne, & n apperceumes pas mefme noftre Nauire, quoy que nous §randc diligence a marcher le long de la riuiere, pour tachcrde lattcindrc. Nousvifmes en fin vn batteau venir au deuant de nous, ou nous creumes dabord rencontrer des Cofa- ques; mais nous reconnumes bien-toftceux que fon nous en- uoyoit, pour nous ramener a noftre bord. Le vent contraire auoit arrcftc le Nauire à vn détour de la riuiere,& forage s aug- mentant de plus en plus, nous fumes contrains d’y moiiiller d’y pafler la nuióh Le douziéme nous fifmes tous nos efforts, pour tâcher de o-ai- gnei le detour, par le moyen d’vn ancre que nous y fifmes jetter, mais le malheur voulut qu’il s’engagea à vn arbre qui fe trouua au fond, & qui fit rompre le cable. La riuiere eft route pleine de ces arbres, quelle entraifne de la nue quand elle déborde, & ces accidcns arriucntfi fouuent que le fond de la riuiere cft tellement parfeme d’ancrcs,que les Mofcouites difent, qu il y en a dans la riuiere aflez pour achepter vn Duche.
  • ET DE PERSE , LI V. IV. z8/ Lc treiziéme Aouft, deuant midy, nous vifmcs en paíTanc i6?6. deux Cabaques, ou tauerncs,&: vn village nommc Wefofka, à i noílic droite, &arriuafmes cn fuittc dcuanc laviLlede Sitiatskt. La ville dc Elle eft fituée fur vnetrcs-agrcable colline à gauche, ayant vn SiiiatSKI- Chaftèau, Sc quelqucs Eglifes bafties dc pierre; mais lcs autres baftimens, comine auíli les touts Sc les rcmparts de la Ville font de bois. Nous y mouillafmes, à caufe d’vn banc de fable que nous auions à pafler. Lc pcuple accourut cependant cn fou- le fur le bord de la riuiere, pour nous voir, Sc parce qu’vne peti¬ te collinc fablonncufe leur en oftoit la vcu , il y en eut pluíieurs qui vinrent en batteau à noftre bord. Les autres paíTcrent la ri¬ uiere à nage iufques à la colline. Apres auoir pafle deuant quel- ques montagnes blanches, les vnes de cray e ,lcs autres de fable, nous arriuafines fur lc íoir deuant la ville dc Cafan, vingt Wer- La villc de ftes de S'toiatski. Nous y trouuafmes la Carauane de Perfe Cafan- Sc de Circaífie , Sc auec elle vn Coptz,i, ou Marchand de Jcr.lncc TarJ Perfe, qui auoit efté en qualité d’Ambafladcur à Mofcou. II v auoit auíli vn Prince Tartare, de Tcrkt, nommé Muffàl, qui auoit fuccedé à fon frere en la Principauté, Sc auoit ellc faire hommage au C&aar a eflíojcott, d’ou il eftoit party quelques iours deuant nous. Pour ce qui efb de la ville de Cafn, elle eft: fituée dans vnc plaine, a 7. Wcrftes du 1/Volga} fur la riuiere de Cafànka, qui luy donnc lc nora, auífi bien qu’à tout le pais. Ty trouuay 5 y. deorez, 38.min.d elcuation Elle eft aílcz grande;tnáis routes fes malsõs, comme auíli fes tours Sc rcmparts, font de bois. 11 ny aquele Chaftèau, qui a fes rcmparts St fortifications reueílues de piet¬ ies, &: eft fort bien muniede canon&dc garnifonTc lift dela riuiere luy fert de fofle, Sc rend la fortcreíle tres-confidcrable. Le Chaftèau a fon Ifá/uede, Sc la Ville fon Gouuerneur par¬ ticular, pour commander Sc rendre Iufticeaux Habirans,qui font Mofcouites&Tartares: mais dans le Chaftèau il n’y a que des Moícouites,&: il cftdefcndu aux Tartares d’y entrer, fur peine de la vie. La Prouince de Cafan eft fituée du cofté gauche du Wolga, s’e- Prouince dc ftendant vers le Nord iufques à la Sibtnc, Sc vers le Leuantiuf- Cafan* quaux Tartares de Nagaja. Elle eftoit autrefois fubjette au Cham de Tartarie, Sc tcllement peuplée, qu’elle metcoit fans peine foixante mille homines en campagne. C cft pourquoy
  • iSS VOYAGE DE MOSCOVIE,' 16 3 *>• fa conqueíle a couftc beaucoup de fangau Mofcouite , Sc íbn. hiíloiíeeft aílez memorable, pour mericer icy vne peticc di- ^ 01 j. greffion. Bufili Iuanoúits, pere du Tyran hun Bfiioiius, ayanc ià Provincedc obtcnuvne tres-fignalée vi&oire furces Tartares,il leur donna Caian par lei p0ur chef vn nommé Scbeale, Tartare de naiffance, mais fi mal- Mjflouues. pajc faperfonnC) qUe fes fUjCCs qui 1’auoient prisenauerfion, s’eflans liguez aucc les Tareares de chrim , qui fone Maho¬ metans commecux, fe fouleuercnt, lc furprirent Sc le chaffc- rent. Ce fuccez donna aux Tartaresde Cbnrn, qui auoient fait vnpuiíTant corps d’armec, lc courage d'entreren Mofcouic, fous laconduitc dedeuxfrercs Mendligcri Sc Sapgerij qui con- traignirentlc Mofcouite, qui auoit amaile quelques troupes, &: qui eíloit campé fur la riuierc d'occa, de fe reciter à No- ftogorod. tesTartarcsfe Aprescela, les Tartares afliegerent, prirent Sc pillerentla rendent mai- ville de Mofou, Sc prefferent ii fort lc Chaileau,que les Mofco- ftresdcla vil- uitCs furent contrains de demander la paix.Les Tartares preite- ledcMofcou. v , * ■ ■ ' v rent 1 orenle a vn accommodemcnt, Sc apres auoir tire des pre- fents fort confiderables dc ceux qui defendoientle chaileau, auec plus de courage que de fuccez ,ils firent la paix: à la charge que le grand Duc,&: tous fes fujets,feroient i iamais leurs tribu- taires. Bafli eut de la peine à fe refoudre à reccuoir des condi¬ tions fi hontcufes;mais il fut contraint de ceder à la neceílité, Sc. de confirmer l’accord par fes Lettres patçntcs , qu’il fit expedier lc dD Pourccteffeten bonne forme. tnbutairc diT cndligeri,pour faire connoiftre qu’il eiloit Seigneur fouue- Tartarc. rain de Mofou, fit dreffer fa llatue au milieu dc la ville, Sc vou- lutquele Grand Due, pour tefmoigner fa fubmiffion, frappail la terre de fa teile deuant cette ilatue, toutes les fois qu’il pay e- roitletribut aux Tartares. Apres cette vidoirc les deux frcrcs fe feparerent.í/í^fíT/ eilablit le fiege de fa domination à CafanJSC CMendligeri, commc 1'aifné, demeura à la ville de Chrim. Mais celuy cy voulant joindre à fes conqueilcs cellc de la ville de Re¬ fan, il refolut d’en afliegcr le Chaileau,Sc pour cét effetil fit dire au Weiiiode lean K o'Vo ar,quiy commandoit,que c’efloit vne folic à luy de s’opiniaflrer à la detfenfe de la place, Sc qu’il ne deuoit point faire de difficultc dc la luy rendre, puifque le Grand ftdelitc dij j)uc efloit deuenufon fujet. Lc Weiiiode luv répondit, que e’e- Rcfan. iloit vne choic qu il trouuoit h cltrange, qu il ne la pouuoit pas croire,
  • ET DE PERSE, LIV. IV* croire, s’il ne luy enuoyoit des preuues, capablcsde luy ofter i 636, tout fuiet de doute. Mendligeri, fe perfuadant qu’il n’y en auoit point de plus con- uaíneantcs, que leslcttres patentes mefmes, illcs luyenuoya parquelques Officiers, cn la mefme forme, quelc GrandDuc les auoit fait expedier. Mais le Wetuode, bien-aifc d’auoir en fon pouuoir 1’original de ces Lettres, mande à Mendligeri, qu’il les gardcroit fort foigneufcment, auífibien que la place, la- quelle il pretendoit delfendre iufqucsà la derniere goutte dc fon fang. II auoit dans fa place vn canonier Italien, nommé lean lerdain, fort connu en ces quartiers-là , à caufe dc fa fem - me, qui vouloit que fon mary luy témoignaft íon affe&ion à coups denerfsde boeuf. Ccluy-cy luy rendit detres-bons fer- uices, Sc tua tant de monde au Tartarc,qu’vn iour voyant qu’vn coup de canon luy auoit emporté vn pan de fa robbc , il cut peur, Sc offrit dc leuerle fiege, fionluy rendoit les lettres du Grand Due. Mais le JVeiiiode n’en voulut rien faire, Sdayant oblige Mendligeri à fc rctirer,^ cnuoya les lettres à la Cour de fon Prince ou elles furent receues aucc vnc ioye vniuer- felle de tout le peuple, qui abattit auífi-toft, Sc foula aux pieds la ftatué de Mendligeri. Le Grand Due mefme en reprit tant Le Grand Due dc courage,qu’ayant mis vne armée de vingt-cinq mille horn- * mes fur pied, il dcclara la guerre a. Sapgeri, Prince d eCafin-, ° cou’ luy faifant dircqu’enle furprenant& l’attaquant fans luy de¬ clarer la guerre , il y auoit procede en voleur Sc en ailaifin, mais queluy, comme Seigneur Sc confcruateur des Ruffes, y procedoiten hommed’honneur, Sc luy declaroit la marche de fon armée, &leficgede la villedc Cafan. Cc liege futfanglanr, Sc opiniaftré dc part Sc d’autre, mais malheureux aux Mofco- uites, qui furent contraints delcleuer. Et ce fut-làlafin de la guerre, que Bafili Iuanoiiits fit aux Tartarcs. Son fils lean Bajiloitiis, fe voulant reflentir dc l’affront que les Mofcouites auoient receu deuant Cafw, commença fon ieanBafiloiiit* regne par le fiege de cette place. Aprcs l’auoir battue deux Ca' mois enders, apprehendant que Mendligeri ne vint au fccours defonfrere, auecfesTartaresdcCÃrâ», Sc irrite du refusque les aflicgez auoient fait d’acceptcr dcs conditions raifonna- blcs, ils’auifa de faire miner toutes les murailles , Sc d’y faire donncrl’ailaut general. Les mines firent leur eftet, Sc cnle-
  • l$o VOYAGE DE MOSCOVIE, uerent vngrand nombrcdc Tartares. Laftaut fut’donne, Sc Et U prend Ia place emportéc de force, le neufiéme Iuillec iyjz. Les Tarta¬ res , voyansles ennemis dans Ia place, prircntcc party , qu a- pres auoir fait vne vigoureufcrefiftanccen deuxendroits dela villc, ouils s’eftoient fortifiez , & voyant leurs principaux Chefs, ou tuez ou bleílez a morr, ils íortircnt par vnedes por¬ tes, paílerentau trauersdes Mofcoifitcs, & gagnerent 1’aurre bord de la riuierc de Cafanka. Cell depuis ce temps-là, que la Villc & la Prouince de Cafim font fous Ia domination du Mof- couitCi qui fit reparer les bréches, renouueller les fortifica- tions, & rendit le Chafteau cn 1 eftat ouonle voitauiourd'huv auec fes quatre baftions,reueftus de pierre,garny de force tours’ Sc d'vn trcs-bon foifc. Celuy quiy commandoitlors de noílrepaífage, eftoit frere du Weiiiode dc Nifi. Les Ambafladeurs luy cnuoyercnt vn fort beau rubis, par le fieur tirei,tents, leur Chambcllan. Le fieur de Mandejlo Sc moy, croyans que noílre Nauire y demeureroit à 1’anchrc tout ce iourla,& auífile lendemain, nous mifmes picd à terre, tant pour voir Sc pour prendre le plan dc la ville, que pour Melons de y achetcr quelques rafraifchilfemens. Nous n’y trouuafmes SonT**’ ^UC ^ruit>cn.tr’autycs des melds,de la grofleurde nos citrouil- lU01 lnauc" lcs> & dupoiflbnfaléjmaistellcmentpuant, que nousfufmes contraints de nous boucherlenez,pour nous garentir del’infc- clion.Au fortirde la ville nous rencontrafmes plufieursTartares, qui nous firent entendre que noftre Nauire eiloit party ■, cc qui nous obligea à prendre vn chariot, & enfuitte le batteau de no¬ ftre Prifiaf\ pour nous ramener à noftre Nauire; que nous trou¬ uafmes fur le loir à l’ancre, à deux lieues au defl’ous de Cafan, ou ildcuoitpaflcr lanuit. te cours de Le corns dela riuierc d cWolga, depuis Nifi iufques à Cafan, tire vers YF.fi ôc le Sud-efi-, mais depuis Cafan iufqu’a Afirachan & a la mer Cafpiey il va du Nordau Sud. Le pais eft beau Sc fertile, mais il eft quafi defert, a caufe dcs Cofaqucs, Sc I on y voit fort peude villages, Le quinziéme Aouft, nous continuafmes noftre cheminauec le courantde l’eau, lequel eftant tres-fort encet entree, parcc que la riuierc y eft fort étroite , nous porta ceiour-laiufqu’au village de Klitfifiha,qui eft à vingt-fixwerftes de Cafan; au mi¬ lieu dc plufieurs bancs de fable, qui nous donnçrent beaucoup
  • , . , *LT°E PERS E, LIV. IV. 15, ji /Tr’ Plffer-Noas y employafmcs vnc partie de ce iour- i í! 6. ia & du iuiuant, a degager nos anchres, dont les cables eíloiene rompus; nousretirafmes enfin legrand, & abandonnafmes le peac de peur deperdre noftre temps. Nous paílafmcs en fuit- tepardeuant vnc tauerne nommccKafak Tenkofsky, à trente Werítesde Cafan„ ou nous rencontrafmcs de grands banes de iable, a vnedemy-heuedelàencorevn autre,auprés d’vne ta¬ uerne nommce Kefcbofska, ou nous eufmes de la peine à paffer Le dix-fcptieme nous paílâfmes pardeffusvn grand banc qui a donne le nom a la tauerne,ou nous auions parte le iour prccc dent. Aprcscela nous vifmes vne riue fort haute, dont vne partie eftoit tombee il n’y auoit qu vn mois, & auoit accablé vn bateau piem dc monde, quiy eítoit allé cueillir des cerifes dontily a abondanceen ces quartiers-là. Lenouucau Pilote’ que nous auions pris \cafan, nous difoit, quen venant d 'Ajhra- cban > d auoit rencontre plufieurs de ces corps morts que la ri uicrc charioit vers Ia met Cafpie. Nous nouuafine* icyau bord *>«1^1^ cie ia nuicre, a noltre droite, quántité de glace qui nous femitraoisd Aouft- aboirefrais. Sur le foir nous arriuafmes au lieu, ou la grande riuiere de íariuicrcde Kama entre dans le Wolga. Ellc vient du Nord-eft, de la Prouin- cede Permie & fedegorgcoitdans le Wolga à noftre gauche à foixante werftes de Ca fan. Scs eaux font noires, & fa laro-eur approche de celledu Wefercn Allemagne. Afon embouchure lon yoitdeux Ifles, dont la plus grande s’appelle Sokol, &en terre rerme vn beau village, nommé Pagantzina, & à trois wcr- ltes de la vn autre, nomme Korotai,dou nous fifmes encore fent Verftesmfquau village, nommé Kirleska; ou nous paflafmes la nuit. r Le dix-huitieme nous eufmes le vent rtfauorable, que nous nous feruifmes detous nos voiles,qui nous porterent fui leMidv íuíques dcuant la riuiere Zerdik, qui entre aufll dans le Wclra du corte gauche, & n’eft proprement qu’vn bras de la riuiere de Kama; formant vne efpece d’lfle, pour fairc encore vne cm- boucheure a trente Werftes de la premiere. Nous appcrceufmes en melme temps à noftre droite, fur vne eminence, la ville de Terns laquellc eft éloignce de Cafan de rtx-vingts werftes, auec les baftimens rant publics que particulars , mal agen- Ln riiieje, c.ez,&; difperfez ça& la, fans aucun ordre.t Depuiscelicu-là Tctut‘ O o jj
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, * é 3 6. iufqu’a la met Cafple il ne fe trouue plus de villages du tout. Apresdifner nous rencontrafmes aupres d’vne Iíle,nommee proleikarfi, le Weiiiode de Terki. Cette ville eftfituce fur lamer Cdfpie, aupres d‘Ajtrachanle Wetúodt apres auoir fait les troi» années de Ton Gouuernement, s’cn rctournoit à CMofcou, pour faire place à fon fucccflcur. II cftoit fort bien accompagné,& ef- cortc de huit bateaux chargcz dc moufquctaires Nous nefça- uipns d’abord quelles gcnsceftoient; c eífc pourquoy nous les fifmes éloigner , Sc les menaçafmes dc tirer fur eux s’il appro- choient: Ils nous direnc qu il y auoit trois mille Cofaques, qui nous attendoient au paílage j partie fur la riuiere, partie fur la mer Cafpie, quils auoienc veu proche dela, fur le bord de la ri- uierc, foixante &C dixcheuaux que les Tartarcs auoienc déca- chcz pour prendre langue dc nous, &: qu’ils ne manqueroient pas dc nous attaqucr ; tafchant de nous faire peur par leurs con¬ tes. Nous les faliiafmes d’vn coup de canon, &: paflafmes outre, àla faueurdu vent,qui nous fit faire foixante &: dix Wcrftes cc iour là. Nous laiffafmcs cependant à noftrc droite la riuiere èiVtka., qui prend Ta fource proche dc la ville dc Búlgara , à ij. Wcftes dc Tctus. Nousvoulufmes voirlanuit fuiuante ce que nous nous pouuions promettre de nos gens, en cas datcaquc; celt pourquoy les Ambaíladeurs iugerent, qu’ileftoita propos de faire donner vne fauíle alarme /faiíans cner & tirei la fen- tinelle, ôc enfuitte battre le tambour, crier aux armes, &: tirer lamoufquetterie Sc l’artillerie. Nos gens firent fort bien , Sc fe rcndirent chacunàfonpofte , tcmoignansbeaucoup de refolu- L'lfle dc Sat- tion.Nous en fifmes autant au rctour dc noftrc voyage dePcrfe. rúzo. Le dix-neufiémc nous arriuafmes à 1’Ifle de Staritzo, qui a quinze wcrftes de long. I’y trouuay 1’éleuation du Pole dc J4- degrez 51. minutes. Derriere cettelíle, à noftrc droite, nous trouuafmes quantitcdc pierres rondes, en forme de citrons Sc dorangesjlefquellcs eftans caílees par le milieu , reprefentoient vne ctoile de diucrfes couleurs, dont les vnes auoient la couleur & 1’éclat de lor ou de l’argêc,& les autres brune ou jaune.Nous en chargeâmes vne bonne quantité, pour nous en feruir en nos pierriers. Apres cela nous arriuafmes à vn lieu fort agreable, ou l'ona veu autrefois vne ville dc Tartaric: nommée Fnervfskora. Us’y voit la fepulture d’vn de leurs Saints,pour laquelle ceuxdu voifmageont encore bcaucoup de dcuotion. Oncompte de là z La riuiere d’Yiica.
  • ET DE PERSE, LIV. III. 19} lavilledc7V/0.r enuiron foixante-cinq-werftes. Nousyvifmes fous quelqucs arbres, fur Jc bold de la riuierc, deux Caualiers, qui fe deroberent auífi-toft à noítre veué; e'eft pourquoy nous fifmes monter vne fentinelle dans la hune du grand maft, mais ils nc parurent plus. Lc vingciémc,nous eufmes dans noítre bord plufieurs pef- cheurs àcTetus , qui nous apporterenta vendre cinquante cinq belles Sc groifes brefmes,qu’ils auoient pefehees cn ces quar- tiers-la, Sc quils nous vendirenc cinquante fols. Lcur façon de pefeher eft touteparticuliere. Car ils attachentauboutd’vne longue corde vne groil’c pierce,qui la tire à fond,& à l’autre bout plufieurs grofl’es pieces de bois qui nagent fur l’eau: au milieu ils attachent plufieurs petites cordes, qui ont chacune vn hameçon. amorcé d’vne efpece depoiifon, qui n’eft point des plus petits, mais dont les autres plus gros font fort friands. Ceux-cy ont dix ou douze pieds de long, la chair blanche,ferme Sc fort delicate. Au retour de noftre voyage de Perfe Ton nous en apportavnau bateau, ou j’eftois alors auec M. Crufius,qui eftoit ft gros, qu’ en¬ core quel’onnemangeaft d’autre chofe,parce qu’on le trouua fort bon, toutc la compagnie ne laiifapas de s’en railaiier,&: auec cela il en refta dequoy faler plein vn baril. Qnand les Mofcouites voyagent pourleurs affaires particu- licres ,ils fc feruent d’vne autre inuention. Ils mettent vn ha- meçon au bout d’vne corde, quils attachent à vne planchede la largcur de la main,bicn vnie & eltamée,8í la traifnent derrie- rcle bateau ,enfortequele courantde l’eau, qui la fait incef- famment tourner au Soleil, la fait reluirc comme les efcailles d’vn poifton; &c attirant ainli les grands poiifons', elle en fournit aux voyageurs plus qu’ils ne fçauroient confufner. Tellement que les Mofcouites, en ne portant pour toute prouiiion que du pain ,recuit ou feché au four,n’ont pas beaucoup de peine à trouuer de quoy viure; puis qu aufli bicn leurs abftinences con- tinuelles, & leurs ieufnes les ayant accouftumés à fc contenter de peu, Sc à fe pafter de chair, ils fubfiftent aifément de ce qu’ils \ rcncontrent par tout, Sc mefmes, en cas de necefiitc, de la li¬ queur que la nature leur fournit. Nous laiflafmes en cét endroit allcr lc bafteau, qui auoit por¬ te nos viurcs depuis Nife, Sc qui pour eftre vuide , ne nous pouuoit eftre vtile; mais l’on y fit mettre le feu, de peur qu’il Oo iij
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, i6) $. ne tombaft entre les mains dcs Cofaques ,quieuflentpu s’en feruir contre nous, pour nous furprcndre. Sur lc midy nous paf- fafmes pardeuant 1’Iíledc Botenska ,qui atrois wcrftes dclong, Sc neft feparée que par vn petit canal d’vne efpece de cap ou de promontoire , qu’ils appellent Polibno. Lc vent contraire nous contraignit dc moiiiller dcrriere 1’Iíle, aupres de la riuierede Beitma, laquelle, à cc que Ton dit, eft aufíi vne branche de la grande riuierede Kama. Levingt-vnicme nous laiílafmes à noftre droitc dcux licux fort agreables, que l’on dit auoir efté autrefois autant de gran¬ des villes ,Sc que Tamerlan lesaruinées; dont l’vne s’appclloit Simbcrska-gora. Le vingt-deuxiéme nous paflafmes ,auccvn pcu de peine, fur trois bancs dc fable,dont l’vn eft au deílus, Sc lautre audeíTous lendroitjOU Ton voit la montagne à’<^4rbeuchim , qui eftoit à noftre droitc. Elletirefonnomd’vneville,dontl’ony voit en¬ core auiourd’huy les ruines. On découure depuis la tiuiere vnegroflc pierre, de plus de vingt pieds dc long, SC de quafi d’autant de large, qui eft cou- ehee entre dcux collines, Sc 1’ony trouue graués les motsfui- u ans, Bttdefcb time dobro toba budet; e’eft à dire tu me lenes tu t'en trouueras bien. On nous dit, que depuis quelque temps vn grand bateau Mofcouite, ayant eftccontraint parle vent contraire de s’y arrefter, cinquante paílagers fe mirent à lcuer cettepierre, mais apres 1’auoir foufleuée auec beaucoup de peine, ils n’y trouuercntrien, íinonquederautre coftc 1’on auoit graué ces mots. Tfio ifebes netfebopolofcben \ e’eft à dire, en vain cberches-ttt ce ejue tu n’y as point mis. A noftre droite nous découurions vne fort belle campagne, vne grande plaine, fans aucun couuert, Sc vn fort bon terroir ,pouflantrherbeforthaut; mais il eftoit tout a fait inhabitc, Sc Ton n’y voyoit que les veftiges Sc les ruines des villes Sc des villages, que Tamerlan auoit autre¬ fois deftruites. Le vingt-troifieme, le vent contraire nous contraignit de moiiiller aupres de la riuiere d'<^Adrobe^ ou ie trouuay 1’cleuation diii pole a 53. degr, 48. minutes. Apres difncr nous voulumes cflayerd aller alaboulinc, mais àpeincpufmes nous faire vne demy lieué de chemin. Le vingt-quatriéme, le vent çontraire , qui continuoit tou-
  • ET DE PERSE, LIV. III. jours de la mefme force, nous poufla deux fois contrcla riuc, &: i retarda bien fort noftrc nauigation. Lesautrcs iours fuiuants nous cufmes la mefme incommodité; àcaufedes bancs dc fable; &: de i’inconftancc du vcnt,qui ne fe leuoitque furles neuf heures du matin, &: fur les cinq heures du foir l’on n’en fen'toit pas la moindre halcine; nous empefehantpar ce moyen de pro- fitcrdcla plus belle partie du iour, & contribuant beaucoup au chagrin, dont nousauionsque trop defuiet d’ailleurs. Car outre que la maladie dc la plufpart de nos gens augmentoit l’cn- nuy de cette déplaifante nauigation,les veilles continuelles, &: le trauail infupportablc acheuoit de les confumer. Ceux qui auoient efté en faction la nuict, bien que ce nc fuft pas leur me- ftierdc porter les armes, eftoient contrains le iour de tit er à la rame. Les viandes fumées & falccs ne donnoient point de nour- nturc, & les fâcheries que Ion auoit d’ailleurs ,à caufe dc la mauuaife humeur de l’vn des Ambafladeurs, nous abattoit cn- ticrement, Sc acheuoit de nous oiler le courage de reilltcr aux grandes commoditcz de ce long voyage. Le vingt-cinquiéme nous vifmcs à noftrc droite vne monta- gne, d’ou les Mofcouites tirent du fcl, qu’ils font cuire dans des huttes,que l’on a bailies pour cct effet au pied dela mon- tagne, fexpofent enfuite au Soleil, & le portent par le Wol- ^vraMoicou. Vis i vis de cette montagne eft rifle de Kofto^ata. La riuierc eft fort large cn cét endroit-la, parce que les deux riucs y font fort bafles. Proche dela on voit encore vne autre montagne ;au pied de laquelle coule la riuiere d'rjsa, que le Welga y forme, en pouífant vne branche dc ce cofté-là, pour fe la reiinir à foixante werftes au deflous de Samara. La riuiere y eft bordée d’vnc tres-agreable verdure; mais l’efpaifleur dc fes bois , accompagnée de la hauteur de la montagne, d’ou Ics voleurs decouurent les paflans de fort loin , rend le che- min fort dangereux. Les Cofaques en fçauent bien faire leur profit il n’y auoit pas encore vn an,lors que nous y paflaf- mes, qu’ilsy auoientprisvn grand bateau charge appartenant a vn des plus riches Marchands de Nifc. Nous auions aupres de cette riuiere 6o. pieds d’eau; come aufli aupres de la Montagne de Di^ijagora. Ce mot fignifie la montagne aux fillcs, & les Mofcouites difentqu’clle a fon nom dc quelqucs filles qui y auoient autrefois eftc gardées par ync Nain, Nous la laifsâmcs à
  • 2.9C VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 3 6. noftre droite ; Elle eft fort haute , efcarpée du cofté de la ri- uiere, d’ou on la voit diftinguée en plufieurs terraíles, égayant la vcuc par la diuerfité dc ces couleurs, bleue, rouge , jaunc &c. &C reprefentant de loinlcsruines de ce grand & magnifique bafti- merit. Sur chaque terraíle fe voit vne rangée de pins, íi regulie- remenf plantez, que Ton pourroit douter fi e’eft vn ouuragcde la nature, fi la mõtagne n’eftoit point inacceífible de tous coftés. Au piedde cctte montagne il s’cn efleuevne autre,qui borde la riuiere jufqu àprésdehuitlieuesdelà. La vallée, qui eft en¬ tre cesdeux montagnes, s’appelle Ubla neu-quas, e’eft à dire breuuage de pomme à caufe du grand nombre des pommiers, qui ne produifent que despommes propres àfaire du cidre. Le mcfme iour nous receufmes des lettres de Mofcou,par vn Courrier exprés, que noftre Fadteur nous auoit dépefché. II nous apporta aufti des lettres de Nifc,par lefquelles Ton nous ad- uertifloit, que nous auions parmynós Matelots quatreCofa- ques, qui auoient pris feruice à noftre fuitte, pour nous mettre entre les mains de leurs camarades. Nous nc negligions rien fans cela, cC nous obferuions routes les a&ions de nos gens: mais eét aduis nous fitredoubler nos foins & noftre vigilance. Sur le foir, apres Soleil couché , nous apperceufmes deux grands feux à 1’entréc d’vn bois, à noftre main droite; &c d’autant que nous auions fuiet de croire que e’eftoient des Cofaques, qui nous attendoicnt au paflage, on les enuoya reconnoiftre par cinq ou fix moufquetaires : mais dè« qu’ils eurent tiré trois coups de moufquet, les autres refpondirent au figna^ trois autres coups, &firent connoiftreque e’eftoient des Strc- lits, qui auoient efeorté la Carauane de Perfe, &: qui s’en re- tournoient cn leurs garnifons. Le fieur Brugman, qui s’cn- nuyoit du retardement de nos gens, &: qui eftoit dans lim- patiance de fçauoiricur rapport crioit inccfíamment apres eux, mais le vent contrairc l’empefchoit de les entendre, &: dans cette incertitude il vouloit quclon enuoyaft vnevolée de ca¬ non à ces feux ; mais le fieur Crufius s’y oppofa, luy dit, que leurqualitélesobligeantàfe tcnirfur la defenfiue, il n’y con- fentiroit point. y ■ ' ■ La nuict du 16. auay.nos fcntinelles apperccurent dans vn petit bateau, deux hommes, qui penfans defeendre auecla ri-^ uiere le long dc nQftxe nauirc, pour le reconnoiftre, furent ar- reftez
  • ET DE PERSE, LIV. IV. reftez & contrains de vcnir à bord. Ils difoienc qu’ils cftoient 1 ^ J <>• pefcheurs, &que lcs Mofcouites, qu’ils appelloiencieurs frcres, nclcs empcfchoient point de pafler le longdc lcurs batteaux, dciour & dc nuict,mais fur cequel'onnous aduertic quc les Cofaqucs auoicntaccouftumcd’cn vfcr ainfi ‘ &: dc s’approchcr des vaifle-aux , pour encouper lcs cables, nousles examinafmes chacun cn particulier, & voyant qu’ils varioient fort à leurs ré- ponfes., en ce que l’vn difoitquecinqccns Cofaqucs nous at- tendoientdans vne Ifle aupres de Soratof, ce que l’autre nioit, on les garda toute la nuiift, & lc lendemain matin on lcs enuoy a par noftre Priftaf, au Weiiiode de Samara. Le vingt-feptiéme nous vifmes à noftre gauche, dans vne grande plainc, quafi fur le bord de lariuiere, vne collinc de fa¬ ble commc vne dune. Les Mofcouites l’appellent S arid Kurgan, &: difent qu’vn certain Empereur Tartare, nomme Momaon, qui auoit dcftcin d’entrer en Mofcouicauecfept Roysdelamefmc nation ,mourut en cc lieu la,&: quc fes Soldats, quieftoient en fort grand nombre, au lieu
  • i9S VOYAGE DEMOSCOVIE, i-*3 fí. Sc dedeuxou trois Conuens. LariuiercdeJ’i/«?<ír,quiIuydon- nc fon nom, poufle vnepetite branche, que Ton appelle Sin-fi- mar, dans lc Wolga, à trois werftes au deflousdela villej mais ellcnes’y vnft entierementqua trente Werftcsplus bas. Noftre deflein eftoit de nous arrefter aupres de la ville, afin defçauoirdc noftre Prifiaf ce que nos prifonniers auoicnt de- pofé; maislevcnt deuint fi bon , que nous ne voulufmes point Montagn:dcs perdre 1 occafion dc faire la plus grande iournéc , que nous Coía
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 199 bien que la riuiere de Pantzina, qui entre dans le Wolgà du cofte l 6 3 6. droit : &: ayant fait ce iour li quarante-cinq Wcrítes, nou$ moiiillafmesfurle foir aupres de rifle de Zagèrimko ; ou nous demeurafmesla nuid il’anchre. Quclques pefeheurs, qui vin- rent i noílre bord, nous donnerent aduis qu’ils auoient veu pvochedeliquarantc Cofaques, qui auoient paru fur le bord de la riuicrc. Nous y fifmes auífi entendreinos gens,que la biere eommençanti manquer, ils feroient obligez dc fe con- tenter a l’aduenir d’eau, ou ils pourroient metere vn peu dc vi- naigre, pour en faire de 1’oxicrat. Le trentieme Aouft nous arriuâfmes degránd matin il’cm- bouchcurc de la riuiere de Zagra, qm entre dans le JVo/ga, du coité droit, aupres delTíle de Zagenmko, ilaquclle elle donnc le nom. A quarantcWeríles de li nous pafsâmcs dcuant lTílc de Sofnou, oulon nousauoitdit que nous trouucrions les jo®. Cofa¬ ques,dont l’vn des pefcheurs de auoit donné 1’allar- íne; e’eit pourquoy nous fifmes mettre tous nos gens fous les ar¬ mes, &L noltreartillerieen eftat': mais nous n’y vifmes perfonne. Versle midy nous coftoyafmcslamontagne dcTichy, qui auan- cefifort du code droit, qu i la voir de loin,il femble qu’elle bouche toute la riuiere; laquellc toutesfois eflfi bafíe en cct cndroitlà, que Ton nous afleura, que les Cofaques y paflent i gué : dontils fe feruent auec d’autant plus d’aduantage, qu’vn grand banc de fable, qu’ils appellent O'toet&ebrot, oc plufieurs petites líles couuertes de buiílbns & dc bois taillis , y fauori- fent merucillcufement leurs entreprifes. Nous y rcncontraf- mes deux pefeheurs, qui nous dirent, qu’il n’y auoit que huid iours,quc les Cofaques leur auoient pris vn grand bateau, leur auoient dit, que dans peude iours ils vcrroicntvn grand rvauire A lleman cn ces quartiers-li. Sur lc foir nous fifmes abor- der deux autres pefeheurs , &C nous leur demandafmes des nou- ucllcsdcs Cofaques. Le plus vieux eut bcaucoupdc retcnue d’abord,oi ne voulut rien dire: mais voyant que l’autrc, qui eltoit beaucoup plus ieunc, n’auoit point cu la mefme difere- tior.,ilconfirma ceque fon camaradc nous auoit dit,&: nous affeura qu’il auoit veu quarante Cofaques fe retirer dans le bois, que nous pouuions defcouurir de noftre nauire,&qu’ils auoient fix bateaux, qu’ils auoient tires fur la terrc,pour s’en feruir contrenous. Ils nous fupplierent tous deux de bien
  • 5oo VOYAGE DE M05C0VIE, 166, nager cct aduis, qui leur coufteroic la vie, fi les Cofaques lc íçauoient, Si de les emmencr comme prifonniers, pour les mcttre à tcrre à quelques Werftes de la. Ce quenous fifmcs, jnais nous les fifmcs bicn garder route la nui&, Si nous fifmes doubler nos gardes ; parce que nous n’auions pas plus de con- fiance en cux, qu’aux Cofaques mefmcs: Si lc lcndemain fur le poind duiour nous les congediafmcs. Ce iour la nous fifmes loixante werftes. Le dernier iour d’Aouft , nous eufmes le vent fi fauorable, que nous fifmes fix-vingts Wcríles entre deux Soleils. L’Kli Xoftno, qui eft cloignée de cent werftes de la ville de Soratof rut la premiere chofe quenous vifmes ceiour-li. Le bancde fable, qui en cét endroit s’eitend bien auant dans la riuiere nous fit apprehenderce pail'age. Et de fait,le nauire y heurta plufieurs fois, mais il ne laifla pas dy pailer, fans s’arrcftcr. A vingt werftes de la l’on rencontre vne autre Ifie, nominee Scbifnamago, Si en iuitte celle de Koltof, qui eft à cinquante Werftes de Soratof,ou nous trouuions tantoft 16. Sitantoft zo. 30. Si quelquesfoisiufquesà 40. piedsd’eau. Nous rencontraf- mes entre ccs deux Iiles deux grands bateaux, équippés de quatic cens matclots cliacun. L’vn appartenoit au Patriarche, & portoit des prouilions, Si l’autrc, qui eftoit charge de Ca~ aajar, qui eft vne pafte d’oeufs d’efturgeon fales, ainfi^ue nous auions dit ailleurs, appartenoit au Grand Due. II nous faluc- rent de plufieurs decharges de leurs fuzils, Si nous refpondif- mes a leur ciuilitc d’vn coup de canon. Aupres de rifle de Koltof nous vifmes encore quatre autres bateaux , qui ve- noient A'^fslrachan, chargcz de felSide poiflbn falé, pourle compte dc Gregor i UMikitof , vn des plus riches Marchands de Mofcoti. Les Bateliers nous dirent , qu’ils auoient veu aupres d Ajlrachan, en plufieurs bateaux ,enuiron deux cens cinquan¬ te Cofaques, qui les auoient laifle pafler,fans leur rien dire. Gueres loin dc cette Ifle fe voitàlamain droite,la montage de Smio'toa, qui a plus de quarante werftes d'eftendue. Ce mot de Smio-to* fignifie ferpent, Si Ion a donne ce nom à cette mon- tagne parce quelle ferpente tantoft bien auant dans le pais tantoft clle ne fait que border la riuiere. Les Mofcouites veu- lent qu elle ait eftc ainfi nominee d’vn ferpent, ou dragon qui apres auoir fait de grands dégafts dans le voifinage , fut enfin
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 301 cue par vn Heros, &: coupé cn trois pieces, qui changerent auífi- 1 £ 3 6. toft en autant de pierres, que 1’on monftre encore auiourd’huy auxpaflans. Depuiscetce montagne, le long de la plainc,qui s’eftcnd iufqucs à Soratof, fe voycnt pluíieurs Iíles , que 1’on nommc Sorok Ofiro'toe, e’eft à dire les quarante Iíles. Le premier iour de Septembre nous rencontrafmcs de Sepieubm. grand matin crois grands bateaux, dc cinq à fix cens tonneaux chacun,qui neprenoient neantmoins quedouze pieds d’eau. Ils remarquoient plufieurs petits bateaux apres eux, pour la defeharge des grands, aux lieux ou la riuiere eft bafte. Le plus grand portoit des prouifions pour le Conuent dc Troitz., qui eft à douze lieucs de Mofcou, & dont nous auons parlé fou- uent cy-defl’us. Lafaluefefit de part &C a autre dc la mefine façon,que nous auions faitàla rencontre dcs autres. Sur les neuf heuresdu matin nous paíTafmes à la veuc de la ville de Soratof. Elle eft fituée à yi. degres iz. min. d’eleuation, dans vne grande plaine,aquatre werftes de la riuiere, & fur vneSoU£0 " branche que le Wolgapouffe dc ce’cofté-là. Tous les Habitans font Moufquetaires Mofcouitcs, fous le commandement d'vn Weiuode, que le Grand Due y enuoye, pour la conferuation du pais, contre les Tartares Kalmuckes, qui occupent vne gran¬ de eftendué de pais , depuis ces quartiers-la iufqu’a la mer Cafpie , & à la riuiere de latka. Ces gens font fouuent des courfes fufques fur la riuiere dc Wolg* > & ne font pas fi peu confiderables, qu’ils ne dcclarcnt mefme la guerre au Grand Due. L’on compte depuis Samara iufqu’a Soratof trois cens cinquante Werftes. Lcz. nous paíTafmes aucc vn vent fauorablc ala veue des Iíles de Kritfna &: de Saptmofka, qui font aflczproches l’vne de l’autre, & nous arriuafmes enfuitte à la montagne d’odchmats Kigori, qui finita vne ville du mefme nom, a cinquante wer- ftes de Soratof. Cette montagne forme vne tres-agreable per- fpediue; cn cc que fon fommet eftant reueftu d’vnc parfaite- ment belle verdure , S£ la croupe bigarrec d’vn terrain de plufieurs diuerfes couleurs, le bas finit en vne fort grande rerraffc , fi bicn vnie, qu’il Tenable qu’elle ait eftc faite a la main. A vingt werftes de Tide à’Acbmatzkoy nous vifmescelle de Solotoi, ôc en fuitte la montagne de Sallottogori, ou Mont- d’or. Les Mofcouites nous difoient, qu’onluy auoit donné ce Pp iij
  • 3oi VOYAGE DE MOSCOVIE, i6$6. norn , parcc quautrefois lcs Tartares y auoient furpris vne Stani&a,ouflotte Mofcouite,íirichement chargee,quils parta- gerent Tor 5c 1’argcnt à boifleaux. L'on n’a pas íi-toft pafíe cette montagne, que Ton cn voit vne autre, quils appellent Millobe, e’eft à dire craye. Elle borde la riuiere quarante werftes de long,&:fon íominet,qui cftauífi vny,quefionl’auoit appla- ny au niueau ,febaift’e infcnfiblement le long de la riuiere au picd fe voyent plufieurs arbres plantes enéchiquier. Aprcs cela nous vifmes vne autre montagne, àlaqucllc nousdonnaf- mes Ie nora du Mont aux pilliers ; parce que les pluyes ayans lauc la terre fur la croupe, les veines des carricres paroiflent commedes pilliers hors d’eeuure,dc pluíieurs coule'urs, bleu, rouge, jaune 5c vert. Nousy rencontrafmes encore vn grand batteau,dont le Pilote nous enuoya aduertir,qu’il auoit veu aupres d'Afiracban foixante-dix Cofaques, qui les auoit laifle pafter, fans leur dire mot; mais que depuis quatre iours dix dc ces volcurs 1’auoicnt rançonné de cinq cens efeus: non cn attaquant le batteau, ou ils euíTent trouué de la refiftance, par- ec qu'ils fe feroient defendus , mcfme contre vn plus grand nombre d’ennemis; mais ils auoient pris le bateau 5c. Tancbre, dont les Mofcouites ont accouftumé de fe feruir pour monter la riuiere, 5c auoient gardé l’vn 5c l’autre iufqu’a ce qu’on leur euft enuoyé la fomme qu’ils auoient demandéc. Sur le foir, des que nous eufmes moiiillé 1’anchre, nous vifmes venir à nous dix Cofaques , qui entrerent dans vn bateau ,5c paflercnt dc 1 autre cofté de la riuiere. Le ficur Brugman commanda aufti- toft huidt Moufquetaires, tirés tant de la milice, que de la fuite des Ambafíadeurs, 5c leur ordonna de fuiurcles Cofaques ,de prendre langue d’eux, & de tâcherdeles amencràbord. Mais les Cofaques auoient ccpendant eu le loifír de mettre pied à ter¬ re ,5c de feretirer dans le bois, ou ils auoient.au ftl porte lent ba¬ teau ;dc forte quenosgcns nc reuinrentquàlanuitl toute noire. Noftre Maiftre d’Hoftel sen fâcha ,5c reprefenta à Brugman le danger qu’il y auoit à commander des gensàccs heures in¬ dues , 5c dans vn lieu, ou Ion ne les pourroit point fccourir; mais 1’autre soífenfade cette remonftrance,&ctrairtale Mai¬ ftre d'Hoftel fort mal dc paroles. Le 5. Septembre nous vifmes à noftre gauche la riuiere de Ru/lana, 5c vis à vis, «a noftre droite, la montagne d'Vrakofs Ka- \
  • I 63 6. ET DE PERSE, L1V. IV. 305 rul, qui eft à cent cinquante Werftcs de Soratof. L on die qu’vn Prince Tartare , nomme Vrak, qui donna la bataille auxCo- faques en celieula,ouil futtuc &: enterre, adonné le nom a cerce montagne, Apres ccla nous arriuafmcs à la montagne dc Kamufhinkd, Sc à la riuiere du mefme nom. Elle fourd dans le tovrcnc &llcbu ,lequcl entre dans le Don, qui tombe dans lc Pont Euxin, Sc fepare 1’ Afie de l’Europe. Lcs Cofaques paf- fent cettc riuiere dans de petits batteaux, Sc font ainfi leurs courfcs iufques fur lc Wolgn; de forte que cét endroit la eft le plus dangereux de tout le chemin, que nous auions à faire. Nousy vifmes fur le bord de la riuiere,a noftre droite, plu- ficurs Croix de bois, pour marquer les fepulcres d’vn grand nombre dc Mofcouites , qui y auoient efte tués par les Co¬ faques. Apres auoir pafle cét endroit, nous appcrceufmes la Ca- Carauane dc rauanc de Perfe&de Tartarie. Elle eftoit compofcc defeize ^cat^dc grands bateaux, Sc de iix petits. Dcs quelle nous vift, fes Ma- tclots ccft'erentdc tirerala rame,.&:fe laiflerent after au cou- rant dcla riuiere, pour nous donner lc loiftr dc lcs joindre ; cc qui nous obligea à mettre toutes nos voiles, Sc à redoubler nos efforts, en fecondant le vent à force de bras , iufqu’a cc que nous lcs euifions attcints. Nous temoignafmes d’abord noftre ioyc parlc bruit dc nos trompettes, Sc nous faliiafmcs la Carauane dc quaere coups de canon ; elle y refpondit de toutc fa moufquetcrie; ce qui obligea la noftre àluy faire auffi vne falue. Lcs principaux Chefs de cettc Carauane, qui n’auoit pu s’af* femblcr toute o^xs-Samara, eftoient vn Prince Tartare, nom¬ me Mujjlil^ le Marchand ,ou Cuptz,i duRoy de Perfe, dont nous auons parlc cy-deftus, vn Pojlamk Mofcouite, nomme Alexei Sauino'toitz, Romantzikou , que le Grand Due enuoyoit au Roy dePerfe,vnAmbaifadeur Tartarede Crim,le Marchand, ou faclcur du Chancelicr de Perfe, Sc deux autres Marchandsdc laProuincede-Ki/á» en Perfe. Incontinent apres ccs premieres rejouiflances generalcs, nous vifmes arriuer vn Officicr Mofcouite, fuiuy d vn bon nombre dc Moufquctaircs ,qui nousvint faliicr ,&dcmandcr dcs nouuclles dc noftre fame, de la part du Prince dc Tarta¬ ric. En approchant de noftre nauirc, les Strelits firent leur dc-
  • 304 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1636. charge,&aprescelaTOfficierymontafcul,&:fie ion compli¬ ment. Dcs qu’il fat party les Ambaifadcurs renuoyerent a cc Prince lc fieur à^Fchíerits^m fe fit accompagncr dc Thomas de Melleuille,&:dc noftre truchement Mofcouite, Sc ordonne- ícnt an Sccictane de 1 Ambaftadc, qui prit aucc luy lc truchc- ment Perfe, d’allcr en mefme temps complimentcr 1 eCuptzi, qui auoit ccpendant enuoyc quelqu’vn de fa fuittc, pour faire le mefme officeauecles Ambaft'adcurs. Lc Secretaire , en abordant le nauire du Cuptz,i, y voulut monterdu coftédu bas bord:mais fes domeftiques luy firent entendre, que la femme du Patron ayant fon appartement de ce cofté-là , on neluy feroit pas piaiiir dc s’y prefenter; de forte qucle battcaufit lc tourdu nauire ,& aborda de l’autrc cofté. Le Cuptzi du En montant nous trouuafmes plufieurs valcrs bien fairs , qui Royde Perfe. nous prirent fous ies bras, pour nous aider à monter, 3c’qui nous conduifirent dans la chambre du Cupt&i. Nous le trou¬ uafmes affis fur vn cftrade,qui eftoit clcue de deuxpieds,& couucrt d’vn beau tapis dc Perfe. II auoit fous luy vn gros tapis de Turquie blanc, ayant les jambes croifées fous luy ,! la mode de fon pais, 5c le dos appuyé fur vn carrcau dc fatin rouge cra- moify. II nous receut aucc grande ciuilité, en portant les mains à i’eftomach,& en faifant vneprofonde inclination dc la teftc, qui font les ceremonies ordinaires , aucc lefquelles ils reçoi- uent les perfonnes à qui ils veulent faire honneur. II nous conuia de nous aifeoir aupres de luy; ce que nous fifmes par complaifance, mais non point fans beaucoup de peine 9 com- mc n eitans point accouitumes a nous tenir long-temps cncct- tepoiture. Nous luy fifmes noftre compliment, qu’il receut de bonne grace , 5c y rclpondit en des tertnes ft obligeans, que nous auions fuietd’eftre fatisfaits de fa ciuilité. II nous diten- tr autres chofes: Qu’il auoit vne paffion extreme dc reuoir la Perfe, fa ehere Patrie, Sc qu’il languiifoit apres fa mailbnj mais la ioye qu’il auroit en voyant l’vne Sc l’autre, n’approche- roit point dc celle, quil auoit cue en voyant paroiftre noftre nauire. II y adioufta, que dés noftre entree en Perfe nous Vcr- rions bien-toft la rufticité 5c la barbarie dcs pcuplcs, par my lefquels nousviuions alors, changécs en vne ciuilité obligean- tCjen vne conuctfation agreable, 5c «n vne façon de viurc tout i
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 3oj- faiechartnante, &c accompagneed’vneliberte ,qui nous íeroit commune auectousles Habitans du pa'is. Qu’ilefperoit ,qu’en arriuant àla Cour, il ne luyferoit point difficile d’obtenir,par 1c moyen de fes amis, la charge de JMekemandar: ou de condu- cteur pour noftre ambaflade; puis qu’il auoit eu le bon-heur d’acquerir noftre connoiílance par 1c chemin: qualors il taf- cheroit de nous obliger en toutes les occaíions, qui softri- roient, & que cependant il nous prioit, de difpofer de fa perfon- ne, &de tout cequi eftoit enfon nauire. Ilnousfit apporter la collation, qui fut feruie en de la vaiftelle de vermeil dore, 5c ne confiíloit qu’en fruits, en raiíins , &cn piftachcs, feches 5c falées. L’onn’ybeutqued’vne tres-bonne eaude vie deMof- couic, enlaquelle ilbcut premierement la fantédedeux Am- baíladeurs , 5c en fuitte cclle de chacun d’eux en particulier; au mefme temps que Ion beuuoit la fiennc dans noftre nauire; ce que nous connufmes aufíi-toftparladefchargcde toute noftre artillerie , 5c de toute la moufqueterie. En prennant congc deluy,il nousdift,comme en confidence,qu'ilauoitvnaduis à donner aux Ambafladeurs , & qu’il auoit fceu de bonne part, que le Roy de Polognc auoit enuoyé vn Ambaíladeur au Schach Scfi, qu’il auoit pris fon chemin par Conílantinople & par Bagdet, qu’il fe trouuoit prefentement fur fon retour à K_síftrachan, & qu’il auoit ordre de voir en paífant le Grand Due; mais que le Weiiiodc ne 1’auoit pas voulu laiíler pafler, qu’il ne fceu ft 1’intcntion de la Cour auparauant. Que e’eftoit là tout ce qu’il en fçauoit, &: que e’eftoit aux Ambafladeurs a deuiner le refte , 5c à fçauoir quel pouuoit eftre le fuiet de fon Voyage, ÕC de fa Negotiation. Lcsautrcs Chefs de la Ca- rauanenous enuoyercnt aufli complimenter, &c oftnr leur íer- uice ;nous prians dedemeurer en leur compagnie, & nous af- feuransdcleur fecours ou befoin. Ainfi apres vncfalue geneja- le de toute la Carauanc , nous partifmcs enfemble, pour conti¬ nuer noftre Voyage. Sur le foir nous eufmes vn grand orage, accompagné de deux furieux coups de tonnerre, &: de quelqucs eclairs, mais le temps fe remit bien-toftau beau, 5c nous amena vn grand calme. Le 4. Scptcmbrc, iour dc Dimanchc , au mefme moment que noftre Pafteur voulut commencer le Prefchc , nous vif- mes arriuer pluficurs Tartares,que Mujfal\ Prince Tartaredc O-H 163 6
  • i 6 5 6. Premiere tranche du V voiga. 306 VOYAGE D E M O S C O VI E, Circaflic, nous enuoyoit, pour nous dire, que Ton indifpofition l’empefchoic de rendre lavifite aux Ambafladeurs cn perfon- nc;maisquc desque fafanté luy pcrmcttroitde prendre Fair, il ne manqueroit pas de s’acquicter de cc dcuoir. L’equi- page de celuy qui porta la parole, comine Chef de cettede¬ putation, mcritebicn que Ton endievn mot. Pource qui eld de fa perfonne, la taille cfloit pliitoA grande que mediocre, fon teint oliuaAre, fes cheueux longs, gras 6c noirs comme geais , &fa barbe dela mefme couleur & de la mefme façon. 11 auoitfurfavefle vnepeau de mouten noir, la laine au de¬ hors , vne callote fur la tefte , & fa mine afl.cz bonne pour fer- uir de modelleàvnpeintre ,qui auroit entrepris de reprefeq- ter le diable. Tons ceux de fa fuitc n’eftoicnt pas mieux en ordre , &C n’auoient pour tout ornement, que des tuniques, ou veftes d’vn gros drap , brun ou noir. Nous leur fifmes don- ner quelques gobelets d’eau dc vie, & nous les renuoyaftnes yures alcurnauire. Surlcmidynous arriuafmcs à lariuierc de Bollocleá, à moitie chcmin de Kamuschinka. &: de Zariza, & a quatre-vingtdix Wcr- * ftes del’vne &de l’autre. Apres auoirfait encore feizewerftes nous arriuafmcs à vne fort haute colline de fable, que Ton ap- pelle Strchine, au pres de laquclle nous paflafmes la nuict. Le y.Septembrc,a peine cufmes nous leué l’anchre,quele cou- rantdel’eau nous porta fur vn banc de fable ,ou nous ne trou- uâmes que cinq pieds &: demy d’eau. Pendant que nous trauail- lionsà remetre le na'uire cnpleine cau, laCarauane prit lede- uant,& alia gagner Zarina: à deflein d’y prendre d’autres Mouf- quetaires pour fon cfcortc, iufques \^firAchan. Sur le midy nous nous trouuafmes cn vn lieu d’ou nous cuflions pu aller en moins d’vniour iufqu’a la riuierede Don, que Ptolomec, Sc les autres Geographes anciens nommentTá».w , qui s’auance en cét endroit la iufques à fept lieues pres du VJ/olga, prenant fon cours vers le Leuant. V n peu plus bas aupres & A chtebska Vtsga, 1 zWolga fefepare en deux branches; dontlvne, qui prenda la gauche dans le pais, a fon cours tout contraire à celuy de la grande riuiere, tirant vers l’Eft-Nort-eft; mais au boutd’vne Verfte, ellc repren d fon premier cours, ÔC retournc vers le Sud- eft, pour entrer dans lã mer Cafpie. Ie trouuay en ce lieu la 48. degr. j 1. minutes d'eleuation.
  • ET D E PE RS E, L I V. IV. 507 A cinq Werftcs de lariuiere, Sc à fept de Zariza 3l’on voit en¬ core les mines d’vnc ville, que fon dit auoir eftc baftie par Ta- merlan. On l’appelloix. Z aarefgorocl, c’cft à dire ville Royale , & fon Palais,6t fes murailles eftoiét de briques, qui lenient encore auiourd’huy au baílimcnt des murailles, de pluíieurs Eglifes & Conuens ixZjfraiban ; &: mcfme de noftre temps 1’on y char- geoit encore pluíieurs bateaux de briqucs, pour porter à la ville. Nous vifmes en ce lieu là vn pefcheur, prendre aupres de no¬ ftre nauire vn Bicluga, vn poiflon blanc ,qui auoit plus de huict pieds de long,&; plus de quatre de large. II reflembloitàvn efturgeon, finon qu’il eftoit beaucoup plus blanc, qu’il auoit Iabouche plus fendue. Us1’aífommerentdela mcfme façon que 1’on tué icy les boeufs , en 1’eftourdiíTant premierçment d’vn coup de martcau: & ils nous le vendircnt cinquantc fols. Lefixiéme Septembrc nous rejoignifmesla Carauaneà Zari~ za ; ou les paífagcrs auoientla pluípart mis picdàterre,&: s’e- ftoicnt logcs fous des tentes 3 fur le bord de la riuiere, en atten¬ dant l’cfcorte, qu’il falloit fairt vcnir des garnifons voifincs: mais d’autant que le vent continuoit de nous fauorifer, nous ne laiffafmes pas' de paífcr outre, ôz de continuer noftre voyage. La ville de Zariza cft éloignée de cclle de Soratofde 350 AVerftcs, ôc eft fituéefurlariuedroite de la riuiere 3 au piedd’vne colline, ou clle eft fortifiée de cinq baftions, & d’autant de tours de bois: Elle n’apour tous Habitans qu’enuiron quatre ccns Stre/i/s, ou Moufquetaires, qui fcruent contrc les courfes des Tartarcs&: des Cofaques 3 & font obligezd’efcortcr les bateaux, qui mon- tent defcendent la riuiere. I’y trouuay 49. degrés & 41. mi¬ nutes d’eleuation. Depuis la ville de Zariza3 iufques à ^djfrachan iufqu’a la mer Cajjne 3 il n’y a que des Landes &: des bruyeres, &: vn ter- roir ft ingrat} qu’cftant incapable de produire du bled, tout cc pais j &c la ville d’ Ajlrachan mefme, eft oblige d’cn faire venir de Cafin i l’on y en apporte en fi grande quantité 3 qu’il y eft à meil- lcur marche qu’en la ville de Mofcon. Au deílous de Zariza. eft l’lfle dc Zerpinskc. Elle a dou^e Werftes de long, &les Soldats de la garnifon de Zariza y cn- uoyent paiftrcleur beftail. Les Coíaques de ces quartiers là, ayans remarqué, que les femmcs&les filies de ccs Soldats y paíToientfouuentfans efcoue,yentrerentvn iour apres ellcs, Qjl ij 163 6. La ville de Zariza.
  • 3o8 voyage de moscovie, j ]cs furprirent, les violerent, 5c les renuoyerent ainíi à leurs maris;fans lcur fairedautrc mal. Derriere cettc Iílc il entre danslcjtyolga vnepetite riuierc, qui fortdu Dvn-, maisàpcine porte-elle de fort petits bateaux, ce qui me fait cvoir nue ceft àcaufe de cela, que les Geographesne la reprefençeni. t oint en leurs cartes; puis qu’il n’y a qu*ifaac M*Jf* feul qui la mette cn laíienne, 5c qui la nomme Kamous. Les chaleursy cftoient en¬ core fi grandes au moisdeSeptembre,queccllc des iours Ca- niculaires ne font pas plus infuportables en Allemagne; 5c neantmoins les Mofcouites nous afleuroient, qu’elles n’eftoicnc que fort ordinaircs. Le feptiéme Septembre le temps changea, 5c 1’oragc nous empefchadefaire beaucoup de diligence. Apres auoir fait dix ■werfles,nous vifmes vn gibet à noífre droite, fur vne colline haute &rougeafl:re. C'elloitle premier que nous auionsveu en ces quartiers là: 5c fon nous dift, que le JVeiiiode dc la prochainc ville y faifoit pendre les Cofaques, qu’il pouuoit faireprendre dans fon Gouuernement, 5c qu’il neleur donnoit point d’autre quartierjmais que leurs Camarades n’y laiíloient point les corps plus de cinq ou ílx iours. Le mcfme iour ilprit vncfantaificau fieur Brugman defaire venir deuant luy cous les domcífiques; aufquclsil dit, qu’il auoit fuiet de croire, qu’il y en auoit parmy eux pluíieurs qui auoient fort peu de bonne volonté pour luy , &: qui en vn bcfoin luy ren- droientdetres-mauuais offices ,5c partant qu’il vouloit que les Muficiens, les Gardes &:lcs Laquais luy preílaílent le ferment de fidelité. On luy répondit, que fon foupçon eftoit fort mal fondé,qu’ils ncfçauoientpoint pourquoy on les vouloit obli- ger à vne chofc fi extraorninaire, 5c que tant s’en faut quils euífentaucun mauuais deífein contrc luy, qu’au contraire ils eífoient tout prefts d’expofer leur vie pour fon feruice ^ mais qu’ils le prioient auffi de les efpargner, de les traitter plus doucementqu il n’auoit fait; ce qu’il promit de faire, mais il s’acquittafort mal de fapromeífe. Nous rencontrafmes le mefmc iour vn grand bateau,done le Maiftre enuoya quelqucs Matelots à noftre nauire, nous pricr d’auoir pitic d’eux,&: de les fecourir d’vn peu de pain, contre la faim qu’ils enduroient , n’ayans rien mange depuis qnafre iours. Ils nous dirent qu’il y auoit trois fepmaines, qu’ils
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 309 eftoicnt partis d' Ajhanchan, &: qu’ils auoicnt efté volés en che- r 6 3 6. min par trenteCofaques,qui Ieur auoient ofté tous leurs viurcs. Nouslcurdonnafmes vn facplein de bribes, dures Sc moiíies, dont ils nous rcmercierent auec leurs ceremonies ordinaircs,en baiíTant la tefte iufqu’a la tcrre. A quarante Werftes de Zarina eft 1’Iílede Najfoncfsko, & vis a vis à la droite.vne grande montagne plattc du mcfine nom. En¬ tre riíle&: la montagne eft vneefpece degrotte, danslaqucllc lcsCofaques auoient depuis quelqucs années tuc vn grad nom- bre de Mofcouitc$,qui s’y eftoicnt mis en embufeade, à deflcin de furprendre les autres. Sur lc foir vn pefeheur nous apporta vneefpece de poiíTon.que nous n’auions pas encore veue. Les Mofcouites 1’appelloient Tniberika, Sc il auoit plus dc cinq pieds de long,le mufeau long Sc large, comme vn canard, Sc le corps plein detachesnoires Sc blanches ,comme les chiens de Polo- gne,mais beaucoup plus reguliercsfinonau ventre , ou il eftoit tout blanc. Le gouft cn eftoit fort bon, Sc pour le moins aufti a- greable que celuy du Saumon. Il’nous vendit encore vne autre forte de poiífon,fait à peu prés comme vn efturgeon,mais beau- coup pluspetit,& fans comparaifonplusdelicat, dontle Wolga produit vne grande quantite. Lc huitiéme la Carauanc, que nous auions laiíféc à Zarina, nous rejoignit aupres d’vn cap , que Ion nomine Popo^titiha lurka-, parce que lefils d’vn Popc,ou Preftre Mofcouite,qui s’e- ftoit autrefois mis à la tefte des Cofaques, Sc des Bandits, auoit accouftumed’y fairefa retraittc,&d’y tenirfon rendez-vous. L’on compted& Zarina iufqu’a cc lieulàfoixante-dix Werftes, &de la iufqu’a la montagne àcKamaagar, que nous auions à noftre droite, quarante. La riuiereeft toutc pleine d’lftcs Sc de bancs de fable en ces quartiers-là, dont la Carauanc ne fut pas moins incommodée que nous, quoy que leurs baftiments fuftent beaucoup plus petits que lc noftre. A vingt Werftes plus bas eft vnelilc fortélcuée , Sc de quatre Werftes d’eften- dué, que l’on áppelle Wefo^oi, aupres d’vneriuicre dumefmc nom , qui entre dans le Wolga du coftc droit. A trentc werftes plus bas le vent nous pouila dansvn coin, ou la riuiere W0Í0- dinerskivtsga entredans lc Wolga. Maisdautant que nous ap- prehendions de perdre l'occaiion dc faire vne grande iournce, que le bon vent nousfaifoit efpercr, nous fifmes vn effort ex- Qq iij
  • 3io VOYAGE DE MOSCOVIE, 16^6. traordinaire, pour cn fortir: com me nous fifmcs j dc nous pafla- mesenfuiteauec vnvcnt fauorablc deuant lepa'is dcStuping trente Werftes de la ville dcTz,ornogar,qui eftoit la premiere ou nousdeuions arriuer lelendemain. A dix Veftcsplus bas le Wolga poufla encore vnebranchedu code gauche, que l’on ap- Sccondcbran- Pc^e dcbtobemfha Vtsga, dc qui ioint fes cauxaccllcs de^- ihcduVvoig*. tebska,, dont nous auons parlé cy-dcflus. Nous fifmes apres cela encore cinq werftes, &toute la flocte moiiilla aupres de \'\Q.edi 0/s'itiO, qui eftà fept Werftes de T zornogar.'do forte que ce iourlà nous dimes fix-vingt quinze Werftes, ouvingt-fept lieués d’Allcmagne,c’cftadire pour le moins aucant deche- min, qu’il y de Paris à Saumur. Depuiscepais-la iufquAjlrachan, de l’vn&del’autrccoftc dc la riuicre, vient la reglifle en tres-grande abondance, pouf- fant vne tige de la grofleur du bras, & de la hauteur de plus dequatre pieds. Sagraine ne reifemble pas mala la vcfle,&: fe conferuedans desgouiTes, que la nature produitau boutdu bois. LescampagncsdcMede en font toutes couuertes, par- ticulierement vers la riuicre d’Araxe, mais fon fuç eft beau- coup plus doux, dc fa racine bien plus grofle que de celle qui vient en Europe. u viiifde Le neudeme iourdeSeptembre il fe leuavn vent,qui for- Tzcinoga . ma bien-toll vn grand orage , 3c nous porta fur le midy de- uantla petite ville de T&ornegar, ou nous nous arreftafmes. II n’y auoit que ncuf ans , que le Grand Due auoit faitbaftir cet- te ville, qui eft ideux cens Werftes dc Zariza, vne demy lieue plus bas qu'elle n’eft auiourd’huy : mais les grandes eaux ayans fait ébouler la terre le long du bord, en fi grande quantité, qu’il fembloitque le cours de la riuicre en fuften quelqucfa- çondétourné, &:que l’on auroit dcla peine à y abordcr,l’on transfera la ville aulicu,ou clle eft encore auiourdhuy. Elle eftfttuéefurvne riuc fort éleuée, du cofté droit dela riuicre, &c elle ell fortidée de hui
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 3n Ce qui a oblige le Grand Due à faire baftir cette ville> ce 1636. font les defordres que les Cofaques y commettoienc, mais prin- cipalement la défaite d’vne Carauanc dc quinze ccns Mofcoui- cps, qu’ils y furprirenc, il y auoic alors enuiron dix ans. Elle eftoit fort bien efeortee; mais la riuiere eftant extremement rapide en céc endroit, & 1’cfcortc ayant pris 1c deuant; les Co¬ faques , qui auoient laifte pafíer les Soldats, fortirent de leur embufcade,attaquerentlaCarauane, entuerent fept ouhuid cens hommes, 5c la pillerent coute, auant que 1’efcorce la puft rejoindre: parce que la rapiditc de la riuiere l’empcfchoit de remonter, aucc la diligence neceflaire pour le fccours. De- puis ce lieu-là iufqu’a Ajlrachan , Toil ne voitplus d’arbresfur le bord de la riuiere. Le dixieme nous partifmes dc Tzornogars mais le vent chan- gea auffi-toft, 5c deuint fi contraire , qua peine primes nous fai- rc dixwerftcs ceiour la. Sur le midy quelques pefeheurs nous apporterent vnetrcs-belle carpe , qui pefoit pour le moinstren- te liures, auec huift autres poiflons, qu’ils appellent Sandatcs, desplus belles que nous eufllons encore veues cn tout noftre Voyage. Nous les voulufmes payer, mais ils refuferent dc prendre l’argent,& nous direnc,qu’ils pefehoient la pourdes Marchands de Mofcou, qui tenoient la pefche à fenne du Grand Due, & qui nemanqueroient point deles faire ehailicr, s’ils fçauoient qu’ils euilent vendu dupoilfon. Nousreconnuf- mes bien-toft, que leur deiTein eftoit dc fe faire payer encaude vie; e'eft pourquoy on leur en fit donner vne pinte , dont ils témoignerent eftrefort fatisfaits. L’onzieme Septembrc, le temps s’eftant remis au beau, 5c le vent eftant bon, nous fifmes fix-vingt Werftes; mais fans au - cune rencontre, qui merite d’eftre remarquée : finon que fur le midy nous paifafmes dcuant la montagne de Poloftocn: que l’on a ainfi nominee, parce qu'elle eft à moitié chcmin entre Aflrachan5c Zariza ^ \ deux cens cinquante Wcrftes de 1’vneôC de l’autre. Nous pailafmes la nuid aupres dc l’lfle de Kijfir-, ou le fieur Brugman, qui eftoit de garde, ayant feeu que la fen- tinclle auoit découuert yn grand bateau , que le courant dc la riuiere faifoit pafter aifez pres de noftre vaifl'eau, Sc que per- fonne ne repondoiç au cry, fit faire vne décharge de quinze moufquets, 5c en mcfme temps tireryn coup de canon. Tout
  • i 636. Troificmebrí- chcduVvolga Quatriéme branciic dc V Volga. 3ii VOYAGE DE MOSCOVIE, lemonclc cn prir l’aHarme: mais àpeine chacun fe trouuoic-il àfon pofte, que l’on vitabordervntres-petit bateau, conduit pawn feul homme, qui nous dift que Ton bateau eftoit charge defcl,&:que fes fcpt camarades, ayans trouue de laconnoif- fancc parmy ceux dcla Carauane , auoient efte fi bien regales d’cau de vie, que s’eftant tous cndormis, il auoit efte contrainc delaifter aller le bateau au courant de la riuiere. Noftrc pi¬ lote reconnut céc homme, poureftre deNife ; c’eft pourquoy on luy fit donner quelques gobeletsd’eau de vie, &onleren- uoya dans fon bateau. Lelendemain il nousvinttefmoigner ia reconnoiflance, par vn prefent de quelques efturgeons, qu il nousapporta. La nuit fuiuantc, lc vent continuant dc nous fauorifer, nous nc voulufmes pas perdre vne ft belle occafion d acheuer no- tre nauigation,&: nous fifmes voile dés les troisheuresdu ma- ■ tin, du douziémc Septcmbre. Nous rencontrafmes bicn-toft à noftre gauche vne troifieme branchedu Wolg*, que Ton ap- pelle EuchWosfio^A^ efte fe perd dans les deux precedentes: Apres celanous arriviafmesal’Ifle dc Copono, quidonnelenom de Coponogar au pais, qui eft vis à vis de la, du cofte droit de la riuiere. Dclaily a encore cent cinquante Werftcs iufques a la ville d'Jpachan. A vingt Werftes plus bas le Wolga fait vne quatriefme branche du cofté gauche, que l’on appelle Dani- lofka Vtsga, qui ne fe mcile point auec les trois autres, mais clle a fon cmboucheure particulierc dans la mcr Cafpie. A quinze Werftes de làfe voit au milieu de la riuiere, 1 Ifle de Katarinsky, qui eft petite, mais fort agreable, à caufe du hois & dela verdure, dont efte eft reueftue. Auprcs de la nous ap- pcrceufmes furvn banc de fable les reftesdvn bateau , qui y eftoit efchoiié, Sc eftoit à moitié pourry. On croyoit d’abord, à lc voir de loin, que ccfu ft vn fort, que les Cofaquesy cuft'ent bafty, &c mefmes l’on s’imaginoit que l’on cn auoit vcuquel- ques-vns; c’eft pourquoy l’on commandaque l’on draft quel¬ ques coups dans le bois; mais cela fe fit auec precipitation,qu vn desmoufqucts s’eftant creué entre les mains d’vn de nos cuifi- niers les efclats luy emporterent le poulce de la main gauche, Sc le bleiferent au front Sc à l’eftomach. Nous nous arreftafmes la nuit fuiuantc aupresde l’lflc de rirujky, à quatre vingt Wew ftes , aprés en auoir fait cent ee iour la.
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 3íj Lc trciziémc Scptcmbre, au mcfmc temps que Ton lifoit 1636. quclqucs chapitrcs dans la Bible, apies les prieres du matin, Sc quelafuitc dc noftre lecture nous auoit fait rencontrerle trei- ziémc chap, du 4. Liure de Mo'ife, ou il parle de la fertilité dc la terre dc Canaan, Sc dela beautédes fruits , entr’autres dc la grape de raiíin, que les efpions en auoient apportee; voicy arri- uer deux bateaux d' A firachan, qui nous apporterent du fruid du paisàvendre. Nous cnfufmesd’autantplus furpris,quc ienc fçay fi ccluy dc la Terre Sainte pouuoit eftre plus beau: tant les . ■ielons&les pefehes eftoientbelles, Sc le raifin auoit les grains plus gros qu’vne noix. Ce iour la nous vimes dcs le grand matin ànôtre gauche vne cinquicme branche du/^/^,quc Ton nome CinquUme cJMituska , Sc en s’eloignantde la riuiere ,elle fe fepare cn deux tranche du autres branches; dont l’vnc s’vnit aucc la T)amlofski-vtsga, VvolSa> dont nous venons dcparler, l’autre varejoindrelagrande ri¬ uiere , à quelques Verftes de la. L’on nous dift, que c’eftoitla le lieu le plus dangereux de toute la riuiere,à caufc dc la retraite que les voleursy font. Et de fait, nous yvifmes entre deux Iilcs vn grand nombre de Cofaqucs, fur lequcl l’AmbaiTadeur Brug- man fit tirer vn coup de canon. A cinq Werftes plus bas, Sc à foi- xante-dix d'Afiracban, Ton rencontre lc dernier banc dc fable, que Ion appclle Kabangamcl. A cinq werftes de la lepromon- toire de Kabangengar; Sc encore autres cinq Werftes plus bas rifle dc ItZjiburki; ou nous nous arreftafmes la nuict fuiuante, \ cin- quante Werftes d' Afiracban. Nous vifmes cn cesquarticrs-la, comme auftidepuisaupres à‘Afiracban, Sc fur la mer Caffie vne forte d’oyes,ou pluftoftdc Cormorãs que les Mofcouites appellcnt Babbes,dot lc bord de la riuiereeftoit tout couuert;mais nous en parlerons plus amplemet tantoft,en la deferiptioirde la ville,& en cclle du pais de Nagai'a. Le quatorziéme nous fufmes arreftés par le vent contraire, Sc par vn orage venantduSud-cftj en forte qua peineauions nous fait deux Werftes, qu’il nous contraignitde moiiillcr 1’an- chre, Sc d’y dcineurer iufqu’aulendemain. Nous y auions iuf- qu’a quatre-vingt pieds d’eau. Le Prince Tartare nous enuoya vn prefent de bicrc, d’hidromel, Sc d’eau de vie, Sc nous fit dire, que fi nous lc trouuions à noftre gouft,il nous cn enuoyeroit dauantage. Le quinzieme 5epcerabre,lc vent eftant change, nousfif- Rr
  • \6$6. Sixicmcbran cheduYvol- Ba- Septicfme tranche du V volga. Les AmbaíTa- dcursarrinent à Aftrachan. Dcfcriptionde la ville d’A- ítrachan. 314 VOYAGE DE MOSCOVIE, mes voile dés les quatreheures du matin, prenans noftre cours vcrsleSud,&: nous paflafmes de grand matin deuant rifle de Bujan , à vingt-cinq werftes d' Aftrachan,Sc en fuitte deuant vnc íixiéme branche du Wolga, que Ton nommc Balt&ik, Sc clle eít à quinze Werftes dela ville. Laplainequi s’eftenddepuis ce lieu Ià iufqu’à' Afbrachan, nous fit voir la ville des les huit heures du matin. A trois Werftes plusbas, &à douze delavife, 1 t\Vclg
  • ET DE PERSE, L1V. IV. 3ij C’cftoient des Seigneurs Indiens, qui apres auoir tué leur Roy I £ 5 í>/?,&: furla riuierc de Wolga, ou ils demeurene encore auiourd’huy. Le mefme auteur les fepare en quatre hordes principales; fçauoir en Zauolhcnfes, qu’il appelle aufíi C&ahadai, Prtcepenfcs , Cojàncnfes, &■ Nohacenjes^ & dit, que ce fone les Tareares qui demeurent fur le Wolga , qu’il nommc Volba^ccux de Precop, ceux de Cafan, & ceux de Nagaia; qui font ceux qui font proprement icy à noftre fuiet. Alexandre Guagnin, Vcronois, les diuife en huit hordes, ôíleur donne dautresnomsunaisnoftre defleineft de nentretenir le Icdeur quede ce que nous auons veu, &de fairc connoiftre cettepar- tie de la Tartaric, ou nous auons paífe. Et partant nous difons, que 1’on appelle Nagaia cette partie de Tartaric, quieftfituée entre les riuicres de Wolga & de laika,iufqu’a la mer Cafpie,dont la ville d'^Jlrachan eft la principale. L’on tient qu’vn Roy Tartare, nommcTa’baftie, &qu’illuy a donné fon nom;mais le Barond’Herbcrftcinfetrompequandildit,en fa Relation dela Mofcouie, qu’elleeft éloignéc de la riuiere de quclques iournéesjveuqu’elleeftíituéefur le bordde lariuic- re,&dans rifle de zW^/jque fes deux branches y forment. Apres plufieursobferuationsbienexadcsj’y ay trouué lcle- uation du Pole de 16. degr. 11. minuttes,& le climat íi chaud, qu’aux moisde Septembre&: d’Odobre lcschaleurs eftoient aufli grandes, qu’elles font cn Allemagne au plus fort de l’E- fté; particuliercment'quand le vent fouffloit du cofté de ^,Eft ou Nort Eft. II eft vray que le vent du Sudy eftoit plus froid, & nous amcnoitles incommodités, &: mefme lafenteur dela mervoifine, dont il infedoit toutl’air. A noftre retour nous y feiournafmes aux mois de Iuin, de Iuillct & d’Aouft, &: neantmoinsleschalcurs n’eftoicnt point tout à faitinfupporta- blesjparce qu’clles eftoient modcrces par les fraifeheurs, que le vent du Sud nous enuoyoit continucllemcnt.Maisil y a dequoy s’cftonner,dc ce qu’en ce climat chaud pendant l’Hyucr,qui n’y dure gueres plus de deux mois,le froid eft ft grand,que la riuiere y gclc,&: porte des traifneaux. Ce qui eft contrairc a ce que tous lesautheurs en eferiuent; maisilne laifl’epas d’eftre tres-vray. L-Iflc(icD , L’lfle de Dttlgoi eft toutc fablonneufe fterile ; de forte g0i. °c Rr ij
  • 5t* VOYAGE DE MOSCOVIE, i *56. qua la refcruc dc quelques jardins & terres, que les Habitans d'Afirachan cultiuent, elle nc produit rien du tout; non plus que la terre fermeàla main droitcj mais à gauche, vers la ri- uicre de Iaika, elle a de tres-bons fourages. Au deça du Wd- ga , vers le couchant , s’eftend une longue bruyere , dc plus de foixante dix lieues d’Allcmagne , iufquau Pont- Euxin, & vers le Midy vne autre de plus de quatre-vingt lieues le long de la met Cafpic : ainfi que nous cufmcs Ic loifir d’en prendre la mefure , pendant onze tres-fafeheufes iour- nccs de chemin, ànoftre retour dePerfe. Mais ces deferts ne font point ii fteriles, qu’ils ne produifent du fel cn plus grande quantité que les marais de France &d’Efpagnc. Ceux de ces Sources fa. quarI;iers-la les appellent Mozakofki, Kainko^a, lees. qui font à dix, quinze &: trente Verftcs d' Aftrachan , &: ont des veincs falées, que le Soleil cu it & fait nager fur l'cau , de l’ep aif- feur d’vn doigt, comme vn criftal dc roche, & en ii grande quantité, qu’enpayantdeux liards d’impoft de eluquepoude, e’eft à dire, du poids dc quaranteliures ,l’on en emporce tant que l’on veut. 11 fent la violette comme en France, &: les Mof- couites en font vn grand trafic, cn le portant fur le bord du Wol- ga, ouilslemettentendegrands monceaux, iufques àce qu’ils ayent la commodité de le tranfportcr ailleurs. Petreius dit cn fon Hiftoire de Mofcouie, qu’a deux lieues d' Jjlracban ilya deux montagnes, qu’il nomme Bufw, qui produifent du fel de roche en fi grande abondance, que quand trente millehommes y trauaillcroicnt inceilamment, ils n’en pourroient pas tarir les fources. Mais ie nay rien pu apprendrede ces montagnes ima- ginaires : Bien cffc-il certain que le fonds des veines falécs, dont nous venons de parler, eft inépuifable, & que l’on n’en a pas fi toft enleué vne croufte, qu’il ne s’y en fafle aufli-toft vne nouuclle. Lemefme Petreius Ccttompc aufti, quand il dit, que ces montagnes fourniílént defcl laMede ,laPerfe&:l’Armc- nic; puis que ces Prouinces nc manquent point dc Marais fa- lans, non plus que Ja Mofcouie; ainii que nous verrons en la fuittc de noftre Relation. Ily adouzelieuesdepuis Ajlracban iufqu’a la merCafpie,&: en cét endroitla riuiereeft iiabondante en poiiTon,que nous y achcttions douze belles carpes deux fols, & deux cens petits efturgeons, qui y font forts delicats, vn demy efeu. Elle pro-
  • ET DE PERSE , LIV. IV. ir/ duit aufli d s efcreuifíes, qui multiplient quafi à 1’infiny; parce j g, ç que les Mofcouites &les Tartarcs ne les mangent point. Lcs líles, qui íont dans la riuicre, au deíTous de la ville ,donnent rctraite à toutes fortes d’oyfeaux, & particulieremcnt à vn nora- brc incroyable doycs, éc de canards fa images, que les Tarta¬ rs premie ncauec le Faucon, & auec 1’Efperuier; quils fçauenc mcrueilleufemeutbien dreíTer pour cctte forte de chaíle. Ils ont auííi vne adrefíe admirable pour la chaíle du íanglier; mais d’autantqueleur Religion ne lcur permet point d’cn manger, ils lcs vendentpour fort pcu de chofe aux Mofcouites. Pour cc qui eít dcs fruicls de ces quartiers là,il eft certain quils ne cedent point en bonté ny cn bcauté à ceux de Perfe : parti- Les fruits culicrementles pommcs, les coins, lcs noix , lcs pefchcs , & lcs NaSaÍa* melons; mais fur tout cette efpece de melons, ou plutoft ci- troiiilies, que les Mofcouites appellent arpus , lcs Turcs & les Tartares Karpus, parce qu’ils raffraifchiffent extremement, & les Perfes Hinduanesj parce que la premiere graincleur eftve- nue deslndes. Cc fruittcftbon par excellence,Sc tres-agreable au gouft, auíTi bien qu’à la vcuc; ayant l’cfcorce d’vn beau vert, la chair d’vn naearat palle, & la graine noire. Lcs Tartares, qui en apportoient à la ville à charetees, en donnoient deux ou trois pour vn fol. II n’y a pas long-temps que l’on y voit du raifin,&:les Habitans d'^Ajtracban en ont l’obligation aux Marchands de Perfe, qui y ont porte les premiers plans, qu’vn vieux Moine d’vn Conucnt du Fauxbourg fit venir dans fonlardin. Le Grand Due ayant fceu,qu’il y auoit reiilli,& ayant goufté du raifin qu’il auoit pro- duit,ordonnaen l’an 1613. àce Moine, de trauaillcràle faire prouigner, comme il fit, & auec tant dc fuccez, que de noftrc temps il n’y auoit quafi point de maifon qui n’cuil fa trcille: auec tantd’auantagepour ceux qui auoientlc foin de lcs cul- tiuer, que mon hofte m’afleura, que la íienne luy auoit valu la dernierc année plus de cent efeus. L’on enuoyoit ce raifin, auec d’autres fruits, au Grand Due, ou on le vendoit aux Weiuodes dansle voifinage: maisdepuis quelques années 1’ony a plante vne vigne, quiadonné cn vne íeule année plus de foixante pi¬ pes dexcellent vin. Le Moine, dont ie viens de parler, viuoit encore de noítre temps , & eíloit alors âgéde ccntcinqans. II cftoit Alleman, Rr iij
  • 3i8 voyage de moscovie, J 6 3 6. & Auftrichien dc nai fiance, &: auoit efté emmenc prifonnier, cftant encore fort ieune, par des Soldats Turcs, qui 1’auoient venda en Mofcouie; ou il auoit change de Religion, & ou il s’eftoit fait Moine. 11 auoit cn ce temps-là la direction de tout le Conuent, & il fçauoit encore quclques mots Alleman?, mais trop peu , pour fe fairc entendre. II eftoit de bonne humeur, & faifoit connoiftre le plaifir quil prenoit en noftre conuerfa- tion , par les frequentes vifites qu’il nous rendoit; mais dés qu il auoitpris vngobelet oudeuxd’eaudevie,il tomboit dans les foibleífes ordinaires de ccux de fon age, il quittoit fon bafton, & fe mettoit à danfer, quoy qu’aucc des demarches fort mal aífeurées. Ses Habitans. Autrefois toute la Nagaja neftoit habitéc que par des Tar- tares ,qui auoient leur Roy particulier, viuoient dans vne parfaitc bonne intelligence auec leurs voifins de Cafan & de Crim; auec lcfquels ils coururcnt vne mefme fortune apres leur défaite. Car lc Grand Due lean Bajilo'uits, ayant reduit cn fon obe'iiTance lesTartarcs deCafencn l’an 15ja.il attaqua ceux de Nagaja deux ans apres, &: prit la ville d'Aftrachan d’af- faut, le premier iour d’Aouft 1554. Il enchafla les Tartares, be ayant peuplé la ville deMofcouites , il la ceignitd’vn rem- part reueltu de pierre , &: y adjouila quelques fortifications; mais e’eft le Grand Due Michael Federouits, qui la augmen- tèe,&: quiy aadioufté ccttepartie, que fon appelle Strelit\a- £wW;desMoufquetairesMolcouites,qui yont leur quartier. La ville a huit mille pieds Geometriqucs de circuit , & du coftédelariuiere,laqucllcacn cétendroit làdeux mille deux cens foixantc pieds de large, clle paroift fort belle acaufc du grand nombre de tours dc pierre &: de clochers, qui font vn fort bcl effet de loin, mais le dedans n’y refpond point du tout; parce que routes les maifons font de bois&aifcz mal bailies. L’on nous afieura qu'il y auoit dans la ville plus de cinq cens pieces de canon de fontc, &: entr’autres plufieurs pieces de bat- terie. Sa Garnifon eft compoféedeneufPricafes,ou regiments, de cinq cens Moufquetaircs chacun;fous le commandement de deux Weiuedes, d’vn Dtak , &: de plufieurs Capitaines &c au- tres Officiers; qui veillcnt inceftammcnt fur les a&ions des Tar¬ tares ;dont ils ontfuietde fe defier. L’afliette dc la ville, qui fe trouuc fituee fur les dernieres
  • ET DE PERSE, LIV. IV. frontiercs des deux plus confiderables parties du monde , faie, que non feulcment les Tareares de Cr/m , de Precop, de Bu- cbar, Sc de Nagnj,t, Sc les Mofcouitcs , mais auífi les Perfcs, les Armcnicns, qui font Cnreíticns, Sc mefme les Indicns y ont leur commerce : Scces derniersy ont mefme vn marche parti- culicr pour eux. Cequirendlavilletellementmarchandc,que les droits dc traiccc , qui y font fore medíocres , neantmoins montent à plus de vinge cinq milefeuspar an. L'on ne permet point aux Habitans du pays, qui font Tartares de Cr/m ou de Nagaja, dedemeurer dans la ville, mais ils fe tien- nent tous, ou dans vn lieu fermé dc hayes Sc de paliílades hors de la villCjOu bien dans des huttes qu’ils dreífent çà & là,en plei- ne campagnc; parce qu’on les empcfche de baftir des villes, ou de fortifier leursbourgs ou villages demurailles. Leurs hut¬ tes ne font bafties que dc jones ou de canncs, ayans enuiron deux toifes de diametre, rondes Sc comme voutees de la mefme façon que 1 on voit en Europe les mueSjdontl’onfefertpour la conferuationdes pouífins. Au milieu de 1’endroit qui leur fertde toid, elles ont vne ouucrture, par laquelle ils paífent vn barton, ayantau bout vn lambeau de feutre, qu’ils tour- nent au vent pour faciliter la fortie dc la fuméc, Sc qu’ils abat- tent,quand la tourbe, ou la fiente de vache, qu’ils brulent, ell reduire en braize ou en cendre: Sc au grand froid ils cou- urent toute la huttcd’vne grande couuerture de feutre; par le moyen dequoy ils conferucnt íi bien la chaleur , qu’au plus grand froid, ilsy paílcnt des iours entiers auec leurs femmes Sc leurs enfans; fans qu’ils fe fentent incommodes de la ri- gueur delafaifon. Ils n’ont point de demeure fixe 1’Efté, mais ils s arreftent aux lieux qu’ils trouuent les plus propres pourle pafturage, SC pour la fubfiftance de leur beftail. Qu^and ils en manquent, ils chargcnt leurs huttes fur des charettcs,& leurs femmes,enfans&meublcs fur deschameaux,fur des bceufs, Sc fur des cheuaux , Sc ainfx ils fe promenent parle pays: Sc cell pourquoy les Mofcouites les appellent Poloutski, e’eft à dire des vagabonds. Au commencement de 1’hyuerils fe rendenttous auprés d'A- Jlracban, Sc fe logent en pluíieurs hordes, ovr troupes, qui ne font point fi eíloignées, qu’cllesne fepuifícnt fccourir les vns les autres,contrc les Tartares Kamulkes, que 1’on appelle les 163^
  • 32Q VOYAGE DE MOSCOVIE, tG$6. Tartaresde Buchar,leurs ennemis communs Si irreconciliables» qui courent tout le pais depuis <^Ajirachan Si la mcr Cafpic jufqu’a Soratef. Les Tartares d’aupresde la riuicrc la'tka 3 nc leur donnent pas moins de peine,maisilstroublent leur repos pardes allarmes continuelles ,quand la riuiere eft geléc. C’eil pourquoy les Mofcouites, pour leur donnerle moyen de fede- fendre contre les couríès de ces gens, leur fourniffent des armes du magazin du Grand Due; ou ils font obligez de les rapporter, dés que la riuicre Si les ehemins font dégelés ,• parce que Ton nc permet point qu’ils ayentaucunes armes oíFcníiues ou défcnfí- ues pendant l’eftc. II ell vray qu’ils ne payent point des tailles ny d’impoils au Grand Due; mais ils font obligez de lc feruir contre fes ennemis: ce qu’ils font auec d’autant plus de ioyc, que mefmc fans aucune obligation, ils ne vont à la guerre,que pour y faire dubutin, auifi bien que ceux de Daguejlhan, dont nous auronsoccafion deparlcr cy-aprcs. Ces Tartares ne laiflent pas d’auoir leurs Princes, leurs Chefs de guerre, Si leurs juges particulars, Si de leur nation: mais afin qu’ils ne fe débauchent point de l’obeiifance qu’ils doiuent au Grand Due, il y a toufiours quclques-vns de leurs Myrfes ou Princes cn oftage au Chaileau d’Ailrachan. Les Tartares dc Nagaya Si de Chrim, font la plulpart petits Si gros, Si ont le vifage large, les yeux petits, Si la coulcur oliua- itre. Les hommesont ordinairementle vifage auifi ride qu’vne vieille, peu de barbe, Si la telle toute rafe. Ils n'ont pour tout habit qu’vne cafaquc ou velle, d’vn gros drap gris ,fur laquelleccux àcNagaya portent la plufpart vne mandillc de pcauxdc mouton noir, Si le bonnet dela mcfme ciloffc,lalaine tournee dehors. Les femmes, qui nc font point Habiiiement ^a^cs >s’^bilicnt communcment de toile blanche, Si fe cou- leurs fem- urent la telle d’vn bonnet dc la mefmeeftofFc, pliile Si rond,en ***• forme de ccspots, dont Ton fe fere àla guerre, ayant au milieu vn tuyau propre à mettre vne pannache.Elles y appliquent Si il en pend des deux coílés pluíieurs copels, ou fols Mofcouites. Ils voiient bien fouuent leur premier né , ou quelqu’vn dc leurs autres enfans, à Dieu, ou à quclque Imam, ou Sainffc. Et afinque l’on connoilfc ces Nazarcens,fic’cil vne fille,ellc portc vne bague de rubj^, 4c tyrquoife, ou 4e cotail dans la narinc,
  • ET DE PERSE, LIV. IV.íl narine , & c’cft vn garçon, il la porteà lorcillc droite. Les t^x6 Perfes ont la mclme couftume; c’eftpourquoy nous prendrons 5 occafion d’en parlerplus amplement cy-apres. Les enfans vonc tous nuds,fans chemife,&: ont tous le ventre fort gros. Les Tartares nc viuent que de ce que leur bétSil, lachaflc, Leut „oUm- ou la peíchc leur tourmt. Leur betail ell: grand Sc beau,comme turc- celuy de Polognejeurs moutons, coramc aufli ceux de Perfe ont vne groffequeue, quineft que graiflc, de 20. à 30. liures pefant, lesoreilles pendantes, commenos barbcts, &le ncz camus. Leurs cheuaux font petits, chetifs& mal tallies; mais ils font forts SC de tres-grand trauail. Ils ont aufli des cha- meaux ; mais ils ont la plufpart deux bofles qu’ils appeilent Buggur: les autresquinenontqu’vnc,&qu’ilsnomment To$>c y font plus rares. Leur nourriturc ordinaire,c’eft du poiíTon feche au Soldi dont ils fe feruent au lieu de pain. Ils font des gafteaux de farine, de ris Sc de millet,frits a 1 huile ou au miei. Ils mangent de la chair de chameau ou de cheúal,& bòiuent de 1’eau &dulai&. Celuy de juméteft vne deleurs delices;aufli enregalerent-ilsnosAm- bafladeurs,quand nous les fufmes voir cn leur horde, le tiiant d vn vilain fac de cuir,pour nous le preíenter. Ils font la plufpart Mahometans 3 de la fcfte des Turcs Leur Religió. harílans celledes Perfes. II y en a qui ont fait profeflion de lá Religion Mofcouitc,& qui fe font fairs baprifer. Ils nous receu- rent auec ciuilité,au moins autant que cettenation en eft capa- % blc. Et il y eut vn de leurs Princes,qui voulut donner à nos Arn- bafladeurs le diucrtiflement de la chaíle dc loifcaujmais le V/ci- iicdcnele voulut paspermettre. Le feiour que nous ffmes à ^Ajlrackvn, fut employe à fairc les prouifions neceflaires pourla continuation de noftre vova- gc. Les Peiícsdc la v^.arauane, Sc lc Prince Tartare neman- quoient pascependant de nous enuoyer fouuent complimen- tci par leurs gens , dc nous faire des prefens, &denousviíiter cn períonne. Car a peine auions nous moiiillé dcuant Ajlrathan, & fait coníioiftrc noftre arriuée par la dcchargc dc noftre artil- lerie,que le Cupki.Sc les autres marchands Pcrfans, qui ne fai- foient qu’arnuer aufli bien que nous, nous enuoy erent vn beau preient de toutes fortesdefruits , comme d’arpus, de melons, de poinmcs, d’abneots, dc pefehes Sc dc raiflns,s’excufans dc ce’ Sf
  • x6 5 í. Coiítume de Perfcdefaire desprefensaux pcrfonnes dc qualicc. Preícns <3e Cuptzi. 5iz VOYAGE DE MOSCOVIE, qu’cftans eítrangers cn cc pa'is-li, commc nous, ilsne nous pouuoient pas faire de meillcurs prefens ; mais que lors que nous ferionsenPcrfe, tout cequifetrouueroit cn lcurpouuoir ícroiten nortredifpofition. Les Ambaíladeurs leur rendirenc le compliment , Sc les enuoyerent rcgaler, comme auífi le Prince Tartare , de toutes fortes d’eaux diftillécs, & de con¬ fitures. Le lcndemain de nôtre arriuée nous fumes vifitez dc plufieurs marchands de Perfe,quiauoient enuie de voir nortre nauire. II n’y cn cut pas vn feul, qui n’apportaft quelque prefent de fruit: fuiuant la couftumedu pais,qui nc leur permet pas de fe prefen- ter deuant des perfonnes de qualité les mains vuides. Ils nous traitterent auecbeaucoup de ciuilité&: de familiarité; cc qui nous furpritd’autant plus agreablement, que nousvenions dc quitter vne nation,qui n’en a point du tout,&: qui eft toute bar- barc. Et parcc que nous auions à viure Sc à negocier aueccellc- cy, nous prenions plaiíirà laiílcrà ces Perfes toute la liberte qu’ils fe voulurent donner dans noftre Nauire, Sc fufmes rauis dclesvoircnyurer,tousdefiboncoeur,qu’ily encut, qui enfe retiranttomberentdans l’eau:& mefme vn dc leurs marchands, hommed’age, s’eftantendormy furletillac , y demeura toute lanuiift. Ccbon-hommedeuintdc fi bonne amitié dans levin, qu’en prenantde la main de l’vri des Ambaíladeurs vn verre devinde France, Sc voyant qu’on luy faifoit compliment, Sc qu’on luy difoit , qu’apres les cxcellcnts vitis dc fon pais , il nc pourroit pas goufter le noftre, il refpondit, que quand ce fe- roitdu poifon,venantdc la main dc l’Ambailadeur il ne laiifie- roit pas de lc boire. Le dix-feptiemc le Cxptzi Perfan nous fit prefent de deux facs dcris, dont le grain eftoit fort blanc Sc fortgros, Sc d’vn vafe d’ail confit, qui citoit tres-agreable ait gouft. Nous dirons cy-apres dc quelle façon les Perfes lc confifent.Pluficurs domc- ftiqucsdu Cuptz,i nous vinrent voir auífi,&: auoient cn leurco- pagnie dcsgensde marine, qui eftoient bicn eftonnez de voir la grandeur dc noftre Nauire , Sc difoient tous, qu’ilnc feroit pas propre fur la mer Cdfpie, dont les vagues hautes Sc comme contigucs lc feroient abyfmer , Sc qu’il faudroic neceitairc- ment baiilerles marts. Ilsdifoient tout queKfí/Jum (e’eft ain- fi qu'ils appcllcnt la mer Cajj/ie) n’auoitiamaisportc vn ii grand
  • i 6$<>. ET DE PERSE, LIV. IV. ^ Nauirc: ce qu’ils difoicntà fegard dcs lcurs , qui ne font en effet quc de petites barques, fanes commc les cuucs, dont Ion ieferc en Europe pour le bain, ayansbeaucoupdebord; parce qu’ils nc prennent que deux ou trois pieds d’eau, mais point dc tillac ny de pompe:cn forte qu’il en faut tiler l’eau auec des peles. Ils n’ont qu’vne grande voile, commc les Mofco- uites, &ne fçauent ce que ceil que d’aller alabouline;fibien quequand forage les furprend, ils font contrainsde felaiifer aller au gré du vent,ou de mouiller fancies mais ils nc s’elo- gnent pas volonticrs de la terre , quc de la portée du pi- ftolet. Apres que les Perfesfe furent retirés,les AmbaíTadeurs cnuo- yerct au premier Weiuode,qui s’appclloit/Wtfr FaJilouitt,\x\ pre- fcnt d’vn grand vafe à boirede vermeil doré,&le firent prior de les aflifter de fon aduis pour la continuation deleur voyage, & de nous mandcrs’il nousconfeilloit dcl’achcuer par meroupar terre. Lc Weiúode nous fit prier de luy donner vn iour ou deux afin de pouuoir prendre l’aduis-des gens de marine; mais nous n’attendiimes point fa rcfponfe, & nous refolufmes pour plu- fieurs raifons,de continuer noftre voyage par mer. Le dix-neufiémeSeptembrc le Prince Tartare,nous ayant LePrinceT.r- fait aduertir,qu’il nous vouloit rendre vifite dans noftre Nauire tare vifiie lrs nous l’enuoyafmes prendre à terre dans noftre chaloupe, qui ^SS cftoit couuerte d’vn tapis deTurquie, pour 1’amenerà noftrenire- bord. II auoit en fa compagnie vn autre Prince Tartare, & enfa fuitte enuiron quarante perfonnes, fans les
  • t 5 5 tf. Le Cuptzi v:. íiceltsAmbaí- fadeurs. Prefens du Vvciiiodcd'A- ílrachr.a. 514 VOYAGE DE MO SC O VIE/ cion prefte ; mais il nc fe vouiuc point aíTeoir, & pric congé dcs Ambafladcurs, pour sen retournerà la villc. On luy fita Ton depart les mefmes honneurs, qu’on luy auoit faits à fon arriuée. Levingticmc deSeptembrc, les Ambafladeursenuoyerent complimentcr le Seigneur Naurus, Cuptzi du Roy de Perfe', Sc le firent pricr de leur faire 1’honneurdclesvcnirvoir dans leur Nauire; ce qu’il promic de faire. Ec de fait, il vine dés lelende- main, accompagné d’vn autre riche marchand, nommc Nou- reddinMahomet, Sc du Prijíaf, quele \tyeiiiode luy auoit domic, pourlc conduirc. Onlereceut enla mefmc façonque Ton a- uoit faitlc Prince Tartare. Apres la collation,qui fut accompa- gnéedeplulieursbonsdifcours, &: de nbftre mufique, ils nous prierent dc trouuer bon,qu’ils fiíTcnt auflivenir la leur, qui ef- toit compofée dc haut-bois Sc dc tymbales. Lcurs tymbales cftoicnt faites dc tcrre,&: ne refle inbloient pas mal a nos pots à beurc; rendans vn fon aflez eftrange, quoy que la batterie fut aflez rcglée Sc fort bien conduite. La collation les auoit mis defibellehumeur,qu’enrecournantàlaville, ils nc laiílerent pas de faire entendre leur mufique,mcfme bien long- temps apres qu’ils y furent entres. Levingt-deuxiémele/^WtfW^rcgalales Ambafladcursdefes prefens, qui coníiftoient en vingt flechcs delard,douzegros. poiífons fumcZjVn baril de cauajar, vn tonneau de bierc, Sc vn tonneau d’hydromel. Sur le midy nous eufmesà noftre bord deux domeftiques de 1’Ambafladeur de Polognc,dont le Cuptzi nous auoit parlé, pour complimentcr les Ambaíladeurs au nom delcurMaiftre, Sc de ia part de 1’Ambafladeur, que le Roy de Perfe enuoyoit au Roy dc Pologne, accompagnans leurdeputa- tionduprefentd’vncbouteillcde.SVAznr/’, ou de vin de Perfe. L’Ambafl'adcurPolonoiseftoitvn Moine Iacobin,nomme Fre- re lean de Lucca, Sc celuy dc Perfe eftoit vn Archeucfquc Arme- nien , nommé Auguítimts B
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 3iy Lc mefme iour les AmbaiTadeurs firent fçauoir au Weiiicdi le i 6 3 6. dcílein qu’ils auoient d’aller rendre la viíicc an Prince Tartare, le priant de les accommoder pour cét cffet de quelqucs cheuaux pour leurs perfonnes, 5c pour leur luice:ce qu’il fit de bonne grace , nous enuoyant le lendemain par Ton Efcuyer iufques à la riuiere,le nombrcde cheuaux que nous auions defirc. Eftans arriuez dans vn logis, que Ton nous auoic prepare hors la villc, 6C avanc fait fçauoir noftre arriuée au Prince
  • t6}6. Ptftia du Cuptzi, y-6 VOYAGE DE MOSCOVIE, Lc vingt - quatriéme lc Popntk Alexei rendit la vifice aux Ambaíladeurs en fon particular. On Ie reccut fort bien,&; aprcs qu’il cut cfté magniíiquement traitté à difner, nous lc fif- mcs conduire iufques dans fon logis pai douze pcrfonnes de noftre fuittejqui eurent chacun vn prefent d’vne peau de martrc zobeline. Ce Mofcouite, qui pouuoit auoir cnuiron jo. ans, eftoit homme defprit, Sc auoic grande inclination pour les Lcctres.cõtrerhumeur ordinaire de ceux de fa nation. II fçauoit quelques mots Latins, Sc il aimoit les Mathematiqucs ; c’cft pourquoy il cherchoit noftre conuerfation, à deífcin dcn profi- ter dans 1’auanccment de fes eftudes. Et de fait, il fit fi bicn, qu'en moins de cinq mois, que nous fufmes de compagnic, tant en Perfe qu’en chemin, ilen apprit aílcz pour le fairc fort bien entendre en Latin. Il eft vray que ce n’cftoit pas auec toutela congruité que.l’on eut pu defirer; mais tant y a que cela cftoit bien rare à vn Mofcouite. Il apprit auffi l’vfage de l’Aftrola- be, tant pour prendre la hauteur du Soleil, Sc apprendre lcs lieuresduiour,quepour senferuirala Geometric. Il sen fit faire vnpar noftre Horologicr, Sc dcs qu’il arriuoit enquelque ville ou village,il fortoitàla rue pour prendre 1’cleuation du Pole ; ce que les Mofcouites, peu accouftumez ue voir leurs compatriotcs occupez à ccs excrciccs , trouuoient aflez eftrange. i Le vingt-cinquiemele Cuptz,i enuoya conuier les Ambafla- dcurs a vn feftin pour 1c lendemain , Sc les fit prier de luy en- uoycr le nom Sc lcs litres de fon Alteflc noftre maiftre, comme auffi les noms Sc les qualitez des Ambaíladeurs, qu’il auoit def- fein denuoyer par vn exprés au eban^ou Gouucrncurde Sea- machie en JMedc; afin qu’en arriuantfur lcs frontieresdePerfe. nous trouuaffions toutes lcs chofes preftes, pour la continua¬ tion de noftre voyage. Le vingt-fixiéme il enuoya fept cheuaux fur le bord de la riuiere, pour la monturc des Ambaíladeurs , qui fe ieruirent dcs deux mcilleurs,& firent mener les autres en mainj&fi- rent marcher les Gentilshommes, & les Officiers deleur mai- fon deuant eux à picd,fuiuant la couftume d’Allemagnc. Il auoit fait apprefter le leftin dans vnp. grande maifon , qu’il auoit pour cct effet empruntée du«^i«We,&visàvisil auoit loiie vn autre logis ,ou il auoit placé fur vn theatre, couuert
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 3i? dc tapis de Perfe,trois tymbales, &plufieurs haut-bois, qui 1656. continuercnt leur mufique par parties, depuis le moment dc noftre arriuèe iufquà celuy de noftrc depart. Lamaifondufeftin eftoit toute tcnduede tapis dcTurquies & de Perfc. Le Cuptzivint au dcuant dcs Ambafladeurs iufques dans la court, ies receut auec grande ciuilité,&: les conduifit par deux belles chambres tapiíTées de tous coftcz, dans vne troi- íicme, qui 1’eftoit de brocard d’or &: d’argent. Nous trouuafmes dans toutes les chambres des tables Sc dcs » fieges .couuerts dc beaux tapis de Perfe,que le Cupt&i auoic fait faire exprés, pour noftrc commodité; parce quiifçauoit que nous n’eftions pas encore accouftumés àla mode de Perfc, ou ion s’aflit à terre pour manger. Les tables eftoient chargees dc toutes fortes de fruits Sc de confitures, coniine de raifins, de pommes ,de melons, de pefehes , d’abricots, d’amandes, dc raifins fees, dont les vns eftoient petits& fans pepin, de ccr- ncaux,depiftaches,&:deplufieurs fruits dcs Indes ,confits au fucrc Sc au miel, &: par deflus il y auoit des tauayollcs dc fatin ou de taffetas. A peine eftions nous aflis, que nous viiines entrer les deux Ambafladeurs de Perfe&dc Pologne ,qui auoient par deflus leurs habits ordinaires de veftes de brocard , dont le Roy de Perfc leur auoit fait prefent, Sc le Moine Iacobin auoit arboré vne Croix d’or fur l’cftomach, auflx bien que l’Archeucfque Armenien. Ils prirent place aupres des Ambafladeurs, Sc d’au- tant qu’ils fçauoientle Latin, l’Efpagnol, I’ltalien &: le Fran¬ çois , ils les entretinrent fans peine, Sc fort agreablement. C’eft la couftumc de Perfe de commcncet leurs feftins par le fruid Sc par les confitures. Nous fufmes deux heurcs entieres à ne manger que de cela, Sc i boire de la bicrc, dc l’hydromel Sc del’caudevic. Aprcs cela on feruit les viandcs cn de grands plats d’argent, ou de cuiure étamé. Ils eftoient plcins de ris de diuerfes couleurs, Sc par deflus il y auoit pluficurs fortes de viandes bouillics&:rofties,commeduboeuf, dumouton ,dcla volaillc, des canards, du poiflon Sc d’autres chofes, toutes fort bien apprcftccs Sc fort delicatcs. Les Perfesnc fcferuentpoint dc coufteauxàtable,mais les Pa^onácí-cl_ cuifinicrs, en drefl’ant, coupent la viande en morceaux; dc «ir cn Perfc. forte que nous n’cumes pas bcaucoup de peine à nous accou-
  • 32.8 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1636. ftumcrà leur façon dc manger. Lc ris leurfertde pain. Us en prenncnc vne bouchcc aucc les deux premiers doigts &: lc poulce,&: quclquefois à pleine main, y mettent vn morceau • de chair, 5c 4a portent ainfi à la bouchc. A chaque tabic il y auoit vn Efcuyer trenchant, qu’ils appellent Sujfrctz.1, qui prend la viandc, que l’on fert dans de grands plats , pour la mettre ende plus petits, qu’il remplitde troisouquatrefortes de viandcs, pour faire feruir chaque plat à deux , ou au plus à trois perfonnes. L’on bcut aflez fobrement pendant le repas, maisvcrslafinonvintiufqu’àl’excez,&:l’on conclutle difner par vne porcclaine pleine d’vn breuuage chaud 5c noiraftre, qu’ils appellentA^
  • et DE PERSE, LIV. iy. st9 M ou ton fur le dos, comme tous les autres. II nous fit dire qu’il i g eitoit bien marry, dece quil nes’eftoit point trouué aulogis, ou ll euit pureceuoir les AmbafTadeurs. Le mefmc iour partit le PoJIanik, ^Alexei Sa'foixoiiits, prenanc le deuant 5 0£ continuant ion voyage dc Perfe par la met Cafpie. Lc 18. nous fumes au feftin,quel’autrc marchand Perfe, nom¬ ine NoureddinMabumed, fir aux AmbaiTadeurs, auec la mefme FeftindVniw. magnificence,& auec les mcimes ceremonies que le premier,fi- tre marchand non qucle theatre pour les Muficiens, auoit cite drefle dans la dcPctfc- Cour vis a vis de la table, eiloit bien plus richement pare que celuy du Cuptz>i. II y auoit aufli conuié les Religicux,dont nous venons de parlcr,quelques Indicns,&:dcux Mofcouites, qui s’y In. tiouuerent de la part du Weiuode, &; qui entendoient la Langue, d'vn dcs Am. Lc ficur Brugman fe trouuant engage de difeours auec eux, fc ba,radcurs- laiffaemporter a dcs paroles affez offenfantes contres les Turcs; lefquels quoy qu ennemis des Perfcs, ne l’eftoient point alors des Mofcouitesjc eft pourquoy les premiers apprehendans que I on ne s en priffc acux,comme aux maiftres du feftin, ils priercnt 1 Ambafladeur dene plus parler d'affaires,defercjoiiir,&des’af- feurer que les témoignagesqu’ils nous rendoient icy de leur af¬ fection, n eftoient que des preuues bien legeres dc famine, que nous nous deuions promettre deux. quand nous ferions arriués en Perfe. Le vingt-neufieme nous fufmes vifitez par le Myrfa , ou Prince Tarrare, que nous auions rencontre deux ioursaupa- rauant, reuenantde la chaffc. II nous fit prefent dc quclques oyes fauuages, qu’il auoit prifes, & nous conuia de nous trou- uer a la chaffc, dont llnous vouloit donner le diuertifTcment: mais le W'iiiode ne le voulut par permettre, ainfi que nous venons dc dire. Le dernier deSeptembre, leWeiiiode nousenuoya vn pre- Vna«rrcPn'n- fent de confitures du pais ; fçauoir du pain d’epice, & du jus CiJiIIam. de grofeilles en pafte, qui eitoit partie en forme de gros fro- i*d*or*. mages, partie plat &: en roulleaux, de la mefme façon que les taneurs roulent le gros cuir à fairc dcfemellcs. Legouftenefl aigrot,affez agreablc. Les Mofcouites ne font prcfquc point dc faulfe,ou ils n’en mettent. Le premier iour d’OCtobrc l’on donna ordre au Secretaire dcouosu Tt
  • 16}6. Prouifions pour la conti filiation du voyage. Les Ambaffa- deurs pattcnr d’Aftraihan. ?5o VOYAGE DE MO SCO VIE, I’Ambafladc d’aller, auccdeux auttcs Officiers dc noftre fuit- te, trouuer le Waiiode, pour quclques affaires. H me rcceuc a lie 7. ciuilcment, me fir rhonneur de me fairc afleoir aupres dc luy, &c me donna vne audience fort fauorable : mais auanc que de refpondre aux proportions que nous luy auions faites, il nous fit de grandes plaintcs du mauuais traitement , que le fieur Brugman auoit fait par le chemin, a Rodiuon, noftre Pri- ftaf, qucle Grand Due nous auoit donné pour nous conduirc iufques i <_JJirachan. Il luy auoit dit injures,&C il l’auoit traité de Bledtrjin, de Sab. k, 6-c. fans confidcrcr que e’eftoit l’hommc du Grand Due. Qu’ilconnoiiToitlePn^y pour hommed hon- neur,& fage: mais que cc n’cfioit pas à Brugman d en vfer de la forte,quand mcfme Rodiuon n'euli point fait fon deuoir, qu il en cull: pu fairc fes plaintesa fa Majcftc Zaarique, ou biena ceux qui reprefentent la perfonne du Prince Afiracban\quin’euf- fent pas manque de luy fairc raifon. Qu’il necroyoit pas qucle Due de Holfiein trouliaft bon,non plus que le Grand Due, que l’on traitaft de la forte vn de fes Officiers dans fon pais. Que fa charge l’obligcoita nous tenir ce langage ;mais qu’il n'efioic point iuftc que route la compagnie en iouffrift, & que celanc l’empefcheroitpasde nous expedier promptement; ainfi qu'il fit auffi-toft. Nous employafmes les iours fuiuans à fairc porter au Nauirc les prouifions, que nous auions achctées pour la continuation de noftre voyage. Nos gens auoient cuit dupain &du bifeuit, & auoient brafle de la biere. Nous auions acheté dcs Tartares vingt boeufs, bien gras, dchuita quatorzeefeus la piece,& pluficurs barilsde poifion falé , à deficin de nous mettre cn mer au premier iour. Et dautant que nous n’entendions rien a la nauigation dc la mer Cafpie , que l’on nous reprefentoit fort difficile, parcc qu’aupresde l’embouchcure àe]/l/'o!ga elle eft fort bafi’e, pendant plufieurs lieues, nous nenous contcn- rafmes point dc noftre PiloteMofcouite; mais nousloiiafmes encore quelques Tartares du pais , qui nous promirent d al- ler deuant dans vne barque, pour nous feruir de Pilotes, pour mettre le Nauire en pleine mer. Nous partifmes done d Ajlra- chan le dixiémc d’Oclobre , fur lemidy , aucc vn tres-beau temps; tenans noftrecours xaSud Sc Sudoiiefi. Mais nousna- uions.pas encore fait vne lieuc quand le vent conttaire fe le-
  • ET DE PERSE, LI V. I V. 53, uanc, 5c s’augmentant petit à petit, nous porta à terre, ou il i * 3 <í. nous arreftatout cc iour-la, 5c ie lendemain. Nous y rcccuf- mes la vificc d’vn CMyrfa, ou Prince Tartare, dc fort bonne mine , ÔC dcs plus confiderés deces quartiers-la,qui nous fit pre- ient d’vn mouton, 5c d’vn baril de laid. Nous remarquafmes qu’aupres d' Aftracban , 5c commune- simPIes ie ment lelon^ dc ia riuierede Wclga, la tetre ptoduit les fim- »a°o5inaire" pics cngrande quantite, 5cd’vnegroiTeur incroyable, l’herbe que les Latins appcllcnt EfuUy y croiflbit dc la hauteur d’vn homme, 5claferine d Angelique dclagrofleur dubras. Lorageeftantceffcle iz. nous nous remifmesàla mcr,mais nous nefiimes pas plusd’vnelicueceiour-la. Nous n’auancaf- mes gueres plus lc trei&ieme,Sc nous mouillafmcs aupres d’vne pecitc montagne ronde,qui eftoit à noilre gauche à quinze wer- ftcsd 'JjtrachAK. Les Mofcouitcs appellent cette montagne Tomanoi-gor. Nous luy donnafmes le nom dc la montagne aux colcuures,a caufe de Colcuure*.' la quantite de Terpens que nous y trouuâmes.Tout y eftoit plein dc capiiers,5c del herbeque 1 on appellejemperviuurn , de plu- ficurs fortes, comme de la joubarbe,de la tripe-madame,6cc. La plainc qui eft au pied de cette eollinc , fait que Ton y a vne des plus belles veues du monde, 5cdc pluficurs lieuês detenduc. Nous vimes le foir das vne barque lesStrclits,qui auoientcfcor- te le PosUnik iufqucs a Terki. 11s nous ditent qu’il n’y auoit point de danger fur lc chemin, 5c qu’ils Tauoientfait enz4. heures. Le quatorziémc nous eufmes le vent Nord-Nerd-eft} de forte que nous continuafmes noftre voyage, 5carriuafmes apres dif- ner vis a vis d vne Chapellc nominee Ittantz.uk, à crente wer- ftes d Ajlrackan endroit-là eft la meillcurc pefche de tout le pais:LcsTartarcs 1 appellent Vtfchuy1kc cllc appartientauCon- uentdc Troitzou delaTrinite a Afirachan. La riuicte dcf^olga fait en ce lieu là pluficurs canaux,formans autant d’lllcs, qui sot toutes couuertes de bullions , de Cannes 6c d’ozier, auifi bien que la cofte de la mer Cafpic, iufques à la riuiere de Koifit. Ilya entr’autres vnelflenommce Per it l, i quinze Werftes d 'Vtf.htti dans laquelle nous vifmes vnemaifon dc bois, aflez haute, pouftant du milieu dc foil toitl vne grande perche, ay at au bout vne telle de mouton > 5c Ton pous difoit que c’cftoit-li le fepul- chrcd vn Saint Tartare>aupres duquclceuxdu pais,comeaufli sepuiehre 1 r ’ . d’fuS.Tariate Tt jj
  • I 6 3 6. Sacrifiecdes Tartar». C4iicn$ ma¬ ims. 35. VOYAGE DE MO SCO VIE, quelques-vns des Perfes, quandils partent pour faire voyage, ouquand ils en font heureufement reuenus chez eux, iacri- fientvn mouton; done vne partiefert au facrifice, 1 autre au feftin qu’ils font à leurs amis, apres le facrifice. Apres auoir ache ué leurs pricres 5c leurs deuotions, 1 on met la tefte du mouton aubout d’vne perche, oil clle demeure iufques a cc qu’vne autre la releue, ou iuiques a ce que le temps la a c tomber. Les Mofcouites appeilent ce lieu-la TaU/s’t Mo 0- bitza, c’efta dire le facrifice des Tartarcs. Derricre cette Iile a main gauche, ily auoit fur vne fort grande colline, mats tort vnie,vntres-grand nombre dehuttes. Surlefoir nousarriua - mesa vne autre pefcheà quinze werftes dela mei, ou la ri- uicre cftfermée d’vne palíiflade, ôcgardee par cent moutquc- taires Mofcouites,quiy font garde contre lês PyratesCoiaques . Nous y paffafmes la nuit dans vn détroit entre deux lues. Nous vifmes en ce lieu-là vn grand nombre de chiens marms,Sc decette forte d’oyfeaux,que Pline appelle Onocratalr.s,qui ont le bee long,rond6c plat à l’cxtremitc ,commevnecueiller applat- tie. En mettant le bee dans l’eau il fait vn bruit, qui ne rcftcmble pas mala celuy de Paine, qui luy a donne le nom, mais particulieremcnt d’vne efpcce d oyes, ou plutoft dc Cor- morans, dontnous auons touche vn mot cy-deftus. Les Moi- couites les nomment Sabba, les Perfes Kutham3 &les Maures dc Guinec Bornbtt. Elies ont les picds,les cuiifcs,lecol 5c la cou- leur commelcs autresoyes, mais le corps plus gros quvnCy- gne. Elies ont le beede plus d’vn pied 6c demy delong ôede deux doigts de large, 6C crochu au bout. Sous le bee clles ont vn grandfac depeaux ridees,qu’clleseftendent Sc clargiftent en forte , qu’il ell capable de tenir plus de dix pintes dc li¬ queur, Seelies s’en feruent commedcreferuoir, pour lepoif- fon qu’clles prennent,cn attendant qu’elles les puiflent aualer. Car clles ont le gofier fi large , que non feulemcnt 1 on eft obli • gc dc leferrer, quand on s’en fert ala pcfche, comme Ion fait fouuent; mais auifi , s’il faut croire Franctfcus Santtius, l’on a trouué,qu’vn dccesoyieaux,quifutprispour auoir trop charge fa bourfe,auoit aualévnenfant Maurefur les coftesd Afrique. Les Perfes fçauent preparer ces peaux, 6c en font des tambours deBifcaye, Seen couurent leursautres inftruinents de mufi- que. Le ficur Crufius en tua vn furlc bord de la mer Cafpie,
  • ET DE PERSE, LIV. IV. m qui auoit pias de deux aulnes & dcmie entre les deux extremi- 16 j 6. tez des aiíles,& plus de fept pieds,depuis la tefte iufqu’aux pieds. Francifcus Hernandez, en fon Hiftoire des animaux &: des plantes de Mexico, dit qu’il sen trouuc en ces quartiers-là, qui. qui ont lcbecgarny de dents :mais ce n’eft pas noftre defiein defortir dcl’Afie ,pour entrer en PAmerique. Nous y vifmes aufti vne autre efpcce d’oyfcaux, faits com¬ ma des canards ; finon qu’ils font vn peu plus gros , & noirs commedcs corbeaux qu’ils out 1c col plus long le bout dubec crochu. Les Mofcouites les nommcnt Baclan ,5c ils ne paroiílent quaíi que la nuift, leurs plumes font plus dures & plus groífes que celles des corbcaux,& font fortpropres pour ceuxqui delfignent. Lequinziéme nous arriuafmcs à l’emboucheure de la riuiere EmboacEicurc de Wolga,& àPentréc de la mer Ca/pie, qui eftàdouze lieucsd l V'°l£a‘ d'Ajirachan, & eft toute parfumee depetites Iíles, qui font cou- uertes de rofeaux& de Cannes, iufqu'a fixlicuês auantdans la mer. II y enaqui donnent au'Wolga autant d’emboucheures, qu’ils comptent icy d’lfles, mais ils fe trompent; parce que e’eft la mer qui les forme plutoft que la riuierc. Lefonds eft toutboiieux, n’ayant que quatreàqiiatrc pieds & demy d’eau ; ce qui nous donna dcs pcines qui ne font point conceuables,&: nous amufa en forte,qu a peine pufmesnous faire quatre lieues en fept iours. Les plus rachcufes iournées furent cellcs du 18. & du 19. d'O&obrc. Le dix-huictiéme nous nous trouuafmes fur vn banc à cinq pieds d’eau ,& apres auoir employe autant d’heures à en fortir , il s’y trouua bien fix pieds d’eau; mais Ton apperceut aufti-toftque ce n’eftoit qu’vn petit trou, qui auoit de tous coftcz dcs bancs à quatre pieds, ou à quatre pieds & demy d’eau. Apres auoir regagné aucc la mcfme peine le banc à cinq pieds d’eau, levent s’eftant tourné du Nord-oiiefi ^ l’eau baifla en vn moment à veué d’oeil, fi fort, qu’il ne nous refta que trois pieds d’eau; le Nauire demeura comme enfoncé dans la boue. Nous defehargeafmes vne partie de nos prouifions dans la barque des Tartaves,qui nous conduifoient, 2c nous employafmes tout cc que nous âuions de gens, à faire trauail- ler tout le iour auec des pcines indicibles à nous tircr de la, fans fe donner le loifir de boire & de manger j mais l’on n’a- Tt iij
  • 354 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1636. uança rien du tout: de forte qu’il fallut nous refoudre a atten- dre-là auec patience le retour de l’cau, lequel nous ne pcuuions cfpcrcr que du changement du vent. Ccqui ennuyoit bien à ccux,qui confidcroientque nous eftions-laala diicretion dcs Cofaques, qui nous y pouuoient rctenir, Sc nous rançonncr comme des prifonniers,fans beaucoupdepeine. Auec cela il y furuint vn broiiillard fi épais , qu’il nous oftoit laveué dc- puis la poupe iufqucs à la proue, Sc nous fit faire vnc grande finite , entirant,de l’ordredufieur Brugman, vn coup de ca¬ non fur vne barque Mofcouite , qui paftoit proche de noftre bord. Ceux qui eftoient dans la barque nous renuoyerent for¬ ces in jures, Sc nous dirent, que lanauigation leur deuoiteftrc auífi libre qu’a nous, qui cftions Eilrangers, Sc qui nc paifions- la qu’auecla permiftion du Grand Due, que nous eftions obli- gezdc connoiftrepour Seigneur de cette mer-li, Sc pour leur Prince fouuerain. Que puifque nousauions fi grande enuiede tirer, nous n’auions qu’a gardcr noftre poudre,pour nous cn fcruircontreles Cofaques,qui nous attcndoient guercsloinde là. Ce reproche fit que Ton traitta mieux deux autres barques, que nous vifmes en fuitte, Sc qui nous enuoyerent au lieu d’m- jures, des fruits de Circaftie, fçauoir de belles poires, dcs noix &dcs nefles. Sur lc foir du vingt-vniéme d’Oiftobre, nous commençaf- mes à nous apperceuoir que l’eau croift'oit iufqu’a cinq pieds; ce qui nous faifoitefperer que nous pourrions facilcment nous mettre en plcine mcr. L’orage, qui fc leuale lendemain vingt- deuxiéme , auec vn vent dc Sud-Ffl, la fit croiftre iufqu’a neuf pieds; mais il eftoit fi violent,que n’ofans point nous fer- uir de nos voiles, nousfufincs contrainsdc demeurer laal’an- chre, Sc d’attendre le beau temps, qui ne vint qu au bout de cinq iours. Le vingt-troifiéme du matin, le Ciel eftant ferein, j’obferuay leSolcilafon leuer, &remarquay qu’a l'cgard de laBoufible, il fe lcuoit vingt*deux degrez plus vers le Midy, qu’il ne falloit, ce qui nous fit connoiftrc qu’en ce lieu-la fcguillc declinoit de zi. degrez du Nord vers lc Ponant. Nmigatioa Le vingt-fcptiémc forage eftant cede, nous rechargcafmcs noftre Nauire',Sc nous congediafmcs noftre barque, Sc ayans mis les voiles au vent, nous prifmes la haute mer; mais i peine I
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 33T auions nous fait vne lieuc, que nous nous tiouuafmcs encore dans la boue, &: obligez de renuoyer qucrirla barque.. Toute- fois nous trouuans en plcine eau Ic vingt-huictiémedu matin, & voyans derriere nous creizes voiles fortir du Wolga, que nous iugions eftre laCarauane, nous contremandafmes la barque. Ceftoit lePrinceTartare,dcux Marchands de Perfe,&: cinq cens Moufquetaires MofcouiteSjaueclcur Colonel, quialloient raffraichir la garnifon de Tcrki: mais ce qui nous eftonna lc plus, ce fuc que voyans le Pilote Mofcouite, que nous auions prisà ^yíjluchan, tout à fait ignorant en la nauigation , & les cartes, fur lefquclles nous pretendions prendre noftre route, routes faufies, nous ne fçauions a quoy nous refoudre. Nous nous aduifafmes enfin dc nous addrefler à l’Officier qui commandoitees cinq cens Moufquetaires, tedd'envoyer prierfur le foir, pendantque tous les vaiifeauxeftoiental’an- chre,dc nousfairela faucur de nous aiEfter dcfonconfeil en cette rencontre, &: de nous donner vn habile liomme, pour nous feruir de Pilote fur la mer ,CaJpie. II vintdans noftre Na- uire, & apres auoir bien beu ,il fe mit a. nous faire les plus bel¬ les preteftations d’amitie du mondc; & nous dit, que l'inquie- tude ou il auoit eftc de nous voirencespeines,luy auoit ofté lefommeil: qu’il eftoit rauy de nous voir en bonne fanté, & qu’il nemanqueroitpoint d’en donner aduis au Weiiicde parvn expres. Que tous fes gens eftoientà noftre fervice, &■ que dcs qu’il feroit à fon bord il nous enuoyeroit vn Pilote, dont nous nous pourrions aifeurer. Mais lc gaillard nc fut pas fi-toft a fon Nauire qu’il fit faire voile,&fe moequa de nous. Iccroy qu’il eftoit fafehe de ceque nousneluy auions point faitdeprefent, fuiuant la couftume du pais; mais il fe foucia fi peu d’auoir don- né cette bourde aux Ambafladeurs,qu’il cut 1’impudencedc les venir voir dans Ieur Nauire,en la compagniede plufieurs Seigneurs Tartarcs, apres que nous fufmes ariuez a. Tcrki, & ne fit autre réponfeaux reproches qu’on luy en fit,finon la W‘- noiiat, voila bien dequoy! Nous voyans done moequez de la forte, nous enuoyafmes prier lc maiftre d’vnNauirePerfe,dcnousafiifter défon con- feilcn cette con jo Cruvc. Cét homme , qui eftoit patron du Nauire , ec propm tairc des rnarchandifes dont il eftoit charge , vint en perfonne en noftre bord, soffrir de nous feruirdcPr- i6}6. Fourberie d'vn Officier Mofcauice. Bonted’vn pi-, lore Pcifaa.
  • 33<í VOYAGE DE MOSCOVIE, I ó 5^. lore,auec plus de bonté que nous n’cuflions pu efpercr d’vn Chrefticn, &: ayant recommandéfonNauireà fes valees, il de- meura aucc nous. II eftoic habile hommc, & n’encendoic pas reulcmentcecte nauigacion, mais auífilabouíTole; contre l’or- dinaire des Perfes,qui ne fe hazardenr pas volontiers bien auant dans la mer, & nc quitccnc pas la cerre de veué. De force que voyanclc venepropre, ilficleuerl’ancre fur les onzehcuresdu Mauuais an- foir, prenanc fon cours vers le Sud, aucc vn venc d’Efi. Nous re- £urc' marquafmes que cefuc au nlcfmc iourque nous cftions pareis de Trauemondc vn an auparauanc: ôí auífi eufmes nous le mefme fuccés en cc fecond voyage. Nous n’eufmes couce cecce nuid-là que dix pieds d’eau, mais vers le iour nous cn eufmes iufques à dix-huiò:. Le pais qui eftoic à noftre droice, qu’ils appcllenc Sucbater, nous découuroic quaere collines,faifanc aduancer vn grand promontoire bien auanc dans la mer: & depuis ce cap iuf- qu’à Aftrachanl'oncompreccnc Werftes,&: aeo. iufqueszTerki-, mais les vnes &: les aucres fone forc perices. Le vingc-ncufiéme nous concinuafmes noftre chemin auec vn fore beau cemps, prenanc noftre rouce le macin vers le Sud3 aucc vn venc Sud-ejl, & apres dlfner vers le Sud-oiieít ^ ayansquaíx par couc enuiron vinge pieds d’eau, &le fond graueleux, & mcíléde coquillagcs. Nousnevifmes poinc de cerre ceiour-là, &demeurafmcslanuidfuiuanceà 1’ancre en pleine mer. L’é- guille declinoic icy de vinge degrez du Nord à Xoiieft. i.a Cireaflic. Le3o. O&obre nous fifmes voileàla poince du iour,&in- concinenc apres Soleil leué, nous dccouurifmes le pays de Cyr- cajsie, qui eft fnué le long de la mer ,du Sud-oiicjl ■xuNord-cJljXz- bordanc en forme de croiftanc,& formanc vne cres-grande baye. Noftre deflein eftoic de gagner la poince du Golfe; mais le venc fe meccanr Sud-ejl, nous penfa pouífer dedans, ce qui nous obligea à moiiillcr fur le midy à 1’cncrée du Golfe à trois braíles & demie d’eau, le fond eftanc de cerre graífc 3 enuiron à fix lieu : s de Terki. Nous vifmes dans la baye enuiron vinge ou vingr-cinq barques, & nous crufmes d’abord que c’eftoienc des Cofaques, mais nous fçcufmes bien-coft que c’eftoienc des pefeheurs Tar- cares dc Terki, qui nous apporcerenc du poifl’on à vendre. Nous leur payafmes quinze fols de la piece, mais ils cftoienc forc gros, & auoienc quaficous l’eftomach plein d’ecreuiifes, parir.y lef- quelles il y en auoic plufieurs qui cftoienc encore en vie. Nous
  • ET D Eil PERSE, LIV. IV. 537 Nous employ âmes le refle du iour à rendre graces folemnellesà Dieu,dc cc que 1 anncc precedente,& a parediour;il nous auoic fi heureufement íauucz, en nous cirant des dangers ou nous nous trouuions, au milieu des rochers & des efcueils d'Oeland. Noftre Pilote Perle alia cc iour-lià íonNauire, qui eftoit de- meuré derricre, pour donncr fes ordres à fes gens, nous laiflant perfuadez qu il nous joiieroicle mémc tour qu’auoit fait leMoí- couitcjmaisil fit connoiflrc queceux de fa nation ne paycnt pas touíiours de compliments: car il reuintle lendcmain de grand matin, apres qu’il cut fait partir fon bateau deuantnous , pour nous feruirde guide. Le dernier iour d'Octobrc nous eufmes au matin vn grand brouillard, accompagnc d’vn grand calme. Le Soleil ayant dif- íipé 1’vn (uric midy , & le vent s’eftant mis au Nord, nous tra- uaillafmes a fortir du Golfe, allansà la bouline Sc gagnans la pomte,vers laquelle nous nous arreftafmesa l’anchre^iufqucs apres minuit,& arriuafmeslc premier iour deNouembrede bon matin dcuant la ville de Tcrki. Nousy nioiiillafmes à vn quart dc lieue de la Ville; parce que nous n’en pouuions pas apprccher plus pres,a caufc dci eau qui y elf trop bafle.La nui£t preceden¬ te, les Cofaquesauoient faitdeflein denousattaquer; mais ils nous manquerentdans 1’obfcurité, s’adreflans a la petite flotte, qui portoit le Prince Tartarc,&le bruit des Strelits, ou mouf- quetaires Mofeouites,leur ayant fait connoiftre qu’ils s’eiloicnc trompez, Sc qu’ils y trouueroienr vne vigourcufe refinance, ils feretirerent, Sc ne diffimulerent point, que c’eftoicntles Alle- mans qu’ils cherchoicnt. Les nouuelles de cctte entreprife des Cofaques ayans efté furlcmatin portces à la ville, y donnerent vnechaude allar- me ;parce que 1 on fçauoit que Mujjal3 leur Prince y , eftoit,& qu’il pouuoit eftre en danger. Les habitans fe confirmerent en cctte opinion, quand ils entendirent la faluc dc noftre ar- tillcrie,aquoy Ton n’eft point accouftumé enccs quarticrs-li; dc forte qu’ils commençoient des’allarmcr &: de nous confide- rercomme des ennemis, quand ils furent dcliurezde cette ap- prehenfionpar l’arriuee delcur Prince, lequel nous ayant fa- liiez en paflant, Sc conuiez i luy fairc l’honneur de lc vifiter au logis dc fa mere, fir connoiftre aux habitans, qu’il n’y auoit rien à craindre ny pour eux, ny pour luy. Novembr i. Tciki villcca- pitaledc Cir¬ ca flic. Vu
  • ;J8 VOYAGE DE MO SCO VIE/ 165 6. La ville dc Terki cft fituéc à vne bonne dcmy-lieue de la. mer , fur la petite riuicfe de Timenski, qui fort dc la grande riuiere dc Bujlro , Sc facilite la communication de la met auec la ville •, laquclle cft inaccefliblc par tout ailleurs , à caufe dcs marais qui 1’enuironnent, à vn bon quart de lieuc, de tous coftez. Elle cifc dans vne grande plainc, ou la veue n'a point de bornes : ce qu’il faut remarqucr contrc la carte de Nicolas Ian [Jon Pi feat or , ou Viffcher , quoy qu’en eftet la meilleurc &: la plus exacle de toutes celles que r’aye veues, qui met la ville de Tetki fur vne monragne , confondant parcemoyen la ville de Terku, en la Prouincc de Dagtjlhan, auec celle de Ttrkt en Circfsie. Le Pole y eft à quarante-trois degrez , vingt-trois minutes d’elcuation. Elle eft eloignee d'/iflrachan de foixante lieués par mer , Sc de foixante-dix parterre ,&:ccftoit la derniere place de lafujetiondu Grand Due de Mofcouie. Sa longueur eft dc deux millc pieds, Sc fa largeur dc huitft cens , &: cllc eft route baftie de bois, mefme les tours &: les remparts ; quoy que d’ailleurs elle foit bicn pourucue d’artillcric : entre laquelle fe trouuoienc alors deux pieces debatterie, que nousvifmes fur leurs affuts, dcuant la maifon du Gouuerneur. Le Grand Due la depuis peu fait fortifier à la moderne, de remparts Sc de baftions de terre , par vn Ingenieur Hollandois, nomme Corntlle Nicolas , qui nous auoit feruy T^ki^°Ucontre'ma^te au voyage de Perfe. Sa garnifon ordi¬ naire eft de deux mille hommes ; dont les quinze cens font fous le commandement d’vn Wciiiode , ou Colonel , Sc ils Pont diftribué en trois Pricajfes , ou regimens , chacun de cinq cens hommes. Le Prince a les autres cinq cens pour fa garde , qui font entretenus par le Grand Due : mais ils font obligcz de fe joindre aux autres en cas dc befoin. Les Tartares de Circafte ont leur demeure particuliere deça la riuierc. Nous aurons occafion dc parler de leur Religion, &: deleurfaçon de viure, au retour dc noftre voyage ;oii nous eufmes plus deloifir de les confidercr. Lclendemain de noftre arriuée ,1c Cfíftzji ,Sc les autres mar* chands Perfes enuoycrcnt aux Ambafl'adeurs vn prefent de quantité debcauxfruits, Sc leur firent demander s’ils eftoient jcefolus de continuer leur voyage par mcrou par terre, Sc firent
  • ET DE PERSE , LIV. IV. dire, ques’ilsfepouuoientreioudreaallerpar terre, il fe pre- 1 íentoit vne tres-bellc occafion de le pouuoir fairc auec com- modité; en ce que dans trois iours 1’o'n attendoic à vn Terkt Am- baíladcur Mofcouite , quireuenoiede Perfe, &: quiameneroit auec luy iufques fur les frontieres, deux cens chameaux, &c aíTez grand nombre de mulets,pour porter tout noftre baga- gc. Ils y adjouílerent, que par ce moyen nous pourrions paíler íeurementau trailers des Tartares de Dagrjtban, &rnousfau- uer des mains de leur Schemkal,ou Capitaine, vn des grands volcurs du monde: &: pour nous fairc voirqu’iln’y auoit point de danger,ils offrirent de nous accompagncr en cc voyage. Cette propoíition fut fi bien receuè par les Ambailadeurs, qu’ils firenten mcfme temps prier le Wàiiode, dclcur donner pailage, enuoycrcnt Ri'Ji.in, nolire truchement Perfe, iuf¬ ques fur les frontieres de Dagejthan,\íixlieués deTerki, pour y donner les ordres neeelfaircs pour la continuation de noilrc voyage par terre •> mais il trouua que les clumeaux , les autres belles de charge, s’en cfloientdéjaretournez. Le Weiiiode nous auoit d’abord refufc le pailage abfolument; mais dcs qu’il fçeutquil n’y auoit plus de commodité pourle fairc , ils nous enuoya dire par vn Otficier ; que quoy qu’il n’eull point d’ordre du Grand Due pour eda , il nc laiiferoit pas de nous accorderle pailage, &: mefmede nous y feruir en toutce qu’il luy feroit poffible. La nui£l fuiuantc les matclots femutinerent contrc MicbcIL'cqvippge Cordes, noftre patron, &le bruit fut fi grand, quel’onfutcon- routmj! *C traintd’enmettre vne bonne partie aux fers. Le iour eilant venu, Ton informa de toutce quis’eiloitpaffc lanuift, thoine Manfon ,faifeur de voiles, ayanteílé trouucle pluscou- pable, on lecondamna à tenir prifon à Terki. iufques à noilre retour de Perfe. Le IVcidodc l’enuova querir, à la priere des Ambailadeurs, par deux de fes Officiers; dont l’vn auoit vne cotte de maillc fous fa cafaque,&: vn gantelet de fer blanc, &I’autre,qui auoit la qualité de Rniz , auoit vne veilede ve¬ lours rouge cramoiii. Le quatriéme Noucmbredeuant iour il y cutmufique, pour feruir d’aubadeau iour de la naiil'ance du fieur Brugnum , l’vn dc nos Ambailadeurs, en fuitte de laquelle on tira le canon. La mere du Prince Tartare enuova le nicfmc matin cornpli*- Vu lj
  • ^4° VOYAGE DEMOSCOVIE, 1656. men ter les Ambailadcurs, & les remcrcier de l’amitie qu’ils auoient temoignee a fon fils, pendant le voyage; les faifant prier dc luy faire 1 honneur dela viiitcrdans ion logis, de venirre- ceuoir fa benediction. Apres difner nous fufmes vifitez dans no- irie bord par vn Seigneur Perfe, qui auoit à fa fuitte vn grand L’Punuquedu nombre de domeiliques. C’eiloit vn chaítré, &: le Scbach l’auoic iÍaÍSí! Cn?°yé exPrés ’ Pour venir quenr la foeur de cc Prince Tartarc, •tuts. qu il auoit demandée cn manage. II fitforce offres dc fcruice aux Ambailadcurs, & il trouuanoilreboiiTon ii bonne, qu’il s en enyura tout a fait» iufqucs àne fçauoircomment il pourroit for- tit du nauirc. Ceux de fa fuitte s enyurerentà fon exemple, &il y en cut vn qui iefaoula tellement, qu’il lefallutdeualerauec vne cordedans lachaloupe. Deputation Le cinquieinc, les AmbaiTadeurs cnuoycrcnt le fieur ácMan- vycittodc*11 ^es^0y PaP:eur & le Secretaire de l’ambaifade, aucc nos truche- mens Tarcare & Perfe,au Weiuode, pour luy faire prefent d’vn giand vaie de vermeil doré, &: pour donner vn rubis à chacun uesdeux Chanceliers,ou Secretaires. Onleur donna charge de ialiier la mere du Prince Tartarc,& de la complimenter fur 1 heureux retour du Prince ion fils. Nous fufmes fort bicn lcccus par tout, & traittez dc collations dc frui£t,de bierc, d hydromcl, d cau dc vie & de vin. Le Wei/iode fc fit voir en la meime magnificence, que nous auipns veu ccluy de Ni/è , &C nous entretenant del’humeur &dela façon de viuredcs Perfes, il nous dit, qu ilsnemanqueroient pas de nous donner de fort belles paroles, mais qu’il fdffiroit den croire la moiciç;parce que les ettecs n y repondroient pas toujours. J Le rPrince MuJTil nous receut en perfonne , auec bcaucoup C» mere. * tefmoignages d’af Faction, à l’cntrce de la cour, & nous con¬ duct dans vne grande falle haute , dont les murailles citoienc deterre ,& bailie en forte, que Ton voyoitdetouscoilez,en diilance egalc,des niches voutées , dans lefquellesilyauoit, oudesbeaux lifts,auec leurs couuertures dc foye ou de cot¬ ton ,ouplufieurs beaux tapis de Perfe,&:couuerturesouura- gees, ou brodees d or & de foye, dc plufieurs diuerfes couleursj auecdcs cofires couuerts demefme. Le long de la muràille,au deiTous du p!ancher,pcndoient deux rangs d ecuclles;, de bois & de terre, dc diuerfes couleurs, & les pullers, qui fouftenoient le bailment, citoienc encou-
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 54r rez de beaux cimeterres, de carquois & de flcches, en grand 16)6. nombre. La PrinceíTe eftoit aflife dans vne chaife, habillée d’vne cimarrc noire , doublée de martres zobelincs, & faite comine vne robbcde chambre. Elle s’appelloit Bika, & auoit la taille fore belle, & parfaitc- LaPrinceffe mcnt bonne mine , &: pouuoit eftrc âgec de quarante cinq à uo^s.* * cinquante ans.Elle auoit derrierc la tefte vne vefliede boeuf en- flée, qui eftoit envelopce, vers les chcucux d’vne riche echar¬ pe, en broderie d’or & de foye , &: autour du col vne antre echarpe, dont les deux bouts pendoient furies épaules. Der¬ rierc ia chaife eftoit debout vne Dime , qui auoit auífi vne veílie derriere la tefte, & Ton nous diíbitquc e’eftoit vne mar¬ que de vcfuage. Elle auoit àfadroitcícstroisfilsj dont les deux puifnez n’cftoicnt pas mieux mis que les derniers faquins du pays. Ils auoient derriereeux quclques valets,qui portoient encore fur lc front, qu’ils s’eftoient égratignez aucc les onglcs, les marques du dueil qu’ils auoient mcnc fur la mort du frere aifné, qui auoit efté execute à Mofcou. A fa gauche eftoient en haye pluiieurs Tartares,qui eftoient tous fort ages, & re- prcfentoientlcConfcil&lcs Officiers delaCour. Aprcsque la Princefle eutrépondu ànoftre compliment, cllcfitapporter dcs fieges, & vne petite table chargee dc fruits, pour la collation, ou Ton feruitde l’hydromel &: dc l’eau devie. Nous conuiaf- ,Icut 4!onne mes lesPrincesde prendre place aupres dc nousjmais ils s’en 3 C° excufcrcnt; difans que cc n’eftoit pas la couftume du pays, & que le refpect qu’ils deuoient àleur mere, nc leur permet- toit pas de s’afleoir en fa prefcncc. Apres auoir fait collation,& que la Princefle & la compa- gnienous eurentbien confiderez, manic nos habits de tous coftez, la Princefle prefen ta i chacun de nous vn grand gobe- let plcin d’vne forte d’eau de vie, tiréc de millet, que nous trouuafmes auili forte que 1’efprit du vin. Les trois Princes nous prefenterent aufli chacun vn gobelet, & nous prierent dc trouuer bon, qu'ils fiflent lemcfme honneura nosvallets. L’on curiofoédes ouurit ccpendantdcrriere la Princefle la porte d’vne chambre; DamcsTarta- à 1’cntréc dc laquellc fe frent voir pluiieurs Dames, dont la lt5’ principale cftoit la fillc de la Princefle, qui eftoit fiancee au Soji de Perfe. Elle pouuoit auoir enuiron feize ans, & eftoit fort belle., Vv iij
  • *6)6. Frefcnt dela FrinceíTeTar- tare. PrinreTarure de Dagcfthan. 34i VOYAGES DE MOSCOVIE, ayant Iablancheur du teint d’autanc plus brillantc &; viue, que la coulei r dc fescheueux,qui eftoicnt noirs coraraejays, en re- leuoic 1’éclat merueillcufcment. Ccs Dames ne témoignoicnc pas moins dc curiofité de voir nos habits, que ccux qui eftoient dans la falle,fe preíTanslesvncslesautres poureftreà la porte, quellesfermoientbienvifteauinoindtefigneque laPrinceíTe leur faifoit:mais elles la rouuroicnt auífi-toft;afin dauoir le loi- fir de nous confiderer. Elles firent approcher vn de nos vallcts pour regarder fes habits dc prés , dont elles admirerentla fa- çon, aufllbicn que celle defonefpcc , & le prierent dela tirer, pour fairc voir la lame. Mais 1’enuoyé de Perfe qui ne nian- quoitpointdeviíiterlaPrinceíTc tous les iours, eftant furue- nu à cc diuertiílement , 1’on ferma auífi-toft la porte de Ia chambre, &: nous prifmes congé dela Princeílc, &c des Prin¬ ces fes fils, pour allcr voir la Ville. Nous y rcncontrafmcs plufieurs femmes, belles ,jeunes&:bicn-faites , auec des che- mifes de diuerfes coulcurs,qui nefaifoient point de difficulty dc nous arrefter; iúfques à ce quelles euílent bien confideré &: regarde nos habits. LefixiémeNouembreleCrt/te,/ nous enuoya vne lettre du Gouuerneur de Dtrbcnt, cn refponfe dc celle quil luy auoit ecrite d'Ajlracban le vingt-cinquiéme Septcmbre; témoignant de laioye denoítre arriuée, &portant ordre au Cuptzi, de nc partir point fans nous, mais de nous amener auec luy par mer. Lefcptiémenoftretruchement Rujtan reuint des fronticrcs dc DAgefihan , auec des nouuellcs, que ceux qui auoient con¬ duit 1’AmbaíTadeur Mofcouite iufques fur la frontiere, s’en eftoicnt retournez, & qu’ils nc s’eftoicnt point contentes de ramener les chamcaux & les autres beftes de fomme , mais qu’ils auoient mefmc remporté le bois &C les fafeines , fans lef- quclles il eft impoífible de pafler les mauuais chcmins : fur- quoy il fut aulfi-toft rcfolu , que nous continuerions noftre voyage par mer. Le huicdiémc , la Princeílc enuoya aux Ambaífadeurs vn prefent de deux moutons, de cinquante poules, &: de plufieurs autres viures. Le premier Ghancelicr Mofcouite nous en¬ uoya vn mouton, vn baril de biere, & vn d’hydromcl. Apres difner le Prince Mujfal nousvintvoir , pour nous dire adieu. 11 auoit cn fa corapagnie vn Mjrfa de Dagcfthm, frere du Prin-
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 343 ce de Tarktt; qui nous fit accroire qu’il eftoit venu exprés pour 16x6. conduire les Ambaíladeurs íufqucs au lieu dc la refidence de fonfrere. 11 n’eftoit pas mieux veftu que les autres Tartarcs, ayant fur fes vieux habits vn manteau , qui eftoit d’vn aros vi- lain feutre , mais au refte bien plusficr Sc glorieux; faifantcon- noiftre quil eftoit fafché , dc ce que nous témoignions plus d’a- mitié à Mujfalqu’à luy ,Sc refufant defc tcnirdcboutpourboi- rc à la fan té du Grand Due. Et fur ce que Mujfal 1c pria de confidcrer lc lieu ou il eftoit, il rcfpondit aucc audacc, quil nefçauoit,íi lc pais ou il eftoit ,appartenoitau Grand Due ou à luy, Sc fe mit à le quereller •, luy reprochant, qu’auec tous fes beaux habits il n’eftoit qu’cfclauc du Mofcouitc , là ou luy, aucc fes vieux haillons ,ne laifloit pas d’eftre Prince libre, qui ne reconnoiífoit point d’autre fuperieur que Djeu ; Sc s’em- portant enfin, il fe fafeha tout dc bon, Sc il nc voulut point T.marcslar- boircà lafantédu Zaar, Sc s’en alia. Sesvallets déroberent arons- noftre Pafteur vne cuciller d’argent, vn couftcau, &cou- perent vne manche dc mon pourpoint, qu’ils n’auoicnt pu cm- porter, l’ayans trouué engage fous d’autres hardes. Le Prince Mujfal continua dc fairc bonne chore aucc les Ambaíladeurs , aufquels il demanda la grace de cc matclot, que nous auionscnuoyéprifonnier xTerki. Les Ambaíladeurs la luy accorderent de bonne grace, Sc enuoyerent fur lc foir bien tard vn dcs Gentils-hommes fuiuans Sc lc Secretaire de Les Ambsfla- l’ambaffadc, au Weiuode, pour lc prier de nous remettre le pri- acTaki*.11'"' fonnier entre les mains, Sc pour luy demander iuftice contre lc Pilote Mofcouitc, qui s’eftoit enfuy deuxiours auparauant. On enuoya bien auant dans la nuict vn laquais apres nous, pour nous preíler dc rctourncr au Nauire , qui alloit partir, pourneperdrepas l’occaiion du vent,qui s’eftoit rendu fauo- rable depuis quelques heurcs. Nous auionsfait nos affaires, quandle laquais nous rcncontra ; mais quelque diligence que nous pufllons fairc , nous trouuafmcs dej'a le Nauire fous la voile, laquclle n’eftoit pas encore bien deploy éc quand le vent, quis’eftoit encore rendudire&ement contraire, nous contrai- gnit dc demeurcraumcfmc lieu. Lc Wfiucde nous enuoya cependant fon prefent ; fçauoir Prcf<;!lt cent pieces dc bccuffume, quatre tonneaux de bierc, vn muid jetkJ° ** de yin dc France, vn tonneau d’hydromel ,vn muid de vinal-
  • 1636. Ide dam Ia met Cafpic. 344 VOYAGE DE MOSCOVIE, grc, deux moucons, quatre grands Pains d cpices, Sc pluficur* autrcspains. On donnaà ceuxqui ápportercntlcprefcnt, vnc vingtained’ecus, Sc dc l’eau dc vie en bonne quantiré; de forte qu’ils s’en retournerent fort conténs. Le dixiémcNouembre lc vent eftant Sud-Oiicjl, nous nous remifmesàla voile ala pointedu iour, faifans deflein dc pren¬ dre la route de laville de Dcrbent, quieftla plus prochainede cettefronticre. Surlemidy nous vifmes vne barque, laquellc pritd’abord foncours, commefiellenous cull voulu pafler à ladroite, puis apres fit mine de venir droit à nous, Scnefça- chant quel party prendre, ellc nc faifoitquc haulier Sc baiil'cr les voiles ; de forte qu’ayant fait connoiflre que ceux qui y eftoient auoient peur de nous , le fieur Brugman cominanda qu’on prill le cours droit à la barque , fit mettre les foldats fous les armes ,SC tircr vnc voice de canon en fair, pourlcurdon- nerlapeurenticre. Les pauures gensbaiflcrentauifi-toftlcur voile Sc aborderent. C’eftoient des Perfcs , marchands de fruits,Sc la barque eftoit chargee dc pommes,de poircs, dc coins, de noix Sc d’autres fruits. Le maiftre,qui eftoit frere de noftre Pilote, l’ayantreconnuparmy des gens qu’il n’auoit iamais veu, Sc croyant qu’il full prifonnicr entre nos mains, fe mit 3. fairc des lamentations , Sc des cris horribles fur lc malheur dc fon frere,auifi bien que fur le ficn propre,nc fe pouuant confoler, quoy qu’il luy criaft pluficursfois Korcbma dufebman lardt kul; ne crams point, ce font des amis, auec Icfquels ie fuis 'vclontairement; mais l’autre n’en croyoit rien, s’imaginant qu'on le forçoit dc parler ainfi, Sc nc reuint de fa peur, que quand fon frere luy dit l’occafion ,qui l’auoit amené en noftre Nauire. Alors il refolut d’entrer luy mefmc dans noftre Naui- re, auccvn prefent de toutes fortes dc fruits d’Automne; dont il vendit auifi vne bonne quantitc à fibon marchc,que le quar¬ tern degroflespommesnereuenoit point à vn fol. On le re¬ gala d’eau dc vie; Sc ainfi il s’en rctourna dans fon bord fort content. Nous arriuâmes en mcfme temps aupres de l’Ific,que les Mofcouites nomment Tzetlan, &lcsPerfes Tzenzeni, à huid lieucs de Terki, à noftre gauche. Nous y mouillâmcs à trois braíl'es&demiedeau,& y demeurâmes vingt-quatre heures, fuiuant la couftume des Pcrfcs. Nous auions deuant nous lc liurc
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 54y liure dc George Declander ,qui'auoic fait Je voyage de Perfc eu i 6 3 6. Jan 1602. auec PAmbafladeur dc l’Empereur Rodolfe II. quf parlanc de cecte Iílc, die, qii’eftant demeurc ícul cn vie, à fon rctoúr,&:fctrouuantarrefté par lefroidencclicu-là, auoit cílé contrainc de tuer les cheuaux, que le Sof Iuy auoit donnez, apres auoirconfumc tous les autres viures. Nous auions en¬ core beaucoupdeiour de refle; c’efb pourquoy les Ambafla- deurs voulurenc deícendre dans 1 Ifle , pour voir fi ce qu’ils y trouucroient, fe rapporteroit àce que 1’autre en auoit écrit; mais nous n y trouuaímes autre chofe , íinon trois grandes perches liécs enfemble , qui eíloient dreflees à vnc des poin- tes de 1’Ifle, chargées de racines Sc de branchages, pour fer- uir dc fanal aux mariniers : Sc deux grandes folies , ou 1’on auoit autrefois fait du feu. II y a grande apparence , que c cftoit 1 ouurage des Cofaqucs, qui font fouuent leur rctraitte cn cettc Ifle. Elleeflàquarante-troisdegrcz, cinq minutes délcuation, Sc clle s’eftend de la longueur dc trois licués d’Allemagnc du Nord-Ffau Sfid-Efl. La terre cft la plufpart fablonncufc Sc fterile , Sc vers les bords, ou couuerte de coquilles,ou maref- cageufe, Sc e’eft Ia feule Ifle,que Ion rencontre cn allant à K/lan, vers Voueflàcla. route ordinaire. Dc làon pouuoit voir en terre ferme vers lc Sud-Oiitjl vnc fi haute montagne , que nous les prenions d’abord pour des nues. Nos gens l’appellercnt les montsde Cinafic mais les LcmontCau Mofcouites , Sc ceux dc Ctrcafic mcfme la nommentlemontcafus. SalattOySc c’efl: proprement la montagne que les anciens ap- pellcnt Caucafts , en la Prouincc de Colchis : qui ell cellc que ívlcngrclie- fon nomme aujourd’huy Ia Mengrelie , Sc qui efl fl celebre dans 1’antiquité , par 1’cxpcdition fabuleufe de Iafon pour la roifond’or. Sa hauteur, qui ell extraordinaire, parcequ’il fem- blequellepouflefon fommctiufqucsaux Allies,adonné fujet aux Poetes de dire , que cc fut-là que Prometbée deroba le feu au Solcil,pourendonnerl'vfageauxhommes. JVuinte-Cune dit, quelle trauerfe toute I"Afie. Et dc fait les monts d 'Ararat Sc de Taurus font fl voifins , Sc la joignent de fl prés, qu’il femblc que ce ne foit qu’vne mefmc montagne, qui s’cflcnde par toute l’^yfr,depuis la Mengrelie iufques aux Indes. De- puis la mer Cajpie vers lc Pont Euxin Sc vers VJfe mincure, Xx
  • 34* VOYAGE DE MOSCOVIE, i6$6 ellc a prés dccinquantclicuêsdelarge. Mais voyons ce qu’en ditQ^Curce auliure7.de fon Hiltoire; ou il en parle en ces »termes,felon la traduction dcM.dc Vaugd,tf.\)s tirerent,dit- »il,dc la vers le Mont Caucafe, qui coupeVAjie en deux,& laiflc j’lamerde C/V/c/Vd’vn cofté,&de l’autrc la mcr Cafpenie, le «flcuue Araxe, Sc les deferts de la Scythie. LcMontf^w, »qui tient le fecondlicu en hauteur,fe joint au Caucafe , &; «commençant dans la Cappadoce, trauerfe la Cilicie, Sc pafle iufqu’cn Armenit. C’eftcomme vne chaine continuelle dc -'«montagnes, d’oix fortent quafi tous les fleuues de\' Afe, done » les vns fedefehargent dans la Mer rouge, Sc les autres dans . ”celled'///>r
  • ET DE PERSE , ÍIV. IV. 347 connoiífent facilemcnt par là lcs endroits ou ils fe trouuent- 16 36. L'onzicme nouscontinuaímes noftre voyage incontinent apres lc Soleil leué , prcnans noftre route le long dc 1'Iíle versle.sW. Tout au bout de 1'Ifle fe forme vn dé trait , -au- pres d’vn cap, ou promontoire , que la terre ferme pouífe dans lamer, quafi au mefme lieu,ou du cofté dc 1’lfle vn grand banc dc fable auance vers la terre, Sc n’y laiíTc qu'vn fore pe¬ tit paifage. Ce qui nous obligea à moiiiller 1anchre , pour nous donnerle loifir de faire fonder le fond , afin deuiter les baiTcs qui y rendent la nauigation trcs-dangcrcufe. Nous trouuafmes d’abord deux braifes d'eau , mais incontinent apres nous eufmes iufqu’a fix Sc fept braifes; de forte que 1c vent eftant fauorablc , nous prifmes le cours Sud Sndodefl, droit vers Dcrbent, le long de la cofte, & à fa veuc. .Apres mi- nuidl le vent eftant dcuenu moins fauorablc , nous fufmes contrainsd’allerlerefle de la nuidt à la boulinc ; mais il eftoit fi grand Sc fidiametralemcnt contraire, que nous n’auançaf- mes quoyquece foit; de forto que l'orage fc renforçant tou- jours, nous refolufmes enfin dc moiiillcr à douzc braifes d’eau. Nous demeurafmesà l'anchre tout le iour du douziéme, iuf- qu’a neufheures du foir,& alors le vent s’eftant tourné au Nord, nous fifmes voile,finglans auec le vent en poupe, Sc prcnans noftre cours au Sud Sud- vfi. Sur Ics onzeheures nous trouuafmes iufqua vingt&trcn- tebraiTesd’eau, &: vne heure apres nous ne trouuafmes plus dc fond, fi bien que le vent s’eftant encore changé en vn ora- Oragfc. ge forme, nous lugcafmes que nous ncpouuions fans danger porter nos voiles, fur vne mer que nous nc connoiflions point, Sc dans la derniere obfeurite de la nuift. C'eft pourquoy nous lcs pliafmes toutes , Sc laiflafmes after le Nauire au gre du vent; qui nous fit faire deux lieues en moins d’vne heure. Apres minuit nous perdifmes noftre plomb,car la corde, qui fe trouuoit embaraflee fous lc Nauire , fut arrachée parla vio¬ lence des vagues, qui i’emporterent. Nous auions auec noftre chaloupe renforccc, deux barques^dont fvne, que nous auions achetée dcs Mofcouites, feruoità ceux qui fondoient le fond, Sc l'autrc feruoit de décharge i noftre Nauire , qui remor- guoit l'vn Sc l’autre. II y auoit deux matelotsà la conduite dc la chaloupe, laqucllc , pour eftre chargee de quelqucs pier-
  • 34* VOYAGE DE MOSCOVIE, J 6 3 6- ricrs, de boulcts ,_de chaifnes, de cables, de gouldron, &au- ^n;eschofcsneceíTairesà lanauigation, auoit fi peu de bord, que fe rcmpliffánt d’eau à tous momens , les matelots , qcii ne íefentoient plus capables dela gouucrner, vinrcntànoftre bord , &: attaehcrenc la chaloupc au Chaftcau du Nauire. Les barques fe remplircnc incontinent d’eau , &: fe pcrdircnt. La chaloupe rcfifta quclque temps , maisellc fuiuit bicn-toft les autrcs; & ce fut auíli la lc commencement de noftrenau- íragc (ur la mer Cafpie. Noftre Nauire, quin’cftoit baflyque de lapin,&qui auoit déja beaucoup fouftert furies banes du ]/l/alga, ployoit fous les hautesôc violentes vagues de cette mer, cornme vne couleuure,& s’entr’ouuroit cn tant d’cn- droits , que nous n ofafmes pas quitter la pompc d’vn feul moment, ny cefler de vuider 1’eau de tous coftcz. Noftrc Pilote Perle eut fa bonne part de la peur, &: fouhaitoit bien fort deftre dans fon Nauire, ou plus prochedelatcrre ; parce qu cn cas de naufrage il n’y auoit perfonne qui n’eutpu efpe- rer de fe fauuer. L'uq.aaToa.ne Lc treiz'éme Nouembre à l’aubedu iour nous nous apper- gner u rade cculmes, que nous n auions pas perdu la terre de veue, nous dc Dcrbcnt. reconnufmes incline la montagne deDerbent, Uquclle à noftre aduis, ne pouuoit eftre éloignée de nous que de dix lieués, ouenuiron. L’orage cllant vn peu cefte, nous mi lines la mi- zaine, nous dcployafmcs en fuite la grande voile, à deflein d -tiler dioit a terre. Liais dautant que Ia nuicl precedente nous auions pris noftre coins trop haut, &: que lc vent con- tinuoit du No:d-( ity?,nousfufmescontrainsdelefuiure,&:dc palter à noftre grand regret, au defa dc la ville dc Derbent, lc long de la cofte de Pcrlc j qui s’etend en cétendroit la du Nord. au Sud, fans que nous trouuaftions aucun port ou vne rade , oil nous eulfions pu nous lauuer : parce que lc fonds à lix licues auant dans lamer n’eftant que roche,il eft impoiTi- ble d y hiircmordrel'anchre.Eniin fur les quatre heurcs du foir nous mouillalines i quatre braftes, deuant le village dc Niafe- ietb , que nos Authcurs appellent Nifauay, dam vn fonds boiieux mais nous nctrouuafincs pas plus de feureté à i’an- chre, qu’en vogqant en plcine mer. Les flots continueis de la mer, qui eftoitextremementagitée, rompit d’abord les gonds qui tenoientle gouuernail > ce qui nous obligea à ie detacher
  • ET DE PERSE, LI V. IV. 349 cnticrcmcnt, (SialclailTcrtraifncra vn cable dcrricre le Na- 165 6. uirc , dcpcur qu’cn battanc contre le Chateau ilne 1’abattill ' tout à fait ; le Nauirc fe rempliílant cepcndant d’eau ft fort, que nousfufmescontrains dcmploycr ccqui nous reftoit de iour, &: toute lanuift fuiuante , à la vuider. L’orage ceifa tant foiepeu le lendemain matin , quatorzié- me Noucmbrc, Sc nous conuia au debarquement, nvais nous n’auions ny barque ny chaloupe, pour nous mettre à terre; &: quoy que nous tiraíTions plufieurs coups de moufquct &c de canon , pour'obliger ceux du pais à venir à noílre íecours, nous n’appcrceufmes perfonne; mais à peine auions nous fait vn radeau dc plufieurs aix,à deífein d’enuoyer deux Mofco- uites à terre, que nous vifmcs venir deux barques , que le Kaushj, ou luge du village , auoit enuoyécs, pour nous de- barquer. Ils nous apporterent vn prefent de deuxfacs dc pommcs. & l’accompagnerentd’vn compliment fortobligeant, &£ pro- tefterent, qu ilsnauoientpasmoinsdeioyc dc noftre arriuéc, que nousen pourrions auoir de la leur; exhortans les Ambaf- fadeurs dc fortir du Nauirc le plutofl: quil leurfcroit pofli- ble , auec cc qu’ils auoicnt de plus .precieux, dc ne fe point her au calme , qui fans doute nc feroit que defortpcud’heu- res. Les Amballadeurs les crurent , &: apres auoir charge AmbaíTi. dans les barques le plus important du bagage, ils y firent en- <*««■*
  • jro VOYAGE DE MOSCOVIE, i tf 3 y auojc quail couflours furle tihac plus d’vn pied d’eau, ce qui nousempefehadenousy tenir ,& le Nauircmefmes’ouuranc par lc hauc tout au milieu, nous commcnçafmes d’en appre- bender ia diflolucion entiere. Nous remarquafmes auili aux arbres, qui font fur lc bord de la mer, que Uanchre ne cenoit plus, &: que le vent nous auoit entraifnezi plus d’vn quart de licucdulieu du debarquement des AmbaiTadcurs; c’eftpour- quoy nous cn iettafmes encore deux autres,qui feperdirent toutes deux fur les onze heures de nuict, aufli bien que noftre gouuernail. La nuiftrciTe anehre tint bon , mais le vaiifeau tira tant d’eau,que la pompe ne feruant plus de ricn,nous fufmes contraints de la puifer, &: delavuider auec des chau- dcrons. Sur la minuid lc vent tourna Eft, & rompit noftre grand mail, auec la mizaine, & les renuerfa dans la mer ,le Nauire branflant cependant auec rant de violence, qu’a tous momens les bords fe trouuoient à fleur d’eau. Les matelots prierent le Secretaire de leur permettre de codpcr les cordcs qui letenoient encore, afin de nous deliurer tous de ect em- baras ; ce qu'il n’eut point de peine à leur accorder. II y auoit trois iours que nous n’auions point mange , 5c les veillcs, auec le trauail continuei, nous auoient tcllcment abattus, qu’ayans perdu le courage, auec l’efperancc de nous pouuoir fauuer, nous ne fongions plus qu’a nous diípofer à la morr. II n y auoit que noftre Charpentier, qui eut le cceurde defeen- dre en bas , 5c de prendre tant d’eau de vie, qu’eftant remonte íurle tillac, il tombaz nospieds comrne vne homme mort. Ec lutiondans va fait, il nous euft efté impoflible d’en iugcr autrement, ii les Jfraier peril, halences de l’eau de vie, que fon eftomach renvoyoit, n’euifent decouuert la qualité de fon mal. Les matelots ne cefloient point de trauaillcr cependant , 5c exhortoient les autres de prendre courage, nous faifans cfperer que dans peu d’heures ou le temps changcroit ,ou qu infailliblemcnt les Ambaifa- deurs ne manqueroient point de nous fecourir : comme cn ertet, 5c i’vn 5c 1 autre faifoient tout ce qui fe pouuoit faire pour noftre foulagemenr. Le fieur Brugman voulut mefme contraindrcà coups d’epee quc!ques-vns de nos gens de s’embarquer ; pour nous venir querir, mais il luy fut impoifiblc de les y difpofer: De forte que voyantpaflerleiour fansaucunc efperanec defecours, 5c ap-
  • ET DE PERSE , LIV. IV. jyi Prchendant que la tempeíle ne fe rcnforçaíl la nuid fuiuante, ie tiray lc contre-maiftre à part, & voulus fçauoir de luy, fi l’o- rage continuant de la façon , il nc feroit pas à propos de fairc efchoiier leNauire , pour fauuer les perfonnes. Ilmerépondit quril ne croyoit pas que le Nauire puíl encore faire grande reii- ftance, &: que ie ne ferois pas mal de prendre 1’aduis des autres oíficiers , & d’en parlcr au Capitaine Sc au Maiílre: qui nous aduoiierent tousdeux,que le Nauire eíloiten íl mauuais ellat, qu’ils ne doutoient point que Moníieur Brugman mefme nc leur commandafl de le faire échoíícr, s’il y clloit prefent, & neantmoins qu’ils croyoientaulTi, qu en continuant encore lc trauail pendant quelques heures,on le pourroit fauuer. Mais ils firent bien connoiftre parleurs difeours, qu’ils apprehcn- doient, quequandil ny auroit plus de Nauire, on les coníidc- reroit commc des perfonnes inutiles , qu’ils croiroient eílre miferables, &: mefme quon leur pourroit difputcr leurs gages, pour le reftc du voyage. C'eH pourquoy ils ne vouloient point que 1’onfift efchoiier Ie vaiílcau. Toutesfois lefieur àvchtcrits le Secretaire, voyans les grandes inftances que le refle de l’é- quippage faifoit pour ccla,&: 1’ardcur aueclaquellc on les prioit de permettre qu’on fill efchoucr le Nauire, en cctte dernierc extremitéjle Capitaine &: le contre-maillrc y confentircnt en- fin , pourucu qu’on leur promiít par ecrit de les en dcchargcr enuers les Ambaífadeurs ; ce que Ton fit, & le Secretaire en dreíla vnade,qu’ils fignerent tous. Maisfurceque le Capitai¬ ne & le Maiílre commcnccrcnt encore à faire de nouuellcs difíicultez,apres auoir tiré de nous leur déchargc.tous nos gens íe voulurentmutincr ,&femirent à crier, que fil’on diffcroit encoreàfaire échoiier le Nauire, ils.les aífigneroient deuant le Tribunal de Dieu , pour rendre compte de.tout ce qui en pourroit arriucr. Le Capitaine vouluts’en exeufer; difant que quand mefme il feroit efchoiier le Nauire, ii luy feroit im- poflible de fairc fauuer tous nos gens; mais on luy refpondit, que l’on elloit refolu d’en courir le rifque, S>c on lc preífa tant qu’il y confcntit, apres auoir oblige le íieur &Vchterits &; le Se¬ cretaire de donner les premiers coups dans les cables ;
  • í 65 6, K Dcfcription dc la mer Caípie- C’«ft vrc mer parricaltcre. jft, VOYAGE DE MOSCOVIE, Ambaffadeurs, ic dctous nos amis, qui n’ciloientpasmoins cn peine de nous, qucnous-mefmes. II yen cut, qui pour témoi- cner lcur affection , cntrercnt bicn auant dans l’eau,&: nous porcerenc a cerre. Nous n’cufmes pas bcaucoup de peine à iuítificr larefolu- tion que nous auions prifc, dc faireéchoiier le Nau ire; parcc queleíieur Brugman nous prcuint , &: nous dit qu’il y auoic long-temps qu’il auoic deílein d’en donner 1’ordre au Capi- taine , mais qu’il n’auoit pu crouuer perfonnc , qui s’cn vouluc charger pour le porccr. Pour ce qui ell de lamer Cajpic , elle n’a pas coufiours le mcfme nom , mais elle le change , ou felon la diuerficé des peoples qui la connoiífenc , ou felon les Prouinces qui luy font voifines. Anciennement on 1’appelloit lamer de chojàr, du nom du fils aifné de Thogarma , qui cítoit le fils de Gomer, ic pctit-fils dc Iapbet, troifiéme íils dc Noé. La Geographic de Nubie 1’appellc la mer de Tauiflban. Les Maures appellenc cette mer,auífi bien que le Golfe d’Arabic, Bobar Corfuin, ic les Pcrfcs PappellentiT#^?», qui eftle mcfme nom qu’ils donnenc à la mer Rouge. Les auteurs Grccs & Latins l appellent la mer d' Hinanieic la mer Cajpieou Cafpienne. Les Perfes l’ap- pellcnt aulli la mer de Baku, de la ville de Bakujc, cn la Pro- uinccdcScbiftoan , ic les Mofcouites Gualcmkoi-morc. Mais il fautbien s’empefeher de croire ce que difent Dionyfius jfer, Pomp Mela , Pline , Solin , &: ceux qui les fuiuent, comme Sirabon, Martianus Capella , Bafile le Grand, Maerobe, ic les au- tres , que ce n’eft qu’vn fein, ou Golfe de la grande mer des In des , ou de la mer dcTartar/e: ou bien qu’elle fc communi¬ que auec Ic Pont-Euxiti, ic auec les Palus Meotides parlari- uiere de Tanais i parce qu’il eft certain , qu’elle n’a point dc communication du tout auec les autres mers; mais elle eft de touscolleztellemcntbordce de terre,qu’on la peut appel’er
  • £T DE PERSE, LIV. IV. -3W ner, de ce qu’encorc qu’il y ait vn fi grand nombre de riuicrcs, qui y defchargent lcurs eaux inceíl'ammcnt,ron ncfçauroic dirc neantmoins ce qiVelles deuiennenr. Nous auions d’abord dc la pcine à crojrc ce que Ton nous difoit de toutesces ri¬ uieres ;mais quand en rcuenanc dc Perfe , depuis Refcht iuf- ques à Scamaehie , pendant vingt iournécs de chernin, nous vifnies, que nous en auions pàffcplus dequatre-vingts, tanc grandes qucpctites, nous ne fifmes point de difficulté d’ac- quiefccr à ce que Ton nous en auoit dit. Lcs plus confiderablcs dc celles que nous auons vcues,fontle^^<í,r^r4x,« ou Aras, qui fc joint au Cyrtfj, que 1’on appclle auiourd’huy Kur , le Kifilofein, le Bujtro'te, X Ah fu & lc Koifu. Vers le Nort font les riuicrcs de laik.i, & dc lems , &: vers lc Sud &í \‘Ejl lc Nios, Yoxus& Vorxentes, que Q.CurcenomineTanais. Aucc tout cela cette iner n'cn cnfle pas dauantage , & neantmoins 1’on nc fçauroit dire,par ou routes ces riuieres s’ecoulent. II y en a qui cftimcnt, quelle les enuoye par des canauxfoufterrainsdans 1’Ofcean. Les Perfes nous difoienc, quaupres de Ferebatb, entre les Prouinces de Tauriftan dc Mefandcran, il y a vn gouffre, ou toutes ces eaux fe perdent, commedansvncabyfme, fous les jnontagnes voifines Mais dautant qu’il faudroit, que ce gouffre fuft quail aufll grand que toute la mcr,pour engloutir les eaux de tant de riuieres, j’ay dc la peine a me ranger du côté de ccux qui ont cette opinion. Au contrairc, iemeperfuadeaifement, quel’on peutallegucr pour la mcr Cafpte lcs mefmes raifons,qui cmpcfchcnt l’O- ccan de déborder, encore qu’il y entre vne infinite de riuic- res. Sçauoir , qu’outrc les broiiillards, quiy regnent, & qui cn confumem vne bonne partie , le rcftc retourne par des conduits fecrets aux fources des fontaines & des riuieres: fui- uant lc dire du Sage, que toutes les riuieres viennent de la mer , & y retournent : foit que la pcfanteur de 1’eau de la mer,quin’eft pas toute dans Ton centre, pouíTe celle qui eft plusbas, dans lcs fentes de la terre, iufques aux fources, & que cela fc faflc auec tant dc violence , qu’en forcant clle jette plus haut que la mcr mcfincjou qu’il y ait des veines dans la terre, qui attirent 1’eau ,& qui ladiftribuent aux fon¬ taines & aux riuieres. Le premier raifonnement eft ccluy dc IhL Scahger, enl’Exercit. 4$. ou il dit, qu’il ne croit point,
  • 3)4 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1 6 i 6' quc l’argument, que 1’on tire de la difference des qualitez des caux , puiífedétruire la force da Tien ; parcc que Ton voir par i’expcriencc, que 1’eau, en pafiant par la terre, fe defait de fa crafle, &: laiiTe Ton fcl au fonds, done clle fe feparede la mefme façon , quefionlafaifoitpaííer par vn alambic. Ce qui fe voie éuidcmmêtjCn ce que plus les fources font éloignçes de la mer, plus fes eaux font douces. Lon fçaitauífi qu’il n’y a point de montagne , qui foit plus haute que la mer ; laquelle ne faifant qu vnepartie delarondcur du Globe terreftre, les bolfes, qui ferencontrcnt fur la terre, ne font pas plus eminentes que la mer. f e qui cfttcilcmentvray, que metrouuanten reuenant dePerfe,entrc Siamachte 6c Derhem village dç Saraj ,j'eus la curioíité de monter fur vne montagne voifme,d’ou iepris l’Horifon aucc mon Aftrolabe, &r y ayant mis la Dioptre, ieme tournay du cdfté de la mer, qui eftoit éloignée de deux lieués de là, & la découurois fort aifément de la veue. Les auteurs, qui ont eferit de la mer Cafpte, difent, quelle a quinze iournées de chemin de long & huid de large: Bicn en- tendufidans vn grand calme, l’on entreprenoit de la paífèr 1 force de bras ,& à la rame , fans* aucune aide du vent. Sur- «fllufgcur *e diraY» °lu’d faut'premiercmentremarquer,contre l’o, ^ciamercaf- pinion commune de tous les Geographes., tant anciens que fie. modernes, que la longueur de la mer Cafpie ne s’eftcnd point du Leuantau Ponant,.ainii qu on la voit couchée en toutes les cartes , mefme en celles que Ion a publiées depuis la premiere impreifion de cette Relation , ou i’ay condamné cctte errenrjmais qu’il la faut prendre du Midy au Septen- trion, &; que e’eft fa largeur au contraire, qui s’cftcnd du Po- nantau Leuant. Ceque iç fçay ,non feulement par vne ob- feruation tres-exade que fen ay faite; mais auifi par vne re¬ cherche tres-curieufe de la fituation de toutes les Prouinces Maritimes,felonlcCatalogue,ou regiftre des longitudes & des latitudes, que les Perfes m’ont donne, & mefme, confor- mementaux fragments Aftronomiques du dodclean Grauc. Car il eft certain que la veritable longueur de la mer Cafpie eft depuis l’cmboucheure de la rmierc àt[fyolgA,v\ deífous d ’Afra- chan, iufqucs à Ferabath , en la Prouince de Mtfanderan , de huid degrczdel’Equatcur j qui font ilxvingts lieucs d’Aller aiagne 5 & quç fa largeur, depuis la.frouince àçGbHmJm.iqte
  • ET DE P ERSE, LI V. IV. m cs autres nomment Karragan , iufques aux moncagncs dc i6$6. Circape, ou à Schirtoan, eft de fix degrez, qui nc fone que qua¬ ere- vingesdix lieues d'AIIemagne. Ece’eft furquoy il fauc cor- riger couces les carccs Gcographiques,encore que 1’opinion que nous voulons eftablir,foic nouuelle,&dire&emcnt con- trairc à celle, qui aefté reçcué depuis canc defiecles. II ne fauc poinc ecoire non plus ce que die Q. Curce, que les Soncaucft fa- caux de la men Ca/pie fone plus douces quenelles dc 1’Ocean; 1<$c- fi ce n’eft que lon le vueille enccndre feulemenC de la cofte à'Hircame,que Ion appellc aujourd’huy Kilan , oii cn cffet l’eau n’eft ny falce ny douce, mais bracque,comme en plu^ íieursendroies dc Hollande,à caufc du meílangc dès eaux de plufieurs riuieres, qui encrcnc dans la mer de ce coftc-li. Car cn la pleine mer l’eau eft auíli falée qu’en aucune aucre, ou ie me fois iamaistrouuc. Polibebc Arrian difenc la mefmechofe du Pont-Euxin, & Ouide lc confirme par ce diftiche, Copia tot laticum, quas auget adulter at aquas; Nec patitur vires aquor haíerepas. Noílre deflein n’eft poinc d’entrer cn la difeuífion de la ThefedeScaliger,quidicenrExercit. 53. que 1’cau de couces les mers eft douce au fonds,non plus que dans 1’examen des raifons qu’il allegue pour cela , comme eftant hors du fujec dc noftrc Relacion. Mais nous croyons pouuoir dire, que la mer Cafpiechoh forepeu connué aux Grecs du cemps d’Ale- Xandrèjvcu qu’^/ma»dic,aufepciéme Liuicdcfon Hiftoirc, que cc grand Conqueranc commanda , que Ton coupaft du bois dans les montagnes voifines , pour le baftimene d’vne flocce , qu’il vouloic employer à dcfcouurir cccte mer. II eft certainauíTi, que Q.Curcenen parle que felon la connoif- fanccque l’oncnauoic,dans vn cemps,ou celle des Romains ne paífoic poinc l'Euphrate, non plus que leurs armes. Car en¬ core que Plinc die au LÍU.6.C.17. de fon Hiftoire naturelle,que Seleucbus &C AntiociusS'ucccfíeurs d’Alexandre,firenc reconnoi¬ tre cccce mer par Pacroclc, leur Amiral ,fi cft-ccqu ileft con- trainc d’auoiier,qu’il y auoicencore biendcschofes à defeou- urir: ainfi que noftre intencion auílieftoic de faive feruir àcela noftre Nauire & noftrc chaloupe, pcndantleíèjour que nous ferions à la Cour dc Perfe , fi noftre nauítage n’euft poinc faie efchoucmoftre deífcjn. XI dl certain que cetcc mer na Yv ij
  • 3yá VOYAGE DE MOSCOVIE, i <; 3 á. point de flux ny de reflux, Sc mefme qu’clle n’en peut point Elie n’a point auoir; puis qu’elle n’a point de communication auec cellc, qui itflui* lVf de fuitcncelalcniouuementdelaLunc. Lcs Perfcs , les Tartares , Sc les Mofcouites ne vont fur cette mcr que l’Efte,& encore nefe hazardent-ils point en. pleinc mcr ; parce que n’ayans que des mefehantes petites barques, ils ne vont que lc long de la cofte, laquellc ils ne per- dent point deveuc. Ellc n’a prefque point de ports ny dera- des aíleurécs. La meilleure eft celle dont nousauons parlé cy- deuant, aupres de Terki, entre l’lile dc Tz,cnz,eni Sc la terre ferme; ou les Perfcs ont accouftumc dc moiiilIer,&: de s’ar- reftcr lanuid. Celle de Baku, de Lenkeran ,8c dc Ferabath nc font pas mauuaifes; maiscllcsne font point tout i faitfeurcs, Sc le mcilleiir havre dc toutc cette mer eft du cofté dc la Grande Tartaric , Sc aupres dc la ville de Minkijlhlak, que Ton trouue dans ritineraired’>f/?/fe lenkinfon^ibus lenom Manguflaue; unais mal nomméc. Au refte, nous auons efté aflez long-temps fur la mer Cafpiet Sc furfes coftes , pour pouuoir detromper ceux qui feroient capables de croire cc que dit Petrejus , en fon Hiftoire de Mofcouiejque fes eaux font plus noi res que de l’ancre,& qu’cl- leeftpleinc d’liles, qui font fort peuplées,& ou il fe trouue vn ires-grand nombre de Villes Sc de villages. Nous pouuons dire auec verite, quel’vn Sc l’autre eft abiolument faux. Car lcs eaux font dc la mefme couleur que celle de toutcsles au- tres mers; Sc encore quenous n’ayons pureconnoiftre qu’vne parcic4elamerC^/> ; fi eft-ce que m’cftant trcs-patticulie- rementinfbrmédeccqui en eftoit, tousles Perfcs, Tartares, Sc Mofcouites m’ont conilamment affeurc , que dans toute cette mer il n’y a pas vne Ifle,oix y il ait, ie ne dis point de ville oude village, mais vne feule maifonjlinon en celle d' Enfil aupres dc Ferabath, ou les pafturages fc trouuans fort bons, les Paftres y ont drefle quclques cabanes , contrc l’injure du temps plutoft, que pour leur demeure. , le voulus fçauoir aulii des habitans de Kilan , fi la mer Cafpie nourrit vn Ci grand nombre de gros ferpens , com- me (^Curce veut faire accroirc : mais ils m’afleuroienc sous qu’ils n’en auoientpoint veu, & que e’eftoit vne chofc, dentils n’auoiens iamais oiiy parler,npn plus que d’vn cer-
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 3j/ tain gros poiftbn rond & fans tcíle , done Antbrcije Contarin 1 ^ 3^ parle en la relation de Ton Voyage, que P. Eizanus afaitim- primer auec Ton Hiftoirede Perfe. II ditque ce poiíTonavnc aulne & demie de diamecre , & qu’on cn tire vnc certaine liqueur,dontlcsPcrfes fe feruentenleurs lampcs , &àgrajf- fer les chameaux. Mais les Perfes me difoient ,^u’ils n’a- uoient pas befoin dc cettc forte d’huile , pour bruler •, puis quaupres dela ville dc Baku, fous la raontagne de Barmach, ilyades fources inefpuifables d’vne certaine liqueur , qu’ils appellent Nefta , done ils fe feruent en leurs lampes; &: done l’on tire tous les iours vnc fi grande quantité, que fon en tranfportc par tout lc Royaume. II eft: vray qu’il s’y trouue vnc certaine efpece dc poiífon, qu'ils appellent Naka, e’eft à dire glouton; qui a lc mufeau fort court,&: la tcftc comme enfoncée dans lc ventre, la queue ron¬ de^ dcfepcàhuift pieds de large,& guercsmoinslonguejauec laquelle ils’attache au bord des bateaux des pefchcurs, &les renuerfe, fi fon n’y prend garde. Les Perfes nous dirent auífi, que les poiífons blancs, dont nous auons parle cy-deíTus, le fontauífi:& quee’eftlacaufe pourquoy, mefmc dans le plus grand calme, les pefchcurs n ofent pas fe hazardct bien auant dans la mer. C’eft cc feul animal, qui peut iuílificr ce que fomponius Mela dit enfa Geographic, que la mer Cafpie nour- rit vn ft grand nombre de grands poiílons, qu il appellc Bejlcs Beiiut, feroces,quc cell vnedesprincipalescaufcs pourquoy ellen eft point nauigable. Cc poiífon aime le foyeôí la chair de bocuí & dc mouton, ccft pourquoy les habitans de .íparticu- lieremcnt ceux qui demeurent vers la montagne de Sahebelan, qui en font les plus incommodez en leur peíche , en font dc 1’amorce , dont ils couurent des hameçons forts &: perçants, attache! à des groífes cordes,auec lefquellcs ils les tirent a terre. Auífi nc faut-il pas s’arreftcra ce que les meímes Bi¬ zarro bL Contarin diíent,quil ny a point d autre poiífon dans la mer Cafpie :c ar il eft certain quelle eft; fort poiífonncuíc, & qu’il s’y trouue des faulmons, Sc des efturgeons en tres- grande quantitc , comme auili vne efpcce de harengs; &c mef- jne dcs poiifons qui paflent par tout ailleurs pour des poif¬ fons d’eau douce, Sc qui cn effet nc fe trouuentqueoudans Ics eftangs , comme des brefmes, qu’ils appellent Chafchm7 ' Yy 11 j
  • 3j8 voyage de moscovie; 3 &; dcs barbeaux, quils nommcnc Sclfàit: mais ces dernicrs font durs & infipides , quand ils ont plus de deux pieds de long. L’on y trouuc auífi vne efpece de truites, quils appel- lent Suggabt ; quils nc mangent point frais,mais ils les Ta¬ lent, &: ies mcttentàlafumée,& pour les faire cuire, ils les couchent fur 1’atre , enveloppécs d’vn linge blanc, les cou- urent de cendres chaudes, iufquà ce qu’ellcs foient cuites, &: cítans preparées de cette façon , elles font tres-agreablcs à manger & tres-delicates. Mais il n’y a point dc brochets ny d’anguilles en toute la Perfe : Ti bien que les Perfcs , que IcRoyenuoyaauecnousenAllemagne,nous voyans manger del’anguille , en auoient horreur,parce quils les prcnoient pour des couleuures. Le Roy dc Perfe donne la pefche de la mer Cafpie, vers l’emboucheure dcs rivieres ,à ferme; dont il tire des fommes tres-confiderables , & bien fouuent plus qu’il n’en rcuicnt aux Fermiers: ainfi que nous en viímes vn exem¬ ple en la villc de Kesker ,• ou vn Fcrmier nommé Schcmfi\ payoit huid mil efcus de la ferme de cinq riuieres > & n en auoit tire cette annéé-là que fix mille. La pefche ne dure que dcpuislemois de Septcmbre iufqu’en Auril, & pendant ce temps-là Ton fait vne paliflade dans la mer , à femboucheuro delariuiere,pourcmpefcherceux quin’yont point de droit de pefcher dans ce retranehcment: mais ellc eft permifeà tout lc monde indiíferemment tout le reftedel’annéc,&:en tout temps , en la plcinc mer. dc Le pais , ou nous abordafmes , ou plutoíl ou le naufrage nous mit à terre, s’appclle Muskur^te fait partie de la Pro- uincc de Schiftoan, ou de 1’ancicnne Mede, dans le gouucrnc- ment du Sultan de Derbent, & contient en fon eítendue, de- puis Ia ville de Derbent iufques à la Prouince de Kilan, enui- rondeuxcens villages. Mais deuant que de continuer noftrc Relation, &deuant que de parler de ce que nous auons veu dc la Perfe, il fera neceffairc de faire icy vne deferiptíon ge¬ nerate de cét Eftat &c de fes Prouinccs: parce qu’il n’y a pref- que point d’auteur, qui ait reufli iufqu’icy, qui n’aic confon- dulcsnoms anciens des villes & des riuieres auec les moder- nes, & qui n’en parte prefque dans les mefmcs termes , que Ton trouue dans les Hiftoircs Grecqucs& Latines,qui trai- tentde l’ancicnne Perfe. La carte Geographique, que Ton a
  • [ALENi ■ Aílraciiani I)ESEKTVM NAGAICV* , plant tics vajUjjttruL PONTVS EVXINVS rOtfJUJ- 771012 s Cota chis 7 úhtrt yjxíso Raiato. tat» an JL. ^T| ^ curte organa. yíUnahu lAPHLAGONJA&l •her ^ Z' iruavfabufofi /-vfc. / D"'#", a. «o Congt h«C trytUir Seput; |[Am Tubabtt J y-'TVR ^ Katttujtg, \Uajchga& á c íc KcjcCjr. attuu '^S&Thabcs L • Ç lar?ut/stC. Portiuf une .Btrabonij l patría VL S IA. ^ | Turkal htulJH BITHr NI A £t± Ai/f^' mttttet/c fura J-t un 'mune tnurz’ tíi 2lciul Jkisíut >age| arlcú \ottuet haçu Sawa* 'eras ZALM intuas MIN OR yncANOJM lacanco ESSEM a afarn i'2 atro n wjw p JLdSb tzatvaír * .Mens -Ararat VeC Jjrtvbi ^'IrciTfacyr- Kulsum 'ctruirkon. •BVM ,/J .PM TEUBA - ' 7 1.. lllCVi atnee k itralodifL SdJrntfn*. W Adir Aiarttcuia. \Otur liam ^JUcuracjetw Deferiam are nojxun _ Wan aggninat camber* I lacus ‘in o an Marli ciinV \ftirchitu- gctn -1 \moelfgtsatitr- \ 'íbSdniasf V •/aims al.Ucla^Qg, tatue MA\ Mire terrain ?an A Já* m J±z s°x ^ lirtu< , J0 A M E/«'« â$AAM falcita JflSJ A. ijsjD*1 r^_ aTpmkan^Aejfluui »-_w%w.M*jr ?f yJdiarbchr jfi uni te mc&gmàt jjNé& iharati fcrwe 'trine •em ta 1anuu JJinur ' tí.i/eiy,iUQ ^ -~*gsPSli8tí là Terteu JwE*- ^TrrU ^ jPheatnci-dí -.5 Iè) JAamafcust > nt num strfcÇJfjT 4». ® Up,,n.kc« niJOtan lacus j ///í' tntcnjt ±it: Harms yipc/lata Mi: sopo\ »*.TslMIA V aurus nvr j TJX JL/àfè. ~ ‘tlíi ifi ' ur num fjt ucprtrl. Z jlese. cam iDaric •unirta DCS Grutn Saelvstan Kubckaran mens M. Çalilcrv 2çfcriu« iflllfll fíri ^ dicrtim IHU 0 ,1/Mir} yj Ô Scrntch Sciruram Rural L,/ ^vpy^ I Castrn \ JUcxandrÍ%_<, •amufi 'Taurus (Jamerra A) ktiinifcha.\sT HV/%Í W - À X*K&Muslj Magàojc Ç ítt ipn % . Jr sis bar true "^v 7UL^ji.i/oscli.Solunatt minar disbar .Tcr/cpefcjfoi ✓ MtHhle uianv mj Chalut I sigil] ( St/hm S TAK olim I JDranrjcc W A MONSIETR A (AíOUSIEVK iHcrvuuaí Lens'" duJKoy, etjUuUtcar cuja chain \hre laj CamptoS a Paris . k\JRz/-_/í?« trcJ-hurnbliz,el tres clcifi ^»s. Jant /cnuteivr j5.JP. P1~*uii CPC TZfjmP a na x i»w 5 .A fItHtssrJa Crtsrrruutúui fmur SINKS PERSICFS yUarycam metis. j/tcJopulUtra. lAlahutnvltr CittJtj, Jticccsjonnn Os munis hrls yfbubcJccN v “7 faciuirSL Calahz 7J a fletia a/nos opicus C anen LCurtate » v. wiii ww. «w m wim:
  • ET DE PERSE, LIV. IV. W depuis quelqucs années publiée à Paris, eft fans doute la plus 16 3 6. exa&c dc coutes ccllcs quel’on aic vcués iufquicy : Mais li l’on veut prendre la peinc de confronter les noras, qu’elle donne aux villes & aux Prouinces de Perfc,auec ceux que 1'on vcrra dans la carte, que nous auons voulu adjoufter à cette Relation, Ton n’aura point de peinc à dcfcouurir la difference qu’il y a dc 1’vne & de 1’autre. Pour cequi eft du nom de Perfe; Herodote au liu. 7. de fon Hiftoire , ditqucrAmbaffadeur, que Xerxes, Roy dc Perfe, enuoya aux Grecs, leur voulut faire accroirc,qu’il tiroit fon origine de Perfes , íils de Perfeus ÒC d’Andromedc. Ammian Marcelhn dit , que les Perfes font Scythes d’origine ; &. fi nous voulons croire Pline, les Scythes les appellcnt chorfari. L'Efcriture fainte les appelle Elamites , & ils fe donnent eux- mefmes lc nom de Schai , pour fe diftinguer en la Religion d’auec les Turcs, qui fe donnent, pour la mefme raifon, ce- luy de Sunni. Et comme les mefmes Tures fe plaifenc à fe faire appeller Mufultnans, ainfi les Perfes ne font pas marris qu’on les appelle Kijilbachs, c’efta dire tefles rouges. Mais nous parlc- rons de 1’etymologie dc ce mot cy-apres ,quand nous traitte- rons des habits des Perfes. II eft certain que la Partbe la TV/yreftoicnt autrefois deux Royaumes differens , & que le nom de Perfe n’a cfté rendu commun al'vn & à l’autre, que parcc que tous deux ont cfté fouuent fujets à vn mefme Roy , &: habitez par vn mefme peuple. Cette mefme raifon fait,que nous comprenons auiour- d’huy fous le nom de Perfe , non feulcmcnt le feul Royaume de Perfe, mais auffi routes les autres Prouinces, qui y ont efté annexces,par conquefte, ou autrement,& qui font auiour- d’huy fous la domination de fon Monarque. C’eft pourquoy, quand nous parlons de la Perfe, nous entendons ycompren- dre tout lc pais,qui s’cftend du Nort au Sud^eft^ depuis la mcr Cm fie iufqu au Golfe de Perfe, & du Lcuanc au Ponant, de¬ puis l' Euphrate , que les Turcs nomment Moratfu, iufqu’a la ville dc Candahar, fur lesfrontiercs des Indcs. Enluy donnanc pour frontiere la mer Cafpie, nous entendons y comprendre prefque la moitié dccctte mcr, le long des montagnes d’Arme- nic , qui s’eftend vers lc Ponant iufqu a la riuicrc de Ruth KbmKitrUhn ,que les ancicns appclloient.o^^qui fepare
  • I 63 6. La grandeur ic y eft fituécà 37. degrez, & que la ville d’flrw/*/, fur le Golfe Perfiquc, n’eft qu’a vingt- cinq, qui n’en font que douzecn tout. Nous aduoiions bien qu’elleconticnt plus de vingt degrez en fa longueur ,dcpuis l’Euphrate iufques aux Indes ; mais il faut confiderer aufli, qu’vn degré de longitude fous le trente troifiéme degre de latitude, fous lequel la Pcrfe eft fituec, n’eft compofc que de cinquante minutes ,au plus. Lcs principals Prouinces de la Perfe Moderne font celles òiErak, de Fars, de ScirVtan, d' Adirbeit&an, de KtUn , de Thi- Irijltn , ou Me funder an, à'Iran , ou Karabag, de cherafan , de Sablttftun, de Sttzefan, dc Kirman , de Chuff an , & de Tffirc, ou Diarbek. Le nom d’£r<*£,ou d’ffierakyCft. commun à deux diuerfes Pro¬ uinces ; fçauoirà celle dont la ville dc Babilone y ou dc Bagdad eft la Capitale, quel’on appelle communément Erakain: Et e’eft fans doute l’anciennc Aifirie. Mais cc n’eft pas de cettc Pro- uince,quc nous pretendons parler icy.Noftre Prouinee d'Erak, que Ton nomme aufli Erak at^em , pour la diftingucr d’aucc celle d'Erakain, eft fituec au milieu dc noftre Perfe, aupres dc la Prouinee dc Ears y&c eft l’anciennc Parthc. L' Arcbontologicy queronaimprimcedepuis quelquesannécs à Francfort, luy donne le nomde Charsjfcn ; mais elleconfond cette Prouinee auec celle de cbuurefn, qui eft fituce fur la mer Ca/vie, du coftc du Leuant, & eft habitéc par lcs Tartares Vsbtefues. Les princi¬ pals villes de la Prouinee $Erak,outre celle d'ifpaban, qui ell
  • E T D E P E R S E, L I V. IV. 3*1 la Capitale de tout 1c Royaumc, font Cas'tofa, Seltbawie, Ser>kau3 i £ 3 6. Se'fca, Kcftiy Kafchan, Rhey, S caber rifar, Ebbcher, H emedan, £)múi mal apropos, eft propre- ment 1’ancicnnc Perfe, dont Perfepolis eftoit la ville capitale. Alexandre lc Grand y fit mettre lc feu , par vnc fotte cora- plaifancc pour vnc putain , auec laquellc il s’eftoit enyuré. L’on ditquc les ruines de cette ville ont feruy defendement àcelle dc Seiras, fur la riuierc dc Bendimtr, que Q^Curccap- pclle Praxes. Ses principales villes , outre cellc dc Seiras, dont nous aurons occafion de parler en la fcconde Partic de eette Relation , font Kafirun , Bunitz,an , Pirufbath ií Afar: à quoy Ton adjouftc encore la villc dc Labor, auec la petite Prouincc, à laquellc clle donne fon nont,. La Prouincc de Sctruan eft connuc dans Ics cartes fous 1c t* Prouincc nom dc Seruan,& eft fans doute cclle, que les ancicns nom- ácSciluSD* moient Media Atropatia ,• bicn que lenkinfon , en fon Itinerairc, fouftienne que e’eft l’ancienne Hyrcania. C’eft eftediuement la partic plus Scptcntrionalc dc l’ancicnnc Mede , laquellc Herodote& Strabon difent eftre montagneufc &: froidc. Et dc fait, nous en fifmes bicn l’expcricncc cn noftre voyage, quand nous partifmes de Scamatbit; ainfi que nous dirons cy-aprcs. C’cft la villc Capitale dc toutc la Prouince, laquellc a encore les villes dc Bakaje, qui eft fituéc au pied d’vnc montagne fur la met Cafpie, que Ton appcllc dc fon nomlamerdlf^/é*. Cclle de Derbend, qui eft vn dcs paflages, que les ancicns nommoient Pylx Cajfpia,& c’eft cellc qu’Alcxandrc le Grand fit baftir,ÔC qu’il nomma Alexandric : raifon pourquoy les habitans l’ap- pellcnt encore fouucnt Seacher Iuncn, c’eft à dire la villc dcs Grecs. Celle dc Schabttt#, au pais dc Muskur, aupres du lieu, oule naufrage nous obligea de prendre terre. La ville d’Eres ouai /if n’cft plus; mais l’onyvoit encore les rcftesdecequ’el- ie eftoit autrefois, fur la riuicre dlArst, que Ton appelle auiour- d’huy Arisbar. La Prouincc d7r
  • 3 61 VOYAGE DE MO SCO VIE, \6)6. iourd’huy Aras Sc Kur ,& comprend vne partie desdcux Pro- uinces, d' Armcnie Sc de Georgie,qnc les Perfcs appellent Ar- menieb SC Gurtz.. C’cil vne des plus belles, Sc dcs plus riches Prouinces de route la Perfe , 5c qui produit particuliercment leplusdcfoye. Elle cil fubdiuifee cn plufieurs aucres petites Prouinces ;fçauoir cn celles de Kapan rde Tzulfa , de Scabies, de SifiM , de Kcfcbtjs , de Sarfebil, d’Eruati ou Iruan dc Kcrg- bulag, d' Agfia'toa, d' Aberan , de S cor gel, de Safcbat, d' IntTg, de Thabak-melek , de Tbumams , d' Alget 5c de TzJlder : done les principals villes, Forts,& bourgs font Berde, BiUgan, Scbcn.kur, KentTg, Berkufchat, Nchtfihuan , Ordcbad , Faiejied, Maku , 3Af- gasburt, Tiflis 5c Twilder. Cette grande Prouince meriteroit bien que l’on enparlaft plus amplemcnt; mais dautant qu’ellc eil voifinc du Turc,&que i’ayeftc ailez heureux,pour auoir trouué vne carte tres-curieufe de cc pais, auec vne Relation fort particulicrede tout ce qui s’y eft fait de plus memorable, nous tafchcrons de trouuer aillcurs I’occafron de parler d’vnc chofe, qui feroit icy vne trop grande digrelfion. LaPtouince Adirbeifean, que les Europcens ont accouftume denommer d’Arditbtit- Jclab.ijon , ou Adarbtgian , eft la partie Meridionalc de l’an- ciennc Mede, e’eft àdire cctte partie , que les anciens appel- loicnt Media Major. Et parec qu’il eft certain , que la Prouince de Kurdejlhein eft ccllc que les anciens nommoient Aprs a r l’onpeuten quel que façon acquiefcer à cc que la Geographic de Nubic die , que cell la partie Septenrrionalc d’Ajúrie, puis qu’elles ont leurs frontieres communes , fitcommc con- fondues. Elle eft feparée de la Prouince de Scberiian par les deferts de Mckan, 5C de celle de Karabag par la riuicrc A'Arts, &C elle a du coftc du Leuant la Prouince de KiUn. h'Adirbeir- zan eft aufti fubdiuifee en plufieurs autres petites Prouinces, comme en celle A’ Erschéc, dc Mejcbkin, dc Kermerutb ,dc rab , de Chalcal, de Tbartimat, de Sitldus , dVtzan , 5cc. Ses principals villes font Ardebil SC Tauris. La premiere eft il- iuftre parla naift'ance dc Schich SJi, auteur de la fecte des Per¬ fcs , qui a vefeu Sc eft dccedc ca cctte villc; ou Ton voit en¬ core fon tombeau: auffibien que ccluy dc plufieurs Roys dc Perfe ,dont nous auronsoccaiion dc parler cy-apres. La ville de Taurii ou dc Tabris, que l’oncroit eftre celle de Gabru de Ptolomce 3 5C op OrHlhs gfttc l’ancicnuc Ecbatitna > autre-
  • ET DE PERSE, LIV. IV. & fois la plus confidcrable dc tout I’Oricnt , te lc fejout ordi- i ^ J í naire des Roys dc Perfe,eft íituéc au pied du mont OroKtes, à hui&iournces dela raer Ca/pie, te eft vnc dcs plus riches te dcs'plus pcuplccs Yillcs dc Pcrfc. Lcs autrcs fone Merrague, Salmos y choi, Miant, Karnuntg, Fbefa , The!y te T&eujler, Tzcrs te Vrumi font deux places parfaitement bien fortifiées , te cn la dcrnicrc fe voit lc fepulchre de Burla. , femme du Roy Cajàn : lequel s’il a dc la proportion auec la taille de cette fcmme , il faut que ç’ait cftc vne geante , d’vne grandeur nionftmcufc ; parcc que lc tombeau a plus dc quarante pieds dc long. La Prouincc dc Kilan tire fon nom du peuplc qui 1’habitc, LaProuín. te que Ton nomme Kilck. C’cft fahcienne Hinania. Car fa fi- JcKllan- tuation s’accorde entierement auec cellc que luy donne Q^Çurce: quidit ,que cettc Prouincc cft fituée lc long de Ut merCajpie, te qucllc cft ceintc cn forme dc croiflant , d’vne montagne couucrtc d’arbres. Son terroir eft gras te fertile , te eft arrofc dcpluficurspctites riujeres. Ellecomprcnd plufieurs autrcs Prouinccs, au nornbre defqucllcs plufieurs mettent mcfmc cellc de jbabriftan ou Mafatidcran, laquclle eft cellc, dontleshabitans, du temps d’Alexandre lc Grand ,cftoient ap- pellés Mardi. Les autrcs font KiÇlagas, Dcfcbte'utnd , Maran- ktt y Majchichan, Lengnkunan, Ajlara, Buladi, Schigkeran, Noke- rany Kilikcran, HoitCy Lemur, Vifkeran, Lijftry Tz,culandan, Rihk, KeskeryReJchtyLahetz,an> & Ajlarabath , contcnans quarante- fix villes, & vn tres-grand nombrede villages. Lcs principales villes font Aflarabathy capitale dc la Prouincc du mcfmc nom, te Firujcu y oii fc trouucnt les plus belles turquoifes
  • i ^ 3 (j. Ftouince de Rcfcht. La Prouince dc Keíkcr. La Prouince de Chora fan. .*4 VOYAGE DEMOSCOVIE, Ceil pourquoy lc Hakim, ou Poete Fardtujiaeuraifonde dke Fficha Mefandira» yTfJ)U Kttlkende Sar? Nikerem 'foe neficrt fibcnis chi befir? C’cft à dite: Qtfcft-ce que Mefianderan ? N’eft-ce pas vn lieu plante de rofes} ny trop chaud,ny crop froid, mais vn Printcmps perpetuei >. Ldhctz>an eft rcnommée àcaufe de la foye , qui y eít meilleure qu’ailleurs,&: fes principalcs villes fone Lenkeru, Kut- fiesbar, fe Amtlcktnde. En la Prouince dc Refiht, outre la ville ca- pitale du rnefmc nom, fone Kifrna, Fumen,Tullttm, Scheftt Dilum &C Ma/fiula. Cctte dcrnicrc eft baftie dans la montagne, à caufe de la mine dc fer , dont les habitans , qui font la plufpart, marcfchaux ou ferruriers ,s’entreticnnent. On a aulli en ccs quartiers la forces noyers , dont fe font prcfquc toutes les efcuellesdebois, que l’on voit par toute la Pcric. En Kcskcr font les villcs dc Kcsker , Scahcrruth , Furab , Enfcli , Dulab, Scbal, Sc vers le Nort Ritejfiera, Miunficaktr, Stnguerhafiar*, Hoiic, chofekktderene, henkclan SckiJiUgats.. On n’entre dans la Pro¬ uince dc/O/a^, que par les quatre paftages , dont nous parlc- rons cy-apres, enlafeconde Partie dc ce Voyage, aullibien que des portes Cajpie, del’infolence dcs pcuples , qui demcurenc entre MefanderAti Sc kesker, Sc dc l’hiftoire dc kinb-Scach. ChorAftnjoxx. l’ancicnne Bd£frian*t9. du colic du Ponant Me fin- derail, &comprend aulli plufteurs autres petites Prouincesen fon eftenducjdont la premiere eft cclle de Heri, qui a pour capi- talcla ville Herat. Cette Prouince eft vnedcs plus grandes ,des plus fertiles Sc des plus matchandcs dc toute la Perfe. La ville dc Mefichedquerontrouuc au catalogue ouregiftre dc leurs villes, fousle nomde Thus, eft fans doutela plus conftdcrable dc toutes. Elle eft ccinte d’vnc fort belle muraille, Sc ornee dc plufteurs beaux baftimens, Sc entr’autres dc deux ccns, ou ft l’on veut croire Teixera, de trois cens tours , cloignees les vnes dcs autres de la portec du moufquet. En cette ville fe voit lc fcpulchre d'Itnan Rifi, 1’vndes douzc Saints de Perfe, dclaFamilled'/*/? ,qui nc cede en ricn , tant en baftimenr, qu’en reuenu Sc en richeflcs à celuy d' Ardebtl, SC 1 on y fait les mefmes ceremonies. L’on y fait aulli les mefmes dcuotions qu’au tombeau de Schieh Sefi. Dans le voiftnage de ,Vefiched, au- pres dc la ville dc Nifiburyc(i vne montagne,ou 1 on trouue de ft belles turquoifes, que le Roy nc ycut point que 1 on les vende
  • Ef DE PERSE , LIV. IV.6f ad’autres quiluy. Lavillcde H cr a th eft la fc conde dela Pro- 1636. uincc, & cell li ou fc font les plus beaux tapis de Perfe. Les Indicns y ont lcar trafic , & e’eft vn paílagc necefTaire pour ceux qui vont de Caudahar à /fpahan. AuíTi fut-ce li que 1 on arreda les cheuaux de lAmbaífadcur du Mogul, dont nous parlerons ailleurs. Thun,Tb*bcs~kiltki , Tbabes-Mefinan , font des villcs aíTex confiderablcs, tant i caufe de leur grandeur, qu’i caufe de la quantité des manufactures de loye qui s’y font , & dont l’on y fait vn grand trafic. Toutes les autves villcs, comme Sebfaiar , Turfthis , Kain , Pufchentz , Badkist CMeru , Meruerud, Tzurtzan , Fariab . rkun, Belch, Bamtan, Semkan ^Tbalecan &c Sns, font auífi fort peuplees & marchan- des , & cn ces lieux la il fe trouue la meilleure manne du: monde. La Prouince de Sabluflan cd fitucc plus vers l’Orient. LaProuince Q^Curcc appcllc fes habitans Paropamijad* >dc la montagne dcSablul an' voiiinc , nominee Paropamifus , qui ed vne branche du mont Taurus, ic cllc ed toute cou.ucrtede bois. Lepcupley cd en¬ core auiourd’huy groffier Sibarbarc ,aulli bien que du temps d’Alexandre. C’eft fur cctte montagne que Goropius Becanus veut,quc 1’Arche de Noé fe foit arre dec apreslc deluge, con- tre lc fentiment de la plufpart des Peres; qui difent quad tous qu’cllc fc pofa fur la montagne d 'Ararat, dans l’Armenic. Les villcs de cette Prouince font Bekfabath, Meimtne, Asbe, Buft & Barents. Sitziftan, par les autres nominee SageJJan, Sigeftan, Sc. Si/Jon, eft fituée vers lc Midy de la Prouince Sablufian, &cftlade- meure des peuples, que l’on nommoit autrefois Drang*. Ellc ed ceinte detous codes d’vnc haute montagne, & e'ed la Pa- trie du Grand Rudam, qui n’ed pas feulemcnc connu par leurs Hidoires ; mais ed auili lc feul hcros prefquc de tous leurs Romans. Les principals villes de cctte Prouince font Siftan9, Chaluk & Ketz , &c. La Prouince de Firman eft auiTi vne dcs plus grandes du Roy- L* Prouince aumc de Perfe.Ellecftíituéccntre cel les dcFurs &: de Sigejlhan, deKlimai> & s eftend iufqucs i la met a L’lllc d’Ormus. Lc pais y eft vn peu boflu; mais fes valons font tres-fertilcs & fort agreables, tres-abondants en fruits, &: par tout couuerts, & comme ta- piffes dc fleurs , particulicrcmcnt dc rofes j dont cctte Pro- Zz új.
  • i 6 y6. La Prouince de Ciufiftaa. $€6 VOYAGE DE MO SCO VIE, uinceproduit vnefi grande quantité, qu’vn dc fcs plus confi- derables rcucnus eft ccluy de l’eau, qu’ils en tirent. Ils 1’appel- lenc Guhp, qui pourroitbien feruird’ctimologicaumotde Iu- lep ils en font vntres-grand commerce: fur couta IJpahan. Ceux qui en trafiquent le plus font les Lur> qui eft vn peuple tout particulicr , que Ton diftinguc d’aucc les autres Perfcs par la coiffure, qui eft plus longue tz plus eftroitte que les Tulbans ordinaircs , 5c Ton y voit attachée vne houpc qui pend fur ledos. Ony trouue vne drogue fort fouueraine con- tre les vers, que Pon appelle Darn Kir man y tant z caufc de la Prouince , que parcc que le mot àc Kirman fignifie ver. Et z cc propos ils font vn conte d’vn de leurs Roys , Iequel eftant x cheual z la campagnc, entendit qu’onl’appelloit par fon nom. II voulut regardcr dcrricrc luy , &: ne royant qu’vnc tefte de mort, à moitié pourrie, aterre fe doucant que la voix en fuft fortie, il luy demande, quid eftoit. Latcftcluy refpondit, que e'eftoit vn refte de ce qu’il auoit eftc autrefois. Qu’il auoit porte vne Couronne auffl bien que luy, & qu’il auoit con- quis pluíicurs grandes Prouinces : mais que voulant auffl conquerir Kirman , ilenauoiteftc vaincute.mange. L’exhor- tantde fongcr z luy , &: de fairc fon profit dc cette Philofo- phie. La Prouince eft aflez fterile vers le Nort, ou font forces bruycrcs, mais vers la mcr elle eft tres-fertile. Ses principales villcs font Berjir, Bermafir, Bent , ebabu , Tzireft , Kamron èc Ormus. Kamron, eft vn port dc mcr ,• e’eft pourquoy on lappel- lefouuent Bender, ou Bender Kamron. Ormus , que les Perfcs appellent Hormous, eft vne Iflc eloignee de trois lieués de la terre ferme : mais nous parlerons de l’vne & dc l’autre cy- apres en la feconde Partie dc cette Relation. Lon comprcnd auffl fous la Prouince de Kirman , cede de Mekeran ,oufont les villcs de Firb, de Kitz,, & de chalak. Chufijlan eft la mcfme que l’on appclloit autrefois Sufiatu, & dutemps dcs Hcbrcux Elam. Elle eft fitucc entre la Pro¬ uince de Farste la riuierc dc Ditfel, & fa villc eapitalc eftoit Sufe, renommee parlaviffon, que lc Prophctc Daniel y cut touchant la fin dc la Monarchic dcs Perfes,&; le commence¬ ment decelle dcs Grecs. On l’appclle auiourd’huy Deft. C’eft auffl en ces quartiers la, ou eftoit le Palais dc Sufe iir la ri- uicre dy/^,oulcRoy Aflucrus,Roy de fix vingtsfcptPro- ✓
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 367 uinces, fit vn grand fcftin. Les principalsvilles font1636. Ramehorrnus , Scabur , Arker &C Arban. Les chaleursy font íx grandes,particulicrcmcnt vcrs leMidy dclamontagnc, que leshabitans fontcontrains dc quitter les villes, pourfercti- rer dans la montagne pendant 1’Efté. Tz.//forfetrouucdansleregiftre des villes de Perfe 3 & e’eft íaProuincede l’anciennc Mejipotamie. Auiourd’huy on l’appelle commune- o^tbrk.UdC ment Diarbck, ÒL clle eft fituce entre les riuieres d’Euphrates & dc Tigris, que les Turcs nomment Digel. Cette Prouince aeftc fouucnt reprife & reprife par eux furies Perfesy dc forte qu’elle n’eft pas toufiours fous l’obeiflance du Schach , mais lots feulement qu'il eft maiftre de Bagdat ou dc Babilone &: de Moful, qucl’on diteftre l'ancicnnc Niniue. Ileftvrayque B aufli bien que les villes de Waftth, Bcfre} Kufi tc Medain. Pour cc qui eft delavilic dc Bagdat, ileft certain qu’elle a efte baftie dcs ruines de Pancienne Babylone, mais non point au mefme endroit: dautant que Babylone eftoit fur l’Eu- phrate , qui la trauerfoit, ainft que Strabon 1c dit expreflement, & Bagdat eft fituce fur le Tigris , qui fe joint à 1’Euphrates, avnelicucaudeftousdclavillc. Les Pcrfes croycnt,que les habitans de Babylone auoient autrefois leurs maifonsdeplai- fance&lcurs jardins, au lieu ou eft aujourd’huy Bagdat; dc forte quapres la dcftru
  • 368 VOYAGE DE MOSCOVIE, • 1636. aux cxtremitez dcs branches, defquelles le farment pendoit de la longueur de trois ou quatrc aulncs. Toutela Prouincc de K Hah en elt pleinc , & a noltrc rctour nous cn vifmes dc tres-bclles &: d’cxtraordinairement grofles à Jftora. Lc pais elt abondant en gibier, parciculieremenc en faifans &: en lic- vrcs, dont lachalle nousdonnoit du diucrtillciTient, pendant lefejour que nous fufmes obliges d’y faire. II s’y trouueaulfi vne ccrtaine forte de renards , qu’ils appcllent Schakal, dc la mefmegrandeur de ccux de l’Europe (qui y font aufli en gran¬ de quantité , ôc les habitans les appcllent Tulki) mais aulicu dc poil ils font couuerts delaine, & ils ont lc ventre blanc, les orcilles toutes noires la queue plus petite que ccux dc nos quartiers. Nous les cntendions la nuid roder en troupes autour du village , & nous eftions fort importunez de lcurs cris, qu’ils font incdlamment, d’vne voix trainantc, & commc dolente. Lespaifans fe feruent plus debuffles que de chcuaux , mais aulicu deles charger, on leurfait traifner du bois,ou les au- tres choies pefantes. Leurnourriturc ordinaire eítdu fenegre, dont ils fement des champs entiers , dc la maniere dc nos vclfes & lentilles , 6c ils lc coupent pendant qu’il eft encore vert, fhcrbe&lagraine enfemble,& le donnent ainfx 2 manger à ces animaux. Le laid, ic parle dc celuy dcs fcmelles, ell fi aras, qu’cllc faitdc la créme épaiífe dc deux doigts, dont Ton fan de fort bon bcurc. Ils nc font iamais du fromage de laid de vache, & n’y employent que du laid dc brebis. Letmaifont Lc yill3? dc NiafAÍat\ cft ) quarante-vn degré , quinze .«lePeite minutes a elcuation, & n a qu enuiron quinze ®u feize mef- chantes maifons, qui font difperfées çà & là , toutes baities d’argile &: quarrecs par tout; ayans le toid plat, & couuert de gazons: cn forte que Ton s’y peut promener fans danger &; fans incommodité. Auifi eft ce la couftume dcs Perfes d’y drefl'er dcs tentes , d’y manger, & mefme d’y coucher l’Eltc, pour ioiiir dc la fraifeheur dc fair. Cefutla ,ou iccommençay à en¬ tendre cc que l’Euangile dit du Paralytique, que Ton defeen- dit par lc toid, &: l’aduis que Noftre Seigneur donne 2 ceux qui font fur lc toid,de nc defeendre point dans la maifon, parce que par tout l’Orient l’on nc baftit point d’autre façon On nous logca d’abord dans les maifons; qui ciloient fort pro- pres
  • ET DE PERSE, LIV. IV. pres par dedans , 8c Ia plufpart des planchers des chambres iC couuerts de tapis, 8c nos hoftes nous receurent, 8c nous traitterent le premieriourfort bien. Maisle village eílant pe¬ tit, Ieslogis incommodes pourtoutela compagnie, 8c noftre íejour ayantáeftretrop long, pour obligerces pauures gens a nous defrayer, nous fifmes dreíTer des tentes aupresdu logis des AmbaiTadeurs; ou nous demeurafmes iufques à ce que la Cour de Perfe euft enuoyé Ies ordres neceflairespour nous fai- re partir. Nous n’auions point de pain , noftre biere s’eftoit perdue auecIeNauire, 8c Ie Village n’auoit point de iburcc d eau claire; de forte que nous eilions contraints de rechercher nos vieilles bribes moiiles, 8e de nous contenter de I’eau trou¬ ble d’vn petit torrent, qui couloit aupres du village, pendant que noftre Nauirenous fourniífoit de boispour la cuifine, 8c pour Ie chauffage. Le dix-neufiémeNouembre Schaehevuirdi, Gouuerneurde Dcrbent, nous enuoya complimenter fur noftre arriuee, par deuxperfonnesde fort bonne façon, dontl’vn eftoit freredu Kaucha de Niaftbath. IIs rendirentaux AmbaiTadeurs Ialettre du Sultan, qui eftoit accompagneed’vnprefentde deux che- uaux,d’autant deboeufs, de douzemoutons, devingtpoules, de trois grandes cruchesde vin, d’vne cruche d’eau, de deux paniers de pommes, 8c de trois facs de farine de froment. Maisles AmbaiTadeurs, ayans fçeu que la lettredu Sultan nefaifoit mention que d’vn cheual, ils refuferent de receuoir I autre; quoyquelesPerfesproteftaiTent,queI’erreurnepro- cedoit, que de ce que Ie Sultan,croyat qu’il n’y euft qu’vn Am- baftadeur, n’auoit aufti enuoyé qu’vn cheual, 8e qu’eux , apres auoirapris qu’il y en auoitdeux, auoient encore acheté vn che¬ ual, parce qu’ils fçauoient quec’eftoit 1’intention du Sultan! mais quelqueinftance qu’ils fiftent, le fieur Brugman refufade *nciui*u= if accepter ; fans doute, parce que le fien n’eftoit pas fi beau tU£>man* queceluy defon collegue. Les Perfes n’en furentpastrop fa- tismits, & protefterent del’affrontque l onfaifoitau Sultan; qui depuis s’en reflentit ft bien , qu’il ne s’ofFrit point d’occa- lion de nous rendre de mauuais offices, qu’il ne Ie fit: fe fentant outre cela fort ofFenfé, de ce que contre la couftume de Perfe & de Mofcouie, la mauuaife humeur de Brugman auoit fait ren- woyeries gens fans prefens. Aaa v
  • 37c VOYAGE DE MOS CO VIE,'6$6. Le vingt-deuxicme les AmbaíTadeurs enuoyerent François Meuritr, noftre Sommelier, auec noftre truchement Perfeau chan ,ou Gouuerneur general de laProuincede Schiruan, qui a fademeure ordinaire à Scamachie > pour luy donner aduis de noftre arriuee, 6c pour Ie prier de nous fournir les chofes ne- ceftaires pour la continuation de noftre voyage. Le Gouuer¬ neur, qui 1’auoit defia fçeu d’ailleurs, nous auoit en mefme tempsenuoyé vnMehemandar, ceil ainft que I on appelle en Períè ceux queles Mofcouitesappellent Triftaf, ôcferuenta la conduitedes AmbaíTadeurs, pour les pouruoir deviures ôcde monturej mais nos gens Tauoient manque enchemin. Ce Mehemandar arriua en noftre quartier le 19. Nouembre- II eftoit fuperbement habillé, 6c tres-auantageufement mon¬ te fur vn tres-beau cheual, dont le harnois eftoit tout couuerc & charge de turquoifes. Son abord 6c Ton compliment ie fitde bonne grace, auec force oifres de feruice, qu’ii promettoit de nous rendrc pendant le voyage que nous aurions a faire fous ia conduite, iufques kScamachie. Apres que nouseufmesrefpon- duàfon compliment, nous leconuiafmes, 6c ceux de fa tint- te, de goufter de noftre frui£t, 6c de toutes fortes d eaux de vie , dont nous auions bonne prouifion. Nous fifmes auili tirer lecanon, 6c nous leur donnafmes lediuertiflement de noftre mufique joú ils témoignerent prendre grandplaiiir. Desque le Mehemandarfut de retour en fon logis, il nous enuoya vn prefentdecinqmoutons,de trois cruchesde vin, 6cde quel-- - ques grenades., Le trentiéme Nouembrereuint noftre Sommelier auec Ie truchement, rapportant que le chan n’eftant pas á Scama- chie , lors qu’ils y eftoient arriuez, ils auoient efté obligez de le fuiure à la campagnej ouils Tauoient trouué campe fous des tentes auec vne fuite d’enuiron quatre cent perfonnes. Qu’ii les auoit bienreceus, 6c qu’ii les auoit aíTeurés,qu ilauoic defia enuoye vn Mehemandar, quiauroit foinde faire fournir aux AmbaíTadeurs, toutes les chofes dont ils auroient befoin pour la continuation de leur voyage. Qifil leur auoit auffidit, qu’ii auoit fçeu, que les Ambaffadeursauoient vnefuitted en- uiron trois cens homines} mais qu’ils feroient tous les bien- venus, quand mefme le nombre feroit deux fois plus grand. Qvdjly auoit long-temps qu’ii auoit oiiy parler de cette am-
  • ET DE PERSE; LIV. IV. 371 baíTade, & qu’il auoit grande paífion de nous voir. Le tru- chemenc y adiouíla, qu’il s’eiloit en particulier informe dejuy, de Ia qualité Sc de 1’humeur des Ambafladeurs, de celle des perfonnes dont Ieur íuicte eíloit compofée, Sc de noílre façou de viure. Le premier déplaiíir quenous receufmes du Sultan de Der- btnt t ce fuc qu’il refufa de donner vn nombre fuffifant de cheuaux Sc d’autres belles pour noílre montura , Sc pour le bagage:ceílpourquoy noílreMehemandarretournaàScant a- chie, ou il employ a plus d’vn mois àaíTemblerle nombreneceíl fairede beftesdemonture & defomme,& pendant cetemps- là nous fufmes contraints de demeurer au village de Niafa, hath. Pendant ce temps-Id dcbarqua aumefmelieule Cupt%i> ou marchand Perfe, dont nous auonsfouuent parle cy-delíus, apres auoir couru fur la mer Cajpie lemefme peril, dont nous auions eu tant de peine à npus fauuer. Le vingt-quatriéme Nouembre arriua vne petite barque, auec cinq perfonnes, qui eíloient feulesdemeurées de reíle de cinquante, qui auoient fait naufrage auec leur Nauire, qui alloiten Kilan, Ia nuiít du treizicme de ce mois. Ces pauures gens auoient eílé dix iours à combatreles vents Sc Ies flots, auant que de pouuoir arriuer à terre. Lajoye, que nous auions de nous voir en Perfe, apres vn ÍI penible voyage, ou nous auions eíTuyé tant de dangers, fe trouua bien-toíl alterée,.par les déplaifirs que nous caufa Ia mauuaife humeur Sc le caprice d’vn des principaux de Ia com- pagnie: mais c’eil dont ie n’entretiendray pas le íedleur, qui nc doit rien rencontrer icy, qui puiífe troubler le diuertiílement, que nous pretendons luy faire trouuer en Ia relation de ce voyage.Pour chaíferrcnnuy que nousen receuionstous, nous íifmes vne petitefocieté entre nous autres, qui eflionsde Mif- nie^ &nousferuans de loccalion du beau temps, quenous euf- mesle premier Decembre, nous allafmes de compagmeávn quart de lieuê du Village 5 ou nous trouuafmes vn petit lieu , dont le ruiífeau forme vne peninfule, telíement charmànte, que lesplus belles campagnes del’Europe ne fourniflent rien dc íi agreable ,en la plus belle faifon de l’annce. L’cau arro- foit cette petite portion de terre quafi de tous coílez, Sc les Aaa ij Reflentimfnf du Gouuetn:uf deDerbent. Le Cu^t^i arrij ue à Nuij. back. D iciMbe.£.
  • í.e Prince Tar- tare de Dageft- han rend vi- iiteaux Am- iafiadetus. VI VOYAGE DE MOSCOVIE, grenadiers, qui auoient meílé leur verd auec celuy des vignes, nous conuioient à nous repofer á leur ombre, Se à nous diuer- tir dans le fouuenir de noftre chere Patrie : à quoy leDocteur Graman, noftre Medecin, contribua beaucoup , par la bonne chere qu’il nous fit de jambons, delangues de boeuf, 8c de deux ou trois fortes devin d‘Efpagne8c d’eaudevie, dont il auoit encore bonne quantité de referue. Nous trouuafmes ce diuer- tiflement fi doux, que nous retournions fouuentà cettc pro¬ menade. Le neufieme Decembreles AmbafTadeurs furent vifitezpar lemefmePrinceTartaredeTarku, quinous auoit rendu vifite â Terki. II eftoit accompagné de fon frere, 8c d’vne fuite de vingt perfonnes. Aprcs la vifite il alia chercher logis au plus prochain village, parcequ’il n’entrouuoit point au noftre, 8c nous enuoya lelendemain faireprefent d’vn boeuf, de quelques moutons, 6c dedeux grands paniers de pommes. Celuy que les Ambailadeurs luy renuoyerent, fut de quelques aulnes de drap, 8c de fatin, d’vn baril d’eau de vie, 8c d’vn rouleau de tabac. Et fur ce qu’il leur fit entendre, qu’on luy feroit plaifir de luy donner vn peu de poudre à canon, parce qu’il vouloic fevanger des courfes , que Sultan Mahomet, Schafkal de Da- gejthan, auoit faites fur fes terres, les Ambailadeurs luy en en- uoyerentvn baril de 80. Iiurespefant. Le retour de noftre Me hemandar, quireuint le mefme lour, nous donna d’autant plusdejoye, qu’il nousafleura, que dans quinze iours l’on nous ameneroit de Scamachie ÔC de Derhent, fi grandnombredechariots,dechameaux 6c de cheuaux,qu’il n’y auroit plus rien qui pdt retarder noftre voyage. Etde fait,ledouzieme il arriua quelques cheuaux 8c cha- meaux, mais dés le lendemain l’on ne vit plus rien. Le Me- hemandarexcufa fur la neige , qui eftoit tombéela nuicb precedente, 6c dit que les Perfes n’eftoient pas accouftumez de voyager par Iefroid, 6c que les chameaux qui n’ont pas le pied fi plat que les autres animaux, n’euflent pas pu marcher j parce que le degel auoit rendu le chemin trop ghifant 6c trop mauuais. Que mefme il s’eftoit veu, que des carauanes cntieres eftoientperiesdefroiddans lesmontagnes, fautede bois 6c de iogemens , qui font fort rares fur cette route, quoy qu’il n’y ait que vingt lieues, ou farfangttes, de Niafakath i scarnadic, Il eft
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 373 vray que pendant quelques nuicts nous eufmes de la neige, 163 6. maisle Soleillafaifoit fondre dés qu’il commençoit à paroí- tre fur noftre horifon. Cependant nous y demeurafmes en¬ core dix jours j ce quinousfaifoit crome quec’eíloítà deíTein que Ton differoit de nous faire partir 5 afín quils fe puflent don- ner leloifir d’attendre les ordres, que leSeji enuoyeroit tou- chantnoftrefubfiftance5 parce que iufques alors nousauions vefcu à nos dépens. Pendant Ie fejour que nous fiíines iNiafabatb , le íieur inJifcr«íou ie Brugman, s’aduifa de faire couper quelques poutres, que le B‘uS'»an* Soji auoitfait porter, à grands frais ,iufqu’au bordde Ia mer, pour les employer au baftiment de fes Nauires, Sc en fit faire des aftuftspour noftre artillerie ^ nonobftant lesremonftran- cesdesPerfes,quiluy firentconnoiftre,'que fi nous prenions ces poutres, le Soji ne pourroit pas baftir fes Nauires cette année-lá. L’AmbaiTadeur ne laiílbit pas d'executer fon def- fein, &: dit à ceux de la compagnie, qui luy en parloient, que e’eftoit Thumeur de cette nation , de ne rien faire que par force, Sc qu’il Ia falloit gourmander. Mais les Perfes eurent Pauantage de fe moequer de nous, en nous amenant fi peu de ^ eheuaux, quenepouuansfairetraifner noftre artillerie, nous fufmes contraints de laifter nos affufts, Sc de charger noftre canon fur deschameaux. Le zi. Decembre arriuerent deux Mehemandars; 1’vn de Scatnachie, ScTautre de Btrbent; amenans auec eux enuiron quarantechameaux,trente chariots, traifnés pardesbuíftes,, Sc quatre-vingt eheuaux , qui chargerent le bagage, Scpri- rentledeuant, auec quelques-vns de nos valets. Maisquand les Ambafladeurs voulurent partir, Sc faire charger la cham¬ bre Sc Ia cuifine , Ton ne trouua que foixante eheuaux pour toutlerefte de la fuitte qui eftoitde 94. perfonnes. Le Mehe- mandar iura par la tejie de fon Roy, quieft le plus grand ferment des Perfes, qu’il luy eftoit impoílible d’cn trouuer dauantage, Sc dit, que tant que nous ferions dans le Gouuernement du Sultan de Verbent, queTonauoit pris plaifir doffenfer ,il ne falloit pas cfperer cTen pouuoir tirer raifon 5 mais que nous ne ferions pas íi-toft arriuez dans le Gouuernement de Sca- tnacbie, que Ton ne fift Wmpoffible pour nous, Sc que Ton ne jaous fournift tout ce qui feroit neceílaire pour Tauancemenc Aaa iij
  • i d 3 Xes AmbaíTa- deurs partrnt de Niafabíth. jPid ar, peuple. 374. VOYAGE DE MOSCOVIE,1 de noftre voyage j finouseílionscapables de prendre vne bon¬ ne refolution,6c de nousmettrc enchemin. Deforcequ’ilfallutpartirle zí. Decembrejpartieàcheual, partieen croupe, 6c Ie reíle, fçauoir les laquais, lesgardes &c lesfoldats, àpied. Noílrechemin alloit verslemidy, Ielong dela mer Cajpie, paífansceiour-là quatre petitesriuieres. No- ílrepremier giíle fut au village de Mordou, dans Ie Gouuerne- ment deScamachie quatre grandeslieucs de Niafabath. Les maiíònsyeíloient toutes rondes, 6c bailies d’ozier 6c de Can¬ nes, cpm me celles des Tartares. Ceux du pais les nomment Ottak. LesnuiclseíloientaíTezfroides, 6c il n’yauoitpoint de bois dans Ie Village3 de maniere que nous y paílafmes aflez mal noílre .temps, particulierjcment ceux quis’eiloientmoiiillez, enpaíTant 1'cau àpied. Le mot de MordottHzpife marais, & le Village tire fon nora des Iieux marefcageux, qui font dans fon voiímage j oil il y a quantité de fources,qui pouílent leurs eaux auec tant de force, qu’il n’y a point de froid.fi grand qui les puiíTe faire geler. Ceíi pourquoyil $’y aíTemble quantité de Cygnes, meline en Hy¬ per, done on amaífe Ie duuet, pour les lieis 6c les oreillers du Soji. Ce Village eíl habite par vn certain peuple, qu’ils appel- lent Padar, qui a fon langage parçiculier, quay qu’auec quel- que rapport au Turc 6c au Perfan. Leur Religion eíl Maho- metane, tenant.deIaTurque,,ôc d’ailleursjaccompagnee d’v- ne infinite de fuperílitions. Ilsontentr’autres eelle-cy^ qu’ils laiífent morfondre la viande cuitte iufquesàvne chaíeurmo- ,derce, 6c s’ifarriue que quelqu’vn , ignorant leur couílume fouffledeífus, ils Iajettent comme impure. Lefieur Brugman ayantfait venir le Kancha, ou Bailly de -TV/à/á^i/^feplaignit.à luy du.mauuais procede du Sultan de Derbent, qui luy auoit refufé Ia monture neceífaire pour Ia continuation de fon voyage 3 en forte qu’il auoit oílé oblige de voir vnepartie deíà fuitte, qu’il aymoit toute comme les yeux ,aller àpied, 6c en danger de demeurer par Iechemin, dont ílnemanqueroic pas, en arriuant á la Cour, de faire fes plaintes au Sof. Le Knucha luy refpondit, qu’aíTeurément Ie Sultan n’auoit point cru que nous eufiions tant de bagage 3 mais .auíli qu’il ne fçauoit pas quel plaifir nous prenions á nous char¬ ter de voiles, de canon, &d’affuíls de pierriers, qui ne fai-
  • ET DE PERSE; LI V. IV. 375 foient que nóus embaraíTer,Sc rerarder noftre voyage, & que íl 1’AmbaíTadeuren faifoic des plaintes, le deíòncoité ne manqueroit point de trouuer de quoy fe iuftifier. Le lendemain noftre Mthemandar nous fit encore amenervingt cheuaux; de forte quapres auoirdiminué noftrebagage de quelquescaifles & tonneauxinutiles, quel’on fit rompre, nous trouuafmes de- quoy monter tour noftre monde. Nous fífmes ce iour-là trois. Iieuês, ôcarriuafmes lefoir au village de Tacheuji, qui eft fí- tué dans vn fond, &a daílez joliesmaifons. Levingt-quatriême nous fifmes encore trois lieues, iufques IIs à Ia haute montagne de Barmnch, aupied de laquelle nous* Io- r™ geafmes, dans vne grande cour , qui eftoit toute ouuerte, Sc n’anoit queles quatremurailles.LesPerfes nomment ces Iicux- là Carauanfcra, Sc ils font comme les Ventas en Efpagne , pour feruir d’hoftellerie fur Ie grand chemin, dans les deferts dè Pcrfe. Ils font à vne iournée les vns des autres, pour la com- modité des paflans} qui fonc obligez de porter auec eux des viures Sc du fourage, puis que Ton n’y trouue toutau plus que des chambres Sc des falles voutées, mais toutes nues, pour Ie couuert feulement. Les charetiers 8c muleriers de Derbent firent minede s’en vouloir retourner, Sc de nous laifíer-Iá, en attendant que Ton. euft enuoyé d’autre monture Sc voiture de Scania chit: mais voyas que les Ambaífadeurs deleurcoftéfaifoietbatrele tam¬ bour, pour aftembier toute la fuite, 8c que Ton alloit donner or- dre à tous de partir â pied, Sc d’abandonner le bagage,aux perils & fortunes de ceux qui refuferoient de continuer de leur don¬ ner la monture neceflaire, ils fe rauiferent Sc demeurerenr. Ce Carauanfera eftoit vn tres-vieux baftiment, bafty par tout de groffes pierres de taille, ayant quarante.deux pas en quarré. II yauoit fur la porte deux chambres, oil nous trouuâ- rnes quelques inferiptions Sc lettres H ebraiques, Sc certains caraderes, queperfonne dela compagnienefeeutlireny com- prendre. Levingt-cinquiéme, qui eftoit Ieiour de Noel, nous fíf¬ mes nosdeuotions dans la grande étable aux chameaux, Sc apres cela quelques-vns de noftre fuite eurent Ia curiofité d’aL ler voir la montagne; á caufe des merueilles que les Perfes nous- en auoienc contees par Ie chcmin,. 16 3 <5 . logencthn* Carauanf®- t
  • ■Montague de- iíjifjiath, ft nine des for- taeiTcs. ©pinion des Pctfes couchit ces foitcrellcs. 37VOYAGE DE MOSCOVIE; Elle eft íituée à vn quart de lieuci de la mer Cajpie, & fe voie de fort loin, à caufe de fa hauteur extraordinaire. Elle eft quafi ronde,pouflant duh'aut defonfommetvne grande rocheforc droite Sc fort efcarpée de tous coftes} ce qui Iuy a donné Ie nom de Barmacb, c’eft á dire doigt3 parce qu’elle paroift com, me vn doigt eftendu pardeftus les autres montagnes voifines. Nousfçeumes depuis, qu’elle a vne route qui conduit aflez commodementiufques enhaut, mais nousne lefçauions pasj de forte que nous nous hazardàmes d’y monter par des preeil pices effroyables. IIfaifoitft froidfurlamontagne, quel’herbe,quiy eftoitaft fez grande, eftoit toute couuerte de glace, comme de fuccr'e candis, là ou aupied dela montagne\ aupres du Carauanfcra, le temps eftoit beau Sc doux. Sur la croupe dela montagne, Sc au pied de la roche, il fe voit vne plaine de cinquante toftes* en carré j qu.i a au milieu vn merueilleufement beau puits, reue- ftu de pierre, Sc á 1’entour de ce puits Ion voitles mines d’vne tres-grofle muraille, flanquéeaux coins dc quelques tours Sc bouleuarts, dont ce baftiment a efté autrefois fordfié, com¬ me auili de deux bons fofles, à fonds decuue, Sc rcucftus de pierre de taille, qui faifoient cormoiftre que c’eftoientlesre- ftes d’vnefortereife imprenable. Vers Iapartie Septentrionale dela montagne nous trouuâmes encore d’autres ruines, quine pouuoienteftrc que des reftes d’vn autre fort. Elles nous fa- ciliterent l’accez àvnemontée, qui eftoit taillée dans leroc, Sc qui nous conduiiit quafi iufques à fon fommet, ou nous vi¬ mes vne voute , Sc les reftes d’vn troifiéme baftiment, qui auoit autrefois pu feruir de donjon , ou de retraitte, apres la perte des deux autres forts. Ie m’imagine que cepeut eftre vne dc ces fortifications que les anciens appelloient Port* Cajpie ou ferret, dontonalaceft cription dans 1’hiftoire Grecque Sc Latine. Les Perfescroyent que ces baftimens out efté fairs par ifkander, c’eft ainfi qu’ils appelleht Alexandre le Grand, Sc que c’eft Tamerlan quilesa demolis. Nous nous reposâmesfurlerocher, ou nous chantâ- mes \cTe Deum, 6c rcnouueliames entre nous, l’amitieque nous nous eftions cy-deuant promife , par des proteftations tres- iinceresi & apresauoir cueilly quelques figues fur les arbres, que la roche pouiroithorsde fesfentes ou creuafies, nous deft cendimes
  • ET DE PERSE, LIV.IV. 5?7 ' ccdifmes auecmoins de peineScde peril,par la route ordinaire. l ç. c Le vingt-íjxiefmc nouspartifmes de Barmacb , auec vn fort lis pane„t*dc beau tempsjle Soleileftantpluschaud qu’il n’eft chez nous au Batmack. nioisde May. Les chariots, auec lebagage,prirent le chemin de la plaine vers Bakuit 5 & lcs Ambafladeurs, auec ceux de la liutte, qm eftoicnt à chcual ,prirent ccluy de la monta is de la porte vn tombeau éleue de deux pieds,avant autant Bbb
  • ,7S VOYAGE DE MOSCOVIE, , (í; de dcgrez pour y monter, Scil eftoit cios d’vne baluftrade, ou plutoft d’vne grille de fer. Ala main gauche on entroit par vnc porte dans vne grande gallerie, bien claire, dont les murailles eftoient blanchies,& le plancher couuertde deux tapis. Aladroite il y auoit dans vn autre appartement vouté huidt tombes cleuées, Sc cc fut par cette derniere voute,quel’on paíToit das vne troiíiéme, ou eftoitlefepulchre de Seid-ibrahiw.hc tombeau eftoit éleué dc deux pieds de terre,Sc eftoit couuertd’vn tapis de damas jau- ne. A la telle Sc aux pieds, comme aufli aux deux coftez, * eftoient pluficurscierges & lanternes, fur dc grands chande¬ liers de culture» & à la voute pendoient quelques lampes. En fortant de la ie-rencontray noftre Miniftre, qui me temoi- gna tant d’enuied’y entrer,qucie hazarday encore vne fois auec luy: Sc luy y rentra aufli encore vne fois pour 1’amour de noftreMedecin. Adcuxportees demoufquetdu village,vers leLeuantjfe voit dans vn roc le fcpulchre d’vn autre Saincl, fort bien bafty. Les Perfes nommentle Saint quiy eft enterre ,Tiribabba, Autre fepul. & ils difent qu’il eftoit Preccpteur de Seid. lbuhim, qui auoit •hie de Saint. tanc jpafg-ftiou} & Vne veneration ft particuliere pour luy, qu’il priaDieudeluy accorder, que melmeapresfamort on le puft voir en lapofture en laquelle il auoit accouftumé de fe mettre en faifant fes deuotions pendant fa vie Sc qu’en cfFet , on le voit encore auiourd’huy habillé d’vne robbe grife, & à genoux , en l’eftat ou il fe mettoit en faifant fa priere, lors qu’il eftoit encore cn vie. Cequel’on n’aurapas beauçoup depeine à croire,s’il faut adioufter foy à ceque dit Camerarius cn fes Meditations hiftoriques, apres Vanon Si Amm,Marcellin y que les corps des Perfes ne ie corrompenc point,& qu’ilsfc defleichentieulement.Maismon opinion eft, que cela nefe doit point entendre,finon des corps que Ton n’enterre point, & que l’on laifleà Pair, Sc encore faut-il que cefoientdes corps fort extenuez,ou par Page, ou par la mala- die > car les corps rcplets font fujets à la corruption, cnPerfe aufli bien qu’ailleurs. Ces deux lieuxfont fort celebres , à caufe des pelerinages que les Perfes y font ,particulierement vers le temps que 1 on couurc Tiribabba d’vne robbe neufue,Sc que Ton met la yieit-
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 375> Ic cn pieces pour la diílribuer aux Pelfcins. Çeux du pays di- ^3 lent des chofes eftranges des miracles de ces Saints 5 mais Miracles de* comme cc nc peuuent cítrc que des fables, ou des effets de Saintíde P£rle* Ieurs fortilcgcs, & que les Perfes s’amufent fort à des contes, & ont beaucoup d’inclination pour la forcellerie ,ien’aypas voulu remplirlepapier de leurs impertinences. Sur laportedece ícpulchre ily auoit vne infcription enlet- rres Arabefques, Alia Mufethi hil ebaadxcciiz dire, 0 Dieu euurecette porte.L'o\\ a taillé dansle roc pluíieurs chambres, niches&caucrnes,ou lespelerins logent, & font leurs deuo- tions j&ily ena dafihautes,qu’il fautdes échelles de douzc ou quinze pieds,pour y montcr. Nous fuímes trois qui montafmes iufques fur le hautdu roc, par des precipices effroyables, nous entr’aidansles vnsles au- tres.Nous ytrouuafmes quatre grandes chambres, & au de¬ dans pluíieurs niches taillées dans lc roc, pour feruir de lift. Mais ce qui nous furprit le plus,cefut que noustrouuafmes dans ccttevoute fur lchaut dclamontagne des coquilles de moulcs, & en quelques endroits cn íi grande quantité , qu’il fembloit que toute cetteroche ne fuft compofée que de fable & de coquilles. En reuenant de Períe,nous vifmeslelongde Ia mer Cafpie, pluíieurs de ces montagnes de coquilles, dont ^e°quiI!es fans nous parlcrons plus amplement cy-apres. éfoigaéeTfeiU Leshabitansde ce village dzPyrmaraas neboiucnt iamais nKr- devin,de peur,difcnt-ils,qu’enviolant les loix de Mahomet, Seles ordonnances de 1*Alcoran, la faintetédu lieu ne foit prophanée. A Pentréc du village , auprés du fepulchrc dc Seid-lbrahim, il fe voit vne grande voute, ou ciíternc de cin- quantedeux pieds de long fur vingt dc large, rcueíluè dc pierre de taille,laquelle ils rempliíTent deau ,dc ncige, & dc glace l’Hyuer, pour sen feruir pendant les chalcurs ôdafei- chereíPe de PEÍté, tant pour eux que pour leur bétail. Le vingt-ncufiefmelc chan nous fit dire que nous pouuions enuoycr noílre fourricr à Scamacbie-, pour y marquer les logis, & que nous lepouuions fuiure au fortir du difner. Mais apres auoir fait charger vne partiede noftre bagage, &au mcfmc moment que nous allions monter á cheual, le chan nous en- uoya prierpar vnexprés, dedemeurer encore cette ríuid-là à Pyrmaraas. Et afindenous faire connoiftre,que ce n’eiloit B b b ij
  • i6}6. Superftition
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 381 noftre chemin,qui menoit droit à la ville,8c difoit que c’eftoit au chart, qui nous receuoit ,8cqui deuoit faire les honneurs chezluy, àvenir à nous:Maisfur ceque noftre Mchemandar, êc les autres de la compagnie,nous remonftrercnt que le grand chemin eftoittout boiieux,8c que la campagne eftoit plus pro- pre pour la reception 8c pour les complimens, nous nous laií- íafmes perfuader, 8c nous allafmcs droit au Chan . qui s’eftoit arrefté lurvne colline, 8c qui s’auanca vers les Ambafladeurs> dés qu’il les vitapprocher.il auoit à fadroitefix eftaffiers fort bien £aits,armez d’arcs Sc de fleches dorezjàfa gauche au- tant de gardes auec leurs moufquets , & à la íuite vn tres- grand nombre de Caualiers fort bien montez, 8c couuerts de veftes de brocard, Se de mendils ou bonnets en broderie dor 8c d’argent. En abordant il voulut faire l’honneur entier à noftre Nation,en touchant en la main aux Ambafíadeurs, con- tre la couftume des Perles. Apres le premier compliment il fit verferdu vin dans vn vafe d’argent ,beut aux Ambaífa- dcurs, 8cles obligea c hacun à luv faire raifon deux fois. Le Calenttr , Sc le Ptjlamk: Mofcouite , A/exrt Sautneiiits, qui fe trouuoient auprés du chan , nous firent auífi grand chere, 8e nous toucherent en la main. En mar chant, nous auions deuant nous leur Mufique, qui confiftoit en haut-bois ,tymbales, cornets à bouquin 8e tam¬ bours dc bil'caye, mais particulierement en vne forte d’inftru- mens,qu’ils appellent Kenenar.lls font faits àpeu préscom- me nos haut-bois, finon qu’ils font de cuiure, 8c qu’ils one plus de hui& pieds de long,8c au bout plus de deux de dia- metre. 11 y en auoit quaere de cette façon , 8c ccux qui en joiioient s’arreftoient de temps en temps ,pour faire cercle, corame nos trompettes, tenans le bout vers le Ciel,'8c faifant vn bruit, quf non feulement n’ariend’harmonieux,mais qui reflemble à vn hurlemcnt effroyable ,plutoft qu’a vne mu¬ fique .11 y auoit aullides hauts boiscommuns,qu’ils appcllenr Surnatzt ,8c des tymbales de terre,faites comme des pots à bcu~ 1 e.Apres auoir fait vnpcu de chemin en cette compagnie , le Char, fit encore arrefter la trouppe, pour faire boirelesAm- baffadeursi faifant cependant faire millepoftures 8c grim afies à vnbouffon, de ceux qu’ils appellent Tzaufih ,qui leferuoit de cliqucttes,8c difoit des chanfons aifez plaifantes. Bbb iij 16 $ 6, Le Chan de Scamachie va au deuant J’cm.
  • i6 3 6. II fait feftin aux Ambaila- dcuts. 381 VOYAGE DE MOSCOVIE, A vn quart delieuê de la Ville eftoit vn corps, ou bataillon, de plus de deux mille hommes de pied , la plufpart Arme- nicns. Ce bataillon eftoit compofe de cinq Regimens, diftin- guez entr’eux par autantde drapeaux,qui eftoient attachezau bout d’vne grofte Sc longue pcrchc 3 en forte que c’eftoit tout ce qu’vn hommc pouuoi't faireque de la porter. Ils auoient leur mufiquc particuliere ,de flageolets , & d’autres inftru- mens, dont il y en auoft vn qui eftoit aflez remarquable, Sc eftoit compofé de deuxbaiflns de cuiure, qu’ils battoientl’vn contrel’autre.Tous ces gens nous faifoicnt grand’-chere, Sc témoignoientde la ioye,lesvnsen fefrappantdans la main, les autresentournantieursbonnets autourde la tefte,ou les jcttans bienhaut cnl’air pour les reprendre. Ce fut-làou 1c Gouucrneur nous fit arrefter pour la troifiéme fois,pour boire auec les AmbaiTadeurs. En approchant de laportc de la Ville, nous y trouuafmes encore vne autre mufiquc de tymbales, dc hauts-bois,de trompettes Sc d’autres inftrnmcns, lefquels en fc meftant auec ceuxqui eftoient en noftre compagnic , fai- foientvn bruit,qui nous euft empcfché d’oiiir le tonnerre. he chan conuia les AmbaiTadeurs, Sc les principaux de la compagnie ,‘à fouper chez luy,Sc leur fit trauerfer la cour à chcual iufques au corps de logis: mais les Gentilshommes Sc " le refte de la fuite, furent obligcz de mettre pied à terre à la porte dc la rue. Le planchcr de toutes les chambres eftoit cou- uert dc fortbeaux Sc riches tapis.Les Pcrfes oftoient leurs iou- liers deuant que d’entrer dans les chambres 3 ce qui nous cm- barafla d’autant plus,que n’ayans tous que des bottes de cam- pagne,nous n’ofions pas nous hazarder d’entreniufqu’a ce que quelques-vns des domeftiques du cAi»prirent les plusauan- cez par lamain, pour les faire entrer, fans nous donner la pei¬ ne dc nous déchaufler. Nous paflafmespar trois belles chambres,pour entrer dans vne grande falle,fort richcmcnt mcublée, dc ornée de beaux tableaux, reprefentans la plufpart dcs nuditez , Si d’autres chofesbienmoins honneftes.il yauoitau milieu delafallevne fontaine, dont le jet reprefentoit la forme d’vn verre, Sc on auoitmis àTcntour de la fontaine raftTaifchir pluficurs flacons <1’argent,Sc bouteillcsde vin,8c pluficurs tables chargees dc routes fortes de confitures. Lc Gouuerneur fç achant que noiw
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 385 n’eftions pas accouftumez de noas feoir à la mode de Perfe, 16", 6. auoit fartfáire des fieges,8c poar faircplaiíir aux Ambafla- Leur fait don- deurs, il s’aflit luy-meíme à noftre mode vis- à-vis de la fontai- ne, faifant aíTeoir àfa droiteles Ambafladeurs, Sc à fa gaúche, ftume. mais à'terre,le Calcnttr ou Lieutenant, le Mixatjihim, ou Aftrologue ,fon Medecin, 6c pluííeurs autres perfonnes de qualite. Lcs Gentilshommes & les Officiers des Ambafladeurs s’aflirent fur lcplancher,de 1’autre coflé de la falle. Les Muficiens fetenoient deuant le cban. A 1’entrée de la falle eftoient plufieurs ieunes hommesde fort bonne mine, auccdes veflesdebrocard, tenans leurs arcs 6c fléches enpo- fturc de tirer. Tons ceuxqui eftoient dans la falle, debout ou aílis,auoient tous ledostourné vers Iamuraille,8cle vifage vers le chan Sc vers la compagnic, en forte qu’il n’y cn auoit pas vn qui tournaft le dos à l’autre>fuiuant la couftume or¬ dinaire qu’ils obferuent en toutes leurs aflemblces. On porta à la compagnie plufieurs pedtes tables , couuertes de fruids Side confitures,pour eftre feruis àdcux à la fois, pendant que deux Pages faifoientle tour de la falle,pour ver¬ ier à boire j nc faifans autre chofe,flnon de recommencer le tour quand ils l’auoient acheué. Apres auoir mange vn pen de confitures on les ofta, Sc Ton couurit lespetites tables d’vne fort belle toile de cotton de plufieurs coulcurs,pour feruirla viande. Au bout d’vne heure Ton oftalaviande, Sc Ton feruit encoredes confitures,8c apres celal’on commençalesprepa- ratifs pour le fouper. Onoftaces petites tables, pour couurir toute lafalle par defllis le tapis ,degrandes pieces de toiles, qui deuoient ieruir de nappe. Apres que le fommelier eut fait fa charge, 1’Efcuyer trenchant entra, charge d’vne grande écuelle debois, pleined’vnecertaine pafte cuite, comme cel- le d’oublies ou de petit meftier. LesPerfesl’appellent yacht, 6c chaque morceau a plus de troispieds en quarré. II en ietta vne à chacun de la compagnie, pour tenir lieu de feruiette. Apres cela on feruit la viade en de grands plats de cuiure efta- me,quel on pofoit au milieu de la falle, oil lc Sujreizt , oul’Ef- cuyer trenchant,fe mit à genoux pour la de coup er ,8c la met- trecn de petites écuelles,dont on feruit à chacun vne. Tous les conuiez auoient aupresd’eux chacun vn Tulfdan, ou ^ pfr°Pret= pot à eracher,fajt comme nos pots de chambre j finon que l’ou - 1 ^cs’
  • 384 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1636. uerture en eflplus petite,& l’on sen fert au lieu de baffin à en¬ cher,& pour y mettre les os,la peleure des frui&s,& les autres immondiccs,qui pourroient gaiter le tapis ou le plancher. L’on nous donna lamufique pendant le repas,laquelle eitoic comp 0 fée de Luths & de violes aflezmal touchées, de tam¬ bours de bifcaye&de voix,quifaifoientvneharmonie bien mal concertée. Les deux Pages qui auoientíeruyà boire à la collation,danloient auiondetous ces initrumens 3de forte qu’ilfembloit quel on euft faitdeiTein de nousfaire gouiter les deli ces dVn Paradis terreftre, apres les fatigues que nous auions fouíFertes depuisnoftrepartementdeJVlofcou. L’Ho- iteldu Gouuerneureítoit fituéfurlapented’vnecolline, d’oix Ion decouurott routes les maifonsdela ville *& il auoit fait commander à tous les habitans de mettre vne rano-ee delam- pcs aux feneitres,qui reprefentoient à nos yeux píns de vingt mille eitoillcs, capables dediiliper les plus époiílcs tenebres dela nuicl, &; augmentoient de bcaucoup le diuertiflement que 1 on tafehoit de donner à tous nos fens, pendant que la mufique des hauts-bois, des tymbales, faifoit refonner tous les ramparts dela ville. Adrefo du Le Gouuerneur voulantfaircvoir fon adrefle aux Ambaf- chm.lu Q fadeurs,leur dit,qu’ils luy marquafient vne des lampes du voifinagepourla tuèrdu premier coup demoufquet -.ee qu’il fit deux fois deluite fansmanquer. Ce feilin'ayant dure bien auant dans la nuict, &: iufqu’a ce que nous commençaífions à fentirlefroid,le Gouuerneur nous conduifit dans vne autre chambre auprés du feu > oil il fit encore apportcr des confitu- Vn dela com r?s,c^u v^n ’ ^ de l’eau devie, dontles Perfcs fe faoulerent fi pagliicmeim1 kien»Si11 vn d’entr’eux, homme de qualité, qui n’en auoit in., pour aucir beu mais bcu,& qui voulut auoir cette complaifance pour nous, en de l'eau de▼'«•prlctanc, quele lendemain on le crouuai mortdans fonlict. Apres ce traittement ,qui dura iufques àminuid ,le Chan . nous permit de nous rctirer,& nous fit loger chez des Arme- niens, parcc qu’ils eftoientChreftiens 5 mais dautant que Ton n auoit point aduerty nos hoftes, & que noitre bagage n’e- itoit pas encorearriue> nous n’y trouuafmes ny licts,nybancs, ny tables* de lortc qu’apres vnfi bon foupcr,nous paflafmes Prefent du vne tres-mauuaife nui&. •**an* Le dernier iour deDecembre, le Chan enuoya aux Ambafi- fadeurs
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 3S5 fadeurs plufieurs rafraifchiíTemens, devin,dc gibier, & d’au- tres viures. Le Cdeater, ou Lieutenant, or donna auíli, que Ton nous donnaft tous les iours pour noftre prouiiion , dix-fept moutons, vingt poules,cent oeufs, vne certaine quantité de fcl 8c de pain , cinquante pintes de vin, 8c vingt charges de bois. Ce qui s executa aflez bien les quatre ou cinq premiers iours j mais parce quele JMehemandaT eftoit oblige d’enuoyer querir ces viures aux villages voifins, en forte quenous ne les rcceuions quelquefoisque deuxou trois iours apres 5 le chan nousfit dire,que nous ferions mieux pour noftre commodité» d enuoyeracheter les viures au marche, 8c que nous nous pou- 11 ions afleurer ,qu ilnous feroit rembourferde cequi fetreu- ueroitauoir efte depenfe, quandnous ferions preftsde partir. 11 fit pour cet cffetpublier àfon de trompe, que l’on euft à ven- dreaux Frcnqui, ( c’eft ainfi qu’ils appellent les Allemans, auf- ii bien que les Francois, les Italiens ôcles Efpaenols) les viures à prix raifonnable. Nousdemeurafmestrois rhois entiers à Scam.uhic, en atten¬ dant les ordres delaCour pour noftre depenfe, & pour noftre voyage. Le Gouuerneur & le Calcnter tafchoient cependant de charmer 1’ennuy de ce long fejour par des feftins conti¬ nueis, & parle diuertificmentdela chaiie ,par les vifites qu’ils rendoient fouuent aux Ambaifadeurs, 8c mefmes par les ra- fraifchiffemens de vin , de gibier, 8c du fruicb , dont ils leur raifoient prefent. 1 ^3 7* A N N E E M. DC. XXXVii. NOvs commençafmes cette année par les ceremonies de j 1 entcrrement du Gentilhomme Perfan qui s’eftoittue à force de boirc de l’eau de vie, aupremier feftín que le Gouuer ¬ neur nous auoit fait le iour dc noftre arriuée. Nous auronscy- apres occafion de parler des ceremonies de leurs enterremens, &c nous nous contenterons de dire icy,que l’on porte ordinaire- ment les corps dans vne Mctz.it, Mefcjuét ou Eglife 5 d ou on les traníporte en fuite à B< by lone, à Kufi, ou à NetCchef, pour eftre enterrez aupres dclcur Prophete Aalj>ou auprés de quelqu au¬ tre de leurs Imans ,ou Saints. Le deuxiéme lanuier le Gouuerneur 8c le Cdtnter vifi- C c c ANTI X It.
  • i637- Les Armeniens bcniíTent !’eau le iout des Rois. Les Ambafía- deurs afliftenr àleuiferuice. I 3?ó VOYAGE DE MOSCOVIE, terent les AmbaíTadeurs, 6c firent apporter auec euxdes confi¬ tures Sc du vin pour la collation. Le deflein du Cban eíloit d’en- tendre noftre Muíique,dont il auoitoiiy parler: Sc de fait clle luy pleut fibicn,qu’il preífa les AmbaíTadeurs daller fouper auec luy au Chaíleau, Sc de la mener auec eux. Elle eíloit com- poféedVnviolon, dVne viole,dVne mandore ôc dVne voix. Ils s’en voulurent excufcrdabord,maisil fut impoffiblede Te dcffendre de fes ciuiiitez 5 de forte que nous paílafmes le reíle de ce iour-làdans les mefmc&diuertiíTcmens, qu’il nous auoit dorinez le iour de noílre arriuée. Le Gouuerneur y en adiouíla vn autre 5 car il fit tirer dc fon efcurie quelques-vns de fes plus beaux cheuaux,au nom- bre de vingt-fept, entre lefquels il y en auoit trois , que le Sofi luy auoit depuis peu enuoyez, comme des témolgnages de la bien-veillance. Il les fit monter tous par vn de les \a- lets de chambre ,quileur fitfaire pluíieurs tours dans la falle, quoy que le plancher full tout couuert de beaux 5c riches tapis. Le cinquiéme Ianuier le Cban fit dire aux AmbaíTadeurs, que s’ils vouloient fe trouucr lelendemain aux ceremonies,que les Armeniens feroient à la confecration de leur eau-beni- íle, ou il aíliíleroit en perfonne, il leur feroit garder place. Les Armeniens appellent cette Feíte Cbaftcbx Schuran, ceíl à dire lc Baptefme de la Croix. Les ceremonies fe firent horsdela ville,auprés dVn pont nommé Pult Ambert. Les Armeniens chomment cette Feíle, aufii bien que les Mofcouites, Sc les autres Chreíliens le fixié- me Ianuier, 6c ceíl proprement celle des Rois. Ils la com- mencerent par la MeíTe , qui fut dite dés le grand matin,6c deuant le iotu*. Le Sermon fut dit en fuitte, à peu prés auec les mefmes ceremonies que les Catholiques Romains le di- fent en Europe. Les AmbaíTadeurs qui auoient leur logis au- prés de la Chappelle des Armeniens, ne firent point de diffi- culté d’ailiiler à Tvn ScàTautre, 6c apres lc Sermon ils furent complimentezpar TEuefque quiTauoitfait, 6c qui eíloit vena là exprés du lieu de fa demeurc. Illcur fit entendre parvn truchement,la ioye qu’il auoit dc voirleurs deuotionshonoréesde la prefencede perfonnes de cettequalité i veu qucce ne leur eíloit pas vne petite confo-
  • E T DE PER.SE, LIV. Iy. 3$7 lation,devoir enleursEglifes des Chreítiens Européens,qui . _• n’y eftoient iamais venus auparauant. 11 y adioufta , que Mef- 3 7’ fieursles AmbaíTadeurs ne fçauoient pas qui il eftoic , mais qu vn iour il le Jeur diroit: ce qui nous fit croire que c’eftoit quelque MLffionnaire du Pape , enuoyé en ces quartiers là, pour trauailler a la reiinion de 1’Eglife Grecque auec la Ro- maine. Il pria auíll les Ambaíladeurs, de faire inftance auprés du Gouuerneur, à ce qu il leur full permis d’acheuer le baíli- mcnt du Conuent, que les Armeniens auoient commencé j ce qu ils promirent de faire. Sur le midy les Armeniens,par l’ordre du chan, nous ame- nerent quinze cheuaux ,dont nous nous feruifmes pour aller ala riuiere,quieft éloignée de la ville d’vnedemy-lieue. Ces pauures gens qui s’eiloient rendus à la ville de tons les vil¬ lages circonnoiiins, en partirent en Proceflion , auec quanti¬ ty Images , Croix 8c Bajinieres, efcortez iufques à la ri- uiere de bon nombre de gens de guerre, que le Gouuerneur leur auoit donnez , pour les proteger contre les injures Sc iniultes des Mujfulmans, ou Maborr-etAm , qui prennent plai- íir a fe mocquer d eux. Lc Gouuerneur auoit faitdreifer vne tente vis â vis du lieu oil la confecration fe deuoit faire, fort richement tapiiTee, 8c y auoit fait appreiter vne iuperbe col¬ lation. Il auoit a fa gauche le Poflamk Mofcouire, Sc vn grand nombre de Gentilshomrnes , Sc auoit laiífé la droite vuide pour les AmbaíTadeurs,Sc pour quelqucs-vns de leur fuitte. Apres qu il nous cut receus, Sc fait aifeoir, il commanda aux Armeniens de commcncer lcurs ceremonies. Dés que l’on Ceremonif* eut commence a lire lur le bard de la riuiere, il y eut qua- des Armeniens tre hommes tous nuds qui fauterent dans l’eau , Sc nagerent f.°aaur. bemr quclquc temps çà 8; là , pour ouurir l’eau qui eftoit toute glacée. Vndenosbarbers qui auoit accouílumé d’alleral’eau s y ietta apres eux : cc qui donna bien du plaifir aux Per- fes, qui confidcrent les chiens comme beftes tellement im- mondes,que mefmes ils ne veulcnt pas qu’ils lestouchentj de forte qu ils rioient de voir routes les ceremonies des Ar¬ meniens prophanees par noftre barbet:bien que d’aillcurs ils regardent tout cc que ces pauures gens-làfont, comme vne farce. Il n y a que le Cb*n , qui pour la peine qu’il fe donne Ccc ij
  • }8S VOYAGE DE MOSCOVlE, i Ó37. de s’y trouuer,pour les proteger, tire touslesans vnprefentde mille efcus de leurs Eglifes. Apres que l’Euefque eut leu pendant vne bonne heure ,6c que 1’aflemblée cut acheué de chanter, ôc de ioiier des tym- bales,il verfa vnpeud’huile confacrce dans l’eau,ou il trem- paenfuitte vne petite Croix ,garnie de quantité de pierrcs {irecieufes, 6e finalement tenant la CroíTe au defllis de 1’eau, il a benit. Tous les Armeniens en prirent ,les vns pour en boire,5cles autres pour s’enlauer le vifage. II y en eutmcfme qui s’y iette- rent 5 mais la plufpart ne fit qu’en prendre quelques gouttes, pour fe les ietter au vifage. Quelques-vns des domcftiqiies du Gouuerneur prenoient plaifir à moiiiller les Prefixes 6c les fem¬ mes , 6c il y en eut qui les traiterent fi mal, quele Chan mefi- me en eut honte,8cfut oblige de les faire retirer}quoy que luy-mefme fill danfer fon bouffon , 6c fon maiflre d’Hofiel, pour fe moequer des Armeniens qui danfoient à l’entour de leur Euefque. Le Medecin du Gouuerneur, qui eftoit Arabe, 6c homme fans Religion , eut l’impudence de demandcr aux Ambaffadeurs ce qu’ils croyoient de Iesvs-Christ , 6c s’ils le reconnoiifoient pour Fils de Dieu. On luy refpondit, flu’on le croyoit vray Dieu j mais qu’il n’auoit que faire de iemoequer de leur Religion, 6c qu’ils n’eftoient pas-làpour dilputer auec luy. Apresque les ceremonies furentacheuées,Ton femitàboi- re d’autant, 6c le Gouuerneur en prit fi bonne part, que s’e- ftant bien cnyuré il fe retira , 6c monta â cheual, fans dire mot àlaCompagnie. Tous les autres Ferfes le fuiuirent j ce qui nous furprit d’autant plus , que ne fçachans point leur couftume, nous ne pouuions pas deuiner la caufede cette re- traite. Eftans montez à cheual, pour reprendre le chemin de la ville, nous trouuafmes le Gouuerneur, qui attendoit les Ambaífadeurs proche de la tente. Nous feeuimes depuis, 6c nous l’apprifmes mefme par l’experience , que les Perfes ne font point de difficulté de fe letter de table, 6;: de fe re- tirer, fans faire attain compliment à l’hofte, qui fe fert du mefme priuilege enuers les conuiez j quand il ne fe fent plus en eftat de leur pottuoir faire compagnie : dont nous auons veuplufieurs exemples pendant le fejour que nous auons fait
  • ET DE PER.SE , LIV. IV. en Perfe , 8c mefme à Ja table du Sebacb. Le neuíieme Ianuier ,1’Euefquerendit viflte aux Ambafla- deurs, il y vint auec la Croix 6c la Banniere, ayant plaíièurs Preftres deuantluy, qui eftoienttous Pontificalcmcnt veftus, 8c auoient tous vn cierge àla main. En entrant dans la cour ils fe mirent à chanter, & âioiier de leurs tymbales, de haut-bois8c de fonnettes,6c nous apporterent vn preientde deux cruches de vin, & d’vn plat depommes, an milieu dtiquel on auoit plan¬ te vne bougie allumée. Ils s’entretinrent plusde trois heures auec les AmbaiTadenrs fur le fujetde Ieur Religion, 8c en pre- nant conge d eux, ils ieur reitererent la priere > qu’ils leur ■auoient defia faite, d’interceder aupres du Gouuerneurpour lebaftiment de leurEglife. - r Le dixidme Ianuier le Calcntcr, ou Lieutenant duRoy, re¬ gala les A mb afladeurs ,8c toute leur fuitte, d’vn tres-magni- iique feftin : mais auant que de nous mettte à table, il nous roulut donner la fatisfacftion de nous faire voir ion Hoftel, qui eftoit fans comparaifon mieux bafty 6c meuble que celuy du Gouuerneur. La falle,ou ledifner fe deuoit faire,eftoit toute voutée , 6c ornde d’vn certain ouurage de plaftre à feiiillages,d’vne tres jolie inuention.La veuedela falledon- noit fur vn tres-grand & tres-beau iardin , dont nous trou- uions l’aifiette d’autant plus aduantageufe, que la falle eftant haute, 6clejardin fort bas,on le ddcouuroittout de fes fene- ftres. A coité de la falle il y auoit vne gàllerie, d’ou fortoit vne bede fontaine , laquelle pouflant d’abord d’vn jet fort haut, nous charmoit d’vn bruit fourd , mais agreable , que fes eaux faifoierjt, en tombant dans vn autre baflin plus bas, qui eftoit vis à vis d’vne chamerc fous la falle,8c de là dans vn troiftemequi eftoit au milieu du jardin. Le Gouuerneur qui fetrouuaaufli à ce feftin, auec les principaux de fes Courti- fans,y auoit amend le Marefchal de la Cour du So/?, qui ve- noitd’arriuerd’//?4^4«. Le feftin dura iufques àla nuict,a l’en- tree de laquelle les Perfes nous ramenerent aux flambeaux iufqu’en noftre quartier 3 quoyqu’en l’eftatou ils eftoient,ils euflent befoin de condufteurs, pour le moins aufli bien que nous. ) Ee dix-huitieme, les AmbaiPadeurs enuoyerent le Maiftre d Hoftel, le Secretaire de 1’AmbaiTade, 6c leControlleur,au Ccc iij 16 3 7. Vifitcde i’fls; ucfque. Feftin du lentcr. Prefent de* Ainbiiliicuis.
  • i63 7- J.e Cornier- ncur permct 35)0 VOYAGE DE MOSCOVIE, charts pour luyfairele prefent ordinaire, qui eitaie de dix aul- nes d’ecarlatte, decinq aulnes defatinbleu, d’vn baril d’eau- devie ,d’vne caifte,dans laquelJe on luy enuoyoit deux dou- zaines debouteillesdetoutes Torces d’efpritsdevin>& dedeux j>airesde couteaux, dont les manches eitoiem d’ambrc.Cepre- ient Ie mit en ii bonne humeur, que nous nous voulufmes fer- uir del’occaiion,pour luy prefen terlarequcftcdesArmeniens touchant le baftiment de leur Egli'fe. II nous dit,qu’encorequedepuisrétabliíTemenc de la Reli- íux Armeniens gion Mahometans en Pcrie, les Chreftiens meuiTent iamais eu de bailir vne aucune Eglife dans Stomachic,& qqe iamais auffiifh’euft eu def- ££hic- fein de permetrre aux Armeniens d’en baftir j neantmoins qu’il faifoit tanc d’eftat de l’interceffion des AmbaiTadeurs, qu’ils pouuoienc s’aftcurcr qu’il nel’empefcheroit plus j &. afin qu’ils n’eufTent plus dc fuiet de douter de fa bonne volonte,il vouluc que Ton expediaft les ordrespour cela en leur prefence. Les Armeniens en eurent tanede ioye, que non contens d’en remercier les AmbaiTadeurs, ils promirent de faire en forte que leur baftiment feroit connoiftre à lapofterité, auec leurs nomsjles bons offices qu’ils leur auoientrendus en cetce occa- iion. Le vingtiémereuintleCourrier,quele Cha» auoit depefche à Ifpahan, dés lors que nous eftions encore à Ntafabath} ce Í[ui obligea les AmbaiTadeurs de l’enuoycr prier de leur faire çauoir les ordres que la Cour auoit donnez pour la continua¬ tion de noftre voyage. II nous répondit, qu’il n’en auoit point de nouuelles du tout j 6c que ii nous voulions, nous pouuions entendre la leélure de la lectredaquelle il mit en mefme temps cntreles mains de Ton Medecinpour la lire. Get homme,qui eftoit fait au badinage, apres auoir baifé la lettre, fe la porta au front , 6c la leut en fuite. Le contenu de la lettre, au moins ce qu’il nous leut, portoit,qucle Courrier du Sultan de Derbenty eftant arriué à la Cour plutoil que ccluy du chan dc Scamachie, l’on n’en auoit appris autre chofe j ilnon qu’il eftoit arri¬ ué à Derhent vn Enuoyé , ou Pojlanik du Grand Due deMof- couie ,qui auoit dit, que dans peu de iours l’on verroit en ces quartiers-la des AmbaiTadeurs d’vn Prince d’AlIemagne. Que le Schach ,qui n’auoit point eud’autres nouuelles delcur arriuée, s’eftoitcontente d’ordonner au Gouuerneur de Dcr- V
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 35>i &?»/,de les receuoir ,de les faire bien traicetpendant le fé- 1637. jour qu’ils y feroient, &: de leur faire donner la monture neceífaire pour la continuation de leur voyage, iufqu’a Sch4- que lors qu’ils y feroient arriuez, le Chan de Schama- chit depeícheroit vn exprés pour en donner aduis àlaCour j laquelle luy enuoyeroit alors le«s ordres neceííaires pour ce qu’ilauroítàfaire ,tantpour la fubfiftance des Ambaílàdcurs que pour leur marche. Le Chan nous demanda vn memoire des noms, & des qualitez de tous ccux qui compofoient noílrc fuitte. II vouloit particulierement que l’on y fpecifíaft les meítiers, & que Ton ne manquaft point d’y marquer , qu’il y auoit en noítre fuite vn Medecin, vn Chirurgien , vn Pein- tre, & des Muficiens •. ce que nous ne voulufmes pas faire > mais nous nous contentafmes de leur donner par efcrit les noms denosgens, & de leur marquer l’employ qu’ils auoient à la fuite de 1’AmbaíTade. Nous foupçonnafmes d’abord que cctte lettre n’eftoit point du ftyle de la Cour, & qu’il y auoit quelque chofe de plus ou de moins, & afin de nous en éclaircir, nous fifmes le lendemain vcnir le Courrier chez nous. Le vin qu’on luy fit prendre, & les petits prefens que nous luy fifmes donner fous-main , nous découurircnt tout le fe- eret. II nous dit en confidence , que le frere du Chan ayant efté depuis peu execute ,& ce malheur ayant enueloppé tou- te la famille en la difgrace du deffuncl, il ne s’eftoit trouué perfonne ,qui ofaft fe charger de cctte lettre > dont lon ne íçauoit point le contenu,pour la rendre zx\So/i\ mais qu’en- fin au bout d’vn mois, vn des Chambellans du Roy s’cftant hazardédelamettreauxpiedsde fa Majeílé , le Sefi n’y auoit pas voulu faire refponfe j mais qu’il luy auoit fait cfcrire par vn autre, &: qu’il luy auoit fait mander, qu’il n’y auoit point de refponfe à faire à fa lettre, veu les ordres quel’011 auoit donnezau Sultan de Derhent, qui eftoient contenus dans la lettre , dont 1’on nous auoit fait la leélure. Que 1’on Ambíffídeatr n’y auoit voulu rien adioufter, finon vn commandement bien exprés au Chan, de faire tailler en pieces enfaprefencc tous les Perfes , qui oferoient oífenfer ces cílrangers Alle- mans,pendant le fejour qu’ils feroient dans fon gouuerne- • ment. De forte que nous fufmes contraints de nous refoudre
  • 391 VOYAGE DE MOSCOVIE, 163 7. de demeurer-là, &dactendrelesordres,que leStfidonneroit, íur les depelches que le than enuovoit à la Cour , par va exprés. ' r Le vingt-cinquicme le Chan ,accompagné du Pcjlantk >& dc grand nombrc de Courtiíans »rendic vilite aux AmbafTadcurs > rnais dautant que leur Caréme eíloit commence, il refufa dc faire collation s en retoLirnacliezlitVjaprcsauoirpris lcdi- uertiftement de noftre Muílque. ' r L’Enuovc vingt-huiticme lanai cr le Poflwik partit pour Ifbdhgn T Mofc«uitepatt fort peu íatisfak du traitement qu’il auoitreccudu cLn , & 8hic. 11 s en reflentit íur le Md.enundar , qu on luy auoit donne pour le conduire; 1 offenfant & le mal menant àtoutc heure,& hors de propos. Quelques-vns de noftre fuitte [\ç- compagnercnt iufques a vne lieuè de la ville j ou ils prirent congé de luy. r Tetrikr. Le cinquiéme Fevrier, m’eftant allé promencr de compa- níftSafoTJe gnÍC des noftrcs ,nous entrafmes dans'vn bicunciic. grand noítclj auprés du marche > qti’ils appellent Bafir* Le ba- Itiment eíloitfort beaujeftant accompagné de pluíieurs gale- ries chambres , cqmme vn College 3 & parce que nous y voyions pluíieurs períonnes aagcesSc ieunes,les vnsfeprome- nanSj & les auti es aífis,auec vn Liure àla main, nous euímes la curioíité de nous enquerir du lieu ou nous eftions,& nous ap- priímes que c eftoit en efFet vne Efcoleou vn College,qu’ils ap- pellent MadrejSr,dont il y a vn grand nombre par toute la Perfe. Pendant que nous nous amuíions à confiderer lebaftiment> yn de Jeurs Madtris, ou Regents , qui faifoit des lecons pu¬ bliques , nous conuia de nous approcher de luy , & voyant que i auois fait mettre fur la canne,que ie portois àla main, ces paroles Árabes, Bifmi ulU rahmam rachtm,■ ceft à dire, Au ”om du Dteu mtfcrictrdteux Jaifant miftricorde, (ce que les Per¬ les mettent au commencement de tous Ieursécrits) ilmepria e a luy dormer, &c me promit dc m’en donner vne autre plus belle ie lendemain: mais voyant que i’en faifois difficult/} il cn coupa le mot <*//*, qui eft en leur langue le propre nom dc íeu, en íerra les coupeaux dans vn morceau de papier bíanc, bien proprement,& me dit qu'il ne falloit pas que lc nom e íeu fuft écrit íur vn bafton que 1’on portoitdansla oue, le rçtournay le lendernaia au mefmc College , ou ie âs
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 395 fisporter vn beau Globe celeftc, mais j’entray par mefgarde i £3 dans vn autre auditoire,oii Ion ne laifla pas de me receuoir fort bien. Les Precepteurs 8c Regents, auífi bien que les difci. pies, furent bien eftonncz de voirentre mes mains vn ÍI beau Globe, 8c d’apprendre par-lá quel’Ailrologie, 8c les Mathe- matiques eftoient bien mieux enfeignéeschez nous qu’cn Per¬ le, ou ils nontpasencore I’inuention des Globes, 8c ncfcfer- uentquafiquede 1’Aílrolabe, pour Pinftru&ion de leur jeunef. !'e. Ils prenoientplaiíirà confiderer mon Globe, 8c ils menom- moienten Arabe tous les íignes duZodiaque, Scmefinemefi- rent connoiftre, quils fçauoient tous les noras 8c toutes les qualitezdelaplus part des autres Aftres. Vn autre iour j-allay dans vn MetT^t, ouEglife, denoftre Ef
  • 354 VOYAGE DE MOSCOViE; querirchez moy , auec le Globe: done ils demeurerent bier» íurpris, particulierementquand ilsfçeurent que ie l’auois faic moy-mel'me. Lebon-homme Arabe mepriade luy faire voir comment j’auois pilmettre les degrez dans leur iuftelFe,2cii proprement commej’auoisfait, parce qu’ils n’ont point d’m- ftrumens propres á faire leurs cercles 2c leurs degrez. Ie luy en enfeignay l’inuention, Sc comment en peu de temps, 2c.auec peu de peine il y pouuoit reiiffir,dont iltemoigna m’eftre fi fort obligé, quedepuis ce temps-làil ne perdit point d’occaiion de medonner des pxeuuesdefon amitié 5 tant par fes frequentes vifitesqu’il accompagna vn iour de force fruids 2c viandes cuites, pour difner chez moy à fes defpens r que par des offres de toutes fortes deieruices. lime communiqua les longitudes 2c les latitudes des principales villes 2c places de toute l’Afie^ queieconferay auec les obferuations, que i’en auois faites, 6c les trouuay fortiuftes.. Le Holla y ouMaiftre de 'ce Hefty, s’appeiloit MafjebJa- ljy Sc eftoit encore ieune, mais fort honnefte homme da tres-bonnehumeur,.qui faifoit toutce qu’il pouuoit pour me íèruir, 2c quimerendoit de tres-bonsoffices en toutes lesoc- cailons 2c particulierementenl’eftude ou ie m’appliquay de la langue Arabe„ Il m’acquit auffi I’amitic d’vn Hen amy, nom¬ ine Imanculi, qui eftoit ohnhafchi yow Capitaine d’vne com- pagnie de Caualerie. Cesdeux mPvenoient voir prefque tous les ioursalternatiuement, rant pour m'enfeigner leur langue que pour apprendre la mienne. Ce qu’ils firent auec ailez de iuceez, 2c particulierement Imanculi, quiy faifoit des progrez ft coniiderables, qu’il y euft fans doute reiiffi , fans la jaloufie de quelques-vns des noftres5 qui fut aflez grande pour ren- dre ces pauuresgens fufpe&s, comme s’ils euífent eu* deffeirv dp changer de Religion -r de forte qu’ils furent contraints da s’en cacher, 2c de faire la plufpart de leurs vifites lanuicb.. iufques-làqu’vniour,.fçauoir l’bnzieme Fevrier, commei’e- ftoisaIleauMr/^/>, poury prendre vneleçonen la langue, il y vint vn valet Perfan, dire au Holla de la part du Chan, qu’il s’cftonnoit dece qu’il foufFroit-que ces Chreftiens entrailenc dans leur temple: qu’ils n’y auoient que faire, 2c qu’il les fift- retirer.. LcHollaeniut furpris d’abordj mais reuenant auffi- toft à luy, Sc conftderaat que les Perfps uedeffendent iamak
  • ET DE PERSE; LIV. IV. 595 Ia compagnie ny Ia conuerfation des Chreftiens, il fe douta auífi-toft de quelque fourbe, Sc ayanttircce valetà part, il fçeut de luy, que ce n’eftoit pas Ie Chan, mais noftre truche- ment qui 1’auoit enuoyé li , pour troubler mon contente- ment. Le lendemain on nous enuoya encore vn femblable meíTage., mais nous en fçauionsdefíarauteur&:Iefujet,c’eft po-urquoy nous nous en mocquafmes. Quelque temps apres noftre truchement, eftant malauecIefieur.gr/y^T»*/?, nousad- uoíia que c’eftoit par fes ordres qu’il auoit enuoyé cc valet, pour rri’empefcher d’apprendre la langue. Cefutàce meíme deíTein, que Ie meíme Brugmav m’ordonnade reduire fur vne íeule fueille Ia Períé Sc laTurquie, afin de m’appliqucr à Peftu- de de Ia langue, pendant que ie ferois occupé â celong Sc fa£* cheux trauail. Lefepticme Ies AmbaíTadeurs furent vifítezparvn Moine Catholique Romain, nommé Ambrofio dos Amos ,natif de Lif- bonne en Portugal. Ilnoiis ditqu’il venoit àzTiflis enGeor- ,f/V,qui eftâ dix iournées de Scbamachie, ou il eftoit Prieur d’vn Conuent de 1’Ordre de S. Auguftin, & qu’il n’auoiten- trepris ce voyage , que parce qu’il auoit oiiydire qu’vn tres- puiflant Prince d’Allemagne auoit enuoyé vne Ambaftadefo- iemnelleen Perfe,& qu’il eftimoit quecenepouuoit eftrequa deíTein d’auancer la Religion Chreftienne en ces quartiers-lá. Quainft il auoit bien voulu prendre cette peine, dans I’eipe- rance qu’il auoit, que Meílieurs les Ambaíladeurs ne trouue- roient pas mauuais, qu’il Te fuft donné la liberté de Iesvenir Taliier, non feulement pour Ies complimenterfurleurheureu- Tearriuée en Pcrfej maisauíli pour les feruir, en tout ce qu’ils pourroient deftrer de luy. Qujl y auoit vingt-fept ans qu’il eftoit dans Ie Royaume, Sc que pendant cetemps-là ilnes’e- ftoit point acquis vne ft petite connoiíTance des affaires du pays, Sc de Thumeur de la nation, qu’il ne leurput eftre vtile en leur negotiation. On ne fçauoit d’abord que iugerde 1’intention de ce Re- ligieux 5 c’eft pourquoy nous nous tinímes en quelque façon fur nos gardes, iuíquesáce qu’apres vne conuerfation de dix iours, nous reconnufmes en cffet qu’il n’y auoit que de Ia íincerite en fon procedé : de forte que nous ne fiímes point
  • ;«3 7- I % Tifteen me- sioirc d’Haly. Equipage plai- fant d'rn Pre- dicateur Peife. y)G voyage de mu sou vie, tre fa langue maternelle, & Ia langue La tine} dont il fe feruoic pour entretenir les AmbaiTadeurs, la Georgique, laTurque & la Perfane,pour laquelle lime donna plufieurs bonnes ín- itrudions. En ce temps-Ia la fievre chaudecommençaâattaquerplu- fteurs de nos gens, en fuice du grand vin qu’ils beuuoient apres l’eauqu’ilsauoient beucau voyage. Le vin de Perfeeft bon mais fort, nos gens en beuuoient en ii grande quantite, que Ies Ambaifadeurs fe trouuerent obligez d*en faire deffendre l’viage, par vne Ordonnance tres-feuere. Il s’en trouua iuf- ques à vingt-deux tout à la fois au lid malades, mais par la gra J ce de Dieu, par ies foins extraordinaires du Medecin il n’en mourut pasvn. Ce mefme iour , qui ell felon Ie compte des Perfes Ievin^t- vniemede Ramefan, iis chommerent leur Aufchur, ouIeurFe- Ite lolemnelle, en memoire de Haly\e\xv grand Saint Seleur Pa¬ tron. Les ceremonies Scdeuotionsfe firent dans vne maifon, que 1 on auoit bailie expres pour celahors de la ville. Le cban y on Cxienter y & Ies autrèsprincipaux O Aiders Ce tenoient dans v ne gallerie de la mefme maiíon&c vis -à-vis de la gallerie il y auoit vne chaife a iour, dc la hauteur de huid pieds, que Pon auoitposée à 1 ombre dVnc toilequiy eíloit tenduê, pour la com modi té du thathiby ou deletir Preíat, qui eíloit ^llis dans la chaife, couue^t d vnevcilebleue, qui eft le dueilde ce pays-lá. I eut plus de deux heures dans vn Liure, qu’ils appellent Mx- (htelnamx, contenantla vie & ies adions de Haly, en chan- tantd vne voix&haute.&: lamentable,mais claire intclli- ble,& cefansaucuneintermiffion3finon qnand ilrencontroit queiquepailage remarquabldyou quelque feutence morale , dont il ne diioit que le premier mot ■, pour le faire acheuer par les autres Preftres, qui eftoient en grand nombre aftis au has de ia chaife. L’vn deces Preftres cnoit toufíoursàlafin dechs- quepaftage , Launet cbudaiberKufchendi Aalybad; c’eftddire, mxudit de p ar Dieu foit celuy qui tua tf^/áquoy toutc laftéblée repondoit, brfchbnd Kem bad; c’eftâdire,p lute ftp Ins que mains. Lors qiril arriue al endroit,oii fQxli die dies enfans ^il yen a quicioyent que la connpiflance qu’il auoit de l’Aftrologie iu- diciaire, Iuy auoit fait preuoir fa more) qu’il ne viura pltts gue- ®es, Ôc qu il fera bien^coft cue par vn dç ies domeftiques, fax-
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 397 fantconnoiílre quece fera A'durr>manibniMelc%em, fur quoy Ies enfans Ie conjurent la larme á 1’ocil, de prendre garde à ía perfonne, ÔC de preuenir Abdnrraman, pluíloíl que de permet- treque famort les laifle orphelins, deílituez detouteconfo- Iation, & expofez à la difcrecion deleurs ennemis, quand le chathib en eít là, dis-je, l’on voit Ies Perfes pleurer à chaudes Iarmes, 6c iufqu’aux íànglots comme auffi quand le chathib reprefente, comment Haly fut tué dans leur Metz.it, en faifant fa priere, 6c le dueil que ies enfans menerent fur fa more. Apres que \g chathib eutacheué fa le&ure, le chart luy enuoya vne veíle de foye, quhl mit auffi. toil, 6c apres cela I’on fitpaíTeren Proccffion trois chameaux portans des bieres, couuertes d’vn drap noir, qui reprefentent celles du Haly , 6c decesdeux fíls Hajfan 6c Hojfein. Apres celafuiuirentdeux caifles ou chaíTes, couuertes d’vn drap bleu , dans Iefquelles eíloient les liures 6c les trai&ez fpirituels que Haly a eícrits. En fuittede celadeux beaux cheuaux, ayans auxarçonsôcíurlafelle plufleursarcs, flefches, turbans 6c drapeaux. Apres cela marchoit vn homme feul, portant au bout d’vne perche vne efpece de tour ou de clocher, danslequel eíloient fourrez quatre cimeterres, mais ils eíloient couuerts de tant de rubans ôc de babioles, qu apei- , ne les pouuoit-on apperceuoir : 6c en íin pluíleurs homines portans fur la teíle depetits coffrets couuerts de plumes, ga- lansôcfleurs de diueríes couleurs,dans lefquels eill’Alcoran ouuert. Ces derniers danfoient 5c fautoient en cadence ííir vne cer- taine niuíique dolente , de haut-bois, de tymbales, de flageo¬ lets & de tambours de bifeaye. D’vn autre coité pluíleurs gar¬ çons danfoient aux chanfons, fe frappans Ies vns Ies autres fur I’cpaule,6c cvizns Heder.Heder, qui eftlenom de Haly, Hajfan, Hojf '.in 5 6c auec ces ceremonies ils reprenoient le ehemin de Ia ville. Toute la Perfe celebre Ia mort de Haly ceiour-là : mais Mahomet leur grand Propheten’a point de Feíleparticuliere.- Au quatorziéme Février fe rencontrala rrouuelle Lane ,à Iaquelle deuoit íinir le Careíme des Perfes, qui auoit com¬ mence le íeiziéme Ianuier, qui eíl à leur compte le premier IRamefan, mais dautant qu’ils eíloient â Ia veille de leurfab- bath, qui eíl le Vendredy , Ieurs gens d’Eglife iugerent qu’il síloit à propos de continuer le icufne iufqVá ce iour-íà. Lç D d d iij; .1 ó 3 7. Proccílíoit apres lc Ser- mon.
  • i A 3 7. Le Chan fait feftin aux Am bafladcius. Ordre de la Cour pour'Ics £ure partir. JM ÁKt. 398 VOYAGE DE MOSCOYTE; Iendemain de la Fefte le Chan fit vn grand feftin à tous les Grands defa Gour.,ou il conuia aufli les AmbaiTadeurs auec leur fuite, 6c les traitta iplendidement. Le vingt-feptiéme rcuint le Courrier, que Ie chan auoit de- pefchédés le vingt-vniéme Ianuier, auec ordre 6c eomman- dement exprés de nous faire partir au plutoft vers IJpahan. Cet¬ te bonne nouuelle donna 1’enuieâquelques-vns denousd’aller à la chafie. Le Chan nous enuoya faire fes excufes, de ce que fes affaires I’empefchoient de nous faire compagnie * mais il nous donna fes chaileurs, fa meutte 6c fes oyfeaux, commeauifi vn Leopard, lequel eftant fort bien drefie,partoit de la main bien {ilusviftequ’vn levrier, 6c nous donnoit tout le plaifir, que ’on peut prendre á la chaile, II ne defcouuroit point de lievres qu’il ne prift,, &reuenoit au forhubien mieux que le meil- leur chien courant, fautant en croupe derriere 1’homme qui Ie gouuernoit. Le Chan nous auoit cependant fait apprefter vne fiiperbe collation en ion jardin, hors de la ville $ maisceluy .qu’il nous auoit enuoyé, pour nous conuier d’y pafler, nous auoit manque., Se ne noustrouua qu a I’entree de la ville, de forte quene pouuans nous refoudre à retourner à Ia campa- gne, il nous enuoyachez nous vne partiedes viandes, qui a- uoient efté appreftées pour nous traitter. Le premier iour de Mars, qui eft felon leur Almanâch, qu’ils appeIlent7'4le voulutcontribuerá noftre diuertiflement, pariesrefiouifr fancespubliques , queI’onfaifoit pn toutes les rues; &Ie Chan jneime nousfit encore voiría juftefie à tirerde 1’arc. Il nous dit,
  • ET DE PERSE,' LIV. IV. 39? fiance aflez éloignée, 8c qu’il vouloit eflayer, s’il en feroit bien 163 7, encore autanc cnTâgeoiiil eftoitdcquarante-cinqans. AyanC done faie attacher à vncrin de cheual vne de ces bagues, done lesPerfcs fe feruent pour bander leurs arcs, 6c les portent or- dinairement auponce, 6c ayant fait eloigner defix grands pas le garçonquile tenoit,illecoupa deuxfois de fuited’vn coup defleche. II perça auifi d’vn coup de fuzil vne pomme qu’il auoit fait jetter en l’air.. Enretournantàla ville, apres vn repas, qui auoit duré fix heures, tons les Officiers nous firent voir dans vne grande plaine, laviftefle de leurscheuaux.il fautauoiier qu’elle eft extreme, & qu’il n’y a.point de cheual Anglois, qui en appro^ che, mais auifi eft-ee le feul maneige qu its apprennent. Ils nous donnerent auifi le diuertiflement de leurs combats àche- ual, 6cde leurfacond’efcarmoucher auecles ennemis, 6c nous firent voir vne adrefle merueilleufe 6cinconceuable, nonfeui lement en jettant leurs baguettes ,dont ils fe íèruoient en ce diuertiflement au lieude jauélots,.ou d’azagayes, en courant Í bride abattue contreceux qu’ils pourfuiuent -y mais auifi en les prenantdelamain quandon lesleurjettoit, 6c en les dardane en mefime temps contre ceux qui les pourfuiuoient. L’efi* euyerdu chan tut celuy, qui fit le mieux en cette occafion^, ’ Sceutpourrecompenfcvn des beaux cheuaux de l’efcurie de- fon maiftre,. Le troifiéme de Mars les Perfes celebrerent encore vne fefte, Autre Fefter qu’ils appellentT^yr .yíAfw£r/#r,c’eftàdirelequatriéme Sab-- bat triite, 6c e’eft le prochain Mercredy deuant l’Equinoxe vernal, par ou ils commencent leur année. Ilseftiment qu£ ce Mercredy eneft le plusmal-heureux iour. Ce qu’ils difent fçauoir, non feulement par tradition , mais auifi par expe¬ rience, qui leur a fait connoiftre qu’a ce iour-la il neleureft- iamaisarriué que dumal-heur. C’eftpourquoy ilsne font nen' ce iour-là, ils tiennent leurs boutiques fermées, ils ne iurenti point, 6c ne font point de debauches : mais ils fe donnent- bien de garde particulierement de faire des payemens, de peur d’eftre obligez de ne faire autre chofe tout le long de l’annee.- 11 y ena qui l’employent entierement à compter l’argent qu’il# ont chez eux 5 d’autres vont, fans dire mot, à la riuiere, prem.- drede l’eau, pourarrofer leurs maifons 6c leurs meubles j.afin-
  • i6)7. t * lí ir premier jour dc l’-xn. I-eur annie eft de douze mois jLuoajres, 400 VOYAGE DE MOSCO VIE, dendetourner les mal-Iieurs. S’ils rencontrent quelqu’vn dé connoiiTunce, ilsluy cn jettcntau vifageauecla main, ou bien ils verfent touce Iacruchée fur luy: mais ils ne font cela qua lcurs meilleurs amis$ parce qu’ils croyent que ceux qui font fur- pris de cette galanterie ,& qui en íbnttres-bien mouillcz,ne peuucnt pas manquer d’eitre heureux ie rcfte de l'annee. Les jeunes gens, qui ne font pas encore mariez, y trouuent auili ieurdiuertiifement, en fe promenant par les rues, ou le long delariuiere, dc joiiansde certaines tymbalesde terrecuitte^ qu ils portent fous les bras. Les autres portent de gros ballons a la main , & fe mettcnc dans la riuiere iufques aj.tx genoux, pom mouiller ceux qui viennent querir de l’eau, en leur en jet- tantauec les mains, ou en fc mettant eux-mefmes fur eux, pour les mouiller, dc leur frotter Ie vilage du borddeleurs habits detrempez., ou bien calTcnt les cruchesauecleurs ballons. Ces derniersfontcomme desoyfeaux de mauuais augurej defor- tequeceux qui fepeuuentfauuerde leurs mains, croyentellre elchappez deplufieursmal-heurs cetteannée-là. C’ellpour- quoyil yena, qui pour éuiter leur rencontre, vontà I’eau de- uantleiour: mais toutes ces farces ne le joiient que Ie matin - cai desque le SofeilpalTe le midy ils fe yontdiuertiràla pro¬ menade, dc á leurs autres exercices ordinaires. L’autheurde la Preface fur la traduclion Allemande du Kulufthan, dit, que cette feile ell dediée a faint lean Baptille, & que c’efl en me- moirede fon Baptefme, que les Perfesfont toutes ces cere¬ monies. Ilell vray que lesPerfes ontde la veneration pour ce Saint, dc quil fontencore aujourd’huy des Pelerinagesàfon fepulchre a Damas, dc il fepeutfaire que ç'ait eílé 1 intention deceluy qui a inllitue cette feile 5 mais auiourd’huy il nen pa- roillaucun veftige. r Le dixiéme Mars, c’elHdireIevingtiémefelonnollreily- e (carl auteur employe par tout le vied) ils celebrerent leur premier iour de I an , qu’ils appcllent Naur us, auec de gran¬ des réjoúiíTances. Car encore qu’ils comptent communement leurs années de X'Hegire, ouduiourde lafuite de Mahomet, de Ia Mecjue á la Medinf^m leur fert d’Epoque, dc qui fe recontre auec le 16. Iuillet de nollre Almanach 5II eíl-ce que leur année n ellant composée que de douze mois Lunaires, dc ainfi de on¬ ze iours plus courte que la nollre, ilsprennent vn iour certain pour
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 40! pour le commencement de leurannéej quieílceluy auqucllc Soleil entre au figne du Belier, â l’Equinoxe vernal, enquel- que Lune qu’il íe rencontre : mais c’eil dont nous parlerons plus amplement ailleurs. Les Ambafladeurs enuoyerent quelques^vns de nous au Chaíleau, pour complimenter le cban au commencement de 1’année. Nous Je trouuafmes à table, ayant aupres de luy le Minat&im, ou Aítrologue, qui feleuoit de temps en temps, &prenantfon Aílrolabe, alloitobferuer le Soleil, ôcau mef- me moment que le Soleil attaignit 1’Equateur, il publia le nou- uel an 3 que l’oncommençapar ladécharge dequelquespieces d’artillerie, tant du Chaíieau que des murailles de Ia ville, 5c en mcíme temps Ton oúit par tout vne muíique de toutes fortes d’inftrumens. Vis à vis du cban eíloit aflis vn de íeurs Orateurs, qu’ils appellent Kaftecbuan, qui fit vn difcours, accompagné dc plus de mines Sc dc geíles, que n’en fait ScarAmuT^a, fur le theatre, neparlant que des.victoires quelcs Roys de Perfeont remportées furies Turcs,furies Vsbeques , 6cfurlesautres en- nemis de 1’Eílat. Le reíle de la iournce s’acheua en bonne che- re & à boire: à quoy nous, qui auions ellé deputes pour le com* pliment ,eufmes noílre bonne part 5 parce que le Chatt nous conuia de nous mettreà table aupres deluy. La Feíle continua íeiendemain, & le chan fitalors vn grand feílin aux AmbaíTa- deurs, ou il conuiaauífi le Moine, dontieviensdeparler. Le vingtiéme Mars le cban 6c le Calenter vinrent voir les Ambafladeurs. Ils eíloient tous deux fort yures , & le fujet de leurvifite eíloit le voyage, que le Cban vouloit faire croi- xe qu’il eíloit oblige de faire 5 6c dautant qu’il ne pourroit pas eílre dc retour auant noílre depart , il dit qu’il ne croyoitpas deuoir partir fans prendre congé d’eux. Il auoit auec Iuy fon Hakim ,ou Medecin , qui fe meiloitaufll de l’A- ilologie, comme la plufpart de ceux de ce meilier, qui Iuy dit, apres auoir quelque temps regardé le Ciel, que les ailres marquoient vne heure trop malheureufe pour entrer au lo- gis des Ambafladeurs , c’eil pourquoy ils s’aifirent dans la cour, ou ils fe mirent à boire. Le Cban ayant apperceu vn des Pages du fieur Crufius, beau garçon 6c bien fait, il le fit appro- cher deluy, &: s’adreflant au Medecin il luy demanda, s’ll ne letrouuoitpas bien agreable, 6c die qu’il voudroit bien qu’ii E ee i6)j. Le moment quel 1’année commence.
  • IÓ3 7- Billc Ãfttolo- S* Le trncbement Perfe dcuient xtnegat. 4oz VOYAGE DE MOSCOVIE, fuft fon fils. Le Medecin , apres auoir obferuc le Ciei, quoyr qu’il fuft tout couuert, & qu’il fuft encore grand iour, refpon- dit; que fi apres auoir fixement regardé ce garçon, Sc apres auoirbien imprime fonidéeen fa íantaifíe, il alloit coucher auec vne femme, il ne manqueroit pasde faire vn aufíi beau garçon que celuy-là. Ce que le chan Sc fa compagnie crurent comme vn Oracle j de forte quapres auoir quelque temps bien coníideré le Page,il remonta a cheual, Scs enalla. 11 y auoitzSeamachie vn Eclaue Perfe, nommé Faruch; Ie- queleftant Mofcouite de naifíance, auoit efté enleué Sc ven- duen Perfe, ou il auoit efté circoncis eftant encore fort ieu- ne. Il fe plaifoit chez nous, parce qu’il trouuoit en noftre fuite des perfonnes, qui le pouuoient entretenir en falangue * de forte que s’y eftant rendu aífez familier,il nousvint don- ner aduis , que nous cuííions a prendre garde a noftie tru- chement Perfe , nommc George Kaftan : parce qu’il fçauoit qu’il auoit écrit à les parens à IJpahan; que quoy qu’il euft long - temps veicu parmy les Cbreftiens, lls ne dcuoienc pas croire , que pour cela il euft quittéla Religion Mahome¬ tan e, màis qu’il feroit bien-toft aupres deux pour leur don- nerdes preuuesdu contraire. ifft/?4#eftoitPciiede naiftancey Sc auoit depuis quelques années fait Ie voyage d’Angleterre, à la fuite d’vn Ambafladeur, que le Soji y auoit enuoyé. Le mauuais traittement qu’il receuoit de fon maiftre, l’obligea à le quitter pour demeurer en Angleterre , ou il s eftoit fait baptifer. Au bout de quelques années il s'en alia en Mofco- uie, ou nous le trouuafmes, à la fuite du Reftdent d Angleter, re ’qui eftoit fon compere} Se ayant fçeu que nous allions fai¬ re Ie voyage de Perfe, il employa tant d amis, Sc pria auec tant d’inftance le Reftdent, qu'il luy permit enfindefaire le voyage auec nous j ou il promitde nous feruirde truchement. Ce ne fut neantmoins qu’apres qu’il fe fut oblige par ecntde reuenir auec nous, Sc apres des proteftations bien folemneftes, qu’il ne vouloit faire le voyage que pour after querir ce qui luy reftoit de patrimoine ^ afin d’auoir dequoy fe mettre dans le trafic à fon retour. Et de fait, dés que nous arriuafmes à Ardcbil, nous trouuafmes que ftaduis àc Farrucb n auoit efté que trop certain : Car Rttftan ne fut pas fi-toft en lieu, cu ilput expier fon pretendu peché, Sc faire fa declaratioa
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 40} fcurement,qu’il n’allail au fepulchre deleur grand Saint Schich Seji, ou il fit fes deuodons en vray Mahometan 5 dont ií fe fit donner vne atteftation en bonne forme. Nous larreftafmes prifonnier à Ifpahan, mais il fe fauua, 6c fe retira dans 1 Azile, qu’ils appellent Alla. Capi. Il fejettaenfuiteaux pieds du Roy & du se ter, ou Chef de leur fecte, témoigna fa repentance par fes Iarmes, en demanda pardon, fe mit en la prote&ion du Roy, 6c demeura en Perfe. Le vingt-deuxiéme Mars Ie P. Ambrojto, vint prendre congé de nous, pourretourner à fon Conuent à Tiflis. Le vingt-quatriémeMarsle chan fit partir Iesétreines, que Ies Gouuerneurs ont accouftumé d’enuoyer au Roy au com¬ mencement de 1’année, 6c qui eftoient d’autant plus beaux, que la difgrace 6c Ia mort de fon frere luy impofoit la neceífitcde rechercher les bonnes graces de fon Prince. Ce prefent confi- ftoit en plufieurs beaux cheuaux, en de riches harnois, en quel- ques chameaux charges de'cuirs de Rufie, de plufieurs autres belles eftoffes, 6c de trente coettes, remplies de duuet de cy- Í;ne: mais ce qui augmentoit le prix de ce riche prefent, ce fut a beauté d’vn bon nombre de ieunes garçons 6c de belles filies, qu’il y auoit adioufte. Le chan fortit luy-mefmedela ville, à deíTein, comme 1’ondifoit, deconduire le prefent à deuxou trois Iieues delà} mais il ne reuint point, afin de fe décharger fur fon Calentcràcs preparatifs de nôtre voyage. Incontinet apres le depart du chan, ron enuoya chez nous vne fomme de foi- xantQTumains ,qui font enuiron mil efeus monnoyede Fran¬ ce , pour le rembourfement de la dépenfe, que nous pouuions auoir faite pendant noílre feiour à Scamachie. Mais dautantque ce neftoit que la moitié de ce que nous auionsà pretendre, fur lepiedque I ‘on auoit pris Iorsde nôtre arriuée, le íieur Brugman nous donna charge, en nous enuoyant au c*/í»/íTpour d’autres affaires, de fçauoir enpaflant, fi e’e- ftoitparl’ordreduRoy, oudumouuementduC/bi#, quel’on nous auoit enuoyé cettefomme, 6c de luy faireentendre, que quoyque l’intention des Ambafiadeurs nefuft pas de prendre de l’argentj neantmoins, puifque le Calcnttr l’auoit enuoyc fousfon cachet, ilsleporteroientainfi cacheté kljpahan.Mais qu’ils ne pouuoient pas empefeher de fe plaindre du tort qu’on leur auoit fait, en les amufantfi long-temps, contreles ordres Iijf. Le Chan e«- uoye les pre- fens au Soli. Rembourfe¬ ment de la dé¬ penfe des Am* ballad curs.
  • 404 VOYAGE DE MOSCOVIE, i 6 3 7? qu’ils auoient receus , de nous faire parrir promptement. Le Calenter reipondit, que ce n’eftoit point à luy à nourrir les Am- baíladeurs, Sc à leur donner de I’argent. Que ce n’eftoit pas à luy non plus que leur maiftreles auoitenuoyez , mais au Roy, Sc que e’eftoit de I’ordre de fa Maiefté qu’il leur auoit enuoyé cette fomme. Qui! ne les pouuoit pas empefcher de s’en plain- dre,mais qu’ils n’y gagneroient rien : que de fon code ilen- uoyeroit leur quittance à la Cour,Sc que e’eftoit Ie chan Sc luy, qui auoient fourny du leur à ce que nous auions defpenfé , auant que l’ordre du Roy fuft arriué. Qufil eftoit bien marry de Hncommodité que les Ambaila- deurs auoient receue , pendant le long fejour qu’ils auoient faiten cette ville j maisque ce n’eftoit point leur faute : veu qu’il auoit efté impoflible de trouucr en ft peu de temps aflez decheuaux Sc de chariots, pour tant degens Sc pour tantde bagage: nous priant qu’auant que de partir, nous luy vouluf- fions fairel’honneur de difner encore vne fois chez luy, ce que- nous fifmes. Le vingt-íeptiéme de Mars Ton nous amena ibixante chariots pour le bagage, Sc pour les malades, Sc fix vingt-dix eheuaux ' Befttiption dc defclle. Nous fifmes encore le mcfme foir partir le Maiftre 3aIchiede Sta" auectoutle bagage. Mais deuantque denousmettre en cheminauec luy ,ilnelera pas horsdepropos dedire icy vn. mot de la ville de Scamachie. P. Bizarro en fon Hiftoire de Per- fe, Sc IofephBarbara en fon voyage, l’appellent tantoft Sum- machia, tantoft Sumachia, ou Samachia, Sc les Efpagnols l’efcri* uent Xamachi, IIy a des Geographes qui la mettent enleurs cartes oudeflousde Derbent; mais lesautres Iap.lacentaudeiTus> Sc il y en a aufti qui Ia mettent deux fois, de peur d’y manquer. Son veritable nom, felon la prononciarion des Perfeseft Sca¬ machie , Sc elle eft á quarante lieues d’Allemagne, ou à fix gran¬ des journees de Verbent. Bien entcndu quand Ton prend le che- min de Ia montagne, oil il faut faire vn grand tour. Car en al¬ lant á pied, ouà cheual ,Ielong de lamer Ca/pie, par la ville de Bakttic, Sc par Ic mont Lahat\, ou le Roy de Perfe a vn bureau pour la traite foraine, Fon fait le chemin aifemet eri deux iours.. Les Chameaux prennent ordinairement Ie dernier chemin, Sc Ie font enquatreou cinq, Sc au plus en fix ou en fept iours, íèlanla charge qu’ils portent. Ceft ia ville capitale de la bel-
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 405 leProuince, que les anciens nommoient Media Atropãtia, ou Media Minor> Sc que l’on appelle auiourd’huy Sehiruan Ce qu’il faut remarquer contrel’erreur de ceux, qui mettenc cette vil- le en Hircanie. Sa íítuation eft à cinquante-quatre degrez, quarance minutes de longitude, Sc à quarante degrez, cin- quante minutes de latitude, dans vn vallon entre deux montai gnes 5 ou elle eft tellement cachée, que I’on ne Ia voit preíque point, quel’on nefoit à Ia porte. Les Perles difent qu’elle a efté baftiepar Schiruan Scbach, Sc qu’elle eftoit autrefois beau- coup plus grande qu’elle n’eft aujourd’huy, parce que I’on y comptoit plus de cinq mille feux. Elle a efté ruinée par les Turcs du temps du Koy Abas; lequel voyant que l’Empereur des Turcs n’en vouloit qu’aux places fortes, pour afleurer fes conqueftes, Sc qu’il nc fe foucioit point des places ouuertes, Sc confiderant d’ailleurs, que tant de villes doles Sc fortifiées luy eftoient inutiles, Sc de trop grande gardeau milieu du Royau- me, il fitabattre les murailles de la partieMeridionale de la ville , qui eftoient les plus fortes. II en fit autant aux villes de Tauris, de Nacbt^uan , deKentza See. Cette partie Meridionale de Scamachie forme comme vne ville particuliere 5 parce qu’elle eft feparee de la Septentriona- le, Iaquelle eft encore auiourd’huy ceinte d’vne bonne murail- le, par vne petite plaine, qui fert de marche commun al’vne Sc â I’autre. Les Perles difent, que le grand Seigneur, apres auoir pris la ville do. Scamachie, fit defcouurir tousles fepulchrcs- Sc en 0ftales pierres, pour les faire employer á la reparation de fes muraillqs. La partie Septentrionalede la ville eft fituéeau pied d’vne petite montagne , Sc eft tant foit peu plus petite quel’autre , n’ayant qu’enuiron huitft ou neuf censfcux. Elle n’a qu’vne fimplemuraillc; Iaquelle eftant fort bafle, Scn’e- ftant accompagnée que d’vn mefehant fofle ,elle ne peut pas empefeher quel on n’entre dans Ia ville àtouteheure. La ville a cinq portes. Ses rues font eftroites, Sc fes maifons bafles,Sc la plulpart bafties de mortier Sc d’argile. Hyena fort peu de brique , ou de pierre de taille. Ses habitans font en partie Armeniens Sc Georgicns , qui ont chacun leur langue par¬ ticuliere j en forte qu’ils ne s’entendroient pasentr’eux, s’ils ne s’aidoientde laTurque, qui eft commune à tous, Sc fort familierej non feulementen Schiruan, mais auifi partoutela E e e iij 1637. Ses rues &m*i- Tons. Ses habitans^ leur langue Sc leur commer¬ ce.
  • 4°^ VOYAGE DE MOS CO VIE, 16i 7- Perfe- Leurplus grand commerce eft d’eftoiFes de foye Sc de cotton> dont il s y fait vne grande quantité, que Ies femmes cc ies enrans mefmes y trouuent de quoy gagner leur vie en fi- lant&en preparant la foye Sc le cotton pour Ies ouuriers. La pluipartde leurs boutiques font dans la partie Meridionale de ia vilie i ou il y a auffi vn Bazar, on marché, auquel aboutiflent p uueura rues, quifont toutes couuertes, pourlacommoditc esMarchands.L on voit aupres de ce marché deux grands ma- gazins, accompagnez de plufieurs chambres 6c galeries, pour ie logementdes Marchands forains, qui vendent endros 6c pour la retraittede leurs marchadifes. Lon appellel’vn Schatk Caruanft°ra, 6c il eft deitine pour Ies Mofcouites, qui y defehar- gent de I eftain, du cuir de Ruffie, du cuivre, des fourures, 6c dautres marchandifes. L’autreque Ionappelle Lofgi Car.uan. fera, aefte bafty pour IesTartares de Circaifie, qui n’y appor- tent point leurs marchandifes,mais ils Ies y amenent:cene font que dcs cheuaux, des femmes, desjeunes garqons, & des belles idles 3 dontilsfont traficentr’euxen leur pais, ouils lesdéro- bent iur Ies frontieres de Mofcouie. Les Iuifs , qui ont auffi Jeurretraitteen ce dernier magazin, par ce que les Moicoui- tes ne Ies veulent point fouffriren leur compagnie,y appor- tent d oTabetf’.rahn\os plus beaux tapis de laine de tout Ie pais- dont Ion n’apporteen Europe que Ie rebut. Les eftoffes dê ioye 6c de cotton , 6c mefme les brocards dor 6c d’argent, commeauffi lesares, les fléches 6c les cimeterres s’yvendentd vn prix fort raifonnable. En reuenant de Perfe, I’Enuoye de Mofcouie, Alexei Sa* ’vumouit^outenuied’entrerdansleMagazin desTartares,6c comme il eftoitde bonne humeur, il voulut marchander’vn garçon de quinze ou feize ans, qui eftoit aflez bien fait, 6c en cmanda leprix a vn Tar tare, qui le luy fit cent efeus. (_Alexei qui n’auoit point de deilein d’achepter, luy en offrit trente! deux; mais le Tartare s’en moequa, 6c donnant de la main fur xes feíies du garçon, dit au Mofcouite, que cette partie íêule luy deuoit valoir dauantage. Ilya auffi dans la vilie trois Hamam, c’efta dire des bains ou es eftuues publiques j dont Tvfage n’eft pas moins ordinaire en Peife qu en Mofcouie.IIy ena deux, qui font communsaux homines 6caux femmes j mais auec cette diftinftion , que les
  • i637- ET DE PERSE, LIV. IV. 407 femmes n’y vont quede iour, Sc leshommesla nuict.La troiíié- me, qu’ils appellenc Hamam Schech eft particuliere aux hom¬ ines. L’on voic aupres decette troiíiéme eíluue deux gros ar- bres, que les Perfes one en grande veneration 3 pour auoir eflé plantes par vn de leurs Saints, nomine Schich M arith, qiueft enterre proche de làdans vn Met^id,ou Eglife, ou la deuotion eft plus f requente qu’en aucun autrcMet^id de la ville; qui en a fix en tout. Lereuenu decette eíluue eít employe à 1’entretien des luminaires, des draps Sc des autres chofes neceíTairespour le faint Sepulchre. Le Gouuerneur, ou chan dela ville de Scam.uhie, commande auíli par toute Ia Prouince, conjointement auec le Calenter, ou Lieutenant duRoy. Le Gouuerneur difpofe des affaires de Ia Iuílice, de Ia Police Sc de la guerre 3 pour Iaquelle il eíl obli¬ ge d’entretenir mil homines du reuenu de fon gouuernement, Sc de fe tenir preil de marcher, au premier ordre qu’on luy en- uoye. Le Lieutenant du Roy a la direction des Finances Sc l’ad- miniilration du Domaine, mais il n’eil point oblige d’aller à la guerreau contraireon le laiífeexprés dans la Prouince, pour y commander en I’abfence del’autre. Le chan s’appelloit Ared, Sc auoit vnefort belle Cour3 quoy qu’il full detres-baife naiilance, fils d’vn paifan du village de Seerab, entre Tauris Sc Ardebili mais la balfeifede fon extra
  • 1637. 4 408 voyage de mosco vie; ne fore aduantageufe, & aueccela toutes les bonnes qualitcs d’vn Commandant, finon qu'ils eftoient tousdeux tellement fujets au vin, qu’on les rencontroit bicn rarement à jeun j mais IeGouuerneur auoit encore cet aduantage lur fonLieutenant, qu’il s*en gaftoit encore plus que luy. Ie puis dire auecque vente, qu’en route cette viile, íe n’ay point trouué le moindre veftige de 1’Antiquité. Car quelque peine que i’aye prife à chercher cette groíle tour , dont Iean Cartvurirt, Gentil-homme Anglois, parle en la relation de fon voyacre de Perfe, ou il dit, qu elle eft baftie de cailloux 6c de pierres de taille, & que Ton y arneflé plufieurs teftes de morts auec la pierre, il m’a efté impoífible de latrouuer, ou d'en ap- prendre aucunes nouuelles. Ueftvray que ie trouuaydeux te¬ ftes d’hommes taillées dans la pierre en vn endroit des muraiL les de la viile * mais perfonne ne me put dire ce qu’elles repre- fentoient. Il eft vray auíli que Ton void dans le voifinage de Ia ville des ruínes d’vn chafteau, qui eftoit autrefois fortifié 5 ain- fique Ie mefme auteur dit ailleurs. Car il eft certain que l on trouueles reftes d’vnetres forte place à vne demy heuedela ville & vers la partie Septentrionale, fur vne fort haute mon* tagne, 6c fort elcarpée, que l’on appelle Kale A uleftban. I’eus la cunofite d’y monter, 6cien’y trouuay nen d entier qu’vnc belle grande caue, 6c proche de lá vn des plusprofonds puitsqui fe vayent, l’vn 6c I’autre reueftu de la plus bellepierrc de taille que l’on ait iamais employee. L’on nous dit, que cette Prouince auoit autrefois eu fes Rois particuliers, 6c que Schtrua Schach auoit fait baftir ce chafteau, pour l’amour d’vne de fes chaffes ou concubines, qui luy auoit donné le nom, 6c que ce fut Alexandre le Grand, qui fit abattre ce beau baftiment 5 ou l’on n’apas voulu toucher depuis.Mon opinio eft, que la vallee prochainea donné le nom à ce chafteau: parce qu eftant arro- fée d’vn torrent, qui en fait vn des plus beaux lieuxdu monde, 6c qu’eftatauPrintemps couuerte d’vne infinite de bellestuli- pes, que la nature prend plaifir d’y produire, il ne fautpas s e- ftonner fi l’on a donné à ce lieu le nom de Kale A uleftban, c eft â dire le fort, ou le chafteau aux Rofes5 puis que les Perfes don- pent le nom deKulefthan^owde val aux roles, atousles heux,ou ils veulent faire trouuer quelque agreement extraordinaire.De forte qu’il n’eft point neceflaire de chercher l’etymologie de
  • ET DE PERSE, LIV. IV. . 409 ce nomdans lesfables,011 dans Ieschofesquipeuuenteftrear- riuées dcuant le temps d’Alexandre Ie Grand, dont les Perles n’ont point de memoire. Aupres de K.uluftnbn, entre ce fort 8c Ia ville deScamachie, ily a auífi deux Chapellesfur vneautre montagne plus haute, cjuecelle dont nous venonsdeparler. Dans la plus grande, qui eít baítie en forme de paralldogramme, il fe voit vn fepulchre fort éleuc, 8c à Pen tour pluíieurs pieces de drap, 8c des gucnil- Iesde routes fortes de couleurs, auec dcs verges de fer, qui •ontlebout en forme de fléches, 8c font attachées ou liéesau fepulchre auec vncordonde foye. Dans I 'autre ilyauoit deux fepulchres ,ornezde Ia mefme façon quelesdeux autres. Ce font des tom beaux de quelques-vns de leurs Saints, aupres defquelsils font fouuent leurs deuotions. De cette derniere Chapelle Pon peut defcendre dans vne grande voute, oà le voit Ie fepulchre d’vne filie d’vn de leurs Roys, nommé Amclek K&r
  • 1 ^5 7* Le feu perpe¬ tuei dcsanciens P ales. Continuation ia voy ge. 410 VOYAGE DE MOSCOVIE, tedu Thrabiflan versla Georgie, onne laiílepasde Ia defeott- urir du Kale X'ulujlhan , & des autres montapnes voiílnes de Scamaebie.C’zil fur cette moncagne d’Elbours,a.ce que I on die,, que les Perles gardoicnt,&:adoroient anciennement leur feu perperuel maisaujourd’huy l’onn’cn voit aueunetrace, ny IA ny aupresde/t/?^/, bienqueTeixera , &ceux quile fuiuent, nous vueillent faire croire le contrairc. Il eft certain neant- moins que i’on trouue encore dans les Indcs des Religieux, qui ont dela veneration pour le feu & qui le gardentauec Ic mef- me foin , que les Perfcsen auoient autrefois j ainíi que nous di- rons en laíeconde partie de cetteRelation. Maiscontmuons noftre voyage. Le bagage eftant party le foir du vingt-feptiéme Mars, les Ambafladeurs luiuirent le len- demain ,2c femirent enchemindeuxheuresdeuantle iour. Le lieur Brugman, qui n’eftoit point fatisfait du traitement,que nous auions rcceu à Scamachic, ne voulut point que le Calenter nous fiftl’honneur de nous conduire-j mais donna ordre à ce que I’on délogeaft fans bruit, òc que 1’on allaft à la faueur de Ia nuict à pied, iufques hors de Ia porte, ou nous montaímes à cheual. Apresauoirenuironfaitdeuxlieues, noustrouuafmes viiEfcoíToisdenoílrefuitc, nommc Alexandre chambre, aííis dans vn chariot, roide mort, quoy que lors que le bagagefuc charge , il íemblaft qu’ii fe portoit beaucoup mieux , 6c qu’ii eíloit cn eftat de pouuoir faire le voyage. Cequinousobligeai nous arrefter là pourluy rendre les derniers honneurs. Nous i’enterrafmes au pied d’vne colline, toute couuerte d’hiacinthcs ^ aupres du chemin , A la main gauche. Apres cela nous fifmes encore vne demy-lieu S, iuf- quau lepuichred’vn autre Saind , noinmé Vyr Mardcchan ,au pais de Fakcrlu ou nous fuimes contrains de camper A Pair , & fans tentes, eíTuyans ainfi vne des plus fafeheufes nuidsque nous euffions euês en tout le voyage}A caufe de l’orage qui nous, enuoyoiten mefme temps des eclairs, destonnerres,des vents* des pluyes, de la neige, dc de la glace: Le lieur Rrugmane n- chenlTant fur le bruit des tonnerres auec l’artillerie, qu’ii lit tircr plufieursfois. Le lendemain le melme Brugman, s’eftant: apperceu queplufieurs pieces de canon eftoient demeurees, parce qu’ii nyauoit pasaftezde chameaux pour la porter, &: quelcs clieuaux eftoient trop foibles pour les traifner ^femit
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 4n á quereller le Mcbemandar, 6c s cmporta fi fort, qu’il en vine s. iul'qu’auxiniures,8ciufqu’àcracherquandilnommoitIecban r * 6"* 6c le Calcnter & á dirc que Ie Cban Iuy auoic manque de paroled\n d« 6c qu’il auoic mency en tout ce qu’il Iuy auoit dir j mais qu’il bafl»
  • 1 6 3 7- Leconflans des riuieres de Cy- ius , Si d’Ara- lis. Ay ri t. Irontiere des Prouinces de A'ciiiruan Sc de Moiun. 4t* VOYAGE DE MOSCÕVIE, paqitetez fur des vachcs, fur des afnes, Sc fur d’autrcs monta ¬ res, d Vne fa<^on aíTez bizarre, Sc qai repreientoit vne traníl migration fortcroteíque. Depuis ce iour-Iá nous n’eufmes que da beau temps, le Ciei fcrein Sc fans nuages, fínon qu’en paftant quelqitesfois dans les montagnes nous en voy ions leuer le matin, mais ils eftoient auf- 11-toil diííipés par le Soleil. Le*dernicr iour de Mars nous fífmesdeux Iieues,Ie long de la v riuiere, iufques à vn village nommé Tzauat, íur leborddroit du Kur, ou de la riuiere que les anciensappelloient Cyrus, dont toutes les maifons eftoient bafties de roíeaux Se de cannes, Sc couuertes deterre.Leconfiansde cette riuiere aueccelled’v/- raxis ,qu’ils appellêt Aras, cílà vn quartdelieueaudefíusdece village , àtrente-neufdegrez, cinquante-quatre minutes d’é- leuation: le Cyrus venant du Oiiejf, N ort~ o iieft, Sc/’Aras du S/t- douefi. Le licSb tie ces deux riuieres a enuironcentquarantepas. de large. LCurs eaux font noires Scprofondes, Sc leurs bords aft- fezreleuez. Ceux de là riuiere, 8c toutes les prairies dela Pro- uince de Mokan, eíloient couuertes de regalille, qui a bien fou- uentlatigegroflecommelebras, Sc le íuc fans comparaifon plus doux Sc plus agreable , que de celle de noftre Europe. La riuiere de Kur fert de frontiere commune aux deux Pro- uinces de Schiruan Sc de Mokan, Sc a vn pont debatteaux au- pres deTzavuat. Nous y paíTafmes le deuxie'me Auril, Sc trou- uâfmes de 1’autre coílé de la riuiere vn autre Mebemandar y que le cban,ou Gouuerneur à% A rdebil ,auoit cnuoyéaudeuant de nous, pour nous feruir dans Ia íuite de noftre voyage, iuf- qu’à la villc capitale de fon gouucrnement. 11 auoit fait ame- ner pour noftre monture, Sc pour lebagage, quarante cha- meaux Sc troiscens cheuaux; parce que tout le refte duche - min eftanttres-difficile, à caufe des montagnes Sc des vallées continuelles, lecharroy nous eut efté entierement inutile. II nous fournit auíli des viuresen abondance; ordonnant que Ton nous donnaft dix moutons, trente batmans de vin par iour, Sc du ris, du beurre, des oeufs, des amendes , des raifíns, des pomvnesSexle toutes fortes d’autres fruits, àdiferetion. Ainíi nous partifmes le Dimanche apres le Prefche prenant nô- tre chemin le long de la riuiere à’Aras , pendant vne bonne lieue. Nous Iogcafmes ce foir-láàvne demy lieue de la riuie-
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 41} re, à 1’entrée d’vne grande bruyere , dans des huttes, que le Me hemAndar auoic fair dreíTer exprés, pour noftre cominodité. Lc troifiéme Auril nous pafíafines Ia bruyere , qui a quaere farfangues, ou licuesde Perfe d’eftendue, Sc nous cou- chafmes encore cerce nuiât - lâ dans des huttes , comine nous auions faie Ia nuiét precedente. Nous auions veu tout Ie iour cn tres.grand nombre, vòeefpçcc de ccrfs, quelesTurcs appelIentT^V/ra», Sc les Vcvfes Ahu > qui reíTemblent en qucl- que façon â nos dains, finon qu’ils font pluftoft roux que fau- ues, ôcleur boisn’a pointd’andotiillerj mais il eft vny Sc cou- chcfurledos, comme ies cornes des chevreuls. Ils font fort viftes, Sclonn’envoit, àce que Ton nous die, qu’en la Pro- uincede Mokan, Sc aupres de SCAmachie, de KarraLach SC de M err Age. Le quatriéme d’Aurilnous fufmesobligezdequitcerle che- min de la bruyere, quoy que ce fuft Ie plus court, pour en pren¬ dre vn autre, qui nous conduific, par vn grand detour de plus de fix lieuês,ávnTorrent nõmé Balharu.^zxce. qu’en allant par la bruyere, nous n’euifions point trouué d’eau, ny pour nous ny pour noscheuaux. Nous trouuafmes en ce lieu-iâ quantité de tortucs, qui auoient fait Ieurs nids le long du bord , Sc dans le fable des collines :maistous expofezauSoleildu midy, afinde donner plus de chaleur á Ieurs oeufs, qu’ils ne font efclorre que dans Je fable chaud, ou plutoft ardent. Nous apperceulines quelques homines de l’autrecofte du Torrent ^ cequi donna à quelques-vns de nos gens Iacuriofite dele pafler, pour voir leur Paeon de viure. Leurs enfans eftoient tout nuds, Sc les per- fonnes âgées n auoient pour tout habit qu’vne chemifede cot¬ ton. Lespauures gens nous firent grand chere, & nous appor- terentdulaict. Uscroyoient quele Roy dePerfe nous auoitfait venir,pour leferuirenla guerre contre Ie Turc^ e’eft pour- quoy ils nous dofinerent leur benediction , fouhaittoient que Dieufiftfuirleur ennerr.y, Selenoftredeuantnous iufqu’a Stampel; e’eft à dire iufqu’a Conftantinople. Lecinquiéme Auril nous acheuafmes depafteria bruyere àcMokAn , & arriuafines á lamontagne Sc au Pais de BetTgr- nan , apres auoir pafte douze fois vnefeule petite riuierc, aui fait autant de tours fur ce chemin lâ. Nous fifines ce iour-Ià cinq lieucs, Sc logeafmes la nuicl dans vn village , nommé Ffiiij 1 6 J7- Ahu efpecc de ccrf. Quanta* de torcues. Habitans dece pa'is-li. Pais deBetzii- nan. %
  • 1 ^3 7* Village tlefm àcaufcdelape* fte. Hutres Tarta- les. 414 VOYAGE DE MOSCOVIE,' SchechmurAt. Touces lcs maifons eftoicnt bafties au pied de la montagne, ôcpartie dans la moncagne mefme, 6c couuerces de rofeaux: mais nous n’y trouuâmes perfonne* parce quc ceux qui conduifoient leprefent du Chan de Scamachiei IJpahan^ auoientfait accroire aux paiTans, en pallànt par-là, que nous eftions des barbares, qui nc nous contentions point de prendre & depillertout,mais qui outragions Sc battions encore nos holies j e’eft pourquoy ils s’efloient allé cacher dans Ies ro- chersde la montagne voiiine. II y cut quelques-vns delacom- pagnie, qui monterentfur vne fort haute montagne, pour y chercher des fimples Sc pour découurir le pais voifin ; mais l’on n'y en trouua point du tout, Sc mefmes lesautres montagnes- plusproches, quieftoient encore plushautes nous oilerent en- tierement la veue de la campagne. On n’y vitrien deremarque 5 finon qu’au hautde la mon¬ tagne il fourdoit vne tres-belle fontaine, aupres de laquelle nous vifmes fortir de la creuafle d’vn rocher vn cancre, ou vne efpece de 7(rabhe, que quelques-vns d’entre nous, qui n’enauoient iamaisveu, prenoient pour vn animal venimeux. L’auteurcroit que e’eft vn poiiTon demer: mais ilfe trompe ; car ce n’eil proprement que l’animal que 1 ’on appelie en Latin Cuncer, qui fetrouue dans les riuieres, Sc eft d’vne efpece dif- ferente de l’efcrevifle commune, que Ton appelie ^icafius, Nous nousaififmes aupres de la fontaine, Sc beufmes à la fantc de nos amis d’Allemagne, de ce que la nature nous fourniiToic furle lieu. Le fixieme Avvil, il nous fut impoffible de faire plus de deux licues, par des montagnes Stpar des rochers, oimous vifmes grand nombre de figu ers, que la terre y produifoit fans aucune culture. Nous arriuafmes fur le foir à vn village ruinc, nomrac Dijla mais à peine auions nous prisnos quartiers, Sc fait déchargcr le bagage, que 1’on nous vint dire que e’eitoic la peite, que leprecedent Automne auoit confumé tons les ha- bitans dulieu5 ce qui nous le fit abandonner auifi-tofl. Les Ambafladeurs fefirent drefler vne tente à la campagne, mais route la fuite n’eutd’abord autre cotiuertqueleCiel; iufqu’a ce que leMihemantlar cutenuoyé querir quelqueshuttes Tar- tares , quel’on nous apportafur le foir bien tard chargees fur des bccufs. Cette force de huttes fe fait de plufieurs piece#
  • . ET D E PERSE , LIV. IV. 4lJ de bois, qui tienncnt routes enfemble par vn des bouts, en for- i 63 7. tequ’elles peuuenteftredreflees & ferrcesenvnmoment. Le íieur d'/ chterits, quis’etoitvnpeu amufe dans le village, pour fairerechargerle bagage,enarriuant à la tente des ÁmhaíTa- deurs, fut íimal traité de paroles parle íieur Brugman, qui Iuy reprochaqu’il venoit d’vne maifon infectee, pour leur donner lapeíle, qu’il cn prit lafiévre. II y en eut, qui voyansle temps fort couuertScfroid ,nelaif- ferentpas de s’enfermer dans vne maifon, ouil firent bon feu & grand cherc, du vin qu ils auoient gardé du iour precedent, & paíTerent toute Ia nuict à fe diuertir, Sc à chanter pour charmer la melancolie , Sc pour s’eloigner de la mauuaiie humeur de Brugman , qu’ils n’apprehendoient pas moins que le mauuais air. Les Indicns auoient commence à bailir en ce lieu-la vn Carttanfcra ^ pour la^commodité du commerce, qui efloit dcíia bien auance, mais la peíle auoit fait cefTerl’ou- urage. Le feptieme nous eufines vne grande Sc fafcheuíeiournée ■ Fafcheuxtcps, faifansaugrandtrotpar la montagne dix bonnes lieues, fans repaiilre, dans le froid, le vent St la neige , qui n’oilerent pas fculement le courage St la force a nos gens , dont pluiieurs deuinrent malades, mais qui trauaillerent auifi les chameaux en forte , qu’il y en eut pluiieurs qui s'abattircnt fous leurs charges. II y a quantité d’abfynthe en tons ces quartiers.U, Sc meSk* ™£' 1 onnous dlt ,que l’herbe y eft tellement venimeufe, que ii les cheuaux, ou les autres belles en mangent, ilsmeurent auili- toil 5 ce qui nous obligea A faire cette traitte fans debridcr. Nous pailufmes fur le midy a la veuc d’vn Caruanjcra, nommé > dontIe bailiment elides plus grands que nous ayons LcRoy dep»~ veu. Nous rencontrafmes proche de là vn Perfe, qui eiloitfort fc cnuo7e vn leíle Sc parfaitement bien monté, fumy de deux valets, qui KaníeÍTw nous dit, que le Roy l’auoit enuoyc pour nous feruirdeii/c/^ des Ambafli- mandar, pour donner ordre à noilre fubiiilance, Sc pour dcu“: nous conduireau pluíloílà lá Cour. Nous Iogeafmesce foir Ià dans vn village, nommé Tz.anlu, au pied d’vne montagne • ou nous trouuafmes de fort beaux jardins, Sc quantité d’ar- bres frui&iers, mais point de bois pour nous chauffer. e’eit pourquoy nous fufmes contrains de nous feruir de la hence de vache > de cheuaux Sc de chameaux. Nous fifmes cette
  • 4i6 VOYAGE DE MOSCOVIE, JÓ3 7. nuiá-Ià partir noilre Fourrier, pour faire les quartiers iAr- debit. , Lc huicliémenous remontaimes Acheual apres Ie dejeuner , & apres auoir fait trois bonnes lieues par Iamontagnede T^i- %etlu, nous trouuaiines aupied lariuieredeiif4r4y#,quifourd en la montagne de Bahru, au pais de Kilan. Nous la paiTafmes aupres du village de Samaian, iur vn beau pont de pierre, ayant fix belles arcades fur trente-huid toifes de longueur. Nous acheuafmes noilre journée à vne demy lieucdelà, dansyn vil¬ lage , nommcThabednr, àdeux petiteslieues d’Ardebil,on nous paiTafmes la nuid. Le lendemain, qui eftoit le iour de Pafques, nousy vifmes de quelle façon les habitans couurentles murail- les des maifons de fiente * pour la faire feicher au Soled , 2\- la rendre combuftible tmais nousy ibuffrilmesauili vnehornble periecution de poux 2c de puces, 2c dautres vilainies, done nous fufmes tous couuerts. Le neufiéme nous celebrafmes noilre Pafque , commençans la Fefte par le bruit de noilre artillerie &c mouiqueterie, que nous fifmes décharger trois fois. A pres cela nous fifmes faire lePrefche, 2c nous fifmes nos deuotions. Sur lemidynous fufmes vificez pax noilre nouuca.ii lithe- r» andar, qui s'appelloit Net^efebek, & eftoit hommedetres- bonne humeur. Il nous vint faire compliment fur la Fefte, 2c nous apporta vn prefent de cinq poiftons fechcz au Solcil, d’vn plat plein de pain, de grenades , de pommes, 2c d’vne forte de poires que ie n’auois encore veue, faites comme vn citron, 2c pleines d vn jus de tres-bon gouft, 2c de tres-agreable odeur, des concombres fales, de 1 ail confit, & du vin de Schiras, qui eft celuy que l’on eftime le plus en Perfe. Lc dixiéme Auril, lendemain dcPafques, nous fiimes no¬ ilre entree tl Ardebil, quail auec les mefmes ceremonies, mais auec plus de pompe 6c de magnificence, que nous n anions faitiscamachie. Surle midy nous rencontrafmes vne troupe de Caualiers qui s’en retournerent auili-toft, apres nousauoir reconnus 2cfaliiez. . , Entrée des Aupresdu Village de Kclheran > qui eft fi beau, qu avoir de Ambaffadeurs loin fes clochers, ou tours, qui y font en grand nombre, 6c qui à Ardebil. paroiilent fort: parce qu’ils font baftis de pierres de plufieurs ' couleurs,
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 417 «ouleurs, nouscroyions d’abordque ce fuft la ville mefme, 1637* quoy qu’il en foit éloigné d’vne demy lieue, nous trouuafmes a la tefte d’vne grande troupe de Caualerie, le Calenter d’ Ardebil^ nomine T*leb chan, homme âgé 6c fort maigre. H falua Ies Ambafíadeurs, 6c fe mit àlcur coílé. Apres auoir palfe le villa¬ ge , nous vifmes dans vne grande plaine quantite degcns de pied 6c de cheual, qui s’ouurirent pour nous faire pailage. A quelques pas delà, nous vifmes venir á trauers champ, à la te¬ fte d’vn gros de plus de mille cheuaux, le Gouucrneur d'Arde- bil, nomméKelbele chan. C’eftoit vn petit homme, maisde bonne mine 6c d’agreablehumeur. Apres les premiers compli- mens,il fe mit au milieu des AmbaiTadeurs.Deuant noftre trou¬ pe marchoient deux garçons, ayans des peaux de mouton de plufieurscouleurs fur des chemifes blanches, 6c portans cha- cunau bout d’vne Iongueperche 6c fort menue vne orange, 6c l’on difoit que ces perches eftoient de hois de datte. IlslifoieiTt 6c cnantoierft dans vn Liure des vers fait á I’hon- neurde Mahomet, d’Aly, ScdeSchah Soji. Us eftoient fils oudif- ciples d’vn certain Abdatta, dont nous parlerons cy-apres. En fuitte de ccux-cy venoient d’autres qui eftoient habillez de blanc, 6c imitoient le chant du roilignol 6c des auti*es oyfeaux, àmerueille. Auxdeux coftez marchoient les tymbales 6c Ies haut-bois; en quelques endroits on danfoit à Ia ronde aux chanfons, 6c en d’autres 1’on danfoit d’vne autre façon. Ii y en auoit qui jettoient leurs bonnets en Pair, 6c les reprenoient auec des cris 6c auec desexclamatiõsde jove. II y en auoit d’au¬ tres qui fautoient auec des petites Chapelles fur la tefte, de la mefme façon que ceux que nous auions veus A Scamachie , lors que l’on y celebroit la memoire de la mort d'Aly. Aupres de la villeeftoit vne double haye dc gardes, qui auoient leurs arcs & leurs fléches àlamain, lacottede maille au corps, 6c la te- fte couuerte de petits bonnets, en forme de calotte, qu’ils ap- pellent Aratskin , dans lefquels ils auoient plante forces plu¬ mes , dont le boutpaflbit A quelques-vns par le bonnet iufques dans lapeau mefme. Plufieurs d’entr’eux auoient lecorpsnud iufqu’a la ceinture, 6c bien qu’ils euflent la chair des bras 6c de 1’eftomach mefme percée de bayonnettes, ou de poignards, ils n’en temoignoient aucun fentiment de douleur 5 ce qui nous faifoit croire qu’ily auoit du charme, 6c quee’eftoient
  • 1*37* Le Gouuerneur leurdonne la sellation. £>eícription áe la maifon du Coan, 418 VOYAGE DE MOSCOVIE, des forciers, dont le nombre eft fort grand par toute Ia Perfe. Il y audit auífivnebanded'Indiens, qui enpaíTant nous falue- rent à leur ordinaire , d’vne profonde inclination de la cclbe, 5c enportant les mains à 1’eftomach. En approchant deia vil- leilyeut vneíl grande affluence de peuple, que nous nepou- uionspasanancercent pas, fans fairehalte; de (orte que 1 on fut contraint de Ia chaíler à coups de foiiet, Sc de nerfs de boeuf, pour 1’obliger à faire place: Sc dans la ville , toutes les feneftres, les toicfs, les clochers, les arbresfefondoient fous le monde, qui eftoit accouru de tous coftez pour nous voir paíTer. Le Gouuerneur nous fit entrerpar vn grand iardin , dans vne belle maifon de plaifance , ou ilfallut monter par dix de- grez , 6c nous traitta d’vne íuperbe collation dans vne tres- belle gallerie , faifant 1’honneur à tous ceux qui cífcoient montezauecles AmbaíTadeurs, de Icur prefenter de fa main vn vale plein de vin, pendant que le refte de la fuite eftoit traitté en bas dans vne tente , que I'on auoit drellee exprés pour cét eftet. La collation eftoit accompagnée de la meil- leure mufique que lepais auoit pu fournir, ôc d’vne danfede leurs OchtTyi, ou Archers, qui danfansà Ia cadence leurs arcs a la main , reprefentoient vne efpece de ballet , que leur iu- ftefte rendoit bien plus agreable, que le chant de ces deux garçons, fils d’ AbdalU, qui auec leurs oranges à la main, chan, toient fortfericulement lesloiiansjesdeleur Prophete. Apres la collation Sele diuertiíTement, 1 on conduiftt les Ambafla- deursen vn fort grand logis, qu’on leur auoit marque en vn des beaux endroits de la ville; appartenant autrefois a Saru Chut\a, Chancelier de Perfe. Ceux de la finte furent logez dans le voiílnage >ou leurs hofteseureqt le foin de les accom- moder. Cette maiíon de plaifance , eftant vn des beaux baftimens que i’aye veus, merite bien que’en fafte icy vne deícription plus particuliere. Sulfugar chan , Predeceíletir de Kelbele ebun au Gouuernement &Ardebil, Sc homme puiílamnient riche, 1’auoit fait baft ir fur vn modele, qu’il auoit fait appor- ter de Turquie. Son baftiment eftoit en forme d octagone, 6c auoit fes trois eftages , cleuez cn forte, que Part n’y auoit laiilerien à deílrer. 11 n’y en auoit point, qui ne fuftaccompa-
  • ET D E PERSE , LIV. IV. 4i9 gné de fes fontaines, done le jetpaíToit la hauteur de toute Jamaifon. Les murs eftoient reueíxus de pierres Iuifantes, de toutes fortes de couleurs, bleué, verte, rouge, 6c de toutes fortes de figures, 6c tous fes planchers couuertsde riches ta¬ pis du pais. Tout autour dela inaifon regnoit vne grande gal- lerie toute baftic de marbre, 6c cmbellie d vne peinture à fleurs6cfeiiillages. Avn des coins de cetee gallerie fe voyoit vnpetit eftrade, de quatrepieds en quarré, couuert d’vn ta¬ pis en broderie, ayant au milieu vn petit matelas ouuragé d’or6cdeíoye5pour faire connoiftreque le Roy,en paflant vn iour à ArdebU, y auoit eftéaífis, cequi rendoit lelieu fi ve¬ nerable , qu’afin que perfonne n’en approchaft, on 1’auoit feri med’vnebaluftrade defer. Lemefme Sulfugarchan auoit fait baftir encore vneautrcmaifon de plaifance ,dans vn grandjar- din, aupres d’vn pont de pierre, hors de la ville : mais Iors de noftrepaflageelle eftoit toutedeferte ,dcpuis Iamort deSul- fag*r, qui auoit efté execute, al’inftigation de Kartz,ogarCban% General dc 1’armée de Pcrfc. L’autre maifon, qui eftoit dans Ia ville, auoit efté donnéepar le Roy à Kelbele-tban, pouren joiiir fa vie durant. Le lendemain de noftrc arriuce, qui eftoit 1’onziéme d’Auril, lon apportaaux AmbaíTadeurs de la cuifine de ScbicbSeJi Le Thabcriki quieft vne certaine quantité de viande, quel’ony fournit pourtrois rcp'as , aux grands Seigneurs 6c aux autres perfonnes de qualité, qui páflent en cette ville 5 par vne infti- tution deuotieufe que lon a faite aupres du corps de ScbicbSc- f, auteur 6c fondateurde la Religion des Perles, 6c aupres dc celuy dudeftunct Roy, dont les fepulcíires font à Ardtb /. No- ftr eThaberik nous'fu t apporté 01131. grands plats ou bafllns, pleins 'de ris, de toutes fortes de couleurs, fur 1 equel eftoit la viande; quiconfiftoit en boiiilly 6cenrofty ,endes aumelettes 6c en de la patiflerie, à leur mode. Ceux qui eftoient deftinez pour nous 1'eruir ce difner, portoient les plats fur la tefte, 6c Ics mirentfur vne nappe, quel’on auoit mifeaterre. La chere que nous fifmes fut ailez mediocre, tant à caufe de la peine que nous auions à nous aíTeoir àla mode des Perfes, que parcequ’il nous eftoit defendu de boire du vin au feftindece fhaberik. Nous ne laiftafmes pas de faire oiiir noftre artillerie 6c nostrompettes,6c voulufmes mefme faire vn petit prefenti I 63 7- Veneration des Perfespour leue Prince. Tliaberi!*. Se fer: fan* yin. 1
  • 4ií> VOYAGE DE MOSCOVIE, j 6 j 7. ceux qui nous I’apporterent > mais ils s’en excuferenc, & nous • 7 ’ dirent, que la deuotion du lieu leur defFendoit de receuoir au- cuns prefents. , Les iours fuiuans Ton donna ii bon ordre aux prouiiions de - la cuifine, que nous auions fuiet d'en eftre iatisfaics. L’on nous fourniiFoit tous les iours feize moutons, deux cens ocufs, qua- tre batmans (quifont 16. liures) de beurre, treize liuies de rai- fins fees, fix liures Sc demie d’amendes, cent batmans de vin , deux batmans defyrop, de la farine, du miel &de la volatile Dipenft à Ar- enabondance, fans les prefents extraordinaires, que le Ch»Jt nousfaifoitde iourà autre r de forte que la defpenfe, qui fe fit pendant noftre fejour à Ardebil, monta à 1 960. batmans de pain,áézjo.batmansdevin,a9300. ceufs ,£477. moutons, 5c à 471. agneaux. . vifiteáu Gou- Lc douziéme Avnl nous receufmes la premiere vihte du Bcmetu. Gouuerneur, qui vintofFrir fon ieruice aux Amballadeurs de fort bonne grace , done il nous fit voir enfuiteles efFets dans les occafions. Il depefeha le mefme iour vn extraordinaireà la Cour, pour y donneraduisde noftre arriuée , 5c pour y pren¬ dre les ordrespour la continuation de noftre voyage lcfque.> n’arriuerent neantmoins qu’au bout de deux mois. Le vingt-vniéme Avril vn Euefque Armenien vint voir les Ambafladeurs. Ileftoit depuis pcuarriuédela ville d'Eruan> & eftoit homme de fort bon entretien , & nous dit plufieurs particularitez touchant I’eftat des Eglifes Chreftiennes en Afie. Il nous conta entr’autres, qu’il y auoit aupres d’ Erttan vn Conucnt de plus de quatre cens Religieux, Sc qu’ily auoit dans les montavnes, entre XAras 5c 1 e/#r, plusde mille villages, habitez par des Chreftiens, 5c qu’ily auoit encore outre cela aupres de Capvuin 5c de Tauris, plus de deux mille families, qui comDofoient en tout plus de cinq cens Eglifes. 11 y adiou- fta , que les Turcs auoient depuis peu emmcné plus de quinze cens Chreftiens , 5c fe loiia fort du Key de Perfe, 5c du foin qu’il auoit de leur faire eonferuer .leurs priuileges, 5c ne les charger point de tailles, comme fait leTurcj nouspriant dc re- commander leurs intereib au Roy, quand nous ferions arriuez Vifitei’vn E- iiefque Arnie- nicn. Eglifes Chre- ftienncs en Eeifc. Ewrban,on fa- Le vingt-cinquiéme Avril, qui eft felon les Árabes Icdixié- crifice des Per- iour du mois silhdtza, eftoit le grand Bair a.m, ©u ia r eice 1
  • 16 37' ET DE PERSE , LIV. IV. 411
  • 1 6 3 7* Tauffe liiftoite Au facrificcd’A- fciaiujn. 4ii VOYAGE DE MOSCOVIE, f>arce qu’ils s’imaginent, que la fueur, que ce mouuemcnc vio- ent excite, Sc faitfortir du corps, emportetous leurs pechés, & les nettoye de toutes leurs ordures. Les femmes, qui pour- roient eftre incommodées de cette marche, ont ia liberte de fe trouflerle fein d’vne efcharpe, qui a vnnom particular, Sc on I’appelle Scawacbi^e. LedixiémeiourdumoisdeSilhat%*eft celuy dcleur gran¬ de dcuotion. Ce iour là tous les Pelerins fe rendent au mont d'Ar-:fat; qu’ilsdifent eftre Ielieu oit le Patriarche Abraham deuoitfacrifier fon fils, Sc ilsy paflent route la nuiéfc en prieres. Vers l’aube duiour ils defcendent à la ville de la Mcqttc, ou. leur Het^a*, ou grand Sacrificateur, fait vne procefiion, en conduifant paries principales rues le Chameau, que l’on a deftiné pour le facrifice. Le poil de ce chameau leur eft vne re- lique bien pretieufe; e'eft pourquoy les Pelerins fepreflent fort pour s’approcher de cét animal, Sc luy en arrachent quelqucs- vns,qu’ilss’attachent au bras, comrne vne chofe tres-fainre. L QHet^as % apresauoir bien fait promener cette befte, la mei- neau cMaidan, e’eft à dire au grand marche, Sc la met entre les mains duBailly, ou du Iugede la. ville, qu ils appellant Da- y0g*,qui fe faitaífifterdequelquesautres Officiers,Sclatueà coups de hache, en luy en donnant plufieurs au delfous de la te- fte, dans la gorge Sedans la poitrine. Dcs que le Chameau eft mort, tousles Pelerins tafehent d’enemporter vn lopin, Scs’y fourent auec tant d’emprefle- mentScdedefordre,lecoufteau à la main, queces deuotions ne fe fontiamais, qu’il n’y ait plufieurs Pelerins de tuez Sc de bleftes , qui trouuent apres cela place dans leur Martyrolo- ge. Apres toutes ces ceremonies ils vont en procefiion â l’entour de la Mofquée , ils baifent vne pierre , qui eft de- meuree de refte du baftiment, Sc ils prennent de l’eau, qui paife par vn canal doré par deifus la Mofquce, Sc I’empor- tent comme vnerelique, auec vne petite piece d’vn certain bois noiraftre, dont l’on aaccouftumc defaire les cure-dents. Quand les Pelerins font de retour de leur voyage, on les ap- pelle Hat%i, Sc ils font comme des Nazareens, voiiésàDieu* parcequ’il leur eft deffendu de boire du vin le refte de leurs iours. C eftal’occafion decepelefinage, Sc du iacrifice qui fe fait
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 4*5 à Ia Mcque, que. nous dirons icy ce que les Perfes 6c les Turcs content de celuy d 'Abraham, de la façon que' Mahomet l’a eí- crite, en alterant la verite de fon hiítoire en toutesfescircon- ftances. Usdifentpremierement, qu’Abraham eftoit fils d 'A. quieftoitfcuípteurde Nemroth,Roy d’Egypte ,6c qu’if auoit efpoufé tor*; laquelle eftoit fi belle, quelc Roy ayantjet- tc lesyeuxfiurelle, Abraham en deuint jaloux, & Pemmena en Arabic: mais voyant qu’elle nefaifoit point d’enfans, ily achetavne efclaue, nommé Hagar, aueclaquelle il coucha, & en cut ifmaU. Hagar cftant prochc de fon terme, 6c ne pou- uantplus fouffrirle mauuais traittement, quelle receuoit de Sara, refolut de fe retirer. Abraham ayant íceufon defefpoir, 6capprehendantqu’ellenefedéfift de fon enfant, en accou- chant fans aucun íecours à la campagne, Ia fuiuit, 6c trouua quellc eftoit defia accouchécd’vn fiis5 qtii en trepignantdes piedsaterre, en auoit fait fortir vnefontaine. Mais Ia fource pouíToitfeseauxen fi grande* abondance, 6c auec tant defor¬ ce , que (lagar ne s’en put pasferuir, pour eftancher fa foif, qui eftoit extreme. Abraham y cftant luruenu, commanda á la fontainede couler plusdoucemcnt ,6c de fouffrir que Ponen puifaftpour boire,6c Payantarreftéepar Iemoyen d’vne petite chaufleedc fable, il en tira dequoy abbreuuer Hagar, 8c fon enfant. L’on appelle encore auiourd’huy cette fontaine Sem- fem} parcequ’Alraham fe feruit deccmot, pour Iafaire arre- fter. Apres cela Sara pria Dieu auec tant de ferueur, qu’il luy donna fon fils lfaac. Quelque temps apres Ia naiílance ftlmacl > PAnge Gabriel apparutà Abraham, 6c luy dit, que Dieu luy ordonnoit de ba- ftir vne maifon fur la riuiere qu'lfmael auoit fait naiftre; 6e fur ce qu’Abraham luy reprefenta, qu’il luy eftoit abfolumenc impoífible de faire vn baíliment au milieu d’vn defert, ou ií n’y auoit que du fable, l’Ange luy refpondit, qu’il ne s’en mift point en peine, 6c que Dieu y pouruoiroit. Et de fait, Abraham ne fe fut pas fi toft rendu au lieu que 1’Ange luy auoit defigné, que lemont d 'Arafat fit fortir de fes quarricres vn grandnombre de pierres, qjui roulerent duhautde lamon- tagne, iufques furle bord de Ia petite riuiere 5 ou il fit vne maifon , que Pon a depuis conuertie en vne Mofquée, quiefit «elíeou les Pelerins de la Mcqne font leurs deuptions. Apres 16)7.
  • *^37- 4^4 VOYAGE DE MOSCOVIE, que le baílimcnt fut acheué, il fe crouua vne feule pierre de re- fte; qui íe mic â parler, 8c à fe plaindre de ce qu’elleauoit efté aflez malheureufe, pourn’auoir point eílé employee àce faint Edifice. Mais Abraham Iuy dit, qu’elle auoit dequoy fe con- foler^parcequ’vn iour elle feroit en plus grande veneration que toutes Ies autres eniemble, & quetous les Fideles, qui ar- riueroient en ce lieu-lá , la baiferoient. C’efi: la pierre dont nousvenonsde parler. Ces gens-ládifent qu’elle eiloit autre¬ fois toute blanche , & qu’elle n’eft deuenue noire, qua force dauoireíté baifée depuis tantdefiecles. Au bout dequelques années lemefme Ange Gabrielappa- rut â Abraham, qui eitoit deuenu fort ricluj Scfort puiilant, 8c Iuy dit, que Dieu luy demandoit vne derniere prcuue de fareconnoiflance , 8c qu’il vouloit, qu’en confideration de rant debenedidions ,il luyfacrifiaft fonfils. Abraham y con- fentit auífi-toíl:, Sceftant retournéaulogis, dit á Hagar, qu’el¬ le fill leuerfonfils 5 qu'clleleIeuaft bien, 8cqu’elle luy mift fes beaux habits 5 afindeparoiftre plus propre auxnopces, ou il auoit deflein de le mener; Ils partirent le lèndemain dés le frand matin, 8c prirent le chemin du mont à' Arafat; Abra- amemportantauec luy vn boncouiteau 8c des cordes. Mais désqu’ils furent partis, le Sceithan, e’eft á dire leDiable, fe prefen ta à Hagar, en forme d’homme , luy reprocha la facilite aueclaquelleellc auoit confenty au voyage de fon fils Jfmail, 8c Iuy dit que tout ce qu Abraham Iuy auoit conte des nopces ou il balloit mener, n’eiloit que des menfonges, 8c qu’il le con- duifoitdroit à la boucherie. hagar luy demanda, pourquoy Abraham auoit voulu en vferainfi , veu qu’il auoit toufiours tefmoigné beaucoup d’affe&ion pour ce fils.Le Diable luy ref- pondit que Dieu 1’auoit ordonné ainfi ; furquoy Hagar repli- qua, que puis que c’eiloir la volonté de Dieu, il y falloit ac- quiefeer; 2c parce que le Diable continua de la prefler en ter- mes plus forts , 8c â la traiter de mere defnaturéc, pourraf- cherde la porter ála rebellion contre Dieu, elle le chargea à beaux coups de pierre. Le Diable n’ayant point fait de for¬ tune dcce cofte-la j 8c n’ayant pu vaincre I’opiniaftrete d’vne femme, s’adreflaa Abraham, refueillaen Iuy Ies tendrefles de pere, luy reprefenta l’horreurdu parricide, qu’ilalloitcom- mettre, Sc luy remontra lepeu d’apparence qu’il y auoit, que Dieu
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 41J Dieu fuft autheur d’vne a&ion fi barbare 8c fidcteftable. Mais i^Abraham, quiconnoiífoit Ies rufes 6c les artifices du galand, le renuoya, 6c pour s’en défaire, luy jetta auífi vne pierre. Le der¬ nier effort queIeDiabIefit,ce tut, en reprefentant à Ifmael I’horreur delamort, 6cle procede brutal de fon pere: mais ilie traitta de la mefme façon qu’auoientfait les deux autres, 6c luy jettaauffi vne pierre. Le pere8c le filseitans arriuezau haut dc la montagne , Abraham prit la parole, 8c dit à Ifmael. Mon fils, ie ne croy pas que tu fcaches le fiijet de noftre voyage, 6c pourquoy iet’ay amend en ce lieu. C’eftque Dieu m’a com- mande de te facrifier: à quoy Ifmael refponditj puis qu’il plaift ainfiàDieu, fa volonté foit faite: feulement teveux-je prier, monpere, quetu m’accordes trois chofes. La premiere, que tu ayes foin de me lier fi bien, que les douleurs de la mort ne me puiflent pas emporter â quelque effort ou rebellion contre toy. L’autre,quetuaiguifes bien ton coufteau, 6c qu’apresmel’a- uoir porte àla gorge, tul’appuyes bien fort, 6c que tu fermes les yeux j de peur que l’atrocite dc cette adion ne t’ofte le cou¬ rage del’acheuer, 6cqu’ainfi ie ne languifle long-temps. Et la troiííéme, qu’eftantde retour au logis, tu fafTes mes recom- mandations à ma mere. slbrabaM, apresluy auoirpromis tout cela, 6c apres auoir bien aiguifé fon coufteau, garotte beau fon fils, luy porte Ie coufteauála gorge,6cenfermant les yeux, l’appuye detoute faforce: mais voyant, en ouurant les yeux, que Ie coufteau n’auoit point fait ouuerture, il fe defpite, 6c s’en va auec fon couíteauá vne pierre , qu’il coupe en deux. 11 en fut tellement furpris, qu’il s’adrcifaau coufteau, 8c luy demanda, pourquoy ayantle trenchant a ffez bon pour couper vne pierre, iln’auoit pas voulu couper la gorge â fon fils, Le coufteau luy refpondit, que Dieu ne l’auoit point voulu. Surcelal’Ange Gabriel prend Abraham parla main, 6c luy dit. Arrefte-toy : Dieu a voulu mettre tafoyal’efpreuue. Délie ton fils, 6c facrifie cebouc: 6c en mefme temps il luy prefenta vn bouc , qu'Abraham offrità Dieu en holocaufte. Ils difent que les trois pierres, que Hagar, Abraham & ifmael jetterent apres lediable, fe voyent encore aujourd buy aupres du grand chemin, entre Mcdinc 6c la Mcque: 6c qu’il s’en eft for¬ me d'eux gros monceaux de cailloux, par Ie foin desPelerins, * » Hhh 1Í37.
  • i637- Pricres pouiles mures. / ( le Gouwernei/r traite les Am- balladeurs. leur fait fça- uoir la more violente du grand Sei¬ gneur. 16 fils da Chã- celier de Perle rend la vilite aua Atr.bafia- deuts. . 416 VOYAGE DE MOSCOVIE, qui fe chargent chacun de trois pierres, pour les jerter au dia- ble, au meimelieu ou font ces monceaux ^afin qu’il ne trouble ble point leurs deudtions. Nous vifmes auffi le mefme iour plus de cinq cens femmes, quialloient deuant leiourau cimetiere pleurer fur le tombeau de leurs maris & parents. II yen auoit quine laiiToient pasde manger, les autres fe faifoient lire quelques paílâges de 1’Alco¬ ran , & celles qui eíloient de quaiité auoient fait dreffer des tentes, pour n’eftre point expofees à la veue des paifans. Cette forte de deuotion pour les morts fe fait ordinairement au temps deleur Orut, ou Carefme. Les Ambafladegrs furent encore ce iour-li traidtez de la cm&nede Sc bach Scfi. La viandefut apportéeen fix grands va- fes decuiure eftamé qu’ils appellent Lenktri, Sc les confiturfcs en neuf grands vafes de porcelaine. Le lendemain le Iestraitta magnifiquem ent d difner, qu’il auoit fait apprefter dans vne maifon de plaifance. Levingt-feptiéme fur lefoir, le Gouuerneur fit partaux Am- bafladeurs des bonnes nouuelles qu’il auoit rcceues de chan Ruftan, General de I’armee du Roy de Perfe, qui Iuy auoic mandé,que les IanniíTaíres, qui s’eftoient mutinez à Con. ftantinople, auoient tué le grand Seigneur, Sc fait prifonniers IesplusconfiderezMiniftresdefaCour. LesPerfesen témoi- gnerentlcur joye par les feux d’artifice, que Je Gouuerneur fiç alIumer,Scparla mufique qui retentilToit par toute Iaville. Les Ambaíladeurs en firent autant de leur coílé, en faifant oui'r leur artillerie, dont on fit fixfois la decharge, Sc fonner la trompette Sc battrele tambour, pendant que du toicfcde leur logis ils voyoient tous les feuxde Iaville. Le Gouuerneur fut fi aife de voir que les AmbaiTadeurs pre- noient fi bonne part à cette joye publique , qu’il leur enuoya deux flacons de vinde schiras, auccvn vafedeverre plein de fucre candis. Le premier iour de May nous celebrafmes le iour de la naif- fance du fieur Crufuts, que l’on finit fur te foir par vn magnifi¬ que fouper, oufetrouua noílre Meber»andahan, accompagnc de quelques perfonnes de condition,
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 417 pour voir les AmbaíTadeurs. Nous luy donnafmes la mufique, 1637. ' 011 il témoigna de prendre grand plaifir, 6c vne fuperbe colla¬ tion , à laquelle on fit tirer le canon, toutes les fois que Ton • beuuoit quelque fante d’importance. LequatorzicmeMay les Perfes commencerent à celebrer Fcfle particu- vneFcile Iugubre, qn’ils appellent Afcbur, qui fignifie dix, [?ienrseauxI>ct* parce qu’elle dure dix iours, Sc commence auec la Lune du mois Maheram. Il n’y a que les Perfes feuls de tous les Maho¬ metans , qui chomment cette Feíle, en memoire de HoJfetn\ fils puifncde Haly , qu’ils tiennent pour vn deleursplus grands Sainds. Leurs legendes difent, qu‘il fut tué dans la guerrc qu’il cutcontrele Çalif Iefied. Il fut d’abord( à cequ’ils con¬ tent ) trauaillé d’vnc foif extraordinaire, parce qu’on luy auoic oftel’eau: Apres cela ,il fut blefle de foixante Sc douze coups de fleches, Sc enfin Stnan ben Anejíi luy donna vn coup d’epce à trailers le corps, Sc ScbemrSuit^aufen achcua de le tuer. Cet- teFeíle dure dix iours, parce que Hojfein eílant party de Me¬ dina, pour a Her à Knfa, fut pourfuiuy dix iours durant par fesennemis, qui le traitterent delafaçon que nousvenonsde dire. Pendant tout cetemps-lá les Perfes s’habillent de dueil, font les trifles, ne permettcnt point que Ie rafoir s’approche de leur teile, quoy qu’en d’autrcs temps ils s’en feruent tous les iours, viuent fort fobrement, ne boiuent point de vin, Sc fe contententd’cau. Toute la ville d'Ardebil eiloit lorsoccu- pereendesdeuotions6cen des ceremonies ellranges. Le iour les enfans 6c les jeunes garçons s’aflembloiem par troupes dans les rues, portans à la main de grandes bannieres, au bout defquelles vers le bout il y auoit des couleuvres de carton, entomllees de la mefme façon que l’on en voit au caducée de Mercure. Les Perfes les appellent Efcbder. Ils fe mettoient aux portes de leurs Metzits, o\x Mofquêcs, Sc cryoicnt les vns apres les autresy4 Hojfein ,ja Hojfein , ceil à dire 0 Hojfein. Sur 1c ibir, parciculierement les trois derniers iours de la Feile, apres lecoucherduSoleil,l’ohvoyoit auili les homines d’age s’aflembler en plufieurs endroits fous des tentes, aueoquan- tité de flambeaux Sc de lanternes, ayansau bout de leurs per¬ ches des oranges, comme les enfans d’Abdulla, chantans, Sc criansauflidpleine teile, leur/a Hojfein , 6cauectant d’efFort, Eftrangcdciw- qu’ils en changeoienc de couleur. Apres auoir chanté ainíi «io“- Hhh ij I
  • 4z8 VOYAGE DE MOSCOVIE, enuiron vne heure, ils s’en retournoient à la ville, Sc paiTdlenr en ProceíTionaaecleurs bannieres Sc leurs torches paries prin¬ cipals rues. Ledixiémc jour 1’on acheua lesdeuotions dela Fefte, Dcsle matin 1’on fit vne Harangued 1’honneur de Hof. fein , à peuprés les mefmes ceremonies, que nous auions veues à la Fefte tidily à Scamachie. Elies fe firent dans la Cour du MefardeSchich'fef.oh I’on auoit arborê aupres de la Chancel- lerie vne banniere, qiu a efté faite, á ce que I’on die r par la fil- le de Fatima., fille de 'JMahomet, qui en fit faire Ie fer, d’vn fer faux miracle, du chcual d’^Jhas, oncle paternel de cMahomet, que Schick Stdredin, fils de Schich Sef, auoit apporté de ^Medina à Arde- btl. Ils content, que cette banniere s ebranle d'elle-mefme toutes les fois que 1’on prononce lenomde Hojfein, pendant le Sermon que Ton fait à fonhonneur, &que lors que IePre- ftre recite les particularitez de fa mort, de quelle facon il fut blcfle de feptante- deux coups de fléche, Sc comment il tom¬ ba du haut en bas de Ton cheual, on la voit agitec par vn mou- uement fecret, mais fi violent, que Ie bafton le rompt, Sc qu’el- le tombe à terre. I’aduoiie que ie ne Pay point veu j mais les Perfes le difent tous ft affirmatiuement ,qu'ils croyent quel’on. n’en doit point douter. Le vingt-quatriéme May, iur Pheure du difiier,. Ie Gou- uerneur fit fçauoiraux Ambaifadeurs, que ccfoir-làils acheue- roient leur Fefte, Sc que s’ils fe vouloient trouuer aux ceremo¬ nies qui fe feroient, ils feroient les biens venus, 8c luy feroient beaucoup d’honneur; mais que ceferoità condition, que s’ac- commodans à la loy des cMufulmans, ils ne boiroient point de vin àla collation. Les Ambafladeurs ie rendirent àPentrce delanuictaulo- Dmiicrcscere- gis du Gouuerneur, qui vintaudeuantd’eux iufqu’a Iaporte icftc” de ia ru^‘ ^autant <3ue ceremonie fe deuoit faire dans la cour ,. ils furent conuiez d’y prendre place du cofté gau¬ che, ou l’on auoit prepare des fieges couuerts de tapis,'pour eux & pour leur fuite, qui euflentefté incommodes,en s’af- feant â la mode des Perfes. L’on auoit mis dcuant eux fur vne nappe, dont l’on auoit couuert Ia terre , plufieurs vafes de porcelaine , auec des eaux fuecrées Sc muiquees, Sc aupres de la table des chandeliers tie cuiure, dela hauteur de quatre paeds 3 auec de la grofle bougie corame aulE des lampes rem~
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 419 plies de haillons , detrempez dans da fuif 6e de la nafte. Le Gouuerneur pritfa place à 1’entrée de la cour , da coité droic de Ia porte, 6cs’aífitaterre. Nosgens auoient deuant eax de grands chandeliers de bois, chargez chacun de vingc ou tren- te bougies. On auoit attache aux murailles plufieurs milliers de lampesde plaftre, toutes remplies de fuif 6c de nafte, qui jettoient vne ÍI grande Iumiere, qu’il lembloit que route la maifon full en feu. L’on auoit tendu au trauers de la cour des cordes ,chargéesdelanternesde papier de diuerfes couleurs , qui rendoient vne Iumiere bien moins éclatante, mais fans comparaifonplus agreable que celle des lampes 6c des falots. Les liabitans d’Ardebil font diitinguez en cinq quartiers, ou meitiers, quis’aflemblent chacun à part, 6c prient quelques Poetes, dont le nonibre eft fort grand en Perlb, de leur faire des vers â la loiiange d'Aly, 6c de Hoj[ún, faiians choix de ceux de parmy eux qui chantent le mieux, ils vont donner la fere- nade au Gouuerneur, qui carefle, 6c regaled’vnprefent d’eau facrée , la bande qui a le mieux reulfi en fon inuention 6c en fa m ufique. Ces Mufíciens eftans arriués, fe rangerent en cinq troupes, en autant d'endroits de la cour, 6c fe prefenterent les vns apres les autres deuan tie Ok*;/, mais ils crioientà haute voix, plú- toft qu’ils ne chantoient, plus de deux heures durant: 6c apres cela elles vinrent toutes parl’ordre du Gouuerneur, faire com¬ pliment aux Ambafifadeurs, 6c leur fouhaitterent vn bon voya¬ ge , 6c vn bon fuccez de leur negotiation á la Cour. On voyoit cependant á vn endroit de la cour danfer fept jeunes garçons, tout nuds, à lareferue des parties que la hontc oblige de cacher. Ils appelloient cette forte de gens Tzjtzaktt y & auoient tout le corps, depuis la tefteiufquesaux pieds, frot- té de fuye 6c de nafte, en forte que leur noir eftant luifant com- me du gés, ils ne reflembloient pas mala des diablotins. Us portoienten leurs mains des cailloux, qu’ils frappoient les vns contre les autres, 6c quelquefois ils s’en battorent lapoitrine, pour témoigner leur dueilde lamort àzHojfein. Ces T^at^akm font des pauures , qui fe déguifent de la forte pour en tirer quelque petit profit, parce qu’on leur permct de demander l’aumofne pendant la Fefte, pour I’amour de HoJJ'ein. La nuift ils necouchent point chez eux, mais dans les cendres que l’ou Hhh ii^ '6 3 7‘ Poetes Perfiia
  • 430 VOYAGE DE MOSCOVIE, 16yj. vuide de la cuifine du Scbich Sefi. II y en a, qui au lieu de iiiye fe frottent de vermilion , afin de mieux reprefenter le tang de Hejfein-, inais nous n’enviimcs point cette fois là. Apres ces ceremonies, leGouuerneurdonna aux Ambafladeurs leplaifir d’vntres-beau feu d’artifice ^ ce qui dépleut à la plufpart des Perfes, qui murmuroient déce qu’il s’amufoit à donncr du diuertiiTemenc aux Chreftiens pendant le temps de leur 4/1 chur, qui ne doit reprefenter que des chofes triftes 6c faf- cheufes. feu d’artifiee. Ce feu eftoit compofé de plufieurs jolies 6e belles inuei"u tions, depetits chafteaux,de tourelles ,delancesôcdegiran- delles, de fufées 6c de petards. Le chafteau, ou l’on mit le feu le premier, auoittroispieds cnquarré, 6e auoitfesmurailles de papier , de toutes fortes de couleurs. L’on allumad’abord plu¬ fieurs petites bougies fur lc bord de fon fofle, qui faifoient voir les figures quieftoientpeintes fur le papier. On en vit fortir des petards 6c des fufées pendant vne bonne heure 6c demie, auantquele chafteau aliaft en l’air.. Aprescelaonmitlefeuà vne autre inuention ,qu’ils appellent uerbendt. C’eftoit com- me vne faulcifle , efpoifle de fix bons pouces, 6c de trois pieds delong Jettantpremierement par deux ouuertures vne pluye de feu, 6e en fuite plufieurs petards & lerpenteaux, qui tõbans parmy lepeuple, mettoientlefeuàleurs veftes de cotton pen¬ dant que l’on tiroit toutes fortes de fufées, qui formoient des eftoiles, ge plufieurs autres figures en l’air. L’on mit auifi le feu à plufieursboiiettes ^ mais ce que nous y admirionsle plus, ce fut vnegroffe bombe qui tenoitpardegrofles chaifnes defer à la terre, 6c vomiiToitdufeu par ion ouuerture, auec vn bruit fi efFroyable, que nous apprehendionsqu’eilene creuaftenfin, Ik n’enuoyaft íes efclats à route lacompagnie, I Is appellent ce feu d’artifice Kumbara. II y auoit des hommes, qui portoient des lanternes de papier à de grandes perches, quieftoient auffi rèmplies de petards: mais ce qu’il yeut de plusdiuertiflant, ce fut quede ces in¬ ternes fortoit vn morceau de linge ,'qui enueloppoit entortil- Jésde plufieurs neuds plufieurs petards, fufées geferpenteaux, qui ayans de la peine à fe degager, faifoient vn eifet admira¬ ble , par les deitours que le feu faifoit par tous les replis de ce Jambeau.D’autres portoient dans Ieurs tabliers vne certame # /
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 451, compofítion ,ouquelqu’vn des paflans mettoit le feu comine i 6 3 7 par mégarde, 8c celuy qui Ia porroic en fecoiiant fon tablier, en faifoit fortír vn grand nombre d’eiloiles, qui bruíloient long-temps aterre. Les Perles fe lenient pour ces feux d’artifice delanafteblan- che, qui effc vne efpece de Petroleum: mais dautant que cetce drogue ne fe trouue que bien rarement en Europe, Ton fe peut feruirpour Ie mefmé eflred de I’efprit'de terebencine re&ifié. Nous y vifines auífi de loin das 1’air des flammes, qui difparoif- foient enmefmetempsqu’elles eftoientallumées. 1’eftimeque ces flammes fe formoient d’vne drogue, que les Mofcouites appellent Plaun: qui n’eftproprement qu’vne poudre jaune, que l'on tire d’vne certaine herbe, qui fe trouue ordinaire- mentà terre dans les forefts, qui font plantées de pins ou de boulleau, Seque l’on appelle proprement en Latin Acanthus, Sc en François tranche orfine. Chaquetige de cette herbe poufle deux boutons, qui meuriílent au mois d’Aouil8c alors les Mofcouites ont grand foinde les cueillir,de lesfairefecher au four, de les battre , 8c de confcruer la poudre, qui en fort, dans des veflies de bceuf, pour la vendre à la liure. Elle a auíli fon vfage en la medecine, parcc qu’elle deflciche, 8c l’on s’en fert vtilement auxplayes Seálagratelle. Mais les Mofcouites sen feruent principalement à leurs diuertiflements,la met- tans dans vne boiiette de fer blanc , faiteen pyramide, dans íaquelleils pouflenr.vn flambeau par le bout qui n’eft point al- lumé, & en-fontpar ce moyen fortir cette poudre, IaqixçIIe pour eftrefort menue, gagne auffi-tofl: la flamme, 8c s’allume ôcdifparoift enmefme temps 5 de forte qu’en pouflant conti- nuellement le flambeau , l’on faità tous moments vne nouuel- leflamme, qui eftfort gaye, 8c fait vn fort bei effet, parce qu’elle nc fait point defumée. Cette poudre ne s’allume point, íi onne 1’agitede lafaçon que nous venons de dire: car mefme enlaverfant furdt*la braiíe, ou en y fourant vne chandelle allumée, elle ne prendroit point feu. Ce feu nous' amufa fort long-temps; de forte qu’il eíloic „ plus de minuid auant que nous nous pufllons rendre au logis, ounousnetrouuafmes rien defifroid que 1’âtre 5 parcc que dans Iacroyance que nous auions, que le Gouuerneur nous donneroità fouper,l’onn’auoitpointdonné ordre à la cuiílne.
  • Rcprelcnta- tion de 1’enter- xement de Hoffein. Deuotionfan- giaute. Description de la vi lie i'Aidebil. 4Jt VOYAGE DE MO SC O VIE, Le lendemaindés le grand matin, auantque le Soldi pa- ruft fur lhprizon, les Perfes fírent vne Proeelfion, qui deuoit rcpreíenrer 1’encerremenc de Hojftin. On y portoit force Efch- der 6c bannieres, ôefon menoit en main plufieurs beaux che- uaux 6c chameaux, couuerts d*vn drap bleu, dans lequel on voyoit grand nombre de fiéches, picquées comme (I elles y auoienteftétiréesá deíTein, reprefenrans cedes que les ame¬ nds auoient cirées fur Hoffein. Ces cheuaux eftoient moncez pardes garçons, qui auoient deuant eux des ccrcueils vuides , fur lefquels on auoic jettc vn pen de paille ou de foin, 6c ils reprefentoient 1’cxtreme affliftion des enfans de Hoffein. Sur quelques-vns de ces cheuaux 1’on auoic mis de beaux tur¬ bans , des cimecerres, des arcs, 6c des carquois pleins de fle- ches. Dés que le Soleil fut leué, l’on vie dans la bafle-cour vn fort grand nombre d’hommes, quifefaifoient faigner au bras, en fi grande quantité, qu’il fembloit qu’on y euft aftbmmé f)luíieurs bceufs. Les ieunes garçons fefaifoient faire des eftafi- ades au deiTus du coude, 6c en frappant de la main fur les playes, enfaifoient jallir lefangfurtout le bras, 6c furlecorps, & encéteftatilscouroientpar couce la vide. Cequ’ilsfonten memoire de Peftufion du lang innocent de Hoffein; croyans expicr par cette action vne partie de leurspechéz :preoccupes qu’ils font de 1’opinion qu’ilsont, que ceux, qui meurent pen¬ dant cetteFeile, fontinfailliblemenc fauuez. Ils parlentaufE auec la mefineafieurancedu faint de ceux qui meurent pen¬ dant la Fefte d'Aly, 6c pendant leur Carefme. Pour ce qui eft de la ville d’Ardebil, que les Turcs imm¬ inent yirafcw/V, 6c que l’on trouue dans les cartes Geographi- ques fous le nom d' Ardonil, elle eft fituée dans la Prouinçe Adirbeit\an, par les anciens appellee Media Major , dont les principales villes font Ardt bil, T abris ou Tauris, M err ague, Nat- fchuan, Miane , Vrumi, Choi 6c Salmas, &c. Ardebil eft vne des plus anciennes 6c des plus celebres villes de tout leRoyaume; non feulement àcaufe du fejour que plufieurs Roysde Perfe y ont fait, mais aufii particulierement, parce que Schich-Sef, autheur de leur fefte y a vefeu, 6c y eft decedé. II y en a qui croyent que l’on peut conjefturer de l’Hiftoire deC^Curce, que e’eft la viile qu’il appelle Arbela. On y voit les combeaux
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 433 des Roys de Perfe, &le commerce y eft ft grand, quecette vil- Jepeut fans difficultc eftremifeau nombre despias confidera- blesde tout 1’Orierit. La langue Turque y eft beaucoup plus commune parmy les habitans que la Perfane. I’y trouuay Péle- uation duPoIe de 38. degrez cinq minutes, òc Ia longitude de 8i. degrezjo. minutes. Sa íituation eftau milieu d’vne grande plaine, quiaplusde trois lieues d’eftendue, &c eft enfermée de tous coftés d’vne grande montagne comme vn Amphitheatre 5 dont la plus hau¬ te, nominee Se be la bn, qui eft versle Ponantdelaville, eft toft- jours couuerte de neige. Vers le Sud fud. eft eft la montagne de la Prouince de Kilan, quel’on nomme Bahru. C’eftacaufede cesmontagnes que Pair y eft tantoft extremement chaud, tan- toft extremcment froid • en forte que dés le mois d'Aouft Pon commece deíla ày fentirlesincommoditezde PAutomne, auf- ii bien que les maladies epidimiques, qui y regnent tous les ans, & qui emportent ordinairement grand nombre de perfonnes. Noftre maifon n’en fut point exempte. Car outre le grand nombre de domeftiques, qui tomberentmalades, le fieur Brug- man noftre Medecin eurent la fiévre, auec des redouble- ments fafeheux, mais particulierement le dernier, qui fut re- duitdans vn eftat, ou Pon n’efperoit plus rien deiavie. Enla. plus grande chaleur du iour, & iuftement à l’heure de midy, ilne maquoitpasdes’y leuer vn grand tourbillon, quiremplif- foittoutela villedepouffiere , maisil ne duroit qu’enuiron vne heure: Le refte du iour & de la nuid eftoit calme j ce qui a donné heuau prouerbe Perfan , quidit, Saba Ardebil, Nimrus Kardebil, e’eft à dire le matin Ardebil, dr amidy plcinede poujsiere. Ce n’eft pas pourtant la qualitc froide de fon climat,mais fa ii- tuation qui y empefche la terre de produire du vin,desmelons, des citroSjdcs oranges,& des grenades,que Pon trouue quail en routes les autres Prouinces de Perfe. Les pommes & les poires, ■& mefmes lespefehesy viennent fort bien. Cequ’il faut en¬ tendre de la ville mefme, & de la plaine, en laquelle elle eft fi- tuée. Car Pair eft fans comparaifon plus chaud 8c plus tempere au pied de lamontagne^ e’eft pourquoy Ion y trouue aufli tou- tes fortes de fruids, & les arbres, qui ne commençoient qu’a poufler leurs boutons i la En d’Avril aux enuirons d’Ardebil, Hi 1637. Si íituation, L’air y eft moins chaud cp’aillcurs, Ferrilitc’ic [am. terroir.
  • 434 VOYAGE DE MOSCOVLE,' 1637. eftoient déja bien aduancez au village d’Alaru, au pied da mont Bakru. Autrementle terroir y eft fort bon, tant pour le labour que pour le pafturage 5 en forte que la plaine, qui n’eft pas fort grande , eft capable de nourrir les habitans de plus de foixante villages, que 1’on peut tous defcouurir de la ville Outre celale reuenu, quele Roy tiredes Bergers Arabes &Turcs,eft fort confiderable -y à caufe de Ia liberte qu’on leur donne, d y faire paiftre leur beftail, & de faire leur commerce en ces quartiers- Ià apres qu’ils ontachetc la protection du Schsch ou embraílé la Religion des Perfes. Le CommisduFermier m’afteura, que depuis quinze iours ilcftoit paflc plus de cent millemoutons fur lepont de la Ville, 8e chaquemoutonpaye quatre fQisbekiy ou deux fols monnoyede France, pour ledroict du pafturage, & autant quand le proprietaire les vend. Ce dernier droit s ap- pelle T%4ubanbeki, & l’autre abfcbur elefcbur, ou droit d eau £c d’herbe , que lesTurcsappellentenvnmotOthbafch. Elie n’a point La ville eft tant-foit peu plus grande que celle de ScArnAchic. ma"s'bcàucoup mais elie n’a point de murailles. II n’y a point de maifon qui ie jardins; n’aitfon jardin -y c’eft pourquoy, à la voir de loin, elie re lie ru¬ ble à vne foreft plutoft qu’a vne ville. Ncantmoins ce nc font que des arbres fruidtiers, parce que le pais ne produilant point de boisàbaftir,ny mefmeàbniler, les habitans font obligez d’en faire venir de la Prouince de XjUn, qui en eft eloignée de fix bonnes iournées. A vnelieue de la ville, vers Ie Sud, eft vn village nommé Scsmasbu, d’oufourd vne petite riuiere nom¬ inee Bdlachlu. Deuant qucd’entrer dans la ville ellelò fcpare en deux branches, dont l’vne coupe la ville, Scl’autre en fait le tour, pour fe rejoindreau fortirdelà, 6C pour fe décharger en- femble dans la riuiere de /(jtrafu. Elles’enftc ft fort au mois d A- vril, lors que les neiges iefondent aux montagnes, que fries habitans de la plaine n’auoient I’induftrie de ladétourner ,par V des chauftecs qu’ils Ieuent du cofté de la ville, elie fcroit capa¬ ble de la noyer. L’oneneutvn exemple du temps de Schach Abas, lors que la violence des eaux ayant rompu les digues, détrempa &abattit en moins de rien vn fort grand nombre de maifons 5 parce que les murailles n’eftans bailies quede mortier de briques cui- tesau Soleil, il n’y en a point, qui puifle refifterau moindrc debordement bdc forte que la riuiere emporta les meubles, Sc
  • i^3 7- ET DE TERSE, LIV. IV. 435 mefmcs plufieurs enfans dans le berceau, comme auífi de noftre temps, le douziéme d’Avril, nous vi fines employer plus de mil homines, qui trauailloient inceflamment a des canaux , 6c á la détourner par le moyen d’vne chauflee, que Ton fit dans la plaine furleborddelariuiere, qui la fit déborder, 6cinondcr toute la campagne voifine. Laville , outre vn grand nombre dc petites rues, ena cinq fort grandes 6c fort larges, nominees DcrvuanáyTabar,Niardovuer, Kumbalan, 6c K afnkufte, que 1 on Sesrucs, a pris foin de border des deux coftez d or-mes 6c de tils, afin d a- uoir de Tombre contre les exceffiues chaleurs du climat. Son marche,ou M aí dan, eft grand 6c beau,ayant plus de trois Son marcKf. cens pas de long fur cent cinquante de large, 6c de tous coftez des boutiques fi bien rangées, qu’il n’y a point de marchandife, nydemeftier quin’ait fon quartierparticulier. A la main droi- te en entrant Ton trouue derriere le fepulchre de Scbich Seji,6c des derniers Roys de Perfe , viic Cfrlctfid toi\M ofcjuee ,dansla- quelle eft enterré vn I wan Sude, ou vn des enfans de leur dou- ze Saints. Les crimineis s’y peuuent retirer pour quelque temps, 6cdela fe fauucr auec facilite au tombeau de Schicb- Scji, qui eft leur grand azile. Au fortirda marchei on entre f^ieh'sefi^ dans vn lieu qu’ils appellent Bajar, ou Ton rencontre d’abord vn grand baftiment quarré 6c vouté, qu’ils appellent JÇaiferie; qui eft comme vne halle, ou fe vendent les plus prccieufes mar- ftft ^ chandifes dh-pais, comme des brocards aor 6c d’argent, de ziie, toutes fortes de pierres precieufes 6c d’eftoffes de foye. Au for- tir delà Ton entre par trois portes en autant de rugs couuertes, qui font bordées de boutiques, oil Ton vend toutes fortes de rnarchandifes. Ony voit auífiçà6c lá plufieurs Caruan feras ou magazins, baftis pour la commoditc des marchands forains, comme Turcs,Tartares, Indiens 6cc Nousy vifmes auffi deux Chinois, quiy auoient apportéá vendre de la porcelaine, 6c plufieurs ouurages delacque. Ilya auffi dans la ville vn fort grand nombre d’eftuues pu¬ bliques , 6c de Metfids, dont la principale eft celle qu’ils appel¬ lent Metfid Adiné, qui eft fituée fur vne colline, quafi aumi- lieu de la ville, 6e ornce d’vn beau clocher. C’eft-laoufefont les plus grandes deuotionsles iours de Fefte , 6c le Vendre- dy,dont elle tire auffi fon nom, Ala porte de la Metjid, ou Eglife, eft vne fontainc, quele deffund SarvCbot^e , autre- Iii ij Ses Metfids ott Mofquc'is.
  • } 6 3 7* Xes Ambafla- deurs vont voir le fcpulchtc de Schicb Sefi. » Pbfent les ar¬ mes à l’cntrée. 436 VOYAGE DE MOSCOVIE,’ mentnommc LMahomet Rifa, Chancelierde Perfe, a fait con- duire iufques en ce Iieu-là, par le moyen d’vn canal fouterrain depuis fa fource ^ qui eft dans vne montagne clpignée de la vil- ledeplusd’vnelieue, vers \eSudef. Les beaux tombeaux de Schicb-Sr/, Se desdernicrs Roys de Perfe, font aupres du Meidan. Les Perfes nomment ce lieu-li Mefar^tí Kebel-chan Gouuerneurde Iavillenousfitlafaucur de nous y faireentrer lelendemain de la Pentecoíle. II nous fit dire auparauant, que puifque nous voulions aller voir Ie faint Sepulchre, nous ferions obligezdenousabftenirde,vin ce iour-lá, 6e que l’on nous apporteroit à fouper de la cuifine deScbich-Sef. Les Ambafladeurs y allerent au for dr du difner, accompa- gnez de touteleurfuite 6c deleurs gardes. La porte, qui nous donnoit entree dans la premiere cour, eft fort grande, Sel’on voyoitau deíTus vnegrofle chaifne d argent, qui eíloit tendue dVncofté à I’autre, 6c y en auoit vne autre pendue perpendi- culairementaumilieu. C’eft vnpreíèntquc ladeuotion d'Aga Chan , Gouuerneurde Merragnè, auoit fait au faint Sepulchre.. Cette premiere cour eft fort grande, 6c toutepauéedc grandes pierres larges, ayant des deux eoftez de grandes voutes, ou il yapluficurs boutiques, Sc fur le derriere vn tres beau jardin public, 6c ouuert à tout Ie monde. Apres que Ie Gouuerneur nous eut receus dansla bafte-^ cour, ilnousmena àvne autre porte, fur laqucllenousvifmes encore vne chaifne d’argent, femblable à la premiere , 6c c’e- itoitvneffet de la deuotion dc Mahomed-chan , Gouuerneur deKentza. A 1’entrée de cette porte Ton nous demanda nos armes ■, parce qu’il n’eft pas permis d’en porter au lieu dc ce Sepulchre, dc quelque nature qu’clles puiifent eilre: de forte quefi vn Perfeauoitefté trouué faifi feulement d’vn couteau, il luy couileroit la vie. Le pas de cette porte, comme aulfi ceuxdetoutes les autres fuiuantes, eftoit de marbre blancôc arrondy, 6c l’on nous aduertit de ne point marcher deffus, mais depaifer pardeilus, Ie pied droit deuant, parce qu’eilant bai- fé par tant de milliers de perfonnes, il n’eftoit pas raifonna- ble, difoient-ils, que nos pieds le prophanaíTent. Delànous entrafmesdans vne autre cour, qm eftoit pour Ie moins aulíi ibngue que la premieremais beaucoup plus ctroite, pauee
  • ET DE PERSE, LIV. TV. 437 de mefme, Sc ayant des voutes Sc boutiques des deux coftez 1637, commel’autre. Aladroite fortoit de la muraille, par vn ro- binet de cuiure, vne tres-belle fontaine, dont leseauxvien- nent d’vne lieueloin, abbreuuer ceux que la deuotion a faie retirer en celieu-là. Au bout de cettecour , àlamaindroite. Ton nous monftra vne belle Sc grande voute, baftie en dome, reueftue par dehors de pierres vertes Sc bleues, Sc par dedans de tapis. Au milieu de cctte voute eíloient deux beaux chan¬ deliers de cuiure, auec lenrs luminaires. Le long des mu- railles eftoient aílis pluficurs Preftres, habillez de blanc, qur , chantoient en criant de toute leur force , témoignans vne grande humilité, Sc vne deuotion extraordinaire, parvnmou- uement continuei d’vn cofté à 1’autre 3 qu’ils faifoient tous en mefme temps, Sc d’vn mefme branfle, Sc auec tant de iu- ftefte, qu’il fembloit, qu’ils fuífent tous attachez àvnemef- mecorde, Scqu’on Ieseufttirez tousàlafois. Celieu-las’ap- ■peWeThfchi/lachanc y parceque Scbicb-Scjí feretiroit-là, tous les ans, pour ieufner, ne mangeant quarante iours durant qu vne Icufne amandepariour, Sc ne beuuant que fortpeu d eau pendant Schicb Sefi, tout ce temps- ià 3 au moins s’il faut croire ee qu’ils en content. De là nous paíTafmes par vne troifíéme porte , fur Iaquelle pendoit auíli vne chaifne d’argent, qu' Alli-Chan , Gouucr- neur de Kappan, y auoit donnée , dans vne autre cour, qui eftoit plus petite que les deux premieres, Sc toute pauée de petits carreaux de diuerfes couleurs. Nous entrafmes au lieu ®er%'ptí°hcfe du fepulchre par vne porte , qui eftoit baftie corame vne grof- °" cpu C fetour, dont les battans eftoient tous couuerts de lames d’ar-- gent ,Sc ornes de plufieurs anneaux de mefme étoffe, qui nous> conduifit dans vn grand baftiment. Le paué de deuant la porte eftoit couuert de tapis, qui marquoient la fainteté du lieu, & Pon nous dit, qu’il falloit qu’â caufe de cela nous oftaffions nosfouliers. Les Ambafladeursfirentd’abord quelque difficulté deren- dre ce.refpect à vn lieu , pour lequelilsne pouuoient point auoir de veneration 3 mais voyans que fans celaon ne Ieurper-- mettroitpas d’y entrer,-ils s’y refolurentenfin.LesPerfes, pour leurfaireentendre, quils ne faifoientrien qui putfaire tort á Iadignité de leur caractere, dirent, que Scbach ^bas mefme,, quancl il venoit voir le fepulchre, fe dechauftbit bien fouuent L 111 iij;
  • 438 VOYAGE DE MOSCOVIE, JÓ3 7. vnedemylieuedelaville ,2cacheuoitIe rcftc duehemin nuds pieds: mais qu’ils n’ofoient pas efperer cecte deuotion de nous autres. Nous paflafmes de là dans vne grande gallerie fort belle, tendue Sc couuertede tapifTerie,- 2c en fuite nous entrafmes par vne autre porte couuerte de lames d'or, dans vn autre beau baftiment vouté. Seach Abas, eftant fur lepoint departir,pour faire la guerre auxTartares Vsbeqttcs, fir vn -veeu, 2c promit de donner vne porte d’or au fepulchre de Scbich Seji à ArdebifU. vne autre ilmtn Rif a, en thorafan,(i Iefuccés defesarmes refpondoit àfesefpcrances: dont il s’ac- quittafort religieufement dés qu’il futde retour, apres auoir remporte fur fesennemis tous les aduantages, qu’il en pouuoit efperer. Cette vouteauoit enuiren quatre toifesen quarré, 6c eífoitefclairée de grand nonTbre de lampes d’or 2c d’argent 5 parmy Iefquels ily enauoitqui auoient plus de trois pieds de diametre. Des deux coftez eftoient affis douze Hafifabns , ou Prefixes, ayans deuant eux,iiir depetits fieges plians, de grands liures deparehemin, ou eftoient écritsen lettres capitales Ára¬ bes, quelques Chapitres de {'Alcoran, qu’ils chantoient quaii de lamefmc façon que nos Moines difent leurs Vefpres, mais auec le mefme mouuement que nous auions veu en TfcbiUacba- ne. Apres auoir trauerfé cette voute , nous arriuafmes à vn au¬ tre appartement, quin’en eíloitfeparé qued’vne grille d’ar- gent, quoy qu’exhaufle de trois marches d’argent, par ou il fallut monter pour y entrer. Apres que le Gouuerneur 2c no- fire truchemenc Ruftan, eurent baife ces degrez, il y entra auec les AmbafTadeurs, qui y firent entrer quatre perfonnes de leur fuite. Cct appartement eftoit plus richement pare qu’aucun des autres, 2c auoit au bout vn autre retranchement cleué de terred’vn pied, dont les grilles eftoient d’or mailif. C’efl: der- rierece retráchement que l’on voit le fepulchre àeSchicb-SeJi, qui eft baily de marbre blanc, mais non point d’or, ainfi que quelques-vns ontécrit. 11 eftoit couuert d’vn tapis de veloux rougecramoifi, 2c éleué de terre de trois pieds, 2cauoit enui,- ronneuf piedsde long fur quatre de large. De la voute pen- doient quelques lampes d’or 6c d’argent, 2c aux deux coftez eftoient deux fort grands chandeliers d’or mailif, oil l’on allvu me des cierges la nuict. q JLa porte de cette grille d’orefloit fermce, 5c quelque in-
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 439 ftancéqucles Ambafladeurs fiftent pour la faire óiiúrrr, ils ne lepurentpasobtenirj les Períèsdilàns que 1’entréedece lieu eftoit deftendue aux Laics, Sc au Roy mefme. Dans ce mefme appartement ou nous eftions, í’on voyoit à la main gauche, dansvne voute feparée, Ie fepulchre du Schach ifmacl pre¬ mier de ce nom, dc la femme de Schich-Scfi, Sc de quelques au- tres Reines de Perfe: maisnous nen púmes voir autre chofe, quece que nous en découuroit 1’ouuerture des rideaux qui en fermoient 1'entrée; & à ce que nous en púmes juger, il n’y auoitrienderemarquable. Nousauions touíioursànoscoftcz vn bon vieiliard, qui auec 1’encenfoir à la main purifioit les lieux, par 011 nous auions pafte. Apres auoir confideré tout ce qu’il y auoit à voir en ce lieu- là, l’on nous conduiíit par ia mefme gallerie, vers la main droi- te,dans vnautre grand appartement, qui eftoit tout voúte & doréj ou nous admirames d’abord la côftruâion du baftiment, lequel approchantde lagran.deur d’vneaftez belle Eghfe, nefe fouftenoit neantmoins que par la force de fa voúte, Sc fans pil- licrs. Cettefalle s'appelle Tzenetfera, Scfertde Bibliotheque. Les liures y eftoient enfermez en des armoires, couchez les vns fur les autres, fans rang fans ordre , maisd’ailleurs par- faitement bien conditionnez. Ils eftoient tous écritsà la main, lesvnsfurd 11 parchemin, lesautres fur du papier, laplufparc en Arabe, Sc quelques-vns en Perfan Sc en Turc, mais tous-forC bien peints, reliez en maroquin de leuant, Sc couuerts de lames d’or Sc d’argent cifelé &: á feiiillages. Les Liures d'Hiftoire fontenrichis deplufieurs reprefentations en miniature. Dans Jes niches de la voúte fevoyoient plus de trois ou quatre cens vafes de porcelaine , Sc quelques-vns de íi grande capacite, qu’ils tenoient plus de quarante pintes de liqueur. L’on n’en employe point d’autres aux repas, que le fepulcre fournitau Roy SeauxgrandsSeigneurs quiy palTent5parce que la faintete du lieu ne permet point, que I’on s’y feme de vaiftel- le d’or ou d’argent. Mefmel’on dit que Schich- seji ne fe feruoit, par grande humilité, que d’ecuelles de bois. Delà l’on nous menaâla cuifine, dont la porte eftoit auffi couuerte de lames d’argent , Sc au dedans la batterie eftoit ii belle, Sc rangée en vn ft bel ordre, que ce n’eftoit pas Ie moindre ornement du lieu. Les grandes marmites eftoient toutes d’vn mefme rang3. 1367; Les Laics ne ie pcuuentpas ap¬ prover dufe- pulchrc. Voute admira¬ ble. Bibliotheque»- La cnifinedece balHmrnt,
  • 44° VOYAGE DE MO'S CO VIE,’ *6} 7. Sc feellces dans la muraille, le long de laquelle paifoit vn tuyau, qui par diuersrobinets decuiurefourniiToicde I’eaua toute la cuifine. LescuifiniersScIes marmitons áuoient chacun leur place,' felon Ies fondtions de leurs charges. Cecte cuifine nourrit tous les iours plusdemille perfonnes, tant de ceuxde la maifon, que des pauures, aufquels on diftribue trois fois le iour du po- €h«W qui s’/ rage, du ris ÕC de la viande5 fçauoirle matin àfixheures, 8c à dix, 8c apres difner a trois. Les deux repas du matin fe font aux dépens de Schich.Sef, qui pourcét efFeta fait vne fondation de cinquanteefcus par iour, 8c letroificme eil vne aumofne quede Roy de Períeyfait faire. II s’y fait outre cela tant d’au- mofnes , que plufieurs particuliersy font diftribuer, qu’elles ne font pas feulement capables de nourrir les pauures ,mais il y enaderefte ,que l’onvend à ceuxqui ont honted’enaller demander. Aux heures decesrepas 1’on ionne deux timbales, qui one efté apportées de Medine , á ce que Fon dit, auec la bannierede Fatima,, par Schich Sedredin . Au fortir de la cui- fine nous entrafmes dansvn tres-beau jardin, ou nousvifmes Tombcauxdes les tom beaux de Sultan Aider, de ^4^ 8c de plufieurs Ro^s ik Pale. autres R0ys dePerfe, â fair, 8c fans aucun ornement, ou au¬ tre couuerture, que de celled’vnepierretoutevnie. Lesprin- cipaux Seigne urs, dont les fepulchres fe voyent cn c QMefchaich font: l. Schich-Sefi, fils de Seid T^eibrail. l. Schich Sedredin , fils àeScf. 3. Schich FTfnid, fils de Sedredin,que les Auteurs Europeens nomment par erreur Gained. 4. Sultan Aider, fils àçT%finid, qui fut efcorché vifparles T urcs. 5. Schich Aider, fils de Sultan Aider. 6. Schach ifmael,filsde Schich Aider. 7. SchachTamaa , fils de Schach Ifmael. 8. Schach Ifmael deuxicme du nom, fils de Schach Tamas. 9. Schach Mahomed Cheddabende, fils de Schach ifmael. Schich
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 44l Sckich Sedrcdin fie faire ce tombeau apres la mort de fon x £ pere,par vn A^chitede, qu’il auoit amené dc Medine, Sc fur lc deífein qu’il en fit luy-mcfme par miracle, (car les Perfes Fable, content que luy Sc Ion pere en ont fait pluficurs) en ce qu’ayant commande à PArchitedc de fermer les yeux , il le rauit: en extafe5 pendam laquelle il luy fit voirle modele,fur lequel il vouloit que ce bailment fuft fait, Sc fur lequel il lefit en efFet icbich 7 ^/'»/W,en y adiouftant la grande cour,8c plulleurs maifons, 1’agrandit en forte, qu’il paroift auiourd’huy com- me vn fort beau Sc grand chafteau, ou il íe rend tous les iours vn fi grand nombre de perfonnes ,pour fcparler ,ou pour fe promencr,qu’il n’y a gueres de cours de Prince,ou il s’en voye dauantage. Les fondations de pluficurs Rois, fes grands reue- s9n trefor sc nus,les preíens que 1 on y fait tous les iours, augmentent íbn-teueau. les richeíTes,tcllement que Ton tient,quefon trefor cft de plu- fieurs millions d or , Sc qu’au befoin ce Mr/àrpourroit leuer Sc entretenir vnepuiífante armée,Sc qu’il fournirojt plus d’argenc comptant que ne fçauroit faire le Roymefme Outre les°fer- mes&les meftairiesqui en dependent, il a dans Arddil deux cent maifons, neuf eftuues publiques, huid Carauanferas ou magafins , cette grande voute, que l’on appelle la Kaifcric, tout le Maidan, auec fes routes Sc auec fes boutiques , cent autres boutiques dans le Bafar-, Sc les marchez au bétail ,au bled, au fel, Sc a lhuile Les Aftafnifshin ou les regratiers, Sc ceuxqui vendent en plein marche, fans boutiques ou eítaux» y doiuent aufli certains droits. Il poflede encore aux enui- rons ò.'/irdebiltrente-trois bourgs ou villages,Sc en la Prouin- cc de Serab cinq villages. Dans la ville de Tauris foixanto maifons Sc cent boutiques, & deux-villages hors dc la ville, plufieurs Carauanferas Sc ciluues dans la ville de Kafuan, 8c dans les Prouinces de Kilan Si d'Afara. Les droits de Abfchttr Sc d Elefchurò.ans la Prouince de Mokanluy appartiennent, Sc Ia moitié de ceuxde Chalchal, de Kermerutb Sc de Hafcbteruth, fans ccqueles Tartares5clesIndiens,quifont profeilion de la Religion de Perfc,y enuoyent, Sc fans les prefens que l’on ap- portede touscoilez, eu luite des voeux qu’ils ont accouftumé de faire dans les longs voyages, dans leurs maladies, Sc mef- mc en d’autres affaires d’importance , dont ils s’acquittent fortreligieufement. Outre celal’on y fait tant d’autres dons, Kkk
  • i^37' Commiflaires poni la leccpte Azjle. 441 VOYAGE DE MOSCOVIE, donations & legs, qu’il nefepaiTe point deiour,que 1’onn’y vovc arriuer des cheuaux, des afnes, des chameaux,des mou- tons, de l’argent, & d’autres chofes. La recepte de routes ces chofcs fe fait par deux perfonnes, qui ont ferment à ce faint licu,& on lesappelle N tjfurt^cban , du mot Nefur, qui fignifie vocu, 6c ils font entretenus du reuenu d’vn beau village, qui eft à vnedemie lieue de la ville, appellé Sttltanabath ,cpcScbich Ifmael a donnépour cét effet. Ces CommifFaires fe trouuent tous les iours dans vn âppartement qui eíl fitué à la main gau¬ che cn entrant dans le Metz,id T&i'lachane, 6c font aifis aux deux coilez d’vn tronc , ou coffre, qui eft couuert de ve¬ lours rouge cramoifi, dans lequcl ils mettent l’argent qu’on leur apporte, comme auifr celuy qui reuient de la vente des cheuaux, chameaux 6c afnes quel’ony donne: car l’on tuê les boeufs 6c lesmoutons, 6c on les diftribuc aux pauures. Ilsdon- nentàceuxqui leur apportentdes preíens,vncpoignée d’a- nis.Eton leur fait entendre par làquc leurs ames goufteront vne douceur admirable en l’autre monde. On donne auift auX Pelerins, qui y vont faire leurs deuo- tions, vn certificat de leur voyage, 6c des prieres qu’ils y ont faites , qui ne fert pas feulement de temoignage delaprofei- fion de leur Religion, mais aulfi comme de iauue-garde, pour fe mettre à couuert de plufieurs dilgraces , 6c mefme pour leur fanner la vie. Etdefait, noftre truchement Rn/fam, ayant deifein de nous quitter, 6c apprehendant d’eftre mal-traité , en fuite de la plainte que les Ambafladcurs cn pourroient faire auRoy, enprittrois copies authentiques, dont les deux furenc trouuez parmy fes hardes, apres fa retraite,8cprefcntées à no¬ ftre retour par l’Ambafladeur CruJ/us kfon Altefle, qui les fait garder dans fa Bibliotheque. Les Perfes appellent ces certificats Sijaretname ,6c Ion en donne, non leulemeiiten ce lieu icy., auprés du lepulchre de Scbich-Sefi,ma.\s3Lufíi à Mefcbet,auprés de celuy a Imnn Kifa> 6c ccux-cy ont la mefme force 6c la mefme authorité que les premiers. Or afin que 1’on fçache comment ces certificats font capables de iauucr la vie àvn criminei,ou auxdifgraciés de la Cour , ie vous en raconteray vn exemple. Peu de temps auant noftre voyage il arriua, que TT^ina- cban,qui eftoit home dequalitéjSc qufpoiTedoit parfaicemenu les bonnes graces de
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 445 Schich-Sep, en forte qu’il luy auoit fait époufer vneDame de x 6 3 7. fon ferrail, eítant vu iour venu difner bien tard,le Roy luy cn demanda la caufe, & luy dit en riant, que fans dome les careíles de fanouuelle mariécl’auoientamufé. Ileutlaudacc de répondre que fa Majefté auoit bien rencontre , qu’il s’e- infolencc d ftoit ery effet diuerty auec vne femme, mais que ç’auoit eílé tauory- auec célle d’AgjJi-Beg5 qui eftoit là prefent, 6c qui faifoit la charge de Maiftre d’Holtel,lors que VZjrra-Ckan fit ce conte. Le Roy futtellement furprisdc cetteinfolence,querougiflant de home6c de colere,il n’eut pas le coeur deleuer lesyeux, pour regarder 1’vn 6c Pautre, 6c 7 \irra than , voyant qu’il en auoit trop dit, fe leua de table, 6c s’en alia chez luy. Dés que le Roy fe fut apperceu de cette retraite, il appella Agaji, 6c luy dit 5 Tu as veu, Agaft, de quelle façon Tz,ir>a, non content d’auoir deshonoré ta maifon , a fait gloirc de te reprocher ton opprobre , 6c a cu 1’audace de lc fairc cn ma prefence. Va t’en, 6c apporte-moy fa idle. Ag*fi obeít, 6c y alia 5 mais au bout de deux heures , le Roy eítonné de voir qu Agafg ne reuenoit point,enuoye apres luy, fçauoir ce qu’il eftoit deuenu. OnrapporteauRoy,que Ton audit trouué i\irra 6c yígaft, corame bons amis , fe réjoíiifíans 6c bcuuans enfe ru¬ ble! A ce rapport le Roy, s’ecria en riant dcdépit,y4 kurrum- fak-,o le pauxrc cocu ; maís failant en mefme temps reflexion fur leurprocede,6cfe perfuadant ,qucces deux hommes luy auoient voulu faire 1’afFront entier, 6c qu’ils fe mocquoieait de luy, il commandaà Alticuli chan ,freredç. Rvjlan ^chan de L’info!enc< Tauris,Diuaxheg, ou luge de la Prouince,d’aller querir Jateíle chaíhéc. de l’vn 6c de 1’autre. Cependant Agafi eftant reuenu a luy, ÔC confiderant que le Roy ne fe railloit point de ccs chofes,6c qu’il fe pourroit bien repentir de s’eilrefimal acquitté de fa . commiífion , prit congé de la compagnie, 6c fe retira > mais TTgrra-,qui fe fioitenlafaueur du Roy,6c à la familiaritc, dans laquelle il viuoitauec luy, futafiez imprudent pour attendrc 1’eíFet dela colerc de fon Prince, 6c eut la tcfte còupèe. Agkfi, faifant fon profit de lamortde Tz,irra ,s’en alia cependant au fepulchre A'lman ui fit, dou il rapporta vn de ces certificats, auec lequelil feprefenta aubout dequelques mois deuant le Roy: lequel i’apperceuant deloin, nc fe put empefchcr da ri- re, 6c luy dit: Tu as bien dc 1’efprit, mon bon cornard, va, ic K K s. ij
  • 444 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1637. te fais grace pour l’amour tflman Kif*,vien, baife-moylepicd. On nous alleura,que quandmefme le Roy euft eu deflein dele mal-trancrjles Seigneurs de la fuite ne ieuflent pas fouffert. Ainiice sijarctname fauua la vieà Agaji-bek r’entra mef- me au leruicc du Vcbach, non point en qualité de Maift re d’Ho- Itel, mais en cellcde Gentilhomme feruant feulement. Cen eftpasque les secretaires,qui onrl’expedition de ces certincats , n’y commettenc pluíieurs fraudes & fupercheries» en les deliurant fignez & fecllez en blanc , pour les remplir des noms de ceux qui en peuuenc auoir affaire sainli que 1’on voit par i exemplaire quefon AlteiTefaitgarder en fa Biblio- theque a Gottorp. Nous parlerons de.Scbtch.SeJi, de fa vie & de Rs iniraclcs cy-apresj quand nous traiterons de la Religion des. Autre fcpulchre Dans le mefme village de Kdheran, à vne demie lieuê d’yfr- 4e iim- debtl, le voit encore vn autre beau tombeau, que Ion fait k 1 honneur de Seid Tfebrail^eve de Schich-Seji. C’eftoit vn pau- ure paifan ,lcquel n ayant rien de particulier en la condition» qui le put faire diftinguer des autres habitans du lieu, eut aufli la lepulture commune auec eux. Mais Sedredtn , voyant la. reputation de la lainteté de lonpcre li bien eftablie, qtfelle eftoit deuenué commehcreditaireen faperlonne, ilia vouluc faire rcmonteriufqu a ion ayeitl, 8c fit pour cet effibt déterrer fes Relliques ,qu il honora d vne tombe , au lieu ou on la voit auiourd huy.il y en a qui dilent, que dans le mefme tombeau. lout gatdez les oílemens de Serd/àla , Sc de Seid-kudbedtn , pere Sc ayeulde Tz,eidbrail > mais les autres fc contentent de referuer cet honneur a Scid Tjelrail fctil. Et ils pourroient bien le tromper tous j eftant bien difficile ,qu’apres tantd’an- nces 1 on ait pu reconnoiftrc leurs oflemens Sc leurs cendrea parmy tant d’autres. Oefeription du Le tombeau mefme eftoit au milieu d'vn grand iardin , & eftoitbafty enrond,eíleué de.terrededix marches,orne par tout de vitres de toutesfortes de couleurs,qui font conler- uéespar des grilles de fer,Sc faifant fortir du milieu de fa voute vne grofle tour ronde,ou vneefpccede domebaftiede pierres bleues Sc vertes. Ceux de la compagnie quiyyoulu* rent entrer, furent contraints de laifler leurs fouiiers & leurs bettes à la porte, anec leurs eipces Sc leurs Cannes. Le bafti-
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 445 mcnt par dedans eftoit fait d’vne architecture admirable. La j j voute , qui eftoit dorée Sc azurée.fe ioignoit par des ares-bou- tans,faits à iour. Lepaué eftoit couuertde beaux tapis,Seles murailles,qui eftoient ouuerres detouscoftez,pouíToicnthors d’ceuure d’autres petites voutes, ou l’on eníeignoit la icu- neíTe à lire , 8c à chanter l’Alcoran, pour eftre capables de feruir vn iour de Hajifan, ou gardiens de ce Saint Sepulchre. Nous vifmesçà Sc là ,furde petits fieges,des Liuresouuerts, pour leruir au chant du feruice, tout de meímc que nous auions vcu au fepu'.chre de Scbich-SefiX.c tombeau eftoit de la hauteur d’vn homme , 8c d’vne aulne Se demie de large , d’ouurage de menuiferie, auec des pieces de rapport,dont les jointu¬ res eftoient liées dc petites lames de cuiure , 8c eftoit cou- uert de velours verd. Au deflus du tombeau pendoient quatre lampes,dont les deux eftoient dor, & les deuxautres d’ar- gent, que deux T^iragts-Cbiban, ou moucheurs , font obli- gez d’allumer fur lefoir ,8c dentretenir toute la nuicl Vis à vis du tombeau eftoit vne petite Chappelle,pour lafepultu- re de plufieurs autres perfonnes de la meíme fanaille de Schicb -Sejí. La faintete dulieu fait que le Chan d‘Ardebiliprc(kc 1c ferment Gonuemeor de fidelicé aux Religieux du lieu, aufli bien quau Roy, eftant ftefetmLtlvx oblige de feruir ce Saint Sepulchre, Sc le Roy coniointement; Religieux da e’eft pourquoy il a la iurifdi&ion fpirituelle auilibien que la ,cPulchrc- temporelle. En reconnoiflance dequoy,Sc cn conilderation dc 1 afliette de fa ville, qui n’eft point frontiere,ny par confe- quent fujette al inuaíion du 1 urc,on décharge le Gouuerneur de 1 entretiende grand nombrede gens de guerre,que les au¬ tres Gouuerneurs fontobligezde letter Sc de faire fubilfter du reuenu de leur gouuernement. Safuite eftoit fort reglce , ne montant qu’a enuiron cin- quante perfonnes, auiquelles la retenue de fa vie feruoitd’e- xemple. Ilnoustraita troisfois,mais ilnefitpoint d’exces,Sc paroiftoit fort iobre; finon qu’il prenoit beaucoup dc tabac, le faifant paifer par lemoyen d’vne pipe de canne à trauers vn verre deau, à la mode des Perfes,Sc beuuoitde l’eau de Cah^acn grande quantité, pour efteindreles chaleurs Sc les aiguillons de la chair. Ce qu’il y a de plus remarquable dans le voifna^e àyAr- E me
  • 44$ VOYAGE DE MOSCOVIE, 1637. d bil, ce font les lources d’caux Medccinales, done il y a vn grand nombre, Sc de routes fortes ; foit pour Je plaifir , foie pour la lante, ou le chan , ou Gouucrneur , oftroit de nous me- ncr,6e l’euftfaitians l’indifpofition du ficur Brugman quieftoit malade. Ce qlie nous enpouuonsdire fur le rapport des Perfes, eft qu’au pied du mont Sebelan, il v a vnefource nominee scrdi- be, que Su/fakar cA4»,dontnous auons fait mentioncy-dcifus, a fait couurir d’vn grand appartement vouté ; en forte que fes eaux,qui font tiedes, 6e claires an poilible, y forment vn bain tres delicieux. ftcufcs” f°U ^ tro*s ^eu^s L^e l^jdu. cofté droit dela mefme montagne, il y a vne autre fourcc, dont les eaux font ft fouphreufes 6e il puantes, qu’elles infeclent tout Pair circonuoifin. Elle eft fort propre pour la gale, e’eft pourquoy on Pappelle Abkotur 5 mot Perfan , qui fignifie fa propricte. De la mefme montagne, mais d’vn autre endroit , fourdent trois autres fontaines UoliilUntea. J d’eau boiiillante, nommccs Meal-, Daudau 6e Randau. La pre¬ miere fourd d’vne petite colline > entre deux fources d’eau froide. Daudau fe trouue auifi accompagnee d’vne fourcefroi- de,dontl’on fefertpour tempererles qualitezcontraíres,par le meflange de leurs eaux, que Ton meinepar diuers conduits an lieu du bain. Daudau fe rend admirable par la diuerfité des effets qu’elle produit ,eftant tantoft tres-falubre, tantoft tout Serpents fom A fait inutile. Pour marque quel’on s’enpeut feruir auec fuc- «onnoiftie <]uecez,l’on y voit des ferpens,qui ontfurlatefte d’autrespetits i'cau eft fame. ferpenteauxblancs, couchez en rond, en forme de couronne. Quand il n’y en paroift point, les eaux n’ont pointdevertu,6c & l’on n’a que faire de s’y baigner. A vnedemie lieuè dela ville, 6càlamaindroitedu grandchemin,fe voit vneftang,ou plutoft vne grande mare , nomine Scherkel,qui eft ttu: cou- uert de grandes pieces de falpeftre & defel,commc d’vne crou- ftc dc glace, ou les galeux fe vont auifi baigner. n Apresauoir fejourné deux mois entiers à Ardebilt il y arriua le R07en'uoye lepremier iour de Iuinvn Mehcmandar-, nomraé Abafculi E>g> \n autre con- auec ordre du Roy de nous faire partir,& dc nous conduire das Imbailkcicurs ít^rnaines à la Cour,ou il difoit que l’on attendoit les Ambaf- fadeursauec impatience. Mais dautant que fon aage aduance ne luy permettoit point de faire beaucoup de diligence} ii
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 447 nous donna Ton fils,pour nous conduire iufques zlfpaham. Ces 1637. nouueaux ordresobligerent Net^efheg, qui nous auoic feruy de Mebemar,dardcpuis Scamachie, à prendre congé de nous. Nous reconneufmes les fcruices qu’il nousauoit rcndus, d’vn prefentdequatrepaires demarcrcs zibelines, de cinq aunesde drapgris brun,de quatre aunesde fatin verd,d’autant defa- tin bleu de Gennes,&dequatre bouteillesd’eau de vie. Ahafculi fie bientoutce qu’il put pour nous fairc partir,& y proceda auec tant d’empreiTement, qu’il nous fit amener les cheuaux 6e chameaux iufques deuant noftre logis , pour nous obliger à charger le bagage. Mais Brttgman, "qui eftoit refoludeíàirepartir les canons de fonte que nous auionscon- icruez iufqu’alors, s’opiniaftra à vouloir faire fairc des affuts : à quoy le Mcbemandar fut contraintd’employer mefmes quel- ques arbres , qui leruoient d’ornement à laville 5 fans,auoir égard à 1’impoííibilité, qu’il nous diioit que nous rencontre- rionspar le chemin.de traifperde l’artillcrie apres nous. De forte que nous nous trouuafrnes infenfiblement engagez à vn lejour plus grand ,que nous n’auions penfd jparcc que toute la diligence que Ton y apporta, ne put pas empefeher, que le voyage ne full: encore differed ehukftiours. 1 Enfintoutes les chofes preftes pour le voyage, Ton regala le Chan d’vn prefent de trois paires de belles martres zibelines, dontles Pcrfes font grand eftat,d’vne horologe fonnante, d’v- ne caiife auec douze bouteilles de ros fobs,6c de deux tableaux, de la façon de noftre Peintre, reprefentans vn Caualier 6cvne Dame habillez àlaFrançoife. II renuoya à chacun des Ambaf- ladcursvn beau cheuâl, auec leurs felles 6c brides, garnies de lames d’argent ,deux pieces de fatin, l’vne rouge ,&Pautre bleuc,vne piece de brocard d’or&d’argent,vnepieced’vne eftoflfede cotton à fleursde foye,6cvne piece de gaze à fleurs d’or & d’argent. Le dixiefme luin le Mehcmandar fit amener centfoixantedix Ils partent cheuaux 6c douze chameaux , tant pour le bagage que pour les d'Ardebil, fix pieces d’artillerie. Nous fifroes partir l’vn 6c l’autredds le lendemain onziefme du mois, 6c nous fuiuifmcs le douzidme. Le fieur Brngman,qui eftoit encore bien foible, fe feruit de la litiere,6: partit dés les cinqheuresdumatin,accompagnéde trente perionnes de noftre fuite. La plufpart des habitans, 1
  • IÓ37- 44* VOYAGE DE MOSCOVIE, qui n’auoicnc point efté aduertis de noftre depart ,8c qui n«- uoient iamais veu de littiere,la voyans couuerte de drap , Sc enuironnéedegensdecheual, crovoient que nous allions ce- lebrer quelque Fefteàla campagne, Seque lalittierecouuroit les myfteres de noftre Religion. Le fieur Crufius partit furies huicfc heures, auec lerefte delafuitc. Ktlbtl cbanu eftoít allé dans vn jardin hors de la ville, attendre les AmbaíTadeurs, pour ieur dire adieu •, parceque leur couftume n’eftpas,non plus qu’ailleurs, de conduireles étrangersauec les melmes ce¬ remonies auec lefquelles ils les reçoiuent j parce que ce le- roit vne inciuilité, à ce quils difent , de mener leurs hoftes hors dulogis. Et de fait, apres auoir fait enuiron vnelieué, v (Ufs nous rencontrafmes â la campagne,Sc auec luy vn certain baiides°de Pet- Sultan de Tabris j lequcl faifant la charge de grand Preuoft fc. dans les armées de Perle, auoit à fa fuite bon nombre de gens, qui eftoient tous couuerts de peaux de tygres Sede linx,8c auoiet aífez mauuaife mine,pour faire connoiftre la qualitc de leur maiftre. Le thancmmena le fieur Crufius dansdes Ottakes ou cabanes de Bergers Tartares , auprés du grand chemin. ou il auoit fait porter force viandes froides , du fruict Sc des te chanprfnd confitures. Apres auoirpris congé, nous continuafmes noftre ba/í^deursAm V0YaSe Par vne l'iautc & fafcheuie montagne, iuíquesau villa¬ ge de Bufum-t qui eft fitué dans vnfond, àquatre lieuesd’y^r- debil. Nous y treuuafmes noftre bagage Sc noftre artillerie,mais toutes les rouès des affuts eftoient en ft mauuais eftat,que Ton perfuada au fieur Erugma>?,qu’il feroit apropos de laiíTerlàlcs íixplus grofles pieces 5 fur la promefle que le Mchemandar fit qu’il obtiendroit ordre du Roy au Gouuerncur d’ Ardcbil, pour les faire fuiure 5 Sc pour cet effet il en fit prendre la grandeur &le calibre. Nous emportafmes auec nous deux petites pieces de fontc , de trois cens pefant chacune, Sc quatre pierriers: Sc nous continuafmes le treiziéme noftre voyage par v n tres- fafeheux chemin, Sc par des montagnes entre-coupées detan t de precipices, que n’ofans pas confier la littiere aux beftes, nous la hfmes porter par des hommes. Dans les vallees nous voyions plufieurs grands villages Sc cabanes, Sc de belles prai¬ ries, toutes couuertes d’vn tres-bcau bétail. Apres auoir fait cinqbonneslieuésce iour-là, nous arriualmesfurlefoir en vn village nommd Sengoa, ou nous trouuafmesvn ji/i/ihou Re* ceucur (
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 445? ccueur generaldc touce la Prouince de Chalcal, laquelle com¬ mence depuis ce village,& s’eftend iufques à la ríuiere de Kiji- lofein.W s’appelloit liaindur-, ôcauoit fuccedé encecte charge àfon pere,par lafaucur quil auoit euê auprés de Schach A has, qui Pauoit marié à vne femme duferrail, Si luy auoit donné deuxoutrois belles terres. Le quatorziémc nous continuafmes noftre chemin par de hautes montagnes, Se paflafmes par trois villages, ou noftre Tíchcmandar ne manqua pas, fuiuant fa couftume, de prendre des cheuaux, faifant lemblant de s’en vouloir feruir pour no¬ ftre voyage,afin d’obliger les pa'ifans àles racheter.Apresauoir fait quatre firfargues, oulicués,nous arriuafmes dans vne tres- agreable vallce,ou nous nous logeafmes auprés d’vne'belle fontaine. Et dautant que nousy demeurafmes iufques au midy du lendemain,i’eusle loifir d’y obferuer la hauteur du Soleil, Se trouuay que nouseftions à trente-íept degrez, vingt-huicl minutes de la ligne. Nous vífmes en ce lieu des fautcrelles ver¬ tes,qui auoient plus de trois poulcesde longueur,Se vn Se demy de grofleur. Le quinziéme apres difner nous continuafmes noftre voya¬ ge,^ PAmbaíTadeur Brugman, fentant fa fanté vn peu fortifiée, monta à cheual, corame les autres. Auant que d’arrfuer à Pcffroyable montagne de Taurus ■> que les Perfes nomment Terdclis, nous defcendifmcs dans vn fonds, qui fe prefenta à nous comme vn abifme. Nous mifmes deux bonnes heu- res ày defcendre,Se plus de trois à en fortir,quoy qu’il femblaft qu’entre les pointes des deux montagnes il n’y euftpas vne demielieué dediftance. C’eft vn tres-dangereux paflage pour lesvoyageurs ,qui fe trouuent obligez deraire bonne troupe, pour fe defendre contre les voleurs, qui découurent de loin le nombre des paílans, Se iugent parlas’ils lcspeuuent attaqucr, ou s’ils feront contraints de les laifler pafler. Le fond eft coupé parla riuierede BLiJilofein, qui y tombe par des rochersSe des precipices,aucc vne rapidité inconceua- ble,Se auec vn bruit qui eftourdit Sc eftonne les paílans. Ses eaux font blanchaftres, c’eft pourquoy dans la Prouince de Kilan->o\x elle entre dans la mer Cajpie, onPappelleen Talif- man ifperuth. schach ramas a joint fes deux riues d’vn beau pont,baftyde briques fur neuf ar cades. Le chemin eftoittout L11 / 1637- La Protincc de Clulcal. Concuffions de i’Officier Per3 fin. Sauterellcí- Kifilofei» riaiere.
  • i637; I Chctnin tliffi- cile. Plaintes dit Miksmai dar. 45o VOYAGE DE MOSCOVIE, horde d’amandiers fauuages, de cyprés 5: darbres de fené' Apres que l’on a pafle la riuiere 3lon trouuele chenriin de la moncée quieítforc efearpée, quoy quil ai lie toufiours enfer- pentant iufques au haut de la montagne 3 Sc il cíloit fi difficile que pour aduancer vn pas3il falloic bien íouuent que nous mon- taffions comme à vn efealier: voyans cependant à noílre gau¬ che des precipices & des abifmes fi eífroyables3que depuis quei- ques annécs vn muletd’vn Amballadeur de Mofcouie s y eílat laifle tomber , il nefut plus trouué ny veu: de forte que ne nous oíans pasfier à noílre monture3nous mifmes pied a terre, ôc menafmes nos cheuaux par la bride. Nous n arriuafrr.es au haut de la montagne qu’al’entree de la ttuicljdont 1 obicurite nous fit égarer, en Tab fence dc noílre Mcbemandar^c^xxs eíloit amufe dans le fonds en quclques villages. Nous noustrou- uafmes dans des chemins tres-dangereux 3 6c marchaímes toufiours à pied, quoy que le trauaifqui nous auoittous mis en fueur, la laffitude Sc le froid qui nous donnoit au vifage, nous conuiaílent de prendre la commoditede noílre montu- re. Nous fufmes trois heures entieres a combattre les tene- bres de la nuicl» la difficulte du chemin, Sc toutes les autres incommoditez imaginablesjiufques ace quefurla minuitnous arriuafmes au village de Ke/nt&e, à quatre lieuesdu dernier giílc. Nous y demeurafmes tout le lendemain, tant pour at- tendre noílre Mcbemandar 3 6c pour donner vn peu derepos a nos cheuaux3que pour nous rafraifchir apres lafatiguedu iour precedentjdans le diuertiíTement ,quelc vin, noílre mufique» Sc le bruit de noílre artillerie nous pouuoient donner. Nous nous mifmes jen deuoir de crier noltrc Mebemandar 36*. deluy reprocher fa negligence : mais il nous fermabien-toil labou- che3&nous ditqueveritablementleferuice des Ambaifadeurs luy auoit eilc fi fort recommande36c qu iln y oleroit pas auoir manque j mais qu’il n’auoit pasle coeur d oiiirles paroles of- fenlantes. Sc les blafphemes3 qui fortoient a toutc heure dc la bouchede 1’AmbaiTadeur Brugmjn, qui toutefoisne lempei- cheroient pas de donner les ordres neceflaires3 a ce que les viures nous fuífent fournis cn abondance 3 àquoy il neman- qua pas en effet, Sc ne contribua pas peu à la bonne chere que nous fifmes ce iour-là. Le dix-feptiefme nous partifmes de Keintzt 3 apres que les
  • ET DE PER.SE, LIV. IV. 451 plus grandes chaleurs du midy furent paflees > mais noftre Me- bemandar-, au lieu de nous conduirepar le grand chemin, nous fit détourner à ladroite,ôcnous logea dansvn village, nom- mé Hatzjmir, fitué dans vn fonds, qui eftoit de tous coftez en- uironnéde rochers. Le Melik,ou Receueur du lieu, nous rega¬ la de quelqucs baflini de fruids, d’abricots 8c de raifins, qui n’eftoient pas encore bien meurs, 6c d’vn faede vin,dont nous fifmes collation ,au líeu de fouper j pàrce que le cuifinier, qui croyoit que nous prendrionslegrand chemin, auoitgagné le deuant auec routes les prouiíions. Ledix-huitiéme Iuinnous montafmes á cheual apres le Pref- che , 8c apres le-difner , marchans quafi toufíours au grand trot, entre deux collines fort elcarpées, 6c nous arriuafmes fur la minuid au village de Kamakl, qui eftoit éloignéde deux bonnes lieues du grand chemin, 8c de fix du dernier giftc ,6c nous logeafmes en.plufieurs maifons, difperíées çà 6c là íur trois collines, L’onauoit marque pour les Amb.iiTadeurs vne grandemaifon vuide ,àl’entrce du village,mais voyans qu’il n’y auoit point de commodité du tout, ils refuíerent d y loger, 6cayans laifledeuxde leurs gardes aux aduenues ,pour eniei- gner le quartier au reíte de la fuitte, ils prirent d autres lo- gis,6c nous àleur exemple5 quoy que les paitans, qui furent iurpris par noftre arriuec inopinee , 6c qui nc pouuoient fi toft faire retircr leurs femmes 6c leurs filles, nous refuiafTent I’cn- trec, 6c nous mifient en neceilite. de prendre quartier par force , tranfisque nous eftions de froid , 8c fatiguez du che¬ min.Mais àpeine eftions-nous couchcz, auec l’efperance de goufter lc repos le refte de la nuift, quand noftre trompette i'onnant à chcual, nous fit bien-toft fortir du lid,pour nous rendre auec nos armes aupres de luy. II nous conduifit au lo- gis des Ambafladeurs, oil nous appriimes, que vingt Perfes du mefme village,eftans montez à cheual , auoient attaqué , mal-traité, outragé, 6c defarmé les gardes,que lesAmbail'a- deurs auoient laifiezfur les aduenues du village, 6c qu’ils les eufl'ent tuez , fi noftre Maiftre d’Hoftel, auec 1 interprete Mofcouitc, qui n’auoit pas pit fuiure ,à caufe de ia maladie , n’y fuflent furuenus , 6c n’euflent fait retircr les Perles, qui craignoient qu’il n’en vint encore d’autres à la file. Lon commanda vn Lieutenant auec vingt moufquctaircs, pour Lll ij 1637. Mauuais gifte. Les Perfes atta- quent la gar.ie des Ambiffa- dcurs.
  • l6 3 7- La ville de Ser. Kan. Vn Canalier fans pieds Si fans mains. t Setmn de¬ tinue par Ta¬ milian. '45, VOYAGE DE MOSCOVIE, battrele chemindetous coítez, Se on logeatoute lafuitedans levoifinage des AmbaíTadeurs. Le djx-neufiéme nous f&journafmcs au mefme liai ,ou nous fifmes drcífcr nos tentes. Noílre Secretaire y fut attaqué dVnc groífe fiévre chaude. Le lendemain vingtiéme nous partif- mes à deux heures aprcsminuict, & marchaímcs tout le ma¬ tin, qui fut extremement chatid, par vne grande plaine, ou nous ne vifmes que des landes & des bruyeres continuelles. Sur le midy nous arriuafmes en la petite ville de Senkan, a fix licues de Kama hl. Cette ville neíl po:nt clofe , mais ellc eft d’ailleurs aflez bien baílie A vne demie lieuè de la ville nous receufmes de la part du Gouuerneur de Sulthanie, qui eíloitdans la ville, vn prefent de quelques baffins d’abricots & de concombres j qui nous feruirent dc raffraiíchiíTement en ces grandes chaleurs. A 1’émrée du bourg nous fufmes rencontrez partrente Ca- ualiers bien montez, qui nous receurent au nom du Gouuer¬ neur de Sulthanie, qui s’appelloit Scy/indttk Sulthan. Entre ces Caualiers il s’en trouua vn,qui encorequ’iln’eufl ny pieds, ny mains, ne laiíloit pas de manier fon cheual, auecautant d’adreife que les autres.ileftoit fils dVn desprincipaux ha- bitansdela ville, qui s’eiloit autrefois acquis les bonnes gra¬ ces de if bach ayeul de Schach par fes Poiéfies &. par les autres jolies productions de fon efprit,qui l’auoienf renda fiagreable àlaCour ,quele Roy lay accorda non feulement la vie de fon fils, qui auoit merité la mort par fes crimes, mais aufli il luy voulut conferuerfes bonnes graces,contre la cou- flume du pais,ou tons les parens ont part à la difgrace d’vn cri¬ minei, ou d’vn mal-heureux. Les debauches auoient porte le fils àdes exccz, qui paífans iufques à forcer les filies & femmes dans leurs maifons, deuinrent enfin infuportables 5 de forte que le Schach luy fitcouper les pieds Se les mains, Si fit mettre les bouts des bras Se desjambejs dans dubeurre boiiillant, pour arrefler le fang. Il auoit au bout des bras des mains de bois, crochuesaux extremitez,dont il feferuoit pour tenir la bride defon cheual. La ville de Senkan a efie autrefois aflez grande, & fortmar- chande,auant que Tamerlan l’eufl ruinée ; mais ce qui l’are- duke en l’eilat , ou on la voit auiourd’huy, ceil le Turc,
  • ET DE PERSE, LIV. IV- 453 qui Pa prife 6c pillée plufieurs fois. II ne laiile pas d’y auoir 1637.' d’aflez ioliesmaifons Sc bien meublées, ou nos hoftes nous re- ccurent auec beaucoup de ciuilite , Sc accommoderent fort bien nos malades. Le Suit anyint voirles Ambafladeurs incon¬ tinent apres leur arriuée,& s’excufa de ce quil neftoit pas allé au deuant d’eux: parce quayant efté bleíTe à Pefpaule au fiege d'Eruan , & la playe seflant onuerte depuis pcu , il n’auoit pas pu leur rendre fes deuoirs cn perfonne. Nous luy enuoyafmes noftre Medccin Sc noftre Chirurgien, quile penfcrent: dont il fe fentit tcllement oblige, qu’il ne fe con¬ tenta pas de nous enuoyer vn prefent de plufieurs excel- lens fruits j mais il fit auífi doubler Pordinaire de nos proui- lions. Aux environs de cettevilleiln’y a quedes landes,&du fa¬ ble, ou il ne croiftquedesronces de la hauteur de la main. A vne demielieuéde là paroift vnebranche du momTaurus, qu’ils appellcnt Keider Paj amber, 6c s’eftend du Ncrt au Sud, Btanche du vers Yurdeflban-,o\x Pon voit,à ce qu’ils difent,le fepulchre d’vn de leurs plus anciens Prophetes,qui adonné le nom à la montagne. Au pied decette montagncilyavne tres-belleva- lée,parfcmée de grand nombre de villages, Le vingt-vnieíme Iuin, nous laiflafmes paíTer les grandes cbaleurs du iour , 6c ne partifmes de Senkan qu apres íeSoleil couché, continuans noftre chcmin au clair de la Lune, par vne plaine de fixlieucs,au bout de laquelle nous arriuafmes auecle Soleil leuant , à ultanie. Le froid Sc le ferein auoient efté fi Suhanie. grands la nui
  • 1 ^37- Sa Gcuation. Bailie par Cho dasendc. 454 VOYAGE DE MOSCOVIE, coeur,dont il fat long-temps malade , mais il en fut enfin guery. Pour ce qui eft de la ville de Suit ante, ellc eft íituée à quatre- vingt quatre degrez, cinq minutes de longitude , Sc à trente- fixdegrez,trente minutes de latitude, dans vne grande plainc ■, laqueile n’eft pas, commeécrit Carter igt, enticrement ceintc d’vne grande montagne 5 mais elle a des deux coftez , Si parti- culiercment du cofte droit,la montagne de Keider. Elle paroift fort belle de loin, à caule de quclques beaux baftimens , Si d’vn grand nombre de clochers Si de grandes colomnes, qui font vn bei effetàla voir par dehors, mais au dedans elle ell quafi toute deferte , Si en l’approchant l'on trotiuc mefmas les murailles quali toutes abbatues. C’eftoit autrefois vne des grandes Si des belles villes de toute la Perfe , ayant plus d’vne demie lieuêde longueur, ainfiquc l’on en voit encore les mar¬ ques fur le chemin de Hamcdan , à vne bonne demie lieue de la Ville, en vne porte, qui eft accompagnée d’vne tour, qup l’on dit auoir autrefois efté des murailles de la Ville, Sulthan Ma- . hornet chodahende , apres auoir joint àfesEftats vne partie des Indes, des Vsbekes Si de la Turquie, la fif^aftir, des mines de l’ancienne ville de Tigranocerta, Si en fit le fiegede foil Empire, dont elle tire le nomde Suit ante: parce qu’autrefois les Rois de Perfe ne fe faifoient point appeller Schach, commc ceux d’auiourd’huy, mais ils prenoient la qualité de Sultan , commc le Grand Seigneur. Chotz,A Refchid, Roy de Perfe ,que Icf. Barbaras nommé Giaufam•>, deftruifit la ville de Sultanie en partie, à caufe de la rebellion des habitans, 8c c’ eft Tamerlan qui a acheuédela miner. Nousy vifmes les reftesid’vn beàu Chafteau,qui auoitferuy dedemeureau Roy,6c deCitad'clle à la ville, ayant encore vne partie defes murailles toutes bailies en quarré de pierres de taiile, Si garnie de grand nombre de tours quarrées. Le plus beau baftiment, 011 emarat, c’eft la Metschid-, oula Mofcjuée, ou l’on void le fepulchre de Mahumed chodabendelEWe eft ornéede trois portes, fans comparaifon pluis hautes que celles deiainft Marc de Venife, Si ne font point d’airain ou de cuiure , comme dit Bipartas, mais d’acier, poly & damafquinc. La grande,qui eft vis-à-vis du Meidan,ou marche,nes’ou- ure point, acequ’ils difcnt,quandmefmevingt hommes,des
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 455 plus robuftes,y feroienttousleurs efforts, fi Ion ncprononce 1 ^5 7* ces mots, Bcask Aly Bukfcha: c’eft à dire , ouure-toy pour la- Bcaue°““- mour d’^i&alors cette porte roule furies goads, auec tanc de facilite,qu’il n’y a point d’enfant qui ne la puiffe ouurir. Toute la voute, qui s’eleue petit a petit en forme de Dome,t eftoit reueftue de pierreS blanches 6c bleues, qui ont en pm- fieurs endroits de fort beaux caracteres, 6c de tres-belles figu¬ res. Vnc belle grille de cuiure retranchoit vne partie duba- ftimenc , pour le fepuichrc de Meowed Cbod*bend , faiiant comme vn Choeur: oil nous vifmes pluficurs vieux Liures Aia- bes, de plus d’vnc demie aune enquarré, ayansdeslettres de la longueur d’vndoigt,6c les lignes noires, 6c dorees alterna- tiuement. Ie fus aflez heureux pour en attraper quelques feiiillets, que ie conierue encore ioigneufement en laBiblio- theque du Prince. C’eft vne partie de la paraphrafe de 1 Ate*- ray, qu’ils appellent Ser*tz> Elkulub ,ou chandcllc du cceur , 6c commence par vne fable ,dont le rccit fera peut-eflre trou- uc aflez agreable, pour ne donner point d ennuy au Lecteur. 11 dit done, qu’apres que Dieu eut cháfleles diables ,&qu il cut fermé la porte du Ciel fur eux , ils nc laillerent pas d a- uoir la curiofité de vouloir fçauoir ceque les Anges faiioient, 6C ce qu’ils difoientdela bonne ôcjmauuaifc fortune des hom¬ ines , afin d’auoir moyen de les en aduertir, par 1 entremife des forciers & des deuins. Pour penetrer dans ces fecrets,ils s’aduiierent de monter les vns furies epaulesdesautres,iuf- ques à ce que le dernier puff porter 1 oreille a la porte du Ciel. Dieu s’eftant apperceude leur entreprifetemeraire,lan¬ ça fur la teffe du premier vne Eftoille>que Ton appelle en Ara- be Schihalyqui perça tousles diablesenvn moment'6c lesredui- íit tous en cendres. Mais que cela n’empeichc pas, que de temps en temps les diables ne fe feruentdes mefmes moyens, pour tafeher de penetrer dans les fecrets du Paradis , quoy Superft;tion qu’ils en foient louuent chaffiez C eft pourquoy quand les jcS p£Iics. Perfes voyent vn de ces Meteores,quiparoiflent a noftreveue comme des Eftoilles, 6c lemblent ie detacher du Ciel, pout tomber à terre, ils s’en réjoiiiflent, 6c prononccnt ces paroles •- Chodtt nike dafeht mara es fcheitan Heme bufnchuvd vf machaUsfebudim.
  • v63 7- Àrtillcrie. Tamerlan ref- pede Jes Mof- quces. 45ó VOYAGE DE MOSCO VIE, Celt à dire, le bon Dieu nous garde du diable:ils s’en vont tous eftrc reduits en cendre,&nous enferons deliurez. On voidletombcaude Sultan Mahomed hodabende à trailers d’vne belle grille, au bout du Temple, du coité de Mcherab ,ou Aucel Cette grille eft certainement vne des plus belles chofes qui fe voyent dans toute laPerfe, eitant faite d’acier d’Inde, poly Scdarhafquiné,delagroíTeur du bras,8c fi bien trauaillé*, que les iointuresen font commc imperceptibles. Auili difent-ils qu’e'le eft toute d’vne piece, Scque c’eft vn trauaildefept ans,au boutdefquels ChodabendcX'x'kx. tranfpor- ter des Indes,auec les portes dela Mtfquée^ iufqu’au lieu oil on les voit auiourd’huy. Nous vifmes danslemefme Emarat vingt pieces de canon de fonte, 5c vn mortier , 8c cntr’autres quatre pieces debac- teric ; les autrcs cftoient coulevrines , qui eitoient toutes montées fur leurs affuts à quatre roues. Le mortier eftoit marqué d’vn aigle à deux teftes , au deifus duquel eitoient ccs deux lettres A.iZ.&au deilbus A. les boulets eitoient de marbre. Le baftiment de la tour eftoit cn octogone, & elle eftoit ceinte en haut d’vne grande gallerie , qui auoit huict petites tourelles, aufquelles on montoit par autant de petits degrez. A l’entree de la Mofqnée fe voit vne grande fontai- ne quarrée, dont l’eau tire fa fourcede Iamontagne de Kri- dtr. Elle eft accompagneed’vntres-beau iardin; & d’vne mai- fon deplaifance. 11 y a dans la mefmevillc encore vne autre belle Mofquée,àc lafondation de Schach ifmadypremier de ce nom. L on y entre par vne tres-belle & grande porte, au deifus de laquellc eft vne tour ronde: & d’abord Ton y rencontre vne belle pyramide, qui eft vn peu gaftée par la pointe , Sc eft accompagnee de huict beaux pilliers de marbre. Apres cela on entre dans la Mofquée mefme, qui eft fort haute & bien voutée, ayant vn grand nombre de pilliers qui fouftiennent fes arcs-boutans, auèc*de tres-belles galleries,^ au milieu vne fort belle chaire a prefcher.Elle eft auili accompagnee d’vn beau jardin, au milieu duquel fe void vne tour,dont la pointe finit en pyramide. Ces baftimens nous obligent dc croire ce que Paul I cue dit, au quatorziéme Liure de ion Hiftoire, Sc ce que P. Perodin confirme en la vie de Turnerlan, que ce barbare,qui rauageoit, commc I
  • rr de perse; liv. it; iff Somme vne riuiere dcbordée, tout ce qu’il rencontroít en íbn 16) j, chcmin ,nelailíoitpas d’auoir du refped pour les chofes, que ia fuperílition croyoiteílre faintes. Aupresde cette Mofifuce fevoit encore vne autre fort gran¬ de porte de pierre de taille, entre deux pilliers, de Ia hauteur devingt toifes, qui femble eílre antique , 8c auoir autrefois feruy aux ceremonies de quelque triomphesj mais elle com¬ mence à eílre ruinée. La Yilleaenuironfixmille habitans, quis’eftonnoient de cequenous lcur difions, que quelques-vns de ceux , qui ont écrit les voyages dePcrfe, vouloient faire acroireque le froid les contraignoit l'Hyuer de quitter Ia ville, 8c de changer de dcmeurc. Et de fait, tants’enfaut qu’il y ait des IieuxenPer- fe, ou le froid les puifle obliger à changer de demeure, qu’au contraire ,cell vn efFet que la chalçur y produit ordinaire- ment. II eíl vray qu’il y a des lieux, ou le froid eíl bien incommo¬ de , parce qu’il y a peu de bois, comme aupres d'Eruan, aulieu
  • i^37- Harât du Roy àe Pcife. Lavillede Ca¬ tou in. •fiince Indien. 45s voyage de moscovie; 1’odeur infe&e de rous ceux qui marchoient deuant. Nous partifmes deux hcures deuant le Soleil leue, Sc fifmes ceiour-Ià íixlieui:s,par vn tres-beau pai's, de tcrresIabourâ- bles Sc de prairies, laiílans à main gauche Ies petites monta- gnes , qu’ils appellcnt , dans lefquelles le Roy de Perfe a fes meilíeurs haras. Sur le midy nous nous logeau mes au village de , íitué fur le bord d’vne petite ri- uiere, Sc parmy tantd’arbres Sc de jardins, que ce n’eft pasíanst fujet qu’on Iuy a donné ce nom * qui íignifie lieu deplaiían- ce. Lc vingt-fixiémenous partifmes Ia nuict,Sc fifmes cinq bon¬ nes lieucs, pardesmontagnes8cpardesvallées. Le vingt-feptiémenous partifmesàminuiéi:, Sc apresauoir fait cinq lieues, nous nous trouuafmes auec le Soleil leuanu deuant la villedeC^j«/»ou Casharr, maisafindedonnerau Da- ruga, quiy commandoit, le loifirde difpofer les affaires poun noflreentrée, noíkrç Me bemandar nousmena à vn village,ou nous attendifmes deux bonnes heurcs , iufques a ce que le' Daruga vint au deuant de nous, pour nous receuoir. Cette entree ne fe fit pas auec les mefmes ceremonies , que nous, auions veues ailleurs j dautant que le Gouuerncur , qui n au pas la qualitéde chan, ne la pouuoitpas faire aueclemefine eclat:mais ellenelaiflapas d’eflre bienjoIie; parcequele Da- ruga , s’y trouua accompagné de cinq à fix cens homines, tint â pied qu’à cheual. Il vint auili audeuant de nous vn Prince' Indien, accompagné de quelqucs caualiers de fon pais, Sc fuiuy debon nombre d’eftaffiers. lleftoitluydeuxiémeaílisdansvn' chariot, qui eftoit traifné par deux boeufs blancs, qui auoient le col fort court, Sc vne boíTe entre les deux efpaules •, mais ils eftoient au refte auifi viftes, Sc auili adroits que nos che- uaux. Ce chariot eftoit couuert d’vne Imperiale , Sc couche fur deux roues, qui au lieu d’aifficu rouloicnt fur vn fer, telle- nientcourbéau milieu, quil fouftenoittout le chariot. Leco* cher eftoit fur le deuant, Sc gouuernoit les boeufs attelez a vn timon, qui tenoit aux cornespar vne cordequi leurpallbit par les narines. A cinqcens pasdela villc nous rencontrafmes quinzejeu- nes Dames , fort bien montées, trcs-richement vcftues, de toutes fortesde velours à funds d or, Sc de toilc d or Sc d ar^ “. - r
  • ET DE PERSE; LIV. IV.' $5» cent, ayans des colliers de groíTes perles au col, des pendants d’oreille Ôc quantité d’autres bagues. Elies auoient Ie vifage découuert, contre lacouílumedes-honneíles femmes de Per- fe. Auffi fçeufmes nous bien-toft, tant par leur mine refolue, queparceque i*onendít, que c’eftoient des principalscour- tifanes delaville, qui vènoientaudeuantde nous, pournous donner le diuertiffement de leur muíique. Elles marchoient de- uantnous, Sc chantoient, mélansleurs voixaufon des haut- bois 8c des mufettcs, qui les precedoient, 8c faifans vnehar- monieafíez extrauagante.Etafin que nous puflions voirla Vil- le, ou nous la fit trauerfer toute, pour nous loger al’autreex, tremité. Enpaffant par Ie Meidan, nousy vifmes plufieurs timbaa liftes, 8c joíieurs de haut-bois, qui fe joignirent auec les joiieurs de gobelets aux autres Muficiens , 8c nous accom- pagnerent iufqu’a noilre logis. Le peuple y accouroit en foule, parce qu’on leur aueit fait croire, que les Kçjl%gvueh
  • * 6 3 7* Ancsenne de- jncutf Jes Xo.s Ac Pyie. le Palais. Sfi marchez. VOYAGE DE MOSCOVIK; Soleil ,à la mode de Perfc, fansfaçon par dehors - mais pift dedans elles font fort bien accommodées, de routes , de lam- brilTeures, de peintures Scdemeubles. Les rues ne font point pauées, ce qui fait que le moindre rent remplit toutc la Ville de pouifier'e. Ellen’a point d’autre eau que celle que 1’on conduit par des acquedu&s du mont tfauendâaxis des cifternes, ou elleíc conferue. II n’y a quail point de maifon aulfi qui n’ait fa glaciere, oil l’on garde de la neige Sc de la glace pour l’Efte. Nous nousy retirions, pour, nous mettre à couuert des grandes chaleurs. Autrefois les Roys de Perfesyfaifoient leur demeure or¬ dinaire , au moins depuis que Seach Tamos eut transfere le fiege de l’Empire de Tauris, en cette ville. II y en a qui attribuent ce changementá Schach i/maíI , quoy que les guerres continuei- les, qu’il eut fur les bras, ne luy permiifent pas de fairelong fejour en vn mefrne lieu. Neantmoins Ion croitcertainement quee’eft luy qui a baftyle beau Palais , que l’on y void proche du CM aí dan, accompagné d’vn grand jardin , Sc orné , tant par dehors que par dedans, dedorures Sc autres embelliiTemens, Sc mefrne de fueillages, Sc de figures endemy relief, quoy que fort groiliers, Sc aflezmal proportionnes, corame tous les au¬ tres ouurages des Pcrfes. II y auoitvn autre jardin , vis-à-vis dece Palais, qui auoitvne bonne demy Iieue de tour, Sc eftoit accompagné de plufieurs petits bailimens. C’eftoit vn des beaux jardins que j’aye jamais veus, non feulement à caufe du grand nombrede routes fortes d’arbres jCommede pomiers, poiriers ,pefchers, abricotiers, grenardiers, amandiers, Sc autres arbres fruidiers 5 maisauífià caufe des belles allécsde cypres &d’arbrcs Ttynar, quinous xeprefentoient vne perfpeebiue tres-agreable. Cette ville a deux grands marchez. Cartvurigt nomme le plus grand (^itmaidan, Sc dit qu’il fignifie en langue Perfane, mar- ché aux cheuaux. Ic n’ay point veu en toute la Perfe, qu’il j euft aucun marche, qui fuft particulierement affedé aux che¬ uaux j e’eftpourquoy confiderant que les Perfes , qui donnen» lenom general de Máidan, à tous les marchez, ou Ton vend indifferemment toutes fortes de chofes , i’ay cru que l’Au- theur, quiignoroit l’Arabe, a leu Atnuidan , pour Almaidam parce qu’^/ eft 1’article, fans Iequel ics Perfaus Sc Arabes ne
  • ET DE PERSE; LTV. IV. 4S1 prononcent iamais Ie mot de cMaidan. Le plus grand de ces cJMaidans, ou marchez, eft vn peu plus long mais non pas íi large , que celuy d'Ardebil r 5í a du cofté du midy plufíeurs grands Palais, baftis parplufieurs chans, 6c Seigneurs Perfes. On yremarque encr’aucres ceux d’Allavuerdt-Chan, Gouuer- neurde Schiras , d’o'ídicuii-Cha», Prefident de la Iuftice, de Mahomet-chanchan ou Gouuerneur de Kentze , 6e de Schid- AchmedChan, qui eftoit grand Preuoft, fous le regne de Schach- Abtts. L’autre marche eft nomine Senkemaidan, 6c eft vers le •vuejldela ville. Dansl’vn 6cI’autremarche, commeauffidans, les Bazars, ou boutiques 6c magazins, qui font dans les rues couuertes, l’onvoit grand nombre de marchands6c quantitç de marchandifes, que l’on y achete à prix fort raifonnable. I’y ay moy melme achete des turquoifes, qu’ils appellent frufe, 6c fe trouuent en grande quantity aupres de Nifabur 6c frusku, de la grofleur d’vn pois, 6c quelques-vnes de la grofleur d’vne feuerolle, pour vingtou trcnte lols au plus. Les rubis 6c les grenatsyeftoientauífiá fort bon marche. Lefoir, aprcs que les boutiques fone fermées, Pôn expofe ducoftc du Leuant, vn autre forte de marchandifej fçauoir bon nombre deC-i^/Mougarces^quis’y proftituent au pre¬ mier venu. Elies fonttoutes ailifesde rang,ayansle vifagecou- flert d’vn voile, 6c dcrriere elles vne maquerelle, qu’ils appel¬ lent Delal, qui eft chargee d’vn matelas, 6c d’vne couuerturc piquée,6ctientàlamain vne chandelle efteinte, Iaquclleelle allumequand ilfe prefentc quelque marchand,pour la faire regarder au vifage, pour faire fuiure cclle qu’il trouue le plus à fon grc. Du coftc Oriental de la Ville eft Ie cimetiere; 011 fe voit dans vne belle Mtfjitét flefepvdchrçdeScbaheftde ffojfeinjvn des fils de Hojfein , aupres duquel on a accouftumc de faire les fermens, que l’on exige en juftice: ce qui s'obferue par rout ailieursen Perfe, aux lieux ou il y a des fepulchres de Sainds, ou de leurs parents. C’eft pourquoy quand les Perfes dou- tentde ce qu’on leur dit, ils demandent auifi-toft Scahe Sa~ de Hojfein, file (JMnfef? C’eft ádire: Oferois-tu affirmer ce¬ la fur le tombeau du Saind, ou fur 1’Alcoran ? Outre cette Mofqu'ee, ou Metzid, il y en a encore enuiron cinquante autres5 don la principale eft celle qu’ils appellent TT^we MctTJ-d, o% j\l m m iij l.6 371 Turquoifes 0 rubis à bon máichí. Sepulshre áa fils dcíiollán.
  • i657< Hifloire fabu- leufe de Loc- T>an, voyage de moscovíe; ils s’aflemblent le V endredy, pour faire Ieurs prieres. II y aauífi dans laville de Cafvuin plufieurs Carauanferas, pour Ia comma, dice des mar'chands forains, Sc vn grandnombre d’eftuuespu¬ bliques. 11 y en a vne derricre Ie jardin du Palais du Roy, qu’ils appellent H amam ( harabe. Elle eft a demy ruinee> Se 1 on en fait vn conte, quieft aíTez plaifant, pour meriter place en cette re¬ lation. Ils uiíent qu’â Cafvuin demeuroit autrefois vn fort cele¬ bre Medecin, nommé Locman, Arabenoir3 quiauoit acquis tant de reputation, non feulement par les liures, qu’ilaelcnts enlaMedecine, mais aulfi par plufieurs autres belles produ¬ ctions de foil efprit, que famemoire eft en core en grande vene¬ ration parmy eux. Meftne l’on trouue dans leur Kulujihan, qu’ils luy donnentle furnomdeíage, quand au liu. i. c.ió. ils difent. Loknun ti akimra Kuftendi, jEdebeski amuchti ? Kufl; es íiedbahn. Herjlz,e ifcban Kerdend, menpertisK erdem. C tftauí- re , que le fage Locmaji ,ayantvn iourejlé interrogéparíjtrelmoyen ils' efioitrendu Jifçauant dr Çi capable, ilrefpondit, (jue c efloit par le moyen dcs ignorans de tnciuils, parce qu tl auoit toujours fait It contraire de ce cpu'il leur auoit veu faire. Ce Locman eftant defia fort age , Se fe trouuant au Iict de Ia rnorr, fit venir fon fils, Se luy dit, qu’il luy vouloit lailfervn treforineftimable, & s’eftantfait apporter trois phioles pleines de certain es eaux tnedecinales, il y adjouftaqu elles auoient la vertu de reífufciter vn mort, pourueu que le corps ne commcn- çaft point àfe corrompre. Qujen verfant l’eau de la premiere phioiefurle deffundt, fame retournoitau corps, qu’apres lafe- conde, le corps fe redreffoit, Sc qu’apres la troifiéme il retour- noit tout á fait en vie, 3c en faifoit toutes les fon&ions commc auparauant. Que toutesfois iln auoitpas voulu s en fcruir que bien rarement 3 de peur de commettre vn peché, en entrepre- nant fur ce qui n’eft referué qu’à Dieu feul, Sc que par la mef- meraifon, il I’exhortoit d’en vferauec beaucoup deretenuc, en admirant ce fecret pluftoft, qu’en voulant fouuent faire 1’experience. Sur cela Locman eftant decedc, fon fils fe íou- uintfortbiendelexhortation que fon pereluyauoit faite, Sc prenant fon pretexte fur la mefme tendreflede confidence, que fon pereluy auoit témoigné, il referua les phioles pour le befoin qu’il en pourroit auoir pour fa perfonne. Et de fait, eftant alardeie de la mort, il commanda à fon valet de chain-
  • ÊT DE PERSE, LTV. IV. * 463 bre, de Te feruir de ccs phioles, de la façon que fon pere luy 1637,' auoit enfeignée: 8c le valet ayant fait porter lc corps de fon Maiftreeni’eftuue dont nous parlons ,il y verfa les deux pre¬ mieres phioles deilus, quifirentl’efFet queLocman en auoit faitefpercr; de forte que le Maiftre s-’eftant mis cn fon feant, ie impatient dc rctourncr en vie, fe mit à crier hr is, brls, c’efk à dire verfe, verfe : Ce qui furprit tellement le valet, qu il laif- ía tomber la troificmephioleà terre ^ fi bien que le pauureZ-or- t »T4»yWifutcontraintde fe recoucher , Sc de prendre le che- min des autres mortels. Les Perfes affirment conftammcnt, qu’aupres de cette eíluue ruinée, cette voix de bn's, bris, s’en- tend encore fouuent. IIs font plufieurs autres contes dece Loc- man, dontienejuge pasàproposderemplirceLiurcj mecon- tentantd’en ajuoir faitvn, pour faire connoiílre Ia vanitc de tousles autres. II y a quelques annees, que du temps du Roy Abas, vn cer- Rifa faux Pr#< tain homme, nommé Rifa, commença àprendrela qualité de f,hetc* Schich, ou de Prophete, Sc à enfeigner vne doctrine nomielle} penfant s’acquerir lemefrne credit Sc lamefmcauthorité, qui auoit autrefois mis Scbicb-Seji cn íi haute reputation, L’hm- meur des Perfes, qui ell fort portéeà Ia nouueautc, luy donna cn peu de temps vne fuite aeplus detrentemilhommes,quf s’eiloientlaifle piper par la fainteté apparentede ce nouueau Prophete. Sehach Abas, apprehcndant que cette nouueauté troublaftle repos de fon Eilat, fit venir Rif a y luy faifant ac- croire, qu’ildefiroitellrc inftruit des particularitcz de fa do¬ ctrine 5 mais quandilfut arriué le Roy luy commanda de la confirmer par des miracles j ceque Rifa nepouuantpas faire, illefitmourir comme vnafffonteur,. II ne fera pas hors de propos de dire icy la raifon, pourquoy ,!J‘ ce Prince Indien demeuroit à Cafvuin, lors que nous arri- 1,1611 ‘ uafmes en ce pais - Id. Le grand Mogul, qui viuoit du temps de Sehach Abas , laifla cn mourant deux fils. L’aifne, qui fucce- daaupcre,mourutbien-toftapres 5 ne laiiTantapresluy que ce Myrfd Polagi, que nous trouuafmes à Cajvuin,, qui efloitfort jeune lors de la mort de fon pere. choram, fils puifnc dc ce Mogul, Sc onc.le du jeune Polagi, fe feruitde cette occafion , pourfe faifirdelaCouronne j Seen efFet il eitoit encore Roy d’indojhw, lors denoítreyoyage de Perfe. Lafeuerité.du re-
  • 1^3 7- 'Aárefie de Schach Ta- mss. 464 VOYAGE DE MOSCOVIE; gne de choram, 6c les bonnes inclinations de Polagi, qui eftoit cependant paruenu en vn age raifonnable, attirerent I'affe¬ ction du peuple, 6c la haine de Ton oncle fur luy. De forte que choram, voyant que le deffein des Indiens eftoit de refta- blirfon nepueuáu thrône, il les voulut preuenir, en fedéfai- fàntde Polagi} quifut aduertydela mauuaife volonté defon oncle, 5c fe retira en Perfe, fous la protedion du Schach. li auoit touílours demeuré à ijjahan, ou le Roy luy donnoit vne peníiondedouzemille efcuspar animais ií fut oblige de fe retirer à Cafvuin, à caufe d’vne ambaftade folemnelle, quele Mogulenuoyaau RoydePerfe expréspourledemanderjquoy que depuis trois ans, que 1’Ambaffadeur y eftoit arriué , ií o’euft encore rien obtenu. Les Roys de Perfe viucnt dans vne jaloufie continuellc quedes Indiens ,auec lefquels ils n’ont iamais vne paix bien affeurée, à caufe des frontieres de Candahar , qui donnent de 1’exerciceaux vns 6c aux autres, comme celles de Babylonedu cofté du Turc: de forte qu’il ne fe trouue point d’occafion dont les Pcrfes ne fe feruent, pour tafcher de fomenter les mefeon- tentements des grands, auíll bien que toutes les autres femen- cesd’vne guerre ciuile. C’eft pourquoy aufli ils ne refufent ia- maisieur protedion aux Princes Indiens, qui fe veulent retirer en Perfe 3 afin d obliger par lâ le Mogul à lesaífifter contrele Turc, Scafin de fe conferuer lecommerce, que les Perfes ont auecles Indiens, dont la Perfe tire de fi grands aduantages, quelle ne s’en peut point paffer. On aplufieurs exemples de cetteprotcdion ÇoVisSchach Ifmaèl, ÔC SchachTamos,So\xs \c rc- .gne de ce dernier il arriua, que Selim, qui comme 1’aifnedela maifonauoit fuccedé à fon pere, mourut quelque temps apres, ne laiffant qu’vn feul fíls en fort bas âgc, noitime Humajun. Tjclaledin Ekber, frere puifné du defund , mefprifant l’en- fance de fon neueu , fe faifit du fceptre, 6c pour s’en affeu- rer la poffelfion, il tafeha de faire tuer l’heritier de la Coiu- ronne. Humajun en eut aduis, & fe retiraen Perfe. TT^lah- din lay ant fçeu, l’enuoya demander, 6c fit dire au Roy de Perfe, ques’il ne lerenuoyoit, il 1’iroit querirauec toutes les forces de fon Royaume. Schach Tamos, qui eftoit en guerre ouuerte auec les Turs, n’ofant pas irriter vn ennemy fi redou- uble, fit cacher Hhmajun, 6c afin de ne point faire de faux ferment
  • ET DE PERSE; LIV. IV.1 4fr, ferment Iors qu’iiferoitrefponfea TAmbaflade àtT%elaledin , ii Ie fit mettre dans vne cage, Sc lefitpendreà vnarbreaumef- me temps qu ii voulut donner audience à 1’AmbaíTadeur,- au_ ouel ii proteíla , que Humajun nifader chakimen, Humajun riejí pas fur mes terres, Sc renuóya 1’AmbaíTadeur auec cette ref- ponfe. Mais ayantfa't lapaix auec leTurc, il enuoya Huma¬ jun auec vne puiflante armée, commandée par Mehediculi Sul¬ tan , contre Tzclaledin, qui fut tellement furpris de íe voir at- taquépar vn íl puiíTant ennemy, qu’il fut contraint de s’en- fuir. Humajun voulant reconnoiílre lesferuicesde Mehediclui% luy donna des terres de grandes richefles dans la Prouince de Kulkende; ou ii s’eilablit du confentement de Schacb Tamas, Sc ou fa poílerité vit encore auiourd’huy en grand credit, Sc en grande authoritc. Les AmbaíTadeurs enuoyerent íaliicr le Prince Polagi, qui receut les cnuoyez, eílant affis fur vn quarreau de velours, au- pres d'vne fontaine, quiaiioitles bords de fon baííin couuerts de tapis àfonds d’or Sc d’argent, Sc il eíloit accompagné de grandnombre de feruiteurs Sc de domeíliques. Cette ciuilité luy fut fi agreable, qu’il nefe contenta pas de letemoignerpar fes paroles, mais il regala au/li les cnuoyez d ’vne collation de vin Sc de fruits, Sc leurdít, que fa mauuaife fortune Tempef- chancdelesregaler de fon bien , il eíloit obligé d'emprunter des bien-faitsduRoy, dequoy leurfaire cette chere. Le def- feindes AmbaíTadeurs eíloit de luy rendreviíite en perfonne: mais les Perfesnc le voulurentpas permettre j difans que c’e- íloit contre la couílume du pais, ou l*on ne fait point de viílce, que Ton n’ait eu áudiencedu Roy. Le deuxiéme Iuillet le Daru a conuia les AmbaíTadeurs á rneaííembiée,qu’il auoit faite exprés pour les diuertir. Elle fe fit fur le grand Met dan, ou marche, ou il auoit fait tendre des toiles, contre Tardeur du Soleil, Sc en auoit fait arrofer vne partie , pour nous oiler Pincommodité de la pouíTiere. Apres auoir íait ranger le peupleen cercle , & faitaíTeoir les Ambaíladeurs furdesfieges fort hauts, il fit entrer quelques bateleurs, qui firentplufíeurs faults perilleux , Sc des tours de paíTe paíTe. Apres cela il fit venir trois paires de luiteurs tout nuds, n’ayans rien de couuert que ce que la nature mefme a accouílumé decacfier. Iln’y en auoit que deuxparmy eux auec N an 1 7* Les Ambafli- deurs euuoyent vifiter Jc Pria- ce Indien.- Imtn» Le Gouuerneur donnele diuer- tilTíment aar Anibaflideurs. 1
  • *37- .àkphass- Srrenr dcs an¬ uem, la Montagnc Í’£Tvend4 4fé VOYAGE BE MOSCOVIE; des caleçons de cuir, graifíez d’huile , qui faifoient voir vn* adrefte 6c force de corps admirable. En fuite de cela on fit en- trer deux beliers, qui íe choquerentfurieufement, commeauf- íi deux oifeaux, vn peuplus gros que des perroquets,qui fe ba- tirentauec grande animoíité. Apres cela entrerent, au bruit de plufieurs tymbales, huict loups, d’vne grandeur extraordi¬ naire , attachez à de longues cordes, qu’on Iafchoit cinq ou fix fois les vns apres lesautres parmy lc peuple, 6c on les retiroit auífi-toft,6c enfin on Ieur prefenta vn homme couuert d’vn ma- telas fortefpais lequel eftant fait àcela,alia audeuant du loup, lepritaumilieudu corps 6c Pemporta. Le PrincePoUgi nous voulutdonnerle diuertilTement de ion elephant, qu il enuoya querir jmaisdautant qu’ileftoital’herbe, l’on tardatant à I a» mener, que les AmbaíTadeurs, quieftoient defia bien ennuyex d’vn diuertilTement qui n^auoit que trop duré, 6c qui fe len- toient incommodez de la grande chaleur, fe retirerent chez eux. Nous vifmes quelques jours apres cét elephant au logis du Prince, 6c fa taillemonftrueufe, qui excedoit la hauteur de deux hommes, nous furprit merueilleufement; auffi eftoit-il fanscomparaifon plus grand que tous ceux que nous vifmes depuisà ljpah«n, ou il y en auoit grand nombre. Ses jambes eftoient plus grolTes que le corps d’vn homme, 6c les oreilles luy defcendoientlelongdelatefte, de la longueur dyne bon¬ ne demi-aulne. 11 fçauoit plufieurs petites gentillefles, 6c le laiíToitgouuerner par vn petit garçon, qui en luy touchant lc front d’vn petit marteau d’armes, fortpointu, le conduifoit, 6c lefaifoit coucher 6cleueràfavolonté. Ce qui pourra facile- ment conuaincre Terreur des anciens, qui croyoient que l ele¬ phant ne fepouuoit pas coucher, parce qu’il n’auoit point de jointures aux jambes, 6c que 1’on fe íèruoit de ce defautpour Je prendre, quandvenantà s’appuyer contre desarbresa demy fciez,pour le repofer,ils les faifoient tomberpar leurpefan- teur, 6c qu’eftans tombez auec cux ils ne fe pouuoient plusre- Jeuer. Ceux qui ontefcrit les affaires des Indes, ont dit la ma- niereaueclaquelleonlesprend, c’eft pourquoy nousnenen- nuyerons point icy le Lelteur. La ville de C*f win a vers le Sud-Sud-Ejt Iamontagned El- wend, qui eft vn rejetton du mcnitTaurus, 6c la plus confides- rabledetoutc la Perfej à caufedc fesgrandes 6c belles carri*-
  • ET DE PERSE,' LIV. TW 4
  • 4éS VOYAGE DE MOSCOVIE, x 6 5 7. mouton. Parmy ceux qui auoient Ie plus contribuc à Ia nour- riture de ces beílcs, ii fe trouuoit vn Marefchal , nommê Cburdek, qui auoit efté contraint de donner quaíi tous fes en- fans; en forte que de foixantc Se fcize fils qu’il auoit eu, il ne luy en reftoitque deux. Cette pcrte 1’ayant jetté dans Ie defefpoir,il repreícnta aux autres habitans de faville, qu’il eítoit impoflible de foufffir plus long-temps cette tyrannie$ qu’il n’y auoit point d’apparcnce, que Ia nature les euftfaitnai- ttre tons pour eítre facrifiés à l’appetit d’vn feul homme 3 qu’il falloit fedéfairedutyran, Se dautant que 1’Eítat nepouuoit demeurer fans chef, que fon aduis eítoit, que l’on r’appel- laít TÇtchofrovuben Fridun , qui auoit efté chaíTé par Sub
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 469 foufre en ces montagnes, Se que les vents qui y regnent, font fort naturels, Se y font ordinaires, comme en plufieurs autres ProuincesdePerfe j ainfi que nous auons veu cy-dcífus â Ar- debi1.11 y a de 1’apparence auífi, que íe fens de ce conte eft my- ílique, Se que les Perles, qui fe plaifent à enfeigner leur morale fousdes fables, ontvoulu condamner parcctte hiftoire fabu- Jeufe, les Princes, qui pour fatisfaire à leurs paílions dere- glees, écoutent les donneurs d’auis, qui, pour eftre.mal in- tendonés, n’cn donnent iamais de bons, Se qui pourempef- cher les defordres quiénpeuuentnaiftrc, y appliquentdes re¬ medes, qui font beaucoup plus dangereux que le mal, Se qui ne ruinent pas feulement Ie peuple, mais auífi, qui en le mettant audefefpoir, 1c font fouleuer contre fon Prince, qui par cc moyen fe trouue feul charge de tous les malheursde 1’Eftat. Nous partiines de Casritn le trciziéme Iuillet: les malades Se le bagage commencerent à marcher fur lefoir, Se les Ambafla- deurs íuiuirent la nuict. Le-Iendemain quatorziéme nous arri- tiames, par vneplaine de trois Iicues, au village de Men.beré, donttoutes les maifons eftoicnt ouuertes en forme de voute, de forte qu’à les voir de loin, il fembloit que tout Ie village ne fuft com p o fé que de fours. Le fiéur Crnjitts, chef de 1’Ambaf- fade, commençaàfe trouuermal en ce licu-là 5 de forte que ne pouuant plus monterà chetial ,il fe faifoit porter les jours fui- uansdans vn braneart. NoftrcMiniílre fctrouua fifoible, que ne pouuant plus fouffrir la fatigue du cheual, il defeendoit de temps en temps, Se fe couchoit aterre, pour tafeherd’v trou¬ per quel que loulagement. Iln’y eutque le fieur de Mandejlo, qui n’eut point d’atteintede maladie,en tout le voyage j c’eil pourquoy ileutplusde commodite d’en remarquer routes les particularitez 3 auífi l’a-il fait auec tant d’exa&icude , que l’on en pourroit compofervngros volume. Nous lifmes cetre nuict Iàfept Jieues, Senousarriuaimesle lendemain quinzieme dés le grand matina vn beau village, nommé Arafeng. Nous y trouuafmes dans vn jardin , qui eiioic fituéfurle bord d’vn Torrent, force grenades Se amandes • qui nous feruirent derafraíchiílement. Sur lefoir nous conti- nuâmesnoftre voyage, Se fifmes fix lieucs,parvnemontagne fort vnie, Se nous logeames le 16. -du matin dans vn Carnatifer*, nômé Chtskiri. Il eiloittout baity de pierres de taille, Seauoit N n n iij ' 16 57* Les Ambaifs* deurs patten» dc Gafvuuu
  • i*3 7- S’t«atiori it §ib». jScsux fruit? * gab*. -47«- VOYAGE de moscovie; plufieurs voutes Sc chambres, al’entour d’vne grande cour ,a« milieu de Iaquelle fe void vn puits, enferme d’vne baluftrade de fer. Aux murailles des chambres fe voyencdes noms Sc des deuifes de pluiieurs perfonnes, de toutesfortes de Nations, qui y auoient voulu laifierdes marques de Ieur paiTage. Nous en partifmes fur Ies quaere heures du foir, Sc nous fifmes cecte nuict-làneuflieues. Le dix-feptiéme nous arriuafmes des Ie grand matin á la veuc de SaU > mais dautant que Ie Soleil n’eftoit pas encore leué, nous fifmes hake à la campagne; en attendant que Ion fortit de laVille,pour nous venir receuoir. Les Pcrfes mettent cette Viile à 8 j. degrez de longitude, & i 35. de latitude : mais ie trouuay fa latitude à 34. degrez 56.mi¬ nutes. Ellecftíkuée dans vne grande plaine , a la veue de la montagne d’ El^end, que Ion defcouure dicy , a caufedeia hauteur, Iaquelle elle pouffe iufques dans les nues. Lesruines de la viile de Rhei fe trouuent fous vn mefme paralelc auec celle de Saba, d’ou elle eft eloignee d’vne bonne iournée, vers le Leuant. Laterrcy eft rougeaftre ,&neproduit ny herbeny fruiefc. IIs en attribuent la caufe à la malediction , qui fut pronon- cée contre elle, en confideration d'OmarSaad, qui eftoitvn des premiers chefs de guerre du temps de Hojfein. Cct ontart qui auoit d’abord fait profeifion d’amitie auec Hojfein, fut Ie fcul, qui voulut feruirleJid-Vefercontreluy^parce que Hojfein eftant du fang de Mahomed, 6c en grande reputation de lain- dete, il ne fe trouua point de Capitaine à Medine , qui vouluft prendre les armes contre luy, finonle fcul Omar , qui fe lailfa perfuader de luy faire la guerre 5 pource qu on luy promettoit Fa viile de Rhei, en proprieté, auec tout f on territoire, dont il auoit enuie il y auoit long-temps j mais la mort de Hojfein , qui fut tué en cette guerre, attira fur cc pais la maledi&ion , qui, a leur dire, y paroift encore dans la couleur, Sc dans la fterilitc de larerre. La viile de Saha n’eft pas fort grande, quoy qu elle foit d* nobre de celles, qui paroiffent Ie plus par dehors, à caufe deles tours, Sc de ies autres baftiments publics. Ses murailles ne lont que de terre, Sc fesmaifons font quafi toutes detruites * mais çlle aen recompcnfc de tres- beaux jardins, Sc des fruids tres-
  • ET DE PERSE; LIV. IV. 471 pares Sc exquis, particulierement des grenades Sc des amandes. AupresdcIaVille,au piedde lamontagne , il vient quantité de cotcon Sc de risdont ils font leur principal commerce. Nous n'y demeurafmes que ce ioor-Ià, Sc enpartifmes furlc foir, failans la nuid fuiuantc fix grandes lieues; deforce qite nous arriuafmes le dix-huidiéfme, auec leSoleil leuant, àvn Carauanfaa ,nommc Sch*ch Ferabatb. La chaleur futfi grande ce jour lâ, que quoy quenous fuilions tous en caleqons,ilnoui futimpoifiblede trouuer lemoindre foulagement contrecct- teincommodite. Nous fifmes drefler nos tentes á Ia campagne, afin dc joiiir de la fraifeheur Sc du vent, quela prochaine montagne nous enuoyoit 5 mais fur le midy le Solcil échaufFa tellement Ie rent mefme, que la chaleur qui fortd’vn four, n’eftpas plus ardente j de forte que nous fufmes contraints de nous retirer dans le Carauanfera, ou la chaleur eftoit vn peu plus tolerable. La rerre mefme y qui n’eft que fable Sc bruyere en ces quar- tiers-là, eiloit fi chaude, qu’il eftoit impofiible d’yfairecinq ou ftx pas, fans fe bruler les pieds. Les deux Amballadeurs eftoientfort maladesen ce temps-Iàj mais Jemal leur donnant quelquerelafche alternatiuement, celuy des deux qui eftoit le plus foible, fe feruoit du brancart, Sc 1’autre montoit à cheuaJ. Le dix-neufieme nous fifmes cinq lieues, Sc arriuafines le matin deuant Ia ville âeKom. Le Daruga nous receutà cinqou fix cens pas hors la ville, accompagné de cinquante Caua- lierSjSc dequelques batteleurs j parmy lefquels ilyenauoit quelques- vns, qui marchoient fur des echaftes deuant le fieur Erugman, qui eftoitfcul à cheual ce íour-là, Sc faifoientmille tours de foiiplefte, iufqu’au logis des Ambafladeurs. Enpaf- íànt parle marche, nous y trouuafmes grand nombre de tym- bales, de haut-bois Sc de fifres, qui nous donnerentla mufi- que àleur mode, Sc les habitans auoient eu lefoin d’arrofer les rues j Iefquelles n’y eftans point pauées, non plus que celles dc Cafwin, Sc de plufieurs autres villes de Perfe, la pouffiere nous euft íàns cela fort incommodez. Les Perfes mettent cette villeà S5. degrez 40. minutes dc longitude, Scà 34. degrez 45. minutes de latitude: mais apres quej.’en eusfait vne obieruation plus exa&e, ie trouuay le zs, ' Chaleurt e»* ceffiiKs. La ville ds Koai.
  • IÍ37- C’eft la Guria- nade Ptoio. **cc. lesJTruifty. Vneefpcce de pi cions. 47* VOYAGE DE MOSCOVIE,’ Iuillet, à l’heure du midy , que Ie Soleil eftoit cleuc de 74. de¬ grez 8. minutes fur I’horizon, 6c que la declinaifon, prife fur íemefme Meridian, eftoit dci8. degrez 35. minutes5 dc forte queréleuationduPoIenepouuoit eirre que de 34. degrez ij. minutes. Laville de Kom, eft fort ancienne.Ptolomcela nomme Gu- rUna , 6c autrefois elle a efte fort grande, ainfi qu’il fe void par les mines de fes murailles 6c de fes baftimens, qui fe trouuent aujourd’huy hors de fon enceinte moderne. Elle eft fttuee dans vne plaine, à la main droite de Ia mon¬ ta gne d'Elvuend, qui fe fait connoiftrede loin par la blancheur jdefoníàble, 6c par la hauteur de fespointes. Dans cette mon- tagneii fort de deux fourccs vne petite riuiere, qui ne faiiaiic qu’vn canal al’entrccdelaville, en trauerfe vnepartie, 6c fait vne de fes principales commoditez jmaisdepuis trois ans cette petite riuiere eftant enflée desneiges, que les premieres cha- leurs du Printemps auoient fait fondre, auoit abbatu 6c em- porte plus de millemaifohs. Ilie trouue dans les jardins,qui y font en grand nombre, tant dedans que hors de la ville quantitc de beaux fruicts $ en- tr’autres vne forte de melons qu’ils appellent ScammAmc, 6c font de la grofteur d’vne orange. I Is ont Iapeau tachetct de di- uerfescoujeurs, 6c vneodeuradmirable.; mais ilsontlegouft plus fade quelesautres melons j qui ypaflent en douceur tous ceuxque j’aye iamais mangcz. II íè trouue auffi de cette forte de melons à Ardchil, ou on les ported la main ácaufe de I’odcurj mais l’onnousdit qu’on les apportedu village d’ Alaru, qui en produit vne tres-grande quantité. Le docte Golius, Profefleur dans les langues Orien¬ tates en I’Vniuerilte de Leiden , en parle amplement en fon Lexicon Arabe, page 1309. Ils’y trouueaufli vne forte decon- combres d’vne grandeur extraordinaire , ayans plus de deux piedsdelong,6c de la groffeurdu bras, qu’ils appellent Schan- shiar^ c’eft á dire concombres courbez, parce qu’ils ont la for¬ me d’vn bras courbé. Les Perfes les confcruent dans duvinaigre, fans fel, maisle gouft n’en eft pas bien agreable j fur tout à ceux qui n’y font point accouftumez. Laterrede cesquarters Id eft fort propre pourlelabourage, 6cproduittouces fortes de grains £cducot- toa 4
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 4?5 ton en abondance, mais Ieprincipal trafic deshabitans eft de poterie Sc delamesd’épées. Celles qui fefont en cette ville font eftimées les meilleures de tout Iepai's, Sc fe vendent iufques á vingt efeus piece. L’acier, dont on Jesforge, vient dela ville de Niris, á quaere iournées d'lftahan, ou I'onrrouuedansla montagne de Demawend, de tres-riches mines defer & d’acier. La poteriedela ville de Korn eft fort eftimée, Sc particuliere- ment fes cruches^tantácaufede Ia beautéde I’ouurao-e, que parce que I’on croit qu’aux plus grandes chaleurs dei’Efte I eau s’y conierue fraifehe. * Les habitans de cette ville ont beaucoup d’inclination au arcin Apeineauions nous mis pied aterre, que I’on prenoit nospift°Iets,&toutcequi nefetrouuoit point enfermefous la clet,s éitanóuiíToit incontinent. Nos gens commencerent en cette ville d’eftre trauaillez de la diflenterie, qu’ils fe don- noienten mangeant des melons, Sctoutes fortes d’autres fruits auec excés, Sc en beuuant de 1’eau apres le fruict, & dans les plus grandes chaleurs. Levingt-vniémeluillet nouspartifmes dcKom, vneheure apres Soleil couché, Sc fifmes cette nuid-Iá cinq lieues. Nous demeurafmes leiourfuiuant, vingt-deuxiéme, dans vn grand village nommé Kafmabath-, ou toutes les maifons d'vne rue entiere eftoient bailies en forte, qu’elles ne faifoientenfemble qu vne leulevoute continuclle. Le vingt-troifiémenous fifmes fept lieues, iufques au villa- |ede oenjtni oii nous trouuafmes quantité de viures, Sc de fruits, que le Mchemandar auoit eufoind’y faire apporterde Ajfcban, qui n’en eft éloigné que de cinq lieues. En ce village snourut vn denos truchemens pour la langue Perfe, nommé Gregori. II eftoit Mofcouite de naiftance, mais il s’cftfait cir- concirej e’eftpourquoy nous laiftafmes Ie corps à ccux defa religion,pour le faire enterrerà Ieurmode. Nouspartifmes lefoirdu yingt-troifiéme5 Sc perdifmes la nuict luiuante vn valet Mofcouite, qui mourut de diftente- nepar le chemin. Nous gardafmes le corps pour le faire en- terrer a ZQifchan, auec encore vn autre valet Mofcouite qui mourut deux heures apres. Nous y arriuafmes le vincrC-qua- trieme, mais de ii grand matin, que nous fufmes obligez d’at- tendreplus de deux heures, auant quele Darng4, put venir au- Ooo ^37- Son trafic. Ses habitane enclins aular- cin. I!s parteatáe Koai. Arriuent â Kafclua.
  • 10 37- La fortune du Diiuga, la Ctuationde Kafcban. $a grandeur. 474 VOYAGE DE MOSCOVIE, deuant de nous, pour nous receuoir. Ileftoit accompagne cie cinquante caualiers, Sc faifoic mener en main pluiieurs beaux cheuaux, couuerts depeaux delynx, Sc leur mufiqueordinaire ne manquapas de s’y trouuer. A I’entree de la ville il nous he voir deux bceufs d’Inde, fort noirs, Sc de grande taille, qm auoientdesfonnettesaucol Sc desplumes fur la tefte 8c jui; la croupe. Ce Daru^a auoit autrefois feruy de valet de pied a Schach- Sejt, lorsqu’eftantencorejeune, Tonfut contraint de le cacher de fon ayeul, Schach slbas 8c Schach Sefi le tiouuanc fans argent pour viure, le vendit quinze Tumains, qui font foixante quinzepifloles. Maiseftant paruenu a la Couronne, il le fit racheter aufli-toft, Sc luy donna auec Ia qualité deSu/- than, le gouuernement de Kafcban. LesPerfes mettent lavillede Kafcban à quatre- vingt cinq, degrez de longitude, Ik à trente-quatre de diftance de la h- gne. Apres vneobferuationexadlede trois iours, ie trouuay quelle en eft éloignée de trente-trois degrez cinquante-vne minutes, c’efta dire, de neuf minutes moins. La ville ell fore longue, ayant du Leuant au Ponant plus d’vne demy-Iteue d’Allemagne d’eftendue. Ses murailles Sc fes baftions font, d’argille, & fa iituation eft dans vne grande plaine de bonne terrelabourable, découurant à la droite le mont Taurus , que les PerfesappelIent.E/w tanten maifons parti- fonts
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 475 culieres, qu’en Palais Sc en Caratunferas: mais le Bafar , Sele Maidan Sc les autres baílimens publics, quifonttous accom- pagnez de magazins, de galleries Sc de chambres, pour les marchands, tant regnicolcs que forains, font des plus beaux quej’aye veus en tout le voyage. II s’y trouueen tout temps vn tres-grand nombre demarchands eftrangers, Sc fur tout d’ln- diens, quiy ontvn lieu particulier pour leurdemeure, Sc pour Ieurtrafic5 auili bienque tous les autres marchands. Lesarti- fans, Scparticulierement les ouurierseneftoffcsdefoye, Sc en brocardsd’orScd’argent,y trauaillent danslcslieux ouuerts, oil tout le monde les peut voir. Lc plat pais eft tres-fertileen bled, en vin Seen fruits, quiy viennent en ii grande abondance, que ie n’ay point de peine âcroirecequeC4r/\vr/g-/endit; fcauoir que les plus pauures, Sc les plus incommodez des habitans n’y ontpasfeulementle neceilaire, mais auili Iedelicieux 5 Sc qu’il neleur manque que de l’eau fraifehe. Car I’onn’en peutauoir, qu’apres auoir foiiy bien auanten Iaterre, Sc encore la trouuafmcs nous tres-mau- «aiíe à noftre gouft, Sc tellement corrompue, que fans vne derniere neceilite, nous euffions bien eti de la peine à l’aualer. Faduoueque ien’y aypaspu defcouurir ce bel ordre, Sc cette bonne police , que Cartwrigt dit y auoir veue , en l’inftitution delajeuneile, ny que 1’on y ait plus defoin qu’ailleurs, del’ac- eouftumerau trauail de bonne heure, afind’euiter l'oifiuete, Seles inconucniens,dont elle eft ordinairement fuiuie. II eft vray que le grand nombre d’enfans, que l’on y voit dans les fa¬ milies 5 quià caufede la polygamiefont fort nombreufes, les oblige defonger à leur fubfiltance; mais les Perfes ont ordi¬ nairement iipeud’inclination pourle trauail, que leplusfou- uent on les voit fe promener au Maidan, ous’entretenir dans les boutiques, pendant qu’ils laiftent Ie trauail lepluspenible aux efclaues 5 parce qu’eftans fort fobres, Sc fe contentans de fort pea de chofe, Sc d’ailleurs les viures y eftans â fort bon marché, ils eftiment, qu’ils ne fe doiuent pasdonner beau- coup de peine pour Ie fuper flu,. Sc pour les chofesqui leur font moins neceiTaires. C’eft pourquoy lls’y trouuedes faineans Sc des gueux auili bien qu’ailleurs, Ce qu’il dit des fcorpions, Sc des autres beftes venimeufes, tft trtfs-vray; Car il s’en trouue aupres de K.afchan, en plus Ò00 ij 1Í37. Ses baílimens publics. Bedes veni- meufes.
  • Remede contre Jcs ícorpions. 1/Autheur pi¬ que d’vnfcor- pioij. 476 VOYAGE DE MOSCOVIE, grande quantité qu’en aucun autre lieu de Perfe, Sc de fí dan- gereux, qu’ils ontdonné lieuà cette malediction. Akrab Kef- chanbe deftet fenenque le fcorpion de Kafchan te perce Ia main. Nous cn trouuions en nos logis de noirs conime charbons, de la longueur Sc grofleur d’vn droigt, Sc nous difoit-on queçe- ftoientdà les plus dangereux de tous. Ils reíTemblentà nosefcreuiíTes, fínon qu’ils ont le corps- plus court, qu’ils marchent plus vifte, Sc qu’ils ont toufiours la. queue dreíTée. C’eft pourquoy les habitans ne mettent pas ieurs matelats à terre, comme Ton fait ailleursj mais ilsles met¬ tent fur vne efpece de treteaux, qu'ilsappellentT^ryw. Ilsdi- fent aufli queces beftes ont du refped pour les eftrangers,Sc quepourfie garantir deleurspiqueures, ils n’ont qu’a pronon- cerfeulement ces mots men karibem, lefuis ejlranger.Mais pour moy jiemeperfuade, queleseftrangers,qui les apprehenderit plus que les habitans du lieu ,enfont obligezau loin qu’ils ap- portent à leur conferuation -y quoy que ie n’aye point otiy dire, que ceux qui en font piquezen meurent. Cards ont contre ce veninvnremcdc prelent Sc facile, en appliquant fur fa piquet*, re vne piece de cuiure 5 à quoy ils employent ordinairement leur monnoye, qu’ils appellent Pul, 6c c’eft à caufe de cela qu’ils en portent touiiiours fur eux, Sc apres y auoir laifle cette piece vingt-quatre heures , ils mettent fur la playe vne em- plaftre, compofée de miel Sc de vinaigre. I’ay efté aflez malheureux pour auoir cite feul de toute la. compagpie, quien ait efté incommode, Sc pour en auoir fait l’experienceenma perfonne.Careftant couchc dans monlictâ ScamacA/V,auretour0,'IJpaban, vn fcorpion me piquaàlagor- ge, ouil fe fit aufli-toft vne enfleurede la longueur d’vndoigt,, auec des douleurs infupportables. Le ben-heur voulut que-noftre Medecin, qui eftoit eouché dans lamefme chambre yy mit aufli-toft de 1’huile de fcorpion,. me donna de la Theriaque, & mefitfuer: ce qui m’ofta biera les plus grandes douleurs, au bout de trois heures ;maisie ne laiflay pas d’enfentir encore les deux ioursfuiuans, mais par in- terualles, Sc comme fi Ton m’euft pique d’vne éguille: Sc mef- me plufieurs années depuis i’ay fouuent fenty les mefmes dou¬ leurs , particulierement dans 1’Automne , quaft au mefme temps que le Soleil entroit dansle figne du fcorpion.
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 477 II s’y trouue encore vne aucre forte d’infecfte, faíte à peu prescomme vnearaignee, de Ia groífeur de deuxpouces, & Autre'inié<£te marquetéc de diuerfes taches. EÍle fe tient d ordinaire en’des vcnimeule* lieux pierreux, fous vne efpeced’herbes, que les Perfes nora- ment tremne, Zc les Turcs iauchfchan, qui reífembleàPabfín- the jtnais fes fueilles font plus larges I’odcur en eft plus for¬ te. LesPerfes appdlent cetteinie&e Enkurek: Sc c’eft Panimal que I’on appelleen Latin StclUo, &vneefpeced’infea:e queles Italiens Sc Efpagnols appellentTarantola. Cette befte, au lieu Soanaia’ de picqner ou de moi dre, laifte tomber ion venin, comine vne goutte d'eau, Iaquelle caufe auffi-toft des douleurs infupporta- Lies en la partie ou il s’attache, Zc penetrant en vn moment iufquesá l’eftomach, il enuoye des vapeurs á la tefte, quiren- uoyent vn ft profond fommeil à tous les membres du malade ", Son cfFet' qu’il eft impoffiblc de le rcueiller5 finon par vn feul remede, qui Leremcdt eft d’ecrafer vn de ces animaux fur la playe 5 done l’on attire par ce moyen tout le venin: Si on n’en peut point auoir7Pon fefertd’vne autre remede- Car Ton couche le malade fur ledos, pour luy faire aualer le plus de laid que I’on peut 5 apres cela on le met dans vne biere quel’on fufpend par des cordes attachéesaux quatre coins à vnepoutre, Zion la tourne, jiifques à ce que ces cordes fe trouuans routes entortillées, on lalafeheroutd’vncoup , afin que les cordes venansáfe démefter auec vn mouuement vio¬ lent, luy fafte tourncr la tefte, &faifefortir de Peftomach tout le laid qu’on luy a fait aualer. 11 le rend tout verdatre, auffi bien que le laid caillé qui luy fort par la verge, maisauec de grands efforts & auec des douleurs extremes. Ce remede gue- rit le malade en quelquefaçon 5 maisiln’cmpefche pas quede temps en temps, Zc particulierement enla mefme faifon de Pannee,il n ait des douleurs bien fenfiblcs. Cét animal ne fe trouue qu’a la campagne^de forte queceux dela villenel’ap prehendentpoint, ft cen’eft que par mégarde, 1 on y en ap T , fonczucc h ciaume, dont ils couurent lt-s maifons. Ma is ce g SlStoST qu il y a d admirable en cet animal, c’eft que les brebis lecher- ães‘ chent & le mangent. Les habitans de K if han racontent, qu' Omar len Ahhitabi Fable de Schur- troifieme fucceifeur de Mahomet, voulant vniourafter voir ZaAd,n- fon moulin á M edina, le meufnicr, nornme Schut^a A din, lepria
  • i3 ó 7- KaíTan Kaski autheui Arabe. Elmacini aiwe /.uihcur Arabe. les Ambafla- deurs partent it jcafchan. 478 VOYAGE DE MO SCO VIE, de benir fontrauail, 6c fonmoulin, en mettant les deux mains fouslapierre, qui eftoit Ieuée ce qu’Ornarayantfaie,lemeu- nier laícha le refíbrt de la pierre , 6c apres luy auoir faie écrafer les mains, ilackeuadeletuer. Puiseftantallc trouuer^/y, qui par cette mort fuccedoit à 1’Empire, il luy demanda recom- penfedefon aíTaíTinat. oWr luy donna vne íettre adrefíante au Ca fide Kafi Iran,iportant ordre de luy donncr fa filie en manage. Lc meunier, quoy que fort content de cette recompeníc, ne fe put pas refoudre à fairc vn fi grand chemin à pied * de forte qu’ví//voulant acheuer de 1’obliger, luy p reft a fon cheual Dul- dul, qui le porta en vne nuitdepuis Medina iuíquesà Kafchan, qui en eft eíloigné de plus de deux cens lieues, 6c dilparut auífi- toft.Lemeunierefpoufala filled» Caji, mais il raourutbien- toftapres, 6cfutenterréliors delaville, aulieu ou l’on voit aujourdhuyplufieurscolinesde fable, quele conte dit auoir efté formées par le vent, depuis la mort du meunier * de peur que les parens 6c amis d’Ornar ne le deterraíTent, pour le brú- ler. MelU Hafan Kaftbi, qúi a eferit ce conte, en a fait vn pro- uerbe, qu’il a infere auec plufieurs autres adages fpirituels au Kulujihan, ouil dit, Men befanem y ehn fchahemfiha, fjckfcheb duldulefeh es Medine Afabani bekafchan aured. Ceft à dire , ie fers le Key des Roys, le Du 'dulduquelaporte en vne nuitl le meunier depuis Medina iufqua EÇafchan. T^ur^ei Elmakin , ou George El¬ macini , autre hiftorien Arabe, dit au liu. x. chap, 3, de fon hi- ftoirc, qu’0*»4rfuttué,pendant qu ilfaifoitlapriere,par-'í£#- lulu, valet de Mukir, qui le haiífoit á caufe de fa ty rannie. La chaleur eftoit grande à
  • ET DE PERSE , LIV. IV. 479 fcuiâiéme,àquatreheuresdumatin, à vnepetite vilIe,nom- i 65 7. mée par ceux du país Natens, 6c par Contariniçn fon vova^e Amuem a Na- Nithas. Nousprifmes pournoftre logement yn Carattanfira, tens’ dansla ville ^quieft belle, arrofée de plufieurs eaux vines, 6c tres-abondanteen toutes forces de fruics, En arriuantà la vil¬ le on laiíTeáladroitedeuxhautes montagnes6cfort pointucs, donel’vne afurfoníommet vne groíle tour, que Schach Abas a. fait baftir >en memoire del’auantage, qu’vn defesfaucons eut en ce lieu là fur vn aigle, quil actaqua, abattit 6c tua, apres vn combat fort opiniaííré. Tous ceux de noftre compagnie eftans oumalades,ou fatiguez, il n’y eut quelefieurde Mandejlo feul, quicut la curiofité d’y monteraueefesdeux valets ,6c de con! íiderer ce baftiment. Iltrouua qu*il eftoit fait de briques, 6c que par en bas il eftoit de forme oclogone, ayant enuiron huid pasdediametre jmais qu’en montant il perdoic petit à petit cette forme 6c fa grofíeur , 6c qu’en haut il eftoit percé de tant de feneftres, que le iour y entroit de touscoftez. II y a dequoy s’eftonner, comment on a pit porter tant de mate- riauxen vn lieu ft haut, ou ce Gentilhomme mit plus de trois heures à monter, 6c pour le moins autant à defeendre, auec beaucoup de peine 6c de peril. Le vingt-neufieme nous fifmes quaere lieues 5 pailans vne Cominnenr grande montagne, 6c logeafmes dans vn Caruanfcra, nommé kut V0^Se* Dotnbi, ou quelques habitans d'ijpaban nousvinrent viftter, d ce qu’ils difoienr, de la part du Chancelier. Il y vintauifi quel¬ ques marchands Hollandois, traueftis en Perfesj mais ils ne le'firent point connoiftre. La nuift du dernier iour de Iuillet au premier d’Aouft, nous Asvsi. fifmes encore quaere lieues, 6c arriuaímes le lendemin à vn village nommé Ruk. On nous Iogea dans la maifon du JÇauka, ®u luge du lieu, ou nous demeurafmes ce iour lá, 6clanuict fuiuante. Le deuxiém c d’Aouft nous partifmes deux heures deuant le iour, au clairde la Lune, 6c ne fifmes que deux lieues ,.iufques àvne maifon Royale,ou nous logeafmes dans vn beau jar- din , qui fut le dernier logement que nous fifmes , cn allant â la ville $ IJp ah an. Cardes lelendemain matin troifieme Aouft, Ton nous enuoya des cheuaux, pour faire noftre entree en la ville eapitale du Royaume. A vn quart de lieue de la Ville
  • 4So VOYAGE DE MOSCOVIE, 1Ó37. 3ont lonez chcz les Arme- mcns. Vifite Ja fa- Zleur de Hol- lande. nous trouuafmes vn des principaux OfEciers de la Cour, nom- mé ifachan beg., à la tefte de deux cens clieuaux, Sc à quelques pas de là deux grands Seigneurs Armeniens, nommez Sefaras begSc Elias beg, qui conduifirent les Ambaíladeurs iufquesà leur logis. La pouffiere, que la caualerie Sc le peuple, qui eftoit venuaudeuant de nous, auoitfait leuer, eftoit h épaifte, que nous nous trouuafmes à Ia porre de la Ville, auant que nous le cruílions, on que la puílions voir. Non feulement les rues Sc les feneftres eftoient remplies de monde , que la curiofité auoic at- tirés au fpectacle de noftre entrée j mais auffi les toiets des mai- ' Tons en eftoient tout couuerts. L’on nous fit paíTer par pluíleurs rués, par le M/tidan > Sc de¬ viant le Palais du Roy , iufques au fauxbourg de Ttylfa, ou Eon nous logea au quartier des principaux marchands Arme¬ niens, qui font Chreftiens, Sc qui y ont leur demeure. A pei¬ ne eftions nous defeendus de cheual, quand 1’on nous appor- ta de la part du Roy, des prefens de viures, pour noftre bien ve¬ nue On eftendit fur le plancher de Ia chambre des Ambaf- fadeurs vnebelle nappe de foye, que Ton couurit de trente- vnvafesde vermeil doré, remplis deplufieurs fortes de con¬ fitures , feiches Sc liquides, Sc de fruiefts cruds, comme de me¬ lons , de citrons, de coings, de poires, Sc de quelques autres, que 1’on ne connoift point en Europe. Peude temps apres Ton oftala nappe pour en mettre vne autre, que l’on chargea de ris de toutes iortes de couleurs, Sc de routes fortes de vian- des, boiiillies Sc rofties, fçauoir de mouton, devolaille, de poiifon, d’oeufs, Sc dc patilferie, en plus de cinquante plats de vermeil dorc, fans les faucieres, les écuelles à oreille, Sc les autres petits vafes. Incontinent apres difner le Commis du comptoir de Hollande, nommé NicoUs Iacobs Ouerfchie, qni fut depuis Gouuerneur de Zeilan, pour la Compagnic des In- des Orientales, vint voir les Ambaíladeurs, quieftant occupés á faire déballer leur bagage, quoy que ce nedut eftre que l’em- pIoyd’vnMaiftre-d’hoftel, voulurent fedifpenfer de cette vi- fite fous ce pretexte. Mais le Hollandois ne laifla pasd’ache- uer fa vifite, en laquelle il ne diilimulapoint, qu’ilauoit ordre de fes fuperieursde s’oppofer à leur Negotiation: mais que celan’empefcheroit point, qu’en leur particulier, il ne leur rendift tous les feruices, qu'ils pourroient defirer de luy. Il témoigna
  • ETDEPERSE.LIV.IV. 4S< temoigna auoir cnuie de boire, 8e nous eufmes aflez decom- iC 3» plaifance pour I’enyurer: mais ce fuc là route la fatisfartion qu’il remporta de chez nous. . La ioye que nous auionsde nous voir au lieu ou nous efpe- Quereileauec rions acheuer noftre negociation, fut bien-toft troublée par les domefti- vn accident tres. funeile, & les diuertiflemens que l’on taf- choitde nous donner,fechangerentdes les premiers iours de Indicn- noftre arriuée cn vne tres-fafcheufç conteftation auec les In- diens, ál occafion de l’iniolence de quelques-vns des domefti- ques de l’Ambailadeur du Mogul, qui eftoitlogé dans le mef- me fauxbourg, auec vne fuite de trois cens perfonnes, qui eftoient la plufpart Vsbeques.Wn de leurs domeftiques s’amu- fant k regarder décharger & ferrer noftre bagage ,le valet de noftre Mehemandar nommé Willi chan, luy ditpar raillerie,qu’il auoit mauuaife grace de fe tenir ainfi les bras croifez ,&qu’ii feioit mieux de leur aider > Et fur cequeTautre Juy rcpondic auec trop de fierté,à fon adtiis .lePerfan luy donna de la can- ne fur la tefte L’Indien pique decet affront, courut a quel¬ ques-vns dc[fes camarades, qui eftoient couchez là auprés à l’ombre d’vn arbre, fe plaignit à eux dc l’outrage qu’on luy auoit fait, &.les fit leuer pour fe venir ietter fur Willichan, qu ils abatirent lous eux ,&le bleflerentalatefte deplufteurs coups de pierre. Nos domeftiques voyans cettc violence, en aduertirent no¬ ftre Maiftre d Hoftel, qui fortit auec cinq ou fix de nos folda.es* & auec quelques autres vallets ,qui chargerent ft bien les In¬ dians , dont le nombre s’eftoit augmenté iufques à trente, qu ils en blefterentvn a mort,& chaflerent les autres iufques à leur qnartier : mais ce qui fafehale plus les Indiens, ce fut - qu en ce combat ils perdirent vne épée>& vn poignard, oil i on auoit attache vne bourfe,auee quelquepetite monnoye, \ qne les noftres emporterent, commc des marques de leur vi-
  • 4*2 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1637. au feptiéme d’Aouft, les Indiens feferuirentde cette occafion» pour tirer raifon de 1’afFront qu’iJs croyoient auoir receu. On auoit enuoyé le laquaisduMaiftred’Hoilel, Sequelques matelots,aucc vnepartiedubagage,pourleconduire au logis> quenous allions occuper,qui eltoit danslavillc ,& eiloignc du premier d’vn bon quart de lieue.Quelques Indiens qui eitoienc couchez foils des tences, pour garder les cheuaux de leurs Maiftres, qui paiffoient entre la Vide & le Fauxbourg ,le re- connurent pour l’auoir veu au premier combat, l’attaque- rent, & qupv qu’il fe defendift vaillamment à coups de piito- lct Se d epée, ils le tuerent enfin à coups de fléches : luy cou- perent la tefte', qu’ils balotterent quelque temps en fair, & at- tacherent le corps à la queue de fon cheual, qui I’entraifna dans vn lieu ou les chiens lemangercntX’aduisquenous euf- mes de ce meurtre,nous fitbien connoiftre, que les indofthans n’en demeureroient pas là, mais que leur deíTein eiloit de nous attaquer auec toutes leurs forces. C’eft pourquoy les AmbaiTadeurs enuoyerent auiTi-toffc commander à tous ceux de leur fuite de fe tenir fur leur garde, & de fe rendre en dili¬ gence auprés d’eux. Mais auantquecét ordre pull: eítre exe¬ cute,les Indiens auoientdeíiaoccupé toutes les aduenues du logis,qu’ils tenoient comme inueily, fibien quel’onn’y pou- uoit plus entrer, fans s’expofer au hazard d’eftre tué. Neant- moins la confidcration du peril eminent &: inclinable, qu’il y auoit àdemeurerfeparezen diuers quartiers,obligea lapluf- part des domeftiques à feietterdans lamaifon desAmbaifa- deurs, qui eftoit íituée au coin d’vnc petite ruelle. La pluf- part fe fauuerent des mains des Indiens ■, mais quelques-vns furentbleífez à mort, & moy-mefme ie l’echappay belle 5 en ce qu’a peine m’eftois-ie ietté dans la porte , qu’vne fléche me vint friferles cheueux, Sc donna dans vn des poteaux. Tou¬ tes leurs fléches eftoient de canne, garniesd’vn fer trenchant des deux coftez, 8c fi legeres,que la moindre force les faifoit partir auec vne vifteife incroyable,& faifoit faire desouuertu- res auifi bien qu’vne baile de fuzil. Ce qu’il fautremarquer contrelepaifage deQ;_Curce,qui dit au 8. liu.de fon Hiltoire. Binum cubit erurn fnntfugittd ( Indis » ) cjuas emittunt rrtdiore nifu qutim ejftftu , ejuippe telum,cuius in leuitate vis emnis eft, inhabili pondere weratur. Ils fe feruoient auec cela de moufquets, 8c
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 483 d’arquebufes à la Períiennc, qui fone d’vn fort petit calibre, 16 37 dont ils tiroient fort mile. Nos Lieutenans firent bien tout ce que 1’on pouuoit deíirer de geps de coeur, mettans leurs foldats enordre debataille àla porte dulogis,Sc faifans charger les Indiensà coups de mouf- quetjmais les Indiens fe feruoient de l’auantage dVne mu- raillequilescouuroit comme vn rampart, 5c pour cet effect ils 1’auoient perece en pluíieurs endroits, afin de pouuoir tirer plus feurement,5c auec plus de iuftefíe. Les noftrcs au contrai- re,au lieu de fuiure l’exemple de ces gens, que 1’on veut fairc paífer pour des barbares, mais qui ne le font point du tout, 5c au lieu de fe couurir des cofFres 5c du bagage ,qui eftoit dans larué, faifoient parapet de leur eftomach, 5c s’expofoient à 1’ef- copeterie à découuert. Vn de nos Canonniers voulant poinéler vn pierrier contrc les Indiens, y fut tuc. Le Sergent Morrhoy, Eí cofíbi$,voyant lc Canonnier tomber à Courage d' fespieds ,prit lemoufquet
  • 1 ^ 3 7* Le Cítet djs Indiens cué. te'Roy fait interuenir Con authority. les Indiens xetirent du tombac. 4S4 VOYAGE DE MOSCOVIE, des noilres monterent fur le toic”l de noílremaiíon,6cíefcr- uans de l’aduanrage du parapet, ils ne voyoient point paroi- ilre d’Indien qu’ilsne tiraflcnt, 6c ilsnetiroientquail point de coup qui ne portall. Le fieur de Mandejlo , qui manioit parfai- tement bien les armes à feu, tua d’vn coup de pillolct le Chef de cette canaille. Cette mort acheuade mettreles Indiens en fureur, de forte qu’ils fortirent du lieu oil ils eíloient, à def- feinde forcer noílreporte: Ce qui obligea les Ambailadeurs à fonger àla retraite ,6c àfaire percer les murailles qui don- noienc dans les maifons voifines, ou les Armeniens qui y eíloient, nous receurent auec ioye, 6c nous apporterent des échelles, pour nous donner le moyende nous fauuer dansvn fort beauiardin.Nousydefcendifmes tous,maisla beauté du lieu ne nous charmoit non plus,que les viandes les plus deli- cieulespourroient ragouílervn criminei que Ton va conduire au fupplice ,parce que nous ne faifions qu’y attendre la mort de moment a autre. Cefut en cette conflernation qu’vn des Marefchaux de la Cournousvint trouuer de la part du Roy, pour faire lapaix. 11 y elloit defia venuauec les mefmes ordresjmais la chaleur du combat nous auoit empefchez,auin bien que les Indiens, de luy donner audience j mais les habitans d’ifpaban, voyansquele bruit s'augmentoit touiiours, 8c apprehendans vn plus grand defordre, qui pourroit auoir de dangereufes fuites parmy vn peuplequi n’auoit iamais rien veu delemblable3IeRoy y en- uova cent foldats bien armez, àlateílc d’vnebonne partie des habitans: mais dés que les Indiens apperccurent cette troupe, quilesalloit enuelopper, ils s’ecarterent 6c ne parurent plus» Lon nous dit,quele Roy ayantfceucét aíTaífinat, 6c que l’Am- bafladeur Indien y auoit conniué, auoit commandé qu’onluy apportail fateile i mais quele Chancelier auoit modere ce pre¬ mier mouuement,en luyremonftrant,que les deux Ambaifa- deurs eilans eilrangers,6c fes holies, c’eiloit à Ieurs Maiilres, 6c non pas à luy à les chailier, Cette paix nous rendit la liberte de fortir dans la rue, ou nous trouuafme3 tous nos coffres rompus, 6c tout le bagagc pillé,àk referue de quelques fauciffons, langues de boeuf, 6c jambons, que les Indiens, comme Mahometans auoient iettez. Cette perte nous reuintà plus dequatrc mille efcus. LcRoy
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 485 cn demanda le memoire, Sc nous voulut dédommager, mais cetce bonne volontén’eutpoint d effet,pour des raiions que toute lacompagnie ne íçauoit que trop. En ce combat? qui futde plus de quatre heures, nous perdiímes cinq hommes,$C en euímes dix de bleífez. Les Indiens, àce que nous difoient les Períans, y perdirent enuiron vingt-quatrehommes,Sceu- rent beaucoup plus de bleílez: mais 1 AmbafTadeur Indien eut bien*toft apres fon congé, Sc ordre de partir dans peu de iours. Ce fut là lc plus fafcheux accident que nous eufmes en tout noítre voyage : car apres auoir éuite tous les dangers, que nous auions à apprehender par le chemin , des peoples les plus cruels, Sc les plus fauuages ,nous eufmes cettc malheu- reufe rencontre dans la ville capitaledu Royaume,ou nous penfions trouuer le repos de tous nos trauaux paífez. Pour cequi eftde cet Ambaífadeur, il eftoit Myrfa ou Prin¬ ce Indien, Sc auoit eílé enuoyé à la Cour de Perfepar choram- fcha, Roy des Indes, qu’ils appellent le Grand Mcgul, Sc non, commc í’on dit communément, Mogor. 11 auoit vne fort bel¬ le íiiite , Sc fe faifoit ordinairement porter dans vne lide¬ re à 1’Indienne, plus propre àfe tenir couché quaílis , que plufieurs efclaues portoientpendué a vnegroífebarre defer, eourbée au milieu. Le Royde Perle,qui íçauoit le íujet de fon AmbaíTade,le fit attendretrois ansentiersj auant que de luy donner audience, le faifant cependant magnifiquement traiter: en forte que peu de iours deuant noílre arriuee, le Roy luy auoit encore enuoyé vn prelent de ^ooo.Tumains, qui font cinquante millc efeus monnoye de France: parcequ il faifoit luy-mefmefairela dépenfedelamaifon. LvAmbaífadcur de fon cofté répondoit fort bien a cettc magnificence: car il n’auoit employe les trois premiers iours apres fon audience,qu’à faire les prefens qu’il auoit apportez. Le premier iour il en fit au nom du grand Mogul, le lecond au nom duPrince fon fils, Sele troifiémepour luy enfon particu- lier. L’on nous aífeura qu’ils excedoient la valeur de cent mille efeus. Il auoit charge de prier leRoyde Perfe,de luy mettre entre les mains le Myrfa-Polagi,Prince dufang, ScNe- ueu du Mogul,qui auoit efté contraint dele retirer en Perle pour fauuerfa vie, laquelle il couroit rifque de perdre, commc il auoit perdu fon Royaume. Le Roy s’en excula, 8c répondit Ppp iij ■ 1637. L’Amba/TaJfnr Indien conge- dic. Le íulet de fon Ambaíladc. Son feiour à Ifpahan. Les 'prcfe»5. Le fuiet de fon Ambaílade.
  • 480 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1 6 3 7- gehereufement, que ce feroit violer les droits d’hofpitalite, de rendre ce Ptince, qui auoit pris confianceenfonamitié,&qul auoit cherché retraite cn Ton Royaume 5 que ion honneur l’o- bligeoit àle traiter enamy,& en hoile,& dc lc fouffrir chez luy, tant qu’il auroit agreable d’y demeurer. Son conec ^ ^U5'!a r<^F?*?*e clue l’Ambafiadeur remporta j mats pout luy fan connoiftre, que lonn’auoit point dedeflein de lobliger ,1 on fit dire ious main à //4^4#_c^f/z,Gouuerneur de Hcr.;tb,qui.ciliaplusconfiderableplacefrontiere ducoité des lndcs »qu il atreilaitau paflage quatre ou cinq cens che- uaux rque 1 Ambaifadeur auoit fait acheter,& partir deuant luy a petites iournees. afin de les trouuer fur la frontiere • par- ce que les cheuaux des Indes eftans petits & mal-faits, les In- diens tafchent d’enauoirde la race Perfane. L’AmbaiTadeur fit grand bruit , allegua fa qualite, &c ie plaignit de l’outrage quel on faifoitafon Maiitreenfa perfonnc,& dit que leRoy qui íçauoit quil les auoit achetez,& qui ne l’auoit pas em- pe^clie , vouloit Ians doute bien qu’il les emmenalt. Mais xafau.chan luy répondit , qu’il efloit Roy en fa Prouin- ce, que ia vierépondoit de ce qui s’y faifoit contre le fer- uice du Roy, ôc qu il ne permettroic pas que Ton fill fortir du pais des cheuaux, dont l’on fe pourroit vn iour feruir jpoui fail e ia guerre au Roy, fon Maiilre, auquel il fcauroic bien rendre compte de fes actions. De forte que l’Ambafia- deur fut contraint de laiiferfes cheuaux, & de les vendreau pnxquelesPerfeslesvoulurent acheter. Aureiteles Indiens font aflez bonnes gens, ciuils & de fort bonne conuerfation & amitie,pourueu qu on ne lesoffenfe point j mais auffi font-ils tellcment fenfiblesaux affronts & aux injures ,qu’ils croyent auoii receus,qu ilsnesen fatisfontiamais,que par le fang de ceux qui les ontoffenlez Nous lelçauonsautrement que par ouir dire. * r Le lendemain de ce combat, fçauoir le 8.Aouit,nonschan- geaimes dc logis,2c pour euiter le defordre ,qui euít pu re- commencer auecles Indiens, le Roy fitfaire defenfes fur pei¬ ne de la vie, non feulement à ceux de lafuitede 1’AmbaiFa- deur , mais aufii a tous les autres Indiens , & mefmes aux March ands, qui font au nombre deplusde douzcmille dans JJptihAn-) de fe trouuer dans la rue ,lors que nous fçrions noftre
  • ET DE PERSE , LIV. Iy. ’4g7 entree dans la Vílle.Etafindenous aíTeurcr entierement, nous 1637. trouuaímes au fortir denoftre logts vnepartiedes gardes,qui nous cfcorterentiufquesaulieu de noftre nouuelle^demeure; laquePe on nous permit de fortifier aux endroits les plus foi¬ bles, &; de les garnir de pierriers & d’harquebufes à croc, con- tre les Indiens,qui eulléntpu attaquer noftre quartier auec auantage, parce qu’il eftoit d’vne fort vafte cítendué, & qui nous enauoient menacez aíTez ouuertement. Lebaftiment en foy comprenoit quatre grandes cours, done Les Amb./Ta- les deuxeftoient coupees d vn ruiíTeau devingt-cinq pieds de.^eurs changent large,ayant fur fesdeuxbords de fort beauxarbres,qu’ils ap- dclo«is- pellentT^/»«rfr,quiformoientdeux allées fort agreables. Le mefme ruiíTeaucoupoitquelques fades & galleries, & fe per- doit Tons le corps du logis,qui eftoit deftiné pour l’apparte- ment des Ambafiadeurs. II auoit au milieu &: en bas vne gran¬ de falle, qui eftoit baftie en octagone, auec vne bellefontai- ne, & à chaque face vne porte, qui donnoit entree en pin- fteurs chambres. Le premier eftage auoit les mefmes apparte- mens , mais il auoit cela departicular ,que les feneftres fer- nans aufii deportes,qui donnoientpartie fur des galleries Sz fur des balcons du coité dujardin,parriedu cofté de la falle, il n’y auoit point de chambre d’ou Ton ne puft voir tout cequi fe faifoit dans-la lalle.Lcs murailles eftoient ornées de plufieurs figures d’oifeaux&de fciiillages, taillées dans leplaflre, aflez mal-faites, mais dorees,& rehauftees d’vn fort beau coloris, qui reparoit ledefautdc laproportion,&reprefentoit vne ta- piílèrie fort bizarre, maistres-agreablc. Au milieu de la falle il y auoit vne fontaine, dont le baifin eftoit de pierre de taillc. Pendant le fejour que nousfifmes à ijpahan, 1’ on ne manqua Le Rol!es cra pas de nous fournir tousles iours,de la part du Roy,feize mou-tC toulours' tons, cent pieces de volaille, deux cens azutsfe cent b*tmans devin, auec du fruict & des efpices en fi grande abondance, quenouseufiions cudequoy faircgrand’chere.fanslamauuai- rc conduite de ceux, qui en auoient la direction, & qui diifi- poient les viures;non feulement par conniuence, mais auffi par ordre exprés d’vndes Ambaftadenrs, ie parle de celuy de fldmbourg, qui les enuoyoit ch’ez les Armeniens, & bien fou- uent à des garces. Cequi fut caufe que bien fouucnt nos gens ne faifoient qu*vn repas. & il y auoit mefmes des iours, cula
  • i637* Us s’habil'.ent à la Moícoaire. Leur premiere audience. I.es prerens iju’ils font au noin du Prince. 48$ VOYAGE DE MOSCOVIE, table du commun n’eftoit point feruie da tour. Le dixiéme Aouit les AmbaiTadeurs enuoyerent quelques- vns à o;ilexis Sawinouits,AmbaiTadeur de Mofcouie, pour trai- ter aucc luy de leurs afiviircs communes : Sc dautant que les Perfans nc nous voyoient pas volontiers en nos habits, nous nous habillafmes à la Mofcouite, comme plus rapportante à leur mode. Ces iours icy moururent encore quelques-vns de nos bleiTez , Sc entr’autres vn des gardes, qui auoit efté blefle au genouildVne fléche empoifonnée.Noftre fourrier mourut aufll ce iour-la,maisce futdediiTenterie,qui l’attaqua aufor¬ th d’vne fiévre tierce, Sc l’emporta en fort peu de iours. Nous les fifmes enterrer tous deux auCimetiere des Armeniens, au fauxbourg de T%u/fa. Le feizieme les AmbaiTadeurs eurentleur premiere audien¬ ce du Roy, qui leur fit dire , qu’ils auroient auffi l’honneur de difner auec luy >8cleur enuoya pour cet effet quarante beaux cheuaux de Ton efeurie, dont les felles Sc les harnois eftoienc garnis de grandes plaques d or. Les AmbaiTadeurs fe feruirentdedeux,& firent auffi monter les Gentilshomm.es Seles principauxOfficiers à cheual,mais le refte du train marcha à pied,enl’ordre fuiuant, Premierement marchoient trois hommes a cheual, dont les deux portoient des armes complettes fort bien faites,Sc a neurs & feuilla°-es d’or Scd’argent de'rapport. Le troifiemc n auoit que des armes d’vn carabin,le deuant Sc lederriere,auec le pot, auifi fort riches. Apres luy marchoient quarante perfonnes, portans autant de paires depiftolets,des plus beaux que Tonauoitpu trouuer en Hollande, auec les fourreaux, dont les chappes eiloient ri- chement brodées. Apres cela quatre homines, porrans deux beaux cimeterres, dont les fourreaux eftoient d’ambre jaune, garnis dor ,dans deparfaitement beaux eftuis. Apres cela deux hommes, aucc des baftons tout reueitus d’ambre, que les Perfans eftiment plus quel or, daiis de rorc beaux eftuis. . , Quatre hommes , portans autant de grands chandeliers d’ambre. Deux autres, portans vn cabinet d’ambre blanc Sc jaune. Quaere
  • ET DE PERSE, LIV. IV. '4S9 Quatre autres portansvn cabinet d’ebenejgarnyd’argent, ayant au dedans dans des boiiettes d’or, plufieurs drogues, ef- fences 8c magiileres, 8c le couuercle charge de pierres fines,qui marquoient Je magiflere quieiloit dans chaque boiiette. Et dautant que felon la couflumedu pais, les Ambaíladéurs font obligez de faireaulli des prefents en leur particulier, Ie fieur Crujius fit porter vne arquebufe, dont le bois eiloit d’e- bene, 8c qui fe bandoit en baiflant feulement le chien. Vn vafede cryflal deroche, garny d'or, 6c enrichy de rubis 6c de turquoifes. Vn cabinet d’ambre, 6c vne petite horloge fion- nante. Le fieur Brugman, donna vn chandelier de euivre dorc à trente branches, ayant vne monilre fonante dans le pomeau, vne paire de piflolets dorez dans de beaux fourreaux. Vne fort belle horloge de fable. Vne montre dans vne boete de topaze. Vne enfeignede diamans ôc de rubis, 6c dans vn billet, le prefent des deux pieces de canon , que nous auions laiilees á Ardebil. L’on auoit regie à chacun fon rang, afin que toutes ces cho- fes puílent eílreprefentéesauRoy,auecqueíqueordre5inais IesPerfesn’en gardent point en aucune ceremonie ■, de forte qua peine furent-ils dans la rue, qu’ils femirenttous ende- fordre, 6c marcherent auecautant de confufion, que la fuite des AmbafTadeurs apporta d’exaditude, àgarder l’ordredefa proceffion. Premierementmarchoient trois Sergens auec Iahallebarde, à la teíle de quinze moufquetaires. Apres eux le Marefchal ou maiilred’Hoflelfeul, à la telle des Gentils-hommes, quial- ioient trois de rang. En fuite trois Trompettes auec leurs trom- pettes d’argent, 6c apres eux raarchoient les gardes, quatre de front, lnmiediatement deuant les AmbaiTadeurs; qui auoient à leurs coflcz huiélhallebardiers, 6c derriereeux les deux tru- chements. Les huid Pages fuiuoient à cheual, dans de fort belies liurées, 6cà la queue le reile des gens, marchans trois de front, 6c huid de hauteur. Les AmbafTadeurs eflans arriuez en cét equippage, 8c auec vne fuite d’vn grand nombre de Kiftlbachs, 6c de Caualiers Perfans, que le Roy leur auoit enuoyés, par le Meidan, à la porte du Palais Royal, ils y furent receus par Ie lefxulStnbobct, qui eflcommel’Introdudeur, ou le Maiflre des ceremonies. 1637. Hn leut parei- culier. Les Perfes ai- mcntla confu- fion. Reception des Ambaiiideurs. 1
  • 49© VOYAGE DE MOSCOVIE, 1637. II commandaâ ceux qui portoient lesprefents, de faire place aux Ambafladeurs 5 qu’il fit entrer dans vne falle r oulcsZ)/'- uanbeki, ou les luges, ont accouilumc des’ailembler pour ren- drelaluilice, & les conuiadefe repofer ,en attendant qu’il ad- uertiroit le Roy de leur arriuée. Au bout d’vne demy heure plu- fieurs grands Seigneurs vinrent aduertir les Ambaffadeurs, que leRoy les attendoit. On nous fit paiTer par vne grande cour v qui eiloit plus longue que large, Sc en laquelle il y auoit des deux coílez, à fix pas de diilance d’vne muraille, vne autre mu¬ raille plus baile, que l’on a three au pied d’vn grand nombre d’arbres deT^i»»jr, Sc Ielong de cette petite muraille eiloienc les moufquetaires Sc les autres gardes en haye des deux coités. On reconnoifloit les gardes parmyles moufquetaires par leur co eft nr c, qui eiloit pointue y Sc garnie de plumes de piu- - ^ 1 ficurs couleurs.Ilsappellent cette forte de cours, oud’allees? Chei^fan^ elles font vn tres- bel effet pour la vcue. Au bout de cette cour l’on voyoit vne grande falle, toute percée à ioury 3^Hed Audien- deílinée pour l’Audience. On Fappelle Di^ran ch&né, parce que c’eit le lieu ou le Roy rend iuitice en perfonne: La couilu- mede Perfene fe rapporrant point á cielle de Mofcouie, ou le Grand Due a vne falle deílinée pour les Audiences des Ambaf- fadeurs ^aulieu que IeRoy de Perfe fe fert des departements ou il fe trouue par hafard, pour fes aftairesou pour le diuertif- fement. Proche de cette falle , Sc fous ces arbres, on voyoit en¬ tre les deux muraillesenuiron cinquante beaux cheuaux, auec lours couuertures de brocard , ou en broderie d’or Sc d’ar- Des feeaar je gent, Sc parmy eux quelques cheuaux Árabes prefts à monter, pouTabreauer auec ^eurs Felles Sc leurs harnois, tout couuerts de lames d’or ,, ies ckeuau*. & chargez de quantité de pierreries.Tous les cheuauxeiloienc expofez á Pair, attachez par vn des pieds de derriere á terre à vn pofleau, Sc ils eiloient quail tous points decouleur Ifabelle,. auxjambesSc au ventre. II y auoit aupres d’eux des feauxde vermeil doré, dont I’onfeferuoit pour les abreuuer. Là aupres on voyoit deux grandes cuues, de quatre pieds en quarre, qui íèruoientà rafraifehir levin. Cette falle deplaifance eiloit plusexhauiiee que la cour de trois marches, Sc auoit hui cl toifes de large fur douze de lon- gueuj: l’exhauiTement eiloit de fix toifes. Il y auoit fur le de- siant vn re tranche men t comme vn alcoue fermç de rideaus
  • ET D E PERSE , LIV. IV. 49t de toile de cotton rouge, que 1’on hauíToit Sc baiíToit auec des cordons de foye. Quand ils eíloient leuez , ils repofoient fur Jes chapiteaux de certains pilliersdebois, faitsencylindre, 8c embellis de fueillages peints Sc dorez, auífi bien que les mu- railles. A main gauche en entrant, Ton voyoit trois grands ta¬ bleaux, quiauoicnt efté fairs en Europe, 8c reprefentoient des hiftoires. Toutleplancher eftoit couuert de tapis à fonds d’or Sc d’argent, 8c au milieu de lafalle l’on voyoit vne fontaine, Scdansfonbaffinquantitedefleurs de citrons, d'oranges, de grenades,depommesSc d’autresfruits ,quinageoiêtfur I’eau. Le baifin eftoit bordé de bon nombre de flacons d’or Sc d’ar¬ gent , Sc de bouteilles, de la façon de celles que l’on appelle en Languedoc Sc enProuencecaraffes,quieftoient touteschãr- gées de guirlandes de ileurs, ou auoient vn bouquet dans le goulet. Le Roy eftoit aífis á terre fur vn carreau defatin, derriere la fontaine, contrelamurailIe.il eftoit de 1’agede vingt-fept ans, fort bien fait defa perfonne, ayant le vifage beau, Scle tein blanc 8c vny 5 le nez vn peuaquihn, commelaplufpart des Perfes, vn peu de poil noir aux lévres de deifus. Ses habits n’a- uoientriend’extraordinaire, finonqu’ils eftoientde brocard. Sc quafonmendil,ou coiffure, ily auoit vne belle aigrette, attachée auec vne enfeigne de diamans. II auoit aufli furle Kurdi, c’eft á dire au jupon, ou rochet, qui eft vne forte d’ha- bitsíans manches , que les Perfes portent fur lavefte, deux peaux de martres zobelines penducs au col5 mais à ce que nous vifmes depuis, cela luy eftoit commun auec plufieurs autres grands Seigneurs de Perfc,qui s’en feruoient auili. Le cimcterre qu’il auoit au cofté, brilloit d’or 8c de pier- reries , 8c derriere luy on voyoit à terre vn arc 8c des fle- ches. Afadroiteeftoientvingt Pages, la plufpart, à ceque I'on nous dir, enfans de chans 8c de Sultans, Gouuerneurs de Pro¬ vince, parmyIefquelsdyen auoit de chaftrez. Ils eftoient tous fort bien-faits$ mais il fembloic que I’on euftchoiii le plus beau, pour tenir l’euantail, dont il faifoit inceifamment du vent au Roy. Ils font ces éuentails d’vn cer¬ tain animal marin, qu’ilsappellent Maherikutas, 8c reifemble A vne queue de cheual, Les Pages auoient aupres d’eux le cMc- i IÍJ7- L’ige da R.oj fa willc. San habille* naenc.
  • ^37- le Grand Mai- flredelamai- fo n. les Ambafla- deurs font in- troduitsà l’Au- «dicncc. 49z VOYAGE DE MOSCOVIE, heter,ou valet de chambre, qui les gouuerne. Deuant Ie Roy Te tenoit Eifchikagafi bafcht, ou le grand Maiftre de la maifon, tenant à la main vn bafton, qui eftoit tout couuert d’or, auííi bienqueIegrosbouton, ou Ia pomrae qui eftoit au bout. A quatre pas du Roy, & à la main gauche, cftoit affis le Chance- lier, qu’ils appellent Ethemad Dow let, 8c auprés de íuy les Chans & les grands Seigneurs du Confeil Priué du Roy. A 1’entréedela falle, à main gauche, eftoient aílis les Ambaf- fadeursd’vn Prince Arabe, qui les auoit cnuoyés, pour de- mander Ia pretention du Roy centre le Turc, 8c le Pojlanik Mofcouite, Alexi Sawincuits, 8c plus bas eftoit Ia muliquedo Roy. Les AmbaíTadeurs furentreceusà I’entrée de la falle par le PrinceTz,ani-chan, Kurtz.i-bajf'chi > dontnousauons parle cy~ deflus, & par Altcubi-bek, Diuanleki > qui les prirent fous les bras, l’vn apres 1’autre, 6c les menerent au Roy. Ces condu- óteursen conduifant les AmbaíTadeurs, fe faifirent fi bien de leurs mains, qu’ils Ieur en ofterent tout Tvfage. Cette ceremonieeft tres-neceftaire, 6c palfe auiourd’huy pour vnhonneur particulier que Ton fait aux AmbaíTadeurs j quoy que Ton dife, 6c auec beaucoup d’apparence, que par mefme moyen Ton afteure auííi la vie du Prince , contre les defleins que Ton pourroitauoir Turfa vie. Maisilne faut point croire cequeTon yadioufte, que Ton n’en vfe ainíicn Períe, que depuis le regne de Schach Abas, & à Toccafion de quelques AmbafíadeursTurcs, qui auoientdeíTein deletuer. Car cette couftumeefteftablieà laCourdu Grand Seigneur, auííi bien quen Perfe: Et mefme j’eftime que e’eft pour Ia mefme raifon que le Roy ne donne pas la main , mais le genoiil, à baifer aux eftrangers, 6c qu’il prefente le pied à fes fuiets. Les AmbaíTadeurs, en approchant du Roy , flrent vnepro- fonde reuerence, à laquelle il refpondit auec ciuilite, d'vne petite inclination de tefte , quhl accompagna d^vne mine riante 6cobligeante. On les ramena auífi-toft, 6c on les con- uia de s’afleoir fur des fteges bas, que Ton auoit places auprés des Seigneurs du Confeil. On fit le mefme honneur à quinze des principaux de Iafuite, mais on les fit aíTeoir vn peu plus à la main gauche, 8c à terre. Les Pages 6c le rcftc de la fuite, furent conduits dans la cour, ou ils s’aiErent aupresde treize
  • ET DE PERSE, LIV.TV. 493 belles danfeufcs, quieftoient parfaitcment bien couuertes, Sc eftoicntaffifesfurdesrapisâfonds d’or 6c d’argent. Quelques-vns des noftres íè fone perfuadés, que e’eftoient des danfeufes ordinaires de la Cour, Se en parfent en ces termes dans les Relations qu’ils ontfaites de ce voyage 5 mais il eft cer¬ tain, que e’eftoient des plus bellesCourtiíanes de laville,qui outre Ietribut,qu’ellespayenttous IesansauRoy, font obli¬ gees de fe trouuer à Ia Cour, pour diuertir le Prince quand il les mande. L’on nous afleura que I’on en pouuoit auoir lechoix pour vn Tumain. Apres que les AmbaíTadcurs fe furent vn peu repofez , Ie Roy leurenuoya demander par le grand Maiftre Ie nora du Princequi les auoit enuoyez, Sele fiuct de leur ambaflade. Ce quilcsobligeaàfeleuer , Se à fe raprocher du Roy auec leur truchement, pour deliurer Ieurs lettres de creance , qu’ils accompagnerent d’vn petit compliment, qui fut d’autant plus court, que les Períes qui naimént point les harangues, veulent que Ton s’approche de leur Roy auec refpect , Sc qu’onle témoigneparvndifcoursde peu de paroles. Le Chan- celier fe chargea des lettres, Se apres que les AmbaíTadeqrs fe furent r’affis , le wakae mis, ou Secretaire de la Cham¬ bre, leur rintdire,que le Schach feroit traduire Ieurs lettres de creance , qu’en fuite de cela il leur donneroit vne feconde Audience, pour Ieurs affaires, Se que cependant ils tafchaflent àfediuertir. Apres cela on fit entrer les prefens, que I’on fit pafíer pardeuant le Roy ,Se on les porta dans vn appartement., deftiné pour les trefors, à cofté de la falle de I uílice, à lentrée du Palais. Tandis que Pon faifoit paffer les prefents, Pon mit la nappe, & Pon couurit la table, e’eft à dire tout leplancher de Ia íàlle * d’vne piece de toille de cotton, que Pon charga de toutes fortes de fru ids & de confitures, to utes dans de grands baffins d’or, qui y eftoient en fi grand nombre, qu’il n’y reftoit de place que pour enuiren trois cens flacons de Ia mefme eftoffe que Pon mit Sc là, feulement pour feruir de parade: fi bien v que de quelque cofté que Pon jettaft Ia veuc,on nevoyoit que del’or. Toute Ia vaiflelleeftoit vriie, Sc fans façon, finonque le flacon & Ia tafíe deílinez pour Ie vin du Roy , que les Períes appellentá^/y; òc ria/i, qui eftoient chargez de rubis Sede ^Q^qq iij 1637. Courcifaiicj. Vaifleiled'or,
  • 494 VOYAGE DE MOSCOVIE, turquoifes. Aucc ces confitures 1 on nous feruit d vn tres-ex- J cellent vin de Schirat, Se+onnous donna le diuertiffement d’vn joueurde gobelets, des plusadroits quei’aye iamais veus. Au bout d’vne heure Ton oilales confitures pourferuir la vian- vinic Schi- de. On couurit le plancher d’vne autre nappe, qui eftoitde tas. brocard d’or, & I’on vitenticr dixhommes chargcz de vian- des dans de grands vafes d’or, de la façon de nos pots á laid, que les vns portoient fur la teflc, Ies autres fur des ciuicres, qui eftoient auiíicouuértes\de lames d or. ^ le trenchant. Le SuffrttV, c eft à dire l’Eeuyer trenchant, apres auoir place laviande, (emit au beau milieu de la tableau du plancher de la fale tira’les viandes de ces vafes, Sc les feruit dans des plats: premierement 311 Roy, puis 3ux Arnbãílkdcurs, 6c cn luicc aux Seigneurs, Sc au refte de Ia compagnie. Ils ne fçauent ce que c’<& de traiter à plufieurs feruices, mais ils mettent tout à la fois fur table, dequoy ils pretendent faire bonne chere à leurs holies. Tous les plats eiloient remplis de ris, de routes fortes de couleurs, Sc le trenchant mettoit la viandc fur le ris, fçauoir du mouton boiiilly Sc roily, de la vollaille Sc du gibier, desaumelettes ,de lapatiffcrie, des efpinars, de Tofeille , Sc du laid eaillc aigre j de forte que bien fouuent ll fe trouuoit dans vnmefme plat cinq ou fix fortes de viandes. Ils font ceia leur maniere à deflein , Sc pour la commodité: parce que n’eilant pas aiiis âc s'afleoix à ^ table vis à vis les vns des autres, mais tous d’vn meime colte, ,able‘ comme les Moines, Sc ainG vn.mefme homme ne pouuant pas atteindre à pluGeurs plats 5 on les en fert dans vn mefme Silence pendát Au refle fi nous eilions aiiis comme des Moines, nous dc- !erepas* meurionsauift dans le filence comme eux: car il fut obferue pendant tout le repas fort religieufement. Perfonne n’y dit mot, Sc mefme le Roy ne parla pointy Gnon que deux ou trois fois il dit vne parole ou deux au Chancelier. Mais cette rete- nue ne fe vit plus dans les autres repas que nous fifmes à la Cour apres cela-oule Roy fe plaifoit à fe faire entretemr par lesAm- baffadeurs des affaires de l’Europe , Sc particulieremenc des guerresd’Allemagne. . tamufique. Le diuertiifement que l’on nous donna pendant le duner, fut de la mufique, Sc de l’adreffe de ces courtifanes. La mu, fique eftoit compofée deluths, de violons, de flageolets,
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 495 dehaut-bois 6cdetymbales,queleTymbalifteaccompagnoiç 1 6 37* d’vne voix picoyabIe6c irreguliere, qui acheuoit de décon- certer lepeud’accord, 6c Iepeu d’ordre qu’il y auoit en leur pretenda concert. La danfe des femmes eftoit plus reglée, 6c quoy qu’ellene fe rapportaft point à Iamufique, ny à la façon de danfer des Europeens, elle ne Iaifloit pas d’eilrefort diuer- tiílante, Ôcdauoir fes agreémens 6cfa iuftefle, auífibien que lanoftre. Pendant le difneri’on auoit cache dans vne porte, qui eftoit couuerte d’vn tapis,al’edroit ou les Ambafíadeurseftoiêtaífis, vn Perfe,quientedoitlePortugais6c l'ltalien,afindelesobfer- uer,6C deremarquer 1’entretienquilsauroictauecIeurtruchc. ment, pour faire rapport de ce qu’ils diroient de la façon de vi- ure de cette Cour. Et de fait, celuy qu’il fit au Roy, de ce que Brugman auoit dit des tableaux, 6c des feftins, 6c de la façon de viure desPerfes, neluy futpas fort aduantageux. Noftretru- chement eftoit Portugais, Moine del’Ordre de fainct Augu- ftin, âgé d’enuiron quarante ans, il s’appelloit P. lefepb dtt Ro- faire, 6c eftoit fort bon homme, feruiable 6c complaifant: 8c auec cela aflez entendu parce que depuis vingt-qnatre ans qu’il eftoit en Perfe, il auoit acquis vne tres-parfaite connoif- fance de Ia langue, de 1'honneur & de la façon de viure de cet¬ te Nation. En parlant auec le fieur Crttjius, il fe feruoitde Ia langue Latine, 6c parloit Portugais auec lefícur Rrugman. Ondemeuracnuiron vneheure 6c demie à table, 6c apres ce¬ la on ofta Ia nappe , 6c fonferuit del’eau chaude,pour lauer les mains. Ce queftant fait, le grand Maiftrecria: suffre Haki- ne yfcahe âouletine , KafLr Ku^/etine , alia dielum : c cft á dire, Recompenfe ce repas, fus projpererles affaires du Roy , donne force i fes foldats&feruiteurs. C'eft 0 DieUyCe que ie teprie,i quoy tous les autres répondirent leur Alla, Alla. Graces eftant dites de cette façon, l’on eommençaá fe leuer, 6c à s’en allerlesvns apres les autres, fans dire mot, felonia couftumedu pais. No- ílre Mcbemindar, nous vint dire aufli, que nous nous pouuions retirer, quand il nous plairoit: comme nous fifmes ,en faifant ▼ne profonde reuerence au Roy. Apres cette premiere Audience, Ton nous permit de rece- uoirles vifites de toutes les Nations, qui ont leur commerce iJpahan,comme les François, lesEfpagnols, lesItaliens , le*
  • 3 7- Leur premiere Audience par- ticuliere. Se trouuent à la Feftede S. Auguiliii/ 496 VOYAGE DE MOSCOVIE; A agio is Sc ies Holladois. Depuis ce temps-là ils nous voyoient fouuent.Sc contnbuoient beaucoup à noffre diuertiflement pendant le fejour que nous fifmes en cette Ville. Les Anl gloisfurent Ies premiers qui nous rendirent kviiite. Leurfa- cteur , nomine François Haniwood, y vint le dix-huiétiéme d Aouft,accompagne de bonnombredeMarchands, qui pout l’amour de nous s’eftoient tous habillez al’Allemande, quoy qu’autrement ils le fuflent àla mode du pais. C’eftoitvn fort honneffehomme, 8c fort ciuil. II s’offrit anous feruir, comme d fit depuis en toutes les occafions, Sc il nous fit compagnie vne bonne partie delajournée. Le vingt-deuxiéme leRoy enuoya aux Ambafladeurs vn prefent de frui&s, comme de melons, depommes, de poires , de raiiins, de coings Sc d’autres, Sc auee cela enuiron trente gros flaçons d’vn ties-excellent vin de Schiras. Le vingt- quatriéme les Ambafladeurs eurent Ieurpremiere Audienceparticuliere pour les affaires 5 à Iaquelle fe trouua le Royenperfonne, afllftedu Cbanceher, Scdebon nombrede Seigneurs duConfeil. Cette conference ne fe fit point dans le Biuan Chané, mais dans vn autre appartement, dans lequel I’on nous conduit par vne grande gallerie, Scenfuitepar vn fort beau jardin, ou ceux de lafuite trouuoient leur diuertifle¬ ment, pendant que les Ambafladeurs, auecleur truchement, parloientd affaires. Le Roy eut la patience d’y demeurer deux bonnes heures, Sc au fortir de lá on feruit à difner , auquel on conuia toute la compagnie , qui fut placée Sc traittée de la mefme façonque nous auonsditcy-deflus. Le vint-huidliemed’Aouft Ies Auguftins prierent Ies Am¬ bafladeurs de fe trouuer le lendemain a la Fefte de faint Augu- ftin leur Patron. Ils y prierent aufli le Poflanik Mofcouite.vn Archeuefque Armenien, Scmefmes les Marchands Anglois, lefquels bien quede Religion contraire, Sc qu’en Europe ils feroient grande difficulté d’aflifter aux ceremonies del’Eglife CatholiqueRomaine, nelaiflentpasdeviureen freres, Seen vrais Chreftiens, parmy leurs ennemis communs. Tout cc Conuent n’eftoit compoféquede fix MoinesEfpa- gnols, Sc ncantmoins ils n auoient pas Iaifle de faire vn baffi- ment fort vafte,accompagné d’vne tres-bclle Eglife,quieftoic ©rnce de deux clochers, mais vn peu bas, d’vn beau cloiftre, ' de
  • ET DE PERSE , LIV. IV. de plufieurs cellules,& d’vn fort grand iardin. 16 \ 7 Les Ambaífadeursyallerent àcheual,parcequencore que 37 le Conuentfuftdans la ville, ily auoitvne bonne lieuè de laau logis, & les Religieux qui les receurent al’entree du Conuent* les conduifirent droit à l’Eglife,qui eftoit parée de quantitéde tableaux Sc de dorures. Lon commença auíli-toft la Meífe,pen- dant laquelle nous eufmes vne mufique afíez raifonnable; par¬ ce qu’vn de leurs Moines touchoit fort bien les orgues, & nos Muficiens yauoienc apporté leurs luthsôc leurs violons.Apres la Mefle Ion nous menaau jardin, auprés dVne fontaine, Sc à l’ombre d'vn arbre, dont les branches chargées de feiiiiles, eftoient entre-laflees en forte qu’elles faiíbient tout le tour de la fontaine , & defeendans par plufieurs tours à terre , elles formoient desfiegesqui n’eftoient pas incommodes. L’heure dumidv cftantfonnée , lon nous fit entrer dans vne belle fal- le,ou 1 on nous fit aifeoir a trois tables, qui eftoient dreiTees le Difnent au long des murailles,de lamefme façon qu’aux Conuents des Re- Con,c,w* ligieux en Europe. Elies eftoient chargées de toutes fortes de fruits dans des plats & des tafifes de porcelaine, Sc la nappe eftoit toutc couuer' te de fleurs. Chacun des conuiez auoit fes petits plats Sc fa viande,qui eftoit fort bien appreftee , &en aftez bonne quan- tité > mais qui marquoit neantmoins la frugalité denos holies. Apres le difner ,qui ne dura pas fi long-temps que chez les Peries, ou chez les Marchands eftrangers, nousretournafmes au iardin, a 1 ombre du meime arbre, ou nous paftafmes le re¬ fle de la i our nee. Des le commencement du mois de Septembre nous com- mençafmes à fentir du changement au temps.Les grandes cha- leurs diminuerent fi fort, que les nuicksen deuinrent fort in¬ commodes j particulierement pour ceux qui n’auoicnt point ■culefoin deiepouruoir debonnes couuertures. En ce temps-là Scferas~beg, Gouuerneur d’Armenic , ac- Deu* Sd- compagné de fes deux freres ,vint voir les Ambaífadeurs, à SníUrs *tms’ deífcin de faire connoiifance particuliere , Sc de contra&er i«C1Aa»baflk-<: amitié auec eux.lls eftoient tous trois defort bonne humeur, deurs.. francs Sc ciuils, Sc le fieur Brugman, qui aimoit cette forte de •^ens,& qui eftoit d’humeur liberale,fit prefent aux deux aiInez, a chacuja dVn beau fufil, Sc au cadet d’vne pairc de pifto- Rrr
  • '*.«37- fatriatcKe Annenkn. Teftin à pin- licurs icpiifes. 45)8 VOYAGE DE MOSCOVIE, lets. Ceprcfent lear futfi agreable, quepour témoigner leaf reconnoiflance,ils refolurent de faire vn grand feftin aux Am¬ bafladeurs, pour lequel ilsnommerent le dix-hui&iefme Sep- tembre, & les prierent d’y arnener toute leur fuitte. Ils nous enuoyerenc des cheuaux pour noftre monture, Sc quelques- vns des principaux Marchands Armeniens pour nous faire compagnie. Nous amenafmes aucc nous deux Moines Portugais , le Prieur des Auguftins, Sc noftre Interprete ordinaire, seferas- bcg receut les Ambafladeurs à T entree deTEglife , au Faux- bourg de Ttylfa ,oii ilfit dire leferuiceparle Patriarchedis lieu, qui eftoit couuert d’vne chappe de toile d’argent á fleurs d’or, parfemée de grofles perles,Scd’vne Mitre delamefme eftoffe, Sc toute couuerte de perles rondes. Lanef de TEglife eftoit parée de plufieurs grands tableaux, le bas eftoit çouuert de tapis du pais, Sc Ton auoit misdesfieges lelong de lamu- raille,pour noftre commodité. Ils auoient aufii leur mufique* mais aftez mauuaife. Apres auoir acheué les deuotions , nous remontafmes à chcual pour nous rendre au logis, oul’on auoit prepare le feftin. Seferas-beg , apres auoir receu les Ambafladeurs auec beaucoup de refpecE, Sc apres auoir fait ciuilité aux principaux de la fuite, les conduifit par vne fort belle gallerie voutee, dans vn grand jardin 5 aubout du- quel nous trouuafmes vne belle falle percéeàiour,à la mode du pais,oil Ton nous conuia de nous afleoir aterre. La nappe, qui eftoit de brocard d’or Sc d’argent, fut chargee detoutes fortes de fruits Sc de confitures, Sc Ton nous donna à boire d’v¬ ne certaine cau preparée , comme le ros folisjmais Ians comparaifon plus delicate Sc plus precieufe. Apres le fruift Ton mit vne nappe de toile de cotton d’Inde, Sc Ton feruit la viande en des plats d’argent. Elle eftoit fortbien accommo- dee à la Perfane, finon que Ton y feruit aufli du pore, Sc d’au- tres viandes,pour lefquelles les Pcrfes ont de Tauerfion. A peine en auions-nous aftez mange , pour appaifer la premi ere faim ,quand Ton nous fit leuer, pour nous faire pafler par vn tres-bel appartement, dans vne grande falle ouuerte, qui auoit veue fur le jardin. Elle eftoit toute vovrtec, Sc Ton voyoit aux murailles plufieurs tableaux , reprefentans des femmes de toutes les Nations du monde>Sc habillécs à la mode de leur
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 4$* país. Le plancher eíloit couucrt d’vn beau tapis, 8c par deíTus de I í 3 7. carreaux de velours àfleur^, à fonds dor 8c d’argent. Au milieu de la falle eíloit vnc fontaine, dont lc baílin cíloit demarbre blanc ,1’eau eíloit entierement couuerte de flcurs,8c le bord tout charge al’entour de flacons 8c de bouteilles de vin. On nous conuia de nous afleoir, 8c de manger du fruiét 8c des Le diuemfle- confitures que 1’on auoit feruies,pendant que I’on nous donne- ™e'J.c de la roit lediuertiíTcment de la muíique 8c dela danfe. Et pour nous ' ^ fairc plus d’honneur, Ton fit venir le Patriarche , que nous vifmesentrer en mefme temps ,vellu d’vne fottanedecame- lot ondé violet, 8c fuiuy de deux Preftres veilus de noir, qui auoient le chaperon fur la teflc. Sa conuerfation n’eiloit point defagreable: mais le fecond des freres,nommé Eíiasbeç, ie mit tout à fait de belle humeur.Car afin qu’ilne manquaft rien au diuertifl’ement des Ambafíàdeurs, il joiiá de la Tamerd, qui eit Mufi ue ^ rn inftrument,dontles Perfesle feruent au lieu de luth,8capres poredaine., cela il fc fit apporter lept íafíesdeporcelaine,pleinesd’eau,8c cn les frappant de deux petits ballons, il les accorda auec le luth.Pendant cette muíique Sefera.-beg nous fit dire, qu’il nous cn vouloit donner vne,qui neferoitpar moins agreable que l’autre,8c s’eilant leué,il fit apporter par deux Pages, dans deux grands plats de bois, plufieurs verres de crvital,qu’il fit diflri- buér à toute la compagnie, àlaquclle il porta la fanté du Schach. Toutleiour fut employé à ces diuertiflemens, iufqu’a ce que les Ambafiadeurs vovans venir la nuitl, prirent conge de leurs holies-. Mais ceux-cy louá pretexte de nous conduire, nous firent paifer de l’autre coílé du jardin dans vne gallerie, oil nous trouuafmes la nappe mife, 8c chargee de toutes fortes de viandes,depoiiron,depatiíferie,de Guieis 8c de confitures,pour la collation. Nous nous remifmes à table, mais ce ne fut que par complaifance 5 parce qu’apres vn fi grand repas,il nous rut impoflible de manger. Aufli crois-ie que noflre holle n’auoit de^sei^neat autredeíTein,que denousfaire connòiílrefa magnificence,8c Armcnien. fon humeur liberale 8cgalante, particulierement au grand iour qu’il lit paroillre au plus fort de la nui<5t. Toute la falle eíloit pleine de lampes,qui pendoient àvn cordon attached la vou- te,enfi grande quantité,8c íi prés les vnes des autres,qu’elles confondoient leurs lumieres , pour n’en faire qu’vne feule. 11 y auoit dans le jardin auifl grand nombre de flambeaux 8c Rrr ij
  • j*37- Seconde Au «ttence parti- (ulieie. ianfettfes In & snacs» 5oo VOYAGE DE MOSCOVIE, de chandelles, qui faifoient le mefme efFed, Apres les côplimens de congé,il nousfuc impoífibled’empe£ cher ic fecond frere de nous accompagner iuíques au logis, ou il acheua de s’enyvrer d’eau de vie 6c de ros folis > & c’eft aiDÍl que s’acheua cctte iournée, qui fut en efíFèt vne des plus agrea- blcs que nous ayons cues en tout noftre voyage, 6c oil nous fuí- mes mieux traitez,que nous ne 1’auions efté chez leRoy mefme.. Le 19. les AmbaíTadeurs curenc leurfeconde Audience par- ticuliere,laquelle le Roy leur donna dans vn autre apparte- ment aubout d’vn iardin, 6c ne dura pas plus d vne demie'heu- re :parce que le Confeil pritdu temps» pour deiibcrer furle memoire qu’ils donnerent par efcrit. C’eftoit 1 ordinaire de demeurer à difner a la Cour apres les Conferences j c eft pour- quoy ic nem’amuferaypoint à enrepeter les circonftances, fi ce n’eft qu’il y ait quelque chofe de particular qui m’y oblige r comme ce iour-là le Roy ayant fceu que les AmbaíTadeurs auoient des Muficiens dans leur fuite,il leur témoigna qu’il fe- roit bien aiie de les entendre.Elle cftoit compofce d vne viole,» d’vn violon & d’vne mandorc,qui ioiierent enuiron vne heure, 6c iufqu’a ce le Roy nous fit dire,que cette Mu fique n’eftoit pas mauuaife,mais qu’il trouuoit celle du pais bien aufli bonne. Le vingt-cinquieme les Anglois firent vn feftin aux Am- bafladeurs,6c à toute leur fuite qui iurpafifa en magnificence tous lesautres. Ils auoient leur ma;fon au Bafar ■> auprés du jii4/V/r».Lebaftiment eftoit fort grand, 6c accompagné de plu- fieurs appartemens, 6c d’vn fort beau iardin. On nous fit d a- bord entrer dans vne gallerie, on nous trouuafmes les fruicls & les confitures fur vn tapis aterre, à la modedu pais, 6capres cela nous paflafmes dans vne grande falle,oii nous trouuaimes la table dreííee, 6c feruie à TAngloife. On n’y oublia pasde boireles fantezdelapIufpartdesRois & Princes de l’Europe, 6c i’on nous donna le diuertiflement de 1’épinette. Apres difner on nous fit pafler dans vne falle ouuerte, qui auoit veué iur le jardin , ou nous trou- eafmes la collation de confitures, accompagnee du meilleur vindupa'is. Etdautant que nous auions veu afiez fouuentles danfeufes du pais,ilsenuoyerent qiterir des Indiennes, C’e- ftoient fix ieunes femmes, dont les vnes eftoient accompa- gnécsde leurs mans, qui fe mcfiqient du mefme meftier >ou
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 50* eftoiefit violons ,les aucresy vinrent fcules. Elleseíloicnttou- 1 £37. tes de couleur oliuaftre, mais auoient auec cela les traits Qui íomDeiIei beaux,iapeaudelicate,& toutlecorpsmerueilleufement bien *bien Unes’ proportionné. Elles auoient le col charge dor 2cde perles, 2c les orcilles de pendans d or ou d’argent, pleins de brillans 2c de papillottes. Les vnes auoient dcs bracelets de perles, les autres d’argent: mais elles auoient tous lesdoigts chargez de bagues, 2c entr’au¬ tres, elles en auoient vne au poulce, dont le charton eftoit d’acicr, de la largeur d’vn ecu blanc, 2c fi bien polv, qu’il leur fcruoit de miroir. Elles eftoient habillées dVne façon toute particuliere, 2c d’vne eftoffc fi dcliée , qu’il n’y auoit partie Leois du corps qui ne s’expolaft à la veuè de la compagnie, finon cel- lesque cachoient les calleçons qu’ellesportoicnt fous lajuppe. Les vnes auoient la tefte couuerte d’vn bonnet, les autres de gaze,2c ily en auoit quiportoient des écharpes de foye,ouura- gees d’or 2c d’argent, qui leur prcnoient depuis les épaules iulques auxpieds. Les vnes eftoient pieds nuds ,2c les autres eftoient chauflees dVne façon fort bizarre. Elles auoient au defíus de la cheuille du píeddes bandeaux chargez de íonnet- tes,par lefquelles elles faifoient remarquer la iuftefle de leurs pas, 2c corrigeoient mefme la cadence de la mufique , auífi Leur i-ufleíTcs i bien que des Tzar panes, ou caftagnettes , qu’elles auoient aux danfcr- mains,&dont elles fe feruoient auec bcaucoup d’auantage.Leur mufique eftoit compoíec de tymbales à l’Indienne,de tambours Leur de Bifcaye 2c de flageolets. Les tymbales des Indiensont deux pieds de long, mais elles font plus larges au milieu qu’aux extremitez, 2c de la façon prefque de nos barils. Ils les pendent au col,2cles tonchent auec les doigts. Les poftures que ces Indiennes fonten dan- fant font admirables. Les mains 2c les pieds font toufiours en aftion,auífi bien que tout le corps: 2c bien fouuent elles s’ad- drcflent à vn feul de la compagnie, ou par inclination, ou pour auoir le petit prefent,qu’elles fçauent demander de fort bonne grace , en eftendant la main, fans qu’il y paroifle de l’afteftar tion, mais commc fi c’eftoit par vne luite neceflaire de la danie, Elles ont inÇomparablcment plus de grace que les femmes du pais,6cl’air bien plus gay 2c plus engageant. Toutes ces danfcu- fesfont femmes publiques,quine craignent point defaire t*u- Rrr iij
  • 1^37- ÔCtOBRE. Feftin des Am- (safíideurs, Coutfe de bague. Vie fcandaleufe d’vn des Am- baiiadcurs. 5©i VOYAGE DE MOSCOVIE, tesfortes de poftures pour de l’argent,& mefmes de faire au dela de ce que Ion pourroit defirer defies. Nous ne nous re- tirafmes que bien tard dans la nuicl, &C les Anglois nous firent compagnie iufques au logis. Les Marchands Francois traiterent auílien cetemps-làles principaux de noilre fuite, Sc quelques Marchands Anglois dans vn Caruwfera , Sc leur firent grand’ chere. Le premier iour d’O&obre, les Ambafladeurs firent vntres- magnifique feílin à rAmbaiTadeur de Mofcouie, au Gouucr- neur d’Armcnie , Sc à fes deux freres, aux principaux Mar¬ chands Anglois & François, aux Moines Efpagnols de l’Ordre de Saind Auguilin, 5c i quelques Carmes italiens. Ils les trai¬ terent àPAllemande à trois fcruices,chacun de quarante plats. La mufique ciloitdeviolons, de trompettes Scde tymbales,qui faifoient beau bruit, aulfi bien que le canon, quand on beuuoit la fanté des Princes. Le Gouuerneurd’Armenie y admiraparticulierement cer¬ tains feruicesdepaile 8c de fuccre,que Ton y feruit à la mo¬ de d’Allcmagne, pour prendre haleine,Sc pour diuertir la veuc plutoil que pour chatpuiller le gouil: Et les trouua fi plaifans, qii’cn ayant parlé à la Cour, le Roy en voulut voir: c’eil pour- quoyles Ambafiadeursluy enfirent fairequelques-vns par no¬ ilre cuifinier,comme anilides tourtes,8c d’autres pieces de four de nolire facon, dont il fe fentit fort oblige, Sc en fit prefenc aux Dames de la Cour, qui les trouuerentfortbonnes. Apresdifner l’on courut la bague,ou le fieurde Mandeslo emporta le premier prix, qui elloitvn grand gobeletd’argent, 6c le fieur Brugman le fccond,fçauoir vn vafe à boire de vermeil doré: A chaque fois que l’on mettoit dedans Ton tiroit vn coup de canon. Le lcndemainlePrieur des Auguftins vint trouuer le Secre¬ taire de PAmbaiTade, pour luy faire des plaintes dc la vie debauchee dc quelques-vns de noilre compagnie, Sc mcfmc d’vn des premiers ,marquant nommément le fieur Brugm.m , & fit connoillre qu’il y en auoit parmy nous, qui à l’exemple des Armeniens, auoient époufé des femmes du país. II luy dit, qu’ils s’elloient réjoiiis 5c confolez , aux premieres nou- v.elles de noilre Ambaflade, dans l’efpcrance qu’ils auoient çonceuc ,que noilre vie feruirojt d’exemple aux Chrefticni
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 503 da país, qui viuans parmy les Mahometans, fe fouilloient le 16 3 7. plus jfóuueut deleurs vices Sc de leurs ordures: mais qu’à fon grand regret i'l voyoit toutle contraire j conjurant le Secre¬ taire d’enparler à ceuxqtiiy pouuoient remedier; afin d’ofter le fcandale que Ton donnoit, l’injure que Pon faiioit au nom de Chrifl, Sc Pinfamiequi en rejallifloit fur le Prince,qui enuoyoic cctte ambaffade.Le Secretaire envoulut parler a Brugma», Sc le prier de donner,'ordre à ce que les domeftiques changeaifenc de façon de viurejmais le malheur voulut,qu’en entrant dans la chambre del’Ambaifadeur, il letrouua enla compagnie d’vne femme ArmenienneuiomméeT////^. Carle ficur Brugman cro- yant que le deffein du Secretaire eftoit de lefurprendre, s’en trouua tellement offenfe, qu’ayant hire qu’il fereifentiroitde cct affront, le Secretaire, qui connoiffoit fon humeur vindica- tiue, Sc irreconciliable, fe retira au Conuentdes Auguftins ,à deffein de quitter la compagnie entierement , Sc d’accepter Poffre que les Carmes luy firent, deluy donner toute faddreife neceffaire pour le conduire. par Babylonc, Sc par Alcppe en Italie, Sc dela en Allemagne.Mais Brugman ayant feeu fon def¬ fein , luy fit dire , que s’il l’entreprenoit, il le feroit tuer, quelquepart qu’il fuft. Cequi luy euft cite d’autant plus facile, que les Curauancs, ayans leurs iournées Sc giffces rcglcz,il euft pour peu de chofe trouué quclque Perfan quiPcuft aífaíliné. Cette apprehenfion, Sc le confeil de fes amis obligercnt le Se¬ cretaire à employer Pcntremife du Prieur des Auguítins, qui fit fa paix auec Brugman 5 fibien qu’il retourna au logis,apres auoir demeuré treize iours au Conuent. En ce temps-là i’allay au fauxbourg de Ttylfa , à deffein devifiter quelquesMarchands Armeniens, auec lefquels i’a- Cere™°nj* *** uois cu occafion de faire connoiffance, aux feftins ou nous Aunt-mens, nous eítions trouuez. En arriuant auprés de leur Eglife ,i’y vis amcner vn marie,que i’eus la curioíué de fuiure , pour voir les ceremonies du mariage. A la tefle de la proceffion marchoit leur mufique ordmaire, de tymbales Sc de tambours deBifcaye, Scaprescelavngarçondedouze à quinze ans ,qui tenoit’vne bougie à la main. Le marié, qui fuiuoit ce garçon immediatement, eftoit àcheual, yeftu de fatin à fleurs deplu- fieurs couleurs, Sc auoit à fes coftez deux homines fort bicn faits,Scfort richcment vcftus,auifibien que lesquatre autres
  • 5o4 VOYAGE DE MOSCOVIE, qui lcs fuiuoient > en deux rangs. On porcoit apres euxdcnx plats de viande, deux craches dc vin, ôc autant de plats dc pommes.Le marié eílant arriué à rEglife, s’alfit auec la com- pagnie, 6c fe fit feruir la viande 5c le fruiét, mais il n’enman- gea point. Ceux qui 1’auoient accompagné en mangerent, mais fort pea , 5í Ton garda le reíle pour le Preltrc , qui deuoit benir le mariage, àla referue du vin qui fut beu. Le marié m’a- yant apperceu, fe leua, 6cayant pris à la droite vn ieune gar- çon,ôcàla gauche vn de ces hommes, qui 1’auoient accom¬ pagné ,vint droit à moy >me fit ciuilité, verfa luy-mefme du vin dans vne tafle de terre, 5c me conuia de boire > mais il n’cn voulut point goufter, La mariée entra cependant dans i’Eglife, accompagnée à la droite d’vne ieune filie, 6c à fa gau¬ che d’vne femme mariée, & auoit le vifage couuert d’vncref- pe, auífi bicn que les deux autres. Le Preítre, apres lesauoir fait approcher de 1’Autel, leut plufieurs prieres,8c benitle mariage, en faifant tenir vne Croix de bois au deífus des ma- riez, quife donnoient cependant la main ,&c ioignoient leurs teíles, en forte que celle de la mariée touehoit Peftomach du marié , auquel elle faifoit les fubmiílions par cette action, fe promettans fidelité 6c loyàuté 1 vn a 1 autre, fous la Croix i c eít a dire dans 1’affMion. Apres cela le Preftre les fit communier, en donnant à chacun vnepartie del Hoílie confacrée,détrem- pée dans levin. Ie parle de l’Hoític,parcc quele pain de leur Euchariítie n eít point leué commc en Mofcouie, 6í ailleurs dans 1’Eglife Grec- que,mais eft fait d’vne paíte fans leuain,de la grandeur 6c épef- íeurdVn efcublanc. On chantoit pendant la communion ,6c l’onioiioitdecertaines grofles cimbalcs,queles Armeniens ap- pellent Hambtrzon. Ils ne communient iamais fans cette Mufi- que jlaquclle ilscroyenteítre d’autant plus neceflaire,quils djfent que Noítre Seigneur voulant nourrir quatre mille hom¬ mes defeptpains, montapremierement en lamontagnc,ouil oífrit fes pricresen facrifice àDieu, 6c que pendant laprierc deux Anges defeendirent du Ciei, ôc ioiierent de cette forte dc cimbales.Apres la Communion 1 on iettade 1 eau rofe aux ma- riez,6c à toute la compagnie , 6c l’on attacha vne efeharpe a la main droite dc la mariée, auec laquelle le marie l’entraif- na apres luy iufquà la porte de l’Eglife, ou coute la com- ' pasnic
  • £T DE PERSE, LIV. IV. 505 pagnie remonta à cheual ,pour aller au logis ou le feftin les at- l ç ^ ^ tendoit. Les nouueaux mariez ne fe touchent point les trois premieres nui&s de leur mariage. Au íortir de cette Eglife i’entray dans vne autre, ou ie me Baptefme i'endis au bruit que I’on y faifoit,en frappant d’vn gros ba- Armemciu. fton fur vn aix, qui eftoit fufpendu en fair , 5c dont les Arme- niens fe feruent au lieu de cloches , parce que les Perfes ne leur enveulent point permettre l’vfage. Ie vis que cette ce- remonie fe faifoit pour le Baptefme d’vn enfant que lony por- toit. Il n’yauoitdans l’Eglilc que le Cure & fon Vicaire, vne femme d’age, qui auoit porté l’enfant, maisqui fe tenoit éloi- gnée dans vn coin de l’Eglife, 5c vn ieunc homme de dix- huicl ans, qui prefentoit l’enfant au Baptefme. Apres que le Curé eut prononcé plufieurs prieres, 6c fait plufieurs de¬ mandes au parain, celui-cy porta l’enfant àla femme, qui le démaillotta, 6c apres cela le Cure, le Vicaire 5c le parain en- trerent dans la Sacrifice ,ou le fonds deftiné pour le Baptefme eftoit feellé dans la muraille, 6c eftoit fait comme vne jatte, ayant vne demie aulne de long , 6c enuiron vn quartier de large. Le Preftre,apres auoir confacré l’eau ,6c apres y auoir meílé de l’huile confacrée, mit l’enfant nud dans le Bapti- ftaire, & le baptifa au nom du Pere,du Fils, 6c du SainctEf. prit,enluy verfant trois foisde l’eau fur latefte. Apres cela il luy enverfa fur tout le corps,6c luy fitle fignede la Croix au front, auec de Phuile confacrée. Les Armeniens ne bapti- fent point les enfans s’ils n’ont huift iours accomplis, ft ce n’eft qu’ils foient malades: Car en cecas-la ils anticipent fur ce temps, parce qu’ils croyent que les enfans qui meurent fans Baptefme, font damnez, e’eft pourquoy ils ne les enterrent point auCímetiere, non plus que ceux qui ont efté vn an fans communier. Le troifiéme Oílobre Pon arrefta prifonnier vn Horloger Hiftoirc tragi- Alleman, feruiteur domeftique du Roy de Perfe. Il s’appclloit quedVn Hor- lean Rodolfht Stabler, natif deZuricbcn Suifte. Il eftoitaagé °2ctSulU- d’enuiron38. ans,5c auoit époufé lafoeur de cexxeTulla dont nous venons de parler. IP y auoit cinq ans qu’il eftoit au feruice du Roy, 6c ennuyé de fe voir ft long-temps parmy les Infide- les, il fe vouloit feruir de Poccafion de noftre voyage , pour s’en retourner chezluy. 11 auoit pour cét effet demande fon Sff
  • .**3 7- On le prcScde femes, )cé VOYAGE DE MOSCOVIE/ conge ,& lc Roy qui l’aimoit,luy auoit promis vn prcfent ds quatre cens efcus ,pour l’obliger à demeurer encore deux ans en Perfe: mais il ne s’y pouuoitpasrefoudre, ains au contraire, il concinuoit fes inftances pour íe congé,& y employoit mefme le credit des Ambafladeurs. Cependant vn volenr eftant en- tré chez luy la nuict, penfant y attraper les quatre cens ei- cus, l’Horloger , qui l’apperceut, fe ietta fur luy, le porta par terre, & l’ayant blefle en plufleurs endroits du corps, le pouf- fa hors dulogis. Puisfe r’auifant, Sc regrettant de l’auoir ain- filaiíTé échapper,il prit vn piftolet,courut apres luy dans la rue Sc le tua. Les parens du mort allerent auifi-toft au luge Ecclefiaftique, fe plaindre de l’aflaifinat commispar vn eftran- ger 5c infidele, en la perfonnc d’vn fidele,en demanderent iuftice, Sc qu’on leur mill: le meurtrier entre les mains,pour en faire l’execution. L’Horloger, qui ne croyoitpas qu’on lc dcuft rechercher pour la mort d’vn voleur, nelaifla pasle len- dcmain de monter à cheual ,pour aller à la Cour j mais il fuc pris dans la ruè, ôc à l’inftant mis au Paltnk , qui eft vn inftru- ment de bois, qui enfcrrc les bras Sc le col, que l’on appellc vne chevre en quelques lieuxde France, Sefutfortmaltraité. Les Ambafladeurs folliciterent fort en fa faueur j maisl’animo- flte des parens, & l’authorite du luge d’Eglife, qu’ils appellent Mufti, l’emporterent, & le firent condamner à la mort; auçc eette referueneantmoins,ques’il fe votiloitrefoudrea fe fai¬ re circoncir, 8c à embrafler la Religion Mufulmane,le Roy luy feroit grace de la vie. La plufpart des Seigneurs, qui le confideroient k caufe de fon art, oil il excclloit, leprefloient fort de changer de Reli¬ gion, au moins en apparence,& pour vn temps, 2c luy faifoienc efpererdes auantages,qu’il n’euft iamais pu efperer en Alle- magne. On le conduiiit mefme deux fois au lieu du fupplice, au Maidatt ,deuant la porte du Palais, pour luy faire voir l’hor- reur dela mort deuant les veux.Scpour 1 obliger parlààrenier: mais il méprifoit également les promefles Sc les menaces, fa conftance ne put pas eftre ébranlée, 8c il oppofoit à tout ce qu’on luy difoit vne fermctéde courage fl determinee,qu’il ne faut point doutcr qu’elle ne fuft furnaturelle , & que fa snort ne fuft vne efpecede Martyre. Il difoit que la grace du
  • ET DE PERSE , LIV. IV. ’ 507 Roy nc lay feroit iamais perdrc celleque Iefus-Chrift lay i 3 y, auoit faite ,enlerachetant de la more eternclle par fon fang. Qtfeftant auferuicc du Roy,fa Majeftc pouuoit difpoferde fon corps, mais qu’il rendroitPameà celuy qui l’auoit creéc, pour lc glorifier cn ce monde &cn l’autre. Les Moines Augu- ftins 5c Cannes firent dcgrands efforts, pour l’obliger à faire profeilion de la Religion Catholique Romaine 3 mais il demeu- ra ferme en fa premiere refolution, & voulut mourir dans la Religion Rcformee,de laquclle il faifoitprofeifion, 5c en la- quelle il eftoit parfaitementbien inftruit. Enfin lesPerfes voyans qu’il eftoit impoffiblc de vaincre ce Eft etfecuté, courage ,1’abandonnercnt aux parens du defund, qui en firent eux-mefmes l’exccution. Celuy qui fortit de la troupe, pour luy donner le premier coup de cimeterre, le manqua, 5c bleila, fon voifin à la jambe: le fecond donna dans le Palenk , que Ton luy auoit laifle au col. Le troifieme l’atteignit au col, 5c abbattit ce Martyr de Chrift, qui receut apres cela encore trois autres coups auant que d’expirer: le premier à la tefte, &. les deux au- tres au vifage. Le fieur Brugman ,lequel, commeieviens de dire, entretc- noit la belle-foeur de cct Alleman, entra en telle rage de cet- te execution,qu’enayant perdu le iugement,& ne fçachant que faire, de dépit il femit á courir labagueenla prefence de deuxou trois Gentilshommes,&: du Canonnier, faifant ccpen- danttirer plus de cent coups de canon. Le corps demeura tout le iour expofé àla veuè des pafians,au lieu oul’execution s’etoit faite,iufques à ce que fur le foir Brugman, auec la permiifion du Roy,le fit porter au logis des AmbaíTadeurs, à deflein de le fai¬ re enterrer dés le lendemain. Mais la chaiTeque le Roy fit lc mefme iour,& à laquelleles Ambafladeurs furent conuiez, Pen empefeha 3 de forte que les ceremonies dc Penterrement ne fe purent faire quele vingt-deuxiéme ‘Et a’ors on les fit auec beaucoup de ceremonie. L’Ambaffadeur de Mofcouie, le Gou- uerneur d’Armenie & fes freres, la plufpart des Armeniens, f,°*c'ntetrs‘ & de ceux de la fede de-NV^/íT^delaquelle la veufue du de- fund eftoit, &dont nous parleronscy-apres,auffi bien que les autres Chrefti'ens Européens, honorerent les funerailles dc leur prefence. La chaife,dont nous venons de parler, commença le 17. Sffij
  • 16 3 7' Le Roy dofinr le diuertiiTcmct de lachaíTeaux ■AmbaHadeurs. 1 Aflrologue. 50S VOYAGE DE MOSCOVIE, Déslcfoir precedent leMthemandar vintdireauxÁmbaf-' fadeurs, de la part du Roy,que fa Majefte vouloit fair e vnc chaífedeplúfieursiourspour 1’amour d’eux,Sc qu il auoitbicn voulu leur en fairedonner aduis ,afip quils fetinflent preíts pour le lendemain matin. L’on croyoit que cela le failoit a delTein , afin que les AmbaíTadeurs nc fe trouuafíent point en perfonne à 1’enterrement de 1’Horloger >mais cela ne 1 em- pefcha pasjparce opcBrugruan fit "arder le corps iufqua leur retour. Le dix-feptiefmedés le grand matin , Ton amena des che- uaux pour la monture, Sc des chameaux pour le bagage, Les AmbaíTadeurs monterent à cheual, auec le Fere Ioleph , Sc aucc cnuiron trente perfonnes de leur fuite. Lc MthtmandaT les cdnduifit dans vne grande plaine, oil le Roy fe rendit bien- toft apres, fuiuyde plus de trois rens Seigneurs, tous aduanta- geufement montez, Sc fuperbement veftus. Le Roy meimc eiloit veftu de brocard d’argent, ayant 1 cmendil-, on tulban, garny de tres-belles plumes d’aigrette, Sc faifant mener en main quatre cheuaux,doiitlesfelles, les harnois, Sc les cornier- tures elloient chargees d’or Sc de pierreries. En abordant,le Roy faliia les AmbaíTadeurs fort ciuilement, Sc les fit marcher à fa main gauche auprés de luy. Les autres chans Sc grands Seigneurs marehoient apres le Roy, tous fans ordre Seen troupe, les valets femeflans bien fouuentparmy lesMaiftres. Ilyauoit entr’autres dans la fuite du Roy, vn Aftrologue, qui ne le quittoit quafi point, Sc qui obferuoitàtous momenslaconftitutionduCiel ,pour en faire de bons ou de mauuais prognoftiques. On croit eettc forte de gens comme des oracles. Nous fifmes ce iour-là plus de trois lieucs, pendant lefquelles le Roy changeoit fouuent de cheual Sc de vefte, Sc en vfoit ainfi tous les iours,tant quela chafle dura.Nous eufmes toutle matin le diuertiifement du vol de loifeaujles fauconspartoientinceifammentiurdesherons, fur des grués, fur des canards, Sc mefmes fur des corbeaux, qui fetrouuoient par rencontre,ou que Ton lafehoit à deifein. Nous arriuafmes fur le midy à vn village Arrnenien, ou nous trouuafmesplufieurs tentes de diuerfes couleurs dreífées d'vne façon bizarre,qui y formoict vne veue fort agreable.Apres que le Roy eut cite conduit par les Grands en fa tente, Too vint
  • ET DE PERSE, LIV. IV. jo$ querir lesAmbafladeurs, Sc quelques-vns des Gentilshommes 1637* & dcs Officiers,qui difnerentauec luy. On y fcruit à Potdinai- re les fruits Sc confitures les premieres, Sc en íuite 1 on apporta laviande,fur vne ciuierequi eíloit toute couuertc de lames d’or, Scon hrfcruit dans des plats de la mefme eíloffe. Apres ledifner le Mehemandar mena les Ambafladeurs lo- ger dans vn autre village, à vn quart de lieué du quartier du t Roy. Les habitansde ces villages font Armeniens, Sc on les ap- pelle Defach & WVrí/^dupaiSjOU iís demeuroient auparauant auprés d7r#
  • La grande chaifc. 519 VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 3 7. tres-bonne humeur. On y auoit fait vcnir fa Muilque.' Sur le foir jl fitprier les AmbaiTadeursdefetrouueisauec fix imíác de Câ Per^nncs fculcment, à lachaffcdu Canard Sc de I’Oyefauua- i'ojc, ‘e gc, à vne dcmie lieué da village. Ilsmirenttouspied à terre à deux cens pas de la canardiere, dans vne grande hutte de terre, auprés de laquelle on auoit caché des filets fur le bord © ^ d’vnpetit Torrent,ou ilfetrouue vne grande quantité d’oi- feaux de riuiere. Le Roy nous fit tous afteoir le long de lamu- raille, Sc nous obligeaà voider auec luy plufieurs bouteilles dc bon vin,qui fut tout le diuertiifement que nous cufmes ce iour- la: car pas vn oifeau ne fe faifant voir,nous retournafmes au ?[uartier,oiile Roy nous enuoya dumouton boiiilly Sc roily, roid,dulaiddebrebis aigre,dont ils font leur delice,du fro- mage, plufieurs vafesd’or pleins de citrons Scdc fruits, cruds Si confits. Le lendemain fe fit la grande chaíTe, à laquelle le Roy fit porter grand nombrede faucons, Sc trois leopards dreiTez,mai* ion y mena fort peu de chiens. Apres auoir quelque temps battu la campagne ,ou nous ne trouuafmes rien, le Roy entr* dans vn grand pare, qui auoit plus de deux lieucs d’enclos. Les Perfes Ic nomment H^rtzhib, e’eft à dire, vn lieu ou Ton peut femer mille boiífeauxdebled. II auoit dans l’enceintedc les hautes murailles, trois retranchemens. Dans le premier eftoientnourris des cerfs, des chevreiiils,deslievres, S: des re¬ gards. Dans lautre des dains,qu’ils appellent Abu, Sc au troifié- me des afnes fauuages, qu’ils appellent Kouhrhan. Le Roy fit d’abord lafeher les leopards parmy les dains, Sc ils en prirent cbacunvn. Apres cela nous allafmes chercher les afnes fauua¬ ges,Scle Roy,en voyant vn arreílé,dit au fieur Brugmán quil AJdreiTe duUTtiraft vn collP 4* piftolet, Sc ayant veu qu’il l’auoit manque, Ro/. il prit vne fléche, Sc courant à bride abbatué en donna droit dans reflomach de labeile. A vn autre il donna droit an front, Seen fuiteilen tira enco¬ re plufieurs autres. Auffi ne tiroit-il iamais qu’en courant à bride abbatue , Sc ne manquoit iamais. II n’eiloit pas moins adroit à manier l’epee qu’a tirer de 1’arc: car apperceuant vn afne fauuage,qui auoit dcla peine à marcher, ilmit pied à ter¬ re, Scmarchantdroit à cetanimal, il luy donna vn coup d’e- firamaçon fur le dos,duquel il lc fendit iufqu’au ventre. 11
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 511 dónnavn coup de cimeterre fur le col d’vn autre, auec tantde force & d’addrefte, qu’il ne s’enfalloit pasvn poulce cju’il ne luyabbatift la tefte, Vn des chansprit 1’epée du Roy,l’cfiuya, &. la remit aufourreau. Apres cela nous allafmestous à vn au¬ tre petit retranchement au milieu du pare. A Pentrée de ce cios le Roy commanda àlvn des deux chaf- feurs, qui portoient fes fuíils apres luy, de tirer íur vn afnc fau- uage,qui auoitdcfiaefteblefled’vnefleche. Leplus âgé deces deux,eftant jaloux de ce que ce commandement s’addrefloit au plus ieune,levoulutpreuenir, tirafur labefte & lamanqua. La compagniefe moequade luy 5 ce qui le mittellement en cole- re,qu’ayant laifle partir leRoy,il retournafur fespas, tira Pé- péefurfon camarade,&luy coupalepoulce dp la maindroi- te. Le blefíe en fit fes plaintes au Roy, qui commanda auífi-toít qu’on luy apportaft la tefte de Pautre,mais à la priere de la pluípart des Grands il luy donna la vie,&.fe contenta quon luy coupaft les oreilles. Le bourreau, ie ne fçay par quel mouuement, n’en coupa quVne partie,& le grand Maiftre, Mor.ufactili chan-, s’eftant apperceu de la tricherie, mit pied à terre, tira fon coutcau, &í acheua de luycouperle refte, au grand eftonnement de nous tous, qui n’eftions pas accouftumez devoir des perfonnes de cette condition faire lemeftier de bourreau. II y auoiten ce retranchement, dont ieviens de parler, vn petit baftiment, en forme de theatre, ou le Roy nous fkmonter auec luy, pour faire collation de fruits & deconfitures. Apres cela 1’on yfit entrer trente-deuxaínesfauuages,furlefquels le Roy tira quelques coups de fuzil & de fléches, & permit apres cela aux Ambaftadeurs, ôc autres Seigneurs de tirer. Ce n’eftoit pas vn petit diuertifíement de voir courir ces af- inons,chargez qu’ils eftoi ent quelquefoís de plus de dix fléches, dont ils incommodoientSc bleíToient les autres quand ils fe mefloient auec eux,dc forte qu’ils femettoient àfemordrc, & àruer les vns contre les autres d’vne eftrange façon. Apres qu’on les eut tous abatus: Pon fit' entrer trente dains, qui fu- rentauíli tuez,6epuiscouchez de rang deuant le Roy , pour eftre enuoycz à IJpahan, à la cuifine de la Cour. Les Perfes font fi grand eftat de la chair de ces afnes fauuages, qu’ils en •nt fait vn prouerbç dans lour ils ont donné le 7- Vn Seígnenr Petfe fsit lc meftier de bourieau. Ia chair des afnes íàuuages en eítínie en reifs.
  • % i é 3 7- Prefent de l’vn des AmbafTi- deats auHo/. VOYAGE DE MO SCO VIE, fecond de ce nom, ils ont donné le furnom dc Keuhr. Cette chaffe eftant acheuéc, Ton feruit a dilner au meime lieu.Ce fat U que le fieur Brugmtn en ion propre nom, fit prc- fent au Roy du portrait de ion Altefle, dans vneboeite de dia- jmans,Scd’vn tres-beau miroird acier,poly desffeux coftez,&. embelly de plufieurs figures, grauées par ce celebre Augufte de lobn de DrefdeSc d’vne façon particaliere, dont ll eitoit rinucnteur. . ' , , .r Apres difner nous nous retirafmes dans quclqnes maiions du voifinage, pour prendre le repos du midy. Le Roy nous y cnuoya dix A bus, ou dains,& vn fort beau cerf,dont le bois auoit douze andoiiillers , mais à peine nous eilions-nous cou- chez,quc l’on nous vint dire quele Roy eiloit remonte a che- ual. Nous lefuiuifmes incontinent, 6c le trouuafmes ala cam- pagnefaifant voler le faucon. II quittaauifi-toft cediuertifle- ment, 5c entra auec neufperfonnes de ia iuite Sc fixde la no- ftre, dans vne grande allée baffe 8c voutée> au bout de Iaquelle il v auoit vne canardiere, mais au lieu de chaffer, il luy prit enuie de boire, 8cfe mit de fi bonne humeur, quele bruit que Le Roy femet pQn y faifoit, empefcha les canards Sc les oyes de s cn app™- a boire. chcr. Le Roy fit la grace au fieur de Mt'-desle, de iouttrir qu il luv donnaft à boire, Sc apres qu’il eut bu, Sc que Mandcslo luy eut baife le genoiiil, il luy fit prefent d’vne pomme,qui eft vne marque d’vne faueur fi’particuliere, que route laCour com- mcnca à le confiderer de ce temps-là comme vne perionne qui auoit grande part aux bonnes graces du Roy. f Le KtrekjcrakiOii Maiffre d’Haftel ordinaire, nomme ol-rf- Umed Aly-beg, qui auoit feruy le Roy à boire pendant certede- bauche,Sc qui ne s’eftoit point oublie,s’enyura fi tort, que s e- ftant aífis àfentréede bailee, il y fittant debruit, que le Roy luv fit dire qu’il s’oftaft de U, Sc Voyant qu’il n’en vouloit nen faire , il commanda qu’on I’entraifnaft , Sc qu on le milt à Aly-ber neput pas cmpefcher que Ton ne l’entraifnaft, mais on ne le putiamais mettre à cheual , il chanta injures. Sc rra- pa ceuxqui l’y vouloient mettre de force. LeRoy lortie deia o-allerie ,& luy voulut perfuader de monter a cheual, mais il ne fut pas micux traité que les autres, de iorte qu’ayant mis la mainàrépée, il femit en pofturc de luy couper la teite^ U
  • ET DE jPERSE, LIV. IV. V3 peur que le Maiílre d’Hoilel en eut, le fit crier fi haut, que tou- te ia compagnie eut part à fon apprehenílon. Ilpofifedoit parfaitement les bonnes graces de Ton Prince, mais il le connoiffoit pour homme qui n’entendoit pas raille- rie, &c ii en auoit deuant les yeuxdeiiterribles exemples, que les frayeurs de la mort difliperent envn moment lesvapeurs qui luy auoient barboiiille le cerueau, 5c donnercnt des aides a fes pieds, aufquels le vin auoit ode l’viage de marcher. Il fut en vn momentà cheual,Sc s enfuit abride abbatuii, 5c ainli il eu fut quitte pour cette fbis. Le Roy qui auoit voulu rire, rentra auec vn vifage gay 5 mais il fe retira bien-toil apres, & nous nous allafmes coucher en noilrequartier. . Le vingtiéme Poll ne chafla point. Nous allafmes difner chez le Roy , qui fe fit ce iour-la feruir par cent icunes hommes bien-faits 5c richement vellus,qui le tenoient toufiours de¬ bout aupr és de luy. Plufieurs de noftrefuite euflent mieuxai- mé fairc compagnie à ces MeiTieurs-la qu elite du fellin,a cau- fe de la peine qu’ils auoient à s’accouftumer a s aileoir a la mo¬ de du pays. Ce diincr fe fit dans vne fort belle mailon deplai- fance, fituée au milieu d’vn grand jardin , fur le bord de 1 eau. Apres difner Ton alia à vn autre village, a vne lieuê 5c demie de la ville, 5c en chemin l’on prit vn heron blanc. Le vingt-vniéme le Roy nous enuoya dés le grand matin conuier à lachaflc des pigeons. L’on nous fitmonter fur vne haute tour, au dedans de laquelle elfoicnt plus de mille nids. On nous rangca par dehors, apres nous auoir mis a la main des petits ballons fourchus parle bout. Le Roy commanda à nos Trompettes de fonncr la charge, 5c en meime temps Ion fit forth- du colombier vn grand nòmbre de pigeons, qui rurent quafi tous tuez par le Roy, 5c par ceuxdela compagnie, Celut là la fin de la chalfe, apres laquelle nous reprifmes le chemin de la Ville mais deuant que d’y entrer,ie Roy nous mena dans vn de fes jardins, que Ponnomme T^arbttch, Sc cp.fi eft fans doute le plus beau que nousayons veu en Perfe,ounous fuimes en¬ core magnifiquement traitez. Incontinent apres nofire uéc au lògis, l’on y apporta de la part du Roy douze canards fauuages,6cautantde pigeons} maisiln’y eut que les Dames du fieur Brugman qui en profiterent. Quelques iours apres Ton fit publierparle Ttynzi,ou crieur 1637. OkaiTc de pigeous. (
  • 5*4 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1617. Le Roy donne lc diuenilFemet dela chaileaux Dames. Eft liberal dans h. dcbaucbc. publie,par toute la villc, que Ton euft àfe tenir au logis, & que perfonne ne fuft fihardy de fe trouuerdans les rues,parce quc le Roy vouloit fortir , pour donner le diuertiflement de la chafle aux Dames de la Cour. C’eftlacouftume du pais, que les femmes 8c les concubines du Roy ne for tent iamais,iinon dans des caifles que l’oncou- nrede tous coftez, 8c que l’on fait*porter par des chameaux. Et auec cela Ton ne fouffre point,que lors qu’elles paifent, qui que ce foitfe tronue dans la rue,011 que leshommes en ap- prochent à la campagne de la portée du moufquet j à peine d’eftre tuez fur le champ. Le Roy prend lcdcuant, 2cles Da¬ mes fuiuent au bout d'vne demie heure, accompagnées dc leurs femmes de chambre, 8c d’vn grand nombre d’Eunuques. Quand elles font à la campagne eiles monrent à cheual ,ont 1’oifeau au poing, 2c fe feruent de fare 8c de la fléche, comme les hommes. II n’y a que le Roy 8c les Eunuques, qui demeurent parmy les femmes,tous les autres hommes s’en éloignent d’vne de¬ mie lieué ,2c quand la chafle commence, iln’y a perfonne qui cnofe approcher dedeux lieucs , 2ciufqu’a ce quele Roy les faiferappellerpar vnEunuque. Les Seigneurs de la Cour chaf- fent cependant d’vn autre cofté. Le Roy reuint de cette chafle le vingt-fixiefmeNouembre,tellementyvre, auflibien que la plufpart des Seigneurs dc fa fuite,qu’à peine fe pouuoient-ils tenir à cheual. Ils’eftoit arrefté à cette maifon de TTarbAcb, dont ieviens de parler, & auoitfaftladébauche furvn grand pont.qui eft à 1’entrée duparc,oíi les grands Sci gneurs auoient danféen fa prefence, Sd’auoientfi agreablement diuerty,que ceux qui y auoient le mieux reiilli, en auoient remporté de grands prefens. C’eftoit fon humeur d’eftre liberal dans la débauche, 2cbien fouuent de donner tant, qu’il s’en repentoit le lendemain. Nousen vifmes vn exemple huift iours apres cette chafle. Car vn iour ayant enuie de boire apres difner, 8c la pluipart de la compagnie s’eftant retiree , à la referue du Eahtemad Deuletfe de quelques Eunuques , il fit remplir vn tres-grand vafe, qu’il fit donner au Chancelier , 2c luy fit dire qu’il le beuft à fa fanté. Le Chancelier qui n’aimoitpoint cesexcez» a’en excufa, mais leRoy tirafon épée, la mit auprés duvafe,
  • ET DE PERSE, LIV. IV. 515 & luy dit ,qu’il euíl à choifir l’vn ou Paturé, de boire, ou dc 1637. mourir. Le Chancelier, voyant qu’il n’y auoitpas moyendes’en dé- dire,prend le vafe, 6c le porte à fa bouche j mais ayant apper- ceu que le Roy auoit le viiage tourné, il fe leue & fe fauue. Le Roy en fut fort encolere, Sc l’enuoya chercher, mais fur cc qu’on luy rapporta qu’il n’y auoit pas moyen de le trouuer, ii íe contenta defaire donnerle vaíeâvn ^sicht ou Eunuque. Celui-cy fe voulut excufer , alleguant que depuis quelque temps ilnebeuuoit point devin, 6c que s’il vuidoit ce vafe, il Ec ctud en mourj-oit infailliblementj mais le Royne fe contenta pas de les ekeufes, 6c fe iettant àfon épée l’alloit tucr,fí vn Mche- iffr,ou valet dc chambre , ne Pen euíl empefché j toutefois il nc put pas fi bien faire qu’il ne fnft luy-mefme bleffé à la jambe, 8c i’Eunuque à la main. Le Roy, qui vouloit que fa volontéfuft executée, ne voyant plusperfonneauprcs dcluy. s’adreifa eníuite àvn deles Pages, fils d'Alymerdon than, Gou- uerneur de CAndahar, qui'eftoit fort beau garçon, 6c luy de¬ manda s’il auoit le courage de vuider le vafe. Ce ieune gar¬ çon répondit, qu’il ne fçauoitpas cc qu’il pourroit faire? mais qu’il feroit fes derniers efforts, 6c s’eftant mis à genoux deuant le Roy, il en beut plufieurs fois. Enfin ayant de la peine à ache- uer, 6c fe trouuant anime par levin, 6cpar les obligeantes paro¬ les du Roy , qui l’exhortoit inceffamment à boire ,il prend courage ,ie leue,fe iette au col du Roy,le baife, 6c luy dit Patfcba bumfe a!!a taal menum itz,tin d'if chock, jafeb werfun. C’eft adire,ieprieDieu qu’il donne longue 6c heureufe vie au ge. Roy 5 6c le Prince prit tant de plaifir à cette aélion,qu’il enuoya querir dans fon Trefor vne efpée, dont la garde, le fourreau, & le baudrier eftoient chargez de pierreries,8c luy enfitpre- ^fent, 6c donna encore à vn autre Page,qui auait aide àboire à celui-cy, vne autre belle épée Sc vne grande taffed’or. Mais 1c lendemain on le vit fi défait, 6c fi melancholique, qu’en al¬ lant àla campagne, iln’auoit pas lecourage de tenir la bride de foncheual. On le remit en bonne humeur ,en retirant des Pa¬ ges la plus belle epee Sc la taffe, en leur donnant la valeur dc qqfelques Tamains en argent. Le dixneufiéme Nouembre 1' EAhtemad Doulet, ou Chance-^P^11,™^^ lier ,fit vn grand feitin aux Ambaffadeurs, dans vnetres-bel- bail*icu«. Ttt ij
  • tèl7. Salle de miroirs. 51Ó VOYAGE DE MOSCOVIE, lc falle, laquelle dés fon éntrée charmoit merueilleufementr laveue.Car au milieu da veftibuleldn voyoitvne grande fon- taine ,qui pouflòit plufieurs beaux jets d’eau. La grande falls eftoit toute bordée par en haut de plufieurs portraits, ou ta¬ bleaux de femmes,veftues de diuerfes façons,& toutes à TEuro- péenne, 8c au deiTousil n’y auoit que des miroirs, au nombre de plus de deux cens,tant grands que petits. De forte que quand on eitoit au milieu de la fade, Ion s’y voyoit reprefenté de tous' coftez. , On nous dit,que dans le Palais duRoy, dansi’appartemcntdc fes femmes,il y a auilivnc falledemiroirs, mais fans compa- raifon plus grande, Sc plus belle que celle-cy. Le feftinque le Chancelier nous fit eftoit magnifique, 8c toute la viande fuc feruie en vaidelled’argent.La Mufique Seles danfeuies du Roy nous donnoient le diuertiiTement pendant ledifner, ou elles de demeurerent pas dans le mefme refpeft, qu’elles auoient eu pour iaprefence du Roy, lors que nousy difnafmes, 8c elles y firentbien d’autres tours qu’cdes n’auoient fait àla Cour.I’en remarquay entr’autres vn admirable, Vne deces danfeufes ayant mis au milieu de la falle vn vafe de poreelaine , de la hau¬ teur dedeuxpieds,apres auoir fait plufieurs padages,le prit en- fin entre fes jambes, fi fubtilement, que pas vn de nous ne s’en apperceut,8c die nelaidapas de continuer fa danfe auec la mef¬ me facilite,8C remit le pot en lamefmeplaee auec 1a mefme ad- dr efle, Sc fans fairevne feulefaufie demarche. Perfcs font Qn appelle ces femmes-la YLuhbeha, 8c elles ne feruent pas ieuis hoftes, leulement a ce diuertillement, mais aulli a tons ies autres que l’on peut prendre auec les femmes, Ceux qui donnent à diiner à leurs amis,de quelque qualité qu’ils foient, ne veulent pas qu’il manque rien à la chere qu’ilsleur veulent fairej8c les Per- fes qui aiment les femmes, 8e qui n’en voyent iamaisd’honne- ftes dans les compagnies, n’ont garde d’oubliera leurs feftins* celuyde tous les diuertidemens,qui leureft le plus agreablc: e’eft pourquoy line fe fait point defeftinen Perfe, oil Ton re voye de ces danfeufes. Le Mai ftre du logis les ofirire à fes hoftes, Sc eeluy qui s’en veut diuertirfe leue de table, fe retire dans vne chambre particuliere auec cede qui luyplaiftle plus,8c apres cela fe remet à fa place, Sc la femme rctourne à la d2nfe, fans heme 8c fans vergogne, Ceux qui n’aiment point les femmes
  • ET DE PERSE > LIY. IY. 517 publiques,fe contentem de remercier l’hofte dc l’honneur qu’il 16 3 7; íeur fait. II n’y a en toute la Perfe que la ville &<^Ardcbil,oul’on nefouffre point cette couftume,àcaufede la faincletc dulieu, qui eíb íi grande, qu’elle obligea Scbacb-Abas à en chaffer mef- mestoutes les femmes publiques.. Apres quele difner fut acheué, les Muficiens & les femmcs feretircrent,&:les AmbaíTadeurssenfermerent auec le Chan- celier pour trauailler, 6c eependant l’on nous mena á la prome¬ nade au jardin, oil Ton nous traita eependant de fruicl &: de confitures, Cet Eabtcmad Donlet s’appelloit Tagge, & eftoit aage denui- Lcnorn & ron foixante ans ,ayant vneprunelle noire 6c 1’autre bleué,le fcelic“ l‘n" vifage plein-, mais jaunaftre ou oliuaftre, 6c haut en couleur: e’eftpourquoy onl’appelloitd’ordinaire Saru Taggc. Iln’auoit point de barbe,parce qu’il eftoit chaftré : 8c à cette occafion nous dirons icyvn mot des particularitezdefa fortune,qui me- ritent bien d’eftreicy inferees,quoyqu’on les raconte afiezdi- uerfement. L’on ditdone,qtieíár# Ta ge cftant encore ieune, Sa fortune. & faifantle meftier de copifte en la ville de Kc , il feprit d’amour d’vn ieune garçon, & ne pouuant 1’obliger â coníêntir à fes appetitsbrutaux,il le força. Le pere de ce garçon en fit fes plaintes à scbacb Abas, qui regnoit alors,qui commanda que l’oncoupaft à Sm Tagge lefyk, e’eft ainfiquils appellent les parties honteufes, auec routes fes (Jépendanees, Les autres di- fent que scbacb Abaslc condamnaà lamort, 6c queT^f en ayant eu le vent, fe coupa luy-mefme les parties auec vn raíoir,, lesenuoya au Roy,5c luy fit dirc,qu’ayant luy mefme fait iuftice; des parties qui auoientpeché, ilfupplioit fa Majcftéde luy laif- fer latefte,qui n’auoit pointfaitdemal,5c qui luy pourroitvn iour rendre feruice, & que le Roy eftonné de la refolution cou- rageufe de céthomme, le prit en affe
  • i$37- í í'eíHHf Prefens cu, Roy aux AlM- fcailadenrs. 518 VOYAGE DE MOSCOVIE, Ia mefme magnificence que la premiere fois. Le vingt-neufiéme,lcsdeuxfreres, Seferasèí Eliots Beg ,rem dirent viíite aux Ambaffadeuts , qui les retinrent à difner. Elias ^rjfit tout ce qu’ilput pour fe mettre en humeur de rire, mais nous reconnuímes bien qu’il fe faifoit violence, 8c que le coeur n’y re'pondoit point. Nous en feeufmes lefujetdc fon aifné , qui nous dit, queleRoy auoit beaucoup de bonté pour eux, 8i qu’il leur faiíòitdu bien j mais qu’il eftoitbiendange- reux de rire auec luy, 8c qu’il en auoit vne preuue tres-raf- cheufe en Ton frere,lequel eftant fort agreable à laCour,à caufe de fa bonne humeur, le Roy luy ditvniour, qu’il neluy manquoit rien ,finon la Religion Mufulmane ,8c qu’il neluy pourroit faire vn plus grand plaifir que de fe faire circoncir. A quoy Elias Beg répondit en riant,que cela fe pourroit faire quelque iour : fuppliant le Roy de ne point parler d’affaires ierieufes, mais de continuer fesdiuertiffemens. On neluy en auoit rien dit pendant quelque temps, mais à I’occafion de la conftance de l’Horloger, leRoy luy fit direqu’il fefouuintde la promeffe qu’il luy auoit faitc dele faire circoncir. II s’en voulut défendre, 8c alleguerque cen’auoit efté qu’enriant: mais ceux queleRoy y auoit enuoyez, nefepayerent point de cette réponíe, leprirent Sc lecirconcirent de force. Lefrere confirma ce que ion aifné nous auoit dit: Mais il protefta qu’il nelaiffoit pas d’eftreChreftien dans l’ame, 8cqu’ilmourroiten la profefilon, qu’il en auoit toufiours faitc. Le deuxiémeDecembre Abafculi Beg-, noftre Mebemandar, nous vint apporter les prefens du Roy,fçauoir pour chaque Ambaffadeur vn cheual , auec la felle toutc couuerte de lames d’or,8clabride chargee de boucles de la mefme étoffe. Deux veftes à la Perfane, accompagnées du meridilbi. du mianbend, c’cfta dire du turban 8c de la ceinture ,de brocard dor, de la façon du pais. De plus, pour eux deux cent cinq pieces de quinze fortes d’eftoffe defoye,de fatin ,de damas, de dirai,ou de taffetas renforcé, de cotton, &c. 8c deux cens Tumains en argent,qui valent iuftement trois mille trois cens foixante-dix piaflres ,ou mille piftoles,pour la dépenfedu voyage dans le retour.Les cinqprincipauxde la fuiteeurenr chacun vnevefte de fatin, 8c vne autre de taffetas à fleurs d’or 8c de foyc, Lcsau- tres Gentilshommesen eurent chacun vne de tabis à fleurs
  • ET DE PERSE, LIV. IV. ji$ d’or,maisle refte delafuite n’eutrien.Le íieurBrugmdn fe faifit de Fargent, en donna vne partie àceux de nos gens qui en auoient befoin, pour acheter les choles neceffaires pour le voyage,5clerefte à quelques-vns defes amis Armeniens. Le lendemaincroifieme Decembre,le Roy enuoyaprier les Ambafladeurs à difner pour la dernierefois. Le Mehemandar leur dit, qu’il jfalloit qu’ils miflent fur leurs habits la plus belle des veftes que le Roy leur auoit enuoyées. Les AmbaíTadeurs eurent d’abordde la peine à s’y reíoudre,maisquandonleur eut dit que c’eftoit la couftume de tous les Ambafladeurs,8c que le Roy s’offenceroit Tans doute , s’ils fe prefentoient deuant luy, fans les marques de fa liberalité, ils lefirent enfin ,8c tous ceuxdelafuite à leur exemple. Le dilner fe fit en la falle de Diuan Chantr,ôcauec les mefmes ceremonies,que la premiere foisj ce qui nous oblige à les paflcr fous filence. Nous dirons feulement,que pendant que lefruicfteftoit encore fur la table, le Chancelier fitpafíer deuant le Roy le prefent, qu’il aaccou- ftuméde faire tous les ans vne fois, 6c quelquefois deux,pour des raifons que nous toucherons cy-apres. Ce prefent confi- ftoit en douze beaux cheuaux, fort richement couuerts, en quarante-neuf chameaux chargez de tapis de Turquie,6c d’au- tres belles eftoffes de laine,en quinze mulets, en mille Tu- mains ,ou cinquante mille liures en argent, en quarante pie¬ ces de brocarddor 8cd’argent, 6c plufieurs autres eftoffes Sc marchandifes, qui eftoient en fi grande quantité, qu’on em¬ ploy! vne heure 8c demie à faire pafler le tout, pour le faire entrer dans le Trefor : parce que chaque Tumain auoit fon homme,qui la portoitàíamain,dans vne bourfe defoye de plufieurs couleurs. Apres difner le Kurtfy-bafchi, ou grand Maiftre,vint pren¬ dre les Ambafladeurs pour les mener au Roy ,duquel ils pri- rent congé. Le Roy leur rendit luy mefme la réponfe qu’il faifoit aux»lettres qu’ils luy auoient apportées, auec des rccom- mandations à fon Altefle , 6c promit qu’il 1’enuoyeroit vifi- ter par vne Ambaffade exprefle. Les Ambafladeurs relpondi- rentau compliment,5c remercierent leRoyde l’honneur qu’il leur auoit fait,6c du bon traitement qu’ils auoient receu pen- dant lefejour qu’ils auoient fait dans le Royaume, Scferetire- rent au logis dans le mefme ordre qu’ils eftoient venus. 16 3 7* Le prefent du Chancelier au Roy. Les AmbaíTa- deuts prennent congé du Roy.
  • .3 ^ 37- Prefens des Seigneurs de la Cour aux /-Liiballadeurs. p0 VOYAGE DE MOSCOVIE, Le quatriéme le po/lanik, ou Ambaffadeur Mofcouite,^- xei Sa^inouitSyiut voir le Chancelier, qui le congedia au nora da Roy, afin qu’il s’en pull retourner ennoftre compagnie. Les ioursfuiuans, les Seigneurs qui auoient eudes preiensde nos AmbaiTadeurs, leur enuoyerent les leurs. Le cinquicme Dccembre, chofroti sultan leur enuoya deux cheuaux. Le fixiéme rZanichan K*rtjibafchhcnaoya fonprefent,mais 4aucant qu’il le fit faire par cePerfe fugitif, Rufia»,qm auoit quitté les AmbaiTadeurs, pour changer de Religion , lls ne le voulurent point accepter,& luy firent dire,qu ils eftoient elton- nez , dc ceque Ton deiTein eftant de leur fairehonneur , & de les obiter par le prefent qu’il leur faifoit,il le leur enuoyoit par vne per Tonne, pour laquelle ilsne pouuoient auoir que de la- uerfion,& quils ne pouuoient point voir Trois lours apresil Wtr enuoya par vn autre hommedeuxchcuaux, vn mulet, 5: dix huia pieces d’eftoffes, qu’ils acceptcrent, 5c donnerenc cinq piftoles à celuy qui les leur prefenta de fa part. Le dixiéme le grand Maiftre leur enuoya deux cheuaux, le Chancelier deux cheuaux, vn mulet,&. quarante-cinq pieces d’etoffes, par my lefquelles ily en auoit plufieurs afonds d or. Lemefrne iour le Mchemandar nous vint dire, que le Roy iroft dans haift iaurs à Kafchan ,5c que fi nous pouuions eftre preftspour ce temps-la, nous nouspournons Teruir de la com- modite de Ton voyage,iufques à cette ville-la. Ce qui nous obii-
  • ET DE PERSE, LIV. IV. y2, nonplus que ccluy ducanon, que le ííeur Brugman faifoit tirer i i - a toutes les fantez, que Ton beuuoir, 6c íi fouuent, que ie Pere imprudence de loíeph, noítre truchement, qui fçauoit que Ton pouuoit ouir BtuS,n>"> touslescoupsauPalais Royal, apprehedant que IeRoync s’en trouualt offenfé, fu t contrai nt de luy reprefenter Phumeur ty- rannique de ce Prince,6c le dager ou ií expofoit non feulement ia perlonne apres que les AmbaíTadeurs feroient partis , mais auffi toutescellesde 1’AmbaíTade. II íuydit, quecen’eftoit pas choie extraordinaire de voir ce Prince exercer fa cruauté fur toutes fortes de perfonnes, fans aucuneconfideration de leur quali tc, ou de leur caractere, 6c le pria de faire ceder les coups de Canon. Mais cela n’empefeha point Br.gman de faire conti¬ nuer Ie bruit des trompettes ôc de rartillerie. Norçs fçeufmes depuis, que le Roy auoit eítd tellement en colerecontre Brur- man, tant pourcetteaftion , que pour vne autre,done ie par- leray prefentement, qu’il fut fur le poinét de le faire tailleren pieces, 6c peut-eftre nous'tous auecluy: íi Ia prudence 6c Ia moderation du Chancelierne 1’eneuít empefché : enluyre- monltrant que I’iniure rejailliroit fur Ie Prince; lequel n’ayanc point de part aux infolences de cét Ambaíladeur, nemanque- roit pas de les cbaíher, quandil en feroitaduerrv Vuu . ‘S des AmbalTa- . deurs Ce retire " dans 1’Azilc. Vn GentilliS- me de la fui te
  • i^37- Infolcnce de Itugman.
  • VOYAGE MOSCOVIE ET DE PERSE- LIVRE CINQVIESME. Evant que de partir dela ville Sljpahan, qui ,^37* eft aujourd’liuy la capitale de tout le Royaume dePerfe, il neferapas horsde propos, d’entrete- nir le Leíleur de tout ce quei’y ay veu de remar- quabíe, pendant le fejour de prcsde cinq móis que nous y auons fait, be d’en faire icy vne deferi- ption d’autantplusparticuliere, qu’il n’y a point d’autheur, qui en ait eferit auec vne-exactitude aflez grande, pour con- tenter feulement vne curiofitc bien mediocre. L’on dit que la ville à'1/pahan eft celle que Ton nommoit au- Beicnprio trefoi$ Hecatompolis, be que deuantle temps de Tamerlan, on p^„.1 !e d laconnoiíloitfous lenom de Sipahan; tantãcaufedu nombre de fes habitans, qui eftoit aflez grand, pour fournir dequoy faire vne armée raifonnàble, que parce qu’en ce lieu-là on donnoit rendez-vous aux armées : de I’ancien mot Perfe be VsbeqneSipe,dont sipahaneR. lepluriel, be iignifielamefme ehofe queLesker, c’eftadire vne armce: d’ou vient Ie motdc Sipes-alar, dontles Perfesfe feruent encore quelquefois, pour fignifier vn chef, ou vn general à'zrmce.Tamerlan aefté lepre- mier, qui, en tranfpofant les deux premieres lettres de ce nom,l’aappellee ifpahan. Ahmed, Bin Arehfcha, qui a eferit la vie be les aftions de Tamerlan, nommetouiiours cette ville ■* 9 _ i
  • 1 & 57* 5a grandeur. Ia riuJere" Je Ssadcm. 5*4 VOYAGE DE MOSCOVIE, IsbaliAn, auec vn se, 6c les Pcrfes modernes 1’efcriuent tó& jours Isfahan auec vnP^d’vnmot Arabe, qui Hgnifie rang,oir bataillon $quoy qu’ilsleprononcentindif?eremment,tantoft Isfahan, tantoft Ijpahan. Iof. Barbara I’appelle toufiours Spa- ham , 6c Ambr. Contarin , qui fucenuoyé AmbaíTadeur parla Republique de Venife à Vfum Cajfan, Roy de Perfe, enl’an 1473. l’appelleSpaa, Spaam, 6c Ajpacham. Mais commenous ve- nons de dire, Ton vray nom eft I/j>aban„ Cette ville eft íituée dans la Prouince d'Erak oud’ Hierack r qui eft l’ancienne Part he, dans vne grande plaine, ayant de tous coités, à trois ou quatre Iieues de di fiance, vne haute monta- gne,qui la ceinten forme d’amphitheatre,à31. degrés, i6„ minuttesduNort dela ligne, 6c â 86. degrés, 40. minuttes de longitude : 6c i’ay obferué que 1’éguilley declmoit dedix.fepr degrez du Nort vers le vf/ Elle a vers ie Sud6c le Sud-wejl he montagnedejD**»4w*wd,6cducofté duNort-efi, versIaPro- uince de Meftnderan, le mont de leilak Perjan. L’auteur du is- ure intitule les Eftats & Empires, le met dans la Prouince de chuarejf *n 5 mais il íè trompe: ear chuarefin eft vne Prouince des Tartares Vsbeques rà 43. degrez de latitude, 6c bien éloi» gnée de celle d’Brack- Si l’on y comprend fes grands fauxbòurgs, I’òn trouuera qu’ellecontientplusdehui (ft Iieuesd’Allemagne-ren forteque c’efttout ce que l’onpeut faire , que d’en faire le tour envn iour. La ville a douze portes, dont il n’yen aqueneuf d‘ou- uertes, plus de dix-hui
  • ET DE PERSE , LIV. V. ^ dans Ia ville , elle fe fepare en deux branches 5 doneErne pafle 1367. dans le pare de ffafart^erib v ou le Roy fait nourrir toutes fortes de beftesfauuesjôc de I autre I’on tire vn courant d’eau, que Eon fait pafler par des canauxfoufterrains dans le jardin de 7%arbagh. Çetteriuierefournit d’eau route la ville, ou il n’y a prefque point de maifon qui n’en ait vn filet, & dequoy remplir Ieurs cifternes, qu’ils appeflenc Haws & Burke: bien, qu’ilsayent auee cela despuits, dont 1’eau eft aufii bonne que celle de la riuiere. erdi-chancy-dcuant Gonucrneur de Sebiras, a fait baftir à fes defpens le beau pont de pierre, que Eon voit entre Ie jardin de 7\arbagb & la ville, fur cette ri- uiere , qui eft auffi large à cét endroit-Ià, que la Tamife i Londres. Schach Abas voulut entreprendre de faireentrer dans la ri¬ uiere de Senderut celle à'Abkitren, qui prend fa fource de 1’au- tre cofte de la mefme raontagne de Dewa^end; &; dautant que pour joindreces deux riuieres il falloitcouperlamontagne: il employa quatorze ans durant plus de mille pionniers â cet ou- urage.Et quoy qu’il y rencontraft des difficultez infurmonta- bles ,non feulementen ce qu’on n’y trouuoitque du roc , qui en quelques endroits aplusde deux cens pieds de haut, mais auffiparcequelamontagne eftant couuerte de neige prés de neufmois de I’annce, ils n’en auoient que trois pour trauailler £ eft-ce qu’il ne laifia pas de faire continuer le trauail auec rant depaifion , que tousles Chans & grands Seigneurs y enuoyans des ouuricrs à leurs dépens, l’on ne doutoit quafi plus du fuceés de cette grande entreprife* puis qu’il ne reftoit pas plus de deux cens pas à percer , quand Scbacb Abas mourut, laiffant lefoin de cet ouurage imparfait à fonfucceiTeur^quinel’apasvoulu faire continuer. r Si le patron & le grand Saint des Perfes , Aaly, euft encore vefeu en ce temps-lá, il euft pu rendre vn feruice fort confide- rable à Schacb Abas, en ouurant cette roche d’vn feul coup d’epce, pour donner paíTage á la riuiere; ainfi qu’il a fair autre¬ fois yâ ce que les Peries difent, en la Prouince de Karabach, ou il fit vn paíTage àla riuiere d’Aras, au trauers dela montao-ne qu’il coupa de fon efpée, & iaquelle on appelle encore auiour- d’huy r à caufede cet Aaly rDerefi, e’eft á dire,,les deftroit* éyi^Adly^ V u u iij
  • 1 637-, I (pah in de¬ mur par Ta¬ merlan. Set jardins. Si4 VOYAGE DE MOSCOVIE, La ville & ijp ah an a eilc deftruite deux fois par Tamerlan: la premiere, Iors qu’il la prit fur le Roy de Perfe>Sc I’autre, Iors qu’elle fe vouluc fouílraire de Ton obeiflance,pour rentreren celle de ion Prince legitime. I of Barbaro, qui fit 1c voyage de Perfeen 1’an 1471. dit, qu’enuironvingcans auparauant, chot- za, qu’il appelle Giaufa, Roy de Perfe, voulant chattier la re¬ bellion de cette ville, commandaà fes Soldats, de n’en reuemr point ,qu’ilsneluy apportaflent latefted’vn habitant à'lfa- h.tm Sc que Ies foldats qui ne rencontroient pas toufiours des homines, coupoientmefme la tefte aux femmes, la rafoient, & l’apportoientainfi à chotza, Sc que par ce moyen la ville fut tellement depeuplée, qu’il n’yauoit pas dequoy en peuplerla íixiéme partie. Elle commençaàferemettrefous Schach Ifinail II i mais ce fut Schach Ab.ts , qui en transferant le fiegedefon Empire de Cafn'in en cetteville, la remit en I’eftat, ou elle eft auiourd’huy : non feulement en I’embelliiTant de plufieurs grands baftimens, publics Sc particuliers, mais auifi en la peu- ’ ” luoit tirces de cette ville ce , le Bafar, les bains publics, Sc les Hoftels des Seigneurs de la Cour; mais particulierement les beaux jardins, qui y font en ii grand nom- bre, qu’il y a plufieurs maifons qui en one deux ou trois, maisil n’y en a point qui n’en ait pour le moins vn. La defpenie que les Perfes font en leurs jardins, eft celle ouils paroiflent leplus. Ce n’eftpas qu’ils fe foucient beau- coup de les embellir de fleurs, comme l’on fatten Europe3 car ilsmefprifent ce que la nature leur donne par excés, en cou, urant toute la campagne d’vn nombre infiny de tulipes, Sc d’autresbelles fleurs; mais ils fe contentent d’auoir en leurs jardins dumeilleur mufeat, Sc de toutes fortes d’arbres frui- diers, tant en buiflons, qu’en efpaliers, Sc principalementd’y faire des allées d’vne efpece de plane ou de peuplier, que nous ne connoiflons point en Europe , Sc que les Perfes appel- lent 7 T^innar. Ces arbres font de la hauteur du pin , Sc ont la fueille fort large , Sc prefque femblable à celle de la vigne. Son fruict reiTembleau maron, quand il a encore fon brou^ mais iln’a point d’amendej de forte qu’il n'eft pas mangeable. plant d’vn tres-grand nombre de families, qu 11» plufieurs autres Prouinces du Royaume. Ce qui contribue le plus à la grandeur de font les m a Teh id * ou les mofquées, les marches
  • ET DE PERSE; LIV. V. Sx7 Son bois eft fort brun, Sc plein de veines, Sc les Perfes 1’em- i 6 3 7. ploycnt à faire des portes Sc des volers de feneftres, lefquclles eftans frottées d’huile font fans comparaifon plus belles, que n'eft la menuiferie, quel’on fait icy debois denoyer,Sc mefme deracine, que I on cftimetant auiourd’huv. Iln’yarienenleurs jardins quine foit beau , mais il n’y a Ses fòncaine*. rien aulfi quiy paroifle plus que les fontaines. Les baifins en font grands, Sc leurs bords larges, Sc la plufpart de marbre, ou depicrre de taille. Elies font accompagnees de plulieurs ca- naux reucftus de la mefme pierre , qui conduifent les eaux d’vn baífin à l’autre, Se feruent à arrofer le jardin. Les per- fonnes de condition , Sc mefmes les plus riches marchands, y font baftir vne maifon de plaifance, ou vne efpece de gal- lerieoude falle, qui n’eft fermée que d'vne baluftrade, àla- quelleilsadjouftentaux quatrc coins du corps de logis autant depauillons, poury prendreIe frais, felon le vent qui regne. Etils feplaifent fi fort à cela, que bien fouuent ces maiions font plus adjuftées, Scm’ieux meubléesquecelleoit ilsdemeu- rent ordinairement. Il eft vray, que leurs Hoftels Sc leurs Pa¬ lais nelaiflent pas d’eftre fort magnifiques par dedans 5 maisii n’y a rien de fi vilain par dehors 5 parce que la plufpart de leurs maifons ne font bafties que d’argile , ou de brique cuite au Solcil. Leursmaifonsfontprefquetoutesquarre'es, Scellesont la Les maifon*. pluipart quatre eftages, y compns le bas. Ils appellent lacaue, Sc les offices qui font fous terre, sirfemin: Ie bas du logis ch*ne> le premier eftage Kufchk, le fecond TT^auffe, Sc le troifieme ■Ke/Tcr, Sc ils appellent les falles ouuertes Eiy/?an. Leurs fene¬ ftres font ordinairement auffi grandes que leurs portes: Sc dau- tant que les baftimens nefont pas fort exhaul fés, les chaifis font ordinairement de la hauteur de la chambre. Ilsn’ontpas encorel’vfage des vitres, mais l’Hyuer ils couurent leurs chaf- iis, qui font faitscomme des jaloufics, de papier huilé. Ily afi peu de boisen Perfe j au moinsenla plufpart de fes Leurs poefle*. Prouinces, que ne pouuans pas faire grand feu ils fe feruent de poeiles j mais ils font tout autrement faits que ceux d’AI- lemagne. Ils font.au milieu de leurs chambres bafles vn creux daps la terre, de Ia capacite d’vne marmite , qu’ils rempliflent de braife, ou de charbons, Sc y mettent par defius vn iiege ou
  • jiS VOYAGE DE MOSCOVIE, 6yj. vnepetite table bafle, couuerte d’vn grand tapis. Et co'mmfi ils s’afleent toufiours à terre, ilspouflent les pieds fous la ta¬ ble , Sc fe couurent le corps du tapis, iufqu’a la ceinture, fi biett que la chaleur s’y conferue. II y en a mefme, qui s’eftans ac- commodés de la forte, paffent toute la nuid en cét eftat, & ainfi ils font vne chaleur fort naturelle auec tres-peu de feu, Sc ils la croyen t d’autant plus iaine, qu'ellc n’incommode point la tefte, laquellenelailfepasderefpircr cependant vnairfraisSc falubre. Ils appellentcette forte de poiihesTenuer Sc afin que le cerueaune ioit point offenfé paries vapeurs , que le char- bona accouftumé d’enuoyer àla tefte, ils ont certains foufpi- raux Sc conduits fous terre, par lefquels fair les attire. Les per- fonnesdecondition mediocre Sc mefnageres , font auifi leur cuifine à ces Tenurs, Sc s'en feruent au lieu de four, pour y faire cuire du pain Sc des gafteaux. Au refte iln’y a quafi point de maiíõn à Ijpahan, qui n’ait fa cour, que I’on eft oblige de tra- uerfer, pour aller au corps du logis. L’on dit qu autrefois les rues d’ ifpahan eftoient ft larges Sc fi belles, que vingthommes de cHeuaí y pouuoient aller de front. , Mais auiourd’huy, Sc particulieremet depuis que la ville a com¬ mence á fe repeuplcr, du temps de Schnch Abas, Ion a efte obli¬ ge de mefnager les places 5 fur tout aucoeurde la ville, aupres du MaidA», Sc du Bnfar^ en forte que les rues font fi eftroites, quequand Ton y rencontre vn muletier, qu ’ils appcllent Cbar- bende j c eft a dire vn valet a afne, qui conduit bien fouuent vingt mulets chargez, Sc dauantage, l’on eft contraint de fe re- drer dans quelque boutique, Sc de s’y arrefter, iufques à ce que ce train foit paife: Toutes les rues, qui aboutiftent au Maidatiy font fort eftroites mais le Maidan , oule marche, quoy qu’il foit borde de boutiques de tous coftcs, eft fi grand Sc fi large, queie nepenfe pas, qu’il y en ait vnen toute l’Europe, quien approche. II a fept cens pieds de long fur cens cinquante de large. Toutes les maifons du Maidan font d’vne meftnc hauteur, Sc font toutes bafties de briques ayans Ieurs boutiques vou- tees: ou 1 on voit du cofte du Palais du R.oy des orfevres, des marchands Iapidaires, Sc des droguiftes, Sc visa vis des mar- chands, qui vendent toutes fortes d’eftoffes de foye, de Iaine, Sc de cotton, Sc des tauernes, ou I’on fait gargotterie, Sc ou %
  • ET DE PERSE, LIV. V. Ton vend tòutes fortes de viures. Toutes ces maifonsontdeux 163 7,. oftages, 6c font accompagnées de leurs íiwans, oufallesou- uertes. Le marche eít borde de tous coftez d’vne forte d’ar~ bres, quils appellent Scimfcad, qui reíTemblent au boiiis, mais ils font bien plushauts, ôefes branches ne faifans qu’vne ver¬ dure continuelle, on les a coupés en forte, que 1’on voit les boutiques entre les arbres, comme vne tres-belle perfpecti- ue. Maisce n’eftpas vn des moindres omemens de leur Mat- dan, quele ruifleau d’eau viue, qui coule au pied de ces ar¬ bres , dans vn canal de pierre de taille, eleué de la terre de deux pieds, tout à 1’entour du marclié, ôc qui s’aiTemble dans deux grands baifins aux deux coins, pour fe perdre dans des con¬ duits fous terre. Les gens demeftier ne trauaillent point; mais ils ont leurs efclaues6cleursapprentifs,qui font la plus grofle befogneau fogis, pendant que le maiftre vend fa marchandiie dans des boutiques deftinees pour cela au Maidan, dans vne grande gailerie voutée, 6c baftie en arcades, ou bien dans les rues qui y aboutiflent; ou chaque meftier a fon quartier particulier, ou bien vne rueaffe&ée à fa marchandife, 6c ou l’on n'en vend quede cette feuleíòrte. Ce quifait vn li bcl eftet, parce que les ■Perfes font fort propres en tout cc qu'ils font, que ie n’ay ia- maisrienveudefibeau, pour ce qui eft del’ordre. Auboutde cette gailerie font deux grands balcons couuerts, vis à visl’vn del’autre, ouleurmufique, quieftcompoféede timbales,de haut-bois, 6c d’vne autre forte d’inftrumens, qu’ils appellent Kerenei, fe fait entendre tous les foirs, au coucher du Soleil, ou cjuandle Roy en fortant de la ville , ou en y entrant, pafle le cMaidan. L’on entend cette mufique en toutes les villes de Perfe , qui font gouuernéespar vn chan, 6c i’ondit que e’eft ■Tamerlan, qui a introduit cette couftume, que l’on a toufiours obferuée depuis. Le Roy a fon Palais fur \e Maidan; les Perfes l’appellent Le palais «ta let Chanè, ou Der Chané Schach, & I’on voit deuant la porte Ro}r’ plufieurs pieces de canon, de toute forte de calibre, mais la pluípart dey6.6C48. liures deballe, fortgroifierementfaites, íansaíFufts, 6c couchées fur des poutres ,en forte qu’elles font hors d’eftat de feruir.CNicolas Hem, Hollandois, quiafait le voyage de Perfe en Pan 1623. 604. dit,que cette artilleriey a X xx
  • 530 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1^57. eftéapportce d’ortnus, Sc qu’elle defend là lesaucmiesduPa¬ lais: mais comme ie viens de dire, il eft impoíiible quon la puii- fetirer. Le Palais mefmen’a point de fortifications , Sc n’eft: ceint que d’vne haute muraille, fans defenfes. De iour l’on n’y voit que trois ouquatre gardes , Sc la nuid il yen a quinzeàla lagatJs. porte, Sc enuiron trentedeuant Papparteroent du Roy. Ces derniers font tous des perfonnes de condition ,Sc des filsde Chans; dont les vns font en fentinelle, Sc les autres font la pa-- troiiiHe,& iJscouchenttousfurlaterred l air. Cettegardeà fon Kifehih^ou Capitaine particulier, qui porte touslesfoirs au Roy les noras de ceux qui font de garde 5 aim qu’rl fçache ere quid fepeut confer, Sc de quelles perfonnes il eft feruy.. Sur la premiere porte , il y a vn grand baftiment quarre, percé de grandes feneftres de tous coftez ,6c Pon nousdifoir que tout le dedans eftoitenrichy d’vn ouurage de relief, Sc à fuedlages dores. Les autres principaux appartemens de ce grand Palais font, 1 eTal-chane, qui eft vnegrande falleTen Ia~ quelle le Roy regale tous les grands SeigneuPs de la Cour, 6c les fait difner auec luy 5 le iour de Ieur Naurus , qui eft le pre¬ mier de Pan. Le Diuan-Chané, qui eft le lieu ordinaire ou feur¬ gent les appellations, Sc ou le Roy donne ordinairement au¬ dience aux Am balladeurs des Princes eftrangers,ainfi que nous auons dit cy-deiliis ;parce que ce baftiment eftant accompa- gné d’vne grande cour, fur la quelle il a veuê, le Roy y pent iai- re voir aux Amballadeurs vne partie de fes plus beaux che- uaux fes autres magnificencescomme il fit lors de noftre premiereaudiance. Le Haram-chane, qui eft vnefalle, dans la. quelle les Cajfeha^ c’efta dire les concubines du Roy, qui font toujoursenfermées dans des appartemens feparés, íê rendent,, pour danfer deuant luy , Sc pour le diuertir auec leurs. multi- dens, qui font tous chaftrcs. Le Deka y on eft Ie lieu de fa de- meureordinaire, ou il couche, Sc ouil prend fes repas auec fes femmes legitimes. Toutes ces falles font accompagnées de: plufieurs chambres, cabinets, galeries&cautres appartements. neceftaires, pour lelogement& pour le diuertiftement d’vn ft puiilant Prince, Sc d'vn fi grand nombre de Dames,. qui font: routes aucc luy dans vn mefme Palaisj dans lequelil n’y a point: de corps de logis, ny de pauillonqui n’ait fon jardin partv- culier.
  • .ET DE PERSE , LIV. V. 53i f A 1’entrée du Palais du Roy, à quarante pas, ouenuiron de la porte ,à Ia main droite, l’onvoit vne autre porte, qui don- ne dans vn grand jardin, au milieu duquel eft vne chappelle, qui affranchit toute fon enceinte, & qui fait 1’azile , done nous auons parle cy-deflus, que les Perfes appellent Alia capi, c’efta dire, Ia porte deDieu. Tousceux qui peuuent ap- prehenderla prifon, foit pour 1c ciuil ou pour le criminei, y ontvn refuge aífeuré, mefmescontre la colere du Roy , y peuuent demeurer iufques á ce qu’ils ayent accommodé leurs affaires anec les particuliers, ou qu’ils ayent obtenu leurs gra¬ ce du Roy ; pourueu qu’ils ayent dequoy viure. Les meur- triers, &meímes les aííaífinsy fone foufterts, mais les Perfes ont tant d’auerfion pour le larcin, parce qu’ils eftiment que e’eft vn crime lafche infame, commc il 1’eft en eíFet, qu’ils ne permettent point que les voleurs s’y retirent; fi ce n’eft quepour fort peu de iours. Denoftre temps nous y vifmes vn Sultan, Iequel ayant perdu les bonnes graces du Roy, ou par malheur, ou par famauuaifeconduite, &ayant fujetd’appre- henderpouria vie, s’eftoit retire Ià dedans auec toute ía fa- mille, &. viuoit fous des tentes, qu’il auoit fait dreíTer dans le jardin. Derrierele Palais du Roy eft le chafteau, qu’ils appellent Tabcrik Kale. II fert comme de citadelle^ôc ce que íignifiele moc deKale, 8c il eft en eíFet fortifié d vnrempart &de pluíieurs baftionsdeterre,lefquelseftansfortpointuspar enhaut, ont paruauxyeuxdeiV/Wrf* Hem, quei’ay trouué d’ailleurs lcplus veritable de tous ceuxqui onteícritdela ville d’com¬ ine des tours. Le Roy n’y demeure point, mais il y a vn Gou- uerneur, qui y commande vne forte garnifon , pour la garde dutrefor, St desarmes & des munitions de guerre, que Pony conferue:bienquetoutelartillerie neconíiftequ’en quelques pieces de campagne. De 1’autre cofté du Maidan, dans vne rue deftournée, il y a encore vn autre azile, que Yon appeWeTfcbehilSutun , ácaufe des quarante poutres, qui fouftiennent le toici dubaftiment, & qui aboutiflent toutesfur vne mefme colomne,qui eft au mi¬ lieu du Method, ou de la Mepjuée. Encet azile fe retirerent Íduíieurshabitans dl IJp ah an, lors qu QTatnerlan chaftialá rebel- ion decettevillc: Car encore qu’il n’euft point defentimene* X K X i| \ Azile, La Cimeli;.* Atitxe aetfc.
  • 1637- La premitre jMofcjucetlc 1» ville. 53* VOYAGE DE MOSCOVIE, dcpieté ,il ne laiffoitpas deteftnoigner quelque refpeft pour les lieux qu’il eftimoit Saindts} Sc il eipargna en effect ceux qui s’eftoientrefugiezdans Ia Mofquée ■> mais ilfic tailler en pieces, tous les aucres, Sc fit abattre les murarlles qui enfermoient la Cour. C’eft Schach iftnacl, qui l’afait rebaftir, Sc qui en a fair vn azile. Vers la partie Meridionaie du Maid*» eft cette riche Sc fu- perbe Mofquée, que schach Abas a fait commencer r Sc qui eftoit prcfque acheuée quand il mourut: mais Schach-Sefy fai- foit encore trauaillerde noftre temps , en faiiant enduire les muraillesde marbre. Elle eftdediée à Mehedi, qui eit Ie dou- ziéme rman ou Saint, de la pofterité à' Aaly: porir lequel Schach t^ylbas auoitvne deuotion li particuliere, qu’il a pris plaifiràfat- re baftir pluileurs autres Mofquées delamefme façon, quoy que plus petites, à Tauris, Sc ailleurs, à l’honneur du mefme Saint 5 y employant lemarbre, qu’ilfaifoitapporter d'Eruan qui eft auifiblanc que lacraye, Seplusvny qu’vnmiroir.Mais le marbre dont Ton a bafty le grand Metfchia. d'ljpahan, vienc delamontagned’£/\vfW. Les Perfesveulent que 1’on croye, que Mehedi n’cft point mort-, mais qu’il eft cache dans vne grotteaupres dc Sc qu’il eniortiradeuant Ie iourduju- gement,pour monter le cheual d’ ^/^qu'ils appellentZ)#/^/;. lurlequel il doit allerpartout lemonde, pour leconuertir âla Religion de Mahomed. C’eft pourquoy 1’on appelle cette Mof¬ quée MetT^id Mehedi Sahebefeman. Enallant du Maidan à cettç. Mofquée 1’on pafle par vne gran¬ de cour, pauée de pierres detaille, auboutdelaquelleon voit íòusvn arbre vne belle cifterne, ou fe Iaucnt&purifientceux qui vont faire ieurs deuotions dans la Mofquée. Derriere cét arbre eft vn efcalier, par Iequel on monte au quarré , qui eft plus petit que la premiereplatte forme, Sc de la l’on fait enco¬ re vn pas pour entrer dans la Mofquée.. lea» de Laet ditapres Nicolas Hem, que Ton monte â la Mofquée par vn degré de treize marbres, &que ce degré eft taillc dans vne ieule piece de marbre :• mais cela n’eft point. Le portail eft de marbre blanc, Sc pour Ie moins aufli haut que celuy du Mefchaich cho- dabende, à Solthanie. La porte eft toute couuerte de lames d’ar- gent ,qui font dorées en plufieurs endroits. En paflant par la portc 1’on entre dans vne grande co ir,,
  • ET DE PERSE, LIV. V. 535 accompagnée cTvne fort belle gallerie voutée , qui fait Ie tour cie route la cour , 6c au milieu bon voit vne grande cifterne de pierredetaille,quieftbaftieen ocfcagone, &eftpleme d’eau. Au deílus de cettegalcrieeft encore vne autre, plus baile, qui a du coité du Hejatyou de Ia cour, vne baluftrade, dont les pi- liers font de marbre, 6c dores en quelques cndroits. IJ faut tra- uerfer cette cour, pour entrer dans laMofquée mefme, ou: font Ie Meherab 6c le Cathib , c’eft à dire 1’Autel 6c la Chaireà prefcher , à ieur mode. En entrant Ton paífe fous vne voute d’vne hauteur extraordinaire, reueftuê de pierres luifantes, bleues 6c dorées. Le baftiment eft fort vafte, 6c eft accompa- gné de pluiieurs niches 6c chapelles, hors d’ceuure, qui font routes fouftenues par des pilliers de marbre. Mais cequ’ilya de plus remarquable en tout cét Emerat^c’eft que toutesles murailles, tant de la galerie qui eft dans fa cour, que de la Mof- quée mefme, fontreueftués de marbre ,,à la hauteur de quinze ou feizepieds, 6cqu’iln,y a point de piece de marbre, qui eft la plufpart blanc ,6c extremement bien poly, quin’ait cinq on lixpieds enquarré, 6c elles font ft bien enchailees les vnes dans les autres , que les jointureseftans comme impcrceptibles, Eon nefepeutpas empefcher d’admirer l’art de rounder, 6c cl’a- uoiier quel’ouurageeft inimitable. Le CMcherab, ou I'A u tel,eft d’vne feule piece de marbre, 6ca dechaque cofté vn piilier de lamcfme eftoffe, 6cau 1ftd’vne feule piece. Outre ccrteMof. quée, qui eft la premiere de la ville, 6c la plus belle de tout Ie Royaume, ily en a plufteursantresdans Ifpahan, mais elles font fans comparaifon plus petites, 6c en trop grand nombre, pour nous obliger à en faire icy vne defcription plusparticuliere. L’on voitaufliau milieu du Maidanvne grande perche ,de Ia façon de celles quel’on drefle en plufieurs villes de 1’Europe, pour titer au papegay r mais au lieu d’vn oyfeau, ils y mettent vn petit melonvn arpus, ou vne pomme, ou bien vne afftette chargee d’argent;;6c Ton n’y tire qu’à cheual „6c en courant à bride abattue. LeRoymefmeíè plaiftâfe meíler quelquefois auecíesfta- bitans,quandilsfont ces parties, ou y fait entrer les princu paux Seigneurs de la Cour j 6c Ton y parie des fommes fort' conftderables. L’argent qui tombe auec l’afliette appartient aux valstsdepieddu Roy ,6c celuy qui gagne leprixeft obliw Xxx ii| tei exercises des grands d« la Cour,
  • a^3 7* Cabarets à vin. Cabarets à ?hc. le jeu des eA chas. 5Í4 VOYAGE DE MOSCOVIE, gé de fairc vn feftin á coute la compagnie , 8c me fine au Roy, quand il a tire auec les autres. Lon yjouc auífi à vn certain jeu que les Perles appellenc Kuitfcaukan, qui eft vne efpece de jeude mail ou de crofle: mais ils y jouent auíli à cheual, 8c pouflent la boule vers le but, en courant à toute bride. Ils s’exerccnt auffi íbuuentau T^irid, ou au jauelot, delafaçon que nous auons ditcy- defíus. Et dautant que la Perle nourric les meilleurs cheuaux du monde: 8c que les Perles en font fort curieux, ils parient fouuent pour la vitelEe, 8c les fontcounr entre les deux piliers, que Ton voitaux deux bouts du Maidan. Quandle Roy lie fait que regarderle jeu, ilfe fere d’vne petite maifon de bois, qu’ils appellent Scanefcin, qui eft à vn des bouts du Maidan, poféefur quaere roues, pour lafacilitédutranf- port d’vn lieu à l’autre. De l’autre cofté du Maidan, vis á vis de la grande Mofquée, font les tauernes 8c les cabarets, dont nous auons parlé cy-def. fus. Hyena deplufieurs fortes. Dans les scire cbanel'on vend du vin 5 mais ceuxquiontleurhonneur tant foitpeuenrecom- mandation, ne fe trouuentpoint en ces lieux-Ià, qui font infa¬ mes, 8c feruent de retraitteàdes gens, quis’y diuertiflentàla mufique 8c à la danfe de quelques bardaehes* qui apres auoir rcueillé la brutalité de Ieurs fpedateurs par leurs geftes, les at- tirencdansquelque coin de la maifon, ou les entraifnent auec; cux cn des lieux publics, ou I’on foufFre ces abominations, auf¬ fi bien que les pechez ordinaires. Dans les 1'J'ai ebattai chanc Ton prend duTAe, que les Per- fes appellent T%f/,quoy que ler^4;,ouIe cha ne foit propre- mencqu'vneefpeceder/&r, Scparcequ’on le leur ap. portc du chattai: nous aurons occafion d’en parler plus ample- mentcy-apres. Cene font que les honneftes gens qui en pren- nent, 8c qui frequentent ces tauernes h ou il fe diuertilTenc cependant à vn certain jeu, qui a du rapport d noftre trictrac. Mais ils jouent le plus fouuent aux efehets, ou ils excellent, mefines pardeifus les Mofcouites, qui font fans doute les meil¬ leurs joíieurs d’efehets de I’Europe. Les Perfes appellent ce jeu SedrentT^ e’eft a dire , cent foucis 3 parce que ceux qui y jouent, y doiuent appliquer routes leurs penfees; 8c ils 1’ai- ment, parce que le mot ÀzSchach-, quiluy a donné le nom, fait croire qu’il eftde leur inuention. L’on a public depuis quel-
  • ET DE PERSE, LIV. V. 555 qttesannées en Allemagne vn gros volume fur le jeu des ef- 1367» chets, ou Tàuteur, s’amufantau dire d'olaus Magnus, veut fai. reaccroire que lesanciens Gots&Suedois faifoient joiieratix efchets ceuxqui recherchoient leurs filies cnmariagc, afindc deícouurir par ce jeu, qui ne doic rien à la fortune , 1’efprit & lliumeur de leurs pretendus gendres. Mars ce ne font que des contes T auffi bien que celuy que Ton faitd’vn certain Elma- radab Roy de Babylone, Le gouuernement de ce Prince eítoir fityrannique, àcequel’on die , queperfonne n’ofant Iuy re- monfixer le clangerofi. fes cruautés expofoierct fon Eílat Sc fa períònne,vn Seigneur de fon Confeil,. nommé Fhilometery s’aduifadefaire le jeu des efchets j qui au lieu de combattre ouuertement les fentimens du tyran,. Iuy faifoit connoiftrele deuoir d'vn Prince enuers fafaraille Sc enuers fes fujets, cn Iuy faifantentendre les demarches detoutes les pieces , par la re- prefentation de deux Roys,campes l’vn contre 1’autre, auec leursReynes, ôeauec leursOfficiers Sefoldatsr & queceía fit plus d’impreflion dans 1’eíprit du Roy, que toutes les remon- ílranees qu'illuy euftpufaire, Les Cbawa chane font des Iieux, ou Ton prend du tabac, Sc 5aBf ,, . n L/ bac & & Cha.- d vne certame eau noire, qu íls appeilentCV/4Vd: mais nous Vv». traitterons de i’vn Sc de l’autre dans ee mefme Liure , au lieu ounous parleronsde lafaçon de viure desPerfes. Leurs Poe¬ tes, Sc leurs Hiftoriens, ne manquent point de fe trouucr en ces tauernes, pourdiuertir lacompagnie. Ilsfe mettent dans vne chaife fort éleuéc ,au milieu de la falle, d’ou ils^haranguent, Sc content des fornettes à leurs auditeurs, badinans ccpendanc auec vn petit bafiron , auec les mefmes çeftes, Sc de la mefme façon, que fonticy les joiieurs de gobelet. Auprcs de ces tauernes font les boutiques des clururgiens- BarBier? x Sedes barbiers, dont lesmeftiers font fort difterents en Per- ch*«r£,en?v' fe, ainfi qu’ils commencent de 1’efixe depuis quelques an- nées en France. Les premiers, qu’ils appellent TTgrraib ,nefo mcílent que de guerir les bleífures & les playes, Sc les autres „ que l’on nomme DeUak, ne font que le poll, font auíli em- ployez pour Ia circoncifion. Ces barbiers font fort occupcs $ parcequ’iln’y a point d’homme, qui nefcfaíle rafer dés que íepoil commence à paroiílre: mais iln’y.ena point auffiiqu» se porte fon rafoir fur Iuy, depeur de gagner la verole; qu’iL'
  • 1 6 5 7* Le Bafar. ta title d’lfpa han fort mar- ehande. 537 VOYAGE DE MOSCOVIE, apprehendentextremement, parcequ’elle y eftíorncommu¬ ne , Sc tore contagieufe. En forrantdu Maidan du mefmecofté, Sc en tournant à la main droite, Pon trouuele Bafar, ou Ie veritable marche, Sc au milieu du marche la Katferie, ou vne efpece de halle, dans Iaquelle fe vendent les plus riches eftoffes Sc marchandiies, qui fe trouuent dans tout le Royaume. Surlaporte dece grand baftiment Ponvoit vne horloge fonante, qu’rn certain An- glois, nommc Fe/li, auoit fait du temps de Schach Abas, Sc dau- tantqu’alorsil n’y auoit encore que fort peu de Seigneurs qui ciiíTentdesmonftres, les Perfesconfideroient les mouuements de cét ouurage, comme vne chofemiraculeufeSc furnaturelle. Cét horloger Anglois auoit couru Ia mefmefortune de Rodolft Stadler, Sc auoit efté taillé en pieces par les parents d’vn Perfan, qu’il auoit tué, Sc depuis fa mort Phorloge eftoit demeurecen defordre. Ge marche eft compofe de plufieurs rues couuertes, Sc eft tellementremply de boutiques de toutes fortes demarchandi- fes, qu’il n’y a rien de fí rareau monde, qui ne s’y trouue, 8c â vn prix fort raifonnable. Comme en effet il n’y a rien de cher à jfpdhan, que le bois Sc les viures h parce qu’il n’y a point de fo- refts dans le voifinage, ny de prez pour la nourriture du beftail. De toutes les boutiques que i’ay veues à Ifpahan, il n’y en auoit point qui me pluftdauantage, quecelled’vndroguifte, quidemeuroitau Maiden, àla main gauche, enallant au Mtt- ZJdi à caufe de la quantitc des plus rates herbes, femences,ra¬ tines Scmineraux ,dont elle eftoit remplie. Lz radix Tfyna on China,, que les Perfes appellent BichT^ini, Sc la rhubarbe, qu’ils appellcnt Rawcndet^ini, que l’on y apporte de la Chine Sc de la grandeTartarie , n’y valoient que trois Abas, ouvnefcula liure. II n’y a point de nation en toute 1’Afie, ny mefmes en l’Eu- ropeprefque, quin’enuoye fes marchands à lf>ahan, dont les vns vendent en gros, 8c les autres en detail, à 1’aulne Sc à la li¬ ure. Il y a ordinairement plus de douze millelndiensdansla ville j qui ont la plufpart leurs boutiques aupres deccllesides Perfes au Maid n, Sc leurs marchandifes dans les Caruanfcm, oil jlsont leur demeure, 8c oil ils eftabliflent leurs magazins, Leurs eftoffes font fans comparaifon plus belles, Sc leurs mar- chandife*
  • ET DE PERSE, LIV. V. 537 chandifesplus precieufes que celles de Perfe jparce quoutre i(>3 7. le muíc Sc 1’ambre gris,ils y apportent des perles Sc des diamans cn grandequantité.Ie reniarquay que lapluípartde ces Indo- fthans auoientfur le nez vne marque de faffran, delalargeur dVndoigt,maisie n’ayiamais pu apprendrece que pouuoit fi- gnifier ce myftere. Ils font tous Mahometans ou Payens:ils bruílentles corps de leurs parens Sc amis trépaíTez, Sc ilsn’em- ploycnt à cette ceremonie que du bois de Mcfch-Mcjch-, ou d’a- Dricotier. Mais c’efb dont nous parlerons plus amplement en la feconde partie de cette Relation. Outre les Indiens l’on v.oit à ifpaban vn fort grand nombre de T artares de Cbtu- rejfem ,dc chattai Sc de fiuchar, des Turcs,desluifs, des Arme- niens,des Georgiens, des Anglois, des Hollandois, des Fi an- çois,des Italiens, Sc des Efpagnols. Les autres Prouinces du Royaume fourniflent la ville de Les viures f viures.DecelledeKirman l’onyameinependant 1’Hyuerdes fontchci*. moutons gras, Sc 1’Eíté des agneaux, que l’on y vend neuf ou dix abis> parce que la peau feule en vaut cinq ou fix, à caufe delafourrurc,quiy eítprecieufe. La Prouince de luy enuoyc duris, &. celles de Kendtman, de Tafum >à'Eberku &de jefchi, quoy qu’elles foient fyirt éloignées, du bled Sc de 1’orge. Le bois Sc le charbon s’y vendent au poids, le bois prés de deux liards, Sc le charbon vn foi la liure, parde que Ton eíl contraint de le faire apporter de Mcftnderan Sc de IciUtz Ferjan. La monnoye ordinaire de Perfe eitd’argent ou de cuiurc, La monn»/t &l’on y en fait fort peud’or. Les Abasy les G irem abas, ou de- de Petle- my asilas, qinls appellent communément chedabmde , les sScahi ScBiJh font d argent. Les premiers ont efté ainfi nommez de Schach-Abas, qui cn a fait battre le premier , dc la valeur du tiers d’vne Richedale, ou d’vn efeu : de forte qu’ils valent vingt fols monnoye de France , quoy qu’ils ne pefent cn ef¬ fect que le quart d’vn efeu blanc. Schach Chodabendc a donné fonnomaudemy sibas. Les Scahi valent le quart d’vn abas^SC deux biJU Sc demy, font vn Scahi. Scach ifmad fit battre de fon temps vne elpece de monnoye, que Ton appelloit Lari, Sí elle eftoit faite de la façonde gros fil d’archal, platte au mi¬ lieu, pour y receuoir 1’impreffion des caracteres , qui figni- fioient la valeur de la piece. Les'Perfes appellent toutes lor- Yyy
  • 538 VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 3 7. tes de monnoye de cuiure Pul > mais il y a vne efpece particu- lierc, qu’ils appellent Kasbeki, done les quarante valent vn abas. Quand ils ont de grandes fommes à nommer, ils com- ptent par Tumains , qui valent cinquanre abas chaeun. Ce n’efi pas qu’il s’y trouue vne monnoye qui vaille cette fomme, mais ce n’eft que pour la facilite du compte,ainfi qu’en Mofco- uie Ton compce par Roubles , 6c en Flandres par liures de gros.Ils neprennent des efirangers que des Rixdalets,ou des reaulx d’Efpagne, qu’ils conuertiflent auiTx-toft en Abas, 2c y profitent ainfi d’vn quart fur la monnoye.Le Roy de Pcrfe don- ne la monnoye à ferine à des particuliers, qui font ceux qui v profitent le plus, & qui partagentle profit auec les Changeurs, qu’ils appellent Seraf, qui ont auifi leurs bureaux au Maidau y 6c qui font obligcz de porter tout l’argent cítrangerà la mon- leur monnoje noye publique,qu’ils appellent Serab-chane.. Ac. cuiurc. Ils ont celade remarquable pour la monnoye de cuiure, que chaqueville a fa monnoye 6c fa marque particulierejaquelle on change tous les ans,6c qu’ellen’a point de cours finonau lieu ou clle a efte faite.De forte qu’aleur premier iourdel’an, qui commence à l’Equinoxe du Printemps,l’on décrie touté la monnoye de cuiure,& l’on en change la marque 5 qui eft, oir vneerf,vn chevreiiil,vn bouc,vn fatyre,vn poiiTon,vn fer- pent, ou autre chofe femblable. Lors de nofire voyage les Kas- beki eftoient marquez à ifpahan d’vn Lyon, à Scamachied’vn diable, zKafchan d’vn cocq ,6c en Y^ilan d’vn poifion. Le Roy de Perfe tire d’vn cofte vn grand aduantage de cette mon¬ noye de cuiure , parce qu’il n’achete la liure de ce metal qu’vn abas,qui ne vaut que vingt fols, 8c il en fait faire foixante 6c quatreKasbeki,8tde l’autreilempefeheparcemoyenque ion rempliflele Royaume de billon. ou hofteiieries Lc grand trafic qui fe fait à ifpahàn, a oblige le Roy à y faire gubliques. faire vn tres-grandnombrede Carauanferas.Qc font des maga- zins fort vaftes, baftis en quarré, 6c clos detous cofiezd’vne haute muraille,pour la feureté des Marchands forains qui y lo- gent,6c pour celledes marchandifes qu’ils y retirent. Ils ont deux ou trois eftages, 6c ont par dedans beaucoup de comimo- ditez,de cours,de chambres,defalles6i dc corridors. Entre les autres baftimens publics font remarquablesles deux. Conuems des Moines Italicns 6c Eipagnols , qui font
  • ET DE PERSE, LI V. V. 53? dans le quarticr leplus Septentrional de la ville,5c eiloignezdc 16 3 7* mille pas l’vn de l’autre. L’vn ell d’Augullins, dont nous auons parle cy-deffus>mais l’autre eft de Carmes, qui font tous Ica- 1 iens: Sc bien qu’ils ne fuffent que dix en tout, ie puis dire que ceuxde cetOrdre n’ont point de plus beau Conuenten toute l’Europe. Leur Prieur s’appelloit ie P. Timas, ÔCcftoit de ce temps-là fort âgé, bon homme Sc franc, aulfi bien queles au- tres Moines:qui viuent parmv les Infidelles auec beaucoup plus d’ordre qu’ils ne font ailleurs. Nous auons fuiet dc nous loiier deleur ciuilité, particulierementceuxd’cntre nous, qui pouuions ioiiir de leur conuerfation, à caufe de la connoiffan- ce que nous auions de la Langue Latine. Nous ne leur ren- dions point devifite, qu’ils ne nous donnaffent la collation, 5c que nous ne fortiffions de chez eux fort fatisfaits de leur bonce, 5c parfaitement inftruitsde plufieurs chofes ncceflarres, pour la conduite,que nous auionsàtenir pendant noftre fejour en Perfe. Ils firent prcfent,au fieur H ierefome imhof-, Patrice dc Nuremberg, Sc vn des premiersGentilshommes de l’Ambaf* fadc,qui le trouue prefentement en Allemagne , dans yne Cour bien difference dc celle de Schach Seji, a’vn fort beau Lexicon Italien & Perfan, qu’ilpromet de mettre au iour, aueclaveríionLatine,qu’ilyaadiouftée. Ils me firent la faueur enmon particulier,de me donnerretraitedans leur Conuent, contre les violences du fieur Brugman, 5c de fairc tenir mes lettres en Allemagne , auec vne fidelité 5c vne diligence in- crovable. L’on commençoit aufli en ce temps-là àbaftir vn Conuent pour des Capucins François , qui auoient achetté vne place à vn quart de lieue du Conuent des Auguftins. Ils n’eftoient que trois en tout,qui paroifloient ailez bonnes gens,ôcauoientquelque teinture des lettres.Ils auoientdefia acheué de baftir vne petite Chappelle, Sc trauamoient audor- toir,qui eftoit accompagné d’vn tardin potager , &d’vne vi- gne,auec beaucoup d’apparence qu’ils n’en demeureroient pas-1 à. Entre ce dernier Conuent 5c celuy des Carmes, eft l’Efcu- ^o£rcuJlc
  • *6 3 7- Son jardin. Les atbres fiuidiets* 54© VOYAGE DE MOSCOVIE, bcítes envne feulechaffe,employaleurbois àccbaftiment j ca memoirc d’vne fi notable défaite,8c qu’il en fit faire cette tour qu’ils appellent Kelewinar. Les dehors de la ville ne répondent pas mal à la beauté de fes baftimens, 8c à la grandeur de la capitale du Royaume. Lejar- din du Roy,qu’ils appellent Ttylagir, eft fans doute vn des plus beaux de tout lc monde. II a vne bonne demic lieue en quarré, 8c la riuiere scndcrut, qui a à fes deux cqftez de gran¬ des allées,le coupe en croix, fi bien qu’il femble qu’elle en faffe quatre grands jardins. Avne de fesextremitez,vers le MidY>eil vne petite montagne, coupee en plufieurs terraiTes, qui ónt des deux coftez des cafcades perpetuelles i parce que la riuiere que l’on a conduite iufqties fur lehautdela monta¬ gne,y defeend continuellcment par des canaux en desbaffins que Ton a taillez dans le roc. Les canaux auoient enuiron trois piedsde large, 8c eftoient eoupez fur chaque terrafle,en forte que l’eau tombant à plomb, 6c aueevn grand bruit, dans fon baffin, faifoitvn merueillcux effed, tant pour l’oeii, que pour l’oreille. II n’y auoit point de baffin qui n’euftfon jet, 8c fur chaque terrafl'e il y auoit vn baffin de marbre blanc, qui pouffoit l’eau en plufieurs 8c diuerfes figures. Toutes les eaux du jardin fe rendoient dans vn eftang, qui pouffoit de fon mi¬ lieu vn jetde quarance-huieft pieds. Cet eftang auoit aux qua¬ tre coins autant de grands pauillons, dont les appartemens eftoient dorez par dedans 8c fairs à feiiillages, 8c fe communi- quoient par des allécs bordées d’arbres de Tzinnar? qui y eftoient à milliers,8cformoientlelieu dunjonde leplus beau&i le plus delieieux. Les arbres fruitiers y eftoient fans nombre, 8c de toutes les efpeccs, que Schach dbas, qui a commence ce jardin,auoit fait chercher,non feulement par toutes les Prouinces du Royau¬ me, mais auffi enTurquie, 8c dans les Indes. L’on y voyoit toutes fortes depommes, de poires, d’amandes, d’abricots,dc pefches,de grenades, de citrons, d’oranges, de chaftaignes, de noix,de noifettes, de grofeilles, 8c mefmes de plufieurs autres fruits que nous ne connoiffons point en Europe. Nous y vifmes entr’autres vne efpecede raifins, qu’ils appellent Hnl- Ugué, de la groffeur d’vn bon poulce , qui n’auoit point de pepin, mais la peau 8c la chair ferme, Sc d’vn gouft merueib
  • 1 6 5 7* I.es fitixbourgs jliau. ET DE PERSE , LIV. V. J41 lcux. Cejardin eft entretenu par dix maiftres jardiniers,qui ont chacun dix hommesqui trauaillent fous euxj6c i]a celade commode,que lors que les fruits font bons à manger,ii eft per- mis à tout lemonde d’y entrer, Sc de feraflaffier de fruits, en payant quaere YLasbnti,,
  • i 6 3 7* K«braba:h, la Reb'gisu dc Kcbbcr. VOYAGE DE MOSCOVIE, vigne. Mais les Perfes,qui aimentfi fort le vin>qu’il leur eft impoilible de s’enabilenir, croyent qu’ils ne pechentqu’a de¬ my enbeuuant du vin,mefme auec excez, pourueu qu’ils laif- fent lefoin desvignes aux Chreitiens.Les Armeniens s’y prem nent affez bien, pour donner les façons neceffaires àla vigne; mais ils n’entendent rien à faire du viu , ny à le conieruer. Ils n’aiment point levinblanc ,deforte que quand il n’apas aífez cuuéjou quand il n’eil pas affez hauten couleur, ilsluy en donnent auecdu bois de Brefil,ou auec dufaffran. Ils ne le gardent point dans des muids ,ou dans des tonneaux, mais dans des cruches de terrc, ou bien ils leverfent dans la caue mel'me. Il y a encore vnbeau Fauxbourgvers la partie Occidentalc de la rille, nomme YLcbrabtth ,d’vn certain peuple que l’on appelle KeUer, c’eil à dire , Infidelle,du mot Turc Kiaphir> qui íignifieRenegat. Ienefçay fi ie dois dire qu’ils font Fer¬ ies d’origine, puis qu’ils n’ont rien decomruun auec euxiinon la langue. On les diilingue d’auec les autres Perfes par la barbe, qu’ils portent fort grande, 6c par l’habit,qui eft tout a fait different de ccluy des autres. Ils portent fur lacamifolle àne cafaque,ou vne veitc qui leur va iufquesà la my-jambe, 6c n’eil ouuerte qu’au col 6c aux efpaules, ou ils la ferment auec desrubans. Leurs femmes ne fe comment point levifa- ge,commecedes des autres Perfes,6con les voit parla rueêc ailleurs, contre la couilume de celles, qui font profeilion de viure dans l’ordre,mais elles nelaiffentpasde fe conferuervnc haute reputation de chailete. Pay pris de la peine à m’informer quelle eiloit leur Religion, mais ie n’en ay rien pu apprendre; finon qu’ils font Payens, qui n’ont ny Circoncifion ,ny Baptefme, ny Preilres, ny Egli- fes,ny aucuns Liures de deuotion ou de morali'te. Il y a des Autheurs qui difent, qu’ils ont de la veneration pour le feu, comme les anciens Perfes; mais cela n’eil point. Ils croyent neantmoins l’immortalite dc l’ame, 6c quelque chofe d appro- chant dece que les anciens Payens ont eicrit de l’Enfer ,8c des champs Eliféens. Car quand quelqu’vn d’eux meurc.ils lafehent vn coq de lamaifon dudefunft, 6c le chaffentvers la campagne, 6c fi vn renard l’emporte, ils ne doutent point
  • ET DE PERSE , LIV. V. 543' que Ton ame ne foit fauuée ;mais íi cettepremiere premie ne j ^ reuífic point,iis fe feruent d’vne autre, qui à leur aduis eft plus ^ / eertaine 8c indubitable. C’eft qu’ilsparent le corps dudefunét defesplus beaux habits5luymettent plufieurs chaines dor au col,& desbagues,&ce qu’ilauoitdeplusprecieux audoigt,& dans la main, & en cet eftat-Ià on le porte au cimetiere, ou iis le mettent debout contre la muraille, & le fouftiennent en cette pofture auec vne fourche, qui luy prend fous le mentom Et s’il arriueque les corbeaux,ou lesautres oyfeaux luy arra- chent 1’oeil droit, on leconfidere comme vn beat, on nedou- te point du falut defon ame ,1’on enterre le corps auec cere¬ monies, on le fait defcendredanslafofle doucement&auec ordre Mai's ii par malheurles oyfeaux luy creuent l’ceil gau¬ che, ceil vne marque infaillibie de fa damnation ,1’on en a horreur comme d’vn reprouué,& on le iette dans lafoiFe la tefte la premiere.. II y a auprés d’/^/k*» quatorze censfoixante villages, done fes habitans trauaillent quafi tous à des eftoiFes & à des tapis de d,ifpfhan.Upr“* laine,de cotton, defoye&de brocard. La campagneauprés de laville eft fort baife,& il femble Sacampagne.- quelanature ait voulu faire voir en celavn efFet de fa proui- dence , parce que fans cela le pais feroit inhabitable, à caufe des chaleurs exceifiues qui y regnent. Mais l’on tire cette eommodité de cette fituation, que par ce moycn Ion pent fai¬ re deborder lariuierede Senderut, quand les chaleurs dePEfté ont fait fondreles neiges des montagnes voiiines , &inonder toute la campagne. loannesde Verfia dit bien , que la riuiere en fe retirant y laiife vn limon, qui caufe de la corruption dans Pair jmais il fe trompe. Car il eft certain ,qu’a lareferue de quelques Prouinces qui font íituées fur la mer Cajpie, il n’v a point de lieu en toute la Perfe, oil Pair foit plus fain qu’i jJ'paban.. Il eftvrayquelachaleur veiltres-grande ,particulierement aux mois de Iuin SideIuillet, mais ils n’en font pas beaucoup incommodez. Car comme l’Hyuer ils ont leurs Tenurs con¬ tre le froid , auffi ont-ils l’Efte leurs appartemens voutez, &i leurs falles & galleries percées detous coftez, afin que Pair & le vent y puiííènt trouuer paffage, contre les plus grandes chaleurs. Et encore qu’il y gele ii peu, quela nuieft il ne fe
  • ió37 fait de Perfe. 544 VOYAGE DE MOSCOVIE, fait point de glacede l’epaiflcur d’vn doigt, laquelle fond dés que le Soleil paroift fur l’horizon, ils ne laiflent pas d’en faire venirde lepaiifcur dcplusdcdeuxpieds,pours’cn feruir l’E. fté. Pour cer effeft ils choiflflent vn lieu commode, frais & cx- pofé au Nort, paué de' pierre de taillc ou de marbre, mais ille¬ gal, &en penchant, fur lequel ils verfent deleau,&désquel¬ le eft prife, ils y en verfent d’autre, & par ce moyen en vne feule nuicbjil s’y faitde la glace d’vn pied d’epais, laquelle ils couurcnt lc iour contre le Soleil: &continuans ainfi cet exer- cice deux ou trois nui&s defuite, ils ne manquent point de gla¬ ce l’Efte. Ils la caflent,&: la ferrent en des glacieres,qui font à iff ahan cnfi grand nombre ,que pour deux ou trois Kasbeki, l’onadequoy ferafraifehir l’Efte fuffifamment. L’eftendue quenousauons donnée à la Pcrie,depuisle ly degré de l’Equateur ,iufques au 37. vers leNort de lalignc Equinodiale , fait connoiftre qu’elle eft fitueedans la Zone temperée. Le mont Taurus la coupe aubeau milieu, quail com* me l’Apennin l’ltalic, iettantfesbranches çà&làenplufieurs Prouincesjoueiles ont routes des noms particuliers. Les Pro- uinces que cette montagne couuredu cofté duNort font fort chaudes ,mais les autres qui font vers le Midy,ont vn air plus benin & plus tempere. Les Rois dePerfe feferuoientautre¬ fois de cette commodité, pour changer de demeure felon les faifons , demeurans l’Efte à Ecbatane , que i’on appelle auiourd'huy ,Tabris, que la montagne couure verslc Sudvref, contre les grandes chaleurs ,& l’Hyuer à Sufc, dans la Pro- uince que l’on appelle auiourd’huy defon nom, Sufflan>o\i la montagne, nonfeulement metíeshabitansàcouuert dela bize,mais leur renuoye aufli la chaleur, par la reflexion des rayonsdu Soleil du Midy, & rend le lieufi agreable,qu’onluy a doTine lc nomde Sufcy e’eft A dire de lis. Au Printemps, òc enl’Automne, ils demeuroient à Perfe foils ,ou à Baby lone. Les Rois modernes fe feruent encore de la mefme commodité. Schacb Abas demeuroit l’Hyuer à Ferabatb en la Prouince de Mtfanderan ,&Schacb Sefi tantoft à Táír/V, Sctantoftà Ardebif ou à Cafs/in. La ville d'lffahan eft fans doute la plus commode detoutesjtant pour l’Hyuer,que pour l’Efte 5 dautant qu’eftant fituée dans vne grande plaine, dans vne diftance quafl egale de trois licues, de la montagne, il s’y leue quafl touftxirs vn
  • I ET DE PERSE , LI V. V. 545 vn petit vent, qui raiFraifehit Pair , & qui perce toutes les x ^ ~ chambres. Nous n’auons que trop fouuent fenty les incommoditez quoy qu’au contraire, le vent du Midy nous cn- uoyaft quelquesfois des haleinées fi chaudes, qu’elles nous eftouffoient. De ce que nous venons de dire,Pon peut aifement iuger,que Le? miladies toutes les Prouinces de Perfe ne font pas egalement faincs, Sc qu’il v en a jou les maladies font plus ordinairesque dans les autres.Et de fait celles de sebir^att Sc de KtUn font fort fu- jettes aux fievres > mais Pair de la ville de T/turis e(l fi bon , qu’a peine yentend on parler de cette maladie. Au'contrai¬ re , l’on dit que ceux qui cn font affligez , y peuuent trouuer leur remede, mefme fans prendre medecine. Les maladies cpi- dimiques,comme la dyifenterie & la pefte,yfont moins ordi- nairesqu’en Europe La verole,que Pon y nomme Sehemet Kaf- ch'h c’efta dire, le mal de par ce qu’elley cftplus fami- liere qu’ailleurs,ou parce que e’eft là que Pon s’en eft apperceu le premier, tout ainfi que Pon Pappelle icy le mat de Naples, quoy que les Allemans l’appellent le mal de France,parce qu’au lieu de l’aller chercher à Naples,oil les François en furent infe-
  • i637- Ia Perfc eft ( bioiincufc & íeiche. 546 VOYAGE DE MOSCOVIE r.ib , entre Mokan Sc Ardebil-, quicnauoit cent trente,&leperer de Hucwcrdy, que nous emmenafmes auec nous en Holficin, en auoit plusde fix vingts. Leur fobrieté contribuè beaucoupà la bonne conftitution du corps, 8c à la conferuation de laianté» pourles faireviure fi long temps. Pour ce quicífcde fon tcrroir,àla referue du Kilan ,qui cft tres-fertile, il eft fablonneux Se fterile danslaplaine,quafi par toutparfemé depetites pierres rouges, Sc neproduilant que des chardons 8e des ronces,dont ils íe feruent à la cuifinc,ati lieu de bois,aux lieux ou il n’y en a point. II n’y a que la fcule Prouince de K/7<*»,qui ne tient riende cette feicherefle. Mais dans le país boflu,ou les montagnes forment plufieurs valons, la terre eft tres-bonne. Auifi eft-ce en ces endroits-là que font la plufpart de leurs villagesj parce qu’ils font fort adroits à con- duire l’eau,qui fourd des montagnes,par des canauxde la lar- geur de quatre pieds, dont lls fc feruent en leurs iardins,& mef- mes en leurs terres labourables , aux lieux ou il pleut rare- ment. Pour donner àla terre I’humiditc quele Cielluy refufe, ils enferment des bouts de champs ,de quinze ou vingt toifes en quarre,d’vnepetite leuée dVn pied,oil ils font dégorger leurs canauxfurle foir,5ele lendemain matin ilsfont efcou- ler les eaux : de forte que la terre, qui a efté ainfi humeclée, receuant les rayons du Soleil quaíi à plomb, produit toute forte de fruits en tres-grande abondance. Pour labourer la terre ils fe feruent dccharues, qui font fi grandes,aux lieux ou les terres font fortes Sc graifes, comme en jrunn Seen Armenie-, que bien fouuent vingt ou vingtt-quatre buffles ont de la peine à les tirer, Sc il faut fix hommes pour les gouuerner. Les fillonsontvn pied de profondeur, 8c deux de largeur. Ils n’y fement ordinairement que du ris, du bled fro- ment Si dei’orge. Ils n’eftiment point le fegle, Sc quand il fen rencontre quelquefois des grains parmy le froment,ainfi qu’il degenere fouuent en cette efpece,ils ont lefoin de le trier, & deleietter.L’on n’y connoift pointl’auoine.Ils fement auifi du millet,des lentilles,ies pois Sc des febues. Ils appellent les pois ciches Nagud^ Sc les pois communs Kulul. Ils fement auifi des champs entiersde/?iV/'»»J,oudepalmc de Chrift , qu’ils nomment Kunt^at Ils battent la grainepour en fairc fortir l’huile, qu’ils appellent Schirbach ,Si efle eft v
  • ET DE PER.SE , LI V. V. 547 donee & agreable, 2c fort bonne àmanger. Lespaiftms man* 1637. gentauíIUa graine,8cenlameílantauec des poisciches 2c auec des raifins deCorinthe, ils en font leur deífert. Il n’y aquafipoint de Prouínce en Perfe,quineproduife da Lc Cotton, cotton, qu’ils nomment Pambcb, gcl’on y voit des champs en- tiers qui en font tout couuerts,particulierement en PArruenie, en lruan, en Nacbtzuan, en Kcrabatbyauiprés d’ Aras barren Adir- beit%jn\k cnChorafan. Elle vient en buifíòn , de la hauteur de deux ou troispieds,ayant des feiiilles fcmblables à celles devigne, mais beaucoup plus petites ,2c porte aubout defes branches vn bouton ,de la grolleur d’vne noix, qui s’ouure en fa pleine maturité en plufieurs endroits, & pouffe lc cot¬ ton par les femes defon brou. Outre que l’on en employe vne bonne partie en routes fortes d’eftoffes,l’on ne laiffepas d’en faire vn tres-grand commerce. LaProuince de Yiilan donne auffi du lin, dont la filaffe eft fort bonne, & fort propre à faire de la toile. Les animaux domefti’ques»tant de fomme, qu’autres j font Animaurd* des moutons, des chevres, des buffles, des bceufs 8c des va- “Jefttques. ches, des chameaux,des cheuaux , des mulets 8c des afnes. Lefourage ordinaire delcurs cheuaux e’eft l’orge,meilee auec de laballe,oubien duris meílé auec de la paille coupée, ôcles Perfcs n’abbreuucnt point les cheuaux qu’vne heure Sc demie apres le repas,contrc la couftume ordinaire des Turcs, qui les abreuuent incontinent apres qu’ils leur ont donné laceuade. IlyaenPerfe vne certaine forte d’herbe,qu’ils appellent Gen- fcheth^uc l’on feme,comme l’on fait icy lefain-foin,de fepten feptans . Elle pouffe de la hauteur detrois pieds,8cproduit des fleursbleues. On la coupe deuxfoisl’annee, 8c il n’y a que les perfonnes de condition qui endonnentàleurs cheuaux. Il y a fort peu defoin commun, finon dans la Prouinced’/iYf4« Seen Armenie. Ilya mefmedesProuices,oiil’on n’enfafirpoint du tout,parce que l’herbc n’y manque point le long de l’annee. II n’y a rien parmy eux de fi commun que le mouton Ils en Moutons. nourriffent de grands troupeaux, & e’eft leur viande la plus ordinaire, quoy que le.gouft nefoit pas fort agreablc accux qui n’y font point accouftumez. Ils font de la taille de ceux que nous auonsen Europe, 8c quelquefois vn peu plus grands: mais ils ont la plufpart le nez camus 2c retrouffc, 8c les oreil- Zzz ij
  • i 6; 7- 548 VOYAGE DE MOSCOVIE, les pendantes, comme nos barbets. Ils font maigres, parcc que la queue > qui pefe dix,vingt, 5c iufqu’a trente liures ,attire toute la graiife. La queue a fes os 6c fes jointures , comme cedes de nos moutons, maisla graifley eft appliquee en gros grumeaux, comme dc gros floconsde laine:ce quiles empef- chede courir Sede fauter. En Curdefian,auprcs de Diarbcktry &ccn Sir/e,Yon a l’inuention de charger la queue de cesbeftes fur vne efpcce de petit chariot à deux roues, qui tient par vn bafton au col delabefte. Les moutons,que nous auons veu chez lesTartares, fur la mer Cajpie, font tout femblablcsà ceux de Pcrfe,mais ceux desTartares ysbeques&L de Bucharyíont chargez d’vne laine grifaftre 6c longue , frifée au bout en pe- tites boucles blanches 6c ferrees, en forme de perles, ce qui fait'vntres-bel effet: & e’eft pourquoy Ton en eftimebien plus la toifon,que la chairy parce que cette forte de fourure eft la plusprecieufede toutes eellesjdont Ion fefertenPerfe, apres la Zibdinc. On les nourrit auec grand foin, 8c leplus fouuent à l’ombre, êequand on eft oblige de les mener à Pair ,on les couure comme les cheuaux. Ces moutons ont la queue petite, comme les noftres. Les Perfesontauifide grands troupeaux de Chevres,6c ils en mangcntla chair. Du luifils en font des chandelles,5c e’eit de leurpeau que l’on fait lecuir,que nous appellons maroquin deLeuant, & que l’on apporte par la Mofcouie 6c par la Polo- gnedans les autres Prouinces del’Europe. Ils ont quantxte de Bufflcs, particulierement vers la mer C*Jpie, en Ferab,auprés d’Ardcbil, en Eruan Seen Surulyoil tel paifanen a iufques à cinq 011 fix cens. On les nourrit en des lieux humidcs , 6c Pon dit que leur laid eft fort rafraifehiflant, auifi bien que le beurre que Pon en fait. Ils ont aufli des Boeufs comme cdux de PEurope, mais en la Prouince de Kilan ils font chargez tfVne boiTe de graiife au col, comme ceux des Indes. On m’a afteure que les vaches ne fouffrent point qu’on les traye,fi Pon n’yamene le veau :de forte que ft par hazardil meurt,car onn’entue point pour manger,1’onremplit la peau: depaille,Pon y iette vn peu de fel, 6c on le fait lécher à la va- che,quipar ce moyen foufFre que Pon tire fon laid, ■«fioap/urie* ont cn Eorreurlespourceaux j e’eft pourquoy les Arme- fwureeaa*. mens mefmes, qui demeurent parmy eux, n’en nourriifent que Shene*. Bufflcs.
  • ET DE PERSE, LIV. V. '549 feien rarement, fi cen’eftla ou ils font feuls, comme au faux- 1637* bourg de Ttyífd, ou ilsenontquelques-vns. Ils croyent auoir grand fuiet d’auoir del’auerfion pour cet animal, à 1’exemplc t des Iuifs,6c font à ce propôs vn cote ridicule 6c fale > qu ils tir ent de 1’Alcoran,& diícnt: QuVn iour les Apoftres prierent Noftre Seigneur de leur dire, de quelle façon Noéviuoit dans 1’ Arche pendant le deluge. Mais Noftre Seigneur , fans dire mot, ayant pris vnepoignée deboue,enfit vne figure dhomme, la jctta à terre, 6c luy dit, Reflufcite au nom de mon Pere. Auifi- toft l’on vit leuer vn vieillard tout blanc,auquel Noftre Sei¬ gneur demanda,Qtn es-tu ? ilrefpondit ,Ie fuis lafhet,fils de Noé. Noftre Seigneur luy demanda, s’il eftoitauili blanc lors qu’il mourut: à quoy il répondit,que non 5 mais qu’il l’eftoit de- uenu en ce mcfme moment, de crainte qu’il auoit de paroiftrc deuant Dieu,croyant auoir efté reífufcité pour fe trouuer au dernier iugement. Sur cela Iefus-Chrift luy commands de faire lerecit à les Apoftres de tout ce qui s’eftoit fait dans l’Arche» Iaphet obe'it, 6c dit entr’autrcs chofes ,qu’vn iour l’Archefe trouuant tellement chargee de gadouc , au lieu oil eftoit le priué,queNoéapprehendant qu’elleneprift eau,demanda a Dieuconfeil fur cette difficulté» Il luy dit, qu’il prefentaft vn elephant au priué, 6c que dumeflangede la fiente de cet ani¬ mal & de celle de l’homme, il s’eftoit incontinent engendre vn pourceau , qui demefla ft bien toute la fiente auec lemu- feau,que l’Arche fe remit en ion equilibre. Cette vilainebe- fte s’eftant remplyles narines de ces ordures, efternua, 6c par cet effort elle en fit fortir vne iouris, qui remit Noé en de plus grandes peines qu’auparauant 5 de forte que pour fedeliurer de ces inquietudes, il s’addrefta encore à Dieu, 6c luy demanda ce qu’il auoit à faire en cette fafeheufe conion&ure. Que Dieu luy commanda de donner vn coup de baguette fur la teftedu Lyon ,qui s’en eftant mis encolere,fc mit à rugir ft fort,qu’il fit fortir vn chat de fes nafeaux,qui fe mit auifi-toft à pourfui- urela fouris. LeParaphraftePerfande 1’Alcoran,enpourfui- uant fon conte, dit, que Noéfçachant qu’il auoit àdemeurer quaranteans dans l’Arche ,fepara les mafles d’auecles femel- les, depeur que les efpeces fe multiplians , l’Arche ne fut plus capable deles contenir,5cquc la nourriture ne leur manquaft. Il n’v eut que le chien, qui eut la liberte dedemeurer auec la Zzz iij
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 3 7. chiennc au bas de 1’Arche, Vn iour le chatayant vea que ccs beftes fe donnoient la liberte que l’onauoitoftéeà toutes les autres, s’en allaplaindre àNoe,qui leuren fit reproche j mais le chien le nia. Neantmoins 011 luy en fit fouuent le rapport, qu’il pria Dieu de luy en faire connoiftre la verité par vne prem ue inraillible, 8C qu’en íuite de cela le chien ayant voulu couurir la chiennc , v demeura attache j dont le chat ayant donné aduis àNoé, "ils furent trouuez fur le fait, & conuaincus de lcur menfonge. Que c’eft depuis ce temps-là que les chiens de- meurent ainfi attachez, 8c qu’ilshaíflent les chats à mort. Ils ont plufieurs efpeces de chameaux. Ils appellent ceux qui amcaux. ont deux bofles Bughur, Sc ceux qui n’en ont qu’vne Scbuttur. Decesderniers ily en a dequatre fortes: fçauoir ceux qu’ils appellent par excellence iV aufli n ecument-ils point comme les ATw,quand ils font en chaleur,maisquand ils font enruth ils pouflent de deífous la gorge vne velfie rouge, qu’ils retirent aucc l’haleine,dreiTentla tefte,8cronflent fouuent. On les vend foixante cfcus.il s’en faut beaucoup qu’ils foient aufli forts que les autres, c’eft pourquoy quand les Perfes veulent parler d’vn homme vaillant 8c courageux, ils difent que c’eft vn iVtr,5c pour iignifier vn lafche 8c vn poltron,ils I’appellent L ohk. Ils nommentla quatriefme efpece S chut tun baad> 8c les Turcs 7
  • ET DE PERSE, LIV. V. ft, Le Roy 6c les Chans cn ont plufieurs attelagcs, 6c chaquc 1637. attelage eíl de fcpt chameaux, accouplez enfemble. II s sen íer- uenc en leurs magnificences, foit pour enuoyer au deuant des Ambafladeurs, couuerts de couuertures de velours rouge cra- moifi, oudebaíls reueílus de la mefme eílofFe, en broderie dor & d’argent, aucc des fonnettes d’argent au col ,ou bien pour courir?apoíle,6cmefmesàlaguerre: ou ils font d’autant plus vtilcs, que dans vne déroute , ils font fort propres à fauuer le bagage. Ils trottent fi fort, que le garçon qui les conduit, 6c quipour cét cfFed monte le premier, eíl oblige de fe fairc at- tacher au bailou à la felle par le milieu du corps. En courant ils auancent la teíle, 8c ouurent les nafeaux, 8c eourent auec tant de violence, qu’il eíl impoffible de les arreíler. A Doílre entrée à Scamachie 8c à Ardebil nous en vifmes vne bonne quantité, qui fe prefentoient en galoppant, tantoíl deuant,tan- toíl derriere nous. Ceil vne des grandes commoditezque les Voyageurs ren- contrent en Perle , tant pour la monture de leurs perfonnes, que pour la charge du bagage & des marchandiles 5 qu’ils peu- uent parce moyen transporterd’vnlieu àl’autre,à fort bon marché, 6c à pcii de frais. Vn feul homme gouuerne vn attelage entier, 6c íi 1’on ne veutpasallerfeul, 1’onfe iointàdes Cara- »4»
  • 551 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1^37. ayant fagcment pourueu à Ia neceílité, en laquellc on fe trou- ue fouuent faute d’eau, par les deferts & bruyeres de ces pais chaiids & arides. En lcur touchant les genoux de deuant, ils les ployent pour receuoir leur charge, & eftans ainlicouchez 1c ventre àtcrre, ils fe laiflent manier comme Ton veut. Le fon harmonieux de la voix, ou d’vn inftrument les réjoiiit, cell pourquoy les Pcrfes leur mettent des fonnettes aux genoux,& vne cloche au col, non feulement à caufedes grands defiles ou iL'eft neceflaire de fe faire entendre de loin , afin d’auertir ceux qui s’y pourroient engager mal à propos,mais auili pour égayer ces belles en leur marche. Les Arabes fe feruenc pour cet effect de tymbales, quand ils voyagent par les deferts de leurs pal's,parce que les coups de foiiet ne les font point auan* cer, mais la mulique,& particulierement la voix de l’homme les anime,5c leur donne du courage. Ce qui incommode le plus les chameaux c’ell vne forte de limacons, qu’ils nomment mohcrit qui s’attachent quelquefois aux chardons, & leur piqueure aux nafeaux de ces belles ell mortclle. Ils font fort vindicatifs, & conferucnt long-temps la me¬ moir e dumal qu’onleur a fait :en forte qu’en Perfela colere de chameau apalfe en prouerbe,quand ils veulentparler d’vnc inimitié irreconciliable.On en a vn exemple fort memorable, d’vn chameau, lequel ellant enchaleur, & n’ayant point la telle emmufelée , mordit vn valet qui marchoit auprés de luy, au bras. Le vallet lechaília à beaux coups de ballons au col, ou ces belles font les plus fenfiblcs. Mais le chameau s’en vengeabien cruellement au mefme voyage.Car quelque temps apres, fe trouuant la nuiét deílaché, il alia choifir parmy les autres vallets ,qui à caufe du froid s’elloient couchez auprés des chameaux,pour poulfer leurspieds fous leur ventre, celuy qui l’auoit battu,8duy marcha fibien fur le corps qu’il en eut tous les os brifez. Le perc de ce valet en demanda iullice, & on luy adiugcale chameau ,pour en difpofer comme il voudroit. La bile ellant le principe de la colere,il y a dequoy s’ellonner de ce que Pline dit, que les chameaux, les cheuaux 6c les afnes n’ont point defiel.Ien’ay pas pu connoillre nonplus cequele mefme Pline dit apres Xenophon,que les chameaux ont del’a~ uerlion pour les cheuaux- Quand i’en voulois parler aux Pcrfcs ils fe moequoient de moy, £c difoient que ce n’clloit pas fans
  • ET DE PERSE, LIV. V. 555 fujet que Ies chameauxhaiffoient les chevaux 5 parce que bien 1637. fouvent les chevaux peuvent entre r dans les Eícuries, & íè mettent à couvert, làou les chameaux, quin’y peuvent pas entrer, parce que la porte efttrop baíle/ontcontrainsdecou- cher à 1’air, de fouffrir qu’on loge les chevaux dans leurs eftables. Comme en eftetil n’y a quail point de Caravtnc, ou 1’on ne voye des chameaux, des chevaux, & des afnes logés enfemble dans vne mefme efcurie, fans qu’ils témoignent dc 1’averíion ou de Tanimofité les vns pour les autres. II eft vray que les femclles portent douzemois, mais ceux- là fe trompent, qui croyent que le maíle en la couvrant luy tourne le derriere. Cette erreur procede de ce que les cha¬ meaux en piílànt, paflentla verge entre les jambes de derriere, maisen engendrantilsen vfent autrement. La femelle fe cou- che fur le ventre, & le maíle la couvredelamefmcfaçonque font les chevaux. Et encore que cét animai foit extremement grand, fi eft-ce que fon piembre , qui a pour le moins trois pieds de long, n’eft pas plus gros que le petit doigt. On en mange rarement, parce que cét animal eft trop neceflaire pour le travail mais quand ils fuccombent fous le faix de leur char¬ ge, ouquandmeímevn Moberéles pique, on les tue de deux coups de cou fteau dans la gorge, Pvn à Tendroit ou elle tient à Iatefte, &l’autre verslapoitrine, &alors on les mange. II y a beaucoupde chevaux en Perfe, & la pluipart font fort Ch^aux. bienfaits. Usonttous la tefte,le col,les oreilles, la croupe&les jabes belles. La Mede nourniToitautrefois deft beaux chevaux, quel’onles gardoittous pour le Roy. Ceuxdeces quartiers-là font encore aujourd’huy fort bons, & Ton en trouve d’vne tres- excellente race dans la Province d'E>fchecli, aupres à' Arddnl; mais il eft certain que les chevaux Arabesíontíãns comparai- fon plus beaux j & à caufe de cela ils font aulli plus eftim és par le Roy, qui cn fait le principal ornement de fon Efcurie. Apres ceux-lal’onaime le plus les chevaux de Turquie, bien que le Royaitauifidefort bons haras en plufieurs Provinces de fon Royaume,particulierementen Erfcheck^ciruanJCarnbagScMo^ Ç4»,ou font les meilleures prairies. Ilss’en fervent leplus fouvet alamonture, mais fort rarement pour la fomme,& quail jamais au charoy, qui n’eft par toute la Perfo qua deux roues. Et dau- tant que les principals forces du Royaume conilfteat en ca- AAaa
  • 554 VOYAGE DE MOSCOVIE. lt>37. vallerie , ils aiment fore les chevaux, Sc en ont grand fom> Avcctout cela ils ne fe ferventpointdepaillepour la littiere maisdelafienteducheval, qu’ils font feicher au Soleil, Seen font des couches fous les chevaux, de la hauteur d’vn pied, niais tellementdouces Sc molles,qu’ils ne feroict pas plus à leur aiíè fur vn matelas. Cette littiere leur fert long, temps, car quandelleeftdétrempée dupillat, ils la remettent au Soleil, iafontrefeicher , Sc continuentdes’en fervir. Ils les couvrent outre cela d’vne couverture de crin , double d’vn feutre mol &: fort peu foulé. Ils les attachent auffi par les pieds de der- riere à vn pieux, afin que II par hazard ils íè défont de leur licol i Is ne puiilent pas s’enfuir, ou eitropier les autres chevaux. Tout le manege qu’ils donnent à leurs chevaux , ne coniifte qu’a les accouftumer à partir dela main, comme vn efclair, Sc ilsappellent ces chevaux qui excellent en viteiTe, Bad-pay,e’eit àdire, pieds de vent. Aux chevaux blancs Sc gris il peignent le crin Sc la queue, Sc quelquesfois auffi lesjambes, de rouge oud’orenge 5 en quoy les Polonois Sc Tartares ontaccouftu- mé de les imiter. Ils ne font point de depenfe qui paroilTe plus, qu’en l’argentqu’ils employentauxharnoisdes chevaux, qu’ils couvrent fouvent de lames d’or Sc d’argent , Sc char- gent les reihes, les felles Sc les couvertures d’orfevrie Sc de broderie. Et cettemode ne leur eft point iinouvelle, que Ton ne la voye dans les plus anciens autheurs de I’Hiiloire Grec- que. Mulcts. Us ont aulli grand nombre de mulets, dont ils fe fervent ordinairement pour la monture. Le Roy mefme Sc les Chans les montent ordinairement, Sc nous-nous en fommes fort bien trouvés, lors que toute autre monture nous euil: extremement incommode , pendant nos maladies. On les vend auffi cher que les chevaux, en forte qu’vn mulet, quoy que fort medio- crement beau, fe vend pour le moins cent efeus. On m’a af- feurdqu’ils’en trouve auffi de blancs, maisils font, fortrares Sc fort precieux, Sc j’avoue que jc n’enay point veu. Aires. Les afnes font fort communs par tout 1’Orient , mais en Perfe plus que par tout ailleurs, Scparticulierementá /fpahan, ou l’onnevoit autre chofe5 parce qu’il n’yapoint de charoy dans les villes. Ceux qui les menent ont au bout de leur foiict vn gros poinçon, attache àvnechaiíne, dont ils font dubruit,
  • ET DE PERSE, LIV. V. w Sc en piquent inceíTamment cét animal, qui femble eílre plus 1637. froid & plus pefant çn ce país-là, qu’ailleurs. Les chaleurs font íi grandes en Perfe,6c le temps y eíl íi con- Les fruits, ftamment beau 8c ferain l’Efte, qu’il ne fe faut point eftonner de ce que les fruits y font fi bons 6cfi excellens. Pour cequi effc de ceux que la cuiíine employe, ils y font pour le moins en auíli grande abondance, mais fans comparaifon meilleurs & plus íavoureux qu’cn Europe. Entr!autres les oignons font íi gros dans la Province deTarum,âupresde cbalcal, qu’vne íèule tcfte pefe trois livres. Les ckoux cabus y font frifez, tendres 8c d’vn tres-bon gouft. Leurs plus precieux fruits font les melonsrauífi les cultivent- Melons; ils avec grand foin,ôcen eílevent tous les ans vne tres-grande quantité. Ils les fement tous enpleine terre , 6c avec tout cela il n’y en a point qui ne foient tres-excellens. Il y en a de deux íòrtes-, fçavoirde ceux qu’ils appellent Kermek, du mot Kerm, qui íignifie chaud,parce qu’on les mange PEfté,& ils font ha- ílifs 8c en leur pleine maturitédéslemoisdeluin. Ceux-cy font jaunes comme cire, 8c les plus doux de tous. On appelle lesautres charbufeiptfi, 8c ils nemeuriflentquen Automne. Ils font fort gros, 8c pefent jufques à trente, quarante 8c cin- quante livres. On les garde,non feulement tout I’Hiver, mais auífi jufques à ce qu’il y en ait de nouveaux3 ôcavec tant d’in- duílrie, que pour les diítinguerd’avec les nouveauxilfauty porter le doigt, 8cvoir íi 1’eícorce luy cede 3 6c par ce moyen ils ne font jamais fans melons. Ilsconferventauífiles raiíins, qu’ils enveloppent de rofeaux verts, 6c les pendent ainfi au plancher. Il y a encore vne troiíiefme forte de melons, qu’ils appellent Scammame, qui ne font pas plus gros que les oran¬ ges , mais ils íònt ouvragez ou brodez, 8c couverts entre la brodure de taches rouges,jaunes 6c vertes. Ils ne font pas fort bons à manger , mais 1’odeur en eíl tres-agreable, 6c e’eft pourquoy les Perfes les portent à la main. Ilya encore vne autre force demelons d’eau, qu’ils appellent Hindu tne, par- ce que les.premiers ont efté apportés deslndesrainíi que nous avons dit cy-deíTus, en la deícription de la ville d\A/?rach>in, ou nous avons auífi parle de ce fruict.il eft fort gros,6c neant- moms fesjets font íi petits, que les Poetes Perfes s’en fervent en leurs inventions,pour en faire comparaifon avec le noyerj AAaa ij
  • jjS VOYAGE DE MOSCOVIE, í C 3 7. lequel eftant gros & puiflant produit neantmoins vn fruid fort mediocre: pour faire connoiftre, que bien fouvent vn liomme de bafle naiíTance fait de fort belles actions , 8c qu’vn ' grand Prince au contraire fait des chofes baíTes, 8c indignes de fa naiíTance. 0 «ittottilics, lis ont auffi pluíieurs fortes de citroiiilles, 8c entrautres vne, qu ils appellent Kabach, 8c que Ton trouve chez lesher- boriftes fous le nom de Cucurbit d Ugetiaria. Elle font de la. groíTeur de la tefte d’vn hommc, 8c quelquefois plus grofles, & ont le col fort long. On les mange vers, 8c avant qu'eUes íoient en leur pleine maturité:car quandelles font mcures, l’efcorcefefeche, &devientauflidure que Tefcorce d’arbre* ou du cuir boiiilly, 8c toute la chair fe confume tellement’ que n’y reftant que la grainejes Perfes les employentaulieu deflacons, ôcenfontdesvaíès áboire. iaJmtzan. Ils ont encore vne autre forte de frui&,que Ton ne connoift point en Europe, qu’ils appellentP^m^». IlreíTembleàde petits melons, ou plutoft à des concombres. Le fruit eft vert, iinon qu’-au bout vers la queue il tirre vn peu fur le violet. La graine en eft ronde 8c longue, 8c aflez grofle. L"on ne le man¬ ge point cru, parce qu'il eft amen,mais eftant bouilly, oufrit dans le beurre, il eft fort delicat. * la »gne, Le chmat de Perfe eft admirable pour la vigne.il n*y a point de Province dans le Royaume qui ne produife de tres-excel- lents raifmstmais dautant que la loy deMahumed leur defend Tvfage du vin,ils n oferoientcultiver la vigne,pour en tirer le Pourquoy let vin. Ils difent, que la defenfe que lAlcoran leur fait de boire íto,™ntnS du mn> eftfondéefur vne raifon, qu’ils trouvent fort bonne, point de vin, nous iemble aflez plaiiante pour meriter vne petite digreflion en cette Relation. Ils difent done, que Dieuvou- lant foulager le genre humain, & particulierementlespau- vres , des outrages , que les grands Seigneurs 8c les riches font â ceux qui ont quelque dependance d’eux , envoya au monde deux Anges, nommés Haroth 8c M
  • ET DE PERSE, LIV. V. 557- difner,8clesconviadeboiredefon vin, quieftoitdumeilleur 16^7. du pais. Les Anges s’enexcuferentd’abord,furlesdefenfes que Dieu leur avoitfaites : mais ils fe laiílerent enfin íi bien perfuader, qu’ils en prirent tant, qu’ils demanderent la cour- toifie à leur hofteífe. La femme s’y accommoda, mais ftipula auparavant, que l’vn d’eux luy monftreroit le chemin par 1c- quel on defcend du Ciei, 6c l’autre celuy par lequel 011 y mon¬ te : mais les Anges n’curent pas íi-toft indique le chemin, que la femmenefedérobaft d’eux ,6cn’allaft droit au Ciei. Dieu la voyant en cét équippage,luy demanda comment elle eftoit montée au Ciei fans mourir. Ellerefpondit, que c’eftoit par 1’advis des Anges, 6c pour la confervation de fon honneur. Ce qui obiigea Dieu dcouronnerfapudicited’vnegloire ex¬ traordinaire^ dautant qu’elle eftoit vne des plus belles fem¬ mes du monde, ilvoulutqu’elleeuft auífiplus d’eclat que les autres eftoiles, 6c en fit 1’Aftre que l’on appelle Venus. Et ayant fait venir les Anges devant luy, il leur dít,qu’en coníi- deration du bien qu’ils avoient fait, il leur permettoit de fe condamner eux-meímes à vne peine qu’ils jugeroient propor- tionnée à leur peché: furquoy ils fe retirerent dans la caver - ne de Bcbil, entre Bcibilont&c Beteh ^ ou ils furentpendus par les pieds, à vne groíTe chaifne de fer, 6c oú ils demeureront en cét eftatjufqu’au jour dulugement. Les Perfes, pour obcir aucommandement de Mahomet,ne font point de vin $ mais dautant qu’ils 1’aiment paflionément,, ils ne permettent pas feulement que les Chreftiens en fafTent,, mais auífi ils ne fouffrent principalement les Armeniens par- my eux, que parce qu’ils en peuvent achetter d’eux. Ils ne le font pas fi bien qu’en Europe, 6c n’ont pas l’induftriede le mettre dans les tonncaux, mais le gardent dans des cruches de terre de la capacite d’vn demy muid5ainfi que nous venons de dire. Le Seder, c’eft à dire le chef dela Religion des Per¬ fes, pour tefmoigner fon zele, faifoit quelquefois caller les cruches des Armeniens. Il eft permis aux Perfes de faire du firop de vin doux,qu’ils font boiiillir jufques à ce qu’il foit re- duit à la fixiéme partie, 6c qu’il s’epaifiilecommedel’huile.. Ils appellent cette drogue Dufchab, 6cquandilsen veulent Difchabi. prendre ils la delayent avec de l’eau^cy adjouftent vn filet de vmaigre, qui compofe vn breuvage fort agreable. Le Minat- AAaa iij
  • *637- Duf.'i.ab. 558 VOYAGE DE MOSCO VIE, T^m, ou Aftrologuede5crfw,qu’ilsle redui- fent en pafte, pour la commodité des voyageurs, qui la cou- pcnt au coufteau , 6c la detrempent dans de 1 eau. A Tal»is Ton en fait vnc certaine confiture, qu’ils appellent meílans dcs amãdes broyees, de la fleur de farine de froment, Sedes noifettes pelées.Ils mettent cette pafte dans vn íàc long Sc erro it, 6c Payantmiíè fous la p refle,ils en font vne pafte qui s’endurcit teliement, qu’il faut employer la hache pour la couper. Ils en fontaufli vne autre efpecede confiture,en for¬ me deboudin, qu’ils appellent Z#r/«c/>, êcpafíent au milieu vne. petite fiflelle de cotton, pour tenir la pafte. Ilya des Chimiftes,qui fouftiennent, que par cette mefme r-aiíbn,pour éviterlesfraisque l’o fait pour le traiport du vin, l’on pourroit reduire cinq muids à vn:en faifant botiillir levin doux jufqu’a lacinquiémepartie.Parce qu’il n’y a point d’ap- parence, diíent-ils, que levjn perde fes efprits avant qu il ait cuve,6c qu’aprescelaen v adjouftantautantde bonne eau de fontaine, que 1’on a fait evaporer d’humeur fuperflue, l’on le pourroit remcttre à la mefme quantite, 6c luy rendre la mef¬ me bonté qu’il avoir auparavant. Mais j’eftime, que fi cela eftoit faifable, 1’oneíi auroit defia fait l’experience, particu- Iierement en France, au lieu de convertir le vin en eau de vie. II y a de toutesfortes deraifinsen Perfe ,mais les meilleurs 6c les plus doux font à S chi nu Sc à T abris 5 c’eft pourquoy 1 on donne aux plus delicats lenom deTaberfch. Ceraifineft long, 6c n’a point de pepin,6c on le garde tout l’Hy ver. Ceux qu’ils appellent Kefek , font jaunaftres 6c doux, 6c viennent en Ta- rum^Tabrts Sc à Ordrbath: mais pour éviter la difenterie,il en faut manger fort fobrement. . Les petits raifins, que nous appcllonsraifinsde Corinthe, y font jaunaftres 6c plus gros que ceux qui viennent del’Ifie de Zanthe. Ils les appellent Kifchmtfch, 6c les meilleurs vien¬ nent de flaw.mat, aupres de Herat. Outre ceux-cy il a encore plufieurs atitres efpeces de raifins, que l’onne cognoift point
  • ET DE PERSE, LIV. V. 559 en Europe 3 entr’autres ceux qu’ils appellent HalUgué^ dont le 1637. grain a plus d’vn poulce 6c demy de groileur, mais la chair en ell dure, fans lire 5c fans pepin, 6c on les garde tout le long de l’annee, Seles Hr, km lider ef^domh grappeaplus d’vn pied, & les grains font de la groileur d’vne prune de damas, d’vn rouge brun, pleinsdejus 8c fort doux , mais ilsne font point de durée. 11 n’en vient que dans la Province d’Iran, entre o rdabath 6c Choddoferin. Ils tirent leur nom de leur grand Prophete j4ly, lequelfetrouvantvnjourd’hyver en ce lieu-là , voulut qu’vn Vigncron, qu’il rencontra, luy donnaft des rai(ins3 6c fur ce que le Vigneron luy dit, qu’il luy eiloit impoifible de luy fenfourniren cette faifon, ^ly luy dit, qu’il allalldans la pre¬ miere vigne,'6equ’ilentrouveroit: commedefait, ily trouva les plus beaux raiiins qu’il eufl jamais veus, 6c que l’on a nom- més à caufe de cela, Enkjinsllj derefi, c’eilà dire, raiiins du pe¬ tit valon d’Aly. Iln’y apointd’arbrefryittier en Europe, que Tonne trouve Arbrcsfi®. enPerfe : mais outre cela, ils en ontque nous ne connoiiTons dicts- point 3 comme des poires qu’ils appellent Mellette , qui vien- nent auprésdelaville d’Ordebath, de la groileur 8c de la cou- leurdu citron. L’odeuren eft fortfiiave 6c douce, 6c elles ont beaucoup dejus, mais elles ne font pas fort agreablesau gouft. Les grenadiers, les amandiers 8c lesfiguiers y viennent fans aucuneculture, particulierementen la Province deKilan, ou l’onen voit des foreils entieres. Les grenades fauvages, que Ton voit quafi par tout,8c principalement àKarabag,font aigres. L’on en tire la graine qu’ils appellent Nardan , dont on fait vn flifez grand commerce, 6c les Perfes s’en fervent enleursfaul- fes , a qui elle donne de la couleur 8c vn gouft acide, apres qu’onlafait deftremper dans de l’eau, 8c pafler par vn linge. Quelquesfois ils font boiiillir le jus de ces grenades, 6c le gar- dent pour donner de la couleur au ris, qu’ils fervent en leurs feftins, 6c luy donne vn gouft qui n’eft point defagreable. Les Perfes fe fervent defaulfes aigres quafi a routes les viandes, 8c e’eftpourquoy Ton n’y trouve quafi perfonnequifoitaffligée du feurbut, qui eftvnemaladie trop connue, 6c mortelle en plufieurs Provinces del’Europe. Ieneparleray point des autres fruits, que nous avonsauffi en Europe, commedçleursNarint^, ouorenges, Limec , citrons,,
  • 5ío VOYAGE DE MOSCOVIE, 163J. Mcfchmefchi, abricots, Scafraht , pefches, Scc. íeulement dí- ray-jequ’ilsne font paségalement bons par tout. Les meilleu- res grenades viennenten lejcht 6c à Casiiin mais les plus groí- íès en Karxdafr eft renommé pour fes bons melons, Casiiin pour fes pefches, Tabris pour fes abricots, 6c les Provim ces de KiUn 6c de Lahet^an pour les foyes. foyf. Lesarbres, dont les Perles tirent cette riche marchandifc, doivent fans doute eftre mis au nombre des fruitiers : non íeulement parce qu’eneffetilsportentdufruit, mais auíli par¬ ce que les Perles rempliíTent par tout leurs jardins de ces plants. Ce font des meuriers blancs 6c noirs, quilsplantent fi ferres, qu’â peine vn hommepeut-il paíTer entre les arbresj mais ils les nouriíTenten forme de builfons, Scne permettent pas quils croiíTent plus haut de cinq pieds 6c demy,afinque fon puiíle atteindre à toutes les branches. Dés qu’au Prin- tempscesarbres commencent à pouílèr leursfeiiilies, IesPer- fes commencent à faire efclore leurs vers à foye. Pour cét effet ils portent la graine dans vn petit fac fous 1’aiíTelle, ou la chaleur de íept ou huid jours les fait efclore. Apres cela on les met dans vne efcuelle de bois, fur des faeilles de meu- rier, que Ion rafraifchit pour le moins vne fois le jour* pre- nant íòigneulèment garde qu’ellesne íòient point humides. Au bout de cinq jours ils en dorment trois, 6c alors on les met dans des chambres,ou en des granges bié nettes,& preparées exprés pour cela,6c en la Province de Kilan, ilsont pour cela des bafti- mens pardculiers,faits à peu prés come nos tuilleries. L on cou- chefur lespoutres de ces baftimens des lattes, ou des perches fendues come celles dont on fait icy les cerceaux, furleíquelles ils couchentdes branches de meurier avec les fueilles, 6cy met- tentles vers, rafraiíchiílànt tousles jours ces branches, & fur la fin quand ils fontbien groSjdeuxoutroisfoislejouTj&l’onbou- chefxbientoutes les ouvertures des granges, que l’on couvre de filets, que les oyfeaux n’y puiffent pas entrer pour les man- gcr. Cependant, 6c avant qu’ils commencentàfiler, ils'dor¬ ment encore huit jours j mais ilfaut prendre garde queles fem¬ mes incommodéesdeleurmaladie ordinaire, n’en approchent point} parce que cela les feroit mourir, 6c comme eilouffer dans leur eau. Apres iept fepmaines de vie ils commencent a filer : ce que l’on connoifttant par leur dégouft j parce qu’ils cefTent
  • ET DE PERSE, LIV. V. j6x cefTent: de manger, que par la foye qui Ieur fort de Ia bouche. T, t - On les Iaiíle travailler douzejoursàIeurcoque,6ccependant 1 on garde bien foigneufement le lieu ou ilsfilenr. Ce temps, la eleant exfpiré, Pony trouve autant de coques qu’ilyaeudc vers, 6c Pon choifit les plus groíles pour la graine. L’onjette les autres dans vn chauderon d’eau boiiillante , ou de temps en temps Pon trempevn balay faitexprés pour cela, oàlafove s’attache, 6c en meime temps on la devide, &Ponjettecequi refte. L’on met ceux que Pon gardepourla graine fur vne ta- ble, ou Pon voit eíclorre au bout dé quinze jours, des papil- Ions, qui font la prainc, que 1 on garde dans vn lieu tempere, juíquesàPannée luivante.Lafoyefàitle premier commercedè toute Ia Perle, 6c prefque de tout POrient, corame il eften efFet le plus propre, 6c le plus noble de tous ceux qui fe font en Europe. On peut auin compter parmy les fruits de cepai's-Ià la Nefte, i3 ^ef[e, qui fort de plufieurs lourc'es, aupres de Bãu, Ôdefel, que Pon tire des minieres de Uachtsiian:mais il ell bien plus beau, 6c clair Lc fcl* comme Ie chriftal en Kttlb, V-umi, Kemre, Hemedttn, Bifcthnn, Suldus 6c Ktlifim. II n’y a point d’autres mines ou Pon travail- le. II y a bien quelques Forges à MafuU 6c à Kentfe , mais le meilleur feríetireà MafuU , ou il eft ft doux 3c fi maniable,qu’il cede au marteau, mefme eftant froid. II y a des mines dor 6c d argent entre Serab 6c Miane , mais Pon n’y peut point tra¬ vailler faute de bois , qui y eft ft rare , quele profit quel’on pretendroit en tirer , ne payeroit point la defpenfe. Entrc Pirmuras 6c Scamachie, nous vifmes vne montagne de Zapis Jpecularis, qui paroiftoit au Soleil comme vnmonceaudedia- mants. Les Perfes font de ftature mediocre. Xenophon dit , qu’ils u taiiie d« eftoient la plufpart gros 6c gras, òíAZarcellin au con trai re dit, Perks, que de fon temps ils eftoient maigres 6c fees. lisle font encore aujourd’huy, mais ils font forts 6c membrus, 6c ontlevifage olivaftre, le poil noir, 6c le nez aquilip. Les homines le font raler la tefte tous les huict jours , contre la couftume des anciens Perfes , qui Iaifloient croiftre les cheveux , com¬ me font encore aujourd’huy les Seid, e’eft à dire les parents de Mahomedj qui en vloit ainfi, á ce que Pon dit. lisle font aulft raler le menton , mais ils IaiíTent croiftre les mou- BBbb
  • •5Sz VOYAGE DE MOSCOVIE, , {taches II n’y a que certains Religieux , qu’ils appellenc 1 3 7‘. Thyr qui laiflènt croiftre la barbe au menton ÔC aux joues Ces cens font en grande veneration parmy eux , a caule de leur Sainteté apparente, qui confifte principalement en ab¬ sence II y en a auffi, qui ne fe font jamais couper les mou- ftaches qui leur couvrent la bouche, 8e ce en memoire de leur Prophete Hdy, qui les portoit ainfi. Onappellecesdermers c„ ffi & l’on dit que Hdy les portoit ainfi pour la ration íuivan- re C’eft que lors que Mahomet fit le voyage du Paradis, dont parle Y Alcoran, 17. Hdy le fuivit D’abord l’on fit.diih- culté à la porte de le 1'aiíTer entrer , jufques a ce qu il dit au portier qu’ileftoit Schir chodda,, c’eft à dire le Lyon de Dieu. Eftant entre il vit que les Anges faifoient boue Mohomed d’vn excellent vin, & il fut fi heureux , qu il en euft auffi vn nobelet qu’il vuida; mais quelques goutes deçedivin breu- vage eftans demeurées à la mouftache , il ne vouloit jamais permettre depuis qu’on la luy coupaft. „ . lhnW/ Les Perfes aiment les cheveux noirs, 6ic ils fouffrent les pomt les rouf- blonds quoy qu’avec peine j mais ils ont vne puiEante aver- *»»• fion pour les roux. Ils eftiment fi fort les cheveux noirs, que quand ils pechent tant foit peu en couleur , ds les peiepent. Ils fe fervent pourcét effet de 1’herbe 8c de la grame de Wefme, que l’on apporte de Zagdat, ScreiTembledcellequelesherbo. xiftes a p pel lent Secmdaca, laquelle ils broyent fort menu avec de 1’efcorce de granadc, 8c y meílent du favon&del aríemc, ils font bouillir cette compofition dans de 1’eau de fontaine, 8c en frottent les cheveux, qu’ilsl'aventapresd’vnelexiveforte, faite avec de la chaux vive. Ils fe fervent auffi de leau qui coule de la viene au Printemps: les hommes s’en frottent les mouftachesles filies les cheveux , qui leur battent fur le dos, noiiés en plufieurs treífes 5 perfuadés qu ils font les vns 8c les autres, que cela les fait croiftre. lis pcignent !cs Us ont auffi la couftume de fe peindre les mains, & fur tout mains & les jes ongles d’vne couleur rouge, tirantfur lejaune oul orange, cn&!cs* & à peu prés de la couleur que l’on voit aux ongles de nos ta- neurs. Il y en a mefme qui en peignentles pieds C’eft vn or- nement fi neceíTaire à leurs mariées, que 1 on feferttde cette teinture 8c l’on en diftribué aux conviés au feftin du manage. Us en peignent auffi les corps de celles qui meurent filles j a fen
  • ET DE PERSE, L I V. V. 563 qu’en comparoiíTant dcvanc les Angcs examinateurs, on les 1637,, trouve plus ajuftées 8cplus propres. Ils font cette couleur d’vne herbe qu’ils appellent Chinnetquia fes fueilles íèmblables à celles de regliíle, ou plutoft à celles de mirthe. Elle croift en la Province d’ trak^ & on la feche 8c broye menu comme farine , 6c l’on y adjouftevnpeu de jus de grenade aigre , de citron, ou bien d’eau commune, 6c ils en peignentainfi les mains. Et íi l’on veut que la couleur foit bien brune, 1’on les frotte apres cela de fueilles de noyer. Cette couleur fe conferve plus de quinze jours, encore que Ton lave les mains plufieurs fois le jour. Leurs habits n’ont point de proportion avecleursmembres. Leurshabits. Leurs cafaques 6c veftes font larges 8c lafches, 6c femblables auxhabitsdesfemmes. LeurdemarchetientdelamolleiTe. Ils marchent quail tous en cannettant, 6cavecfort peu de gravi¬ te. Ie m’imagine qu’ils contradent cette mauvaife habitude de leur façon des’aileoir,comme nos tailleurs5par ce qu’y eftans accouftumez de leur preiftierejeuneile, ils ont lejarret moins ferme. Diodorus Siculus donne 1’invention de cette ibrte d’ha- bits à Semiramis, 8c en dit l’occafion, auili bien queplufieurs autres Auteurs anciens.La coiffure des homines, qu’ils appellêt Mcndtl, 6c lesTurcsr#//>it« ,efi:faitede toille de cotton oude quelque autre étofFe de foy fine, 6c rayée de diveries couleurs, en plufieurs tours, 6c a jufques à huid ou neuf aunes de long ayans fes plis legerement coufus ou faufilés d’vn fil d’or. Celle de leursPreftres 6cparticulierement des Hafis, eilblanche , auili bien que tout leur habillement. II y en a qui mettent à leurs mendilsvnehoupedcibye, qui leur pendfurledos,oufurl’efi paule, de la longueur d’vn bon quartier. Les Seid, c’eftadire, ceuxquifedifenteftrede Ia pofterité de Mahomet, 6cquipre- tendenteftrefesfucceiTeurs, en ont vnc de íbye verte. Quel- ques Perfes, 6c mefme les plus grands du Royaume , portent des bonnets fourés, lededans 6c le dehors garny de peaux de moutonde Buchar, en forte que la laine pend aux rebordsde la longueur d’vn doigt, 6c eft auili douce que la foy e. L’onefti- meen Perfe ces bonnets comme l’on fait les caftors en Euro¬ pe; 6c ievendent plus decinquante francs la piece. 11s portent ces coiffures l’Efte auili bien que l’Hyver; quoy quele^ cha- leurs, qui y font exceilives, les doivent rendre fort incommo- BBbb ij
  • 554 VOYAGE DE MOSCOVIE, ié'7. des. Cette couftume à tenir toujours la tefte chaude , fait ^ ’ qu’ils ne 1’oícnt pas expofer au froid, ou au férein. Et c’eft à ce oropos queje croy pouvoir allegucr icyce quedit Herodo- te,liv.3.Sçavoir, qu’apresvne batailleentre les Perles 6c les E.tfcb,comme eftant com¬ pose du mot Kifl-, qui a deux fignifications difFerentes, fça- voir celle de rouge ÔC d or-òcàc Bajch ,qui fignifietefte.V aullove auliv. 13. defeshiftoires, 6eapresluy P. Bixjrro auio. liv. de ibnhiftoire de Perfe, difent qutTcfdlU, difciple de Harduellts, autrement nomme Eider, qui, àce qu ils difent, vivoitau com¬ mencement du feiziefme liecle , fut le premier, qui obligea les Perfes à porter des bonnets rouges , pour les diftinguer d’avec les Turcs, en fe feparant de leur religion. Mais ils fe trompenten l’vn 5een I’autre: Car laveriteeft, que les Perfes, en fe feparant dela communion des Turcs, 6c en faifantvne feéte particuliere de la religion de Mahomet, parle conieil de Sthich Sefi, auteur de leurs nouvelles opinions,fouftinrentd’a- bord, que les premiers fuccdTeursde Mahomet, Om.tr, ojmcin & udbabtker, avoient vfurpé la fucceffion au prejudice des droits d’^a/jy, 6c voulurent que celuy-cy tinft lieu de Prophe-
  • ET DE PERSE, LIV. V. ^ te , Sc que fcs douze fucceffeurs , que nous npmmerons cy- aprcs , quand nous parierons de la religion des Perfes, fuílent canonifez , Sc misaunombre de leurs /mans, ou Saints: qu’ils fuflent confiderés en cette qualité , Sc que leurs Ecclefiaíti- ques , ou Religieux, portaíient des bonnets rouges, faits à douze plis, de la forme desboutcilles dontl’onfeiert en Lan¬ guedoc Sc en Provence , qui ont le ventre large Sc plat, Sc le colfortlongôe eftroit. Ce changement en la Religion fut caufe d’vne grande guerre entre ces deux Nations 5 en laquelle les Turcs , íe fer- vans de 1’avantage de leurs armes, traitterent fort mal les Perfes, mais particuliercment les Eccleíiaítiques, à caufe de l’averfion qu’ils avoient pour cette nouvellc Religion. Et dautant que lcur cocffure les faifoit connoiftre parmy les au- tres , ils quitterent leurs bonnets en plufieurs endroits du Royaume, &obligerentles autresàfuivreleur exemple. Cet¬ te perfecutiondura, jufqu’ace que Schach ifmael. I. íè voyant pouíTé par les Turcs jufques en la Province de KiUn% Sc ayant fujet d’apprehender de voir dans peu de temps tout le Royau¬ me entre les mains des ennemis declares de fa Religion , re- íolut d’aller au devant d’eux , Sc de hazarder vne bataille. Pour cét cffet il envoya repreíenter aux Provinces Sc aux principals villes du Royaume le peril ou 1’eftat, leur liberte & lcur Religion fe trouvoient expofez, s’ils ne fe refolvoient defaire vn dernier effort contrele Turc : Sc leur fit dire, qu’il accorderoit à ceux, qui le ferviroient de leurs perfonnes, en cette conjon&ure d’affaires, vne exemption generale Sc per- petuelle, pour eux, Sc pour leur pofterité. 11 fit par ce moyen vne armée de trois cens mille combatans, avec laquelle il marcha droit kArdebil-, parce qu’il vouloit eommencer fes ex¬ ploits par vne entrepriíè pieufe , en rctirant le fepulchre de Schich-Sefi des mains des Turcs, qui furent chaffez de cette ville. II n’en fut pas fftoft lemaiftre , qu’il confirma tout ce qu’ilavoit promis touchant l’exemption , Sc afin que l’onput connoiftre ceux qui en devoient joiiir, il voulut que 1’on hfl de ces bonnets rouges, qu’il fit faire à couze plis, en memoire de leurs douze I nuns. Mais dautant que la ville ne puft pas fourmr affez d’efcarlatte, pour vn fi grand nombre de bonnets, vn cordonnier d’/ircfe^/s’avifa d’en faire douze de Maroqidn. B B b b iij
  • 566 VOYAGE DE MOSCOVIE; dela mefme couleur-, dont Schach ifmail fit prefent aux Offi-' ciers Gencraux defon armée. Il les fit faire de couleur rouge , pourreprefenter enquelque façon la Couronne d'^idy ; au- quelles perfonnes donnent la qualité de Roy, auífi bien que celledeProphete, commeàcesbonnetslenomdeTatfcii, ceít à dire Couronne. Ceil pourquoy les Perfes, bien loin de fe faícher quand on les appelle Kifilbafchs, croyent que c’eft vn titre d’honneur> quoy qu’en efFet il n’y ait que ceux qui font de la pofterité d, Sc ces exempts, qui portent des bonnets rouges : les premiers couverts de toile , ou de quelque aiitre eftoffe, qu’ils appellent Talye, 6c les autres fans enve- loppe. La pofterité de ces exempts joiiit encore aujourd’huy de ces privileges, 8c Pon prend parmy eux les gardes pour la perfonne du koy , que l’on confidere, comme l’on fait les
  • ’ ET DE PERSE, LIV. V. 567 de plufieurs couleurs, ou ouvragée de fleurs d’or, qu’ils appel- 1637. lent Iakub Cahni, du Roy dumefmenom, quilesportalepre¬ mier en Perfe. Leurs chauíTes font de cotton , faites comme nos calçons : auílí les portent-ils fous la chemife , 6c elles •vont juíques à la cheville du pied. Leurs chemifesfontdetoi- le de cotton , 6c elles font le plus fouvent rayées de rouge. Leurs bas font de drap, groífierement taillés , íàns façon, 6c fans proportion à Ia jambe. Ils les portent fort larges, ôcbien fouvent de drap verd j ce qui eft vne abomination , 6c fait horreur aux Turcs, 6c c’eft auífi vn des principaux differents de leur Religion 5 parce que Mahomet portoit vn bonnet verd, 6c les Perfes deshonnorent cettecouleurenmettantaux pieds celle que leur grand Prophete portoit à la tefte. Leurs louliers, qu’ils appellent Kefs, font fort pointus au bout, 6c ont les quartiers fort bas, de forte qu’ils s’en chauílent 6c fe les oftent avec la mefme facilite, que nous fâiíons les pantoufles. Ce qui leur eft d’autant plus neceflaire, qu’ils fe dechauíTent dans l’antichambre, tant chez eux, qu’aux vifites qu’ils font chez leurs amis, pour afFairesouautrement. Iemefouviens,à propos de cela, qu’eftant vn jour alie chez le chan deScamachie, à l’heure qu’il donnoit audiance pour des affaires de Iuftice, nous trouvafmes dans l’antichambre plus de fouliers, que ne pourroit fournirle premier cordonnicr de la íãvatterie, 6c vn garde-fouliers, qui avecvnbaftonfourchurendoitlesfouliers, à ceux qui fortoient. Les femmes fe fervent d’eftoffes beaucoup plus deliées que les Habits hommes, 6c ne portent point de ceintures,mais leurs calçons 6Cfcmraes» chemiíes ne fontpointautrementfaites quecelles deshommes. Leurs bas font ordinairement de veloux rouge ou verd, 6c el¬ les n’ont quail point d’ornement de tefte, mais elles laiffent traifner les cheveux negligemment, en plufieurs treíles furle dos 6c fur les efpaules. Tout l’ornement qu’elles ont à la tefte eft de deux ou de trois rangs de perles, qu’elles ne portent point au col, comme l’on fait ailleurs, mais à Ten tour de la tefte ,prenant depuis le front, 6c defcendantle long des joucsjufquesfous le menton ■ en forte qu’il femble que toutlevifagefoitenchaílc dans des perles. Ce qui pourra aucunement fervir d’explication àces paroles du Cantique:Ses joiies font de bonnes graces avecfesa. tours. Les filies portent quelquesfois des bagues, avec des pierres- %
  • ‘6 37- VOYAGE DE MOSCOVIE, precieufes à la narine droice , comme les femmcs Tareares, piles cn portent auíTi aux doigts, 6c aux bras,6c ellesontdes bracelets de lames d’argent. Maisla Loy de Mahomet defend aux hommes de porter des bagues d’or. C’eft pourquoy lors que nos Ambaíladeurs íirent prefent à Saru Ta°gi , Chance- her de Perle, d’vn beau diamant, íl le fit ofterdefon chaton pour le faire enchafler en de 1’argent, 6c le prefenta ainfiau Roy. Les femmes ne fe defcouvrent point le vifage,enallant par la ville , mais elles font cachées lous vn voile blanc, qui Jetir vajufquaux jambes , dont ellesn’ouvrent qu’vne petite fente , à l’endroit des yeux , pour fe conduire. Les Perles en font vne embléme, pour fignifier, que bienfouvent dans vn beau corps eft cachée vne mauvaifeame, 6c que fous vne bel¬ le apparence de bonne vie fe cachent vn grand nombre de vices enormes •, tout ainfi que ce voile couvre bien fouvent fous de tres-beaux habits vne tres-laide femme. Les 'Perils font Les Perfes font extremement propres, tant en leurs cham- rl«p «. bres 6c en leurs meublesqu’en leurs habits, ou ils nefouffrent point de tache : jufques-la , que cenx qui en ont la commo- dité , les changent dés qu’ils y voyent la moindre tache , 6c les moins aifés les Font laver toutes les fepmaines. Ce qui||eft bien contraire à 1’humeur des Mofcovites , ou l’on ne voit quafi point d’habit qui ne foit plein de vilainies,& quinere- luife cie graiíTe: auífi eft-il vray que les eftables 6c efeuries de Perfe font plus propres , que les poiíles 6c les chambres des Mofcovites. Les Perfes ont 1’efprit vif 6c le jugement bon. Ils s’appli- quent à 1’eftude , 6c reulfiftent merveilleufement bien en la Poefie. Leurs inventions font riches, 6c Ipurs penfées belles, fubtiles 6c pleines. Ils ne font point glorieux , 6c ils ne mef- priíent perfonne , mais au contraire ils font complaifans 6c agreables en Ia converlation, 6c fe font entr’eux beaucoup de civilité , particulierement aux eftrangers. Les fubmiífions qu’ils fe font en leurs complimens vontaudelà decequel’on en fait en France. Vn Perlàn , pour convier vn amyd’entrer chez luy, 6c pour luy faire ofíre de íervice, íeíbrtdecester- mes • je vous prie d’annoblir ma maiíòn de voftre prefence. Ie me facrifie à voftre volonté. Ie me profterne à vos pieds: que la prunelle de mon ceil ferve de fentier à vos pieds, 6cc: mais ©nt efpvir.
  • ET DE PERSE', LIV. V. & mais le plus fouventce ne font que des compliments. Ie me iouviens a ce propos d’vn Perfe, lequel s’eftant venu plaindre a noítre Medccm d’vn mal de cofté , dont il eftoit afflio-é luy dit j que s’il le pouvoit guerir, il luy donneroit fa tefte • mais fur ce qu on luy reprefenta, qu’il ne fe devoir pas cant mectre en peine de fafanté, puis qu’,I eftoit fi prodigue de fa vie, ilrepondit j quecen’eftoitpas autrement fon intention • maisquec’eftoitleurfaçon deparler. ’ Les Perfes ont de tout temps eu la reputation de n’eftre pas trop foigneux de dire la verité , & encore aujourd’huy ceux qui la voudroient dire toiijours paiTeroient en leur ef pm pour fimples Audi n’ya-il perfonne qui s’oiFenfe quand on luy dit druÂh , ou en langueTurquegxltnde dierfen,c'e{l a dire, tu as dit vne menterie, & le mot de^Untfi, q ui fenifie menteur, n’y eft qu’vne galanterie en effetiquoy qu’Herodote die, quec eft le vice que les anciens Perfes haifloient le plus &c qu’fts avoient vn foip particular de faire apprendrc a leur jeunefle a monter à cheval, à bien tirer de 1’arc & à dire la verité. Ils font fort fidellesdans les amities particulieres qu’ils con- traòlenteníemble, & ils font des fraternités enrr’eux qui du- renttoutelavie, & qu’ils cultiventavectant defoin qu’ils les preferent mefme à l’obligation, qu’ils out au fang &â la naif- lance. En Allemagne il ne fe fait quaii point d’efcot, ou les yvrognes ne faíTent quelque fraternité, mais lamitie n’en eft pas plus grande, entre des perfonnes, qui d’ailleurs en font in. capables : maisen Perfeilsenvfent tout autrement. C’eft leur couftume de faire tous les ans vn feftin, ou tousles homes d’vnc inelrne parente, Sc les autres amis s aílèmblent, & 11 en cette aC íemblée il fe trouve des perfonnes, qui par vne affectiô recipro¬ quei particuliere veillent faire vne amide plus eftroitei plus conftante entr eux,ils s’adreftent à quelqu’vn dela compagnie, qifils tirent par le bord de la vefte, i luy ayans dit qu’ils ie choi. filEent pour leur bubbn, pere ou parain, cequel’autre ne peut pas refufer, ils vont tous trois trouver leur C a life, parce qu il n yapointdefamille, quin’aitleften, íuybaiíènt la main, Sc demandent íà benediction. Pour la recevoir ils fe couchent le ventre à terre, premierement Ie parain , & apres cela les freres, auxpieds du çalife, qui donne à chacun trois coups de CCcc
  • 57o VOYAGE DE MOSCOVIE. 1637. cannefur le dos, prononçanc au premier coup le mot dyiL,w fecondceluyde Mahomed, 8cau troifiéme celuy deHdy. Apres cela ils baifent la canne,8c par ce moyen la fratermté eft etablie. Et cette forte d’alliance eft ft fainte enleur opinion, qu’iIs di- fent,qu’il n’y a point de peché, qui ne puiife eftre pardonne.-que le iacrilege 8c l’idolatrie ne font point irremiilibles, & quc Ton peut efperer du pardon d’avoir beu du vin, 8e d’avoir ou¬ trage vn A dJU, maisquel’onnepeut pasviolenmpunémenc les droits de cette fraternité. Et s’i 1 arrive que deux de ces freres fefafchent, la reconciliation fe doit faire à la premiere aftemblée, en la maniere que nous allons dire. Celuy qui a efté offense fe prefen te à la porte de celuy qui l’a offense, ayant la tefte panchee 6c les mains lafchement pendantes, 6c de- meure en cette pofture jufques a ce que 1 autre 1 ait pne trois foisd’entreren fa maifon, 8calorsiIs vont enfemble à l’aflem- blce, ou la reconciliation s’acheve. Les Perfes font bons 8c re- connoiilenc le bien qu’on leur fait, mais ils font irreconcihables en leurs inimités. Ils font courageux, 8c bonsfoldats, allans gayement aux coups, 6c mefmes aux plus dangereufes occa- fions. , eiop e!. Us ontaufti de la pudeur, 6c font fort referves:c eft pourquoy ils ne font jamais de l’eau debout 3 mais ils fe huchent com¬ ine les femmes, 8c ie lavent apres avoir fait. C eft pour cet vfage, que Ton trouveaux nopces, 6c aux autres grandes aíTem- blées, dans deslieux retirés, plufieurs crucbes pleines d’eau.. 5’ils fe trouvent aupres d’vn torrent, ou aupres d’vne riviere ils nemanquent pas d’y faire leur eau, 8c c eft pour cela que les Turcs les appellent par mocquerie Cher Schahei; c’eft à dire afnes du Roy, oud' Aly, parce que les aines ne paftentjamais l’eau fans y pilfer : Les Perfes au contraire appellent les Turcs Sekfunni, parce qu’ils piilent contre la muraille comme les chiens. II eft vray que les perfonnes de condition en vfentr enTurquie comme les Perfes, 8c les vns 6c les autres prennent foigneufementgarde, enfaifantde l’eau, ou en defchargeant le ventre, de ne tourner point le vifage ny le dos vers le Midy r parce qu’enfaifant leurs pricres ils fe tournentde ce cofté-là. Cuxuiieux. Il eft vray que cette pudeur n eft que dans 1 exterieur, 8c qu’en cffet ils font plus luxurieux qu’aucune autre nation du inonde. Car non contents d’efpoufer plufieurs femmes, 6c
  • ET DE PERSE, LIV. V. J?I d’avoir nombre de concubines, ils ne laiíTent pas de courir r t, - apres des garces. Auifi n’y a-il point de ville/ia referve de 37‘ cede à>Ardtbil ou il n’y ait deslieuxpublics,fousIaprote- chon du Magiftrat. Pendandefejour que nous fifmes á Sc*, mache, il y eut vn de nos foldats, qui apres s'eiire bien diver cy avec vne femme, s’eftoit retire , fans la payer.Elle en fit fes plaintes au :;han,qm fit pner les Ambatfadeurs de tenir la main a ce qu elle full contentée}ôdeur fit dire qu’ileiloitraifonna- ble que les Kahbe, qui payent vn grand tribut au Roy,foient auifi payees de leur lalaire. Nousavons dit ailleurs comment les Perles s en fervent en leurs feilins: 6e cette couftume eft i ancienne que Herodotemefine en parle, quand il dit,que les AmbafiTadeurs des Perfes dirent à Amintas,Roy de Mace- oine que c’eiloit leur couftume ,en regalant leurs amis, de leur donner aufii le divertiftement des femmes. Il leur fit a mener des homines travels, qui tuerent les AmbafiTadeurs. Le Roy mefme à vn grand nombre de ces femmes à fes r „ , „ gages, & s en divertità fon difner, les faifant danfer, & met- fc a pludeurs tre en toutes fortes de pofturesjc’eft pourquoy il faut que cel fe*me*& c°’ les qui fe veulent mefier de ce meifier, nefoient pasfeule- ment belles, mais auifi plaifantesSc adroites. Le Roy les me- ne avec luy â la campagne,6cmefmeàParmée, aPexempIe des ancicns Roys de Perfe , particulierement de celuy de Darius, qui, à ce que dit Q^Curce, avoit á fa fuitte trois cens oixante concubines, toutes tres-magnifiquement veftues. Cen eft pas vnpeché bien extraordinaire parmyeux que la On ne punit o omie,6c 1 on ne le pumt point come vn crime. S inn Tuq-ri p°>ntia fodo- que nous avons vcu Chancelier de Perfe, ne fut point chaftii mie cn Pcrfc* pour ce crimejmaisàcaufede la violence qu’il avoit faite. Le Roy mefme eftoi t fujetà ce vice, 6c tant s’en faut qu’il le cha- ltiaíè en autruy,que 1 o nous raconta,qu’en Pam 634.1c Schach Sefi íe trouvant aufieged’ ãruan, vn des Colonels,qui s’eftoit enyure chez le Roy,voulut à fon retour,das la chalcur du vin forcer vn garçon qui eftcitàfon fervice,& qui avoitfouveni ref ule de prefer 1’oreille à fes infames recherches. Ce o-arçon pour prevenir la violence, dontii fe voyoit menace^ & qui luy eftoit inevitable,fe faifit du poignard,que fon maitre por- toit dans la ceinturc, 6c luy en donna dans le cceur.Le lende- CCcc ij
  • *^37* La r&ygamic ptr.i-iú cu j7* VOYAGE DE MOSCOVIE, main, le Roy nevoyant point le Colonel, demandace qu’il eftoit devenu. On luy dit,qu’il avoit efté tué par vn de fes do- mcftiques, 6c de la façon que nous venons de dire. On luy amena ce garqon, qui luy dit franchement comment l’affaire fcftoit paffée, Sc advoiia que l’horreur de ce peché luy avoit fait prendre cette refolution. Le Roy s’enmitfi fort en cole- re, qu’il commanda qu’on le jettafb aux chicns, pourencftre delchiré. Les deux premiers nele voulurentpoint attaquer, mais Eon amena apres cela deux dogues d’Angleterre, la- quelle eft fertile en cette forte de beftes defnaturées, qui le defchirenten vn moment. La dodrine de Mahomed leur lafche la bride àla lux are-, non feulementp aria polygamie qu’il a permifc, mais auifi par les voluptez charnelles, en laquelle il fait confiftcr la princi- pale partie de la beatitude, mefme celle dont il fait efpererla joiiifunce à fes Mufulmxns apres cette vie^leur faifant accroire que dans leur Paradis celefte ils n’auront pas feulement les mefmes femmes legitimes qu’ils onteuiisence monde * mais auifi qu’ils auront tant de concubines 6c tant de fervantes qu’ils voudront,6c qu’ils joiiiront de toutes les autres femmes, 6c fi fouvent qu’il leur plaira. Ilsfe fervent de toutesfortesdemoyenspours’exciterala volupté, & pour cétefferils ont des danfeurs 6c des danfeu- fes en tous leurs efcots, qui les provoquent à la brutalnté par des poftures 6c par des demarches lubriques 6c abominables. Ils fe fervent auifi de la graine 6c des fueilles de chenevix,pour réveiller la nature languilfantejnonobftant que nosnaturali- ftes luy donnent vne qualitc froide, quiaffoiblit 6ccorrompt la nature. Ie ne me puis pas imaginer comment ils s’en peuvet aider j fi ce n’eft que l’humeur venteufe foit auifi expulfive, ou bie qu’en ces pais chauds elle ait auifi contra&é des quali- tez,qu’elle n’a point en Europe. Pour preparer cette drogue, ils en cueillent les fueilles, devantqa’ellesfoientmontdesen graine, les font feicher al’ombre, les reduifenten poudre,Ia- quelle ils meilent avec du miel, 6c en font des pillules, de la grolleur d’vn ceuf de pigeon.Ils en mangent deux ou tirois á la fois,pour fe fortifier la nature. Pour ce qui eft de la graine,ik la fricaíTent,lafalentvnpetit,6ccnmangct audeíTert.Imum- tuU, Ambaifadeur du Roy de Perfe au Due de Holftein, en
  • ET DE PERSE, LIV. V. m prenoit à tous les repas, depuis qu’il euft pris vne jeune femme à/f/?tt«cW,en l’âge de foixantedixans.Ceuxqui font les gens r de bienen Perfen’en voudroient point manger, cards difent que celuy quis’aide de ce remede,commet vn peché bien plus horrible,que celuy qui auroit viole fa mere fur le fepulchre de Mahomed.Ils appellentceux qui s’en fervent Bengi Kip, benp. Aurefte les Perles croyent avoir bien expiéle peché depail- lardife, quandau partir d’aupres d’vne femme, ils fe font mis au bain, oh quand ils ont lave tout le corps d’eau fraifehe. La defpenfe du mefnage, pour ce qui eft de la cave 6c de la La defpcnfc du cuifine, y eft fort mediocre 5 ft ce n’eft dans les families ou le mefnage de* nombre des femmes l’augmcnte. La toile de cotton dont ils Pclfcf? s’habillent, y eft à fort bon marche. Ils ont fort peude meu. bles, & ils croyent en avoir de refte, quand le plancher de la chambre eft couvert d’vn tapis,6ctoute la pro vifiõ qu’ils font pour toute I’annee,n’eft que de ris.La viade n’y eft point che- re j ft ce n’eft aux lieux.ou le grand nombre des habitans fait encherir le prix de toutes les denrecs,parce qu'on les y appor- te la plufpart des Provinces fort éloignées. Le jardin fournit de delfert, 6c le premier torrent leur íèrt de cave. Ils font fort propres en leurs chambres, 6c ils ne fouffrent point que les chiens, qu’ils tiennent d’ailleurs pour beftes immondes,ou au- cuns autres animaux y entrent. Et dautant qu’en difnant l’on feroit en peine des ordures, parce qu’ils n’ot point d’affiettes, ils fe fervent des pots qu’ils appellent Tuftahn, de la grandeur d’vn pot dechábre,qu’ils mettét entre deux perfonnesouils jettentles os 6c les pelures, 6cdans lequel ilscrachent. Nous avos ditailleurs,qu’ilsont leursre«»r>pourfechaufFer,6cafin de mefnager le bois, mémes pour le roily 6c pour le bouilly. Dans la cuifine ils ontdes marmites 6c des pots de fonte, ou mtu* bien decuivreeftamé, qu’ils font ordinairementfceller dans bli** l’atre,ou bien de terre.En plufieurs Provinces le bois n’eft pas bien rare,mais il y en d’autres ou l’on n’a que du taillis,6c bien fouvet l’on eft contraint de fe chauffer á la fiente de vache ou de chameaux,feichee au Soleil.Leurs plats sot de cuivrc,mais ils font fi bien fairs,6c fi bien eftames,que la vaiftelle d’argent n’eft pas plus belle. Il y en a qui ont de la porcelaine,6c les pai- fans employét de la vaiftelle de terre. Pour ce qui eft de leurs viandes,ils n’en aiment point l’abondancc,mais ils fe conten- CCcc iij
  • 574 VOYAGE DE MOSCOVIE, j ^„ tent de peu. Ce qui eft bien contraire à ce qu’en dit ir fçavoir quela viandeeftchereen Perfe,âcaufedelavoracité des habitans qui,acequ’ildit,eftfigrande,quelesperfon- nes aagées mefmes y font lcurs quatre repas par jour, fieàplus forte raifon les jeunes. Ce n’eft pas lá le fentiment des an- ciens, qui difent tous que les Perfes font fort fobres, fie qu’ils fc contentent depeu de viande,mais qu’ils aimentlefrui&.Et de fait pendant Ie fejour que nous avons faiten Perfe, j’ay re- marqué, qu’vne de leurs premieres vertuseftlaíbbrieté, fie que rarement les Perfes mangent de la chair plus d’vne fois le jour j fie que fi outre cela its font encore vn repas, iln’eft compole le plus fouvent que de beurre , de frontage, fie de fund 5 bien que j’advoue qu’il y en a qui font leur deux re- pas regies. Lcur nourtitu- H n’y arien de fi ordinaire aux Perfes que le ris, qu’ils font ic ordinaire eft revenir dans de l’eau. Ils lappellent Plau , &c en mangent à du ns* tous leurs repas, &: en fervent quafi en tous leurs plats, parti- culieremcnt fous le mouton boiiilly.I Is y meflent quelquefois du jus de grenade, ou de cerife, & du faffran j de forte que i’on voit bien fouvent dans vn mefme plat du ris deplufieurs couleurs. Ils en mettent aufli fous vn chapon ,oufous dupoif. fon rofty. Us mangent aulli de 1’ofeille , des efpinars, & des choux, blancs& verds, maisils n’aimentpas les bruns. Ils ne manquent point de petit pied, fieontdetoutesfortes devo- lailles en abondance,finondes coqs d’Inde, qui y fontfl ra- res,qu’vn marchand Georgien,y en ayant apporté quelques- vns de Veniíè, du temps de Scbacb Abas, il les vendit vn Tu~ main, ou cinquante francs la piece. Lesperdrix fie les faifans y font communs, fieauxlieuxouils’entrouveonlesachette â fort bon marche. Encore que le ris leur ferve de pain, ils nelaiflent pas d’en faire de bled froment, deplufieursfaqons. LesKomatsch ont trois doigts d’efpais, fie vn pied fie demy de long. Les Ia- nufehs font ronds fiede 1’efpoifleur d’vndoigt. LesPeaftkefchc ont vne demy aulne, fie on les cuit à la maifon aux Tenurs, ou I’on les applique,fie avec les cinq doigts de la main on leur fait autat de cornes,qui leur donnêt le nom. Les Sengek fe font fur les cailloux , dontquelques-vns de leurs fours font couverts, de forte que cette dpece de pain ou de gafteaux eft boifue. Qui leur fert dc pain.
  • ^37* ET DE PERSE, LTV. V. jl5 Les íauchit font comme des oublies, & font minces Comine du parchemin , mais íls ont pour le moins vne bonne demy aulneen quarré. Lcs Períes lesemployentau lieu dc ferviet- tes, poureíluyer les doigts, avec lefquels ils ont accouftumé de prendre lens, Scmefme de defchirer la viande; parce que 1’víàge des coufteaux eft fort rare parmy eux. Quand ils s’en font fervis de la forte, ils les defchirent, y enveloppent vn peuderis, ouvnmorceaudeviande, &l’avalentainíi, ou bien ils le mangent íans autre vehicule. Toutes leurs cueilliers, mefmes celles du Roy, font de bois, faites en ovale, au bout d’vne queue fort mince, mais qui a vn pied &c demy de 1 ong. Leur boiflbn ordinaire, particulierement celle du peuple, Lcurboiilbic c’eftdel’eau, ou ils meílent par fois du Dufchab, &vnpeu de vinaigre. Car encore quele vin y foit a aíTés bon marche , fur tout dans les Provinces d' Erak, d’^4 derbett^an & de Schirvan, ou lepot, qu’ils appellent Lullcin, ÔC qui contientdeux pintes de noftre mefure, ne fe vend que fix fols. II y en a neantmoins qui font diffieulté d’en boire , parce que leur Loy en defend 1’víãge, particulierement aux Hatxi, qui font ceux qui ont eftéen pelerinageàla Meque, au fepulchre de Mahomet, & qui s’en abftiennent le refte de leurs jours , dans 1’opinion qu’ils ont, pue tous leurs merites ieroient effaces par vn peché ft enorme. Mais ccuxqui aimentle vin, &c les courtifans, qui d’ordinaire ont contraélé vne grande habitude de pechcr, en boivent fans fcrupule , perfuadez qu’ils font, que ce pcché leur fera pardonné avec les autres; pourveu qu’ils ne failent pas eux-mefmes levin. C’eft pour quoy ils ne font point de fe- ftin, ou ils n’en boivent hardiment, & en grande abondance. Apresle repas l’on fert de l’eau chaude, pour laver les mains. L’vfagC de l'opium , qu’ils appellent offiouhn, , y eft l!s prennenr,. fort commun. Ils en font des pillules de la grofleur d’vn pois, ^lopium.- &enavalentdeuxoutrois. Ceux quiy font accouftumez , en prennentjufquesà vne once àla fois. 11 y enaquien prennent de deux ou de trois jours l’vn, íêulement pour s’afloupir, &; pours’enyvrer. 11 s’en fait vne grandequantité en Perfe, par¬ ticulierement à /fpahan, & ils l’accommodent en la manicre fuivante. Le pavot eftant encore verd, l’onen fend la tefte, dontil iortvneliqueur blanche , qui fe noircit eftant exposde al’air, & leurs Aporhicaires, droguiftes, enfont vn tres^-
  • 1637- I!s prennent eabar. 576 VOYAGE DE MOSCOVIE, grandtrafic. ToutlcLevantfe íèrt de cettedrogue, lesTurcs Sc les Indiens auffi bien que les Perfes* jufques-là que iMo» dit en fes obfervations, qu’il n’y a point de Turc quiait vn double vaillant, quinedeipenfevn deniercn opium : qu’ilen a veu plus de cinquante chameaux chargez, qui pailbient de la NatolieenTurquie, enPerfe Sc aux Indes, Sc qu’vn Ianiilai- re qui en avoit pris vne once en prit deux le lendemain , fans qu’il s’en trouvaft mal, ilnon qu’il en fentit le mefme eiFet, quelevinaaccouftumé de faire à ceux qui en prennent trop, Sc qu’il chanceloitvn petit. II a auffi cela de commun avec le vin, qu’il donne du courage à ceux qui n’en ont pas beaucoup, Sc c’eih pourquoy les Turcs en prennent devant que d’aller aux occafions. Les femmes n’en prennent point ordinaire- ment, mais celles qui ont de la peine à fouffrir la mauvaife hu- meurdeleursmaris, Sc quipreferent 'a mort à la fuje&ion en laquelle elles vivent dans vn fafcheux mariage, íè fervent quelquefois d'opium, dont elles prennent vne bonne quantité, Sc beuvans de l’eau fraifche deilus, elles fe tuent d’vne mort douce &infenfible. ju II n’y a quafi point de Perfe , de quelque condition ou qua. Iité qu’il puiileeftre, qui ne prenne du tabac, en quelque ieu qu’ilietrouve,mefmesdansleursMofquées. lien croiftquan¬ tité aupresdeB
  • ET DE PE R'SE , LIV. V. 59? pipe de la longueur d’vneaulne, quíls ciennçntà la bouche, ils tirentàtravers 1’eau lafuméedú tabac} laquelle laiíTant dans eauce quelle a de noir Sc degras, eít ians comparaiíon plus agreable, quedelafaçon que nous le prenons. Iieftvray que ceux quin’ont point toutescescommoditez, leprennentauílià noftre mode , mais leurs pipes, auboutdcfquelles ilsnietcenc dcs vaies de terre ou depierre, iontdebois, &.bien plus longues quelesnoftres. 0 Ils boiventavec le tabac vne certrine eau noire qu’ils appel- lenc Cal.tv 1, qu ils font d’vn fruiffc, qu’on leurapporte d’Egy- Pce > reílemble en la couleur au froment ordinaire , Sc au gouftaubledde Turquie, Sc eít dela groíTeur d vnefeverole. Jls le font frire , ou plutoft bruler dans vne poêfle, íãns au - cune liqueur, Iereduifenten poudre, ôdefãilantbouilhrdans de l’eau commune, ils en font cebreuvage , qui nefent que le brulé , Sc n’eftpoint du tout agreable à boire. Elleavnefa- culteraffraiíchiílante,, Sc les Perfes croyent qu’elle efteintla chaleurnaturelle. C’eftpourquoy ilsenboivent fouvent, par- ce qu’ils n’aiment point de fevoir charges d’enfans, &ilsfeca- chent fi peu de la crainte qu’ils en ont, que j’enay veu, qui ve- noient confulter noftre Medecin pour des remedes de cettc nature. Mais comme íl eftoit dc bonne humeur , il leur ref- pondoit, qu’il aimoir mieux les aider àfàire desenfans , qu a leur donner dequoy s’en empefcher. Ie dis que les Perfes croyent que cette eau eft capable d’etouffer entierement la chaleurnaturelle, Sc la vertu d’engendrer : Sc à cepropos ils racontent d’vn de leurs Roys, nommé S /Itban Mahomet Ca- _/»*>, qui regnoit en Perfe devant le temps de Tamerlan, qu’il s eftoit tellement accouftumeau Kahtva , qu’il enprit vne aver- iion inconcevable pour les femmes Sc que la Reine, eftant vn jour a la feneftre de ía chambre, Sc voyant que l’on avoit couch é vn cheval par terre, pour le chaftrer, demanda pour- quoy 1 on traittoit de la forte vn animal ft bien fait j furquoy on luy répondit qu’il eftoit trop fougueux, & on luy fit connot- tre en paroles couvertes, qu’on luy alloit ofter avec la vertu generative, le trop grand courage qu’ont les chevaux entiers. Mais que la Reine leur repliqua , que cette peine eftoit bien inutile ■ puis quele CahvnfaifoitlemefmeefFet: Sc queiil’on endonnoitàcecheval, ildeviendroit dans peude temps aufli froid que le Roy fon mary. D D d d 1637 La Cahwa
  • 57S VOYAGE DE MOSCOVIE, iCyr. Us difent auffi,que le fils de ce Roy,qui s’appelloit auffi M
  • ET DE PERSE, LIV. V. m & reprend íã premiere couleur verte. Les Perfes la font boilil- 15 3 7. lir jufqu ace quel’eau ait contra&é vngouftamer&vne cou¬ leur noiraftre , & y adjouftent dufenoíiil, de 1’anis, ou des cloux de giroífle, &. du fucre. Mais les Indiens fe contentcnt dela faire infufer dans de l’eau bouillante, & ont pour cela des vafes de fonte, ou de terrc fort proprement faits , qui ne fer¬ vent qua cela. lis la boivent íi chaude , qu’ils nepourroient pas tenir leurs gobelets taíles de porcelaineou cfargentàla main : c’eft pourquoy ils ont trouvé l'invantion d’en faire de bois ou de Cannes,qu’ils reveftcntd’vnel’ame decuivreoud’ar- gent doré , oumefmed’or, en iortequelachaleurn'ypouvant pointpenetrer, ilsnelaiflentpas deles tenir à la main , quand meime l’eau feroit toute bouillante. Les Perfes, les Indiens, les ChinoisSclesIaponoisluy attribuent des qualités ft extra- ordinaires, que croyans qu’elle eft feule capable de conferver la íãnte , ils ne manquent pointd’en faire prendre à toute heu- re , a ceux qui les viiitent. Ce que l’on en a reconnu eft, quelle a vne vertu aftringente, & quelle confume les humeurs fu- perflues, qui chargent le ierveau , & provoquent le fomeil. Ceux qui ont efcrit des affaires des Indes, comme Maffie, Zinfchooten, autres, en difentdes merveilles : mais cette herbe commence à eftre tellement connue en France, ouplufíeursperfonnes de condition s’en fervent avec iuccez, qu’lnefe peut que 1’on ne i^ache toutes ies bonnes & mau- vaifes qualitez : lefquelles le Docfteur Tulp, Medecin d’Am- fterdam, a fort foigneufement examinées au dernier chapitre duquatriéme Livre defes obíèrvations medicinales. Les Perfes vivent ou des fruits que leurs jardins produi. fent, ou dece qu’ils tirentdutravaile qu’ils employent à culti- vcr la terre. Les vns fubfiftent par le trafic, les autres par le moycndeleur meftier, & quelques-vnsvontà la guerre, & il y en a qui gagnent leur vie à efcrire. Car d’autant quils n’ont pas encore rvfagedel’Imprimerie & qu’ils ontbefoin de plu- lieurs exemplaires de leur leer an, ils les font copier par des gens,non feulement qui gagnent leur vie àcét exercice, mais yamaíTèntauífi beaucoup de biens j parce que quand ils font bieneferits, on vend chafque exemplaire juíques à dix-huidt ouvingteicus. C’eft pourquoy il ny’a quafi point deperedefa- mille, qui n’ait le foindefaire apprendreà efcrire à les enfans, DD dd ij
  • 3<Í37- 5So VOYAGE DE MOSCOVIE, &; il y a en Perfe vn nombre infiny d’hommes, quinevivent que de 1’efcriture. C’eft vn plajfir, en paíTant fur le Maidan, ou par 1 eBafar, de voir lesartiíans dechaquemeftierdansleurs boutiques, ou ils vendent ce qu’Us one fait chez eux j car Ton ne voit quafi jamais vn artiían travailler en fa boutique, qui eftle plus fou- vent feparée du lieu de fa demeure, & affe&éeà certains en- droits du marche, ou chaque meftier a fon quartier feparé,pour la vente feulement. Les meíliers les plus commons font ceux des tiflerans , dcs teinturiers des peintres, pour pemdre des fleurs far les eftoffes de cotton &defoye, &mefme fur le brocard. Ils ne font ordinairement la piece d’eftoffe quede la CÁ fc font les longueur de cinq ou defix aulnes, parcequ’il n’en faut pasda- |ius belieséto. vantage pour vne vefte à leur mode. Les plus belles eftoffes, £es dc foye. tanc p&our ia peinture que pour les ouvrages, fe font à lefcht & à Çajchan, ou ils reprefentent fur la ioye & fur le cotton des fi¬ gures, & particulierement l’efcriture 8c les caracteres deleur fangue, fi bien, qu’il n’y a point depeintre ,qui puiffeattein- dre"à la perfe&ion de leur art. Ils trafiquent deceseftoffes, à la referve de celles qui s’emploient en habits, horsduRoyau- me, & avec vn profit tres-notable, auifi bien que du cotton & dela foye écruc, dont l’onapporte vne tres-grande quantité en Europe, par la voye des Indes. Pour ce qui eft de la foye, elle n’y coufte que trentre-trois ou trente-quatre fols la livre. Leur poids ordinaire eft le badmein , qui n’eft point égal par tour, parce qua Tubris il n’eft que de fix livres ,en KiUn, oul’onfe lert du Schachbddman , il eft dedouze, SciScamachie, ScàiT/í- u Peifcpro_ rabach il eft de feize livres. L’on fait eftat que la Perfeproduit dim tous les tous les ans, l’vn portant I’autre, dix mille fommes, ou vingt mille balles de foye5 chaque baile comptée à d’eux cens feize S C livres, La feule Province de KiUn donne aux bonnes années huid mille balles, Schirvun trois mille yCborafan autant, Me- fitnderM deux mille , Kar
  • ET DE PERSE, LIV. V. 5u Hollande, 8c mefme de Berry & de Saux, que les Perfes, qui j ó:3 n’accommodent pas bien les eftoffes de laine, eftiment tant, qu’vne aulne de drap mediocrement bon, s’y vend jufques à vingt 8c vingt-quaere efeus. Les Marchands Armeniens , qui font Chreftiens, íònt les plus riches de tous-, à cauíe de la peine quilsprennentà voya¬ ger eux-meímes, plus que les autres Perfes} quoy que les vns 8c les autres aycn-c vne liberte entiere de trafiquer ou il leur plaift, comine les eftrangers ont celle d’entrer, en Perfe , Sc d’y debiter leurs marchandifes, en payantles droits de traitte: contre ce qui s’obferve en Mofcovie, ou lesfujets ne peuvent point fortir du Royaume, fans la permiííion expreífe du Il y a encore cela de particular en Perfe, auífi bien quenTur- u guerre n> quie , que la guerre n’y apporte point d’empefehement au «n.pefchc commerce j les caravanes 6c les autres marchands, ayans la mcrcf# mefme liberte d’aller Sc de venir, en temps de guerre omme en pleine paix, parce qu’ils ont tous deux cgalement intereft de fe conferver l’avantage qu’ils entirent.Celuydes Perfes feroic incomparablement plus grand, s’ilspouvoientfeíèrvírde ce- luy que la mer leur donne, 5c ii la navigation y eftoit aulll bien eftablie qu’en Europe. Les guerres, que le Roy de Perfe ell oblige de faire, tantoib contre le Turc, tantofl: contre le Mogul Sc contre les Tarta- res Vibeques,faitqu’ila beibind’vn grand nombredefoldatsr Aufli ceux qui font profeifion de ce meftier 5 ont leurs gages regies en tout temps, ainli nous auronsoccaiiond’endire va mot cy-apres. Apres avoir parlé dela boutique, dela cave 8c de la cuifine des P cries, il eft à proposden’oublier point leur chambre, 8c de parler de leurs manages. Vn Perfe , qui a dequoy nourrir plufteurs femmes, fecontenterararementd’vne. La Polygamie eft vn vieux mal parmy eux. Strabon croit qu’ils prenoienc fdufieurs femmes, afin d’avoir pluiieurs enfans, 8c de gagner a recompeníè que les Roys donnoientà ceux quiavoientplu- fieurs mafles. Aujourd’huy ils en vfent bien de mefme, mais cen’eft pas parles mefmes Principes ;puis qu’ils employent toute forte de moyen, pour s’empefeher de faire des enfans. Ce qu’ils en font n’eft que par volupté,8c afin de l’exciter par le changement. C’eft pourquoy ils en font vn proverbe, qui die DDddiij
  • 1637. tes incemmo. ditos de la Po¬ lygamic. 58z voyage de moscovie, que pour joiiir d’vn Printemps perpetuei, il faut fouvent chan¬ ger de femme , Sc s’en fervir comme d’vn Almanach, qui n’eft bon que pour vne feule année. L'Alcoran permet la polyga¬ mic auxMahometans, Sc defpouíèr autant de femmes qu’ils font capables d’en nourrir. Ceft pourquoyil fe trouve desmar- chands riches Sc aifez, qui eftant obligez d’aller par le pais, ef- pouíentdes femmes, Sc font leur maifon en divers endroits, aíin de fetrouver toújours chez eux , quelque part qu’ils al¬ ie nr. Maisilne faut par croire cc que Ton dit, qu’ilyavne loy en Mede , par laquelle il eft enjoint aux homines d’epoufer pour le moins feptfemmes, nonplus quece que dit Niger en fa Géographie, que les enfans tuent pere Sc mere, quand ils ontatteintl’aage de foixante Sc dix ans. Ce font des contes qui n’ont point de fondement en 1’hiftoire ancienne , Sc dont l’onn’a rienveud’approchant de noftre temps. Noftre deíTein n’eft point de nous eftendre fur les incom- moditez de laPolygamie: mais il eft certain que l’on ne voit point en Perfe, qu'en cette multiplicité de femmes il y ait beau- coup d’amitie. Il y peut avoir del’amour parmy eux, mais c’eft ãns doutede celle qui approchede la brutalité. Il eft impof- iibleauiliqu’vnmefnage qui eft compofé de tant de femmes, ne ioit trouble parla jaloufie, qui eft inevitable parmy celles, qui veulent toutes eftre aimées , Sc qui dependent entiere- ment de celuy , qui les devroit ^ mais qui ne les peut piasaimer toutes également. Les Perfes mefmes voulans fairc comnoifter l’inconvenient de la polygamie , difent dans leurs proverbes, que comme deux aines donnent plus de peine à conduire qu’une caravane entiere j ainfi vn luge n’eft pas ft empechéà vuider les procez d’vne province qu’vn homme eft embaraf- fé dedeuxfemmes, qui nepeuvent pas demeurer fans defmé- lé. L’on nousraconta plufieurs exemples des grands defor- dres arrives dans des families parla Polygamie , Sc entr’autres vn deSilfabar, Chan de Scamachie. C’eftoit vn homme de tres- grandeautboritédans le pais, Sc qui eftoitfort confiderc à la Cour , ou ilavoit efpouféla foeur deSchacb Chodabende, qui eftoit pere de Such Abas. Certe femme, joloufe de l’af- fection que íbn mary tefmoignoit à vne autre jeune fem¬ me , qu’il avoit epoufée , Sc croyant que fa quaiite la de¬ voir méttre hors de pair d’avec ia rivale , s’en trouva tel-
  • ET DE PERSE, LIV. V. 583 lement offensée , qu’elle refolut de s’en venger , & efcrivit pour cct effet au Roy fon neveu , qu’il euft à fe donner de garde de fon mary, ôc du deílein qu’il avoit fur fa perfonne. Scbach Abmy à qui les moindres indices íèrvoient de preuves convaincantes, commandaauífi-toft àKartscbtcbtti-chan , cban deMefched, qui fe trouvoiraupres de luy à ^4rdebil, de luy aller querir la tefte de Silftbar. YL s amufant le íòir bien tard à boire avec vn de fes amis fur le pont de la ville, que l’on nomme Heider Aly, vit venir vn mulet charge , quifem- bloit chercher maiftre, pendant que le fien , qui eftoit mar- chand, eftoit allédefchargerle ventre íur le bord de la riviere. Scbirit^j eutla bonté de mener cét animal en íà maifon, êc de le defcharger, & apres cela de luy donner la liberte d’aller chercher íon veritable maiftre y lequel arrivant immediate- ment apres dans la ville, trouva bien íon mulet, qui fe prome- noit dans la rue, mais famarchandifeny eftoit plus. Il en fit fes plaintes au Gouverneur, qui luy dit qu il luy nommaft le voleur, & qu’il luy rendroit juftice. Mais le marchand, non content de cetteréponfe, s’cn alia faire íès plaintes au Roy, qui le renvoya auífi-toft à AlUculi-chan , avec ordre exprés de dédommager le marchand de fa perte, felon 1’eftimation que luy-meíme feroit de fa marchandife* parce que le Ché#.
  • j84 voyage de moscovie, Í.Ó37. n’avoit point eu le foin de cenir les chemins libres, & qu’il avoitnegligé de faire vne exa&e recherche du vol: à quoy le chan fut contraint d’obcir. Le Cabaretier de Ton cofté, voyant fa fortune aueunement relevée par cette aubeine , & ne fe voulant pascontenter d’vne feule femmc, efpoufa encore vne feconde, quilpritdansle bordel, mais iln’en eut point d’en- fans. Il avoit vn fils du premier lid , lequel revenant vn jour del’efcole, &c trouvant vn melon entamé dans la chambre , pritla liberte d’en couper vnecofte, & donna par làfujet, ou occafion à la jeune femme de lefrapper. La mere de 1’enfant y furvint, & levengea, non feulement cn fe battant avecíàri- vale, mais auífi par les plaintes quelleen fità.fonmary 5 repre- fentant 1’infolence de cette jeune femme, avec tant d'aigreur, que la patience luy efchappant il la mal-traitta à coups deba- fton. La femme outree de defpir, fut trouver le Chan, Ôcluy conta l’hiftoiredu mulct. Le chan fit auífi-toíl prendre le ca- barettier, & ayant bien averé le fait, lefitpendre. Etdautant que ees femmes avoient defeouvert le vol par vn reílèntiment particulier, plutoft que par aucune affedion qu’elles eufient pourle Gouverneur, ou pour la Iuftice , il les fit violer publi- • quement, Sc les fit chaíler de la ville. Le fils fut vendu, & tons lesbiensducabarettierconfifquésau profit du Chan , qui n’y perdic nen. Les Perfes ne font pas fi difficiles en Ieurs manages, qu’il wcftestoie. fouvcnt qU’vn homme efpoufe la veuve de fon frere : maisjen’ay paspu connoiftre que les inceftes y foient fi com- muns, que quelques autheursontvoulufaireaccroire, ny que le fils fe meíle avec fa mere, ou le frere avec lã feeur. II ne fe trouvepasmefmeque devant le regne de Cambyfes, qui de- vint amoureux de fa foeur, 1 on ait oiiy parler de ces inceftes en Perle, nonplusquenEgyptedevantletempsde Pcolomée. Leurs manages fe font en la maniere fuivante. Ceremonies de Quand vn jeune homme fe veut marier, & porte fes pen- Ieursmariage?.s^es(urvncertain fujet, il s’informe des qualités du corps & de 1’efprit de la filie par d’autres parce que ny luy, nyfes pa¬ rens, ne la voyent point,& s’il la trouve à fon gré, ilenfaitfaire la demande par deux de fes amis , quiontefté fes parains à lã circoncifion, ou par deux autres de fes parents. Cette premie, re deputation n’eft pas ordinairement fort bien receuc j de
  • ET DE PERSELIV. V. 5Sj peur quel’onne croye, que lepereaenvie de fe défaire de fa [1^37. filie. Mais 11 Ton connoilt dailleurs que la recherche n’eft pas defãgreable , onlacontinuê, 1’on trai vailleaux articles, 6c Ton demeured’accordde la dot, laquelle en íe pais-là les parens dumarié donnent, 6c non point ceuxdc la mariée. La dot fe conllituc ouen argent, que le fiancé envoye à la fiancee peu de jours devant lemariage, comme vne recompenfe au pere & àla mere dufoin qu’ils onteudel’educationde leur fille, ou il prometpar le contrad de mariage à fa fiancee vne certai- ne fomme d’argent, ou bien vne certaine quantité de foye ou d’eitoffes, payable au cas de d ivorce. Ces contrads fe paiTent en la prefence du Kafi, ou du Molit qui les fignent. Apres eela on nomme de part 6c d’autre des Procureurs, qui vont au nomdu fiance 6c de la fiancee trouver le Kafi, ou luge d’E- glife,fic’eftàlaville, oufic’eilau village, Te Wo//.t,quiapou- võir du Kafi\>om cét effet, 6c qui apres qu’il s’eft informéde Ia volonté des parents des deux coitez , 6c du confentement des deux contradans, fait le mariage par Procureurs , au nom de Dieu , de Mahomed 6c d'^ilj, 6c delivre vn certificat du mariage. Cette ceremonie fefait ordinairement dans le partículier, le K tfi ou Molla fe retirant ,avec les deux Procu¬ reurs, dans vne chambre fecrete, oubien à la campagne dans vn lieu éloigné du monde 5 depeur que Ton ne falle quelque fupercherieaux nouueaux mariés, ouque l’onnenoucleguil- letteau marie. C’eft: pourquoy quand lemariage fefait en pu¬ blic, devant leK.i/i, comme cela arrive fouvent, par ceque les Perfesont lafuperftitionde reglerles actions de cette im¬ portance fur le poind de certaincs conftellations, qu’ils croyent leureftre heureuxoumal-heureux, 6c qu’il arrive que leluge nepuiiTepasquitterlesfondionsdefacharge, Ton oblige tous ceux quis’y trouuentpreientsd’eftendreles mains, afin qu’ils ne faitent point defortfous Jeurs veiles. Le Perfe, que nous avonsamenéenHolftein,nousaraconté, quelorsquil iema- ria , vn des parents de íã femme coupa vn galon bleu de fa vcfte, dont il fitfes enchantemcns, qui le rendirentimpuiílãnt pour plus de deux ans 6c demy, 6c jufques àce qu’ayant fçeu qu’vn forcier de Seraò avoit le fecret de luy ofter le charme, il le fpt trouver. Ce pretendu forcier ou magicien, qui eftoic eftropié des pieds6c des mains, levoyantarriver, luy dit, qu’ilfçavoit E E ee
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  • ET DE PERSE, LIV. V. 587 aflemblées, qu’ils font fouvent exprés pour cela. Leurs P oêtes 16 3 7. ne manquent point de fe rendre àcesfeftins, 8c font vne bon¬ ne partie du divertiíTement que l’on y prend, particulieremcnt le lendemain des nopces 8c le troifiéme jour. Entr’autres ils lèrvenc vn grand plat de bois, plein de fruit, au milieu duquel íevoit vnarbre, a yant achaque branche dufruid 8c des confi¬ tures feches, 8c fi quelqu’vn de la compagnie en peut attraper quelquechofe, íãnsquele nurié s’en apperçoive, fon adrefle eft recompensée d’vn prefent, que le marié eft oblige de luy faire j maiss’ilyeft furpris, íl faut qu’il en fade reftitutionau centuple. Ilsontaulfilacouftume , fi quelqu’vn de la compa¬ gnie manque de fe trouver le lendemain à 1’heure que l’on a prife pour le diíner, de le coucher fur vne efchelle dreflee , la tefte en bas, 8c de le foiietcer d’vn mouchoir entortillé , fur les plantes des pieds, jufques à ce qu’il fe rachette. Ils ont auífi leurs danfes, mais d’homme à homme, 8c les fem¬ mes danfcnt entr’elles dans vne chambre particuiiere , oh les violonsn'entrent pointy mais ils fe tiennentà la porte. Dés le lendemain du mariage le nouveau marié íe baigne, l'hiver aux bains, qui font fort frequents en ces quarciers-là, 8c l’efté dans la riviere, ou dans le plus proche torrent: mais la mariée fe baigne aulogis. Sur leíòir l’on met devant chacun des conviez , dans vn mouchoir de toile de cotton à fleurs, Dont ii, fc fcc-; deux cueillerées de Chinne , qui eft la drogue, dontilsfeíer- vem. vent pour mettre les ongles 8c les mains en couleur. Apres ce¬ la les conviez font leurs prefens. S’ils ont pris vn peu trop de vin , comme cela arrive íbuvent, ils couchent au logis ou ils ontfoupéj parcequeleguet, qui fait vne tres-exade garde la nuid , nepermet point que Ton aille par la rue íàns lanterne. Ceux quiíònt encore capablesdefe conduire, donnent dequoy boire au guet, 8c fe font efcorter jufques en leur maifon. Acepropos je diray vn motdubel ordre, que l’on voit efta- L’orJre ponrle bly par toutes les villes de Períè pour le guet. Dans ^4rdebtl il y Suct: a quarante hommes, qui font la patroiiille inceílamment , pour empefcher les defGrdres 8c les vols, avec d’autant plus de vigilance 8c d’exaditude , qu’ils font obligez de dcdomma- ger ceux qui ont efté volez. C’eft pourquoy nous-nous reti- rions quelquefois à ijpahan apres minuid , du Convent des Auguftins, qui eftoit efloigné de plus d’vne demy lieue de no- E E e e i j
  • 576 v;OYAGE DE MOSCOVIE, 1637. fter Iogis, fans que jamais nous ayons faie aucune mauvaife rencontre : 8c fi quelquefois dans cette grande ville nous-nous égarions, leguetavoitlefoindenous rameneraux flambeaux, jufques au logis.L’on dit,que Schacl}j4l>at,vou\a.v vn jour éprou- ver la vigilance de ces géns-là/e laifla volontairement furpren- drepar eux, 8ceuftefté mené cn prifon,s’il n’euftcfté reconnu par vn dela compagnie; quilefitconnoiftreauxautrcs, quife jetterenttousà fes pieds , pour luy demander pardon 5 mais il leur temoigna, quileftoitfatisfaitde leurfoin , & leur dit, qu’ils avoient fait ce qu’ils devoient fairc : Qujl cftoit Roy le long du jour, mais que e’eftoit à eux à avoir foin du repos public Januir. S’llarrive, qu’apreslemariagela mariée foit obligee dede- meurerau logis du pere de fon mary, il nc luy eft pas permis de paroiftre devant fon beau-pere avec le vifage découvert, 6c encore moins de luy parley jufques à ce que le beau-pere aitachettéfa parole , 8c qu’illuy ait donné vn .habit neuf, ou vne piece d’eftoffe pour en faire vn, afin de 1’obliger à parler. Mais avec tout celaellenes’oferoit pas découvrirle vifage en fà prefence, ny mefme la bouche en mangeant: car elle attache vn morceaudelinge, qu’ils appellent ujchmahn , aux oreilles, en forte qu’illeurpendfur la bouche, pour empefeher quel’on Jes voye manger. Les Perfestiennentleursfemmes encore plus eflroittement reíTerrées quelesltaliens, 8c ne foufFrent point qu’elles ail- Jent à TEgliíè, ou qu’elles fetrouvent à des fcftins, fl ce n’eft avecleurs maris 5 8c vne femme nepourroit jamais fejuftifier , fiellefouffroitqubnlaviftau vifage * quandmêmeelleaccor- deroit cette privautéàvn des plus proches parens de fon mary; ce qu’elles obíêrvent aufíi dans le logis, ou elles font enfer- méescommedesprifonnieres. Quand les affaires les obligenc àfortir, fi e’eftapied elles fe couvrent d’vn voile blanc, com- med’vn linceul, qui leur vajufques à my jambe , 6c íi e’eft à chevalellesfe mettent dans des caiíles, ou bien elles íe cou¬ vrent fi bien le vifage, qu’il eft impoífible de les voir. Wariag«ponr *-es Ceremonies, dont nous venons de parler, fe font pour certain tips, les mariages ordinaires j maisil y a outre cela encore deux an- tresfortes de mariages, quel’on faitd’vne façon toute parti- culiere. Car ceux qui font obligez de fejourner hors du lieu
  • ET DE PERSE LIV. V. de leur demeure ordinaire, Sc qui neancmoins ne fe peuvent i6yj. pas refoudre d’aller loger dans des lieux publics, prennenc des femmes pour vn certain temps, en leur payant vne cer- taine fomme, ou par mois, ou pour tout le temps qu’ils ont à demeurer enlemble. Ils appellent cette forte de mariage Mit tehé , Sc pourles rompreil n’eft pas befoin de lettres de divor¬ ce j mais le temps du contra# eftant expire , il fe diiTout de ioy-mefme * ft ce n’eft que d’vn confentement mutucl ils le veullent prolonger. La troiíiéme façon de fe marier , e’eft quand quelqu’vnfe fert d’vne efclave qu’il a achcttée, Sc ce font ordinairement des Chreftiennes de Georgie , que les Tartarcs de Tagtfjh.in dérobent, pour les vendre en Perfe. Lesenfans qui en naiftent, auííi bien que du Mittehé; fucce- dentaupere, concurremment avec les autres enfans , qui n’y trouvent point d’autreavantage, que celuy que l’on a accor- dé à leur mere par foncontraftde mariage : mais les vns Sc les autres font legitimes 5 parce qu’ii l’exemple des anciens Egy- ptiens, ils coniidererit le pere, commele prineipede la gene¬ ration, Sc difent, que la mere ne fait que fomenter Sc nourrir l’enfant quand il eft conceu : Sc e’eft pourquoy ils difent auffi, que les arbres qui portent fruit font lesmafles, &queceuxqui n’en portent point, font les femelles. Quand les femmes font en travail d’enfant, & ont de la pei- Superftitioa nc á accoucher , les parents Sc voifins courent aux efcoles, des Petfcs. Sc font vn prefent au Moll.% t pour 1’obligeràdonner congé à fes efcoliers, ou bien a pardonner à quelqu’vn qui a merité d’e- ftre chaftiéj s’imaginans que par la liberte qu’ils font donner à ces efcoliers, la femme malade eft foulagée, Sc fe defehar- gedefon pacquetavec plus de facilite. C’eft auiTi en cette in¬ tention qu’ils lafehent leurs oyfeaux , Sc qu’ils en achettent fouvent exprés, pour les mettre en liberte. Ils en vfent de mefrne pour lesagoniíâns, qui ont de la peine à mourir. Les Mofcovites lafehent des oyfeaux, quand ils vont à confefte j croyans que toutainfi qu’ils permettent aux oyfeaux de s’envo- ler, Dieuéloigneraaufti leurs pechez d’eux. Les hommes fe donnent vne liberte entiere de voir des Usfoutjatou femmes quand il leur plaift, mais ils oftentà leurs femmes cel- lederegarderfoulcment vn homme, tant s’en faut qu’ils leur permettent de les voir dans le particulier} tant leur jaloufic eft E E e e iij
  • 590 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1637. grande. Les fautes que les femmes font contre la Foy qu’ils dol- ventàlcursmaris, fontirremiilibles, ôciln’y en a point qu’ils chaftient avec plus de feverité, &avec plus de cruauté. L’on nousenraconta vn exemple, qui eftoit arrive en la Province de Lenkera , du temps de Schach >Abcu : lequel ayant fçeu , qu’vndeies domeftiques, nommc Iacuptzanbeg, Kurt^i Tnke- nan-, c’efHdire , qui avoir la charge de porter Parc Seles flef- chcsduRoy, n’eftoitpas trop bien en femme, Pen fit adver¬ tir , &luy fit dire, ques’il vouloitqu’onlefoufFrifta la Cour, & dans des fondions de fon employ , ilfalloit qu’il nettoyaft íàmaifon. Cét advis, & le déplaifir qu’il eutde Pinfidelité de AHulteic cru- fa femme, joint à la connoiflance que toutc la Cour en avoir cií'meiltPun>’> &auhaZard qu’ilcourroit de oerdre fa fortune, le mirent en telle rage, qu’il alia droit au logis, Sc tailla en pieces, non feu- lement fa femme, mais aufTi fes deux fils, quatre filles & cinq femmes de chambre, nettoyant ainfi fa maifon par le fang de douzeperfonnes , la plufpart innoccntes, afin d’eflre con íer- vé en l’exercice de fa charge. La Loydu pais leur permet de tuer Padultere avec la femme , en les furprenant en flagrant delid. Ces accidents n’y font pas bien extraordinaires, & le lugerecompenfe d’vne vefte neuve celuy qui fait vne execu¬ tion de cette nature : le penfe que c’eft pour luy donner le fa- hire, qu’il euíl eflfe oblige de payer au bourreau. Le divorce y Le divorce y eft permis, Sc la diilblution s’y fair pardevant < permis. je iUge^ avec connoifTance de caufe : car il ne permet pas feulementauxhommes, maisauifiaux femmes dc donner des lettres de divorce, pour des caufes legitimes, non feulemenc pour adultere, mais auffi pour plufieurs autres chofes.L’impuif. íãnce declare plutoft lemariage nul qu’il ne le rompt, &l’a- dultere s’y punit de la façon que nous venons de dire. L’on nous raconta qu’vne femme., voulant eftre feparee de fon mary, 1’accufad’impuifiance. Le mary pria le luge d’ordonner à la femme qu’ellcluy grattafUedos: mais elle dit, jetel’ay fi fouyent gratté, que j’en fuis lafle, 8e tu ne m’as jamais grat- tée-làou il me demange. Vne autre accufa fon mary d’avoir voulu abufer d’elle, contre Pvfage ordinaire j furquoy le luge luy permit de fe feparer de luy,Sc fit chaftrer le mary. Ils fe re- marient apres le divorce,tant les hommes que les femmes, avec cctte difference neantmoins,queues femmes font obligees de
  • ET DE PER/SE, LIV. V. 591 demeureren viduité trois mois Sc dix jours, tan t pour cÕnoiftre 1657. íi elles font groíTes, que pour leur donner le loiíir de fe reconci- lier, fi l’envie leur en prend. LesTurcs, fuivant la doctrine de Hanife, ont en cela vne couftume aílezbrutale , en ce qu’en Turquie 1’onpeut bien fe reconcilier apres le divorce, mais quand vn homme a rcpudié fa femme rrois fois, ou fien la re- pudiant il die feulement , e’eft à dire, je te renonce trois fois, il ne la peut pas reprendre , s’il ne permet que le Molla nomme vn homme, qui couche auparavant avec elle en fa prefence,ou bien au deffus de fa tefte, en forte qu’il en puiíle avoir cõnoiíTance cerraine. Ie ne voudrois pas avoir écrit vne chofe fi extravagante, fi je ne m’eftois efclaircy de cette verité par des perfonnes de condition, ou Tures de naiíTance, ou qui ont fejourné plufieurs années à Conftantinople, qui nVonttousafleuré, que de foixante-deux fedes, dontla reli¬ gion Turque eft composée , il y en a plufieurs qui ont cette couftume , 8c me fines qu’ils donnent de 1’argent à ceux qui leur rendentcebon office. Il y enaqui fe contentent de faire coucher aupres de la femme vnjeune garçon, incapable decon- fommer le mariage, qu’ils ne font faire que par forme, Sc pour pouvoir affermirleleur. L’on conte àce propos, que du temps que Pon ne foufífoit riaifimt cõte. point d’autre religion à Sultlunie que la Turque, quoy qu ily euft vn grand nombre de perfonnes, qui en leur particular faiíoient profeífion de la religion Períe, le Sulth&n, eftant vn. jour en colere contre fa femme, luy dit le mot vt^kitaL; de lòrte qu’eftant oblige par la Loy à luy donner des lettres de di¬ vorce, il s’en repentit auííi-toft , &L ne pouvantfe refoudre à foufFrir qu’vn autre la violaft pour la luy rendre ,.il demanda A fesEcclefiaftiques, s’iln’yavoitpointd’/^» , qui la peuftdif- penfer de la feveritè de eette Loy. Et fur ce que le M ufti, & les autres Preftres Turcs, luy dirent, que cette Loy eftoit indif- penfable, ilvoulutécouter vn certain Mòlla, nommé Htffan Kafchi. Cét homme eftoit de naiíTance Perfe, & en reputation de bouffon , Sc de tourner en raillerie les chofes les plus fe- rieufesj e’eft pourquoy l’on n’euft pas fait beaucoup de refle¬ xion fiirce qu’il dit, qu’il fcavoitvn/»uw, qui diipenferoit in- failliblement le Sulun , fans la paffion que celuy-cy avoit de rep rendre fa femme, qui eftoit fi grande, qu’il preftoit I’oreilr
  • iW(<»,EmpereurdesTurcs ,s’efiantvnjourfafche con- treíà femme, prononça dans l’emportement de lacolere l’a- yt%aL contre elle. 11 s’en repentit bien-toft, pareeque íà femme eftantvne des plus belles du monde , il ne fe pouvoit pas reíôurdre à l’eloigner d’aupres de luy, & ne la pouvant re¬ prendre aufli, fans la fairepafler par les mains d*autruy, ils’ad- vifa delafairecoucheravecvn L)eVz/«, de lafe&ede ceux que l’on appellçJDervii raji{eli-3dont la Sainteté Sc aufterité de vie eftoit
  • ET DE PERSE, LIV. V. J93 cíloit en fi grande reputation, qu’il n’apprehendoic point qu’il la touchaft. Or il faut remarquer que celuy qui couche ainfi avec la femme, 1 cipouieauparavant iolemnellement, Sc apres cela il fait divorce avec elle$ autrementce feroit aduitere So- liman doncques ayantfaitfaire le mariage de fa femme avec le Pervis, files fit coucher cniemble : mais ils fe contenterentii l>ien 1 vn 1 autie Sc devant que de fortir du lief ils demeurc- rentfi bien d’accord, que le Iendemainils protefterent qu’ils s’aimoient, Sc qu’ils nefevouloient point feparer.-de forte que la Loy neles pouvant pas contraindre defairedivorce, Solimam rut contiaintde luy laiílcríà femme* cjui íe retira avec ion horn- me en Perfe, oinl fit vn puiflant eftabliflement, parle moyen de fa femme, qui cíloit fort riche. Il ne fcpeutque d vnfi grandnombre de femmes il ne naif- fe aufii vn grand nombre d’enfants. Et de fait il y a des pe- res, quienontvingt-cinqou trente. Maisl’education moder- neeíl bien differentede celle des anciens-, en ce que l’on ne les fait plus nourrir parmvdes femmes, Selespercs nelesélofi gnenr plus d’eux juíques à vn certain aage, comme Ton fai.. loit anciennement j lors qu’ils ne les adinettoit en leur pre- iencequ ilsn euftent quatreans, a cc que dit Strahov , ou cinq ieloii Herodate, oil iept felon Valere Maxime. Auffi nelesexer- ce-on point aujourd’huy à tirerde l’arc& à monter à cheval, comme Ion faiioit autrefois ^ mais on les applique de bonne heure au travail, ou on les envoye à l’efcole, pour apprendre alireSeaecrire 5 n y ayant quafi point de Perie , de quelque condition qu’il foit, quine fçache 1’vn &l’autrc. Lcurs ouMofijuees, oix ils ierendentpourfaireleurs prieres,leur fervent auifi d’efcole.Iln’yapointde villequi n’ait autantde Mct%id qu’elle a de rues, chaque rue eilant obligee d’entretenir vn M er%td, avec ion Molla, qui eft comme le Prin¬ cipal du College, Sc avec le Califa, qui eft le regent. Le Molla fe met au milieu de laclafte, Sc lesécoliers toutal’entour, le log desmurailles. Dés qu’ilscommencentàconnoiftreles cara&e- res, on leur fait lire quelquescliapitres tires del ’^ilcoran, Seen fuitte tout V Alcoran. Apres cela on leur donne le Kulujlhan, ou le Rofier de Schicb Saadi, Sc fon Bn Jim ou verger, Scenfin le Hafis, qui a mis le Bujlan en rive. Ces derniers auteurs, qui eftoienc tous deux de Schiras} qui eft 1’ancienne Perfepolis, FFff 163 7. L’cJucation desenfaus.
  • *53 7- Papier, L'aucrc. 594 VOYAGE DE MOSCOVIE, ou la langue eft en fa pureté plus qu’enaucun autre lieu de Per- fe,c’eft pourquoy l’on nc les efti me pas moins pour la beauté de kur ftile, que pour larichefle de leurs inventions. Les enfans lifent touthaur, Sc tousàla fois,vnmefme texte, femouvans tous d’vn mefme branfle d’vn cofté à l’autre , de lafaçon que L’cfcriture. pen voit le vent mouvoir les rofeaux. Us écrivent tous fur le gcnoiiil, quelque part & en quelqueaagequ’dsfoient; parce qu’ilsn'ont point l’vfage des tables ny des lieges. Us font leur papier de vieux haillons , comme icy , qui lont le plus iou. vent de cotton ou de foye ; & afin qu’il n’y refte point de poilny debofle, ils Tvniflent avec vn poliiToir, ou bien avec vneecailled’huiftre, ou de moulle. Iis font leur ancre def- corcede grenades, ou bien de noix de gal 1 es Sede vitriol ; Sc afin de la rendre efpoiile , St plus propre à leur eferiture, qui a beaucoup de corps, ils font bruler du ris ou de i’orge 5 le re- duifent enpouldre, Sc en fanevne paftedure, qu’ils d’eftrem- pent avec de l’eau gommée , quand ils veulent eferire. La meilleure eft celle qui vient des Indes, laquelle, quoy qu elle ne foit pas toute également bonne & fine, eft fort propre pour leurs plumes, que Tonne tire point des aides desoylons, com- Esicspiumes. nieponfaitenEurope, parcequ’ellesferoienttropdures pour leurpapier, qui eftant de foye o.idecotton, eft trop tendre , mais ils les fontdecanne, & vnpeuplus gro/Tes que nos plu¬ mes. Elies lont brunes par dehors, Stonlesapportelaplufpart de Schiras,ou bien du Golfed’Arabie,ouil encroift quantité. Les Perfes ont leur langue particuliere, qui tient beaucoup . del’Arabej maisrien du tout du Turc. L’on y trouve aufli u agueI’ci1' plufieUrsm0tseftrangers, comme Allemans & Latins; en for¬ te que Ton pourroit croire, que ces langues ont vne même ori¬ gine , fi Ton nevoyoit, quecela arrive quafi en touteslcs au- tres; fans que Ton puiíTe conclurre de là, que tous ces peuples viennent d’vnemelmefource. Pour fignifier pere, mere, dens, [buris, vne plume, vnjoug, ils n’ont que les mefmes mots, que Ton trouve en la Langue Latine : le »* Sc le tu lont Latins Sc Perfans, &.du,no, defignifient , auifi bien que ks Allemans: mais ienevoudrois point dire pourtant que les aneiens Goes, Sc les Tartares modernes, font vn meline pen-
  • ET DE PERSE, LIV. V. 595 pic. Ilfaut croirequela langue moderne des Perfcs cft bien *^37 differante de l’ancicnne, s’d eft vray ce que dit Herodote, que tous leurs mots terminoient en S jbien que l’on puifle advoiier qu’ilfonttous fermés, veu quils ont prefque tous 1’accent en la dernicreTillable. Il eftconftant qu’elleeftaflez facileà apprendre, parce qu’elle afortpeudeverbesirreguliers. Et fc’il eft vray,que e’eft la mefme langue que 1’on parloit ancien- nement, les exemples de Themiftocles&d’Alcibiades font connoiftre, qu’on la peut apprendre en fort peu de temps. Tout ce qu’elle a de difficile e’eft la prononciationdu goiler. Lcs Pcri-cs 3p<; La plufpartdesPerfesapprennent,avecleurlangue, celle prennentiau», desTurcs-, particulierement dans les Provinces, qui ont efté Suc Tu,tlue long-temps fous la iuje&ion du grand Seigneur,comme Schi~ yuan, ^4 dirbeifxan, Erak, Bagdad 8c Eruan, oil l’on inftruit mef- mes les enfans en la langueTurque, 8c par ce moyen elle eft devenue fi familiere à la Cour, qu’a peine y entend-on quel- qu’vn parlerPerfan}tout ainfiqu’ala Cour du grad Seigneur on parle ordinairement Ffc/avcn ,8c en celle du A4o£«/lePer- fan. Mais en la Province de Furs, quieft l’anciene de Perfe,&: à Schiru, Tonne parle que Perfan. Ilsne fçavcnt ce que e’eft que de l’Hebreu, du Grec 8c du Latin ; mais au lieu de ces langues, dans Iefquelles les Européens apprennet les feien- ces, ils ont l’Arabe, qui leur eft ce que nous eft la langue La- tine j par ce quel’Alcoran, 8c tous fes interpretes s’en fervent auffi bien que tous ceux qui fe meflent d’eferire des livres de Philofophie&cdeMedecine •, de forte qu’ilne faut point s’e-Lcurs cara&c- ftoner tie ce qu’elle eft fi commune , qu’ils ne fçauroienttes' meifne exprimer leur langue qu’en caracteres Arabes. II eft vray que les fciences n’y font pas íi bien cultivees qu’en Leurs Vnereifi- Europe^maisils ne laiilent pasdes’appliquer à l’eftude, 6cils uz‘ appellent lesfçavansfilofuf. Ilsont pour celaleurs Colleges, ou leurs Vniverfitez, qu’ilsappellent 8c les Profef- feursquiy enfeignent, Mederu. Leurs plus celebres Colleges font ceux d'/Jpahan ,de Schiraf Ardebil^de Mefched, de Ta- bris, de Cd/w/», de Cow, de led8c deScam.ichié; qui font tous fous la dire&iondu Surfer, oudu chef de leur religion, quieft oblige d’avoir foin de leurs apointemens 8c de leur fubfiftan- ce. II employe àcelalc revenu des Provinces qui ne payent point d’impoft au Roy, comme Kochuxch aupres d'Ervan, Vt-
  • S9& VOYAGEDEMOSCOVIE, 1637. T&tht-xuk aupres de Ktrabach, Talxtchmelecl{Cntre\aOeorgieSc Karabach Agdafch & Kcrmeru. Ils ont vne affe&ion plus particuliere pour I'Arithmetique, four la Geometric,pour l’Eloquence , pour la Poclic pour la Phi fique, pour la Morale,pour l’Aftronomie, pour l’Allrolo- gie, pour la Iunfprudence, & pour la M cdecine; parce que la profeftionde ces fciencesleureft vtile. Ils one toutela Philo- i’ophie d’Ariftotc en Arabe, & lappellent Bunj.tpula,e’eft à direlegobelet dumonde: &c y adjouftent* que commc en ne beuvanr d’vn gobelet quebien mediocrement, l’ons’en trou- ve fort bien, & qu en ftenyvrant l’on fe gaffe le corps, Sc Ion fe trouble l’efprit,de mefme ilfaut vferiobremcntdelaPhi- lofophie d’ariftote, & nc Pen enyvrerpoint,mais y garder la mediocrité. L’on enfeigne I’Arithmetique aux enfansdans les efcoles, pendant qu’on leur fait apprendreà lire &; à eferire. Pour compter il le fervent communément des chiffres In- diens, mais les fçavansemployent les carafteres Arabes. Ils joignent 1’EloquenceaveclaPocfiie, & comprenncnt ces deux fciences en fort peu de preceptes, qui conduifent auíli-toftà la pratique. Etde fait, la plufpartdeleurs pieces d’eloquence, qu’ils embellillent de forces hiftoires, & de fen- ifursm-ili-uis tcncesdeinorahte , fonten vers. sujiheurs. Pour la beauré de la langue, pour la ricliefle des penfées r & pour Peleeance des expreifions, ilslifent le Kulu/iban deSclnch Saadiiqu’ils preferent à tous les autres auteurs. C’eft vne piece d’Eloqucnce quoy qu’en vers, toute figuree,& enriclne d’hi. ftoires, de maximes politiques S>cmorales. Audi nefe trou- ve-t’il perfonne qui neveilleavoirce livre,&ily en a mef- mesplufieurs qui Pont fi bien eftudié , qu’is le fçavcnt par coeur, & appliqvent les paflages, les fentenccs 6c les compai- fons dans la converfation ordinaire fi à propos,qu’il y a beau- coup deplaifir alesotiirpaler. Ilsaimentauifil’hiftoire,&li- fent volontiers celles de la vie &: de la mort de leur Prophete 4 b 5 & de fon fils Hojfciv, qui fut tué en la guere contre lefied, qui ont efte eferits d’vn ftile vrayementhiftoriqne &relevé> Ils ont aufli pluiieurs autres hiftoires & Chroniques, Eccleiia. ftiques & prophanes, dela vie & des gueres deleurs Roys,&- mefmes des affaires eftrangers:dont les meilleurs font cel¬ les de Mir chon d'Enwery deZami, de W alchi, de Nuffcgri, £c
  • ET DE PERS, LIV. V. j97 dautres. Maisle meilleurde tous leshiftoriens eft Minhond■> 1637. qui a eferit en fort beaux terrqes, 1’hiftoire de Perfe , en plu- fieuts gros volumes, Sc il eft tenement eftimc, qu’il fe vend dans le pai's plus de deux cens efcus,c’eft pourquoy je ne penfe pasqu’on latrouve entiereenl’Eiiropej quoy que je fçache, que le fieurGoliusProfefíeurdejí langues Orientales Sc des Mathematiquesen 1’Vniverfité de Leiden, en a vne bonne parties,avec plufieurs autres beaux livres de cete nature.Mais iln’y en a point, quien aittant,& qui s’en ferve mieux que l’incomparable Monfieur Gaulmin Confeiller d’Eftat , Sc Doyen des Maiftres des Requeílesjlequel quoy qu’il poífede la premiere Bibliotheque de l’Europe pour cette íorte de li¬ vres, il faut advoiier pourtant, quila vne fi parfaite connoif- fancedetoutes les Langues Orientates, qu’il ne peut plus rien apprendredetous cesautheurs. Cen’eft pas qu’il faille deferer beaucoup à laveritéde leurs Hiftoires, fur tout quand ils parlent de leur Religion Sc de leurs Saints, Car efi Perfe, aufli bien qu’ailleurs, ils ont leurs fraudes pieufes, Sc croycnt que c’eft vne efpecedepieté d’efta- blirles erreursdeleur Religion par des fables, Sc par desmen- ibnges : puis quemefmes dans les hiftoires profanes ils fe don- nent la licence quel’on ne fouffre qu’aux Poetes Sc aux Pein- tres 5 ainfi que Ton peut voir dans la feule hiftoire d’Alexandre le Grand 5 laquelle ils ont rellementdéguisée, qu’il n’yarien qui fe ràpporte à ce qu’tn écrivent Q/jCurce , PlutarqueSc Arrian. Mais quoy qu’elle ne foit pas fi veritable, elle ne laifle pas d’eftre ailez divertiilante, pour en faire icy vne petite di- greifion. Ilsdiíèntdonc, qu’/kunier , c’eft ai nil qu’il sappèl lent Ale- Hiftorc xandre le Grand, eftoitnatif de iunthn, c’eft àdirede Grece. i=uíc d’.Mcxs- Quefonpere s’appelloit Betlimus, Sc que fàmereeftoitfilleduclreicfirandv Roy r^/w/cfcííljquieftoitfils deKckobath. Ilsdifcnt quer^zw- /eWavecufept cens ans. Que c’eftoit le plus fage de tous les Roys qui ayent jamais regné, Sc que c’eft à luy á qui l’on doit 1’mvention desfelles Sc des fers à cheval, de l’arc, de la pein- ture, des tentes Sc du vin. Que l’educarion d’Alexandre fut confide à Anftote, qui fçeut ii bien gagner les bonnes graces de fon diiciple , que ne pouvant fouffnr qu’il le quittaft > il l’obligea de le fuivre en fes premieres guerres, oiul fe feryix FFff'iij
  • 59S VOYAGE DE MOSCÕVIE, 637. fort v ti lenient de fes confeils Car Alexandre ,n’ayanteflcore que quinze ans,s’advifavn jour de demander à A riftote,à qui appartenoic autrefois la Grece, Scayantfçeu deluy quefon ayeul maternel 1’avoir cy-devant poffedé , touteftonnc de íe voirdelpouillé d vníi grand Eítat,il reíolut den faire la conquefte, Sc de porter íés armes par tout lemondc. Pour cét eifet il íe rendit , avec íon Precepteur, à Stampul ou Constantinople,offrir fonfervice au Roy. Ariftotc, qui eftoit vn des plus eloquents hommcs de ion temps ,' fçeuc fi bienrecommandcr les bonnes qualitez d Alexandre, que le Roy luy confia laconduite d’vne armée, avec la quelle ilcçjnquitPEgypte ,8c toutes les Provinces voifines. Apres cela il mena'1’armée centre ceux de Hcbbes , qui fe mi- rent en defenfe, Sc fie fervans de 1’advantage de leurs ele- phans, rendoient tous les efforts d Alexandre mutiles, jufquà ce qu'Ariftote luy confeillade faire frotter de nefte vne quan- tité de rofeaux, d*y mettrele feu, &de les jetter parmy les elephansj ilsfurenttellement effrayezdu feu,qu’ils fe mi- rent en deíordre, &les Webbes endeíroutc j en luittede la- quelle ils furent contraints de fetendre. Delà il alia à Senge- bdt, dont les habitansontde groffes levres, Sc les dents fort longues. Le Roy fe retira avec quelques-vns de fes gens, dans vne tour, ou Alexandre levoulut forcer. Mais ^íriftote luy fit connoiílre qu’eftant maiílre de la ville, il avoit coupé la racine de cét arbre,ôc qu’il le verroit bien-toft tomber fans autreeffort.il crutceconceil, & alia de làà len2e»,&con- quit toutcl’Arabie. Ilallaen fuitte à Aleppo, Erfcrum,Dicirbck avança le long du tigris jufquesà Mofei, &C defeendit apres cela enla Georgie, s'affujettit tout, Sc allaen fuitte à Berde, enla Province d’lran. Encette ville demeuroiten ce temps- làla veuved’vn Roy ,nommée Melkchatun , la quelleenten- dant tous les jours dire des merveilles d’Alexandre ,cmploya plufieurspeintres, pour en avoir le pourtrait, aufll bien que ceux de tous les grands hommes de Ion temps: de forte qu’A- lexandre, 1’eftantallé trouver déguifé, Sc comme Ambaffa- deurd’Alexandre, ellene laiffa pas de le reconnoiftre, Sele conviade differ avec elle. Mais au lieu de viande elle nc fit fervir que des baffins plains d’or, d’argent Sc de pierres pre- tieufes, lep riant d’en faire bonne chere: Sc fur ce qu’Alexan-
  • ET DE EERSE LIV. V. 599 dreluy dit, qu’il n’y avoit rienlàdontilfepuft raflafier ; elle 1^37. luy reprefenta, que c’eftoit pourceschofes inutiles qu’il rui- noit tant de Provinces, Sc canc de beaux pais, capables de pro- duire dequoy faire fubfifter plufieurs millions de perfonnes , & luy remonftra , que quand íl auroit conquis tour le mon¬ de , íl faudroit enfin qu’il mouruft ftiute de pain, s’il conti- nuoit fes ravages , le priant de luy conferver fon Royaume. Alexandre le fit, Sc Ton parle encore aujourd huy de la ía- gefle de cette Reine: de laquelle on conte entr’autres chofes j qu’eftant fort riche, ellene fe foucioit point de faire condam- rer les coupables à des amendes pecuniaires , mais elle les obligeoit à faire des fofles, pour la fepulture des morts , 8c l’on dit quencore aujourd’liuy il s’en voit plufieurs de fa fa- qon aupresde Necht%u&n. Quede là Alexandre alia en Scbirvin, & fit baftir la ville de Dtrbend , la faifant fortifier du cofté de la Perfe , Sc faifant tirer vne muraille par la montagne, jufques à la mer norre , Se baftir des tours de lieue en lieue , pour y mettre des gardes , contre Wnvafion des Tartares. Qtfapres cela il entra en Perfe, ferenditle maiftre de prefque routes les Provinces, & attaqua Darius, qui fe trouvoit alors avecvnearmée dedeux cens mil homines, en la Province de Kn-man. Que Darius eut de I’avantagedans les trois premie¬ res batailles , mais qu’il fut deffuit en la quatriefme, parce qu’Alexandre avoitattiré fon armcedans vn lieu, ou il avoit fait faire plufieurs fofles j qu’il avoit fait couvrir de paille, Sc que Darius mefmey fut pris. Apres cela il alia en choraftn, Sc en fuite jufques aux Indes, ou il fit faire , à la priere des In- diens, vne palifladede fer contre les Pygwées, qui doit fubíi- fterjufquesau jourdu lugement. Apres celaildeffit les Vsbe- ques, Sc en fuitte il touma fes armes contre les. Hebbes, qui s’e- ftoient revoltez. Qj/ayant entre fes mains tant de Rois, il voulut fçavoir d’Anftote, s’il n’eftoit point à propos de les faire mourir. Mais Ariftote luy a.yant rcprefenre, que leurs en- fans fe pourroient vengcr de cette cruauté, il les remit tous en liberte, àlarefervede Darius, qu’il fit empoifonner. Apres eela Alexandre ayant fceu, que dans la montagne de Kef, il y avoit vne grande caverne, fort obfcure Sc noire, dans laquel¬ le couloir de l’ealide l’immortalite, il luy prit envie d’y faire vn voyage. Mais apprehendantd&ségarer dans lagrotte, Sc con-
  • 6oq VOYAGE DE MOSCOVIE, fidercnt la fauce qu'il avoit faite , de mettre les hommes d’aa- gc dans lcs villes 6c places fortes, 6c de n’avoir gardé aupres de ía períonne que de jeunes gens, incapables de le confeil- lcr , il vouluc qu’ on luycherchaft quelque vieillard, du con- leil duquel il fe put fervírencetterencontre. Il n’y avoir dans toutel’armee que deux freres, nommés Chieldcr 6c &Um , qui euíleut leur pcre aupres deux , 6c ce bon homme leur dit, qu’ils advertiífent Alexandre, que pour rciiílir en fon entre- priíe , il falloit qu’ii montaft vne cavalle en entrant dans la caverne, 6c qu’ii laiflaft fon poulin à 1’entrée, 6c que par ce moyen la cavalle le rameneroit infailhblement, 6c fans peine. Alexandretrouvacét advisfi bon, qu’ii ne voulut point eftre accompagné.ence voyage, que de ces deux freres, laiífant le refte de fa fui tte à 1’entree. Il marcha fi avant, qu’ii trouva vne porte íi bien polie, que danscette grande obícurité elle don¬ na aílez de jour pour voir, qu’ii yavoitvn oyfeau attache. Cèt oyfeau demanda à Alexandre ce qu’ii vouloit , il luy répon- dit qu’ii cherchoit l’eau de 1’immortalité. L’Oyfeau continua de demander: Qi/eft-ce qu’ii fe faifoit au monde? Aílez de mal, • dit Alexandre, veu qu’ii n’y a point de vice ny de peché qui n’y regne. Surquoy l’oyfeau s’eilant détaché 6c envolc, la por- tes’ouvrit, 6c Alexandrevit vn Ange ailis, tenant vne trorn- petteà la main, 6c en podure delavouloir porter.à labouche. Alexandre luy demanda fon nom. L’Ange réponpit qu’ii s’appelloit Raphael, 6c qu’ii ne faifoit qu’attendre le conmian- dement de Dieu , pour donner de la trompctte , 5c appeller les morts au jugement 6c demanda en fuitte à Alexandre , mais toy quies-tu? Alexandreréponditjefuis Alexandre,6c je cherche l’eaude l’immortalite. L’Ange luy donna vne pierre , 6c luy die, va-t’enenchercher vne autre de mcme poids que celle-cy, 6c alorstutrouveras 1’immortalité. Surquoy Alexan¬ dre demanda combiende temps il avoit encore à vivre. L’An¬ ge dit, jufquesàcequeleCiel 6c la terre qui t’environne, fe convertiílentenfer, ouàcequedifentlesautres, enor, 6c en argent. Alexandre eilant forty de la grotte, chercha long- temps, 6c ne trouvant point de pierre qui full juftement du même poids, ilenmit vne dans la balance qu’ii jugeoit eftre à peupréségale, 6cn’y trouvant que fort peuà dire, ily ajoufta tantfoit peude terre, qui mitréguille dans la balance: Dieu voulant
  • ET DE PERSE, LIV. V. 601 iant faire connoiftre par là, qu’AIexandrenepouvoit efperer 1’immortalité, qu’apres qu’il feroit enterre. Enfin vn jour Alexandre eftant tombe de íon cheval, dans les landes de Kur, ou de Ghur, on le coucha fur íà cotte d’armes, &. on Ie couvrit de fon bouclier, contre 1’ardeur du Soleil. Les autres difent, que cette cotre d’armes eftoitbrodée dor & d’argent, & que fon bouclier cftoit couvert de lames du mefme metail, & qu’alors il commença à comprendre Ia prophetie de l’An- ge, qu’il vit bien que l’heure de fa mort eftoit prochaine, qu’il mourutenefFet, &; que fon corps fut porte enGrece. Ils adjouftent à cette fable, quecesdeux freres, chidder & Elias, beurent de 1’eau de 1’immortalité, & qu’ils vi vent en¬ core, mais qu’ils font invifibles : tlias íur la cerre, & chidder furbeau: oucedernieratantdepouvoir,queccuxqui fetrou- vent en danger de perir fur 1’eau, s’ils pricnt avec ardeur u Chidder Nebbi , luy voiians vn facrifice ou ofFrande , &c s’ils croyent fermement qu’il leur peut aider, fortent du danger & fauvent leur vie. C’eftpourquoy, s’il arrive que quelqu’vn perit, on l’atnbue à fon increduhte > mais s’il fe iauve l’on croit fermement quec’eft par l’aide de chidder ; auqucl ceux qui íè fauvent dunaufrage, ou dequelque autre peril fur la mer, en rendent tousles ans, à pared jour, des adions de graces folem- nelles à ce Saint. Ces ceremonies ie fontau mois de Fevrier, & ceux qui fe veulent acquittcr de leurs vceux, prient leurs amisàfouper hommes6cfemmes,leurs racontent les particu- larités du danger qu’ils ont couru, & comment ils en onteftc fiuvés, par le moyen de Chidder. Apres cela ils foupent enfem- ble, & font grand chere , mais ils ne boivent point de vin. Cependant ils fervent auifi dans vne autre chambre, plufieurs plats de fruits & de confitures, & au milieu de la chambre ils mettent dans vne efcuelle de bois, pleine de farine de chi¬ ques, vne bougie allumée, & enfortantde cette chambre, ils diíent: chidder Nebbi, fi cetteoffrande teftagreable, témoi- gne-le par quelque figne. Si le lendemain Ton trouve des veftiges dans la chambre , ou des marques d’vnc main dans la. farine, c’eftvnrres bon figne, 8clesamis s’afiemblent encore ce jour-là pour íe réjoiiir. C eft pourquoy les femmes, qui ne fe trouvent pas íouvent à ces feftes, taichent d'entrer dans la chambre, fans queI on senapperçoiye , &prennent vne poi- GGgg i6!37-
  • 6oi VOYAGE DE MOSCOVIE, „fftT çné de farine , afin de faire continuer le feftin. Les Ndflart, 19 qui eft vne forte de Chreftiens d’Armenie,ceiebrent auffi cettc fefte : mais ils y boivent du vin y ce que les Peilcs ne font point. L’on nous racontaá^4rdebtl,qu vn jour vncfemme, fe lervant de l’occafion de cette fefte, avoit enferme ion galand dans la chambre, ou l’on avoitpreparéle feftin pour le Pio- phete, Elle l’alloit voir de temps en temps, Sc ne s’apperqeuc point d’vn fils de quatre ans, qui la iiuvoit, Sc qui voyant vn vifage inconnu fe mit à pleurer (i fort, que le galand prit vne pomme du feftin du Chtdder, Sc la donna a 1’enfant, pour 1 ap- paifer. Mais l’enfant n’eut pas fi-toft la pomme, qu ll cour ut dans la falle, ou il montra a fon pere le prefent que Chtdder 2febbi luy avoit fait. Le pere ne fqachant que croire de cette x vifion, Scvoulantfçavoiríic7?«/on voicl€S poêces en tons les marches Sc en toutes les tavernes, ou ils amufent ceux qui s y trouvent, comme en Europe les saltimbanjues Sc les joiieursde goblets. Tout le monde les fouffre, Sc les grands Seigneurs croyent, qu’ils ne fcauroient mieux regaler leurs amis, qu’en les. diver¬ ti flant pendant le difner par le recit de quelque Poerne. Le Roy mefme, Sc les Chans ont leurs Poetes domeftiques, qui ne travaillent qua chereher des inventions, pour le divertif- fement de eeux, qui les entretiennent, Sc qui ne fe communi¬ ques point aux autres, finon du confentement de leurs pro- te&eurs. L’on connoift les Poetes par leurs habits tqu’ils por¬ tent de la mefme faqon que les Philofophes: fqavoir vne hon- greline blanche , mais ouvcrte pardevant , avec de grandes manches larges, Sc ils portent à la ceinture Vne gibiffiere, ou ils mettent des^livres, du papier Sc l’efcritoire,afinde pou- voir donner copie de, leurs vers a ceux qui en demandent. Leur vefte n’a point de manches, Sc feroit vn manteau ache» vé, ft elle avoit vn collet. Ils n’ont point debas y leurs chaufles dependent jufqu’aux pieds , comine vn pantalon , Sc 1 Hyver t
  • ET DE PERS, LIV. V. 903 iís ne portent que des chauíTons quine vont que jufqu’a la 1637. cheville du pied. Au lieu de Mendil, ou de tulban, ils portent des bonnets. Ceux qui debitent leurs marchandifes au mar¬ che 6c aux tavernes , ont vne efcharpe de pluíieurs couleurs, qui leur ceint le corps au deílus des handles, 8c paílãnt par- deíTus 1’épaule droite va reprendre le bras gauche. La pluf. part de ces gens prennent pour fujet de leurs poeíies la Reli¬ gion desTurcs 8c leurs faints , quilsprennent plaiílr à def- crier. L’on peut bien juger, que parmy vn fi grand nombre de Poetes,íl fe trouve auíli beaucoup de Poetaftres, 8c que là,auíli bien qu’ailleurs, ily a peu d’Homeres 8c de Virgiles. II yen a meftnes qui font aífez modeftes pour adopter les ouvrages d’autruy, 8c qui ayans 1’efprit fterile 8c incapable dcproduire, íècontententdedebiterles pieces de ceux aont la reputation eft eftablie. LaPerfeacela decommunavecla France, auífi. bien que pluíieurs futres choíès , qu'elle n’a prefque point d’autheur qui jufques icy aitreúífi en 1’epique , 8cqua la re¬ ferve de fort peu de Poetes, qui font en grande reputation , les autres font capables de faire pitié. Les meilleurs, 8c qui Lesmeiiiturs peuvent effe&ivement paíler pour bons font Saadi, Wafa,Fir- P°etes
  • éo4 ‘VOYAGE DE MOSCOVIE, í^37* mefmes mots, par lefquels ils ont finy le precedent, comme en 1’exemplefuivanc. Kalem be dejl debtrdn bebes haftr derem Derem be dejl nest led mi ker nauk Knlem. iurif ru- L’eftudedeleurIuriíprudence neíl pas de grandeeftenduc. dcacc.l
  • ET DE PERSE, LIV. V. 6of Ce ncfl pas d’aujourd’huy que les Perfes s’appliquent à Pe- 1637. ilude de 1’aftronomie. Autrefois Pon appelloit Magi ceux qui 1’AÍtionomie. en faifoient profeífion, & aujourd’huy on les appelle Minat- %im , & ils ne s’ajnufent pas tant à la {peculation du mouve- ment du Ciei & desAílres, &à la íeule contemplation de cet- te fcience, qu’aux prognollications des effets que leurs in¬ fluences peuvent produire , ôc à predire les choíes, dont ils croyentpouvoirlire I evenement dans le cours du Ciei. Ainfi c’eft plutoft 1’AftroIogie judiciaire , que PAÍlronomie qu’ils i/Aftroiogie. eíludient5 parcequePvne leur íeroit entierement inutile , & 1’autre leur eft d’autant plus profitable, que quafi tous les Per¬ fes ont cette fuperftition , qu’ils n’entreprennent quaíi rien d’important, qu’ils n’ayentconfultele Pourcétef- fetleRoy, Seles grands Seigneurs cn ont toujours vn aupres. d’eux , qui obferveinceflammentleCiel, & qui predit les mo¬ ments heareux oumal-heureux, pour les affaires qu’ils veulent entreprendre. C’eil pour cela auíli qu’ils difent que 1’AftroIo- gie, qui n’eft qu’vne dependancede l’Aftronomie,eft vne riche filie d’vne mere ft pauvre, qu’elle eft obligee de conferver la vie à celle qui la luy a donnée. Ces gens ne font jamais fans aftrolabe, qu’ils portent dans le fein, afin de pouvoir faire vn theme dés qu’ils cn font requis: maisilsont biende la peine à reuifirauxgenethiaques, Sc particulierement à ceux des per- fonnes de condition mediocre : parce que n’ayans point d’hor- loges, ils ne fiçauroient remarquer bien precisément l’heure » Sc encore moins les moments de la naiíiànce, que les grands Seigneurs font obferver exaclement, par le moyen de l’a- ftrolabe. Pour enfeigner PAÍlronomie, ils n’ontny fphere armillaire ny globe j c’cft pourquoy ils eftoient bieneilonnez de voir en¬ tre mes mains vne chofe, qui eft fi commune en Europe» le leur demanday s’ils n’en avoient jamais veu. Ils me répondi- rent que non 5 mais qu’autrefois l’on avoir veu en Perfe vn fort beau globe, qu’ils appellent Feltk, qui s’eftoit perdu pendant la guerre qu’ils avoient eue contre les Turcs. C’eftoit peut- eftreceluy que Sapor, Roy de Perfe, avoit fait faire de verre, qui eftoit ft grand, qu’il pouvoit s’aileoir dans fon centre , &c voir le mouvement des aftres, &; devoit fans doute eftre fern- blable à celuy d’Archimede , dont parle Claudian en I’cpi- GGgg iij
  • éoó VOYAGE DE MOSCOVIE, ii?37. gramme,qui cõmence Iuppiterinparvo cum cerneret xtheravitro. L’antiquite a pu admirer ces ouvrages, mais elle demeur^ro t fansdouteinterdite, ft elle voyoitle globe, queleDucdeHo/- ^e/wafaitfaireeníavillede Gottorp. C’eft vn globe double, fait de cuivre, qui a dix pieds Sc demi de diametre,en íbrte que das íaconcavitédixperfonnespeuvent s’afleoir à vne table qui eft fofpenduc, avec fon bane, àl’vn defespoles. L’on ypeutvoir, par lemoyend’vnhorifoninterieur, comment les aftres, Scle .Soldi mefme, fortantde ion centre fe meutde foy-mefme par fesdegrez écliptiques, Sc fe leve & fe couche reglément. Le mouvementdece globe fuit exadement celuy du Ciel , 8c le Frend de celuy de certaines rougs, pouffees par de l’eau que on fait defeendre d’vne montagne , 8c que Ton luy donne d mefure qu’il en abeíbin, íèlon larapidité de fesfpheres. Annéc Lunaire Les Perfes reglen t leur année fur la Lune, auffi bien que fur &t^laircen k Soleil 3 de forte qu’ils ontdes Solaires 8c Lunaires, fça- voir ceux-cy pour leurs feftes, 8c pour les ceremonies reli- gieufes, lefquelles font affedées d certains jours du mois, 8c cesmois, commençans Sc finiflans avec la Lune, font 1’annee plus courted’onze jours que la noftre. Leurannée Solaire eft, de trois cens foixante-cinq jours, Sc eftoit telle dés le temps d’Aiexandre le grand, ainfl que Q^Curce le marque bien ex- JireíTément, auliv. 3. Chap. 7. de ion H>ftoire:ouiIdit,en par- ant de 1’équipage de Darius , qifapres les Mages iuivoient trois cens foixante-cinq jeunes hommes, pour égjler lie nom- bre des jours de leur année, qui eft composeed’autantdejours: . Lour jour dc c’eft à dire de douze mois de trente jours, Sc de cinq jours fu- l-An. pernumeraires. Elle commence du moment que le Soleil, en entrant dans Iefigne du belier, fait l’equinoxe, Sc rameine le premier jour duPrintemps. Ils appellentcejour laATawm, ou Neurus, c’eftddire nouveaujour. Ils comptent les années de leur aage felon le cours du Soleil $ de forte que pour i’expri- mer, ilsdifentqu’ilsonttantde Nturns, e’eftadire tant d’an- nées. C’eft vne des principales fondions du que d’obferver avec 1’aftrolabe, l’heureux moment, auquelle So¬ leil atteint l’equateur , Sc dés qu’il 1’indique tout le monde commenced feréjouir. Leur epoque eftl’Hcgm*, oula fuitte de Mahomed, qui fe rencontre au lo.Iuillet, del’an 6iz.deh naiflance de noftre Seigneur. v
  • ET DE PERSE, LIV. V. Soj LesPerfes avoient autrefois leur Almanach , ou Takhiiim, qui leur eftoit particulier, 8c chaque jour du mois avoit fon ^ nom de quelqu’vn de leurs Roys, ou Heros, comrae Oromajda Bckemtr, sidarpahafcht ,'S' h*h
  • 60S VOYAGE DE MOSCOVIE, 1637. pour faire Icurs prieres. Us eftiment le Tfcharfchembc le plus mal-heureux de toute la fepmaine. lis aiment 1’Aftrologic avec paffion , 6c à 1’exemple des Chaldéens, done ils ont íàns doute appris cette ícience, ils y font fi fuperftitieux , que non feulement ils croyent abfolu- menc tout ce que les Aftrologues leur difent , mais auífi les perfonnes de condition nefont point d’afFaire d’importance, n’entreprennent point de voyage, 6c mefme ils ne voudroienc pas prendre vn habit neuf, ny monter à cheval, ny fe baigner, íàns avoir coníulté le 5 qui a d’autant plus de credit parmy eux, que bien fouvent ils jqignent à Ia vanité de leur art, vne profeffion, quin’eft pas moms trompeufe que celle- là, qui eft la Medecine. Leur croyance eftfondée fur l’opinion qu’ils ont, auffi bien que les Arabes, que les aftres font gou- vernés par des intelligences, qui ont vn pouvoir abfolu fur les chofes iublunairesj fi bien qu’il n’eft pas bien difficile de les faire acquiefcer aux predi&ions des aftrologues. Ces gens font ou charlatans ou magiciens, qui par leurs equivoques trom- pent ceux qui les confultent , á deiTein de leur troublcr le cerveau, 6c de les fourber, comme cét Eftienne Alexandre, quienprediíànt à Heraclius, qu’il periroit dans l’eau,l’obligea à faire combler tousles lacs 6c eftangs dans toute l’c ft .‘ndue de I’Empire. De la mefme façonfut trompé Jean Menard , Me- decindeFerrare , auquel 1’on avoit predit quil periroit dans vnefoílè.llles evita toutes,àla.referve de cclle d’vne jeunefem¬ me, qu’il épouíà eníàvieillefíe, 6c qui luy abbregea fes jours vifiblement. Ils attnbuent à chaque heure du jour vn des fi- gnes du Zodiaque, fçavoir à la premiere celuy du Belicr, à la deuxiéme celuy du Taureau, 6c ainfienfuitte 5 6c ils croyent qu’ilyaen chaque mois des jours mal-heureux, particulierc- ment le 3. 6c le 5. ôcle 23. 6c leiy. de chaque Lune. *dl>uh
  • ET DE PERSE, LIV. V. Co, íínon luy feul. C’eft pourquoy le Califc Alxmun, qui vivoit en tfyj, ce temps-la, voulut faire faire íon horoícope par 1’illuftre aftro- logue MbumxUr ? qui trouva, qu’il avoit fon afcendantau Taureau, que Iupiter, la queue du Scorpion, Sc Venus regar- doient, Sc que leSoled Sc la Lune eftoient au meíinedegré d’afeendant. L’autrehiftoireeft d’vn Medecin, noramé Tabet H irenfis, qui en taftant le poux d’vn homme , luy dit, qu’il avoitmangéduveau, Scdela bouillie,dontié laicteftoit tour, né : fans qu’il fçache rendre aucune raiíon de lòn dire, finon que ce Medecin euft vn inftind particular, Sc que cette fa¬ culte luy euft efté donnée par quelque influence, fccrette Sc particuliere. Neantmoins' avec toutleur prejugcpour les influences des aftres, ils ne laiflent pas de deferer bcaucoup au íort, Sc de cherchcrpar laleíecretdcschoíès, qui neiont pas encore ar- ri vées, ou dont la connoiflance eft fort difficile. II eft vray qu’il n’y-a que les femmes quafi, qui s’amufent à cette forte de devins , qui ont leurs boutiques ou eftaux au Maidan, aupresdu Dotvlet chane, Sc quiprcdifentparielorten deux façQps. Les vns, que l’on appelle Remain ont feptou Euiift dés enfiles dans deux brins de fil d’archal, Sc predifent par la rencontre des dez. Lesautres, que 1’onappelleFalkir. y apportent bien plus de ceremonies. Car ils ont devant eux, fur vnetable, trenteouquarante petitesplanches, de la gran¬ deur d’vn poulce, fort minces Sc fort vnies,quiíontmarquées de certains carafteres ducofté que Ton ne voic point. C'eft fur vnede ces petites planches, queceluy qui defire fçavoircequi luy doit arri ver, met fon argent, que le Falkirk rre auifi-toft: Sc c’eft fans doutece qu’il y a de plus certain en toutce myftel re. Apres a 1 x ft fueillette vn Livre qu’il a devant luy, de 1’eii poifleur de trois doigts, dont les fueilles font peintes de tou- •tes fortes de figures j commed’Anges, de demons, de fa tyres, de dragons Sc d’autres monftres, Sc il ouvre le livre à diverfes reprifes, jufques à ce qu’il en rencontre vne, qui fe rapporte aux cara&eres de la planche. Ce qui nefe fait point fans mar- motter entre les dents plufieurs paroles inarticulees,Sc inintel- ligibles, Sc c’eft-là lapredi&ionlaplus afleurée qu’ilsaycntpar- myeux- , , vmrt-vd. ■ Le gouYernement politique en Perfe n’eft pas bien diffe- a.i-rcnv. HHhh
  • 4 *637- la qualitc de Sopln."j ?io VOYAGE DE MOSCOVIE, rcnrcfe celuy desMoicovites. L’vn & 1‘autre Eftac eftMonar- ch'iqac, & tenement defpotique , que le Prince y gouverne avecvn nouvoir ablolu , failant fervir ia voloncc de Loy, Sc diibofam tres-abfolumentde la vie Sc de* biensdes lujets: qut font dans vne ft grande fujedion , qtiils ne murmurem pas feulement contr?la violence, avec laquelk on tart bicn (on. vent mount les plus grands Seigneurs du Royaume, Ians au- cune forme de proces. , ... . IIsappellent leurs Roys Schacb, Padfchach ScPadifckuh mots qui n’ont quafi qu’vne même figmfication,fcavoir celle de Roy & de Seigneur. Toutesfois 1’Empereur des Turcs en efen- yantauRoy de Perfe, ne luy donne pas la quahtede Sc/^d?, maiscellecfcscWrto^, e’eft A dire d’Ecclefiaftique on de fils ou parent de Prophete. Ceux qui dilcnt que les Roys de Perfe ie font donner la qualitc àerhoda,c eft a dire deDieu,le trompent. Car rhodsbende eft vn nom propred’homme,com- meTheodofe, Theodore, See. Et fignifie oblige a Dieu , ou ferviteurdeDieuj quoy que d’ailleurs ces Princes ioient ailez clorieux, pour prendre des titres extravagants , qui les met- tent au rang du Soleil 6c de la Lune, & qui les font feres & compactions des aftres : ainfi qttMarcelltn le dit de Sapor Roy de Perfe. II eft vray qu’ils ne refufent point ces me- mes titres aux Princes de l’Europe, aveclefquels ilsvivent en bonne intelligence : Car dans les lettres que Sduch-S'ji eert- yit au Ducde H iljiein, il luy donnoit les mefmes qualitczqu il prenoit pour luy. Us ne veulent point quen Pinfcription des lettres on leur donne les titres des Royaumes 6c des Provin¬ ces qui fontde leur obdlEance, 6c S^,uh- Aim ne vou oit point que Ton miftaux requeftes d’autres titres, que la feulequahte deSchach, 6c dit vn jour à vn homme, qui avoit mis plu lieu rs titres à la teftede fa requefte : va, raon amy * res titres ne me feront ny plus puiflant ny plus jiauvre. Donne moy ee.lc de Schach, puis que jelefuis, & que jero’en contente. La plus part des Autheursdonnent aux Roysde Perle, de la derniere race, laqualitédeso/^/ : 6c les Roys mefmes, parti- culieremenr ceux qui ont du zele pour leur religion , pren- nent plaifir à ajufter cette qualité A leurs titres, pour l’amour de sç hichSofiou Set , premier inftituteur de leur fefte: de la mefme façon que les Roys de France prennent la qualite de
  • ET DE PER.SE, LIV. V. ' én Trcs- Chreftien, ceux d’E fpagne celle de Catholique, Sc ceux 1637. d’Angleterrecellede proteclcur de la Foy. C’eft pourquoy ilsdilènc ffmaelSofi , F.cder Sofi: Etc’eft à quoy il faut prendre gardeen liíãnt leurhiftoirej parce que fans cela Ton confond les noms des Roys, & Ton attnbue al’vn ce qui ne doit eítre entendu que de 1’autre LeRoyattmeJe Le Royaumede Períè eft hereditaire; non feulement aux hcK" legitimes, mais auíli, faute de legitimes, aux baftards, Sc aux f fils des concubines: qui fuccedent à la Couronne , auíli bien que Iesautres, Sc on les prefere mefmes aux plus proches pa¬ rents collateraux , Sc aux neveux 5 puis que les fils des concu¬ bines Sc des Efclaves ne font point intellegitimes en Períè, ainíi que nous avons ditailleurs. Faute de fils l’on defere la Couronne au plus proches des parents paternels ,defcendus de Sf/*,quiíbnt comme les Princes du fang, Sc on les appelle Schich EliíenJ. Ils joiiiílentdeplufieurs grandes immunitez Sc privi¬ leges , mais bien fouvent ils font fort pauvres,&ontde fa pei¬ ne à vivre. Les enfans’ des Roys de Perfe aíFranchiíTent les maifonsouils tíaiíTent,& l’on enfait vn afyle ; de forte que íi la Reine accouche ailleurs que dans la vi lie cap itale, l’on ceint la maiibn d’vne belle muraille , pourlafequeftrer des autres. S’ll faut croire Q^Curce, les anciennes armes de Perfe Lcf atmes de eftoientvn croiilant, comme le Soleil celles des Grecs. Au- p«fcr jourd’huy JesTurcs prennentle croiilant, Sc les Peries le So¬ led qu’ils placent leplus fouvent fur le dos d’vn Lyon. Mais dans le grand fçeau du Royaume, l’on ne voit que des caradte- res. Il eft dela grandeur d’vne piece detrente fols, ayant au dedans. Au feulZ)ieu}moy Scbach Sefije fuis efcUve detoutmon casur Sc en la circonference; ~Aly que l’on die de toy tout ce que Von vou- dr& ,je ne Uifferay pits d’eftre ton umy. Qui dev Ant ta porte ne sejlime poudre & terre^quAndce feroit vn Ange que fur [a tefle foit poudrc & tcrre. Aux lettres qu’il envoye aux Prince Chreftiens, il obferve cette civilité qu’il ne met point le fçeau du cofté de 1’écriture , mais de 1’autre code tout en bas. Les ceremonies que l’on fait aucouronncment des Ro'ys de Perfe,ne íè font point à Baby lone, ainfi que quelques autneurs, veulent Eire accroire, ny auffi à K«/4,comme ditMinadous, mais dans la ville d’lipahan. Elies ne font pas íi grandes que cedes qui fe font au facre des Roys en PEurope. L’on HHhh ij
  • t ' r 'ET Í5E TERSE, LIV. V. «,j fmbeU, & vivoit vers Ia fin du quinziefme fiecles. II eftoit Gou. verneur de 1’Armenie Majeure, Sc ayant obtenu plufíeurs vi- i 1 * dboires fur les Turcs , il conquit plufíeurs Provinces à force d’armes, Sc entr’autres aufli laPeríe, done il fe fie Roy. yfum Cajfdn avoittroisfilsVngher Mdntmcd , cdul, ÔC lacup. Le premier fut eftranglé parl’ordre du pere , contre lequel il avoic pris les armes, Sc Ie fecondfuc empoiíònné par le troi- íiefmej de forte cpi'Vfitm Cafjan eftant decedé le 5. Ianvier 1485, lacup luyfucceda j maisilne pofleda pas long-temps lei^up * Royaume ,qu’il avoic acquis au pris du fang de fon frere : car fa femme l’empoifonnapeu de cempsapres fon advenement à la Couronne. Apres fa more SchichEider gendre d’vfum Caf- fan, furnommé Harduellu , du lieu de íà naiilance , pretendoic la fucceflion5 mais elleluy futdiíputée par iuUver , Seigneur Perfan, Sc en fuitte par Sc par Ruflan. 1 LesTurcs, quimefprifoientSchich Eider, â caufe de la baf- feffede fa naiilance, nonobilanclaquelle vÇum cajfanlay avoic donnéíafilleiWrtrí/if, qu’il avoiteue de Defyina, fille de Calo- jean, Roy de Trebifonde, Sc qui le haiiToienc, parce qu’il avoic quicce leur religion, croyans qu’vn homme, qui faiioic pro- fedion de devotion Sc de íàinteté, feroit incapable de ma- nierles armes, Iuy declarerent la guerre , entreient en Pefíè avecvnepuiflãntearmée, luy donnerent la bataille, 8c le dé- firent, ii bien qu’eftant tombe vif entre leurs mains, ils luy efcorcherent la tefte, Sc luy tirerent la peau fur les oreilles. Il eft vray qu’il ya vne ft grande varieté dans les auteurs Per- fes touchant cette hiftoire, que nous avonsefté obligez defui- vre 1’opinion commune : quoy qu’il y en ait qui difent, qu’£/- der ne rut point Roy, mais que Rujlam, RoydePerfe , appre- hendant, qu’il ne fe vouluft faire Roy , le fit traitter de fa fa- çou que nous venonsde dire. 11 yen a mefmesquidifent, que cela arriva du temps de lacup, fils d’vfum Caff*”- Mais ce quit ya de certain,c’eitqu’en ce temps-là les Turcs fe rendirenc maiftres delaplufpart des Provinces de Perfe , Sc qu’a Ruftan fuccederent .Jyrnat , Carabem&c^lvantes. Schuh Eider qui chagea le premier la quaíité de Schich , e’eft. àdiredeProphetejencelledeScW/’,oudeRoy, laiflavnfils^ nomme ifmael5 maisil eftoit fi jeune,lors du dccez du perer que tout ce quel’onputfairepourluyycefut de le fauver chez H H hh iij
  • «i4 VOYAGE DE MOSCOVIE,' vn Seigneur de In Province de K dun , parent Sc amy de fon pere, nommé PyrChdi ■>, qui luy donna retraitte,Sc continua, de l’inftruirecn lafcCte de fon pere. Dés qu7/w^/fut parve¬ nu en l’aage de connoiilance, Sc que Ion commencaa tccon- noiitre en luy des marques d vn eiprit excellent Sc d vn cou¬ rage determine, il fut coniidere par ceux qui faiioient refle¬ xion fur les predictions de ion pere, qui comme tres-íçavant en l’Ailrologie , avoir public que ion fils feroit des merveilles, comme celuy qui releveroitl’eftat des affaires dePerie , par la conquefte deplufieurs Provinces, Sc par le progres qu’jl feroit faire à íà nouvcllc religion. Et de fait, il tc lervit ii bien de l’occafion, pendant que l’Empereur des Turcs eítoit à Con- flan tinople , bien efloigne des pensees de ce qui luy pourroit arriver du coité de la Perfe, qu ayant envoye des deputez , par le confeil dc Pyr, dans les Provinces Sc villcs voiiincs, il y feeut ii bien faire valoir ies pretentions a la Couronne, Sc fai¬ re mettre coníideration l’intereit de 1 Eitat, Sc la confer- vation de la religion , qu’apres avoir aíTemblé vne armee de vingt milhommes, avec laquelle il partit de Latret^an , cn la ProvincedeKilan, les habitansdes autres Provinces y accou- rurent en ii grand nombre, qu’en moinsderienelle fe trouva cotnposee de plusdetroiscens milhommes. Il alia avee cette armee drpit à Ardelnl, d’ouilchaila les Turcs, ala referve de quelques-vns, qui fe retirerent dans vne rue, derrieie le ie- pulchre de SchickSefi, ou ils demanderent la vie , Sc promi- rent de faire profeilion de la religion des Perles : Sc c eft a caufe de cela, que l’on nomme encore aujourd'huy cette rue Vrumi Mxhdc. Ce fut en cette occafion que 1 oil donna aux Períeslefurnom de KifUbjfchs, de la mamere que nous avons ditcy-deiTus. ^ , Apres la reduction d'Ardebil, Ifmtel alia a Tuhris^ a Scdma- chieòcàlrvtn, Sc reprit toutes les villes Sc Provinces que ies Turcs avoient priies fur fon pere , Sc qu ils avoient toujours poíTedées depuis fa more. En íiiitte de cela il entra en Tur- quie, ouil donna la bataille à l’Empereur , Sc le deffit. Les particularitez de cette guerre fe trouvent en la lettre que Henry Pen/ct, qui eiloit en ce temps-la en Perfe , ecrivit au Cardinal Sauli, 8c elles font toutes conformç? a ce que les Perfes mefmes en écriyent. Apres cette viCtoireilprit Bsg-
  • ET DE'PERSE, IIT, V. í,j d.td, flefre, Kurdcftxn, Diarbek, W&n > Ejjerum, ErfmgM, Units, I^37* *s4diIrfchoiiitf, s4lcb.it t Berdigk, Kxrs,Entakie. 11 n’eutpas íl-toffc aífeuré íes frontieres contre les Turcs ,qu’il tourna íès armes ducoftédu Levant, Sc prit fur le Roy des Indes Candahar, & la Province voiíine , avec Ja mefme facilite qu’il avoit cue à vaincre les Turcs. Ce futapres cette derniere conquefte qu’il aliaà C\/Jwin , pour s’y faire Couronner. 11 n’y demeuraqu’au- tant de temps qu’il falloit pour arhever ces ceremonies, Sc pour faire rafraifchir fes troupes 5 avec lefquelles ll alia en fuiceen Georgie, deffit le Roy de ce pais-là, que les hiíloires nomment Simon I’adfchach , Sc lecontraignit dcluy payer tous lesanstroiscens balles de foyede tribut. Les difficultez, que Scbticb rfnuel Sofl eut à furmontcr en toutes ces guerres, n’e- ftoient pasfi petites, que les Perfes ne s’y ennuyaifent 5 quoy que le zele de la religion leur fift fouiFrir les dernieres extre- mitez , Sc la mort meíme, avec aifezderefolution : bien que ces vidtoires, &; le bon-heur d’lfmael le milfentenvneiihau¬ te reputation, que tous les autres Princes de l’Afie, Sc mefmes pluileurs Monarques de l’Europe rechercherent fon amide, par des ambaíTadesj folemnelles , qui ont donné à nosécri- vains la premiere connoiilànce des affaires de Perfe. Et dau- tant qu’il faiioit vne profeifion toute particuliere de la reli¬ gion des Perfes, Sc qu’il avoit beaucoupde devotion pour Aly, jufques à prendre la qualité de Soft , nos hiftoires parlent de luy comme du principal propagateur, &c mefme comme du premier inftituteur de ccttefe&e. ll mourut â Cafwin, en l’aa- ge de quarante-cinq ans, Se fut enterre à ^irdebil. 11 avoit la reputation de grand lufticier, mais l’on dit qu’il ne faifoit pas beaucoup de difficulté de boire du vin , Sc de manger du pore, Sc mefmes qu’enderiiionde la religion Turque il faiioit nourrir en fa cour vn pore, qu’il faifoit nonimer Bxjxzcth. Schach 1 fmn'tlSoft laiila quatre fils, dontlaifne, nommé Ta- SchachTamas mas, fucceda à fon pere au Royaume de Perfe , plutoil qu’a fès vertus, Sc aux grandes qualitez qui l’avoientfait confide- rer par tout le monde. Les trois autres, fçavoir tfelcxfi .Btirxm ScSor-myrfa, eurent leurs apennages. L’on s’apperceut de ce changement dés fon avenément à la Couronne. Car S'tltxn Sohman , Empereur des Turcs, connoiflant la foibleile du gouvernemenc en Perfe, mit vne puiííànte armée fur pied,,
  • *%• 4X6 VOYAGE DE^MOSCOVIE, entrâ dans le Royaume, fous Ia conduite de Sultan Mur At Sa¬ cha Sc repritfuries Perfes toutce que SchachIfnaelavoitpris fur lesTurcs* à la referve de Bagiat Sc de W an. Deux ansapres Sol,man entra en perfonneen Perfe, ou íl prit Ttkm, &affier -«i, vnefi groflepluye,ac- compagneed’vnfi grand orage , que lesneiges des montagnes voifines eftans fondues, Sc 1'eau eftant debordée dans les va- .Ions Soliman,quisentrouvoitincommode,Scquivoyoit 1’eau vn peu rougie, peut.eftredelaterre, ou elle s’eftoitteinteen paífant, s’ea èpouvanta , leva le fiege Sc fortit du Royaume. Enfaifant fa retraitte il fit ledegaft par tout, mais on 1’obligca à vn combat aupresde Biths, ouil fut entierement défait. Avec tout cela Schach Tamas , en mourant le onziçfme May 1576. aagéde68. ans, 6c en la quarante-deuxiéme annécde fon regne , laiíla vne tres-mauvaife reputation aupres des Perfes, qui parlent de luy avec fort peu d advantage j tant pour ía conduite, que pour fon courage. Ils 1 accufent entr - autres chofes, d’avoir eu fort peu de foin de faire rend re juftf- -ceàíesíujets, Sc d’avoir laiílé l’admimfiration des affaires de fon Royaume à fes Mini fires, comme ont accouftumé de fai- feceux, qui ne peu vent pas aimer vn peuple, qui ne les aime point. On leblafme d’avoir protege Humajum , fils de Select, Roy des Indes , auquel il donna retraitte, Sc la protection contre les perfecutions de Tzelaled n Lkhet 5 fon oncle, fiere puifné de Sdim , qui avoit víurpe la Couronne a fon prejudice^ & le faifoit demander à Schach Tanas , pour le faire mourir. Mais cette a&ion eft tout à fait dans la juftice, Sc ne peutpas eftre mifeen paiallele avec les exemples que l’on allegue , de fa violence Sc de fon injuftice, Sc particulierement avec l’hi- ftoire fuivante. Lav.ifJ.tf, Prince d’Armenie, avoit deux fils, Simon SiVavid, & laiifa au premier , comme à 1’aifné, le gouvernement du pais. David, qni avoit trop de cceur pour fe concenter d vn fimple apennage, trouva moyen de faire vn corps d’armee, ca¬ pable defairepeuràfon frere aifné j lequel apprehendant en effet ce foufievement, demanda fecours A Schach Tamas: qui luy
  • et DE PERS, uv. V. Crj luy envoy a quarànte mille chevaux; avec ordre à celuyqui les 17, commandoit, dcraícher defaire prendre David en vie Sc de le luy envoyer Sc mefmedele faire couronner, s’il avoIt af¬ ez decomplaifance, pourfefairecirconcire : maisa condition delay preferer S>man, fi celuy-cy vouloit fubir la même loy. D <- ^/a,ayanteíteprisen la premiere rencontre, écouta aufli-toíl la propofitiondu Roy de Perle, Sc promic de changer de Re ígmn & de faire hommage de fa Province, file Koy l’y vou- loit cítabhr en la place de fon frere. S-mon témoignà plus de conítance, 5c ne voulut point changer de Religion • cell pourquoy on l’emmenaen Perfe, ot'i on le mit pnfonnier en la forterefle de K. th.d’,& David, qui futappelle apres fa circón- cifion Daut-Chan, futcontraint defecontenter du gouverne- ment de Tifflis. Simon demeura quelque temps pnfonnier : mais la reputation qu’il avoir de bon foldat, 8c d’homme fça- vant, luy donna d’abord la connoillance, 6c cn fuitte i’entiere confidence de ifmael />/. filsde Sth.ubTam.ti, qui luy promit de ie dehvrer de Ia captivité, qui fembloit luy devoir eftre per- petuelle , 6c deleremettreenfesEftats, s’il vouloit fe refou- re a changer de Religion. II le fit, au moins en apparence maislamort precipitée
  • Ifmacl II. fe metcre la Couron r 1 v fe preícnter en cet eftat a Ton pere , qui eftoità 1'excrèmité, votLtprofiler de1'abfcnced'//,».,« & da refus de t UUtb.nie, employs lecred.tque , cn.concon, ,h fcu avoicaopresdesgrands, pourfe fa, re porter fur led.ro- „e La PriocePff=, qui W íeclarée pour les intercftsdes “fcfc confiderant qu’en leur abfence t,,i„ pourroirs cnrpor. ter â des v.olences, qu. 1'empefcheroient de conler.er la ter a ocs v “ fe iut point oppofer ouvertement Couronne a , ne le vouiut pumt ^ • ± de flUX oretentionsducadet, mais fouffnt qu il pnít laqualtede RovP 8de fit reconnoiftre pour tel dans le Palais. Mais elle ea fir fí bien o-arder toutes les avenues, qu’il fut impoffible aux amis d’Eider d’en porter les nouvelles à la vi le. De forte que ce eune Prince commenqant à fe defier de la conduite de fa W & qu‘on ne Pamufoit que pour le facrifier a 1 ambition de fon frere, fe ca cha parmy les femmes, ou SMm^Gcorgun fon oncle maternel, le trouva 6c luy coupa la telle. jrmaei //.eftant parvenu à la Couronne, en 1 aage de qua- rante troisans, 6c faifant reflexion fur ía longue detention , verifiapar fon procede leproverbeancien , qui dit, que le re- Ine APn Prince qui vieníde l’exil, eft toujours cruel & fan- giant. II commenqa lefien par la mort de tous les parents ^ fmisd'Eider, bi de tous ceuxqui avoient confeille a fon pere del arrefter • pourfuivant ceux,qu’il ne pouvo.t pas fame pren¬ dre iufquei lur les frontieres de Turquie, 5c decouvnt d a- bord {’inclination qu’il avoitpour la religion Turque 5 don til fit profeifion ouverte. Pour penetrer dans les ientimens des grandsdu Royaume, il fit count le bruit de fa mort, mais il reflufeitatrop toft pour ceux, quiavoient eu [imprudence de £ure conmXe l’averfion qu’ils avoient pour Ion gouverne- ment- car il fit executer tous ceux quiluy pouvoient donner del’ombrage, 6c y proceda avec tant de cruaute, que fa feeur mefme nefe trouvant pas enfeuretédefavie ne fit jpoint de difficultéd entreprendre fur celledu RoyH e^c°n^anC^ mourut de more violence le a4- Novembre 15 77. 6c qtue ce tut
  • ET DE -PERSE, LIV. V. 619 JPm37* que jufqu’icy 1’on n’a pas encorefçeu,de quelle façon les Per- fesíèfont défaits de ce tyran. Mahomed Apres la mort d7/mdf/II,Pon fçeutfibienreprefenter à Modabendedemeura envie. Minadous remar- que entr’autres, que les Turcs tuerent en vn combat cinq milPcrfes, Sc qu’ils firent trois milleprifonniers 3 aufquelsle General Turc fittrancher la tefte, Sc ayantfait faire vn re- tranchement de toutescesteftes, il s’y aifit au milieu, 8c y donna audiance à vn jeune Prince de Georgie , qui l'eftoit venu faliier. ^ EmirEmfe; Mahomedcbodabcndc mourut en Pan 1585, laififant trois fils j Emir Hcmfe, ifmaelSc Le premier, comme Paifné des trois freres, fucceda à la Couronne 3 mais Ifmael,impatient de la voir fur ia tefte de ion frere, fit fi bieri fes affaires, Sc feeut fi bien gagner i’eiprit des principaux Seigneurs du Royaume, Iliiij
  • Cl O VOYAGE DE MOSCOVIE, qu’ils confentirent alamort d 'Emir Hemfe.lfmael le fit tuerau huidieíme mois defon regue parle moyendequelques gens, que l’onavoit traveftis en femmes, qui eftans couverts d’vn voil, à la mode du país , fe prefenterent à la chambre du Scahch^ 6c dirent aux gardes qu’ils eftoient femmes de quel- ques Chans,que le Roy les avoit envoye's qucrir,6c qu’ils obeif. ioient al’ordre qu’onleur avoit donné.Cesaflaífinsne furent pas ii-toftentrez dans la chambre, qu’ils fejettent fur le Roy, 6c le tuerent. Mais cette mort fut bien-toft vengcefur celuy quieneftoitl’auteur, dela faqonquenons allonsdire. Abu AAirfa, c’eft àdire le Prince Abas ,troifiefme filsdeAirf- homed chodabende, eftoit Gouverneur de Herat, 6c en eftoit party pour aller voir Emir Hemfe ■> fonlrerej mais ayantappris en cheminlemeurtre commis en ia perfonne, 6c ayantlujet d’apprehender que le meurtrier ne fut confeillé d’affermir Ion throne par vn double fratricide,il fe retira en fon gouver. nement. L’annee fuivante Abu Myrfa s’eftant avance jufques à Cafwin, pendant que le Roy eftoit à Karabuch, les gens des deux freres eurent fi fouvent des delmeflez entr’eux, qu’ils ne firent qu’augmenter leur defiance reciproque > qui n’eftoit déja que trop grande. AbuMyrfa avoit aupres de ia perfonne vn Seigneur de condition,nommé A/«>-/cWc#//-C^4w,quiavoit acquis tat de reputation par fon courage 6c par fon efprit,que Chodabende luy auoit confie la conduite 6c l’education de ce teune Prince. Celuy-cy fqachant qu’ifmael, qui n’avoit tef- moigné que trop d’animofite contre fon frere,ne luy pardon- neroit point, que fa vie dcpendoit abfolument de celle de fon Maiftre, 6c confiderant d’ailleurs, qu’en mettant ce jeune Prince,qu’ilavoitgouvernédésfa jeunefle, fur le throne, il auroit bonne part augouvernement,il refolut de prevenir le Roy, qui s’eftoit defia avance jufques dans la Province de Karabach, à deftein de marcher en perfonne contre fon frere. Pour ceteffet quelques-vns des grands Seigneurs de la Cour, .tuc. ft11! efperoient de s’eftablir par cemoyen dans l’efpritd’j/5
  • ET DE PERSE, L I V. V. 6zt cendres. Et ceil airifi que mourut ScbahIfmael III.au hui- 1637. ftnefme mois de fon regne. Sibu Myrf»,s’eftoit deja tellement acquis l’affeftiion des Per- Schach Abas fes parlavivacité de fonefprit, Sc parla moderation que fuccedc. “ l’on avoit remarquée en toutefa vie , quecefutavecbeaucoup de fatisfacfcion que le peuplele vit monterfur le thrône. Mais la faveur de MurjchidcuU- cht\n, qui eftoit celuy qui avoit le plus contribué à fon exaltation, ne fut pas de longue durée; parce que pretendam fe conlerver la mefme autorité fur le Roy , qu il y avoit euc lors qu'il n’eftoit encore que Myrfa, ou Prince, il fe rend it incommode Sc infupportable jufques-là qivvn jour le Roy, voulant dire fon avis, fur vne affaire de grande importance, que 1’on avoit proposée, Murfdndculi-chm, eut l’impudence de luy dire en plein Confeil, qu’il eftoit incapa¬ ble deparlerdecetteforte d’affaires, comme eftans au deflus de Ia portée de fon cfprit Sc de fon aage. Le Roy diífimuia le reffentiment qu’il en eut, mais coníiderant que cette autorité de Murfchidcult-cban feroitombreàlafienne, Sc qu’ellel’expo- feroit au mépris de fes fujets, il reíolut de fe défaire de fon Gouverneur. 11 Ce plaignit de l iníolence du Favory à trtús Seigneurs de fon Confeil, nommez Mehediculi-chan , Maho¬ med Vjladschcihi StudUiculi-chtn ,en qui ilcroyoitpouvoir pren¬ dre le plus de confíance : maisvoyant qu’ils marchandoient,Sc que ne pouvans s’affeurer de la refolution du Roy dans vne affaire , qui leur eftoit de la derniere confequence , ils taf- choientdel’endiffuader, il leur dit, qu’il vouloit que Murf- chidcuh-chan mouruft de leurs mains, 6c que s’ils faifoicnt les difficiles il fçauroit bien fe faire obeir : comme au contraire il ne manqueroit pas auffi de reconnoiftreles fervices de ceux , qui en cette occaffon executeroient íã volonté aveuglement„ Cette neceffité les contraignit defuivre le Roy dans la cham¬ bre de fon Favory, oiulentra, fans queMurfchidculi-chan s’é- veillaftj de forte que le Roy 1’ayant trouvécouché fur ledos,, la bouche ouverte, il luy donna le premier coup à travers la bouche. Les autres luy déchargerent auffi chacun le leur :: mais Murfchidculi-cb.tn, qui eftoit fort vigoureux, eut le coura¬ ge de fe jetter en bas du lift;, Sc de lè mettre en eftat de faire plus de peur à ces aíTaffins qu’ils ne luy auoient faitde mal, Sc le feroit íãns doute deffait d’eux, lans vndefes palefreniers -3- IIli iij
  • 1^37- Fait lag'jcre aux Vibetjues. to VOYAGE DE MOSCOVIE, lequelellantaccouruau bruit, la hache a la main, le Roy luy die levmx won U vie it MarfchidcuU-chm ;V»> eft dedere mm ennemy. V.. : donnel.yfonfe,,&j,t,fee., Chin. Le palefren.cr n’ymanqua point, mais alia droit i fon Maiftre, Sc achevade letuer. „ . . • j Dcs le lendemain le Roy fie tuer tous les parens Sc amis de Murfchtdcult-chan, afin defe delivrer pour vne bonne fois des inquietudes, que leur mecontentement luy pouvoit donner, & donna à ce palefrenier laqualitéde cW, avec le Gouver- nemenc de Herat. Cette execution fe fit en 1 an 1585. qui eftoit le premier du regne de Schacb-Abas. ... Les premieres actions de Schach-Abas firent bienconnoiftre, quil eftoit capable deregner, Sc qu’il ne devoir plus eftre fous l’oeil I Sc fous la conduite d’vn gouverneur. 11 appliqua routes fes pènsées au recouvrement des grandes Provinces, que les Turcs Sc les Tartares avoient vfurpées lur la Couronne de Perfe 8c prit vne forte refolution de declarer la guerre aux vns Scauxautres, à cetteoccafion. Eftant vnjourzCafmn, il alia fe promener hors la ville, Sc demanda aux Seigneurs, quile fuivoiks’il eftoit pofiible de voirvn plus beau pais que celuula. II y en eut,qui pri rent la liberte de luy dire,qu’il eftoit fort beau en effet, mais qu’il ne pouvoit pas eftre mis en coparaiion avec la Province de Fan, 8c encore moins avec celle de Cho>a\un particulierement avec cette partiede la Province, que le %vj- beaues avoient prife fur la Perfe , du temps du regne de fon peie Stir cela il refolut auffi-toft de faire la guerre auxTar- íares, Sc ayant levé vne puiffantearmce, ilentra en CW4». Abdulla, Prince des Vsbecjues, futaudevant de luy, Scd abord, avec quelque apparence davantage , puis que la pefte qui avoitinfecté l’armcedeSchacb Abas, 8cle mauvais tempslem- pefehoient d’agir. Les deux armées demeurerent pres defix mois en prefence ■, maisenfin Schacb stbad, attaqua Abdulla, ec le cpntraienit de feretirer à Mefched. Abas demeura trois ansen Chorafan , fans qu’Abdulla fe mift en eftat de le troubler en fa nouvelle conquefte , Sc quand.il le voulut entreprendre, il fut fi mal- heureux, que non feulement fon armee fut defaite , mais il tomba avec Tilem-chan, fonfrere, Scavecfes trois fi s, qui fetrouverent dans l’armee, entre les mains de Schacb Abas, qui fit trancher la tefte à tous. Apres cela Schacb Mm alia a//-
  • ET DE PERSE, LIV. V., *han à Talms , qui faie dix-huict journées de chameaux. Eftant arrive au pas áeSctbh , à quatrelieues de Tabris, ou lesTurcs gardoient vn desfile , plutoíl pour faire payer les droits de traitte, que pour empefcher 1’entrée des Perfes, il íe détacha, avec quelques Officiers, du gros del’ar- mée, 8c avançajufquesàla barnere. Les Turcs, croyans que ce fuífant des marchans, le commis de la doiiane s’adreiTa à Sch.xch Abm, 8c luy demanda les droits d’entree.. Scluch Aba* luy dit, que celuy qui portoit la bourfe alloit venir, 8c ayant fait approcher Dulfikur-Chan , il luy dit qu’il donnaft de l’ar- gent y mais pendant que le commis le comptoit, il luy fiedef- charger vn coup de fabre íur la tefte, fit faire main baile aux foldats,qui gardoient cepofte, ScfitpaíTerfonarmée. Aly Baf~ cha , gouverneur de Tabris, en ayant efté averty, amaífa quel¬ ques troupes, autant que le defordredes affaires le luy pou- vonj permettre, 8c alia au devant d'Abas; mais les forces n’e- ílant point égales, il fut vaincu, 8c demeura prifonmer entre les mains des Perfes. Il y avoit au milieu de la ville vne cita- delle, queH t^H Padfchach ^snitrementnommè yffum-CaJfaHy y avoit fait baííir, qu les Tures fe defendirent encore vn mois mais elle fut enfin prife par intelligence, 8c rasée en fuitte. H alia de \à.iNsehr^aan ; mais la garnifon Turquc abandonna la place au premier bruit de la marche de Parmée Perfane, 8c fe retira à irvan, Scluch Aba fitauífi defmolir la citadelle de Nachvxaan, nommée Kifchktbalaban, 8c alia mettrele flegede¬ vant Irvmj qu il pnt au bout de neufmois. Cette conquefte luy facilita celle de routes les autres villes 8c Provincesvoifi¬ nes, qu’d reduifit en fon pouvoirj à la referve de laforcerelle
  • Íí+ VOYAGE DE MOSCOVIE, d’Orumi, dont 1'aíliettc force 6c avantageuíe, fur la pointe d vn " roc luy oíta refperarice de la pouvoir prendre demblee. 11 1’aírieeea huiífc mois durant , mais voyanc que les Kuri.es luy íãiíoient plus de mal que les Turcs mefmes , quoy qu’ils fuf- lent libres, 6c fans aucune dependance du Grand .Seigneur, il aaana les principaux d'entr eux par des prefents, 6c par des promeíles, leur faiíàntefperer routes fortes d’avantages dans Ion party , s’ils luy vouloient aider à prendre cette place, 6c leur promit tout le burin qu’ils y trouveroient. Les Kurdes, qui ne vivent que de rapine , accepterent cette condition. Mais Schach-^bM, apres avoir tire ce fervice d’eux, 6c apres avoir prislefort par leur moycn, envoya les principaux d’entre eux prier à difner. Il avoir fait faire ia tente avec rant de recoins, 6c avoit tellement fait retrancher les detours avec des toi- les que ceux qui y entroient ne voyoient point ceux qui les precedoient de fix pas. II avoir fait mettre deux bourreaux dans cette allce, qui tuoient ces holies à mefure qu’ils arn- voient, parce que la crainte qu ilavoit que ces voleurs nc an, diiTent aux Turcs les mefmes fervices, qu’ils venoient de luy rendre, l’obligea à en vfer de la forte. II laiffa le gouverne- ment d'Orum?, 6c de la Province voifme , à K*b*n Ch*n, 6c pailant outre, ilferendit maillre de tout ce qui eft entre les ri¬ vieres de Çyrw & praxis, 6creduifitla villedeScamach/eenion pouvoir, apres vn liege de fept femaines, avec toute la Pro¬ vince de Schiruan, qu’il laiffa lous le commandement de BfuL fakar-chan, fonbeau-frere. LeshabitansdeDerfcm,ayantfçeu les progrésque les armes de schtch-^iba avoient faits fur les Turcs,1tuerent leur garnifon Turque, 6c fe rendirent volon- tairement au Roy de Perle. Apres cela il entra dans la Pro¬ vince de Kilm, 6c ramenafousfon obe'illance ces peuples, qui s’eftoient fouftraitsde celle des Roys de Perfe, du temps de Schich Tumtu. Ilfitfaireaupres de Unhran, oil vn grand ma- rais couvroit toute cette P ovinee, 6c enempefehoit 1 entree , vn chemin ou vne levee de fable, 6c eftablit des Chans en plu- fieurs places de fa Province 5 fçavoir Baindurc chin , à Mortuji Kulichin à Ke kery Udder chin a Turk tbun, VtíjÃifirz Refcht, *Ad
  • ET DE PERSE LIV. V. 6i5 ca repos} mais il en cut fi peu, qu’à peine eut-il le Ioifír de íè 15 3 7. reconnoiflre. Car eftant à 1 fpaban, environ vn an aprcs cette guerre , il eut avis que le Turc alloit entrer en Perfe, avec vnearmée de cinq cens mille hommes: ceíl pourquoy il af- fembladcfon coílé tout ce qu’il put de troupes, leur donna rendez- vous a Tabris, Sc ordonna à tous les habitans des fron- tieres de fe retirer avec leur beflail dans les villes clofes, de faire le dégaíl à la campagne, Sc de l’abandonner} afin d oiler à 1’ennemy le moyen de fubfiíler. Dés que le Turc fe full avance,& campé aupres de Tabris, le Roy fit publier dans Ton aritiée, que ceux qui voudroient fervir de volontaires, viniL-nr, à fe declarer,& quede chaqueteileTurque, qu on luy appor- teroit, il payeroit cinquante ecus. Ilyeutpresdc cinq mille Perfes qui firent leur declaration 5 de forte qu’il nefe pailoit point de jour, que Tonne luy apportafl quelquestefles, &ique fe matin il n’en trouvaíl vn bonnombre á fon lever. 11 y eut mefirie vn foldat nommé BairamTckel, qui luy en porta vn ma¬ tin cinq àla fois, Ses’acquitparlales bonnes graces du Schxch, qui luy donna la qualité de Chan. Au bout de trois mois T^aial ogli, qui commandoit I’armee Turque, envoya dire à Sch
  • 6VOYAGE DE MOSCOVIE, r TVux ans apres cetce guerre le T arc entra encore en Perle, lCò7‘ avec vne arm ee de trois cens milhommes, Sc affiegealaforte- reíTedlryj» , en la Province dumefmenom * mats d fut con- traint de lever le fiege, ôcdeferetirer. Au bout ^deux au tresannées Murat BsJJcbs general de 1 arm® JSTèíauds il & prit rabris , qu’il garda quaere mois : pendant lelqueh il fe donna cinq batailles entre ces deux Nations avec peu d - vantagepour les Perfes. Neantmoins Schach Abas defit enfin les Tare? Sc'reprit la ville. Eftant de retour a AràtbtU apres cettcexpedition, il y fit tuer Dfulfak tr,Ch*n de Schamachte de la foeon que nous avons dit cy-deflus, Sc eftablit en fa place jufufCban, Armenien de naifiance Sc de condition cfclave , qui lay avoit fervy long-temps de vallct de pied. ^ Apres cela la Perfe jouit d’vne paix de vjngt ans, au bout defciuels les Turcs y entrerentavec vnepuiíTaute armee, lous la conduittede Chahl bajja, auquel s’eftoicnt joints pluficurs hordes deTartares, de Cm» & de Precop.SchachAba* leur °p- pofa Kartxschuíkai- Chan, le plus vaillant 8c leplus heuremi de tous fes Capitaines * qui les fatigua, Sc les repouffa enfin apres plufieurs combats, ou efcarmouches plotoft,<>*ll fit Flfon' nier deux Princes Tartares, omerfebeg&íS^ahirkerat-C a , K les Bailas d’Egypte, d’ Aleppo, d* Erferum Sc de Wan. Le Roy lieu de les maltraitter, leur fit preíènt a chacun , d vne vefte Sc d’vn beau cheval,8c les renvoya,fans leurfaire payer ranço . En fui t te de cela il alia en Georgie, oà ildemeura neuf mois. Pendant le ícjour qu’il y fit, T amoras-Ch*n ,fils te Simon, cut 1’aíTeurancc d’entrer avec vne armée en la Province de Se&en, au milieu de la Georgie, Sc de donner la bataille a s ch*c^™ mais il fut contraint de fe retirei-avec grande perte. Tandis qu’il fut en ces quartiers-là , il fit payer a fon armee douze montres à la fois , Sc ayant fceu que les foldats employoienc quafi tout leur argent entabac, il en fitdefendre 1 vfage, a ec tantdefeverité, qu’ilfaifoitcouper le nez Sc les evresa ceux Trop grande quel’on trouvoit en avoir pns, centre fes ^ fcvdné. Aeu qu’vnmarchand, qui nefçavoit point que le Roy cuft fait defendre le tabac, en avoit fait aoporter plu fieurs bailes ,a deE fein de faire fortune avec les foldats, il le fit coucher fur vn bucher, ouil fitmettre le feu, Sc lefit aller avec fon tabac en fumée.
  • ET DE PERSE, LIV. V. £17 Ce fut apres cela que Schach Mbas alia en Kilan, ou il fit x^37* mourir fon fils aifné de la façon que nous alios dire.Sc/jác/? Abas, f jVmourit** avoittrois femmes legitimes,5c quatreoucinqccns concubines, fon fils aífnc. De ces trois manages nafquirentautant de fils, Se/»-Mjjt/ÍjC/jo- dabendeMyrfi, 8c Imxnculi Myrfa. Il fit crever lesyeux avec du feu aux deux puifnès , 8c les confina dans la forterelTe d’Mla- muth, ou il les faifoit bien íoigneufement garder. Le fils aiíhé eftoit né d’vne efclave Chreftienne de Georgie. Ce Prince ayant veu vne belle jeunefilie de CircaíIie,dontvnmarchand de Schamachie avoit fait ptcfent à Schach Abas, s’en prit d’amour, 8c pria de luy permettre de l’epoufer. Le Roy, qui avoit de la tendrefle pour cePrince,âcauledes complaifances qu’il avoit pour luy, y confentit, 8c permit quelle fuft élevée dans le Ser- rail, aupres de la mere de Sefi Myrfa : qui en eut Sain-Mjrft, depuis Roy de Perfe, fous le nom de Schach Sefi. Le regne trop fevere , ou pluftoft cruel 8c tyranique de Schach Abas, çommcnça. à devenir fi odieux, 8c tellement in- fupportable aux grands du Royaume, qu’il s’en trouva, qui eu- rent 1’aíTeurance de jetter vn billet dans la chambre de Sefi Myrfa-, par lequelilsluy faifoientcognoiftrc, qu’ilnetiendroit qu’à luy qu’il ne íuccedafl; prefentement au Roy fon pere, 8c que s*il vouloit confentir à 1’executiõ du deílein, qu’ils avoient formé pour cela , on luy en donneroit bien-toft les moyens. Sefi eut horreur de cette propofition , qui le vouloit rendre complice de la mort de fon pere, 8c porta le billet au Roy: ac- compagnant ce procede franc 8c innocent, de tant deprote- ftations de Ia fincerité de fcs intentions, 8c d’vne entiere de~ pendance de Ia volonté du pere , qu’elles euílènt púaíTeurer tout autre efprit, moins defiant que celuy de Schach Abas. Il ne laiílã pas de tefmoigner en apparence qu’il eftoit fortfatisfait de fon fils, 8c loiia Ion aff'edtion 8c fa pieté 5 mais il tomba dans des firayeurs, qui luy oftoienttoutlerepos, 8c quil’obligeoient à changer toutes les nuidsdeux outroisfoisdechambre, avec des inquietudes,dontil ne croyoit point pouvoir guerir,que par la mortde fon fils. Et defait,eftantvnjourà^í^/7f,enlaPro- vince de Kilan , avec toute la Cour , vn flateur fit tellement redoubler les fievres de fon efprit, par les faux advis, qui luy donna d’vne nouvelle confpiration de Sefi Myrfa , avee plu- fieurs grands Seigneurs du Royaume , qu’il refolut de le faire mourir. KKkk ij
  • 6i% VOYAGEDEMOS CO V IEr II voulutdaborddonner cette commiífion à KMtxschntk n- Cbjri General der arméesdu Roy,ou Conneftablede Perfe, fit le voulutobligeràtuer íbn fils de fa main. Ce Seigneur eftoit Armeniend’origine, fit né de pere fit de mere Chre- fticns,fit avoir efté dclrobé en fajeuneíTe par les Tareares, qui 1’avoienc circoncis fit vendu à j.Sonhumeur ouver- te fit íincere luy avoit acquis Pamitié de touce la Cour, fit íbn courage 1’avoit íl bien eftably dans les bonne graces du Roy, qu’apresavoirremporté pluileurs grands advantages fur les ennemispar Ton moyen, il luy donna le commande- ment de Ton armée, 5c il le confidcroit fi fort, qui ne i’appel- loit jamais quel’Ag* ,c‘eft à dire le Capitaine. Le Roy defiroit cet important ferviccde luy ,commedela perfonne de tout fon Royaume, qui luy eftoit la plus obligee de fa fortune. Maisce venerable viellard,ayant mis fon épée aux pieds du Roy, s’y jetta aulli, fie luy dit: qu’il avoit de fi puiilantes obligations à fa Majefté,qu’il aimoit mieux perdre mille vies, que de ie pouvoir reprocherd’avoir trempé les mains dans le fang Royal > tant s’en faut qu’il vouluft comer- tre vn crime de cette nature, fiten faifantmourirl’heritierde la Couronne, executer vn commandement, que le Roy ne pou voit faire qu’avec regret, St qui ne feroit pas fi-toft execu¬ te qu’il ne s’en tepentift Scach dibits ie paya de cette excufe, fie fit la propofition à vn gentil-homme nomme Bebut-Btg, qu’il ne trouva fi difficile quq K nyt^fdouc^i-c^An ^ Cét hom- me done s’eftant charge de cette commiffion,va trouver auffi- toft ,íe^A4jr/rf,6clayant rencontre,ainfiqu’ilfortoitdu bain, monte fur vne mule, fit accompagné d’vnfeulpage prendia mule par la bride, l’arrefte, fit dit: pied à terre Scfi Afjyrp,le Roy ton pere veut que tu meure, fit en mefme temps le jette en bas. Le pauvre Prince , joignant les mains, fit levant les „ yeux au Ciel, s’ecrie: Helas monDieu ; qu'eft-ce que j’ay „ fait,pour meriter cette difgrace? mauditfoit le traiftre,qui „ en eft lacaufe. Neantmoins puis qu’il plaift ainfi à Dieu,.. „ que la volonté de Dieu fit du Roy foit faite. A peine avoit-il achevé de prononcer ces paroles,que Bebut luy donna deux coups de chentKe, qui eft vne efpece de poi- gnard,que les Perfes portent ordinairement dans Ja ceinture,, clontiU’eftenditmoxtfur la place. L’ontraifnaJe corps dans
  • ET DE PERSE, LIV. V. 6v) vn marais, proche de là ou il demeura plus de quatre heures. 16-17, Etcependant lesnouvellesdecemeurtreayant efté portées i à laville , tout lepeuplecourut au Palais, menaça de forcer Ies portes, & voulut qu’on Ieur livra lcs auteurs de 1’aífaíli- nat j de forte que les chans, qui apprehendoicnt, que dans ce premier mouvement le peuple ne defckargeaft íà colere fur tous ceux qu’il rencontreroit indifferamment,abandonnc- rent le Roy, dc fe rctirerent. La Reine mere de Sefi Mirfa, ayât íçeu que fon fils avoit efté tué par 1’ordre expres du Roy, felaiílii tellement emporteràla douleur,que fans confiderer rhumeurduPrmcc,à qui elle avoit à faire,qui n’eftoit point du tout endurante elle courut dans 1’appartement du Roy, &non contantedeluy reprocher fon mkumanitc, & lamort barbare d’vn Prince innocent, & qui 1’avoit aimé tendre- ment, elle luy fauta au vifage, & le battit à coups de p oi ngs. Mais le Roy au lieu de sen refentir, demeura tout interdit, ôc refpondit la larme à Ipeil: que vouliez-vous que je fifle? “ L’onm’avoitdonneadvis qu’il avoit deíTein fur ma vie. II “ n’y a poit de remede : c’eít vne chofe faite. Au refte Schach ^dbas ne fçeupas fi-toíl cette execution, * qu’il fe repentitde Pavoir commandée, Sc qu’il tefmoignaft le regret qu’il avoit d'avoir procede avec tant de precipita¬ tion en vne affaire de cette importance. II ne íe contenta point de 1’advoiier, mais il demeura dix jours enferme dans vnlieu,ouil ne vouloit point voir la clarté duSoleil5 ayant continuellement le mouchoirfurIesyeux.il fut vn moisa ne manger que ce qui luy eftoit neceífaire pour nemourir point de faim. Il porta le deuil vn an entier, & en toutle refte defa vie il ne fe mit point d’habit, ny de parure, qui le puft faire di- ftinguer d’avec le moindre de fes fujets. Et afin d eternifer en queique façon la memoire du Prince, il fit clorred’vne grande muraille le lieu, oii il avoit efté tuer, en fi t vn azyle, &: y fit des fondations pour Pentretien d’vn grand nombre de pauvres. Les dix premiers jours defon grand dueileftans paf- íes, il alia deRefcht à Caftvin, ou il voulut que les chans, dont lafidelitéluypouvoiteftrefufpe
  • iÓ37- AíTiífin puny; é}0 VOYAGE DE MOSCOVIE, L’adionde Bebut Beg fut veritablement recompensce de la charge de Daruça de Cafwin , quelque temps apres de celle de ch*n de Ke>ker > mais il ne put pas ériter la punition que meritoit fa lafche complaifance, Sc vne obei'ilance criminel- le. Car au premier voyage que le Roy fit a Cafwin, apres c-luy dont nous venons de parler , il commanda a Bebut d aller couperdefa main Ia telleàfon fils, & dela luy apporter.il fut contraint d’obeir, Sc Schach Abas, le voyant arnver avecla telle de fonfils, luy demanda, en queleftatilfetrouvoit. Be¬ but luy répondit. Helas, Sire, jecroyque jen’ay que fame de ledire. l’ayelte contraint detuerdema mam mon fils vmque5 quielloitlachofe du monde quim eftoit la plus chere : Cette afflidion me fera mourir. Le Roy luy repartit, va B ebuc, recon- nois maintenant quelle pouvoit ejire let mienne ■> lors que tu mappor- tas lei nouvetles de lit moxt de mon fils, que je t avois commandé de tuer. Metis confoletoy, mon fils & le tien ne font plus 5 & confidere, que tu as cel,t de commun avec le R oy ton maiflre. Peu de temps apres ce mal-heureux paricide Bebut fimt fa vie d’vne façon ailez extraordinaire. Car incontinent apres qu’il euft pris poffeifion du gouvernement de Kesker, vn de fes domeftiques, enluydonnantàlaver, au fortir de difner , lui- vant la couftume de Perfe, luy veríâ de 1 eau fi chaude, qu a s’enbruila les mains; dontilic mit tellement en colere, quil lemenaçadele faire tailleren pieces: mais cét efclavele pre- vint, Scconfiderantque celuy quiavoiteulecceur de tuer ion Prince Sc fon proprefils, neferoitpasbeaucoup de difficulte demettrelamainlurvnvallet, il confpira avec quelques-vns deles camarades, quin’efperoient pas vn traittement plus fa¬ vorable de leur Maiftre, Sc le tua la nuidfuivante, pendant qu’il eftoit y vre. Sketch ahas ne fut pas marry, qu on luy cult ofté devant les yeux ce fafeheux objet , Sc n’eufl point fait pourfuivre les meurtriers, fi les autres ebans ne luy euflent re- monítré, que fi le Roy ne les faifoit fervir d’exemple, il n’y au- roit point de Seigneur, quipufteftre en íèuretéde fa vie, par- my fes domeftiques, apres qu’il les auroit mal-traittez de pa¬ roles. , Maisl’afflictionde h Abas, Sc les regrets qu il termoi- gna de la mort de fon fils, ne furent pas capables d alTeurcr Ik veuve, contrc lesjuites apprehenfions quelle avoit, qu’il
  • et DE PERSE, LIV. V. 631 n’euft deflein dc faire mourir auífi fon petit fils, Saln Myrfa. C’eftpourquoy ellele tint fort lone-temps cache, 6c ne voulut point permettrequ’onle portaftàla Cour 5 quoy que le Roy, qui voyoit fes deux puifnez, aufquels il avoit fait crever les yeux, exclusdugouvernement par les loix du Royaumc, de- ftinaftcepetit Princeàlafuccefiion. L’on dit qu’ii avoit beau- coup de tendrefie pourluy, 6cqueneantmoins, de peur qu’ii ne paruft trop toft, 6c quelavivacitéde fon efpnt ne réveillaft 1 affe&ion, que le peuple avoit eue pour le pere, il rafchoit dc luy faire hebeter le fens, 6c commanda pour cét effet qu’on luy donnaft tous les jours de la grofleur d’vn pois d'opium ; done l’viage eft fort communen Perle , ainfique nous avons dit ail- Jeurs: mais que la mere, au lieu de luy donner de cette dro¬ gue, luifaifoitfouvcntavaler dutheriaque, 6c plufieurs autres prefervatifs, contre lepoifon, qu’elle croyoit avoir fujet d'ap- prehender. Tandisque Schach Abas eftoit en JCiUn ^Tameras-chan,ieier- vant de l’occafion de ion abíence, rentra avec vne armée en Georgie, 6c reprit toutes les places dont.il avoit efté chafte. Le Roy y envoya Altcuh-chan, Mahumei-than, KafaJe 6c Mor~ tufa chit, Chan de raltfch,8c plufieurs autres chans, qui n’y firent rien, maisrapporterent qu’ils avoient trouvé l’ennemy fi fort, 6c fibienpofté, qu’ils n’avoientpasosel’attaquer. Le Roy pu¬ nir leurpretendue prudence demort, 6c alia l’annee fuivante en perfonne pn Georgie j proteftant à fon depart, que s’il re- venoit vicborieux de cette guerre, il vendroit les Georgiens vn '^ibas, ou quinze fols piece. A propos dequoy l’on raconte, qu’il arriva , que le Roy eftant Maiftre de la campagne , 6c ay ait fait grand nombrede prifonniers , vnfoldat fe prefenta à luy, avec deux Abas à la main, 6c luy demanda,qu’ii luy ven- dift deux belles filles, quife trouvoient parmy les prifonniers, & que le Roy, fe relTouvenant de fon ferment, luy en laifla le choix. Ce fut en ce temps-là que la plufpart des Chreftiens Georgiens, quidemeuroientá fjpuhsn, lors que nous y eftions, íòrtirent de leur pais, pour s’aller eftablir en la ville capitals du Royaume. Ce fut auífi en ce temps-là qu’il receut des Iettres de Bck 'tr- keba, qui commandoit pour le Grand Seigneur en la ville de J3agdat: lequel eftant mefcontentdelaCour, parce qu’on luy
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, i£37. rcfufoit Ie gouvemement apres la more du Baila, fous lcquel il avo:r eu la Lieutenance, oíFroicà Schach .Abas de luy rendre laville. Le Roy preftal’oreillea cette propoíition, Sc marcha auffi-toft avec vne bonne armée de ce cofté-là* mais devanc j ou'il y fuft arrive la colere de Biki‘ksha eftoit paílec , 8^. il fit âireàSthach ^íba*, qu’il n’avoit que de la ooudre & du plomb à fon fervice. Cét affront luy fuc íi fenfible , quil protefta , qu’il ne s’en retourneroic point qu’il n’euft pris la ville, quaud il devroit perdre la vie. Et de fait, ayant paíTé le fof- sé , apres vn fiege de fixmois, & ayant fait mettrele fcuàvne mine ou les Perfes s’entendent merveillêufement bien, il fit donner 1’aftaut, entra par la breíche, Sc fe rendit maiftre de la ville par force. Btknkeha, ayant efté trouvé parmy les pri- fonniers, fut coufu dans vne peau de boeuffraifchement tué; Sc iettéencét eftat aupres du grand chemin, ou le Royle faifoit nourrir, juíques à ce que 1’ardeur du Soleil ayant fait retirer la peau ’ elle vint à s’eftreffir en forte, quil en mourut mife- rablement. Sonfilsfejettaauxpieds d’///><«, Sc luy fit fi bien cõnoiftre,qu’il n’avoit point eu de part au procede de fon pere, que luy ayant demande pardon,ilobtint par cette fubmiíTion le gouvemement de Schim que Scbuch~ Abas nefitpoint deditli- cultc de luy donner, parcequ’eftantéloignéedes frontieres de Turquie, fa fideliténe luy pouvoitpoint eftrefufoede. L’annee fuivante l'Empereur des Turcs fit aílieger Bagdat, par lc baíTa Hafis oAhmed : mais lecontraignit de lever le fiege, Sc demeura huidmoisentiersàlaveuedel’arméeTur- que j Quiques à ce que la maladie ayant confumé grand nom- brede Turcs, qui ne peuvent pas fi bien fouffrir les grandes chaleurs que les Perfes, H tfis fut oblige de fe retirer a Con- ftantinople. Au retourde cette expedition Scbacb Abas com- menqade faire baftir la ville de Fcrahbatb.en la Province de Mefanderan, al’occafion d’vn village nommé Tahona,, fituéíur vne belle riviere, qui entre proche dela dans la mer C a$J>ie. Cette vi&oire ne luy donna que deux années de repos : Car l’EmpereurTurcvoulant reprendre la ville de Bagdad , en¬ voy a v.Wi/^jí/a , avec vne armée de cinqcens mil hommes en Períè. Scbacb Abas commanda iKart fcbugai-Chan de marcher au fecours de la ville avec vn petit corps d’armee, mais qui eftoit compose de troupes choifies, Sc il le fuivit en períonne
  • ET DE'PERS, LTV. V. «33 die prés aveclegros. lls’enferma Iuy-mefme dans Ia ville , 8c emoya.Kdrtfchugji-chan audevantduTurc , qu’il fatigua par des efcarmouches continuclles pendant fix mois. Enfin il luy donna le combat general, lemitendefordre 8c enfuitte en de£ route, lecontraignantdes’enfuirjufquesài\T<íf: en la Province de Mefanderan , qui eíloit le lieu de tout fon Royaume, ouilíèplaifoitle plus: maisils’y trouvafimal,que prevoyant qu’il n’en refchaperoit point, il fit venir aupres de Ton lidquatre Seigneurs, des plus confidents deion Confeil, fçavoir llA-CbtttiyKHrvzibafchi^Sejul-Chatl, Tpfcbmtlou Confeil- ler d’Eftat, Temer-bey, ( w:git ou premier Maiftre d’holtel, 6c Jufuf g.ti premierGentil-ÈommedeíàChambre, 6cleurditj que croyant fermement que cette mala'die feroit fa derniere, il voulo.t, que fon petit fils, Sun Myrfa fuccedaft aux droits de fonpere, 6c qu’ilénpriftlenom * Iesobhgeant tous à luy pro- mettre folemnellement, qu’apresfa mortils executeroient fa derniere volonté tres-religieufement. Les Aftrologues avoient predit à Schach ^bast que Sum neregneroitquehuid mois au plus, mais quand ces Seigneurs luy voulurent parler de cette 1Í37
  • *34 VOYAGE DE MOSCOVIE, ^37* prediction, le Pcoy repondit: regne tantquil pound, qutini ce ne Jcrotr que non jour,. Je feray fatisfait, qunnd je ferny ajfeuré qu vn jour il verr.t furj a tejlc l.t Couronne, qui ejloit deue nu knnce jon fere. * L’on croyoit qu’on Iuy avoitdonné dn poiíon j ceít pour- quoy le H k m lujuf, ion Medecin, luy ordonna de prendre Huid jours durant le bain ehaud, 6c en fuicce pendant quaere jours vnautre, de laid de vachepnais toas ces remedes íetrou- vansou inutiles, ou crop foibles’, ilíediíjjoía ierieuíement à la more, ayant mefme le foin de defigner le heu, ou il vouloit eftre enterre. Mais afin que le peuple ne le iceuít point au vray , íl commanda que l’on fill les ceremonies de íes fune- xailles entrois divers lieuxen incline temps 5 fçavoir à Artebif à M ejched,&í à Bnbyl one z Toutcfois la commune opinon cft, que le corpsfut porte à Babylone, 6c de lâau Nençfàe Kufa, au- pres du fepulchred’v//>'; parce que Sducb , eftant allc à Kufa, apres la reduction de Baby lone, 6c confiderant le Net^efi ditqu’il n’avoitjamais veu vn fi beau lieu, 6c qu’il fouhairte- roit d y pouvoir eítre enterre apres ion deeds. Qnoy qu’il en ioit il mourut l’an 1619. apres avoir veicu foixante-trois ans, 6C regncquarante-cinq. llfitparoiitrelaforcedefon efi. prit, enl’ordre qu’il donna fur la fin de ia vie , pour faire ca- cher ia mort, pendant que 1’on aileurerok la fucceflion à ion petit fils: voulantquel’on expoíàíl le corps tousles jours dans la mefme íãlle, ou il avoit accouítumé de rendre la luitice, affisdansvnechaife, les yeux ouverts, le dos tournc vers vne tapiíTerie, derriere laquelle fetenoit i*fuf Ag*^ qui luyfaifoit lever le bras par le moyen d’vn petit cordon de foye , 6c re- pondoitaux affaires que Timir beg luy propoioit de la part de ceux , qui eítoient à 1’autre bout de la falle , 6c qui par ce moyen eítoient períuadés, que Scbach Ab.is eftoit encore en vie. Ce que Ton fit, 6c par ce moyen fã mort demeura cacliée plus de fix iepmaines. ic: p rf s ai- Les Perfcs ont de la veneration pour la memoire de ce Prin- mom-CC» & Patent de luy comme du plus grand Roy que la Perfe SihachAbas. ait eu depuisplufieurs fiecles. Etdefait, fil’onoite des actions de ia vie les exemples de cruauré , que nous avons marquei cy-deiTus, 1’on fera contraint davouer, que s’il ne peut eitre znis.au nombre des bons, au moins doit-ii trouver place par-
  • ET DE PERSE, Liy. V. ®iy les plus grands Princes, dont l’hiftoire moderne pârle. II x eftoit fage 6c vaillant, 6c a releve la gloire de la Perfe par les * grandes vi&oires qu’il a remportées fur ies enncmis: eftendant par ce moyen les frontieres de ion Royaume dc tous coftez} iitr les Turcs, fur les Indiens, 6c furies Tartares.Les Moines Auguftins nous dirent, quetants’enfaut qu’il euft de I’aver- iion pour la Religion Cheftienne, qu’au contraire il les vifi- toitlòuventdans leur Convent, les faifoit difner avec luv, les envovoit querir la nuid, mettoit leurs chapelets à fon col en foupirant ,&en difant, qu’il ne fçauroit pas quelle Religion il devoit embrailer, & les entretenant de difcours fortfami- liers. Il eftoit fort fenfible à la mifere des pauvres, 8c avoit vn foin tres-particulier deleurfobfiftance.C’eftpourquoy ilavoit accouftume, quand il eftoit party de quclque ville, d’yrentrer incognito , d’allerau marche, 8c d’y vifiter lepoids, 6c la qua- lite du pain 6c de la viandc , 6c faifant chaftier rigoureuíè- ment ceux qu’il trouvoit en faute. Eftant vn jour à Ardebil^iI fit mettre dans vn four ardent vn riche boulanger, qui refufoit devendredupain auxpauvres} fous pretexe qu’il eftoit obli¬ ge de le garder pour bas 6c pour fes foldats, quel’on nepou- voitpointraílafier,à ce qu’ildiioit, 6cil fit attacherpar ledos au crochet, ou l’on pendoit la viande, vn boucher qui en avoit venduafaux poids. Il íe plaiíoitâ employer en des aumoihes 1 argent qu’il tiroit deslieux publics-, ne croyant point qu’elles puílent eftre agreables à Dieu, ft cefacrifice fe faifoit de l’ar- gent quifeprend fur lepeuple. Ilnepouvoit foufFrir les luges qui prenoientdel’argent des parties, 6c faifoit chaftier feve- rernent ceux qui faifoient des concuflions 6c des injustices ma- nifeftes. Carayantfeeu qu’vnK
  • W VOYAGE DE MOS CO VIE, i?37* Sanei- ch tv fut cn diligence à ifyahan ,ou il porca les nouvel ’es de la more du Roy Dam^a, Chofrou, Myrf*, ôc ayant cbncer- té avec luy les moyens, done il falloit fe fervir pour mettre S-'M Myrl« fur le thrône, ils allerent eníemblc au departe- mentdelaPrinceíTefamere, quel'on appelle Tabenkc-fule, ôc la prierent de lcurmeccrele Prince entre les mains. La pauvre mere, qui avoit inceílament devanc les yeux la mort violen¬ te de fon mary, craignantquecene full qu’vncfeinte, 6c qu’ils n’euflent ordre de schach A>*s de tuer le Prince , s’enferma dans la chambre , ôc s’y baricada íi bien que ces deux Sei¬ gneurs perdans 1'eípei'ance delapouvoir perfuader, 6c appre- handans de perdre 1’occaíion d’executcr la derniere volonté du Roydefunét, apresavoircouchétroisjoursàlaportede la chambre dela PrinceíTe, luy firentdire, que íi elle n’ouvroit fa porte, ils feroient contraints de la forcer. Ce qui 1’obligea eníindouvrir, 6c de leur preíenter le Prince fon fíls : mais comine à vne mort certaine, 6c en prononçant ces paroles. p'atrouver tonpere ,mon enfant, parles mains des meurtiers, qui t*attendem. Mars quandclle vitees Seigneursprofternezà cer¬ re, ôebaifer les pieds du Prince, ellele remit de íesfrayeurs, 6c les changeaftbien-toften vneparfaite joye. Ces Seigneurs conduifírent le Prince, au Palais Royal,ouik lemirent dans le D va i-Chané fur vne table de pierre, chargée d’autanc de petits tapis, qu’ils appellentKalitfe Ahda/et, ou tapis de Iuíli- ce, qu’ilyavoiteudcRoysdePerfede fa famille, parceque chaque Roy en faitfaire vn àfon advenement à la Couronne, 6c ayansfaitvenir tousles chans 8>c Seigneurs qui fetrouvoient à ípahan, ils le Couronnerent, luy baiferent les pieds, 6c en luyfouhaittant vn regne long ôc heureux, ils 1’eftablirent au thrône de fes anceílres. Immediatementapres les ceremonies de fon Gouvernemcnt il prit le nom de Sefi , executant la derniere volonté de Schach Abas , ÔC donna à chofrouMyrfx la qualité de ( han, avec le nom de Rufam $ voulant par ce moyen fáire revivre en ia perfonne la memoiredu grand Heros , dont leurs romans 6c hiftoires parlent. mcnUeTonrc." k’onditque Sahch Sefi vint au monde ,avecles deux maxins «ft ciuci. pleines de fang, Ôc que S< hach Abas fonayeul, 1’ayanr íceu,
  • ET DE PERSE, L I V. V. 637 fait, jufques au temps de nollreambafíade fon *egne avoit cílc *<>37* fi cruel 6c fi fanglant, que depuis pluíieurs fiecles la Perfen’a- voit point veu tant cTexecutions. Car incontinent apres fon advenement à la Couronne, il crut le Confeil du Chancelier, prcdeceíTeur de celuy , que nous avons cognu , 6c fe défit de Ruftan Chan , quil avoit faitGeneraliííimedesarméesdePer- fe , 6c Gouverneur de Tifiis, 6c de pluíieurs autres Seigneurs, & fit tailler en pieces, ou tua de fa main, tous fes parens,Sc routes les autres perfonnes qui luy pouvoient donnerde Tom- brage : s’accouilumant par ce moyen tellementau fang, que quand il eíloit en colereil n’efpargnoitperfonne,8ctuoit,ou faifoit tuer pour fort peu de chofe , tous ceux qui luy defplai- foient. Ten raconteray icy quelques exemples , qui pourront fairejugerdu reíle defavie. II commença fes cruautez par vn frere vnique, quoy que né li fait crcvot d’vnc concubine , auquel il fit crever les yeux cbodabende 6c f“£ux afoa Imanculi Myrfa, fes oncles, freres puifnez dc S fon nepucu, fe plaifoit extremement en fa converíãtion. Cette PrinceíTe fe trouvant vn jour avec le Roy, pritlalibertéde le railler, 6c de luy dire, quelle s’eilounoit, de ce que luy , qui eíloit fi jeune 6c fi vi- goureux, 6c qui avoit tant de belles femmes àfoncommande- ment , ne faifoit point d’enfans là ou elle feule en avoit fait trois à fon mary. Le Roy luy reípondit, qu’il eíloit jeune, 6c quay an t encore pluíieurs années à regncr,ilauroitle loiíir de faire des heritiers, qui pourroient fuccedcr a la Couronne.. Mais la PrinceíTe , voulant poufler la raillerie, repartitqu’v- ne terre, qui ja’ciloit pas bien labourée, n’avoit garde de pro- 1 LLlliij
  • 6Ò 8 VOYAGED EM OS CO VIE,' 637* duire, 6c y ajoufta imprudemment. Vous ave^beaufuire^Szre, fay grand* peur qua pres vojlre mart, les Perfes ne foient ob/i^t^d’a- voirrecours à vn denies enfans. Le Roy fe fen tit fort ofFensé de cctte raillerie piquante, mais il cut aflez de pouvoir fur luy pour le difiimuler, 6c pour fe retirerd’aupres de la Princeílè, íàns qu’elle s’apperçeuft de fa colere. Le lendemain le Roy commanda , que l’on conduifift les trois fils d’lft-Chan, dontl’aiihe avoiti2.ans,lelecond, 15.6c le troiílémeneuf, dans vnjardin,ouilleur fit couper la tefte,6c al’heure du difner ayant fait mettre les trois teftesdans vn de ces pots converts, dontl’onfefertenPerfe pourporterlerisôc la viande fur la table, 6c ayant fait venir la mere, il les en fit tirer rvneapresl’autreparlenez, 6c ditàlaPrinceílej Voila les en¬ fans a vne femme , qui fe vantoit d'ejlre fi fertile. Va confole toy, tu és affe^jeune four en faire d’autres.La PrinceiTefuttellement fiirpri- íe de cét horrible fpecfacle, qu’elle en demeura toute interdi¬ te,& ne put pas profcrer vn ieul mot:mais voyant dans les yeux du Roy les commencements d’vne fureur , qui la menaçoit d’vnemortinevitable, elle fe jetta à fes pieds, les baiíà, 6c ditauRoy : Tout eft bten fait. Dieu donne bonne vie O longue au Hoy. Cette complaiíànce forcée luy iauva la vie. Mais dés qu’elle ie fuft retiree, Sefi envoya querir I ft-Chan , 6c luy monftrant au doigt les teftes de fes enfans, luy demanda ce qu’il difoit dece beauipeclacle. /fa- chan, qui connoiilbitl’hu- meurdecePrince,6efçachantàquiiIavoit à faire, eftoufFaen luy I’affedion paternelle, 6c répondit, que tant s’en faut que cela luy dépleuft, que file Roy luy euft témoigné, qu’il vou- loit avoir les teftes de les enfans, il les luy euft luymefine ap- portées, au premier commandenient qu’il luy euft fait faire : & qu’il nevouloit point d’enfans, s’ils n’eftoient agreables au Roy. Cette lafche 6c brutale flatterie fauva la vie à /fa-chan, pour ce jour-là : mais le Roy confiderant, qu’il ne luy pouvoit pluseftre fidelle, au moins qu’il ne le pouvoit point aimer, apres avoir efté traitté de la forte, luy fit aufii couper la tefte. Nous avons dit cy-deftus, qu'ifa-chan eftoit vn de ceux, qui avoient plus contribué à l’exaltion de Schachsefi, 6c à ion eftabhfifementauthronede fes Predecefteurs. Seinel-than en eftoit aufii 5 c eft pourquoy il ne devoit point efperer d’eftre
  • ET DE PERSE, LI V. V. 639 plus favorablementtraitté que Pautre, parceluy qu’il avoit mis en eftat de pouvoir commettre tant d'inhumanites. Et de fait Sch.icb Sefi , apres avoir oblige les Turc à lever le fiege quils avoient mis devant Bagd.ir,en Pan 1631. íè campa avec fon arméeaupresdeHrwí-í/.ítf 3 ou pluíleurs Seigneurs, faifans reflexion fur les executions dont le Roy avoit íignalé le com¬ mencement de fon regne, dirent entr’eux, que puisqu’en fon aage il pouvoit faire tant de cruautés, il ne manqueroit pas avec le temps d’extirper tout ce qu’il y avoit de grands en Per¬ le. Semcl- ch.m, qui eftoit prefent à cét entretien, futauífi toil trouverleRoy, & luy fit rapport de ce qui s’eftoit paílé en cet- te conferencejluy confeillantdefedéfairedeceux, qui avoient le plus de credit parmy eux, afin d’afFermir íbn thrône , 6c d’af~ feurer ía vie. Le Roy luy répondit; Ton confeil cft Ji bon , que je men vay lexecuter prejentemenc, O' je commenceray par toy ; car tit es celuy qui ai le plus d'aage O' l’e plus dautorité parmy eux , O' qui es de laconjpiration. En quoyjefuivray /’exemple du Roy monayeul, dont le regne ne fut heureux O' ajjeuré, que depuis quil eujl fait executer celuy, qui avoit la mefme charge de Kurt%ibafchie, que tu exerces maintenan\ Seinel- Cban luy répondit: que cela ne luy feroit pas bien difficile. Que pour ce qui eftoit de luy , qu’il eftoit ft vieil, qu’il avoit atteint l’aage le plus avance de Ia viedel’homme, écainfi qu’il íe foucioitfortpeu de le prolon- gerdequelques jours. Mais que peut-eftre le Roy auroit vn jour regret d’avoir fait mourir avec tant de precipitation vn de fesplus fidelles ferviteurs; 6e qu’il confidereroit Pimpor- tance de l’avis qu’il luy avoit donné, & Paffeétion qu’il avoit pour fon fervice. Cette réponfe fit differer 1’execution de la refolution duRoy, qui alia auíli-tofttrouverfa mere , qui l’a- voitfuivyence voyage, avecles autres Dames du Serrail, fe¬ lon 1’anciennecouftume de Perfe, pour luy faire part de 1’a- vis qu’onluy avoit donné. Déslelendemain matin la Princefíe mere fitvenir Seinel-Cban àla porte de fa tente,pour apprendre de ía bouche toutes les circonftances de cette confpiration: mais dés que le Roy fceut, que Sei
  • íl8 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1637. Ie il avoit fervy Schxch ^4b.u , en plufieurs affaires tres-impor- tantes: dontilfuffirad’alleguericy vnfeul exemple. Schach àU voulanc envoycr vne ambaíiade folénelle a Labor, au Moruldes Indes,furlc different qu’il avoir avec Iuy pour les fronderes de Candahur ^ dcftina a cec important employ , nel- chan , comme celuy de tous fes Miniftres, en qui il avoit Ie plus de confiance: 8c en 1c congediant pour le voyage, il luydir, I'ay jetté Iesyeux en cerre rencontre,fur roy Seinel-, parce que jc connois ta fidelitc 5 dont je veux que tu me donne vne der- niere preuveen cette ambaííaílade. Car comme cette chéniíie mq tient au corps immediâtement, ainíi veux-je que tu de- meurcs tellement attache à mes interefts, que tu ne faffes rien en cc voyage, quipuiíle faire tort a ma reputation , ou a nion íervice. Semel-Chan le promit, 8cs en acquitta parfaite- Ficrié d’vn mcntbicn# Careftant arrive a la Courdu Mogul y il rcFuía de Ambaíiaúcur, , faire ^ revcrcnce à ia mode du pais, en portant les deux mains, premierement à terre, 6c apres cela fur la tefte, mais il entra avec vne demarche grave 6c droite , 6c ie contenta c e faliierle Roy de fon Salomatck. Ce Prince Indien s’en trouva tellement offense , qu’il le fit prier den vier autrement, 6c de Iuy rendre les meímes refpe&s, avec lelquels les Ambaí- íàdeurs de Perfe avoient accouftume de s approcher de Iuy. Il tafcha meífne de le gagner par les offres qu il Iuy fit faire de plufieurs prefents fort confiderables * mais voyant qu’il efloit impoífible de vaincre fon obftination, il savila de faire vis a vis de fon thrône vne porte fi baile, que Setnel-chan n y pour- roit pas entrer fans febaiffer, 6c ainfi qu’il ne fe pourroit pas difpenfer de Iuy faire la reverence. Mais Sei»el-( h&n trouva mo yen d’eluder cét arrifice , 6c entra dans la chambre du Roy à reculons, 6c en Iuy monftrant le derriere. Cette irre¬ verence acheva de fafcher le v&gw/; en forte que non feule- mentilne Iuy fit point les prefents, que l’on a accouftume de faire aux Ambaílàdeurs, 6c quine font pas petits en ces quar- tiers-làj mais il defendit auífi à fes gensdeluy fournir les vi- vres ordinaires: cequilercduifit a de fi grandes extremitez , qu’ilfuteontraintde vendre íà vaiílelle d argent, 6c les lames 6c boucles d’or des felles 6c des harnois de feschevaux, pour fubfifter. Outre cela le Mogul fe plaignit à Schxch ^4b
  • ET DE PERSE, LTV. V. *4r fa conduitc, 5c d’eftre mefcontent du pcu de refpe trouvant importune de ce.difcours , commandaàces gens de MMnim
  • 641 voyage de moscovie, rnettre Movtufaculi Chm dehors par les efpaules; : ce qu ils rent • mais avec rant de violence qu’il y fat bleiTe au vifage.U alia tout fan giant qu’il eftoit, trouver le Roy, 6c luy raconta ce qui s eftoit paflc chcz le Chancelier. Le Roy lay comman- dade n’enriendire : mais lelendemain le Chancelier le trou- vant à difner chez le Roy, 6e eftant aflis en fa place ordinaire, le Rov lefitapprocher, 8c luy dit. Queft-ce que merite ce- luv qui mangeant lepain, 6c vivantdela feule grace de ion Maiftre, perd le refpect qu’il luy doit, 8c le mepnfe ? -Le Chancelier luy répondit: il merite la mort; 6c le Roy luy re- partit: Tu-as toy mefme prononcé ta fentence-, C’eft toy, qui he vivant que de mes bien-faits, 6c quimangeant à ma table, as eu I’audace de me traitter d’enfant,. au diicours que tu fis hicr à Mortuftcuh-chan Le Chancelier fe voulutjuihfier}mais leRoy ne luy en donna pas le Ioifir,6c luy fendit leventie d vn coupdecimeterre. Le Chancelier nefitautre chole, en tom- bant aterre, quede crier. Hi Pafchtch ^imaha , 6c R Roy commanda à fes Rika, qui font des gardes , qui portent des Laches, 6c qui font fouvent le meftierde bourreau, de luy ha- cher la tefte en petits morceaux. Il y eut vn des pages lequel ayant horreur de cette cruauté , en avoir détourne la veue: mais leRoy luy dit, puis que tuas la veue ft tendre , elle t’eft inutile, 6c commanda au mefme temps quon luy crevalt ^’execution de Tdub-CUn, fe vit auffi-toft fuivie de cellc d'jSq-uAu-Chtin, par le commandement que le Roy fit a Alycnh- Ch,t Divm-b'g, ou Prefidant au Confeil, d’aller querir fa tefte. Vvurlu fortoit du bain , 6c vouloit reprendre fes habits quand Mc*U-Cb*n arriva. Vgurlu le voyant entrer, iuivy de deuxvallets, s’eftonna, quoy qu’ils fuflent amis , ce luy dit: Helas cher amy - fansdoutetunem’apportespoint de bonnes non v el les, Alyçuli C/M»luyrepondit,Tu asraifon cher freie. LeRoy ma commandéde luy apporterta tefte : c eft a quoy u fautíereíoudre, 6cendiiànt ccla il ie faifit de luy, luy coupa la tefte, fit vntrouà lajouc, y paíla le doigt, 8c la porta ainfi au Roy ; lequel la voyant y touchad’vne baguette , & die, “ faut avoiier que tu eftois vn vaillant homme : il mefafehe ae te voiren cét eftat-là j maistulasainfivoulu. C eft dommage,. à cauie de ta belle barbe.
  • ET DE PERSE, LIV. V. *43 Ce qu’il difoit, parce que lcs mouftaches eftoient fí lon- 1637. gues, qu’apres avoir fiiitle tour ducol, dies pouvoient encore venir le joindre fur la bouche , qui eft vne des beautés de Pcrfe. Mor tu ft cu li cut fa charge. H tjfan-beg, qui avoitauíli eílédu feftin, receut le meírne traittemcnt, 6c le Poete , qui fut de- puis fauíTcment accuse, d’avoir mis cette execution en vers, & de les avoir chantez au Maidan, fut conduit en ce lieu-là, ou on luy coupa le nez, les oreilles, la langue, les pieds 6c les mains j dont il mourur peu de jours apres. Apres cette execution, lc Roy fit venir les fils de ces Sei¬ gneurs, 6c leurdit: Lay fait tuer vosperes, qu’en dites-vous: Le fils d’fsgurlu-chan dit refolument : Qdeít-ce que Ton me ditdeoere, je n’ay point d’autre pere que le Roy. Cette ré- ponfe^dénaturée le reftablit en la poíleílion des biens dudcf- funcl, qui devoient eftre confifquez au profit du Roy : mais le filsdu Chancelierfutreduit à la derniere mifere, 6c defpoiiil- lé delafuccelliondefon perefj pour avoir eu plus de fentiment de fa mort, que de complaifance pour le Roy. Le Roy eftant arrive à Cafwin, commanda à tous les Sei¬ gneurs 6c Gouverneurs de Provinces de venir à la Cour. Ils obeirenttous à cétordre, à la referve d'^4lymerdan- c/;
  • 6f4 VOYAGE DE MOSCOVIE, tinople. Le Roy pour fe vanger de l’vn 8c de 1’aucre, envoya leurs femmesau bordel, 8c expoía lefilsde Dmd-ò-tn àla bru- talice -J.cs palefremersdela Cour, 8c des bourreauxde la ville: mais le fils d’ h lymerdan-cban fur referve pour le Roy, à caufe de fa beauté. Apres cela le Roy envoya ordre à EmancuU-cb.tn, gouver- neur de s’, frere de D.tvid ( hm, de venir àla Cour. L’on ne manqua point de 1’avertir du deílein que le Roy avo.t de lefairemourir: mais ílrépondit, qu’il ne croyoit pas qu’on le voulut fi mal-traitter , apres avoir rendu de fi confiderables fervices à la Couronne 5 mais neantmoins qu il aynioit mieux perdre la vie, que deílre dans la difgrace de íòn Prince , 8c de ie rendre criminei par íà deíobeiíl mce. Etdefait, ilfutaílezfimplepouraller à Çafwn, ou la Cour eíloitalorsj maisiln’y futpasfi tort:arrive, que le Roy luy fit couperlateíle. L’intentionde6’ hach-Si-fi eíloit de conlêrver Ia vie aux cnfans d' Imancult, &: 1’euíl íans doure fait, fans le mauvais office que lcur rendit vn mefchant flatteur * lequel voyant aux pieds du Roy 1’aifné, qui eíloit aagé de dix-huit ans, 8c qui y eíloitvenuparleconleildefesanus, pour les bai- fer, ditauRoy, qu’il n’eiloit point fils d’.- wan.^lt,msdsde Schah ^4bos, qui avoit donné vne de fes concubines en mariage au pere, eílant déja enceinte de luy. Cette parole couíla la vieàcejeune Seigneur, & à quatorze de fes freres, que l’on conduifit au Ma.id.oi, oil on les decapita aupres du corps de leur pere. La mere s’enfuit avec le feiziéme en ^ytrabic , aupres de ion pere, qui eíloit Prince decesquar- tiers-là, 8c á ce que l’on nous dit, il vivoit encore ence temps, la, 8c demeuroit à H lbife,d trois journées de Befre, ou Balftr/. Les corps dcs executcz demeurerent trois jours à l air dans le Ma.’dan ; jufques à ce que le Roy, apprehendant , que les plaintes, que la mere d’. mancuL y faifoit jour&nuid ne fif- fent fouleverle peuple,commanda qu’on les otail. Les Perfes regrcttent encore aujourd’huy cét Imanculi- Chav, á cauíe defa liberalité. 11 eíloit fils d'^iUa-Wi-rdi Chin t qui a fait baílir à fes depens le Pont d’lfpxban, 8c qui s’eiloit fait confiderer autant qu’aucun autre Seigneur de Períè, à caufe des belles a&ions qu’il avoit fai tes à la guerre. Le Roy n’avoit pas plus de douceur pour les Dames qu’q
  • ET DE PERSE LIV. V. é4y avoit (Thumanité pour les hommes. Car en ce temps-là il en 1637. '- tua vne de fa main , 8c commit plufieurs autres meurtres. Quand il vouloitfaire fes executions, il s’habilloit ordinaire- ment d’efcarlatte , ou d’vne eítoffe rouge cramoiíi, de forte que tout lc monde trembloit, quand on le voyoit habillé de cette couleur. Ces cruautés inoiiies firent peur à tous ceux qui 1’approchoient, 5c donnercntàquelquesvns larefolution d’entreprendre furíà vie par le poifon : Mais celuy qu’on luy donna ne fe trouva pas aflez fort, de forte qu’il en fut quitte pour vne maladiededeuxmois. Dés qu’il en fut releve, il en fitfaire vne enquefte exacte, parlaquelleil defcouvnt , par le moyen d’vne fervante du Serail, qui avoit efté mal trait- tée par fa maiftreíle, que le poifon avoit efté prepare dans 1’ap- partement des femmes , 8c que c’eftoitfa tante, veuve d’//«*- cban , qui le luy avoit fait donner. 11 s’en vangea la nuictfui- vante : car tout leSerrail fut remply decris effroyables,8c Pon feeut lelendemain, qu’il avoit fait faire vne grande foííe , dans le jardin, ou il avoit fait enterrer vives quarante femmes du Serrail, tant Dames, que filies 8c fervantes., Ce fut auffi en ce temps-là, que l’on fit courir le bruit, que íà mere eftoit morte de pefte : mais 1’on ne doure point, qu’elle n’euft fait compagnieaux quarante Dames, quifurent enterrées vives, com me nous venons de dire. Il faiíòit connoiftre aux occafions , qu’il avoit du'courage, n a plus ãe «- 8c il eft certain qu’il rendit le commencement defon regne il- merit*qued* luftre, par les victoires qu’il remporta fur fes ennemis. Il dé-t0ur‘ls<:? fit KaribfSchacb en la Province de Kthn. Il contraignit les Turcs delever lefiege defíi«d.tt, 8cprit d’aftaut la fortereile d'b.rvan-, quoyque veritablementla gloire deces bons fuccez foitdeuêàla valeur, 8c àla conduitede fes Generaux, 8c à la fortune, plutoftqu’aia prudence : car il n’en paroiiloit point du touten aucune de fes actions, qui eftoient toutes teme- raires, 8c fort peu concertées. La feule reduction d'tírvanT peut fervir de preuve à ce que nous venons de dire. LeRoy voyant, qu’apres quaere moisde fiege, il n’y avan- qoit rien , 1 impatience 8c le defcfpoir le porterent à vouloir aller en perfonne à I’aiiaut de la place difant qu’il aymoit mieux y mourir , que fe retirer avec infamie de devant vne place, que les Turcsavoient cy-devant prifeen trois jours. Il MMmm iij
  • IÓ3 7- 11 eft fujet au vin. Scs femmes. 646 VOYAGE DE MOSCOVIE, avoit dejapris l’habit d’vn de fes vallets dc pied , afin de n’e- ftre point reconneu dans la meflee , 6c avoir donné l’ordre pour l’aifautj quandlesSeigneurs, quineluy ofoientpas con- tredire, fupplierent la Princefle ia mere, de luy remonftrer, qu’il eftoit impoilible dc prendre la place, avanr qu’il y euft breithefaite, 6c que le hazard ou il s’alloit expoíèr, ne pro- duiroit que ía mort ou íà honte,avec Ia rui'ne de route l’armee. Elle eut pour toute réponfe vn iouiflet, 6c le Roy ie iaiiif- fant d’vn marteau d’armes, voulut aller droit al’aiiaur. Mais Ies principaux Seigneurs fe jetterent à fes pieds, 6c le fupplie¬ rent, de leur donner ieulementvn jour, dans lequel ils pro- mettoient de faire vn dernier effort contre la place. Ils l’ob- tinrent, firent donner toute l’armee, melmes les goujats, 6c emportcrent la place de force -} mais ils y perdirent plus de cinquantemil hommes. Le bon-heur, qui jufquesalorsavoit accompagnc fes armes, changea bien toft, apres la mort de tant de grands hommes, qu’il fit mourir : 6cTonenvitvne preuve bien evidente, en la perte de Ji.igd.it, que les Perfes ne purent point conferver contre les Turcs, qui le reprirent vingt-fix ans apres que les Perfesl’eiirent conquife fur eux. La icule bonne action qu’il ait faite pendant foil regne, e’eft qu’il renvoya en leurs maifons les pauvres gens , que Schach slbtu avoittirezd’fry.tKjde N achtfchvan ,dc Cbalet^Sc de Geor¬ g/e, aunombrede plusdefept miile hommes, qu’il avoit fait conduire à Ferabath, ou ils travailloient à de grands baftimens, 6c vivoient dans vne miferable fervitude : toutesfois il n’y cn eutpasplusde troiscens , qui purent jotiir de ce benefice; par ce que tout Ie refte eftoit pery de faim 6c de mifere. Ilfeplaiíoitàboire , 6c aimoit ceux qui luy faifoifent com- pagnieencét cxercice, mais il prenoit fes diverriilemens or- dinaires avec les femmes, 6c à la chaile ; fe meflant fort peu du gouvernement, 6cde rendrejufticeà íèsfujets. Il avoit trois femmes legitimes, dontl’ vne eftoit fille d’vn Co¬ lonel, qui avoit autrefois fervy à conduire les mulets, <^ui por- toietl’eau à la cuifine du Roy,6c s’eftoit fait connoiftre a Schach Abaf^ parvnfervice qu’il luy renditvn jour, eftantàla chaife, cn luy apportant de 1’eau fraifehe , pendant la plus grande chaleur dujour, 6c lors que perfonne ne luyen pouvoit trot-
  • et de perse, liv. y. 647 ver. Ce fervice fut reconnu par Ie prefent que le Roy luy fie du I £3 7* villao-e dc ilou, aupres de Nachtfchum, d’ou ce muletier eftoit natií. Ce futle commancement de fa fortune , Sc ce quile fit connoiftreà laCour . oiiil trouva moyen d’avoir vn Office ce qui n’y eft pas fort difficdeen Perle, à ceux qui ont de Par- crent, Sc ayantapres cela pris de 1’employ à la guerre, il reiif- ?it íi bien, qu’on luy donna le commandement d’vn Regiment de mil homines. Sebach Abut rouvafa filie fi belle, qu’il enfit vn prefent à fa bru, veuve de Srf Myrfa, Sc voulut quelle l’é- levaft dans 1’efperancedu manage defonfils Satn Myrfa, de- puisnomméscLíck Sefi, quibepoufa à fon advenement à la Couronne. La deuxiefme femme eftoit Chreftienne, filie de TxmeYM- cb.\n , Prince de Georgte, Sccemariagefutvnefuittedelapaix que Scbxch Abnf fitavec ce Prince. La troiíiefme eftoit vneTartare de Circaffíe-, filie de Sc focur du Prince MuJJal, dont nous avons fouvent parle cy-de- vant. La mere la conduifit jufquesà la riviere de Buftrou, du temps de noftre voyage Sc manda à Scbacb Sefi j qu’elle luy en¬ voy oitfa filie, non commevne concubine, ou commevne eí- clave , mais en qualité de femme legitime. Qu’elle eíperoit, qu’il la coníidereroit comme telle,. Sc qu’elle trouveroit chez luy íamcfmebonté Sc lamefmedouceur, qu’elle avoit autre- foiseue pour la Princefle fa mere, laquelle quoy qu’elle fuft fonefclave, Sc qu’elle l’euft fouvent defchauífée, avoit efté trainee Sc confiderée par elle, comme ft e’euft efté fa fille. Que fiau contraireelle croyok , que fa fille deuft eftre mal- traittée, elleaimeroitmieuxlanoyer, avectout le mal-heur qui luy pourroit arriver dans la riviere de Bujlruu. Il avoit outre ces femmes legitimes plus de trois cens con- S« Cõcufemes*. cubines5parce qu’il n’y a point de belles filles en toute la Perfe que l’on ne luy amene. Les plus grands Seigneurs mefmes luy donnentles filles, qui fe trouventen leurs maifons, ou chez leurs parents. Nous en vifmes denoftre temps vn exemple au Calen ter de Schamachir, lequel eftant a flez mal voulu à la Cour, fe remit aux bonnes graces duRoy parle prefent qu’il luy fit de fa niepce, vne des plus belles filles du pais, Sc par I’argent qu’il donna au Chancelier. Les Armeniens, pour prevenir la recherche, que l’on fait
  • ^37- Sn niort. Schach Abas fuccede alon {KIC. Les dignitez n'y font point hercditaiics. *«4S VOYAGE DE MOSCOVIE, fouventchezeux des filies de douze ans, lesmarient, quand elles font belles, avant qu’ellesfoientencetaage. Ce grand nombre de concubines faie, que bien fouvent le Roy fe con¬ tente de coucher a.vec elles vne feule fois, apres cela il les donneà quelques-vns des Seigneurs de la Cour, qui font Ie plus auant en les bonnes graces, Sc/mc/; Se/í mouruten fan 164a , en Ia douziefme année de íbn regne,ous’ilfautparlerainíi de ía tyrannie. L’on croit que fa vie a efté abregée par le poifon, comme le íèul remede contre lescruautés, que doivent apprehender ceux qui en avoienttant d’exemplesdevant lesyeux, oiiils voyoient que ny àge, ny fexe n’avoient pú mettre perfonne à couvert de lès inhumanités. Au refte,fon vifage ne répondoit point du tout à ce coeurbarbare, mais au contraireil avoid air bon, doux 6e aimable. II eftoit d’vne taille mediocre, 6c eftoit fort bien fait de fa perfonne, 5c lors de noftre AmbaíTade, il 11’avoit qu’vnfilsnommé/4^
  • ET DE PERSE, LEV. V, g49 Province, dontil fait la recepte, & enrend compte au Con- 16x7 feil, ou par l’ordrc du Roy, au chan. Le Daruga eft dans vne ’ ville, & le Kaucha dans vn village, ceque le than eft dans la Province. Le Daruga fait auiTi les fondions du Calenttr dans ion reiTort, mais diins hi dependence du Gouverneur de \z Province. Le Roy fe fert des chans & des Sultans aux am- baftades, qu’ils envoyent aux Princes eftrangers 5 maisil les fait fairc a peu de frais , parcequil ne fournitquela moitié des prcfents, que 1 AmbalTadeur emporte j la Province dont ileft Gouverneur, eftantobligee de faire le refte de la depenfe. La plus part des chans font obligez d’entretenir vn certain Lc donuine du nombrede foldats, qui fe doivent tenir prefts, pour fervirRoy cmpl°ré dans les armees, quandonen a beíbin : &c’eftàquoy ils em- jes^foidacs. ployent quad tout le revenu de la Province 5 à la referve des imports, dont le revenu doit eftre porte à 1’Efpargne. Outre celails envoyent au Roy fes eftreines, qui font fort confide- rables. Les Provinces & les villes, qui n’ont point de Chan , & qui font gouvemees par vn Daruga, comme vnepartie de la Oeorgie, les villes de Casuin, d’lfpahan, Kafchan, Thcheram,Hc- me dan , Mefched, Kirman>Ormu$,&c. n’entretiennent point de foldats, maisilspayentlatailleauRoy. L’ordre que l’ony ob¬ serve, particulierement dans les Provinces frontieres, pour la fubfiftanced’vniigrand nombre de foldats, fait que l’on n’a pas beaucoup de peine a former vnpuiflant corps d’armee, en fort peu de temps. Aufli 1 eSchach feíertfortvtilement de cet avántage , contre les ennemis redoutables qu’il a dans fon voiiinage,&: dont il eft comme environné de tous coftés: come des Tartares Vs bernes, des Turcs, & des Indiens. Il n eft ja¬ mais bien avec les premiers, à cauíè des frontieres de chorafan, avecle Mogul, pour cclles de Candahar, & avec leTurc pour les Provinces de Bagdat &d’Ervan, pour lefquelles ils font en guerre perpetuelle, qui les a fouvent fait changer de maiftre. Leurs armees ne font composée que de Cavallerie , parce Lct arm«s d* que l infanterie mefme , qui doit íervir à pied dans les occa- Perfenefont fions, eft monte en fa marche, comme nos dragons. Les armes ordinaires des gens de pied font des moufquetsj mais la Ca¬ vallerie n’eft armée que de flefches & de javelots. Ils n’ont l’viage du moufquet it de la grofle artillerie que depuis le re_LiU,s,u l‘Ci" gne de Schach ^dbas-, Sc ils ne 1’employent pas tantaux atta- NNnn
  • 65o voyage de moscovie, '1637. ques, que dans les places mefmes > parce que leursarmées mar- chansordinairement àgrandesjournées, 5c avec peu ou point de charroy, ils auroientdela peine à la feire rouler avec la di- licrence neceílaire. Il n’y a point de rufe de guerre, dont ílsne íoient capables , ny deftratageme quils n.empioyent. Au ÇiQcrQ^lrvxn enl’an 1633. ils eurent l’invention de jetter dans la place, avecleursflefches, certaines phioles pleines de poi- dcL"ic°rfCÍelS f°n , qui infecta tellement fair , que route la garnifonen fut incommodée, 8c rendue incapable de maniere les armes,pour la defenfe de la place. Ils appellcnt le General de 1’armée Serdar, le Colonel de dix ou douze mil archers Kurtxibafchi > celuy qui commande milhommes Minbafchi, vn Capitaine de cent hommes lus bafchiy ÔC vn brigadier de dix hommes Ohn~ bafchi. . De noftre temps tous les Officiers de guerre eftoienc gens defortbaíTe extraction, Areb, Chttn de /rzM»,eftoit fils d vn pai fan de Serab, 5c fon premier employ fut dans l’artillerie 5 ou il donna tant de preuves de fa conduite 5c de fon courage, que Schuch -Abas luy donna le gouvernement, qui eft vn des premiers du Royaume. ^tga chttn, fils d’vn Berger d’aupres de Menage, fitfibien au ftcge de JV.m , que fes fervices furentrecompenses du gouver¬ nement de fe Patrie. KartxEchai- Chan, eftoit fils d’vn Chreftien d Aimenie, 5c avoitefté venduàScbach Abas, quite fit Chan 3 5c en fuitte ge¬ neral de fon armée. Il acquit tant de reputation en cét employ, que le Scbach mefme luy voulut fervir d’eftaffier j ainfi que nous * venons de dire. Salma-Chan, Kurde de nation, avoit efté palefrenier. Emir Kune-chan, eftoitfilsdvn deces Paftres, qui demeurent dans des tentes, ou dans des cabanes dans les montagnes, 5c fe li- gnala tellement aufiege d’/;>w»,queleRoy luy confia le Gou¬ vernement de toute la Province. L’on peut juger de 1 affedion que Schach-^bas avoit pour luy, par l’hiftoire remarquable , que nous en allons raconter. Apres que les Turcs, qui avoient aífiegé la ville d’Ervan , eurent levé le fiege, Schach-^4bat entra dans la place,ou il pailà vnebonnepartie de la nuid â boire avec Emu Kune; qui en vfail femilierement, que prenant le Roy par les mouftachcs,
  • ET DE PERSE LIV. V. 651 il Ie baifa à la bouche, fans que le Roy luy témoignaft le trou- 1637. ■ ver mauvais. Emir Kune, qui ne fe íòuvenoit point de ce qu’il avoitfaitdansIevin,futbieneftonnèquandonluy dit le lende- raain ce qui s’y eftoit paílé, 6c il s’en effraya íi fort qu’il íc pen- ditlecimeterre aucol, 6cfeprefentaencéteftat à la porte de la chambre du Roy, fuivant la couftume de ceux , qui fçavent avoir merité la mort, 6c qui demandent grace de la vie. Le Roy vouluft qu’il entraffc, 6c ílir ce qu’il luy fit dire , qu’il ne meritoit point de mettre le pied dans la chambre du Roy, apres avoir abuse de la bonté du Roy de la façon qu’il avoit fait, Schuclj-^ibtv.ifortitde la chambre, 6c luy oftalecimeterre, qu’il luy rendit, corame vne marque de fes bonnes graces. Mais il luydefenditbien expreiTement de ne plus boire de vin, dau- tant qu’eftant yvre il ne fçavoit point ce qu’il faifoit. Quel- que temps apres Emir Kune-Chan ayantefté blefte
  • c51 VOYAGEDEMOS COVIE, iCyj. ges qui font dans la banlieue, pres de quarante mil efcus. Mais ceux qui fçavent, que la feule Province de Normandie paye touslesansvne fomme approchante de celle de tout le reve- nu du Roy de Perfe, necroiront point qu’ily ait de Ihipcrbo. le en ce que nous venons dedire. Ce revenufut bien fort di- minué du temps du Roy Taryas, lors que les Turcs Sc les au- tres Princes voifins firentde fi grandsprogrésen Perfe, Sc de- ftacherent plufieurs Provinces de la Couronne. Au rcfte il n y a quail point depontnydepaflage, nonfeulemenc furies fron- tieres, mais aulfi par tout le Royaume, Sc quafi en toutes les Villes, oul’onnepaye5 fans aucune difference de perfonnes, d’eftrangers ou de regnicoles. Toutes les marchandifes pa- yent, Sc le Roy prendfurchaqueballe de foye dix efcus. Il ne fe vend point decheval , quine paye au Roy quinze fols, vn boeufautant, Sc vnafnelamoitié, Scvn mouton, dont toutle paisfourmille, fix blancs. Le Roydonne à fermeles Caravan- jerus, quifont dans les Villes, Sc qui fervent de logcment aux eftrangers, Sc de magazin aux marchands : particulierement à ifpdbtnfiu il y ena vingt-cinq,parmy lefquelsil n’y cn a point, qui ne paye quinze mil les francs par an. lldonneauffi à ferme lapeiche dcs rivieres, les bains Sc les eftuves, les bordeis Sc les lources de nefte. 11 vend auifi l’eau, pour les fontaines , Sc tire tous les ans de la feule riviere de Senierut à /fpahan, feize mil efcus. Tous les Chreitiens Arme- niens, dont le nombre eft fort grand en Per 1'e, payent tous les ans deux efcus par tefte. Qiupluseft^ln’y aperfonne, à la re¬ ferve de ceux qui font aux gages du Roy, quine paye la tailleà proportion de ce que Ton gaigne , Sc inclines les fages-fem- mes. Il ne parle point icy desprefents quefonapporteau Roy detouscoftez, Sc qui deigorgent, comme par divers canaux, dans le trefor du Prince. Les grands Seigneurs, qui font va- loir le Revenu du Roy,y trouvent leur compte,Sc dégraiííent ii bien le pai's, qu’ilnefefautpaseftonner de ce quel’ontrouve fort pen de richefle parmy le peuple. Car il n’y a rien de II vray, que ce que difoit autrefois vnEmpereur,qu’il eftimpof- iible que larattes’enfledons vn corps,que les autres membres ne s’extenuent Sc ne deviennent he&iques. Vaiifcllcd’or. Cefut Schach ^ibas qui fitfondre fept milledeux cens marcs d’or, pourfaire de la vaiifelle, dont nous avonsparlé ailleurs,
  • ET DE PERSE, LIV. V. 653 Sc laquelle fes fucceffcurs font encore paroiftre aux feftins iCyj. qu’ils font auxeftrangers, 6claquelle confifte principalement en plats, en pots, cn flacons, 6cen autres vaies àboire. Ce que nous avons dit cy-deffus, des Oíficiers de guerre, Officers de Ja au’ils eftoicnt quafi tous de fort baile naiflance, n’eft pas moins Çomonue fc * ^ . n 1 • s~\ 1 1 /-> \ dc l«i Com • vray, pour ce qui eft des premiers Omciers de Ia Cour. Car a Eeine y en avoit-il vn feul, qui full feulement d’vne condition ien mediocre. L‘Eahtcmad D owlet, ou le Chancelier qui eftoit chef du l« Chancclio* Confeild’Eftat, l’ame des affaires , le premier Mmiftre, 6c commele Vice-Roy dePerfeeftoitfils avn efcrivain de Me~ fanderxn; ainfi que nous avons die ailleurs. Ces eferivains ne fervent qu’à copierles Livres, parce quen ce pais-là l’on n’a pas encore 1’víãge de rimpreífion, comme en Europe. Onl’ap- pelle Eahtemad Dcrvlet; parce qu’il a la direction des finances, & qu’il a le foin du revenu ou du trefor du Roy. C’eftoit lc plus intereffé de tous ceux qui foient jamais entres dans le mi- niftere. Car il ne fe faifoit point d’affaireála Cour , dont il n’euft les paraguantes, 6c il ne fe donnoient point de charge, dont l*on ne fuft oblige d’achetter 1’agreement du Chancelier; qui en vfoit ainfi impunément j non feulement parce que les prefens, qu’ilfaiioitdeuxfoisl’analaCour, rendoientle Roy comme complice de íèsconcuílionsj mais auifi parce qu’eftant chaftrc, il n’amailoit du bien que pour le Roy, qui eftoit fon he- ritierpreíomptif. Le K.urt%i-bafchi, ou chefdedixmille archers, que Sowc/? if- LfKirai, mael inftitua comme des bandes dordonnance, pour eílre1’^1'1- toujours entretenues, s’appelloit T^ani-Cban, 6c eftoit fils d’vn paifan de Schamlu, qui du temps de Schxch Abas avoit efté domeftique d’vn Seigneur de la Cour. Ces archers fe retirent chez eux en temps de paix, 6c ne laiíTent pas d’eftre payés, comme s’ils fervoientactuellement, 6c ne font point de corps qual’armee : joúiííant cependant de plufieurs privileges, 6c exemptions, que les autres Roys de Perfe leur ont accordés. Le Meheter, e’eft à dire le Chambellan, ou le premier Gen- LcChSbdim. til-homme de laChambre,qui s’appelloit 5c/)a«e/«-,eftoitGeor- gien de naiffance, depere6cde mere Chreftiens. 11 avoit efté enlevéenfajeuneffe,6cvêduàlaCourdePerfe, oul’on 1’avoit chaftréj deforte qu’il nefutpas befoin de lecirconcire, pour NNnn iij
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, .1637. luy imprimer le cara&ere de Ia Religion Períe. 11 avoit eílé page de Ia Chambre de Schach Abas, 6c avoit beaucoup de credit aupres de Schach Sefii parce quefetrouvanttoíijoursaupresde Ia perfonne du Roy, en toutes les aílemblécs, publiques 6c par¬ ti culieres, 6cmeímedansleSerrail, il avoit l’oreilledu Prince, 6c íçavoit menageríonhumeur 6c les occafions, pour luy parler avec liberte,6c pour en obtenir les graces, qu’vn autren’euft pas pú demander. L: Secretaire LcIV.'.kenvis, e’eftadire Ie Secretaire d’Eflat 6c des Finan¬ ces du Roy, qui fait expedier par quarante commis, qui tra¬ vail lent continuellement fous luy , tous les ordres, 6c toutes les depefehes, que Ton envoye aux Provinces, 6c qui fait l’e- itat de toute la recepte , 6c de la defpenfe de la Maifon du Roy , s’appelloit Myrfct Mafum. Il eftoit fils d’vn pa'ifan du village de Dm/>ew , danslamontagne d’ Ehvend , aupres de Caf- in oiiil y aentr’autres, deux villages, fçavoir Dermen 8c S a. ru, d’ou Portent les meilleurs efcrivains de tout le Royaume ; parce qu’il n’y a point d’habitant, qui ne fade exercer fes en- fansen Pefcriture, dés lajeunefle, 6cavectant d’ailiduite, que mefmes à la campagne , 6c en gardant leurs troupeaux , lls s’occupenta cét exercice. Prefi.icnt du Celuy qui faifoit la charge de Vivoxn-Bcki > c’efladiredePrc- iuilice^ dC 13 ^enc Confeil de la Iuflice, s’appelloit Alyculi-Chan , 6c eftoit fils d’vn Chrcftiende Georgie. ll avoit cílé pris pendant la guerre, que fit en ces quartiers-là, 6c avoit eílé vendu à iftuhan, ou il avoit fervy de laquais , auifi bien que ces deux freres, RuJJxm-chxn Gouverneurde Tauris, 6c Jfa- chan lusbafehi, quiavoientauffi eíté chaílrés, comme luy. I.es fonctions de fa charge coníiílent principalement à prefider auxjugements desprocés, avecle Seder 8c le Ksfi, 6c avec les autres luges, Ecclefiaftiques 6c Seculiers , qu’ils appellent Schehra 8c Gef , fous le portail du Palais du Roy, au lieu qu’ils nomnaerit Dwun-Chane, 6c d’aflifteren perfonne al’execution des crimineis. le Xularagafi, LeKuUra&tft, c’efHdirele Capitainedes K»Um , ou des ef- claves, quife vendentau Roy, pour fervirà la guerre , au pre¬ mier commandement qu’on leur envoye, s’appelloit Siaus- bekj, 6c avoit efté vallet de pied de Schach ^ibas. Ces Ku.Um font au nombre de huitmille, 6c onleurpermet dedemeurer
  • et de PERSE, LIV. V. 655 chez eux en temps de paix, comme Ie Kurtxj, 8c font payez ^37* commeeux j maisils ne ioui'flent point des mefmes privileges, ny des mefmes exemptions, Sc n’en ont point d’autres, que ceux qui leur font communs avecles autres iujets du Roy. Le Eifchtfagafi-bafchi, ou grand Maiftre d’Hoftel, qui eft LeEifciiiK*- chefde quarante Maiftres d’hoftel, quiferventfous luy , s’ap- SRfibaicfn. pelloit Mortafitculi-chan > Sc eftoit fils d’vn Paftre, ou de ccs gens que les Perfes appellent Turk, qui n’ont point de demeure fixe, mais ils traníportent leurs tentes Sc Jeurs huttcs aux iieux, ou ils croyent trouver de lherbe pour leur beftail. Ie viens de dire que ces F.ifchikagaft font comme des Maiftres d’hoftel-, dontilyatoujours quatre ou cinq à la Cour, qui fe tiennent à Ia porte de l’appartement du Roy, 8c qui fervent par femeftre, fous leur Bafcki, ou chef, qui porte le bafton qu’ils appellentDckenek, Sc íè tient devant le Roy, lors qu’il mange en public, aux jours de ceremonies. II aide auífi à pren¬ dre les Ambafladeurs fous Jes bras, quand on les conduit à l’audiance. Nousavons dit cy deffus de quelle façon Mortxft- culi chxn avoit fuccedé en cette charge à ygurla chan , à qui Scbach Sefi avoit fait couper la tefte. Imitnculi Sulthan, que le Roy de Perfe envoya en Ambafladeau Due de Holjlein, noftre maiftre, avoit la qualité d’Eifch:k.tgafi. Le lefxul fchebet, ou Maiftre des ceremonies , s’appelloit l~ Maiftre des Sch-tdcWerii, Sc eftoit fils du gouverneur de Derbent, mais fon Ceremonies, ayeul eftoit fils d’vn pai'fon dela Province de Serab. Le lefaul fchebet pone auífi le báfton, Scfaprincipalefon&ion confifte á placer les eftrangersà la table du Roy, Sc aux aífemblées pu¬ bliques. Le N a fir, ou Controlleur de la Maiíbn du Roy,a qui ils don- t-e Cótroiicur nent auffi la qualité de Kertkjerak, parce qu’il faitaufli la charge ^ola Mailcn dePourvoyeur , s’appelloit Sxmxmbtk, il eftoit fils d’vn bour¬ geois de Kafchxn. Ler«/c6/».í/,quial’intendance fur tousles Officiersdelacui- Lcxufchma!. finedu Roy,s’appelloit Seinel-bek, Sc eftoit fils de Seinel-chxn, que le Roy tua de fa main en la preíence de íà mere. Le D■ w itter, e’eft à dire le Secretaire du Cabinet, s’appel- Le secretaire loit Vgurlu-beg, Sc eftoit fils d’ Emirkune- chan. Il avoit fuccedé du Cabmet* en cette charge à H tffxn beg, qui fut tué par l’ordre du Roy , parce qu’il avoit efté du fouper deTalnb-chan; ainfi que nous
  • ^3 7- * c Grand Ef- i uycr. LeGrand FaU' connier. Lc Grand Ve* neur. 656 VOYAGE DE MOSCOVIE, avons dit cy-deíTus. Ce mot de DatPttter tire Íon origine de celuy de Dcwxt y c’eila direefcritoirej parcequelaprincipale fondion de cette charge confiíle à porter 1’eícritoire, S1 à pre- fenter 1’encrierauRoy, quand ilveutfceller. Carle Roy por¬ te luy-mefmelefceauàfoncol, Sc fcelle luy-mefme , en appli- quant le fceau fur le papier,apres 1’avoir trempé dans 1’ancrier. x^Aly-kah-lnk, quieltoit AJyra-chur-bafchiyc’e{ià. dire chefdes Efcuycrs, ou grand Efcuyer de Períe, eíloit Senkene de naif- íànce , Sc íon pere eíloit marchands de bceufs. Le Mirifchikar , ou grand Fauconnier, s’appelloit Chofroiv, Sulthati, Sc eíloit Chreílien, Armenien de naiílance 5 mais qui nonobílant ía Religion,poíTedoit bien fort les bonnes graces du Roy. Kctraclun-bek, qui avoit Ia charge de Sekbcthn-bafchi , ceíl à dire, de chef de ceux qui ont foin des chiens de la vennerie, ou de grand Veneur, eíloit aufli Sen- k ene , Sc fils d’vn Paítre. Le /eftulkor a deux fondions j fçavoir celle de grand Ma- refchaldeslogis, Sc celle de Prcvoíl de 1'Hoílcl. 11 marche de- vantle Roy, tantdansla vllle qu’à Iacampagne, le baílon à la main, Sc luyfaitfaireplace. II a fous luy pluíieurs autres le- ftuls, qui font comme das fourriers, Sc fervent aufli à arreíler les crimineis d’Eflat,Sc ceux que l’on metprifonmerpar 1’ordre exprés du Roy. Lesautres Officiersdela Cour fone LeSujfretzj, ceílàdireFEfcuycrtranchant. L'Abdar, qui fert au Roy de 1’eau à boire, Sc qui la garde dans vne cruche cachetée, de peur que l’on y mcíle du poifon, Le chcixined.tr, ou Sur-intendant des Finances. ULsimbadctr, qui garde lc bled. Le lefiul Nedcr, qui garde les louliers duRoy, quand il fe defchauíle dans 1’antichambre. Le Mehemctndctrt introdudeur des Ambaíladeurs. H y a outre cela pluíieurs autres Officiers moins coníidercz que les precedents, comme Le Kifchikx}-baf hi, Capitaine de la garde. LeTx^bed.tr, Capitaine de 1’artillerie. Le Txyrtzj, celuy qui publie les commandemens du Roy. Le TxeUudctr-bafchi, celuy qui commandeaux palfreniers, qui conduiíènt les chevaux, quele Roy fait mener en main. Le
  • ET DE PERSE, LIV. V. (s7 Le Kitabdar, Bibliothecaire. i 63 7. Le Meamxr, Ingenieur 6c Archíte
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, tf i 7. douze Seigneurs de la Cour, le H tkim, ou Medecin le Seder r ttouvLiu teu* le Minntx^m. Le Medecin luy indique les vianues qu il doicoúrsaUprCsduman Le Minet^m luy dítles heures heureufes & mal-heu- f reufes, 8c on 1’efcoute, comine vn Oracle, 8c le Seder , qm eft ie chef de leurs Ecclefiaftiques luy explique les paílages de I’Alcoran, 8c les points de leur Theologie, ou 1 on trouve de la difficult*; Le Roy 8c le Kafi, nomment conjointement le Seder, & lechoififlent parmy ceuxquel'on jugeles plus capa- blesd’expliquerl’Alcoran, 8c les loix qui endependent. L on prendfesavis non feulementaux affaires Eccleíiaftiques, mais auffi aux Politiques, 8c particuiierementrau»cnminelles. On luy fait voir le procés, 8c ilenvoye fon avis par elerit, Icei e deíonfceau. Le Roy le fuit quaíi toujours, en y mettant ces mots. C’eft icy l’avis du Seder , lequel nous confirmons : 8c apres cela il y fait mettre le feeau. r»Jmm^ra,i5 Les caufes civiles fe jugent ordinairement par les luges ie- 4ciaiuftice# culiers, qu’ilsappellent, Oef. Cefontdes lurifconlultcs a icur mode/ôc ils ont pour chef le Dirv.m-beki, qui doiteílre fça- vantenlaloyde Mahomed. Leurs jours plaidoyables font le Lundy 8c le Ieudy, 8c le lieu ou ils s’aflemblent pour rendre iuftice, eft vne grande falle voutée fous la porte du Palais du Roy, ou ils entendent les parties, 8c ft les caufes font d’irn- portance, ils en font le rapport au Roy, 8c luy difent les avis> des luges i furquoy le Roy les decide. Il eft defendu par leur L'intc ©ftde W de donner de l’argcnt à rente. Usne laiffent pas de le' j'at?Crt y eft £aire p0urrant5 mais ft onledefcouvre, Ton tient ces vfuriers. * 4‘ pour infames, 8cl’on ne les fouffre point dans les compagmes des gens d’honneur, 8c mefmes on les punit bien feverement.. Nous en vifmes vne exemple en paíTant à Ardebil , ou 1 on arracha les dents d’vne façon aflez extraordinaire 5 à vn horn- me, quiavoitpris vn8cdemy pour cent par mois. On le cou. cha par terre, 8c on luy abatit les dents à coups de maillet. Ils appellent cette forte d’vfuriers Sudehur, c’eft à dire mangeurs d’mterefts ou d’vfure. L’on permet aux Perfes de prefter de I’argent fur des terres, fur des jardins, 8c fur des maiions, done ils jouiiTent, 8c ft elles ne font rachettées dans le temps, done les contra&ans font demeurés d’accord, elles demeurentt à les crimes fom pacquereur. ... , puu.sfev«c. ^esfupplices y font cruels, 8c proportionnez a l’opmiatretc;
  • ET DE 'PERSE, LIV. V. Cfy decepeuple, qui a del’mclination pourle vice, 8c fe mocque 1637, cies corredions douces, 8c des peines medíocres. Les moin- dres crimes fe chaílient par la mutilation des membres. Oi\ coupelenez, lesoreilles, Sc quelquesfoislespieds 8c les mains auxcrimineis, 8c mefmes on les punit de mort* en leur tran- chant la tcfte. Us ne puniílent point de mort le violement, mais ils fe contentent de couper la partie qui a peché, à ce- luy qui a force vne femme, laquelle en eft crue au ferment qu’ellc en fait, fi elle a Paffeurance de le reiterer trois fois. Les deux derniers Roys, Sch*ch-^AbC Scbach-Se fi ont efté plutoft cruels que fe veres en leurs fupplices, ainfí que Ton peut voirparles exemples,que nous en avôs cy-deffusalleguésj jufques-là qu’ils ont mefmes fait lier des crimineis entre deux aix, 8c les ont fait icier en deux. Sch*ch-~4b
  • 670 voyage de moscovie, 1637. mais ils ne laiíTent pas de fe hair mortellement; 6c dautant que leurinimicié n’efl: principalement fondée que fur la differen¬ ce deleurs Religions, nousferons icy connoiítre enpeudeli. gnes en quoy eíle confifte. Le íleurde fiusbccjue die, en la troifiéme lettre defon ambaf- fade de Turquie , que l’on peuc juger de la difference de ces deux religions, par laconveríàtion qu’ileur avec vn ViÇw Per. íc, nomraé RuJtjw, qui luy dit que les Perfes haiffoient plus lesTurcs , 6c les tenoient pour bien plus profanes que les Chreftiens, mais iln’endit point d’autreparticularite. Lesau- tres qui en ont eferir, comme PauUlove-, Bizarras, Minadous, 6c vn certain Gentil-homme Anglois, nommé Thonuu Yísrbp-t, n’y ontpasmieuxreuffi: les vnsà caufe du peu de connoiffan- ce qu’ils en avoient, 6c les autres par negligence j n’ayans point dit ce qu’ils en euííent pu apprendre pendant le fejour qu’ils ont fait en Pcrfc. I’ay eu lacurioíité de men informer, tantdeceuxaveclefquels j’avois contradéquelques habitudes, iScantítchieSí à //^.
  • ET DE PER.SE, LTV. V. ^ c’eft cn quoy ils fone d’accord avec les Turcs. Mais la diffè- 1Í37. rencc de leur Religion d’avcccelledesTurcs confifte, 1. en ce qu’ils n’expliquent point 1’ Alcoran de la meíme façon, 2. qu’ils n’ont pas les mefmes Saints, 3. qu’ils n’ont pas les mefmes mi¬ racles , 6c .{. qu’ils n’ont pas les mefmes Mofquées ny les mef¬ mes ceremonies. Les príncipes de leurs Religions font contraíres, en ce que ni;rcr6cc del» Mahomed, ayantordonné par fon teftament, qu’^/>,fon nep- Reii'bndll 3 veu 6c fon gendre, car il eftoit fils de fon frere, 6c il avoit ef- P"rrtS K£el|e pouiefafille Fatt mu ■> luy fuccederoit, tant au temporel qu’au ‘ks TurcS? ipirituel, rilmi'k r, òmnr&.ofmm , tous trois beau-peres de Mahomed,qui eftoient plus confiderés 6c plus puiiTants qu’/ify, 6c qui avoient beaucoup contribué à la grandeur 6c à l’eftablif. fement de la Religion de Mahomed , viurperent fuccefilve- ment les vns apres les autres le Califat, 6c le gouvernement politique de leur gendre, nonobftant Toppoiltionqu’^i/ji, 6c les amis, y voulurent former. Ce ne fut qu’apres leur more qu’~A/>• obtint le Califat, qui luy fut toújours contefté par les parens des trois derniers Cahfes. Aly ne changea rien dans l’Alcoran , 6c quoy qu’il donnaft diveries interpretations aux paroles de Mahomed, 6c qu’il expliquaftle fens de faloy, il nelaiftapasdereconnoiftre fon authorité , là oil elle eftoit claire, 6couletexteneíòuffroitpoint duplication ; de forte que cela n’apporra point de changement à la Religion. Mais environl’an 1363. ilfetrouva à .Ardebil vntres-fçavant Cómcncement homme, nommèSrf, qui difoit qu’il eftoit de lafamilled’^/7, deia Religion 6c qu’il eftoit defeendu en droite ligne de Mufat Kafim, fils de 1,cs PcrfcSk Hojjein, qui eftoit fils d’Aily. L’aufteritede ia vie,8c l’innocen- ce exterieure de fes moeursj accompagnée d’vn efprit capa¬ ble deíèfaire valoir, luy donnerent beaucoup de reputation, 6c la qualité de Schich. Il mefprifoit en apparence ce que le monde a de beau 6c de pompeux, fe couvroit d’vne peau de mouton, 6c ne vouloit eftrehabillé que de lame. Il y enaqui diíènt, qu’on luy donna le nom deSfi dumot Suff\qui fignifie Scl.ichScffj. laine j quoy que les autres croycnt, 6c avec plus d’apparence , que la veritable etimologiede fon nom eft le mot de Sefld, qui fignifiepaíle 6c blanc j parce que Ia couftumedes Períès eft de donner louvent le furnom de la couleur du viíãge : comme le Chancelier dc Petfe, qui vivoitlorsde noftre ambaftade, fut OO00 iij
  • i^37-
  • ET DE PERSE, LIV. V, ^ qui en font devenusennemisirreconciliables des Perfes:prin- *637. cipalement de puis le zele , que Sedredm Sc Txinid, que quel- ques-vnsnomment Gutnet efmoignerent pour 1’eílabliífe- mentSc avancemencde cerce fecle5 laquelle s’eil tellement fortifiéeavec le temps, que leurs S chidh font devenus Sc>>ackSy c’eiladire, que leurs Propheres one change leur qualité en cellede Roys. LesPerfes, non concern d’avoireftablv la Sainteté, Seen Le*s.int«
  • 1Í37- Lcurs ftítcs. CõmentatcMrs He l'Alcoiaiv. 674 VOYAGE DE MOSCOVIE, piescn noftre truchement Perfe, nommé Rufltm, qui en pnt vn pour fe rnettre à couvert du fupplice , qu il pouvoit appre- hender, pour avoir embraflé la Religion Ohreftienne en An- gletcrre! 6c vn autre en Tzjrr
  • ET DE PERSE LIV. V. C7l cules, Si à tant de fables, dont leurs Livres de Religion font: 1637. remplis. Entr’autres qae Duldul, c’eil ainíi qu’ils nomment le cheval d\My > eft forty d’vn rocher. Que c’eil 1’Ange Ga¬ briel, quiluy a apportéfonefpée, nominee D%#lfak*r, dontil a fait plufieurs grands exploits. Qifilen a tué vn dragon à íèpt refles, qu’il a taille en pieces vn diable, & que Sultan Maho¬ med Chodabende, eílant vn jour à la chaíle aupres de Kuft , y defcouvrit vn fepulchre avec cette infcription. Cy-deílbus gifent Adam, MoeÔC^/jy, &qu acaufede ceiale Sultan y avoir faitbaílirlaville de Nci^ef^ ou il avoir fait eriger vn tombeau alamemoired’^i/jy. Maisiln’y a riende íí goffe que le conte qu’ils font d’ /fly, quand il beut avec les Anges dans le Paradis. Etafin que l’on ne doute point delapuiífancefurnaturelle,&: MirllcIeSi quail divine, qu’ilsattribuent à 1’autheur de leur fede , ils en content vne infinite de miracles $ qui font fuípeds par tout ailleurs, mais en la Religion des Perfes ils font d’autant plus impertments , qu’ils en font -faire à leurs Saints, fans aucune neceihté. Comme quand ils diíênr, que Sdnck Soft,, eílant en¬ core fort jeune,&: eílant allc voir .S<:W'.S'.íW/,quieíloithòmc Saint Sc fort íãge, qui demeuroit au village de Sahedm en la Province de Kilan, il yconfidera la peine, avec laquelle les ha- bitans farcloient leurs terres, Sc en arrachoient les mauvaifcs herbes,& en eílant touché de pitié, il commanda aux mauvaifes herbes de fortir du champ. 11 fut auífi toíl obey. Mais Schich SrfW/luydit. Monfils, jevoy biencequetu fçais faire} mais il fautquetuconíideres, quefituoílesà cespaifansl’occupation & le moyen de travailler , ils fe perdront dans 1’oifiveté. Sofi trouva cette confideration fi belle, qu’il refolut auífi-toíl de fe mettre à fon fervice, ou il demeura encore íèpt ans, Sc apprit de Sahadi plufieurs belles choíès. C’eil pour cela, à ce qu’ils di- fent, que ce village joiiit encore aujourd’huy d’vne exemption entiere Sc perpetuelle. Ils content auífi que Tamerlan , qu’ils appellent Temurleng, voulantvoirScotch Soft, Sc s’afTeurer íi fa Sainteté reípondoit eneffetàla haute reputation qu’il avoit acquife par tout I’O- rient, refolut del’aller voir, Sc pour tirer vne preuve certaine dela veritc defadodrine, il refolut enluy-meme, dele mettre al’efpreuve, Ôtdenedouter plus de íã Sainteté , s’ilfetrouvoit dans fes fentimens en ces trois chofes, 1. s’il ne venoit point au PPpp
  • 676 VOYAGE DE MOSCOVIE, devantluy, a.s’illuy donnoit à manger du ris, cuit non dans dulairde brebis, mais de chevres fauvages, Se 3, fi lepoifon, qu’il luy feroic prendre , ne 1c tuoit point. Sur cela Tamerlan eftant arrive à-Scbamasbu, ouSo/j demeuroitalors5 il alia droit àfachanbre. S-flevit bienvenir, mais ilne voulut point al- ler au devant de luy, jufqucs à ce que Tamerlan euft mis le pied dans la chambre :alors Sofife leva, Se dit: Iefçay bience que bondoitau Roy, mais vousn’avez pasvoulu que je fois alleaudevanc.de vous. Ie vous demande pardon. C’eft vne preuveque vousavez voulu tirer de moy. Apres ce compli- ment il fit afíeoir Txwírfm, vis á vis de la porte, Se fit fortir de la foreftprochaine plufieurs chevres fauvages, qui fe firens traire cn la prefence de Tamerlan En fin Soji voyant qu’on luy alloitdonnerlepoifon, il fe fitbailler vnechemife blanche, qu’il veftift ,Seapres avoir prisle poifonil femit à danfer en rond,à la mode des Schick, jufques àce que la fucur luy eftant fortie de tous coftés, il ofta la. chemife, dont il fit fortir la fueur, que le poifon avoir teinte de verd, Se I’ayant mife dans vn verre, la donna à Tamerlan, pour luy faire voir qu’il ne luy avoit point faitde mal. QtfaprescelaTdmfrAt» n’avoit plus douté de la veritéde ladodrinede Soft, qu’il luy avoit don- né plufieurs villages aupres d’Ardebib,' Se qu’il luy avoit fait prcfentd’vn grand nombre deTurcs, pour les mftruire en fa Religion. LesTurcsnecroient riende tous ces miracles • mais ilsne laiftent pas d’avoir la memoireà'Aly en grande veneration.Ils advoíient qu’il eftoit proche parent de Mahomed, qu’il eft ef- fedivement Iman, Se qu’il a mené vne vie fort exemplaire r particulierementqudeftoit vaillantSe fort bon homme de cheval, Se c’efta caufe de cela qu’is difent jfa Aly, au nom, d’~4ly, quandils vont monterà cheval. itarspurcifia- Toutainfi queles Perfes rejettent toutes les Loix Se Or- donnances qu' Abube^er, Ornar, O [man, Se Hamfe difent eftre fondées dans b Alcoran, demeíme mefprifent-ils les ceremo¬ nies Ecclefiaftiquesdes Turcs, Se en ont des particulieres,. qu’ils croyent eftre auífi neceflaires, que ce qu’il y a de plus e£ íentiel dans la Religion. Pour exemple, quand les Períes veu- lent faire leurs prieres, ils s’y difpofentpar 1'ablution exte- jfkure c.omme les Turcs, mais d’vne maniere toute difference,.
  • ET DE PERSE, LI V. y. $ lis trouílentles manches jufquesau deíTus ducoude, fe Iavent esmains, qu ilspaffcnten fuittc deux fois furies bras, dcpuis “$»■ Apmcek ils pallèntía nfaiâ tefurle vifage. Les Turcsau contrairc rempliffent lcs deux mains d’eau, & enfrottentle vifgc, y paíTans íes mains repàVans’ ^mm‘ln^nsdcPu's Ie front jufques au men ton, & repaí ans apres du bas cn haut. Ils fe Iavent Ie nez & Ja cétoffer c!rant: avcc Phaleine l’eau qu’ils prennent pour ceteffccdans les mains. Les Perfes paffant Ia main moíiillée furTeín15 nlr arCfte: dePuis Ic co1 au front, & en fuitte ur íespiedsjufquesaux chevilles. Mais les Turcs verfent de 1 eaufur la tefte,&paílent ainfi Ia main moiiilliée furies pieds rT h ÍODt ob%cz de ^er devant que de commãcer c? ce ’ lemomesjmais e’eft ce que les Perfes ne font point LesTur« [.fente Pinner doigt de la main que l’on appelle Pindi Dou1anl0rC1^íe’ ^í^ncen fíutte tout YPentour du SuUIa ; P ^tapresl’ÍndÍCerUrla tefte> dePuis le co1 juf- qu’il Zenr' n TT?CSfe f°UtdanSIa ™aifon » devant â. Cent’/P0urallerfaireIc^pneresála Mofquée- oíx ZnTT ^ ^ trrVCm ZOUU ’de Peur de rubier ia devo- chenfffh0ma!CrLeS Períesontvne pierre, dontilsfe tou_ chent fouventle front, pendant qu’ils font leurs prieres,ou ils iwí™11®’? r porrcnc le front dd&T On ia&t jjoíT Za^lCe2 T1 fe trouve auPres de de Kufa oà Boffnn aefte cue, ôe enterre, aupres d’^/jy, & c’eftdela oue cctte merretn-e route fa vertu EUefaiten Odagone, & a^vn nomPÍfUSíde tr?lsPouIcesde diametre , & contient avec les mune do,UZe,Sai"ts’ce% de > leur mere com - vendre en Perfe Anbes ** lesf°nC ’ * ** lcs P<*ent à re^rP!ÍeS/í"CarrrÍnZà>Mofquée,cômencentleursprie- teun i L Les Perfes en priant laiffent negligenimct p d re les bras,& tiennentles yeux en bas vers la terre • 6c osTurcs au contrame portent les deux mains fur Peftomach ifen t lpCeT eS Per C" mefCent les mains fur les oreilles, & tour- fiSi? VIÍT Ta ,mVdy * Parce ^uc 1 a Mecu & Medin font a on f VCrS e Sud’al’e%ard de la viíleá'aM.oÍl leur fecte muter ITT"' ^dePapparanceou’encelails veulent cer la couílume des premiers Chreftiens, qui en faifant PP PP ij .
  • é g VOYAGE DE MOSCOVIE, ífMirs orierestournoientle vifageversle Levant,pour faire co- 57' ™iftrPe que Chrift, lcurSolel de Iufticeeftoit leve. Ce qm futcaule que les Chreftiensayans ettéaccufez, du temps de rrmuereurSevere, commes’ilsadoroientle Soled, TeituU lian lesjuftifie en fon Apologie, Sc foie connoiftre la vcnca. U\c cauie de cctte cercmonie. Lcs Pcries eftant done ainfi tournez vers le Midy, com- mcncent leurs prieres par celle d’ Allhcmdo hlla. Apres quds l’ontachevce ils portent les mains fur lcs genoux , 6c cltant ainficourbezilsprononcent lapriere SMmn, Kell; & repl¬ ied /IHe tkbtr. Apres cela ils fe mettent a genoux, ^ttenc la terre du front fur la pierre grile, & pnent encorre 1 e Subhmn* nM, qn eftandant les mains. Apres tout cela ds font la
  • ET DE PER.SE, LIV. V. 6j$ en a qui font chez eux les prieres avec tant de vehemance, 1637. que 1’haleineleurmanque , Sequ’ils tombent efvanoiiisater¬ re. Iemefouviensaceproposd’vndemes voifms à Scxmacbie, qui fe laiflatellementemporter à la chaleur de fa devotion, qu’apres avoir achevé íaprierc touthaut,Scprononcé de tou¬ reia force plus de cinquante foisle mot Hnkkx , qui íígnifie Dieu,ilne le putenfin pluspronbncerqu’avec peine, Sc en- finla voix luy manqua toutàfait. 11 y en a qui íè fervent en Ieurs prieres d’vne certaine forte de chappelets, qu’ils nom- mcntMoharThebisk-, compofés de trois dizaines, aiftinguées par autant de gros grains. Le Vendredy, quieft leur fefte ordinaire, leur chxttib, ou Predicateur, monte en chaife, Sc lit quelques chapitres de l’Alcoran, avec l’explication. Ils n’eftiment point du tout noftre Bible, Se diíent qu’elle a efté falfifiée par les Iuifs Sc parles Grecs, Sc que c’eft à caufede cela que Dieu a envoyé l’Alcoran, comme vne Bible corrigée, ou comme la veritable parole de Dieu. Eftant à Scatuachiejc fis voir au MinMxim cba- Itl le Pentateuche en Arabè. II le reconnut fort bien , mais ildit Chrxbdur,c’eftà dire, c’eft vn livre corrompu Sc Aboly • l’Alcoran vautmieux. Ils ontdes opinions fort eft ranges de Ia Creation du mon- loucli»DcTe°M de ,du premier homme, des hiftoiresde la Bible, du dernier SaduV Iugement Sede Javieéternelle. Ils difent entr’autres, qu’au l’£Df<:r* commencement Dieu fit fept Enfers, Sc autant de Paradis • mais qu’il y fut adjoufté vn huidiéme Paradis à 1’occaíion fui- vante.. Ath, Roy de Perfe , Sc grand pere deNimroth, vn des puiftantsPrinces defon temps, devintfi glorieux, qu’il vou- luteftrcrefpe&é comme Dieu, Sc afin qu’il nemanquaft rien à fa magnificence, il employa pluíleurs millions d’or à baftir le plus beau Sele plusfuperbe Palais que l’onfepuifle imaginer, pour luy fervir de Paradis; mais le Roy eftat en chemin pour l’aller voir,Sc pour en prendre poíTelTio,ilfe leva vn broíiillard fiefpois, quil couvritfibien toute la maifon Sc les jardins, dont elle eftoit accompagnce, qu’il fembloit qu’il fuftjdifpa- ru; en forte que jufques icy l’on ne la pas pii retrouver 5 Sc que c’eftla lehuicliefme Paradis,que Dieuàjoinrauxfept autres. Les Perfes ont auííi la couftume de voiier Ieurs enfans à |clJ*sVcn*ans' quelque Saint dés le ventre de la mere, pour en eftre efclaves des saint*. P P p p iij
  • 68o VOYAGE DE MOSCOVIE,’ ^37* pendant toute leur vie. Pour marque dè cetce fervítudeils Jéurpercent 1’oreille dés qu’ils font nez, &c’eft de laqu’on íeurctonnele nomde Mahumediult, Imancuh , sldicuh , c’cft à dire eCclcLve úe Mahumed, d’ 'man Scd’csfaly. Ce qu’ils font ordinairement quand ils paíTentles premieres années de leur manage fans enfans, ou quand les enfans ne viennent pas bien. IlyenaauíllquilesvoiientàlavieMonaftique,&pro- mettent d’enfaire vn _sdb(Lllj. Neantmoins files enfans, qui ont efté ainfi voiiez,n’ont point d’inclination pour Ia vie Mo- naftique, ilsfe peuvent faire diípenícr du vceu du pere, en quelquelieu Saint, moyennant vne fomme d’argent, Lcur quarcfme Ils ont auííi vn quarefine, ou jeufned’vn mois tous les ans qu’ils appellentfl«/c?\ ouaveclesTurcsils Ie com! mencent &c finitfent felon 1’ordonnance de 1’Alcoran, avec Ia lune du mois de Ramefan II eft vn peu plus auftere que les jeunes ordinaires, en ce qu’ils ne mangent ny ne boiventpoint entre les deux Soleils: mais ils ont toute la nuid à leur dífpo- fition,6c ils s’en fervent ordinairement fi bien, qu’ils ne jeufi. nentjamais moins qu’en ce tempslà j parce que s’eftans íaou- lez de vin & de viande la nuidfc, ils fe couchent le matin, & dormentvnepartiedu jour. Ceuxqui ne veulent point jeuf- ner, s’en peuvent faire diípenferpar de 1’argent. l Parents dc II fe trouve en Períe vne certaine forte de gens,qu’ils appeL Mahome.i. lent .£«», d'Aly de SchchS fi, &c fd.úe£ey amber bn embia, e’eftadirepar la pofterité d'sialy^
  • ET DE PERSE, LIV. V. 62l eeux-cy n’ont point d’autre ferment que celuy d l6%- ceftadrre, parmanaiiTance.Les Sad, quidemeurent dans * Ics villes, font ordmairement riches,par ce qu’ils poiledent dcs rerres &: des villages, dont ils ne payent rien au Roy • ce quilesredaflezglorieux&infupportables. Ily cna quipren- nent la qualite de qui vont de ville en ville, &; s’entrel tiennent d’aumofnes. Ils font voir leurs ateftations, mais dies lent Ie plus fouvent fauiles, & ceux qui s’en fervent pailent poiirafirontcurs, e’eft pourquoy on lesappelle CherSeid c’efl: a dire Saints d’afne. Il y en a parmy ceux-cy qui portent des cIievauxdamdeshotteiresrondesd'ai-genf.qu’iIsiftntaTOir eite pris fur la tefte de Mahomed, & les fçavent poufter adroi- tement par vne petite ouverture, voulans faire croire quece- a ie fait par vn mouvement furnaturel& miraculeux Ils vendentces chevaux bien chere , & les Peries s’en fervent a ies mettre fur le livre , quand ils font leur priere A ^enla Province de Kilan , il fe trouva vn de ces charlatans, equel ayant trouvé I’invantion.d’allumer du cot¬ ton auSoleil a travers d'vn chriftal, taillé en demy rond fai- ioit accroire parcette operation, qu’ij difoit eftre furnatu- reH^qu’i! eftoitde la parente de Mahomed.Eftant de retour en Holjiein- je fis voiraux Perfes, que Schah Sefi y avoiren- iY n 7a7°itriende.fi,aifé ^ue defaire dufeuauSo- leil,&j allumav du papier au plus fort de l’hyver mémes,à tra¬ vers vn chriftal plain d eaufroide, ou d’vn morceau de eftace que j avois forme en demy rond dans vn plat. Ils en demeu- rerent eftonnes , & me dirent que ft je 1’avois fait enPerfe . J y pa erois pour vn grand Saint, ou pour forcier. * AutresrcIU II y a encore d’autres Ecclefiaftique en Perfe que l’on jit s‘CU3cPcrfeSj toZ tTlT "Iieu de,ft’ueIs lesT"rcs ont 1 esfl„™, d°,n,«“Plufimrsplefans contes. On lesappelle uldl!'4,SCJ; eft™eeipe«de Moines. Ilsfontforcfimplemep habilies d vne tumque de plufieurs pieces, & piquée come jes mateias- Ily en a quinefe couvrent que d’vne peau ve lue, ayant au milieu du corps, au lieu de ceinture, vmibrpent de cuivre,que leurs Dodeurs leur donnencquand ils font pro- feiiion, comme vne marque de leur erudition. C’eftle Yuffi- n eflCíefdeS, Suff' "I111 les confaci'e dansleSuffieaneà, °*riebt ^ & a Mefchtt. On voit ces ^ibddlu çà & làaux
  • 68a VOYAGE DE MOSCOVIE, marchés 6c lieuxpublics, aílembler Ie peuple, leur prefcher Ies miracles de leurs Saints, 8c maudire Abnbeker, O mar,0[man 8c H.inife, commeauffi les Saints des Tartares Vsbecjues, dont ils font des contes ridicules 5c horribles, pour les faire hair 6c mefprifer. Ge qui fert principalement à reftabliíTement de leur Religion,6c àfaire redoubleren lcurs cnfans la haine con- trelesTurcsj parce que ce font ceux-là qui fe trouventlc plusà cette forte de Predications^8c c’eftpourquoy ces Abdulla* n’ont garde defetrouver fur les frontieresde Turquie. II y en a qui avalent tout ce que leurs auditeurs leur donnent, 6c c’eil à caufe decelaqu’onles appelle auííi 2T4/
  • ET DE PERSE, LIV. V. gg rencontre 1' Abdalla rarhr ‘ r r C bt,mais V ayac íS5S5!|rísF"?í;:P'E rcfpondit,que fon honneur lay ertoic p us chcT quefo^enfe& »iT^‘^R»seíSi faSÍnlTf 11 Y 311 tpaS C,,COrC P»®5 k «*« & Jcseipaules,quand la femme,empoiunant vn coulcre nuVll,- crouUa fo(1J f main, „ia , paide _ l cS mcfmca charla quclqucs coups f„r la tefte&furle col.dont il mou- furuim aii mef' qi" accol,rurenc “ bruit, & lc marv q„i v urtiint an melme temps, trouuerent ce triíle fpeclacle * i; femme eílianoiucdans la chambre. Eftant reueíuè i elle’ clle íannflíUUlnt5-<1je °C n?1,ífrabIc>& fentant bleíTc du premier quo?iírlcheterde?eííde^^í luy auoíc dit’3u>il^oic de- vo7llír 7 f r r P°llr(laoyle mary euc le foin de le def- J , r 5 de «fta: la cafaque , laquelle quoy que compofee t£sZ: ,haill°rS ’ne h]Lt Pas dc huia ccnsíh- sP:dSfcn,“pii de faircfon profe-Le eneftfortier/cèíéft^e laTuiSf heurcs aP«» „ laue dcuant que ^emte %£ ^ dans la matíon ,pour les perfonnes dc condition , ou dans vuu ÓS4í
  • 634 VO Y AGE DE MOSCO VIE, 637. maifon baílic au cimetiere exprés pour cela, qu’ils appellent Mordefchar Cane ,pour le cornmun peuple. 1’eus 1’occaíion cie voir ccs ceremonies à Cafvrin, à noílre retour tilfpahan. C e- ftoicle corpsd’vn ieune homme de vingtans, que l’on apporta toutveílu 8c encore chaud, en chantant iufques au cimetie¬ re, ou 1’on ledefpoiiilla, 8c on lejetra dans vn baífin reueíludc pierre de taille , d’enuiron feize pieds en quarré. Apres que lefoíToycur 1’euft bien lauc,on luy mit vne chemife blanche, on l’cnfeuelit dans vn linceul de toile de cotton , 6c on le couchafur vne ciuiere,pour leporter dans la foiTe,qui n’eftoit pas bien éloignée de là. Aux perfonnes de condition 1’on fait encore cette ceremonieparticuliere 5 e’eft qu’au iortir du bain Pon met le corps debout, 6c on luy verfe de lcau de camphie, qu’ils appellent Kafur,ínx la telle, de laquelle clle découle fur le corps,dont ou bouche toutes les ouuertures auec du cot¬ ton. Onle pofc aupres de la fofle, 6c le Preilre, apres auoir let» quelqucs paifages de l’Alcoran , luy foúleue vn peu la telle, qu’il remet auili-toil, 8c apres cela on le met dans la foife ,fans bierre. Les foifes font fort creufes, 6c quelques-vnes font vou- tées 6c les autres couuertes de planches. On coueha le corps fur le coílé droit, 8c le vifage tourné vers le Ponant, parcc queles Perfescroyententr’autres chofes, que lors du dernier lugement le Soleil 6c la Lune feront fort trifles, 6c que le Soleil en arriuant au Ponant, s’arreilera,. 8c qu ils deuiendront noirs comme du charbon. Qtf alors l’Ange Gabriel viendra battre le Soleil 6c la Lune, 6c les contraindra de retourner d’Occi- denten Orient, 6c que cell par l’Occidentque commences le dernier lugement. Apres cela le Preilre ayant mis vn peu deterrefur lamain,lcut encore vnpaffage de 1’Alcoran,sé- loigna de la fofle de fept pas, y retourna apres ayant en¬ core leu vn paflage, fe retira auec toute la compagnie. Apres ces ceremonies les perfonnes de condition ont accouilumc de fairevnfcílin jletroifieme iour apresl’cnterrement,maisfans vin,8cíile deffunél a laiffe beaucoup de bien,ils repetent lc feílinlefeptiéme6clequarantiéme iour,comme auffiauiV*»- rus ,au Kurban 6c au Ramefun, y diftribuans toufiours quelques aumofnes aux pauures. La raifon pourquoy ils font les foifes fi creufes, & qu’ils b
  • > ET DE PERSE, LI V., V. Aaly. S’il refpond per- tinemment à cesdemandes, Ôc s’il pent aucunement rendre raifon de 1’vfagede fes membres , il ne faut point douter qu’il ne foit fauué, 6c que les Anges ne fe faififlcnt de l’amc , qu’ils feparent alors tout à fait du corps. Toutefois il n’y a que les perfonnes aagées qui fubiífent cét cxamen > 5c on n’oblige pas les enfans à rendre raifon dc leur foy. Les Pcrfes , pour perfuaderqu’ Abatbalib , pere d’^//y, eft in- failliblement íanué, difent, qu’il s’appelloit auparauant Emi- ram ,6c qu’il eft mortdeuant Mahomed. Eftant done enterre» 6c les Anges luy ayans demande qui eftoit fon Prophete , il refpondit que e’eftoit Mahomed: mais quand ils luy demande- rent qui eftoit fon Saint, il demeura court,6c ne feeut que di¬ re : car il ne fçauoit pas encore que fon fils \^ialy feroit vn iour vn fi grand imam-, e’eft pourquoy l’Ange Gabriel eftant allé trouuer Mahomed, fir commander à Aaly d’aller aufcpulchre A'Abatbaltb i&L Ac luy dire: Mon pere, e’eft moy qui fuis ton Imam , 6c qui t’attireray à moy auiourdu Iugement 6c que e’eft pour celaque l’on donna a £w/Vparce que le pere auoit chcrchéõC trouué fon Imam. Les enterrements des grands Seigneurs, 6c des perfonnes de condition, fe font auecbcaucoupdepompe, 5cl’on faitaccom- pagner le corps d’vne grande proceffion. Nous auons parle au quatriemeLiure de ce voyage, d’vn Gcntil-hommc de \cama- cbie, qui auoit pris tant d’eau de vie qu’il en mourut le lende- main. Son enterrementfefitenlamanierefuiuante. Premierement, 6c à la telle de la proceffion , marchoient fix homes, portans des eftendarts, 6c de grofles 6c longues perches, comme ceux que nous auions veu à noftre entree, finon qu’ils eftoient ployés. Apres cela quatre cheuaux marchoient de fuit-
  • 6*6 VOYAGE DE MO SCO VIE, i C 3 7. te ,dont le premier portoit 1’arc Se les fleches du defuncl, & les nutres chacun vne partie de les habits. Apres cela vn de fes domeíliques, qui elloit monte fur vn beau mulet,portoit fon mendiloutulban. Gelui-cy eítoitfuiuy de deux hommes, por- tans fur la telle des tours,qu’ils nomment Na.ha!,ornees de grandes panaches, qui danfoient 6e fautoient au ion de la mu- lique, qui marchoit apres eux , & elloit compofée de tambours dcBifcaye, 6c deballinsde cuiure, qu’ils batoient lesvns con- treles autres. Entre cette muilque Si les deux danfeurs l’on portoit huidl plats de confitures, ayans chacun vn pain de lu¬ cre au milieu jcouuertde papier bleu, qui ell la couleur deleur dueil, 6e à chaque pain de lucre trois bougies allumées. Apres celamarchoientpulieursi»//f, qui fe faifoient connoillre par leurs tulbans blancs. En fuitte deux troupes de Muficiens, qui chantoient de toute Ieur force 1 cla tlla illaha, Sc Alla Etcher, accompagnans leurs cris de grimafles Si de poilures, que Set- rawuzza auroitbien dela peine à imiter. Apres celafuiuoient trois garçons , ayans l’efpaule Si le bras droit nuds, qui s’e- .toient dccoupé le front Si le bras, en forte que le fang en ruif- feloit. Finalemcnt fuiuoienttrois hommes ,portans chacun vn arbre, ou I’on auoit attache quelques pommes rouges, comme celles de Caluille , Si des trelfes de cheueux , que fes trois femmes s’eftoient arrachés ou coupés, Si quelques morceaux de papier , rouge Si verd. Ceux-cy precedoient immediate- ment le corps, qui elloit porté par huict hommes fur les efpau- les, Si fur la bierre elloit vne belle veíle de foye,fourréedeces preçleufes peaux de Mouton de Buchar. Derriere le corps fuiuoient quatre hommes, portans dans vne chaife fortelleuéc vnieunegarçon,qui lifoit quelques palfages de l’Alcoran,&: à la queue de laprocellion marcholent les parents 6c amis du defundt, qui conduifoient le corps iufques à vn certain lieu de la ville, ou il deuoit demeurer, iufques à ce qu’on le transfer aft à B ’gdat, aupres de leurs Imams, Jin de la premiere Partie,
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