RELATION VOYAGE DADAM OLEARIUS % EN MOSCOVIE, TARTARIE, ET PERSE, AUGMENTEE EN CETTE NOUVELLE EDITION dc plus d’un tiers, &: particulieremcnt d'une feconde Panic CONTENANT LE VOYAGE DE IE AN ALBERT DE M ANDELSLO AUX INDES ORIEN TALES. Traduit dc I’Allemandpar A. dc'teIC\%VEF0 RT, Refident dc Brapdcbourg. TOME SECOND S EC O N D E E D I T I O N.(^ A-P ARIS, Chez ANTOINE D EZALLI E R, rue Saint Jacques, à la Couronnc d’or. M. DC. LX XIX. kAvcc Privilege iu Roy.
V: CONTE N ANT LEVR RETOVR, & LE VOYAGE DV SR T>E HANDELSLÔ INDES. I O V RNAL DE LA SECONDE PARTIE DV VOYAGE DESAMBASSADEVRS DE HOLSTEIN, EN MOSCOVIE ET EN PERSE; E s AmbaíTadeurs parcent d'ljfahan le vingt & vniefme Decembre, pag. 3. 6e re- paííentlezj.par la petite ville de Natens. ibid, le 17. par celle deKafchan: ibid. Le 3. Ianvicr 1 í 38. par cell e de Kom, le 6. par celle d'e L* ^ Sabaypag. 6. arriventle 11. aKafwin, p. 7.6c S.íoixante 'janvUr. lieues quatorze journées. Lcficur de Mandelíloprcndcongéd'eux, va fiire le voyage deslndes Onentales.^g. i- qualms de cc Gen- tilhomme ibid. Quclques
iOVRNAL' DV VÔYACE Brugmanfc blcjfe danger eufementde la cheutc de fon che- val. ib. Les sfmbajfadeurs rencotrent vn Gentilhome de la mano ^Schomberg,^«i va en qualite d' d mb ajfadeur à la gourde Perfc,de la part du Roy de Polognc. p.
DE MOSCO VIE ET DESINDEf: Defcription de la ville dc Re 'clitj quina ny portes ny wurailles:fàfítuationfes maifòns, fon Maidan, &c.ib. Feftede leur Prophete Aly. p 19. At/U de Sefi-Miríà. ibid. Partent de Kf/^letrentiéme p.19. & arrivcnt íe trente&vniémeàlapetite ville de Kurab aupais de Kcskerp. 10. huióllieues, deux journe'es. Pa/fcntles rivieres de Pefichan de Chettiban.^ PiP cberiijLiíTar (§r zommle premier jour p. ip. ‘Beaux chemins bordes de bouis & d’arbresportam la Joye.ib. Les qualitésdu cbande]£e>Ker. Remede extravagantp. zo. 'Dcfcription de la ville Kurab. ibid. Partent deKurab\ei. Fevrierp.2i.& arrivent Ie 11. FevrUA ala petite ville de Ki/ilagtx. dans le Gouvernement d’ Afiara p. 2.4. Cinquante lieues,hui<5t journées. Paf/cntplufieurspetites rivieresentr autres cclle de T)\xvxxp3syquifeparentles Provinces de Kesker & d'A ílara p‘ zi. Pajfcnt par des for c/is pcuplèes dc fangliers. Co/íoyenten cette marche la mer Cafie. Pajjcnt vingt- deux petites rivieres cn vn four. Aftara c/í vn lieu ouvert fànsportes &fans murailles.p.zz.Les qualites du Chan. fr.13.Seps de viqnc cn ccpdis-làgros comme vn bomme.ib. Sepulchre du^Precepteur d' Aly .ib. d' Aftara ils entrent das legais díLcngerkunan.ib. Les rivieres ^Kaíiende, Noabine, Tzili ^Buladi.p. 2.4. la ville de Kifila- çpxsrtapointdemurailles.fr.zj. Piaras des ancicns Rois dc cr/e out vn village exterminepour incefle ibid, faux miracles d Aly. pag. 26. Partentledouzieme de Kifilapatsgp. z6. & entrent le treziéme dans la grande lande de Mokan. p. 8. & arrivent le 20. à Schmachic. p. 32. Trente-qtiatrô lieues, neuf journées. - v yj - * 1 * • • a íjj
cMart, vril. 'r. ÍOVRNAL DV VOYAGE lis y fejournent prés dc fix fepmaines. zABion barbare dc Brugman^wi fa.it tuer vn Kiíl>- bafch à coups dc baflon. pag. 27. Les Sume Bajetipcuple habitan dans la bruycrc dc Mokan diBmguèen pluficurs families.p. z$Acs Hatzikafilu entro lc Mokan &c Sc a- machie, ibid. L LcJepulchrc de Bairam-Tekle-Obafi 3 Icquel eflant lhefdévne troupe de volcursfefitGouvzrneurdcProvice p.29. La riviere d' Ar as oa/Araxes.p. 30. ‘Bcllcsrcrnar- ques dc geographic & corre ciios de PAuteurfur ce/uictih. p.31 fon cours (êfifon couflant avóc la riviere de Cyrus, ibid. MontaguedcSca.m&chK.fortroidc p. 31 .Jontbicn reccus par lc Chan.ibid.j^ai ejl continue cnJon Cjouver- nçmentparvn envoyédu Roy,avccla ccremonic, p.jj. & íuivantes.Ormo»/V du lavem et des pieds par Its Arme- niens. p. .$f. Lcurs Pa fiques p» 56. Jd Ambajjadeur du Roy d.c Pcrfe deflinéau Due dc F/olílein arrive à Scamachic. Parcent de Scamachie le trentiémcMars. p. 36 Arri- ventle feptie'me Avril à ville dcDirbent p. 39. Qjni- rante-deux lieues, neuf journées. 'Tafient par le pais da Padats, autrement nommès Kurs, qui fontvolcurs. pag. 37. &: 38. Plus de trente founts de Nefte, blanche 6? noire, p.37*- Lefepulchred'vnVyc,ouSaintPerfan:p. 3^. Defcription de la ville de Dcrbe nt, qui d vn bout touchele borddc la Çaípie p» 39- baíhepar Alexandre lc Grand, ibid. fable de r^mtlum , & fon fepulchre, p.40. Grand nom- brede tombcauxfi Poccafionde ladesfaite dc Caffan Roy de Mede p. 41. devotions des femmes T artar ts aupres. de ces/epulchresp. 41. Habitant de Derbent, qui font fiem Çs! barbares ^ibid. Sepulchres de c dints,43. & fui vans, jParcent dç Derbentlc quatorziémc, p. 44.. Encrenx
£>E MOSCO VIE ET DES INDE S: dansle Va°cjtan p.* 5 paíTent par le pais d’Oy$»/»,p.4£ & paria Seigneurie dcBoinak p. ^7. &arrivent le fei- zieme* lWka,Capitale de Vagefthanp.+p. Dix-huifr iieues, trois journees. I Isy fejourncnt avcc de grandes peine* dangers, prés d
gmn. Juillet. ffcpttmb. Oãaèrf. iovRNÀt t>v voyage Brugman ib. Tartcntd'André le Jcizjéme, & paffent lanvicrcd! A ciai, (d? ledix Jcptiéme cellc de Buítro^aj J/^v/WtfsDagellhansdVTír/eíCircaíIicns.p.ói.£«*?•£ duns U Circaílie Icdix-huiãiémc. pAj. grosferpens p4, 6± Ierbuah, ejpcce.de rats ou de mulocs ib. Defcription í&CircaiTes , quijontpeuccrnnus dans les Autheurs, p." 6f. Terki vdlc capitate dupais, ib. Lcurgouvernement. SontfujctsauxT%aar de Jfáofcovie : p. 6(>.LcurtaiUe , leurfàçon de ww3 leurlangue, leurs habits, leurs fem- rnes.ib.Sontlibres (d?familiercsynaischafies.pAj. Leurs manages,religion .fà crifices,cere moniesfuperftiticufbs aux cntcrremcnts: Leur dueil. p.
DE MOSeoVtE ET DÊS INDESJ Jls y fejourncnt cinq fepmaines. Partent de Gafin le treiíiéme Decembre en traif- Navtmm neau p. i8. vont íur le Wolga, & arrivent le víngt- Decemb. v/iieme aNifi. ibi Vont íur YOcca le viagt-troiíiéme, 7, ^ ^, arrivent le vingt-neufvieme à WoUdimer , & le i 58. deuxieme Ianvier à Mofcou p. 79. J**vitr* lis y fejourncnt fix fipmaines. Us fontleur entree k lamanicreaccouflumec (efi ontplu- Fevrierj ficiirs conferences avec les Minijlres de U Cour p. 80. Mort de fecond fils du Tzaar. ib. L Anihajfadeur de Pcrfe fait fon entrec a Mofcou. ibid. Partent de Mofcou le quinziéme Mars:arrivent le 18. aTwere, &lei9.aT'4iybkp. 80. Leiy. aNovogorod^ p. £1, Entrent dans 1 Ingcrmanle le vingtfeptieme , & arrivent a Narva le dernier jour de Mars. Partent de Narva, le quatriéme Avriharriuent le/3. à Revel} ou 1 Autlieur s'ebarcjue pour aller à JLuhec p.8i» ** /Isfejourncntk Revel troismois. Partent de Revel 1’vnzie'me luillet, p. yi. arrivent le vingt-troiíiéme à Travcmunde, le trentieme à Kiel,1,ulet' Sc le premier j our d'Aouit à Gottorp. u4ouft. VOYAGE DV S'DEMANDELSL0,pagíj.^ (Aí' dejfein de ccgentilhomme, auquellc R oy de Perfi ofi fre vnepenjion dedix mil efius. p. 8y quilc tente , mais il furmontecettetcntation p. 84. refoultdefaircle voya* ge des JWtfjpag. 8y. ' . ; - . v-f ^Part d ífiahanlefeizieme Ianvier, p. SC. & arrive à janvi*K bchiras le vingt-hui£tieme , p. 90. Quatre-vingts dix-íept lieues, treize journées. Sepulchre í&Maderre S oilman, quehsPerfis croycnt
trfvrievi nJt'f.ws. tOVRMAL DV VOYAGÉ eftre celuy dc la mere de Salomon, mats eft en effect le ft* ^«/c'/wakScachSalominan Calife.p.87.Tziminar,oa chafe a u de quarante colomnas p. 88. V opinion des Perfies dcccbaftiment. ibid. C'cfiun re fie duP alais dc Cyrus ib. Sa dcfcriptionynl' efiat ou ileflprcfentemcntsp.%9. &fui- vanes >DcJcriptiondc Schiras.p. 91. Capitalcde la'Tro- <■vince de Fars.vin deSchirasJe mciUeur de toute laPerfty maisePlchcr, ibid .fertility dupais ibid.femmes de Schi-. ras fits plus belles de tout le Roy aume. pag. 8z. lly fejourne ftpt lours. Partde «SV/mlecinquiéme Fevrier.pag.9z.&arrive? fe dixie'meala villede Laar, page.93. Quarante-huift lieues, fix jounces. Pajfe par vn chemin fort dangercux,ou il penfeperdre la
DE MOSCO VÍE ET DES INDEs: fle deKiímich. ib. S a grandeur:fesfruits. Abondance de poijfon & de befiUl ib.& p. fuiv.façondevivre des ha- bitetns: leurs habitsp. ioi. Qualms du dimat: commer¬ ce. ib.Celuy des Hodandois & desAngloisp. íoí. Lcur monnoye, leurpoidsib. Manicre depefcher les perles p./oj. Privileges des Hodandois & des Anglois ib T>ej¬ ection dela vide d'O rmu s,p.i 04. Conquifeparles Por- tuga is.ibid. &p. ioj. rcprtJeparlesPerJansip. 106. S embarqueaCjamronleíixiéme Avril,p.io£&:arrL ^vnl' ved Suratta^ le vingt-cinquie'me.p.ioj?.pIus de deux cens cinquãte lieues d’Allemagne, dixneufjournées. / lyfejourne cinq mois. Routede ce cheminparmerp.iog.8cíxii\a.mes.DeJcrip. *Jlíay: tionde 1’Jfle de Zocacoray2 fituationjagrandeurJcs ha- Jjjjhf bitans , leurfaçon de vivrc3 lcur commerce p. 108. Font aAoufi. de lapajledc dattes3& s'enjervetau lieu de pain. Aloés de Zocatora. ib Leurs armes p.io^. Leurrcligion ib. Qua- Htc\du climatdeSura.íta., p. no. iln'y a que trois fai/ons: jituationde la vide3 ib .Reception que le Prcjídentdu com- merce des Anglois jaita l Authcur, pui. Façon de vi- vre des Anglois dans les Indcs 3 p. m. Leurs divertijje- ments , ib. ôc p. 115. Dc/cription gcnerale de / Indoílhan, p.nt fe,$ Fronticresfis rivieres 3ps Provinces ib La Pro¬ vince de Candaliar. ib. Les^Provinces de Kabul, Mui-- tan,Hacachan, Bachar, Tatta,Sorct,Ifelmere, Ac- tacb (g^Pangab, p u^.Cedes de Chifmer, Bankifch, Iengapar, Ienba, Delly, Bando, (d?~ Malva, p iA. Cedes de Chitor, Guzuratta, Candish, Berar, Nar- var &Gualot, p. 117. Cellesd Agra, Sambel, Bakor, Nagrakut, Siba, Kakares, Gor & Pican. p n8. Cedes de xanduana, Porena, levai, Mevat, Waífa , 8c Bengala, pag. 1/9. Eflendué delEfiat du MoguL ibid. II. Par tie. é °
iOVRNAL DV VOYAGE ^Defcription du Royaumc . petite ville de Nariad, p. 1 ^.baufíndien aufft courageux quvn chevaf ib. Meidan d’Amadabath, p. 154. Lecha- fteaup. 133. *~Palaisdu Mogul, ib. sJMoJquéc deP>Qri)a.ns. ib. Prcftrc Benjan p. 138.Defcription d' Amadabath; ib ^c^.i^.Aíarchandif dontlon J fait commerce, ib.' Ambrcgris ,
DE MOSCOVIE DES INDES.1 oath,p.4'- Rcvcnu de la ville, ib. Magnifiquefcpulchre d'ec lefquclles
IOVRNAL Dv VOYAGE Part de Cambay a le vingt-cinquieime, p. 154. &re- tomneacAmadabatble vingt-feptiéme, p. 163. Paffentpar le Village de Serguntra. p. 161. Benjans riallumentpointdechandcllc,de peur que les moucherons (efi papiUonsne sy
DE MO SCO VIE ET DES INDES. wingtfcpt millions d'or, deux ccns cinquante miUc nus ib. Veutmettrefurpicd wne armee de qiuttre ccns millc chc- vauxp. 172. Efiatde 1'arméede SchachCoram Mogul tn l ah 1630. ib. Eflat dcfcs troupes di^visees cn plujieurs corps & norns des Chef .ib. & íuiv. Arme s de la cavallcrie & del infànterie.^.iy^Als ne gardetpoint d ordre dansle combatido ,V/age de leurs Ele fans danslcs combats jp.175. Leur artillerie. Ordre admirable pour camper, ib La garde du Mogul eft de dowge mil homes ib. Qualité # Radia ouRàja.ib./uittc ordinaire du Mogul, qui eft dedix mil hommcs,p. 176. Sa monturc\ change de dcmeurefelon les faifons.do.Lavillc d’ Kgr&pcutmcttrc deux ccnsmil hom¬ ines fous les armes,ib. Les habitats font laplujfart Maho¬ metans p.177. Sabanlicue s' cftantfúr quaranteViUes3 & Jiirtrokmide cinq ces Villages .ib fertility defon terroir.ih. Ceremonies du Naums, ou premier jour del'an, auquclle pcuple fait des prefens au Mogul,p. 177. Feftc dujourde la naijfance du Mogul ib.&p.i/S.quifiit des prefens d'or- fevrie,maisdepcu devaleur aux Seigneurs de la Couf. ib. mille amedes d'orncpcfentpasla valcur de trftc ecus. ib. Fcfle Mahometane fcmblablc à ccllcde /’Afchur des Ecrfes. p. 178. &17 9. Fcjie dufacrifice d'J braha.i. Ic M ogul defend de Tamerlan, ib. Quahtésdc Scacli Choram. Commencements defonregnefont crucls.c~ElaiJant conte duMogul & de fonjdvory. p. 180. Sc plait d faire combattre des befics. ib. Combat d’vn lion & d'vn tygre. p.i8i.ú? vn Indien & d'vn lio3a
IOVRNAL DV VOYAGE a Iípahan. Fidelité d’ vn Per fan y ibid. Part d’Agra, pag. 184. & arrive à Labor, ibid. £bi- xante-dix lieues. Toutle chcmin depuis Agra jufqua Lahornefiquvne fcule Alice d'arbrcsfiordcc de maifons de plai/ance, y peu- pice de finges & deperroquets,p. 184. Benjans nevculcnt point quo tile les ferpens(dfilcs leopards fio. Dcfcriptiode Ia villc de Labor, fan ajfiettefie palais duFoy,ib. Efiuves dcs Mahometansdes ltides,(dp leurfaçon defie baigner, p. 18;. plaijante voiture: boeufqui trotte auffi fort qnvti cheval, ibid. FctourneàçAmadabath, pag. 186. Feu d'artificey ibid. Part d Amadabath le 19. Decembre avec vne cara- vanede centcharettes, p. 186. & arrive à Suratta le vingt-fixieime, pag. 188. II y fejourne cinq jours. ^aJfipAr Mamadebath,p. 186. lesperjonmes de condi¬ tion dans les Indesfiontportet des efiendars dev at euxy i b. Vajfc la, riviere de Wallet, (dppar le fortde Safclpour, p. 1%-j.Cobat avec des paisas y ib .Autre comb at avec ufor RaP boutes ,ib. ôcp.i88.trouvea sodrrivee lesfaclcurs de tons les comptoirs Anglois des Indcs a Suratta, ib. Pre/ident Anglo is refignefa charge,p. 189. (dp traitte les principaux Angloisjib. entreed vnnouveau Cjouvcrneur à Suratta. Quand& comment le Mogul a vny leRoyaumcde Gu- zuratta a fa couronnepp.i<^o KHiflair c de Madofher,^r- nier Roy deGu7.ma.tta.jh.ttepXxxiV'Gouvemeur d' Amz- dabath Viceroy de Guzurattapourle Mogul, p. i9i. Sa Juitte^fes gardes%fes Elefans,/es efiendarsy/cs trompettes, p.’9i. Sonpalais,fonrevenu (dp (on threjon b. Fcvenude Guzurattarwo## a dix-hniftmillions cCor3ibid. Coute-
DE MOSCOVIE ET DES INDEs. vai oujuge /Amadabath.ib.4utrez miles de Guzurat- tap.195. Goga, Pattepatane, Mangerol, Diu, Byfan- tagan j Pcttã,3 toiles quisyfont íb. Clieytepour3 Mejf^- /àna C53 Naflari, p. 194. Habitants ^Guzuratta • leur rcligio.ib.Lcur couleurjcur taillefours hab its: leurs fem - Csf leurfaçon demwre. p. 195.& 196. p/w /« ^ noircs plus elles font bellcs} p. 196. Habitsdesfemmes Ben- janes, p. 197. Mahometans méprifcnt les Benjans, qui ontdc l’ej}>rit3\ b. ílsfe mcflent de toutesfortes demcftiers3 maUilsne vandentny chairny poijfon ib. Ceremonies de leursmariages. p.i9$. Seconder & troifémes nopeesy font permiJes3ib.Sontpayens & adorentle dtabley ib. Leurs Aiofquees & Idolcs; leur croyacc; leurs de
IOVRNAL DV VOYAE pag. zo7. LcurDieu Ramram, a femme. ibid. Leur façon de vivre. ibid, lis ne permettcnt que leurs fem¬ mes Je brulcnt. p. ie8. Leurs purifications, ib. Sc cie de Goegliy. p. 204. Lcitr Dicu Bran ib. Lew façon de vivre ib. affrcufe & brutale. p. 109. Lew croyance touchant la creation du mnode. ib.TV^ croyentpoint la me- tempfychoje. ib. Lews abflincnces & jeufhcs. p. zio. Efirangenorntwe, defiantc de vachc ib.fuperftitiondcs Benjans,ib. Lews bons (d mauvak augures.ib. 6c p. íiiiv. Rafboutes.p. i\i. Lew croyance. ib. Hiftoirc rc- marquabledc cinq Rafboutes. ib. Lew charitc pour les be/lesy & particuhcrcmcnt pour les oifeaux, p. uz.Ilsma- rientlews enfansfort jeunes. Hifioire prodigieufè divne femme qui accouche en l'aage ds fix ans ib 6c p. iuiv. Scclc dforParfis, quifont Perjans. p. 113. Comment ils fc font cjlablisdans les Indcs.ib.lcurfaçon dovivrc-.leurcroyan- ce: le w Dim t qui afcpt few items ib. qui ont ving-fix autresfcrviteursfòus cux , p.z/4. Lews no?ns & lews foncíions.ib.6cp.{mv. N' ontpomtde Mofquecs ny de Fe- fics p. 11 f. Ont vne marque par laquclle on les conoifipar- my lesautres Indiens.ib. Lews maijonsyp. zi6. Ont encore de la veneration pour lefeu, commc les anciens Pcrfès.ib. Punijfentfeverement l'adultere. 1 b. Ceremonies de lews enterrementsfort remarquables. p. 117. Ne mangentpoint de cs qui a eu vie3fnon en cas deneccJfité.ib.Ontdela vc- ncratio pour le bceuf pour la vachc. i b. boiventdu vin. ib. Leur taille few tcintfursfemmes .p. 218. Sotinterejfcz. '\b.\vs&oi\s}p.xi%.\emive.s-,leurcroidcc ibfrhecrsne sont ny payesny Adahometas p.tiq.Ne fervent qu^a vuidcr les immÕdices.ibfaçondc vivre dcs Mahometas dans les In. des,p. i.19 Ccrcmonie deleurs mariages 1 b font divorce sds conoijfdce de caufey.iv. I Is ne dotetpoint lesfiles, i. sot foi-
DE MOSCOVIE ET DES INDES. gncux de biencfenter leurscnfans,quifontdcbonnatu- rcl, p.izifcremonics de leurs cntcrrcmcnts. ib. lis prcn- nentlaqualité de Manfulmans p.2 zz.Lcurtcint(§f leur tciille.ib. Leurs habits, ib. & p.fui\\Leurs maifons jp.zzp Ceremonies dc leurs ntiftes. ibid. Leurs emilités, p. 223. fontdcfpenfe en habits, enfeftins3(df cn fimmes.psLg.zz^.. Ontgrand nombre de dome fiques .ibiò.. Fíumeur de.sfem- < mes Mahometans,p. 225. Legensde mcjlier m changent jamais de profcff on. ibid. Leurs maifòns Àbià. Condition d&s marchands.ibià.Mahometansdivisés en plufeursfe~ ãcs. p.226. commePatans,Moguls oaMogoglies ,In~ doílhanSjBloutious^c.ib. L eurs Sarays ou Caravan- ícras. ib. Monturodont lonfèferten ntoyageant.ib.& p. íuiv. Nourrijfcntdcs elefans3 p.227. Leur chaffe:adrcjfe à tirer dc I'arc.ib.Ontles oeuvres d'Ariftotc & d' Avicen- ne,p.227.. Leur langage. ibid. Maladies du pdispnv.izt. & leurs remedes, ibid .Saifans du climat. ib.Commerce de Guzuratta. ib. Comment I on fait l'Indigo. ibid. & pag. íuiv. Façonde fain le/alpetre,p.zz<).Bovã.x3A{[ei faetida Cf Opium,p.230. Drogues quife troument en Guzurat- ta,p. 231. Fierrosprctíciifcs. ibid,poids3 mefure, monnoye dupais. ibià.Indiens faux monnoyeurs, p.z^z.Le Mogul nc/oujfre point le tranjport de for ou de 1‘argent.ib.Ferti- litè dupais í/í?Guzuratta}ib. & pXuix. Leurfaçon de cuire le pain, p.223. Ilsn’ontpoint d'antoine.ib.Scmentcn May & font 1 Aouft en Nontcmbrc.ib.Toutes les terresfontau Mogul enpropre. p.255. Ont toutes fortes d'herbes potta- geresfâ de flours. ibid. Ont durai fin fies Ananas 3des ba- naííeSjrfVjlacca.s3dcsCocos,&c p.234.Leurschevaux font petit sys leurs boeufs bofus .ib. Leurs moutons & leur {vollaille. ibid,Leurpoiffon3p.235.Leursnavires.ib.Leur comerccfur les coftes de la mer rouge & duGoljc dePerjc.í. 11. Partie. í
IOVRNAL DV VOYAGE <* Achim.p.236. Le commerce desMalabares & des Por- l'a rç tu£a“ en Guzuratta, pag 136. & 237. iéJ9. Part de Surram le premier jour de Ianvier 1639. lanvter. s’embarque pour l’Angleterre. pag. 238. ôc arriueà Goa lunzieíme, pag. 252. ll y/e journe dix jours. ^Arrive devant la wille de Daman auKoyaumcde Decam,p. 138 .De/cripúon de ccRoyaume p.23p.Scsprin« cipalcs filies, ib.Le chcmin de Viíiapour^ Goa La mon.- tagnede Lalagatta.ib.nom (ituation deplufteurs 'villcs de Dccam^.z^o.De/cription dela quicfl Romain.ib. Son palais/es faux- bo urgs, p.241. ChemindeVifiapoma Dabul ib.&fuiv. Leslcnrs mai/hns Jeurs ha- ^ bits & leurs armes. ib. Lcur commercep. 24J. Veneiars, peuple de Decam. ibid. <.Aionnoye dupais. ib. Le poids. p.245. Roy de Decam tributairedu Mogul, ibid. Fop/«- nc prodigicufe de Chavas yquid e/cla qui entreprendfur la
DE MOSCOVIE DES INDES. commode aveccuxj p. 151. ArtiUerie du Koy de Occam; Canon qui tire huit cem livrespefant.ib. Chafiea u de gar¬ de «Goa, pag. 1 fi. P rcfident ^Anglois prend audience du rice-Roy p.ztf.Sa reception.ibid.&c fuiv.Biggel animal inconnu en Europe.p.154. Gotiverncurde Mozambique Portugal traitte le Prcfidcnt Anglois, & lefaitjervirpar des Dames, ib. luy faitvnprefent, p.zyy. le/uites luyfont fefiin. p.ifj. Leur College, leursrichejfcs. ibid.Leur refe- Stoirejeurs tapijferies (gp autres mcublcs.ibid. Porcclaine plus e(iimée que l'ar get. i b. Fefiin a ccompagné d vn balleti pag.zjó.&íuiv. Autre fcflincbegd autres l efuites, p. 15 7. LeurEgli/e, p.Z58.S0»grandzAutelfs ornements.ibid. François Wavier.fa mortfonfcpulchrcfiesmiracles quils luy attribuent. i b. refcEloire. i b. & p. z y 9. Hof: tal de Goa, p.159. Vordre que tony obferve.ib. Convent des zAugu- fiins. ib. Lcs Portuga is payentaux Anglois quarante-cinq mil cfciis. pag. lio. Prefents du'Vice Key.du general des gallions (&F des lefuitcs. ibid. Part deGo«lezo.Ianvier.^.i
IOVRNAL DV VOYAGE p.i66. Leurs habits.Ne mangentpoint depainfe nourrif fentmal. ib. Portugaljalonx (ê? avecfujet. ib. (df-plu- feurs autres particularitcs.ib. Faço de vivre des foldats ‘Tortugais d Goa,p.169.Ceremonies des baptcfmes & des manages des Portugal*ido.Leurs efelaves.ib.&íuiv.tíd~ bitants du paisfontpay cns}p.z7 o. Leurfa çon de vivre. i b. Sontfuperftitieux, p. 270. Ont d'habiles mcdecinsparmy eux. ibid. Ne mangent qu avec ceux de leur/ette. p. 271. Decanins & Canarins. ib. Femmesdupais accouchcnt fans douleur.p.271. Ony wit long temps.do.font bons na- gcurs, p. 27 i. luifs Mahometans de Goa. ibid. Com¬ merce du pais: Marche de Goa. ib. Lc plus grand profitfè fait an commerce de l'ardent, ibid.
DE MOSCOVIE ET DES 1NDES. probane.ib. Sa defiription.ib.&c pSxxiv.Quand clle a cíié de/couverteparlesTortugats^.i&.LavtUedeColom. bo ibi d.L&s hodandoissy eftabliJfcntÃb.tíiftoire remar- quttble de Fimala Derma,p.z8i.& fuiv.Derma fa ittuer jonpere & fes trois freres.ib.Sa mort, p.z8i.Fimala Der¬ ma Suri Adafefiaitb aptifêr.ib.Se declare contre les Por- moais ib.Lcur donne la bataidc,qu ilgaignep.185.Se fait Roy de Candy. ib.TrahiJo d'vnPortugais renegat P.Z84. Lc Royde Candy faie tucr le Vice admirai de Hollande pag.z8j.£eí Ffodandoissy eftabliJfent.ib.Defcription du Royaume de Candy p. z8Sts habitants :leurs femmes, Le* Cingales p. i8 6. Ceylon efivne des meillcures lfes de toutes les Jndes. ib.Ses fruits ib.Religion de habitants,p. 2.86. Adoret la tefied'vn elefant. Croyentque le monde ne perirapoint.ib. Pico d'Adam.Roisde Ceylon tributai- resdes Portugais,p.iS-/. Ccjl le lieu du monde oilily a le plus de cannclle. ibid. Mines d'or & d'argent:picrrespre- tieufes ib.Vides de Ceylon^»; font connoiftre vne partie de í 1 fies p.*88. Jftes Maldives, ib.De/criptionde la cofie de Coromandel. p.zSg. Ses habitants, quifont enpar tie (fhreftiens. ib .Conte deS.Th omas. i b .race de ccux que l’on dit avoir tuê S.Thotnas.p.zyo.Errcurde cettx qui croyent quila foujfcrtle martiredans les Indesibid. Fable deS, Tbamasyp.iyi.Villc de Meliapour. ib. F(lab lijfcmcnt des Hodandois fur la cofledc Coromandel, ib. Narfinga &c BiCnzLgar.ib.Royaumed’Onxa.ib.&cpagSmv.Sesprin- cipales vides p.291. Rpyaume de Bengala :Ses habitants: lcur fupcrflition. ibid. Royaume de PegUjpag.zgz. Sa 'tide capitale.ib. fro- codiles nourris dans lefofiedc la vide. pag.zg3. Palais du Koy, qui eH plus grand que la vide deVcniJe.ib.Sa garde, ib. Efcuries pour Us Elefans fit magnificence, ibid. Elefant iiij
lOVRNAL DV VOYAGE blanc, unique dans les Indes.p.194. LcRoy de Pegupeut mettre quinze cens mil hommcs, (ê$~ huitccns elefans en campagne p.zyyFaitla.guerreau Roy d'Auva.ib.Execu¬ tion cruclie ibid. Combatparticulier dc Royà Roy.p 29^ Richejfes des Pagodes de Pegu.ib. 'Plus d Elefans dans le Pega que dans tout le refle dcslndesjp.z^.Les armes des Feguans ibid.Sontpaycns adorent le diable,p 296. heursfeftes.ibid. Ceremoniesavcc le/queães on brufte les corps des Rois dc Pegu.pag.297. Eccle/iaftiques de Pegu: leurs fermos. i b. N’approuvet point que l'oadore le diable. ib Leurfaqondcvivre.p.298 LeRoy cftheritierpourvn tiers dc t
DE MOSCOVIE ETDES INDES.' ovales, pag.308. Conteflation entre les Rois de Pegu & de Swxxpour USout/eraincté .Roy de Cambodia t/ajjaldu Roy deSiam.Çuerre civile £«Siam.ib.& p.íiiiv.Lf Ro? de Siam amy des Ffollandois^yoç.Elefans de Siam efit- més à caufe de lenrefynt. ib. Comment on lesprendparle moycn des femelles Ao. Elcfan blanc. p.310,fu)et deguerre entre les Row de Pegu & de Siam.ib.Ctf/a^ de Pegu pred la des autres Elcfans pag. 311. Pagodes. ibid. Ont ame eftecc de Hierarchic. ib.Leurs Ecclc/iajli- ques, quifont tceu de continence .p .yv.mais pcut’cnt quit¬ ter. ibid.font la quefiedbid.Ontdcs beguines.p. 312.. Leur religion ib.Croyent Pimmortalité de l ame ib.Lcurs bon¬ nes centres, ibid. Ont des les luminaires dans lews Mop quéesp 313. Font des pricres pour les morts.i b Adotcntle diablc .doid.Siamoisfont bienfaits Leurs qualms de corps & d'efrit. ib. Lcurs ha bits, leurs maifons (dp leurs meubles:p. 314. Ccremoies de leurs manages, ib. Ont la li¬ berte du diforcc.ibid.Ordrc desJuccefhons do.Education des enfans p. 51*. Commerce de la tiille i/India ib.O« les Portugal & les Hollandois ontleur bureau.ib Monnoye du pais. ib. Se ferment de coquilles au lieu de monnoye p. 316.Portugal onttnc F glijedans India ib .gout'erne e par t n Vicairede L Etefque de Malacca, ib. Les Hollandois troublent leur commerce Aoid.Eflablijfemcnt des Hollan- doisk India pag 317. Dejcription du Royaumc de Cambodia, ib. La
IOVRNAL DV VOYAGE wejlent point d'affaire d'8fiat. ib. Les PfoUandoUny ont point d eftablijJemcm. ih.'Le commerce quisypourroitfiai* re pag. 3T9. Malacca, &J"a ville capitale dumefme nom .ib .Quand cepais a efiédefeouvert ib.Situation de la ville de hbilcLC. caí Pag- 3X9-Sesfortifications, ibid. Sarade, pag. 32.0, JSiombrc defes habitants .ib.Efi commode pour le commer- ce de la Chine Ssf des Moluqucs p.^ir.Vairy e finalJain ib. Les Ffollandois @f l a v ar ice des ‘Torturais ruinentlc commerce de Malacca, ibid. Royaumede Patane3p.3u. Le Roy de Parane pent mettre cent quatre-vingts mil hommcsfurpied, p. 312. Situation de la ville capitale, de Jòn port, fes mai/òns (efi fes habitant .ib Leur humeur. ib. Ont de Vaverfion pour le vice. ibid. Punijfentfever ement l adultere, p.323. Lcur commerce. \b.Nidsd’oyfeaux, que l on mange.ib.L air dupais (efi lesjaifònsde lannce,pãg. 32.3.L es vivres. ibid. Fertilité du pais, p. 314. Ses fruits, i b. Rcligion des habitans. ib. Roy de Patane vaffal de celuy de Siam, p. 314. Reine de Patane. Royaumc de Iohor,p. 315 Batuíabar Sa villecapitale.ib. Nombre defes habi¬ tans. Portugalleurs ennemisirreconciliabiles.p.32j Qua- htedu pais.ib.quiappartiettoiit au Roy.ibid.Langue des M aí ayes la plus belle (dp la plus commune detoutes les In- des, pag. iz6. Ifle de Sumatra;pag.3i(J. Sa fituation (dp fa gran rcur. p.327. Ses richefjes. ibid.Momagne quijette dufcu.ibid. Conticnt plufiers Royaumes. p. 3:8.Hollandoisefiablisd Balimbam.ib. Roy d Achim.^Pefeheur vfurpelaCou- ronne. Dcfcription de la villc dAchim. Palais du Roy. ibid. Les habitants.ib.Son chafcau (dpfcsmaifons.p.}z<). Honneur que le Roy d’A chimfefaitrendre.ib.fefaitfer- virpar des fiemmes. 8(l Adahometany>. 3 i^.beur jeufnc. i b. 11
DEMOSCOVIE ET DES INDES. llny a point de bleddansSuma.tra.}p.tfo.Nourriturede$ habitants, ibid. Fruits, ibid. Arbre trifledc jour, p. 330. De/cript'onde I'arbre de Cocos.ibid. &pag.fuiv.O« en faitdts navires, dcs voiles , despara/ols, dcs cordes, dcs tajjesfies cucillcrsfiu charbo3on en couvre les maifons, p. $ y.On mange lefruiãgj l' on en fait dulaicl&del'huile. ib.Ow tiredu vin de l' arbrepp.^z. Dont onftitde /’arac £9* du vinaigrc. ib. Du fuccrc.On cn faitdu papier. ib.Ar- rcquciro,B^rianas.ib.D^/iT//)r/o del atbre ^Bananas, quiporte dcsfigucsgp.yy. Poivre & comment on leplantey ib. Poivre blanc> p.334. Poiv re long. ib. 11fc con fume plus de poivre dans les I tides, qnc l' on nen tranfiorte. ib. Ifie do lava, p.334. eft appellee l abregé dumonde. ib. Sesha- bitants.ib.Cha/qne v ille a /on Roy p.335. Roy Bantam, ib. M ontagne de foujfre. ib. Tilles de Palambuam, Pa- narucam, PaiTarvam,Ioartam,Tubaon3&c. ib.Celles de Iapura, Matram, Pati (§£• Dauma, Taggal, Der- mayo, Monucaon, Iacatra. p.336. TDc/criptiondc Ban¬ tam ib. iVx rivieres fes maifons fes muraillcsfesportes S? Jòn chafteau.ibid.Ses ruesfes canaux pptig.yy. Sagrande Mofquée. ib. Tambour qui fertde cloche, ib.Garde de la ville. p 337. Les majòns ont dcs ridcaux au lieu de murail- les. do.appartemensde leursmaijons^p 337.&:bmv.Mar¬ ches de Baritam,p.338. Grand Bazar. Lefccond. ib. Mar¬ ches au poivre 3aux fruits, aux confitures, auxfebves. ib. 'Marches auxoignonsfila volatile^auxhcrhcspp.^.Rues pour les jouailHers,pour les quinqualliers & mcrciers^pour les marchas dejoye & pour les lingeres. fclbAarche au ris, poijfonnerie, boucherie^&c.ibià.Defcription de la ville de Tuban. p.340. Palais du Roy :ib. Commerce de la ville de Tuban. ib .Ses habitants.ibid.&c pSuiv.Religion des la- vans, p.341. Leursjeufnes. ibid.Ont pluficursfcmmesi(Õfi II. Par tie. b
IOVRNAL DV VOYAGE mar let leursfilies fort jcuncs, ib. Ceremonies de leurs ma¬ nages, p.342.. Lcsfemmesy sot fort referees & fortpropres. ib. Koy de "Bantam heritierdc tousf&s fujcts. p. 341. Ma- gifiratde Bantam p.3^.Confeildu Roy,quincs'afjcmblc qu'an clairde la Lune,p.^y Suitte tdéquippagc despcr- fonncs de condition, ib. humourdes habitants de lava. p. 344. Lcur taille & leurfaçon.ibià. Sont bom foldats. ib. Leurs armes. ib. & fuiv. Leurs occupations ordinaires, p. 34/. Leurs efclaves. ib. Sont mefchants & in fiddles, ib. Falfifient leurs marchandifh,p.546. En quoy confifle lcur commerce.ib.Donnent de l'argenta lagrojfe avanture.ib. Leurs plumes (efi lcurpapier,p .^GlLeur langue (efi leurs carafteres p. 347. Commerce dcs efirangers danslava. ib. tAdrejfe des Chinois ibià.Monnoiede Iava.ibid Caxas, monnoycyu billon font les deux cens valent neufdeniers. p. 348. Commerce des Chinois. ibid. Ccluy des Portugal. ibid. Animaux feroces & domefliqucsde lava pag. 349. Huifires de trots ces livres, ib. Deux cfcaillcs pcset quatre cens foxiantclivres.ib. Qua tité de gibicr cn Iava.ib.Oo- codilcs yCivettes ypoules.p.^o. Rhinoccros.ib. Four mis re- plijfent>gaftcnt& mangenttout. ib. Fruits de lava, p.3jr. DeferiptiondelAreca.ib.Mangas depluficursfortes,\b. TDefiription de /'Ananas.p. 3 ji. Du Samaca. ibid. Des TamarindeSjpag^^.Tabaxir, oufiuccrcdds/iambwyp. 334. Cannesfigrojfesquel'o enfaitvn battcau.ib. Duria- ons. ib. & p.iuiv. Qualités de cc fruicl, qui efi le meillcur de toutes les Indes. p. 35ylfarbrede Landor.ibid.Cube- bes.ibid. Mangoithan,Talaire,Iaca,pag.3y6. Canclle fauvage & Carca-puli. ibid. Coitus Indicus, pag. 357. Zerumbert, Galanga, Benjouin,Sandale.ib. Gingem- hre j A nacardium. p. 338. Palo de cuebra, centre les fie- vresdb.Boisde CaXambu oudcCúnmbuc.xb.Calamba.
DE MO SCO VI £ ET DES IN DE S. fatins age, p. 3 • Qommcnt fefait la la eque. i bid. a utres dro¬ gues quifetrouvent cnl Jfie de lava ib.& p. íuiv.Iavans permettentle trafic & non l' efiabhffemetdcs efirangers,p. 360. Ho liando isfefortifient a lacacra ib. 'aloufe des dn- glois.ib. Donnent le nom deBàtavia à Iacatra.p.-ói.Z.fx Iavans I'afiiegent. ibid. Situation de Batavia, p 361. Ad¬ vantages que U compagnie deslndes cn tire. ibid. ljle de Madura p. 301. Arrofabaya,Sa vide capitale. ibid. Son Prince, ibid, lln'y a point de commerce ibid. I fie de B aly & fa ftuation. p. 3 61. Ses habitants Jeur re¬ ligion, leur habit. ib.Lcurs femmes pgGyEfi fort peuplee, & abonde cn ris, en volatile, cn drogues (df cnpoijfon.ib. Son commerce, ibid, lly a des mines d'or. ib. Roy de Baly cflinaccefable, (sfi efigouvermparvnMinifirep.364. lfe de Borneo, fa ftuation (Bfi fes vides. pag. 364. La vide capitale. ibid.Canfre.ibid Or & pierre deBezoar, p.365. Ou cllefc trouve. ib.Efavre de la videde Borneo: Ses habitans, 'curs armes. ib. Leur religion ib. Hollandois traitentavee leRoy de Sambaspourle commerce desdia- mans, pag. 366. \fle de Celebes, p.366. Sa ville Capitate,ibid. Ses ha¬ bitants, qui efioient autrefois antbropophagcs.ibid.Lcurs armes, p.366. Couflume pourlcs hommes.ibid.Leursfem¬ mes. p.367. Maifonsde la vide de MacalTcr. 1 b.P/«//V»rx Kois dans I’lfcde Celebes, pag.367. lfe deG ilolo : Ses fruits fes habitants, pag.367. Jfe J’Amboina, pag. 367. Sa ftuation, pag. 368 Ses habitats,qui mangeoient autrefois leurs pcrcs.ib.Leurs ar¬ mes td leurs vivres. ib Leursfruits p. 568 Quand edea eft dcfcouvcrte. ib. Les ft odandoisy trafiquem p.369. Pren- nent le chaflcau dAmboina.ibid. Iiou vide capitale de lisle, p .369. Religion de fes habitants, ib. Opinion quits
IOVRNAL DV VOYAGE ontdti diable p.371. Lc confultcnt. ib. Lcursfupcrfiitions■„ ib.Leurcirconcifion.'p^-ji Ceremoniesdclcurs maria^cs. ibid.^f de lcurs ferments, ibfropcntquily a dcsfrcicrs parmy cux ib. Sont timidesfiupidesynfidelles & defiants. \>y7i.N’ontny livres ny caraftcrcsyiy religio ib.Lcuroc- cupatid.ib.Educatio des enfans.p.yyi.Sotprofanes.ib.Les Hollandoisfontmaiflresdetoutellflcd'Amboina,p 373. Ifie de Banda p.373. Sa vi lie capitate, ib. Ses habitants leur religion, ibid. Lcurs devotions, p. 375. Affemblees pour affaires publiques.ibid. Lcurs armes pag 374. Leurs galeres. ibid. Vivent cent ou fix vingts ans. ibid, font des pricrcs pourles morts ibid.Supcrfiitions qri ils yfont.ib.&c pag. fuiv. Bandaproduit fettle dela Mufcadcy.i-jf. Eft compos ée de fix Jfics. ibid. On cucillc lamufcadc troisfois lannee. ib./}rbrequi laproduit: Sonfruift^fon broufie meteis, la Coque, le noyau ib. qualities de la mu/cade, 376. Huilcde mufeade. ib. Les Holladoisy ontlesforts deNaC id 11 & Bélgica.ibid Serpens prodigieux,p 376. L cs Moluques^/i’.r noms des cinffics quilos compo- fent. 1p.y76.Uriy a point de bled ny deris ^.377. zs4rbrede Sagufiontla moúcUcfrtdefarine,&> l on enfait dupain. ibid Qomment on le fait. p. yS.On tire du vin du mefme arbre. Erreur de Linichoten ib. Habitants des Molu- ques,p.378. Leur nature flairs ^^/íj.ibidi&íuiv. Leur religion, p.579.Policeparticulierc & rcmarquablc.p.yy. Cha/que Ifleafim langagepartictilier.ibid.Commcrcc des clouxdegiroffie. ib.Portugal occupcntles Molucjucs.p. 38 o.font depojfedes par les Hollandois. ib Ouand dies ont efiè defouvertes, p.580. Dilute cntrelcs Cafitllans & les Portugal pour les Molnques, for.de cfur vnfaux prínci¬ pe. ib. Nouveau pajfage trouvèpar Magellanes, p. 381. CharlcsV,engage /^Moluques au Roy dePortugal.ib
DE MOS CO VIE ET DES INDES.Jle de Ternate, principalsdcsWLo\\xapts.ipa.§. Sa fituation & fagrandeur, ib. Gammalamma ville ca- pitalc.ib.Sa rade nc vaut ricn.ibid.Arbrc quiproduitles clous degiroffle. ibid. Comment on let cueillc.ib.. L'arbre vient naturellemcnt. p.383. Errcur d' Avicenne.ibid Let Molucques donncnttous lesans trente-trois millc quin¬ tans de clous, ib.Montagne de Tçjrnate ib & fuiv.// a point de changementde JàiJons. ibid. Serpens de trente pieds. ibid. Cuíos,animalqui rcffemblc au lapin.ib.Ar- bredontl'ombre cflvenimeufc ‘Bois qui ncJe confu- me pointaufeu. ib. Fueilles quiJc convertijfent cn papil- lons. ibid. 1 fie de Tider.ib. Oyjèaux de Par adis.ibid.p la¬ ces queles F/ollandoispoJfcdetdans les Moluqucs^p.jhV. 1 fie deBa.cbiam,dont leKoy efljouvcrain.ib.efíoit autre fois vne desplus cofidcrables de toutes les Moluques.ib. Ifiçde Machiam p .ySú.LcsHolladuisy ont trois forts .ib. Autrcs IJles ^quijont Moluqucs, ou qui en depedetpp. -87. Philippines, p.387. Quand clles ont efie dcfcowvcrtes. ib. Apparticnncntà la Couronnc deCaJhlle. ib. La Ma - nillc. ibid. iLlJlc de Zeba.ibid situation de la Manille. pag. 387. Fcrtihtédupdis- p.388. Ses habitants, ibid.P’7» de Palme, p.388. Fruits de cepais-la. ibid Qrocodilc aufú gros quvn brxuf ibid.Lcur chaJJè.iblLe commerce quis'y fait p.389. Les SJpagnolsy font d
IOVRNAL DV VOYAGE tique de 1'Empereur de I apon. p. 401. Oui donr.c vn Se¬ cretaire à tons Its PrincesJubalternts^qui obfcri. et toutes leurs actions, ib. Les Seigneurs onttroisnoms} p.4Oi.f/C clavesJe font mourir avec leurs Maifircs.ib. Sc fen dent le ventre. i b. Font ha fir lesfondemets d'vne maijor,fur eu x. p. 4.02. Leurs ‘Tagodes ouMofquées.ibid. Les villcsnont point demur aides, ibid. Toutes les rues font d'vne mefme grandeurÃb. (fhaque rue a jesportes & fes O ffcicrs.p./\ 05. liny a point d’impoftion dans le lapon. ib. 11 ny a point de maifonsqui pay etpi us dc vingtfrancs par an.p. 404.Z.4 pcfchefin ten des meidcurs revenue de l’ Empcreur.ib. Pou- voir des Seigneursfur leurs efclaves & domcfiiques .ibid. Les GentiLhomes & les/oldats ont le privilege defepou- voir faire mourir. ib. leupour argent eft crime capital p. 4oj. Onfaitmourir lesparents des crimineis, ib. Qucfiton cruéllc. ibià.Juppliceparticuhcrpourle larcin.p. 405.Sei¬ gneurs font mourir leurs dome fiquesfans forme de procés. p. 406 Crimes pour lefqucls on fait mourir les parents. As. Supphces cruets (dppourpeu de chofe. ib. Exemple d'vne exccutio horrible, p. 407. MFJongc puny dc mart ib. Onnc fait point mourir les grands Seigneurs, mats on les relegue dans vnelfedefertc. p. 407. Defence de la Gourde lSni¬ perear dc Iapon monte àfciip miUions d'or par an p. 408. d utrts frais quit fait momenta vingt millions d'or. ib. Sa qualité. ib. Defcriptio du Palais dc Icdo p.408.Le Valais du Prince.ip.409.LespalaisdcsRoisfubalternes.\b.Suitte de I'Empercur.p.^oq.Ses camaradcs.ib.Sesgardes, ibid. Or'dredeleur marchc.p.$\o.<7>erjonncneparroifidans la rueqtiand l'FmpereurpaJfe 'ib.Dxyro^qm cftle Veritable fouverain du Iapo.ib. Dcmeure a Meaco,t>« 1‘Empcrcur luy redvifite. p.^io.Particularites tres-remarquablcs de ce voyaged. Magnificece de leurs bajlimets. p. 411. quils fot
/ DE MOSCOVIE ET DES INDES. fairc cnpeu de temps, ib. Trefors dcl'Empcrcur, ib. Legs de ÍSmpcrcur defuncl, ib. & p. fuiv. Jaíomc à plus de trcntcfix millions p. 411. IdEmpcrcur/e marie par com- plaifancC)ib, confinefit femme dans vn chaílcau, quilfait baíiircxprcs p.^12.. A vn enfant de lafilie d p. 415. Autre General vjurpe la Sou- verainete, ib. Anarchic cn Iapon, ib.S oldat de fortune faitGcneral. ibid. Etfouverainib.du Conficntemcnt du Dayro fedesfait des grands de 1'Eflatjp. 416. & efl empoi- fonnc. i b. Donne la R cgence & la tutele defon fils a vn Sei¬ gneur du pais. ib. qui donefia filie cn mariage au Prince.p. 416 • Qontiuue la rcgencependant la majorité. ib.S efaifit de la Souveraincté, p. 417. (8fi faitbrufler le Prince legitime avec toutefa famille. ibid.Empercur du Iapon fils de cet vfurpatcur.yp.^x-j faitfies armies auxdépens defiesfiujets. ib. Peutmettre quatrecensfoixante-huiclmilhommes& fiSoo.chevaux/urpied.ib.Les 'Seigneurs cntrcticnnetco- tinucllemcnt desgens deguerre,p. 4iS.Lcurs armes. íb.Or- dredcleurmilicc. ib. Police ido.Confcil du Prince, p.418. * Quatre fonfèillers d’Efiatordinaires.ib.Qui efeoutetplu- ftofl quils nc parlet. ib.Fonãios de ces quatre Mini fires. p.419. T)ejf>enfie des Seigneurs, ib.Sont obliges de demeu. rer fix moisa la four .ib .Fot des prefents à LEmpcrcur .ib. Vávres chersa la Cour.ib.Defiefêten bcaucoup bafihnets
IOVRNAL DV VOYAGE i ^>.4x0. Maifos desgrads Seigneurs ont vneporte dc(lime pourlepaffagede l Empereur.i.Trcis anspourpreparer le feflin que l’of Alta I'Empereur ib. P refin t de l Empcreur ruineux, ib. Prcflcnt del'Empcreur a vn Seigneur de deux ccns cinquante mil ejeus de revenugp. 41/. Luy flcul marie to us Us R 01s (dp S eigne urs de l'Eflat, 1 b. Fa fide vivre des femmes, ib. L curfiiittcpyzz.Slles nefle meflentpoint d’af¬ faires, nygenerates, ryparticulier&syb.TdeJongcnt qua divertir leurs marie^.417. Leur fide Lite eft à l epreuvepp. 415. Exepie remarquablc de la fídelité d' vnefemme aprts la mortde fòn mary, ib. Exemple de lapudeur d'vnefille p. 423. &c 4X4. films' arrache lefleinpour avoir lafehe vn vent p.414. centre exemple de pudeur flo.laponois ext c- mementretenut en la convcrflation, ib. tcndrcjfle & reflect des enfans envers perc(dfl mere, p.^.l^ponois jalouxib. Çrucls a cedes qui manquentà leur honneur, ib. Exemple dadultere fiverementpuny, i b. & p. iiiiv. Simpleflornica- cationpermifle, pag. 41 G.Nontpoint de devotion, ibid. Neprtent jamais Dieu.ib.Efirivent endes tcrmesfirele- vés qu'on ne les entend point.pag.^z-j.Leurs^Tagodes on Mofquées, & Prefires .ib.Leurs fon chons.xb.Sontdifiin- guts en pin fie urs feEics. ibid. 8 ctlcfiafliques diftingués en dougcficlcsprincipals. p.417.font vceudechaftete. ibid. Supplice de ceux quiViolcnt le Voeu.ib.qui cftbien cruèlp. 418.LeChc fde la douzjcfincfleite I'efide tout le Clerge dit pais .ib. Le Dayro s efirefirvé le pouwirfuries Scclefia- fliques.ib.Lcurfaçon de v/vre.p. 4x8. Leur croyancc tou¬ ch ant l'ame.ib.Co vertifient leurs P ago des en tavernes.ib. Ont de l indifference pour la religion, p. 4x9. Efdijfsntles Chreftiens.ib.hivetions diaboliques pourfairemourirles Chreflicns. ibid.& p.iuiv.Horribles per/editions, p.430. Inventionpourdefiouvrirles Chreflies ib.Executctmefl me
DE MOSCOVIE ET DES INDES. me ccuxquircnient.ib.Ont cxfiirpétons let Chrefiies.ib. Comment on let mcinc a,u fupplice. p. 431. Ma [fans d et Ia- ponois ibid. Ccllet des Gentilshonmes. ib. Femmes des marchandsfeticncntala boutique. ih.Aimenc lejardina- ^.p.431. N ont quajipoint de meubles.ib.Sont civils.ib. aymcnt le vin, m ais fans de/ordrc. ibid, point de cabarets dans le Iapon. p. 432.. Lcurmujiquc. ibid. Font leur vin de ris (&?■ defucre, ib.0Tfia, p. 453. Qomment ils lepren- nentib .Sou cffeff,ib. Ceremonies de mariages, p.43}. Con¬ cubinage permit aux manes, ib.Comme auffile divorce, ib. On y Jòujfre le bordel, )p. 434. Education de leurs en- fantsfi qui l efiritsouvre de bonne hcurcfo.On neles en¬ voy c à lécolc qudfcpt ou huitas, i b. On les châtie raremet ib.Onne les emmaiilotte jamais,ib. Les filies nc fuccedcnt point, (èfi n ont point de dotpp. 4; j.Ioponois ont de l'am¬ bition (dfi delagloire,ib. Exemple, ib. &P.436.Sontbons amis,p.436. (§jr fecrcts, ib. Chinois (dp Portugaisjy trafi¬ quem,ib.Fortdu commerce à Mcaco3 ib.fòn commerce, ib Chinois Japonois autrefois bons amis p. 437. Sujct dela ruptureib.11cfldcffenduaux Chinois de trafiquer au 1 apon,ib. Erreur de ccuxqui croycntque les laponoisfont fivrtisde la Chine ib.Leur lagagc Ç55 écriture ne fcrappor- tecpointp. 438.727 leurfaço de vivreib leurcomerce/c fait a Tayovan,ib.Le5 marchandifes nepayentricn.ib.l Em- pereur delapo n etreticntpoint de corrcfiodance avec let Princes efirangers ib Langage du pais, p.4.39. Caracteres i b. Sefervent de pinccauxau lieu de plumes,ibià. s expri¬ mem en peu de mots,ib.leurarithmctique^.^y. Le Day- ro efcritl hifotre dupais.ib. Vne mefure & vne monnqye en tout / Iapon, ibid. TV/m? de l'or & de largent, pag. 440. Iapon abonde en gibicr (êfi en toutes fortes d'ani- maux, ib. En caumincralcsib. Source qui nc coule que 11. Partie. ú
IOVRNAL DV VOYAGE deax heurcsparjour. p-441- ft admirable. Mcdecins laponois habiles. p. 441. Qnrurgiey cftinconnue. ib. RE chcjfcs du Iapon.ib Inventionparticulicrepour fondrcle fer. ib. Portugal s’y cflablijfent.^.^^t. & obtiennet lexer- dec de leur religion. ib. En fontchafiés. ib. Commerce des HollandoU ib Villede Meacc^Ofacca.BongOjPiungo. p 442,. Empereurs de Iapon enterres a Coyo.ib. d lies de S ac ay, Volu qu in, F ounay, T o fa m. p. 443. Qua li te s de lair.ib foupentle bled aumois de May .ib.Nontnybeur- re ny huile. ib. Ne haijfcnt point les pauvres ,(§?■ ne font point m'edifans ib. Cmq ordresdcflats.ib. Troisprinci- paux Miniftres du Iapon. ib. Revenu Csf forces del Em- pereur. p. 443. Entrevem du Dayro & de lEmpcreur. p. 444. & fuiv. Bagage du Dayro, quarantefxfiliesd hon- neur defes femmes, ib. Vingtfept chains, £sf ving quatre Gcntilhommes dejajuitte. p.445. Et leur equippage ibid. Trots femmes du Dayro.ib, Leurs carojfes ,qui valentplus de deux cens mille livres piece, p. 446. Principaux fervi- teurs desD antes,(efifoi xantehuitGentilhommes du Day¬ ro.ib. Equippage & fuittc de lEmpereur .p. 447. Noms des principaux Seigneurs de laCour.ib. foncubincs & Secre¬ taires du Dayro.ibid. Sa Adufique.p.448. Sa chaije f bn equippage&fa garde. 1 b. L Empereur le traitte trots jours & le fer t cn peifonne.p.^^.Prcftnts de l Empereur. ib. Life Fcrmofa. pag.449. Lcs Hollandois s eftablijfent à Tayovan. p. ^o.y font vnfort.ibià.Commodepour le commerce de la Chine, ib. Defcription de l lfe Fermofa. p.450. id grandeur & fafituation. ib.llny a point de Sei¬ gneur ny deSouverain en toutel'lfte. ib.Chevaux comm. p. 451. Le terroiry cfl bon,mats le fruit ne vaut ricn. ib.fe quelesHollandoisy poffedent. ib. Scshabitants, ib. Lcur fiçon de Vivrefont bons & civils. ib. conjlants & fidclles.
demoscovie et des indes. pai».^z.Ont del' effrit,ibid. Lcurlabour, ibid. Ses fruits ibicl.Lctirboijfon p ^yOccupation des femmes,ibid.fa- qondevivredes hommcsjp.m-. Lcur chajfc, ibid. Man' gtcnt les tripés dcs bcflcs ave cies ordures,ib.Lcur faqonde ftire laguerrcp.yjf.k {xsiv.Lcur Magiflrat & fonpou- ‘voir^.^j.SÕtnaturellcmet eloquetspb.Leursjfupplices, p.^%.Sont obliges d'allcrnuds vne panic lannée, ibid. Foncíion du CMagiflrat,ib.N'apoint depouvoir de punir Ic mcurtrcnyle larcinpp. 4 fâ.ÇhacunJefaitjuftice fo. I a- dultairefepunitd vneplaifdnte façon,ib. ref client lâgc, ib.Sc marientd vingt ans ib. Vlaifantc faqon de mana¬ ge, p.* 6o. & devivre entre les mariés,ib. femmes fe font accoucber devant terme jufqua laage de trent-cinq ans, p. 4ói.Divorccy eft permit, ib. Les hommes couchent dans vne Pagode,p. 4 6z. Lcurs maifonsfont mieux bafties quailleurs, ib. mats mal meublées, ib. Lcurs plats & pots à boirc^.^.Lcurnourriture, ib. N'ont point de jours de devotion, ib. c(Ioffes de poll dc chien, ib. Qercnionies de leursjuncrailles ,ib. lis rienterretpoint lcurs morts,& ne les brulentpoint no plus ^.sf+.Kcmcde extravagat cotre les maladies douloureufes, ib. liny apasvn habitant qui Jcache lire ou cferir c(\b.lcur Religio & croyace touchant l amcpb.&íip.f}).Pcches ridicules,ip.fèj. Lcurs divinitcs ib. Miíleres dc leur Religion entre les mains des femmes, p.466. Lcurs devotions, ibid. La Chine.p. 467. Ses frontiers\b.Sa grandeur. ib .Eft divisee en quineqe Provinces^.468. Sesvilles &fesrues. ibid. Lcurs maifons £5* leur architecture, p. 469 Soin des grands chemins. ib.Province dc Peking P 469. Ses fron¬ tier es. ib. Nombrcdefes villes. ib. Nombre defesfamil¬ ies de fes habitants, p. 470. Son revenu. ib. Defcrip- tion de la villcde Xuntien ibid. Ses murallies ib.C efi le
IOVRNAL DV VOYAGE Ca ni b al u de M arc Paol o, i b. S es miès ne soi pointpavees. ib.Sôshabitas neje font point conoifíre par la ville,s'ilsne vculcnt,p.^.7l. ‘falai# du Roy dela Chine, ib. Province deXaníi,p 47i.Ses frontieres ib. Sesprincipales villcs: lenombrc defesfamilies, ib.fon revenu, i b. Province de Xaníi, p.472. Ses frontieres, ib. Ses vides, ib. Nombre de Jes villcs,defrs families (dp de fes hahitans,ib.fòn reve- nu, p. 47Z. a des mines d or, ib. du mnfc, ib. La grande murailledc AzChinc.pag.475. Sa longueur .ibid AJar qui (liea cflébaftie. ibid. ‘ProvincedeXantung. p. 473. Ses frontieres. ib. Sa fertihtè. p.474.1 aJoye ib. Nombre des families (dp des habitants, ib. Son revenu. ib. Province de Honan, p.474. Ses frontiers, ib. N on. bre des villcs, des families (dp des habitants, ib .Son revcnu.p.ag] 5. Pro¬ vince de Suchven.ib. Ses frontieres.ib. Nombre des vil- les,des families & des habitants.ib. [on revenu. ib .Radix Chinae.ib. Province de Huc^uâng.p. ^.7Ses frontieres. ib. S on revenu. p. 47 6. Nombre des villcs, des Families & deshabitans. ib. Province de Kiungd.p. ^7 6.Ses fron¬ tieres. ib. Nombre defes villcs, families (êp habitants. ib. Son revenu.ib.Porcclaine.ib .Province de Nanking. p.477.Sp. 480 fes frontiers, idi d. 2Y 0 mbre de fes villesfamillcs (dp hahitans,ibiàSon re\cnu, ibid, Ses
DE MOSCOVIE ET DES INDES. ri chefes. ib. Induftrie defcsha.bita.ns. íb. La
IOVRNAL DV VOYAGE ib. Loursprifons. p. 496. Lcurs executions, ib.Lcursfup- plices. ibiàVifiteim des Provinces.p.4y-j.Lcurprocedi, ib. Lcurpouvoir. ib. Religion des Chinois. ib. & p. 498. Lcurs divinites. p.^?.Lcurs Saints, ib.Fable de Quini¬ na. ib. & p. fuiv. Fable de Neoma. p. 499. Chinois con- Jultentle Jort.p. po.Comment ils Icfontp.pi.lnvoquent le diable. ib. Lcur croyance touchant la creation du mon¬ de. ib. Croyent l' immortalitéde lame. p. 501. Vne cfpcce depurgatoire. ib. La LA etcmpficho/e.p. ^03. Lcurs Reli¬ gion x. ib. General de lcurs Moines, ib. Lcurs chape lets. ib. Ceremonies de lcurs funcrailles. p.504. Lcur dual ib. Eflatpre/ent de la Chine.ib & p. fuiv. Plufieurs inzafions des Tartares dans la Qhine. pag./oj. Origine de lafamille R oyale de T eyaming. ib. Commencement de la guerre des Tdrtaw.ib.Vanlie Roy de la Qhinc.iL.Qui mcurtp.p6. Sajohang luyfucccdcÀbià.&apres luy Tbienky.ib. qui chajje les Fartares.ibid. Tartaresrentrentcnla Qhine. p. 507. Rois de la Chine & dcTartaric meurent ib Chinois traiflrcs du Royaume ib Lluitarmeesrcbcllcscnmcjnie temps cn la Chine.p.pS.Favory divifela Cour. ibid Ft traitte mal l heritierprefòmptifde la Couronnc. i b. L Sm- percurlc fait tuer p. 509. Chinois dcftruifcnt le Royaume. ib. Empereur de la Qhine tueja filie &fcpend.-p. yio.Chi- nois appcllelcs Tartares àJonfecours cotre les rcbclles.ib. Ic/qucls il des fait, i b. Mais les Tartares cn profitent, & re- fu/entdefortir du Royaume.p.pi.Fotproclamcr IcurRoy Empereur de laChine.ib. Politique dcsTartarcs. yi.Les Provinces
DE MOSCOVIE ET DES INDES. '5IJ. Eftarrcftéprifònnier par lesTar tares. pag. 515. Autre Empereur enla Province ^Quanfi. ibid. Tareares ache- vent de conqucrir toute la Chine, ibid. Continuation du voyage, pag. 517. Part d'aupres del’I(le dc Ceylon le 20. Fevrier. 1639. L' a p. 517. Arrive en fjle dc Madagafcar le 2. luillet. p.538. ^.°r. Yfejourne fixfpmaincs Errcur dc ceux qui croyet quefous laligncEquinottiale l'on voidles deux Poles. p.ji7- P lufcurs fortes d'oyfcaux &depoiJfons, p.518. Poifonsvolants ib.AlbocoreSjBo- nitoSjdorados. ib.Marfotiin.ib. Tuberones. ib.Pcfce puerco. p.y/9. Tortues. ib. Vents orageuxque les Vortn- 1/iw, gats appclient Travados, ib. Navigation fafeheufe. p. y. 9. & fuiv. Le feufemetau navirc. p. 511. Eau dela mcr di- ftillce. ib. ljle dc Diego Roiz. p. 522. Defcription del'IJlc Maurice, ib. Sa fituation (èf fa grandeur, ib. Sonhavre. ib. Produitlaplus belle cbcne.ib.Rayeprodigieufe.pyv^. Les Líollandoisy ont bajly vn fort.ibid.Eftfovtcommode pour faire aiguade. ibid. Soldat Françoisy avefeuvingt nAvril. moisfcul. ib. Pintados & Mangas de Veludo yquifont tyjs. y.. connoiftre que lon approchc i/»Cap de bonne Eiperan- cc ib.Cap des AguWicLS.^.^zy.PoiJfonprcditchangement de temps, p. 517. Trombas, ib. arrive au Cap de bonne Efperance. p.518. Entre dans AtBayc. p.j29. Dejcription du Cap de bonne Efperance. ib. Pinguins oyfeaux. p. 530 Habitants du Cap. ib. Lcurs ragoufts. ib. Leurs ha¬ bits.ib.Lcurs vivres.'pyii.llsnc labourentpoint la terre. ib Ne connoiffcnt point Dieu.p.tfi.Lions leurs plus grads ennemis. ibid. CPartdu Cap de bonne Efperance. ibid. Horcan, orage. pag.332. Commerce qui (e faiten Mada- gafear, pag,559. Seigneur du quartier oti le navircfejour- ne. pag. 540. Qui fait alliance avec les cAnglois. ibid.
IOVRNAL DV VOYAGE Desjunerd'huitres ajfc^agreable, p. 541. fautercllesibid. Defcriptiõdel \Jlede Madagafcar,p. ^41.^ grandeur & Jes hamr cs,ib.Wotagne converte doragers & de citroniers p. 54 z.dc marbrcfb. Ejfecc de molaillcparti other 0 cn Ma- ddipyXzvegdo.Sdgde dragon,aloes,ib.Bcflailfb.Orengcrs qui portent dcuxfois lanib. Leurboijfon ib .Mines dor& ddrgentjb.ScshabitamLeurs habits, & fàçon de mimres, ib. fdelité dcsfemmes ,ib.Capables de donncr con- feilfib .“Funiffent ladultere de mort,p. r 44. Femmes nc fuinent point La conmerjationyp. 54 4. Les habi tans ont da cceur, i b .Lcursa rmcs, i b. L eu rgoumernem entfb.Po unfair delcurs Princes ,do.Lear Religion,ip.f\s.-JMarquc quidi- flingue lesEcclefafhques diamec lesautresfb.lJlcdctÁo. za.mbioyLC.,\b.QuandlIflcdc'Ma.da.va.dca.r a eftédejcou- rvcrtcpar les Ponugais ib. (õf comment, p. 546. & íuiv. Premiere dcfcetc dcs Hollandois dans M adaga fear, pag. 547 Les habitans fefont eirconcire, quoy quils nc foient point Mahometans, pag.548. tAovft. *T art de l*ijle de Madagafear le u. Mouft, pag. 548. arrime cn yéngletcrrele 16 TDecembre, pag. 586. Route dèpuisllfle de Madagaícar jujquau Cap dc boneEíperace,p 548-54 9-ho.Dcchnai/on de 1’aymant, p,5jO. \fle dc Sainte Elizabeth, p. 551- N'apoint d'eau jraife,ibid. Loups marins, blereaux, ibid. Route dr puis f tjlcdcfaintcEdiz^beibjufquà ccllcdc fainte Helene, p.jfi. & //1. DcfcriptiondeíIficdcjaintc Helene, p. 5 yz. dtiiiiv.^d fertihté,p. 553.Les Portugaly ont plante dcs arbres, &y ont porte dcs animaux. p./J3.6He n eft point ha- bitéc, ib. lly pleattons lesjoursp <54. LJfle dc/’Aicen- iion,ib lin y a point dcmcrdurc,ny d'eatt fraichefb.Rou- tedepuis l Ijle de fainte Helene jiifqua celle deS. Tho¬ mas, ib. &p. luiv.IiledeS. Thomas? p.spy lours nuits
DE MOSCOVJE ET DES INDES. nuitségaux. pa^.^C.Succre de S Thomas ibià.Scsatttrcs fruitsAb.K/crcvifies de tcrreib. Isle Rolles.p.j^. Iíle de Gariíco. ibid. Chaleurplus grande au Nortde laligne quauSud. ib CapoVerdzfur la cofie d'dfriquc. p.jjS. SeshabitantsTo .Leurs armesTo froyentí immortalité dc /6/ffi.ib.Guinée defcou
IOVRNAL DV VOYAGE vertes jufquaux Açores ip.yjy&cíuiv.Ifles de Corvo & de Flores, p 573.Açores,Terceres ou Iíles deFlandres. íb.nombre des Açores.p. r/C. 'fie de Tercera.ib.Les vil- l&j d Angra ^ dePreyx^o.Apvartiennentala, Couronne de'Tortugal. ibid. TVr/WúkTercera.p.577. Sts fruits. ib. Batatas, ib. Plante quelonfilc.ib.Bceufsde Tercera p.378. Ifle naift envnmoment, ib. Fontaine quipctrifie le bois. ib. Son commerce.^.-jc).ljle S.Michiel.ib.dtf Sainte Marie.ibid de S. George ibid. l/le de Gra.tiofa.ib.\Jle de Fayal.ib.\slede Pico p./8o. Islede Flores.ib.Commodi- tés des Açores. Vair y efifubtil. ibid. Lcs Canaries p. 581. Quand elles ont cfiédcfcouvcrtcs. ib. Lear nombre. ib. Louis d’EJfagne Comte de Clermont les conquiert. ib.appartiennent à la Couronne de Caflille. p./8i. lagrandcCa.na.ne. ib./j/
DE MOSCOVIE ET DES INDES. ibid. Defcription de la . 604. Weft-muníter-Hal.ib. Hojlel de Northampton. p.6o8.Palais delaRcine ib.Eghfe de S.Paul-.Ruéaux Or- fivres;PontdeLondres.ib.Tour& Arfcnac.^.Goy.Plu- Jtcurs autres ValaisdcLondrcs.\).6io.Maire,E/cbevins £s? Alder mans .ib.Le Palais de Greenvvich.ib.& fuiv. PaíTe à Gravefende , Rochefter 3 Sittingborn & Canterbury. pag. 612,. cArrive lezj. a Dunquerque, pag. 611. Defcription de Dunquerque, p. Ciz.Efl dudomaine de France pag.613. Part de Dunquerque le 16. Mars.pag.613. Et arrive a Anvers le 6. Auril pag. 619. cTa(fepar Nicuport. p.613. cArriveà Bruges, ib. Ou ilvoidlctombcau de MariedeBourgognc.\>.&4-&Char¬ les le HardyfonperegpMj. Ses rues fes maiJonsjiombre de[es habitans & fes bafiimespublics.ib. La viUcdc Gand p.6i6. Sesruésfes maifons (êpfes baftimenspublics.ibid. Lieu de lanaijjance de /’Empereur Charles V.p. 617. La Citadelle.ib.Scs ParoiJfcs.p.6\g.Ses Conwets fes marches, ib.Statue de Charles V.p.619. Cour de lujlicc.ib Bruxel¬ les (§r fa defcription.pzg.6zo.Vortcs & Eglijcs p.619. le Palais ibid.& p 6n.& 625. Hoftel deville.p.613. Princi- paux hoftcls de Bruxelles pag. 62 i. Chancelerie de Bra¬ bant. ibid. Defcription de Louvain. ib.&pag* 625* Ses Eglijcs. ^.6z^.JMaifon de Heverlé appartcnante au Due djAcr/chotTpav. 617. Defcription deMahnes. pag. 6*3,
IOVRNAL DV VOYAGE Convent de quince oh fei\e cens files. 8. H'arlement des lais-bas. ib. T) efeription d'Anvers tp.6zy. &p. 630. & fuiv.Son port&fa fituation.ib.Ses baftimentspubhcs.ib. /nventio depeindre en huile. p.631. Eglifes des lefuites. p] 632.. Hoftclde Cl lie. ib. Adaijon des Overlings, p. 633.C7/- tfldclle. ibid. Anvers fait vne de dix-fept Provinces des Pdis-baspa.g.6^4. Part d’Anvers le 9. Auril 1634, & arrive par Ham- bourg à Gottorp le premier jour de May pag. 648. Pajfepar Breda, ib Sesfortifications, ib. Sonchafleau. p 635 Tombeau de Henry de NaJf'au.ib.Bolduc (&fadc- feription. p 636. Scsfortifica,tions.ib.S.Ge.nrudcmbe.Yv. p. 637. VaJfea Dordrecht, &Ò,Rotterdam, ouilvoitla fiatué & la maifon d Era.fmc.ib.De/cription deDclfc, & du tombeau du Prince d Orenge.p.638. & fuiv.Lofdunen p. 639. Accouchement prodigieux. ib.LaHaye. p. 639. & 640. Leiden, pag. 640. Haerlem.pag.641. Invention de I’lmprimerie. ibid. T)efcnption de la villc d’A mftcrdam. p. 642.. Scfuiv. jufju a la fin, Sa beaute. p.642.. Son havre.Ses navires.ib. Son commerce, p. 643. Alai/on de la compagnie des Indes O rtent a les, i b.(? omm cnccment & pr ogres de la navigation des Indes p. 644 &iuiv. DireSleurs de la Compagnie, p. 645 Sonfonds ibid.Sesruesfes canaux.ibid Ses mai/ns baflies fur des pilotis. p.646. Ses Eglifs.ib.Scs bafiiments publics, pag. 647. VOYAGE
c VOYAGE DE MOSCOVIE ET DE PERSE- SECONDE PARTIE. LIVRE SIXIESME. Pres avoir parle, au dernier Livre de Ia pre- i (, 3 7. miere Partie, de tout ce que nous auons veu en lájjville d’/Jpahan, pendant leíejour que nous y a vons fait,de tout ce que nous avons pu appren¬ dre del’eftat du Royaume de Perfe, &c de la fa_ con de vivre de íès habitans, au moins autant que la relation d’vn voyage l’apupermettre il eft temps que nous achcvions de dire les particuiaritez de noftre retour ôc 3uc nousreconduiíions les Ambaílàdeurs jufqu’en leur Patrie, evant que de nous engager avec le fieur de Mxndcljlo au voya¬ ge des Indes. Ce jeune Gentilhommeavoit efté nourry Page du Due de Holjiein, noftre Maiftre , &c au íortir de làil avoit teímoigné du fieur "dc tant de paííion pour le voyage , que Son Altelle trouva bon Manáclflo* qu’il fill celuy de Mofcovie & de Perfe auec les Ambaílàdeurs, n qualité de Gentilhomme dela Chambre. II seíbit telle- II. Partie. A
2 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1637. ment fait aimer en cet amploy , quc Ton fut extremementr iurpris , quand Ton fceut le aeflein qu’il avoit de fejourner encore quelques temps à la Cour du Roy de Perfe, ou ll eftoit fort conííderé , en attendant l’occafion de pouvoir faire le Sondcflcin. voyage du Saint Sepulchre , avec la caravane ordinaire , par Baby lone ouBagdat^oxx bien celuy des Indes,en la compagnie de quelques Marchands Anglois ,qui y vouloient after par terre. II lit cognoiftre fa refolution aux AmbaiTadeurs, peu de jours devant celuy qu’ils avoient nommé, pour partir á’líf>.í~ han, 6c les pria de l’approuver : mais il y trouva d’abord d’au- tant plus de reiifiance , que l’inftru&ion des AmbaiTadeurs leur defendoit bien expreilementde permettre auxperlonnes deleur fuitte,dequelquecondition ou qualité qu’ils fuflent,. de demeurer en Perfe , ou en Mofcovie. Ncantmoins quand ilsvirentlapermiifion du Prince, 6c meimes les lettres de re- commandation, qu’illuy avoit donncespour cét cffet,ils ne s’y oppoferent plus,mais ilsluy reprelenterent les perils ine¬ vitables , qu’il auroit à effuyer en ce grand 6c fafcheux voya¬ ge , 6c tafcherent de luy en faire perdre la penfée, par l’horreur des dangers ouil s’alloit apparemment jetter. Mais leurs rai- fonsnenrentpointd’effetiurcecourage,refolu d’acquerir de la gloire, en allant affronter les dangers, qui ne font pas moins grands en cctte forte de voyages, qu’en la plus cruelle guerre$ ii bien que voyans que leurs remonftrances eftoient entiere- ment inutiles, ils y donnerent les mains, 6c luy permirent de ie iervir de la grace, que ion Alteile luy avoit aifcordée. csvns Toutesles choíèseftans doncquesdifpofáes pour le retour, dela faíttedesils’yrencontravnedifficulté,qui fut caufe d’vn grand defor- AmbaiTadeurs, dre. Le Roy avoit commandé à ^ibafculi-B eg, noftre Meheman- TOazyU.' ^JnS ^Ar-> en nous conduifanten noftre voyage, de nous faire pa lie r par la Province de Kilan .-parce que cette Province eftant vne des meilleures Sc des plus fertiles de tout le Royaume , ilvou- loit que nous y paílàífions 3 tant pour la voir , 6c pour en faire noftre rapport en Allemagne , que pour nous y faire trouver les commoditez , que nous n’avions point cues en venant, 6c que nous euifions eu de la peine à rcncontrer ailleurs. Mais aautant que les habitans de Kilan font cruels 6c barbares , là outous les autresPerfes font ciuils6c obligeans, l’on s’imagi- na, que le Roy ayoic donné ces ordres, exprés pour nous faire
ET DE PERSE, LIV. VE ? perir, 8c Ton publioit que Ca Majefté íè trouvant ofFenfée du 163 7. Í>rocedé de Brugmm en avoit víe avec beaucoup d’inib- ence, en pluííeurs rencontres, avoit deílèin de fe fervir de ces peuples, pour fe défaire de luy 8c de nous. En quoy il euft d’au- tant moins de peine àreiiífir, qu’il n’avoitqu’alafcher la bride au jufte reíTentiment des Gouuerneurs de Derbent,òc de Scamx- íhic, que Brugmin avoit pris plaifir doutrager à noftre pre¬ mier paíTage. La plufpart de nos gens eftoient tellemenc preoccupés de cette apprehenfion , 8c avoient fi bien crd le bruit, qui en couroitparla ville, qu’il y en eut cinq, qui fe retirerentaupres de Lyon Bemoldi, dans {'Alin-cap/ ou azylc; fçauoir le Capitaine de noftre Navire, Michel Cor des, foncon- tre-maiftre, vn Page, lc Chirurgien , qui fit depuis le voyage des Indes avec le fieur de Mandelílo, 8c vn des gárdes. Nous partifmes done d’lflxthitnle 21. Decembre, fur le foir. LcsAllb:ifra LapluípartdesMarchands Angloisnous accompagnerentiuf- dcl'.s p”rtcnt* ques à yne bonne lieuc de la ville j oil ils nous donnerent la d ifpalian. collation , au pied d’vne belle colline verte , 8c apres cela ils prirent congé de nous, 8c retournerent à la ville. Le meíine íoir nous filmes encore trois lieu.es, juíques à vn village, nom. mé Refchman, oil nous íèjournaímes le lendemain: tant pour des caufes qui neíbnt pas bonnes à dire , que pour attendre le fojlmik, ou envoyé Mofcovite, qui devoir prendre le mefme chemin, en noftre Compagnie. Les Peres Auguftins d’ /Jptt- h.itiy 8c le P. Ambroife, Prieur de Tiflis, y vinrent auífi, nous dire adieu: 8c en fuitte le fieur Malon, le plus confideré parmy les marchands François,nousvint auífifaireíèscomplimens. Le fieur de Mandelílo s’y rendit auífi,tant pour nous embraí- fer encore,8c pour achever de prendre congé de nous,que pour nous dire, que Schuch-Seji avoit nommé Imanculi Sulchan, Eif- chicff-agafi, ouvnde fes Maiftres d’hoftel, AmbaíTadeur vers Son Alteíle, MonfeigneurleDuc de Holftein, noftre Mai- ftrejqu’illuyportoit vnpreíent dela valeur deving-cinq mil efeus, 8cqu’il faiíbitíès adieux , pour partir de la Cour dans fortpeu de jours. Levino;t-troifiéme,apresavoirpriscongédenosamis, non fans verier quelques larmes,nous montaímesàcheval,8c ar- rivafmes ce jour-là au Caravan/ern de Dombi, à cinq lieues de noftre premier gifte. A ij
4 VOYAGE DE MOSCOVIE, I 637. Le Iendemain vingt-quatriemc , nous fifmes encore cinq lieues, 8c nous logeafmes lanuict dans vn Caravanfera >nommc Scrdckc. Levingt-cinquieme,qui eftoitle iourdeNoel,nousvifrnes aupres du village de Kafchabath, à deux lieues de Serdehe, com¬ ment le Roy y eftoi t campe fous pluííeurs tentes, qui pour eftre depluiieurs couleurs, 8c fort regulierement dreflees, faiioient vn tres-bel efFet. Les Ambafíàdeurs y envoyerent le iieur Francois Murrher , qui fçavoit la langue Turque, 8c qui luy fit vn compliment fi refpectuiux , que le Roy tefmoigna en eftre fort fatisfait. Nouspaflafmesccpendanr plus avant, 8c allafmeslogeren la petite villc de Natcns. Atrinentà Na- Le 26. nous logeafmes au Caravan [era ,nommcC.hofxjil{dJ?irn. Le 27. nous arrivafmes à la ville de Kafchan, ou ledcmeílé, que le iieur B> ugman eut avecnoftre Meheman *>*,nous mit bien en peine ; paree que le Meheman dar ne pouvantpoint louffrir d’eftre gourmandé par EAmbailadeur, vouloit s’en retourncr à la Cour,.faire fesplaintes du mauvais traittement qu’il re- cevoit de nous, 8c l’euft fait, fans le fieur Crufius, qui fit ki paix- mais ce ne fut qu’au bout de quatre jours,que nous perdif- mes inudlement à Kafchan. Nous y trouvaiines Ic temps mer- veilleuíêment beau, 8c ailez chaud, quoy que nous fuilions au coeur de l’Hyuer. L’an 163S Ianvier.. A Konv L'An M. be. xxxvnr. Le premier jour de Ianvier, nous celebrames le commence¬ ment de noftre nouvclle année, par la defeharge de noftra artillerie, que nous fifines tirer trois fois dés le grand matin, 8c enfuitte par vn Sermon, 8c par les prieres ordmaires. Nous re* montafmes à cheval apres cfilner , 8c fifmes encore cinq lieues ce jour là ,iuiqu’au village d c Sen fen. Le 2. nous fifmes encore cinq lieues, 8c logeafmes la nuicl à Kafmabath. Le 3.nous arrivafmesàla ville de 2Cow, oil Eon nous logea dans de fort belles maifons, aupres du Bafar • parce qu’a noftre premier paflage nous avionseufujetdenous plaindre desvols, que Eon nous avoit faits, dans les vieilles maifons ruinees , ou Eonnousavoit logez. Nous y fejournafmesle quatnéme,8c le Mehemandar , qu
ET DE PERSÉ, LIV. VI. 5 s’eftoit remis en íã bonne humeur, nous traitta íi bien ce jour 16 3 S, là , que nous eufmes fujet d’en eftre íatisfaits , 6c de croire qu’il ne le íouvenoit plus du palie. L’AmbaiTadcur Mofcovi- te, qui avoir envie de boire, nous obligea à paílèr la mu cl en íàcompagnie. Le cinquiéme Ianvier nous fiftnes autres cinq lieucs, juE ques au Caravmfera,nommé Scbaferabatb. Maisàpeineeftions nous iorcis de la ville de Korn , que nous vifmes le Soleil ob- fcurcy à ion lever. II n’eftoit pas encore à trois degrez au deft ius de l’horjfon, quand la Lune le déroba quad entierement à noftreveue , 6c le couvrit, a ce que j’en pu juger , des trois quarts, en la plus grande obfeurite. Aupres de ce Carau tnfert , 6c ànoílre droite.nous dclcou- T „ . vrilmes la montagne de Kilijsim, qui n elt que bien mediocre- de Kiliflim. ment haute 5 mais elle eft ceinte de tous coftés de pluíiçurs collines fteriles 6c pierreufes , qui nç produiíènt que du fel, auili bien que toute la campagne voiiine , 6c qui eft toute blanche de fel6cde lalpeftre. Cette montagne, comme auili cellede Ndcht’xuan •> de Kulb , A'jSrumi , de KemYe,de Hcme- ditn, de Bifetum, 6c de S nidus, fourmflent toute la Perle de fel, quel’on en tire, comme dVne carriere. Les Perfes difent de la montagne de Kiliflim ,Kim feder Kelmes. C’eft à dire , que ceux qui y montent n’en defeendent point: equivoque qui a trompé plufteurs des noftres, qui ont mis en leurs journaux, que cette montagne eft fi dangereufe, que ceux qui y montent n’en defeendent jamais 5 quoyque le veritable fens de ces pa¬ roles loit, que ceux qui montent cette montagne ne defeen¬ dent point : c’eft à dire, qu’en montant cette montagnePon ne defeend point, parce qu’en effet ,1’on .ne fçauroit faire deux demarches contraíres en vn mefme temps. Les Perfes difent bien, que Scbacb A bat obligea vn jour vn de fes veneurs ay monter, 6c qu’ily montacn diet,parce qu’il le fit connoiftre parle feu qu’ily rift 5 mais qu’il n’en revmt point, 6c que l’on nef^ait point ce qu’il devint: mais c’eft vn conte fait àplaiíir. Le flxiéme nous conti nuafmesnoftre voyage ^ mais à peine En,„li;an ^ eftions nous fortis du quartier, que lé cheual de Bruqrnun s’ a- blcflc, battitfousluy , dans vn chemin fbrtvny. Il n’euftpas feule- ment le bras droit demis de cette cheute , mais aufli le ier- neau tenement endefordre, que nous ne çroyionspas qu’il en v A iij
I 3 8. Affluent a Saba. Rencontre áVi Ambaf- fadeur du Roy de Pologne. 6 VOYAGE DE MOSCOVIE, deuft efchapper. line fit querefver tout lejour,ayant la veuS trouble, 8c demandant inceflamment, s’il eftoit tombe , s’il avoit le bras demis ,6c quel cheval il avoit monte. C’eftoit vn fort beau 6c fort bon cheval bay brun , dontil s’eftoit fort vtilementfervy enfon voyage ; mais depuis ce temps-là il ne le voulut plus monter, 6c le donna à noftre Marefchal ou Maift re d’Hoftel. Nous euirnes vne tres-fafcheuíê journée 3 parce que la plufpart des chevaux demeurerent en chemin , 6c le mien cftant tombe rrrort fous moy, iefus contraint deme fervir de lamonturedemonvallet, qui aliaàpied,6c porta le baft de íàmuleíurlatefte. Nous logeafines ce jour la, qui eftoit ce- luy des Roys, à Saba , ou nous fejournaiines le lendemainj pour donner au fieur Jlrugman le loifir de revenir de fon eftour- diílèment. Lehuiétiéme nous parti fines de Saba de fort grand matin, 6c fiírnes cejour la neuflieues, jufques à vn Caravmfera que 1’on nomme Cheskera. Nous perdiimesen nôtre marche vn des mu. lets 3 lequel s’eftant efcarté du bagage,avoit efté intercepté par des paifans. On les pourfuivit jufques dans vn village proche de là,ou l’on trouva Ie mulet,avec vne partie de fa charge,dans vne maifon, parmy plufleurs femmes, qui 1’avoient dechargé, 6c qui fe voyans lurprifes, 8c entre les mains des eftrangers, fi- rentdes cris,commefielleseuírentefté perdues. Les voleurs •s’eftoientfauves 3 de forte que l’on fe contenta de ramener Ie mulet. Dés que nous fuímes logés err ce Caravanfera, Ie fieur Cru- fius commanda que 1’on íe íàifift de quelques matelots, qui avoientcommis plufieurs iníblences à Saba: mais ils fe mirent eneftatde fe défendre , 6c tafcherent de faire fbulever quel- ques-vns des domeftiques des Ambafladeurs 3 de forte que Ton ie trouva oblige de les del’armer de force, de briíèr ieurs armes , 6c deles mettre aux fers, ou ils demeurerent jufqu’a' ceque I’on fut arrive aScamachie. En tout ce quartier-là , 8c jufqu’a la montagne de Ktlan, le froid eftoit aflez grand , 8c nous y vifines lacampagne couverte de plus d’vn demy pied de neige. Le neufiéme i g'vier , apres avoir fait environ trois Iieues, nous rencont. rVues ,aupres d’vn vieux Caravanfera , ruiné 6c découvert, nommé fíet^ibtvn Seigneur que leRoy de Polo-
ET DE PERSE, LIV. VI. 7 gnc envoyoit, en qualité d’Ambafladeur, au Roy de Perfe. 11 16 3 8. s’appelloit Theophile de Schonberg, Sc auoit, quoy que dans vn aage vn peu avance, parfaitement bonne mine. II eftoit Alle- man d’extraction , Se neantmoins dans l’entretien , qu’il euc avec les Ambafladeurs , qui fut de plus d’vne heure , il ne voulut jamais parler que Latin 3 mais en prenant congé de nous, il fit bien connoiftre qu’il fçavoit 1’Alleman aufli bicn que nous. Il nous dit entre autrcs chofes , que le Roy , íbn maiftre , luy avoit donné vn equipage de deux cens perfon- nes 5 mais que le Grand Due de Moícoyie ne luy avoit pas voulupermettredepalfer avectant de monde : ce qui 1’avoit oblige à demeurer fix mois entiers à Smolensk 3 d’oú il avoit efté enfin contraint de renvoyer la plufpart des fes gens, Se d’en reduire le nombreàceluy que nous voyions, qui eftoit de vingt-cinq perfonnes. Ilnous rendit auífi des lettres de 1’Archevefque Armenien, que nous avions trouvé à ^fimchttn, Se nous dit, qu’il eftoit arrivéen cette ville là quantité de vivres, que Ton nous avoit envoy és de Nife. Nous vifines ce jour là a noftre droite, vne fort belle maiíòn de campagne, que le Roy avoir fait baftir íur la colline de Kul- íeí>f,pourla commodité de la chaífe. Noftre intention eftoit de logcr la nuiéb fuivante au village d'^irafing, & de regler cette journée à fix lieues 3 mais les habitans dirent au fourrier,. que le Mehemtind.tr y avoit envoyc , pour marquer les logis, qu’ils ne nous reccvroient point, & que fi nous entreprenions - d’y loger de force, ils avoient dequoy nous en empeícher , &c de nous en faire repentir 3 ne diífimulans point ledeflein, qu’ils avoientde nous aflommer tous, fi nous entrions dans le villa¬ ge. Ilsíerefouvenoient dumauvais traittement, qucleKdw- cha, ou Iuge du village, avoit receu lors de noftre premier paC fage,dufieur Brugmun 3 lequel luy ayant demandeàlaver , &c le pauvre homme íuy ayant apporté de l’eau trouble, telle qu’il 1’avoit pu prendre dans le torrent, qui y paíle , la luy jetta au nez, le pot à la tefte : de forte que nous fufines contrains de pafler outre. Les villages de Dowlet Mhttth Se de Ket^fan, nous refuferent aufli le Iogement, à 1’exemple de celuy d'Armfeng, Se nous contráignirent de faire encore trois lieués, jufques au village de KvliHskw 3 par vn chemin íi fafchcvpc Sc fi gliftant,
8 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. que Ia pluípart de nos chevaux demeurerent fur Ics dents , & meímesquelques-vnsnefopurencrendreau quartierqu’avec lejour. I’eftois logé chez le Cure du village , & jelefisprierplu- íieursfois d’entrer , 8c de fouper auecmoy : mais il ne voulut point venir, ne faifant que roder toute la nuict autour de la maifon,8c grõder de ce qu’on la profanoit, en y beuvant du vin, & cn mangeant des viandcs defendúes par la loy de Mahomet. Le dixiéme Ianvier nous eumes encore vne tres-facheu(è joumée j parce que Ia terre eílántgelée , noítre monturo fe trouva tcllement fatiguée , que la plus-part de nos <*ens fu- rent contrains d’abandonncr leurs chevaux 8c d’achever le cheminàpied. Ilyen eut mermequiydemeurerent, 8c que nousfufmes obligez d’envoyer querir. Nouslogeafmes cette Arriuent a Cafryin- nuict-là au village de M emberé. áesPerfcs. Lonziémenousarriuafmes à la ville de Cafrln 5 ou nous fufmes obligez de íèjourner neuf jours , en attendant que l’on trouvaft dans le voifinage, des chevaux 8c des mulcts frais, Suprrftitjon Pour la continuation de noltre voyage. L’on voyoit aupres du íogis des Ambaílàdcurs vn gros arí?re , plein de cloux 8c de petits cailloux 5 qui fontautant de marquês des miracles qu’vn de leurs Pyrs, ou beats , qui eíl enterre fous cét arbre , a ac- couílumédefaireencelieu-là,cngueriíIant le mal des dents, la fiévre 8c plufieurs autres maladies. Ccux qui font travail- lezdu mal des dents, y touchent d’vn clou, ou d’vn petit cail- lou, qu’ils fifchent dans 1’arbre, à la hauteur de la bouche 5 8c croyent par cemoyen y trouver du foulagement. Ccux qui ontl’imagination alTez forte pour cela , teíinoignent leurre- connoiííànce , en attachant quelques rubans aux branches de 1’arbre 5 quoy que d’ailleurs ces miracles ne fe faífent point gratuitement 5 mais ils font fort profitables à vn certain prc- tenduReligieux,qui a la garde de 1’arbre , 8c qui convertità fon profit les offrandes 8c les aumofoes que I’on y fait. Ce profit, qui eft bien capable d’entretenir vn homme, fait qu’il fo trouve plufieurs charlatans, qui y ineflent leurs fourbenes, en accommodantdesarbresdecesbabioles , 8c qui font trouver des fepulchres de Pyrs en plufieurs endroits , ou il n’y en a point. Le 15. Ie PoJlani{, ou AmbaíTadeur Mofcovitç, fit vn grand feílin
ET DE PERSE , LIV. VL fcfHn aux Ambaílàdeurs, & aux principaux de Jeur fuítte & nous traitta fort magnifiquement. II le fit, pour celebrer le jout-deiana’flaucede Kn^Imn JUfdoiiits , vn des premiers Mimãres de Mofcovie, dont d recherchoi c Ja faveur.F x Nous partilmes de Ca/W/» le vintgtiéme Ianvier, & laiffanc Vl°, Sauclie >vers Je Norivrej},le chemin de Soltanie & d’Ar- debil, que nous ayions pris en venant, nous prifines celuy de À/^tiransversleNorc. Nousfifmes cejour-Iàquaere Jieues preique toujours par des collines labourées & enfemencées’ & nous Iogeaímes Ja nuid dans le village d'^dnbdba, au pied a vne montagne, que nous avions à noftre droice. 1 L on nous die, quecevillages’appelloitainfi, dVn vieillard tin meime nom, qui vi voic du cemps de Schich qui l’ob- eincdeJuy ,enreconnoi fiancedumiracle,que Dieu avoit fait en la perlonne, en faiíant revivre en Iuy & en íà femme qui avoienc pres decent ans chacun , la chaleur que l’aao-e avoit eitemte 3 en forte qu’ils eurent vn fils , qui leur avoir fait voute C t0mbcaU que Fon nous voir 5 fous vne grande Le vingt-vnieme,nouspaiTafinespar vn pais fertile, mais vn peu bolju, juiques au village de Txjtelli, que les autres ap- pellent KellabAth: c eft a dire vn ben nrnnrpnrmi-l-i n,'.., -grandeabondance, wn,it uauuans ac^a/wm a e- itablirlapluipart de leurs bergerics en ces quarticrs-là. Le Fice-darug* decafvvtn,qui avoit accompagné les AmbaiTa- , eurs JUNUCS en cebeu,& qui ibupa avec eux , les entretint long-temps, & fortagreablement, del’eftat de fa vie: & leur die, qud avoit eftc enleve en fa jeunefle de la Georrie qui dtoieiaPacric, du temps de Schach ^tb*s ,&pendant É guerre qu ll faiioit en ces quartiers-Iâ, & qu’il avoit eftc transferé à Ca/vvin,a.\ec ionpereSc lamere, quivivoient encore, & qui eleoientencore Chreftiens, quoy qu’ils eufient efté contrains d em brailer enapparencC la Religion des Perfes. Ilnousditauili ,que ^btfcuh le íèrvoitdu pretexte de nô- tre voy age, aulli biefa que les autres Mehemandars, pour exi
16 3 8. f jucesHytca- nis. Catavanfeia dans vnpopc. io VOYAGE DE MOSCOVIE, lent de quelques aulnes de drop 2c de íàtin. Levingt-deuxierne nous filmes fept lieues : toufiours par des montagnes 6c des rochers, entrccoupés d’vn torrent, qui ferpenroitfi fort cn cct endroit, que nous le paiTafmes plus detrcntefois,avant que d’arriver au village de YLurt%jbajchi ' ou nous logcaiines la nuiifc. Le matin nous marchafmes par des montagnes, qui n’eftoient pas exceffivement hautes, 6c qui nous egayoient la veue par la divcrfité des couleurs, rou¬ ge,jaunc , vcrd 6c bleu,qui rormoient vne tres-agreable per- ipedive. Mais fur le Midy nous ne vifmes que des rochers, fi hauts & tellcmcnt eíèarpés, quails faiioient peur, 6c furle foir nous arrivafmes à la nviere de Senderuth^ que nouspailaf- mes fur vnpontde pierre, qui joint les deux rives , ou plútoft les deux montagnes,qui la bordent.Nous defcon vrions du haut de la montagnede fort belles valées, & tres-fertiles, aumoins s’ll eft permis de parler ainfi des autres montagnes moins hau¬ tes , qui fen. labourées 6c cultivées, 6c qui en eiFet ne paroif- foient à noftre égard , quand nous eftions au haut de la monta- gne, que comme des petites bofles. Ce village appartenoit autrefois à vn K.u't%ibafrhi ,ou Colonel des archers, qui luy à laifle le nom , 6c eftoit fítué dans vn tres-beau lieu; mais les maifons n’eftoient bafties que d’argile 6c de Cannes, accom- pagnées de quelques huctes ou cabanss de paftres, ou nous nous accommodaimes felon la neceífité du temps j mais af- fez mal. Levingt-troificiine Ianvier nous fifmes deux lieues par vn chemin fort agreable, le long d’vne foreft d’oliviers, 6carri- vafmesauboutde cela au lieu, que l’on appelloit ancienne- ment Fauces Hyrcani
ET DE PERSE, LIV. VI. ,? tune vne chambre, vne cuifíneScplufteursautrescommodi.- 1638, tez, a fieur d cau. L 011 y dcfoend par vn petit cfoaher de pier- re j de forte que lepont pent fournir delogemenc à vne Cara¬ van ecn ti ere. , Au bout duPom le chemin fo fopare en deux; dont IVn con¬ duit, par vnpais beau 6evny, par la Province de Chalcalà. Ar- débil, Sc 1’autre mene droit dans la Province de KiLtn: Sc ce dernier eft bien le plus dangereux Sc Ic plus effroyable, qui foie peut-eftre au monde. II eft taillé dans vne montagne, qui n’eft chemin ef. qu’vn foul rocher, & tel foment efcarpe, qu’a peine ya-onp ft fi°^blc- trouver dequoy faire vn chemin, capable de donner paffage á vn cheval ou à vn chameau charge: & encore a-il fafiu y iup. pléer, par de Ia maíTonnerie, que l’onafaiteenl'air,auxen- droits oil le roc manque. A la main gauche ce roc pouftbit jufques dans les nues, Sc lederoboit aIaveue,&àladroiteilsouvroitvnaby fine hor¬ rible, danslequella riviere fofaiioit paffage aveevnbruit,qui n’eftonnoit pas moins l'oreille,que ces precipices eblouifloienc la veue, Sc faiíoient tourner la tefte. II n y eutpas vnde nous ny inclines des Períans, qui oíâft fo fíer à iamonture, & qui ne vouluft mencr fon cheval par la bride 5 la lafohantneant- moins en forte, qu entombant il n’euft paspúentraiftierfon maiftre. Les chevaux marchoient d’vn pas mal affeuré, mais les chameauxne bronchoientpoint du tout, Sc ne manquoient jamais demettre Iespieds dans les pasqu’on Ieur avoit taiilés dans le roc. Nous trouvaiines au haut de la montagne vne maifon, ou 1 on paye le peage,6c les droits de traitte. Les Corn- mis nous firent vn prefont de raifins frais, Sc de plufieurs au¬ tres fruits, 6c nous fufmes bien furpris de voir, qu’en la fai- fon, ou nous eftions, les hayes de la vallée cftoicnt deiia tom. tes fleuries. Au refte, cette meiine montagne, qui eftoit ft efcarpee, ft L’ Eíté & falcheufo Sc ft effroyable d’vn coité, avoit vne croupe ft belle l’Hr"cn vn & ft a^reable de I’autre, que nous n’eufmes pas beaucoup de mcl‘utlour' peine a oublier Iafrayeur6clapeinequ’ellenousavoicdonnée en montant. Elle eftoit toute reveftue d’vn verd naillànt, Sc tellement chargee de citronniers, d’orangers, d oliviers^&c mefmes de cypres Sc de boiiis, qu’il ny a point de jardinen toute l’Europe, qui puiiTe donner plus de íàtisfacbion à la veue, Bi|
1638. U VOYAGE DE MOSCOVIE, ny plusagreablement lurprendre 1’odorat. La terre eftoit tou- te couvertede citrons Sc d’orenges; de forte que nos gens, qui n’en avoient jamais veu en fi grande quantité, s’en diverti- rent, Sc fe les jetterent à latefte. Cequifutdautantplusfur- prenant, que nous vifmes en vnmefme jour l’Hyuer changer en Efté, Sc le froid, qui nous avoit incommode le matin, fo convertir en vne chaleur,qui nous accompagna quafi touíiours depuis, jufques en Europe. Nous logeâmes le loir au pied de la montagne, fur la riviere d'lfperuth, au village de Pyle-rubar. Il eft vray que les maifons eftoient petites Sc incommodes, Sc diíperfées çà Sc lá, íàns or- dre,maisil n’y en avoit point, quineuft fon jardin Sc lã vigne, fes citronniers, fes orengers Scfesgrenadiers,Scenfigrande quantité, que le village encftoittellcmentcouvert ,quel’on avoit de la peine à voir les maifons, qui eftoient comme ca- chées dans les arbrcs. Il eftoit ccint de tous coftés d vne tres- haute montagne, finon que levalonpouífoit vne petite plaine . versleSudeft. Ac jaVtovince L’°n peut dire de ces pai's-la, auíTi bien que de toute la Pro- dc Kilan. vince de Kí/«»,que c’eil vn vray Paradis terrcítre. Au 4. Livre de la premiere partie de cette Relation, nous avons parle de fon eítendue, des autres Provinces dont elle eft compoíée, Sc deles principales villes:àquoynouscroyonspouvoirajouter icy, que la Province de Ktlan s’eftend, en forme de croiftant, le long de la mer Cafpie, Sc quelle eft ceinte en forme de Thea¬ tre, d vne haute montagne, de laquelle fortent pluíleurs ri¬ vieres, qui arroíènt la plainte, Sc quilarendenttres-fertile; mais enquelques endroits, Sc particuhcrement verslamer,!! marefcageufe, que toute la Province en dcvient prefque inac- cdhble. Mais Schach-^íUs, y a remedié, par le moyen d’vne le- vée, qui la coupe toute, depuis /ifiarab.irh jufques à ^ de forte que preientemcntl’ony voyage fort commodemcnt, Sc avec toute forte demonture. - Il n’y a point de Province en toute la Perie, qui foit li fertile Sc li abondante cn foye, en huile, en vin, en ris, entabac, en citrons, orenges, grenades Sc en autres fruits. Lesvignes y font fort belles, Sc ont le bois delagrolleur d’vnhomme : mais dautant qu’on les plante ordinairement aupieddequel- que arbre, le ferment coule le long du tronciufquesauxex- Ses fmits.
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ET DÊ PÈRSE, LIV. VI. 13 tremitez des branches 5 de forte que la vcndangeen devient 1638 fort difficile. Car le vigneron en voulant cucillir lc raiíin, eíE oblige de faire attacher auhaut d’vnarbrevnecorde, ayant à l’autre bout vn bafton comrae vneefcarpolctte, &s’eftant affis là-ddíus il fefait donnerle braníle, & s’elanced’arbreen arbre, & de branche en branche, pour faire íà vendange. La montagne, qui la ceint, & qui pouífe íès extremitez j uf- ques fur le bord de la mer Cafpit, cít tellement couverte d’ar- bres, qu’il femble que toute la Province foitclofe d’vne foreft continiielle. La mer voifme, & toutes les rivieres de cctte Province, font fi poiííonneuíès, & la terre & íès forefts tellement peu- pjees de beftail &c degibier, que íès habitans n’ontpas feule- ment dequoy vivre auec delices 5 mais ils peuvent auffi faire part de leur abondance à leurs voiíins. Ce qui eft bien contrai- re à ceque Jean de Laet efcrit, apres >oannes de Per fia, quele M efanderan, qui eft vne partie de Ia Province de Kilan, eft vn pais fi froid, que les fruits y ont de la peine à parvenir à vne parfaite maturité. Nous fçavòns par l’experience, qu’iln’ya point de Province en toute la Períè, ou l’airíòitmeilleur& plus tempere qu’en Me fan der an, & que c’eftle lieu de tout le Royaume, qui produit les plus beaux & les meilleurs fruits. Et c’eft pourquoy Schath-^4 has, qui s’y connoiftbit parfaitement, preferoit cette Province à toutes les autres de íon Royaume, êc Taimoit fi fort, que voulant y faire fonfejourordmaire, il y fit baftir la ville de h erabath, ou il mourut. Les habitans de cette Province, & particulierement lesK/- LcsKilcK^ /(k, qui ont leur demeure entre K^k?>- & M efan der an, font glo- rieux, liardis &c entreprenans. Ils avoient autrefois leur Roy particulier, & mefine encore aujourd’huy le Roy de Períèn’y eft pas fiabíòlu, que dans les autres Provinces de íon Royau¬ me : tant parce qu’ils íè paílènt aiíement du commerce de leurs voiíins, puis qu’ils trouvent chez eux tout ce qui leur eft necef- íâire, que parce que le pais eftant comme inacceffible, ils peu¬ vent aifément empefcherlestroupes,qu’onleurvoudroitjet- ter fur les bras,Sc qui voudroient y prédre leurs quartiers.L’on y entre par quatre divers chemins,mais ils sot tous fort eftroits: Le premier vient du cofté de Chora fan, parM//arabath:kfe- cond de Mefanderan, paríerabath 3 le troiíiçme par "yU-ru-
i4 VOYAGE DE MOSCOVIE, â c> 3 8. yar; & Ie quatriéme par Lender Kunan. Tous ces chemins íònc fi etroits, quàpeine donnent ils paf- fageâ vn chameau charge. Lcs homines de pied,commeauili ceux de cheval,fehazardentquelques foisd’y cncrerdu cofté de la montagne: mais le chemin y eft fi difficile,que les paffa- gesfe pouvans defendre avec fort pen de monde, & la mer C4/^/e neportant point de grands Navires, les habitans n’ont point a’ennemis àcraindre; íinon les Coíàques qui y font quel- qnefoisdesdelccntesàlafaveur de la nuict , pour furprendre S; revoitcut, & P^er quelques villages iur le bord cfe la mer. L on nous dit alors, qu’iln’y avoir que trente-huid ansque Schach-tribos avoir reiiny cette Province à íà Couronneanais que fa domination n’yfut pas fi-toft eftablie, que les K//tR voyans que Schach-Sefi, ion fucceileur, arroioit les commence¬ ments defonregnedufangdespnnapaux de la Cour, ie re- volterent,prirentlesarmes,ôcfedonnerentvn Roy, que les íiiftoire dc Perfesappellerent K.tr/6-5c/i4cR ixarib Schach. Ce Kanb eftoitnatif du village de Lechtenfcha, mais il eftoit delcendu des anciens Roys de Lahet^m , en la Province de Kilitn , & trouva ailez de credit dans le pais pour faire vn corpsd’armee dequatorzemilhommes. Il pritdabordlaville de Refcbtoil il ie faifift desdeniers du Roy , aulfi bien que dans les autres villes de la Province , dont il occupa toutes les avenues. Le Roy, qui eftoit alors à Capvvin,ayant euadvis _ decefoulevement, par les autres Gouverneurs du pais, com- mandaà5.í/'», Chan d’ Ajlara, à Mahomed, Chan de Kochtum 8C de Seberabath, zH eider Sultan de Keinluhefar, & de Tunchabun, &à A dam Jult an de Me fender an, d’attaquer K arib Schach de tous coftez. Pour cét effet ils ieparerent leurs troupes en trois corps, & allerent avec les deux droit à luy , à deftein de fe íèrvirdutroiíiéme,pourlebeioin, comme d’vn corps dere- íèrve:mais ils le trouverent ft bien pofté, quils furent contrains de ie retirer avec perte. K mb-fchach lieu de faire ion profit de ce premier ad¬ vantage , qui pouvoit donner dela reputation àíès armes,en devintli inlolent , 6c fi negligent, qu’il permit z fes gens de- tendre leurs quartiers dans les villages voiíins, ou ils ie mirent a faire bonne chere , pendant qu*if eftoit demeuré avec fort peu de troupes, à Kifma & à Fvmcn. Les Cham, qui ne naan-
ET BE PERSE, LIV. VI. ly quoient dc faire ob ferver toutes íès aftions, n‘en eurent pas fi toft advis, qu’ilsrafljmblerent lours trois corps d’armee, qui faifoient plus dequarante mil homines, avec lefquels ils àtta- querent les troupes de Kmb-fchacb dans leurs quartiers , & les défirent enderement. Pour ce qui cftdela perfonnedeKar/Y?, il eutle loifirdefe fauverdans vn jardin, ou il fe cacha derriere vn de ces arbres, quiproduifentdelafoye, 8c que ecux du pais appellent Tut j mais ilyfut defcouvert par vn des domeftiques d'Emir-chan, qui le connur paries habits. Ilpria ce Thebni,ou vallet,deluy íauverlavie,en luydonnant ids habits , 8c luy promit de re- connoiftre ce fervice d’vne bonne fomme d’argent, 8c d’vn beau preientde pierreries, qu’il luy mit entre les mains. Le vallet fit mine d’y confentir • maisil n’euft pas fi-toft mis la ve- fte 8c ielpée de Kmb, qu’il luy dit c’eft moy qui fuis mainte- nant Roy, 8c tun es qu’vn traiftre > 8c ayant en mefme temps fait avancer fes camarades, il fe faifit de luy , 8c le mit au PalenV. Scluch-Sefi le voulutvoir, ôdefitamcner iCafvvitt, ou d eftoitalors, 8c oil il luy fit'faire vne entree, enla compagnie de cinq ou fix cens Courtifanes, qui le railloient inceflàmment fur íà Royauté, 8c qui luy firent mille indignitez 8c outrages; L’on commença fon execution par vn iupplice aflez extra¬ ordinaire : Car Schach-S*fi le fitferrerauxpieds 8c aux mains, comme vn cheval ,8c luy fit dire, qu’il en vfoit ainfi, pour le foulager jparcequeftantaccouftumé de marcher fur la terre grafle 8c douce de K - Un, il auroit de la peine à fouffrir les che- minspierreux8c rabotteuxde laPerfe. Apres qu’onleuftlaif- fé languir ainfi trois jours, on le conduifitau Meidm , ouonle mi tauhaut d’vne perche, 8c on le fittuer à coups de flefches.- Le Roy, apres avoir tire le premier coup, obligca tous les Sei¬ gneurs de la Cour á fuivre íbn exemple, en diíànt,queceux qui l’aymoienten fiilentautant, qu’il venoitde faire. Il n’en falloit pas dire davantage, pour luy faire tirer en vn moment vne infinite' de coups, quile couvrirent tellement de flefches , qu’il n’y paroiifoit plus de forme d’homme. On laifla le corps en cet eftat trois jours, expoíé àla veuedetoutle monde, 8c apres ccla oni’enleva, pour l’enterrer. saru-ctun, Gouverneur d’^/bn, fut celuy qui tefmoigna le plusdezele, le plus de cceur 8c le plus de eonduite en cette i 6 3 8. Eftrange iup»- plicc.
r 6 3 8. On defarmc les KÍlex> Xeurs habics. Les Talisch. ió VOYAGE DE MOSCOVIE, gucrrc, oíi il acquit fi bien les bonnes graces de ScHvch*Sefly qu’ileutle credit de fauvcr la vie & les biens à vn riche mar¬ ched , qui íe trouva malheureufement engage en la revolte de Kanb. II demeuroit au village de LefchtenJ* ,& s'il neíè de¬ clara point ouvertementpour Kmb, au moins cut-il Ia con- noiílance de fon deílèin, & negligea d’en donner advisà Ia Cour j de forte quon 1’alloit exftirper avec touteíà famille,& confiíquer íes biens, qui valoientplus d’vn million de livres, au profit duRoy,fans I’interceffiondeSaru-Chan, quiobtint íà grace. Dés que cette revolte futappaifee, 1’on deíàrmales Kiltk , & on leur defendit d’achcpter des armes, avec tant deíêverité quedepuiscetemps-là ilsnontpasofé en avoiraucunes, non pas mefmes vn Sefir, ouanneau, dont les Perfes fe fervent pour banderleurs arcs, tant s’en faut qu’on leur permette d’avoir des armes à feu, des eípées, des arcs, ou des Hefches. On leur permet feulement de porter vne efpece de haclies , qu’ils ap- pellent Das, & font faites en forme de faucille, finon qu’elles font emmanchées d’vnboisdequatrcpiedsde long , dont lls ie fervent à couper du bois, afaçonner leurs vignes’, & à plu- fieurs autres vfages. Les peuples, que fon appelle Talifch , qui ont leurdemeurecntreK«Ker&c Me[underan , &c qui domne- rent des preuvesde leur fideliré 6c de leur affection au fervice du Roy, en la guerre contre Karib, ont au contraire la permif. iion de iefervir de toutes fortes d’armes. Les portent la vefte beaucoup pluscourte que les au¬ tres Períès • àcaufede 1’liumidité du pais 6c de fes marefca- ges. Ilsn’ontpas Ie teint fi jaune que les autres Perfes , mais beaucoup plus clair, parce que l’airy eft beaucoup plus tem¬ pere. Les Femmes des Talijch font les plus belles de route la Perfe, & ne fe couvrent pas ft fort le viíàge que les autres. Les filies ont les cheveux noites en vingt-quatre ou vingt- cinq trefles, qui leur pendent fur le dos & fur leseipaules- mais les femmes mariées n’en ont que dix ou douze. Leurs veftcs iont fi courtes fur le devant, qu’elles ne caclient point lachemife,6eau lieu de iouliers elles portent des íàndales de bois,qu’elles attachent avec vne corde au talon , & avec vn bouton de bois entre le ;gros & le íècond artueilj mais parce que la terre y eft fort graffe en temps de pluye* elles vont le plus fouvent
ET DE PERSE, LIV. VI. 17 ' íouvcnt nudspieds, aufli bien que les hommes. Les bonnets de 163 S. K/fix font d’vn gros drap, mais ccux de Talifch font de pcaujc d’anneau noir. Ces deux peuplesont chacunlcur langue par- tículiere , qui ne differe de la Períàne que du diale&e íèule- ment 5 quoy que celle de K iUn ait fi peu de rapport à celle des Talifch, qu’ils ont de la peine à 1’entendre. Par exemple , pour íignifier vn chien,vn Períàn dira 9eK,vn KtlekScggi,®' vn Talifchfptch. II n’y a point de Province en toute la Períè, oiiles femmes travaillent plus qu’en celle de KiUn. Elies s’oc- cupentle plus ordinairementà filer, 6c à faire deseftoffes de cotton, de fil 6c de íoye, à fairedu Dufchab 6c duíyrop de vin, qu’ils vendent à cruchées, 6c labourer la terre, pour en tirer du ris: en quoy les hommes ôc les femmes ont chacun leurs em- plois differents. Car les hommes conduifent la charrue , 6c dc^Lmmtssc font les cháuflees,pourfervirdedigueauxeaux,dontilsarro- dcsfcnimes. íent la terre. Les femmes portent la íemence aux champs. Les hommes íement, 6c jettent la íemence enallant à recu- lons. Les femmes farclent la terre. Les hommes coupent le bled , 6c les femmes font les gerbes. Les hommes le portent à la grange , mais les femmes le battent 6c vendent le bled. Lesvns 6c les autres font profeílion de la Religion Turque,6c fontdelafectede Htnifci. Ilsnous receurent fi bien , que nous íòuhaittions tous d’y pouvoir faire vn peu de lejour-mais l’on nous fit partir désle 24. Ianvier. Nous marchâmes d’abord le long dela riviere, ayans à noítre gauche vne foreft d’oliviers, qui nous couvrit agreablemcnt contre 1’ardeur du Soleil, laquelle eíloit tres- grande ce jour-là. Avnelieuê de Pylembar nons vimes au mi¬ lieu de la riviere, fur vn grand rocher, les mines d’vn châíleau; 6c les reftes d’vn pont, que l’on nous diloit avoir eílé abat- tus par Alexandre le Grand. Apres cela nous p a flames en¬ core vne montagne , ou pluftoítvn rocher fort haut,6caflez difficile , ayant au pied vn chemin vny , 6c toute la terre ef- maillée de verd 6c de gris de lin, de 1’herbe nouvelle 6c de la violette, dont elle eftoit toute couverte , 6c qui réjoúiflbit merveilleuíèment 1’odorat auífl bien que la veue. Nousarri- vâmes fur le foir à vn village , oil nous vifmes le íèpulchre d /man Sade, dans vne petite chappelle , baftie au pied d’vne colhne, qui eftoit à noftre droite. Tout.es les maiíòns de ce 11. Partie. C
16 3 8.Í Arrivent, Reftiu. Capitalede la Province de nJan. i$ VOYAGE DE MOSCOVIE, village eftoient couvertes de lattes & de tuiles, de la mefme fàqon qu’on les couvre cn Europe , à caufe des p'uyes , qui font plus frequentes en ces quartiers-là qu’ailleurs. Le vingt-cinquiéme nous filmes cinq lieues, ôc arrivâmes íur lefoir «ala ville de Refcht. Lechemin eftoitd’abord vnpeu boflu, & couvert de bois: apres cela nous le trouvâmes borde de ces arbres, qui produifent de la foye, & enfin plain & vny, ayant de coité & d’autre des terres labourables, entrecoupées de plufieurs foífés, commc ceux que Pon appelle en Flandre Z'L’rjre^./Kg^danslefquelsilsfontentrerdel’eau, par des éclu- iès, & la confervent, pour enarroíèr les terres, quandla cha- leuratary laid urce des rivieres, St mefmes pour les inonder, quand il eft beloin. Ils avoient bien eule foin de faire des ponts iixr ces fofles, mais ils eftoient ft mal entretenus, qu’il y eut pltu fieurs des noftres, qui tomberent dans l’eau. Les habitans du Ípais ne recueillentla pluipart que du ris , Sc ils ont cftacun eurmaifon au bout tie leur champ, éloignées les vnes des au- tres de deux ou trois cens pas. La ville de Refcht eft la capitale de tout le KiUn, & eft aiTez grande j mais elle eft ouverre de tous coités comme vn village, ôefes maiiònsíõnt tellement cachées dans les arbres , qu’il íèmble que Pon entre dans vne foreft , plutoft que dans vne ville j puis que Pon ne la peut point voir que Pon n’y foie dedans. Elle eft éloignéede deux lieues de la mer Cafp et & les Arabeslanommentau Catalogue de leurs villes, Hujum, Stla mettentà 8 y. degrez, io. minutes de latitude. Les maiions n’y font pas ft belles que dans les autres villes de Perfe , mais elles eftoient toutes couvertes de tuiles, comme les noftres , & il n’y enavoit point qui ne fut accompagn ée d’vne grande quan- titédecitronniers Sc d’orengers, qui portoient deja Ieur fe- cond fruit meurde cette année la. SonMaidart, ou marché eft fort grand , & remplyde bou¬ tiques , ou Pon vend toutes fortes de marchandifes, mais par- ticulierement des vivres , qui y íont à fort bon marché: ce quifut caufe que noftre Mehemandar nous traitta fort magnifi- quement, pendant leiejour que nous y fifmes, qui fut de cinq jours. Au refte, la ville de Refcht, quoy que la premiere de tou- tela Province ,.n’a point deC^rf»,oude Gouverneur en chef, mais feulement yn Ptrugt, qui s’appefioit Cíi ce temps-là *ily% cttli-B eg%
ET DE PERSE, LIV. VI. Le vingt-íixiéme Ianvierleshabitans de Refchtcelebrerent vnefefteaThonneur d’ Aly , quaíi avec les mefmes Ceremo- nies, que nous avions veucs aSchamachié le 7. Fevrier de I’an- nee precedente* & cetce fefte fe rencontra en Ianvier , parce que les Perfes reglent leurs feftes for la Lune.Ils emprunterent de nous vn tambour * dont ils firent beau bruit en lcur procef- ílon. Le Predicateur, qui fit vn long recit des miracles d’ 4>yy fínic fa harangue par ces blafphemes: que fi -Aly n’eftoic point Dieueneffet, qu’au moins il tenoitbeaucoup à la di vinitc. Aly Choda nijl, it mm a ne dures Choddui. L’on nous mõftraicy l’azyle,que Schuch- 4bm avoit fait faire au lieu, oúilavoitfãittuer SefiMyrft, fonfils, par Bebut bcg, Azyle de Sefi de la faç on que nous avons dit au cinquiéme Livredelapre- Mjrfa. mierepartie de cette Relation. • • Nous parti mes de Refcht le 30. Ianvier, par vn temps de Parwm de pluye. Nous ne vimes tout ce jour-là qu’vne íèule plaine, qui nous conduiíit, non féulementjufquesà noftre gifte,maisauííi jufquesaux frontieres de la Province de KiUn, qui eftfort vnie de ce cofté-là. Tout le chemin eftoit borde deboiiis,&; d’arbres qui portent de la íòye, & eftoit entre-coupé deplu- ileurs petitcs rivieres* dont celles qui font aflez coníiderables pour avoir vnnom, font le Refi-chun-, a vne demy-lieuê de la villede Refcht, enfuittedecelale Chettlban , & à vne petite Iieue de la celles Lde Pifche/u de Lijftr: qui ont tous leurs ponts, qui font fort exhauftes, à caufedes frequents débor- dements de rivieres,& fi difficiles à pafter,qiuls faifoient peur, & l’on ne put pas empefcher quele cheval, qui portoit le ba- Írage du Medecin, ne tombaft dans la riviere * dont l’on eut de a peine àletirer, à caufedesmarets, quilabordent desdeux coftés. La derniere que nous pafsâmes cejour-las’appelle rxo~ mus, & elles font toutesfortabondantes en poiflon * ft bien quele Roy en donne lapefcheàferme, &: entire tous les ans des fommes fort coníiderables. Apres avoir fait quatre lieues cejour-là, nous arriuâmes fur lefoirà Kifmx, aupres dubourg ticFumen, oiiPumen, ou Karib-Schuh fut défait ÔC pris, de la façon que nous venons de dire. Le dernier j our de Ianvier nous fiihies encore quatre lieues, par vn chemin, qui eftoit tout bordédecesarbresqui portent de la foye,Scqui y eftoient en ft grand nombre,qu’ils formoient Cij
ao VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. vne foret cntiere.Nous vimes auffi ce iour-Jà de grands vigno. bles, àleurmode. Apres avoir faie environ quatre Iieuês , nous rencontrâ- mesle Cdenter, ou Lieutenant du Royau gouvernement de KesKey, qui venoit au devant de nous, accompagné de trente chevaux. Iifaiíbit conduire apres luy vn mui et, charo-é de vin Sc de confitures Sc d’autres raffraiíchiíTemens, dont^il re¬ gala les AmbaíTadeurs, Sc leur fit faire collation à la campa- ^ gne. * K nab. Le ch.ifi le fuivoi t de prés, avec vn cortege de cent cheuaux, & receutles Ambaflàdeurs avec grande civilité, Sc nous con- duiíitalapetite villc de Kurab, ou il nous con via d’entrer chez luy, Sc nous obligea a manger du fruit Sc des confitures qu’il nous fit íérvir : sVxcufant fur ce que leur jeufne l’empefchoit dc nous faire compagnie, Sc de nous faire fervir de la viande. Apres la collation il nous fit conduire tous dansles Jogis qu’il nous avoit fait marquer, fit accompagner les Ambafladeurs de quelques Gentil-hommes, pour les lervir,St leur envoya vn prelent de quatre fangliers. Le chm s’appelloit tmir, &etoitfilsd'vn Chreilien Geor- gien, natifd’vn villageaupresd’ Frvan. Il avoit cite circoncis eníâjeuneílè, Sc avoit fervy d’efehanfon à Schach-^baf, qui luy avoit donné cc gouvernement, pour reconnoitre le fer- vice qu’il luy avoit rendu auíiege d'Ervxn, Sc avoit donné la furvivance de fa charge d’efehanfon à fon fils. Il eftoit élo- quent Sc civil, Sc feplaifoit à nous faire parler des affaires Sc des guerres d’AUemagne, Sc de nos façonsde vivre. II nous difoit qu’il ne fe pouvoit pas empefeher d’aimer les Chretiens, maisl’on nous raconta de luy vne chofcafTez extraordinaire,6c horrible, fçavoir, qu’ayant cu cy-devant vne tres-fafcheuíè ma- ladie, laquelleluyayantlaiffe vne contraction vniverfelle en tous ics membres, les Mcdecinsluyavoient ordonné vn des extravagants remedes, dont Ton ait jamais oiiy parler : Sc avoient voulu, vc rem haberet cum cane foemnu. vi^K-'capitaiJ3 ^etcc PctltcV1^c kHntb et íltuéeàdeuxlieues de lainer d« la province CtTpie ■ comme celle de 7?e/c/>f, Sc etcommeelle toutecachée de K«Ker. dans les arbres. Ceux qui Pappcllent KesK'.r, luydonnentle nom de la Province, en laquelle elle et íltuée. C’et le heude la naitance de 6’chttch-Sefi , qui regnoit lors de notreambaf-
ET DE PERSE, LIV. VI. M fade. Car íà mere accoucha en cette ville, à l’occafion dVn vo)age gi:e Schach-^3ba- fit en kilcin , ouelleleíuivitavec Sefi Myi-já, íonmary. Lamaiíònenlaquelleilnafquit appartenoic avniichemarchand,nommé chot^a Mahmud $ mais dautanc quelleadonnela naiílànce à vn Prince, heritier delaCoii- ronne, r on en a fait vn azyle. Lc premier jour deFevrier nous partímes deKurahJvw Ics dix neures du matin, par vn fort beau temps 5 finon qu’il eftoit vn peutropchaud. Emir char, nous condui fit jufquesàvne bon¬ ne heue de la ville , ouilprit congé de nous} ennous priant cl avoir loin de fon Eatenter, qui avoir ordre de nous accompa- gnerpar tout fon gouvernement. Ce Cal,„ter eftoit encore jeune , & deTort bonnehumeur, Sc nous divertiffoitparle chemin, cn tiraiu de l’arc, Sc en jotiant de Ja demy pique, avec Aprcs avoir fait deux lieucs , nous nous trouvâmesfurle bord de lamer C’afjfor, d’oii nous voyions la terre, qui eft toute couverte d’arbres Sc de forefts vers le Nord&le Sud, s’avan- cer en forme de croiiTant bien avant dans la mer, vers la droi- te ducofte de Meander an Sc de Fcrabath , & vers la gauche du colte d ^dftara.Nous fifines environ vne lieue le long de lamer Ctjpte , Sc logcâmes la nuid fur le torrent de Naffem, dans vnemaifon, que 1 on appelle Ruajf.-ru-kura , quin’avoiten tout que deux chambres 5 de forte quelelogemcntfe trouva ft etroit, quelaplus part de nos gens furent contraints de loo-er a l air. ° Le deuxidme nous fímes fix grandes lieucs , toufiours le- long de la mer, Sc tirans vers le Nort Vveft.Nouspafsâmes ce ■jour-laquatorzepetites rivieres , ou plutoft autantde grands torrents, Sc entr’autres celle deSchiheru, de matfar, de cha- ‘eJ]er.t, d\ Alarm Sc dc Nabarrm. La riviere de Dinatfar, qui eft environ à moitié chemin, iert de frontiere commune aux aou~ vernements de/CejKtr Sc d’ 4(tara-, cc qui obligea le Calen ter de KciKer, qui nous avoitaccompagnés jufques-lâ , à prendre congé de nous, Sc à nous mettre entre les mains de celuy d’M- fi‘tra, que nous trouvâmesfur le bord de la riviere. On appelle ce canton-la Kar^aru Le Calerter nous fitiortir du grand che¬ min, pour nous faircallcr par desterres labourables , à vn vil¬ lage nomine Sengar-hafa ra , ou nous logeâmes cette nuicl-la, C iij 163 8. F EVRI £ R Partent dc Kurab.
2i VOYAGE DE MOSCOVIE, I &ytrouvâmesdcvantnouscinqfangliers, que l’onavoir prisà la chafte , pour I’amour de nous. Toutes les forefts de ces quartiers-lacn íbnrpeuplées 5 parce que les Perles, quin’en oíènt pas manger , neles chaílènt point non plus. Le troifiéme nous partlmes de grand matin , par vn temps de pluye 8c de neige, 8c nous reprimes le cheminlelongdela mer Cafpie, tirans vers l’Eft-Nort-Eft. Nous marchions íi prés de lamer, que les chevaux y entroientbienfouvent julqu’aux bangles, il y eut mefmes denos gens, qui y tomberent avec lesleurs : deíbrtequenouseumesvnejournéc , qui nousfut d’autant plus fafcheufc,qu’apres avoir fai t fept grandes lieues, nous fumes contraints de loger la nuicfc dans vn tres-mefchant village, nommé HoWc-Umttr, oimousne trouvames rien que le convert. Lc quatriéme nous partimes encore de fort grand matin, avec des chevaux frais. Nous fimes d’abord quatre lieues le long de la mer, tirans vers le Nort. Apres celanous pafsâmes vne foreft de deux lieues , ôc rencontrâmes en cét eipace vingt-deux rivieres} dont les principales s’appellent Lome, Tafcheux paf- Konab, 8c BesÇefchan.. Les ponts qu’il íallut paílèr, eftoientfi fages. meichans, qu’il y eut plulieurs delacompagnie, qui tombe¬ rent dans 1’eau, oil trois paiians 8c quatre chevaux le noyerent, 8c fix autres demeurerent morts par le chemin. Le chan d'^Jlara vintau devant de nous, avec vne troupe de deuxcenschevaux, jufqua vne demy lieue du village , on nous allions loger, 8c accompagna les Amballadeurs jufques aux logis, qu’il leur avoit fait marquer, en des maifons efcar- téesça 8c là parmy les arbres dans vn village , qu’ilsappellent cho Kedehene,autti bien que la riviere qui ypaile.Ce mot chos- Keik/ji-wf fignifiebouchefeiche , 8c on luy a donne ce nom, parce que la mer y eftfi baílè, que les poiilbns ne peuvent pas entrer dans la riviere. Le Chan a fa demeure à Jjlara, qui tire ionnomdela Province, Sc eft vn lieuouvert Scians murail- les,: comme Refchtfixnè à vn bon quart de lieue de lamer Caf- fie. Il s’appelloit Saru-chan^&c avoit toutes les qualitez necef- iaires à vn Gouverneur de Province. Le 6.Fevrier,qui eftoitle dernier jour de leur quarefime,il fit vn grand feftin aux AmbaíIàdeurs,oii il ne fit pas moms cônoí- tre íà magnificence,que la capacite de fon efprit, par les beaux
ET DE PERSE, LTV. VI. difcoursdontilentretintles Ambaílàdeurs. Illeur racontaen- i 6- 8 trautres chofes coutes Ies particularitez de la guerre de K mb- 3 Schach, ou 11 s’eftoittrouve en pcríònne, &enavoit remporté la nappe, qui eftoic de fatin vcrd à fleurs dor, laquelle il fit íervir en ce feftin. Ce íèrvice , Sc ceux qu’il avoit rendusen pluíleurs autres rencontres , luy avoient acquis les bonnes graces du Roy, qui 1’avoit nomméàlAmbafiàde des Indes ou il devoitallerau Printemps,6ciIavoit déja receu fesdcf- pcfches pour cet effet. Il nous confirma ce que Ton nous avoit dit du peril, que nous avions à craindre des Coíãques, Sc y ad- jouíta, que depuis deux ans ils avoient pillé la ville de Befcht Sc que nous neferions pas mal de nous tenir fur nos gardes ’ Sc de mettre nos armes en eílat. ô ’ Le bois de vigne y eft fi eros, qu’il paíTe Ia groíTeur dVn nomme. Ie 1 ay della dit cy-aeílus, quoyque jefiçache que Ton vi"ncs tíc aura dc Ia peineà le croire: mais ourre que tous ceux qui one raitievoyage avecnous,font des tefmoins oculaires de cette verité, je puis alleguer pourmoy 1’autorité de Straboti, qui die Ia meime choíè des vignes de la Marlowe ^ qui efl vne partie dela Province de Chora fan, & y adjoufte, qu il n’y a quail point delep, qui nedonne vn íceau de vin $ ce qui eft tres-verita¬ ble , quoyquej'aye fujet de douter de ce qu’il dit de plus , que lesgrappes y ont plus de quatre pieds de long.. Nous vimes aupres àCífiara , au pied de la njontagne de Sihtndan, Ie village de Schich-Sthadan,quijoiiit d'vneexem¬ ption entiere , A caufedu fepulchrede Schnh-Sthadan , prece- pteur d'Aly. r Le íeptiéme Fevrier nous fifmes autres fept Iieues,Ic long de Ar,ivent eni, ia mer, Sc arrivames, par vn paflage fort eftroit,en la Proviu- Prorince dc cede Lengèrkunan. Lon n’y entre que par vne levée, que 1’on LenSeiKwan a faite entitles montagnes Sc les marais, qui n’y laiíTent point d autre paíLge. Au íortir de ce desfile Ton rencontre la rivie¬ re de Ser dane, Sc en fuitte le bourg de> L enKeran, fur la riviere de vvarftftruht. Ce bourg, commeauífi tout le pais duvoifinage, tire íòn nom de la facilite , que les navires y trouvent à de- meurer abanchre 5 quoy que , pour dire la verité, il ny ait point de havreences quartiers-la, mais feulement vne eípece de baye, qui fe forme entre deux caps ou promontoires, qui. aavancent aflez loin dans la mer} IVne ducoílé deiwKcn»»*
*638. * ipsrtent de Lcnxcran. i4 VOYAGE DE MOSCOVIE, qm eft convert darbres, 6c 1’autre du cofté de {ifiUgats,cjui n’eft couvert que de Cannes. Mais la mer y eft fi baile, qu’à peine y peut-onentreravec de petites barques: 6c mefmes 1’onn’yeft pas àcouvert du ventd’Eft. GeorgeDiBunderditen larelation de Ton voyage , quec’efl en celieu-là qu’arriva en I’an 1603. par mer vn. Ambaftadeur de l’Empereur Rodolphe II. 6c qu’il y mourut avec plufieurs de fes gens: mais les habitans du lieu, dontjevoulus fçavoircet- te particularité , n en avoient point de connoitTance du tour. Le Kurt^bafchi jouit du revenudece pais-ld,qui luy tient lieu d’vnepartiedefesappointemens , quoyque no lire Mehm.in- d.tr, 6c les Pcrfes nous vouluíTent faire accroire, pour desrai- fons que ie ne íçay point, qu’il appartenoit au Chun d'sirdebil, 6c qu’il dépendoit de fon gouvernement. N ous y fumes receus parvn/^//»-,ou Secretaire, qui avoit l’adminiftration dudo- inaine de ces quartiers là. Nous y demeurâmes le huid, neuf 6c dixiéme 5 tantpour foulagernos cliameaux, qui avoient bien de la peine à ie re- mettredela fatigue, que les chemins facheux 6c gliftansleur avoit donnée, que pour y attendre ceux de noftre i’uicte, qui n’eftoientpas encore arrives avec le refte du bagage, 6c pour •changer de monture. L’onzieme nous partimes de Lenkemn, 6c fimes cinq lieucs, jufques a Kifdaguts, paíTans ce jour-là quatre aflez grandes ri¬ vieres-,fçavoir la Y^ufiende ,1a Noubine, le T%tli & le /luludi. Les trois premieres fur des ponts, 6c la derniere, qui eftoit fort lar¬ ge, ende petites barques, faiíans paller les chevaux à la nage. Au fortir de la riviere nous fumes contrainsde marcher avec beaucoup d’incommodite, vne bonne demy lieue durant,au travers tie l’eau, que lamer voifiney avoit dégorgée, 6c d’en- voyerlebagageparmer en fix grandes barcjuesde pefeheurs. Le bord de la mer eft en ces quartiers-la tout couvert de Cannes, auifi bien que les Ifles, qui font le long delacofte, ou les Coiaques fe tiennent quelquefois caches, pour furpren- dre6cattaquer lesNavires quiy paflent, 6c pour attendre la commodité de paffer en terre ferme. Au fortir de cette eau nous trouvâmesle Seigneur du lieu, qui eftoit venu au devant de nous, avec vne fuitte de cent chevaux. La '
ET DE PERSE, LIV. VI. í5 La petite ville de YLifila&ats, c’efta dire bois rouge , ou bois doré,n’apoinc de murailles, non plus que les autrcs villes de u viI,e de ces quartiers-là, 3c eft fituée dans vne plaine, à vne bonne de- Klhlagats' mylieuc de la mer, versle Nord-vvejt, fur vne petite riviere; nominee willefchi.Sulfagar-Chan la vendit autrefoisau chan á' ^irdebd, qui la laiííà à Ion fils, Hojjein Sultan, qui la poílède encore aujourd’huy. La montagne de Kclan fe preíèntoit à nous vers le vvcjl- Nord-vvefl, Ce perdant petità petit, 3c dege- nerant en de petites collines, vers le pais de Mohan. A i pied de la montagne fe voyoient plufieurs villages, entr’autres ccux de .Buladi ,de Mat^ula ,deBuJ?er ,3c de ThalisKeran , èc quantité d’arbres, plantez fur vne mefine ligne , le long d’vne grande prairie,ou lapaftureeftoittres-excellente pour lebeftail. I’e- ftime que e’eit icy le lieu, dont parle StrAbort, quand il dit, que vers les portes Cafpies, il y à vne plaine fort fertile, & tres- propre pourle haras. Iladjoufte quelle eft capable denourrir vnharas de cinquante-mille cavalles, que les Roys de Perfe ont accouftumc d’y entretenir. Mais cela n’eft pas vray; au moins cela ne fe voit pointaujourd’huy; quoy qu’vn Officier de guerre du Due de Holjlem , qui fe vantoit d’avoir fait le voyage de Tarcane, bien qu’il n’euft point pafte .A(lracha*, ayant efté enquis de la verité de ce haras, ait ofé fouftenir, que ce que Strabon enavoit dit, eftoit veritable. En ces quartiers-là, &c dans les montagnes voifines, 'font les pais de GnawerMaranku,3c àe Dcjchievvend,3c\.e village Hablrans d'rn de D#/»i7,autrement appellc chat if kck / ; dont les habitansm- village exftir- rentexterminezparlecommandementexprésdeSchach-Abas, pcS' à caufe de la vie abominable qu’ils menoient. Ils s’aflem- bloient le foir dans des maifons particulieres, ouapres avoir fait bonne chere, ils tuoient les chandelles, fedeshabilloient, 3c fc meiloienc entr’eux , fans aucun refpcct d age ou de pa¬ rente, Iepereíèrencontrant bien iouvent avec la fille,Ie fils avec fa mere, 3c le frere avec fa iocu r. Schach- Mb
*6 VOYAGE DE MÓSCOVIE; Iíles nommées Kelechol & Aalybalvcb. Cette derniere, qui a trois lieues ou Farfangúes, de long,tire íbn nom de ce qu^A y cftant vn jour en peine de trouver de l’eau douce , poureftancheríàíoif, Dieu fit auífí-toft fourdrc vne fontaine d’eau douce, qui s’y trouve encore aujourd’huy. LedouxiémeFevriernouscontinuâmes noftre chemin, par vnpais vny,mais entre-coupé de plufieurs petites rivieres, dont lesprinci paleseftoient 1 T^keru 8c leButuru^&cnouslogeamesla nuiclà hlhefdti; village íitué à 1’entrée de la bruyere de Aíck w, aupied d’vnecolline qui eft tres-fertile,auífi bien que tout Je* reíte du pais, du cofté de la montagne: II appartenoit à vn Of- ficier de guerre , nommé BeJ)er Sulthan, qui avoit íà demeure À fix lieues de là. Les maiíòns de ce village eftoient fort cheti- ves, neftans bafties que de lattes entre-lacées 8c enduites d’ar- Silc. Elies eftoient habitées par des íoldats, aufquels leRoy faiíTe le revenu de fon domaine en ces quartiers-Ià, & leur d°nne des terres, qu’ils font obligez de labourer, tc dc°Brugmá* Cefut en ce village quele fieur Brugnun fit tuer vn Períe à coups de bafton. Son palfrenicr vouloit entrer dans Ia pre¬ miere maifon quil rencontra,avec vndeschevauxqu’ilme- noit en main : le KiÇilbuch , ou íoídat, qui eneftoitlemaiftre, luy dít, que fà maifon eftoit exempte de logement, & qu’avec ceia il n’y avoit pas dequoy loger des chevaux , donnant en mefme temps d’vne baguette,qu’il tenoitàla main,furlatefte du cheval, mais fort legerement. Brugmnn, quivoyoitcette conteftation, íè trouva tellement ofFenfé de la refíftancedu Kifilbach , qu’il mit auffi-toft pied à terre , &c courut droit à luy. Le Kifilbitch , qui dit depuis qu’il ne l’avoit point coanu, ne íè pouvant períuader , qu’vn AmbaíTadeur vouluft luy- meíme commettre cet excés , & qui commeíõIdat,nepou- voit pas íouffrir qu’on 1’affronraft enla maiíòn,íè mit en def- feníè, & donna vn íi bon coup de bafton fur lebrasdel’Am- baíladeur , qu’il fut contraint de crier à 1’aide. Sesdomeftiques accoururent au bruit, & battirent telle- ment le Kifdbach,cjuiy fut bleíle àmort, qu’il euft de la peine a íè traiíher dans vne maiíõnprochaine,pouríèíãuver.Sr//v- ?4?,n^I^'aPasavectoutceIade fe plaindre au Mehemandar ^ G1 iníolencc du Kijiibacb} mais il luy dit, qu’il n’y íçavoitque 1638. Faux miracle d’AIy,
ET DE PERSE, LIV. VT. *7 faire. Qu_’il navoitpoint de pouvoir fur les Kifrfkachs ; que 1^38. l’Officiern’eftoitpasfurlelieu, pour luy faire raiíôn, ôcavec cela que celuy qui 1’avoit offenfé, en avoit eítò fi bienchaftie, qu’ilnecroyoitpas qu’il en dull refchapper, &ques‘iln’eftoit pointíâtisfait, qu’il fe fift faireraiíòn, s’ilvouloit. Bruzman fèfaiíànt fort decette permiífion, envoya auíli-toíl: pilfer la maiíòn du Kifilbach, fitemmenerfoncheval, & emporter fes armes. LelendemaimlfitalTembler tousceux de lafuitte, & fitordonneraufondu tambour, que l’on euílàmonteràche- val, & à lortir du village, & que tous ceux qui y voudroient de- meurer, apres que les Ambaflàdeurs en feroient fortis,le pour- roient faire à leurs perils & fortunes. Perfonnc de la cópagnie ne fçavoit fon deííèin, non pas mé- me fon collegue • mais on 1’apprit bien-toft, quand luy-mef- me eftant à cheval, s’eftant arrefté devant lelogisdcs Am- baílãdeurs, dit au Mehem.tndar, qu’il euft à luy repreíènter l’honrime, quil’avoitfrappelejour precedent. Le Mebemxndxr luy dit, que fes bleíTeures 1’empefchoient abfolument de fe le¬ ver 5 mais Brugman, non Content de cela , le fit apporter dans vnecouverture, & nonobftant 1’interceflion depluíieursau- tres Períès, qui luy vinrent faire de grandes lubmiílions, pour tacher d’obtemr le pardon du K.ifilbach,il commanda à vn Ar- menien, qui fcrvoit de truchement pour la langue Turque, nommé warc-Filerofíin, de le battred’vngros bafton , dela mefinefaçon qu’il avoit efté battulejour precedent. Ce maraud luy donna vn grand coup fur le bras, & vn au tre Fait ru"r T1* au coité, dontil acheva de tuer le pauvre Kifdbach, quiremua &ngfcóid.de encore vnpeuj mais quand 1’Armenien voulut retourneràla charge, parle commandement de Brugmxn, il n’y trouva plus devie. Brugman le voyantencéteftatditj Voila qui vabien^ ilacequ’illuyfaut, 6c íètournant versle Mehemandar, & les autres Perfes, il leurdit, que h Schach-Sefi nele vangeoitde 1’afFront qu’il avoit receu, ilreviendroit dans pcu de temps, li bien accompagné, qu’il fêroit en eílat de fe faire juftice luy meíine. Les autres foldats nous fircnt aílez connoiílre, quils ne manquoient ny de volonté ny de courage, pour s’en rellèn- tir, & pour nous tuer tous, & je ne fçay, íi cefutla prefen- cedu Mehem.tndar , qui lesen empefcha 5 mais il eft certain, qu’illeureftoitfort facile de nous aílòmmer, &: quecenefut
ag VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. que comme par vn grand miracle, que nous en efchappâm es. Nous fimes cejour-là, quifutie treiziéme Fevrier, deux lieues , par la bruyerc de Mofan , logeámes lcfoir à oba, dans des cabanes de Bergers. Le Mehemandar ■> qui cftoit de- meuré dans le village, nous joignic íur le foir, & nous rap- porta que le Kifilhuch eítoic decedé , & demanda au ficur BruqniAn lecheval , les armes & les autres chofesqu’ilavoit fait prendre audeffund, pour les envoyerà fa veuve Se à les enfans, qu’il avoit laiíTés pauvres 6c miferables. Fobíèrvay cematin, queleSoleiiíèlevoitversl? l-,ft,S»d Eft, ainli que l’aimant declinoit de 24. degrez du Nort vers leWt/?, &à Ob a, jc trouvay le So'eil fur le Midy à la hauteur de quarante degrez quarante-huicl minutes, & ainfi que l’clevation du Pole fous ce Meridian, eftoit de trente-neuf degrez vingt-huict minutes. La cofte de lamer tiroitdu Sud-Vv:ftvcr \cNort- £/?,& nous voyons paroiftreles montagnes de Sc.tmxchievcr$lc Nord. La bmyere <3c Pourcequi eft de labmycre de Molian , lion tient qu’ellea Moan. foixante Fariangues deiong, 6c vingt de large. Les. Turcs.la. nomment MmdunlujÇ, e’eft à dire mille cheminées, ou mille trous, parou la fuméefort , & les Perfes Mog.tn ou Mckm, Elle eft habitée par plufieurspeuples & families , dontlespre- deccíTeurs, qui auoient porte les armes ibus le commandement de f efld, contre Hofjein, furent relcguez en cedefert, & l’on ne' fouiFre point qu’ils demeurent en des villes ny en des villages. L’Eftc lls campent au pied de la montagne, & l’Hyverils lo- gent íous des tentes, dans la bruyere. Ilss’entretiennentdeleurbeftail 5 maisli petitement 5 qu’il neleurreftequafirienj e’eft pourquoy on les appelle Sumek Rajeti, ouparce qued’osenos, e’eftàdiredepereen fils, ils iontfujets auRoy, comme les plus miferables Efclaves,ou parce qu’on leur laiílèà peine dequoy fe couvrir les os. Ce font comme des Sauvages, &. leurs principals families s’appelllent Choice Tfcbaub>tni,Ttkle, Elmenku-, H at^ik-ifilu, Sulthan bdffche- hh Kami, sírdendufehenlu,Chalei%^&íe.le parle en vn autre ttrair- tcparticulierde l’originedecesfamilies, 6c delafaçondlevi- vre de ces peuples. Lc quatorziéme nous fifmes trois lieues,tirans vers les Norr, & nous logeámes la nuietparmy les Hatzjtyilu. Nous v times
ET DE PERSE, LIV. VI. v) parle chemin , dansvne Chapelle, le fepulchre de Btiram Ti kU Obaji. C’eftoit vn infigne voleur, qui vivoit du temps de ( Schttch-í_sábdó} Icquels’eftantfait chef d’vne bonne troupe de bandis,incommodoitinceílàmmentle BafJa'j- cjui eftoi t entre en Perfe avec vne arm ée T urque, de forte qu’il ne fe pailoit quail point de jour, qu’iln’envoyaft quelques teftes TurquesauRoy. Ces petits avantages, Se le butin qu’il y faifoit, accrurent faluittejufquesaunombre de douzemilnommes, qui firent plusdemalaux Turcs , que nc faifoit to ute farm ée Royale. Schacb-^ibas reconnut ies iervices,cn J’honorant de la qiulitc dec ban, & en luy dormant lc revenu de quelques villages, & des terres pour foutenir cette nou velle dignité. Nouslogeâmes la mucE fous des huttes, Sc à peine nous eftions -nous couchez,.que nous entendiiines le bruit d’vne grande efcopeteric: ce qui nous donna l’allarme bien chaude, & nous obliged ànous retrancher de noftre bagage, pour nous mettre en deferife. Nous criimes d’abord, queles Kifilbacbs avoient deilein de fe reffentir du mauvais traittement que Brugman avoit fait fairc lejour precedent à vn de leurs cama- rades : mais. nous feeunjes aufli toft, que c’eftoit le Pojhnib Mofcovite,, quiavoit voulu faire peur au fieur Brugman, quoy qu’il nous fift accroire que e’eftoit pour luy faire honneur,dans la croyance qu’il fit femblant d’avoir,que ceflift lejour deíà naiííànce. Le quinziémenous fifmeshuicl lieues par la bruyere,& nous logeâmes à vn quart de lieiie.de la iiviere d’/has. Noftre deflein eftoit de loger cette nuift à Tb&iiati mais nous apprifmes qu'a4reb, chan deScamachie, y eftoit logéavec toute íà Cour, & qu’ii y dcmeureroit encore lelendemain ce qui nous obligeaauflià fejourner leíeiziéme au lieu ou nous eftiõs. Nous avions fujet de nous deffier d’^ireb- C ban, à cauie de ce qui s’eftoit paífé entre nous à noftre premier paílàge: mais il fit connoiftre, que les Perfes ont encore cela de commun avec les Francois, qpTlsibntaftez genereuxpour oublier les injures: Caril ne nous fit point dedèplaifir j au contraire tant que nous fumes en fon Gouvernement, il ne perdit point d’oe- cafion de nous obliger, rejettantla caufe de noftre mauvaiíè intelligence fur le truchement Rujlam, qui nous avoit quittez, D iij 1638. Vokur chcF ‘yne anuéc.
30 VOYAGE DE MOSCOVIE,' l<^' 6c Iequel,àcequ’il difoic,luyavoit faitpluiieurs mauvais rap¬ ports de nous j ne doutanrpoint, qu’iJ ne nous en euft fait au- tant de luy, 6c proteftantques’llletenoit, il Juyferoit tran- cherlatefte. Il nous fitrecevoirpar vn hommede qualitéde íâ luitte, dés qu’il fceut que nous eftions arrivez fur le bord de la riviere d\Aras, 6c nous fit prcfentde trois facs de vin 3 qui nous vinrent bien à propos, parce que cejourdà, 6c le prece¬ dent,nous avions fait fort mauvaife chere. ifet^etbe^, qui nous avoit icrvy de M cheman dar en noftre premier paíla^e j ufquesà'' Air deb if renditauiri la vifite aux AmbaiTadeurs, 6cieurfit pre- íènt d’vne tres-belle levrette. Ledix-feptiéme nous paífaímes la celebre riviere . Cwn-equien pirle en deux divers paiTages j mais en vn lens bien different. Cai au*. livre 5. il la met dans la Perfide ,&cdit, que ion cours tire vers leMidy, 6c au 7. livre, il la faitpafler par la Mede, 6c encrer dans la mer Caipie. Strahon ne s’explique pas mièux. Rade- rus, en ies Commentaires fur Curce, croit rendreces pail ■ fages tres-clairs, en difant que le fleuve de Medus, dans Iequel I’Araxes fe defeharge , coule dabord du Nort auMidy , 6c qu’elle entre dans la mer Cafpie. Mais diet rompe : caril eft impoilible, que cette riviere perce l’liorrible montagnede Taurus, qui a pluiieurs lieues de large, 6c qui coupe toute la Perfe, 6cmefmetoutel’Afie, 6cquellepaifede Perfepolis vers la mer Caipie. Mais la verité eft, qu’i 1 y a deux rivieres de ce mefme nom d’ A raxes en Perfe i 1’vne dans Ja.Mede, l’autre dans la Perfide. Pour celle qui pafle aux murailles de la ville de Perfepolis, aujourd’huy nominee Schiras, Curce 1’appeL le ~Araxes, comme il donne à la laxarte, qui paife aux frontie- res des Scythes lenom deTanais, 6c celuy de Caucafus à la partie Orientale de la montagne de Taurus; dont il feroit bien em- pefche de dire laraifon Les Perfes nomment celle qui eft dans la Perfide Bend-Emir,
ET DE PE RSE, LIV. VI. 31 à cauíe d’vn grand miracle, qu’ils croyent qu’^/jya fait,& elle íê deicharge dans I’Ocean aupres du Golfe Periique. Celle que nous paísámès dans les oruyeres de Mgk,tn, con¬ serve encore fon nom , lequel elle tire , ft nous en croyons Eujhthius, dn [not Grec , qui ilgnifie arracher■ oarce qu’en fedébordant, elle arrache Sc entralne bien ibuvent tout ce quelle rencontre. Elle prend la fource dans les mon. tagnes d’Armenie, derriere le grand Ararat., Scfechargeam: des eaux deplufieurs autres rivieres, dont lesprmcipales font Karafu, SenKt,Kerni Sc ^Arpa, elle entreaupresde K..tn*/»,bien avantdansla terre, Sc tombe bicn-toft apresj proche d'Or da- bath, avec vn bruit qui s’entend à plus de deux lieues de là, dans laplaine de Mg km 5 laquelle eft fort bade ,a l’egard del’ Ar- menie ScdcSchirtian. Son cours y ell fort doux, Sc apres qu’elle s’eft j ointe, à dou- ze lieues au deiliis de Tzyuat, avec la riviere de Cur, ou Cyrus, qui n’eft pas moins grande qu’elle, Sc qui vient du code du Nort, dela Georgie ou Gutxjfian, elle entre dans la mer CaC- pie. Dont il paroift que Ptolomée, Sc ceux qui Ie fuivent, fe trompent, quand ils difent, que \’Ataxis Sc le Cyrus entrent dans la mer Calpie par deux differentes emboucheures ■ com- meauili quand ils afleurent que la Villede cyropolis eftoit cel- le , quel'onappelleaujourd’huy Scamtchie. C’eft ce que Ma- ginus infere desdegrezdelatitude,quePtolòméeluy donne : Mais fi cela eftoit, il faudroit mettre ces deux rivieres, non point au delfus, maisau deflous de la V die, vers le Midy - par- ceque nous avons trouvé leur conflans, que les Perfesappel- lent Kanfehan, a trente-neuf degrez, cinquante-quatre minu¬ tes , Sc Scamtichie à quarante degrez cinquante minutes, c’eft à dire á treize lieues de la, Sc fous vn autre meridien. Et en effet nous avons fait autant de chemin entre-deux en voyageant en ces quartiers la. Aulfi n’y a-t il point d’autre riviere ailez belle,ny alfez grofle ,à neuf oudix journées ipresde Scamachte, rant deçà que delà, à qui l’on puiflèdonner cenom. Le dix-feptiéme nousallâmesloger à Txavvxt, ou nous fu¬ mes recens, Sc magnifiquement traiftez par le Mehemandar , que le Chan nous avoit envoyé. Ce village tire fon nom du mot Arabe T^awat, qui ftgnifie paflage, parce qu’au paiEt- ge de cette riviere l’on eft oblige de faire voir les pafte- 163 S.
32 VOYAGE DE M05C0VIE, i C 3 8. ports, adnd’empefcherparcemoyenles Turcs.d’entrerdaiis le Royaume. Le dix-neufviéme nous dimes huic lieues, la pluipart par des landes, & pais dei'ert, couverc de rofeaux, Sc logeâmes la nuid au pied de la montagne de Scamachie, cn trois M-ttaych, ou huttes rondes, que Ton y avoir d redoes pour nous. Ce jour là deceda noilre Peintre nomine Thierry Niemxn , apres avoi r cite pluíicurs mois trauaillé d’vne devrequarte, à laquelleiè joignir vn Hux de ventre, quiI’emportaen quatre jours. IÍ mourut par le chemin dans vne charcttc, Sc parvnmauvais temps. Nous le dimes enterrer le vingt-deuxicme devantla Ville de Scxmxchie, au cimeticre des Armemens,avec les cere¬ monies brdinaires de noilre pais, i p t; 11 mom.Tnic Levingtiéme Fevriernouspartifmesde grand matin, afinde dejcamachie Pader de bonne heure lamonragne de Scamachie, laquclle s’e- llend en ces quartiers là, en forme decroidantvers l’Orient, depuis la mer, le long dela riviere de Cyr, Sc on I’appellela Lerigebiu taclu; à caule d’vn. village, no mm é Lengebm, quieil au haut de la montagne. Lapluye, qui eítoit alorsdfroide, qiie nous croyons ren- trer dans í’hyver,avoir tcllement rompu les chemins,que nous eúmes vne des faícheuíes journées quenous eudions eu en tout noilre voyage. Les Ambadadeurs, &: ccuxquieiloientdesmieuxmontez, arriverent de jour à la Ville j maisles autres nes’yrendirent quebien tard : ilyeneut meimes pludeurs, qui neiliivirenc qu à minuicb,& quelques-vns le lendemain matin. Les chameaux, qui ne pouvoient pas monter, chargez com- me ils eiloient, par vn chemin fi droit 6c d gliiTant, comme ce- luy de la montagne , n’arriverent qu’au bout de huictlours. Le chan nous avoit fait marquer les meimes quartiers, que nous avions eus à noilre premier paílàge: de ibrte que nous nous trouvaiines tous chez les mednes Armeniens,nos anciens holies. Ils nous receurentfort bien,& pour ce qui eil des Am¬ badadeurs, le Chan cut lefoindeleurfaire apporter à fouper deiacuidne. I’eus en mon particnlier pludeurs preiens de mes amis Sc precepteurs, comme de Mxbeb^ily, Molla, d’/mancuh &de Chalti, qui m’cnvoyerent pludeurs plats de ponnnes, de poires &de
ET DE PEE.SE, LIV. VI; 3$ 8C de raifins, & me vinrent voir dés le Iendemain, pour fça- 1638. voir ce que javois avance dans Ia connoiílànce deleur lan¬ gue. Le vingt-deuxiéme Fevricr le chan Sc le Calenter vinrent en Le chan trato períònne voirles Ambaílàdeurs, Sc les prierencàíõuperavec rc,es Ambaf- ceux deleur fui tee. Sur le foirle chan envoya des chevaux fadcais- pour les amener dans íôn Palais. II nous craitta magnifique- ment, Sc nous entre tint de difcours fortciviles, Sc d’aucanc plus obligeans, qu’ils ne man querent point dcproduire leurs cffets, pendant Ic fejour que nous fifmcsàScamachie, ou nous demeurafmes cinq fepmaines : durant lefquelles Ton nous di- vertit par plufieurs parties deckalle, & par de grands feftins, qu'il faifoit de temps en temps, pour l’amour de nous. ^4lexei SwinoWits,Ambaifadeur de Mofcovie,en fit vn beau Mars le premier jour de Mars, à I’konneur de la naiilance du Grand DucfonMaiftre. Le troifiéme, le fíxiéme, Sc le dixiéme, Ie Chan nous traitta encore chez luy, pour celebrer leur Naums, eu nouvelan. cha~ lib, Minavxj.ni, ou Aftrologuedu chan m’envoyaen monparti¬ cular pour mes eftreines, vn agneau gras. Le quatorziéme Mars Ton aílèura Are b-Chan de la conti¬ nuation des bonnes graces du Roy, felon leur couftume , par lepreíènt d’vne vefte neufve : parce que quandles chans Sc Gouverneursont fait leurs prefents ordinaires, le Roy les en- ^ Comment le voyeaflelirerparvnexprésdefes bonnes graces, ou defadif- affcurelw rfc grace. Ce qui fe fait de la façon que nous allons dire. L’en- chans <1= ies voyé du Roy s’approchant de trois ou quatre lieues de la ville, bonncs Staccs; en donneavis par vn exprés au Gouverneur, Sc luy fait dire qu’il luy porte de bonnes nouvelles. Le Gouverneur, qui bien fouvent n’eft pas trop aífeuré de revenir, prend conge de la ville, commesiln’ycfevoit jamais retourner, Sc vajufques à vne lieue au devant de 1’envoyé , accompagné de tous fes amis. Dés quel’envoyevoitvenirleGouverneur, il s’arrefte, Sc le Gouverneur met pied à terre, Sc quitte Con épée, fa vefte Sc fon mendil, Sc s’approche en cét eftat de l’envoye, qui tient dans vne caflette, couverte d’vn tapis, vne lettre de grace, avec vne vefte neufve, oubienvnordred’apporterlatefte du Gouverneur. Si onluyenvoye fa grace ilreçoit des mains de II. Partie. E
34 VOYAGE DE M OS CO VIE", l’envoy é Ia veíle,qu’il baife aucoIet,la porte à fon front,&: puis- il s’en reveft. Sil'envoyeaordred’apporter Iatcíle du Gouverneur,ilIa luy fait couper fur Ie champ, la met dans la caílette, & retour- ne fur fes pas. L'ona pluíieurs exemples de ces executions^ tant du temps de Scotch-Abas, que de celuy de Scbach- Sefi- Le pre¬ mier fit executerde cette façon. Ahnud, chan deH cmedan,Kc:- han , Chart iVrumi fiaifunfar Sultan 3 Gouuemeurde Ma. gasburt) & le dernier fit mourir par vn envoyèiarali3 Sulthan de M-k», & M oral Sulthan de Mais celuy-cy les fit étran- gler, & eníiiitte écorcher, & fit mettre leurs peaux, remplies defoin, furle grand chemin 5 parce qu’ils avoient trop lege- rement rendu les places qu’il leuravoit confides. ^ireb-Chan defira que les Ambaílàdeurs fuíTent prefents à vne adtion, qu’ilfçavoit ne luy pouvoir: eftre qu’avantageu- fe, & s’enyvra devant que de partir. Il eiloit monte fur vn fort beau cheval rohan , fans aucunes armes; faiíànt mener en main devant luy plufieurs autres beaux chevaux, richement enharnachez, & ayant aupresdefaperfonne quinze gardes , avec leurs carabines, & vne fuitte d’environ quatre cens hom- mes, outre les Ambaílàdeurs, & le Calenter qui 1’accompagne- rentavec leurs domeiliques, Il marcha en cétordrejufques aujardinduRoy, horsdelaville,.faifantfairehaltede temps en temps , pour, faire boire la compagnie, & faifant dancer cependant plufieurs jeunes garçons, qui n’eiloient entrete- nusprincipalemcntque pourfervir à ce divertiííèment. Ses deux fils, dont 1’aíné n’avoit que vingt ans, Sc le cadet dix- huid, & qui eftoientfçrt bien faits, le iuivoient 3 avecla pluil part des habitans de la villc, & quelques hommes à cheval, qui eiloient couverts de peaux de loup-cervier, &c demouton de JBuchar, & qui portoientau bout d’vne longue perche des te- ftes deTurcs, remplies de foin,& des eilendarts qu’^ireb avoit gagnez fureux. limit pied aterre devant le jardin, Sctrouval’envoye du Roy à 1’entrée, fuivy de trois valets, & tenant la caílette àla main. QuandleCta# fut environ àdix ou douze pas de l’en- voyé, il íè fit oiler la veile & le mendil ailez gayement, mais voyantque 1’envoy é s>arreftoit quelque temps, íàns luy dire mot, ilcormnençaàs’eilonner, & alloitperore conte nance,
ET DE PERSE, LIV. VI. ^ quand Fenvoyé Iuy dí t, M, ^4reb ch
VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. Le vingt-cinquiéme les Armeniens commencerent leur an„ Les Arnunicns née, 6e d’autant que ce jour-là fe rencontraavec celuydeleur lwTlfioui Pa^ques 5 ilsfirentvne grande Proceifion hors de la viile. Le dc i'a%ucs. Chan la voulut voir , 6c nous fit vn grand feilin, pendant le- quel les Armeniens tinrent leurs Bannieres , leurs Croix , Sc les autres Images devant fa tente : Sans doute pour donner du divertiílèment aux Perfes , parce que quand l’Ambaila- deur,Mofcovite , qui avoit regret de voir ces pauvres gensfi long-temps en cette poilure,leur fit dire qu’ilss’cn allaiTent avec leurs Images, ils reipondirent qu’il ne leur eiloit pas per- mis de fe retirer, fans I’ordreexpres du Chan. Les femmes Ar- meniennesnous donnerent le divertiílement de la daníè, en trois troupes, qui íè relay oient inceilamment les vnesapres les autres. Le Chan nous donna bien duplaifir auiTi,enfaifant Jâcher parmy le peuple deux Ioups, attachez à de longues cor- des, pour les retirer quand on vouloit. II fit auifi abattre la te¬ lle à vn de ces chevreiiils, qu’ils appellent dhu, d’vn ieul coup decimeterre 5 en quoy il fe fervit de cette adrefle , que pre- mi erement il luy fit donner vn coup dans le dos,qui luy fit dref- ier la telle,en forte qu’on nelepouvoitpas manquer.La mu cl L’Ambaffa- fuivante jefuspicqué d’vn icorpion. au Duc^áe^ Ee vingt-fixiéme arriva àScamachie fmamculi^ue le Roy de HoI(loin arri- Perfe envoyoiten qualitdd’AmballadeurauDucde Holjkin, ye à scama- nollre Maiilre. Le chan le pria à difner chez luy avec les Am- baíleurs : Et dés le lendemain ils eurent vne longue confe¬ rence entr’eux , pour reglerle voyage , auquel nous commen- çaímesànous difpoíer depuis ce jour-là. Le vingt.neunéme /mamculi Sulthan vint vifiter les Ambafi. íàdcurs , pour leur dire adieu, 6c pour les alleurer qu’il les fui- vroit infalliblement dans huictjours. ~4bafculi-beg,nof\rcMe- hemandar, prit auííicongédenous, 6cíèmiten chemin pour retourner á la Cour, 6c i’on nous en donna vn autre , nommé HoJ]'eincuti-be%, qui eut ordre de nous conduirejufques fur les frontieres de Perfe. les Ambarta- Le trentiéme nouspartlmes de Scamachie,enh compagnie dcScamachV Cal enter, qui nous conduifirent, avecvn gros cnc* de cavallerie, jufques à vne dcmi-lieue de la ville 5 ouil nous traitta magnifiquement. Apres que nous eumes pris conge de part 6c d autre} avec les dernieres civilités, le chan retourna,
ET DE PERSE, LIV. Vt. 57 avec ía coinpagnie, à S camachie, 6c nous prímes le chcmin cie 1 ó 3 8. jjyrmants 5 bu nous arrivâmes furleíoir, apres avoir fait trois bonnes lieues cette apres-difnée. Le dernier Mars nous partimes fur les huict heures du ma¬ tin , 6c íimes ce jour-là ílx lieues, toáíiourspar des montagnes, ou nous ne vimes pas vn feul village. Sur le foir nousarrivâ- mes dans vne vallée au village de Cochanz, ou nous pafsâmes la nuict. Lepremier jour d'Avril nous íimes fept lieues, toujours par Avri l monts&parvallées 5 jufquesau village de Babel, autrementap- pellé Surra 15 à cauíè de la fertilite dupaís, particulierement à cauíè de la quantitédemil,quiy vient en plus grande abon- dance qu’en aucun autre lieu de Períè. Le deuxiéme nous fortímes de la montagne, pour pren¬ dre Ia plaine , laiílàns la roche de Barmach ànoítre droite^ 6c nous appiochans de la mer d’vn quart de lieue. Nous vimes St°^cccs de en paílant, dans 1’efpace de cinq cens pas,plus de trente íour- C ces de Neftc, qui eíl vne efpece d huile medicinale. II y en à entr’autres trois grandes , dans Iefquelles on defcend par des baítons, qui y font mis en forme defchelons, jufquesàquin- ze ou feize pieds en terre. On entendoit d’enhaut íourdre rhuileà gros boiiillons, qui envoyoit vne odeur forte , quoy que celle de la Nefte blanche foit íàns comparaiíbn plus agrea- ble que celle de Ia noire : Car il y en a de deux fortes, mais bien plus de noire que de blanche. Nous íimes ce jour là íix lieues, êdogeâmesle foir au village de Kificht, gueres loin du bord de la mer. Le troifiéme nous ne íimes que deux lieues, 6c logeâmes le foir à Schabran, apres avoir pafle ce jour-la trois petites ri¬ vieres. Ildemeure dans les montagnes de ces quattiers-là vn cer- PaJar>PcuPlc tain peuple , que Ton appelle P&íay. Ce íont desgens quine vivent que* de rapine, & qui courent les grands cheminsjuf. quesàvingt lieues à la ronde, pour attraper les pailans.L’on nous dit, que lejour precedent ils eftoient venus dansle vil¬ lage ; pour s informer du nombre de nos gens, de la façon de noftre marche , & de la garde , que nous faiílons dans les quartiers. Lç Mehcmtndur, 6í les habitans du lieu noirsconfeillerent t E iij
3$ VOYAGE DE MOSCOVIE, 6 3 8. de Ia faire bonne , & de nous tenir íèrrez en marchant, auífr bien qu’en logeant. C’eftpourquoy nousne perdionsplus nô- tre bagage de veue depuis ce temps-là. Ceux de Schabran s’ap- pellent en leur langue K«r, ce quia donné fujet à 1’erreur, qui s’eft coulée dansles journatixdeplufieurs des noftres, quicro- yenc quece íbnticy lespeuples que 1’onappelle Kw&^mais ils íe trompent, parce que les K urdes demeurenc en Kurdejthan ; quieftl’ancienne C7w/c//e;quieftvne Province bien éloignée decelle dontnous parlons. Lequatriemed’Avril nous fimes quatre Iieues par vn pais boílíi ,|mais agreable. Nous crouvâmes en chemin vne carava- ne.de Marchands Mofcovites 6c CircaíTes, qui témoignerent bien de la joye, de fe voir aíTeurez par noftre compagnie , con- tre les couríes de ces voleurs. II en paruc vn., qui nous voulut reconnoiftre 5 mais le Mehe~ mandar dé tacha auííi-toft dix ou douze Perfes, qui luy donne- rentlachaftejufques dans les bois, ouilíe perdit, abandon- nant vn boeuf qu’il avoit volé 5 done le Mehemandar fit prefent aux Ambaílãdeurs. Apres diner nous arrivâmes à Mifchvi ar,, village fitué dans vn marais à deux Iieues de celuy de Niafabath, ou noftre Navire avoit fait naufrage. Les villaçeois, qui nous prenoient pour des ennemis,avoient tout quittè, & s’eftoient retirés dans les bois* mais dés qu’ilsfçeurentnoftre qualitéils íêr’aíleurerent,6c re- vinrent. Nous trouvâmes dans lamaifon d’vn deleurs Preftres plufieurs beaux Livres, eferits à la main. Le cinquiéme nons fmes hui& Iieues, par des chemins cou- verts de bois, & par des deferts, jufquesau village de Koptepe. Nous vimes en chemin le íèpulcre d’vn de leurs Saints, nom- mé PyrSchkh molla lufuf, & trouvâmes vne troupe de vingt- cinq cavaliers,bienmontez,&bienarmez. Us diíbient qu’ils eftoient paílâns des villages voifíns , & qu’ils eftoient con- traints de faire troupe, 6c de voyager en cét eftat,pour s aíTeu- rer contreles voleurs,quibattentinceíTammentlacampagne en ces quartiers-là j mais ils en avoient eux-mefmes bien mieuxla mine que dVnmoulinà vent. Et de fait nous fçeumes depuis, que les habitans du village oil nous logeâmes ce jour- là, eftoient Padars. Leurs maiíons eftoient baftiesíiir la croupe dequelques petites collines, à moitié dans la terre, 6c dans
ET DE PERSE, LIV. VÍ. & desbuíííòns d arbres, qui faifoient vneperípective fort agrea- 1638, ble d’vne maifon à!-autre. Le fixiéme nous íifmes tròis Iieues, par vne foreft continuel- le, 6c nous paílafmes les trois rivieres de Koffar, de Samhur 6c de Ku*%an . Celle de Samhur eft la plus confiderable, & íort de Iamontagned’ Ibours, íè íeparant en celieulàen cinq bran¬ ches,dont les lids font fi larges,que nos chevaux enles pailant, n'y avoient point 1’eaujufqu à la my-jambe. Lefeptiéme, apres avoir fait encore trois lieues, nous arri- Arrivent I? vafines ála tres-ancienne ville de Derbent. II n’y eut que quel- Dabciu' quesKifilbachs, quivinrent audevant de nous, parce que le Gouverneur, SchahtWerdi S‘dthan, qui avoit quelquc defmeílé aveciesCavalliers, n’oibitpointfortirdu chafteau j depeur que les Kifilbachs ne s’en rendillent les maiftres. Les Perfes mettent cette ville à 81. degrez de longitude, 8c ie , D'rc[iptioa: i ay trouvee a quarante-vn degre, cinquante minutes de latitu¬ de^ Elle s’eftend du P onant au Levant, 6c a environ vne lieue de long, fur quatre cens cinquante pas communs de large.Elle íert comme de porte au Royaume cie Períe de ce cofté-là, car elle touche d’vn code au pied de la montagne, 6c de l’autre à la nier, 6c de fi pres, que les vagues donnent quelquefois pardefi- fus les muraifles. Les Autheurs Perfes, 6cleshabitansdela ville mefme, di- xandrtfie AIpi‘ lent que c’eft is kinder, c’eft à dire, Alexandre le Grand, qui Grand, la baftie: non point telle qu’on la voit aujourd’huy; (career honneur eft deu à leur Roy N aufehiriian,) mais ieulementle Chafteau , 6c lamuraille, qui clot la ville ducofté du Midy. Ses murailles font fort hautes, 6c ont pour lemoins cinq ou fix piedsd’efpois, 6c à les voir de loing, l’ondiroit qu’ellesiont faites de la plus belle pierre de taille ^ mais quand on en appro- che , I’on trouve que ces pierres font faites de coquilles de moufles broyées, 6c de grez battus 6c fondus, que le temps a tellement endurcis, qu’il n’y a point de marbre qui les iurpafle en dureté. Ie trouvay fur vne des portes,qui reftent du baftiment d’A- lexandreleGrand, vneinfcriptionSyriaque, de troislignes, 6c en vn autre endroit quelques mots Arabes, 6c des characte- res eftrangers, mais tellementmangez parle temps, qu’ils n’e- ftoient plus hfibles. Le chafteau, oil demeure le chan, eft au
40 VOYAGE DE MOSCOVIE, 163 S. haut de la montagne, Sc eft garde par ciilq cens homines, qui font de deux Nations, ^ijurumlu Sc VLotdurjcha.Le íècond quar¬ ter dela ville eft au pied dela mont’agne, Sc eft le plus peuplé, mais vers le bas il eft fort mine, depuis qu'Emir Hemfe„ fils de* Chodxbende, reprit la ville fur Mu/lxfa, Empereur Turc, auquel les habitans s’eftoient rendus volontairement. La partie inferieure, Sc qui touche à lamer, a deux mille pas communs de tour • mais elle eft toute deferte, n’ayant point de maifons, mais enfermant feulement dans fon enclos desJardins, Sc des terres labourables. Elle eftoit autrefois ha- bitée par des Grecs, Sc c’eft pourquoy les Perfes 1’appellent encore aujourd’huy, Schaher Iunan, c’eft à dire, ville Grecque. Tout cette cofte n’eft qu’vne fcule roche • ce qui fait qu’elle eft fort dangereufe pour les vaifleaux. Elle fert de fondcment aux murailles de toute la ville, qui font fi larges, qu’vn cha¬ riot y peut rouler à l’aife. La montagne, qui eft au deftiis de la ville, eft toute couverte de bois, oil l’on voit encore les mines d’vne muraille, qui a plus de cinquante iieues d’eftendue 5 Ja- quelle, à ce que l’on nous difoit, avoit autrefois fervy de com¬ munication, depuis la mer Caipie jufques au Pont Euxin. Elle eftoit encore debout enquelques endroits, jufques à la hau¬ teur de fix à fept pieds, en d’autres elle n’en avoit qu’vn ou deux, Sc en d’autres, elle eftoit tout a fait abattue. L’on y voit auifi iur d’autres collines, des reftes de plufieurs vieux Cha- fteauxj qui faifoient encore connoiftre, qu’ilsavoient efté ba- ftis en quarré. Il y en a encore deux d’entiers, ou il y a garni- fon. Ils ont auifi ça Sc là des reduitsdebois fur toutes les ave¬ nues. Ce qu’il y a de plus remarquable aupres de cette Ville, c’eft Fable de le fepulche de Tx»mtzume, duquel les Perfes racontent cette zumuume. apreseur pGete Fiefuli, qui Pa laifleepar écrit. Ilsdilènt, qu’£;y?/', c’eft ainfi qu’ilsappellent NoftreSei- gneur lefus-Chriji, paílànt vn jour en ces quartiers-là, trouva enfoncheminvne teftedemort, Scdefirant fqavoir à qui elle avoit efté, pria Dieu, auprés duquel il avoit beaucoup de cre¬ dit,de rêdre la vieà ce deffunt5ce que Dieu fit, Sc alors Eijti luy demanda, quid eftoit. Il répondit qu’il s’appelloit T^mtxu- me, qu’il avoit efté Roy de tout ce pai's-la, Sc qu’il eftoit fi puif- fant, qu’il fe confumoit tous les jours en fa Cour autant defel, que
ET DE PERSE, LIV. VI. ^ que quarante chamcaux pouvoientporter.QujíI avoit quaran- temille cuifiniers, autantde Muíiciens, autant de Pagespor- tans Ia perle àForeille, Sc autant de valets. Mais ce dit zume à Eifi, Qm es-tu toy ? & quelle eft Ia Reli gion, dont tu fais profeífion ? A quoy Carist répondit, je fuis Eifi, Sc ma Reli¬ gion eft celle qui fauve le monde. Alors T^umt^ume luy dit; à fa bonne heure, je fuis done de ta Religion: mais je te prie, fais queje meure bien-toft • parce qu’ayant efté cy-devantfipuiíl íànt, il me fafeheroit fort de me voir à cette heure fans Royau- me, Sc fans fujets. Eifi exauça íà priere, Sc le fit mourir}8c ceft icy ou eft fon íèpulchre, furlequel il fèvoitvngrosarbre, Sc tout joignant elt élevé vn échaffaud de dix piedsde haut, Sc de feizeen quarré. i 6 3 S. Nous vifmesau deçà de la ville plus de cinq ou fix mille tom- beaux couvers de pierres, bien plus grandes, quen’eft Ia tail- beaux!” tom le ordinaire des hommes, toutes demyrondes, enforme de cylindre, Sc creufes par dedans. Ellesavoient toutes des infcri- ptions Arabefques,ScFondit,quanciennement,toutefois de- puis le temps de Mahomed, il y avoit eu en Mede vn Roy,nom- méKaffan, de naiflãnce o kus (e’eft vn peuple qui demeure en T lubejjer.tr?, derriere la montagne d 'Elbours) lequeleftant entré en guerre aveclesTartares àeDagefihan, qu’ilsappellent Lefgi, leur voulut donner la bataille en ce lieu-là, mais qu’il y fut de-' fait, Sc qu’il fit enterrerles officiers, qui y furent tuez, dans les tombeaux que Fon y voit encore aujourcFhuy. Vers Ia mer il y en avoit quarante autres, cios d’vne muraille,mais fans compa- raifon plus grands que tous les autres. C’eftoient,à leur dire,des fepulçhres d’autant de grands Sei¬ gneurs , Sc Saints Perfonnages,qui avoient efté tuez en la mef- me bataille. Chaquefepulchre avoit íàbanniere. Les Períès nomment ces íèpulchres Tzjltenm, Sc les Turcs; aufti bien que les Tartares, Kerch ler.Les Perfes Sc les Tartares y font leursdevotions, Sc ce lieu-cy eftoitautrefois fort cele¬ bre 5 en forte qu’il s’y faifoit de grandes fondations Sc aumofi- nesj mais aujourd’huy Fon íe contente de le fairegarder par vn vieux bon homme, qui vit des aumoíne qui s’y font, mais aílez petitement. Le Roy Cafj.tn, qui vefcut encore long-temps apres cette bataille, eft enterre aupres de Tabris} fttrvne riviere nommée 11. Par tie ’ F
Humcur faf- chcufc dcsha- biuns. 41 VOYAGE DE MÕSCOVIE, j 638. c’eftàdire,eauxameres. L’on montre letombeâudek Reyne BurL, fa femme, aupres de la for cere ill1 d'yrumifc I’on dit qu’ila quarante piedsde long. Nous vifmes le treiziemed’Avril plufieurs Tartares, tanc hommes que femmes, venir la faire leurs devotions , qui con- fiftoient à aller, les vns apres les autres, baifer les fepulchres de ces quarante Saints, fur Icfquels iIs mettoient les mains,cm fai- íànt leurs prieres. C’eftoit le dixiéme deleur Silhatza, auquel ils celeb rent la memoire du Sacrifice d'Abraham. II n’y a point de Chreftiens à Der bent, maisles habitans font tous MufuImans, à la reforve de "quelques Iuifs, qui fe difent efire de laTribu de Benjamin. Auili n’y a-il point de commer¬ ce, finon que les Tartares y amenent forces enfans dérobez,ou desT urcs ou des Mofcovites,qu’ils ont pris en quelque rencon¬ tre, 6c qu’ils y vendent, pour eilre emmenez plus avant dans le Royaume. Les foldats, qui y eftoient en garnifon,. 6c meimes les bour¬ geois , eftoient gens fiers, glorieux Sc infolents, qui tant s’en raut quils nous fiílent civilité, nefaifoient aucontraire que chercheroccafion de nous faire querelle y 6c den veniraux mains avec nous. Le Mehemanditr meime nous advertit de nous tenir fur nos gardes :C eft pourquoy le huidiéme du mois,apres le Prefohe, les Ambaflaaeurs firent des deffenfes bien expreílès, d tous ceux de leur fuitte, de fo prendre de parole, ny de fait,avec au- cunfijldatouhabitant, 6cmefmede fccourirceluyqu’ils ver- roient engage de querelle avec eux5 de peur qual’occafion d’vn particulier, ils ne priftènt pretexte de fe jetter fur tous les autres. Le c.lj.m de Le 9. le chan deTarku, quiavoitvifitéles Ambafladeurs au TaiKi offre premier paflage, leur fit dire, que le chemin que nous avions à AmbaiTadeurs* ™11C Par es Taytares de DAgeJlhun, eftoit fort dangereux, nous r • priant d agreér le convoy qu’il nous oftroit pour nous efoorter. Les Ambafladeurs, confiderans que ces offres venoientdela iiart d’vn Tartarc dcDageJlhan, 6c qu’il n’y auroit pas plus de èureté en fa compagnie, que parmy les voleurs mefines, l’en- voyerent remercier, 6c luy firent dire, qu’ils ne luy vouloient Eas donner cette peine. Nous nelaiflafmes pas cependant de tirçnoftre profit delavis qu’il nous avoit donné, du danger
ET DE PERSE., LIV. VI. 43 que nous avions à apprehender de ces Barbares, & nous fifmes 1 38» fairevnereveiie exadte des armes,qui eítoient parmy nous, & lifur trouvé qu’il y avoircinquante-deux, rant moufquets que fu/I/s, dix-neufs paires de piílolers, deux piece, de c-ampame de fonte, 6c quatre pierriers, en citar de fervir. Apresavoir ainíiattendu quelque temps apres imrvmcuU, s= jifPoft„t *, quiavoitpromis de íuivre dans peu de jours, &; nous trouvans dáPart- envnlieu, ouleGouverneur, au lieu de nous fournir des vi- vres, nous les faifoit acheter bien cherement, les Ambaílà- deurs íè reíolurent le douziéme de donner ordre pour Ie de¬ part, ordonnerent quel’on tinftle bagage preíl, &firent di- íiribuer pour quatre jours du pain à toutc la compagnie; parce qu'il y avoit grande apparence que dans ce temps nous nen trouverions pas beaucoup aux lieux ou nous avions à paflèr. í_e treizieme nous eítions dejaacheval, &alhons partir LeGouver- quandl’onnousvint dire, que IeGouverneur avoit fait fermeí IZ t ™-' la porte de Ia ville. Cette nouvelle nous ílirprit, 6c obligea les pefchc dc p.«- Ambafladeurs à luy envoyer le Mebem.tndjr, pour fçavoir le tir‘ fujetde ce procedé. Il fit dire, qu’ayant avis qu ofmin] Prince Tartare, voinfin de Derbent, avoir deilein denous attaquer par Iechemin, 6c de nous extorquer vne rançon exceifive, oude nous piller, 6c queitant refponfable au Roy de ce qui nous pourroit arriver, ilncpouvoitpasconíèntir que nous parti f- fions fans efcorte, laquelle ne pouvant pas eilre prefte cej our- là, il nousprioit d’ateendre julqu’au lendemain. N ous íçavions bien quelle ne nous ferviroit de rien, Sc que le foin qu’il prenoit ne procedoit point d’aucune bonne vo- lontcquileuit pour nous j maisilfalloit faire bonne mine, 6c luy en demeurcr obligez. Seulement l’envoyaiines nous fup_ plier, puis que nous eítions dejaacheval,depermcttre que nous puiiiqns camper hors de la ville, en attendant la commo¬ de del’efcorte. II nous le permit, & nous allâmes camper à vn quart delieuede la ville, aupiedd'vnevigne, fur vn ruif- feau,qui fert de frontiere commune aux Tartaresde D.vrefi- han 6c aux P cries. Nous trouvafmescn celieu-làencore les fepulchres de deux Autres f,pul.- Saints Mahometans, I vn de Pyr Muchur^ dans laplaine, auc^rcs JeSaints pied de la montagne, Sd'autre d’/mam Kurchud danslamon- tagne mefme, Ils difent que ce dernier eftoitparent deMa- F ij
44 VOYAGE DE MOSCOVIE, hornet, Scqu’ilfetenoittoujours à fes pieds , pour cn eilre inftruit. Ils y adjoullent, qu’il a vefcu encore trois censans depuis la mort de Mahomet,Sc qu’il fe retira aupres du Roy Caflitn , qu’il divertiiToit en joixant du Luh, 8c qu’ilanimoit inceflamment à faire la guerre aux Le\°i, par le chant qu’il y meiloit, mais qu’enfin s’amufant à prefcher à ces Barbares,qui eftoient Paycns, pour tafcher de les convertir à la loy de Ma¬ homet, ils le tuerent. Son fepulchre fe voit dans vne grotte, taillée dans le roc.il y a encore vn autre creux dans ce meime roc, ou il y a vn qerqueil Fait de quatreaix cloiiés eníèmble, Sc élevé d’environ quatre pieds de terre. Ie l’avois viíité la veille, Sc n’y avois rien trouve, iinon vne vieillefemme, qui avoit la garde du fepulchre, mais lelendemainjelevisorné d’vn tapis debrocardd’or,Sclepavé couvertd’vnenatte, pour la commodité de ceux , qui y ve- noient faire leurs devotions. II yvintquantitéde femmes ôede filies dela ville, &c de plus loin, qui entrerenttoutes nuds pieds dans la caverne, baifoient le çerçueil, 6c ap res avoir fait leurs prieres,alloientàroffrande à la vieille, à qui elles donnoient, les vnes du bcurre, du froma- ge, du laict, les autres du pain, del’argent, de la cire, & cho- íes íèmblables. Lanuicl iuivantenous yentendifmes vn bruit confusôehorrible,commedeperfonnesqui chantoient, dan- foient Sc pleuroient en mefme temps. Ie n’entendis jamais rien deplus barbare. Le quatorzieme d’Avril nous attendimes encore apres no ere convoyjufquesà troisheuresdujour : mais voyans qu’il n’en venoit point, nous nous mimes en chemin , niarchants en l’or- dre iuivant. Les trois Lieutenansavecleurs foldats, ayans la mechcallu- mée, faiioientl’avant-garde. Apres euxiliivoit vne piece decampagne, de deux livres Sc demie de calibre, fur vn affuft à quatre roues, Sc cn fuitte les quatre pierriers, avec leurattirail ,fur vn chariot. Apres cela marchoient les chameauxavecle bagage , ayans des deux coftés vne partie de la fuitte, commendée par le fieur Crufius, Sea latefte vnTrompette. Apres le bagage marchoit encore vne piece de campagne,Sc cn fuitte Ie iicur Bi ugnuin faifoit 1’arriere-garde,avec ce qui re- iloit de la compagnie.
ET DE PERSE, LIV. VI. 45 Encétordrcnousquittâmes lesfrontieresdePerfe,pouren- 1(^38- trer en celles des Tartares de Dagefthan. Ptolomée, Sc ceux quile fuivent, difent, que ce pais eft vne partie de 1’ Albanie , dont £)_. Curce en fait fortir Thaleflris , Reyne des Amazones, qui fut trouver Alexandre le Grand juíques en Hircanie , pour obtenir de luy ce quelesfemmes deftrentplusfouvent qu’elles ne le damandent. Les Períès appellent ces peuples Lvfgi, Sc ils íe nomment eux-meímes Dagejlhcin Tatar ^ c’eft à dire Tartares montagnards, du mot Tag, ou Dag qui fígnifieen leur langue montagne: parcequ’ils demeurent entre les montagnes, Sc dans laplaine au pied des montagnes,quiíòntéloignéesde vingt Sc trente lieu.es de la mer Cafpie, verslePonant. Ils s’eftendent le long de la mer vers lé Nort jufques à TVrk/, environ quarante lieues, & à le prendre par le chemin que nous íifmes. La montagne meíme s’approche quelquefoisjuf- ques à vne demy lieue de la mer, Sc en quelques cndroits elle s’en éloigne de deuxou detrois lieues, ayant dans lesplaines de fort belles Sc bonnes champagnes • fi ce n’eft du cofté de la mer, ou Ton ne voit que des landes & des deíèrts. Les habitansont leteintjaunâtre&bazané, tirant fur le noir, les membres forts Sc robuftes, le viíãge eífroyablement laid, Sc les cheveux , qu’ils ont noirs Sc gras,battans fur les eípaules. Ils font tous barbares Scíauvages. Us font habillez d’vne longue robbe, ou vefte, minime , ou Lcurs habits, noire,d’vn grosvilain drap, par defluslaquelleilsmettentvn manteau de feutre, ou vne peaudemouton. Vn bonnet quar- ré, fait deplufieurs lambeaux de drap, leurcouvre la tefte, Scleurs fouliers fontdepeauxdemouton,oude cheval, tout d 'vne piece, Sc font coufus fur le col du pied Sc au cofté. Ils íònt circoncis , & ont toutes les autres ceremonies des Sont Maho- Turcs ,comme faifansprofeílion de la Religion Mahometa- mctans- ne: mais ils y font ft peu inftruits,qu’il ne faut pas s’eftonner de ce qu’ils ont ft peu de devotion. Ils s’entretiennent du be- ftail qu’ils nourriílènt, dont ils laiílènt le foin aux femmes, pendant qu’ils vont àla petite guerre , volansde touscoftez, & ne faiíàns point de confcience de dérober les enfans de leurs plusproches parens, pour les vendre aux Perfes , Sc aux autres eftrangers j Ce qui eft caufequemeftne entr’eux ils vi- E iij
1638. Xeurs armes. Lc Prince de (CesTartarcs. Comment on Le pa'is d’Of- snin. 46 VOYAGE OE MOSCO VIE, vent dans vne continuelle defiance les vns des autres. Leurs armes deíFenfives , qu ils prennent &: quictent avec I’habit, font la cotte d’armes,le cafque, & la rondache, & les ofFcnfives font, le cimeterre , l’arc , la fleche le javelot, qu’ils lancent de la main, & il n’y a point de fi pauvre par my cux,quin’ai tees, armes. Ils rançonnent tousles Marchands qui y paiTent, &c s’lls ie trouvent les plus forts, ils les pillent entierement,cellpourquoylesCaravanes,qui viennentnail ferpar là,ouferendent fi fortes, qu’elles le peuvent deA'en- dre contre cette canaille , ou elles prennent le chemin de la mer. IIsn’apprehendentnylesPeries,ny les Moicovites , parce qu’iln’y apointd’armeequilespuiile fuivre dans les monta- gnes, ou ils ie retirent ,t|uand on les attaque. Tout ce pais n’eft pasfujetàvnmefme Prince.; au contrai. re,il n yaquafi point de ville qui n’ait fon Seigneur particu- lier. Ilsappellentceluy qui eft le chef ou lc premier de tous, le Scben/Kttl. Il fuccede à fon predecefleur par la voye de I’elcclion , qui s’y fait d’vne façon toute particuliere. Car apres la mortdu schernttl , les autres Seigneurs, ou Myrfu, saíTemblent, & ie mettent en cercle, dans lequel le Preftre dulieujette vnepommed’or, &;ccluy qu’elletouche eft fait 6'c/jew Kn/.Toutefois ion pouvoir n’eft pas fi.abfolu ,que les au¬ tres Seigneurs n’y participent, & qu’ils n’ayent pour luy qu’vne deference fort mediocre. Nous entrames en ce pais, conune nous venons de dire , le quatorziéme d’Avril. Nous fimesce jour-là cinq lieues, paf- ians parplufieurs villages, & par vne belle campagne, &c lo- geâmes le foir dans le pais. d’o/W»,que les autresappellent jfnun ,dans vnvillage, nomme Euftan, aufii bien que celuy qui en eftoit le Seigneur. Il envoya au devant de nous fon fils, avec vneíuittedequinzechevaux, fort bien armés; qui apres le premier compliment, íe retirerent à main gauche, dans vn bois, & nous primesàla droite. Nous logeámes au- pres d’vn village à la campagne , fermansnoftre quartierde noftre bagage, 6c nous ailèurans contre les furpriies de ces vo. leurs, par bon nombre de ientinelles, qui furent pofeesfur tou- tes les advenues. Lc jeune Prince revint fur le ibir, mais il ne vifíta que 1’An-
ET DE PERSE, LIV. VL 47 bafladeur Mofco vire, parce qu’il vouloic fçavoir de luy qui 16 5 ff* nous eftions, & quelle fortune il y avoit àfaire avee nous. On luy avoit deftiné vn prefentdedouzeducats, &de troispie¬ ces de fatin de Períè, s'il euft fait Phonneurànos AmbaíTa- deursde leur rendre la vifite : mais il íè contenta de les en- voyer vifiter par deux de fes Officiers, & nous-nous con- tentafmes de le faliier de deux pieces d’artillerie, chargées à baile, lorsquil íortit dechez^Moícovite , pour monter à cheval.. Le quinziéme nous continuaímes noftre voyage par vn pais aíTez boíTu, ou nous eúmes le divertiíTernentdelachafTe du lievre.Ils en levoitcinq ou fixa Iafois, 6cnous en priímesneuf en moins de rien. Apres avoir fait fix lieuês cejour-là, nousarrivafmes fur le La SeiWurie loir dans la Seigneuriede Boinaky&c logeaimeaupres d'vn vil- * Boina,, lage du mefine nom , fur la croupe d’vne colline , laquelle eftoit fi bien efcarpée du cofté de la mer, que nous eilionsen feureté de ce coftè-là, & nous-nous couvrifmes à la tefte de no- ftre camp,d’vn retranchement,que nous fifmes de noftre ba^a- ge, que nous diípoíãfines en forme d Vne demy Lune,bien flan- quee. Le Seigneur de pas beaucoup de fujets, mais enrecompenfe de celail a force Detail; en quoy confiftc tou- tefarichefie. Le fieur Brugman íè fafcha, de ce que ces gens s’amuloient à nous regarder, comme vne chofe qu’ils n'avoient jamais veue, &vouloitque l’on draft quelques coups de moufquet ^pertinence parmy eux, mais fans bale, pour les eftonner ieulement, & ^ enrageoit de ce qu’onnevouloitpointexecuter vneomman- dement fi impertinent, qui nous euft fans doute coufté la vie a tous. Car ces barbares, qui eftoient fiers & mefehans , & qui temoignoient bien fans cela, quMs nemanquoient point de volonté, &qu’ils nedemandoientqu’vn pretexte, pour nous attaquer, grondoient de ce que l’on avoit de la peine à les fouffrirlà, & nous dirent fort bien, que la terre eftoit plu- toft á eux qu a nous, & qu’ils avoient autant de droit que nous des’y tenir. Que nous n’avions que faire de les menacer, qu’ils avouoient que nous eftions plus forts qu’eux , mais qu’au moindre fignequele SchemKt/leur donneroit, ilss’aftemble- roiens en afiez grandnombre, pour nous aflommer tout au-
i<5 3 8. ÀmbafTaJeiU' Polonois tué. L’Authcur ei danger d’eftre pris par les Tartaics. 48 VOYAGE DE MOSCOVIE, tant que noas eftions. Quails ne íè íòucioient ny du Roy de Perfe, ny du Grand Due de Mofcovie, qu’ils eftoient Dageft- han, èc qu’ilsne reconnoiílbient pour Superieurque Dieu. Ils ne voulurent pas permettre d’abord que nous allallions querir de 1’eau, fmon en payant j mais voyans que le puits,ou il falloit aller querir, eítoit dans la porrée de noílre artillerie, Seque nous-nous mettionsen devoir de nous enouvrir le paíTage, ils le retirerenr. Le Scheml^ilnous envoya dire le foir bien tard,que nous-nous donnaffions bien garde de partir le lendemain, qu’il n’euft au- paravant envoyé viilter noftre bagage, pour voir fi nous ne portions point de marchandiles. Les Ambailadeurs Iuyfirent dire, qu’ils n’eftoient point Marchands, mais Ambailadeurs, Sc qu’en cette qualité ilsavoient droit de paflerpar tout, Ians payer. Qifilspretendoientíèíèrvirde cétavantage, Se quell le SchemK*l lemettoit en eftat de leur faire violence, ilsfe- roient cequele droit des gens Se la nature leur permettoienc de faire, pour repoufler la force. Depuis celanous n’en ouimes plus parler. I’ayiceudedepuis,quel’Amballadeur Polonois, que nous rencontrafmes en venant, Se duquel j’ayparlecy-deilus, Ilo- geant, à fon retour, en ce mefme lieu, avoit pris querelle awee ceuxde Bointk, Se qu’ilfut tué avec tous ceux de la luitte} ai la referve de trois valets, qui trouverent moyen de regagner Da- bent , d’oule Mehemandar, quil’avoit conduit jufques-là, les ramena à la Cour. Pendant qu’ils y demeurerent le Roy leur lit donner à chacun trois Abas par jour, jufques àce qu’il euft trouvé la commodité de les renvoyer chez eux; fe íèrvant pour céteffetde l’occafion d’vne AmbaiTade , quele Grand Due de Mofcovie luy avoit envoy ée. Lefeiziéme nous partifmes dcs le grand matin, Searrivaf- mesdebonneheuredans les terres du Princede TarKu, oiiil nes’enfallutpasbeaucoupquejene tomballe entre les mains de ces barbares. Car ayant feeu, que nous n’eftions qu’a vn bon quart de lieué de lamer, je me détachay de la compagnie, aveclacontre-maiftre, Corneille NicolaiTon, pourallervoir le bord, Sc pour en obferver la fituanon 5 mais à peine y fumes nous arrivez, que nous découvrifmes de loin deux Tartares, luivis, à deux ou trois cens pas, de huict autres, qui desqi’ils IOUS
ET DE PERSE, LÍV. VI. 49 nous appcrceurent, doublerent Iepas, pour venir à nous5mais 1638. nous regagnâmes auílí-toft le chemin de la route. Les dèux premiers, voyans que nous faifíons retraitte, nous íuivirent à route bride , lejavelotàla main 3 juíques à ce que Jeshuiét au- tres , fe doutans que nous neferionspcut-eftre pas íeulsen ces quartiers-là, monterent fur vne colline, pour decouvrir Ie país, fk ayans veu toute Ia compagnie , de laquelle nous ne pou- vions eftre éloignés qu’environ delaportée du moufquet,ils rappellerent les deux autres, leur faiíàns entendre qu’ils ne trouveroient point davantageà nous pouríiiivre. Et de fait ils fe mirent auili-toít au pas, 6c s’approchercnt tous eníèmble de la compagnie , Ia Íãlíierent, admirerent la façon de nos ha- bics , & eurent la curiofité de voir nos piftolets, mais 011 ne leur en donna point à manier. De forte que voyans qu’il n’y avoit rien à gagncr avecnous, ils nousquitterent, & s’enal- Jerentà travers champs. Nous vimes cejour^làpluíieurs trou¬ pes de ces Tartares,dont les vns fe prefentoient devant, les au¬ tres derriere nous. Les vns ne firent que pafler, les autres nousaccompagnerent vn quart de lieue. II y eneutmeíines qui voulurent voir íl nous íõufFririons qu’ils coupaílènt à travers denoftre marche, mais nous ne Ie voulumes pas permettre. Apres avoir fait fept lieucs ce-jour - là , nous arrivâmes arrirent 1 fur le foir devant la viílede Tarkit, 8c campâmes hors dela Ta,'K“* ville , aupres d’vne belle fontaine , à vn quart de lieue de la mer. Lelendemain dix-feptíéme d’Avril, Ie Seigneur dulieu nous enyoya fon frere,accompagné de trois autres perfonnes de qua- lité, pour nous complimenter, 6c nous ofFrir fon amide 6c ibn fervice. La makdie du Chan 1’cmpefchoit de nous viiiter en perion- ne, 6c les Ambaílàdeursl’ayansfçeu, luy envoyerent leur Me- decin, tant pourle remercier de fes civilites,que pour luy ofFrir y foníècours,pourlerecouvrementdefaiànté. Ilseníèrvit, 6c en fut foulagé 3 de forte qu'au bout de quelques jours, il envoya faire complimentaux Ambaílàdeurs, 6c les remercia du iom qu’ils avoient eu de luy. C’eftoit vn Seigneur d’environ trcnte-huicb ans, nommé Suwhou dun, 6c il diibit qu il CtOit defccndu des Roys dePerfe, II. Parfie. G
JO VÔYAGE DE MOSCOVIE, 163 8. avec lefquclsil vivoitcn fi bonne intelligence , que quand les Dageflhans fc font la guerre entr’eux , celuy-cy implore le fe- eours du Sch*chyqui ne manque point de fe declarer pouríès interefts. Son authorité eftaiíez grande parmy eux; mais non pas fi abíolue pourtant, que plufieurs Myrfts, de íes parens, n’ayent auííi part au Gouvernement. Meímeil avoit vn ne- veu, fiis de ion cadet, qui eftoit Seigneur d’vne parde«dela ville. Je Da-cilha!' *-a v^e de Tílyku , qui eft la principal de tout Ie Dagefian J. 0 cft fituée dans la monragne, entre des rochers fort efearpez, Sc qui font fi pleins de coquilles, qu’il icmblequ’ils nelbnt compofez que de cela, n’y ayant point d’eipace de lalargeurde la main, oil Ton n’en trouve pour !e moins cinq ou fixla. plus- part de la grandeur d’vne noix. Le roc yeft dur comme des cailloux,mais cela n’empefche point, qu’iln’y ait de fort bel¬ les prairies fur le haut de la montagne. De ces rochers fortent plufieurs belles fources, qui en dccou- lent de tous cofies, 6c qui entrent dans la ville avec vn mu-mu- re fort agreable. La ville n’a point de murailles, 6c a ennron mille maifons, bafties à la Perfienne, mais non pas fi bienJL’on noiiimecesTartares,commeauíficeux de Boina.k , 6c les au~ tresquidemeurent vers le Nort, K*ú*k 3 mais l’on appelle ccux qui demeure derriereTar/Ç» , dans la montagne , vers Ie Ponant,K«w*k,onKayÁK«w«k,quionc quafi tous Ieurs Sei¬ gneurs particuliers. Les habitans deTa,k« ne font pas moins barbares & inef. chans que ceux de BomaR\ mais les femmes 6c les filles efioient plus civiles. Elies one toutes le viíage découvret, 6c ne font point referrecs comme celles de Perie. Les filles ont les che- veux nodes en quarante trefles , qui leur pendent alcntour de la tefic,6c cllesne faiioient point de cíimculté de fe faire re- garder, 6c de Jaifier manicr leurs cheveux. Jiabiftl'parmy Nous renconrrâmes-là vn viellard, nommé Mathias Mag. ksTarc^es- 1 mxr ■> nabf tioniugen, en la Duche de V virtemberg- DequcI ayant autrefois quitté fon meftier de tiiTeran , pouralkrala guerre de Hongrie , tomba entre les mains desTurcs;, qui l’avoient vendu à ces Tartares. 11 avoit efté circoncis, 6c avoit quafi oublié l’AUeman : il nous dit neantmoins, qu’il ^ftoit Ckrefiien, 6c qu’il croyoit en yn fçulpjeu trois per-
ET DE PERSE, LIV. VI. ,, forties. II nous recita ruiffi 1’Orailõn Dominicale, niais avec ií ji' peine. Lcs oftres d amitic & de íervice, que Surkou Chan nousavoit íàitíãire, nous avoient en quelqueíòrte perfuadés, que nous y cftions en íêurece,fousfã protection j mais nous trouvaímei depuis, que nous eftions dans Ie plus grand danger, ou nous ayons efté en tout no fire voyage. Et de fait pendant les cin q fepmaines, que nous fumes encore parmy lesTartares, nous n’entendions parler que de voler, depiller, de tuer Sc d’af- fommer. Nouspriaiines Ie Mehemandar de nous accompagncr jufques à terkt , fur les frontieres de Mofcovie, ou au moins de nous lailler les chameaux & 1’autre monture , veulepcu d’apparence qu’il yavoitd’enobtenirdesTartares, Sc en re- connoiiTance de ce fervice nous Iuy promiiines vne recompen- fefort coniiderable : maisilnous dit, qu’illuyavoit efté ex- prciTement commandé de nousconduire jufques à Tar^i*, Sc qu’il y alloit deíà vie, s’ll entreprenoit d’exceder fes ordres. Let AmbaiTa- Que nous pouvions traitter avec les condudeurs des cha- deurs fc trou- meaux, Sc qu’il nous y fefviroit * mais au lieu de nous obliger SeeT ^ cn cela , il ie retira la nuid fuivante avec eux, fans dire mot. ° * Cette retraitte nous laiílà d’autant plus eftonnez, que lejour fuivant deux femmes, qui nous vendoient du laid , Sc qui di- loientqu’elles eftoient Mofcovites de naidance Sc Chreftien- nes, Sc qu ellcs avoient efté dérobées en Ieurjeimefle, Sc ma- nees en ce pais-là, nous vinrent avertir, que les Tartaresa- voient eu dciTein de nous tuer tous 5 parce qu’ils croyioent que nous emportions avec nous vn Treior depluiieurs millions. Que ceux d’ofmin Sc de Boin*k, avoient envoyc dire à Surk^tt chan, que nous avions paifo chez eux,Sc qu’au lieu de payer les droits de nos marcbandifes Sc denoftrebagage , nous avions efte aftez iniolents pour les menacer, Sc pour les mal- traitter de paroles. ! Quails avoient refolu enfemble de nous attaquer, detuer routes les perfonnes d age , Sc d’emmener Ie rcfte dans vn mi- lcrable cfclava^e , Sc que pour cét effet ils avoient envoyé eurs courriers a Sur{ou chan, Sc qu’il y en eftoit pafie vn pour lc Sc hem k al Nous filines fort bonne mine en la preicnce de ces femmes, Sc fi lines iemblant de n eftre pas fort en peine de ce que lesTartarespourroientfaire 5 parce qu’en effet nous ae Gij
5* VOYAGE DE MOSCOVIE,' 163S. fçavions pas ft nous y devions adjouftcr foy : mais nous nelaif- iaimespasd’en faire noftrc profit • Sc d’autant plus quenous voyons, que Ton ne ic metcoic point en devoir denous donner voiturc , Sc quenous yvifmesarrivervnetroupe dequarante Tartares de Hoimk, 8c qu’a toute heureilsfe communiquoient par des Courriers, comme pour 1 execution de quel que grand deílèin. Les Ambafíàdeurs, apres avoir aíTembléles principaux de la compagnic, Sc remonítré le danger ou nous-nous trouvions, firent mettre en deliberation ce qu’il y auroit à faire. II fut dir, que veritablement il eufb efté fort à propos de bien traitter ces Barbares, au lieu de les irriter, comme l’onavoitfaitjmais puif. que e’eftoit vne chofe faite, qu’il falloit prendre vne bonne re- iolution, faire provifion de courage, Sc s’animer les vns les au- tres en combattant vaillamment, Sc en vendant noftrc vie bien chere à ceux qui la voudroientavoir. Qu^uift bien il n’y avoir point d’autre moyen de fe iauver, parce qu’ayans des deux co- ftés des montagnes Sc des rochers inaccefllbles, derriere nous lamer, Sc devant nous les Tartares, il y avoit plus d’a vantage en cette extremité à mourir honorablcment, que detomber vifs entre Jes mains de ces barbares. Noftrc plus grand maleftoit, que nous nevivions pas inous meftnes en fortbonne intelligence entre nous. Le fteur Brug- rrun faiibit fa cabale à part, Sc reprenoit Sc condamnoit tornt ce que les autres difoient, fur tout ceux d’entre nous, qui faiilions profelfion de lettres. wTbxuel certain qu'au lieu de contribuer à Ieur cbnfervation, *isn. S il eút volontiers aided les pcrdre,s’iH’euft pu faire, fans qu’il euft luy-meime couru rifque de la vie. Nousfcumesdepuis, que le deifeindes Tartares eftoit en efFetdenousattaquer, Sc qu’ils l’euftentfait, ft le Schemkxl, 3uielperoitd’avoirle burin íêul, Sc quicroyoit nous attraper vne autre façon, ne s’y fuft oppofé. Il nous envoya dire par vn exprés, que nous euflions à prendre noftre chemin parle pont de batteaux, au delfus de la ville de fa refidence ordinai¬ re, Sc que fi nous prenions vn aurre chemin, meftne celuydit bord de la mer, ou l’on peut pafler la riviere en batteau, ilnous traitteroit en ennemis. Apres que ccluy qu'il nous envoya pour faire cebeai dif-
ET DE PERSE, LIV. VI! 53 conrs,l’euíl:achevé,iIíèvoulut lever 6c partir, mais 1’Ambaf- i 6 3$. íâdeurMofcovite, lefaifiílàntparlebras,leretint, 6cluydir, Dyàton Schevnz.il, qu’il n’a que faire de nous indiquer noítre chemin : Nous prendrons celuy qu’il nous plaira: II eftvray, qu’il ne luy ferapas fort difficile de faire afTommervnepoi- gnéedegensj mais qu’il fçache, que le Tt&ar, qui eft celuy qui eft le plus intereíTc en cetteAmbaíIãde,ne manquera point des’enreiTentir, 6c de vanger noftre mort bien cruellemenr*. Illerenvoyaaveccette réponfe brufque, mais forte, qui fit quitter aux Tartaresledeílèinqu ils avoient de nous attaquer de lafaçon qu’ils avoient reíòlu, 6c les obligeaà changer de façon de proceder: de forte que le vingtiéme d’Avril nous cu¬ mes vnevifite de quatrePrinces Tartares, quidifiierent avec les Ambafíãdeurs dans leur tente, 6c qui ne furentpoint mal traittez, pour le lieu ou nous-nous trouvions. T out leur entre- tien n’eftoit que de voIer,6c de dcrober,6cvendre des homines. Ilyeneutvncntr autres, qui dit, quedetoutelafepmaine il navoit píi dérober qu’vne lèule filie. Apres qu’ils furent partis, le frere du Prince d'ojmin nous vint vifiter. 11 eftoit allez civil, 6c nous fit forces offres de íèrvice. Apres luy vint le D*rug.i de lavillede Tatkn. Nous luy demandafines Ia raiíon pourquoy 1’on tardoittantànous donnerlavoiture neceflàirepournôtre bagage. Ilnousditfranchement, que nous ne ladevions pas eíperer, que nous n’eulfionsfait vn prefent à Sumo» ch.w. On lis enr.ycnt Iuyenenvoya vn dés le lendemain * fçavoirvne paire de bra- vn Prcfent à celetsd or, vne livre de tabac, vnpiftolet, vn fuzil, vn barilSc lcn KlI‘ de poudre, deux pieces de íãtin de Perfe, 6c plufieurs fortes d’efpiceries,Iuy faiíans dire,qu’on luy envoyeroit vn baril d’cau de vie, dés que nous íèrions arrivez à 7 erfy. Ce preíènt luy fat fi agreable, qu’il promit aulfi-toft de nous faire avoir de la voitu- repourdel’argenr,&priales Ambaílàdeursàdiíncrchez luy. Ils mirent d’abord en deliberation s’ils y iroient ou non : mais rr;c »’ enfinilfutreíolu, qu’ils yiroient avec vne íuite de quatre per- -Lr* fonnes. La nappe eftoit miíè aterre, à Ia mode dePerfe, 6clefeftin Pamcularitcx confiftoit en quatre plats, ou il y avoitdepetiteslefche; de du ící"tin- mouton roily, enfilées dans des brochettes de bois, quelques merlans, 6c du laict caillé, ôc en quatre écuclles du ris, ac- commodé avec des raifins au Soleil, 6c charge de plufieurs G iij‘
1638. Autre fefti: Tartare. 54 VOYAGE DE MOSCO VIE,* piecesdemouton. L’Efcuyer trencliantíè mitaubeaumiliiea des plats, 6c apres avoir rompu le pain, ou le gafteau, qui eftoit fort long, 6c épois d’vn doigt, il enjetravnmorceauà chacundesconviés. Il deichira auiTi la viande 6c le poiiTon, en petits morceaux, n’employanta cela que les mains, qu’il n'a- voitpasmoins noires quelevifàge: en forte que Ia graiílè luy coulant entre les doigts, 6c s’y meilant avec la craiTe, dont elle prenoit la couleur, acheva de nous oiler le peu d’envie que nous avions de manger. Il fallut neantmoins avoir de la complaiíânce. Ils nenotis donnerent à boireque de Peau, dans de grands verres â biere à P Allcmande, 6c puis de Peau devie , dans des taílès d’argent. Apres diiner ils voulurent oiiir noilre mufique, que nous en- voyâmes querir,6e apres vn divertiflement de trois heures,Pon iervit encore vne fois. I’y remarquay, entre les autres viandes, lefoye 6c la queue d’vn mouton, quin’eftoit que graiílè, 6c pe- foit pour le moins cinq ou fix livres. V n des tranchans (car à ce fecond fervice il y en eut trois)Ies liacha en femble fort menu, les íàla tres-bien, 6c les fervitainfi avec la main, àpleinespoignées.Ilíèmbloitá voir cette vian¬ de, qu’elle avoit déja efté vne fois maíchée, 6c neantmoins elle n eftoit pas ft mauvaiic, qu’elle eftoit dégoutante. Apres avoir achevé de manger nous-nous retirâmes chez nous. i Le lendemain vingt-vniéme Avril, vn des autres Princes, nommé im.xm Myrfa,priales Ambaílàdeursàdifner. Il eftoit fort j eune, n’ayant pas encore atteint l’aage de dix-huicb ans, 6c eftoit nd d’vn frere de Surchou chan, 6c d’vne femme de naif- fancc KaftmuKa. Ses domeftiques nousdifoient, que Sumoit Chan avoit vfurpé la Principauté fur luy, 6c qu’il n’eftoit pas mefme en íèureté de ia vie, à caufe de fon oncle. La nappe eftoit mife dans vne grande falle, ou nous-nousaf- fimes avec imam Myrfa, 6c avec quelquesautres Seigneurs du pais, fur des chaifes, à vne table ailez balle. Nous fumes íàns comparaifon mieux traittez quele jour {irccedent, 6c les viandes y eftoient mieux appreftdes. L’on èrvit entr’autres vn agneau gras entier , rofty, dont chacun prenoit ce qu il vouloit. Ils neíè íèrvoient point de coufteaux, mais ils déchiroientla viande , 6c je remarquay que quand quelqu’vn avoit mange la viande d’vn os , fon voifin ne laif-
ET DE PERSE, LTV. VE yy foit pas dele prendre, Se bien íbuvcncil paíloit à la troifiéme ou i ó 3 8. quatriémeinain, Se jufqu’acc que celuy qui n’y trouvoit plus ríen, le caílàíl, pour en tirerla moíiellc. *• Leurs vaies àboire eítoient des cornes de vaches creuíees 3 Sc leur bo:ílon, vn certain breuvage, qu’ils appellent brafg.i qu’ils font de millet, & à le voir il ne reflèmble pas mal en couleur,Se en confiftence à la lie de biere. Ils en boivent avec delices,auífi bien que del’eaudevie ,Seilss’enyvrerenten moins de rien íl fort, que nonobfhnt la prefence de leur Prince, ils faifoient vn bruit qui euft empefche d’oiiirletonnerre. Les Tartares, apres nous avoir trai dez de la forte, nous per- mirent de prendre congé, Sc demeurerent fbrt íatisfaits dela cliere q tills croyoientnous avoir faite. Quelques jours apres les AmbaíTadeurs furent encore trait- tez par vn autre Prince, nommé Emir chan , qui leur rendit auífi la vifite •, mais tout ce que ces barbares en faifoient,n’eftoit que pour avoir des prefents. Levingt-troifiéme leJDurug» nons fit avoir des charettes pour noftrebagage.Nous les chargeâmes auífi-toíl, à deílein de partir lelendemainj mais fur le foir Suntou ch in nous en- voya dire, qu’il avoir advis certain, que Sulthan Mahmud, e’eft amfi que s’appelloit le SchtmK.nl, s’eftoit íâifi de tous lespaílã- ges de la riviere de K oifu, à deílein de nous arrefter, Se de nous rançonner, Seque cela l’empefchoit de nous laiífer partir. Sur le foir bien tard arnverent aupres de T ar km vingt cava¬ liers,bien montez Searmez,qui vinrent camper auprés de nô- tre quartier. Les Ambaílàdeurs s’eftans fait accompagner de quelques moufquetaires, les allerent voir , pourfçavoird’ou ils venoient, Sc le deílein qu’ils avoient. Ils repondirent que le Prince d’0/W«, les envoyoit au Schenns.nl, pour luy dire, que quelques Ambaílàdeurs eftrangers, amis du Roy de Períc , Se du'/'^wrde Mofcovie , eílans arrivez chez luy , il les avoit laiíTé nailer, íàns leur fa: re payer aucuns droits oupeages, Se pour leprierd’en vferdemeíineaveceux3ce que le Schen,K
VOYAGE DE MOSCOVIE, i ^ 3 8. vantlejour, & incontinent apres nous vimes chez nous deux ieuroftícpaíTa- cnvoyez de Sultan Mahmud, qui demandcrent aux AmbaiTa- deursJe fujetduretardementdeleur voyage, & leur oíFrirent toute Ia faveur & tout le fecours imaginable pour leur paíTi^Cj pourveu quils priífent le chemin qu’il leur avoit indiqué.°À peineces envoyezeftoicnt partis, queSurkou Chan nous vine voir, & furcc queles Ambaílàdeursluy demanderent , pour- quoy il les empefchoit de partir, il leur dlt, que les chevaux & les beufs, que nous avions loúez, eftoient prefts, & que nous pourrions partir quand il nous plairoit, en íuy dormant vne re- Connoillãnce par écrit 5 comme nous avions voulu partir,non- obftant l’advis qu’il nous avoit donné, de Ia mauvaife volonté du SchemKal-, parce que íans cela il feroit oblige de répondre au Roy de Períe, & au Grand Due de Mofcovie, des malheurs qui nous pourroient arriver. Quil connoiiToit le SchemKtl mieux que nous.Qjfil ne fe foucioit ny de Dieu ny du diable,ny d’aucun Prince eftranger. Qiul fejoiioit de fa parole. Que fon plus grand diverriíTement eftoit devoler Sc de répandreleímg, & qu’il valoit mieux attendre encore huit j ours, dans Pefcuels il nous promettoitdenous donner efcorte íuffiíànte , fatb la- quelle nous nepouvions pas eiperer depaiTerdans lesterresde ce Prince, il nous nenousrefolvions de liazarder noftre vie, Sc de perdre tout noftre bagage. Que dans ce temps-là arri veroit fans doute 1’Ambaílàdcur de Perie, aveedes lettresde recom- mandation du Roy j veu que íãns celail n’oferoitpas entre- prendre de nous efcorter * de peur d’attirer fur luy l’inimitie de «tous les autres Tartares. Ce difeours nous mit dans vne grande perplexité; par ce que nous coniiderions, que 1’arrivéede rAmbaiTadcur de Perfe eftoitf(frtincertaine,ÔC que cependant nous avions à crain. dre de Suntou chan les mefmes choíès, qu’il nous vouloic U Gouvcrncur ^aireaPPre^en^er faSchemfytl. Nous depeichames vn cour- aeT«Ki leLr ncr au vveiiiode de Terki, pour le prier de nous envoyer vne refufe cfcorte. efeorte de Strelits, capable de nous afleurer contre les Tar- taresimais il n’en voulut rien faire. Surkou char, depefeha auifi vn exp rés à Derbent, pour fçavoir de l’Ambailadeur le temps, dans lequel il pourroit arriver à TarKu : maisil nous fit direau bout de quelques jours,qu’il eftoit vray,que fonhome eftoit re- venu ,mais qu’il avoiteftéaíTezmaladviíé ,pourmettrelalet- tre,
ET DE PERSE, LIV. VI. tre qu’/mamcuh Sulthan luy avoic donnée, ‘ dans fon carquois 1638. & quill’avoitperdue, en vtoulant tirer vne fléche fur vne be- ltej deforce qu’ilavoitefl:écontraint de le renvoyer. Toutes cesfaçons de faire augmenterenc bien 1’ombrage , que nous avions íujet de prendre de fon procedé, mais cequi acheva de nous eítonner, cefut Ja retraictede quelques marchands Ar- meniens;ilefquelss’eftansli joints à nous, à deflèin de crou- ver plus de feurete, en faiíàntle voyage ennoftre compaenic e retire rent dans la ville, fur vn advis qu on leur donna que deux cens Tartares avoient forme vne entreprife fur noftre quartier , pour nous y forcer. Outre celal’incommodité que 3 »a Cijuie<;iu mauvais temps, augmentoit bicn oitrc deplaifir: car les pluyes continuelles n’avoient pas feu. lement detrempe nos tentes & nos habits, mais elles nous cm- peichoient ablolument de faire du feu , pour nous chauffer & mefme pour faire Ja çuiííne. II n’ya point d’eilataifez de¬ plorable , pour pouyoir eftre compare à celuy ou nous nous trouvions, abandonnez que nous eftions d vn chacun dé pourveus de tout, & deflituez de confeil & de refolution n’o- ians pas mefhie entrer dans les huctesdes Tartares; parceque kouCban nous avoit luy mefme advertis,que nous y cournõs rifqued eílre enleves & vendus. Et de fait, le vinee-feptié meAvnl vndenos foldats, nommé Gt,UUumeHoye Eicof V"Tr°,Jat Ei>- fois s’eflant vn pen crop éloigné du quartier,futfi biendé- pric/xta. robbe par les Tartares, que nousn’en púmes jamais fcavoir rcs- de nouve les, quclque recherche que nous en fiffions. Nous lçeumes depuis, qu’on l’avoit emmené danslaforcereflede Sa- cbur, a cinq ou fix lieues de TarKu. Cejour-là il nous arriva encore vn autre malheur • en ce que nos gens s’amufans à tirer de l’arc, & noftre Canonier s’e- Uantapprochc de crop prés du blanc, pour amaflér vne fléche j vn valet Mofcovitelebleiladanslepetitventre,dont il mou- rut lelendemain. Le Moicovite témoigna vn regret fi fenfible de cét acci¬ dent , qu il voulut qu’on le fill: mourir} mais l’affaire ayant eilé mile en deliberation, Ton jugeaqu’iln’y avoir point eu dedef- iein; deforce qu’on le remit en liberté , mefme en partie en consideration de la pneredu Canonnier. Nous enterrâmesle dertunót du confeil de quelques femmes Tartares, qui eftoient 11. Partie jq
5? VOYAGE DE MOSCOVIE, Chreftiennes, aulieuoucftoientnoschevaux, & fifmes faire vneautrefofle hors du quartier, dans lequel Ton fit defcendre vn cercueil vuide; parce que l’on eftoit aíTcuré, qu'apres noftre depart les Tar tares feroient deterrer le corps , pour le faire manger aux chiens. II y mourut auffi vn riche MarchandMot covite. L’on embauftna ion corps, qui fut porté à TerKi, ouil futenterréaucemitiere de ceux de fa Religion. Parmy toutes ces difgraces 6c afflictions, lesTartares ne iaifloient pas de nous obliger quail tous les jours àleur faire oiiir noftre mufiquejqui, pour dire la verité, n’eftoit gueres diflemblableà celle , que les enfans dlirael chantoienc autrefois aux rives de Babvlo- ne. ; , Le i. jour de May nous depéchaímes vn homme à Sulthan Lc so^k.iI Pour luy demander paflage.Noftre envoyé revint le accordclc Paf. lendemain, avec quatre Tartares, qui nous dirent de la part fige, & doniK duit/jtwKrf/jqu'ilavoitefté bienfurpris d’entendrequeSurkou CSo ^cs‘ Chan le vouloit faire pafler dans notre eipritpourvninfigne voleur,6c pour vn homme fans foy .Qifjl ne luy avoit pointdd- né fujet de le traitter de la forte , 6c qu’il trouveroit bien-toft 1 occafion de s’en reflentir. Pour ce qui eftoit de nous, qu’il nous oifroit tout ion credit,& tous fes fujecs,pour Pavancemet & pour la feureté de noftre voyage,& que ft nous ne nous pou- vions pas refoudre à nous fier en luy,il eftoit preft de nous don- neren oftage trois des principaux Seigneurs du pai’sj que nous pourrions emmener avec nous, ou buffer aupres de Surkou chan, jufques à ce que nous ferions hors de fajuriidiction. Ces offres ineíperées nous mirent encore en doute de ce que nousavions à faire} mais ayans feeu, qu'en effet Sulthan Mah¬ mud vivoit toutautrement que n’avoit fait fonpere , lequel apres avoir diffãmé Ion pais par des vols continueis , avoit changedefaçon de vivre , 6c pour expier fes pechez eftoit al- lc en pelerinage à la Mecque , Sc au iepulchre de Mahomed nous acceptalmes les offres ; dautantplus volontiers que le lixieme de May nous reccumes lettres de Derbtnt , par left queues l’Amballadeur de Perie nous mandoit,que ne pouvanr parnr qu’il n’euftreceu les depefehes Sc le truchement, qu’il attendoitdek Cour, 8c ne croyantpaspouvoir encore arn- verd vnmois arnica, il s’en rapportoit à nous de 1’attendre oude continuer noftre voyage. Sur céc avis nous prefsânes
ET DE PERSE, LIV. VI. S9 SttrKou chítn de nous íaiíTer partir} à quoy il confentít, âpres i 6 x $ avoir receu encore vnprefent, qu’il ofa biendemander luy. meíine, 6c apres seílre aífeuré du retour des chcvaux 6c des boeufs, qui portoient noílre bagage, par deux des oílages du SJumK-J que nous luy laiíTaíines, 6c il nouspermitd’emme- «erletroifiéme. Nous partiímes dont de TarKu Ie douzidme May,íur Iadan. ftrtenf ,e gereuleparol e de Sulthan Mahmud. Il y avoir quinze jours que Tar*u. nouseílions d’accord avec les charretiers dervrK«; mais quad il fut queílion de charger le bagage, ils ne fe voulurent pas te_ nirau marche , que nous avionsfait avec eux, & nousobhge- rent à le renou veller, ÔC à augmenterlafomme que nous leur avionspromife. Ils voulurent faire demeíinedes chevaux de felle, mais les Ambafladeurs n*en voulurent rien faire : Ce qui futcaulequ’vnepartiede nos gens, 6c inclinesquclques- vas des principaux, furent obliges de faire les deux premieres jour- nées à pied, non fans quelque raillerie de la part de Ieurs enne- mis. Nous íifmes ce jour-là deux lieues, par vn pais plat 6c vny, mais defert, juíqués à vn ruifleau, qui fert de frontiere commune à Sulthan Mahmud,, 6c au Prince de TarKu. Nous rencontraímes par le chcmin quelques Seigneurs Tartares,qui prierent lesAmibaílàdeurs de leur preíter noílreMedecin,pour viílter vn de leurs amis, qui eíloit malade dans le voilina^e & fur Ia difficulté qu’il lit d’alleravec eux, parce qu’il avoitfujet d’apprehender de n'en point revenir, ils nous laiflerent deux de leur compagnie en oílage, 6c leremenerent apres minuict. Nous n’eiimes ce íoir làpour noílre fouper, que du pain 6c de l’eau trouble. Le treiziéme May, qui eíloit le jour de la Pentecoíle , nous filines quatre lieues, par vn pais fort couvert. Nous pensâmes ce jour-là demeurer par le chemin • parce que 1’Ambaílàdeur Moícovire ayant traitte vn des charretiers à coups decanne, touslesautresvoulurent deteller, 6c sen aller «mais nous les cageolaíines li bien qu’ils demeurerenteníin. NouspaíTaunes lanuid dans le bois, 6c ceuxqmavoient envie de dormir, fe coucherent fans fouper. Le quatorziémenous ne íifmes quvne Iieue, jufques à Ia ri- La micra vieredeKoifit, quidoiteílreàmonavis, celleque Ptolomée i'Albaílus2 nomine Mbanm. Elle tireíã fourcedn mont Caucafus. Ses H ij
6o VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 3 8. eaux font troubles Sc fon cours eíl extremement rapide. Elle eft pour 1c moins aufli large que 1”£ Ibe, Sc en ce lieu-là elle avoit plus de vingt pieds de profondeur. a^iafre"!?"16 ®ourS ■> ou v>'^ge d’ Andre , OU Sulthm Mahmuddemeu- Schcn.sai. ° roit, eíl fitué fur vne colline, deçà là riviere. Aupres du village eíl vnc íburce d eau hoíiillante, qui íe décharge dans vn étang, • &en rend les eaux fort commodes pour le bain. Seshabitans ibnt la plufpart pcfcheurs,§enous les voyions en grandnombre fur la riviere, occupés à la pefehe. Ilspouilent vn crochet Fort pointu&amorce, qui eft atta¬ che à vne longue perche, jufques au Fond de la riviere, Sc pren- nenr par cc moyen quantité d’efturgeons, Sc d’autres poilfons lemblables. I’ayappris qu’ils ont vne couftume particuliere dansleursnopces, c’clique tous les fonviezy tirent chacun vne flècheauplancher, 6c les laiflent là jufques ace qu’elles pourriflent, ou qu’elles tombent d’elles-mefmes; dontneant- moinsjen’ay pas pú fqavoir la raifon. Des qu’ils nous apperceurent, ils s’approcherent du bord, Sc oiFrirent de nous pafler, Sc pour faciliter le paftage du baga- ge, ils joignirent eniemble deux batteaux, Fur leiquels ils cou- choientvneclaye, capable de porter vne charrette. Ilsnous demandoient deuX efeus du paftage de chaque charrette , Sc nous enavions environ foixante-dix , Sc voyans que nousfai- ftons difficulté de les donner, Sc que nous aimions mieux faire marche en bloc, ils pafterent à i’autrerive, ouilsíemirent à nousrailler, Sc à Fe moequer denous. Nousy vifmes auifi le ScbemKal, qui s’eftoit arrelie à Pentrée d’ vn bois, Sc eftoit ac- compagné d’vn bon nombre de Cavaliersjde íbrte que nous ne fçavionsplus ou nous en eftions. Nous nfmes des huttes de branchages Fur le bord de la rivie¬ re, Sc fífmesquelquesaftemblcespart culieres, parce qu’il ne s’en faiíoit point de publiques, pour vaquer aux devotions convenables àla Fefte. Ceux qui íaifoient profeflion de lettres Fe rendirent chezle fieurcry/zaijOunousdinalmes, n’ayans pour toute boifton que de l oxycrat, détrempé de larmes, que nous veríions, Fur la comparaiíon quenous faifions denoftre eftat preíènt, avec celuy ou nous Ferions en noftre chere Pa- trie. Lc quinziéme nous priaímes 1’AmbaíTadeur Mofcovitc de
ET DÈ perse, liv. • vt; ti f § after la riviere céquilfit, Sc parla ÁaSckemKà!, íuiváóitTiiv :rudion que nous Iuy avions donnêe, 6c fic li bicn, que les Tareares íe contenterent de dèux Tumains, qui font dix pifto- Jes, pour Jepaflage de toute la compagme , Sc de tout le baga- . i i ,iU' ‘ i t 1 ^ 3 R ge. _ . . Nous paflàfmes la riviere le meíméjjour,8c les Âfnbafladeurs firent auflí-toft drefíer íeurS tentes, Sc firent clorre íe quartier du bagage, quils firent garnir d’artillene. Bien-toftqpres, le S hemKxl[, accornpagné de deux de fes Defcriptioi* freres, & d’vneluitte'dc cinquatite Cavaliers , Ieuf rendit lá-de la perforate premiere vifite. Ccíloit vn liomme denviròntrente-fix ans,tluScl,c:1’Ka1' gros 8c robufte, Sc de fort bonne mine. Uavoitvne vefte de íatinvcrd, fur vne cotte darmes, Sc par deflu’s vn,manteatu d vn gros vilain fcutrc. Seva mies, aufli bien que cellés du refle de la compagnie, eftoicnt le cimeterrc , 1’arc Sc la ftéclie. Eftant à ving pas de nous il mitpiedàterre , fit ciyilité aux Ambafíadeurs , Sc entra avec eux dans leurtente.' Outre le prefent de quelques moutons ceagneaux, il fitápportbr poflr ceux de la fuitte, vne grande chqudieíeg plcine q‘eflur^édn^ coupez enpctíts morceaux, Sc cuitsaTeau ocaflíe'j:a^u^i’o]y ajoufta vne íãulcé de beurre frals Sc d*ozòilldC íe puis díre avec. verité, que jarpais je ne fisvn íí bon repas', Sc que routes les" delices de Períe ne me furent jamais rienau prixdéce mets. pieces d’arCillene. Il le divertir detette façon environ iieures, Sc eftant àmoitiéyvre,ilfe retira 5 mais ilrevint bien- toftapres. On luy fit vn prefent dVne paire ide bracelets dJòip,dVngp,v, bclet d’argent, d vn mante.au d’efcárlatte, double d'e pánríç, d’vne paire de pirtolets, d’vne eípéé , d’yn burífde poiidre, de quelques eítoffes de loyé de Perfe, Sc de quelques peaux demaroquin de Levant,limit aufli-toft lemanteau, Sc donna lefíenaufieur B-u^man , quieutl’adreflrdele met'treen l pa¬ ne humeur, Sc dachever de gaghcr ftn amitié, parleseípe- rances qu’il luy donnoit, des grand- avantages quil pour- roit cirerdePeítabliflèment du commerce, pouríequel ilfai- foitce grand voyage. Il luy dit, çue 1’Ambaflàdeur du Roy dePerfelesfuivroitgpbúr ache v* avec le Due de Holftcin H íij -
1-638. ilw Tartent d'An- d re. 61 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1c craittc, qu’ils íVavoiencfaft qu’eibaucher: quecét Ambafla- dcurluy confirmeroit cette verité, 8cqu’il pourroit fçavoir de luy, qu’ilsíeroienc obiigez de paílèr tousles am par ion pais, avec(des marchandiíès de grand prix. Que cepais n eftoit point connu du touten Allemagne, 8c que leur Prince n’avoit point fceu qu’ences quartiers- ià ils deuffont rencontrer vn ii grand Seigneur ; qu’autrement 1I n’euft pas manque de luy envoyer des prefens fort confidera- bies 5 mais que cela fe feroit à 1’avenir, 6c que leur intention eftoit de faire vne aiAitié perpetuellc avec luy. Ces diicours íònnèrent íi bién aux oreillesdu Schemkd, qu’il nouscuftvo- Iontiers fait hafternoftre voyage, afin de nous voirbicn-toft de retour. Ceil pourquoy ils nous fit donnerdeschevaux de ibmme, 8c vingt-deux dé felle, à vn prix fort raifonnable,pour nbtis cqntluirejufques à Terfy. LeíeiziémeMayhouspartifmes delà. IInous efcorta luy- mefmeaveccinquante Cavaliers, par vn bois fortépais, juf- ques à vne demy lieue d’. !ndre„ oil il prit conge de nous avec b'eaucoup decivilite. Nous fifmes ce jour-là deux lieues ,par vdelgfande plaine, jufques àla riviere d’ Jkfct. Ellecouleen ces quartiers-là fort doucement, 6c n’a pas plus de cinquante pasdeiarge. LesTartares nods dirent, que e’eft vnbrasdela riviere de K01 fu, aveclaquelle elle fe rejoint prochedc la mer. II y falut attendre les batteaux, 8c les clayes que ceux d’.Andre appòrtoient fur des charrettes, 8c cependant nous coupafmes desrofeaux, 8c des Cannes pour comoler lesmarais, qui nous empefclioientd’aborderlariviere. Nous la paiTafmes au clair de laLune,8c y payaffnes encore deuxT umains pour le paíláge. Nous autres, qui rie.ftions pas bien avecleiieur JBrugnun, nousfumes con trains de nous coucher fans louper. Le iep tieme nous fiilnes lept lieues, par vne grande bruyere, oil nous commcncânes à perdrele mont Caucaie de veue. Nous arriuames fur le íoir à la riviere de Buft'-o, 8c fifmes dreíTer nos tentes dansla foreft voifine. Cette riviere eft fort trouble, 8c quafi aufli gtande, mais non ii rapide, que celle de Koifu. Encoulantversle xíort,à environ cinq lieu esde lamer Cafye, elle fefcpareendexx branches, dontlvne , que Ton nommoit autrefois TerK, 8C\ujourd’Iiuy TimenKi, adonné le nom à laville de TerK/, auprt de laquelie elle pafle, 8c a envi¬ ron cinquante pieds de large.
ET DE PERSE, ETV. VI. 63 L’autres’appelle KiftUr, í cahíe de certains grains feinbla- 16 3 s* blesà Tor, quelle éntraíneávec fon fable, 6c íonlict eft auífi large que^celuy del’autre , mais elle a ílpeu d eau , quebien ^ íouvent, au píus chaud de 1’Efte, on lajpaíTea fee. L embou- cheure de ce bras eft à luuct lieucs au deíílis de la ville de TcrKt. II fautremarquer icy, que coutes'ces rivieres viennent du vvefi-tford-vve/?,èt qu’entre celle àctifiUr 6c la riviere de vvoU gíi, qui font èloignées 1'vne de Tautre de foixante-cinq lieues, íl n’y a point d’autre riviere^ de forte qu il faut croire que 1' AK- fdi eft le CaTius de Ptolomée, que B»(?ro eftle Cerras, que Timen- . j Kt 0\xTerK,, M.Alontx, 6C que KifiUr eft YMnu-, parce que ce font Ià coutes les rivieres, qui fe troúvententre Y _sttb.ims ou leKoifu^&tle Rhuoulewolç*. La riviere de B uflro fert de frontiere commune aux Tartares de D-igefthxn , 6c à ceux de Circle 5 e’eft pourquoy les charre- tiers de r K« ne voulurent point paíTer outre. ^ Le lendemain dix-huictiéme May, nous pafsâmes la riviere, Entremen la 6c fifmes mefme paíTer le bagage, avec d’autat plus de joye,que Circaffie- nous laiíTionsaudelà la riviere les Mahometans 6c les Payens , póunsatrer dans la Chreftienté. Car encore que les Tartares de ces quartiers-làíoient Payens ou Mahometans} auííi bien que ceux de Dxgefthxn 6c les autres, ils íont neantmoins íous la domination d’vn Prince Chrefticn , qui eft le Grand Due de Moícovie •, qui a par tout íes Gouverneurs, ies Magiftrats 6cíes Preftres, pour l’exercice de la Religion Chreíbenne, dontil faitprofeífton. y ■, / Les vivres y eftoicnt íi chers, que nous eftions contrains dc payer prés de huitft francs d’vnmouton.Auili nousen dona-on Fort peu ^ de forte que pour avoir de la viande, nous nous a mil¬ lions à nous divertir dans les bois, 6c a tirer aux corneidcs,dont il y avdit en ces quartiers-là grande quantite. Le dix-neufviéme nous furies cinq lieues, par vn pais fort vny , tout convert de rofeaux , avec quelque peu d arbres ,, qui eftoient la plufpart plantez en rond , a 1 entour d vne grande plaine. , “ ' Sur le ioir nous camparnes dans la bruyere , aupres d vn puits, c>u plutoft aupres d’vne cloaque •, parce que ies eaux eftoient tenement ppantes, que les beftes mefmes n'en vou¬ lurent point boire. Toute la terre y eftoit pleine de trous, que
<4 VOYAQE DE MOSCOVIE, - les ferpens &: couleuvres y avoientfaits,& neantmoins, bicn quc nousfuífionscontrainsde coúcherà terre, iiifyeut pas vn de nous qui en fuít offenfe. Le vingtieine nous finics encore quaere lieues, par des Ian- des & des bruyeres, jufqucs à la ville de Nous vimes cc joLir-íà quantité de lcrp'ens , dont pluficurs eftbient aufli gios qucle bras,Scavoient plus de fix pieas belong. Ils eftoient couche'z èn rond , & s’egayoienta la chaleur du Soleil, qui donnoit vnbèau luíjrê a la vivacite des couleurs, donc’leur peau eftoit marquetep. Nous vines auifi aupres de TerXhY.ne lot"' teidain:ei'orte,de mulcts, qu’ils appellent en Arahc I-erLh. Ils font de la grandeur dsyri efcuretil, Sç nc.reficmblcntpqsmal à cét animal, qui eftficoramun en Europe: finon qu’ils ont le poil plus noir , la tefte toute femblable à celle de lá íòuris, ies oreilles longues, les jambes de devant courtes ,'Sc cellos de derrierc longues ice qiufaipqu’ils ne pcuventcourir quen montant, & que aans la pláine its ne font quafi queie trai¬ ner, en marchántjíi ce n’eit qiiánd ils fautent, car alorsilsse- lancent cinq ou fix pieds liaut de terre, portans la queue cou- chée fur ledos. Et dautant qu’ils font longue &pelécçomme les rats,niais non pas fi grofie , ayantau bout vn petit Jyququct de poil blanc,ils ne reilern blent pás mal auxLyons rempàngqpei Ton voit dans iesarmoiries: ce qui eftoit aílèzdivertifíanr, par¬ ti culieremcnt quand on en voyoit plufieurs à lafois s’clancer en 1 air. L on dit qu’ils’en trouve. quandté aux enviróps de Ba- bylòne, Sc en Arabie, ou les habitans lês mangent. II y en a qui íèretirent des champs dans les maiíòns , mais alorsilfaut que le maiftre du Iogis prenne bieri garde a- fon argent, de peur, qu’ils neledérobent. _l Le Perfe, que j’emmenay du pais, & qui me fert enepre ail-, jourd’huy - nomme Achvverdt .me raconta vnjourà ce pro-! pos, epe ion pere, ayant remarqué de temps en temps, qu’on luy d c r o b o i t de 1’argent dans fa chambre , en foupçonna d’a-. bord fa femme &fes enfans, jufques à ce qu’ayant vn jour ap- perqeuvndeces lerbuah , qui pariitauboutd’vriepiecedeta- pifierie, il íe douta auifi-toft de ce qui en eftoit; mais pours’en aíleurer il mitvn Sttèas fur la table , ÒC fortit de fa chambre, qu’il fermaà la clef, en forte qu’il ne pouvoit pas appreíiender que Ton 1’ouvrift, & y eftant rentrè peu de temps aprcs,& ne trouvant
ET DÊ PERSE, LIV. VI. 65 trouvàntplus íòn LAbu, ilfit cherçher larecraitte decét ani- 163?. mal, ouiltrouvabeaucoup plus d’argent, qu’il ne luy avoit cfté dérobé. A vnquarcde lieuedelavilIedeTff-kí, nousrencontraíines Amvent à lefrere du MuJJdl, dont nous avons parle cy-delTus, accompa- rcttu gned’vn Colonel, quele Wawoc/eenvoyoitaudevantde nous, pour nouscomplimenter. Il nous receut dans des tentes, quil avoitfaitdreiTerhors de laville, ou l’Onnous donnala colla¬ tion de pain d’efpice, de biere, d’hydromel 6c d’eau de vie, pendant que Ton mar quoit les logisdans la ville. Le lendemain Ie weiiiode envoyaaux Ambaílãdeurs quatre plats deviande, pour leur bien-venue. Les Ambaílãdeurs en- voyerent auífi viíiter la PrinceíTe Bifa> mere du MufJ.il, 6c quelques jours apresils y furent en pcrionne. Elle les receut fortbien, 6c leurdonnaàdifner. Cenousfutvnegrandejoye de nous voir delivrcs de la barbane des Tmares de Dagejlban, 6c de nous trouver parmy les Mofcovites, avec lefquels nous avions fait connoiílãnce 6c amide 5 c’eft pourquoy ce futde . bon cceur que nous envoyaimesquerir no lire niuii que, pour nous divertir chez le MuJJal. Nous avons promisen la premiere partie de cette Re’ation Tartars Cir. de parler plus amplement des Tartars Circajjes á noftre retour; caires* parce qu’ayant fait noftre voyage par meren allant, nousn’en piimesquaíi rienapprendre. IIn’yapointd’Hiftorien,ancien ou moderne, que je Í cache, quien parle. Scahger en fait men¬ tion, enfesExercitationscontre Cardan, exer. 33.167.6c 303. feet. 3.maisenfortpeudemots, 6c les nomme avecStrabon, Ziff, les logeant au delà du Caucafe 5 iur le Pont Enxin 6c vers les Talus Meoud.es, furies frontieres de l’Afie6cde l’Europe. Au lieu que ceux que nous avons veus font Scythes ,ou S-umates Caf- piens, 6c occupent vneparde de 1’ancienne Albanie,qui a pour frontieres,du coité du Levant 6cduPonantlamer Cafpie&cle Mont Caucafe, 6c vers le Midy 6c le Nort la riviere de Bujiro, 6c les effroyables landes de Tartarie 6c d fir acha». Leur ville capitale eft re>K/:maisdepuis que le GrandDuc Tend capital deMoícovieaeftenduíèsconqueftesjuíques-là , ilamis gar- deCircaflie> niíonen toutesles villes, ôcnelaiíIeauxZdr/dra Circajjes pour leur demeure, que les Bourgs 6c les villages j quoy que fous le Lc g0UVcrnf; Gouvernement des Seigneurs du pais, quifonttousfujets du meat du paisj 11. Partie. I
66 VOYAGE DE MOSCOVIE, T^ur, 6c obliges deluy prefterle ferment tie fidelité. La Iu- ftice, quieft adminiftréepar ceuxdeleur nation , fe rend au nom du Tz-tar, 6c en laprefence du WeiUodc particuJicrcment pourlesaffaires d’importance. Lcurs maifons font fort che- tives, la plus part faitesde terre 6c debranchages , Sc au de¬ dans enduites d’argile. Les liommes font la plus part fort robuftes, ayans leteint jaunaftre, mais ils n’ont pas le vifage fi large que les Tartans áe jv ag tja, Sc les cheveux noirs 6c longs, finon qu’ils ic font raler le milieu de la tcfte, depuis le front julques au col, de la laxgeur d’vn poulce, laifians feulementaulommet vn toupet trefle,qui leur bat fur le col. S call gey dit, que les Tart ares Circaffes font les plus perfides Seles pms barbares de tous les hommes : Mais cefteequile pourroit dire avec plus de raifondeceuxdeDagejlhan. Car lesC• treaties font vn peu moins barbares,& plus accommodans: Et ily a grande apparence, que e’eft depuis quils vivent lous . la domination desMofcovites, 6c depuis qu ils ont la coiver- iation avec les Chreftietis, qu’ils le défont petit a petit de leui barbarie. Ils ont leur langage commun avec tous les autres Xartares, c 6c avec cela ils parlent quail tous la langue Mofcovite. Les hommes font habilléscomme les autres Tartares , fi non que leurs bonnets font vn peu plus larges , Sc quafi femblablcsa ceux de nos P reftres. Ils ont le manteau de feutre, ou de peaux de mouton, attache àvecvneéguillette, ou avec vn cordon : maisil ne joint pointj de forte quene pouvant couvrir qu’vnepartie du corps, ils le tournent toufiours felon le vent 6c la pluy e. c Leurs femmes font fott bienfaites, 6c ont le yilage beau, le teintblanc 6c vny, 6c les jou£s fort bien colorees. Leurs che¬ veux , qui font noirs, leur pendent en deux treííès dcs deux coftez du vilage, qu’elles ont toufiours decouverr. Eilcs ont fur la tefte vn couvre-chef noir, couvert d’une toile de cotton fort fine, ou de quelque autre toiie ouvree , qu’elles noiient fouslementon. Les veuves ont derriere la tefte vnevelfiede bceuf enflee, couverte de toile de cotton, d’vn creipe, ou de quelque au- fre eJtofFe de plufieurs couleurs j De forte qu a les voir de
ET DE EERSE, ttV.VÍ. C7 loin, il femble qu’elles ayent deux tefles. Les femmes n’ont I(>38* l’Efte qu’vne fimple chemife, rouge, verte, jaune,oubleue , &fenduêpardevant jufques au ventre, en forte qu’on leur void Je fein , l’eftomach, 8c mefme lenombril. Elies efloient fort fannlieres, 8c de fort bonne humeur. Dés le premier jour de noílrearrivéenous en trouvâmcs qua- tre , qui vinrent à nous, avec vnedemarche, 8c avec vne af- feurance , telle que les Poetes donnent aux Amazones,qu’ils logent en ces quartiers-là. Elies nous arrefterent, 8c ne nous voulurent pas laiffer, qu’elles ne nous euíTent bien regardes de touscoflez. Et ii elles n’efloient pas fi difEciles, qu’elles ne íòuffrillènt, que quelques-vns des noftres, qui faifoient femblant de manier les Chappelets d’ambreou de coquilles, ou les colliers d’eftain ou de cuivre , qu’elles portent au col, porraflent la main fur le íèin. Il y en avoir qui nous convie- rent d’entrerenleursmaifons, 8c l’onnousdit que la cóuftu- jnedu pais porte, que lorsquelemary voit entrerquelqu’vn, qui demanded parlerà fa femme, il fort, afinden’eflre point incommode. Outre que les hommes font fort rarement au logis, eftans tout le long du jourà lacampagne, occupés àla garde de leur bétail. Mais avec toute cette liberte on ne laiila pas de dire des. merveilles de la pudicité de ces femmes. Ecdefait, je fçay qu’vn denos Officiers de guerre,s’eflant Sontc,iaftcs- laifle attirer dans vne de ces maiions, 8c trovvant la femme af- fez jolie,fit connoifiance avec elle, 8c la trouva difpofée à luy rendremillepetitsofficesjjufquesàluyfairedes mouchoirs,6c á luy laver la teile; de forte que croyant avoir ville gagncc, il voulut paffer outre : mais elle luy dít, que cela ne ie faifoit ’ 1 joint parmy eux: que la cofiance que leurs maris avoient en eur probire, meritoit bien qu’elles la reconneuflcnt d’vne fi- delité à toute eipreuve , & que quand mefines les maris íò- roient capables de conniver à leur faute , le rcfte du peuple ne leur pardonneroit pas vne infidelité de cette nature. Elles ne faifoient point de difficulte de fouffrir toutle refle, 8c s’en fai'- fbicnt payer, prenans & demandans les prefens, 8c mefme fous pretexte de viflter nos habits par tout, elles portoient quelques foisla main dans la pochette, &en tiroient tout ce qu’elles pou- voientattraper. I U
63 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. Leur Religion. l.eurs facrifi- ces. Lears enterrc- mcnts. Quoyqu’ily foit permis aux homines d’epoufer plufieurs femmes, la plus part neantmoins fe contentent d’vne feule. Quandvnhommemeurtíànsenfans,fon frere eft oblige d’ef- poufer fa verve, pourluy iufeiter femence, 6c felon cette cou- ltume, le Mufjal avoir eípoufé lavefve de ion frere. Leur Religion eft quail route Payenne 3 car encore qu’ils fe faftent circoncire, ils n’ont neantmoinsny Bibleny Alcoran, ny Preftresny Eglifes. Ils fonteux-mefmes les fieri ficatcuirs, 6c ils font eux. mefmes les facrifices, particulierement le jour de íàint Elie. Quand vn homme de qualité meurt, les parents & amis s’ailemblent à la campagne , homines 6c femmes,pour íâcri- fiervnbouc :6c pour fijavoirs’il eftpropreau facrifice, ils cn coupcntla nature,qu’ilsjettent contrelamuraille^ fiellen’y tient pas ils font obliges d’entuer vn autre, il elley tient,I’on acheve les ceremonies, en l’ecorchant, eneftendantlapeau au bout d’vne longue perche, devant laquelle ils font leur fi- crifice, 6c font bouillir 6c roftir la chair, qu’ils mangent apres. Lefcftin eftant acheve les hommes fe levent, 6c vont faire leur adoration àlapeau, 6c apreslesprieresles femmes fe re- tirent. Les hommes demeurent, 6cs’enyvrentde leur Bragga , 6c d’eau de vie, fi beftialement, que rarement ils fe feparent fans fe battre. Cette peau demeure fur la perche, jufques àce que lamort d’vne autre perfonne de qualite,en fade mettre vne autre en la place. Nous vimesaupres de Terxi 3 tanten allant qu'en revenanr, . Ífueres loin de la maiion de Bik«, vne de ces peaux tendue, avec a tefte 6c les cornes, fur vne Croix noire. Le pied de cette perche n’eftoit enferme dans vne petite haye , que pour em- pefeher leschiensdenapprocher, 6cdeprophaner lemyftere. Ilsenterrent leursmortsfort honorablement, ornent leiirs íèpulcres de pilliers, 6c font baftir des maiíbns entieres exprés iiirceuxdesperíõnnesdequalité. Nous en vimes vn fur le ic- pulcre du frere du MuJJ'ul, dont les aix eftoiertt de diverfes couleurs, placés en forme d’echiquicr, ayant fur le toictplu- fieurs figures de bois mal faites , qui reprefentoient vne chaile. Pourtefmoignerledueil, ils fe déchirent le front, les bras 6c l’eftomach, à coups d’ongles, 6c d’vne façon fort barbare 3
ET DE PERSE* LEV. VT.y enforte quel’011 en voitdéeoulerle fangengrandeabondance. Leur dueil continue jufqu’a ce que les playes íoicnt £ermées,8e s’ils veulent qu’il dure plus long-temps,ils lesn’ouvrent fouvent dela me/me façon. Levíngt-vmémedeMaynousrecommencâmes àfaire nos preparatifs pour la continuation du voyage.Nous avions vn de-* lèrt de foixante 8c dix lieues d’ Allemagne à paífer, 8c de pren¬ dre des chevauz de felle, pour monter tous ceux de la compa- gnie, la dépenfe en euft efté trop grande$ C eft pourquoy 1’on accordaavecdescharretiers.de7>)K/,àneuf elcus pour char- rette à deux chevaux, qui porteroient chacune trois ou quatre períonnes jufques à \_Ajír tch.w. Ilíèjoignitànous vne Caravanede plufieurs marchands de diverfes nations ,.comme Perfes , Turcs, Grecs, Armeniens 8c Mofcovites j de forte que nous ne faifions pas moiris de deux cens chariots ou charrettes finais l’on nous donna fort peu de vivres pour vn íi long voyage y fçavoir a chacun, avec le Suchari, 8e du pain bis moiíí ,íamoitié d’vn faulmon fee 8c puant, íans aucune boiílbn. Car les Tartares, qui difoient, qu’ils n’avoient point fait de marche finon pour les homines , refuíoient de charger des tonneaux 6c des barils , 8c le licuí Brutrtvdn ne.vóulut pas qu on loiiaíl vne charrette, pourpor-< ter de la bierre ou de l’eau j quoy qu’il nc manquaft pas de fai- re bonne proviílon de tout, tant pour luy, que pour ceux de íà cabale. Pour dire la verité,nou$ ue nous en mimes pasbeau- coup en peine, parce que nous ne pouvions pas nous imaginer, que i’cau nous d’euft manquer : maisnous etimes tout leloifir de nous en repentir. Nous partimes de TerKi le quatriime de IuinapresMidy, 6c entrâmes aulfi-toft en cette effroyable bruyere , prenans noítre route à gauche , cn nous éloignant de la mer Ctfpie. Ce fut vne choíe eftrange , 6c neantmoins tres-veritable, qu’en onze jours de chemin, nous ne vimes ny ville ny village, ny arbre ny coiline,ny meímevneíèuleriviere,finon cellede Ktfthr , contre ce que toutes les tables Geographi- ques nous on repreíèntént. Nous ne vimes pas mefme pen¬ dant tout ce temps-Ià vn íeul oiieau , mais leulement vne grande plaine, deíe-rte , íãblonneuíè, 6c couverte çà 6c ià d vn peu d’herbe, 6c des pints , 6c des mares d’eau íaleeou cr.oupic I iij i í 3 S.- I v I N. Pa tent de Tckí. Lcsdcferrs d’Aftrachas
7° VOYÀCE DE MOSCOVlE, * 6 3 S. 8c puante. Nous nefímesle premier jour que deux lieues, &Io- geâmes .e foir aupres dVne de ceymares. Le cmquiémenous campâmes iiir la riviere de KiftUr. Le fixiemenous fimes fix lieues, 8c logeâmes encore aupres d'vnemare.Cestroispremiers jours nous primes noftre rou¬ te vers le weft- Non-weft, Sc vers I’eJI-k ort-k$l, jufques àla riviere detwo/grf. Lefeptiéme nous fimes encore fix lieues, par vn grand ma- rais, qui nous donna de la peine à palfer. La chaleur , Scla foif nous incommodoient érrangemenr 5 mais pas tant que les mouches,les moucherons Sc les gueipes, done les hommes & les chevaux eurent de la peine à fie deffendre. Les cha- meaux, qui n’ont point de queue pour chailer ces infectes, comme les chevaux, eftoient tous en fimg, Sc tous pleins de holies. Lehuictieine Iuin • nouspartimes devant le jour , Sc apres avoir fait quatre lieues,nous filmes repaiftre nos chevaux & f’en- trée d’vne route fort fablonneufe. Apres diner nous filmes encore quatre lieues, Sc logeâmes le loiraupresd’vnemare. Les Tartares , voyans qu’vn de leurs chevaux alloit demeurer par le chemin , le previnrent, luy couperent la gorge, Sc le partagerententr’eux. Surle foir i.'sle firentroftirau feu,qu’ils firentde quelques brollailles Sc ro- lèaux, Sc en firent bonne chere. Leneufiéme nous fifmes fept lieues , Sc logeâmes vers le Mi- dy, aupres d’vne mare, queleregorgementde la mer y avoir faite. L’eau en eftoit fi mauvaile, aulli bien que celle de toutes lesautres, qu’ilfalloitie boucher lenezenlabeuvant. Ledixiéme nous fifmes encore fept lieues Jufques à vnlieu couvertderoíèaux,ounoustrouvâmes vn peu d’eau douce , quele voi linage du rvolga nous fournillbit. L’onzieme nous fifines encore fept lieues, jufques à vne mare, queIewa/g/y fait, quandil deborde. L’eau n’en eftoit pasíàlée , mais toute croupie , 8c tellement puante, qu’iln’y avoit pasmoyen d’en boire. Ce jour-là douze gros íàngliers nousvinrentcouper noftre marche. Quelques Cavaliers Tar¬ tares Ieur donnerent la chafte, pour Íeclívertir, Sc le mal-hcur voulut qu’il en vint paller deux droit à noftre charette. Les chevaux en prirent Pcpouvante , ÔC allerent à toute force à
ET DE PER.SE, LIV. VI. 71 travers champs; deforce que lcMcdecin & leMaiflrcd'Ho- ftel furent jettés parterre,avcclebagage. Le fieur JTchtcrits & moy, qui eítions fur le devant, Sc qui confiderions, que nous nepouvions point defcendre fans danger,nous-nous tinines fer¬ ires , jufquesàce que leschevauxn’enpouvans plus, s’arrefte- rent â 1’entree d’vn marais. Le douxiéme nous íifmes huict lieues, Sc trouvaímes à terre dans le chemin vn nid, ou il y avoit deux oiíeaux, qui n’a- voient point encore de plumes. Il y en avoit qui croyoient que c’eftoicnt des jeunesAigles.Nous pafsâmesaufliaupres de deux m arais íãlans, dont 1’odcur qui fe rapportoit à la violette,eftoit fortagrcable. ; Le treiziéme nous fííines encore huict lieues, Sc logeafmes fur le foir en vn lieu, d’ou nous pouvions découvrir la ville d'/iji,rachan. Le quatorzicmenous íifmes trois lieues, Sc logcaímes fur le bord de la riviére de Wolgx, visa vis à'djirachan. Tous nos gens, qui n avoient point beu d’eau fraifçhe depuis Terki, cou- rurentàlariviere,ouilsfejetterentà genoux, pour en boire àleuraiíè. Désqueronfceutnoílrearrivéeà ^ijlntchan, 1‘on nous vintaufli-toft viíitcr, Sc celuy quiavoitla garde des vi- vres, que l’on nous y avoit fait tenír,nous apporta vn íàc plein de pain, des langues de bceuf, du boeuf fume ,vn tonneau de bierre, Sc vn baril d’eau de vie. Nous demeuraímes ce jour-Ià íurle bord de la riviere, enattendant quele Weiiiodc nouseuft fait marquer lcs Iogis. Lelendemain quinziémeluin, nous pafsâmesla riviere de Vvolgi*, Sc fumes logés dans vn grand nimbara,, ouMagazin, que l’on avoit baity de puis peu íurle bord delariviere, hors de la ville; ou nous ne fumes pas peuincommodez des.mou- ches. Nous ytrouvafmesvn autre magazin, plein de vivres, que le íieur Dauid faéteur deíon AlteíIèàMoícou, y avoit envoy és depuis íixmois. Le íieur Brugman cntrcprit defaire porter toirt Iebagage dans vn appartement particulier, à deíTein de le viíiter -r Sc avoit déja commence à faireouurirleseoíFres: maislesgens quinavoient point change d’habits nydelingedepuis7trk■, furent tellement irrites cie ce procede , quils forcerent la chambre, Sc enleverent leurs coffres,noftobílant l’ordre qu’il 16 38. \ Arr'ycnt í Aftrachan.
í «6 3 S. Prefcnts dcS Ambaffadcurs & duVvciiiode. IVILLET. Mau vais pro¬ cede de liiug- mau. 72 VOYAGE DE MOSCOVJE, avoic donné à la fcntmclle, quiy eftoitpofée, cie mal trai ter ceux qui y voudroient en.trer. Le dernier jour de Iuin, les AmbaíFadeurs envoyerent leurs preíèntsau Vveiiiode, qui leurrenvoyavnautre preíênt, de quaere moutons, d’vn bceuf, dedix canards, dedixpoules, de fix oyes, d’vn tonneau de biere, 6c d’yn autre d’hydro- niel. II eft vray que les Ambaílàdeurs tenoient table pendant leíejour que nous filmes à ^(ir.tchan, mais Ton y eftoit fans dire mot, íí cen’eftquand il prenoitenvieaufieur Brugm.tn d’offenier les vns 6c les autres deparoles picquantes : Enquoy ils’emportoittellement, quemelmevnjour il preila fi fort le Secretaire de 1’AmbaíIàde , qu'il l’obligea à luy reipondre- dont il íe fentit tellement ofFenie, qu’il tiraie couteau fur luy, 6c le fit retirer de la table , accompagnant cét outrage de pa¬ roles injurieuíes, 6c fioffeníãntes, que le Secretaireeftant de retour en Holfiem, fe trouvaobligé d’enfaire íès plaintes à la Iuftice, qui condamna Brugmm à vne reparation publique. Cette mauvaife intelligence, 6c cette alienation d’efprits, pro- cedoitprincipalement,deceque Brugmttn feientoit accuieen faconfcience dufouvenir de tant d’exces qu’il avoir commis pendant le voyage, 6c de l’apprehenfion qu’il avoitd’eneftre repris 6c chaftie à fon retour à la Cour de fon Altefle, fur le rapport, qu’en feroient fans doute ceux,qiii en avoient bonne connoiflance, 6c qui avoientpris la liberte de luy faire ibuvent des r emonftrances fur ce iuj et. Cetteaverfions’eftenditmefmejufquesau Miniftre, lequel ayantefté oblige, parle devoir de la charge, dereprendre fe- verement les pecnez, qui fe commettoient dans la compa- gnie, encourut tellement la haine de Bruqm.m, qu’il ne put ti- rer de luy dequoy fe faire vn habit 3 de forte que la fefte 1‘obli- geantàfaire lePrefche, 6c d’adminiftrer la Cene à Scamtchie, ilietrouvaqu’iln’avoitpoint d’fiabit, 6cqu’iln’avoit quedes caleçons fous fa fottane; au grand fcandale de tout le monde, mais particulierement de l’Ambailadeur Mofcovite ,.quiai- moit noftre Liturgie, 61 qui euft volontiers donné vn habit au Pafteur, s’il n’euft point apprehendé la colere 6c la violence de Brugmtin. Nousfeeumes auifi, qu’il avoit deíTein de partir d’slftrtchun, 6c .i’allcr
ET D'E PERSE, LÍV. VI. 73 Sc d’aller par terre avec quelques-vns de fes confidens, Sc d’a- 1 ^ 3 bandoimer le refte de la compagnie. Le Mofcovite, auquel ii l’avoit communique,le ddcouvrit, Sc nous advertir, que^ious euílions à obíèrver fes a&ions, parce que ion intention n’eftoit point meilleure, quecelle de Rouffel, quiavoit trahy le Mar¬ quis d'Exiduetl, Sc l’avoit fait envoyer pnfonnicr en Siberie. Incontinent ap res cdtadvis,l’Ambaftadeur Mofcovite pric congé de nous, pour aller à Moícou par terrej mais nous fçeii- mes depuis, qu ayant trouve, en arrivant à Ntfe, des lettres de fes amis, par fefquelles on luy donnoitadvis, qu’il ne ieroitpas bicn receudu Qrand Due, ilavoitperdu courage, Sc pris du poiibn, dontileftoitmort. Levingt-cinquidme Iuillet arriva à '^Aflrachan vne Carava- ne Mofcovite, Sc avecelle vn Alleman, nomine .André Reuf- ner, qui portoit des lettres de recommandation de fon Alteile au Roy de Perfe. B ragman I’entretint fort dans le particulier , Sc fit confidence avec luy, fibienqu’au lieu de faire le voyage de Perfe, ill’obligeaa-retoumer iur fes pas, Sc à fe charger du foin de les affaires à la Cour du Due de Hoijiein,nofire Mai fire. Le premierjour d’Aouft les Moicovites celeb rerent avec de A 0 VST. grandes foleninitds,lamemoire dela reduction delavilled’^- Jlrachan, conquife fur les Tartares,à pared jour, enl’an 15-^4. Lemefime jour nous vinrent voir deux Cofaques , avec des lettres pour les Ambaifadeurs, de la part d' Alexei S^wimwits, qu’ils avoient rencontre fur la riviere dc tv >!ga. Ces diables nous dirent franchement, qu’ils avoient heu- reufementattaqud & vole tant de gens, qu’ils avoient envie de voir comment ilsreiifliroient avec les Allemans. Qu_’ils ne fe ibucioient pas beaucoup de noftreartillerie,parce quelle n'eftoit que pour les malheureux. Qujls avoient feeu que nous avions certainescaiílèsàreílort, par le moyen defquel- les nous faifions íãuteren fair tous ceux quienapprochoient. Qhils n’entendoient pas comment celafepouvoit faire 5 mais quau pis aller, ils ne pouvoient apprehender que la mort , la- quelle ils,íèroientauíll bien contraints de íbuffrir à vn gibet -t ou fur vne roue, Sc que l’eiperance du butin leur feroit tout en- . treprendre. 1/AmbaiTa- Le fixidme Aouft arriva à /ijlrachan Imamculi $ulthan,A.ra- dcut dc Fcrfcr II. Partie K
'74 VOYAGE DE MOSCOVIE, *638. arriveà Aftra- chan. SEPTEMB. les Aiubafla- deursfont par¬ tir leur baga Se* Chariti? de Brugman. bailadcur du Roy de Períê,que nous avions attendu depuis tant de temps, Sc le lendemain il fit fon entree dans la ville. L’onzieme Aouftmourut vn de nos truchemens , nommé Henry Krebs, Sc fut enterre le treiziéme, au Cimetiere des Ar- meniens, avec Ies ceremonies ordinaires. Le cinquiéme Septembre partit vne Stanixa ou Caravane d’environ deux ccnsperfonnes, pour aller d’^Ajlrachm à Mof- cou par terre. André Reufner fe fervitde cette occafion,pour partir avec quelques-vns denos gens. Les Ambafladeurs prirent auili cette commodité pour faire partir quelques-vns de leurs gens avec leurs chevaux. Nous commençâmesauífi à nous preparer, pour les fuivre par eau,8c achctamespour cét effet deux grands batteaux de loixante- douze pieefs de long, Sc de quinze de large, dontnous payames fix cens ecus, Sc à chacun des matelots, qui y eftoient au nom- brede trente , douze efeus, pour nous conduire juíques à CnfJjjj.- Peu de jours devant noftre depart, quelques moufquetai- res Mofcovites apporterent à vendre aux Ambafladeurs vne jeune fille de dix ans, qu’ils avoient enlevée d’entre les bras d’vn Maiftre d’ecole qui eftoit Tartare de Precop, à la prife de la ville d’cAÍjou, Iaquelle eft fituée fur les Palm Meotides, à l’emboucheure de la riviere de Z)c»»5queles Coíàques avoient prife fur leTurc le premier jour d’Aouft. Ilsnous apporterent encore vne autre fille, aagée defeptans qu’ils avoient dérobée dans vne de leurs bordes aupres d’ Aftm- chan, comme elle eftoit couchce aupres de íà mere. Ils la- voient miíè dans vn íàc, duquel iLs la jetterent auxpieds des Ambafladeurs, comme vn cochon de laid , nue comme la main. Ses parens luy avoient fait aux joues deux marques bleucs, de la largeur d’vne lentille , pour eftre vn jour rcton- nue, fi elle eftoit dérobée.' Le Cieux Jdrugman ,qui confideroit que par cét achapt il ac- querroit deux ames à Iesvs-Christ , les acheta toutes deux,l’vne vingt-cinq écus, l’autre feize. Et de fait, à fon retour lien fit vn prefent à Madame la DucheiTe de Holftein, qui prit tant defoin ales faire inftruire , qu’en Pan 1642. Elies furent toutes deux baptifécs, apres avoir publiquemcnt rendu raifon de leur foy.
ET DE PERSE, LTV. VI. 75 Celuy qui nous fervoit de truchement pour la langue Tur- r que, eftoit auífi Tartare de naífiance, 6c avoit efté enleve dés íajeuncílè, 6c menéàMoícou, ou il avoit efté baptifé. Ses parents lereconnurent, & le voulurent racheter, mais il n’y voulut point coníentir, proteftant de vouloirmourirdans la profeífion de Ia Religion Chrcftienne , puis que Dieuluyen avoit donné la connoiflance: mais depuis cetemps-là ilnes’e- Ioignoit plus du quarder des AmbaíTadeurs, de peurd’eftre enleve par fes parents. L’Ambafladeur dePerfe s’acheta auíli vne femme.Elleeftoit d<^’rAl^a^-c Tartare, 6c foeurd-vn toyrft, qui eftoit prifbnmer , Ôcquiven- s.ca“[ictc' vt^ " ditíã íoeur pour fix vingts eícus en argent, 6c pour vn ckeval, fcmmc. que l’Ambafladeur fit valoir dix efcus. Cét Ambaflàdeur avoit pourlemoins íoixante-dix ans, mais il eftoit encore bienvi- goureux, 6c fe fervoit fouvent de la graine de chenevix, roftie danslacendre, quelesPerfesmangent en abondance , dans 1’opinion quils ont, qu’elle réveille la nature, 6c quelle empef- cheneantmoins d’engendrer. LefeptiémeLeptembrenouspartifmes d’ dftrachdrhèí nous- <Í A‘; nous embarquâmes fur le Wolga, les AmbaíTadeurs partageans u c 15 les gens entr’eux,6c occupans chacun vn batteau.N ous moiiil- lâmes à vne demy lieue de la ville, pour y attendre T Ambaflଠdeur de Períè, qui nous joignitle lendemain, avec trois bat- teaux. Nous fifmesfaire vne décharge de noftre moufquete- rie 6c de noftre canon à íon arrivée, 6c partifmes ainíi de com- pagnie. Le dixiémenous pafsâmes devant 1’Ifle de Bufan, ou lesTar- tares de Crim 6c de Precop, ontaccouftumé de paflèr la riviere à nage, parce quelle y eft fort étroite. Les Moícovites, pour les en empcfcher,y avoient mis vn corps de garde de cinquante moufquetaires, qui nous cnvoyerent dcmander du pain, 6c obtinrent vn íac cfe Such.tri. Le quinziéme Septembre nous moiiillâmes devant Tzovno- Arment à gar, que les Moícovites appellentauíTi Michailo Novogorod.du Tz01I10Sar* grand Due, A4>c7?e//cífrojv/t^,quil,abafti, à trois censVver- ftes, oufoixantelieuesd’Allemagne, d sfftrachan. LcWeiuode envoya aux AmbaíTadeurs vne lettre Latine, qu’ A lexei S.«m- niw ts luy avoit laiflee pour eux, 6c les fit prier defe venir raf- fraichir dans la Ville $ mais íls ne voulurent point perdre. K ij
7» ■ -
77 et de perse, LIV. VI. traint d’envoyer íes chevaux par cerre. i 6 3 §. Le vingt-quatriémenousarrivaímes devant la ville de Sams- a samara. r.i, à foixante dix lieues de Soratof Le íixicme Novembrenous pafsdmes 1’emboucheure de la Nove MB. grande riviere de' ama,&c entrafmes fur le foir, avec vn froid extreme, dans la riviere de Ca fan. Et certesbien apropos pour A c»fan.- nous, parce que désle lendemain matin la riviere de IVolga íe trouvatoutepriíè. Le W-uiiode dela Ville , Iuan JVa filctv:ts Moro[ou , qui, lorS que nous pafsdmes à Moícou , eftoit Confeiller d’Eftat d u Grand Duc,nousreceutd'abord avec allez defroideur; tant parce que les AmbalEideurs nes’eftoientpas encore fait con- noiftreà luy parleurspreíents , que parce qu’il favoriíòitles Marchands Moícovites, qui s’eftoient oppofez à noftre nego¬ tiation, Sc qui avoient voiilu empefcherl’eftabliilement de no¬ ftre commerce. Les Ambaíladeursluy envoyerent par leur Maiftre d’ Hoftel le pafíeport du Grand Due, & le firent pricr de les loger dans la Ville j mais il leur fit dire, qu’ils n’avoient qu’ds’en retourner au batCeau, Sc qu’il leuryferoit íçavoiríà réponfe. Le lendemain il envoyaau batteau dufieur Bmgman vn Sin- bojar, qui s’adrcilant à luy demanda , lequel deux deux eftoit l’Ambafladeur, Sc lequel le Marchand: Brugman, qui fe trou- vaofFeníedecedifcours, leprit parle bras, Sc luydit, le iliis vn meneur d Ours.Dy à ton Maiftre, s’il ne fcait pas lire, qu’il prenne quelqu’vn qu’il lefqache, Sc qui luy fiifle connoiftre la qualité que le Grand Due nousdonne. Mais avec tout cela nous fumes co ntrainrs de demeurer plufieurs jours iur la rivie¬ re dans le froid. Le Weiilude nous fit bien dire , quenouspou- vions loger dans la Ville pour noftre argent, maisil fitdefFen- lesdenous recevoir, Sc fitdonnerdes coups de baftons d la fcntinellc, qui avoit laifte paílèr le Maiftre d’Hoftel, Sc vn çarçon qui l’avoit mend par les marais,depuis la riviere jufques a la viile. Le onzíéme Novembre l’on fit entree à 1’Ambaftadeur de Perfe, qui fut logé dans la ville de Bois, Sc qui obligea le Wei- Úod à nous permettre de prendre cerre, comme nous fifmes le rreiziéme, prenans noftre quartier dans le fauxbourg. Font rei>ent Ja Le vintgtiéme Nouembre les Ambaftadeurs donnerent les \miiçjd-.en K iij
I 638. Decemb. Ariivent à rNifa. 78 VOYAGE DE MOSCOVÍE, deux batteaux au Weiiiode, & luy firentquelquesautresiprc- fents, qui lefirent changer d’humeur, & nous acquircnt foil amide. Le fixieme Decembre Ies Mofcovires celebrerentla Fefle de leur Patron, faint Nicolas, huid jours durant; pendant lefquels Ton ne voyoit qu vne y vrognerie continuelle , & d’e- tranges excés de boire, tant aux homines qu’aux femmes. Le Cure vint vn jour en mon quartier, accompagné de fon Chap- pelain, tant pour encenfer les Images,que pour confoler 1 ho- ftefte, dont le mary eftoit arrcfté prifonnier pour dettes.' II nous conta, que dcpuis quarante ans l’on avoit trouvc dans le Convent de Spas, qui eft dans Iamefme ville de Cafan, les corps de deux Moines, nommés Wtrfmofi & Kurd, dont la Sainteté feprouvoit, non feulement parce que leurs corps avoient efté trouvés entiers , depuis tant d années, mais aulliparlaquantité des miracles quils faiioient , ny ayant point de malade, qui ne recouvraft la /ante, apres avoir fait ies devotions aupres de leur tombeau. Ie luy demanday pour- quoydoncilfeplaignoitdefondos, &. pourquoy l’on voyoit à Cafitn tant d’aveugles, &c vn ii grandnombre d autres mala- des. Le Preftre demeura muet, maisilíèfaícha, &s enalla, fans dire mot. Apres avoir attenduàCrf/ã» cinq femaines, jufqucs ace que la glace & la neige puflent porter, nous en partifmes le treizie- meDecembreavecfoixantetraineaux,laiiTans, par ordredu Weiiiode, 1’AmbaiTadeur de Perfe derrierc nous. Nous prifmes le chemin du Wolg-t,&C arrivames le vingt-vnie- me à zV//d,apres avoir fait foixante lieues,ou trois cens V verftes depuis C a fan.Les AmbaiTadeurs logerent chez le fieur Bemarts, noftrefaáeúr, & ceux dela fuitte dans le voifinage.Ceft-là ou nous avions laille la derniere Egliie Lutherienne.Leur Paftcur eftoit decede depuis fix mois, & le noftre y fit le Prefche le Di- manche devantNoel.Cette Egliie fouhaittoitfort quelesAm- baíladeurs demeuraflent jufques à la F efte, afin de pouvoir fai- re la Cene ce jour-là ■, mais Bragman s’y oppofa, nous fit partir le vingt-troifiéme apres difner, quittans le Wolga, pour prendre la riviere d’o cc a-, qui eftoit aufli glacee. Le vingt-cinquiéme nous fifhnes faire le Prefche a deux heu- resdu matin, dans vn village , nommé Knnm, àdixlieuesde Nifa, & fifmes ce jour-là dixlieues.
ET DE PERSE, LIV. VI. 79 Lc vingt-neufiémenous arrivâmes à WoUdimer à qua ran te- 1 ^ 3 deux lieues de Nifan , 8c vingt-huiét de Mofcou. Les mines A woladime<- des murailles, des tours 8c desmaifons, quel’ony void çà 8c là, fone des témoignages irreprochables de 1’ancienneté de la ville. Le dernier jour de Dccembre nous arrivâmes à vn village , nommé Rubojja, à huict lieues de Mofcou, ou noftre Prijtaf, qui avoit e.fté devant , advertir le Grand Due de noftre arri- vée, nous revint trouver, & dire, que dans deux jours nous ferions noftre entrée à Mofcou. Brugman femitde fortmauvai- íèhumcurencelieu-là,menaçantquelques-vns de la compa- gniedeleurfairecouper lenez8c les oreilles , dés quil feroit fur les frontieres d’Allemagne •, mais perfonne n’en prit I’allar- me, 8c il n’y en eut pas vn, quivouluft s’enfuir. L’ AN M. BC. XXX IK. Le premier jour de Ianyier nous partlmes devant le jour, 8c fiftnes cinq lieues, jufques à vn village nommé Bechra, ounous jANViEr. arrivâmes de bonne heure, 8c y fiftnes nos devotions. Ledeuxierne nous fimes noftre entree à Mofcou , conduits Font leur en- par deux . 'nftafs, queíã Majefté Tjunque avoit envoy és au à Mofaou. devant de nous. Les Ambafladeurs eftoient aifis, cliacun avec vn Pvt/taf, dans vn beau traiineau, doubl é de íàtin rouge cra- moifi, 8c gamy de riches tapis de Períè, 8cles principaux de la fuitte eftoient montez fur de beaux chevaux blancs, que le T%a.n avoit fait envoyer de fonécurie, aunombrededouze. L’on nous logea à 1’Hoftel ordinaire des AmbaiTadcurs, 8c 1’on nous fournit pendant ie fejour que nous y fimes, dc tout ce quil falloit pour la cave, 8c pour lacuifine. Les chevaux desAm- bafladeurs, 8c les gens,qui eftoient partisd’Afirachanaveela Caravane, eftoientarrivésily avoit defiaquelque temps, 8C Reufner eftoit party pour Holjlein , fuivant la refolution qui avoit efté prife auec Brugman. Lcfixiémelanviergourdes Roys, lesMofcovitescelebre- rent lif confccrarion del'eaubemfte 5 à laquelle le Grand Due, 8c le Patriarchefe trouverent cn perfonne. Le huictiéme les Ambaílàdeursfurent mrroduits à leur pre¬ miere audience fecrete, qui dura vne bonne heure.
i638 More tin fe- cond fils du „Tzaar. ;Fevriir. fArobalTadeur dc Petfc arrive aMofcon. Audience par¬ ti cut ierede Btugman. Audience dc congé desAm baffadeurs. Mars. Partent dc Mofcou. 8o VOYAGE DE MOSCOVXE, La nuicl fuivante mouruc Knez^Iu.m Michaelcwits , feconcf fils du r%jur en l’aage de huict ans. Cette mortremplit route la Ville de dueil , & particuliere- mentlaCour. Les nommes Sc les femmes quitterent leurs or- nemens, tout Tor, l’argent lesperles Sc les habits de foye, ne s’habillans que de vieilles robbes vibes, decouleur minime. Levingt-vniéme Ianvier, les Ambafladeurs furentà la ie- conde Audience particuliere , Sc eurent vne conference de deux heures. On leur envoya, Sc à ceux de leur iuitte , des che- vauxnoirs, Sc ilstrouverent route la Courtendue de dueil, Sc tous les Senateurs veftus de camelotnoir. Le trentiéme Ianvier partit le fieur Vchterlts. Il y avoir long-temps qu’il demandoit íbn congé , pour aller en Allc- magne , donner ordre à ies affaires particulieres ; mais il ne l’avoit pas pu obtenir du fieur Tfrugman qu’alors, Sc encore fous la promeile qu’il luy fit, qu’il ne porteroit point delet- tres en Holjlcin de qui que ce fuft , finonde luy feul • maisil trompa le trompeur, Sc fie contenta de luy donner des Iettres que le fieur Crulius vouloit bien eitre veues, Sc emporta les au- tres fans les luy monftrer. LcdeuxiemeFevriermourutlefieur Gruneiiald,Patrice de D-tntfuj, qui avoir fait le voyage en qualité de Gentilhomme à la iuitte des Ambafladeurs. C’eftoit vn tres-honnefte hom- me,quiavoitauparavantfait le voyage des Indes Orientales Sc Occidentales. Le cinquidmel’Ambafladeur de Perib fit ion entree a Mofi- cou, Sc le huicticme il eut fia premiere audience. L’onzieme le fieur B rugman demanda Sc obtint vne audien¬ ce particuliere, íàns en parler à ion Collegue. Le vingt-troiiiéme Fevrier les Ambafladeurs eurent leur audience publique de congé de fa Majefté l\aan^uc. Leíeptiéme Mars partit l’Ambafladeur de Perfie, prenant le devant, pour aller en Allemagne. Lequinziémeles Ambafladeurs partirent deMoficou , avec vnpeud’empreflement, afinde fie pouvoir encore fiervir de traineaux, jufquesfuriesfrontieres d’Allemagne: Sc craignans que le Printemps, qui approchoit, ne gaftaffc le chemin, ils fi- rent deíibonnesjournées,queledix-huictiémeils arriverent à There, Sele dix-neufiéme a Tarfok. - Cette
KjliOS t' -J 2*S^**s >Gufu £atía hilipp inae Infulde i. uconia tJjcUticatu -^hlpper.vcl SuTh otna. Q '‘pfapatam Siam. Mzldi u 30 guator 7. /; s I ND ES KIENTALE A Tap^ I*U» 6,»a Jl“tr‘l .
ET DE PERSE, LIV. VI. gf Cette vilJe de Tarfokeít. fort petite, mais elle ne Iaiílè pâs d’a-1 :?• voir crente Egliíês Sc Chappelles, dont 1’vne eft baftie de pier- re,&paroiílaíTez belle de loin j mais Ies Mo íco vices ne nous voulurent pas permectre d'entrer dans la ville. JLe vingt-troiííéme nousarrivâmes au grand Novogorod, ou Entre cn Ingcr* nous trouvâmes rAmbaíTadeur de Períè. Nous en parti mesle raanic* lendemain, Sc fortí mes de la Mofcovie le vingt-íèptiéme,pour entrer dans 17» germanie. * Le dernier Mars Ies trois Ambaíladeurs firent leur entrée à Font ícuren- Narva, ou le Colonel Wrangei vine au devanc d’eux, avec vne tlíz àNarv*. fuitte de cinquante chevaux. ^ LePeríàn futlogé chez vndes Senateurs de Ia ville , ou il s^aílèmbla vnefi grandequantitédepeuple, pour voiríà fem¬ me, qu’il fut fur le poind de forth* de la ville, & dallerloger à Ia campagne, afin qifon ne la vift point j de force que l’on fut contraincde faire retirer le peuple. CelaPobligeaà en vfer autrementapres cela à faire tendre vne tapiílerie depuis le chariot ou traíneau, jufques à la maifon ou il devoit loger, afin qu’on ne la vift point en entrant. Le quatriémeAvrillesAmbaíladeurspartirentde Narva,Sc . allerentlogerau village deoíiils demeurerent vnjour , ( VRri- pour changer de chevaux. ^*rtent de^*r- Lehuictiéme ils arriverent à Kunda , maiíòn appartenante a vn Senateur de Siga, ou ils demeurerent quatrejours.Cefut la ou nous fumes contrains de laiílernos traiíneaux , fauce de neige, Sc de prendre des chevaux Sedes chariots. Lc treizieme Avril nous arrivâmes à Revel, oule Senat nous ArrÍTcnt à receut fortmagnifiquement. Lesperfecutions, que le Secre- taire de l’ambaifade eftoit contraint de fouffrir inccílamment du fieur Brugman, 1 obligerent à fe fervir de l’occafion d’vn N4- vire, qui partit le quinziéme pour Lubec: prenanc ainfi le che- min de la Cour de Holflem, ouil attend) 11’arnvee des Ambafi. fideurs; qui demeurerent encore|trois mois entieres à Revel s íãnsaucuneneceífité, mais íèulementparcequele fieur Brug- man, qui apprehendoit le retour, le vouloitainfi. Le íejour en cettc ville ne leur fut pas fi inutile, que plufieurs de la compagnie n’y trouvaílent leur íâtisfation, dans le ma- riage, Sc entrautres le fieur Cru fins, qui y épouía la filled’vn Senateur. 11. Partie. L
1638. IviLLET. S'embarqucnt » Revel. Anivent à Tiavcxnunde. A Eutin, Arrivcnt à K el. A o v s t. A Gottoip. 82 VOYAGE DE MOSC.ET DE PERSE,&c. Leonziéme Iuillet les AmbaíTadeurs &: vn PoJlamltMofco- vitc, quelc Grand DucenvoyoitauDucde Holftein,s’embar- querent ,6carriverent apres onze jours de navigation iur les codes de Holf-’in , aupres de 1’Iíle de Femercn , à deileinde gagner le havre de K. <.-/: mais le vent contraire les obligca à moiiillerdevant Neuftad , à deux lieuesde Lubec. Us feeurent auffiatoft quela pefte v eftoit5 e’eft pourquoyilspartirent en mcfme temps, pour alíer à Tra vettiunde, oil ils entrerent le len- demain, vingt-troifieme Iuillet. Delàils envoyerentlcurs gens Selebagage par mer à Kiel, &c les AmbaíTadeurs arriverent le vingt-huidiéme à Eutin, -oule Due lean de Hol/U in, JEvefque deLubec, frere de noftre Prin¬ ce , les reçeut, & traitta magnifiquement. Le trentiéme ils arriverentàjSTíe/jOu les AmbaíTadeurs laif- ferent le Perfe Sc lc Moicovite, pour allcrfaire la reveren¬ ce à Ion Alteflc , qu’ils trouverent à Gottorp, le premier jour d’Aouft, ainii ils mirent fin à leur voyage de Moicovie 6c de Perfe. Fin du Voyage de Mofcovie O' de Perfe.
S3 R ELATION DV VOYAGE . ; DES INDES DV S*DE MANDE LSLO- * LIVRE PREMIER. A relation dece Voyage neferoit point parfaite, fiauretourdenoftreAmbaíIãde nousne faifions connoiftre ce que devint le íieur de Mandelílo, que nous Iaifsâmes à Ijpahdn, dans le delTein de fairele voyage des lndes. Cejeune Gentil-hom- me, qui eíloit natif du pais de Meklenbourg, íòrtoit de page, lors que Monfeigneur le Due de Holjlein refolut d’envoyer lesfieurs Cruftus S>c Brugman cn Mofcovie Sc en Pcríc, Se tel- moignoittant de paífion devoir des Eftats 6c des Royaumes fi éloignés defaPatrie, quefon AlteíTe neluy permit, pas feule- mentde feire le voyage, à la fuittedefes Ambafladeurs, en qualité de Gentil-homme de la Chambre; mais auíTi dele de¬ tacher dela compagnie, apres que la negotiation ícroit ache- vée en Perfe, Se d’executer le deíTein qu’il avoit de pafler plus avant, Se de voir le reíle de 1’Afie. Ilíerendit fi agreable à la Courdu Roy de Períè, que cc Monarque le fit convier d’y demeurer quelques années, Se pour cet effet il luy fit offrir plufieurs grands avantages, Se entr’autres vne penfion de cinq ou fix cens tumains, qui valent L ij i 63 S. S0.1 dcíTcm.' Schach Scfi 1’aimc , Sc luy otfre vne pen¬ fion dc dix rail efeus.
1638. Delibere áemeu era Ifpahan. 84 VOYAGE DES IN DES, vingt-cinq ou trente mille livres. La pluf-part des Seigneurs de Ia Cour, voyans que le Roy 1’aimoit, rechercherentíon amitié, Sc firent les vns ápres les autres des feftins continueis, pour tafcher de l’engager dans la chaleur du vin, Sc par la douceur de leur converlãtion. Ceuxquile preílèrent le plus, Sc qui pour cèc effet íirent plufieurs aílemblèes, ou ílsluy don- nerent tous les diverdílemens, capables deluy faire perdre le fentiment qu’ilpouvoit avoir pour íà Patrie, hirent le grand Efcuyer, le grand Veneur Sele premier Maiftre d’Hoftel. Hs ne le gagnerent pas entierement 5 mais ils 1’efbranlerent íí bien , qu’il mit 1’affaire cn deliberation avec le Prieur des- Carmes Italiens, qui avoicacquis vne parfaiteconnoiílànce s’il delaCourdePerfe , pendant vn fejour de vingt-quatre ans à qu’ilavoitfaitàifpahan. CebonReligieux, quisappelloitle P. Timas, Sc quieíloit fort hommede bien, luy dit, que pour Pobligeràprendre vne bonne refolution en cette affaire, il luy allegueroit deux exemples, capables de le faire juger dela fortune, qu’il avoit à efperer en Perfe. Qvul y avoit connu vn Gcntil-homme François, qui s’eftoitffbieneftably à la Cour, quele Roy, qui l’avoit employe en deux importantes ambaf lades en Europe, dont il s’eftoit acquitté fort íideliement, voulatl’obJigerayacheverfes jours, luy avoit fait époufervne femmePerlane j luy lai ffantneantmoins la liberte devivreen fa Religion. Qdaubout de quelquesannées,ce Gentil-homme avoit demande permiífion de retourner en France 5 mais que le Roy luy avoit défendu de fortir du Royaume, Sc que pour 1’en empcfcher abfolument, il avoit fait laifirfes biens. Que cela ne luy avoit pas ofté 1’envie de retourner en France, Sc qu’il feíàuvaennn, nonobftant ces defences ; mais qu’il fut tuéparlechemin. Quefafemme, quis’en:oitfaitbaptiíèr,íè retira dans le Convent des Carmes, ou elle fe tint quelque tempscachée, jufquesàcequelle trouva moyen de íetrave- ftir, 8c daller à Rome, ou le Pape 1’avoit conviée d’aller. Qifyn autre Gentil-homme, Italien,de la maifon des Gabrieli, qui ne s’eiloit pas rendu moins agreable à la Cour , que le François,s’ennuyant de vivre íi long-temps parmy des Maho¬ metans , ennemis declares de ía Religion , s’avifa de faire entendre au Roy, qu’ilfç voit qu’il y avoit aupres d'ohmu% des mines, dont onpourroit tirer beaucoup d’or, Sc luy en fit
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 85 voirvneefpreuve. LeRoynelecrútpasfibien, quil nelefiíl 1638. accompagner de quelques Seigneurs Sc Gentils-hommes, qui le devoient obíèrver: mais en arrivant à Gamron, il les enyvra 11 bien de vin d’£fpagne,queles Portugais luy avoient fait tenir, qu’il trouva moyen defeporter auborddeía mer, ouiltrou- va vn batteau, danslequelil íèíauvazOrmus. Que cette eva- fion avoit tcllement irrité le Roy, que ce fut là le premier fujet du deílein, que Schach .Abo* fit dés ce temps-la, d aífieger la ville d’owi, laquelle il reduifitfousfon obeiflance 1’année fuivante. Ceboní^ereyajoufta, qu’il avoit plufíeurs autres raiíòns à luyalleguer,quipourroientcmpefchcrvnGentil-homme de fonaage, & bien fàit com me luy, de demeurer dans vneCour fi corrompue comme celle de Perfe 5 mats qu’il croyoit que le íieur Man del [lo en avoit afles de connoiílance, pour le pou- voir difpenfer de s’engager dans vn diícours de cette nature. Et de fait, il luy en avoit aíTez dit, pour 1'obligeràferefoudre: de forte qu’ilsnefefeparerent point, queMdndelJlo neluyeuft promis qu’il partiroit d’ / fpcthan au plutoft, Sc qu il executeroit le dcílèin qu il avoit dés long-temps, d’aller à Baby lone, Sc de là à lerufalem d ouil faifoit eílatdallerà Aleppo, Sc de retourner par la mer Mediterranée en Europe. Mais ayantfceu, quele Grand Seigneurauoit afllegè Bagdat, ou Baby lone,i\ changea dereíolution,Sc prit celle d’aller a Ormtts, Sc de la a la Courdu Grand M ogui, Sc aux Indes. Pour cétcfFetillaiíTa partir les AmbaíTedeurs leu.Decem- bre 1637. Scddemeura à lfpahan]uf<\ues au feiziefine lanvier de 1’année fuivante. Mais dautant que c eft luy, qui a eu le foin de mettre par eferit les particulántez de Ion voyage , Sc den faire vne relation fort exade, nous luy ferions tort, íi nous nc le faiíions parler luy-mefme. 11 commence done la relation ainíi. LEs Ambaílàdeursde ffoljiein eilant partis d’ifpahan , ville j capitale de Perfe, je voulus me fervir de la permilTion,que le Due monMaiftre m’avoitdõnée:dèfortequ'apresavoir pris congédesAmbafladeursài. lieuesdelà, jeretournayà la vil¬ le, ou je demeuray encore prés d’vn mois, afin de me mettre en équippagC,pour ce grand Sc vafte deílein.Pendant ce temps-la le Roy dona ordre à /mameuli, Eifchicb agafi, natif de KaraOath>
86 VOYAGE DES INDES, ■*'8361 tie fetenirpreft pour 1’ambaílàde, qu’illuy vouloit faire faire en Holftcin. Ianvier. Mainklflopan d’lfpahan. Airivc à Ma- ■ iar. A Kamfcha. A Mach'fud. h Etdefait, désle 10. Ianvier 1638. Imamculi fit partirfonba- gage, 6c les preients qu’il portoit au Duc, confidant en de fore beaux chevaux, 6c plufieurs étofFes d’or 6c de foye, dontJa va- leur, felon l’edimationdes Perles, montoità quinze censtu- mains, qui font vingt milefeus, monnoye de France. Les Seigneurs de la Cour, qui m’avoienc teíinoigné del’af. fedion, me voyants entierement refolu de partir, me firent avoir mon audiance de conge. Le grand Eicuyer m’y intro- duifitle 12. Ianvier. Ie baifayle borddela vefte duRoy, qui me licentia avec beaucoup de bonce. I’employay les jours fuivants à prendre conge ae mesamis, 6c le leizieme Ianvier je partis d’lfpahan, aveevnefuite de trois perfonnes, fçavoir d'vn cbirurgien, d’vn laquais 6c dvn palefrenier , tous trois Allemans, 6c d’vn vallet Perfe. M. Hanniwaoth, Agent des Angloisà /fpah.tn, accompagné de plufieurs marchamds de la mefme nation,6cdequelquesFrancois, me conduifirentjuf- ques à vne Iieue de la ville. Ie fis ce jour là huit licues, jufques à vn village nommé Maj.tr, oil je demeuray le lendemain , en attendant la com- pagnied’vn Pere Carme, qui m’avoit promis de faire le mef- me voyage : mais ayant feeu qu’il eftoit party d’lfpahan de¬ van tmoy , jepourfuivismon cheminle dix-huidiéme, 6c ar-' rivay cejour-laau villagede Kamfcha, àfíxlieucs demon pre¬ mier gifle. Tout ce cheminn’eftoit qu’vne íeule allée d’arbres, plantez de rang des deux coftez, 6c eftoit bordé de plufieurs beaux jardinsj de forte queje nepenfepasquel’onenpuifle voir vn plus agreable, ny mefme vn plus beau lieu que ce villa¬ ge : mais en recompenl'e de cela, Ie Caravanfera, ou je fus oblige de loger, n’avoit que les quatre murailles. Le dix-ncufviéme jefis dixlieucs, jufques au village de Machfud.C’edvn fort bon village, accompagné d’vn Caravanfera fort logeable, bien ba¬ ity 6cfort commode, à caufe deles belles chambres 6c de fes grandes efeuries. Le vintiémeje logeay dans vn Caravancefa, auprés d’vn vil¬ lage, nommé Hannabath , qui eft fort bien fitué, fur la croupe d’vne fort jolic colline. Le lendemain 21. Iefisdix lieues, jufques à vn Caravanfera
DV Sr DÊ MANDELSLO, LIV. I. S7 nommé Iuwfthan. Ce jour-làj’eusvn fort mauvais chemin , qui me devint d’autant plus ennuycux,que le vent 6c la neige m’incommodoient extremement. Le 12. je fus contraint de faire douze farfangues, ou lieues dePeríè ; parce que depuis lurgifthan iln’y a point de village ny de Caravanfera , ou Ton puiflc loger j de iorte qu’il eftoit nuid quand j’arrivay à Surma. La traite que je fis ce jour-là fut fi longue, que je devan <^ay les mulcts des marchands Per¬ les , qui eiloient partis d’lfpahan vn jour devantmoy. Le 23. je fus encore contraint de faire douze lieues, juiques au village de Gufti, ou nous fumes fortmal accommodczmos chcvaux meimes, n’ayans point le couvert, 6c eftans contrains d’eiluyer le Mauvais temps, 6c la neige qui tomba toute la nuid. Le 24. nouseúmes vne journée,pour le moins auffi gran¬ de , que les deux precedentes, mais le chemin beaucoup plus fafcheux parce qu’au fortir de Gufli nous entrames dans des montagnes couvertes de neige x 6c nous eúmes ce jour-là vn tres-mauvais tempsiquoy qu’ilfemble que la campagne6cla veue y doivent eftre fort belles en Efté , 6c au Prin-temps. Nouslogeames la nuid dans vn grand village, nommé Mef- hid M a dene So liman , à cauíè d’vn beau fepulchre qui n’eft qu’a vne demy lieué de là. Le fepulchre eft dans vne petite Chappelle bailie de marbre blanc, fur vn quarré de groiTes pierres de taille, en ibrte que l’on y monte de tous coités par plufieurs marches. L’air 6c la pluye ont mangé 6c creuie la muraille 6c le baftiment en plufieurs endroits, maisle temps a quafi achevé d’abattre plufieurs grands piliers de marbre , dont l’on voit encore les relies tout à l’entour. A la muraille dela chappelle l’on voit encore en caradcres Arabescesmots, Nader Suleiman. Leshabitansdu lieu difent ,quec’ell lamere du Roy Salomon , quiy ell enterrée,mais les Peres Cannes de Schiras me dirent, avec plus d’apparence de verité , que e’eiloitle fepulchre dela mere deSchach Sohman, quatorziéme Calife, ou Roy, de la poílerité d\Aaly. Elmacin, en ion Hiftoi- red' Arabie 1. 1.0.14. dit, qu’elle s’appelloit rvAlada^&c qu’el- le eftoit fille d’^bbas abbtfceam^lk. que ce Soli man vivoiten l’an7ij. 6c en conte entr’autres vne chofe aftez remarqua- ble : fçavoir,que cc^oy, qui eftoit parfaitement bien fait de faperfonne, eftant yn jour devant le miroir, dit qu’en effetil 1^38. A Iurgiftuy- A Surma’ A Gufti. Madeira Soli, man.
í 63 s. A SVwntú’ ■A Mardafch. .Tijlminar. Reftes du Pa. lais de Pctfc- polis. 88 VOYAGE DES INDES, pourroit bien prendre la qualité de Roy de la jeuneílè, auílí bien que de íbn Royaume: à quoy vne des Dames du Serrail reípondit, qu’il le pourroit faire veritablement, fi íà beauté n’eftoit point íiiípecle au changement, qui eft fi naturel 6c íi ordinaire à routes les choíès: mais qu’il falloit confiderer qu’ellc eftoit pcrifíable,6c que peut-eftre il ne la poíTederoit pas long-temps , 6c que ces paroles firent vne íi forte impref- ilonen fon cfprit, quil encontracta vne profonde melanco- lie, qui le fit mourir dans peude jours. Ie trouvay encevilla¬ ge le Perc Carme,qui eftoit party d’yj^W devantmoy, avec vne Caravane Armenienne. Ie continuay mon voyage Jezó. 6c fís ce jour-là cinq lieues, jufques au village de Snv.m , dou je partis le lendemain 17. & apres avoir fait íix lieues , j’arnvay iMard.xfch. Ce dernier village eft fort celebre, à caufe des antiquitez qui fe voyent dans fon voifinage , qui nous obligerent à les confiderer avec tous ceux qui ont fait le mefme voyage. Ce font des rumes d’vnvicux chafteau que les PerfesappellentT^lminar,ceftà dire, quarante colomnes, d’vn mot compofé de Tzelnl, qui fignifie quarante, & de Minxr,qui fignifie vnecolomne,ou vne tour 5 parce que les tours quel’on voit aux Mctfchid,ou Moíquées des Perfes, qui n’ontny cloches ny clochers,fbnt de la forme 6c de la grollcur d’vne colomne. Ce font fans dou- te des reftes d’vn des fuperbes baftimens qui ayent jamais efté fairs, 6c les Perfes difent que leur Royr^emfehidPadfcJud,ayeul maternel d’Alexandre le Grand ^ dont nous avons parle en la Relation du voyage deMofcovie6c de Pcrfe, a fait faire ce Chafteau, quoy que les autres difent, que le Roy Salomon la bafty rôcilyen a merne qui lattribuenta Darius,dernier Roy de Perie. Les Religieuxde«Sc'm\is me dirent,que l’on nedou- toit pointparmyles fçavans, quel’ancienne ville de fe Perfepo- lis n’euft eftc en cét endroit-la, 6c que ce ne fuflent des reftes du Palais de Cyrus. Quoy qu’il en foit, les mines mef- mes, que l’ony voit aujourd’huy, font capablesde ravirceux, qni ont tant foit peu de connoiflance des beautez de 1’an- tiquitc. Le fondement a vingt - deux pieds geometriques de haut, ayant aux quatre coins vn degré taillé dans du marbre blanc , de quatre-vingts quinze marches , qui font iort plattes, 6c fi larges, que douze chevaux y peuvent moriter
DV Ss £>E MANICELStO, tlV. r. %9 monter dc front. Surlcquarré.procliehmoncce, devant que a entrer dans Jc corps du logis, l’on voit desruines d’vnemu- ranie , comme des relies de deux grandes portes, ayanten re¬ lief chacun vn cheval avec des liarnois 6c des felles fort anti¬ ques , 6c dans les deux autres morceaux deux animaux dont la croupe reflembleau corps d’vncheval, mais la telle,qui eft couronnee reíTemble à la hure d’vn Lyon , 6c les vn! 6c les autres ont des aides aux coílés. A cofté font dix-neuf colom- nes de marbre noir 6c blanc,dont les plus petites avoient huiCl & les plus grandes, dix aulnesdehaut , fans les bafes. L’on nous alieura qu’iln’yavoitpas long-temps, quilyavoit encore quarante colomnes debout, mais I’onnepeutpasbien juger delies ont fervy à I’ornement de quelque fade, ou fi elles n ont efte mifes la a fairquepar parade. Vn peuplus avanc Ion voit la place de deux chambres, lefquelles, à cequei’on en peut juger, par les portes 6c parles croiféesdes feneftres n ont pas efte fort grandes. Le touteft demarbre, tellement vny 6c poly, qu’dpourroit fervir de miroir, auid bien que ce- iuy que 1’on voit au Palais Royal d’/fpahan. Des deuxcoftées desportes font plufieurs figures d’hommes, en relief, dont les vns lent aids ôcles autres de bout; mais beaucoup plus grandes que le naturel. Ils ont tous les cheveux fi longs,qu’ils leur bat- tent fur les efpaules, la barbe grande, 6c des habits qui leur vont jufques aux talons, les manches fort larges, 6cvne cein- ture lur la vefte. Ils oiit tous vn bonnet rond fur la tefte : de rannnrr, ^ “í éWPagc, pointde rapport aux habits ordinaires de Perle, marque vne grande Blen prés de là ily a encore deux autres chambres, bailies de la mefme façon, 6c de la mefine grandeur, quin’oni rien de refte que les portes 6c les croiiees. 11 paroift que ce ba- Itimenta eu pi uíieurs portes .- ce que les Perles obfervent en¬ core aujourd’huy enleurs baftiments} afin de donner paílàge aux vents, dontils ont befoin pour fe raffraifehir. Aupres de ces chambres fevoyent graves dans vn piher quarré, certains caracteres inconnus, qui n’ont rien decommun avec le Grec 1 Hebreu ou 1’Arabe, ny mefme avec aucime autre langue’ Ily a douze lignes de ces caraCteres, qui font routes figures triangulates, piramidales, ou en forme d’obeiifque, mais fi bien gravees 6c proportjonnees, queceux qui les ontfaites, II. Parcie M
5)0 VOYAGE DES INDES, 163 8. ne peuvent point paiTer pour barbares. II y en aqui croyent que ce font des TMifman, Sc qu’ils cachent des fecrets, que Ic temps defcouvrira. Outre celail y a encore vne grande cour, furlememefondement,quiaquatre-vingtsdixpas enquarrc, ayant fur chaque ligne deux portes , dont les vncsontfix Sc les autres trois pas de large, toutesbailies d’vnmarbre fort poly, dont les pieces ont huidfc pieds de long fur trois de large. Dans vne autre cour fe voyent taillés dans le marbre des ba- tailles, des triomphes, des jeux Olimpiques, fort bien faits Sc proportionnés. Sur chaque porte eft reprcfenté vn homme,de bonne mine , ailis, 8c tenant dans vne main vn globe, & dans i’autre vn fceptrc 5 quoy que les Roys de Perfe ne fe foient jamais ailis de cette façon. Teus la curioíitéde monter tout en haut 5 ou je vis la figure d’vn Roy,en fa devotion, adorant le . Soleil, le feu Sc vn ferpent. Ileftimpoifiblededire, fil’archi- te&uredece Palais tientdel’Ionique, duDoriqueomdu Co- rinthiaque, tant le baftiment eft ruiné, bien qu’il y reiteenco¬ re dcquoy occ.per vn bon Sc habillepeintreplus de fix mois. C’eft dommage,que jufques icy Ton n a point eu la curiofité de lefaire graver; d’autant plus quecesbarbares achevent de le ruiner tous les jours, fe íèrvans de íès pierres à leurs baftimens particuliers. Elian, liv. i.ch.59.dit, que le Grand Cyruss’e- ftoit rendu celebre par le Palais, qu’il fit baftir enlavillede Perfe polis, laquelle ilavoitluy-meímefondée : Darius par ce- luy qu’il fit baftir à 5»/é,&Cyrus le jeune par les beaiux jardins, qu’il avoir luy meime plantes Sc cultives en Li die. Si c’eft le meime Palais, dont parle Diod. Siculus liv. 17. Il eft certain qu’il paifoit en grandeur Sc en beautétous ceuxdefon temps, lldit, qu’il eftoit ceint d’vne triple muraille de marbre , dont la premiere avoit ieize aulnes de haut, la ieconde trente- deux, &la troifiémefoixante, avec leurs portes Sc baluftrades de fonte. Le travail de tant d’annees, Sc ces grandes richefies, furent ruinées en fort peud’heures, par la facilite d’Alexan- dreleGrand,quiyfitmettrelefeu, à laperfuafiond’vnema- raude, ainfi que (f Curce en parle au liv. 5. c. 7. deíònHiftoi- re. Apresavoir bien confideré ces anti quites, quiaveccelles de Dcrbent fontles icules que nous ayons veues en tout noftre Arrive à Sclú-'V°yaSc-> Ieme remis en chemin le 18. Ianvier, Sc fis ce jour-là dix lieues, j ufques à la ville dc Schim, ras.
DV Sr MANDELSLO, LIV. I. 9t Tytrouvay quatre Carmes Italiens, qui y ont vn Con¬ vene aíTez bien baity , & qui joiiiííènt d’vne entiere liber¬ te de confidence •, fous la domination du Roy de Perfe. 11 y avoit auífi autrefois vn Convent d’Auguftins 5 mais ils fu_ rent chaífiés avec les autres Portugais, lors que la ville d’o>- mus fut prife fiur eux. La ville de Schiras eft la capitale de la Province de Fars, 6c eft íítuéeàicj. degrez 36. minutes, dans vn lieu fort agreable , au pied des montagnes, fur la rivie¬ re de Sendemir, autrefois nominee Praxis , qui íè deícharge dans le Golfe Perííque. L’on nous dit, que la ville avoit efté beaucoup plus grande autrefois, quelle n’eft aujourd’huy , bien qu’elle ait encore plus de dix mille feux : cequej’avois d autant moins de peine à croire, que nous trouvions danslc voifinage , Sc jufqucs à vnedemy Iieue de là , des ruinesdes portes Sc des murailles d’vne grande ville. Tout ce que la na¬ ture à accouftumé de donner aux homines , non feulement pour la neceílité , mais auífipour lavolupté,íètrouveicyen tres-grandeabondance: comine du bled, duvin, des oranges , des citrons, des grenades, des amandes, des dattes, des p'ifta- ches,Scc. Etles beaux cypres y font vne agreable ombre con- treles grandes chaleurs. C’efticyouvient fans doute lemeil- leurvindetoutelaPerie, Sc leterroir en produit en ft grande quantité, que l’on en tranfporte par toutie Royaumejparti- culierement àla Cour,oule Roy ôdes grands Seigneurs n’en boivent point d’autre. II eft bien plus fpiritueux Sc plus a«rea- ble que le vin d’Eipagne,mais d’autant quiln’ya quail point de perfonnede qualitc qui n’en boive, & quine vueilletrait- ter ies amisdq Schiras fcharab , celafaitqu’il eftaííèzcherà if- pahan, ou on Ie vend trente iols le pot. Le terroir y eft tres-fer- tile, Sc produit quantité de bled 6c de fruit. Lesmoutons, qui font d’vn gris cendrc, Sc meile de blanc,ont la laine friiee,Sdes queues ft groílès & fi graftes , qu’elles pefent juíques à dix- huicft Sc vingt-livres. Les foreftsvoiíinesdonnent quantité de maftic , que ceux du pais amaftent dans des efcuelles, qu’ils attachent aux arbres. 11 eft d’abord verd, mais Pair le gafte avec le temps, Sc iuy donne la couleur brune, qu’il aquandon l’apporteen Europe. Iedcmeuray huicl jours à Schiras 5 tant pour donner vn peu de repos à mes chevaux, que pour me fortifier contre les fatigues du chemin , que j’avois encore à M ij 1^38 Defcription de Schiras. Vinde Schiras
9Z VOYAGE DES INDES, * 6 3 8. faire j qUi eftoit de cent grandes lieiies, jufques á ôrmwfpar vnpais, oujcnepouvoispaseíperer detrouverce que jefaifi- fay à Schiras , qui eft fans doute la premiere villede Perfie, pour le vin 6c pour les femmes,Sc fi agreable, pour ceux qui t íçavent vfer de l’vn Sc del’autre avec moderation , que les L evrier.. p^erfes ont accouftumé de dire, que fi Mahomed euftgoufté les delices de Schir.ts , il euít priéDieude luyaccordeirlim- mortalité. 1’en partis le 5.Fevner,8c paflay deux Cartvanjcras, me logeant dans le troifiéme, apres avoir fait dix lieues ce jour- là, par vnchcminbeau Sc vny. Le ó.jefis feptlieuês,par vn tres-mauvais chemin,mais tout le pais cftoient parfemé de villages,dont les dattiers rendoient Arrive à Scha- I** veuc a ílez diuertiílante. rim, Lc 7. je paíliy encore vn de ces Car av infer as, Sc fis dix lieues cejour-là, prenantmongifte en la petite villede Schirim^au milieud’vne foreftde dattiers. Les cinq autres journées fui- vantes furent bien les plus fafcheufes, que j’aye pafíees en tou- te ma vie. Carle 8. Fevrier nous ne fimes que cmqlieues, par le plus deteftable chemin du monde, le ne fqay pas comment l’onavoit pus’enfervir,devant qu Imamcuhc7>
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. L 93 Pere Carme, dont j’ay parle cy-deflus , je pníTay outre , Sc fis encore deuxlieuês, juíques à vn village nommé Bem, & Io- A aiy‘ geay làaupresdans vn des beaux Caravanferas, que j’aye ren- contrez fur tout le chemin. Le lendemain 10. j’eus encore vn tres-fafcheux chemin , par la montagne, Sc le preferay à vn autre plus commode par la plaine , mais plus long de quatre lieues, que celuy queje pris, qui tutde huit Ueues. I’arrivay le foirfort tardà la ville deLaar. Cette ville eft fituée au pied de la montagne,dans vne gran- ^ ^ de plaine, íès maifons font baftics de briques cuites au Soleil , ‘ mvc a mais la Citadelle eft fort bien placée fur la montagne, Sc par- fàitement bien fortifiée d’vn rempart reveftu de pierres de taille. 11 n’y a point de vin, mais quantité de dattes en ces> quartiers-Ià. Lcs habltans ne boivent que de l’eau, laquelle eftant trouble Sc époiíTe, ilne fc peut quelle ne foitmalfai- ne,auffi bien que Pair, qui y eft fort mauvais. Aulfin ya-t’il quafi point d’habitant qui ne foit incommode d’vne certaine forte de vers, qui naiftent entre cuir Sc chair , de la longueur d’vne aulne, Sc que l’on entire avec grand’ peine, de la façon que nous aurons occafion de dire cy-apres. Iufques icy nous avions fenty plus de froid que de chaud: mais en ce lieu-là nous commençâmes d’eftre fort incommodez de la chaleur du Soleil. Ie demeuray vn jourà Zrf^maisquandje voulus partirIe n. l’on ne me voulutpointIaifler fortirdu C mais ellen’a ny * " M iij
94 VOYAGE DES INDES, 16 3 8. portes ny murailles, mais foulement vn chafteau,que les Per- lès y ont bafty depuis Ieur conquefte, fur vn roc elcarpé, qui commande à la ville , n’ayant qu’vnefoule avenue , ou deux chevaux ont de la peine à aller de front. Ses murailles font taillccs dans le roc, & fo garnifon n’eft que decent homines; nom bre fuffiíãnt pour la garde de la place, quoy qu’il y ait dans Ie magazin dequoy armer trois mil hommes. L’eau de fes puits eft íalée j de force que la garnifon eft obligee de con- lervercellc,queleCielleurdonneen grande abondance , en certaines foifons de l’annee. leftsce jour-là quatonelieues, Maiadicde julquesà vn Carav.infer* aupres d’vn petit village. Cette traitte acheva de miner ma fonte , ou jarois defia fenty de 1’alteration en partant de Schiras. Maisle; grandes journces , 6c particulierement la derniere , l’eau cui eftoit trouble 5c puante , 5c les chaleurs iniiipportables n’abatti- rent tellement, avcc des tran chces, accompagnées i’vnc op- prdlion d’eftomach, 6c d’vne forte diarrhée, quejecommen- çaydeperdre courage. Iefischercher par toutvne ltriere,6c nentrouvant point, jefus contraintdemcmettre fir le che- val qui portoit le bagage, que jefisaccommoderen brte que je pouvois appuyer ledos. Ie partis encéteftatle 19 5c arri- vay ce jour-là dans vn grand village, eloigné de li ville de Gamron de douze lieues,6c prismon logis chez le Ct/enter du lieu. Sur le foir arriva au mefme logis vn Anglois', mi devoit • fucceder à celuy, qui eftoit le chef des marchands àlfpalun , accompagné d’vn autre marchand.de la meimenatDn , avec lequelj’avois eu occafton de faire connoiftance , pndant le fejour quej’avois fait à la Cour du Roy dePerfe.t avoient bonne provifion de vin d’Efpagne blanc , que l’a appelle communément vin fee , quoyquele veritable nom>icvinde Xecjue, du lieu ouil vient, done jeforrifiay vn peuionefto- mach, auíft bien quede deux bons repas, ou ils m convie- renr 5 aumoins autant que fcftat de ma íãntc me pvipermet- tred’enprofiter. Ils me donnerent des lettres de reomman- dation a vn marchand Anglois de Bandar Gamra , qu’ils prioyent de me loger dans la maifon de la Compgnie des Indes, 6c de m’aidcr de fon pouvoirau voyage quejivoisdef- feinde faire aSuratta. Ils remonterent à cheval apre iouper , Partdc Laar. maismonmal m'arrefta-la jufques au iz. Fevrier. íe jour-là
DV Sr MANDELSLO, LIV. I. j,y jefis troislieuês,jufquesà vn Caravanfera, ou je me repoíày, • jufques à ce quapres que la plus grande chaleur du jour eílanc paflée, jefisvn effort, pour faire encore troislieues, jufques à vn autre Caravan fera,. Mon mal s’augmentoit tous les jours, &: Ia ficvrechaude, qui s’y joignir, acehva de me mettre al’extre- mité: mais il n’y avoit point d’apparence de demeurer dans vn lieu, ou jcnepouvois point eftre fecouruj de forte que jere- lolusde gagner Bandar, à quelque prix que ce fiiftj dansl’af- Arrive àGam- feurance que j’avois, quej’y trouverois du foulagement par- ICU* my les Marchands des diveríês nations qui y trafiquenr. Et de fait, dés quej’y fus arrive le 13. Fevrier, les François, Hollan- dois Sc Anglois me vinrent rendre vi fite, Sc ayans fceu ma qua- litc &: mon deílein, Sc 1’eftat de mon mal,qui s’eftoit converty en diícenterie, avec la fié vre chaude,ils me íòlliciterent fi bien, ôceurenttantdefoindemoy, qu’au bout de quatre jours je metrouvayíànsfiévre, Si en eftat daller voirleSulthan, ou Gouvcrneur delaville. Ie luy avois envoye les lettres de recommandation , que^ARs. 4ScA<íc/?-<5vyím,avoitdonnéespourluy : de íorte que dés qu’iloifne chez le feeut 1’eftat de ma recon valcícence, il me fitprier d’aller diíl Snltiiau- nerchezluy. I’yallaylez8. Fevrier. Dés quej’y fus arrive,il me fit aíleoir aupres de luy, & pour me donncrplusdefujet de me divertir, il fitprier les marchands Hollandois de me venir faire compagnie; de forte j’eus occafion de faire amitié avec eux. Ie nediray rien des particularités de ce fcftin, parcc qu’iln’y eut rien d’extraordinaire, ny de plus que ce que nous avionsveuà ///m/mwj ôcailleurs. Le mefme jour arriva à Gamron vn vaiíTeau de Surattadu port de 6oo.tonneaux,ilappartenoitauGouverneur de Suratraqui 1’avoit fait baíhr parvncharpentier Anglois. Ilamenoitvne Reine veuve, mere du Roy de Gelkende, avec la filie. LeRoy en eftoit devenu amoureux, Sc la vouloit eípoufer , mais la mereiravoit pas voulu confentir à cet incefte; e’eft pourquoy il avoit chaífé la mere hors du Royaume. La filie avoit fuivy íà mere, prefcrantlamiferede 1’exil à ces nopees inceftueufês. L’ondifoitqucledeiTeindelamere eftoit de marieríà filie au Roy de Perle , ouàvn des premiers Seigneurs du Royaume. Leu. Mars les Perfes celebrerent leur Naums, ou jour de l’an, dela façon que Ton voit ail IV.livre du voyage de Perfe.
DV Sr MANDELSLO, LIV. I. 97 ou il vit des forefts d Vne eftédue prefque infinie pleine d’ar- “ 1 6 3 J. bres toufFus, 8c d’vne hauteur demeíurée. Lap!ufpart des‘c branches, groíles commedes trones, fe replioient jufquescc dans Jaterrej d’ouellesremontoient apres routes droites • “ deíòrtequ’ilíèmbloit que cen’eftoit plus des branches, quiu fe fedreíloicnt, mais denouveaux arbres croiílàns fur leurs u racines. « Et de fait Ies branches, gnoient la terre, ou ils faL.__.__ __ --, r— oungulcta in, former vn nouveau trone, qui jettoitàla hauteur de quinze de- ou vingts pieds, d’autres branches, 6c formoit ainíi vne foreft plutolt qu’vn arbre^puis que celuy que je vis-là avoit deux ces quatorzepas de tour, 8c pouvoitaifémenteouvrir de íòn om¬ bre plus de deux mille perfonnes. Les Portugais 1’appcllent ^rbolde Rays, 8c ceux qui ont efcritl’hiftoire naturelle de ces pais-là, 1 eFiguíer, d’lnde, à caufe de fon fruit, qui eft de la grolfeurd’vnpoulce, 8c qui a des grains com me la figue com¬ mune , quoy que ion gouft foit d’vn douxplus fade, 6c íã cou- leur rouge, 6c que lesfueilles de 1’arbre reífemblent à celles du coignaflier. Aupieddel’arbre, qui a produittous les autres, il fevoit Sepulchre â’y» vne chappelle, que Ton a baftie à l’honneur d’vn faint Indien, faint B<=aiau. ou Benj.in, qui y eft enterre. Le Gardien du fepulchre, qui cftoit affisà la porte, nous receut fort bien, 6c nous fervit vne collation d’amandes, denoix, de dattes 6c de fort bonne eau fraifehe. Il nous permit d’entrer dans la chappelle,ou nous vif. mesletombeauduíàint, tout parfemé defeverolesbigarées, Sc audeflus, fous vn daiz defatin,plufieurs lampes,que ce Re- Iigieux eft oblige d’entretenirnuid 6c jour. Nousauronsoc- cafion de parler aillieurs de la Religion des Indiens,8c parti cu- lierementde celle des BeB/.i»5,c’eft pourquoy nous-nous con- renterons de dire icy en paftànt, que ce n’eftoit point par hazard que ce tombeau fe trouvacouvert de fevcrolles ■ mais parce que ce iaint, 6c le gardien de fon tombeau,eftoient de la lèdedeceux quel’onappelleBen) uni, quifont vntres-grand commerce à Gamron, 8c qui croyentavec Pythagore, que les ames des trefpaftez fe retirent dans les febves. Opinion qui eft fort commune, non ieulement parmy les payens des Indes, mais auifi par toute la chine. II. Partie. qui fortoient de fon trone, rega- , , ,, oienr df* nmivolios rarinoc nnur V° C N
98 VOYAGE DES INDES, *8361 Lei.jourd'AvrilarrivaaG’rfwro» vnEnvoyéde Schach-Sef, Scahch-Scfi R0y Períe , quiapporta au Sulthan leprefentdvne vefte, *«ícCsnithàn corr>nie vne marque cies bonnes graces de íbn Prince. Le dc Garmon dí Sulthan monta àcheval, íans armes, ôcayant fait prier Ies Mar- fcsbonnes gra- chands Hollanders 6c Anglois deluyfaire 1’honneur de l’ac- compagnerenía cavalcade, 6c de fe trouver preícntsa cetce ceremeniejememeílay avec eux,8c le fuivis juíques a vn quart delieuede lavilIe,oufEnvoyéavoitfaitdreíTervnetenteà la campagne. Dés que nous fumes arrives, Ton nous fit aíleoir, maisle Sulthan demeura debout, 6c receut avec grande fub_ million la Lettre du Roy, laquclle il baifa 6c porta au front, auifi bien que la vefte, quel’Envoye luy preienta en mefme temps, avec letulban 6c la ceinture, qui eitoient d’vne eftoffe defoyefortfine6cfort deliée , ouvragée à fleursdor. limit . auifi-toft la vefte, 6c les autres prefents, 6c apres avoir fait vn mot de priere pour la profperité du Roy, en levant les yeux 6c les mains au Ciel, 6c. apres avoir receu les compliments de toutelacompagnie, il remonta àcheval, 6c retourna a la vil- le, ou il fut receu aubruit de l’artillerie des deux chafteaux. A l’entrée de ion Palais il rcncontra le Mol la, qui luy fit vne ha¬ rangue d vn quartd’heure, apres laquellele Sultan traitta les eftrangers, 6c les principaux Officiers de la garnifon, fort ma- gnifiquement. Defcription de Pour ce qui eft de la ville de Gamron, que l’on nomine auffi »a vine de Bandar Gamron, c’efta dire le port àtGamron, elle eft fituée à Gamron. degrés de latitude. Car encore quelesPerfes, Seles Ára¬ bes ne la mettent en leurs Catalogues qu’a 25. degrés, fi cft-ce que l’obfervation que lesHollandoisenontfaite, 6c laquelle nousfuivons icy, eft trcs-exactc6ctres-jufte : eftant certain Erreur des que la plus-part des cartes Geographiques, que l’on a faites GCf8ranon!enju^lues Ay, 6cparticulierementcelledePerfe, fontfautives. ‘.Jr'iiTdonncnt Leur erreur procede de ce qu’ils mettent la mer Cafpie trop àla Petfe. haut, 6c qu’ainfiils donnent à la Períe plus de largeur du Nort au Sud , qu’elle n’en a en effet. Car ils mettent la ville de Refcht à 41. degrés, quoy qu’elle ne foit en effet qu’a 37. 6c ainfi la largeur de toute la Perfenepeuteftre quededixde- grez, à compter depuis Gamron juícpiesà Refcht, ou dedouze auplus, ft l’on veut mettre Owim a 25. degrez:de forte que Botero fe trompe bien fort, quandil donne àlaPerfe dix-huiét fiegres d’eftendue.
DV Sr. DE MANDELSLO , MV. I. 99 Iln’y apaslong-temps que ce lieu n’eftoi*' qu’vn petit vil-1 ^ 3 *• lage, compofé de quelques cabanes,que les p'ifcheurs y avoient dreflees pour Ia commodité de leur retraitte, Sc ce n’eft que depuis la redu&ion tfomus, que Ton s’cft fervy de Padvanta- ge de Ton port, pour en faire vne ville fort marchande. Les vaifteaux Hollandois 8c Anglois, Sc les bailments Mores, qui y arrivent tous les jours, à caufede la commodité deíà rade , 8c les marchands d'ljpahan , de Schiras Sc de qui y apportent leurs eftoffes, commeidu velours , du taffetas, des ioyescrues ,8cc. 8c qui y en viennent querir d’autres,font que cette ville deviendra avec le temps vne des plus confi- derablesde tout l’Orient. Elle eft fituée fur le Golfe Peril-situation de que , entre deux bons chafteaux , qui la defendent contre la Gamton- defcente des pirates, Sc qui gardent Pentrée du Havre, oil l'on a fait vne redoute baftieen quarre,garnie de quatre pie¬ ces de canon. Les fortifications des chafteaux font faites à l’antique, avec des baftions ronds, maiselles font garnies d’vne fort belle artillerie. Sarade eft commode •, parcc que Pon y mouillel’ancreentoute feureté , à cinq ou fix brafles d’eau. sesmaifons. Les maifons de Gcimron font bafties de certaines pierres, qu’ils font de terre forte, de fable , depaille coupée , Scde fumier de cheval,mefle enfemble , dont llsfont vne couche , quils couvrent d’vne couche de paille ou de fagots, Sc puis apres vne autre couche de terre Sc depaille, Sc ainfi alternativement jufques àla hauteur de fix ou fept pieds:apres cela lls y mettent le feu , Sc font ainfi cuire la pierre : Sc pour les lier Sc feeder enfemble , Us detrempent la mefme pafte dans de l’caude la mer, y meflans de la chaux vive, Sc par ce moyen ils font vne efpece de ciment , qui n’eft pas moins dur que la pierre mefme. Les plus belles maifons de la ville font cedes du Sulthtrt, ou du Gouverneur de la ville , Sc les loges, ou magazins des Hollandois Sc des Anglois, qui fontfiprochesdelamer,que la haute marée lave leurs murailles 5 ce qui leur donne vne grande commodité pour l’embarquement 8c pour le debar- quement de leurs marchandiies. Le basdu logisiertdccuifi- ne Sc de magazin, Sc ils nefont leur demeurc qu’au premier eftao-e , 8c en des lieux aíléz élevés pour recevoir le ventde toufco’ftez , contre Pexceifive chaleurdu Soled. Les gens de
16)8. Sc s rues. Quflitez de l'air. Grande fcichc rclTe. L’ifle de xif- nnfeh. ,oo VOYAGE DES INDES, baiTe conditionn’ont point d’autre couvert, qu’a celuyqu’ily fe font dj quelques branches &feixilles de dattiers, qu’ilsap- peilent 4 , 8c qui font ies feuls arbres,qui JeurfourniiTenc du fruit, 8c du bois à baftir. Les rues font eftroites, irre^ulie- res 8c lales. L’air y eft tres-mauvais 8c mal-fain- tant icauíò des chaleurs, quiy íònt exceilives , qua caufe du changement continuei ues vents, qui y regnent, 8c qui out accouiftumé de faire tout lc tour de la bõ^íTole toutes les vingt-quatre heu- res. Car lematinilsy ontle vent d’Eft,qui y eft extremement froid,furle midy le vend du Sud,quiamenedes chaleurs in- fupportables: fur le foirle vent du weft, que l’Arabie envoye avec de grandes chaleurs, &a minuit le vent duNort, qui fort des montagnes du pais, 8c qui eft aflez froid. 11 y pleut ft rarement, que Ton remarque , que le douziéme Decembre 16 31. le vent s’eftant levé avec vne groílè pluye , aprés vne íèicherefle continuelle de trois ans , les habitans en iirent des réjouiflances publiques. Ce qui fait que dans le voi- ftnage de cette ville , il ne fe voit pas vn brin d’herbe ■ ft ce n’eft dans quelques jardins , ou l’on a le loin d’arrofer tous les jours deux ou trois fois les herbespotrageres, 8c les legu¬ mes, qu’ils y font venir, 8c entr’autres Tail, l’oignon, la ci- boulette, les raves 8c les concombres. Mais l’ifle de Ktfmifch, qui n’eft efloignée de G
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. rõI crabbes.IIs ne manquent point de beftail,mais ils ont des bceufs 1638, des vaches,des moutons,des chevres, 8c pluííeurs autres beftes mais particulierement des chevres,qu’ils ont en íí grande quan- tité,quel’on neles vend quehuit fofslapiece.il y aauífi des be- liersà quatre cornes,mais il n’yapointde gibier dutout. L’on n’y boit que de lean, 8c d’vne certaine eau de vie, que 1 on fait de dattes,ou de ris. Le vin de SihiMs^ue l’on n’y apporte qu’en des bouteillcs, y eft tres-rare, 6c fort cher,ôc m -fine 1’eau fraif- che, quel*oneftobligédaller querirà deuxlicuesde la ville , 1 s’y vend fibien, qu’il m’en fall oit tousles jours, pour moy 6c pour mes vallets, pour fix blancs. Les perfonnesde condition ÔC les marchands, s’habillent à laPerlane , mais les autres vontnuds, 6c ne couvrent que les Earties honteufes. Les femmes fe chargent les bras 6c les jam- es d’anneaux, de bandes d argent, de cuivre, ou de fer fe¬ lon leur qualité, 6c felon leurs facultez. Elies attachent aux cheveuxvn aiguille, ou plaque d’argent doré, ou de cuivre, qui leur defcend par le milieu dufrontjufquesau bout du nez, 6c elles pafient par la narine droite vne bague d’or, ayant au milieu vneturquoiíè, vn grenat ou bien vn bouton d or , ef- maillé v ou Ample, 6c aux oreilles des pendants, fi peíâns, que s’ilsn’eftoientattachezalatefte , ils arracheroientles oreilles. Les plus grandes chaleurs commencent à y ceiTer au mois d?Oclobre, 6c c’eft depuiscetemps-làjufquesau commence¬ ment de May , qu’il s’y fait Ie plus grand commerce, 6c que l’on y voitarriver de toutes fortes de nations , des Perfes, des Arabes, des Indiens , dcs Banjans , des Armeniens, des Turcs, desTartares,des Hollandois 8cdes Anglois. Ces der- niers y arrivent par mer, mais les autres par terre, avecles Ca- ravanes, qu’ils appellent CaffiUs , 6c qui partent à vn certain jour d’ Dieppe , de Bagdat, d' tfpahctn, de Schirns^de Lnhor^de Herar&zdc Baffara , faifiins troupes, 6c fe faifàns efcorter par quelques Ianiflaires, pour lafeurcte du voyage , contre les courfes des Arabes. ' Lctraficque Les Hollandois 6c les Anglois yapportent de l’argent com- les Hollandois ptant, 6c des marchandiibs qu’ils prcnnent ou en Europe, ou y qu’ils vont querir aux Indes, 6c qu’ils y vendentavec beau- coup de profit. Les Hollandois font ceux, qui y font les mieux eftablis, 6c quifourmflent quafi touts la Perle de poivre , de N ii)
lei VOYAGE DES INDES, 1638. Leur jnonnoye. LeurjToijs. Manierc de pefcher les perlcs. mufcade, de cloux de girofleSc d’autres elpiceries; quoy qu’ils employent auilx en leur commerce de 1 argent monnoye, com- me nous venons de dire, Sc particulierementdes Reauxd’Eipa- gne,6c des Ricbedalers^que les Perfes prefcrent à toute autre monnoye, parcequ’ils les convertiflent avec grand avantage enleurselpeces. Les Anglois y vendent, ou troquent,Ieurs draps d’Angleter- , re, de l’eftain, del’acier ,derindigo,deseftoffes defoye , 6c des toiles de cotton des Indes: car encore qu’il s’en fade de fort belles en Perfe • ft eft-ce que I’on eftime fans comparai- ibn plus celles des Indes, pour eilre plus fines Sc plus ferrées. Us achettent des Perles des brocards d’or Sc d’argent, des eftoffes de foye Sc de cotton du pais, des tapis de Perfe,que ceux dupais appcllent Kali they, Sc les Portugais Alcatifas , de la ioye crue, du cotton, de la rhubarbe 5 du làfífan 6c de l’eau roíè. L’onfait cette eau à Schims, 6c en la Province de Kerman , ou par infufion ,6calors ils l’appellent Gul-ab, d’ou vient íãns doute le motde Iulep , ou par extraction dans l’alambic , Sc alorsils 1’appellent ^Ankx-Gul, c’eft à dire, fueurde roles. Ils eftiment fans comparaifonplus lapremiere que 1’autre, 6c c’eil vne des meilleures marchandiies , que I’on puiile porter aux Indes,. ou I’on en arrole les chambres, Sc l’on s’en fert aux pre- f)arations des parfums. Ii s’y fait aulfi quantitéde toiles: mais es tilferans,au lieu deles faireau melt-ier chez eux, attachent lacbaineaquelqu’arbreborsdela ville, Sc ayans fait vn creux enlaterre,ilsymettentlespieds, Sc ypaíTentainfi la trame j en forte qu’enferetirantlurlefoir, ilsn’ont pas beiucoup de peine à emporter leur meltier, qui ne confilte qu’ei quelques cannes, attachées à la chaine. Ils ont vne certaine monnoye de cuivre , qu’ils appellent JBeforg , dont les dix font vn peys, Sc les dix peys font vn chay, qui vaut cinq lols monnoye de France. Les deux chay font vn ma- moudy , dont les deux fontvn Abas, 6ctrois Abas font vn efeu. Cent mamoudy fontvn Tumain , qui vaut cinq piftolcs. Pour ce qui eft de leur poids 3 vn man poife fix livres: vn man cha douze, Sc vn man furats trente. II s’y fait aufiivn grand trafic de perles, que I’on pefche au- pres del’I lie de B abram, à fixlieucs de Gamron, delafaçon que nous allons dire. L’on enferme la telle du pefeheur dans vne
DV Sn DE MANDELSLO, LIV. I. 103 chappe, oueftuy de cuir boiiilly, qui n'a point d’ouverture, 1 6 3 quepaTvntuyauquivajufqu’audeíiusde 1’eau. Onlefaitdef- cendre en cet eftat jufqu’au fonds del’eau , ou il amaile ce qu’il trouve d’efcailles, &: en ayant remply le fac, qu’il a au col, il avertit fes camarades, qui l’attendent dans vne barque. & íè fait retirer de 1’eau. LeGouverneur de lavilleala qualitéde Sulthan, Scafous Les Oflkiers lúy, non vn Calenter, mais vn Vifir, ou Secretaire, Se vn Coute- f"*0?a lam* vai, qui fait les fonclions de Chevalier du guet. LeRoy dePeríèyaauífivn Sabandar, oureceveur, qui ne recoitpasfeuIementlesdroitsd’entreeSc de fortie, mais qui les taxe auíli à íã volonté, & qui viílte exactcment les navires, & lesmarchandifes qui y arrivent. Les Hollandois nepayent point de droits, en fuitte d’vn privilege qu’ils ont obtenu de ws* achach Abat-, 8e dônt ils tafchent de le confcrver la jouiíTance, parlemoyendesprefents, qu’ils font de temps en temps aux officiersdelaCour de Perfe : 8e tant s’en faut que les An- gloispayent ces droits ■, qu’au contrairc ils jouiílent de plu- íieurs autres exemptions, Sc devroient mefme recevoir la moitiédes droits de traitte , pour les raifons que nous dirons preíèntement j mais à peine leur donne-on la dixiéme partie, & on les oblige mefme à recevoir le peuqu’on leur donne en marchandifes. Ce qu’ils font ílouvertement, qu’ils necrai- gnentpoint de dire, quand ils fontfurpris en leurs fraudes, qu’il n’y a point de mal, à faire les affaires de leur P rince, mef¬ me, auX delpens des eftrangers, Sc parnculierementdes Chre- ftiens. I Is ont entr’auttes le privilege de faire for ti r de P eríe, douze chevaux tous les ans, au lieu que les Hollandois font obligez de payer pour le moins cinquante eícus pour les droits de fortie de chaque cheval,8c les Angloisdemcímes, quand ils en font forth plus de douze. Les Perles, qui ontvn grand a- vantagefuries Indiens, parce quils íorrt bienmieux montês qu’eux, ne fóuffrent pas volontiers , que l’on emmeine des chevaux aux Indes ennemis, ou ils font tellement eílimés, qu’vn cheval fort mcdiocrement bon, s’y vend pour le moins ^ qúatre cens efcus. Mcs. Leshabitans dc Gamron íontlaplus partPeríes, Árabes ou In¬ diens,mais il n’y en a quail point,qui ne parlêtP ortugais,à cau- fe du cõmerce qu’ils ont euavec cette nation,quia long-temps
io4 VOYAGE DES INDES, 1 ^3 S. poíTedé la villed'ormws. C’eitaujourd’huy la fcule, que I’on nefouflfe point à Gamron; quoy que Ion permetteà routes les autres d’y trafiquer* Les Chreidiens & les Iuifs y font les bien venus, auffi bien que les Mahometans ôdes Payéns • mais de- . puis la reduction de la ville d’ o rvms, Pon en a defendu faeces aux Portugais, & aux fuj ets du Roy d’Efpagne, à qui l’on per- met de trafiquer dansvnepetite Ille, àtroislieues delà, ou leRoyde Perfe a vn Sultan, qui coimnande au chaiteau ,* qui afoindefairerecevoir les droits d’entrce&de forde, & qui empefcheles Portugais d’y aborderaveedegrands baftimens: de forte que ces nations eltans coniine en guerre ouverte en- tr’eux, les Portugais viennent avec leurs fregattes quelque- fois chercher fortune a la veué de Gamron, & font fouvent des defeentes dans les Iiles voiiines. òc La vailed Ormta eil fituee dans vne I fie, qui eft éloignéede d’Ormus. la cerre ferme de deux lieues, & qui en a plus de fix de tour. Elle n eft pas moins iterile, que le pais d’aupres de Gamron, dont nous venons de parler : car elle n’eftqu’vnrocher con¬ tinuei quineproduitquedu fel•, en forte que l’onn’y trouve pasfeulement de l’eau fraifehe. Etneantmoinsfa :ade eft fi bonne, & fa fituation eft fi avantageufo, que la ville en eftoit devenue fi marchande, que non ieulement elle avoir fes Roys particulars, mais auffi les Arabes difoient enproverbe, que iitout 1’Vniversn’eftoitqu’vne bague, la ville d’tfrwwferoit 1 e diamant, qui y feroit enchaiTd.Te/xera dit,que Schach M ahe- met, fils d’vn Roy Arabe, qui vivoitau dixiéme fieclle,s’eitant rendu lemaiitre des Provinces, qui font fituées forle Golfe Perfiquejufques à Be fra, paffia dansl’Ifle-ouil jettales pre¬ miers fondemens de Ia ville d Ormus. Schabedm Mahomet, on- ziefine Roy d’Ormus, delapofterité de Mahomet, mourut en l’an 1278. & celuy qui vivoit lors que les Portugais s’enren- diient les maiilres, s’appelloit Seyfadm, dc eftoit tributaire du Roy de P erfo. Z). Alfonfo £ Albuquerque en fit la conquefte en 1 an 1507. pour Emanuel, Roy de Portugal, delafaçonque nous allons dire. v ^ kSfiS Trifiande Cugna, qui avoir prisl’Ifle de Zocotora, donr nous aurons occafion de parler cy-apres, ayantlaiile Ie coimmande- ment de quelques vaifleaux a Alburquerque •, avec ordre de courir Ia cofte del’Arabie, pendant qu’il tafoheroiitde fàire de
DV Sr MANDELSLO, LtV. I. roy de nouvelíes conqueftes dans les Indes. Celui-cy, quí avoit1 6 3 *• beaucoup de cceur, refolut d’y feire vn puiífent eílabliflèment enatraquantle Royaumed'Orna*, avec quatrecens fòixante- dixhommes de guerre,qu’d avoit fur fa flotte. Emanudoforh, Eveique de Selvas en Portugal, die, Albuquerque pritad- vantage dela foiblefleduRoy Mahometan,quiregnoit alors: Car fçachant que Ie miniftre , qui s’appelloit Cojeatar&qui ^ eftranger 6c chaftre , natif de Bengala , s’eftoit rendu odieux aux peuples par la diifipation des finances du Royaume, qu’il convertifToit àfon profit particulier,ne Iaiílant à Ton Prim ce que le ieul nom de Roy, fans fonótion, il voulut profiter de cette conjon&ure d’affaires, 8c partit pour cét effet de Zacota- r* lezo. jour d’Aouft , 8c apres avoir prisenfort peu de jours les vi lies de C alajate, de Cunate, de M a feat e, de Soar ÔC d’Orfx- cam, de 1 obeiffence du Roy & ormus marcha droitàlaville Capitale, ou il arriva le zy. Septembre. Il défit d’abord vne tres-puiílànte flotte , que les Mores avoientdans le port, 6c obligea par là le Roy à entrer en capitulation 5 par laquelle le Roy d’ Ormus promit de feire le ferment de fidelité 8c obeiifen- ceau Roy de Portugal, de luy payer tous les ans quinze mille ducats detribut, enor, en argent, ouen perles,6c cinq mille pour les frais de cette guerre, 8c de permettre à Albuquerque de baftir vne Citadelle,aulieu qu’iljugeroitleplus proprepour la coníèrvation dela ville, Les Portugais la commencerent le zy. d’Octobre , 8c luy donnerent le nom deN. Dame de la Vicloire. Ileftvray que cet eftabliflcment ne fut pas fi bien feit en ion commence- ment,que les Mores ne fiflent encore vn effort pour ie deli- vrerdecesnouveaux hoftes: mais les Portugais ne laiflerent jp Pas s y maintenir,6c d’en faire en fuittevne place d’armes pour les Indes j ie laififlans par ce moyende tout le commer¬ ce, 6c obligeans tous les P cries 6c les Arabes d’achettcrd’eux routes les marchandifes, que les Indesfourniilent. Iuiques-Li , que le Gouvemeur d'ormus avoit defendu aux habitans de vendre les leurs, qu’il n’euft vendu lesfiennes. Ilspermirent bien à Seif a dm de demeurer dans l’lfle ; mais dans vn lieu ii éloignédela Citadelle , qu’il n’ypouvoitpoint donnerd’om- brage. Schach \_Abas, Roy de Períè,ne pouvantplusíòuffrir liniolence des Portugais, 6c ie trouvant ienfiblement often- 11. Partie. q
io6 VOYAGE DES INDES, 1638. £c de la retraitte qu’ils avoient donnée à ce Gentilhomm Ttâ'- licn,de lamaiioiide Gabrieli,à ont nous avonsparle cy-deffus, en prit occafion de longer auxmoyensdechafier ces eftran- gcrs de ces quartiers-lá. Ils’adrefia pour ceteffetauxAnglois, qui trafiquoient à o^mus, 6c les obligea par de grands advan¬ tages qu’illeur fit,Aluy promeccre vn puiííãntíecouirspour le liege decettevide,qui futattaquée 6c priie par les Aingloisen l’mi6n. Ilsremirentla ville6ela Citadelle entre les mains du Roy de Perle, qui y trouva fix cens pieces de canon,par- tie de fer 6c partie de fonte, queleAc/^cA fit tranfporter a Laar 6c à lfpahan-, à la reíèrve de quatre-vingts pieces, qu’d laifia dans la Citadelle. Ilfit demolir les murai lies de. la vil- le , 6c fit transferer les materiaux à Gamron, qui commenca dés ce temps-làià s’elever fur les mines de fes voifins. Le Roy de Períè voulant reconnoiftre le lervice, que les An- glois luy avoient rendu en cette occafion, ne Ieur accorda pas feulement vne exemption entiere de toutes les impofitions,. mais il leur donnaauifi la moitiè de cedes, que les autres mar- chands y payent: mais c’eft ce quine s’execute pas fort fidcl- lement. le trouvay danslehavre de Gamron vn navire Anglois,nom- mé le Cygne, de trois cens tonneaux, 6c monte de vingt-qua- tre pieces de canon.. Le fieur Hanmtvoth, Agent des affaires d’Angleterre, m’avoit recommandé au Capitame de Gamro n, 6c luy avoit ordonné de me faire paller aux Indes , 8c de me faire defrayerjufques à Suratta. I’avois amend huict chevaux avec moy, à dellein de les vcndre avec advantage dans les Indes, mais le navire eftoit tellement remply de marchandi- íès, qu’a peine y en pus-je faire entrer deux feulement; de for¬ te que je fus contraint de me défaire des fix autres, avec perte notable,ncpouvant tirerqu’environtrentepiiloles de ceux , qui m’avoient couftd plus de foixante à ifpahan, 6c que j’eufle vendu plus de cent cinquante à Suratta. Av ril. Iem’embarquay le 6. d’Avril, avec les fieurs M.mdley 6c Mandeiflo s era //^marchands Anglois,que le Prefident des Anglois à Suratta sutatu.P°Ur avoir fait venir d’ //pahan 3pour les affaires de la Compagnie,6c j e me rendis au bord,acçompagné de la plus part des cltrangers du lieu, 6c deplufieursmarchands lndiens, avec lefquels j ’a- vois eu occafion de faire connoiffance. Le Capitaine djanavire
BV Sr DE MANDELSLO, LIV. E 107 fit tirer quatre pieces de canon à noftreabord, & naus receut avec grandecivilité, nousconviant, à caule de l’heure du mi- dy, de nous mettre à table. Nous filmes levoyage d^Gamvon iSurutta en dix-neufjours- pendantlefquelsle Capitaineme traitta magnifiquement, & mefitl’honneur de me cederfonlicb, & de me dormer la pre¬ miere place entouteslesrencontres. Il avoit bonne provifion devolaille, demoutonôcdautreviande fraifche, maisparti- ' culierement de fort bon vin d’Efpagne , de bierre ci’Angle- terre,devin de France, d dautres ra ffraifchi íTemcns, dont je me trouvay íi bien, commeauífi de la ptiíane que je me faiíòis faire , avec de la Cannellc &c avec de 1’efcorce de grenade, que jenefus pasfi-toftà Surarta, quejenetrouvaíle ma fanté route reftablie : quoy quej’enattribue auífien par- tie la cauíeà 1’vfagedu Thé, ouje m’eftois fibien accouftumé, quej’en prenois deux ou trois fois le jour ordinairement. Levent contrairenous empefchade partir lejourde noftre embarquement 5 de forte que nous demeuraímes a 1’ancre la nuid fui vante, 8c lelcndemainfeptiémenous fifines voile,pre- nans noftre cours vers Mile d’o>7»«í : mais furleíoirilfeleva vn fi grand orage, avec vn vent de eft, que de peur de don- ner contre terre, nousfumes contrains demouillcràlaveuc de rifle. LeDimancheS.nousallafmesàlaBoulineavecvn vent de W eft, tafchans de pafler entre les Illes d'Or mus & de Kifmtfch, qui font éloignées l’vne de l’autre d’environ quatre lieues. Sur les deux heures aprcsmidy, nous mifmesdans la mer le corps d’vn jeune matelot, qui eftoit decedé de Ia diíènterie deux jours auparavant. Cette ceremonie, quejc navoispas encore veuc, me fit d’autant plus de peur, qu’eftant incom¬ mode delamefmemaladie, jem’imaginois quei’onen víèroit bien-toft de mefineavec moy. La nuid fuivante nous pafsâmes à la veue des deux Ifies, dont nous venons de parler, & le lcndemain neufviéme nous découvrifmes la terre ferme de 1’Arabie, prenans noftre cojurs le long de la cofte, parce que la plage y eft fort bonne. Mardy 10. le calme nous arrefta au mefme lieu , & l’on- ziéme nous-nous éloignaírnesdes coftes d’Arabie,pour gagner celles de Perle, que nousneperdiímes point de veucjuíques O ij
ioS VOYAGE DES INDES, 1638. auIeudyaufoim.d’Avril.AlorsvnbonventduWeft-Norr- 'Weft nous fit prendre noftre cours vers1’Eft Sud-Eft, à 25.de- grez 50. minutes d’elevarion. LeVendredy matin nous nevifmes pluslaterre, mais bien vn va fleau coríàire, quinousmarchandoit, enfailant tantoft plus ou moins de voile: tantoft ens’approchant, 5c tantoften s’cloignant de nous,mais voyant enfin que nous-nous mettions en devoir de gagner le vent fur luy, life retira vers 1’Ille de Zocatora. situation & Cette I fle eft fituéeà n. degrez 40. minutes, àbentrée dela tiefctiption Ac merrouge, ayant versleSud-Weft 5c leNort-Eftlepais de wflra.de2oCa’ Metmdt ou l’Ethiopie, ÔC vers le Zudl’Arabie , dontelleeft éloignée d'environ feize lieues. Elle a environt vingt-cinq lieuesde long, mais pas plus dedix de large} ayantpar tout vne fort bonne rade, ôcdesbayestres-commodes, pour la re- traitte des navires. Elle eft mediocrement bien pe:uplée, 5c depend du Roy d’ Arabie,qui la fait gouverner par vin Sulthan. 5cs habitats Leshabitansfontpetits, 5c plutoftmaigres que gras, ba- zanés, 5c endurcisautravail. Ilsne viventquedepoiilon5c de fruits, 5c fontfort fobres. Ils traittent leurs femmes, qu’ils achettent dans f A rabie, avec beaucoup de civilitté, 5c ont mefme quelque reiped pour elies mais ils ne pcermettent point queleseftrangers les voyent. Ils font adroitts dans le commerce, 5cl’aiment,quoy qu’ilsayent peu dechcofesàven- dre. Et dautant qu ils falfifient quafi routes leurs marrchandifes, lisledefient fort decellesquel’on leurapporte. Ils reduiicnt les dattes en pafte, 5c. s’en lervent au lieu de pain. Ilya dans l’lfle fort peu d’orenges, 5c qui avec cela font ailez mauvaifes, du tabac 5c des citrotiilles. Ilya aufii quelques arbresde Cocos, mais en fort petit nombre :le fruit ayant de . .. . Peine à y venir j parce que le font y eft fort pierreux. c a tor a. 6 °* ^eurs pnncipales richelfes confiftent en aloes, dontils amaf- ient leluc dans des velfies, ou dans des peaux de bouc, 5c le font feicher au Soleil. Ils ont aufli du fang de dragon, 5c de la civette,quel’on yachette trois ou quatre efcus Ponce : mais ceux qui ne connoiflent point certe drogue bien parfaitement, yfont fouvent trompésj parce que ceux del’Ilie ymellent de la graifle ÔC dautres ordures. Ils nouriflent quantité de ci- yetteschezeuxj mais ils ont fort peu de volaille, 5c point de
DV Sr MANDE LS LO, LIV. I. 95 gibierdutout. Usontdeschameaux, desaínes,desboeufs,des vaches, des moutons ÔC des chevres, qui ont le poil frifé fur les cuiílcs, de Ia façon que 1’ondépeint les Satyres. Le bourg, ou le Sulthan a lã reíidance,s’appelle / am try, & eft couvert d’vn Fort, qui eft éloigné de la mer de la portée du canon,garny de quatre pieces de canon, & accompagnè d’vne redoutte. Leurs armes font des efpées larges, dontle poignet eftfort Leurs armcs.'- frrand, mais dies none point de garde. Us portent aulfi dans aceinture des poignards, dont la lame a plus de troisdoigts de large vers le manche, mais elle eft fort étroitte vers la poin- te. Ilsfont curieux de garnir le manche d’argent ou de cuivre, mais leurs armes à feuibntenmauvais ordre j quoyqu’ils ne lailTent pas deles manieravec beaucoup d’adrefte, aulfi bien quelespetitesrondaches, dontils fe couvrent dans les com¬ bats. Les navi res y peuvent faireaiguade íâns peine j parce que l’eaufraifche, quivient defcendredes montagnes, fe degor¬ ge dans la mer comme vne riviere. Ils n’ont point de batteaux, maisfeulementquelques radeaux, dont ils lè íèrvent à la pef- che, qui eft fort bonne en cet endroit-là. Ils ontcela de com- mun avec les Arabes & avec les autres Mahometans, qu’ils ne mançent point de pore j mais dans Tamary il n’y a point de Mofquee, nyaucun autre lieu,ou ils íèpuiílentaflembler pour leurs devotions. Us les font le matin ôclefoir, au lever&cou- cher du Soleil, en luy faifant de profondes reverences, portans les mains jufqu’aterre, & marmottans quelques paroles entre les dents:ce qu’ils fontauffi trois ou quatre fois le jour. Le 14. d’Avril nous-nous trouvafmes à 13. degrez, 14. mi¬ nutes. Le 1 j. à 22. degrez 55. minutes. Le 16. à 2z. degrez 40. minutes. Le17.au. degrez 4o.minutes. Ce jour là leCapitainc de no- ftre navire tomba malade d’vne fiévre chaude. • Le 18. an. degrez 8. minutes. Le 19. à 20. degrez 42. minutes. Le2i. à 20. degrez 50. minutes. Le 22. à 19. degrez 50. minutes. Le 23.4 20. degrez 18. minutes de latitude. ArrIve . Su Le zy.AvrilnousarrivaimesdeYantlayilledea. O iij 1 % j
no VOYAGE DES INDES, 16 3 8. Ians à deux lieues de cerre; parce queledeiTein du Capitaine eftant, denes’yarrelter que trois ou quaere jours, il vouloic ie coníerver lavantage de pouvoir partir quandil voudroit. Aifli n’y a-il point de rade fur touts cette cofte, ou. Ies navires puif- fent eftre en íeureté depuis le mois de May jufques en Septem- bre j à caufe des orages continueis, 6c. des horribles vents qui y regnent pendant ce tèmps-là ■, au lieu que fur la cofte Orien- tale des Indes, dans le Golfe dc llengxlx, le temps eft beau 6c lerein. L’annee y eft divifée en trois íàiíons fort diiFerentes : car L’annie n'y a auxmois deFevrier, Mars, Avril,6cMay,il y fait forechaud. que trois fai- £n iujn) iulHet, Aouft 6c Septembre, l’on n*y voitque des pluyes accompagnées d’eclairs 6c de tonnerres, 6c les mois d’Octobre, deNovembre, dcDecembre 6c delanvier font froidsjau moinsautant que leclimat peut iouffrir. Let6. d’Avrille Capitaineenvoyaloncommisain Prcfident des Anglois à Surtux, pour luy donner avis de fon arrivee. LePreiidentlerenvoyale vintgt-huicticme , accompagne de deux jeunes Marchands de la mcfme nation, qui porterentfes ordresau Capitaine, 6c me firent compliment defapart ^ nie prians de me rendre aiiplutoilaSurxna, 6c me difans que le Prefidentm’attendoitavec impatience, pour me faire voir les effets des offres de lervice, qu'ilm’avoit fait faire pareux. Ie fortis du navirele vingt-neufviéme d’Avril, apres avoir re- connu d’vn petit prefent lacivilité du Capitaine, que je laiilay fort malade, 6c bien affligé de noftre feparation, apres lamitié que nous avions commence de contrader. An ivc à su- A vnelieuede la rade nous entrafmes dans la rivere,fur Ia- quelle la ville de Surxttx eft fituée, 6c laquelle.a des leux coftés vn terroirtres-fertile, 6c plufieurs beaux jardins accompa- gnés de leurs maifons de plaiiance; leiquelles,pour ;ftre toutes blanches , parce que les Indiens aiment fort ccte couleur, paroiffoient admirablement belles dans la verdur. Mais ce fleuve, qui eft hTxpte, appellee par d’autres Tynd^ eft li bas à 1’emboucheure, qua peine peut-il porter des baratesde foi- xante-dixou quatre-vingts tonneaux. Nous defceidiiines au- pres de 1’Hoftel du Suit ban, 6c nous-nous rendifme en fuitte à ladouane, pour y faire viilternos hardes : ce qui sy fait avec tant d’exaclitude, que l’on-ne fe contente point de .lire ouvrir
DV Sr DE* MANDELSLO, LIV. I m les cofFrcs 6c les males, mais 1’on fouille auíli jufques dans les pochettes 6c dans les habits'j le Sulthan ,oii Gouvcrneur, 6c mefme les fermiers obligent les marchands 6c les paflàgers de Ieur lai/ler aux prix qu’ils y mettent eux-mefmes,les hardes 6c les choíes qu’ils nontap^ortées que pour leur víage. Et de fait le Sulthan, quiarrivaaladoúane, quail au mefme temps que nous, ayant trouvé dans mon bagage vn bracelet d’ambre jaune, 6c vn diamant, voulut que je luy vendiíTe 1’vn 6c l’autre* 6c fur ce que jeluy dis, que je n’eftois point marchant, 6c que ees choiesne m’eftoient pretieufes , qu’à caufe de ceux qui me les avoicnt données,ilme rendit bien le diamant, mais il emportale bracelet, en diíant, qu’il mele rendroit,lors que je luy ferois Fhonneur de 1’aller voir. Tandis que nous eílions en ces conteftations, je vis arriver vn caroíleà 1’Indienne, attellé dedeux bceufs blancs, que le Prefident m’envoyoit , pour rn amener à la loge •, c’eftainfi qu’ils appellent les maiíons des Anglois 6c dcs Hollandoisj de forte que je quittay là mon Sulthan avecle bracelet, 8cje montay en caroíTe. Ie trouvay à 1’entrée de la maifon le Prefí- dent, 6c fon íecond,c’eft à dire ce luy qui commande fous luy, 6c en fon abíènce, nommé Ml Fremling , qui me receurent parfaitementbien , 6c reípondirent avec beaucoup de bonté au compliment que je leur fis, fur la liberte que je prenois de me fervir des offres qu’ils m’avoient faitfaire, en fuitte des ci- vilités que j’avois receucs dans le navire, qui m’avoit paíle.Le Prefident,quiparIoitfortbonHollandois,me dit, quej’e- ftois le bien venu: qu’au pais ou nous eftions, tous les Chre- ftiens eftoient obligez de fe fecourir les vns lesautres, 6c qu’il íè trouvoitdans vne obligation particuliere pour moy,à cau¬ fe de 1’afFeclion, que j’avois voulu tefmoigner à ceux de íà na¬ tion à ifpahan. 11 me conduiíiten fuitte dans íã chambre, ou je trouvay Ia collation preíte. Elle eftoitde fruits 5c de confitu¬ res , felon la couftume du pais: 6c dés que nous fumes aflis, il me demanda quel eftoit mon deíTein,6cayant fceu que mon in¬ tention eftoit de recoumer en Allemagne dans vnan, il me dit, que j’eftois arrive trop ta rd,"pour pouvoir partir cette an- née, parce qu’il n’y avoir plus de navires fur cette cofte-Ià; mais que fi je voulois demeurer avec luy cinq ou fix mois en attendantlacommodité du paifagc, je luy ferois plaifir. Qifil
163S. Rcfpcít que lcsàutres An- glois ont pour leur Prefident. leur divertiíl fcraent. • in VOYAGE DES INDES. tafcheroit de contribuer à mon divertiíTementautant qu’il Iuy íèroit poílible pendant ce temps-là, qu’il me feroic trouver 1’occaíion de pouvoir voir lesmeilleures villes du pais, Sc mef- me qu’il me feroit accompagner en ce voyage par quelques- vns de íà nation, qui m’yferoient trouver plus de facilité, que je n’en pourroiselpercrautrement. Cediícoursobligeant me fit bien-toil reíòurdre d’accepter ces offres •, de forte qu’il me fitconduirepartoutela maiíon,pour me faire choifir vn ap- partement commode Sc agreable, qu’il me fit donner aupres dela chambre deíonfecond.Sur le íòir quelques marchands & domeftiques du Prefident me vinrent prendre dans ma chambre, pour me mener íõuper dans vne grandefalle,ouíè trouverent avec le Miniftre environ douze marchands , qui me firent compagnie:mais le Prefident Sc íònfecond nefou- perent pointjparce qu’ils s’eftoient accouílumés à cette fa- çon de vivre 5 de peur de íe furcharger I’eftomach, qui a dela peine à digerer dans Ies grandes cnaleurs , qui n’y íont pas moins incommodes la nuict que le jour. Apres fouper le Mi- niftre me mena dans vne grande gallerieouverte,oujetrou- vay le Prefident & fon íècond aífis , prenans la fiaifcheur de 1'airdela mer. C’eftoit-lanoilre rendez-vous ordinaire , ou nousnemanquionsjpointdenous trouver tousles foirs} fça- voirle Prefident, íoníècond, le premiermarchand,le Mini- ílre & moy, mais Ies autres marchands ne s’y trouvoient que quandle Prefident les faiíòit convier. A difneril tenoit table, de quinze ou feize couverts, & faifoit fervirpourle moins au- tant de plats de viande, íàns le deíert. La deference que tousles autres Marchands avdent pourle Prefident eftoit admirable , auífi bienquel*ordr
DV Sr D E MANDELSLO , LIV. I. 113 d Angleterre apared jour.-c’eit pourquoy ils 1’avoient nommé, pour en raffraiíchir la memoire , & pourboireà la íánté de leurs femmes. Ii y en avoit qui íeíervoient de cette petite dé- bauche, pour en prendre tout leur íaou! • quoy quel’onper- miíl.a chacun des’endonnerautantqu’il vouloit, Sc de trum¬ ps le vin d’Eipagne, ainíiquil Ie trouvoitbon} ou bien de boire de la Pdepuntqui eíl vn breuvage, compofé d’eau de vie, d eau roíe, de j us de citron Sc de íiicre; Sc l on cliarmoit n agreablement le temps en cette converíátion, que bien fou- vent minuict nous íiirprenoit en ce divertiííement. . Dans les aíTemblées ordinaires, que nousfaiíions tousles jours, nous neprenions queduThe, dont 1’víage eíl fort com- mun par toutes les Indes -y non feulement parmy ceux du pais, maisauífi parmy les Hollandois Sc les Angfois, qui s’en íervent comine d’vne drogue, qui nettoye 1’eftomach, Sc qui digere les humeurs fuperflues, par vne chaleur temperée, qui luy eft particuliere. Les Perfes boiventau lieu de Thcy de leur Kahtv.r, qui r’afFraifchit,6e eílcint la chaleur naturelle, que le The con- ferve. Les Anglois ont outre cela vn fort beau jardin hors de Ia ville, ou nous allions reglement tousles Dimanches apres le Preíche, Sc quelques-fois auíli les autres jours de la íèpmaine, ou nous nous exercions à tirer au blanc: Sc j’y eftois aífez heu- reux, pour gagnerprés de cent Mdmoudis , ou cinq piítoles, preíque toutes les fepmaines. Apres ces divertiíTemens nous faifions collation de fruict Sc de confitures, Sc nous nous bai- gnions dans vn T an kc, oucifterne, ou il y avoit environ cinq pieds d eau , Sc ou quelques Dames Hollandoiíes avoient la bonté de nous fervir , Sc de nous entretcnir,avecbeaucoup de civilité. Mais ce quimefafchoitleplus, ceftoit que le peu deconnoiílànce quej’avoisdelalangue Angloiíe,merendoit quafi incapable de converíátion j íinon avec le Prefident, qui parloit Hollandois. Mais devant que de parler de ce qui m’eil arrivé en ce voya¬ ge ,&de ce que j ’ay veu pendant le íejour que j ’ay fait à Surat- í(t,ilne lera pas hors de propos, de faire icy vne defeription ge~ nerale, mais fort fuccincte, du Royaume du Mogu!, Sc des Pro¬ vinces dont il eft compofé, pour donner vn peu plus de lumiere a ce que nons aurons à dire cy-apres. II. Partie. P
i^3 8. Deícription gencrale dc l’lndofUian. Ses Province' I* CandaJiar. 114 VOYAGE DES INDES, Le pais ,quiaproprementlenom d’/We, 8c que Ies Pcrfes Seles Árabes nomment Indofihan , seftend du cofté du Po- nant depuis la riviere d' Indus, ou Sindo , Sele Royaume du mefmenom,donc les habitansfont appclíés Abint, ou depuis les frontieres du Royaume de Maecon, que les autres nom- ment GetjcheM acqtterona ,dont les habitans font Baloches ou Ba~ Inches, jufquesau Ganges. Les anciens appelloient cette Pro¬ vince Càm nit1,8c elle a vn port ou havre, nommé Guadcrjx vingt-cinq degrez de dcçà laligne. Les Perfes 8e les Árabes donnent au Royaume de Sindo le nomde Dml. Lesmeíines Perfes Se les indojlbans nomment la riviere d’Indus Pang-ab , e’eft à dire cinq caux 5 parce qu’elle íe charge d’autant d’autres rivieres, devant qued’entrerenla mer,fous cétilluftre nom. La premiere eft celle de Bagal ou Begal, dont laiburce eft au- Tpresde Kabul. Ladeuxiéme s’appelle Cbanab, & iourd dans la Province de JjhsjsfmtrouCafJamier , à quinze journécsaudeftus de Labor, vers le Nort.La troiíiéme eft celle de Ravjou Ra. vée, qui lave les murailles de l abor • 8c fourd dans fonvoili¬ nage. Les deux autres, fçavoircellesde^/.! Sed’o/WouSW, viennent de bien plus loin, 8c ellesíè joignent enfembleau- pres de Bakar, qui eft quail éloigné en diftance égaile de Labor 8c de la mer. Ce qu’il faut remarquer contre l’erreiur de la plus part des Geographes, qui mettent cette riviere à 14. degrez de deça la ligne , 8c la confondent avec celle, quii baigne les murailles de Dm. Hyena qui diient,quele Royaumie du grand Mogul eft d’vne ft vafte eftendue, qu’vne Caravane iauroit de la peine àle traveríèren deux ans-.mais ce font des contes. Ses veritables frontieres, felon la deícription d’EdoiiardTemn font, du cofté du Levant le Royaume deM a vy , verslePonant vne par tie du Royaume dePerie Sc la mervers leNortle Mont Caucaje 8c la grande Tartarie, 8c vers le Midy le Royau¬ me de Decan 8c le Golfede Bengala contenant trente-iept grandes Provinces, qui ont efté autrefois autant de Royau- ; mes: fçavoir. Candabar , qui tire fon nom de laVillecapitale, ouquiluy donne le fien , eft la Province la plus Occidentalede routes les Indes, 8c a pour voiftn le Roy de Períè ,quienaibuvent efté lemaiftre. Aulfteft-ce pour cette Province,que les Roys de Perie font quali toufiours en guerre contre le Grand M ogul,
DV Sr DE M ANDELSLO, LIV. I. 115 comme íls le fone du cofté de la Turquie pour Bagdat Sc pour 1658. Brvan. La Province de Kabul, qui eft íàns douce la plus riche de l- Kibul; tout le Royaume, tire auíli fon nom defa ville capitale, Sc a pour frontiere, du cofté du Nort, la grande Tartarie. Ceft cette Province qui donne la naiílance à la riviere deN7/u/,qui change fon nom enceluy de Begal, Sc qui joint íes eauxàcel- lesde l’/»ci»5,ainílque nous venons de dire.L’on tient que e'eft la C od,oule Suajlus,de Ftolomée. La Province de A/#/f<<»doitauirilònnortià la ville capitale, j. Multan. Sc eft íituéele long de la riviere d' Indus, ayancversle Ponant le Royaume de Perfe, Sc la Province de Candahar. La Province de Haca-Chan,ou tíangi-chan^eft íituéeversle 4 Haca-Chao. \ Levant, & a la riviere d'Indus vers lePonant. Onl’appelle auíli le Royaume de Balocby, ainíi que nous dirons ailleurs- mais elle n’a point de ville considerable. Bachar outf«c/í\tr,dontIaville Capitale eft appellée Bacher- s- Bachar. bukon, eft auíli íituéele long de la riviere d’/».Pjng-ab; fertiles Sc des plus coníiderables de tout le Royaume. Les cinq rivieres dont nous venons de parler, Sc qui Parrofent, P ij
1638. n. Chifmer. Iz.BanKifch. ij.Iengapar. J4. Icnba- TJ-. Dclly. i«. Bando, 17. Malwa. 116 VOYAGE DES INDES, luy donncnt le nom. La ville dc Labor eft la Capital de cette Province. La Province de Chi finer ou Quexmer, dont Ia Cajtales’ap- pelle yran.kar, eftlituéefur la riviere de Be^tou ladt, la- quelle forme vn tres-grand nombre d’ 1 íles en cette > rovince, 8c tombe, apres vn grand deftour, dansle Ganhes .Ele touche , à celle de Kabul, 8c eft aífez froide, à caufe de íes m>ntagnesj quoy que 1’ònpuifledire, qu’à 1’efgardduRoyaumide Thhe- bet, qui luy fert de frontiere du coité du Levant, eb íoit bien temperée. A huit Cos, qui font quatre lieiies, de la ille Capi- tale, il fe voitau milieu d’vnlac, qui a prés de troi lieues de tour, vne petite Iíle, oil le yWoç«/afaitbaftirvnefort belle maifon, pour la commodité de la chaíTe de 1’oye íãivage. La riviere, qui coupecelacaumilieu, eftbordée, auârtirdelà, d’vne efpece d’arbres, dont les ftieilles reílemblentí celles du chaíteignier, mais íònbois, qui tire íur le brun, cít traveríé 8c marbré de plufieurs barres de diverfes couleurs: ce qui fait qu’il eft fort recherché parles perfonnes de conditòn. La Province de Chifmer a. du cofté du Levant celé de Ban- ki/ch, dont la capitale eftappellée Beib.tr ou Bei th te,. La Province de lengapar ou lemipar, qui eftainfi appellee à caufe de fa ville capitale, eftfttuée entre les villes de Labor 8c d ' ^4gr a. La Province de lenia ou lamba, qui tireauílifon nom de fa ville capitale, a du cofté du Ponantla Province de Banga.b, 8c eft fort boflue par tout. La Province de Delly, 8c íà ville capitale, qui luydonne le nom, fontlituées entre rigra&c lenba, versla fource de la ri¬ viere de G<■»»«/, par lesautres nommée Semena, laquelle paf- íãnt par la ville d'^Bgra, tombe dans celle de Ganges. La ville de Delly eft tres-ancienne,8c eftoit autrefois la capitale de tout V Indofthan&iníi que cela fe voit par les ruines de fon Palais, 8c deles autres grands baftiments. La Province de Banio, 6c fa villc capitale dumefme nom, ont vers le P onant la v ille d’ ^4gra. La P rovmce de M ahv.iy ou Mahva, eft tres- fertile. Sa ville capitale s’appelle Ratipore-, bien que Thomas iio, Genril-homme Anglois, Pappelle Vgen. Lariviere de Cepra, fur laquelle eft fttuce la ville de Calleada , reiidence ordinaire des anciens
DY Sr MANDELSLO, LIV. I. 117 Roys de Mandoa, coule à vne demy-lieue de là, Sc entre dans 1638. lamer parle golfe de Cambay a. Pa Province de Chiton eftoit autrefois vnRoyaume fort con- l8- Chitor;. íideiablc : mais fa ville Capitale , quiluydonnelenom , Sc dontlesmurailles avoient autrefois plus de fix lieuesde tour, eft tellement ruinée, que l’on n’y voit prefentement que les reliquesdecequ’elle eftoit, aveclesreftes defes belles Mof- quées, Sc deles fuperbes Palais. Le Grand Mogul Achabar, bifayeul de Schach c/j/V4w,l’areduite en cet eftat, Scl’a conqui- fefurlVndesfucceiTeursde Rant; lequel ayanteftécontraint des’enfuir, fit ion accommodement avec luy, Screconnut la Souveraineté du Mogul enrai-11614. Cette Provincea vers le Levant celled eCandifch, ScversleMidycellede Gufuratta. La Province de Gufuratta , que les Portugais appellent le 19- Gufuratta. Royaume de Cambay a, à caufe de la ville, ou ns font leur prin¬ cipal commerce, eft fans doute la plus belle Sc plus puiflante de tout l’Eftatdu Mogul. Sa ville capitale, qui eft fitueeau mi¬ lieu de la Province, s’appelle H amed-, < w id> c’efta dire ville du Roy Hamed, quieft'ceiuy quil’abaftie. Aujourd’huy on l’ap- pellepar corruption Mmadavat ou madabat ;dontnousau- rons occafion de parler plus amplementailleurs. La Pro vincedeCW«/;,dont la ville capitale , que Ton ap- 10. Chandish. pelle Ihampour ou Burfmpour^ eftoit autrefois honnorée de la refidence ordinaire du Roy de Decan, devant que le Mogul l’euft vnieàíaCouronne, eftfort grande & fojçtpeuplée. La riviere de Tabet ou de T apt e, qui entre dans la mer par le Gol- feâeCambaya, lafepared’aveclepaisdu Prince Fartapha , qui eft auffi vaflàl du M ogul. LaProvincede Herar, dont la capitale s’appelle Shapore, ou 1!- Bcrar- Shafpo/^s’eftendversleMidy, Sc touche à celle de Gufuratta, Sc à la montagne de Rana. La Province àeNarvar-, dont la ville capitale s’appelle Ge- n. Name, hud, eft arrofée par vne tres-belle riviere , qui entre dansle Ganges. Dans la Province de Gualor, ou Gualier, àlaquelle la ville ij. Gualor; capitale donne le nom , eft vne citadelle, dans laquelle le M ogul fait garder les priionniers d’Eftat, Sc les Seigneurs, dont la conduite luy eft fulpede, comme auífi vne parde de ion tre- for, Sc quantité d’or Sc d’argent. P iij ■V
n8 VOYAGE DES IN DES, ^,g La Province d’ Agra., quiadonné fon nom à Ia ville capita!e, *4. Agra.’ laquelle n’eft pas fort ancienne, eft auj ourd’huy la premiere de toutle Royaume du Mogul-, ainfi que nous dirons cy-aprés. jtj.Sambd. La Province de Sambel ou Sanbel, ainii nominee de ia ville capitale, eftfepareed’avec celle de Narv ar par la riviere de Geminisxoi entre dansle Ganges aupresdelavillede HalebaJJe, ou ces deux rivieres ie joignans, forment vne eípece d Itle: ce qui fait que quelques-vns appellent cette Province Doab,e’eft a dire entre deux eaux : comrne qui diroit MefopotamieoxiEn- sfi.Basor. 17. NagiSKUt. jS.Siba. 4 j. X3 sares. jo, Gor. La Province de Bakorcii iituec iur Ia rive Occidentale du Ganges, & fa villecapitales’appelle Bik ameer, La Province de ATdgrakut on Afakxrkut, eit vne des plus S c,p- tentrionales de tout le Royaume du Mogul. Dans fa ville capi¬ tale , qui luy donne fon nom, il fe volt dans vne belle chappel- le dont le plancher 6c le pave font couverts de lames d°r, l’effieie d’vn animal, ouplutoftd’vn monftre,qu’ib appellent Matt a, qui y attire tous les ans vn grand nombre d Indiens, qui y vont faireleurs devotions, 6c luy oifrentvn petit lopin,qu lls coupentdeleur langue. Dans cette mefme Province eft la ville de Kalamakx,celebre pour L pelenmges, qui y font frequents, 1 caufe des flammes que jettent les fontaines froides, en fortant du roc, leiquelles les habitans ado rent. . , La Provine de Sib a, dontlarville capitale eft Hardmn, bon¬ ne la naiíTance àla riviere de Ganges. Les habitans du pais s’imaginent que le roc, qui la produit, a vne tefte de vache, pourlaquelleilsontde la veneration , 8c qu’ilyaacela quelque chofe de divin. C eft pourquoy ilsie baignent tous les jours dans la riviere. Cette Province n eit pas moins de montagne que celle de Nakxrkut, quoy qu elle ne foit pas fi Septentrionale. La Province de Kakares, dont les principals villes lont Dar.kxler 6cBinfoU, eftvnefort grande Province^ mais fort boftiie. Le mont Caucafe la fepare d’avec laTartane. LaProvince de Gor,qui tient fon nom defa ville capitale, eft aufii pleine de montagnes, 6c donne la naiilance a 1a riyiere de rerfelts, qui entre dans le Ganges.. La Province de Bit an ou Vartan, 8c ia ville capitale, qui luy M Pitan.
DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. I. n9 donne fon nom, font arroíees par la riviere de Kanda , qui en- 163 g; treauíTi dans te Ganges. Elle eftaufíi fort montagneufe, & a versle Ponant Ia Province de >amba. La riviere d’iderclis feparela Province de Kanduana , dont J^Kandoana. j Ia ville capitale eftiíf .ir.íc/7, par lesautres appellee Katene , de cellc de Pit an. Cette Province Ôccellède Gor , font les der- nieres du Royaume du M ogul, du cofté du Nort. La Province de Parena eft auifi bonne, queles deux dernie- J;. porcjw; res, dont nous venons de parler , font fteriles. Elle eft íituée entre les rivieres de Ganges, de Percelis leminy &dc Can¬ da cb , & eft ainíi nomméede fa villccapitale. La ville de Rajapor ou Reyapor eft la capitale de la Province 54- Kval. de hvDal. La Province dzMevat, dont la ville capitale s’appelle Nar-I'Mcvat' nol, eft vn pais aftez fterile, s’eftendant depuis le Ganges vers le Levant. La Province d'p'oeffa, ou Vocga ,dontlaville capitale eft iaf. ,6‘ ocl a' canat, eft la derniere Province du Royaume de Mogul, vers le Levant. La Province de Bengala,eft fans doute du nombre de celles 57- Bengal qui font les plus puifiantes,donnant fon nomau Golfe,dans lequel le Ganges te décliarge par quatre emboucheures. Ses principales villes font Kaymebel, Ram t ou Daeca, Philipatan & Satigan. Elle eft fubdiviféeenplufíeursautrespetitesProvin- ces, dont les plus confiderables font Puna & Palan, dontplu- ileurs Roys n’ont point dédaigné de prendre les tiltres. Texeira,, en parlanten fa deicription de la Perfe,de quelques Provinces des Indes, nomme celle dfVtrat, avec íâ ville capi¬ tale , mais ilfe contente delanommer,íànsdefigner fa fitua- tion. Il parle auifi du Royaume de Caec/ie,8cdit qu’il eft con- fideré à cauíè de fes haras , aupres de Cambay a , uirant vers le Nort: mais e’eft ians doute la Province de Candifch, dont nous venons de parler. L’eftendue de tout le Royaume du Mogul, du Levant au Eftendui’de Ponant, eft d’environ fix cens Iieues, 8c depuis le Nortau Mi- l'Eftat du mo» • dy d’environ fept cens Iieues de France ■, veu que fes frontieres Sul* les plus avancées vers leZud font àvingt, 8c les plus avancées vers le Nort,a quarante-trois degrez. Pour ce qui eft de la Province de Gufurata, que les Portugais Deferiptio» da
i 63 8'. Royaume dc tt«zuratca. Son citcnduc Ses principales villes. Ses rivieres. Sesporrs. HO VOYAGE DES INDES, appel lent mal à propos Cambay a, ainfi que nous venons de dire, elJe eft quafi toute maritime, s’avançant comme vnepeninfule dans la mer, dc ayan t des deux coftezvn Golfe ou vne baye, dont l’vneàdix-huidIieues de large àfon entree, & va petit à petit s’eftreíliilànt,dela longueur de quarante Iieues. La terre s’eftend vers lePonantle long de la mer, dc vers le Nort elle i les Provinces de £om,de guifmer dede Bando:versle Le- vant celles de C tutor dc dc Candisch, 6c versle Midyle Royau- medeDecan. Autrefois elle pouiToitfesfrontieres le long de la mer jufques à Guador^àhui&journéesaudelad’^dmadabat, dc vers le Midy jufques à Daman. Mais encore que fon eftendue ne foit plus ft vafte , cela n’empefche quelle ne foie encore aujourd’huy fort grande ; eftant certain qu elle a encore plus de fix vingts Iieues d’eften- due le long de la mer, dc qu’clle y comprcndplusde vingt ital¬ ic villes , bourgs ou villages peuplés: fins les lieux que la guerre ou la famine ont dei'ertes depuis quelques amides. Ses principales villes,dont la plus part font maritimes,font Snratta, Brotfthia, Gandeer, Goga, Cambay a, Bin, P a tepa tane, Manga lor, Gondore, Nafjary, GandivdC Balfara ou Belfera. La villede Ha- med- Frv.it)ou d’t^imadabar, qui eft la capitale de la Parovince,eft aftez eloignée del a mer. Les principales rivieres de cette Province font cellle de Afa- dabat, qui lave les murailles de Brotfchia, cellede Taipu,dc cel- le de wxjjet. Elle a outre cela deux des meilleurs portts de rou¬ tes les Indes, qui font ceux du Com de Suhaly, qui eftceluy de Snratta, dc celuy de Cambay a. II n’y a point de Province entoutes les Indes, qui foit plus fertile que cede de Guxuratta, ny qui produife plus de fruits dc de vivres, qui y viennent en ft grande abondance, que tou- tes les Provinces voifines en profitent. II eft vray qu’en l’an 1630. la íèichereile, dc l’annee fuivante les pluyes continuel- les la rcduiiirent en vn eftat ft deplorable, que la relation parti- culiere,queI’on enpourroit faireofteroitau lecteur le diver¬ ti dement, que nous pretendons luy faire trouver en cette Re¬ lation. Mais la P rovince s’eft fort bien remife de cette defla¬ tion depuis cetemps-laj quoy qu’il en refte encore quelques marques quafi par tout. Mais continuous noftre relation, dc racontons ce qui m’eft arrive
lit DV Sr MANDELSLO, LIV. I. arrive pendant lefejourquej’ay fàiti Surma. Eftant a ifpahan dans ia reíolution de faire le voyage des In- r 1 ■ * • des, jcprisàmoníèrvice vnvalletPeríãn , quimedevoitíèr- dc laudation! virdetruchement pour la langue Turcque, & pour la Perfa- ne, queje commançois aucunement à entendre. II eíloit né depereôc de mere Chretiens, Sc du nombre de ceux, que Sch.tch-Ab.ts avoir fait transferer dela Georgie à I [pah an, oufes freres etoient en quelque confideration. Ce quim’obligea a etraitter avec allez de civilité, Sc à luy promettre quatre elcus de gage par mois. II m’avoit fait accroire, qu’il n’entroic a mon fervice, qu a cauíe de Ia facilite qu’il y trouveroit á re- tournerau Chritianifme : maisà peine eut-illeloifir de faire la premiere connoiílãnce à Suratta , qu’il apprit, quefon oncle maternel luy pouvoit faire fa fortune à la Cour du Mogul, ou ilavoit la charge de premier Efcuyer : cequile fitrefoudre à me quitter, Sc a demander la protection du Sulthan, qui le tint quelque temps cache chez luy, Sc Penvoyaapres celaá Al&ra.. Iefusd’autantpluseílonné decette retraitte, que j’a- voisfujet d’apprehender, que ce garçon, quifçavoit toutes les particularitez denoitre combat avec 1’AmbaiTadeur In- dienaifpahan, ne me mill entre les mains de mes ennemis. Et certainement fij ’euile feeu qu’il euít pris le chemin d’Agra, je n euile jamais eu PafTeurance d’y aller j quoy qu’il parut, par ce qui arriva depuis, que Dieu 1’avoit envoyé en ce lieu-là ex- prés, pourmeconferverla vie, puis queje courus rifque dela perdre fans luy. Au mois de May l’on eut nouvelles à Surma, que Ie chan, Mat. qui commandoita Candahar pour le R.oy de Perfe, s’eiloitre- Gouverneut volte, Sc avoir rendu fa place au Mogul parce que le Schach l’a- índ SSS^i voit menace dele faire mourir. Le Mogul y envoya auffi-tot quinze cens mille efeus, pour reconnoíítre Ie fervice du Gou- verneur, Sc pour payer la garniíòn, qui avoit change de par- tyavecluy. a lymer dan-chan, Gouverneur delamefmeplace, cn avoit fait autant au commencement du regne deSchach-Sefi, qui Ie vouloit obliger â porter fa tete à IaCour,d’o ii il ne feroi t pointrevenu.Schach reprit Candaharbien-toft apres, Sccefut la en partie le fujet, pour lequel le Mogul luy envoya P Ambaf- fadeur, dontjeviens de parler, bien qu’il eut auifi charge de demander le MyrfaP olagt, lonneveu. 11. Partie
m 1638. Ivin VOYAGE DES INDES, Lció. luini’allay à la chaiTc avcc vn jcune Marchand Hoi. Jandois, Sc avec vn autre Anglois, qui me firentpafferla ri¬ viere Sc me conduifirentuvne vieille vale rumee, nominee XedieL oules Hollandois ne laiffent pasd’avoir vn magazin. On appelle les habitans de cette ville site,, Sc lls font la plus part gems de marine,ou de meftier,8cMahometas.Ses rues loot eftroittes, Sc fes maifons font tellemct elevees fur leurs fonde- mens,ciu’il n’y en a point, qui n ayent vn degre,poui y entrer. Nous V demeurafmes la nmd,8c y fumes fort bien mines par¬ ies Marchands,qui avoient la direction dunegoce de ce Iieu- là. Le lendemain nous allâmes à vn village,nommeBodick, Sc nous chafsâmes,enchemin faifant,au canard Sc au heron.Nous yvifmes auifi environ vingt cerfs.Leur peau,qui eftoit gnsatre, dtoit route marquetée detaches blanches, Sc ils portoient vn fort beau bois , charges de plufieurs andouillers. Ilfemefloit parmy eux certains animaux,de la grandeur de nos chevrcuils, dontlapeau eftoit brune,tirant fur lenoir, tacheteiede blanc, Sc avoient les cornes façonnées. Il y en a qui eftiment que ce font ceux aw'^ldrcumd appelle Cervi capras,Sc que c eft decet- teforte d’animaux que Ton tire 1 eBc%o*r. Nous alhimes de la à vn autre village, nomme Dmken, oil nous vilmes quantite de canards íauvages dans leris, dont toute la campagne de ces quartiers-là eftoit couverte. Tous les champs font cios d vne petite levee, pour la confervation de l’eau, dont ils arrofent inceflammentleris, qui a beioind’humidite.Nous trouvaf- mes en ce village du Terri, qui eft vne liqueur que entire des palmes, 8c l’on nous en prefentoit à boire dans des miles faites de fueilles du mefme arbre. P our en tirer le fuc, l’on monte iufqu’auhautdel’arbre, ou Ton fait vne inciiion dans 1 eicor- ce, Sc Ton y attache vne cruche,que l’on y laifte toute la nuift, pendant laquelle elle ierempht d’vne liqueur douce, Sc fort agreable à boire. Lonentire auili de jour, mais clleiccor- rompt aufli-toft, Sc n’eft bonne qu a faire du vinaigre. S\- c eft à quoy Ton a accouftumé de s en fervir. ^ Dcfcription Pourceciuieildela ville dc Surtttd j elle eftiituce an. de- dc la ville de ^ quarante-deux minutes, fur la riviere de Tapt,^ , qui fourd aupres de B arampour, Sc le decharge dans lamer, a qua- tre lieues au deifous de la ville. Elle s eftend le long de la ri¬ viere , Sc eft baftie en quarre. Elle n’a point de muraille du Tetri, o «iepalmc.
BY Sr MANDELSLO’ "LIV. I. «3 coftéde la riviere, maisdu coftéde la terreelle a vn fort bon 1 ^ 3 8. rempart de terre, Sc vn chafteau reveilu de pierre de taille. La villeatroisportes,dontl’vn conduit au village de Briou, ouScs Portcs- ceux qui vont à Cambaya Scz^í madcibat, paílènt la riviere, l’au- trevaà Barampour, ôclatroiíiémeà Na/Jxry. Toutes les mai- S^s mai ° Tons ibnt plattes, comme celles de Perie,6c la plus part acconv pagnées de fort beauxjardins. Le chafteau , que l’on dit avoir eftébafty parlesTurcs,à Son chafteau: 1’occafton d’vne defcente qu’ils y avoient faite , n’a qu’vne porte, qui donne fur vne grande plaine, qui fert de Meidan a la ville. Prochedelà,6càl’entréedelavilIe, le voit I'hoftel du Gouverneur Sc la Doiiane, 6c en fuitte le Baxyr, tant pour les marchands forains,que pour ceux de la ville. Le Gouver¬ neur du chafteau nereconnoift point celuy de la ville , qui ne fe raeile que de la police, de l’adminiftration de la Iuftice , Sc de la recepte des droits d’entree Sc de iortie , de toutes les rnarchandifes j qui payent toutes trois Sc demy pour cent; à la referve de Tor Sc de l’argent, monnoyé ou en barres, 6c fa- conné, qui ne paye que deux pour cent. Les Hollandois Sc les Anglois y ont leurs Hoftels, qu’ils ap- pellent loges, qui font grands 6c fort bien baftis, 6c compoles deplufieurs beaux appartemens, chambres, íalles, galleries Sc chapel les. Lehavrede Suratta eft à deux lieucs de la ville, au village Son port, deSuhali, Sc e’eft à caule de cela que les Hollandois 6c les Angloisl’appellent le Kom de Suhali. Ceft-la oules navires delchargent leurs marchandiíès, que l’on acheve de porter par terre à Suratta. Cette rade eft íituée à vingt-vn degrés, cinquante minutes, fur lecours de Nort-Eft 6c de Sud-weft. L’entree n’eft pas bien large, ôc à la haute marée I’on n’y trou- ve que íèpt brailes d’eau , 6c à la baile cinq leulemcnt. Lehavremeiinen’a qu’environ cinq cens pas de large de- vantle village, 6c le fond de lable , Sc la plus part des bancs demeurent aefcouverts6c fees, au reflux, 6c font tellement cfearpes, que la ionde y eft tout à fait inutile. L’on y eft à cou- vert de tous les vents, à la referve de celuy du Sud-weft. Maisdepuislemois de May jufques en Septembre , I’on eft contraint de quitter cette cofte, à caufe des vents 6c des orages, me 11 cs jd’eclairs 6c de tonnerres effrayables , qui y regnent
u4 VOYAGE DES INDES. pendant ce temps-là 3 ainfi que nous avons die cy-defius. Scs habitans. Les habitans de Suratta font ou Banjms, Bramans, oil Mo¬ guls. Ceux-cy font Mahometans ,6c font bien plus confiderés quelesautres3 tantàcaufedeleur Religion, qu’ils ont com- muneavecle Mogul, 6cavec lcsprincipaux Seigneursdupais, qu’a caufe de la profeifion qu’ils font de porter les armes. Ils ont de i’avcrfion pour le meftier 6c pour la marchandife , 6c aimentmieux fervir, que fejetter dans vn employ honnefte: car dés qu’ils ont gagnédequoy avoir vneheval, ils croyent eftreau deifus de la fortune 3parce qu’ils entrent auííl-toít au fervice de leur Prince. Les Benjans aucontraireibnt gens re¬ tires^ laborieux, qui s’appliquent au travail 6c à la marchan- diíè, 6cquiontvne devotion extraordinaire pour les chofes religieuies3 ainil que nous aurons occafion de dire ailleurs. La ville eft auifi peuplée d’Arabes , de Peries , d’Arme- niens, de Turcs 6c de Iuifs, qui y demeurent, ou quiyfre- quen tent pour le commerce: maisiln’y apointd’eftrangers , qui y ayent fait vn 11 grand eftabliflement que les Hollandois Surat eft le ^ jes Angiois. Ils yont leurs hoftels, leurs maeazins, Ieurs bureau general o 1 . , , ’ . p ' _ . du commerce Prefidents, leurs marchands 6c leurscommis, 6c cn ont fait des Angiois. vne des villcs les plus marchandes de tout l’Orient. Les An- gloisparticulierementyonteftably lefort de tout leur com¬ merce des Indes, 6c vnPrefident,auquelles commisde tous les autres bureaux font obligezderendrecompte. 11 s’y trou- veaífiftéde vingtoudevingt-quatre marchands 6c officiers , 6ca íous íà direction le bureau db /gnqou ils ont vn cómis, ac- compagné de fix perfonnes:celuy alfpahan^oò. ils ont vn comis 6c fept ouhuict autres marchands: celuy de Mefulipatan avec quinze: celuy de Cambay a avec quatre: celuy madabat avec fix 3 celuy de Brodra 8c de Broitschia, avec quatre , & celuy de JDabul avec deux perfonnes: qui ibnt tous obligez de ie trou- uertous les ans à Suratta , 6cy rendre compte de leur adnii- niftration an Prefident. Les Angiois ont bien encore vn bureau dans 1’Iile dejava, mais il a fon Prefident particulier, qui ne depend point de celuy de Suratta 3 quoy qu’il ne laifte pas d’avoir quel- que deference pour luy , aufli bien que tous les navires An¬ giois , qui n’achevent point leur voyage, fans moiiiller devant Surattx.
DY Sk DE MANDELSLO, Mv. I. n5 Les dehors de cette ville fone les plus beaux du monde. 1 A 3 8. Car outre les jardins, ou ils cultivent toutes fortesd’arbres Les^hotsde' friutiers, toute la campagne femble vouloircontribuer à tout dc Sl,r' ce qui pent rejoiiir la veue. l’y remarquay entr’autres vnde ces arbres , dont j’ayfaitla defer ip tion avcc celle de Gttmron^ plufieurs beaux fepulehes, baftisde marbreSc vn Tancke, ou cifterne , faite en odagone, Sc reveftue de pierre de tailie,. ayant en chaque coing vn efcalier, pour defcendre,& au mi¬ lieu le fepulchre dufondateurdece magnifique ouvrage 5 qui eft ft grand, qu’il a dequoy fournir d’eaua toute la ville, mef- me pendant les plus grandes chaleurs de lannée. Les orages & les pluyes commencerent à cefler avec le fEpTEMBRS mois de Septembre , Sc en melme temps , fçavoir le 14. du Angioisam- meime mois, 1’on eut advis, que deux navires Anglois avoientvcnt *Suratta- moíiillé au portde Suhrfy. Le Prefidenty voulutafter enper- fonne, mats il en fut empefehe par les aiFaires, qu’il avoit avec le Gouverncur • de forte qu’il íe contenta d’y envoyer deux des principaux marchands, qui m’emmenerent en leur com- pagnie. Nous arrivâmes à Suhali fur le midy, Sc ayant Iaiílé nos chevaux das le village,nous allâmes à bord de l’vn des deux navires, nommé Difcoher. 11 eftoitde fix cens tonneaux, mon¬ te de vingt-huid pieces de canon , Sc armé de cent quatre- vingts dixhommes.Le Capitaine Menard, qui y commandoit, & les trois marchands qui venoient prendre leurs ordres du Prefident, nous receurent fort bien : Sc d’autant qu’ils ve¬ noient droit d’Angleterre , ils nous dirent tout ce qu’ils fça- voient de 1’eftat des affaires de l’Europe 5 de forte que cette converfation nous fit paiTervne bonne partiede la nuid aflez agreablement. Le lendemain nous allâmes voir l’autre vaif- leau, qui s’appelloitM.wY, Sc eftoit de douze cens tonneaux, & monte de quarante-fix pieces de canon.Il avoit paffe à Aâen, fur lamer rouge,ou ilavoitperdufon Capitaine, qui y eftoit decedé de maladie. Le marenand, qui y commandoit finite de Capitaine,nous receutpour le moins auifi bien qu’avoit fait le Capitaine de l’autre navire, Sc l’vn Sc 1’autre nous oblige- rent à les voir tous les jours,en attendant l’arrivee du Prefi- dent,qui n’y vint qu’au bout dehuid jours. Nousne laiffions pas cependant de prendre quelque fois le divertiffement de la promenade, Sc de la chaiTe5 mais nous retournions toufiours
n6 VOYAGE DES INDES, 3 8. le foir coucher dans vndes deux navires. Dés quelcurs commandans fceurent que le Prefident eíloit arrive à Suhaly, ils íè íirent mettre à terre, & 1’allcrcnc íãliier furlebord de lamer, ouilleurfit vn petit diícours , les ex- hortant à donner des preuves de leur fidelité au fervice de leurs fuperieurs, pendant le temps qu’ils auroientá demeu- rer aux Indes. Apres cela ils’embarqua pouraller au premier navire, ou 1’on tiradouze volêes de canon à fon arrivée. Apres fouper íl alia avec toute la compagnie, à l’autre, oul’on en ti¬ ra íèize, outre ceux qui furent tirés, pendant que 1’on ybeut la fanté du Roy d’ Angleterre,& de plufieurs perfonnes de con¬ dition de ce pais-là. Les deux jours fuivants furent employes auxfeftms, que les Commandans des deux navires iirent au Prefidcnt: qui retournaapres cclaà SufAtta: mais dautant que la nuict nous furprit en chcmin, nous fumes contrains de de- meurerdanslapétite ville de Remei. Xe navire b >1- Le 14.dumefmemoisarriuerentdeux autres navires: dont doís’deHqua!n* 1’vn qui sappelloit Boliuç^ & qui eíloit Hollandois, eíloit de torze cens ton» quatorze cens tonneaux. ll venoit dela ville de B.uavía en ntaux. iifle JeiavA,&retournoit en Hollande charge de poivre , & d’autres efpiceries. L’autre eíloit Anglois, nommé le Cy*w, & avoit eílé cnvoyc par le Commis de Mefulipatan en Períè , pour aller querir des foyes : mais le vent contraire, qui 1’avoit faitroder plus dequatremois furlamer, 1’avoit oblige à pren¬ dre porta Suram - là ou celuy de Hollande avoit en moms de temps fait tout le voyage, dcpuisTexe/ jufques aux Indes. Ie me mis encore en la compagnie des marchands , qii allerent au port voirleurs navires. Nous vimes d’abordle Hollandois, & mmes parfaitement bien receus par le Capitaine , qui nous fit voir toutes les commoditez de fon vaiíleau, qui eíloit fans doute vn des plus beaux &c des plus grands, qui foient ja¬ mais fortis des ports deHollande.il avoit en fa longueur vingt pieds plus que le vaiíleau Mane j mais iln eíloit pas du tout íi large. Pendant toutle temps,quejedemeuray à Suratta, jeneman- quois point de divertiííement. Car ouje m allois promener au port,ou je trouvois compagnie dans la ville, parti culierement chez le Prefident Hollandois, qui y avoit fa famille , & avec lcquel je n’eus pas beaucoup de peine à faire connoiirance j
DV SrMANDELSLO, l;iv. r. Ii7 parcc que ma langue maternelle me permettoit de m’entrete- 1638. niraveceux. Maisayantfceu, que les navires Anglois, avec lefquelsjepretendois retourner en Europe, ne feroient point eh eftat de partir de plus de trois mois. Ie me refolusde faire vn voyage dans le pais, à íaCourdu grand Mogul-, me fervant del’occafion d Vne caff la, ou Caravane de trente charettes chargees de vif argent, de Roenas, qui eft vne racine, dont Ion 1c fert pour teindre en rouge, d’cipiceries, & d’vne bonne fomme d’argent, que les Anglois envoycuent à ^Imadabat. Le Preíidentavoitnomméquatre Marchands, quelquesBe«/.i»s, douze íbldats Anglois, éc autant d'Indiens, pour laconduite decette petite Caravane j de forte que croyant pouvoir faire le voyage en íeureté, ce qui m’euft efté aifez difficile íans ce¬ la , à caufe des couríes que les Rasboutes font fur le grand che- min, je fuivis le confeil du Preíident, & me mis en cette com- pagnie. Ces Rasboutes font des voleurs, qui íetiennent dans les mon- Raft,oUtes.> tagnes entre Brodra & Broitfchia,que 1’onappelle champenir,oii ils ont leurs places- fortes, & des lieux de retraitte, dans leí- quelsils fe defcndentmeímescontrele Mogul. Ileftvray qu’il n’y a pas long-temps, qu’il furptit vne de leurs meilleures pla¬ ces, & que par ce moyen il les retintlong-temps dans le devoir; mais ils íe revolterent incontinent apres, &. recommencerent leurs vols, avec plus de defordre que jamais. Nous partifmes de Surattale dernier jour de Septembre, en pau de Suratfa la compagniedu Preíident & de quelques Marchands Anglois, Pou^ à quinousconduifirentjufqu’avnelieuedela ville , ou ils pri- m a an> rent congé de nous. Nous prifmes le chemin de Broit^hia, & pafsâmesjpremierement par le village de Briou ou Briaurv, ou nous pafsames la riviere. Apres cela, à quatre lieuês de là, par Cattodera, quieftvnlieuruiné, íituéfurvne riviere du melme nom, & eníuitepar Enbfiffer, ou nous tiraímes cn moins de rien plus de trente canards fauvages, & plufieurs autres oy- leaux de riviere; dont nos gens firent grand, chere.Nous tuaf mes auífi vn chevreul, & rencontraímes tant de cerfs & de íangliers, que nous n’avions que faire de nous mettre en peine de noftre íouper : puis que les Hollandois& les Anglois ne voyagentjamais íàns cuiíiniers, qui appreítentle gibier que leurs maiftres tuent; enaílez grande quantité, pourgarnirla
ixS VOYAGE DES INDES, i (> 3 S. cuiiine. Le Iendemain, nous pafsâmes vneriviere, qui eft plus AjmcaBious; large queprofonde, devant qued’arriverala ville, ou nous ne fumes pas fi toft entrez, que le commis Angloisne nous en- voyaft p tier à diíher chez luy. Nous y allâmes, 8c apres diiiier . . nousremontaímesàcheval. dc Broitschia. La ville de J2roit%chia eftíituéeàu. degrds 56. minutes du Nortdelaligne,àdouzelieues deSuratta , 8c àhuitdelamer, fur vne riviere, qui defcend des montagnes, qui feparent le Royaumede Decan davecceluy de BaUgatta. Elleeft baftie fur vne montagne aflez eílevée, ayant des muraillesde pierre detaille, 8c aflez bonnes pour eftre miíè au nombre des plus fortes places de toutes les Indes. Du coftc de laterre elle a deux portes, 6c deux portereaux fur la riviere, par laquelle on y amene quantité de bois à baftir, que l’on n’oferoic defchar- ger, íàns la permiflion exp refle du Gouverneur. L’on y fait gar¬ de, tanta caufe de la place meiine, qui eft fort confiderable, que parce que Tony fait payer deux pour cent de toutes les marchandiies quiy paflent.La ville eft aflez bien peuplee,aufli bien que fes deux fauxbourgs,qu’ils appellent poera, quoy que defortpeude perfonnesdecondition, la pluf-partdes habi- tansn’eftant que tiflerans, qui y font cette force dc toiles de cotton, que 1'on appcll ebaftof, qui íòntles plus fines de toutes celles , qui ie font entoute la Province de Gu^aratta. Toutela campagne des environs dc cette ville eft platte & vnie • fi- nonqu acinq ou fix lieuesdela, versle Zud-Eft, paroiflent 3uelques montagnes, qu’ils appellent pindatfebe, quis’eften- entjuiqu’au delude Barampom,6c qui font tres-fertiies, aufli bien quele refte du pais, ou il vientduris, dufroment, de 1’orge 6c du cotton en grande abondance. C’eft de ces monta¬ gnes que 1’on tire l’agathe, dont 1’on fait de fi belles coupes, des cachets, des manches de coufteaux 6c depoignards,8c plu- fieurs autres beaux ouvrages , que l’on trouve à vendre à Cambaya. Lajurifdidiondela ville de Broitschia sedend fur quatre- •vingts quatre villages, dont le domaine luy appartient, 6c au¬ trefois Ion territoire comprenoit encore trois autres villes,qui ont aujourd’huy leurs Gouverneurs particuliers. A quatre lieues au deflous de la ville, la riviere ieiepareen deux bran¬ ches, qui y forment vne Ifle, de la grandeur d’vne demy
BV Sr DE M ANDELSL O, LIV. I. n9 Iicue, au deíTous de Jaquelleelle entre dans lamer, par deux 3 1 emboucheures. Elle n’apoint deport,maisfeulement vnera- de, qui eft d’autant plus dangereuíè, que les navires,qui y peu- ycntmouiller à fept braffes d’eau,y font expofez à la diferetion de tous les vents. A huict Iieues de la ville de Broits-chia fur le chemin de Cam- b.xy* eft vn grand village nomine lanbuyfar ou Umboufer, oil l’on fait del’indigoen grande quantité, & fur le chemin d'^4- rntJiS°-- madabat fevoit Ie fepuíchre d’vnfaint Mahometan , nommé Follemedotty ■> ou les mores oil Moguls vonten pelerinage, avec tantde devotion, qu’il y ena qiu mettent vn cadenas ata’bou- che, pour s empefeher de parler, & ne 1’oftent que pour man¬ ger. Les autres s’attachent les bras de chaines de fer, & l’on dit Faux miracle.' que les cadenats s’ouvrenr, & que les chaines fe défont par vne puiftance furnaturelle , des qu’ils fe font acquit tés de leurs voeux auprés du íèpulchre. Nous partifmes de Broitschia fur Ie foir, en la compagnie du Part de Broi«. Commis, qui nous voulutconduirejufquesà vne demy lieue chia- de la ville. U y reto’urna, mais cene fut que pour nous rejoin- dreá cinq Iieues delà; parce qu’ayantla direction du commer¬ ce tie# iWr.t , auifi bicn que de celuy de Broitschia, ilvouloit fairc le voyage avec la Caravane. Nous marchaftnes toute la nuict, & tout le lendemain ,jufqu ace que la grande chaleur nous contraignit de camper aupresd’ vne mare, ou nous paf- sâmes le refte du jour, &: vnepartie de Ia nuid fuivante, à fairedanfer les femmes, qui fe trouvoient parmy les B anjans dans la C4wiM»e.Nous partifmes de la apres minuict,& je priay le Commisd’entrer dans le caroile avec moy 5 ou j’appris de luy plufieurs particukritez du pais, que le peudefejour, que je faifois en ces quartiers-là , m’empeichoit de remarquer. Nous paísâmes par les villages de Carztvinet, &de Cabol, ou l’on nous fit payer le peage. A quelques Iieues de la ville le commis Anglois prit le devant, pour donner les ordres ne- ceflairespournoftrelogement. Nous le rencontrafmes, avec foníecond , à vne demy-lieuêde la ville j oimous arrivalmes Arrive à bro¬ le 7. d’Octobre. Lonfitauffi-toftpaíTerlaCdfj/j/íí, pour ialo- ‘[I3, ger au bout d’vn pontdel’autrecoftede la ville, &les mar- '-)cTOBRE- chands Anglois me conduifirent dans vne fort belle maiíòn de plaifance hors de la ville, baftie exprés pour fervirdemaufo- 11. Partie, R
i3o VOYAGE DES INDES, 1638. lée à vneperionne de condition du pais, qui avo it voulu y eilre entcrré-làavectoute làfamille. Apres avoir fait trois cu qua- tre tours dejardin, nous allâmes ala loge desAnglois,oiiilsme fircnt route la chere imaginable : Sc pour me lefaire entiere; ils y firentvenir quelques femmes Ban janes, qui eurent la cu- riofité devoir mes habits eftrangers, quejc n’avois point quit- tés j quoyqueles AngloisScles Hollandois qui s’elftabliflent aux ndes, s’habillent ordinairement à la mode dupai's, Sc me youlurentmefmeobligeramedeshabiller5 mais voyant que je n’en voulois rien faire, Sc mcfme que je faifoisdifficulté o’accepter les offres qu’elles me faifoient de íè mettre toutes nues, Sc d’avoir pour moy toutes les autres complaisances,que je pourrojs defirer depcrfonnes de leur fexe Sc de leur profef. lion,elles temoignerent cn eftre fort offenfees,Sc fe retircrent. dc La ville de Brodra eft fítuée dans vne plaine íâblonneufe, fur Brodra! * Pcticc riviere de Waíjet, à trente Cos, ou quinze lieues, de JBroitschia Cette ville eft fort moderne, come ayant cite bailie pax Rafta Ghie, fils de Sulthan M abomet Bcgeran, dernier Roy deGu^uratta^esmines de Pancienneiiroi/^qjue 1’on nommoit autrefois RadUpora, dont elle eft éloignéed’vne demy lieue. Elle eft fortifiée de bonnes murailles, Sc de baftioms à l’anti- que, Sc elle a cinq portes, dont 1’vne eft muree} jparce qu’il n’yapoint de grand chemin, qui y aboutit. Sesfaabitans, Sc particulierement ceux du grand fauxbourg , qui eft vers la partie Occidental de la ville, iontla plus part Benjans Sc Ket- ter 'u, tiilerans, teinturiers, Sc autres ouvriers en cotton: com- me eftant le lieu detoutela Province ou ie font les plus belles toiles ; qui font plus íèrrées, inais vn peu plus eftrottcs Sc plus courtes c]ue celles dc Brochfcbia, Sc c’eft par là quon les con- noiftparmy les autres. II y ena de plufieurs fortes 5 çavoir des Baftas, des N icquamas ,dcs Maiafons,des Cannçquin,des Chelas noirs, des ^J]a mams bleus, des Bcrans Sc des Tire ardia. Nous avonsbienvoulunommer ces eipeces, afindedomervn peu „ delumiere aux relations, qui nous viennent tousles jours de -■J ce cofté-là. LalunfdidionduGouverneurde Brodra s’cftendfur deux censdix villages, dont les foixante-quinze font deftmes pour iaiubintance de la garnifon, Sc le atog.^/dftpoie decent tren¬ te- cinq reftants , au profit de quelques officieresdelaCour,
DV Sit DE MANDELSLO , LÍV. I. qm ont Icurs penfiom affignées fur ccs villages. Entre lef i í, s . quels ,1 y en a vn, nommé si„d,ckm, i huia lfeues de la vdlé' qui rend tons les ans plus de deux ccns cinquante quintan* de lacquc. C eft vnegomme.quel'on tire Ane certame for te d arbres, qm ne rfcmble pas mal i nos pruniers & l on' Cres-Sra'lde qnatite en coute la Gnm,t,,'sicou. , eft d vn roux brun , mais quand elleeft bienfeiehe & battue en pouldre, les Indiens luy donnent la couleur qu‘ils veulent, du noir, rouge, vert, jaune ,Ôcc, Seen font del ba- ítons a cat better des lettres, ou sen fervent pour lornement de leurs meubles cofftes, bouettes, cabinets, tables, bois de ba, See. & leur donnent vn luftre, que I’onn’a pas encore nil muter en Europe , particulierement pour le noir. Ce pais là produit auifi quantité d’indigo. * encor^pldkurs autres ££ »££ quement baftis, & accompagnés de grands jardins .qm font "le mltS V0* 1Cr°ndC- 1J pris encore le mefme jo»r con^é Part & Bro- dc mon hofte, & me rendis, aveedeux marchands An®lois dra' a la Car wane,que nous trouvâm es campée au coin dVn bois de pa mes, qm produifentdes Coco/, & dontl’on tirele Terry qui eit le breuvage ordinaire de ces quartiers-là. Sur le foir nous vimesarnvcr le commis Hollandois de Brodra, qui nous fit prelent de quelques bouteilles devin d’Eipagne & nous fit compagnie jufquesapres minuiit. a des marchands Anglois vmtavechCarxvanemfques a IV.I net, qui eft vn vieux chafteau,en partieruiné, baft v fur vne haute montagne, ou ll y a vne garniion de cent Cavalhers qm v font payer les droits ftentree^çavoir vn cRopia & demie ou la valeur de quarante-cinq fols, pour chaque charettcunais nous avions vn paílè port du Mogul, en vertu duquel nous pre tendions pouvoir paiTer , & ce fdt pour cela qu’vn de leurs marchands accompagna la Caravanejufquesà celieu-là Etde fait les loldats de la gamifonarrefterent quelques-vnesde nos charertes , & nous voulurent contraindre de payer les droits ordmaires j mais nous nous y opposâmes, & fimes revenu nd- treelcorte,qui nous ouvrit le paffagepar force. Nouspafsâ- mes la riviere, & logeâmes dans le village, faifans vnretran- cnement de nos charrettes, contre la violence , que I’on nous R ij
i3i * VOYAGE DES INDES, 1638. pourroitfaire.Nous reconníimes eh efFet que cette prevoyati- ce n’avoic point efté inutile:Car à peine avions nousachevé de fouper , que le receveur, accompagné d’vne trentainede foldats, bienarmésde demy piques, d’efpees, de rondaches, & defuíils, demanda à nous parler. Nous le laiísâmes entrer dans leretranchement, avectrois de fa fuitte.Mais furcequ’il nous demanda le peage, nous luy dimes, que nous ne devions rien, 6e que le pafleport du Mogu\ nous devroit mettre à cou- vert de les vexations ; mais que pour nous en delivrer, &c pour tefmoigner i’eftime, que nous faiiions du courage des foldats de la garnifon, nousleurferions vn preientdecinqou fix Ropias. Ils rejetterent ces ofFres bien loin, &c perfifterentà demander tout le peage. Ils íè retirerent neantmoins, mais à defiein de revenir le lendemain, commeils firent. Ilvarri- vaau mefme temps vn marchand Hollandois, qui conauifoit vne Caravitne de 170. charretes, eícortécs de 50. foldats Indo- Jlbans. 11 nous dit, que les foldats de la garnifon avoientabattu vn gros arbre das le chemin creux,ou nous avions àpaíIer,pour l’embarailer, &c pour nous empeicher abfolumen: le pailage. Nous cõmandâmes auífi-toft quatre de nos ioldat: d’aller net- toyerle chemin: ce qui obligea ceux du chafteauày envoyer quelques-vnsdes leurs,pour empeicher lesnoftres d’y travail- ler: mais d’autant qu’ils n’y pouvoient aller, qu’ils ne paflaiTent à la portée de nos moufquets, nous nous mimes en devoir de leurdiíputer lepaíTage,&: euxiemirent eneftat de nous for¬ cer dans noftre retranchement : ce qui fit revenir ceux que nous avions commandés pourouvrir le chemin. llyeut quel- 3ues coups tires de part & d’autre: mais nous tirbns avec tant ’advantage, que ceux du chafteau vinrent à con pofition, &c nous firent reprefenter par les marchands Hoi andois, que n’ayans pointd’autre iblde,quel’argentqu’ils recevoient des marchandiíès, qui y paflbient, ils eftoi ent contrains de fe faire payer des paílàns, pour avoir dequoy iubfifter, & qu’ils ie con- tenteroient de la moitié du peage ordinaire, Sc mefme de ce que nous leur avions ofFert le jour precedent; deforce qu’on leur donna fix Ropias, cjui font environ trois efcus. Leur nombre s’eftoit augmente j ufqu’a cent, les foldats Indiens, qui nous efcortoient, refufoient de prendre les armes contre eux ; difans qu’il ne leur eftoic pas permis decombattreles
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 133 foldats deleur Souverain, 6c qu’ds n’eftoient là que pour nous 1 ^ 3 8- defendre contre les voleurs qui nous pourroient attaquerpar Ie chemin. A deux lieues 6c demie de là Ton paíTe par le village d'^Amennoy^ià trois lieues 6c demie plus avant par celuy de Sejant ra, d’oii nous arrivàmes à la petite villede Nariad, que Arrive àNa- lesautres nomment Niri.wd, àneuf lieues de Brodra. Ses mai- nat¬ ions font aflèz belles, 6c íl s’y fait des toilles de cotton6c de l’mdigo-mais non pas en ft grande quantitè, qu’aux lieux que nous venons de nommer. Nousarrivâmesleonziémed’Oíílobreà/Wítw<í^aí/7. Cette a Mamade. petite ville eft íituée à cinq lieues de Nari.td, fur vne riviere bath- aílèz raiíonnable, 6c fort abondante en poiílòn. Elle eft: belle 6c agreable, 6c a efté baftie par deux freres,qui ont fait vn fort beau Chafteau en la partie Septentrionale de la ville. Ses habi- tans font Benjans, 6cil s’y fait vne grande quantitc de fil de cotton , dontils font grand trafic. Le douziéme Octobre nous fimes cinq lieues, 6cpaílànt par -C<*»«,par Batova,Si.cn fuitte pzr lj]empour,o\xily a vn tres-beau Caravanfern,ou commeilsl’appellentvnSary, pour le loge- ment des Caff las ou Garavanes,nous arrivâmesle mefme jour Arrive à Ama- heurcufement à símadabath. a a * Ie pris le devant avec deux marchands, 6c nous emmenâmes avecnouslacharrette,qui portoit les vivres.Nous entrâmes à •vne demy lieue de la ville, dans vn de ces jardins, dont les per- fonnesdequalitéontaccouftumc d’accompagner leursíepul- chres, 6c en attendant noftre Caravane, nous envoyâmes ad¬ vertir le marchand, qui avoit la diredion du commerce en ces quartiers là, de noftre arrivée. II s'ay>y>e\\o\t Benjamin Roberts, 6c n’en eut pas íi-toft receu l’advis,qu’il monta en carofle,pour me venir recevoir. Son carofle , qui eftoit fait à l’Indienne, Bctufsdeiiri.. cftoit toutdoré,couvertde plufieurs riches tapis de Períe,6c ““*s attellé de deux boeufs blancs, qui tefmoignoient pour lemoins chevaiK d’Al. autant de courage, que nous pourrionsdeíireraux plus gene- lcmaSac*. reuxchevaux de noftre pais. Ilfaifoit mener en main vn beau cheval de Períe, dont le harnois eftoit couvert de lames d’ar- gent. 11 fit collation avecnous du peu de vm d’Elpagne6cde biere d’Angleterre, qui nous eftoit demeuré derefte, 6capres celailmefitmonteren caroíTe,avecluy ,8cme menaà la vil¬ le: dormant ordre aux marchands de demeurer dans le jar- R íij
i34 VOYAGE DES INDÈS, din, jufques à ce que la Caravane íèroic arrivée. La loge des Anglois eft au milieu de la ville, & eft fort bien baftie, avecplufieurs beaux appartements, 6c avcc de grandes corns, pour la defcharge des marchandifes. Leiieur Roberts me fir entrer d’aborddans ía chambre, quiavoitveuefur vne fontaine, Ôcfurvn pent jardin de fleurs. Le planciier eftoit couverr de tapis, 6c lespilIiers,quifouftenoientle baftiment eftoientgarnisd'eftoffes de foyede pluficurscouleurs,& par deflus d’vn crefpon blanc, à la mode des grands Seigneursdu pais. II nous fit apporter la collation > apres laquelle ilmefit voir toute la maiion, 6c me conduifit à vne fort belle cham¬ bre, accompagnée d’vn beau cabinet, qu’il avoit deftiné pour mon appartement. Nous ibupames dans vne grandefialle, oil le diredeur du commerce de Hollande nous vint voirapres fouper , avec quelques-vns de fes marchands , avcclefquels j’avois eu occafion de faire connoiflance à Suratta. Apres qu’il fe fuft retire, toute la compagnieme conduifit dans ma chambre , ou mon hofte acheva de me faire compigniejuft ques apresminuid. Etafinqu’il ne manquaftrien ala chere qu’il me vouloit faire, en confideration deslettres d; recom- mandation que le Prefident m’avoit donnees,ilfitvenir fix daníeuíès, des plus belles que I’on avoitpeu trouverdans la ville5 &medit, quefijetrouvois en elles quelque chofequi m’agreaft plus que leur chant & leuradrefte, je n’avois qu a • me declarer , &à m’afleurer qu’elles medonneroienttoutle divertiftement quecelles de leur fexe font capablesde donner & de prendre. Ie le remerciay de fa civilite tant parce que mon mai m’avoit donné denouvellesatteintes parle chemin, que parce que jefaifois difficulté de me mefler avec vne pa- yenne. Elies admiroient mon habit , & principalement la mou- ftache de cheveux qui me battoitfur 1’eípaule, ôcavoient de la peine à croire que je fufte ce que je fuis en effet. Apres avoir pris deux j ours de repos à Amadab.tthy mon hofte ‘ me fit monter en carofte avecluy, 8c fe faifant fuivre par deux autres, me fit voir vne partie de la ville. lj me conduifitpremierement au grand marche, quel’on appelle Metdan-Schack,ou le marché du Roy,quia pour le moins ielze cens pieds de long fur huitcens de large, 6c eft
DV Sr MANDELSLO, LIV. I. ,35 bordé de tous coftés de deux rangs de palmes & de tamarin- i ó 3 S; des, entremeílés de citronniers & d’orengers, dont on voit auííi vne grande quantite par toutes lesmes: ce qui neréjouít pas íèulement la veue, par vne tres-âgreablc perípective, mais aonacauílidelafraifcneur j à Ia faveurdelaquelleon íè pro- mene- Outre ce Meidan il y a dans Ia ville quatre Bxfxrspu. hal- lcs, oíx lJon vend toutes fortes de marchandifes. Ie vis le meíme jour le chafteau, qui eft fort grand, & fort Lc Chafteau. bien baity de pierre de taille de forte qu’il pafle pour vn des plus confiderables de tout leRoyaume. Nous entrafmes auifi auprcs du Meidan, dans vne maifon bailie de briquesquel’on appelle le Palais du Roy. Sur la porteregnoit vn corridor, Le pais du pourlamufiquedeviolons, dehaut-bois&de mufottes, que Roy- 1 on y entend le matin, a midy, le foir & à minuiét, commeen Perfe, & en tous lesautres lieux, dont le Prince fait profeffion de la Religion de Mahomet. Tousles appartemens delamai- ion eftoient beaux, dores &. peints en dctrempe, à la mode du pais j mais avec plus.de iatis faction pour ceux qui trouvent Ieur diverti dement en la diveríité des couleurs, que pour ceux qui le cherchent dans rinvention,oudanslaperfection des pro¬ portions. r Apres cela nous fortifmesdelavillc,pourvoirfcs murail- les, qui font belles, Sc garnies de douze portes, Sc de plufieurs grodestours, Scfontaccompagnéesd’vn foflede vingt-cinq 5^ i mais licit mine en plufieurs endroits,lie fans eau. Nous rentraiines dans la ville, pour voir la principale Mof. Mo^Iu, queedes Benjxns, qui eft fans doute vndes beaux baitiments Bcnians.CC ' quifopuiílevoir. Elle eftoit toute neuve, veu que lefonda- teur, qui eftoit vn riche Marchand Benjxn, Sc qui s’appelloit Santides, vivoit encore de mon temps. La mofquce eft au mi¬ lieu d’vne grande cour, qui eft fermée d’vne haute muraille de pierre de taille, lelong de laquelle regnevne galcrie con¬ verte, de Iafaçon de celles de nos cloiftres, ayantauftifos cel¬ lules, Sc en chaque cellule vne ftatue de marbre, blanc ou noir, reprefentant vne femme nue, eftant affife * & ayantfespieds erodes lous elle, a la mode du pais. II y enavoit oul’on voyoit trois ftatues, fçavoir vne grande entre deux petites. Devant que d’entrer dans la Moíquéc, l’on voit deux ele-
S3I VOYAGE DES INDES, .1638. fans dc marbre noir,faits au nature!,8c fur 1’vn l’effigie du fon- dateur. Toute la Mofquée eft voutée,8c fes murailles embel- lies deplufieurs figures d’hommes 8c d’animaux. 11 n y avoir rien du tout dans la Moíquée, finon que 1 on deieouvrit au bout du baftiment trois chapelles, ou recoins fort obfcur*, re- tranchés d’vne baluftrade de bois, dans leiquels on voiyoit des ftatues demarbre, femblables à celles que nous avioms veues dans les cellules * finon qu’il y avoit vnc lampe alluméc devant Prcftrc Ban- celle du milieu. Nous y viimes vndeleursPreftres occnpe a ,an> recevoir des mains de ceux, qui y venoient íàire Ieursdevo- v tions, des fleurs, dontil ornoitfes idoles, de l’huile pour les Iampes, qui pendoient devant la baluftrade, 8c du bled 8c du íèlpour le íãcrifice, pendant qu’il mettoit les fleurs fiurlcs fta- tucs. Ilavoitlabouche8c lenezcouvertsd’vn linge 5 depeur que Pimpureté de ion haleine ne profanaft le myftere, 8c s ap- prochant de temps en temps de la lampe ,ilmarmot:toitquel~ quesprieres entre les dents, 8c ie frottoit les mains iuir la fiam- me, comme s’illes euft lavéesdanslafumée, 8c fe lespaflbit mefmes quelquefois fur le viíàge. C’eftoit vne eipece de pu¬ rification j parce que ces gens croyent que Ie feu eftant bien plus capable de purifier que l’eau,ilspeuventapres ccela lever feurs mains nettes 8c pures d Dieu. Mais il continma fi long- temps ce badinage, que nous 11 eumes pas la pauencce d en voir la fin j de forte que nous Ie laiísâmes là, pour aller voir les ie- pulchres, quiiontvndes beaux ornemens de la vi.lle- de Ia- quclle nous ferons icy vne petite defeription. Defcription" La ville à! Amctdnbnth, capitale de toute la Gu^'ratu, eft ft e’Araadabath. tude ^ 17) degrez, trente-deux minutes de decà la ligne, àdix- huict lieues de C4»iè
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. i39 fesfujets. II n’y a quail point de nation, ny de marchandifesen 16 3 S. toute 1’Aíie, que Ton ne crouve dans Lsfmadtbath, ouilíefait particulierement vne grande quantité d’cftoffes de foye & de cotton. II eft vray qu’ils fe fervent fort rarement de la foye du pais, & encore moins de celle de Perfe 3 parcequ’elle eft vn peu trop grofle & trop chere : mais ils employent ordinai- rement celle de la Chine , qui eft tres-fine , en la mellant avec celle de Bengala, qui nel’eftpas tant,mais qui 1’eft plus que celle de Perfe , 6c qui eft à meilleur marche. Il s’y fait auifi des brocards d’or & d’argentj mais ils v meilent trop de clinquant, &ilsn’approchent point de la bonté de ceux de Perfe;, quoy qu’il y en ait, qui reviennent dans le pais à huicb efcus la piece. En ce temps-ldils avoient commence à faire vne nouveHe eftoffe, de foye & de cotton, à fleurs d’or, que Ton eftimoit beaucoup, 6c on la vendoit cinq efcus l’aulne : mais il éftoit defendu a ceux du pais d’en porter 3 parce que le Roy fe la re- fervoit pourluy,bienquilpermiftauxeftrangers d’enachet- ter, pour la traniporter hors du Royaume. L’on y fait auf- fi toutes fortes de íàtins & de velours , de toutes couleurs Les maichan-' du taffetas, du la tin á doubler , defil &c delbye , des alca- yfaitiipr^S tifs, ou tapis, à fond d’or, de ioye & de laine, mais qui ne comincice. font pas ft bons que ceux de Perfe, & de toutes fortes de toi- les de cotton. Les autres marchandiíès, que l’on y debite le plus,font, dufuccre candy , de la caftonade,du cumin , du miel, de la lacque, de I’opium, du borax, du gingembre,(bc 6c confit, des mirobolans, & toutes autres fortes de confitures, du íãlpetre , du felarmoniac,&del’indigo , que ceux du pais appellent Anil, & qui y vient en grande quantité. L’on y trouve auffi des diamants à vendre 3 mais d’autant qu’on les y apporte de yifupour, on les peut avoir à meilleur marché ail- leurs. On nelaiffe pas d’y trouver aufti de I’ambre gris & du mufc, Mufc & Am- bien quele pais n’en donne point: car le meilleur ambre-gris bri* Sns- vient du Pegu & de B engaLt, de Mofxmbique&C de C.\bo verde , & fe vend à ^Jmxdabath quarante/W.iw«d/',ou huict efcus l’once. Ily enaqui croyent ,* que l’ambre eft la femence de baleine, endurcie ou congelée parle froid dans la mer : mais li cela eftoit, I’on en trouveroit quantité dans le Nort, oil I on ne va II. Partie S .
i40 VOYAGE DES INDES, 1638. chercher ce poiflon,que pour cn tirer vne liqueur, qui eft auifi infeefe 6epuance, queI’odeurdePambre eildoux £0 agreable. ^ Ie ne puis pas acquieicer non plus a 1 opinion dc ceux , qui croyent qu’ilyadans la tcrredesiburcesd ambre,comme ily en a dc Nefte, ou des mines,comme celles dc foulfre$ veu qu il nes’en rrouve que vers la mer, dans laquelleil vient comme les champignons viennent dans la cerre, 6c y eft attache, jui- qu’a ce que la mer eilant agitce par les vents, lejettefurle rivaac. Pierre de la Brouik , Hollandois, qui a fait 1c voyage A'Angola, de Gmnée 6c des Indescnl am6oj. 6C1606,ditenia relation,que de ion temps Pon trouva au Caboverde^z 1 embou- IèeC ua'-c'1 b e cheure dc la riviere de Gambi, vne piece d’ambre, qui pefoit vingts lines, quatre-vingts livres, dontilachetta vne par tie. Le mufe. pOLlr ce qiu eft (iu nnifc,Pon demeure d’accord qu’il le fai t d’vn abícés , qui ie forme au nombril d vn certain animal, que les vnsdilent eftrede la grandeur durenard, &c les autres difent qu’il reflcmble au chevreuil. Soit done que cet abfees fe fa lie tous les ans, lors que ces animaux font en rut, &c qu en íè veautrant à terre iis le font crever,ou qu’on le ccupe quand on les prend, il eft certain qu’il vient d’vn animal que les au- theurs nomment Gazela y mais les habitans du "egu luy don- nent vn autre nom , que je n ay pas pu fçavoir, <8c qui ne ie trouve point dans les relations, ny dans les hiftoireis naturelles des Indes Orientales. > Michael Royen, leiuite,quiafaitimprimer depuiistroisans,a Vienneen Auftriche,vntraittéqu’il appelle la flloreCluvoije, dit, que Ie veritable mufc fe fait des roignons 6c dies tefticules de cet animal, qu’il nomine Hiam, mais que les marchands Chinois , qui falfifient la plus-part de leurs marchandifes,y meilent auifi la chair 6c le fang du mefme animal,& en font la compoiition, dont ilsrempliftentdes bourions faits de la peau de la mefme befte , que les Portugais appellent 6c taf- chent de les íãire pailer pour les ventables bources. Quoy qu il en foit, il eft conitant, que e’eft vne befte qui produit cctte ex- cellente odeur,que Pon peutappellerl’amede tout leparfum. Maisiln’yariendeiiconiiderable,quelacommodite quel on y trouve pour le chage j IesBenjans eníãiíànsdes traittes6c des remiíès pour toutes les parties del’Afie, 6c meime pour Con- ftantinople : 6c e’eft en quoy les marchands trouvent d’au- \
DV Sr MANDELSLO, LlV. I. Í41 tant-p!usd’avantage, queles Rasboutes, 8clesautres voleurs, rendencles grands chcmins forts dangerenx; quelque depen- lè que le M ogulfaíTe pour la fubfiftance d’vn grand nombre de íoldats, qui ne font entretenus principalement que pour la fcu- rcté des grands chemins. Lesmarchandifesn’ypayent rien en entrant ny en fortant -t finon que Ton fait vnprefent au Couteval, ou Lieutenant de Roy, de la valeur d’environ quinze fols par charrette, 8c il eft permis à tous les eftrangers de vendre 8c cTachetrer, 8c de faire trafic de routes fortes de marchandifes, à lareíèrve de celles qui íòntde contrebande, commela poudre à canon, leplomb 8cleíalpeftre, que Tonne tranfportc point fans la permiífion du Gouverneurj mais aufli Taccorde-il facillement, moyen- nant vne fort legere reconnoiílance. La villc ò! Amadabat comprend dans fon tcrritoire vingt-cinq gros bourgs, ôc dcux mille neuf cens quatre-vingts dix-huit villages j de forte que fon revenu monte à plus de fix millions d’efcus, dont le G.ouverneur difpofe, 6c en fait iubfifter les foldats, qu’il eft oblige d’entretenir pour le fervice du Roy, 8c particulierementcontre les voleurs 5 quoyquebien fouventil les protege, 6c partage le butin avec eux. Le CoutevaL qui eft commele Lieutenant de Roy, commandeibusle Sulthan, 6c ala dire&ion de la police, 6c mefme celledela juftice, con- jointementavecleKít/í, ou luge ordinaire. LeMoguly aauifi plufieursautresoificiers, quilontcommelescontrolleurs 6c les furveillans de ceux que nous venons de nommer. l’employay les jours ftuvans à voir quelques fepulchres, qui font dans le voifinagede laville, 6c entr’autres celuy qui eft dans le village de Znkées, à vne lieuc 8cdemic à\-4madab.ith. C’eftTouvraged’vn Roy de Guzuratta, quil’afait faire enme- moire d’vn K.ifi, qui avoit efté fon Precepteur, 6c qui s’cft ren¬ du illuftre, par plufieurspretendusmiracles, qu’iiafaitapres famorr. Toutlebaftiment, danslequel oncompte jufques à quutre cens quarante colomnes j de la hauteur de trente pieds, eft de marbre, auifi bien que le pave,6c fertde tombeau à trois autres Roys, quiy ontvoulu eftre enterres avec leurs famil¬ ies. A Tentrée de ce fuperbe tombeau fe voit vne grande Tan- que, ou vne cifterne pleine d’eau, 6c clofe d’vne muraille, qui eft percéede tous coftésdeplufieursfencftres. Les Mahome- S lj 1638. Les m.mcit.in - difes nc payent point dc droits d‘entréeàAma. d aba tit. Le revenu de la vi!!e d’Amada- bath. Sepulchre d’r« Kdi.
H* VOYAGE DES INDES, * 6 3 8. tans de ces quartiers-là y font leurs pelerinages: Sc en ce villa¬ ge cie Znkees fe fait lemeilleur Indigo de tout le pais. A vne fieue de làil y avn grandjardin,accompagné d’vne belle mai- fon, que le M ogut C hot* C himaurv a fait faire en memoire de la vi&oire qu’il obtint en ce lieu-là fur Sulthan Mahomed Begeran, dernier Roy de Gu%uratta j en fuitte de laquelle il vnit ce Royaume à fa Couronne , de la façon que nous dirons cy- f c aprés. pcTcinccftucux! L’on nous monftra à vne demy-lieue de la ville m fepul- chre, qu’ils appellent Bety-chuit, c’eft à dire la vergcgne de ta fille dccouverte. L’on y a enterre vn riche Marchanct More, nommèHjjom Majom; lequel eftant devcnu amoureuxdeíà idle, Sc voulantdonnervn pretexteàfonincefte, fut trouver leluged’Eglife , Sc luy dit en termes generaux : qu’il avoir pris plaifir dés íà jeuneíTe, à planter vn jardin , Sc à le cultiver avec grand foin 5 en forte qu’il produifoit preíentement de íi beaux fruits, qu’ils faifoient envie à laplufpartde fesvoiíins. Qtfileneftoitimportuné tousles jours 5 mais qu’il re fe pou- voitpasrefoudre à s’endcfaire, Sc que fon dcíTein tftoit d’en jouir luy-mefme, íi le luge luy en vouloitdonneilapermif- íion par efcrit. Le K a ft, qui n’avoit garde de penetrer dans les mauvaifesintentions dece mal-heureux, luy reípondit, que cela nerecevoit point de difficulté, & luy en fit delivrer vne declaration par efcrit. Hajom la fit voir à íã filie,Sc voyant que ny fon autorité, ny Ia permiífion generale du Iug«e ne Ia pu- rent pas faire confentir a íà brutalité, il la força. Elle s’en plai- gnit à fa mere, qui en fit tant de bruit, que le Roy Mahomet Bcgeran,enayanteítéaverty, lefitarrefter, Scluyfittrancher la tefte. Montagnes de Aupres d'A madabat commencent à paroiílreleseffroyables Marva- montagnes de Marva , qui s’eftendent pendant plus de foi- ' xante-dix lieues vers ^Agra , Sc plus de cent vers O Seelies fonttellementinacceífibles, quelechafteaude Gurchitto, ou neS rcconnolf-demeure **»<* , vn des principaux Radiv de ces quartiers-là, fentpoint l’ai - en efteftimé imprenable 3 en íorte que les Roys de Pettan, Sc wnté da Mo- le Mogul mefme, onteu de Ia peineàle fubjuguer. Les In- diens, quifontPayens, ont encore beaucoup de veneration pour cePrince,que l’on dit eftre fipuiílànt,qu’en peu de temps dpeut mettre fix-vingt mille chevaux en campagne. ' ’ 'í
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 143 Dans la montagne, qui eítentre Amaiabat & Trappe , de- 1 63 8. meure encore vn autre Radi a, quine reconnoift point le Mo¬ gul ; parce que les bois & Ies deíerts le mettent à couvert de la puiflance dece Prince, qui n’en a pas aflez pour l’aller forcer dans fa retraitte, non plus que le Radia d'lder, qui eft fon vaiTal, mais qui refuie iouvent d’obeir à ies ordres. Vn des plus beaux jardins de la ville eft celuy de SchacUa* Le rmJi . au fauxbourg dtBegampour. C’eft le jardin du Roy, &; il eft fort Schachbag.‘ grand, clos d‘ vne grande muraille,& accompagné d’vne belle maiion, dontlesfolTez font pleins d’eau , ies appartemens • fort riches. I’allay de là par vn pontde pierre, quiaquatrc tens pas de long, à vn autre jardin, que 1’on appelle Ni^cina- bag, c eftadirejoyau, ScTondit, que c’eft vne belle & riche Damoifelle, qui l’a plante. Le jardin n’cft pas bien grand,non plus que la maifon, qui Faccómpagnepnais 1’vn & l’autre ibnt tres-avantageuíemen t íitués, dans vn lieu aflez élevé, pour defcouvrn toutela campagnevoifine, & pourformer iur ies ■avenues du pont vnedes belles peripectives, que j'aye jamais veues. Lespluyesquiy tombent pendant l’hyver,font vn grand refer voir, commevneftang, au milieu du jardin, maisPEfte l’on fefert de quelques machines, avec lefquelles plufieurs beufstirentl'eaudes puits, qui fontflprofonds, qu’ils ne ta- riflentjamais. L’on va rarement á cejardin, que l’on n’y ren¬ contre quelques jeunes femmes, qui s’y baignent : elies ne fouffrent point que Ies Indiens les voyent 3 mais ellcs nous permirent d’y entrer, & de leur parler. Ilya tant d’autresjardinsaupres & Amaàab at, & toute la vil¬ le eft fi pleined’arbres, que l’on peut dire, qu’elle ne fait qu’vn feul jardin. Comme en effet, enarrivant à la ville 1’on y en voit yne fl grande quantité, qu’il femble que l’on entre dans vne foreft. Ie remarquay entr’autres le grand chemin , qu’ils appellent Bafchaban, &: qui vâá vn village, quiefteíloigné de fix lieues de la ville. 11 eft fi droit, qu’il iemble , que l’on. ait prjsplaifiráplanter les arbres, dontily avn double rang des deuxcoftés, ilir vne meime ligne. Ce font dcs arbres de cor- cos, qui font en tout temps ombre á ceux qui voyagent 3 mais ce chemin n’a rien d’approchant de ' celuy, qui va dlAgra à Vne ailééde firam pour, qui nc ftiit qu’vnefeule allèei/de cent cinquante «nt.cin
144 VOYAGE DES INDES, riíTent vn nombre incroyable de finges, parmy lefquelsily en a d’aufli grands que des levrt ers, Sc d’aflez puiffans pour affron¬ ter vn homme * mais ceil ce qu’ils ne font jamais, fi Ton ne les de irrite. Ils font la plufpartd’vnverdbrun, Sc ontla barbe Seles ,C fourcils longs Sc blancs. Ils multiplient quafi à 1’infiny, parce que les Benpns, dont Ic nombre eft bien plus grand en ces quartiers là, que celuy des Mahometans, croycnt la Metem- pfychofe, ou la tranfmigration des ames, Sc ne fouffrent point quel’on tueles belles, Sc encore moins celle-cyque les au- tres, parce qu’ellesont quelques refiemblance à l’homme} Sc qu’ils croyent,que les ames les plus belles Sc les plusenjouées, les choififlent pour leur retraitte: Ce qui fait que toute la ville en eft remplie. Ils entrent dans les maiions a tout heure , en toute liberte, Seen fi grand nombre, que ceux qui vendent du fruit Sc des confitures, ont d? Ia peine a les chafier de chez eux, Sc à conferverleurs marchandifes. Ie mefouviens den avoir compté vn jour dans la loge des Anglois jufques a cin- quante à la fois, quifemirentajoiier, Scafairetantde poftu- res, qu’il fembloit qu’ils fe fuflent rendus làexprés, pour me donner du divertiftement. 11 m arri va vn j our de donner quel¬ ques dattes Sc amandes á deux ou trois finges, que je trouvay devant ma chambre, dont ils s’affrianderent fi bien, qu ils ne manquoient point de venir tous les matins querir a dejeuner, Sc fe rendirent enfin fi familiers, qu’ils nefaifoienttplus de dif- ficulté de venir prendre du fruid Sc du pain dans rroa main. Ie prenoisplaifir quelquefois aenattraper quelqu vinpai la pat- te, pourobligerlesautres à mefairelagnmafle, &à me de- mander leur camarade, jufqu’a ce queje les vifleenhumeur de fe j etter fur moy, pour me 1’arracher de force. Les meftnes arbres nourriflent toute forte de gibier, Sc par- ticulierement vn nombre inconcevable de perro quets, dont il y a plufieurs efpeces. L’onappelleles plusgros corbeaux d’Inde. Il y en a qui font blancs, oud’vngrisde perle, Sc font cocffes d’vne houpe incarnate, Sc on les appelle Kukatou, a caufe dc ce mot, qu’ils prononcent en leur chant aííezdiílin- clement. Ces oyfeaux font fort communs par toutes les Indes, ou ils font leurs nids dans jes villes, lous les toicls des mai ions, comme les hirondelles en Europe, Ceux qui fontplus petits, Sc quel’on aimed caufode labeaute Sc diverfitdde lcuis couT
DY Sr DE MANDELSLO, LIV. L 145 leurs , parce qu’ils one le plumage bigarré d'vn vif nacarat fie 1 ^ 3 S. d’vn beau verd, fone leurs mds dans les bois ,& les attachent au bouc des branches, en force qu’ils pendenc en 1'air* afin de conferverleursperiesconcrelesferpents,qui les pourfuivenc. Us fone leurs nids de foin , ou de chaume, 8c le plus fouvenr ils enattachetdeuxenfemble,avec vne ouverture par en hauc, & vneaurreparenbas. Ces oyfeaux font vn e ft range degaft au fruit, 8c parciculieremenc au ris, parce qu’on ne les cue point, 8c mefme les Benjans ne les voudroient pas em pefcher de man¬ ger : non plus que les Canards fauvages, les herons 8c les cor- CoinioIanr- moransj done la riviere eft toute couvertc. Nous avons parle de ces oyfeaux en Ia premiere Partie de cette Relation, à l’oc- cafion de ceux que nous vimes fur la riviere de tvolga 5 e’eft pourquoy, nous nous contenterons d’y adjoufter icy, que e’eft le meíme oyfeau, que les hiftoires naturelles nomment Onocra- t,tlu^àcaufedu bruit qu’il fait dans l’eau, quandil y fourre fon bee 5 parce qu’en pouiTant fa voix de toute fa force,il imite en quelquefaçonle brayement del’afne. Il a l’adrefle d’avaler les mouflesjufquesdansl’eftomach, oiiil les garde, jufquace que la chaleur ait fait ouvrir la coquille, 8c alorsillesrejette, pour y prendre Ie poillon. Iln’y a point de gibier ny de venaifon, quel’on ne trouve vc* dans ces forefts, mais particulierement des dains , des che- vrueils, des alms, ou alnes fauvages, des fangliers 8c des lie-t- vres.Ilsne manquent point non plus d’animaux domeftiques, Animauxdo- comme buffles, beufs , vaches 8c moutons,&; la riviere four- meihclucs- nit vne fi grande quantité de poiifon, quel’onpeut dire avec Poiflbn. verité, qu’il n’y a point de lieuau monde, oil Ton puifle vivre plus delicieufement. Iln’vaquele vinquileur manque: mais au lieu decebreu- j'0’?3 l. 1 . 1 1, • 1 1 1 . de via en Gu- vage , ils ontle Terry , quel on tire desarbres de Cocos,qui zUratta. n’eft pas moins delicieux que levin. Ilsontla plus excellence eaudumonde, &ilstirentdu ris,dufuccre 8cdes dattes , I’a- rrff,qui eft vne efpece d’eau de vie, bien plus forte 8c plus agrea- ble que celle que Ton fait en Europe. Mais s’lly a dans le Royaume de Gu^uratta des beftes de Bcftesfemces. fomme , 8c dont les hommes fe peuvent fervir, il y en a d’au- tres auifi, dont ils fe doivent donner de garde. 11 n’y a point de riviere qui ne nourrifle quantité de crocodiles,qu’ils appellent
1638. Crccodilcs. Crocodiles de tiente pieds. Vn crocodile avalc vne fem¬ me avec tous, fes habits. Comment ils .couvcntleurs ocufs. Crocodiles de cent pieds. Serpens. 146 VOYAGE DES INDES. c Ay man, & qui font de grands ravages, cant dans Peau, que fur la terre parmy le beftail, & meiine parmy les hommes,qu’ils atcrappent Iors qu’ils fe baignent, on quand en voyageant ils vonc le long de la riviere: cec animal eftanc ft vide, qu’vn horn- me a de la peine á s’en fauver à la courie p bien qu’en fe détour- nanc louvenr, 6c en courant en ferpentant, l’on puifteaifémenc cluder ia pouriuitte: parce que le crocodile n’ayamt point de vertebres aucol, ny a l’eipine du dos, il n’a pas l”adreife de fe tourner, 6c e’eft pourquoy il furprend bien plus fouvent les homines qu’il ne les pourfuit. Il fe cache ordinairement dans l’herbeau bord de la riviere , pour attraper ceux qui y vont querir de l’eau , 6c les Benjans , qui croyent que les ames de ceux qui font ainii engloutis par ces belles , vont tout droit en Paradis, n’ont garde deles tuer. 11 eft certain qu’il s’en eft trouvé dans les follez de la villedc Pegu 5 quiavoient plus de trente pieds de long, 6c qui eftoient tellemient achar- nes a la chair humaine, qu’il ne le paiToit quail poimtdejour, qu’ils ne mangeaflent quelqu’vn, fans que les Benjans fe mid lent en devoir de s’en défaire. MaisleRoyen ayantfait re- marquer vn entr’autres , qui faifoitfeul plus de nial que tous les autres enfemble , le lit prendre 8c aftbrnmer. 11 s’en eft trouvé vn qui avoitavalé vne femme avec tous fes habits. Ils couvent leurs oeufs, qu’ils font jufques au nombne de 28.011 de3o. de fable ,au commencement delaLune, 8c les laiflent couverjufqu’au declin de la Lune fuivante. En less deterrant ils tuent plufieurs petics: ce qui les empefehede fe multiplier a l’infiny. Ionflon die en ion Hiftoire naturelle,qu’aupres de Panama , dans les Indes Occidentals, il s’en eft trouvé, qui avoient plus de cent pieds delong. Mais ce n’eft pas noftre deftein de faire icy vne digreifion fur l’hiftoire na:urelle , & nous nous contenterons de dire, que ceux que nousavons veu, eftoientd’environ douze ou quinze pieds. Ils ont la peau du dos plus dure qu’vne cuiraílè «à 1’eipreuve du mouiquet ; de forte que pour les tuer, il les faut prendre par le coité ,&les entamer parle ventre. Les habitansdupaisafleurent,quecét animal eft naturellement poltron, 6c qu’il fuit ceux qui l’af- frontent, 6c qu’il n’a du coeur qu’avec ceux qui n’en one point, 6c qui lefuyent. Ce pais a cela de communavec tousles lieux chauds, qu’il produit l
DV SkMANDELSLO, LIV. I. i47 produitvnnombreinfinidecouleuvres Sede ferpents, quiy 163$. font tres-dangereux, Se entr’autres de ceux que Ton appelle d’vn nom Grec amphisbene, qui one deux teffces. Il eft vray que jen’en ay point veu:Secen’eft pas iurmon teiinoignage, que Ionpeutcondamnerl’opiniondeceux, qui diíèntavec beau- coup deprobabilité, que la nature ne produit point d’animal àdeuxteftes,fiellen'adeíIein|defejoúer, Se defairevnmon- ftre, Scquel’errcurde ceux qui parlentdel’j^/iiewe, nepro- cedequedecequ’ilsontveu des ferpents, qui contre l’ordi- nairedesreptiles, ont le corps auifi gros vers la queue qu’ils Pont vers la tefte. Etdefait, Ponpourroittraitterde ridicules ceux, quiveulentfaireaccroire, quecesteftes commandent Se obeiííènt alternativement par annees, ft ceux du pais ne l’afteuroient, Se ft Nterem bergiusen ionhiftoirenaturellen’efi crivoit,qu’vn habitant deMadrid,nomine CortavilU Pavoitaf- feuréen avoir veu : mais il necroitpoint Iuymeftme ce qu’il yajoufte5 fçavoir que cet animal porte fousvnedefes langues le remede contre le venin que Pautre à vomy. Les bois fontpeuplés de Lions, de Leopards, de Tig res Sc d’Elefants, dontnousaurons occafion de parlerailleurs. Maisiln’yaricndcficommun en ces quartiers-íà, comme chauve-fouri* aulli par tout ailleurs dans les Indes, que les chauve-íòuris,qui n’y font pas moins grandes que chez nous les corbeaux, & ft y beaux! °r’ en a qui íont dela taille de nos poules. Elies font tant de degaft dans les jardins, que I’on eft oblige d’y faire garde, pour la con- íèrvation des fruits. La viWed’^nmdabat entretient de ion revenu, pourleiervi- La villed'Ama. ce du Mogul, douze mille chevaux 8c cinquante elefants, fous le commandement d’vn chan, ou Gouverneur, quialaquali- mille chevaux. té de Raja, Radia,on Rafgi,e’eft à dire Prince. Celuy qui y com- mandoit de nion teps s’appelloit ^reb- change eftoit âgé d’en- viron foixanteans. L’011 m’yaílèura, que Pargent Selesmeu- bles qu’il poiTedoit,motoient à la valeur de dix Crou ou Carrots Rep 1 as, e’eft à direà cinquante millions d’efeus, le crou compté Richeflès da àcent Lake lioptas, qui valentchacun cinquante mil' efeus. Il GouvC:ncUri n’yavoitpaslong-temps, que íà ft lie, qui eftoit vne des plus belles de toutle pais,avoit eípoufé le fecond fils duMo^»/,8de chan enPenvoyantàla Cour, Pavoitfaitaccopagner ãe vingc Elefants, de mille chevaux Sc de fix cens charrettes, chargees II. Partic. T
16 3 8. Sa Cour; la defpence de la Mai foil. Mandelilo vifi- te le Gouver- neur d' Amada - bach. Lcur entretien. 148 VOYAGE DES INDES, desplus riches eftofFes, 8c de tout ce qu’il avoir pu trouver de rare dans le pais. Sa Cour eftoit compofee de plus de cinq cens perfonnes, donr les quatre cens eftoient ies efclaves, qui le fervoient en ies aiFaircs, 8c eftoient tousnourris dans la mai - ion. L’on m’afleura auflique fa defpenfe montoit à plus de cent mil cfcus par mois,íans celle de l’écurie,ou il nourriiloic quatre ou cinq cens chevaux, 8c cinquante elefants. Les plus quali¬ fies deiafuitte eftoient fort magnifiquement habilles, quoy que pour íà perfonneil negligeaft ce foin, 8c qu’il fe contentaft de s’habiller d’vne vefte de toile de cotton , comme les autres Jndofthan' finonquaudilfortoitdechezluy , pouraller par la ville, oupouralleràlacampagne; caralors ilparoiiToitfort, eftant aftis ordxnairement dans vne riche chaifepofée fur vn elefant, couvert des plus beaux tapis, ou alcatifs de Perie, íè faiíànt accompagner dVne garde de deux cens hommes,faiíànt mener en main pl'ufieurs beaux chevaux Perfans , 8c faifant porter devantluyplufieurseftendarts 8c bannieres de diverfes couleurs. Ledix-huictiemed’Octobre j’allay avecleMarchand An- glois voir le Gouverneur, que nous trouvamesafisdans vn pavilion, quiavoitveuCfurlejardin defà maiion. Apresqu’il nous euft fait ailcoir aupres de luy, il demanda àmon hofte qui j’eftois. Il luy dit en /ndoflh.m-q\xc j’eftois vn Gentil-hom- me d’ Allemagne, que Ten vie de voir les pais eftrangers, 8c de profitcr des voyages, avoit fait fortir de fa patric. Que me trouvantenPerfe,àloccafiondel’ambafladequemon Prin¬ ce y avoit envoyée , j’avois vouluvoir les Indes, comme le plus beau pais du monde : 8c eftant prefentemeit en cette grande ville, j’efperois qu’il ne trouvcroit pas maivais, que jemedonnafle l’honneur de luyfairela raverencc. Le Gou¬ verneur repliqua , que j’eftois lebien venu, quemirefolution eftoit bonne 8c gencreuíê, 8c qu’il prioit Dieudela benir. Il me demanda en íuitte, il pendant le iej our que j’a-vois fait en Perfe, j’avois eu la curiohté d’apprendre la langue. Ie luy ref- pondis, quej’avoismieuxaimeapprendre la langueTurque, 8c que je la fçavois aflez bien pour me faire entendre. Le Gou¬ verneur, qui eft Perfe denaiftance, merefpondit, qu'il eftoit vray que la langue Turque eftoit fans comparaifon plus com¬ mune àla Cour du Sduch} que celle du pais, 8c me demanda
DV Sr mandelslo; liv. i. h9 en fuitte monaage, & s’iJyavoidong- temps que j’eftois party 1 3 8. d’Allemagne. IeJuydis, que j’avois vingt-quatreans, &qu’il y en avoit trois que je voyagcois.Ilconnnua à me dire,qu’il s’é- tonnoitdc ce que mes parens m’avoienc permis de voyager en cétaage-Jà ,& me demandai! je n’avois point change d’habit par Je chemin: & fur ce que jeluy refpondis que non,il me dir, que c’eftoit par vn bon-heur bienparticnlier, que j’avois pff voyager en cec equippage par rant de pais , fans aucune mau- vaile rencontre, & que les Hollandois 6c les Anglois, pour l’eviter, s’habilloienta la mode du pais. 0 ’* Apres vne converfation d’vne heurc nous nous voulumes lever, & nous retirer , mais le Gouverneur nous pria de de- meurer , & de difner avec luy. U nous fit donner du fruit qu on Juy avoir fervy , en attendant que I’on mift la nappe’ qui eftoit de toile de cotton,&: I’on en couvritvn grand tapis de maroquin de Levant rouge,que l’on coucha fit le plan¬ ar* Le difner eftoit beau, & eíloit fervy Ôcapprefté àlamo¬ de de Perfe , la viaqde eftant couchée dans les plats, qui eftoient tousdeporcelaine,fur durisdeplufieurs couleursde la meimg façon que nous avions veuàlaCour d’/fpahan.Nous nous re tiram es incontinent apres le difner, &quandje voulus prendre conge du Gouverneur , il me dlt en langue Turquc: Serni dahe K urim, e’eft à dire je vous verray encore.-me voulant faire entendre, qu’ilferoit bien-aife de m’entretenir encore. Et de fait, nous y retournâmes le 10. mais je m’eftoishabil- lea la mode du pais, à caufe du deiTein que j’avois de faire le S Got voyage de Cambaye, quej’euife eu bien dela peine àfaireau- vcrueui- tremenr. Nous le trouvâmes encore dans le mefme appartc- ment, oúnous l’avions veu la premiere fois. II eftoitveitu d’v¬ ne vefte blanche, à l’lndienne, fur Iaquellc ilenavoit vne au¬ tre plus longue, de brocard,àfondsnacarat,doublédefatin bianc, & par defius vn collet de martre zobcline , dont les peaux eftoient coufues enfemble, en forte que les queues bat- toient fur le dos. Dés qu’il nous vit entrei, il nous fitaffeoir aupres des Seigneurs, qui eftoient avec luy. 11 eftoit enaffiu- ics • ce qui 1 empeicha de nousentretenird’abord rmais jene laiílày pas de remarquer, que l’habit que j’avois pris luy plai- ioit. Il faifoit expedier plufieurs ordres , & en efcrivoit luy mefine 5 mais ces affaires nel’occupoient pas aifez, pourl’enu T ij
150 VOYAGE DES INDES, * í 3 8. pcfcher de prendre du tabac, qu’il prenoic de la façon qu’il a efté dxt en la premiere Partie de cette Relation: ayantaupres delay vn vallec, qui luy tenoitd’vne main Iapippe à la bouche, & de l’autre d y mettojt du feu. 11 quitta cet cxercice, pour al- lerfaire la reveuc de quelques compagnies de Cavaflerie 6c d’infanterie , qui eftoient dans la Cour, rangez en bataille.il voulnt luy mefime voirleurs armes , 6c les fit tirer aublanc, pour juger de leuradreftc, 6c pour augmenter les gages àceux quiy reiiffirent le micux, aux defpens desautres, dontil di- minuoit les gages d’autant: de forte que le voyanstcllement occupc, nous nous vouliimes retirerpnais il nous fit dire qu’il vouloit que nous difna/Iions avec luy5 nous faiíàns cependant fervir du fruit, dont nous envoyâmes .vne bonne partie en no- ftrelogis, par ion ordre. Quelque temps apresilfe fit apportervn petit cabinet d’or, enrichy de pierreries, dont il tira deux layettes, 6c prit dans l’vne de I'offion , ou opium , 6e dans l’autre du bengry qui eft vne certaine drogue ou poudre, qu’ils font des fueilles 6c de la graine de chenevix, dont ils ie fervent pour s’exciter à la luxure. Apres qu’il en euftpris vne cuillerée, il m’eMoya le cabinet, 6c me dit, qu’il ne íèpouvoir, que pendant lefejour que j’avois faita//p<*W,je n’eufle appnsà connoiiftrel’vfage decettedrogue: que jeluy ferois plaifir d’en premdre, 6cque jelatrouveroispour le moinsauffi bonne, que eellle que j’a¬ vois veueen Perfe. Ie luy dis, que je ne ferois pas biien capable d’en juger} parceque je ne m’en eftois pas fouvent íèrvy parais quejenelaifTeroispas d’en prendre, 6c de faire m on profit de l’honneur qu’il me faifoit. I’eus done la complaifance d’en prendre, 6c le marchand Anglois cn fit autant,à mon exemple: quoy que ny 1’vn ny 1’autre n’en euffions jamais pris, 6c que nous n'y trouvaffions pas beaucoupde gouft. LeGouvcrneur me demanda , oil j’avois appris la langue Turque, 6c fi j’avois efté â Conftantinoplc. Ie luv répondis, que je n’y avois point eftc^mais que j’avois employe acelale peu de temps que nous avions demeuré en la Province de Schnrvm , 6c en la ville d’/fpahan , ou cette langue n’eft pas d'\ra°a™tChrm°inS^amiliere ftuece^e Pais- 11 me dit,que Ie Schinvan «ft Perfe dc” eftoit fa patrie, 6c ayantfeeu que j’avois eu I’honneur d’avoir uai/Tance, efté particulieremeftt connu de Sciuch Sefi , d’avoir difné àfa
DV Sr DE MANDELSLO, LIV\ T. iji1 table, Sc d’avoir cíté à la chafle avecluy, il me demanda,quel 1 ^ 3 S. jugement je faifois du Roy de Perfe, Sc ce qui me plaifoit ou delplaifoit le plus en ce Prince. Ieluy reípondis, quec’eftoit vn jeune Prince de parfaicement bonne mine , Sc qui avoir Mais n’a im aílcz d’efprit Sc de coeur pour fe fãire obeirenfon Royaume. pRojr II me demanda en íuitte, s’il regnoit toujours en tiran , &s’il còndnuoit toujours fes cruautés: je luy reípondis que depuis que 1’aage avoit modere íes emportements, íon gouverne- ment commcnçoit d’eftre plus doux. Mais 1 eChan me repliqua, que Schach- avoit empoigné le íeptre avec des mains fan- glantes, Sc que le commencement de íon regne avoit coufté la vie àvne infinite de perfonnes,de toute forte de conditions Sc de qualités. Que la cruauté eftoit hereditaireen famaifon. Quil la tenoit de ò < hach^tbasjb n ayeul,& qu’il ne falloit point eíperer qu’il íè deffift jamais d’vne qualité,qui luy eftoit de- venug naturelle, quand mefme il auroit le pouvõir de fe de- Í;uiferpour quelque temps. Quec’eftoitlàlafeufecaufe,pour aquelle ~4lymerdan~Chan , Gouverneur de Candab.tr , avoit eftè contraint de íe jetter entre les bras du A4oç«/, Sc de luy rendreíàplace 5parcc qiíil fçavoitqueíàvie n’cftoit point en feureté, quoy qiíilneuft jamaisricnfaitcontrelefervice de lõn Princéjmais qiíon la luy ofteroit dês qu’il íeroit a la Cour, ou il avoit eu ordredeferendre, pour augmenterle nombre des Seigneurs, que ce tiran avoit fait executer. Qual vouloit croire , que Schach Sefi avoit de L efpnt, mais qu’d ne pouvoit non pluseftre mis en parallele avec celuy du Mogul, que íon pouvoit faire comparaifon de la pauvreté del’vn avec les ri- cheiTes immenfes de l’autre : veu que le Prince fon Maiitre avoit dequoy faire la guerre à trois Roisde Perfe. le n’avois garde d’entrcr en conteftation avec luy fur vne matiere fi de¬ licate 3 ceil pourquoy je luy dis, qu’il eftoit vray,que ce que j’avois veu de íor Sc de Í argent Sc des autres richeílès de Per- 1 fe,ne pouvoit pas entrer en comparaifon avec ce que je voyois preíèntemet dans le Royaume du Mogul^ mais qu’il falloit ad- voúeraufli, quelaPerfeavoitvnechoíe,queíonne trouvoit pas aillcurs, Sc qui eftoit ineftknable en effet 5qui étoit vn fi grad nombre de KiflUcbs,avec lefquels le Roy de Perfe pour- roit entrepredre la coqueftede toute Í Aiie.Ce que je dis a dei- feiigpaice queje íç.ivois que le Gouverneur eftoit Kifilbacb 5
Jtí>3 S. Cruaurc du Gouvcrncur. 151 VOYAGE DES INDES, & que ce difcours ne luy pourroitpas deíplaire. Et de fait, il Ie íít bien connoiftre 5 noníèulementen diíant, qu’ilfalloit qu’il en demeuraft d’accord 5 maisauífi quand enfe tournant vers vn de ces Seigneurs, qui eftoit Perle commeluy , illuy dit; iv dU bckfade , jafchi a-djmdur, chafpt adttmUr foiicr. C’eft à d ire, IecroyquecejeuneGentilhommeaducoeur,puis qu’il parle avcc tant d’advantage de ceux qui enont. A peine ayions nous achevécétentretien, que 1’on ferviftà dilner. L’Efcuyer trenchant eftoit aflis au milieu des grands Vafes, dans lefquelsonavoitapportéIaviande,&:enmetroic avec vne grandecueilleredans de petitsplats, que 1’oníèrvoit devant nous. Le Cban meíine eut le foin d’y en mettre, & de nous 1’envoyer; pour nous faire connoiftre, qu’il ne fedeíplai- foit point en noftre converfation. La chambre eftoit pleme d’ofhciers de guerre, dont les vns íe tenoientdebout, la pique à la main, & les autrcs eftoient aífis aupres d’vne TUntckc, ou ci- fterne, dans la meíme chambre. Nous nous retirâmes incontinent apres difner , Sc le Gou- verneur, en nous congediant, nous dit, que fon deílèin eftoit denousdonnerledivertiftementdesdanfeufes du pais, Sc de nous y faire pafter 1’aprefdinéejmais que les affaires nc luy per- mettoient de faireprefentementce qu’il prerendoit: faire vne autre fois, quand nous 1’irions voir. Mais le deftein q{uc j’avois de faire le voyage deCíOwLtj.f,jointau peudcíàtisfacliionque je trouvoisaux poftureslubriques Sc infolentcs de ces dlanfeuíès, quejen’avoisquetrop veuesenPerfe , m’empeichaint de fai¬ re mon profit de fes offres. Ce Gouverneur A'Anudabat eftoit hommed’efprit, mais fier Sc tellement fevere , que fon gouvernement tenoit de la crueauté. A ceproposjediray,qu’vnjourlesdeursdire(fteurs du commerce de Hollande Sc d’Angleterre, eftans à dmer chezluy,levalletdechambredece dernier entra dans laíallc, pour íèrvir íon Maiftre. Ilavoitvnpourpointdecoupé , dela fa
DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. I. 155 pourpoint de la forte, afin de donner paíTage à 1’air , Sc de 1^38- trouver vn peu de foulagement contre les grandes chaleurs du país, ou les Europiens ont de la peine à saccouftumer. Mais le Gouverneur repliqua, que cette penfée n’eftoit pas mauvaife , Sc neancmoins qu’il s’eftonnoit de ce que Jes Chreftiens, qui font íi íàges, Scquionttant deíprit, ne s’eftoient pas encore avifés de faire vn pourpoint de plu- fieurs lambeaux, plutoft que de découper les eftoffes. IIíê mit de fi bonne humeur, en radiant ainfi avec 1’Anglois, qu'il voulut fe divertirlereftcdujour, & cnvoyaquerirvingt dan- íeufes, quienarrivantfedcpouillerent routes nues, Sc femi- rent à chanter &à danfer, avec bien plus d’adreile&i deju- fteííè, quel’onnevoitennosdanieursdecorde. Ellesavoient despetits cerceaux, dans leíquels elles paflb ient avec plus de foupleílè, que n’cuftpu faire vn finge, Sc faifoient mille po- ftures en cadence, auíon de leur mufique, quieftoitcompo- feed’vn TumUk, ou timbale, d’vnhautbois, ôcdequelques 5xetits tambours. Apres qu’elles eurent danfe prés de deux íeures, le Gouverneur voulut que l’on allaftà la ville cher- cher vne autre bande de danfeufes 3 mais les vallets vinrent dire qu’elles eftoient malades, Sc qu’elles ne pouvoient pas venir. Mais íl ne fe contenta point de cette défaite, Sc ren- voyalesmefinesvallets, avec ordre exprés d’amenerces gar- ces, de gré ou de force : Sc fur ce qu’ils le vouloient payer de la mefmeexcufe, il commanda qu’on leur donnaft des coups de bafton. Ce qui les obligeaàfe jetter aux pieds du Gouver- neur,& à Iuy dire, qu’effe&ivement elles n’eiloient point ma¬ lades, mais qu’clles eftoient dans vn lieu , ou elles gagnoient de 1’argent à vn autrejeuqua danfer, Sc qu’elles refufoient de venir 5 parce qu’elles diioient, qu’elles fçavoient bicn quele Gouverneurnelespayeroitpoint.il enrit, mais il commanda auifi-toft «1 vne partie de fes gardes de les amener prefente- Cnuatc du ment, Sc elles nefurent pas fi-toft entrees dans la falle, qu’il ^Amadàbatl», commanda qu’on leur tranchaft la tefte. Elles demanderent la vie avec des cris Sides pleurs horribles 3 mais il voulut eftre obey, Sc fit faire l’executionen la prefence detoute la compa- gnie5 fans que pas vn des Seigneurs oíaft interceder pour ces miferables, qui eftoient au nombre de huidl. Cct horrible fpe- clacle, Sc cette aclion mlxumame eftonna les eftrangcrs3 mais
DV Sr DE MANDELSLO, LIV.I. V# tiers & de truchcments aux Anglois & aux HoIIandois , 8c i 63 g. qui entendent leur langue , avec la Portugaiíè, qu’ils one appriíêparle moyen dugrand commerce, que les Portugais fone par toutes les Indes. II me vint aullx-coít querir en ca¬ ro lie, pour me mener dans la ville, 8c me fic loger chez vn mar- chand Mahometan, ouje fus fort bien accommodé, parce 5*0: e.^<^eur Anglois ne fe trouvant point for le lieu, iefis dimculte de prendre logis chez eux. Ie ne fus pas fí-toftarri- ve, que je priay le Brocker de m’accompagner par la ville,& de m y faireremarquer ce qui meritoit d’eftre veu. La ville de Cambay* eíl íituée à feize lieues degroitschia,dans 5>e.fcriPtlioa1 vn lieu fâblonneux , fur le bord dela mer, qui y forme vne Cambay*! grande baye, dans laque.lle la riviere de May, qui lave íesmu- railles, fede^orge.Sonhavre eft aílez in commode, quoy que a haute maree y ameineplus deiept brafles d’eau, maisau re¬ flux les navires y demeurentà fee,dans le fable & dans la boue dont le fonds eft meflé. La ville eft ceinte d’vne fort belle muraille de pierre .de taille , 8c a douze portes ,de grandes maiions, 8c des rues droites 8c larges, qui ontlaplus part leurs portes, quel onfermelanui
~i5$ VOYAGE DES INDES, 16 8. fbrt élevé, oueftoit le íèpulchre du Mahometan, qui 1 avoit fondé , ôc qui y eftoit enterré avec toute fafamille. La tom¬ be eftoit couverte de marbre , 8c avoit pluíleurs inferiptions Árabes. II n’y a point de lieu en tout ces quartiers-là , dont la veue íoit íi belle , non feulementdu cofte de la mer, mais auíll du coité delaterre-, ou l’ondefcouvre la plus belle cam- pagne du monde. Ce lieu eft fi agreable, que le Mogul eftant vnjour icambayx , voulut loger dans le jardin, ÔC fit oiler les pierres du íèpulchre, pour y faire dreíler íã tente. Tandis que je m’amufay à regarderles particularitez de ce baftiment, je vis arriver deux marchands Anglois, qui me re- procherent agreablemcnt le tort que je faiíois a leur nation , de preferer la maiíon d’vn Mahometan a leur loge •, comme íi je ne m’en eftois pas bien trouvé àSuratta ,& aux autres lieux,ou je leur avois fait Fhõneur de loger chez eux.. IIs m offrirentde m’accompagner en ma promenade , & me promirent de me venir prendre le lendemain matin, pour me conduire au lieu, vne veufve Indienne íe devoit faire bruler volontairement. Biioux d’aga- je me renc[is fUr le foir dans mon logis, ou le courretier me fit apporter pluíleurs Alcatifs ou tapis , des couveitures pic- quées, des robbes de watte ,,deseftoffès de íoye, des toiles de cotton , des vaies, des manches de coufteau, des cachets , des bracelets, des bagues & des bouttons d’agatte, de cornaline , de jaípe,8cc.detoutes ibrtesdecouleurs; qui me donnoient fort dans la veue j mais n’ayant point d’argent de reífte , je me contentay d’achetter quelques petites bagatelles, afin de ne des-obliger point mon homme j quoy que d’ailleurs le J^on marche ne me donnaft que trop d’envie d’achetter. Vne femme Le lendemain les Anglois ne manquerent point de íè ren, SbrTneí dre à mon logis, d’ou nousallâmes eniemble fur le bord de la riviere hors-de la vil le, oix cette execution volontaire fe devoit faire. Le mary de cette femme , eftoit tf.uboute, & avoit efte tué aupres de Za/;ov, àdeux cens lieues de Cambay a, D és qu’el- lefceutlamortdeíonhomme elle voulut faire íês obfeques , en fe faifaut bruler vive. mais dautant que le M oguí &fes Oifí- ciersfont Mahometans, quitâchent d’abolir petittà petit cet¬ te couftume Payenne ÔC barbare, le Gouverneur y avoitlong- temps refifté, prenant íon pretexte, fur ce que les niouvelles de Ia more du mary eftant meertaine, il ne pouvoit pas çonfen-
DV Sr DE M ANDELSLO , LIV. I íy7 tir à vne humanité, dont l’on auroit peut-cftre íújec de Te re- 16 pentir. Lc deíTein du Gouverneur eftoit de voir, íl le temps modereroit Ia paífion, que la femme tefmoignoit devouloir fuivreíònmaryenrautre monde : maisvoyant qu’elle redou- bloittous Iesjoursfesinftances,illuyperrnitenhn deíãtisfairc aux loix de fa religion. Ellen’avoit pas plus de vingtans , 8c neantmoins nous la vifmes arriver au lieu de fon iupplice avec tant d'afleurance, & avec vne gayetèíi extraordinaire à ceux qui vont à vnemort prefente Sc inévitable, que je me perfuadois,qu’elle s’eftoit he- beté lesiensparvnepriled'O/jiow, dont l’vfage eft fortcom- mun dans Ies Indes, aulfi bien qu’en Períè. A la tefte de la proceifion marchoit la mufique du pais, qui eftoit compoféede haut-bois Sc de timbales. Apres celaiui- voientpluiieursfillesScfemmes, qui chantoient 8c danfoient devant la veuve, laquelle eftoit paréedefes plus beaux ha¬ bits, 8cavoitIesdoigts les bras 8c les jambes chargees de ba- gues, de bracelets 8c de carquans. Vne troupe d’hommes,de femmes 8c d’enfans-lafuivoit, 8c fermoit la proceifion. Elle s’arreftaaimresdubucher, quePonavoitdrefleexprés pour cette funefte ceremonie. La femme s’eftoit lavée dans la ri¬ viere , afin d’aller trouver fon mary en vn eftat pur 8c net, puis que le corps du defund n’eftant point fur les lieux, elle ne le pouvoitpasaccompagneren ce voyage. Le bucher eftoit de bois dabricotier, ou l’on avoit meflé du bois de iandale, 8c de cannelle-.8c dés qu’elle l’euft regardé comme avec mépris, elle prit congé de fes parens 8c amis, 8c diftribua parmy eux les ba- gues 8c les braflelets qu’elle avoit fur elle. Ie me tenois aupres d’elle à cheval, avec les deux Marchands Anglois, 8c je croy qu’elle jugeoitàma mine qu’elle me faifoitpitié,8c que cefut àcauíe de cela qu’elle me jettavn deles braflelets, que j’attra- pay heureuíèment,8cle garde encore,enmemoire d’vneadion ll extraordinaire. Dés qu’elle futmontée fur le bucher, l’onymitle feu, & elle fe verfa flu: la tefte vnvafed’huile de fenteur, ou laflam- me s’eftant prife aulfi toft, elle fut écouffée en vn moment,Ians qu’on luy viftfairevneieulegnmafle. Quelques-vnsdesi.lfi- ftansy verferentplufieurscruchdesd’huile : cequiachevade redmre le corps en cendres, pendant que tout le refte de la Y ij
158 VOYAGE DES INDES, 1 ^ 3 compagnie íè mit à faire des cris, qui remplirent tout I’air, & qui euííent pú empefcher d’oiiir ceux de Ja veufve,fi elle cut eu le loifird’en faire dans le feu, qui Iatuacommevnefclair. Les cendres furent jettées dans la riviere. romquoycette On me dit que cette couftume barbare avoit efte intro- LZZT C ^u^cc Parmy les payensde ces quartiers-la , parce que lapo- ligamie eftant caufe de plufieurs grands deplaifirs parmy les femmes , ou pour le peu de iatisfa&ion qu’elles peu- vent avoir d’vnhomme, quieftobligéde partager fon affe¬ ction, ou par la jaloufie qui eft inevitable parmy desrivales, ilfetrouvoitquelesfemmes fe défaifoient deleurs marys, Sc qu’en vne feule année 1’on avoit enterre quatre fois plus d’hommes quede femmes; de forte que pourobliger celles- cyàcontribuer à la conlervation de la vie de ceux-là, 1’on ordonna que celles qui voudroient paílèr pour honneftes fem¬ mes , ieroient tenues d’accompagner leurs marys à la mort, Sc de fe faire bruileravec leurs corps. Orileftvray que de tout temps les Períès, Sc lespeuples voifmsonteu vne veneration ix particuliere pour le feu, qu’il ne faut pas s’eftonner, s’ils ont mieux aimé reduire les corps de leurs morts en cendres, que les enterrer. Iedis que ceil: aux honneftes femmes
DV Sr MANDELSLO, LIV. I 159 moycnde montruchement,mais ayancfceudelay que j’ente- 1638. dois la langue Turcque,il ne íè voulut plus fervir de mon 2?ro- cker, & me parla Turc. Ieluydy, que jen’avois point fait de mauvaiíe rencontre par le chemin, & que mon intention eftoit de partir le lendemain, parce que je n’avois point d’affaires quimepuílcntarrefterà Cambay a, & quejen’yeftois demeu- Civiiité dvn récejour-là, que pour avoir i’honneur de le voir, & de luy de- ma" livrerleslettres, dont i’on m’avoit charge. Ilme reípondit, omccan' qu’ileftoitbienmarry, de ce quelepcude temps que j’avois à demcurer à<
rio VOYAGE DES INDES, labontéqtfilavoitpourmoy. Il me refpondit, que c’cftoie vne incivilité de recevoir des preíènts crvn eftranger} mais qu’ilcroyoitqii’elle feroit bien plus grande, s’ilmerefufoit: qu’ilne mericoitpointceluy que jeluy faifois j mais quejele Iuy donnois de íi bonne grace, qu il ne fe pouvoitpas diípen- íerdeFaccepter. Leledeurjugerapar cette refponfe, fi ceux quii fontcapa- bles de faire des compliments de cette force, peu vent paíTer pourbabare, 6cilleraíânsdoute furpris, quand jeluy diray, queFon trouve peut-eftreplus de civilité parmy les Indiens, que parmy ceux quicroyent la poílèderfeule, ÔC quifaccom- pagnent rarement de la íinceriré, que Fon trouveaux Indes, ou ceux qui font amis, le font fans referve, àceux à quids ont promisamitié, commeils fontennemisirreconciliablesàceux qui les ont offenfés. Ieconviay Mirfabcgdc s’affeoit, 6cluy fis íervir vne boiiette de bettelé, lelon la mode du pais 5 ou Fon ne reçoit point d’amy, que Ton ne luy fafle fervir de cette dro- Ju gue:dont 1’víàge eft fi commun par toutes les Indes, que celuy du pain ne Feft pas davantage en Europe3de forte qie Fon peut dire, avec verité, que e’eit vne des plus vtiles 6c ces plus con- ílderables chofes, que les Indes produiíènt.Les l’ap- pellent Bettelé , ceux de Guzjtratta, Pam, 6c ceux de MaUcca fie. ^ívkenne, Medecin Arabe, lenomme Tambul.Ses qualités dominantes font le chaud 6c le fee, 6c c’efl: vne plante, dorít les fueilles reíTemblent à celles de Forenger3finon qu’elles ne font pas du tout íi larges, 6c quand elles íont en leur parfaice ma- turité,tire fur le rougebrun. La tige de la plante eíltres-foible, cJeft pourquoyonla ibutientd’vnpieux, ouonk plante au- pres d’vn autrearbre,ou elle s’attache, 6c gaigne l;s branches, comme Fhierre. On la joint ordinairement à l arbre qu’ils appellent Areai, parce que les Indiens ne fe fervent jamais des fueilles du bettelé, íàns le fruicl de 1’Jreca. Cette plante eft fort delicate, Sc doit eftre cultivee avec beaucoupde foin,par- ticuherement en l’arroufant3parce qu’il ne luy faut pas donner trop de chaleur,ny aufli trop d’humidité:car il n’en vient point aux lieuxchauds,comme en Mozambique Sc en ZojfnU, ny auíli aux pais froids, comme dans les Provinces les plus S.eptentrio- nalesde la chine. Elle ne produit point de fruid en Guxurut- ta, mais en M alaccu elle en porte, en forme d’vne queue de le.
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. i<$r zard,6cles habirans en mangent,8c y trouvct du gouft.Par tout 1 ailleurs elleneproduit que desfeuilles, que I’on vend en pa- quets,à Ia douzaine,6c elles fe confervent fort long-temps fraifches. Les Indiens en magent à toutes Ies heures du jòur, 8c mefme la nuit, tant hommes que femmes,8c il n’y a quafi point de períonnes, qui foient de condition tant íbit peu mediotre , qui n’en confume deux ou trois douzaine par jours. Mais dautant que cette drogue eft fort amere , íls mettent dans chaque feuille vne noix d'^íreca, dont les qualitez dominan¬ tes lont le froid 8c le fee. C’eft ce c^\Avicennc nomme/i#- /e7,8c 1’arbre n’eft pas moins grand queceluy de Cocos, que l’on nomme vulgairement la palme d’Indes. Le brou qui envelop- pe le fruit, eft vny par dehors, 8c raboteux 6c velu par dedans, comme celuy du Cocos, 6c le fruit mefme eftde Ia grofteur dV- ne noix, mais fon noyau n’eft pas plus gros qu’vne mufeade 5 à Cvfagedu Be. laquelle il reflemble 5 non feulement par dehors, mais auifi ^ & de l Ale- par les veinesque Ton yvoitquand on le coupe, lls y meilent de la chaux, que l’on fait de coquilles de moufles, 6c ils le mâ- chentainfienfemblepour en tirerlefuc, qu’ils avalent, 6c en jettent Ie marc. Ils envíèntà toutes les heures du jour , mais particulierementapreslerepasjparce qu’ils croyent que cela aide à la digeftion, 6c empelche le rapport. Les eftrangers, qui font habitues dans les Indes,s’y accouftument par complai- fance, 6c fur tout les femmes Portugaifes deCoj, que Ton voit continuellementoccupées à cét exercice , 6c mafeher cette drogue,comme les vaches,6clesautresbeftes qui ruminent. II eft vray qu’elle noircit les dents, qui en contracftent vne couleur rouge; mais c’eft vne des beautés des femmes Indien- nes. Il n’y a point de coin de rue, oil l’on n’en trouvedetoute appreftée 3 de forte que Ton ne peut pas eftre en peine de la quantité que 1’on y doit mettre. Les grands Seigneurs en font porterapreseux,dans des boettesdelacqueon d’argent , 6c s’en font donneren allant par la rue,6c mefme eftans en affai¬ res , quelque part qu’ils fe trouvent. Ils croyent auili que cette drogue fortifie la chaleur naturelle, 6c en font leurs delices j c’eft pourquoy ilss’en abftiennent lors qu’ils font en affliction, 6cmefmes lors que les Mogolles ou Mahometans font leur jeufne. Apres queMyrfabeg eneutpris vn peu,il fe retira,6c je rnotay
Arrives Scr- gumra. Le fburage rlcs bcftcs dc fclle & de fommc. Iardin Je Tziet jagfa. VOYAGE DES INDES. en caroíle, à deííein defaliierle Lieutenant dc Roy chez Iuy en palTant,parcequ’ilfalloitpaílerdevantCaporte:maisjele trouvay dans la rue, en caroíle, faiíànt porter devant luy trois banniers de taffetas, rouge Sc vert, chargees de flammes d’ar- gent. Dés qu’il me vitil fit tournerle caroíle, & m’obligeaa entrer chez luy. Sa maijonelloit fituecau plus besiu quartier de la ville, Sc 1’on y cntroit par deux portes, dont l’vne con- duiioit dans vne grande cour , Sc l’autre dans vn beau jardin, ayantvn grand corps de Iogis, qui regnoit lelongde íèsmu- radies. II me fit fervir du bettelé, Sc du vin dePaIme3mais dautant queje n’avois point de teps derefte,pourachever ma journée, je ne m’y arreftay pas plus d’vne demy heure,& eftant remonte en caroffe, jepartis auífi-toft. II envoya vn de fes do- meftiquesapres moy ,pourordonncraux commisde la dotia- ne, & aux gardes de la porte , de me laiílèr paílèr, fans exiger aucuns droits de moy. I’arrivay fur le foir à Serguntrn; mais il eftoit fi tard, que les J}enj.tns, qui ne fe fervent point de chandelle, de peur que les moufches Sc les papillons ne s’y perdent, ne voukrent point ouvrirleurs boutiques, pour me vendre du fourrage pour mes belles. IIeft: bien different deceluy dont 1’on íè íèrt en Euro¬ pe ; car lepai's neproduifant point d’avoine & peud’herbe, lls accouftumet leurs belles à vne autre forte de nourriture, Sc ne les entrctiennent que d’vne certame paile, qu’ils font de fuc- cie Sc de farine, dans laquelle ils meilent quelquefois vn peu de beurre. Nous nous mimes en devoir de forcer vne de ces boutiques, quand vn S enj.m nous vint apporter du fourrage. Le lendemain matin nous fimes cinq lieues, juíques à vn grand village , ou nous fimes repaiilre nos montures, en dormant aux boeufs, àchacunvne livre Scdemie,8cauxche- vaux deuxdivres de fuccre, meílé avec de la farine. Apres cela nous allames jufqu’au jardin de Tzjetbagh, ou nous fimes en¬ core repaiilre nos montures. Cejardin, quieílíànsdoutele plus beau de toutesles Indes, eilauilile plus confiderable de tout le pais 3 non leulement à caule de la victoire que le Mogul y a remportce furle dernier Roy deGwxurdtta ,ainfi que nous venons de dire,Sc qui luy à donné le noin dc Tzjetbagh , cell à dire jardin deconquellej mais aulfi à caufe des fuperbes ballimens, dont il ell accompa-
Dv Sr MANDELSLO, LIV. r. IÓJ gné, 8cdes beaux fruits que l’on y trouve en grande abondan- *638. ce. 11 eft fitué dans vn des plus agreables lieux du monde, íur le bord d’vn grand eftang, ayant du cofté de 1’eau plufieurs pavilions,& du cofté à' ^ímadxbxth vne tres-haute muraille.Le corps dulogis eft digne du Prince qui l’a bafty, auíli bien que le Cctravxnfcra^ui 1’accompagne. Lejardinavoit plufieursallées d’arbres fruitiers, comme orangers 6c citronniers, de touces fortes, des grenadiers, desdattiers, desamandiers, des meu* tiers,desTamctrindes, des M angus 6c des Cocos, íàns ceuxque ilous ne connoiífions point : & il y en avoit vne íí grande quantité, & ils eftoient plantes telíement íèrrés , que nous pouvions fairele tour du jardin à l’ombre, qui nous donnoit vnefraifcheurfortagreable. Les branches detousces arbres eftoient chargez de íinges, qui ne contribuoient pas peu au divertiíTement, que nous trouvions en cette promenade. Nous n’y employ ames que le temps qu’il falloit pour faire re- paiftre nos chevaux, parce que nous voulions encore aller ce jour-làà i^nsítdabxth , oímousarrivâmesíurlefoir. 1’eftoisce jour-lààcheval, &: prenois mon plaifir à faire peur aux finges, quifaiíoientmille gambades à l’entour de nous 5 jufqu’a nous importuner. I’entuay deux à coups de piftolet : ce qui irrita telíement les autres,qu’il fembloit qu’ils vouluílènt faire trou¬ pe, pour nous attaquer. Leurs cris 6c leurs grimafles firent bienconnoiftre, qu’ils nemanquoient point de volonté, ôc il y en eut pour le moins vingt, des plus gros, qui nous pourfui- virentvne bonne demy lieuê 5 mais dés que nous faifions mine de tourner bride, ils fe fauvoient fur les arbres, 6c enfin ils íè laílèrent de nous pourfuivre. En arrivant à Amxdabath j ’y trouvay vne Caffiln, ou Cxravanc d’environ deux cens Marchands, tant Anglois que Bcnjans, qui alloità Agra,, ville capitale de tous les Eitats du Mogul. Le Part pout A Prefident Anglois avoit ordonné à celuy quien avoit la con- gra‘ duite, dem’emmeneravecluy, & le directeur d’ Amadabach y joignit fes recommandations particulieres ; de forte que ces Marchands me receurent enleur compagmc, 6c je partisavee euxlevingt-neufiémeOctobre. t Le temps 6c le chemin eftoient fort beaux, mais j ’y rencon- tráyfi peu de villages , que le premier, dont jepuiileparler, La ville de fut celuy de P aingat, 6c le fixiéme jour apres noftre depart d’ A- Hwibath. II. Partie. X
i£ 3 Ccllesde Dam tigcs. 254 VOYAGE DES INDES, ynadabath, nous arrivafmes à Ia ville d’fleri bath, qui en elt éloí- enée de cinquante lieues. Cette ville n eft pas fort grande, St nany portes ny murailles, parce qu elles ont eíté detruites par Temurleng ou Tamerlan, auíli bien que fon chaíteau, dont l’on voit encore les mines fur vne haute montagne, procne de la ville. Entre cette ville St cclle de Damages, qui eft cloignee de celle d’Hen bath d’autres cinquante lieues, nous rencon- trafmesvne Caffilaàe Marchands Benjaw, qui nous dirent, qu’ils avoient eíté attaqués par deux cens voleurs Rasboutei,qui les avoient contrains de íe ranqonner de cent ropiat, St que nous devions nous tenir fur nos gardes ; parce que le jour pi e- cedent ils en avoient veu cent autres, qui ay ant appris d eux ce qu’ils avoient payé à leurs caniarades, ne leur avoient rien dit, &s’eftoient contentes d’emmener vn de leurs bceufs:mais qu’ilsalloientjoindrelespremiers, St qu ils ne mamqueroienc pas de nous attaquer. N ous fifmes no lire profit de cet avis, St fifmes fi bien filer nos charrettes, 8c les foldats qui les elcor- toient, qu’ils ie pouvoient fecourir les vns les autres, fans ap- prehender le deiordre. Nous rencontrarnes aupres d vn vil¬ lage cinquante de ces gaillards,mais ils nous trouverent ti bien armes, St tellcmentreíòlusde nousiervirdenoitre avantage, pour nous defendre, qu’ils paiferent outre, fans dire mot 3 fai- iant bien entendre neantmoins par leur marche, quiis n c- iloient venus que pour nous reconnoiitre. Nous fceumes de- puis, qu’en repaiiant par le village, ils avoient die, que fi nous en euífions eíté vn peu plus eloignes, ils n euffent pas manque denous demanderiapaifade. A cinquante lieues de là nous arrivames aupres d vn villa¬ ge, nomme Syedek, qui eftoitaccompagne d vn fort bon cha¬ teau. Et dautant que la plus part de nos beftes eftoient trop fa- tiguées, parles grandes journées que nous avions faites, nous permimesque quelques boeufs St charcttes priflentle devant, mais ils ne ie trouverent pas il-toit dans vn chemin creux,a fix cens pas de nous , qu’ils íè virent atta/Jo»f«, qui eftoient en embufeade derriere vne colline, St qui bleifc- rent d’abord deux Benjans, St emmenerent les charrettes, qu’ils avoient déja détournees du grand chemin, quand nojd Jes defcouvrimes dc loin, St detachamcs quelques foldats de
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. noftre efcorte,quiobligerentlesvoleursà quitter prife. Apres iC $ cela nous n’eiimes plus de mauvaife rencontre, & nousarrivâ- mesheureuíementa ofgníj ou je pris mon logis chezlesAn- Aniveà Agta. glois , qui me receurent avec Ia meíme civilité, quils m’a- voient tefmoignée par toutailleurs. Lc Mogul, ou Grand Roy à’ índoflhan , change fouvent de demeure , & il n’y a point de ville, qui foit tant foit peu coníi- derable en tout fon Royaume, ou il nait ies Palais: mais il n’y cn a point ou il íe plaife plus quà Mgr d, qui eft en effet la plus
1^38* Aziles. \u VOYAGE DES INDES. principales, qu’ils appellent Metzjd-adine 5 parcequilsy font íeurs devotions les jours defefte. r L’on voit dans vnc deces dernieres le fepulchre d’vn de Íeurs Saints, qu’ils appellent Seander, & ils difentquil eft delapo- Sepuichre d-vn fteritc d> .Dans vne autre l’on voit le fepulchre d’vn autre Gcant. Saint, qui pour avoir trente pieds delong, furfeize de large, doitavoir efté vndes puiflantsgeans, dont l’on ait jamais oúy parler. Sontombeaueftoit tout couvert de pctites bandero¬ les , & l’on nous dít, que c’eftoit vn de Íeurs Heros, qui avoit autrefois fait des merveilles à la guerre. Il s y fait de grands pe- lerinagesjde forte que les devotions des Pelerinsaugmentent bien par Íeurs offfandes, les ri chefies de cette Mofquee', qui en a beaucoup fans cela. L’on y nourrit tous les jours vn tres- grand nombre de pauvres-fibien que l’on peut dire qu il s y fait pour le moins autant de devotions, qu’au fepulchre de Schuh- Scfi à i^irdebt/.CesMetzid<, Sdes Cours qui en dependent,fer¬ vent d’azile aux crimineis,&c mefme à ceux qui peuvent appre- henderlaprifonpourdebtes. Cefontles-4Íhicj des Perles , que les Indiens nomment ^AlUderJx. ils n’ont pas moins de pri¬ vilege aux Itides,qu’en Períèjle Mogul, quelquepuiífant qu il íbit, nel’cftantpasaflez, pour ofêrtirer vnhommedel azyle, pour quelque crime que ce íoit, à caule de la veneration que ces peuples ont pour Íeurs Saints. L’on comptedansla ville d’^4grajuíques à huicb cens bains, ou eftuves, dont le M ogul tire tous les ans vne fomnne fort con- íiderable > parce que cette forte de purifications faiíànt vne des principales parties de leur religion, il ne fe paílè point de jour , que ces lieux ne foient frequentez par vne infinite de peuple. Les Seigneurs dela Cour, que 1’onappelle Rufgi ou Rdjas, ont Íeurs hoftels dans Ia ville ,& Íeurs maifons à la campagne* les vns ôdes autres fort bien baftis, &c fuperbement méublés. palais du° Mo- LeRoy a plufieurs jardins Sc maifons hors de la ville, ou il fe gul. retire quelque fois, avec fes daníèufes, qui danfent devant luy routes nues. Mais il n’y a rien qui marque mieux la grandeur de ceMonarque, que íbn Palais, qui eft fitué fur le bord de la riviere de Gemint^&c qui a présdequatre Iieues de tour. Il eft parfaitement bien fortifié pour ce pais- íà, d’vne muraille de pierrede taille, ôc d’vn grand foílé, ay ant à chaque porte vn Hui£t cens eftuves.
dv:sil mande;lslo, liv. I. t,<7 pont-levis ,dont les avenues font auffi fort bien fortffiées , 6e 1 ^ 3 8* particulierement la porte Septentrionale. La porte qui don- ne furIeBa^ar, regardevers le Ponant, & cílappellcc Cijiery.. Ceít fous cette porte ou eft leZf rvan,ou lc lieu ou le Mogul fait adminiílrer la Iuílice à íes fujets, ôc là aupres eíl vne grande làlle,ou le premier Vtftr fait cxpedier & Iceller toutesles or- donnances,pour Ies le vées ordinaires 8c extraordinaires, dont il garde les minutes aumefme lieu. En entrant par cette porte Ton fe trouve dans vne grande rue , bordée de boutiques des deux coílés, qui meine droitau Palais àwMogul , que 1’on ap- pelle D erbítr, L a porte,qui y donneentrée,eílappellé Achaborkt Dc; wage,. c’eft à dire la porte du Roy Mchobarfic on luy doit ce reípcci 5 quàla referve desfeuls íils du Roy, touslesautres Seigneurs,de quelque qualité qu’ils foiêt,font obligez d’y deí- cendre de cheval,8c d’y entrer àpied.Ceften ce quartier-là ou logêt les femmes,qui divertiífent le Roy 8cíà famille, à daníèr & à chãter. La quatriéme porte,que Ton appelle Der fame, done fur la riviere,6c c’eil là ou le Mogul ie trouve tous les jours,pour Le Mogul fajug íãliier le ibleil, quandilfeleve. Ceil auífi de cecoílé-làque Ics°ieiiàfon les grands duRoyaume, quifetrouventà la Cour , viennentkvcl‘ tous lesj ours faire la reverence au Roy ,fetenans pour cet ef¬ fect dansvn lieu vn peuellevé,oúle Roy lespeut voir. Les Hadys, ou Officiers de Cavaleric,s’y trouventauili, mais ils fe tienent plus éloignés,6c n’approchct point,fans 1’ordre expres- le Roy qui fe dent là auífi quandil fait combattre les elefants, les taureaux, les bons 6c les autrcs beíles feroces * à quoy il fe divertit tous les jours: à lareíèrvedu Vendredy, qu’il donne à fe s devotions. Ilya oultre cela vne porte, par laquelle on entre dans la falle des gardes , qu’ils appellent attefama, ou les officiers font la garde, 6c fereleventlesvnslesautrespar fepmaines. L on paile par cette íàlle dans vne courpavée , au bout de laquelle eft ibus vn portail, vne baluilraded’argent, oixilya vne garde particuliere, qui en empefche 1’entrée au peuple , 6c ne la permet qu’aux plus grands Seigneurs de la Cour. 1’y rencontrayle valet Perian, qui m’avoit quitté à 6c qui m’offrit de me rendre toutes fortes de íèrvices, pen¬ dant que je dcmeurerois a Mgr a, 6c meime de me faire entrer dans la baluilrade , dont je viens de parler , mais les gardes X iij
163 8. Le tltrônc du Mogul. te Serrail de fcs Femmes. Trcfor du Mo- gul. Monnoye de huiit mil efeus piece. Cinqnate mil¬ lions d'or en its VOYAGE DES INDES, nele voulurent point permettre. C’eft par cette baluftrade que I’on entre dans Ia chambre du Mo°ul, ou Ponvoitdans vneautre petite baluftraded’or,le trônede ce strand Prince , fait d’or maflif, & enrichy dediamants, de perles & d’autres pierres precieuíès. Audeiliisdece throne pit vne galerie, ou le Roy lè fait voir tousles jours, pour oliir les plaincesdeceux à qui Pon a fait violence. Ceux qui ont des plaintes à faire fon- nentvne de ces clochettes d’or , qui font fuipendues en Pair au deilusxle la baluftrade; mais a moins d’avoir despreuves convaincantes en main, il ne fautpas ie hazardcr d’v toucher: car il y va delavie. Il n’y a que les his du Roy, qui luy font du vent avec vn eívantail,& qui chaftènt les mouches, & le grand Vilir, qui ayentlapermiilion d’entrer dens cette baluftrade, & perfonnen’entre dans les autres appartements plus reculés,íi- nonles Godta, ou cunuques, qui lèrvent les Dames duferrailj qui lontau nombre de mille ou douze cens. Il y a dans ce chafteau encore vn autre apparte ment, quo Pon connoift par vne grofle tour,dont le toid eft couvert de lames d’or, qui marquent les richefles, qui y font enfermecs, enhuit grandes voutes, qui font pleines d’or, d’argent Se de pierres pretieuies, dontla valeur eftcommeineftimtable. Onm’alleuraquele Wo»«/,quivivoitdemontermps, avoit vn trefor,dont la valeur montoit à plus de quinze cems milli ons d’efeus, SejeluisaiTezheureux,pour avoir entre les imainsl’in- ventaire du trefor , que Pon trouva apres la morttde Sc/;.*<:/;> P^cÃo^a^biíayeul deSchtch Chora w,tant en or & argent mon- noye, qu’enlingots & en barres, en or Sc argent façonné, en pierreries, en brocards 8c autres eftofFes, en porcelame, livres, munitions de guerre,armes, &c. ft fidellement fait, que je Pay bien voulu adjouter icy, pour la fatisfachon du lecleur. Ce Roy Achobar avoit fait battre vne certaine eipece de mon- noye,dc la valeur de vingt cinq,de cinquate & de cent toles, qui valoient deux mille, douze &c demy, quatre mille vingt-cinq, & huit mille cinquante efeus piece, jufqu es à la valeur de fix millions neufeensfoixantedix mille MaJJas, qui font quatre- vingtsdix-feptmillions, cinq cens quatre-vingtsmilleropias, ou quarante nuit millions, fept cens quatre-vingts dix mil efeus. Cent millions de ropias, ou cinquante millions d’efeus en
D V Sr MAN DELS L O, LIV. I. ^ vne certaine eípece de monnoye, que l’on appelloic de fon i 63 8. nom R OpíiU ^áchobar. * Argcncmon— Deux cens trente millions d’vne autre eípece de monnoye, "vímillion de quils appellent peyfes, dont les trente font vne rapid, ôc íes !ivrcscn petite íoixante font vn cfcu5 de forte que la valeur des peifes mon- monno^ toitàfept cens foixante-fix mille, fix cens foixantefix ropi.u &vingt fols, qui font trois cens quatre-vingt trois mille trois cens trente trois efeus ôc dixfols. En diamants , rubis, efmeraudes, faffirs, perles Ôc autres Trente millions pierreries, la valeur de íoixante millions,vingt mille,cinq cens f0*cn picrrc* vingt-vn ropi.vs, ou trente millions deux cens foixante mille, U'S‘ vingt fix eícus 5c demy. En or fàçonnéjíçavoir en figures 5c ftatues d’élefants,de cha- Neuf millions meaux, dechevaux, ôc autres ou vrages, la valeur de dix-neuf d’or cn or fa- míllions,fix mille,fept cens,quatre-vingts cinq ropias, ou neufç
1638. Pres de quatre millions d'or en armes* ijo VOYAG'E DES INDES, cinq cens quarate-cinq ropm%qui sot quatre millions, neufcens foixante-deux mille,fept cens,foixante douze efcus & demy. Vingt-quatremille volumes efcrits àla main, Sc fi richement relies, qu’oti les a eftimésà fix millions, quatre censfoixante • plus de trois crois mille,fept ccns,trcnte vn ropias}ou troismillions deux cens "n Hires/ °r trente vn milJe,huic cens, ibixante cinq efcus Sc denqy. plus dc quaere En artillerie ,poudre, balles Scautres munitions (de guerre, millionsd-oren ]avaIeur de hu.it millions, cinq cens, foixante quinize mille neurcens, ioixante vnze ropim, ou quatre millions, deux cens quatre-vingts fept mille, neufcens, quatre vingts cinqefous Sc demy. En armes offenfives y: en for¬ te que les enfans ne peuvent eíperer que ce que le pere poilè- doit de patrimoine, ou ce qu’il avoit meíhagé du r evenu de fon bien ordinaire. Car l’autorite du Moguleit fi grande, Sc fa, domination eft fi abfolue, qu’il eftle Maiftrede tout le bien defes vcrturcs dc chevaux.
DV Sr DE MANDELSLO, LIV.I. vjt defesfujets,8c c’eft pourquoy il n’y a que fa feulevolonté qui i 63 S. decide tous les differents qui naiflent entr’eux , qui nont point d autre Ioy, 8c qui obeiftent aveuglement à tout ce qu’il ordonne. II difpofe fouverainement de leur vie 8c de leurs biens,c eft pourquoy c’eft íuríoníeul commmandenient que Ton execute les plus grands Seigneurs, 8c qu’on leurofte8c change leurs fiefs, leurs charges ,8c leurs gouvernemens. Iln’yapomtdedignitehereditaireen toutfonEftar. Celle de Rasgi OU Raj* , qu'ildonne au merite plutoft qua la naif- dedigmté he- iance,eftperfonnelIe,comme celle dechanen Perfe , Sc ne rclitairc au pailcpointà lapoftente,que par lemoyen de la vertu. Cen'eft pa1 s duM°£uI' pasque le Mogul exclue entierement des charges les enfans de ceux, qui ont fervy avec iàtisfa&ion 5 mais il leur en donne des moindres, par leiquelles ils peuvent s’avancer jufques aux premieres duRoyaume, fi vne vertu extraordinaire, oh lafa- veurdu Prince, les yappelle. Les premiers offices duRoyaume font ceux de premier Vi- les premiers y?r,qui eft commele Chanceher: LeTreforier: Le chef des Eu- °fficicKt nuques, qui eft comme le grand Maiftre d’hoftel: 1 e premier Secretaired’Eftat: Le General des elefans, 8c Legarde des meubles,destentes8cdespierreries, dontil íè fert ordinaire- ínent. Ce lbnt eux qui compofent le Coníèil du Prince -f au- quel on appelle auffi quelquefois le Coureva/, qui fait la char¬ ge de grand Prevoft, 8c de Capi taine de la garde du corps. Le Confeil fe tient le foir, dçpuis lèpt jufques à neufheures, dans vnefalle,qu ils appellent Gafa lean. Il ne fe pafle quafi point dejour, que le /wo^«/neíèfaftevoir,le matinaulever duSo- leil, ou les Seigneurs dela Cour le faliient de leur Patfcbach SxUmmet: fur le midy quandil voit combattreles beftes, 8c le íbir, quand il fe preíente à vnefeneftre, pour voir coucher le Soleil j avec Iequel il fe retire , au bruit d’vn grandnombre de tambours 8c de timbales, 8c aux acclamations du peuple,
\qi VOYAGE DES INDES\ í 63 3. peuc fournir quatre-vingts dix mille chevaux. Cambay a douze* faCarallcric. mille. Cabul autant. Onxa quatre-vingts mille , Sc Dely cent cinquánte mille 5 fans ceux que Ton peut tirer des autres Pro¬ vinces , dont je n’ay pas pu fcavoir le nombre bienauvray. Toute cette milice eft diftribuee en divers regiments, dont les vnsíont de quinze, ou de douze mille clievaux,pour les fils du Roy, Sc pour les premieres perfonnes du Royau me, qui com - mandent auíli à ceux, qui n’ont des corps que de deux,trois ou quatre mille chevaux. iínM°" Schttch Choram Mogul en marchant en perfonne en l'an 1630. “ contre Chan Chaan\ avoitvne armée de cent quarante-qua- trc mille, cinq cens chevaux, fans les elefants,chameaux, mu¬ lcts, Scíàns les chevaux de bagage. Cette armée eftoit com- pofée de quatre corns, qui ne íèíeparerent point neantmoins, a la referve de celuy, qui demeura aupi-es de la peirfonne du Roy ÀBarampour.Le premier ètoitcõmandé par Schvaft-Chan, íils d'MjJ.tph-Chan, Sc eftoit compofédeplufieurs regiments 5 £>çavoir de celuy deSchaaft-chan , Sc ctoit de cinq mil che¬ vaux. 5000. Celuy de fon pere de cinq mille chevaux , Sc tous Ras- bouteSy Sadoch-Chan Myrfa Yedt Madaffer.. Ciafer Chan. Codia Saber.. Seidjajflr, Jafter Chan. Mahmud Chan. cdLmrdi-chan. Safdel-Chan Badary. Myrfa- Seer-S ei d. Baaker-Chan. * v * 50 00 300a 3000 2500. 2000 2100 1000 1000 2000 700 500 500 A Quoy Pon adjoufta encore quatre mille fix cens Man- febdars, en plufieurs compagnies franches. 4600 De forte que tout ce corps montoit à 31900. chevaux. Le fecond corps fous le commandement d’Eradet-cban, eftoit compofé des regiments íuivants. JSradet- chan, qui eftoit de quatre mille chevaux. 4000 fR.au-Douda,. ioocj
* * * *73 1200 12.09 IíOO IOOO 2000 3000 IOOO IOOO 7000 400 400 DV *>*. MAN0ELSLCS, LIV. r. foorudus. Keroui. Ram Tfcbeud Harrau* Mujlafa-Cban. lakout-Chan. Killofy. Sidi Fakir. Ecka JBerkenias. logi-rafgi, fils de Laia Betting. TcIhc^ T[chand. J.-ikfiet Beg. Trois autres Seigneurs commandoient chacun deux cens chevaux. 6oo }000 rVafir-Cb{ytv , ,, 3000 T y * * 3000 3000 3000 2000 1000 1 1000 IOOO IOOO IOOO JOO 500 JOOO 4500
* ♦ * 3ooo 3000 zooo zooo zooo zooo IOOO 1000 IOOO IOOO IOOO IOOO IOOO IOOO 500 JOO JOO IOOO IOOO «7* VOYAGE DES INDES, **3*i JvtabotCb&n. Godix Abdul Hejfein. ,Afiei Chart. Serdar Chan. Raja le/ing. Jceddey Chun• Ieffer. Mockly chan. Serif-Chan. Se id Aliem. Amiral. RajaRamdas. TorckTaes chart. Mjer lemla. Myrfa AbdttUc. Mahmud Chan. Myrfa Maant Cher. Chaw.tes.Chan. Moriedchan. Et fous le commandement de plufíeurs autres Seigneurs, du nombre de ceux quils appellent Ommeraudes. 10000 Et en tout Cavaliers. 61500 Les armes offenfíves des Cavalliers font, 1 arc, le carquois,. charge de quarante ou cinquante flefches, le javelot, ou 1 a- zagaye, qu’ils lancentavec beaucoup dejuífeíle, le cimeterre dVn cofté Sc le poignard de 1’autre: Sc les deffenfives 1’efcu, quils ont toufiours pendu au col. Us n ont point d armes a roúet, ny à fuzil, mais leur Infanteriefefert du motffquet, avecaífez d’adreile. Les gens de pied,quin ont point dc mouí- quet, ont avec 1’arc Sc la flefche, vne pique, dedixoudouze pieds, par laquelle ils commencent le combat, enlalançant contre 1’ennemy, au Jicu de s cn ícrvir contre la Cavallerie,, comme Ton fait en Europe, ll y en a qui s’arment de cottes de Jlsn’ottt point mailles,quileur vont jufqu’aux genoux: maisil yen a fort peu a’ordrc de ■ fc fcivcnt de cafques,parcequils feroient tropincomo¬ des dans les grandes chaleurs de cesquarticrs-la. Ils neíçavent ce que c’eft que d’avant-garde,de bataille ou d’arrieregarde,St ne connoiífent ny frontny file, Sc ne forment point de bataiL lon, mais ils combattcntfans ordre Sc criçonfuíioa Les àtmes de la CayaUciie.
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 17; Leurs plus grandes forces conftftentaux elefans,qui portent 1^3?. fur le dos certaines tours de bois, garnies de trois ou quatre arquebufes à croc, 8cautant d’hommes pour gouvernercette ics combats, amilerie. Leselefansleur fervent commederetrancheraent, pour foutenir le premier effort des ennemis: mais il arrive fou. vent, que le feu d’artifice, dont I’on fe fert pourcffaroucher ces beílesj les met tellement en defordre, qu’ilsfont fans com- paraifon plus de mal parmy leurs gens,qucparmy les ennemis» Ils ont beaucoup d’artiUerie,8cd’aiTez groííe,8c dont Ton pour- Leur artiilerie.; roit dire que l’invention eft auifiancienne que cellede la no ere» Ils font auífi de lapoudre à canon, mais elle n eft pas du tout ft bonne que celle quiie fait en Europe. Leurs tymonies Sc leurs- trompettes iont de cuivre, Sc le bruit de guerre qu ils Í onnent,. n’eft pas tout à fait des-agreable. Leurs armees ne font que quatre ou cinq cos, ou lieues du pais, p^r j our, Sc quand ellcs campent, elles occupent vne ft grande eftenduc deterre, que nos plus wrandes villes nen approchent point. L ordre y eft L’ordredans admirable 5 parce qu’il n’y a point d’officicrnyde foldat, qui lcu« auné«st nefçache, ouil doit camper, Sc il n’y a point de ville quifoit plus regulierement diftinguce enrues, en marches, Sc cnau- tres Iieux publics, pour la communication des quartiers, Sc pour le debit des vivres. Le Mogul Sc le General de 1’armée ont leurs tentes eloi- snées decellesdesautres, Sc mefmede cellesde leurs gardes, de la portée du mouiquet. La garde ordinaire du Mogul eft de douze mil homines, i,a garde du íãns les ftx tens gardes du corps, dont la compagnie eft com- Mogul, pofée d’autant dejeuneshomines, qu’ilfaitachetter ^exer¬ cer aux armes,pour eftre inceffamment aupres de íã perionne. LesRafgi, Raj as , ou R adias n’acquierent cctte dignité que Laáigniti parce que e’eft Iuy qui envoye les ordres en routes les Provinces du Royaume, 8c quec eftaluyaquil on s adrefle pour toutes les affaires d’importance.LeRoy ne vent point qu’il prenne de prefents ; mais il ne laiile pas d en prendre ious main, Sc ies commis en prennent ft ouvertement, qu’il ne s y fait point d’affaire ft íecrete, dont x onne puiíle dça- voir les particularités, en donnant de 1 argent a ceux qui iont Y iij
1638. La fuitte ordi¬ naire du Mo- £ul. II change de demctirc felon Jes fairens. i > • Defcription de la vilic d’Ag’.a *7* VOYAGE DES INDES, ies defpefehes & lesexpeditions. Ces Rafo ontvne fi grande' veneration pour leur Roy, qu’il eft iínpoílible de s’approcher des chofes les plus iaintes avec plus de fubmiifion, qu’ils luy rendenten parlant «à luy. Ils accompagnentles dilcours qu’ils luy fontde reverences continuelles, 6c en fe congediant de luy, ilsbaiftent la tefte, pailentles mains fur les yeux, lespor- ten t en fuitte iurTeftomach, 6c enfinjufquà terre j piourtef- moigner, qu’ilsne font que poudre 6c terre à ion efgaird 5 luy fouhaittent toute profperité, 6c ie retirent à reculons. Quand le Roy marche en perfonne à la tefte defonarmée, ou quandil fort dcla ville, pour aller àla chafte, oupourpren¬ dre l’air, il fe fait accompagnerde plus dedix milles homines. A la tefte de cette petite Armée marchentplusde cent Ele- fancs, ayansleurs couverturesd’efcarlatte, de velours ou de brocard. Chafque Elefant porte deux homines, d
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. i77 jfâíTe commerce 5 mais laplufpart de íes habitans fone Maho- 1 ^ 3^ metans, 6c toutes Ies marchandifes qui y entrent, ouquien íorcenc , payent dix pour cent. Ilya plus de quarante petites villes , 6c plus de trois mille cinq cens villages, qui dependent dela jurifdictton de lalu- ftice d’^gra , laquclle s’eftend à plus de fix vingts Iieues à Ia ronde. Le pais eft fort bon6ctres-fertile , produiiant quan- tité d’indigo, de cotton,deialpetre6c d’aurres cliofcs, dont les habitans font grand trafic. Ilya deux Feftes, que l’on y ce¬ lebre principalementavecde grandes ceremonies •, dont I’vne eft celuydu premier j our del’an, qu’dsappellentaveclcs Par¬ ies , Nattrus , NAiirom ou Norofe, qui fignifie neuf jours-,quoy qu’aujourd’huy elle endure bien dix-huit, 6c il íè rencontre au moment que le Soleil entre au iigne du belier. Pour la celebration de cette Fefte, l’on dreife devant le Der- La celebration bitr,ou Palais du Roy, vn efehaffaut de quatorze pieds de liaut, I0ut dcl an> de cinquante fix de long 6c de quarante pieds de large, 6c gar- ny d’vne baluftrade, qui regne tout à 1’entour,6c eft couvert de tous coftés de riches tapis. Aupres de cet efehaffaut l’on fait vn autre baftiment de bois peint, 6c embelly de nacre de perles, ou íè mettent quelques vns des principaux Seigneurs de la Cour , qui ont cependant fait dreffer leurs tentes dans lá premiere Cour du Palais , remplies de tout ce qu’ils ont de beau 6c de riche ,qu’ils prennent plaifir de faire paroiftre ce jour-lá. Les predeceffeurs du Prince, qui regneaujourd’huy, avoient accouftumd d’entrer en toutes ces tentes, 6cd’y pren¬ dre ce qui leur plaifoit le plus 5 mais prefentement 1’on en vie autrement. Carle Roy,accompagnédes fept premiers Mini- ftredefonEftat, fe tientfur 1’efehaffaut, ou il s’ailit fur dps quarreaux de velours , en broderie d’or 6c de perles, 6c attend lespreíènts , qu’on luy veut faire. La Reine y a vne gallerie, d’oiielle voit route la ceremonie, fans eftre veue.. Au lortir delàilíè metíiiríbn throne ordinaire, oiiilrcçoitlesprefcnts dapeuple : ce qu’il continue dix-huit jours durant. Vers la fin de la Fefte le Roy fait à ion tour fes prefents aux Seigneurs, quiconfiftenten charges 6cen nouvclles dignités ,qiul deftri- bue àceux qui luy ont le plus donné. . La fe/?e Le jour de la naiffmee du Mogul íè celebre en la manicre rancc'duM^ fuiyante. Il commence lajourncepar toutes fortes de diver- g«h
163 s. Otfevvie íub- lilcmcui íaitc. Autre ftfte Mahometan?. i7J VOYAGE DES INDES, tiflèments j apres lefques il va au Palais del a Reine íà mere ft elle vit encore , Sc luy fair faire plufieurs prefents par les grands de fon Royaume. Apres difner il s’habille de les plus beaux habits , 6c ie couvre dor Sc de pierreries , Sc eftant ain- ft charge plus-toft qu’orne de richefles ineftimables ,il entre dans vne tente, oit les Seigneurs de la Cour l’attendeint, Sc ou il trouve des balances, dans lefquelles il fe pefe. Ces balances font d’or maifif, auffi-bien que les chaifhes qui les fufpendcnt, Sc font chargées de pierreries. life met dans vne deces balan¬ ces , Sc Ion met dans l’autre quelques lacs d’argenc,vn fac d’or, quelques pierreries * quelques pieces d’eftoffes de foye , de latoile , du poivre, des clous degirofle , de la mufcaae Sc de la cannelle, du bled, des legumes Sc des herbes, Sc l’on tient vn regift re exact de la difference du poids, que i’ony trouve tous lesans. Le Roy diftribueluymeimel’or Scl’argent mon- noyé auxPauvres, Scl’ondonne le refte aux Benjans. Cela eftantfait le Roy s’aiftt fur fonThrone, Sc fait jetter par my les grands des noix, des piftaches, des amandés Sc pluieurs au- tres fruits d’or, mais ft fubtilement faics , que le miller ne pe¬ fe pas trente efcus. Ce qui iemble d’abord incroyable} mais il eft certain neant- moins,quel’ona veu, que la vaieur de dix efcus deces bagatel¬ les rempliflbit vn grand baifin • de forte que toutela liberahte de ce puiffant Monarque ne pouvoit pas monter à la vaieur de 100.efcus.La fefte s’acheve par vn grad feftin,que le Mogulfait aux Seigneurs de la Cour,avec lefquels il pafle la nuit a boire. Us celebrent encore vne autre Fefte , qu’ils commen- ccnt dix jours apres la nouveelle Lune du mois du Iuillet, quafi delamefme maniere que les Perfes celebrent leur chur. Les Indienschomment cette Fefte à l’honneur de deux freres, nommés imx? Sc lauw^ee, íèrviteurs de lefquels eftans allés en pelerinage à vne devotion particuliere fur la cofte de Coromandel, les £r*mem, Sc les autres payens de ces quartiers, lesattaquerent, 8clescontraignirentde fe retirer dans vnChafteau, ou ils les afliegerent. Ces pieux perionna- ges fouftinrent le fiege aflez long-temps j mais n«e pouvans íe reíbudre à boire de l’eau j que les payens avoiient profa- tiée , en y jettant vn Lezard , pour lequel les Mahome¬ tans ont de l’averfton,parce que c’eft vn animalimmode,ils re- r folurent
D^ Sb. DE MANDELSlO, LIV. t. 179 folurent defairevnefortie fur Iesaflíegeans,8c en tuerentplu-1 6 y 8. fieurs, mais ils furent eníin vaincuspar le grand nobre des en- nemis,qui les laiííerent morts íiir Ja place. L’on porte par la ville des bieres couvertes d’arcs, de flefches, de tulbans, de ci- meterres, 6c de veftes de foye , que le peuple accompagne de pleurs 6c de gemiflements, en memoire de la mort de ces làints perfonnages. II y en a qui danfent, les autres battent leurs elpéesles vnes contre les autres,& mefmes il y en a qui fe decoupentlapeau, en forte quele fangen ruiílèlle de tous co¬ tes,dont ils frottent leurs habits, 6c rcprefentent par ce mo yen vneproceílion bieneftrange. Sur le íóirilsdreíTent furleMei- d-in pluíieurs figures depaille,qui rcprefentent les meurtríers de ces Saints, 6c apres Ieur avoir tiré vne quantíté de flef¬ ches , ils y mettent lefeu,6c les reduifent encendre.Cequils font avec tant d’animoiite , 6c avec tant de fureur , que les Payens, qui fe trouveroient dans la rue à ces heures-la, cour- reroient rifquede la vie 5 c’eil pourquoy ils fe tiennent enfer¬ mes dans leurs maifons. Les Mahometans de ces quarticrs-là celebrent encore vne fefte au mois de Iuin , en memoire du íàcrifice d’Abraham,en tuant des boucs,qu’ilsmangent aux feftins qu’ils font entr’eux ce jour-là. Ilefl: certain quele Mogul fe vante d’eftre deícendu en lí- Lc Mogul def¬ ine direclc 6c Mafculinc de Temirlanque, ceftà dire Temir le “”lja^Ta* boiteux, que l’on appelle vulgairement TAmerUn, qui eftoic mct aU: de Ia famille de Chtngms-Chm^ Roy de Tartarie. Schach cho~ rtm ; qui re^noit alors, eftoit fils puifnéde Schxcb Iahítn,&c avoit vfurpe la Couronne fur le Prince Polagi , fon nepveu, que nous trouvâmes à Cafivín , à noltre arrivéeen Períè. II pouvoit avoir alors environ íòixanteans , 6c avoit troisfils dontfaiíhé avoit vingt-cinq ans: mais ce n’eftoitpas Iuy pour lequel il avoit le plus d’aflre&ionj puis que fon deííein eíloit de declarer le plusjeune íbnheritierau Royaume d’ do/íta w, 6c de Iaiííer quclques Provinces aux deux aifnés. Les com- les comment mencemens de fon regne avoient efté cruels 6c fanglants: “pnefont6 f°* mais il avoit bien. change de façondeyivrejquoyqueVonre- crudv marquaft encore en Iuy de temps en temps des effcts d’vne grande íeverité,aux executions qu’il faiíoit fairedes crimi¬ neis de leze Majefté,qu’ilfaifoií efcorçhervifs,ou defchirej; 11. Partie. Z «
i8<5 VOYAGE DES IN DE 5,' 1638. par les beftes. II eftoit d’ailleurs d’aftez bonne humeur , ai- mantlesfcftins, Ia Mu fique 6c la danfe $ particulieremenc cel- le des femmes publiques, qui danfoient fouvent nuesdevanc luy , 6c le divertiiToient par routes fortes de pofturcs. phifant conre Anglois me firentvn conte, que jetrouve aílez plaifant (iuMogui. pourenfaireicy vnepetite digrefli on. CeRoyaimoiit particu- lierementvn certain A .tig/, qui fe faifoit confiderer àà caufe de foncourage, 6c qui s’eftoit rendu fiagreable en fa converfa- tion, qu’il ne fe paiToitquafipointdejour queleRoyne 1’en- voyaftquerir. Vn jourle Roy, ayant demande pourquoyce Seigneur n’eftoit point venq à la Cour , Sc ayant fçeu qu’il avoir pris medecint, il luy envoya vne troupe de ces danicu - fes, 6cleur commanda de íè defcouvrir, 6c de iaire leurs or¬ dures en íà preience.LeRasgien ayantefté adverty.,lesfit cn- trer, croyantqueleMog«/les avoientenvoyéespouirle diver¬ tir jmais ayanticeudepuisl’ordre qu’elles avoient, & voyant que le Roy eftoit en bonne humeur, 6c qu’il avoir envie de rire, reiolut de luy en donner d’vne, Sc de ic mocquer de ceux, qui fe vouloient mocquer de luy. Leur ayant done demande ce que le Roy leur avoit com- mandéde faire, il leur demanda en iuitte, s’il ne leur avoir rien commande d’avantage , 6c fur ce qu’elles refpondirent qu’elles n’avoientpoint d’autre ordre que celuy-là, il leur dir, qu’elles euílentà executer les ordres du Roy biem ponctucl- lemct, mais qu’elles s’empefchallentbien d’en faire d’avanra- ge:caríi ellesfaiíòientplusquecequileuravoiteftécomandé, 6c íi elles piííòient en faifant leurs ordures, il les feroit foiietrer jufques au íàng. Il n’y en eut pas vne, qui voulut s’expofer à ce hazard3 e’eft pourquoy elles retoumerent à la Cour, oil elles raconrerent au Roy la rencontre qu’elles avoient euc avec le L’adrefte de ce Seigneur pleut tellement au Mogul , n j'T.r;jr qu eEe acheva de le mettre de bonne humeur. m°cnt au còn\- H íe divcrciílòit tous lesjours à voir combattre les Lyons, bardcs beftes les taureaux, leselefants, les tigres ,les leopards, be les autres fcoces. beftes feroces: preuvede fon naturel cruel 6c de ion humeur íânguinaire ,laquelle il continuoit de nourrir par certe íòrte de combats. 11 fe plaifoit auíli à faire combattre les hornmes; mais cela eftoit volontaire, 6c ceux quis’y engageoient avec 1’ciperance d’eftablir par ce moycn la reputation teleur cpvu
DV SrMANDÊLSLO, Liv. r. i$i bge, qui devoit fervir de fondement à Icur fortune, fe de¬ cent refoudre aufliàiVy employer point d’aucres armes que 1 epcc & Ia rondache. Ie me íouvicns a ce proposd'vn com¬ bat, que Schiich-Chortm fit faire vn jourau íòrtir d’vnfeflin qu’il avoit fait le jour de lanai fiance de fonfils, quieíloitRoy deUcngala, dans vn Caravanfera hors de la ville , ou il faifoit noun ir toutes fortes de belles feroces. Ce baíliment cíloit accompagné d’vn^rand jardin, closdvne muraille, par def- fusíaquelle le peuple eíloic venu voir cc divertilíement. II fit i 63 8. premierement commettre vn taurcau fauvage 6c vn Lyon 6c en fuitte vn Lyon 5c vn tigre. Dés que le tigre appcrceutle Lyon, il alia droitàluy, 6c Ie Ccmbatáv* choquant de toutes íes forces, lerenveríã. Toutle monde ^on&d’y“ croyoit que le tigre n’auroit plus de peine à achever fon en- “src* nemy, maisle Lyonferelcvaenmefinetemps, &pritíetigre fi fort à la gorge , qu on le croyoit mort: il le dégagea neant- mois , 6c le combat recommençaavec plus de fureur que ja¬ mais , juíques a cc que la laílitude Ies íepara. Ils eíloient tous deux fort blefies, mais leurs playes neíloient point mortelles. Aprcs cela ^lUmerdy Chart, Gouverneur de Chifemer, qui fe tenoit aupresdu Roy, s’avança, 6c dit, que Schxch choram vouloit voir, fi parmy fes fujets zl fe trouvoit quelqu’vn, qui euft alfezde coeur, pour affronter vne de ces belles, avec la feule eípce 6c la rondache , 6c que celuy qui auroit Ie courace de 1 enticprendre fe declarat, afin que le Mogul, ayant luy- mefrne veu des preuvesdefonmerite, euft fujetdclcrecon- noiílre, 6c de 1’honnorcr 5non feulement de fes bonnes traces, mais auílí de la qualité de chan. Et fur ce que trois inZflhans s oífrirent de faire le combat,~s4ll
,82 voyage des indes, , O du bras droit de fon ennemy, pour luy fauter àla gorge •, quand. -1 * l’liommeportant la main gauche an poignard, qu U avoit ca¬ che dans fa ceinture, le fourra fi avant dans la gueule da Lyon, qu’il fut contraint de lafcher priíè, 8c deferetirer. L’homme- le fiiivit, abattitle Lyon d’vn coup d’efpee, qu’il luy donna fur le mufle, 6c acheva de le tuer, 6c de le couper en pieces. Le peuple felicita l’homme de fa victoire par fcs acclamations mais dés que le bruit eut cede, le Mogul fitvenirl’ Indojihan ,6c luy dit, en riant de defpit: 11 faut avouer que tues vn vaiL lanthomme, 6c que tu as bien combattu.. Maisnet’avois-je point defendu de combattre avec avantage ? 6c n’avois-je point regléles armes du combat ? 6c cependant tu as vie de lupercherie , 6c tu n’as point vaincu mon Lyon en homme d’honneur: mais tufas furpris avec des armes defendues, 8c tu l’as tué enaíTaflin, 6c non en ennemy declare. Et fur cela il commanda à deux homines de defeendre dans le jardin, 8c de luy fendrele ventre : ce qui fut execute , 6c l’on mit le corps fur vn elefant, pour eftre conduit parlaville, aim de fervir d’exemple.. ComBat d’vn Celuy qui parut fur le theatre apres cette tragedie, alia avec homme &d\n vne grande fierce audevant du tigre, que Ton avoit lafche con- 1 ^te tre luy j en forte qu’a voir fa eontenance l’on euft dit, qu il al- íuncílc- loit comme à vne vidoire certaine *. mais le tigre, qui eftoic plus adroit que luy , luy fauta aufli-toil: a la gorge, letua, 6c defehira toutle corps en pieces. Le troiíiéme champion , au Troificfme cõ- hcu de s’cffraver de la mal-heureufe fin de fes deux camarades, hcú;cux.ÍSpluS entra gayement dans le jardin, 6c alia droit au tigre, qui tout efehauffe du premier combat, fut audevant de fon honunc, a dcfTemdel’abattredu premier coup : mais 1’ /niofllun, quoy que petit ,, 6c demauvaife mine, luy coupa d’vn feul Coup les deux pattes de devant, 6c l’ayant ainfi abattu, il acheva dele *ouuur8ge tULe Roy luy demanda auffi-toft fon nom, 6c il refpondit qu’il sappelloit Geili, 6c en mefme temps l’onvit arrivervn Gen- til-homme, qui luy prefenta,de la part du Mogul, vne veftc de brocard, 6c luy dit, Getly, prens cette vcfte de mes mains, com¬ me vne marque des bonnes graces du Roy, qui t e n envoye af- feurer, Ge/7-v, apres avoir fait trois profondes reverences, pop- íalAveíleàfesyeuxScàfoneílomaçh» 6c tenant aprescelaio.
DY Sr DE M ANDELSLO , LlV. L 183 vefteenl’air, Sc apres avoir fait vne petite pricre, il dit tout 16 3 S. haut, jeprieDieu, qu’ilfaifeégaler lagloire.du Mogulà celle de Tamerlan, dont il eft forty : qu’il falte profperer los armes: qu’il augmente íês richeflès : qu’illefaiTevivrefept cens ans, Sc qu’il eftablifte famaifon eternellement. Deux Eunuques le vinrent prendre en mefme temps ,&le conduifirent à la cham¬ bre du Roy, à l’entree de laquelle deux Chans leprirent au milieu d’eux, Sc le menerent ainii aux pieds duRoy. Apres qu’il les euft baifés, Sc qu’il fe voulut lever, le Mogul luy dit, il taut avouer Galy C ha», que ton action eft bien glorieufe. Ie te don¬ ee nom Sc cette qualitè, que tu po (federas A jamais. Ie veux eftre ton amy, Sc tu feras mon ferviteur. Et e’eft ainii que cette feule action fit la fortune d’vn homme, que l’on ne connoiftoit point auparavant, mais qui fe fit bien connoiftre depuis , aux emplois qu’on luy donna dans les armees, Mon deflein eftoit de faire encore quelque fejour àstgra-, Manddfloir- maisilm’arrivavne chofe, qui me fit changer de refolution,con™ F°ur a. Sc qui m obhgea à ipe retirer d vn lieu, ou je ne croyois pas do(lhan a ir_ eftreenfeuretédema vie. Carm’amufant vnjouràparler auPahan. valletPerian, qui m’avoit quitte à Suratta, je vis veniràmoy vn Indojlhitn, homme de bonne mine, Sc à cequej’enpouvois juger, do condition 5 qui me demanda d’abord d’ouje venois, Sc qu’elles affaires je pouvois avoir en ces quartiers-là. Ie luy ,rcipondis,quej’eftois Europcen, queje venois d’Allemagne Sc que c’eftoit la feule curiofité que j’avois de voir la Cour dm plus puiffantMonarque de l’Orienr,qui m’y avoit amend. lime dit, qu’il croyoitm’avoirveua ifpahan, Sc que j’eftois fans doute celuy, qui avoit tué ion parent, dans le demeílé, que les Indiens y avoient eu avec les Allemans. Ie pcníãy perdre contenance à ce difeours, Sc ncantmoins je luy proteftay que jen’avois pointefté en Perfe, Sequej’eftois venud’Angleterre par mer á S nr an a : ce que les deux Marchands Anglois, qui m’accompagnoient,confirmerentauili. Mais celuy qui mefer- vitleplus vehement en cette rencontre, cefutle vallet Perfan,, qui jura par ion Mahomed, & par ion Hoffein, que ce queje luy difois eftoitvray. Ulndojlhan fe retira la-deifus, mais il fit bien connoiftre, qu’il ne demeuroit pas fort perfuadé de ce que nous luy av ions dit : Sc moyjene croyois pas me pouvoit fier a yu homme, qui avoit manquç d’oçcafionplutoft,quedevcv Z hj
1$4 VOYAGE DES INDES,' ! í 3 S. Ionté, Sc qui vangeroit fans doute Ia more de fon parent, donfi j ’eftois convaincu en ma confcience. f.uc d'Agra Ie partis done d’jgra avec vne CaffiU, ou Caravane , quí alicrUa. alloitàlavillede Labor, qui eftàfoixantedixlieues plus ayant dans Ie pais. Ic fis ce voyage en la compagnie d’vn Marchand Hollandois, Sc le fis avec d’autant plus de fatisfa&ion, que toutlecheminn’eftoit qu’vne feule allée, tiréeàla ligne, Sc bordéc des deux coftés de datiers, palmes, arbres de Cocos,Sc d’autreS arbres fruitiers, qui nous iaifoient vne ombre conti- nuelle Sc fort agreable, contrelachaleurduSoleil. Les belles maiíòns,quel’on y voyoit çà Sc Ià, les finges, les paons, les per- roquetsSelesautresoyícauxnousdiverrilToient merveilleuíè- menr, Sc donnoient mcfme quelquefois de 1’occupadon à rnes armes, Vn jour jc tuay d’vn coup de piftolec vn gros íerpent, queje trouvay cn mon chemin, Sc en iuitte vn leopard Sc vn chevreiiil * mais les Benjans, qui eftoient dans lauroupe , le trouvoientfòrtmauvais, Scmereprochoientma cruauté, en ce que j’oftois à ccsaninuux Ia vie,que je nelcur pouvois point donner, Sc Iaquelle Dieu ne leur avoir donnée,que pour le glo- rifier : de forte que quand ils me voyoientmettre la main au piftolet, ou ils íe faíchoient, de ce queje prenois plaiíir a vio- Jer en leur preíènce les Ioix de leur Religion,ou ils me prioient de leur donner la fatisfaction de ne les tuer point, Sc quand je leur faifois connoiftre, qu’il n’y avoit rien queje ne bile pour l’amourd’eux, iln’y avoit point de complaiíance aufli qulls n’euilentpour moy, Lepa'is d’aupresde Lahoreft fort bon, Sc produit toutes for¬ te de fruits,Scdu bledScdu ris en plus grande abondance,qu’au- cune autre P rovince de ce grand Royaume. Pour ce qui eft de la vdlede Labor, elleeft fituée a3i. degr. zo. minutes deleva¬ tion, furlapetite riviere de Ravy ou Ravée , qui entre avec fcefcript'on de quatreautresdanslefleuve d’Indus, lequel on appelleà caule faorVlllcde La* c‘e cela Pan gab ou cinq eaux, ain fique nous avons die ailleurs. L’afliette de la ville eft fort avantageufe , part.culierement du cofté de la riviere , oil elle à plufieurs beaux jardins. Le Palais du Roy eft dans la ville, de laquelle elle eft feparee par vne haute murailie, Sc a plufieurs grands appartemens. L’on yvoitauili plufieurs autres Palais Sc Hoftels,pourlelogement des Seigneurs, qui fuivent ordinairement la Cour. Et dau-
CV Sb. MANDEfcStO; LIV. í ,sf tat que la pluíparc des habitants íbnt Mahometans, 1’on y voit x 6 3*^W vn grand nobre de Metxii ouMofquées Se d’eduvcs,pour leurs purificados ordinaires.Feusla curiofité de voir leurs eduves,Sc de vouloir eílàyer leur façon de baigner • c’ed pourquoy j ’allay vn jour avec mon truchement,qui edoit courretier,dans vne de ees eduves, qui edoit badie à la Perfane,avec vne voute plat- te , 8c avec plufieurs appartements,qui edoient tous faits en demy rond , fort edroits à 1’entrée , Se larges au fond,ayans ^Tf^on* chacun fa porte particuliere, Sc deux cuves, ou Tancjues de pier- dc baigr^ redetaille, dans lefquelles onfaifoit entrer 1’eau par des ro- binets de cuivre , en tel degré de chaleur que l’on vouloit. Apres le bain on me fit aflbir, Sc puis apres coucher fur vne pierre de fept ouhuit pieds de longfic de quatre de large,ou le baigneur mefrottale corps avec vngantelet de crin. Ilma vouloit auífi frotter la plante des pieds avec vne poignée de fable j mais voyant quejene le pouvoispoint fouffrir , il me demanda fi j’edois Chredien , Sc ayantfceuque jePedois, il me donna le gantelet, afin que je me ‘frotaíTe moy-mefme les pieds, quoy qu’ilnefid point de difficulté de me frotter tout le rede du corps. Apres cela entra vnhommc de petite taille , qui me fit coucher fur le ventre fur la mefme pierre, Sc s’edant mis à genoux fur mes reins, me frotta le dos avec les mains,de¬ pths l’efpine jufqu’aux coftésj diíànt que le bain ne me profite- roit de rien,fi je ne fouffrois que 1’on fift écouler par ce moyen par tous les autres membrcs le íãng,qui fe pourroit corromprc en cet endroit-là. „ lene vis rien aux environs de Labor qui merite d’edre remar- qué ,finonvn des jardins dulFoy, qui en ed eíloigné dedeux journées. l’eus en ce petit voyage vnevoiture d’autant plus divertiflante, qu’en deux jours je la changeay quatre fois. On me donna d’abord vn Mulct, apres cela vn Chameau, en fuit- te vn Elefant , Sc cnfin vnbeuf,quitrottoitfurieufement,Sc levoit les pieds j ufques aux edriers 3 me faifitntfairc fix bon¬ nes lieuesen mo ns de quatreheures. Le íèjour de cctte ville meplaifoitextremement: mais je receusdes lettres d'■> par lefquelles onmeprefloit de partir; parcequele Prcfident Anglois faifoit edatdes’embarquer dans peu de temps, pour retourner en Angleterre: ce qui m’obligea à me mettre en lx compagnie de quelques marchands Jndoilhm , qxii retouj> floienf tL *4 ma d*bntht ,
■1638. Retournc à Anudabath. feu 4'Aitlfice» Rctourne à Suratca. Les pctfonnes de condition font porter des Banniercs de¬ ram cux. ,86 VOYAGE- DES IN DES, En arrivant z^madabath 1c direíleur cki commercedes An- gloís me dít, qu’il avoit receu ordre du Preíídent de faire la plus force Caffila qu’il luy íèroit pollible, 5c de fe rendre avcc elleà Surana au pluftoft.I’y trouvay auíll des lettres du Pre¬ sident, quimemandoit,qu’ilnefaiíoit qu’attendrelesCafflas d’^fgra &cAmàdaUth& qu’il faifoit eftat de partir dés qu’elles feroient arrivées.Il me manda auíli qu'eftant obligé de refigner íà charge dans peu de jours entre les mains d’vn fucceílèur , quefes fuperieursavoient nommé,& cette ceremome devanç efbre accompagnèe d’vn grand feftin, il me prioit de l’honno- rer dema prefence. Pendant quej’eftois à dmaiabath, les Mahometans celebre- rent vne fefte,qui finit fur le foir par vn fort beau feu d’artifice. Toutes les feneftres, qui ont veuc fur 1cMaidan,cãoicntbor¬ dões dc lampes, devant lciquelles Ton avoit pofé dcs bacons de verre, remplis d’eau de pluiieurs couleurs, ce qui faifoit vn fort beleffet.Surlemeime Malian, devantle Palais du Roy, font deux maiions fort bailes, qui ne fervent principalement qu’a cette fefte^parce que IcSultbans y retiraaveclesSeigneurs de la Corn*, pendant que l’on allumoitlefeu, qui confiftoit en fufées , raquettes, &autres inventions fort agrealbles. Il y en avoit, qui avoient mis des lampes a des roiies, qui ine lai lloient pas de demeurer fuipendues, quoy que les roiies tournallent inceflamment, & avec grande violence. Dés que la Caff la do-á^fiitarrivée àAmadabathjcpns con¬ ge denies amis, 6c me misenchemin, avec vne Caravane de centcharettcs. Le premier jour nous fimes douze Cos, oufix lieucs, jufqu’a la petite ville dc Mamadabath. Le lendemain je prisle devantavec ledirecteurducõmerce d' ^maiabath, qui íc vouloit trouver, avec foníécond,à lareiignationque lePre-, ildent devoit faire de ia charge. Nous eftions quatre de com- pagnie , &; nous emmenions avec nous quatre charettes,deux chevaux,& vingt Ptons,ou ioldats, pour noftre eicorte , laif. iant ordre àla Caff la denous fuivre, avec toute la diligence} poflible. Les Pions, quiportoientnos armes & nos eftandarts, ne laiifoientpas de iiiivre le train de nos chevaux.Ce quejc dis de nos eftendars regarde la couftume des Indes, ou il n y a point de perfonnede condition,qui ne faile porter devant luy. vneftendartjOuvne efpece de cornette. Cejour-H nous pair sâmea
ÔV Sil Í3É MANÔELSLO, LIV. I. ig7 sâmes la riviere de Waffet, & logeâmes la nuict dans le forc 1636. de Safei pour. En ce lien-là nous joignit le facteur de J3rodray nomméM. Pansfeld, qui nous trair ta Ielendemainfortma- Ípiifiquement, au lieu de íâ refidence. Nous en partimes fur e foir , & logeâmes la nuict fui vante dans vn grand jardin, &c le lendemain nous continuâmes noítre voyage. Sur le loir nous campâmes aupres d’vne Tanque , nominee Sambord 5 ôc dautant que tout cejour-lànous n’avions point eu d’eaufraif- che, nous tafchâmes d'en prendre dans la Tanque. Mais les paifans, craignans quenous ne confumailions route Peau,par- ce qu’il y arrivaenmeime temps vne Caff la Hollandoifc , de deuxcens charrettes,nousempeicherentd’enapprocher. Ce .n'r,Tce . it* Aw * “ • 11 dcs paiians. qui nous obiigea a comander qumze Ptomyavec ordre de pren¬ dre de l’eau, malgrc les paiians: mais en arrivant aupres de la Tanque, ils la trouverent gardée par trente homines armés, & fortrefolusdeladefendre,6cde nous empefcher de prendre del’eau. Lesnoilrescoucherentenjoue, 6c tirerent Pelpée à deflein d’attaquer les paiians, qui fe retirerent 5 mais pendent quenos gens puifoient de l’eau, les Indiens tirerent quelques flefehes, 6c trois coups de moufquet parmy les noitres, dont ilyeneutcinq deblcfles. Nos genss’enreiTentirent, 6c tue- rent trois paifans, quel’onvit emporter dans le village. Pendant que nous eítionsà fouper , nous vimes arriver vn desmarchands Hollandois, qui nousdit, que Pon avoit veu deux cens Rafboutes fur noítre chemin, qui avoient fait plu- iieursvols depuis quelques jours,6c que le jour precedent ils avoient cue fix hommesà vne lieuedu village , aupres duquel nouseítionslogés. La Cafflades Hollandois jjartit à minuit, & nous le fuivimes incontinent apres, Mais a peine Pavions nous paíTée, que nous decouvrimes vnde ces Holacueur , qui ontaccouílumé de marcher àla teite des Cafflm, & dcs trou¬ pes, 6c de fervir dc trompettc, cn ionnant d’vn certain inilru- ment de cuivre, bien plus long que nos trompettes ordinai- res. Désqu’il nous apperceut it rentra dans la foreít,ouilíè mitàfonnerde route fa force -cequinous fit croire, que ces voleurs ne manqueroient point de nous attaqueç bien-toil.Et defait,nous vimes quafi en mefmc temps fortir des deux coités duboisvn grand nombre dc R as bout es, armés de piques 6c de Çombat arcá xondaches, d’arcs 6c de íiefches, mais lãns armes à feu. Nous l'aR,aiboutc*i II. Partie. A a
?^}8. A rr’»c à Su- ratta. 18* VOYAGE DES INDES, avionseu Ie loiíir de charger Iesnoítres, quine confifloiene qu’en quatrefuíils, Seen trois paires de piítoIets.Le marchand & moy, nous montâmes à chcval,2e donnames les fuzils a ceux <]ui eítoienten caroíTe, leur donnant ordreexpres, dene tirer qua bout portant. Nos armes eítoient chargées de quarrcaux d’acier, & les Rasboutcs marchoient íi ferres,que de la premiere décharge nous en vimes tomber trois morts. llsnous tirerent quelques flefches > dontils bleflerent vn beuf Se deux Pions. Il yen eutvnç , qui vine donner dans le pomrneau de ma felle,& lemarchand Anglois eutvn coup dans lon tulban. Des que ceux de la Caffix Hoíkndoife ouirent nrer, ils décacherent dix de leurs < ions : rnais devant quils nous puílentlecourir, nous couruímes grand hazard de la vie. Car jeme visattaqué de tous coités, Aj’eus deux coups de pique dans mon collet de bufle, qui me fauvala vie ce jour-là.Ily eutdeuXiRafboutesy qui prirent mon cheval par la bride , tuerent deux de mes fionst Sc femirenten devoir de m’emmener prifonnier. Mais je misl’vn hors de combat, par vn coupde piitolet, que je luy donnay dans l’cfpaule, Sc le marchand Anglois vintàmon fe- cours,&: fit merveilles de fa perfonne. Les Pions Hollandois approcherent cependant, Sc la Caff la cilant arrivee quafi en meime temps,les Rasboutes fe rctirerent danslebois, laiilans fix hommestuésfurla place, 8c emmenans plufieurs bleflez. Nouseufmes deux pions de tués, Sc huictdeblelhez, fansle marchand Anglois, quiI’eftoit legerement.- Nous continuâ- mes de marcher avec la Caff la, en fort bon ordre, dans l’opi- nion que nous avions, que les Rasboutes ne manqueroient pas de nous attaquer encore j maisnous neles vimes plus,6earri- vâmesfur lemidyà Broitfchia , ounous demeurâmes jufques fur le foir. N ous en partifmes fur les quatre heures pour palter la riviere, Sc pour faire encore cinq cos, jufquesau village d’onclafjer, oil nous logeâmes la nuict, Sc le Jendemain z6. Decembrenous arrivâmes à Suratta. A mon retour à5«r<íífajetrouvay dans la loge des Anglois plusdecinquantemarchands, que le Prefident avoit fait ve- nir de tous les autres Bureaux , pour rendrecompte de leur adminiltration, Sc pour eltre prefens à ce changement de gou- vernement. Cette aíTemblée eítoit compofée du fieur Meth- rvjld^Prefident, du {k\)f Fremling, quiluyalloic fucceder en
£>V Sr DE MANDELSLO', LIV. X. tf9 ’ cette charge, de cinq Confuls, de divers lieux des Indes, de 1 ^3 trois Miniftres, de deux Medecins, 5c de vingt-cinq Mar- chands. Désqu’ellefutcomplete, 1c Preíidencfit vn beau te Ptefident difcours, pour laremercier de lafidelité Sc de 1’affection dont ils avoienc tous donné cant de preuves pendantfon gouver- 1C ^ ’ nement, 5c de 1’honneur & du reípecl qu’ils avoienc rendu à Ia compagnie des Indes enfa perfonne, 5c pourlaprier dcn faireautanten celledufieur Fretnlíng, fon iecond, auquel il avoitordré de refígnerfa charge : les exhortant tous de con- courir à ce qu’ils croiroient eítre du profit 5c de 1'honneurde Ia compagnie. Apres avoir achevé íãharangue,il donna au fieur Frcmlinglcslectrespatentes, qui 1’eftabliífoíentenlafonétion de íã nouvelle charge, ôc luy fitvn petit compliment fur le mefine fujet. Apres cela on alia au jardin hors dela ville, ou Ie fieur Met- rvild avoit fait preparer vn magnifique feílin, de toutee que le pais pouvoit fournir de bon 5c de rare, accompagné d vnc mu fique Angloife.de violons, d’vne Mahometane 6c d’vne Benjune, parmy laquelle les danfeufes du pais achevoient de nous divertir. Incontinent apres Ton donna ordre, à ceque lesnavires, quiavoiencleurs charges,fiíTent les provifions ne- ceílàires pour le retour, 5c nous commençâmes à nousdiípo- íérau voyage. Le x8. Decembrearrivaà^wrrfíMvn Sulthan, quele Mogul Enttír duSul, y envoyoit, pour fucceder à celuy que j’y avois trouué enarri- than aSuratta- vant. Le nouveau Prefident fut au devant de luy jufqu a vne demy lieuc de la ville, accompagné de cinq des principaux Marchands: qui me prierent de leur faire compagnie. LeS«/- than faiíoit marcher devant luy plufieurs rions, 5c quelques Palanquins , 6c apres eux vn define , fur lequel vn homme portoit vn eílendart de taffetas rouge. Apres 1’elefantmar- choientplus de cent rions, 5c apres cux vingt íoldats, portans chacun vn petit eílendart, en forme de cornette, de plufieurs couleurs. Ceux-cy marchoient immediatement devantle Sul- tlun, qui eíloit monte fur vn beau cheval Períàn, 5c eíloit ac¬ compagné de plufieurs perfonnes de qualité, 5c d’vn grand nombrede Cavalliers. II avoit à fon coílcvn eílaffier avccvn bouquet de plumes, qui fervoit d’efventail, pour luy faire om¬ bre contrel’ardeurduSoleil, 5c il fiiifoit porter derriereluv Aa ij
i9ó VOYAGE DES INDES, X638. Ton Palanqnin, quieíloitdoré. Us’appelloit Myrfa Mahmudf & il y avoit long-temps que le nouveau Preíident le connoif. foit. Auíli fe firent-ils grand chere, 8c le Preíident, apres l’a- voiraccompagné jufqucs àfonPalais, parmy les acclamations dupeuple, quiíè trouvoitenfouledanslarue, pour le felici- teràíbn arrivée, retourna chez luy. Incontinent apres rcftabliílement dunouveauP rcfidct,tous¬ les autres officiers 8c marchands fe retirerent petità petit aux lieux de leur refidence ordinaire, 8c l’on acheva de mettre les navireseneftatpourle voyage. On les appelloit Mine 8c le Cygríe; mais on vouloit faire partiravec eux deux autres vaii- feaux, dontl’vn, quineuílpaspu faire le voyage dAngleter- re} parce qu’il eftoit trop vieux,eíloit deíliné pour eítre vendu à Goa ,ou lcPrefident devoit toucher en pailànt,8c 1’autre y de¬ voir aller qucrir cinquante mille rcaulx, que les Pontugais de- voient payer,en execution du traitté de Paix qu’ils auoient fait avec les Anglois, pour eftre employes dans les Indes,íiir les or- drcs du Preíident de Suratta. Le Cygne eut ordre d; partir dix jours devant nous,8c de nous attendrcau Cap de bonne Efperance. Mais devant que de partir de Suratta, il fera à propos d’ache- ver cc que nous avons promis de dire du Royaumede Gw^h- ratta, oii cette ville marchande eft íituée. Mo°uU*vn' íc Nous 1’appellons Royaume; parce qu’il n’y apas plus de fix Kofaumc He C vingtsans, que le Mogul 1’avny à ía Couronne, à 1’occafion Guiiuratta à fa de la minorité du Roy de G«i<»r<?<<;qui regnoit alors.Carda/’- Coutonnc. thanMamoet qui mourut environ 1’an 1545. ne laifll qu’vn fils, nommé Maiofher 8c parce que ce Prince n'avoit alas quVnze ou douze ans,il en donna la tutele à Ehamet-chan, hn favory. Celluy-cy, voyant que fon jeune Monarque nãftoit pas en cftatdc le maintenir contrel’enviedes Grands, qii s’eftoient aíTez hautement declares contre luy,8c confiderait qu’il avoit bcfoin d’vne plus puiílãnte protectioni ilsadrefiãà Achobar, Mogul, ou Roy d’ indojlhan, 8c le pria de vcnir au fetours defon pupille •, luy prometrant de mettre la ville d'Mmatabath, capi- tale du Royaume, entre les mains. Acho bar ne vculant point negliger vne occafion li favorable, entra aufii-toftavec vne puiílãntearméeen Gu^uratta ; maisaulicudelè contenter de la ville à" A madabath, il ferendit lcMaiítre de toutle Royaa- me, 8c ennnena Maiofher-) 8c fon tutcur prifomiiers avec luy
DV Sr MANDELSLO, LIV. I. 191 l Agn. Mtdofher, ayant atteint J’aagede trente ans, Sc com- 1638» mençant àfaire reflexion fur lemal-heurdelà captivité, quil voyoitbien devoir eftre perpetuelle, il gaigna vn des plus con- fiderés Seigneurs de Guj&ratta, qui le mit en poíleffipn de quelques villes de fon Royaume, des plus eíloignées des fron- rieres du Mogul: mais on ne luy donna pas le loiiir de s’y affer- mir. Car Achobar y envoyaenxnefine temps vnearmée fousle commandement deCfc(*»-Cfcaw» verneurs-.comme eux de leur cofté,fçachansque le moindre or- . dre de laCour les peut depoffeder,ne perdent pointle temps de faire leur main, Sc de prendre de toutes parts,particuliercment quand ils lòntfur lc point d’eftre revoqués. Caralors ils ne ma~ quent point de tirer des fòmmes immeníes des plus riches mar- chands du pais, Sc fur tout de ceux de la ville d' Amadabath, qui font contraints de fe rachctter des fauffes accufations, dont on ne les charge que pour avoi r vne partie de leur bien5 parce que le Gouvcrneur eftant I uge íouverain de tous les procés , tant civils que crimineis, ils feroient afleurés de perir, s'ils ne rcfol- voient d’affouvir fon avarice. Sa magniííc««- II n’y a point de Roy enl’Europe,, qui ait vne fi belle CoiU",ct- Aa hj
L Í63S. Ro jBt^uratta, ít>i VOYAGE DES INDES, que Ie Gouverneur de Gu%uratt*, ny qui paroiíTeavec tântde magnificence en public. On ne le voitjamais fortir,qu’accom- pagnè de grand nombre de nobleíTe , & de fes gardes, à pied & a cheval, faiíant marcher devant luy p.luííeurs elefants, avec des couvertures de brocard, ou de velours en broderie, fes eftendarts des rambours, des trompettes Ôc des t imbales.Dans fon Palais, il fe fait fcrvir en Roy, Ôc ne permet point que 1’on entre dans fon appartement, quefonn’ait fait demanderau- I! dífpofc dc diance. Il profitedc routes les impofitions Ôc detoutes les le- mt ie revenu voes, qui íe font dans fon Gouvernement,de force qu’il amafle u Royaum,. pCU c|c tempS fies trefors íncroyablcs, particuliere- ment par le moyendu tiers du revenu de routes les terres Ia- bourables,qui áppartient au Roy,6c que I’on lailfe au Gouver- Le revenu du ncur pour Iafubfiftance d’vn corps de Cavalerie, qu’il eft obli- m ,iu:ne de d’entretenir, mais qui n’eft pas touilours complet. Le revenu du Royaume de Gi*%urattx montoit cy-devant à dix-huit millions d’or,íans laferme detraittes foraines de Brodra & de Brotfchia , qui rendoit tousles ans prés dehuit censmil eícus. Ce pai's n’a point d’ennemy qu’il puiíle apprehender; mais les montagnesde ces quartiers-là fervent de retraitteà certains Radius, ou petits Princes, qui ne vi vent qpic de la petite guerre,6c des couríès que Ieurs íujets for fur les terres du Mogul5 qui n’eft pas aílèz puiflant,pour les defnicher de ces lieux inac- ceífibles. 11 y a outre cela des troupes de voleurs, qui s’aflem- blent quelque-fois, jufques au nombre de trois ou quatre cens, pour voler fur le grand chemin 5 de forte que 1’onn’y voyage Íjoint fins danger , fi ce n’eft que 1’on fafle compagnie contre cs infultesde cette canaille , que 1’on repoufte d’autant plus ayfément,que la plulpart n’ont point d’armes à feu. Le Coutevd eft celuy qui luge les petites affaires: mais la Iu- ftice s’y rend d’vne plaiíànte façon5parce que celny qui fe plaint le premier gaigne leplus íòuvent íon procés^en forte que com- me Fon dit, le battu paye 1’amende. Les crimes capitaux font jugés par les Gouverneurs des villes, qui font faire les execu¬ tions par\eCouteval. II riyaquafipointde crime dont 1’on ne íc piufle redimer pour de 1’argent; de maniere que Ton peut di¬ re de ces pais, mieux que d’aucun autre, que les gibets n’y font dreflcs que pour les mal-heureux. Les crimes que 1’on y punit avec le plus de feverité, font le meurtre ôc 1’adulterrcj particu. L’adminiftra- tioo dclaluíli- ce.
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 195 lierement quand il fe trouve avoir efté commis avec vne dame 1 ? I de condition. Ce qui eft la feule caufe, pour laquelle on y fouf- fre lesbordeis, quipayenttoustributau Co»feW,quidefon coité les protege li bien, que non íeulement il y a de la feureté, mais auífi de Phonneur à les frequenter. Nous avons fait connoiftre cy-defíus les principales villes de L«autresviltes ce Royaume, comme ísfmadabath, CAtnbaya, Sur.itta, Brodrn, dcGuzuratu. Brotft hi.t, Scc. ou nous avons paíTé 5 fi bien qu’il ne nous refle, qu’a dire vn mot des autres petites places du mefme Royaume. Gog.ieft vne petiteville,ou pluftoft vn erand village , fitué GoS**. à trente Iieues deCambayajM lieu ou le Golfe eíl fi petit,qu cl le y forme vne eípece de riviere. Ce lieu eíl aíTez bien peuple,8c lapluípartde les habitants font Benjtns , Sc font ou gensde marine,ou tiíTerans. Iln’any portes nyremparts , mais íeule¬ ment vne muraille de pierre de taille du coité de la mer,ou les fregattes des Portugaís ontleur rendezvous, pourPeícorte de pattep3tane & leurs vaiífeaux marchands juíquesà Goa. P AttepAtAne Sc Man- Mangetoi. gerol font deux bourgsà neufheues de Gogx,Sc l’on y faitquan¬ tité de cotton Sc de toiles. La ville de Diu, ou les Portugaís ont troís bons chafteaux,eft Dm. íituée íur les frontieres du Royaume, du coité du Sud. Ils 1 ap- pellent Dive , Sc prononcent Ve fi doucemen*, que Ponade la peine à Pentendre. Ce motdu Dive ílgnifie 1 íle,Sc c’eil de là que vientle mot
*638. i94 VOYAGE DESÍNDES, cõmerce commence à ceiTer. Ses habirans font la plus part Hen* jam, &s’occupcnt àfairc deseftoffes de íoye,jpour I’viagedu • pais,8cdes tones de cotton,mais elles font gro lies,&font celles Cjuei’onappelle Dfftemals fgarderberal, longis Helens , &c. Cettevilleavn beau Chafteau,oú demeureIe
DV Sr DE MANDELSLO, LTV. t 195 ont avec les Períès, fait que la langue Períãne n’eft pas moins 163ÍL communeparmy eux quel’ Indojlban; bienqu’en I’explication del’AIcoran ils íiiivent les fentimens de Hembili 8c de Ma- leki, ãu lieu que les Períès s’attachent à 1’explication d’~éty 8c de T^ifcr-fitduk: mais les vns 6c les autres condamnent celle de Hanif*, que lesTurcsapprouvent. Noftre deíTein n’eft point de parler icy d e la religion de Ma¬ homet ; mais apres avoir dit vn motdes habitansdu pais,nous traitterons amplement de leur religion , 8c des fedes dont elle eít compoíèe. Ils íonttousbazanésoude couleur oliva- ftre, mais plus ou moins felon Ie climat ou ils demeurent. Ceux qui font les plus avances vers le Midy font íàns cóparai- fon plus hauts en couleur, que ceux qui demeurent plus vers le Septentrion. Les hommes font forts 6c bien proportionnés,6c ontle vifage large 6c les yeux noirs, 6cfe fontraíèr la tefte 8c le menton, à la reíèrve des mouftaches : comme les Períès. Les Mahometans s’habillent auffià la Perfane ■, finon qu’ils Leutj habit*, plientletulban d’vneautrefacon. L’ony remarqueauíli cette difFerence, que les índojthans paíTeni 1’ouverture de leur veftc íòus le bras gauche , au lieu que les Períès Ia paíTcntfous Ic bras droit, 8c que les premiers noiient leur ceinturefur le de- vant, ôílaifíènt pcndreles boutSjau lieu que les Perfes ncfont que la paíler autour du corps , 8c cachent les bouts dans la ceinturemefme.C’eften ces ceintures qu’ils portent leurs poi- gnards, qu’ils appellent Zimbtr, qui ont vn bon pied de long, & la lame eft bien plus large vers la garde qu’à la pointe. II y en a qui portent aufll des efpécs de cette façon: mais les ibl- datsportent la plus part des fabres, ou cimeterres. Les bons chevaux y font rares • c’eft pourquoy ils ie fervent fouvent de beufs, qui ne font pas moins viftes que nos chevaux , 8c j’ay veu des troupes entieres,compofeesde cette ibrte de Caval- lerie. Les femmes font fort bien proportionees , quoy que Lenrs fcmitiC- de petite taille. Elies font propresiur leurs corps, 8c magnifi¬ ques en leurs habits. Leurs cheveuxleur battent fur le dos 8c iur leseipaules,6cdiesneíècoeíFent qued’vn petit bonnet, ou fe couvrent quelquefois d’vn crefpe , ouvragé d’or , dont les bouts leur pendent des deux coftez, jufqucsfur les ge- noux. Celles qui ont dequoy , chargent les oreilles de riches # pendants dediamantSjdeperles oud’autres pierreries ,6c le? 11. Partie. bb
V VOYAGE DES INDES, Mtf. col degroflèsperles rondes, quine font pas vn mauvais efFet fur le teint brun des Dames de ce pais-là : qui portentaufli quelquefoisdes bagues aux narines- ce qui leur eft d’autant moins incommode,qu’elles ne fe mouchent quafijamais. Elies portent des chaufles, comme lcshomines,Scles font de taf¬ fetas , ou de quelque eftoffe de cotton, Sc ft longues,que ft on leur donnoit toute 1’eftenduc fur le corps,elles paiTer oient par- clciTus la tefte. Elies font aflez juftes jufques au deifous du gras de la jambe, ou on les pliife commeles bottes,parce que Pon y palfe vn cordon d’or Sc de foye, dont on les noue Sc íèr- re au dcflus du nombril,8c dont les bouts pendentjufques ftir les pieds. Elies portent les chaufles ious la chemife, laquelle eft ft courte, qu’elle nc va que jufqu’aux hanches, Sc fur les chauf- fes ellesont vne juppede taffetas, oud’vne toile de cotton fi claire,qu’elle ne cache quafi rien. Leursfouliersfom ordinai- rement de maroquin rouge,plats fur le derriere Sc piointus vers le bout.Elles ont le fein deicouvert,8c les bras nuds jufqu’aux coudes,quoyqu’elles les couvrent enpartie des braflelets, dont elles les chargent. Les honneftes femmes ne paroiflcnt point en public avec le viíàge découvert, Sc mefmes celles dcqualitc fontprefq ue roufiours renfermées.Maisles femmes JSenjanes fonthâbillécs tout d’ vne autre façon. les Bcnians, U n’y apointde Province dans les Indes ,ou 1’omne trouve des Benjuns, mais en Guzurattn, plus qu’en aucun aiutre lieu,8c on les diftingue d’avec lcs Mahometans par Phabiit. Ilsne fe font point rafer la tefte, quoyqu’ilsneportent point les che- veux fort longs, lls fe font torn les jours vne marque jaune au front, dclalargeurd’vn doigt, qu’ilsfont d’eau &de boi de ilmdale, dans laquelle ils broyent quatre ou cinq grains de ris; Scceiontleurs Bramcns,qui les marquent a:nfi,apres qu’ils ont fait leurs devotions,aupres deleurs Bugodes. Leurs femmes nefe couvrent point le viíàge , comme celles des Mahome- tans^mais elles ne laiflent pas de fe parcr de pendants Sc de les dents - co^lers 5 Sc Pai'bculierement les oreilles , qu’elles couvrent res font les quafi toutes de perles. Plus leurs dents font noires, plus elles l>Iusbelles. les trouvent belles. Elles medifoient Iors que j’eftois à dabdth ,qu’ileftoitvilaind’avoir!es dents blanches,comme les chiens Sc les finges, Sc nous appelloient à caufe de cela Bondra, f’eft à dire finges. piles ne portent point de chaufles, mais feu-
t)V Sn DE M AND’ELSLO, LIV. I. i97 fementvne piece d’etoffe de íbye fortclaire, qu’ils appellent 163 8. Ca bay, 6c quileur va jufqu’au gras de lajambe, 6c furlaquclle Les tabirs dcs ellesmettentlachemiíè 6c en liiitte Ia vefte; qu’elles ferrent Ba* d’vn cordon au defaut du corps, II y en a qui one des braírteres, qui ne vonc que fous le lêin, 6c dont les manches, qui font fort eftroites,ne võt quejulqu’au coude,6cont Ie refte du corps nud jufques au nõbril. L’Efté elles ne portent que des fabots,ou des fouliers debois,qu’elles attachetaux pieds avec des courroyes, mais l’hy ver elles portent des fouliers de velours, de pluíieurs couleurs, ou de brocard, garnis de cuir doré. Les quartiers des íbuliers font fort bas; parce que, tantles homines que les femmes, fe deíchauflent à toute heure,en entrant dans les chá- bres,dont les planchers font couverts de tapis. Les enfans vont nuds, jufques à 1’aage de quatre ou cinq ans, les filies auífi bien que les garçons. Les hommes s’habillent fort modeftement,8c vivent fans ícandale parmy les Mahometãs, qui pour eftre fiers 6c infolents, traittent les Benjans quart comine des eíclaves, 6c avec mépris; de Ja mefmefaçon que 1’on fait en Europe les Iuifs, aux lieux ou on les fouffre. Ce qui n’empefche pas qu’ils Lcs Bcn.ian* n’ayent pour le moins autant d’efprit que les Mahometans, 6c ont 1 clf ru‘ qu’ils ne foient fans comparaiíòn plus adroits, 6c plus civils que tous les autreslndiens. Il n’y en a point, qui fçachent mieuxeícrire6ccalculerqu’eux, 6c dont Ia converíation foit plus agreable : mais ils ne font pas fi rtneeres, qu’ilnefaille eftre fur fes gardes en traittant avec eux^parce qu’il n’y apoint demarchandife, qu’ils nalterent, 6c ils ne font point dc mar- die , oil ils ne tafehent de furprendre ceux à qui ils ont à faire. Les Hollandois 6c les Anglois le fçavent par experience 5 e’eft pourquoy ils fe fervent de cette fortede gens pour courrctiers 6c pour truchements, afin de defcouvrir parleur moycn les adrefles de ces gens-là. II n’y a point de meftier, dont i Is ne fe. meilent, 6c il n’y a point de marchandife, qu’ils ne vendent; ficen’eftde la chair, dupoiflon, ou aucune autre chofe qui ait eu vie. Leurs enfans lont obligez de fe maricr dans le mef- me meftier, ou dans la mefme profeflion dont Ie pere s’eft meílé, 6c I on ne fouffre point ceux qui en vfent autrement, dans la melme Cajle ou famille : raais ils peuvent donner com¬ mencement à vne nouvelle fede 6c demeurer toufiours dan» a melme religion. Bb
i6fi. *« 19$ VOYAGE DES INDES, Ilsmarientleursenfans enl’aagedefept, hui cl:, neufécdix ans, 6c attendent rarement celuy de douze, particulieremenc pourIes filies, parce qu’on Ies tientpourfurannées en céc aage la, 6c Ton croitqu’ilfaucqu’il y aitquelquedefautcnlaper-. íonne de la filie, ou en celle de leurs parens, qui enait em- pefché larecherchejuíques à ce teps-lâ.-en quoy ils font íi difi. Lcurs maria- ficiles, qu’ilsen font vn point d’honneur 6c deconfidence. Le jour des nopces eftant venu, les parents des fiances s’afTeent dans vne lalle autour du feu , 6c font faire deux ou trois tours au marié 6c à la mariée, pendant lefquels le Braman prononce quelques paroles , qui fervent de benediction au manage. Ils obfervent cette couftumej parce que s’llarrivoit, que Ie marié mouruft devant qu’il euftachevé ces trois tours, la mariée pourroit íè marier en íècondes nopces ce que Ton ne permet pointaux veufves des Benj.tns, quand mielme le ma¬ rie mourroit avant la confommation du mariage: nnais elle eft obligee de fouffrir quon luy oftetoutesies parures,6c qu’on luy coupe les chcveux. On ne les contraint point de íè faire bruler avec le corps de leurs maris, comme les femmes des Br.tmanes, ou des Rasboutes, mais l’on ne les en empefche point aufli. Celles qui ne íè peuvenr pas reíbudre à ache’ver le refte de leurs jours dans lecelibat, prennent party avec lies danfeu- fes publiques : ce qui arrive aifezfouvent dans vmclimat, ou Ies corps ont fort peu de diípoíition à la chaíleté. nopccsCpcrmu EaJoy desBenjans permetauxhommes, non feuilement de fes am Bcnjás. convoler en fecondes 6c entroiíiémesnopces, en casde mort ^ mais aufli d’eipoufer vne deuxiéme 6c troificme femme, fi la premiere 6c la deuxiéme font fteriles; la premiere demeurant touíiourslaplusconíidcrée, comme mere de famille. Les fils font heritiers du pere , mais ils font obligezde pourvoir à la ílibíiílance dela mere, 6c de marier les foeurs. la religion des Les Benj.tns font Payens, quin’ont parmy eux ny bapteiine ny Circonciiion. Ils croyent bien qu’ily a vn Dieu,createur 6c confervateurdel'Vniversj mais ils ne laifTent pas d’adorerle diable, 6eilsdiicntpourleur raifon, queDieul’acrée, pour gouverner le monde, 6c pour faire du mal aux homines. C’eit pourquoy ils en rempliilent toutes leurs Moíquées, ou I’on voitdesffatuesd’or , d’argent, d’yvoire, d’ébene,de mar- .bre, debois 6c de pierre commune. La figure fous laquellç Sicilians. Adorent Ic diabje.
DV SR MANDELSLO, LIV. T. i99 ils le reprefentent eft efFroiable. La tefte qui eft chargée de i 63 quatre cornes, eft ornée d’vne triple couronne, en forme de tiare. Le viíàgeeft horriblement laid,pouíTant hors de la bou- che deux groílès dents, comme des defFenfes de íànglier,6c le menton garny d’vne grande villaine barbe. Les tetins battent juíques lur le ventre, ou les deux mains ne fejoignent pas tout àfait, maisfemblentpendrenegligemmenr. Sous lenombril, entre les cuiíles, il íbrt du ventre vne autre tefte bien plus lai- dequel’autre, portant deux cornes, 6c tirantvne vilaine lan¬ gue de Ia bouche, qui eft extraordinairement grande. 11 a des pattesaulieudepieds, 6c au derriere vne queue de vache. Ils poíènt cette figure fur vne table de pierre, qui fert d’autcl, 6c reçoitlesofFrandes,quel’on faitauPagode. Du cofté droitde 1’Autel eft vne auge, ouíelavent 6c purifient ceux qui veiu lent faire leurs devotions, 6c de 1’autre cofté eft le cofFre,ou le trone, pour les ofFrandes, que Ton fait en argent* 6c aupres de 1‘augeeft pofédanslamuraillevnvaíè, ou les Bramam pren- nent de la couleur jaune, pour marquer le front de ceux qui ont fait leurs prieres. Le Braman, ouPreftredulieu, íètient affis au pied de 1’autel, d’ou il íe leve quelquefois pour faire fes prieres, 6c en fè retirant, il acheve de fé purifier dans Ia ftamme des lampes, qui lont devant ôe fur 1’autel, de la façon Leurs Mod que nous avonsditcy-deflus. Ce n’eft pas íeulement dans les - villes c^ueles Benj.tns ont leurs Moíquées en tres-grand nom- bre, mais auíli à la campaene, furies grands chemins, 6c dans les montagnes 6c dans les forefts. Elies n’ont point d’autre lu- miere, que celle qu’elles tirent des lampes, qui y font perpe- tuellementallumees, 6c elles font fans ornement * íinonquS les murailles font barbouillées de figures d’animaux 6c de ena¬ bles, 6c reflemblent plutoft à des grottes, 6c à des repaires d’eft prits immondes, ce qu’elles font en efFet, qua des lieux defti- nés pour l’exercice de Ia Religion. A vec tout cela ces pauvres gens n’ont pasmoins de devotion pouf ces monftres, que les plus regeneres Chrcftiens ont pourDieu,6c pour les plus facrés myfteres de leur religion : bien qu’ils confeífent, que ce n’eft pas vne Divinité quils adorent, mais vne creature, qui adu credit aupres de Dieu, 6c quipeut faire du bien6cdumalaux hommes. * . _ Lcur purifica- lls ont cela de commun avec les Mahometans, qu fts font noa. Bb iij
í&3$. Lear Dicu Bramrna. Leur opinion touchant la creation du monde. IOÒ VOYAGE DES IN DES, confifter Ia principale partie de Ia religion en la purification corporelle. Ceft pourquoy il ne fe paílè point de jour , qu’ils neíelavent, & il y en a pluíieurs qui le font désle|grand ma¬ tin, avant que lefoleilfoit leve; femettans dansFeaujuíques aux handies, & tenans à la main vn brin de paille, que lc Br
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. t. ioi commanda à vn de fes íerviteurs , nommé Bienrv.t, de luy coupcr cede du milieu avec 1’ongle. Mais que Bramnu s’eftant humilic devant Dieu , Sc ayantfait pluíieurs versa la gloire, mjinu prittant deplaifir à lesoiiir chanter, qu’il dit à Brtmmay qu’il avoir beaucoup regret de luy avoir fait cotiper Ia cinquié- me telle , mais qu’il avoir dequoy fe confoler •, parce qu’il ne laiílèroitpas d’avoir avec les quatrc autres le mefme pouvoir qu’il avoit auparavant. Ils croyent neantmoins, que cette im- prudence de JJrammt I’empefchera dc joiiir dansi’autre mon¬ de , de la gloire qu’il euft pu efperer de fa premiere integrité. Ils dilentque/?níw»j<< gouverne le monde par pluíieurs Lieu¬ tenants, dontlepremier ell: celuyquits nommentDe,\vjndrey qui commande tous ceux qui gouvernent les huit mondes, qui íont tous íèmblables à celuy que nous habitons, Sc qui font la compoiition de tout l’Vnivers: lequel, acequ’ils difent, a encore fept autres parties íèmblables àla no lire, qui nagent routes fur l’eau,comme vn oeuf. Ils croyent aulfi que le monde, qui fubfifte aujourd’huy,n’eft pas vn effet de la premiere crea- t ion , mais qu il y en a eu pluíieurs devant luy, Sc qu’il y en au¬ ra encore d’autres apres. Que celuy dans lequel nous vivons, avoit encore plus d’vn million deíieclesàfubfifter, pais qu’en. 1’an 1639. nes’eftoit encore efeoulé que quatre mil fept cens trente-neufans du quatriéme aage du monde , Sc que le pre- mier avoit dure cent fept mille deux cens quatre-vingts fie- cles.Qujence premier aage les hommes eftoient tous juftes. Sc bons •, de forte que leDiable, qui eftoit crée dés ce temp- la, n’avoit point de pouvoir deleur faire dumal. QiPen Page fuivant,la quatriefme partiedes hommes s’eftoitdepravee ,Sc qu’au troifiefme les bons Sc les mefehants eftoient partagés, mais qu’en ces derniers temps , le monde s’eftoit tellement corrumpu, que le nombre dcs juflcs eftoit reduitau quart. Maisl’eftendue que nous donnons à noftre relation , ne nous permet point de traitter icydelaTheologiedecesgens là, dont P Auteur, que nous venons de nommcr,a fait vn traitte capable de contenter Ia curioíité des plus fçavants^ceftpou»- quoy nous acheverons de dire, que ccsBrametnts font fort con- fiderés parmy les autres payens j non feulement à caufe de Pauftente deleur vie, Sc deleursjeuliies continueis, car il y cn a qui jeuinent trois ou quatre jours de fuitte, fans manger 1638. Les Lieutenans de Briuiun^ Authorise? dc* Bramens.
s 638. Its croyrnt l'immortalitc de 1’ame. Etla me t em¬ pty chofe. Tonftion par. ticuliere des 'JSramens pai- 101 VOYAGE DES INDES, quoy que cefoit, mais aufli parcequ’ils ont avec la diredion des affaires de la Religion , celle aes efcoles,ou ilsenfeignent à lire, à eferire 6c à compter aux enfans. Ils expliquent les my iteres de leur Religion aux idiots, 8c par ce moyen ils s’e- tabliííènt puiílàmmentdans 1’eíprit des íuperítitieux ; parce qu’ils donnent l’interpretation qu’ils veulent aux augures,Sc aux autres vanités , lur lefquelles on les confultc continuel- ment. On les croit comme des oracles, & celaeitcauie,que lesBen/ans ne font quad point d’afFaire d’importance , fans 1’avis 6c le confeil du Bramen. Ils ne font diítingués des autres Bcnjam quepar la coiffure, quin eftfaitequed’vnetoile blan¬ che, qui faitplufieursfois le tour de Ja teite , pour cachcr les cheveux,qu’ilsnef6t jamais couper5 6c par trois filets de petite fifcelle qu’ils portent fur la peau, 6c qui defeend fuirl’eftomach en efeharpe, depuis l’efpaule jufqu’aux hanches, laquelle ils n’oftent jamais, qur.nd ce feroit mefmepourrachetter la vie. Usentretienncntlafuperititiondupeuple,en Iuy contant mil- lefaux miracles de leurs pagodes & de leurs faints, qu’ils font adorer comme des interceffeurs aupres de Dieu. Ils enfeignent l’immortalite de l’ame: mais ils la font pro- meneraufortir du premier corps, par celuy de plufieurs au¬ tres animaux, 6c difent, que celle d’vnhomme doux 6c docile paffe dans le corps d’vn pigeon oud’vnepoule; cellled’vn cruel 6c impie, en celuy d’vn crocodile, d’vn Lyon , o>ud’vn tigre: Celle d’vn rufé en celuy d’vn renard : celle dVn gourmand en celle d’vn pourceau, celle d’vn traiftre en celuy d’vn fer- pent, 6cc. devant que de pouvoirjoui'rd’vne beatitude purc- ment fpirituelle. Aufli eft ce la feule raifon, pourquoy les V>enjans font confcience de tuer les animaux, 6c inclines les in- fedes, quelquesdangereux ou incommodes qu’ils puiílènt eilre. Ils font meffne difficultc d’allumer dufeuoudela chan- dellela nuit, depeur que les mouches 6c les papillons ne s’y viennent brufler, 6c de piílèrà terre de peur de noyer les puces, 6c les autres infedes, qui s’y pourroient rencontrer. Etleur pretendue charité va fi avant, que non feulement ilsrachet- tentles oyfeaux, que les Mahometans ont pris ; mais ils efla- bliflent aufli des hofpitaux, pour les beítes blefleies & malades. LesBramanes font fortrefpedez par toutes les les Indes,mats particulierement parmy les Malabarcs^ ou ils ont vne fondion route
DV Sn. MANDE LSI 0, LIV. I. 10j touteparticuliere. Car ilnes’y fait point de mari age, que i’on 163 & ne confacre les premices de la mariée au Braman, auquel on J’amenepour en eftre dcfleurce. Ils croyoienc que Ic manage nc ieroicpasfuffifamment bcnit, íi leBraman n’y avoic pafíe* c’ertpourquoy le galand sen fait fouvent pricr, & files perl ionnes iont dc condition, il s’en fait payer comme d’vne cour- vee. Les homines en allant en voyage,prient auffi Ie Braman d avoir foin de leurs femmes en lenr abfence, & de luy rendre’ les devoirs de mary pendant leur voyage. Les Btnj.tns fontdivifezentr’euxen quatre-vingts troisfe- ctes principals, fans les autres moins confidcrables qui ic multiplientprefqueal’infinv ; parcequ’iln’yaquafi point de famine, qui nait fès íiiperftitionsôe les ceremonies particu- lieies.Lcs quatre fe<5tcs capitales, qui comprennent toutes les autres, fontcellesdeCeuratvxth, de Samaratb, dcBifniw&cdc d’Goeghy. Ceux de Ccurawath font tellement exacts àconferver cs animaux Sc Icsinlcâes, cjuelcurs brdmanes iccouvrcnt la bouche d’vn linge;dc peur que quelque moufehe n’y entre, 8c portent chez eux vn petit balay à la main, pour balayer la chã- brejafin qu’ijs ne marchcnt pas par megarde fur quelque infe¬ cte , 8e ils ne safleent point,qu ils n’ayent bicn nettoyc le ilege ou la place ou ils ie vont arteoir.Ils vot teite nue ScnudspicJs, portans vn baíton blanc à la main, par lequel ils fe diftinguent des autres. Ils ne fontpoint de feu chez eux, 8c mefmc iy al- lument point de chandelle. Ils ne boi vent point d’eau froide, depeur d'y rencontrer des infedes,mais ils la fot bouillir chez quelquvn de leur fe etc. Ils nont point d’autre habit, qu’vne Leurs habit* piece de toile, qui leur prend depuisle nombriljufques aux genoux, 8c ne couvrentlereftedu corps, que d’vn petit mor- ceau de drap, autant que l’on en peutfaire d’vne fculc toifon. Lesfèntimentsqu’ils ont de Dieu, font en quelque façon Lcurcroyance; difFerentsde ceux des autres Benjuns; parce qu’ils nc luy attri- buent point vn ertre infiny, qui preitdeaux evenements des chofes 5 mais ils les font abíòlument dépendre dcla bonne ou dc la mauvaife fortune. Ils ont vn faint,nomine Ti el Ttniko ,8c ils ne connoiflent point d’autres bonnes oeuvres , que Ie jeufne &lesaumoihes. Ils croyent que le Solcil, la Lune&Ics au¬ tres aftres, la terre, les animaux, les arbres, lesmetaux, 8c en- fin routes les chofes vifibles, onten digs inclines les premie- II. Partte. Cc
I, curs Mof- guces. io4 VOYAGE ETES INDES, res cauies de leur production, Sc de leur mouvemenr. Qifil y a deux Soleils, ScautantdeLunes, qui fe relayentalternati- vement tousles jours. Ilsne croyent ny Ciel ny Paradis, Sc neantmoinsils croyent l’immortalite dc 1 ame $ mais d vne fa- çonbienextraordinaire. Car ils difent, que l’ame, au fortir du corps , entre dans vn autre, d’homme oude beile, ielon que le deffunt a fait du bien ou du mal: mais qu elles dc leurs Pagodes, bailies en forme piramidale, Sceílevéesdeterre dedix pieds, ayans fur les degrés pluiieurs figures de bois, de pierre, Sc de papier, reprcientans leurs parens trefpaftes , dont la vie a eílé remar quable par quelque bon-heur extraordinaire. Leurs plus grandes devotions fe font au mois d’Aouil, pendant le- leursabftincn- quel ils fe mortifient par des abilinences fiauileres, qu’elles ces extraordi- pourroient paiTer ailleurs pour miraculeufes: eilant certain qu’ily en a qui font quinze jours ou trois fepmaines, Sc quel- ques-vns vn mois ou fix iepmaines, fans prendre autre cnofe que del’eau , dans laquelle ils raclent d’vn certaim bois amer, que Ton dit eilre nourriiTanr. i’avoue que cela eft:incroyable, mais cette verité pafte pour fi conftante dans les Inides, qu’elle n’eft pas même conteftee par leurs plus grands ennemis. Ils fontauifi en ce temps-là pluiieurs aífemblées enleursMofquées, ou ils s’entretiennent de la vie de leurs Saints trefpaftes, Scliientquelqueslegendes, fe mettansal’entour du Braman, qui eft afils au milieu, ayant la bouche couverte d’vn linge. En entrant dans la Mofquée ils font leurs aumoihes, dans vn grandbailindecuivre, qu’ils mettentdevantleP^oi/e, Sc re- ^oiventenrecompenie vne marque de bois deiandale, qu’on leur fait au front, ou fur les habits. Tandis qu’ils s’amufent à parler ainil de leurs Saints ■, ce qui dure bien fouvent quatre oucinqheures, onleurdonne la mufique, que 1’on payeaux deipens des pauvres Sc des aumofnes que Ton y amaílè. Ils bruilent les corps des perfonnes aagées, mais ils enterrent ceux des enfans , qui meurent au-deilous de l’aage de trois ans leurs yeufves ne font point obligees de fe faire broiler avac fiancs. Leurs afTcm. blccs publi¬ ques.
D'V'SiTDE MAN D EISIO, LIV. X. roy Avec leurs maris, mais elles promettent vne viduité perpe- i 6 3 C>. tuclle. Torn ceux qui font profeífion de cette fede peuvent eftre adinisàla p reft rife. L’ony recoit meftnes Ies femmes , pourveuquellesayentpaíTéPâgedevingtans: mais les hom¬ ines y font receus en celuy dey. 8. Sc neuf ans. Pour fe faire Preftres, ilsn’ont qu’aen prendre Phabit, à s’accouftumer à Paufterité deleurvie , Sc à faire vocu de chafteté. L’vn des mariés a aulft le pouvoir de fe faire Preftre, Sc d’obliger par ce moyen Pautre au celibat, pour Ie reftede ies jours. II yen a qui font vocu de chafteté dans le manage: mais celane fe voit que bien rarement, Sc parmy des perfonnes, qui ne fe font pas beacoup de violence pour Pobíêrver. Touteslesautres iedesou Cajhsde Benj&ns, ont de Paver- fton ôc du meipris pour celle-cy , dc la condamnent ft fort, que leurs Docleurs exhortent continuellcment leurs audi- teurs,d’évitc-r la converfation de ces gens-là : «dc forte que non feulement ils ne voudroient pas avoir mange ou beu avec cuxj mais auili ils ne mettroient point le pied dans leurs mai- íbns, quandee feroitpour íàuverlavie d’vn peril eminent Sc inevitable : Sc ceux qui font aftez mal-heureux, pour les tou¬ cher , font obliges de faire vne penitence publique Sc bien fafeheuie. La deuxiéme fededc Eenjtins, que Pon appelle sama^-adf cela dc commun avec la premiere, qu’elle ne fouffre point, que Pon tue aucun animal, ou infede qui ait vie, ou que Pon mange dece quienaeu. Elleeft compofée de ferruriers, ma- refcnaux,charpentiers,tailleurs, cordonniers , fourbifteurs, Sc de tous les autres meftiers, iouffrant mefmes parmy eux des loldats, des eferivains Sc d’autres officiers. Leur religion eft differente de la premiere , en ce qu’ils croycnt, que cét Vni- vers a eftécrée par vne premiere caufe ,qui gouverne Sc con- tCur croyance ferve tout,avecvnpouvoiribuverain Sc immuable. Ils Pap- pellenten leur langue Permifeer , Sc luy donnent trois fubfti- £eur Dicir & tuts , qui ont leurs fondions fous ia diredion. Le premier,tcs tubftuut*- quis’appelle Brama, à la difpoíition de toutes les ames, qu’il envoye en tels corps, que Pcrmifca luy nomme, d’hommes ou debeftes. Le deuxiéme, qu’ils appellentB^K/j.t, enieignele monde àvivre felon les commanderaensdeDieu , qu’ils ont compris en quatre livres. 11 a auili le ioin des vivres, Sc fait;
*0f VOYAGE DES XNDES, 1838. croiftre le bled, les herbes 6e les legumes, apres que Brama f àfaitentrer Tame. Le troiiiéme s’appelle Mats, 8c apouvoir furies morts. II íert comme de Secretaire à Permtfeer, 8c exa¬ mine les bonnes ôcmauvaifes oeuvres des morts, pour en faire rapport àionmaiftre 5 Iequel, apres avoir examine les vns 8c les autres, envoye i’ame dans vn corps, oil elle fait plus ou molns de penitence , íelon le bien 6c le mal qu’elle a faie dans le premier. Celles que l’on envoye dans le corps dVne va- che , s’efliment bien-heureuíès, parce que cette befteayant quelque choie de divin , à leur opinion , elles efperent eftre bien-toft piu-ifíées des pechés, dont elles ont cfté foíiillées dans le monde. Mais celles qui font obligees d’aller demeu- rer dans le corps d’vn elefant, d’vn chameau , a vn buffle, d’vn bouc, d’vn afne, d’vn leopard, d’vn pourceau, d’vn fer- pent,ou de quelque autre beite immondc,fontaucontraire tres-malheureuíès j parce qu’elles paftent au fortr de Li dans des corps d’autres belles, oudomeftiques oumoirs feroces y ou elles achevent d’expier les crimes, qui les ont fat condam - ner à ces peines. Ce qui arrive aulli aux ames, qui e trouvent dans les corps de quelques animaux, qui meurent arant qu’el- lcs aycntachevc leurpurifícariondaquelle eftant entierement achevee, Mats prefente les ames ainii purificcs à Pemifeer, qui les reçoit au nombre de íès ierviteurs. patticuHere brulent les corps des treípalTèz,à la referve de ceux des err- pour les morts. ^ans au deftims de l’aage de trois ansunais ils ont cette ceremo- nieparticuliere, qu’ils font ces obfeques fur le bord d’vne ri¬ viere, ou de quelque ruiileau d’eau vive,ou ils portent Ieurs malades, quand ils fontal’extremite j afin qu’ils y expirent. Les femmes fe 11 n’y a point de fecte, dont les femmes fe fieri font il gaye- foatbrufler. menta la memoire de leurs maris , comme celles de la íècfce de Samanich. Car elles font perfuadees, que la promeílè que Buffiuna leur fait, en la Joy qu’il leur a donnée de la part de Bermifeer, eft: infailliblc; fcavoir,que fi vne femmciaflez d’af- feclion pour ion mary, pour fe faire brufleraveeby apres fa mort, vivra avec luy dans l’autre mondeíèptfoisautant, 8c avec fept fois autant de fatisfaeftion, qu’elle en a cu en celiqv cy: Ce qui fait qu’elles neconfderent la mort, que comme vn paflage, pour entrer dans vne beatitude ,-donc elles n’ont eu qu’vn petit eifay en cemonJc,
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 107 Dés queles femmes íontaccouchées, ellesfont prefenter 1^38'. à1’enfantvneeícritoire, dupapier Sedes plumes,Sell c’eft vn garçon,l’on y adjoufte vn arc 6c des flefches 5pour marquer que Suffiuna veutefcrire fa loy enfonentendement, 6c qu’vn jour il feraíà fortune à la guerre.Car comme nous venons de dire,, cetce fede fouffre auffi des foldats 5 mais ceux d’entr’eux qui font profeflion de porter les armes, font vne fede particulie- re , qu’ils appellent Rasboutes, dont nous parlerons inconti¬ nent. Ceux de la fede de Bzfnow , ont cela decommun avec les Laíècte C,cs deux precedents, qu’ils s’abftiennent de manger de tout ce 1 now‘ qui a eu vie. Ils jeunent auffi,6c font au mois d’Aouft des af- lemblécs en leurs c’eft ainii qu’ils appellent leurs MoC quées. Leur principale devotion confífteà chanter des Hym- nes al’honneur de leur Dicu , qu’ils appellent Ramram , &tcurDiei* qu’ils prient de les benir 6c leurs families, de ce qu’ils croyenc leur eftre neceiTaire, pour vivre fans chagrin 6cíãns incom- modité. Leur chànt eftaccompagné de danfes,6c de muiique, de tambours, de flageolets, de baffins de cuivre, 6cd’autres inftrumens,dont ilsjoiientdevant leurs Idoles. Ils rcpreien- tent leurs Rim-Ram avec fa femme, en pluiieurs facons,6c pa¬ rent 1’vn 6c l’autre , aux jours de feftc , de pluiieurs chaines d’or,de colliers deperles ,6c de toutes fortes de picrreries,6c leur allument plufleurs lampes 6c bougies. Ce Dieu n’a point de fubftituts, comme celuy de la fecle de Samarach , mais il agit par luy-meimc. LesBifnorv ne vivent ordinlirement que d’herbe 6c„de le- Leul ^í015 gumes, debeurre frais, de laid 6c de caillé. Ils aiment fort'1'te' ^Atfchia,qui eft vne certaine compofition,qui fe fait de gigem- bre, de Mangas,de citrons ,d’ail 6c de graine de mouftarde, confits au íèl, 6c ne boivent que del’cau, ou du baratté. Ce font les femmes ou les Preftres, qui font cuire leur viande,6c au lieu de bois, qu’ils font confcience de bruler,parce qu’il s’y rencontre quelquefois des vers, qui pourroient perir par mefme moycn, ils fe fervent de lafiente de vache , feichce au Soleil, 6c me flee avec de lapailie,qu’ils coupent en quarreaux, comme les tourbes en Holfande,6c l’expofent ainíi en vente. Ceux de cette fede fe meflent la plus part de marchandiie , ou pour lçur comp tc, oupar commiffion.Ils cntendcnt mer- C c iij
*63*- ients femmes ne fc bruflcnc point. Lafc&e
DV Sr. MANDE1/SL0, L-IV.JT. 109 qu’ils manient inceflamment, 6c en mettent far leurs che- veuxmoiiillés, quilesdesfigurentpar ccmoyen d’vne eílran- ge façon. Ils nc parlent jamais aux paflànts, 6c ne les íàluent point: mefmes ils ne refpondent point à ceux qui leur parlentj parce quVílans conlacrés à leur Dieu Bruin, ils croyent íè íòiiilleren parlantauxautres homines. C’eil pourquoy quand ilsentrentdansquelque ville, ils nes’yarreilent point, 6c ne íe dcílournent point de la rue, qui les peut conduire à la porte pourenfortir. En quoy ils font fi fcrupulcux, qu’ils ne vou- droient pas avoir demandé quoy que ce foit, quand ils de- vroient mourir defaim. Ils reçoivent bien ce qu’on leur don- ne5 mais ill’on ne leur donne rien, ils vivent des herbes 6c des racínes, qu’ils trouvent à Iacampagne. 11 y enaparmy eux, qui ont trois ou quatre valets , qui fe donnent volontaire- ment àeux, pour participerà leur 1'ainteté : mais tout lefervi- ce qu’ils leur rencfent doit eftrc volontaire auíli: Car les Mai- tres ne leur commandent jamais rien, non pas mefmes les cho- fes les plus neceílaires à la vie. Tous les autres Benjjm ont de la veneration pòur les Goeghys, à la referve de ceux de la Cajlr, ou fecte de Ceuvn rvxth, qui les ont en horreur, 6c fuyent leur converíãtion. Il y en a parmy eux, qui oilt plus de reputation de fçavoir 6c de íãintete les vns que les autres ■, mais ils n’en tirent point d’a- vantage 5 parce que leur condition eftégale. Ils nele marient point, mais ils vivent dans vne íi grande chafteté, qu’ils ne iouffriroient point qu’vne femme les touchaíl. Le commun peuple abeaucoup de devotion pour ces gens-là, les íàlue avec beaucoup de refpecl, Screcoitleur benedidion avec beaucoup de fubmiífion. Ces Goeghys croyent que leur Dieu Bruin a creé routes les Lcur cr0};an.cc* chofes, & qu’il les fait fubíifter par vne puiííance infinie, par laquelleil les peut auíE deílruire 6c reduireàneaftt. Ils diíènt qu’il n’ya point de figure d’hommeny de bcfte, quile puiíle reprefenter : mais que c’eil vne lumiere qui ne peut pas eílre 1’onjetde noílre veue, parce qu’ayant creé celleduSoleil, il ne faut pas s’eilonner, ii l on ne peut pas contempler le prin- Ne cr°yent ; cipe d’vne li excellétc clarté. Ils ne croyent point la Metemfpy- tenipf/ch^T, chofe, commeles*autresBe»/rf»5 j mais ils diíènt, que les ames vont, au fortir du corps,droic aupres de leur Dieu Bmn,pouç
i <*3 8, Eftrange fa. çon de vine. Les Benians. font fuperfti- tieux. iió , VOYAGE DES INDES, vivre avec Iuy cccrncllcmcnc,&pour cftre vnics à ccttc Iumie- reinfinie. II eft vray que nos charbonniers & ramonneurs ne font pas ft barboiiillés que ces gens-là 3 qui prennentplaifir àfe defigu- rer le corps & le viiage, non ieulement par les cendrcs dont iís íè frottent continuellemenr, mais aufli par des abftimences, qui font bienauffi grandes,mais fans comparaifon plus Frequentes, que celles des Benjxns dela fedte de Ceurcwath. II yaauifides femmes qui fe font d’Gocghys • mais dautant que ce íèxe eft trop delicar, pour fc pouvoir accouftumer à vne ft grande aufterite, elles lont en fort petit nombre. Les Benjans ob Jigent leurs proíèIytes,c’eftà dire les Maho¬ metans qui cmbrailentleur religion, à vne Ficon de vivreaftez extravagante. Car pour Icurrenouveller tout le corps, quid leur opinion eft foiiille par la chair qu’ils ont manjgee, its les obJigcnt à mcfler fixmois durant parmy leurs vivrc's, vnelivre defientedevache: parce que cette befte ayant quelque chofe de di vin, à ce qu’ils difenr, il n’y a rien qui puifte ft bien purifier le corps, que cette forte de nourriture 3 laquelle ils diminuenc petità petit à leurs jprofeiytes, apres les trois premiers mois de leur converfion. 11s aftreignent á cette meímefaçon de vivre ceux d’entreux , qui eftans priíònniers entre les mains des Mahometans ou des Chreftiens, ou qui vivent ordlinairement parmy eux, fe font laifles perfuader de manger deha chair, ou de boire du yin, &; neles reçoiventpoint en leur ctommunion, qu’i Is ne fe foient purifies de lamefme facon. Tous les Benjans font extremement iuperftitieux. Car ils ne fortcnt jamais le matin de chez eux, qu’ils n’ayent fait leurs prieres, & ft en fortant ils rencontrent quelque mauvais augu¬ re, ils rcntrent dans la maifon, & ne font point d’affaires de coníèquence cejour-là. Ils prennentpour vn mauvais augure la rencontre d’vne charette vuide, d’vn buftle, d’vn afiie, d’vn chicn, ft cen’eftqu’il mange, d’vne chevre, d’vn finge, d’vn cerf, d’vn orfevre, d’vn charpentier, d’vn ferrurier, d’vn bar- bier , d’vntailleur, d’vnbatteur de cotton, d’vne veufve, le convoy d’vn enterrement,ou d’vn homme qui en revienr,com- me auffi d’vn homme ou d’vne feme charges de beurre, d’hui- le, delaict, defuccrebrun, de citrons ou d’autres choies acb des,depommes,defer,d’armes oud’autres chofes, dont l’on fe fert
DV Sr MANDELSLO, LIV. I. «f Te fertà la guerre. Ils aimenc au contraire la rencontre dVn i 63 $ ;■ elefant ou d’vn chameau, charge ou à vuide,d’vn cheval,d’vnc vache,d’vnbeuf, d’vn buffle, charge d’eau,d'vnbouc,d’vii chien qui mange, d’vn chat, quife prefenteà leur droite , Sc desperíònnes chargéesdevivres, de laid caillé & de íuccre blanc, mais particulierement celled’vncoq , ou d’vn lievre , & alors ils achcvent gayement ce qu’ils ontàfaire 5 prcoccu- pés qu ils font de Popinion qu’ils ont, que le fuccés deleurs af¬ faires refpondraà leur eíperance. II yen a quimettcntauífiles /J.
Ui ;VOYAGrE DES INDES, $638. avec luy vnde fes camarades, qui ne fe put pas confoler de- puis, du regret qu’ilavoir, de n avoir point íuivy exemple L’on racontede mefine d’vnautre Rasboute, lequel allanta Iacampagne,eri Ia compagnie de deux autres, rencontra en fon clieminvn puits, quifitarrefterfoncheval: miais le Ras- bouu condamnant la rctenue de fabefte,comme vne tinndite , luvdít qu’il avoit tort d’avoir peur, portantvnhomme,qut n en avoir point, 8e luy dormant en mefine temps vn coup de fotiet luy voulut faire rranehir le puits j mais il y tomba avcc fon chcval, 8c y futeftouffd} s’acquerant parmy eux par cette a&iõ temeraire 8c brutalelareputatiõ d’vn courage heroique. Leut charité jjs n>ont \a compaílion que pour les beftes, 8c particulie- ET‘ °7* rement pour les oyfeaux, qu’ils ont foin de nourrir}parce qu íls croyent,qu’vn jour,quandleurs ames feront logees en de íem- blables bcftes ,1’on aura la mefme charité pour eux. lis ont ce foin principalementaux jours de fefte, 8c dix ou douze jours apresle dccezde leurs proches parents,8c melmes aux anm- veríàircs de leurs morts. lis ont cela de commun avec les autres Benjans , qu íls ma- fon icuncs. rient leurs cnfans fort jeunes. Ce que 1 ondoit trouver d au- tant moins eftrange, qu’il eft certain que les Indicns 8c les In- diennes font bicn plutoíl capables d’engendrer que les autres nations: en forte que Ton n’entrouve point quine le foienten 1’uage de dix ou douze ans. Et c’efta ce propos que je raconte- rayicy vne hiftoire,quiícmble eftre fabulcuíe, mais qui ma efté donnéepour tres-veritable,pardesperfonncs íi giaves, que ie ne fais point de difficulte de la debitor furleur paro e. c4ft que depuis quelques années, Sc mefine: te leregne du Mogul Schach Choram, qui vit encore aujouruhuy , larem- nie cTvn Rítsboute T cjui demeuroit a. 5 accoucha d vne fi le, laquelle en 1’aage de deux ans eut le íèin aufli gros quvne nourrice. Vnícmmcr ,voifin duconfcillaau pereSc à Ia mere de fouffrir, qu’on luy appliquaft le fer clraud , qui cít le remede ordinaire , dontils íe fervent, contre les humeurs fuperflues.Ils y coníèntirent: mais l’on n’euibpas fi toílfait 1 o- peration ,quele ferrurier mourut, 8c cn íuitte He pere 8c la mere, 8c tous ceux, qui y avoient aíliílc. L’enfant: eut en 1 age 4e trois aus çe quccelles defoníèxe n’ontaccouiUunie d avoir
DV $r MANDELSLO, LIV. I. «3 ^u’à douzc ou à treize. L’annce d’apres .cela ceíTa mais le ventre luy cnfla , comme fi elle euft efté groíTe d’enfant. Cet¬ te enfleure diminua tantfoitpeurannée íuivante, 6c enlage de íix ans elle accouchad’vngarcon. Mais celafut trouvé íí extraordinaire par tout le pais, quoy que Ton s’y marie fort jeune, comme je viens de dire, que Schach-Choram envoya querir lamere 8c 1’ enfant, pourles faire élever àla Cour. Outre les Benjans il y a encore vne autre íòrtede Payens danslc Royaume de G«/«r cctte liberte attira plufieurs autres Períes, qui y ont coníèrvé avec leur religion, leur ancienne façon de vivre. Ils demeu- ^/a‘on de rent la plus part le long de la cofte, 6c vivent fort paiilblement, s'entretenans du profit qu’ils tirent du lab outage du tabac, qu’ils eultivent, 6c du terry qu’ils tirent des palmes de ces quar- tiers-là, 6c dont ílsfont de 1' Araik ^ parce qu’il leur eft per- mis de boire du vin. Ils íè meflent aulh de faire marchandiíè, 6c la banque, de tenir boutique, 6c de tous les autres meftiers, à la referve dcceluyde mareichal, de forgeron, 6c de ferru- rier 3 parce que e’eft vn pechc írremiífible parmy eux d’eftein- drelefeu. Ces Parfis croyentquilyavn feul Dieu , confervateur de ccur cr0yance2 tout l’Vnivers. Qu’il agit feul 6c immediatement cn toutes les chofes, 6c que les iept ferviteurs de Dieu, pour lefquels ils ont aufti beaucoup de veneration, n’ont qu’vne admimftration dependante, dont ils font obligezde remire compte. Le pre¬ mier de ces fept ferviteurs s’appelle Ha mafia ,6c gouverne les s-pt fomteurf liommes, pour les porter aux bonnes oeuvres. Le deuxiéme, icDicut qu’ils appellent Bhaman , gouverne le beftail, 8c prdide fur tous les animaux dela tcrre.Le troiíiéme, nommé yi'dy bejlh, ■*confervelefeu, 6c empefche qu’on l’efteigne. Lequatriéme «’appclle S
16 38. Vinr,, eft eeluy qui dònme dela joye ou de la triftefteaux homines. Letreizieíme , noimnie Gondii gouverneles vents, 6c les fait foufler. Dien qui eft le quator-' zieiinc , enfeigne aux homines la Loy dc Dieu, 6clcurinipire
DV Sr DE MANDELSLO, LIY. L. 215 les bons mouvements pour 1’obíèr ver. Aperfantch , qui eíl le 1^’ qumziefme,donne les richefíès. /iflxet, qui eíl le feizieíme,don- ne l’efprit Sc k memoire aux hommes. Le dix-fcptiefme, qu’ils appeílenc iljhman, preíideau commerce. D’Gamigut, qui eft le dix-huitiefme, gouverne la terre. Marifpan ■> qui eíl le dix- neufiefme, eíl la bonté mefmc, qui íc communique à ceux qui I’invoquent. Ils appellende vingtiefme Amin-a, Scil preíideà 1’argent monnoyé, done il difpoíè. Le vingt-vniéme skppelle Hoé'w,Sc e’eft celuy fans lequel il ne fe fait point de generation, d’hommes, de beires ou de fruits. Dimm* & Ber/* fervent in- 1 differemment tons les homines, Sc les trois reilants, qu’ds ap- pellentDephxder^ Dephe/ner^cDephdmfontaffeclés aufervice particulier de Dieu, qui les employe en routes fortes d’affaires jndifferemment. . Les ,°arjis, quiappellentces vingt-iix ierviteurs d’vnnom generalGeshoo., c’eiladire, Seigneurs, croyent, qu’ilsontvn pouvoir abfolu fur les chofes, dont Dieuleur a confié l’admi~ niilration: c’eil pourquoy ils ne font point de difficulté de les adorer, Sc de les thvoquer en leurs neceífités y parce qu’ils font períuadés que Dieu ne refuíenen 4 leur intereeifion. Ils ont beaucoup de reipectpour leurs Docbeurs, Sc Icur fourniiTent abondamnient dequoy íubíiíler, avec leurs fem¬ mes Sc leurs enfans • .bicnqu’ily enaitparmy eux, quinelaif- fentpas de faire trafic • ce que la Loy leur permet; mais I on n’eilime pas tant ceuxrcy, quelesautres qui ne s’employent qu’à enfeignerà lire Sc eferire aux enfans i Sc qui expliquent leur Loy aupeuple. Ils none point de Mofquccs nyde lieux ^'^ontpoiiu publics, pour l’exercicede leur religion - mais ils affeclent à cela quelque chambre de la maifon, oix ils font leurs devo¬ tions, cílans aíTis, Sc íàns aucune inclination de corps.Ils n’ont point de jour dans Ia íèpmaine quifpit particulier pour cela^ mais ils chomment le premier Sc vingtiémejourde la Lune. Encore que leurs moisne foient quede trente jours, leur an- néenelaiílepas d’eilre compofée de trois cens foixante cinq: car ils ajoultent cinq jours au dernier mois. L’on ne con- ^ noill point leursPreitres par I’habit- parce qu’il leur eíl com- mun, non ieulementavec tous les autres Parjh, mais aulfi avec -!c Icut tous les autres habitans du pais 5 d’avec lefquels on les di- " b ilinguc par yn cordon de lame, ou de poll de chaineau, done Dd iij
ii$ 'VOYAGE DES INDES, 16 3'?. ils fe font vneceinturc, qui fait deux fois le tour du corps, Sc fe nouc en deux neudsiurle dos : qui eftlaieule marque de Jeur religion, Sc tellement infeparable de lcur profdlion, que ft par hazard elle fe perd, celuy qui eft a (Fez mal-heureux pour Pavoircgarée,nepetitny manger nyboire,ny pairler, ny mef¬ me bougerde la place,ouilietrouve, que l’onnc Huy enaitap- portévneautredechez le Preftre, qui les vend. Les femmes en portent auift bien que les hommes, depuis l’aage de douze ans, dans lequel onles croitcapables de comprendreles Mifte- res de la religion. icurs maifons. Leurs maiíons iont petites Sc iombres, Sc aftez mal meu- blees, Sc ils afFeclent de demeurer dans vn mefme quartier. Ilsn’ontpointdeMagiftratpardculierparmy eux, mais ils ne Jaiftent pas de prendre les emplois que les Mahometans leur donnent, 6c creent entr’eux deux des plus coniidlerables de la nation, qui decident les difFerents qui y peuvetnt naiftre, Sc pour lefquels ils ne plaident jamais de vant d’auttres luges. 1Í tefeueft faint n’yarien de ÍI precieuxparmyeuxquc le feu, qu’ils gardent partr.y eux. tres-ibigneuiement j parce qu’il n’yarien, a cequ’ils difent, . qui repreiente ft bien la divmite que le feu. C’eft pourquoy ils ne fouffleront jamais vne chandelle, ou vnc lampe , Sc n’entreprendront jamais d’employer de l’eau pour efteindre le feu, quand mefme la maiion courreroit riiqpie d’eneftre coníumée : mais ils taíchent de 1 eftouifer avecc de la terre. C’eft le plus grand mal-heur qu’il leur puifl'e arrriver, que de voir le feu tellement efteintenleur maifon, qu’i Is foient obli¬ ges d’en aller querir dans le voiftnage. Ils marient leurs enfanseftans encore fort jeunes, mais ils fouffrent que le pere Sc la mere les eflevent chez eux, jufques á ce que l’aage de quinze ou feize ans leurpuiiTe permettre deconibmmerlemariage. Leurs veufves fepeuventremarier, Sc il eft certain qu’il neíècommet pas tant de defordres par- myeux, queparmylesautres nations, quoy quils foient ex- PuniiTcnt feve- tremcment íntereíTes : mais 1’adultere 6c la piillardife font tcman l’adul- ]es pjas granc{s pechés qu’ils puiftent commettre, Sc qu’ils pu- niroientfansdoutedemort, s’ils avoient 1’admipiftration de lajuftice. tears enterre- Quand vn malade eft à 1’extremité, on l’ofte defon Iitmour meats. |e coucftej fur vn petit lit de gazons à terre, ou qn le laifle ex«
£>V Sn DE/MANDELSLO, LIV. I. 2I/ Ípireí j Sc incontinent acres cinqou fix homines,qui font Ies ^3^* fonctions de foíToyeurs, le prennent fur ce grabat, 1’eníevé- iiífent d’vn ttnçeul, Sc le couchent fur vne grille de fer, faite en forme de civiere , fur laquelle ils portent le corps au lieu de la íepulture, qui eíl à vne bonnelieuede la ville.Ces ci- metieres ont trois lieux , cios d’vne muraille de douze ou quinze pieds de haut, dont l’vnefl pour les hommes,l’autre pour les femmes, Sc le troifiefme pour les enfans. Sur I’ou- verture de ces folies font des barres , couchées enforme de grilles,fur lcfquelles ils couchent les corps, qui y demeurent, jufques A ce que les corbcaux Sc les autres oyfeaux carnaífiers les ayent mangez, 8c que les os tombent danslafoífe. Les pa¬ rents Sc amis accompagnentle corps avec des cris 8c des la¬ mentations effroyables , 8c s’arreftent à cinq centspas de la folie, jufques à ce que les follòyeurs 1’ayent couché íur la gril¬ le , Sc qu’ils ayent prononcé quelques prieres pour Tame. Vn moisou fix íepmaines apres on portela terre, fur laquelle íl eíf decedé au cimetiere, comme vne chofe fouillée,ou ils ne vou- droientpoint avoir touché * Sc tous les mois ils font vn fe- ílinauxplusprochesparents,en memoiredu defunt. S’il leur arrive de toucher à vn cadavre, ou aux os d’vne belle morte, ils íbnt obliges de jetter leurs habits, de fenettoyer le corps, 8cdefairepenitenceneuf jours durant j pendant lefquels ny femme ny enfans n’oferoient approcher d’eux. Ils croyent particulieremcnt, que ceux dont les os tombent par hazard dans Feau, font damnés íins reílource. Leur loy leur defend de manger de ce qui a eu vie: mais ces défenfes ne lònt point fi feveres pourtant, qu’en cas de necef- fité , 8c mefmes eílans à la guerre, ils ne tuent des moutons, v des chevres, des cerfs, de la volaille 8c du poiflon, Sc qu’ils n’en mangent: mais ils s’abiliennent religieuíement du beuf &c de la vache, & ne tuent point d’elefants, de charneaux ,de chevaux Sc de lievres, Sc encore moins de beufs Sc de vaches j jufqueslà, qu’ilsnefeignent point de dire,qu’ils aimeroient mieux manger de leurs pere Sc mere,que du beuf ou de la vache. Illeureitpermis de boiredu vin Sc du Terry, mais il leur ell L’yvrognaicj défendu de boire de l’eau de vie, 8c fur tout de s’eny vrer. Cell ynpeché parmy eux, qui ne fe peut expier que par vne rucie
4i» VOYAGE DES INDES,’ 1638. penitence, que l’on eft oblige de faire, à moins de fe refoudre de fortir de leur communion. Leur taille n’eft point des plus grandes, mais ils ont Ie teint plus clair que les autres indojlhAns, 6c leurs femmes font fans comparaifon plus blanches 6c plus belles que celles du pais , 6c que les Mahometanes. Les hommes ont la barbe grande, cou- pée en rond, de la fa con qu’on la portoit en F ranee il y a cin- quanteans. Les vns fe font couper les cheveux, 6c les autres les laiilent croiftrc. Ceux qui les font couper laiilent croiftrc au fommet dclateftcvne trefte, ouvntoupetdelagroiTeur d’vn pouce. Ce font les gens du monde les plus intereftes, 6cles plusava- ricicux, employans toute leur induftrie a tromper dans le commerce j quoy que d’ailleurs ils ayent de 1 av erlion pour le larcin. Ils iont de meilleur nature!- que les Mahometans, au moins s’lly enpeut avoir dans vne ame intereftee, dont l’ava- rice, (le plus lafehe 6c le plus infame de tous les vices) s’eft emparée. indous. j 1 y aau Royaume de Gufurttt.t encore deux autres fortes de Payens-dont les vns font Indous^qui viennent de laProvince de Multhan, 6c d’aupres d’^/meer^m nefontpointt8f»;d».<,parcc qu’ils tuent toutesfortes de beftes, 6cenmangeint, a la refer¬ ve duboeuf 6c de la vache. Ils prennent leurs repas dans vn cercle,ouilsne fouffrentpoint que les Benjms entrent. Ils font la plus part profellionde porter les armeis, 6c le Mogul s’en fert pour la garde des meillcures places de fon Royaume. Les autres viennent du Royaume de Baghend, que l’on appel- le communément le Royaume de Goleando, 6c on lesappelle Icntivcs. Jentives. Ce font des gens idiots, qui fe rapportent de ce qui eft de leur religion à leurs Brum
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 2r !i bien la paillardifo, qu’il y a des families parmy eux,qu’ils 1 appellent£4g
lid ~ VÕ/YAGE DES INDES, ' a- tt^S. nie , &oíi Iamariéelevienttrouver, accompagnéedefeSpa¬ rents , Scdu Molla 6c du Kafi, ou luge du lieu. Lc MolU lit quelquespaílàges de 1’ Alcoran, Sc apres avoir fait jurerle ma¬ rie , qu’en cas de divorce , il pourverra àla fubfiftancc deíã femme, il benit le mariage, 6c s’en va. Le refte de lea compa- gniey demeure , pour manger du bcttele, & quelqmesautres F-iFetdc l’O- drogues: mais l’on n’y boit point de vin , au lieu dlequoy ils ^um" prennêtdes pillules d’ .Amfiori, oud O f>i u ,qui font le mciine ef- fet, 6c leur iont tourner la tefte; auifi bien que le vin. Les pa¬ rents & amis continuentleurs aflemblecs cinq oufix,&qu el- ques fois huidtou dixjours de fuitte ; particulieremer.t, quand les marques de la coniommation du mariage paroiflent aux linceuls dcsmaries. Mais ii le marie trouvelc cheminbattu il en vie comme d’vn grand chemin, 6c abandonne la femme au public ; comme au contraire, s’iln’eftpas en eftat :defe faire pailage ■, 6c que dansles trois ou quatre premiers jo urs de ion mariage il ne donne point dcs preuves vifibles de cc qu il Icait faire,vnedesprochesparentes dela mariée luy envoye vne quenoiiille, & luy fait dire ; que puis qu’il ell incapable de faire les premieres fondtions deI’homme,qu iliem-uc de fai¬ re lc meitier des femmes. Leurs mariagesne font pointindiilolubles , comme parmy tispeaventfaUles Chreftiens, & meiines parmy les autre Mahometans; ou srediyorcf. ne le fait point de divorce,fans connoiílànce de came , 6c Ians P autorité du luge: Mais icy leshommes ifipulent expref- fementen leurs contracts de mariage, qu’ils pourront faire di¬ vorce ; non feulement pour adultere ou pour fterilite; mais auffi par vne iimple averfion qu’ils prennent pour leurs fem¬ mes ; en donnantles ordresneceilaires pour leur lubliftance , leur vie durant. L’on n’y parle point de la reilitution de la not, parce que les femmes n’yapportentrien aumary , finon les habits Scquel- ques bagues; aulli bien n’en y a-il point quin ait fes pendants d’oreilles,les bagues & fes brafelets, en grande qumtite. Les femmesfortentrarement du logis,6c celles qui font de condition vont dans vn carofie couvert, ou fe font porter dans vn PdlLnquin, ou littiere à 1’ Indienne. 11 y en a qui vont a che- val,ayans levifage couvert d’vne efeharpe, 6eil n’y a que les pauvres, ou les publiques, qui aliened piedjQU qui feproduisêc
DV SrMANDÊXSL^, LltV. t. ill iveclevifagedefcouvert. EHesaccouchent prefque fans peL 163?, ne • en forte que c’eft bien rarement que l’on y voit des femmes plus de deux ou trois heures en travail d’enfant. JLes Mahometans élevent leurs enfans avec beaucoup de sont foigneu* foin, Icseuvoyentàl’efcoledcsI’enfance,Scieurfontappren- bien^icver dre à lire Sc à efcrire. Ceux qui n’en ont point le moyen les lcurscniaus' donnent à quelque perfonne de qualité, ou les envoyent à la guerre, dés qu’ils font capables de porter les armes. Ceux quifemettentauferviced’autruy entrent dans vne condition ailez mal-heureulejparce qu’ils negagnent que trois ou quatre ropiMpar mois, dont ilfaut qu’ils ie nourriiTent, Sc qu’ils s’en- tretiennent. On remarque aux enfans dcs Mahometans vne tendreiTe Qui font
itx VOYAGE DES INDES, a Ç3S. & Fon couvre Ia biere d’vn aix, de peur que la terre ne touche au corps, Se ne le íaliEè. Pendant que Fon defcendle corps dans Ia foíle, Ies parents marmottentaufli quelques p rieres en¬ tre les dents, & apres cela tout le convoy retourne à ia maifon» ou les Mollas contmuentdefaire encore quelques priierespour Famedudefunct, deuxoutroisjoursdurant, 6c pemdanttout ce temps- là Fon ne fait point de feu dans le logis 3 maus Fon fait cuire la viande ailleurs. Ils prennent la qualité deManfulmans, Sc croyent qu’il n’y a Msuifuimans. P°'ntde ^uthors de leur communion: traittans d’heretiques Sc d’infidelles les Chreftiens, 6ctouscenx qui font profeílion d’vne autre religion que de la leur. Auíli ne voudroient-ils pas manger de ce qu’vn Chreftien ou vn payenauroit appre- Ite; íi ce n’eft du pain, du beurre, dufromage, des confitures,, cuchoíesfemblables. Ilsontbienplusd’averiionpourlesCa- tholiquesRomains, quepour lesProteftants: parcequ’ilsne peuventpointfouíFrirlecultedes images, ny 1’adoration qui s’y fait des chofes vifibles, tear temt & Ils font la plufpart de belle taillle, 6c il y afortpeudebof- ius 6v. de boiteux parmy eux. Ceux d entr eux que 1 onappelle Mcgolies, ont le teint plus clair que les autres, mais ils one tousles cheveux noirs 6c vnis. Us n’aiment point les blonds,, ôconti averííonpour les rouileaux 3 parce qu’ils les croyent ladres. Car cette maladie y eft fort commune 3 parce que la verole, qui l'eft auíli, nefeguerit jamais ii bien, qu’elle ne laifte quelque corruption dans le iang, qui infé&e petit à petic toutle corps, 6c degenereavecle tempsen ladrerie. Les Mol- Im laiíTent croiftre la barbe, mais tous les autres fe la :ont rafer, auíli bien queles cheveux 3 àla referve d’vn petit toiper, qu'ils laiílènt au iommet de la tefte3parce qu’ils croyent qie e’eft par là que Mahomet les doit venir prendre, pour les tnlever au Ciel. leurs habits. Les hommes Sc les femmes s’habillentpreique de Iamefme fa^on. Leurs veftes, qui font de cotton, de foye ou de brocard, íòlon la qualité des peribnnes, font eftroittes par en haut, commevnjufte au corps, s’allant eílargiílànt depuiis la cein- ture juiques fous legrasde la jambe, ou leurs clmiííès, qui vontjuíques aux pieds, íefronííent en plufieurs plis. Leurs feuliers font ou de maroquin, ou de quelque eftofti de foye ,
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. n5 mi de brocard, 6c ils en abattent Ies quartiers , parce qu’ils 1638. íè déchauílènt â cout’heure, pour entrer dans Ieurs chambres, dont le piancher eft couvert de tapis. LeurcoiíFure reílèmble à celle des T urcs plutoft qu’a celle des Perfes, 6c eft faite d’vne eftofFe fort d elide, de cotton ou de íòye, 6c ouvragée de fil d’or 6c d’argent. Ils l’appellent Shees, 6c ne Portent jamais, qu’en s’allant coucher. llsmettent furla verte vneeípece de manteau, quilsappellent Pomereis, contre le froid 6c la pluye. Ih ferrent la verte d’vne ceinture, qu’ils ap pel lent Commcr- hunt, qui eft faite d’vne eftoffede foye,ouvragée de ill d’or,fur iaquelleils ontvnautre ceinturÕ plus large d’vne toiledecot¬ ton fort fine, pliéeenquatre. Les períònnes de qualite portet dans la ceinture vneforte d’armes, ou de poignards , court 6c large, qu’ils appellent pinda, ou Catwre , dont la garde 6c la gaine font d’or, 6c bien louvent chargees de pierreries. Les maifons des perfonnes de condition font aflez grandes, Leur$maifun> 6c compofées de plufieursappartemens,falles, chambres6c ca¬ binets. Les toicts des maifons font plats, de forte que l’on y peut monter, prendre le frais, 6c mefmes y coucher Ia nuit, 11 n’y a quart point demaifon qui n'ait fon jardin, 6c fa tanque: mais leurs baftimens font fort chetifs : car les murailles ne font que de terre, enduites d’vne compofition faite de grets battus, de chaux, de gomme 6c de fuccre, qui fait vn blanc fortreluifant, 6c auffi vny qu’vn miroir. Les maifons font fort mal meublees, mefme pour la cuifine , ou l’on ne voit que quelque peu d’efciielles 6c de poifles : maislesfemmes font curieufes de faire parciftre en leurs appartemens leurs vales d’or 6c d'argent. Les hommes recoivent leurs vifites dans vne falle, ou ils Lcs cerMnon;es font aflis fur plufieurs tapis. En entrant ils íè íàliient de leur de lews víííks Sdom, qu’ilsaccompagnentd’vne profondeinclination, 6c ii la perfonne qu’ils íàliient, eft de condition, ils portentla main droite fur la tefte, pour marquer le pouvoir qu’ils luy donnenc fur eux.Ceux qui ne devoient point de fubmiflion l’vn à l’autre fecontententdefefaltier d’vne inclination de part 6c d’autre, 6c quelquefois ils fe prennent par la mouftache, en pronon- çantGrab anemcAs : c’eftadire,jevous fouhaitte a l’effecrtdes prieres des pauvres. Celuy qui reçoit les vifites garde fa place, 6c fait afleoir ceux qui le viennent voir dies deux coités. Ils
i6 3 8. Leur dcfpcnfc. Leurs domc- fcit]ucs. Lear; Fcmracs iH VOYAGE DES ÍNDES’, fontfort tivils 8c fort referves en leur converfation ; de forte que Ton neles entend jamais criailler ou contefter, 8c ils na font jamais de geíles de la main, nydelatefte. Qiondilsveu- Icnt parler bas à quelqu’vn, ils fe couvrcnt la bouchc dVne efcharpe,ou d’vn mouchoir5de peur que leur haleine n’incom- modcceluy àquidsparlent. Ceux quifontdesvdfitesd’affai¬ res, fe retirent apres qu ils les ont faites, mais les amis parti- culiers continuent lcurs vifitcs, jufqu’a ce que le Maiílre de la maifon fe leve, pour aller difner. Ils font grande dépenfe en habits, en feftins&en femmes5 par ce que leur Loy leurpermettant de prendre tousles jdaifirs xmaginables, pourveu quils ne faffent point de tort a Ieurs prochains, ils nes’y eípargnent point 5 mais fe donnent tout ce que le cccur fouhaite. En mangeant ils font aífiisfur des tapis, Sc fe font fervir par vn trenchant. Ils n’ont poiint de ferviette 8c n’en ont pas befoin, par ce qu’ils netoucheait point de la mainàlaviande. Ils ont autant de domeíliques quils en peuventnourrir,don- nans à châque vallet fa fonction particuliere :enquoy ils font li exacts, que ceux qui font deftinés à vn employ, ne voudroient pas avoir rendu le moindrefervicepour vn autre. Car vn SeL vidítr, qui peníè les chevaux, nevoudroitpas avoir pcnle vn bceuf, ou avoir graifle vnc charrette,par ce que c’eft la charge du Bellumn. LeSerntwxn penfe leschamcaux, &Ie Mahoutles Elefants. Le Frtpour leurs fem. mes. Car comme ils en ont trois ou quatre cliacun, ils ion t obliges de les entretenir, avec leurs Eunuques & efclaves, íè- lonleur qualité, én leur donnanttousles moisdequoy s’en-
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. iz3 tretenir, en lcs fourniílant d’habits, 8c de perles, de pierre- 165?. ries 81 demeubles. Leurpolygamieacela de commode, qu’il n’y à point de femme , qui pour fe faire aimer de fonmary, n’employe tout ce qu’elle ad’eíprit££d’induftrie,pourgai- gner íon affe&ion , 8c pour en fruftrer fes rivales. II n’y a point de carefle qu’elle ne luy fafíe : iln’ya point de drogue qu’clle ne luy donne, pour 1’exciter à la volupté,&il n’y a point de complaiíànce qu’elle neluy rende,pour taícher delepoí- federíêule. Elies n’en ont pas moins pour les Eunuques qui les gardent, afind’avoir vnpeu de liberte dans lcurretraitte , qui leur eft d’autant plus importune, qu’en ces pa'is-là princi- palement la polygamic devroit eftre permiíè aux femmes plu- toft qu’aux homines. La condition des gens de meftier y eft miferable; parce que r-a condition leurs enfans n’en apprennent jamais d’autre, 8c ils ont cela de ^ces^'".s dc faicheux, qu’il faut qu’vn ouvrage pafle par trois ou quatre mains pour eftre achevé : de forte que tout cequ’ilspeuvent gaigner, c’eft cinq çu fix fols par jour, au plus. Auift vivent-ils fort miferablement, n’ayans pour toute nourriture que du Kitferye, qu’ils font de febves broyéesôt de ris, qu’ils font boiiillir eníèmble , jufqu’a ce que l’eau foit confumée. Ils y mettent alorsvnpeudcbeurre fondu, 8c le mangent ainfi à fouper ^ carlerefte du jour ils ne fe nourriflent que de ris ou de bled cru. Leurs maiions font bafles, couvertes de tuiles, Lcui‘s maii*°ns. 8c iouftenues par des murailles de terre, couvertes de gazons, ne font point de feu dans la maifonparce que n’ayant point d’autre matiere combuftible , que de la fiente de vache , la puanteur feroit iniupportable; outre que les maiions n’y font fioint prop res du tout-, 8c c’eft pourquoy ils la bruftentdevant eur porte. Ils frottee aufti leurs murailles de cette fiente^parce qu’ds croyent que cela chaile les puces 8c les autres infectes. Lesmarchands/òntíànscomparaiíon plus heureux que les artifans: mais ils ont aufti cela a’incommode , qu’ils ne fçau- roientamaflerdu bien, qu’ils ne fe voyent expofés à l’envie des grands, qui Ic leur oftent des qu’ils le font paroiftre.Et d’autant qu’ils ne le peuvent pas faire avecjuftice, ils fe fer¬ vent fouventde pretextes, qui couftentlavie accux qui one acquis des richeílès extraordinaires. Tous les Mahometans de ces quartiers là ont bien vne mef
ii<5 VOYAGE DES INDES, 1Í3S. Patans* Moguls. Indoílhant. Blotious. 11 n’y a point d’hoftcllcric en Guzuratta. Lcurvoiture. me religion , mais ils ont parmy eux de certaines fuperffitions & façons de vivre parcicuiieres, qui les font diítinguer en plu- fieurs íectes5quoy quel’on pui íTe dire,que ce fõntautant de na¬ tions plútoft que de fedes differetes.Car quad on les diftingue en Patans,en Moguls,ou Mogollies Seen Indoílhams qui font í ub- diviíesenplufieurs autres moindres caffes,commicS.íyeí^SVeg/?, £c L eet, il faut advoiier,que íl l’on trouve quelque difference,en Ieur humeur 8c en leurs faqons de vivre,qu’ils íes ont apportées dupais, dont ils font fords, 8c qu’ellcs n’ont rien de commun avec leur religion 5 caril elt certain que les Patans font ceux que la premiere partie de cette relation appelle P. bceufs*
DV Sr MANDELSLO, LIV. L \vf boEufs, pour voyager parle país.Ils ontaufli vne efpece de ca- iC$. roíTes, pour deux ou trois períonnes, quils fone traiíner par desbeeufs, qui y font íi bien accouílumés , qu’ils font aifé- menc dix ou douze lieués par j our. L’imperiale de ces caroíTes eít de drap ou de velours j mais ceux des femmes fone fermes de tous coités. Les perfonnes de qualité fe fervent auílí d’elefans 6c de Palanquins, qui font comme des littieres , quedes hommes portent avec vne barre fur les eípaules.Ils nourriíTent les elefas avecbeaucoupdefoin, 6c y font vne grande defpcnfe. Ilsfe plaiíèntàlachaílè, 6cauvoldel’oyfeau. Leurs levriers font vn peu pluspetits que les noílres 5 mais ils apprivoiíènt des tygres 6c des leoparts, dont ils fe fervent à la chafle , 8c qui attrappentlavenaiíòn d’vn feulfault, mais ils nela pourfui- vent jamais. Ils ontvne induílrie particuliere pour la chafle de 1’oyí'eau teur chafle.; de riviere, parlemoyen d’vn canard jdomeítique, qu’ds vui- dent, 8c 1’ayant remplydefoin, ils vont entre deux eaux , 6c faiíànt nager le canard furl’eau, ils le meílent infeníiblement parmy les autres, qu’ils prenncntpar les pieds de deífous 1’eau, fans les cffrayer. Ilsíòntfort adroitsàtirerde Pare, qu’ils font de corne de Leur adrcíTc 3 buffle, 6c lesflefches d’vne canne fort legere y dont ils tirenttuer Jclarc- fortjuíle, 6c mefmeen volant. Ilsaiment lejeudesefchecs, 6c ont auífi vne efpece de jeu de cartes. Ils aiment auííi Ia mufique,quoy qu ellene foit pas fort harmomcuíepnais ílsont particuherement vne grande paífion pour 1’aílrologie judi- ciairej en forte qu’ils n’entreprendront point d’affaire d’im- portance, qu ils n’ayent confulté le Minat-xim. Us ont quelques oeuvres d’Ariflote traduits en Arabe,qu’ils H*ont quc'- appellent A pits, comme auffi quelques traittes d’yiwce»»c, pour lequel ils ont vne eftime particuliere * parce qu’il efloit d'Avicennc. natifde Smarcanda, fous la domination de Tamerlan. Leurs ef crits ne font pas mauvais, 6c ils debitent leurs productions avec beaucoup d’eloquence. Ils tiennentregiftre des actions remarquables qui fe font chezeux, 6c font des memoircs, qui Íiourroient íèrvir à la compofition de l’hiftoire du pais. Leur Lcui langjge. angueeítdiítinguéeenpluíieurs dialectes, mais elle eft afTez facile àapprendre, Scils eferivent de la mefme fa$on que nous, II. Partie. Ff
2lg VÓYAGE DES INDES, xéyt. de la gauche à la droitc. La plus part des perfonnes de condi¬ tion dela Courdu Mogul parlentPerfan, Sc il yen aqui par- lent Arabe, mais dé ceux-cy il y en a fort peu. te, mal,dies Les maladies les plus familieres de ces quamers-lafont la du país. difentcrie Sc la fiévre chaude, Sc le remede dont us le íervcnt communément, e’eft 1’abítínence. Ils ne manquent point de Medecins, mais ilsn’ont point de chirurgiens. Les barbiers, qui y font en tres-grand nombre , font ceux qui font les lai- miées, & qui appliquent les ventoufes. t hyvety com. ° L’hy ver commence au Royaume de Gu^uratta vers la fin du mcnce cn Iuin. mois de Iuin, Sc dureiuíquesen Septcmbre. man es p uyes n’y font pas íl continuelles qu a Goa : Car il n y plcui que par 111- tervallcs, Sc particulierement à Ia nouvellc Sc à lapeine Lune. Le vent du Nortyregne fix mois durant, 5c cclny du midy autant. Les mois les plus chauds de 1’année font A vnl,May Sc le commencement de Iuin , pendant lefquels les chaleurs font fi grandes, qu’ellcs feroient mfupportablcs, fans les vents qui s’elcvcnt de temps en temps, ScquirafraifcHÍIent 1 air; mais qui d’ailleurs font fort incommodes j parce qi ns font le¬ ver vne íl horrible quantité de pouííiere, qu ellc leur oítc la veuc du Soleil. Le commerce Il fe fait vn tres-grand trafícpar tout le Royaume deCuzin-aG quifefait cn tA, mais particulierement de cotton, Sc de toiles,qui lont auili Guzuratta. fines que ceHes de Hollande, de plufieurs cftof- fes de foye, comme coutoms, quiíontrayesde plufieurs cou- leurs, des fttins, des taffetas,des Petolas, des commer bands, des ernis, dor Sc de foye, dont les femmes fe fervent, pour le ca¬ chet le viíagc, des brocards, des tapis, ou alcatij, des Cbi- trenges, ou tapis rayés, pour couvrir les coffres Seles cabinets, des couvertures piquées, de foye ou de cotton, pi ils appel- lent Geodris ou Nalis, des tentes, des Permtos ou /euhar, dont ils íe íervcnt au lieu de couchette, des Cadels ou ;halicts, des cabinets de Iaque , des damiers d’elcaille de toruc , des ca¬ chets , des chapelets, des chaifnes, des boutons t des bagues d’lvoire, d’ambre, de chriftal de roche, Sc d’agatle. iafaçonJc Le meilleur índigo du monde vient aupres d ^Mmadahath t faire riudigo. dans vn village nommé Ghirchees 5 qui Juy dorme le nom. L’herbe dot on le fait,reíTemble à celle des panes jaulnes,mais pile eft plus courte, Scamere, pouflant des branches} comme
DV Sr DE MAND ELS LO, LIV, I. i£$ Ia ronce, &: croiílànt aux bonnes annéesjufqu a la hauteur de i 6 3 8, fixou de feptpieds,íà fleurreíTembleàcelleduchardon&: Ia graine au fenegré. On la feme au mois de Iuin, & on la coupe en Novembre & Decêbre. On ne lafeme que de trois en trois ans, & enla premiere année on la coupe j ufques à vn pied de la terre. L’onenoftele bois, & Ton metlesfueillesíèicher au fo- leil&apres cela onles fait tremper quatre ou cinq jours dans vne auge de pierre,dans fix ou íept picds d’eau,quel’on remuc de temps en temps, j ufques à ce que 1’eau ait attiré la couleur êc la verta de 1’herbe. Apres cela on faitcoulerl’eau dans vne autre auge, ou on la laiíle raíleoir vne nuict.Le lendemain 1’on en tire toute 1’eau , & l’on pafle parvngros linge ce que Ton trouve au fond,que 1’on met feicher au íoleil: tk. c’eft là le meil- Ieur indigo 5 mais les paííàns le falfifient, en y meilantd’vne certaine terre de Ia mefmecouleur. Et d’autant que 1’on juge de la bonté de cette drogue par íà legereté 3 ils ont 1’adrcíTe d’y meíler vn peu d’huile , pour la fairc nager fur I’eau. L’herbe vientbien la deuxiefme année aux troncs quel’on a laiíTés à la campagne, mats elle n’eft pas fi bonne que celle de la premiere année. Neantmoins on la prefere au Gyngey, c’eft à dtreâ l’indigo fiuivage. C’eft: auíli cn la íeconde année quc l’onen laifl'e monter vnepartie,pour en recueillir la graine. Celle de la troifiéme année n’eft pas bonne , ainfi n’eftant point reclierchéepar les marchands eltrangers, ceux' du pais I’employenta la teinture de Ieurs toiles. La couleur du med- leur indigo tire fur le violet, Ik. il fent aufiila violette , quand on la bride. Les indoflbans l’appellent .<»//, SdaiiTent repofer la terre vn an, devant que la femer. La pluspart dufalpetre quife vend enGu-yumta vict Sa’pctrc: à foixante Iieués d'~4gra , &. on le tire des terres qui onteílé long-temps en friche. La terre noire &c graiTe eft celle qui en rend le plus, quoyquelon en tire auffi d’autres terres, &on le fait en la maniere fuivante. Ils font desfoílès, qu ils rem- pliilent de terre íalpetreufe, ôc y font couler par vne rigolc au- tant d’eau qu’il faut pour la détrcmperià quoy ilsemp'oyent lespieds, en la demeilantjufques à ce quelle devienne com- me de la boullie. Qimnd ils croyent que l ean a attiré à elle tout le íàlpetre quieltoit dans la terre, ils en prennent la par- tie la plus claire, Sclamettentdans vne autre fofle , ou elle
j 6 3 8. XeBersx. AíTa foetida. 1’Opiura; iyo VOYAGE DES INDES, s’cfpoiíIit,&aIorsiIs le font cuire dans des poiílescommele fel, en 1’efcumant incellàment, 8c aprcs cela ils le mettent dans des pots de terre, ou le refle de la lie va au fond, 6c quand l’eau commence à fe geler ils la tirent de ces pots, pour la faire íèichcr au Soleil, ou il achevc de fe durcir, 6c de prendre la forme ,en laquelle on I’apporte en Europe. Le Borax, dont les orfevres fe fervent pour purifier l’or8í l’argcnt,fe trouve dans la montagnedela Province de fur- betfous le Biberom,vers ]a grandeTartarie , d’oul’on ti¬ re auífi quantité d’aipic, de vif-argent, de mufc 6c de cuivre j comme auífi vne certaine couleur qu’ils appellent Mirrei, dont Ton fait vn fort beau brun. Le Borax vient dans la rivie¬ re de Icir.kcn khciY , laquelle en íbrtant de 1a montagne en¬ tre dans la riviere de Mafèroor,laquelle traveríè toute la Pro¬ vince , 6c produit cette drogue , laquelle croiíl au fond de 1’eau, comme le corail. Les Gufurattes l’appellent I ankenckbar, 6c le gardent dans des bourfes de peau de mouton, qu’ils rem- pliíTent d’huile, pour le mieux conferver. Le Hin*b, que nos droguifles 6c apoticairesapoellent j4(ft foetida, vient la plus part de Perfc , mais cellequela Province dVo-dc'produit dans les Indes eíl bien meilleure , 6c l’on en fait vn tres-grand trafic par tout Vlndofihan. I a plante quila produit, efí de deux fortes 5 1’vne vient en buillòn, 6c a de petitesfueiíles, à peu prés comme la rue, 6c 1’auitre refTem- blcàlarave,6eso verdrcílèmbleàceluy desfueilles de fíguier.. Elle aime les lieux pierreux 6c fees, 8c fa gomme commence à couler vers la fin de 1’Eílé 5 de forte qu’illafautreceuillir dans TAutomne. C’eil vne des chofes dont l’on fait le plus grand trafic en ces quartiers-là5parcequeles Benjans de Gu- Watta s’en fervent en toutes leurs íàuces, 8c enfrottent leurs pots 6c leurs vafes à boire s’accouftumans ainíi iníêníiblement ácettcodcur forte, que nousautresavons de la peine à foufl frir en Europe. JL’jmphionf offion ou opiumyqm fe confume en Europe,vient d'.-'idenou de. ajm-maisccluy quife vendauxIndes vient de laProvince de Gualor, dansl’ / ndojlhan, ôc n’eíl autre cho/è que le fuc que Ton tire dupavot, par vne inciíion que lon yfait, quand il commence à meurir. Tousles Orientaux 1’aiment y juíques-là que lesjeunesgens,aufquels l’onn’enpermec point
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 131 J’vfage , 6c les pauvres, qui n’onc pas lemoyen d’en avoir, fe 1 3 contentenc de faire boiiillir le pavot meíine , & d’en prendre íe boiiillon.Ecd’autantqueronyappellele pavot Puffils ap- pellent Puffy ceux qui fe fervent de ce bouillon au lieu d’Of- fion.LesPerfes difcnt, que c’eft à euxà qui Ton en doitattri- buer le premier vfage , Sc que toutes les autres nations ont voulnimiter lcurs grands , qui en prenoicnt d’abord , pour provoquer le íommeil. llsen prennent tousles jours vne pil¬ lule, de Ia groífeur d’vn pois, pas rant pour le íommeil,que pour en tirer 1’effet que produit le vin, qui donne du cceur & de 1’eíperance á ceux qui n’en ont point d’ailleurs. Les Caffes, ou mellàgers,qui vont à la campagne,en prennent pour fe fortifier: mais les Indiens s’en fervent principalement, afin de donner plus de plaiíir aux femmes. II eft certain que c’eft vn poifon,qui tuê, fil’onnes’y accouftume petit à petit Sc quand on y eft accouftumé, il en faut continuer 1 víàge,ou 1’onmeurtauífi. II afFoiblit tellementlecerveauà ceux qui en prennent continuellement, qu’ils en per dent 1’vlage de la rai- fon, & les principales fonclions del’eíprit,6cdeviennent com- me hebetes, s’ils neíè refveillentpar le mefme remede. Nous avons parle cy-deíTus de Ia Iacque, 6c nous aurons oc- caíion d’en parler encore ailleurs; c’eft pourquoy nousn’y ad- joufteronsicy autre choíè,finonqu’en Gu^uratta ilvient auílí quantité de Cumin , de gingembre 6cde MirobaUns, dontils L^fdj°SIles font vn tres-graád trafic, fees Sc confits , de íiiccre brim, Sc enGuzuratta" de plufieurs autres drogues, qui ontleurvíàge en la medeci- ne. L’on y trouve aufli des diamants, mais peu, des perles , des efmeraudes , des grenats, des agathes, 6cc. de 1’albaftre, Lespierrcs dumarbre rouge,6c du jaípe, que les habitans ont 1’induftrie de Pmieufcs* polir d’vne façon route particuliere. L’on n’a qu’vne forte depoidspartoutle Royaumede Cu- Zeurspoids; •xjfratta, qu’ils appellent y.aon, c’eft à dire main, qui peíè 40. Ceer,Sc fait trente livres & demie^de foize onces chacune,6c vn Ceer pefo dix-huit peifes , qui eft vne efpcce demonnoyede cuivre, commenos liards, Sc fait environ douzeonces.Ils ont £eui mcfurc^ deux fortes d’aulnes .- La plus petite ne fait qu’vne demy aul- ne 6c vn foiziefme, mefure deFrance,6c les dix-neur dela grande font treize aulnes trois quartiers de la noftre. Ils ontaufiideux fortes de monnoye d’argent 5 fçavoir IesLeur wonnoyc Ff ii]
I 6 3 8. Lcs Indiens grands faux monnoyeurs. íafcrtilité de Guzuratta. 232 VOYAGE DES INDES, Mamoudls Sc Ie Ropi/s. La fabrique des Mamoudis fe faie á Sa- ratta, d’vn argent dc tres-bas tiitre, 8c valent enuiron quinze fols monnoye de France, Sc n’ont cours qua Suratta, à Brodn^ à Sroitshta, à Cambay a, Sc en ces quartiers-là. Dans tout le re- iledu Royaumc, comme à ^.^madabath ScaiIIeurs,ilsontdes Hop tas chagam, qui font de fort bon tiltrc , Sc valent trente fols monnoye de France. Leur petite monnoye eft dc cuivre, Sc ce iont lcs Peyfes, dontnous venous de parler, Sc dont Ies vingt-iix font vn Mamoudy,Sc les cinquante quatrevne Ropia. 11s fe fervent auili d’amandcs, dont les trente lix valent vnpey- ft, comme auili de certaines coquilles, qu’ils appellent Li«rm, Sc quel’on amaflefiirle bord de la mer, dont les quatre-vingts valent vn peyfi Les reaulx d’Efpagne Sc les richedalles y va¬ lent cinq Mamondis 5 parce qu’ilsles convertiflent enleurs efpeces, avecbeaucoup d’advantage , par l’alceration qu’ilsy font, aupoids,ou autiitre, Sc bien fouventenl’vnSc l’autre. Ilsayment les IrfrmdePerfe, dont l’argent eft fort bon. Ils out auili vne monnoye d’or, qu’ils appelle X era fins, Sc valent treize Ropias Sc dernie, mais l’on y en voit fort peu. Les fequins, Seles ducats de Venize y font plus communs, Sc valenthuit Scdemie, Sc quelquefois neuf Ropias, monnoy e de Suratta,fe¬ lon Je cours du change, Sc felon Ie prix que ll’on donne d la monnoye, quihauiTeou baiile,felon quel’aqgenteft rareou large furlaplace.il y a vn grand nombredefaiuxmonnoyeurs dans les Inaes ; c’eil: pourquoy il nes’y fait quaili point dc paye- ment qu’en la prefence d’vn de ces changeurs,
163$. DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 235 pais-là, 6c nous avons dit qu’il neluy manque rien de ce qui eft neceflàire à la vie de 1’homme. Et de fait la terre y produit dubled, duris, des pois, desfebves, del’orge,dumillet, du iin,du bled íàrafín, oc la graine de mouftarde,6cc.de l’huile,du lin, du beure, &du fromage, quoy qu’vn peu íèc 6c trop íàlé au gouft des eftrangers,mieux qu’en aucune Province de l’Eu- rope.Le bled y eft fans comparaifon plus gros 6c plus blancque Lmr fiçon df le noftre, 6c ils en font de bon pain,non point dans le four,com-CiKe du i’a,n- me nous, maisfurdes plaques de fer. Lcs pauvres gens,& f>articulierement les Benjxr.s, en font vne efpece de flancs,dans apoiile, furleur feu deíientede vache, dontilsfe fervent au lieu de bois. Leurs pois 6c leurs febves font plus petits que les noftres, mais ils font bicn meilleurs, particulierement leurs pois chiques, dont ils nourriííènt en quelque cndroits les che- ,.I! n7a P1int vaux, les bccufs 6c les buirles, au lieu d avoine,que 1 on ne con- lcs inJes. noift point aux Indes. Ils ne font point defoin non plus, 6c ne coupcnt l’herbe, que pour lafaire manger route verte. Ils íè- ^e“rs fcmaiiics ment la terre au mois de May, 6c font Í’Aouft en Novembre CU1 Aouft‘ 6c Decembre. Iln’yapcrfonnedanstoutl’Eftatdu Mogul, qui poifededes ^sfoinauMo terres en propre. Mais au teps de la fcmaille les pa'ifans s’adref- gui en proprc. íèntau Gouverneur, ouàceluy quieftl’homme duRoy,&luy declarent combicn de terre ils pretendent labourer cette an- née-là, àlacharge dedonnerle tiers, oulamoitic du revenu au Roy^en forte que bicn fouvent les pa'ifans n’en retirent pas les frais qu’ils y ontfaits pour lafaçon. Le Mogul au contraire laiife l’vfage des préz à tout le monde indifferemment, 6c 6c en tire tres-peu de chofe, ourien du tout: par vne tres-mau- vaiie politique • parce que cela fait que la plus part desterres demeurent en friche, 6c ne produifent que de l’herbe. Ils íèmenten leurs jardins toutes fortes d hcrbes potageres comme de lalaiclul:,de la chichorée, derofeille,du perfil, 6cc. des raves,des navcts,dcs choux,des concobrcs, des citrotiilles, de fail, de l’oignon, des panets, 6c des betteravesauais fur tout des melons, qui paflent en bonté tous ceuxqui viennent par toutailleurs. A la referve de la rofe, il n’y a quafi point de fleur, qui ne íoit rccherchéepour la couleur plutoft que pourl’odeur.-: Car encore quecelles que 1’on appelle Mogerx 6c Scampi en ayent, les femmes les ayment pourtantmieuxpour Ieur cou-
irf VOYAGE DES INDES, 1638. leurquepour l’odeur. Les premieres font blanches 8c Ies au¬ tres jaunes, 8c les vnes 8c Ies autres viennent tout du long de 1’année, airfti bien que 1’herbe , dont toute la campagne cíl reveíluc,ÍInon lors que les grandes chaleurs de 1’Ehc la haílent 8c la feichent. Outre les arbres que nous connoifons, êc qui produifent des Iimons, dcs citrons, des poncils 8c des grenades, il y a des , des B.wajfes, des Iaccm , des Cocos 8c des figuiersj parmy lcfqucls ils cultivent particulierement les Cocos, done ils tirentle Terry. Ily aauíliduraiíinaupresdeSurutu, maisil eft bcaucoup plus petit que celuy de Perfe, 8c bien plus clier que les autres fruits du pais. Nous aurons occafion d’en par- lerailleurs, 8c dirons feulement icy que leursforefts, qui font peuplées de ces arbres,nourriílènt, outre les beílesj done nous avons parlé cy-deífus, vneefpece de chiens íãuvages, qu’ils appellent 7 íu/m/s ; maisilehdefendu fur peine de la vie de les chaíTer, auffi bien que les autres beftes, fauves ounoires5par- ce que ce divertiííement eít referve au Roy, 8c au Gouverneur de la Province. Leurs chevaux ne font pas fi beaux que ceux de Perfe 8c d’ A- Uoeuf sunouiõ; rap,£e. mais Hs ne laiifent pas d’en avoir grand foin, de donner achaque chevalfonpalfrenier, 8c de les nouririr d’vne façon route particuliere. Quand ils leur donnent de ce:s poix chiques, dont nous venons de parler, qu’ils appellent domm, ils les font broyer 8c cuire. Outre cela ils leur donnent dceuxfoisle jour, le matin &le foir, deux livres de farine d’orge, dont ils font vne paile, avec vne demy livre de beurre 8C vnelivre de lucre. Les boeufs de ce pais-là font faits comme les noftres, iinon qu’ils ont vm^groiTe boíTe entre les deux efpaules. Iln’y a que les Mahometans qui en mangent, aulli bien que du mouton, 8c encore ne font-ce que les pauvres. Les perfonnes de coditio mangent du chevreau,qu’ils fontroilir entier,&y font vne far¬ ce de risjd’amandes 8c de raihns au foleil,ou ils en font des cilu- vees avec du beurre 8c dupoivre : ce qu’ils appellent brenghie, 8c n’eft pas mauvais. I Is mangent aulli de ces moutons de Per- • fe, qui ont la queue grafle : mais c’eH vne viande, qui eh bien rare, 8c que l’on referve pour la table des grands, 8c pour les fehins extraordinaires. Yoiaiiie. iis ontaulfi des poulles, des chappons, des paons, desoyes, des
DV Sr MANDELSLO; LIV. t. 235 des canards, des cercelles, des perdrix, des pigeons, des he¬ rons , des moineauXjComme auífi routes forces d’oyfeaux de rapine, comine des faulcons, tiercelets, efperviers, aigles, dec. lis ne manquent point de poiílon de riviere , comme de carpes, de brefmes , d’anguilles , 8cc. 8c la marée y eft tres- bonne , 6c à tres-grand marche , parce que les PayensiVen mangent point, 6c les Mahometans aiment bien mieux Ia chair quele poiílon. Ils ont aufli coutes fortes de coquilles, des huiftres 6c des crabbes, 6c particulierement d’vn certain poiíTon , que Ton appelle dans ies villes maritimes de Picar- die, des chevrettes, qui y font íi groílès, que d’vne douzai- ne 1 on fait vn bon plat. L’on remarque qu’au lieu que fur tou- tes les coftes de i’Europe, cette íorte de poiíTon eft cn íà bonté enla pleineLune,ill’eftences quartiers-là enlanouvellc, 6c en la pleine les coquilles 6c efcailles font prefque vuides. Les poiflons qu’ils appellent Tub&rons, 6c qui mangent mefmes les perfonnes,yparoiftfortíbuvent,6c c’eft-la vne des raifons, pourquoy l’on fe baigne ordinairement dans des tanques. Leursnavires font fort mal baftis, en forte que leurartil- ierie ne peut eftre placeeque fur le tillac, 6c à fair. Les plus grands voyages qu’ils fàílènt, font ceux de lav.t 6c de Sum ttr*y vers Ie Levant,ée à adenite, à la Mecque fur la mef rouge.Ils portent bien fouvent plus de mille perfomies à la fois, qui vont la plus partfaire leurpelerinage alaMec^»e,afind’eftre mis aunombre des //oggo/, ou Saints, au retour. Ils partentau commencement de laLune de Mars, 6c retoument au mois de Septembre $ parce que les orages, qui regnent depuis le mois de Iuin juíques à ce temps-là , fur cette cofte,leur fait employer fix mois à vn voyage,qu’ils pourroient faire en deux. Les marchandiíès, qu’ils portent fur la coftc d\^t/ew,fontdu cotton, des toiles, de l’indigo, du camfre, du tabac, de 1’aluin, duioulfre , du benjoin , du poivre 6c d’autres efpiceries,des mirobalans, 6cplufieurs autres fortes de confitures, 6cils en rapporcent fort peu de choíe, fçavoir du corail, de l’ambre, du Mi/feit, dont l’on teint en rouge,du Kethnn, 6c de Y^/lmfion, qui eft eftime le meilleur de tout l’Orient: mais leurs meilleurs retours confiftent en or 6c en argent monnoy'e. Les autres vaifi feaux,qui font plus petits, 6c qui vont de S*rattay de Cambay* , 6c de Jiroitfchia iur les coftes de Perfe, cn rappor tent des bro- 11. Partie. * G g i 65 $. Poillonj Leurs navnej; Ze trafic qu’ils font fur ies co¬ des de lamer rouge. Sur le Golfed® Perfe,
1633. A Achim. Le commerce que Ics Mala- bares font en Guzuracta. Lc romme rce éts Portugal*. i36 VOYAGE DES INDES, cards, des eíloíFes de ib ye, du velours , des cam clots, des pci- les, des fruits fees, comme des amandes, des raiiins, des noix &des dattes, Sc iur tout de l’eau rofe , dontils font vn tres- grand commerce. Ceux-cy partentaumois delanvier Sc de Fevrier, Sc font de retour en Avril,ouau commencement de May. Il ya d autres navires, de cent, fix vingts,dieux cens Sc trois cens tonneaux, qui portent à sicbtw,dans 1’ Hfle de Suma¬ tra , toutes fortes de marchandifes du pais, Sc en rapportent du foulfre , dubenjouin ,du camfre, de laporcelaine ,de l’eftain Sc du poivre. Ces derniers ne partent qu’au mois de May 5 parce queles Portugais, qui dependent fur peine de la vie Sc de confifcation de biens, de vendre du poivre ailleurs , que dans les villes,ouilsonteiVablyleurcommerce ,& qui ear- dent la coile contre les pirates Malabar es, neferetirentaans les havresqu’en cetemps-la > c’eftpourquov lls font en forte qu’ils puiflent effcre de retour au mois d’Octoore, devant que les Portugais ayentremis leurs âottes enmer. Les Malabares, qui occupent cette partie de a cofte des Indes, qui s’eftend depuisleC*/» diRamo, àdixlitues de Goa, vers le Sud , jufqu’au Cap de Comori, a cent feptou centhuit lieucs de long, Sc comprend les villes de Calicut^Onor, de Bacalir , dcBacanor ,de Mangalor,de Cananor,Scde Cranganor, font auili vn grand cômerce à S nr attack Cambay a Sc à Broitfchia, Sc y portent du Cajro, qui font des efcorces des arbres de Cocos, dont l’on fait les cordages pour les navires, du Coper a,on la moiielle de ces arbres,du iuccre brun, qu’ils appellent Sigaga , de ,4reca ScBettclé,qu’ils appellent en leurlangueDwjrf»?,a vn certainbois,pourteindreen rouge , qu’ilsappelent Patang, Sc de V Harp us, dont l’on ealfeutre les navires: conme auffi du ris, &d’autresvivres. Ils en remportent dz\* An fion , dufaf- fran, du corail, du cotton, du fil, des toiles Sc dautres eilof- fes. 1 Is arrivent â Suratta; & iur ces coiles au mo:s de Decem- bre, Sc en partentau mois d’Avril. Les Portugais, qui ont long-temps pofledé feulsle com¬ merce de Gujuratta, Sc qui s’en eftoientrendus les maiftres,par lemoyen des forts qu’ils avoient baftis à Daman , Diu Sc à Goa, pour fe mamtenir contre les Malabares, Ieuirsennemisir- reconciliables, y portoientduplomb,de l’eftain, du vermil¬ ion , du vif argent, de toutes fortes de draps, de l’y voire , du
DV Sr DE MANDELSlO, LIV. I. ' í37 bois de fandale, du poivre, du cardamom, des cloux de girof- 16 $2. fle, delaporcelaine, des eftoffes dela Chine, de la candle, des Cocos, du Cayro, & des vafes d’or & de vermeil doré,fairs en Europe, & y achettoient toutes fortes d’eftoffes, des coiles de cotton, de 1’indigo, du íàlpetre, de la lacque, du fuccre, des Mi- robalans,des confitures, des bois delid,des cabinets,& d’autres ouvrages de lacque, quilsportoientà Goa , pour la charge de leurscaraques,quipartentaelàpourPortuealaumoisde Ian- vier, 6c en Fevrier. Ils y achettoient auífi du beuxre, de Vajji faetida,, de I’amfion, du Cumin, du cotton òc du fil, pour le porter en MaUccd, en la cbint ÔC au Iapon, ouils trafiquoient bien fou- ventavec deux cens pour cent de profit: Maisdepuisque les Anglois&les Hollandoisfefont eítablis dans Ie Royaumede Gu%uratta, ils ont efté contramtsd’abandonner vne pardede ce commerce, St de fecon tenter de celuy quils continuent de faire à Goa, dont nous parlerons au fecond Livre de cette Rela¬ tion. Gg ij
*3* VOYAGE DV SIEVR DE MANDELSLO AVXINDES LIVRE SECOND. P res quele hour MctrvoU, quiveioitdereíl- gner la charge de Prefident dans Ieslndes,pour le commerce des Anglois, euíl donnéles ordres neceílàires pour le voyage, ilallale premier jour de Ian vier 1639. prendre congè du Sulthan, quí lereceutparfaitcmentbien , & luyfítprefenc d’vne vefte de brocard,dont le collet eftoit fait de «dcnx peaux de martre zobeline, qu’il avoit fur le dos ,& de pluíieurs autres bijoux, qu’il le prioit de garder pour 1’amour deluy. Auíortir delamaiíon duT«/f/ja»,nous-nous embarquâmes dansvne cha- loupe, qui nous portaaubord duvaiíleau Marie, qui eftoitàla rade, à deux lieucs de l’emboucheur de la riviere. Le nouveau Prefident, & Ies principaux officiers Anglois nous accompa» gnerent juíques dans le na vire,ou ils demeurerent trois jours, à íe regalcr les vns Ies autres, à noyer dans le vin Pennuy d’vne íi longue reparation. Arrire à ia ra- Nous fifmes voile le cinquiéme Ianvier, deux heures devant ^cDaman. Ie jour, & arrivâmes fur le íoir à Javeucde Ia villede Daman, 011 nous trouvâmes vn de nos navires, qui eftoitallé devant, prendre vnPorrugais, qui devoitfaire le voyage de Goa avec íious.Le Çouvcrneur nous envoyavnbaril de vin, & quelquçs
VOYAGE DES INDES DV Sr DE MAN. &c. *39 autres raffraifchiilemcns, nonobftant Ic ilegequele Royde 1^30. Decam, fonvoifin, avoir mis devaneia place 3 mais avec fort peu de fucces; parcequele havren’eftanrpoint bouché, les Indiensnepouvoientpas empefeher que le íêcours n’y entraft à routes lesheures dujour. f Ee Royaumc dc Decam, oude Cuncam ; care’eft ainfiqu’on Dcfcription du 1’appelle le plus fouvent, quoyqucde fa ville capitale on luy R^mede donne quelquefois le nom dc Hifiapour,s’cikend lelong de cette Dccam- cofte,depuis Jngediva 5qui eft à douze lieues deGorf,versle Sud, jufqu’a vn lieu nomme Siffarde. Elle a pour voiftns, du cofté du Nort le Roy Nefamfa, qui poflede le pais, qui eft entre la Pro¬ vince de JDolte Babth, au Royaume de Decani, ÔC le Royaume deBailama, du cofté de Daman, & du cofté du Levant le Roy deBenghenals, qui refide en la ville de Golcanda,que Ton appel- le par corruption Golconda. Les principals villes maritimes du Royaume de Decam font Sesprincipal Geytapour, Rafapour, Carapatan be Dcibul-.msds la premiere ville villes- duRoyaume eft celle dejsiJiapour,cpQÍ eft íituée à quatre-vingts lieues de Dabul, &à quatre-vingts quatre de Goa. P our after de Goa à Viftapour l’on prend la route fuivante j la quelle nous avons bien voulu inierericy, afin defairecon- noiftreparcemoyenvne bonne partie de cc Royaume. Au iortir de Goa l’on pafle la riviere de Madre de Dios, pour .CHcmin deGo* entrer dans le pais du Roy de F'ifiapour; oil l’on rencontre d a- a VlfiaPOU1 D«- bordla ville de Ditcauly, qui eft atrois lieues du Goa. Le Gou- CaU;'Bol,Ja* verneurde cette ville 1’eft aufli delafortereiTe de Ponda, qui eft furlamefme riviere.DeyD;f4#/j>' jufqu’aD*»^ Ion comptc fix lieues. Cette ville eft aftez grande & a de fort belles rues. Elle eft fituée fur la riviere de Defy, qui entre dans la mer au- presdeslfles, que les Portugais appellent Ijlas cjuemadas .Ses lubitans font Decanins be Benjans, quifontgrand commerce á G oa. D epuis B an da j u (q uà la m ontagne de Balagatta 3 font neuf lieues, be Ton paílèpar les villages d'csimby be & Her poly, be au pieddelamontagnepar celuy d'dmboly. Cette montagne s’é- m montagne tendle longduRoyaume.de Cumcam, jufques fur la cofte de d«Baiagatta. Coromandel, & aíiir fes fommets des plaines,dont la fertilité nc doit rien à celle des plus belles vallées. Depuis Mmboly jufques au village de Hercnekaffi ,fur la ri¬ viere ftumeimenom, ftyavnzélieues, be à laportécduÇa- Gg iij
Rajcba^ 240 VOYAGE DES INDES, non de là l’on pafle par le village de Berouly, Etuc dans vn vai- lon entre les montagnes de BaUgatta. A deux lieues de la 1 on trouve le village de W offeree, à trois lieues plus avant celuy êiOutor 8c en íuitteà fixlieuês Scdemie de la, celuy de Bera- pour . àvne demy lieue plus avant celuy de Matomra, Sc apres cela, à vne lieue plus avant, le village de Calingra.. A cmqcens pas de là lon trouve le village de Kangtr, Sc proche delavn hameau, quina point d’autre nomque celuy de Bary quel 011 donne à tous les lieux,qui n’ont point de nom particular. A vne lieu c de là eft le village deWony,&c avne demie lieue plus avant celuy d’^ttrotvadi dans le voifinage duquel 1 onvoitfuryne eminence, vne fort belle pagode, oumofqueedupais,que 1 on defcouvre de fort loin. A cfeux lieues Sc demie de cette pagode, lonprendàgauche,par le village de Badaraly a Kerms,qui eft a deux lieues fcdemie deB adalary.D^ms Kem* jufques ^Sk eve¬ ry font deux lieues, Sc de là jufques à vne belle pagode Benjane il y ena cinq.De cette pagode 1’on defcouvre lavilleScle chafteau de Mirfie, qui eft à deux lieues de la, a la main gaiche, Sc lon vadel íiRajebag, qui eft àvne lieue de la pagodu Cette ville eft fort grande, Sc fait grand trafic de poivre, que les habitans debitent en Bifnagar ôcailleurs. Elle eftdudouairedela Rei- ne de p^lfiapour, qui y a fon Gouverneur. , A vne lieue deRajebag, 1’on trouve vn beau pints : a deux lieues de là l’on pafle la riviere de Cugny, Sc a vne demy lieue plus avant la ville de Gottevy. On la laifle a larnain «iuche, paf- fantà fa porte,pour aller aux villages de'.Coetefi Scd O ne font qu’à cinq cens pas de là,8ca vne demy-lieue de la grade riviere tie Corlkna, qui traverfe tout le Royaumede Decam jui- ques à Mafulypatan. A vne lieue Sc demie de la rare l’on pafle au village d! Eynat our, Scprochedelaace uy deraterna, Sc en fuitte à ceux de Tangly Sc d’ Erary,) ufqu a la riviere d en eft eftoigneed’vne lieue SC demie. A trois licuesdek eftla ville d' Attony ,q\x\ eft aflez bone,pour fervir de marche comun àtoutle pais circÕvoifm,d’oul’on y apporte todies jours qua- tité de vivres.A quatre Ueiies delà eft le viftage JeB a trois lieiies 8c demie de là on paflejpar le village d Agger , qui eft à trois lieues de la ville de Talfenghe, qui eft efloignee de celle de Homeware de trois autres lieues, 8c de la ft y en a autant jufques àla ville de7Vccon», qui eft à fix lieuesde ^fiapouu
DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 24* Devant que d’arriver à la ville capitale,ron paíTe par les vil- 16 38* Ies de Nourafpour 6c de Strrapour,qm luy fervent comme de fau¬ bourg , 6c dont Ia premiere eftoitautre-fois la refidenceor- dinaire’du Roy Ibrahim Sclutch, qui regnoit au commence¬ ment de ce íiecle: mais aujourd’huy elle eftentierement rili¬ ng 6c I’on acheve de la deftruire , pour employer les ma- teriaux de íbn Palais 6c de íes Hoftels, au baftiment de ceux Ocfctiptiorv de que 1’on faità Vifiapour. Cette ville eftíi grande, quelle a puis ViG*.our. de cinq lieues de tour. Ses murâilles,qui font fort hautes, íbnt de pierre de taille 6c accompagnées d vn grand foíTé,6c de plu- fieurs batteries, montées de plus de mille pieces de canon, de toutes fortes de calibre, de fer 6c de fonte. Le Palais du Roy eft au milieu de la ville,dont il eft feparé par vne double murail- le,8c par vn double fofíe,ayantplusde trois mille cinqcens pas de' circuit. Celuy qui y commãdoit du temps deSulthanMamedh jdelfchach, fils d’lbralnm ,s’appelloit Nammouth c/?<<»,6ceftoit Icalien , natifdela ville de Rome. Soncommandements’e- tendoit aufft fur la ville, 6c fur les cinq mil hommes, qui y eftoienten garnifón j outre les deux mil hommes,qui eftoient en garnifon dans le chafteau.La ville a cinq grands fauxbourgs, ou demeurentles principaux marchands, 6c particulierement en celuy de Schanpour,o\i demeurent la pluipart des joiialliers. Les autres s’appellent Gurapour, / brahimpottr ,