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  • RELATION VOYAGE DADAM OLEARIUS % EN MOSCOVIE, TARTARIE, ET PERSE, AUGMENTEE EN CETTE NOUVELLE EDITION dc plus d’un tiers, &: particulieremcnt d'une feconde Panic CONTENANT LE VOYAGE DE IE AN ALBERT DE M ANDELSLO AUX INDES ORIEN TALES. Traduit dc I’Allemandpar A. dc'teIC\%VEF0 RT, Refident dc Brapdcbourg. TOME SECOND S EC O N D E E D I T I O N.(^ A-P ARIS, Chez ANTOINE D EZALLI E R, rue Saint Jacques, à la Couronnc d’or. M. DC. LX XIX. kAvcc Privilege iu Roy.
  • V: CONTE N ANT LEVR RETOVR, & LE VOYAGE DV SR T>E HANDELSLÔ INDES. I O V RNAL DE LA SECONDE PARTIE DV VOYAGE DESAMBASSADEVRS DE HOLSTEIN, EN MOSCOVIE ET EN PERSE; E s AmbaíTadeurs parcent d'ljfahan le vingt & vniefme Decembre, pag. 3. 6e re- paííentlezj.par la petite ville de Natens. ibid, le 17. par celle deKafchan: ibid. Le 3. Ianvicr 1 í 38. par cell e de Kom, le 6. par celle d'e L* ^ Sabaypag. 6. arriventle 11. aKafwin, p. 7.6c S.íoixante 'janvUr. lieues quatorze journées. Lcficur de Mandelíloprcndcongéd'eux, va fiire le voyage deslndes Onentales.^g. i- qualms de cc Gen- tilhomme ibid. Quclques
  • iOVRNAL' DV VÔYACE Brugmanfc blcjfe danger eufementde la cheutc de fon che- val. ib. Les sfmbajfadeurs rencotrent vn Gentilhome de la mano ^Schomberg,^«i va en qualite d' d mb ajfadeur à la gourde Perfc,de la part du Roy de Polognc. p.
  • DE MOSCO VIE ET DESINDEf: Defcription de la ville dc Re 'clitj quina ny portes ny wurailles:fàfítuationfes maifòns, fon Maidan, &c.ib. Feftede leur Prophete Aly. p 19. At/U de Sefi-Miríà. ibid. Partent de Kf/^letrentiéme p.19. & arrivcnt íe trente&vniémeàlapetite ville de Kurab aupais de Kcskerp. 10. huióllieues, deux journe'es. Pa/fcntles rivieres de Pefichan de Chettiban.^ PiP cberiijLiíTar (§r zommle premier jour p. ip. ‘Beaux chemins bordes de bouis & d’arbresportam la Joye.ib. Les qualitésdu cbande]£e>Ker. Remede extravagantp. zo. 'Dcfcription de la ville Kurab. ibid. Partent deKurab\ei. Fevrierp.2i.& arrivent Ie 11. FevrUA ala petite ville de Ki/ilagtx. dans le Gouvernement d’ Afiara p. 2.4. Cinquante lieues,hui<5t journées. Paf/cntplufieurspetites rivieresentr autres cclle de T)\xvxxp3syquifeparentles Provinces de Kesker & d'A ílara p‘ zi. Pajfcnt par des for c/is pcuplèes dc fangliers. Co/íoyenten cette marche la mer Cafie. Pajjcnt vingt- deux petites rivieres cn vn four. Aftara c/í vn lieu ouvert fànsportes &fans murailles.p.zz.Les qualites du Chan. fr.13.Seps de viqnc cn ccpdis-làgros comme vn bomme.ib. Sepulchre du^Precepteur d' Aly .ib. d' Aftara ils entrent das legais díLcngerkunan.ib. Les rivieres ^Kaíiende, Noabine, Tzili ^Buladi.p. 2.4. la ville de Kifila- çpxsrtapointdemurailles.fr.zj. Piaras des ancicns Rois dc cr/e out vn village exterminepour incefle ibid, faux miracles d Aly. pag. 26. Partentledouzieme de Kifilapatsgp. z6. & entrent le treziéme dans la grande lande de Mokan. p. 8. & arrivent le 20. à Schmachic. p. 32. Trente-qtiatrô lieues, neuf journées. - v yj - * 1 * • • a íjj
  • cMart, vril. 'r. ÍOVRNAL DV VOYAGE lis y fejournent prés dc fix fepmaines. zABion barbare dc Brugman^wi fa.it tuer vn Kiíl>- bafch à coups dc baflon. pag. 27. Les Sume Bajetipcuple habitan dans la bruycrc dc Mokan diBmguèen pluficurs families.p. z$Acs Hatzikafilu entro lc Mokan &c Sc a- machie, ibid. L LcJepulchrc de Bairam-Tekle-Obafi 3 Icquel eflant lhefdévne troupe de volcursfefitGouvzrneurdcProvice p.29. La riviere d' Ar as oa/Araxes.p. 30. ‘Bcllcsrcrnar- ques dc geographic & corre ciios de PAuteurfur ce/uictih. p.31 fon cours (êfifon couflant avóc la riviere de Cyrus, ibid. MontaguedcSca.m&chK.fortroidc p. 31 .Jontbicn reccus par lc Chan.ibid.j^ai ejl continue cnJon Cjouver- nçmentparvn envoyédu Roy,avccla ccremonic, p.jj. & íuivantes.Ormo»/V du lavem et des pieds par Its Arme- niens. p. .$f. Lcurs Pa fiques p» 56. Jd Ambajjadeur du Roy d.c Pcrfe deflinéau Due dc F/olílein arrive à Scamachic. Parcent de Scamachie le trentiémcMars. p. 36 Arri- ventle feptie'me Avril à ville dcDirbent p. 39. Qjni- rante-deux lieues, neuf journées. 'Tafient par le pais da Padats, autrement nommès Kurs, qui fontvolcurs. pag. 37. &: 38. Plus de trente founts de Nefte, blanche 6? noire, p.37*- Lefepulchred'vnVyc,ouSaintPerfan:p. 3^. Defcription de la ville de Dcrbe nt, qui d vn bout touchele borddc la Çaípie p» 39- baíhepar Alexandre lc Grand, ibid. fable de r^mtlum , & fon fepulchre, p.40. Grand nom- brede tombcauxfi Poccafionde ladesfaite dc Caffan Roy de Mede p. 41. devotions des femmes T artar ts aupres. de ces/epulchresp. 41. Habitant de Derbent, qui font fiem Çs! barbares ^ibid. Sepulchres de c dints,43. & fui vans, jParcent dç Derbentlc quatorziémc, p. 44.. Encrenx
  • £>E MOSCO VIE ET DES INDE S: dansle Va°cjtan p.* 5 paíTent par le pais d’Oy$»/»,p.4£ & paria Seigneurie dcBoinak p. ^7. &arrivent le fei- zieme* lWka,Capitale de Vagefthanp.+p. Dix-huifr iieues, trois journees. I Isy fejourncnt avcc de grandes peine* dangers, prés d
  • gmn. Juillet. ffcpttmb. Oãaèrf. iovRNÀt t>v voyage Brugman ib. Tartcntd'André le Jcizjéme, & paffent lanvicrcd! A ciai, (d? ledix Jcptiéme cellc de Buítro^aj J/^v/WtfsDagellhansdVTír/eíCircaíIicns.p.ói.£«*?•.LcurtaiUe , leurfàçon de ww3 leurlangue, leurs habits, leurs fem- rnes.ib.Sontlibres (d?familiercsynaischafies.pAj. Leurs manages,religion .fà crifices,cere moniesfuperftiticufbs aux cntcrremcnts: Leur dueil. p.
  • DE MOSeoVtE ET DÊS INDESJ Jls y fejourncnt cinq fepmaines. Partent de Gafin le treiíiéme Decembre en traif- Navtmm neau p. i8. vont íur le Wolga, & arrivent le víngt- Decemb. v/iieme aNifi. ibi Vont íur YOcca le viagt-troiíiéme, 7, ^ ^, arrivent le vingt-neufvieme à WoUdimer , & le i
  • trfvrievi nJt'f.ws. tOVRMAL DV VOYAGÉ eftre celuy dc la mere de Salomon, mats eft en effect le ft* ^«/c'/wakScachSalominan Calife.p.87.Tziminar,oa chafe a u de quarante colomnas p. 88. V opinion des Perfies dcccbaftiment. ibid. C'cfiun re fie duP alais dc Cyrus ib. Sa dcfcriptionynl' efiat ou ileflprcfentemcntsp.%9. &fui- vanes >DcJcriptiondc Schiras.p. 91. Capitalcde la'Tro- <■vince de Fars.vin deSchirasJe mciUeur de toute laPerfty maisePlchcr, ibid .fertility dupais ibid.femmes de Schi-. ras fits plus belles de tout le Roy aume. pag. 8z. lly fejourne ftpt lours. Partde «SV/mlecinquiéme Fevrier.pag.9z.&arrive? fe dixie'meala villede Laar, page.93. Quarante-huift lieues, fix jounces. Pajfe par vn chemin fort dangercux,ou il penfeperdre la
  • DE MOSCO VÍE ET DES INDEs: fle deKiímich. ib. S a grandeur:fesfruits. Abondance de poijfon & de befiUl ib.& p. fuiv.façondevivre des ha- bitetns: leurs habitsp. ioi. Qualms du dimat: commer¬ ce. ib.Celuy des Hodandois & desAngloisp. íoí. Lcur monnoye, leurpoidsib. Manicre depefcher les perles p./oj. Privileges des Hodandois & des Anglois ib T>ej¬ ection dela vide d'O rmu s,p.i 04. Conquifeparles Por- tuga is.ibid. &p. ioj. rcprtJeparlesPerJansip. 106. S embarqueaCjamronleíixiéme Avril,p.io£&:arrL ^vnl' ved Suratta^ le vingt-cinquie'me.p.ioj?.pIus de deux cens cinquãte lieues d’Allemagne, dixneufjournées. / lyfejourne cinq mois. Routede ce cheminparmerp.iog.8cíxii\a.mes.DeJcrip. *Jlíay: tionde 1’Jfle de Zocacoray2 fituationjagrandeurJcs ha- Jjjjhf bitans , leurfaçon de vivrc3 lcur commerce p. 108. Font aAoufi. de lapajledc dattes3& s'enjervetau lieu de pain. Aloés de Zocatora. ib Leurs armes p.io^. Leurrcligion ib. Qua- Htc\du climatdeSura.íta., p. no. iln'y a que trois fai/ons: jituationde la vide3 ib .Reception que le Prcjídentdu com- merce des Anglois jaita l Authcur, pui. Façon de vi- vre des Anglois dans les Indcs 3 p. m. Leurs divertijje- ments , ib. ôc p. 115. Dc/cription gcnerale de / Indoílhan, p.nt fe,$ Fronticresfis rivieres 3ps Provinces ib La Pro¬ vince de Candaliar. ib. Les^Provinces de Kabul, Mui-- tan,Hacachan, Bachar, Tatta,Sorct,Ifelmere, Ac- tacb (g^Pangab, p u^.Cedes de Chifmer, Bankifch, Iengapar, Ienba, Delly, Bando, (d?~ Malva, p iA. Cedes de Chitor, Guzuratta, Candish, Berar, Nar- var &Gualot, p. 117. Cellesd Agra, Sambel, Bakor, Nagrakut, Siba, Kakares, Gor & Pican. p n8. Cedes de xanduana, Porena, levai, Mevat, Waífa , 8c Bengala, pag. 1/9. Eflendué delEfiat du MoguL ibid. II. Par tie. é °
  • iOVRNAL DV VOYAGE ^Defcription du Royaumc . petite ville de Nariad, p. 1 ^.baufíndien aufft courageux quvn chevaf ib. Meidan d’Amadabath, p. 154. Lecha- fteaup. 133. *~Palaisdu Mogul, ib. sJMoJquéc deP>Qri)a.ns. ib. Prcftrc Benjan p. 138.Defcription d' Amadabath; ib ^c^.i^.Aíarchandif dontlon J fait commerce, ib.' Ambrcgris ,
  • DE MOSCOVIE DES INDES.1 oath,p.4'- Rcvcnu de la ville, ib. Magnifiquefcpulchre d'ec lefquclles
  • IOVRNAL Dv VOYAGE Part de Cambay a le vingt-cinquieime, p. 154. &re- tomneacAmadabatble vingt-feptiéme, p. 163. Paffentpar le Village de Serguntra. p. 161. Benjans riallumentpointdechandcllc,de peur que les moucherons (efi papiUonsne sy
  • DE MO SCO VIE ET DES INDES. wingtfcpt millions d'or, deux ccns cinquante miUc nus ib. Veutmettrefurpicd wne armee de qiuttre ccns millc chc- vauxp. 172. Efiatde 1'arméede SchachCoram Mogul tn l ah 1630. ib. Eflat dcfcs troupes di^visees cn plujieurs corps & norns des Chef .ib. & íuiv. Arme s de la cavallcrie & del infànterie.^.iy^Als ne gardetpoint d ordre dansle combatido ,V/age de leurs Ele fans danslcs combats jp.175. Leur artillerie. Ordre admirable pour camper, ib La garde du Mogul eft de dowge mil homes ib. Qualité
  • IOVRNAL DV VOYAGE a Iípahan. Fidelité d’ vn Per fan y ibid. Part d’Agra, pag. 184. & arrive à Labor, ibid. £bi- xante-dix lieues. Toutle chcmin depuis Agra jufqua Lahornefiquvne fcule Alice d'arbrcsfiordcc de maifons de plai/ance, y peu- pice de finges & deperroquets,p. 184. Benjans nevculcnt point quo tile les ferpens(dfilcs leopards fio. Dcfcriptiode Ia villc de Labor, fan ajfiettefie palais duFoy,ib. Efiuves dcs Mahometansdes ltides,(dp leurfaçon defie baigner, p. 18;. plaijante voiture: boeufqui trotte auffi fort qnvti cheval, ibid. FctourneàçAmadabath, pag. 186. Feu d'artificey ibid. Part d Amadabath le 19. Decembre avec vne cara- vanede centcharettes, p. 186. & arrive à Suratta le vingt-fixieime, pag. 188. II y fejourne cinq jours. ^aJfipAr Mamadebath,p. 186. lesperjonmes de condi¬ tion dans les Indesfiontportet des efiendars dev at euxy i b. Vajfc la, riviere de Wallet, (dppar le fortde Safclpour, p. 1%-j.Cobat avec des paisas y ib .Autre comb at avec ufor RaP boutes ,ib. ôcp.i88.trouvea sodrrivee lesfaclcurs de tons les comptoirs Anglois des Indcs a Suratta, ib. Pre/ident Anglo is refignefa charge,p. 189. (dp traitte les principaux Angloisjib. entreed vnnouveau Cjouvcrneur à Suratta. Quand& comment le Mogul a vny leRoyaumcde Gu- zuratta a fa couronnepp.i<^o KHiflair c de Madofher,^r- nier Roy deGu7.ma.tta.jh.ttepXxxiV'Gouvemeur d' Amz- dabath Viceroy de Guzurattapourle Mogul, p. i9i. Sa Juitte^fes gardes%fes Elefans,/es efiendarsy/cs trompettes, p.’9i. Sonpalais,fonrevenu (dp (on threjon b. Fcvenude Guzurattarwo## a dix-hniftmillions cCor3ibid. Coute-
  • DE MOSCOVIE ET DES INDEs. vai oujuge /Amadabath.ib.4utrez miles de Guzurat- tap.195. Goga, Pattepatane, Mangerol, Diu, Byfan- tagan j Pcttã,3 toiles quisyfont íb. Clieytepour3 Mejf^- /àna C53 Naflari, p. 194. Habitants ^Guzuratta • leur rcligio.ib.Lcur couleurjcur taillefours hab its: leurs fem - Csf leurfaçon demwre. p. 195.& 196. p/w /« ^ noircs plus elles font bellcs} p. 196. Habitsdesfemmes Ben- janes, p. 197. Mahometans méprifcnt les Benjans, qui ontdc l’ej}>rit3\ b. ílsfe mcflent de toutesfortes demcftiers3 maUilsne vandentny chairny poijfon ib. Ceremonies de leursmariages. p.i9$. Seconder & troifémes nopeesy font permiJes3ib.Sontpayens & adorentle dtabley ib. Leurs Aiofquees & Idolcs; leur croyacc; leurs de
  • IOVRNAL DV VOYAE pag. zo7. LcurDieu Ramram, a femme. ibid. Leur façon de vivre. ibid, lis ne permettcnt que leurs fem¬ mes Je brulcnt. p. ie8. Leurs purifications, ib. Sc cie de Goegliy. p. 204. Lcitr Dicu Bran ib. Lew façon de vivre ib. affrcufe & brutale. p. 109. Lew croyance touchant la creation du mnode. ib.TV^ croyentpoint la me- tempfychoje. ib. Lews abflincnces & jeufhcs. p. zio. Efirangenorntwe, defiantc de vachc ib.fuperftitiondcs Benjans,ib. Lews bons (d mauvak augures.ib. 6c p. íiiiv. Rafboutes.p. i\i. Lew croyance. ib. Hiftoirc rc- marquabledc cinq Rafboutes. ib. Lew charitc pour les be/lesy & particuhcrcmcnt pour les oifeaux, p. uz.Ilsma- rientlews enfansfort jeunes. Hifioire prodigieufè divne femme qui accouche en l'aage ds fix ans ib 6c p. iuiv. Scclc dforParfis, quifont Perjans. p. 113. Comment ils fc font cjlablisdans les Indcs.ib.lcurfaçon dovivrc-.leurcroyan- ce: le w Dim t qui afcpt few items ib. qui ont ving-fix autresfcrviteursfòus cux , p.z/4. Lews no?ns & lews foncíions.ib.6cp.{mv. N' ontpomtde Mofquecs ny de Fe- fics p. 11 f. Ont vne marque par laquclle on les conoifipar- my lesautres Indiens.ib. Lews maijonsyp. zi6. Ont encore de la veneration pour lefeu, commc les anciens Pcrfès.ib. Punijfentfeverement l'adultere. 1 b. Ceremonies de lews enterrementsfort remarquables. p. 117. Ne mangentpoint de cs qui a eu vie3fnon en cas deneccJfité.ib.Ontdela vc- ncratio pour le bceuf pour la vachc. i b. boiventdu vin. ib. Leur taille few tcintfursfemmes .p. 218. Sotinterejfcz. '\b.\vs&oi\s}p.xi%.\emive.s-,leurcroidcc ibfrhecrsne sont ny payesny Adahometas p.tiq.Ne fervent qu^a vuidcr les immÕdices.ibfaçondc vivre dcs Mahometas dans les In. des,p. i.19 Ccrcmonie deleurs mariages 1 b font divorce sds conoijfdce de caufey.iv. I Is ne dotetpoint lesfiles, i. sot foi-
  • DE MOSCOVIE ET DES INDES. gncux de biencfenter leurscnfans,quifontdcbonnatu- rcl, p.izifcremonics de leurs cntcrrcmcnts. ib. lis prcn- nentlaqualité de Manfulmans p.2 zz.Lcurtcint(§f leur tciille.ib. Leurs habits, ib. & p.fui\\Leurs maifons jp.zzp Ceremonies dc leurs ntiftes. ibid. Leurs emilités, p. 223. fontdcfpenfe en habits, enfeftins3(df cn fimmes.psLg.zz^.. Ontgrand nombre de dome fiques .ibiò.. Fíumeur de.sfem- < mes Mahometans,p. 225. Legensde mcjlier m changent jamais de profcff on. ibid. Leurs maifòns Àbià. Condition d&s marchands.ibià.Mahometansdivisés en plufeursfe~ ãcs. p.226. commePatans,Moguls oaMogoglies ,In~ doílhanSjBloutious^c.ib. L eurs Sarays ou Caravan- ícras. ib. Monturodont lonfèferten ntoyageant.ib.& p. íuiv. Nourrijfcntdcs elefans3 p.227. Leur chaffe:adrcjfe à tirer dc I'arc.ib.Ontles oeuvres d'Ariftotc & d' Avicen- ne,p.227.. Leur langage. ibid. Maladies du pdispnv.izt. & leurs remedes, ibid .Saifans du climat. ib.Commerce de Guzuratta. ib. Comment I on fait l'Indigo. ibid. & pag. íuiv. Façonde fain le/alpetre,p.zz<).Bovã.x3A{[ei faetida Cf Opium,p.230. Drogues quife troument en Guzurat- ta,p. 231. Fierrosprctíciifcs. ibid,poids3 mefure, monnoye dupais. ibià.Indiens faux monnoyeurs, p.z^z.Le Mogul nc/oujfre point le tranjport de for ou de 1‘argent.ib.Ferti- litè dupais í/í?Guzuratta}ib. & pXuix. Leurfaçon de cuire le pain, p.223. Ilsn’ontpoint d'antoine.ib.Scmentcn May & font 1 Aouft en Nontcmbrc.ib.Toutes les terresfontau Mogul enpropre. p.255. Ont toutes fortes d'herbes potta- geresfâ de flours. ibid. Ont durai fin fies Ananas 3des ba- naííeSjrfVjlacca.s3dcsCocos,&c p.234.Leurschevaux font petit sys leurs boeufs bofus .ib. Leurs moutons & leur {vollaille. ibid,Leurpoiffon3p.235.Leursnavires.ib.Leur comerccfur les coftes de la mer rouge & duGoljc dePerjc.í. 11. Partie. í
  • IOVRNAL DV VOYAGE <* Achim.p.236. Le commerce desMalabares & des Por- l'a rç tu£a“ en Guzuratta, pag 136. & 237. iéJ9. Part de Surram le premier jour de Ianvier 1639. lanvter. s’embarque pour l’Angleterre. pag. 238. ôc arriueà Goa lunzieíme, pag. 252. ll y/e journe dix jours. ^Arrive devant la wille de Daman auKoyaumcde Decam,p. 138 .De/cripúon de ccRoyaume p.23p.Scsprin« cipalcs filies, ib.Le chcmin de Viíiapour^ Goa La mon.- tagnede Lalagatta.ib.nom (ituation deplufteurs 'villcs de Dccam^.z^o.De/cription dela quicfl Romain.ib. Son palais/es faux- bo urgs, p.241. ChemindeVifiapoma Dabul ib.&fuiv. Leslcnrs mai/hns Jeurs ha- ^ bits & leurs armes. ib. Lcur commercep. 24J. Veneiars, peuple de Decam. ibid. <.Aionnoye dupais. ib. Le poids. p.245. Roy de Decam tributairedu Mogul, ibid. Fop/«- nc prodigicufe de Chavas yquid e/cla qui entreprendfur la
  • DE MOSCOVIE DES INDES. commode aveccuxj p. 151. ArtiUerie du Koy de Occam; Canon qui tire huit cem livrespefant.ib. Chafiea u de gar¬ de «Goa, pag. 1 fi. P rcfident ^Anglois prend audience du rice-Roy p.ztf.Sa reception.ibid.&c fuiv.Biggel animal inconnu en Europe.p.154. Gotiverncurde Mozambique Portugal traitte le Prcfidcnt Anglois, & lefaitjervirpar des Dames, ib. luy faitvnprefent, p.zyy. le/uites luyfont fefiin. p.ifj. Leur College, leursrichejfcs. ibid.Leur refe- Stoirejeurs tapijferies (gp autres mcublcs.ibid. Porcclaine plus e(iimée que l'ar get. i b. Fefiin a ccompagné d vn balleti pag.zjó.&íuiv. Autre fcflincbegd autres l efuites, p. 15 7. LeurEgli/e, p.Z58.S0»grandzAutelfs ornements.ibid. François Wavier.fa mortfonfcpulchrcfiesmiracles quils luy attribuent. i b. refcEloire. i b. & p. z y 9. Hof: tal de Goa, p.159. Vordre que tony obferve.ib. Convent des zAugu- fiins. ib. Lcs Portuga is payentaux Anglois quarante-cinq mil cfciis. pag. lio. Prefents du'Vice Key.du general des gallions (&F des lefuitcs. ibid. Part deGo«lezo.Ianvier.^.i
  • IOVRNAL DV VOYAGE p.i66. Leurs habits.Ne mangentpoint depainfe nourrif fentmal. ib. Portugaljalonx (ê? avecfujet. ib. (df-plu- feurs autres particularitcs.ib. Faço de vivre des foldats ‘Tortugais d Goa,p.169.Ceremonies des baptcfmes & des manages des Portugal*ido.Leurs efelaves.ib.&íuiv.tíd~ bitants du paisfontpay cns}p.z7 o. Leurfa çon de vivre. i b. Sontfuperftitieux, p. 270. Ont d'habiles mcdecinsparmy eux. ibid. Ne mangent qu avec ceux de leur/ette. p. 271. Decanins & Canarins. ib. Femmesdupais accouchcnt fans douleur.p.271. Ony wit long temps.do.font bons na- gcurs, p. 27 i. luifs Mahometans de Goa. ibid. Com¬ merce du pais: Marche de Goa. ib. Lc plus grand profitfè fait an commerce de l'ardent, ibid.
  • DE MOSCOVIE ET DES 1NDES. probane.ib. Sa defiription.ib.&c pSxxiv.Quand clle a cíié de/couverteparlesTortugats^.i&.LavtUedeColom. bo ibi d.L&s hodandoissy eftabliJfcntÃb.tíiftoire remar- quttble de Fimala Derma,p.z8i.& fuiv.Derma fa ittuer jonpere & fes trois freres.ib.Sa mort, p.z8i.Fimala Der¬ ma Suri Adafefiaitb aptifêr.ib.Se declare contre les Por- moais ib.Lcur donne la bataidc,qu ilgaignep.185.Se fait Roy de Candy. ib.TrahiJo d'vnPortugais renegat P.Z84. Lc Royde Candy faie tucr le Vice admirai de Hollande pag.z8j.£eí Ffodandoissy eftabliJfent.ib.Defcription du Royaume de Candy p. z8Sts habitants :leurs femmes, Le* Cingales p. i8 6. Ceylon efivne des meillcures lfes de toutes les Jndes. ib.Ses fruits ib.Religion de habitants,p. 2.86. Adoret la tefied'vn elefant. Croyentque le monde ne perirapoint.ib. Pico d'Adam.Roisde Ceylon tributai- resdes Portugais,p.iS-/. Ccjl le lieu du monde oilily a le plus de cannclle. ibid. Mines d'or & d'argent:picrrespre- tieufes ib.Vides de Ceylon^»; font connoiftre vne partie de í 1 fies p.*88. Jftes Maldives, ib.De/criptionde la cofie de Coromandel. p.zSg. Ses habitants, quifont enpar tie (fhreftiens. ib .Conte deS.Th omas. i b .race de ccux que l’on dit avoir tuê S.Thotnas.p.zyo.Errcurde cettx qui croyent quila foujfcrtle martiredans les Indesibid. Fable deS, Tbamasyp.iyi.Villc de Meliapour. ib. F(lab lijfcmcnt des Hodandois fur la cofledc Coromandel, ib. Narfinga &c BiCnzLgar.ib.Royaumed’Onxa.ib.&cpagSmv.Sesprin- cipales vides p.291. Rpyaume de Bengala :Ses habitants: lcur fupcrflition. ibid. Royaume de PegUjpag.zgz. Sa 'tide capitale.ib. fro- codiles nourris dans lefofiedc la vide. pag.zg3. Palais du Koy, qui eH plus grand que la vide deVcniJe.ib.Sa garde, ib. Efcuries pour Us Elefans fit magnificence, ibid. Elefant iiij
  • lOVRNAL DV VOYAGE blanc, unique dans les Indes.p.194. LcRoy de Pegupeut mettre quinze cens mil hommcs, (ê$~ huitccns elefans en campagne p.zyyFaitla.guerreau Roy d'Auva.ib.Execu¬ tion cruclie ibid. Combatparticulier dc Royà Roy.p 29^ Richejfes des Pagodes de Pegu.ib. 'Plus d Elefans dans le Pega que dans tout le refle dcslndesjp.z^.Les armes des Feguans ibid.Sontpaycns adorent le diable,p 296. heursfeftes.ibid. Ceremoniesavcc le/queães on brufte les corps des Rois dc Pegu.pag.297. Eccle/iaftiques de Pegu: leurs fermos. i b. N’approuvet point que l'oadore le diable. ib Leurfaqondcvivre.p.298 LeRoy cftheritierpourvn tiers dc t
  • DE MOSCOVIE ETDES INDES.' ovales, pag.308. Conteflation entre les Rois de Pegu & de Swxxpour USout/eraincté .Roy de Cambodia t/ajjaldu Roy deSiam.Çuerre civile £«Siam.ib.& p.íiiiv.Lf Ro? de Siam amy des Ffollandois^yoç.Elefans de Siam efit- més à caufe de lenrefynt. ib. Comment on lesprendparle moycn des femelles Ao. Elcfan blanc. p.310,fu)et deguerre entre les Row de Pegu & de Siam.ib.Ctf/a^ de Pegu pred la des autres Elcfans pag. 311. Pagodes. ibid. Ont ame eftecc de Hierarchic. ib.Leurs Ecclc/iajli- ques, quifont tceu de continence .p .yv.mais pcut’cnt quit¬ ter. ibid.font la quefiedbid.Ontdcs beguines.p. 312.. Leur religion ib.Croyent Pimmortalité de l ame ib.Lcurs bon¬ nes centres, ibid. Ont des les luminaires dans lews Mop quéesp 313. Font des pricres pour les morts.i b Adotcntle diablc .doid.Siamoisfont bienfaits Leurs qualms de corps & d'efrit. ib. Lcurs ha bits, leurs maifons (dp leurs meubles:p. 314. Ccremoies de leurs manages, ib. Ont la li¬ berte du diforcc.ibid.Ordrc desJuccefhons do.Education des enfans p. 51*. Commerce de la tiille i/India ib.O« les Portugal & les Hollandois ontleur bureau.ib Monnoye du pais. ib. Se ferment de coquilles au lieu de monnoye p. 316.Portugal onttnc F glijedans India ib .gout'erne e par t n Vicairede L Etefque de Malacca, ib. Les Hollandois troublent leur commerce Aoid.Eflablijfemcnt des Hollan- doisk India pag 317. Dejcription du Royaumc de Cambodia, ib. La
  • IOVRNAL DV VOYAGE wejlent point d'affaire d'8fiat. ib. Les PfoUandoUny ont point d eftablijJemcm. ih.'Le commerce quisypourroitfiai* re pag. 3T9. Malacca, &J"a ville capitale dumefme nom .ib .Quand cepais a efiédefeouvert ib.Situation de la ville de hbilcLC. caí Pag- 3X9-Sesfortifications, ibid. Sarade, pag. 32.0, JSiombrc defes habitants .ib.Efi commode pour le commer- ce de la Chine Ssf des Moluqucs p.^ir.Vairy e finalJain ib. Les Ffollandois @f l a v ar ice des ‘Torturais ruinentlc commerce de Malacca, ibid. Royaumede Patane3p.3u. Le Roy de Parane pent mettre cent quatre-vingts mil hommcsfurpied, p. 312. Situation de la ville capitale, de Jòn port, fes mai/òns (efi fes habitant .ib Leur humeur. ib. Ont de Vaverfion pour le vice. ibid. Punijfentfever ement l adultere, p.323. Lcur commerce. \b.Nidsd’oyfeaux, que l on mange.ib.L air dupais (efi lesjaifònsde lannce,pãg. 32.3.L es vivres. ibid. Fertilité du pais, p. 314. Ses fruits, i b. Rcligion des habitans. ib. Roy de Patane vaffal de celuy de Siam, p. 314. Reine de Patane. Royaumc de Iohor,p. 315 Batuíabar Sa villecapitale.ib. Nombre defes habi¬ tans. Portugalleurs ennemisirreconciliabiles.p.32j Qua- htedu pais.ib.quiappartiettoiit au Roy.ibid.Langue des M aí ayes la plus belle (dp la plus commune detoutes les In- des, pag. iz6. Ifle de Sumatra;pag.3i(J. Sa fituation (dp fa gran rcur. p.327. Ses richefjes. ibid.Momagne quijette dufcu.ibid. Conticnt plufiers Royaumes. p. 3:8.Hollandoisefiablisd Balimbam.ib. Roy d Achim.^Pefeheur vfurpelaCou- ronne. Dcfcription de la villc dAchim. Palais du Roy. ibid. Les habitants.ib.Son chafcau (dpfcsmaifons.p.}z<). Honneur que le Roy d’A chimfefaitrendre.ib.fefaitfer- virpar des fiemmes. 8(l Adahometany>. 3 i^.beur jeufnc. i b. 11
  • DEMOSCOVIE ET DES INDES. llny a point de bleddansSuma.tra.}p.tfo.Nourriturede$ habitants, ibid. Fruits, ibid. Arbre trifledc jour, p. 330. De/cript'onde I'arbre de Cocos.ibid. &pag.fuiv.O« en faitdts navires, dcs voiles , despara/ols, dcs cordes, dcs tajjesfies cucillcrsfiu charbo3on en couvre les maifons, p. $ y.On mange lefruiãgj l' on en fait dulaicl&del'huile. ib.Ow tiredu vin de l' arbrepp.^z. Dont onftitde /’arac £9* du vinaigrc. ib. Du fuccrc.On cn faitdu papier. ib.Ar- rcquciro,B^rianas.ib.D^/iT//)r/o del atbre ^Bananas, quiporte dcsfigucsgp.yy. Poivre & comment on leplantey ib. Poivre blanc> p.334. Poiv re long. ib. 11fc con fume plus de poivre dans les I tides, qnc l' on nen tranfiorte. ib. Ifie do lava, p.334. eft appellee l abregé dumonde. ib. Sesha- bitants.ib.Cha/qne v ille a /on Roy p.335. Roy Bantam, ib. M ontagne de foujfre. ib. Tilles de Palambuam, Pa- narucam, PaiTarvam,Ioartam,Tubaon3&c. ib.Celles de Iapura, Matram, Pati (§£• Dauma, Taggal, Der- mayo, Monucaon, Iacatra. p.336. TDc/criptiondc Ban¬ tam ib. iVx rivieres fes maifons fes muraillcsfesportes S? Jòn chafteau.ibid.Ses ruesfes canaux pptig.yy. Sagrande Mofquée. ib. Tambour qui fertde cloche, ib.Garde de la ville. p 337. Les majòns ont dcs ridcaux au lieu de murail- les. do.appartemensde leursmaijons^p 337.&:bmv.Mar¬ ches de Baritam,p.338. Grand Bazar. Lefccond. ib. Mar¬ ches au poivre 3aux fruits, aux confitures, auxfebves. ib. 'Marches auxoignonsfila volatile^auxhcrhcspp.^.Rues pour les jouailHers,pour les quinqualliers & mcrciers^pour les marchas dejoye & pour les lingeres. fclbAarche au ris, poijfonnerie, boucherie^&c.ibià.Defcription de la ville de Tuban. p.340. Palais du Roy :ib. Commerce de la ville de Tuban. ib .Ses habitants.ibid.&c pSuiv.Religion des la- vans, p.341. Leursjeufnes. ibid.Ont pluficursfcmmesi(Õfi II. Par tie. b
  • IOVRNAL DV VOYAGE mar let leursfilies fort jcuncs, ib. Ceremonies de leurs ma¬ nages, p.342.. Lcsfemmesy sot fort referees & fortpropres. ib. Koy de "Bantam heritierdc tousf&s fujcts. p. 341. Ma- gifiratde Bantam p.3^.Confeildu Roy,quincs'afjcmblc qu'an clairde la Lune,p.^y Suitte tdéquippagc despcr- fonncs de condition, ib. humourdes habitants de lava. p. 344. Lcur taille & leurfaçon.ibià. Sont bom foldats. ib. Leurs armes. ib. & fuiv. Leurs occupations ordinaires, p. 34/. Leurs efclaves. ib. Sont mefchants & in fiddles, ib. Falfifient leurs marchandifh,p.546. En quoy confifle lcur commerce.ib.Donnent de l'argenta lagrojfe avanture.ib. Leurs plumes (efi lcurpapier,p .^GlLeur langue (efi leurs carafteres p. 347. Commerce dcs efirangers danslava. ib. tAdrejfe des Chinois ibià.Monnoiede Iava.ibid Caxas, monnoycyu billon font les deux cens valent neufdeniers. p. 348. Commerce des Chinois. ibid. Ccluy des Portugal. ibid. Animaux feroces & domefliqucsde lava pag. 349. Huifires de trots ces livres, ib. Deux cfcaillcs pcset quatre cens foxiantclivres.ib. Qua tité de gibicr cn Iava.ib.Oo- codilcs yCivettes ypoules.p.^o. Rhinoccros.ib. Four mis re- plijfent>gaftcnt& mangenttout. ib. Fruits de lava, p.3jr. DeferiptiondelAreca.ib.Mangas depluficursfortes,\b. TDefiription de /'Ananas.p. 3 ji. Du Samaca. ibid. Des TamarindeSjpag^^.Tabaxir, oufiuccrcdds/iambwyp. 334. Cannesfigrojfesquel'o enfaitvn battcau.ib. Duria- ons. ib. & p.iuiv. Qualités de cc fruicl, qui efi le meillcur de toutes les Indes. p. 35ylfarbrede Landor.ibid.Cube- bes.ibid. Mangoithan,Talaire,Iaca,pag.3y6. Canclle fauvage & Carca-puli. ibid. Coitus Indicus, pag. 357. Zerumbert, Galanga, Benjouin,Sandale.ib. Gingem- hre j A nacardium. p. 338. Palo de cuebra, centre les fie- vresdb.Boisde CaXambu oudcCúnmbuc.xb.Calamba.
  • DE MO SCO VI £ ET DES IN DE S. fatins age, p. 3 • Qommcnt fefait la la eque. i bid. a utres dro¬ gues quifetrouvent cnl Jfie de lava ib.& p. íuiv.Iavans permettentle trafic & non l' efiabhffemetdcs efirangers,p. 360. Ho liando isfefortifient a lacacra ib. 'aloufe des dn- glois.ib. Donnent le nom deBàtavia à Iacatra.p.-ói.Z.fx Iavans I'afiiegent. ibid. Situation de Batavia, p 361. Ad¬ vantages que U compagnie deslndes cn tire. ibid. ljle de Madura p. 301. Arrofabaya,Sa vide capitale. ibid. Son Prince, ibid, lln'y a point de commerce ibid. I fie de B aly & fa ftuation. p. 3 61. Ses habitants Jeur re¬ ligion, leur habit. ib.Lcurs femmes pgGyEfi fort peuplee, & abonde cn ris, en volatile, cn drogues (df cnpoijfon.ib. Son commerce, ibid, lly a des mines d'or. ib. Roy de Baly cflinaccefable, (sfi efigouvermparvnMinifirep.364. lfe de Borneo, fa ftuation (Bfi fes vides. pag. 364. La vide capitale. ibid.Canfre.ibid Or & pierre deBezoar, p.365. Ou cllefc trouve. ib.Efavre de la videde Borneo: Ses habitans, 'curs armes. ib. Leur religion ib. Hollandois traitentavee leRoy de Sambaspourle commerce desdia- mans, pag. 366. \fle de Celebes, p.366. Sa ville Capitate,ibid. Ses ha¬ bitants, qui efioient autrefois antbropophagcs.ibid.Lcurs armes, p.366. Couflume pourlcs hommes.ibid.Leursfem¬ mes. p.367. Maifonsde la vide de MacalTcr. 1 b.P/«//V»rx Kois dans I’lfcde Celebes, pag.367. lfe deG ilolo : Ses fruits fes habitants, pag.367. Jfe J’Amboina, pag. 367. Sa ftuation, pag. 368 Ses habitats,qui mangeoient autrefois leurs pcrcs.ib.Leurs ar¬ mes td leurs vivres. ib Leursfruits p. 568 Quand edea eft dcfcouvcrte. ib. Les ft odandoisy trafiquem p.369. Pren- nent le chaflcau dAmboina.ibid. Iiou vide capitale de lisle, p .369. Religion de fes habitants, ib. Opinion quits
  • IOVRNAL DV VOYAGE ontdti diable p.371. Lc confultcnt. ib. Lcursfupcrfiitions■„ ib.Leurcirconcifion.'p^-ji Ceremoniesdclcurs maria^cs. ibid.^f de lcurs ferments, ibfropcntquily a dcsfrcicrs parmy cux ib. Sont timidesfiupidesynfidelles & defiants. \>y7i.N’ontny livres ny caraftcrcsyiy religio ib.Lcuroc- cupatid.ib.Educatio des enfans.p.yyi.Sotprofanes.ib.Les Hollandoisfontmaiflresdetoutellflcd'Amboina,p 373. Ifie de Banda p.373. Sa vi lie capitate, ib. Ses habitants leur religion, ibid. Lcurs devotions, p. 375. Affemblees pour affaires publiques.ibid. Lcurs armes pag 374. Leurs galeres. ibid. Vivent cent ou fix vingts ans. ibid, font des pricrcs pourles morts ibid.Supcrfiitions qri ils yfont.ib.&c pag. fuiv. Bandaproduit fettle dela Mufcadcy.i-jf. Eft compos ée de fix Jfics. ibid. On cucillc lamufcadc troisfois lannee. ib./}rbrequi laproduit: Sonfruift^fon broufie meteis, la Coque, le noyau ib. qualities de la mu/cade, 376. Huilcde mufeade. ib. Les Holladoisy ontlesforts deNaC id 11 & Bélgica.ibid Serpens prodigieux,p 376. L cs Moluques^/i’.r noms des cinffics quilos compo- fent. 1p.y76.Uriy a point de bled ny deris ^.377. zs4rbrede Sagufiontla moúcUcfrtdefarine,&> l on enfait dupain. ibid Qomment on le fait. p. yS.On tire du vin du mefme arbre. Erreur de Linichoten ib. Habitants des Molu- ques,p.378. Leur nature flairs ^^/íj.ibidi&íuiv. Leur religion, p.579.Policeparticulierc & rcmarquablc.p.yy. Cha/que Ifleafim langagepartictilier.ibid.Commcrcc des clouxdegiroffie. ib.Portugal occupcntles Molucjucs.p. 38 o.font depojfedes par les Hollandois. ib Ouand dies ont efiè defouvertes, p.580. Dilute cntrelcs Cafitllans & les Portugal pour les Molnques, for.de cfur vnfaux prínci¬ pe. ib. Nouveau pajfage trouvèpar Magellanes, p. 381. CharlcsV,engage /^Moluques au Roy dePortugal.ib
  • DE MOS CO VIE ET DES INDES.Jle de Ternate, principalsdcsWLo\\xapts.ipa.§. Sa fituation & fagrandeur, ib. Gammalamma ville ca- pitalc.ib.Sa rade nc vaut ricn.ibid.Arbrc quiproduitles clous degiroffle. ibid. Comment on let cueillc.ib.. L'arbre vient naturellemcnt. p.383. Errcur d' Avicenne.ibid Let Molucques donncnttous lesans trente-trois millc quin¬ tans de clous, ib.Montagne de Tçjrnate ib & fuiv.// a point de changementde JàiJons. ibid. Serpens de trente pieds. ibid. Cuíos,animalqui rcffemblc au lapin.ib.Ar- bredontl'ombre cflvenimeufc ‘Bois qui ncJe confu- me pointaufeu. ib. Fueilles quiJc convertijfent cn papil- lons. ibid. 1 fie de Tider.ib. Oyjèaux de Par adis.ibid.p la¬ ces queles F/ollandoispoJfcdetdans les Moluqucs^p.jhV. 1 fie deBa.cbiam,dont leKoy efljouvcrain.ib.efíoit autre fois vne desplus cofidcrables de toutes les Moluques.ib. Ifiçde Machiam p .ySú.LcsHolladuisy ont trois forts .ib. Autrcs IJles ^quijont Moluqucs, ou qui en depedetpp. -87. Philippines, p.387. Quand clles ont efie dcfcowvcrtes. ib. Apparticnncntà la Couronnc deCaJhlle. ib. La Ma - nillc. ibid. iLlJlc de Zeba.ibid situation de la Manille. pag. 387. Fcrtihtédupdis- p.388. Ses habitants, ibid.P’7» de Palme, p.388. Fruits de cepais-la. ibid Qrocodilc aufú gros quvn brxuf ibid.Lcur chaJJè.iblLe commerce quis'y fait p.389. Les SJpagnolsy font d
  • IOVRNAL DV VOYAGE tique de 1'Empereur de I apon. p. 401. Oui donr.c vn Se¬ cretaire à tons Its PrincesJubalternts^qui obfcri. et toutes leurs actions, ib. Les Seigneurs onttroisnoms} p.4Oi.f/C clavesJe font mourir avec leurs Maifircs.ib. Sc fen dent le ventre. i b. Font ha fir lesfondemets d'vne maijor,fur eu x. p. 4.02. Leurs ‘Tagodes ouMofquées.ibid. Les villcsnont point demur aides, ibid. Toutes les rues font d'vne mefme grandeurÃb. (fhaque rue a jesportes & fes O ffcicrs.p./\ 05. liny a point d’impoftion dans le lapon. ib. 11 ny a point de maifonsqui pay etpi us dc vingtfrancs par an.p. 404.Z.4 pcfchefin ten des meidcurs revenue de l’ Empcreur.ib. Pou- voir des Seigneursfur leurs efclaves & domcfiiques .ibid. Les GentiLhomes & les/oldats ont le privilege defepou- voir faire mourir. ib. leupour argent eft crime capital p. 4oj. Onfaitmourir lesparents des crimineis, ib. Qucfiton cruéllc. ibià.Juppliceparticuhcrpourle larcin.p. 405.Sei¬ gneurs font mourir leurs dome fiquesfans forme de procés. p. 406 Crimes pour lefqucls on fait mourir les parents. As. Supphces cruets (dppourpeu de chofe. ib. Exemple d'vne exccutio horrible, p. 407. MFJongc puny dc mart ib. Onnc fait point mourir les grands Seigneurs, mats on les relegue dans vnelfedefertc. p. 407. Defence de la Gourde lSni¬ perear dc Iapon monte àfciip miUions d'or par an p. 408. d utrts frais quit fait momenta vingt millions d'or. ib. Sa qualité. ib. Defcriptio du Palais dc Icdo p.408.Le Valais du Prince.ip.409.LespalaisdcsRoisfubalternes.\b.Suitte de I'Empercur.p.^oq.Ses camaradcs.ib.Sesgardes, ibid. Or'dredeleur marchc.p.$\o.<7>erjonncneparroifidans la rueqtiand l'FmpereurpaJfe 'ib.Dxyro^qm cftle Veritable fouverain du Iapo.ib. Dcmeure a Meaco,t>« 1‘Empcrcur luy redvifite. p.^io.Particularites tres-remarquablcs de ce voyaged. Magnificece de leurs bajlimets. p. 411. quils fot
  • / DE MOSCOVIE ET DES INDES. fairc cnpeu de temps, ib. Trefors dcl'Empcrcur, ib. Legs de ÍSmpcrcur defuncl, ib. & p. fuiv. Jaíomc à plus de trcntcfix millions p. 411. IdEmpcrcur/e marie par com- plaifancC)ib, confinefit femme dans vn chaílcau, quilfait baíiircxprcs p.^12.. A vn enfant de lafilie d p. 415. Autre General vjurpe la Sou- verainete, ib. Anarchic cn Iapon, ib.S oldat de fortune faitGcneral. ibid. Etfouverainib.du Conficntemcnt du Dayro fedesfait des grands de 1'Eflatjp. 416. & efl empoi- fonnc. i b. Donne la R cgence & la tutele defon fils a vn Sei¬ gneur du pais. ib. qui donefia filie cn mariage au Prince.p. 416 • Qontiuue la rcgencependant la majorité. ib.S efaifit de la Souveraincté, p. 417. (8fi faitbrufler le Prince legitime avec toutefa famille. ibid.Empercur du Iapon fils de cet vfurpatcur.yp.^x-j faitfies armies auxdépens defiesfiujets. ib. Peutmettre quatrecensfoixante-huiclmilhommes& fiSoo.chevaux/urpied.ib.Les 'Seigneurs cntrcticnnetco- tinucllemcnt desgens deguerre,p. 4iS.Lcurs armes. íb.Or- dredcleurmilicc. ib. Police ido.Confcil du Prince, p.418. * Quatre fonfèillers d’Efiatordinaires.ib.Qui efeoutetplu- ftofl quils nc parlet. ib.Fonãios de ces quatre Mini fires. p.419. T)ejf>enfie des Seigneurs, ib.Sont obliges de demeu. rer fix moisa la four .ib .Fot des prefents à LEmpcrcur .ib. Vávres chersa la Cour.ib.Defiefêten bcaucoup bafihnets
  • IOVRNAL DV VOYAGE i ^>.4x0. Maifos desgrads Seigneurs ont vneporte dc(lime pourlepaffagede l Empereur.i.Trcis anspourpreparer le feflin que l’of Alta I'Empereur ib. P refin t de l Empcreur ruineux, ib. Prcflcnt del'Empcreur a vn Seigneur de deux ccns cinquante mil ejeus de revenugp. 41/. Luy flcul marie to us Us R 01s (dp S eigne urs de l'Eflat, 1 b. Fa fide vivre des femmes, ib. L curfiiittcpyzz.Slles nefle meflentpoint d’af¬ faires, nygenerates, ryparticulier&syb.TdeJongcnt qua divertir leurs marie^.417. Leur fide Lite eft à l epreuvepp. 415. Exepie remarquablc de la fídelité d' vnefemme aprts la mortde fòn mary, ib. Exemple de lapudeur d'vnefille p. 423. &c 4X4. films' arrache lefleinpour avoir lafehe vn vent p.414. centre exemple de pudeur flo.laponois ext c- mementretenut en la convcrflation, ib. tcndrcjfle & reflect des enfans envers perc(dfl mere, p.^.l^ponois jalouxib. Çrucls a cedes qui manquentà leur honneur, ib. Exemple dadultere fiverementpuny, i b. & p. iiiiv. Simpleflornica- cationpermifle, pag. 41 G.Nontpoint de devotion, ibid. Neprtent jamais Dieu.ib.Efirivent endes tcrmesfirele- vés qu'on ne les entend point.pag.^z-j.Leurs^Tagodes on Mofquées, & Prefires .ib.Leurs fon chons.xb.Sontdifiin- guts en pin fie urs feEics. ibid. 8 ctlcfiafliques diftingués en dougcficlcsprincipals. p.417.font vceudechaftete. ibid. Supplice de ceux quiViolcnt le Voeu.ib.qui cftbien cruèlp. 418.LeChc fde la douzjcfincfleite I'efide tout le Clerge dit pais .ib. Le Dayro s efirefirvé le pouwirfuries Scclefia- fliques.ib.Lcurfaçon de v/vre.p. 4x8. Leur croyancc tou¬ ch ant l'ame.ib.Co vertifient leurs P ago des en tavernes.ib. Ont de l indifference pour la religion, p. 4x9. Efdijfsntles Chreftiens.ib.hivetions diaboliques pourfairemourirles Chreflicns. ibid.& p.iuiv.Horribles per/editions, p.430. Inventionpourdefiouvrirles Chreflies ib.Executctmefl me
  • DE MOSCOVIE ET DES INDES. me ccuxquircnient.ib.Ont cxfiirpétons let Chrefiies.ib. Comment on let mcinc a,u fupplice. p. 431. Ma [fans d et Ia- ponois ibid. Ccllet des Gentilshonmes. ib. Femmes des marchandsfeticncntala boutique. ih.Aimenc lejardina- ^.p.431. N ont quajipoint de meubles.ib.Sont civils.ib. aymcnt le vin, m ais fans de/ordrc. ibid, point de cabarets dans le Iapon. p. 432.. Lcurmujiquc. ibid. Font leur vin de ris (&?■ defucre, ib.0Tfia, p. 453. Qomment ils lepren- nentib .Sou cffeff,ib. Ceremonies de mariages, p.43}. Con¬ cubinage permit aux manes, ib.Comme auffile divorce, ib. On y Jòujfre le bordel, )p. 434. Education de leurs en- fantsfi qui l efiritsouvre de bonne hcurcfo.On neles en¬ voy c à lécolc qudfcpt ou huitas, i b. On les châtie raremet ib.Onne les emmaiilotte jamais,ib. Les filies nc fuccedcnt point, (èfi n ont point de dotpp. 4; j.Ioponois ont de l'am¬ bition (dfi delagloire,ib. Exemple, ib. &P.436.Sontbons amis,p.436. (§jr fecrcts, ib. Chinois (dp Portugaisjy trafi¬ quem,ib.Fortdu commerce à Mcaco3 ib.fòn commerce, ib Chinois Japonois autrefois bons amis p. 437. Sujct dela ruptureib.11cfldcffenduaux Chinois de trafiquer au 1 apon,ib. Erreur de ccuxqui croycntque les laponoisfont fivrtisde la Chine ib.Leur lagagc Ç55 écriture ne fcrappor- tecpointp. 438.727 leurfaço de vivreib leurcomerce/c fait a Tayovan,ib.Le5 marchandifes nepayentricn.ib.l Em- pereur delapo n etreticntpoint de corrcfiodance avec let Princes efirangers ib Langage du pais, p.4.39. Caracteres i b. Sefervent de pinccauxau lieu de plumes,ibià. s expri¬ mem en peu de mots,ib.leurarithmctique^.^y. Le Day- ro efcritl hifotre dupais.ib. Vne mefure & vne monnqye en tout /
  • IOVRNAL DV VOYAGE deax heurcsparjour. p-441- ft admirable. Mcdecins laponois habiles. p. 441. Qnrurgiey cftinconnue. ib. RE chcjfcs du Iapon.ib Inventionparticulicrepour fondrcle fer. ib. Portugal s’y cflablijfent.^.^^t. & obtiennet lexer- dec de leur religion. ib. En fontchafiés. ib. Commerce des HollandoU ib Villede Meacc^Ofacca.BongOjPiungo. p 442,. Empereurs de Iapon enterres a Coyo.ib. d lies de S ac ay, Volu qu in, F ounay, T o fa m. p. 443. Qua li te s de lair.ib foupentle bled aumois de May .ib.Nontnybeur- re ny huile. ib. Ne haijfcnt point les pauvres ,(§?■ ne font point m'edifans ib. Cmq ordresdcflats.ib. Troisprinci- paux Miniftres du Iapon. ib. Revenu Csf forces del Em- pereur. p. 443. Entrevem du Dayro & de lEmpcreur. p. 444. & fuiv. Bagage du Dayro, quarantefxfiliesd hon- neur defes femmes, ib. Vingtfept chains, £sf ving quatre Gcntilhommes dejajuitte. p.445. Et leur equippage ibid. Trots femmes du Dayro.ib, Leurs carojfes ,qui valentplus de deux cens mille livres piece, p. 446. Principaux fervi- teurs desD antes,(efifoi xantehuitGentilhommes du Day¬ ro.ib. Equippage & fuittc de lEmpereur .p. 447. Noms des principaux Seigneurs de laCour.ib. foncubincs & Secre¬ taires du Dayro.ibid. Sa Adufique.p.448. Sa chaije f bn equippage&fa garde. 1 b. L Empereur le traitte trots jours & le fer t cn peifonne.p.^^.Prcftnts de l Empereur. ib. Life Fcrmofa. pag.449. Lcs Hollandois s eftablijfent à Tayovan. p. ^o.y font vnfort.ibià.Commodepour le commerce de la Chine, ib. Defcription de l lfe Fermofa. p.450. id grandeur & fafituation. ib.llny a point de Sei¬ gneur ny deSouverain en toutel'lfte. ib.Chevaux comm. p. 451. Le terroiry cfl bon,mats le fruit ne vaut ricn. ib.fe quelesHollandoisy poffedent. ib. Scshabitants, ib. Lcur fiçon de Vivrefont bons & civils. ib. conjlants & fidclles.
  • demoscovie et des indes. pai».^z.Ont del' effrit,ibid. Lcurlabour, ibid. Ses fruits ibicl.Lctirboijfon p ^yOccupation des femmes,ibid.fa- qondevivredes hommcsjp.m-. Lcur chajfc, ibid. Man' gtcnt les tripés dcs bcflcs ave cies ordures,ib.Lcur faqonde ftire laguerrcp.yjf.k {xsiv.Lcur Magiflrat & fonpou- ‘voir^.^j.SÕtnaturellcmet eloquetspb.Leursjfupplices, p.^%.Sont obliges d'allcrnuds vne panic lannée, ibid. Foncíion du CMagiflrat,ib.N'apoint depouvoir de punir Ic mcurtrcnyle larcinpp. 4 fâ.ÇhacunJefaitjuftice fo. I a- dultairefepunitd vneplaifdnte façon,ib. ref client lâgc, ib.Sc marientd vingt ans ib. Vlaifantc faqon de mana¬ ge, p.* 6o. & devivre entre les mariés,ib. femmes fe font accoucber devant terme jufqua laage de trent-cinq ans, p. 4ói.Divorccy eft permit, ib. Les hommes couchent dans vne Pagode,p. 4 6z. Lcurs maifonsfont mieux bafties quailleurs, ib. mats mal meublées, ib. Lcurs plats & pots à boirc^.^.Lcurnourriture, ib. N'ont point de jours de devotion, ib. c(Ioffes de poll dc chien, ib. Qercnionies de leursjuncrailles ,ib. lis rienterretpoint lcurs morts,& ne les brulentpoint no plus ^.sf+.Kcmcde extravagat cotre les maladies douloureufes, ib. liny apasvn habitant qui Jcache lire ou cferir c(\b.lcur Religio & croyace touchant l amcpb.&íip.f}).Pcches ridicules,ip.fèj. Lcurs divinitcs ib. Miíleres dc leur Religion entre les mains des femmes, p.466. Lcurs devotions, ibid. La Chine.p. 467. Ses frontiers\b.Sa grandeur. ib .Eft divisee en quineqe Provinces^.468. Sesvilles &fesrues. ibid. Lcurs maifons £5* leur architecture, p. 469 Soin des grands chemins. ib.Province dc Peking P 469. Ses fron¬ tier es. ib. Nombrcdefes villes. ib. Nombre defesfamil¬ ies de fes habitants, p. 470. Son revenu. ib. Defcrip- tion de la villcde Xuntien ibid. Ses murallies ib.C efi le
  • IOVRNAL DV VOYAGE Ca ni b al u de M arc Paol o, i b. S es miès ne soi pointpavees. ib.Sôshabitas neje font point conoifíre par la ville,s'ilsne vculcnt,p.^.7l. ‘falai# du Roy dela Chine, ib. Province deXaníi,p 47i.Ses frontieres ib. Sesprincipales villcs: lenombrc defesfamilies, ib.fon revenu, i b. Province de Xaníi, p.472. Ses frontieres, ib. Ses vides, ib. Nombre de Jes villcs,defrs families (dp de fes hahitans,ib.fòn reve- nu, p. 47Z. a des mines d or, ib. du mnfc, ib. La grande murailledc AzChinc.pag.475. Sa longueur .ibid AJar qui (liea cflébaftie. ibid. ‘ProvincedeXantung. p. 473. Ses frontieres. ib. Sa fertihtè. p.474.1 aJoye ib. Nombre des families (dp des habitants, ib. Son revenu. ib. Province de Honan, p.474. Ses frontiers, ib. N on. bre des villcs, des families (dp des habitants, ib .Son revcnu.p.ag] 5. Pro¬ vince de Suchven.ib. Ses frontieres.ib. Nombre des vil- les,des families & des habitants.ib. [on revenu. ib .Radix Chinae.ib. Province de Huc^uâng.p. ^.7Ses frontieres. ib. S on revenu. p. 47 6. Nombre des villcs, des Families & deshabitans. ib. Province de Kiungd.p. ^7 6.Ses fron¬ tieres. ib. Nombre defes villcs, families (êp habitants. ib. Son revenu.ib.Porcclaine.ib .Province de Nanking. p.477.Sp. 480 fes frontiers, idi d. 2Y 0 mbre de fes villesfamillcs (dp hahitans,ibiàSon re\cnu, ibid, Ses
  • DE MOSCOVIE ET DES INDES. ri chefes. ib. Induftrie defcsha.bita.ns. íb. La
  • IOVRNAL DV VOYAGE ib. Loursprifons. p. 496. Lcurs executions, ib.Lcursfup- plices. ibiàVifiteim des Provinces.p.4y-j.Lcurprocedi, ib. Lcurpouvoir. ib. Religion des Chinois. ib. & p. 498. Lcurs divinites. p.^?.Lcurs Saints, ib.Fable de Quini¬ na. ib. & p. fuiv. Fable de Neoma. p. 499. Chinois con- Jultentle Jort.p. po.Comment ils Icfontp.pi.lnvoquent le diable. ib. Lcur croyance touchant la creation du mon¬ de. ib. Croyent l' immortalitéde lame. p. 501. Vne cfpcce depurgatoire. ib. La LA etcmpficho/e.p. ^03. Lcurs Reli¬ gion x. ib. General de lcurs Moines, ib. Lcurs chape lets. ib. Ceremonies de lcurs funcrailles. p.504. Lcur dual ib. Eflatpre/ent de la Chine.ib & p. fuiv. Plufieurs inzafions des Tartares dans la Qhine. pag./oj. Origine de lafamille R oyale de T eyaming. ib. Commencement de la guerre des Tdrtaw.ib.Vanlie Roy de la Qhinc.iL.Qui mcurtp.p6. Sajohang luyfucccdcÀbià.&apres luy Tbienky.ib. qui chajje les Fartares.ibid. Tartaresrentrentcnla Qhine. p. 507. Rois de la Chine & dcTartaric meurent ib Chinois traiflrcs du Royaume ib Lluitarmeesrcbcllcscnmcjnie temps cn la Chine.p.pS.Favory divifela Cour. ibid Ft traitte mal l heritierprefòmptifde la Couronnc. i b. L Sm- percurlc fait tuer p. 509. Chinois dcftruifcnt le Royaume. ib. Empereur de la Qhine tueja filie &fcpend.-p. yio.Chi- nois appcllelcs Tartares àJonfecours cotre les rcbclles.ib. Ic/qucls il des fait, i b. Mais les Tartares cn profitent, & re- fu/entdefortir du Royaume.p.pi.Fotproclamcr IcurRoy Empereur de laChine.ib. Politique dcsTartarcs. yi.Les Provinces
  • DE MOSCOVIE ET DES INDES. '5IJ. Eftarrcftéprifònnier par lesTar tares. pag. 515. Autre Empereur enla Province ^Quanfi. ibid. Tareares ache- vent de conqucrir toute la Chine, ibid. Continuation du voyage, pag. 517. Part d'aupres del’I(le dc Ceylon le 20. Fevrier. 1639. L' a p. 517. Arrive en fjle dc Madagafcar le 2. luillet. p.538. ^.°r. Yfejourne fixfpmaincs Errcur dc ceux qui croyet quefous laligncEquinottiale l'on voidles deux Poles. p.ji7- P lufcurs fortes d'oyfcaux &depoiJfons, p.518. Poifonsvolants ib.AlbocoreSjBo- nitoSjdorados. ib.Marfotiin.ib. Tuberones. ib.Pcfce puerco. p.y/9. Tortues. ib. Vents orageuxque les Vortn- 1/iw, gats appclient Travados, ib. Navigation fafeheufe. p. y. 9. & fuiv. Le feufemetau navirc. p. 511. Eau dela mcr di- ftillce. ib. ljle dc Diego Roiz. p. 522. Defcription del'IJlc Maurice, ib. Sa fituation (èf fa grandeur, ib. Sonhavre. ib. Produitlaplus belle cbcne.ib.Rayeprodigieufe.pyv^. Les Líollandoisy ont bajly vn fort.ibid.Eftfovtcommode pour faire aiguade. ibid. Soldat Françoisy avefeuvingt nAvril. moisfcul. ib. Pintados & Mangas de Veludo yquifont tyjs. y.. connoiftre que lon approchc i/»Cap de bonne Eiperan- cc ib.Cap des AguWicLS.^.^zy.PoiJfonprcditchangement de temps, p. 517. Trombas, ib. arrive au Cap de bonne Efperance. p.518. Entre dans AtBayc. p.j29. Dejcription du Cap de bonne Efperance. ib. Pinguins oyfeaux. p. 530 Habitants du Cap. ib. Lcurs ragoufts. ib. Leurs ha¬ bits.ib.Lcurs vivres.'pyii.llsnc labourentpoint la terre. ib Ne connoiffcnt point Dieu.p.tfi.Lions leurs plus grads ennemis. ibid. CPartdu Cap de bonne Efperance. ibid. Horcan, orage. pag.332. Commerce qui (e faiten Mada- gafear, pag,559. Seigneur du quartier oti le navircfejour- ne. pag. 540. Qui fait alliance avec les cAnglois. ibid.
  • IOVRNAL DV VOYAGE Desjunerd'huitres ajfc^agreable, p. 541. fautercllesibid. Defcriptiõdel \Jlede Madagafcar,p. ^41.^ grandeur & Jes hamr cs,ib.Wotagne converte doragers & de citroniers p. 54 z.dc marbrcfb. Ejfecc de molaillcparti other 0 cn Ma- ddipyXzvegdo.Sdgde dragon,aloes,ib.Bcflailfb.Orengcrs qui portent dcuxfois lanib. Leurboijfon ib .Mines dor& ddrgentjb.ScshabitamLeurs habits, & fàçon de mimres, ib. fdelité dcsfemmes ,ib.Capables de donncr con- feilfib .“Funiffent ladultere de mort,p. r 44. Femmes nc fuinent point La conmerjationyp. 54 4. Les habi tans ont da cceur, i b .Lcursa rmcs, i b. L eu rgoumernem entfb.Po unfair delcurs Princes ,do.Lear Religion,ip.f\s.-JMarquc quidi- flingue lesEcclefafhques diamec lesautresfb.lJlcdctÁo. za.mbioyLC.,\b.QuandlIflcdc'Ma.da.va.dca.r a eftédejcou- rvcrtcpar les Ponugais ib. (õf comment, p. 546. & íuiv. Premiere dcfcetc dcs Hollandois dans M adaga fear, pag. 547 Les habitans fefont eirconcire, quoy quils nc foient point Mahometans, pag.548. tAovft. *T art de l*ijle de Madagafear le u. Mouft, pag. 548. arrime cn yéngletcrrele 16 TDecembre, pag. 586. Route dèpuisllfle de Madagaícar jujquau Cap dc boneEíperace,p 548-54 9-ho.Dcchnai/on de 1’aymant, p,5jO. \fle dc Sainte Elizabeth, p. 551- N'apoint d'eau jraife,ibid. Loups marins, blereaux, ibid. Route dr puis f tjlcdcfaintcEdiz^beibjufquà ccllcdc fainte Helene, p.jfi. & //1. DcfcriptiondeíIficdcjaintc Helene, p. 5 yz. dtiiiiv.^d fertihté,p. 553.Les Portugaly ont plante dcs arbres, &y ont porte dcs animaux. p./J3.6He n eft point ha- bitéc, ib. lly pleattons lesjoursp <54. LJfle dc/’Aicen- iion,ib lin y a point dcmcrdurc,ny d'eatt fraichefb.Rou- tedepuis l Ijle de fainte Helene jiifqua celle deS. Tho¬ mas, ib. &p. luiv.IiledeS. Thomas? p.spy lours nuits
  • DE MOSCOVJE ET DES INDES. nuitségaux. pa^.^C.Succre de S Thomas ibià.Scsatttrcs fruitsAb.K/crcvifies de tcrreib. Isle Rolles.p.j^. Iíle de Gariíco. ibid. Chaleurplus grande au Nortde laligne quauSud. ib CapoVerdzfur la cofie d'dfriquc. p.jjS. SeshabitantsTo .Leurs armesTo froyentí immortalité dc /6/ffi.ib.Guinée defcou
  • IOVRNAL DV VOYAGE vertes jufquaux Açores ip.yjy&cíuiv.Ifles de Corvo & de Flores, p 573.Açores,Terceres ou Iíles deFlandres. íb.nombre des Açores.p. r/C. 'fie de Tercera.ib.Les vil- l&j d Angra ^ dePreyx^o.Apvartiennentala, Couronne de'Tortugal. ibid. TVr/WúkTercera.p.577. Sts fruits. ib. Batatas, ib. Plante quelonfilc.ib.Bceufsde Tercera p.378. Ifle naift envnmoment, ib. Fontaine quipctrifie le bois. ib. Son commerce.^.-jc).ljle S.Michiel.ib.dtf Sainte Marie.ibid de S. George ibid. l/le de Gra.tiofa.ib.\Jle de Fayal.ib.\slede Pico p./8o. Islede Flores.ib.Commodi- tés des Açores. Vair y efifubtil. ibid. Lcs Canaries p. 581. Quand elles ont cfiédcfcouvcrtcs. ib. Lear nombre. ib. Louis d’EJfagne Comte de Clermont les conquiert. ib.appartiennent à la Couronne de Caflille. p./8i. lagrandcCa.na.ne. ib./j/
  • DE MOSCOVIE ET DES INDES. ibid. Defcription de la . 604. Weft-muníter-Hal.ib. Hojlel de Northampton. p.6o8.Palais delaRcine ib.Eghfe de S.Paul-.Ruéaux Or- fivres;PontdeLondres.ib.Tour& Arfcnac.^.Goy.Plu- Jtcurs autres ValaisdcLondrcs.\).6io.Maire,E/cbevins £s? Alder mans .ib.Le Palais de Greenvvich.ib.& fuiv. PaíTe à Gravefende , Rochefter 3 Sittingborn & Canterbury. pag. 612,. cArrive lezj. a Dunquerque, pag. 611. Defcription de Dunquerque, p. Ciz.Efl dudomaine de France pag.613. Part de Dunquerque le 16. Mars.pag.613. Et arrive a Anvers le 6. Auril pag. 619. cTa(fepar Nicuport. p.613. cArriveà Bruges, ib. Ou ilvoidlctombcau de MariedeBourgognc.\>.&4-&Char¬ les le HardyfonperegpMj. Ses rues fes maiJonsjiombre de[es habitans & fes bafiimespublics.ib. La viUcdc Gand p.6i6. Sesruésfes maifons (êpfes baftimenspublics.ibid. Lieu de lanaijjance de /’Empereur Charles V.p. 617. La Citadelle.ib.Scs ParoiJfcs.p.6\g.Ses Conwets fes marches, ib.Statue de Charles V.p.619. Cour de lujlicc.ib Bruxel¬ les (§r fa defcription.pzg.6zo.Vortcs & Eglijcs p.619. le Palais ibid.& p 6n.& 625. Hoftel deville.p.613. Princi- paux hoftcls de Bruxelles pag. 62 i. Chancelerie de Bra¬ bant. ibid. Defcription de Louvain. ib.&pag* 625* Ses Eglijcs. ^.6z^.JMaifon de Heverlé appartcnante au Due djAcr/chotTpav. 617. Defcription deMahnes. pag. 6*3,
  • IOVRNAL DV VOYAGE Convent de quince oh fei\e cens files. 8. H'arlement des lais-bas. ib. T) efeription d'Anvers tp.6zy. &p. 630. & fuiv.Son port&fa fituation.ib.Ses baftimentspubhcs.ib. /nventio depeindre en huile. p.631. Eglifes des lefuites. p] 632.. Hoftclde Cl lie. ib. Adaijon des Overlings, p. 633.C7/- tfldclle. ibid. Anvers fait vne de dix-fept Provinces des Pdis-baspa.g.6^4. Part d’Anvers le 9. Auril 1634, & arrive par Ham- bourg à Gottorp le premier jour de May pag. 648. Pajfepar Breda, ib Sesfortifications, ib. Sonchafleau. p 635 Tombeau de Henry de NaJf'au.ib.Bolduc (&fadc- feription. p 636. Scsfortifica,tions.ib.S.Ge.nrudcmbe.Yv. p. 637. VaJfea Dordrecht, &Ò,Rotterdam, ouilvoitla fiatué & la maifon d Era.fmc.ib.De/cription deDclfc, & du tombeau du Prince d Orenge.p.638. & fuiv.Lofdunen p. 639. Accouchement prodigieux. ib.LaHaye. p. 639. & 640. Leiden, pag. 640. Haerlem.pag.641. Invention de I’lmprimerie. ibid. T)efcnption de la villc d’A mftcrdam. p. 642.. Scfuiv. jufju a la fin, Sa beaute. p.642.. Son havre.Ses navires.ib. Son commerce, p. 643. Alai/on de la compagnie des Indes O rtent a les, i b.(? omm cnccment & pr ogres de la navigation des Indes p. 644 &iuiv. DireSleurs de la Compagnie, p. 645 Sonfonds ibid.Sesruesfes canaux.ibid Ses mai/ns baflies fur des pilotis. p.646. Ses Eglifs.ib.Scs bafiiments publics, pag. 647. VOYAGE
  • c VOYAGE DE MOSCOVIE ET DE PERSE- SECONDE PARTIE. LIVRE SIXIESME. Pres avoir parle, au dernier Livre de Ia pre- i (, 3 7. miere Partie, de tout ce que nous auons veu en lájjville d’/Jpahan, pendant leíejour que nous y a vons fait,de tout ce que nous avons pu appren¬ dre del’eftat du Royaume de Perfe, &c de la fa_ con de vivre de íès habitans, au moins autant que la relation d’vn voyage l’apupermettre il eft temps que nous achcvions de dire les particuiaritez de noftre retour ôc 3uc nousreconduiíions les Ambaílàdeurs jufqu’en leur Patrie, evant que de nous engager avec le fieur de Mxndcljlo au voya¬ ge des Indes. Ce jeune Gentilhommeavoit efté nourry Page du Due de Holjiein, noftre Maiftre , &c au íortir de làil avoit teímoigné du fieur "dc tant de paííion pour le voyage , que Son Altelle trouva bon Manáclflo* qu’il fill celuy de Mofcovie & de Perfe auec les Ambaílàdeurs, n qualité de Gentilhomme dela Chambre. II seíbit telle- II. Partie. A
  • 2 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1637. ment fait aimer en cet amploy , quc Ton fut extremementr iurpris , quand Ton fceut le aeflein qu’il avoit de fejourner encore quelques temps à la Cour du Roy de Perfe, ou ll eftoit fort conííderé , en attendant l’occafion de pouvoir faire le Sondcflcin. voyage du Saint Sepulchre , avec la caravane ordinaire , par Baby lone ouBagdat^oxx bien celuy des Indes,en la compagnie de quelques Marchands Anglois ,qui y vouloient after par terre. II lit cognoiftre fa refolution aux AmbaiTadeurs, peu de jours devant celuy qu’ils avoient nommé, pour partir á’líf>.í~ han, 6c les pria de l’approuver : mais il y trouva d’abord d’au- tant plus de reiifiance , que l’inftru&ion des AmbaiTadeurs leur defendoit bien expreilementde permettre auxperlonnes deleur fuitte,dequelquecondition ou qualité qu’ils fuflent,. de demeurer en Perfe , ou en Mofcovie. Ncantmoins quand ilsvirentlapermiifion du Prince, 6c meimes les lettres de re- commandation, qu’illuy avoit donncespour cét cffet,ils ne s’y oppoferent plus,mais ilsluy reprelenterent les perils ine¬ vitables , qu’il auroit à effuyer en ce grand 6c fafcheux voya¬ ge , 6c tafcherent de luy en faire perdre la penfée, par l’horreur des dangers ouil s’alloit apparemment jetter. Mais leurs rai- fonsnenrentpointd’effetiurcecourage,refolu d’acquerir de la gloire, en allant affronter les dangers, qui ne font pas moins grands en cctte forte de voyages, qu’en la plus cruelle guerre$ ii bien que voyans que leurs remonftrances eftoient entiere- ment inutiles, ils y donnerent les mains, 6c luy permirent de ie iervir de la grace, que ion Alteile luy avoit aifcordée. csvns Toutesles choíèseftans doncquesdifpofáes pour le retour, dela faíttedesils’yrencontravnedifficulté,qui fut caufe d’vn grand defor- AmbaiTadeurs, dre. Le Roy avoit commandé à ^ibafculi-B eg, noftre Meheman- TOazyU.' ^JnS ^Ar-> en nous conduifanten noftre voyage, de nous faire pa lie r par la Province de Kilan .-parce que cette Province eftant vne des meilleures Sc des plus fertiles de tout le Royaume , ilvou- loit que nous y paílàífions 3 tant pour la voir , 6c pour en faire noftre rapport en Allemagne , que pour nous y faire trouver les commoditez , que nous n’avions point cues en venant, 6c que nous euifions eu de la peine à rcncontrer ailleurs. Mais aautant que les habitans de Kilan font cruels 6c barbares , là outous les autresPerfes font ciuils6c obligeans, l’on s’imagi- na, que le Roy ayoic donné ces ordres, exprés pour nous faire
  • ET DE PERSE, LIV. VE ? perir, 8c Ton publioit que Ca Majefté íè trouvant ofFenfée du 163 7. Í>rocedé de Brugmm en avoit víe avec beaucoup d’inib- ence, en pluííeurs rencontres, avoit deílèin de fe fervir de ces peuples, pour fe défaire de luy 8c de nous. En quoy il euft d’au- tant moins de peine àreiiífir, qu’il n’avoitqu’alafcher la bride au jufte reíTentiment des Gouuerneurs de Derbent,òc de Scamx- íhic, que Brugmin avoit pris plaifir doutrager à noftre pre¬ mier paíTage. La plufpart de nos gens eftoient tellemenc preoccupés de cette apprehenfion , 8c avoient fi bien crd le bruit, qui en couroitparla ville, qu’il y en eut cinq, qui fe retirerentaupres de Lyon Bemoldi, dans {'Alin-cap/ ou azylc; fçauoir le Capitaine de noftre Navire, Michel Cor des, foncon- tre-maiftre, vn Page, lc Chirurgien , qui fit depuis le voyage des Indes avec le fieur de Mandelílo, 8c vn des gárdes. Nous partifmes done d’lflxthitnle 21. Decembre, fur le foir. LcsAllb:ifra LapluípartdesMarchands Angloisnous accompagnerentiuf- dcl'.s p”rtcnt* ques à yne bonne lieuc de la ville j oil ils nous donnerent la d ifpalian. collation , au pied d’vne belle colline verte , 8c apres cela ils prirent congé de nous, 8c retournerent à la ville. Le meíine íoir nous filmes encore trois lieu.es, juíques à vn village, nom. mé Refchman, oil nous íèjournaímes le lendemain: tant pour des caufes qui neíbnt pas bonnes à dire , que pour attendre le fojlmik, ou envoyé Mofcovite, qui devoir prendre le mefme chemin, en noftre Compagnie. Les Peres Auguftins d’ /Jptt- h.itiy 8c le P. Ambroife, Prieur de Tiflis, y vinrent auífi, nous dire adieu: 8c en fuitte le fieur Malon, le plus confideré parmy les marchands François,nousvint auífifaireíèscomplimens. Le fieur de Mandelílo s’y rendit auífi,tant pour nous embraí- fer encore,8c pour achever de prendre congé de nous,que pour nous dire, que Schuch-Seji avoit nommé Imanculi Sulchan, Eif- chicff-agafi, ouvnde fes Maiftres d’hoftel, AmbaíTadeur vers Son Alteíle, MonfeigneurleDuc de Holftein, noftre Mai- ftrejqu’illuyportoit vnpreíent dela valeur deving-cinq mil efeus, 8cqu’il faiíbitíès adieux , pour partir de la Cour dans fortpeu de jours. Levino;t-troifiéme,apresavoirpriscongédenosamis, non fans verier quelques larmes,nous montaímesàcheval,8c ar- rivafmes ce jour-là au Caravan/ern de Dombi, à cinq lieues de noftre premier gifte. A ij
  • 4 VOYAGE DE MOSCOVIE, I 637. Le Iendemain vingt-quatriemc , nous fifmes encore cinq lieues, 8c nous logeafmes lanuict dans vn Caravanfera >nommc Scrdckc. Levingt-cinquieme,qui eftoitle iourdeNoel,nousvifrnes aupres du village de Kafchabath, à deux lieues de Serdehe, com¬ ment le Roy y eftoi t campe fous pluííeurs tentes, qui pour eftre depluiieurs couleurs, 8c fort regulierement dreflees, faiioient vn tres-bel efFet. Les Ambafíàdeurs y envoyerent le iieur Francois Murrher , qui fçavoit la langue Turque, 8c qui luy fit vn compliment fi refpectuiux , que le Roy tefmoigna en eftre fort fatisfait. Nouspaflafmesccpendanr plus avant, 8c allafmeslogeren la petite villc de Natcns. Atrinentà Na- Le 26. nous logeafmes au Caravan [era ,nommcC.hofxjil{dJ?irn. Le 27. nous arrivafmes à la ville de Kafchan, ou ledcmeílé, que le iieur B> ugman eut avecnoftre Meheman *,nous mit bien en peine ; paree que le Meheman dar ne pouvantpoint louffrir d’eftre gourmandé par EAmbailadeur, vouloit s’en retourncr à la Cour,.faire fesplaintes du mauvais traittement qu’il re- cevoit de nous, 8c l’euft fait, fans le fieur Crufius, qui fit ki paix- mais ce ne fut qu’au bout de quatre jours,que nous perdif- mes inudlement à Kafchan. Nous y trouvaiines Ic temps mer- veilleuíêment beau, 8c ailez chaud, quoy que nous fuilions au coeur de l’Hyuer. L’an 163S Ianvier.. A Konv L'An M. be. xxxvnr. Le premier jour de Ianvier, nous celebrames le commence¬ ment de noftre nouvclle année, par la defeharge de noftra artillerie, que nous fifines tirer trois fois dés le grand matin, 8c enfuitte par vn Sermon, 8c par les prieres ordmaires. Nous re* montafmes à cheval apres cfilner , 8c fifmes encore cinq lieues ce jour là ,iuiqu’au village d c Sen fen. Le 2. nous fifmes encore cinq lieues, 8c logeafmes la nuicl à Kafmabath. Le 3.nous arrivafmesàla ville de 2Cow, oil Eon nous logea dans de fort belles maifons, aupres du Bafar • parce qu’a noftre premier paflage nous avionseufujetdenous plaindre desvols, que Eon nous avoit faits, dans les vieilles maifons ruinees , ou Eonnousavoit logez. Nous y fejournafmesle quatnéme,8c le Mehemandar , qu
  • ET DE PERSÉ, LIV. VI. 5 s’eftoit remis en íã bonne humeur, nous traitta íi bien ce jour 16 3 S, là , que nous eufmes fujet d’en eftre íatisfaits , 6c de croire qu’il ne le íouvenoit plus du palie. L’AmbaiTadcur Mofcovi- te, qui avoir envie de boire, nous obligea à paílèr la mu cl en íàcompagnie. Le cinquiéme Ianvier nous fiftnes autres cinq lieucs, juE ques au Caravmfera,nommé Scbaferabatb. Maisàpeineeftions nous iorcis de la ville de Korn , que nous vifmes le Soleil ob- fcurcy à ion lever. II n’eftoit pas encore à trois degrez au deft ius de l’horjfon, quand la Lune le déroba quad entierement à noftreveue , 6c le couvrit, a ce que j’en pu juger , des trois quarts, en la plus grande obfeurite. Aupres de ce Carau tnfert , 6c ànoílre droite.nous dclcou- T „ . vrilmes la montagne de Kilijsim, qui n elt que bien mediocre- de Kiliflim. ment haute 5 mais elle eft ceinte de tous coftés de pluíiçurs collines fteriles 6c pierreufes , qui nç produiíènt que du fel, auili bien que toute la campagne voiiine , 6c qui eft toute blanche de fel6cde lalpeftre. Cette montagne, comme auili cellede Ndcht’xuan •> de Kulb , A'jSrumi , de KemYe,de Hcme- ditn, de Bifetum, 6c de S nidus, fourmflent toute la Perle de fel, quel’on en tire, comme dVne carriere. Les Perfes difent de la montagne de Kiliflim ,Kim feder Kelmes. C’eft à dire , que ceux qui y montent n’en defeendent point: equivoque qui a trompé plufteurs des noftres, qui ont mis en leurs journaux, que cette montagne eft fi dangereufe, que ceux qui y montent n’en defeendent jamais 5 quoyque le veritable fens de ces pa¬ roles loit, que ceux qui montent cette montagne ne defeen¬ dent point : c’eft à dire, qu’en montant cette montagnePon ne defeend point, parce qu’en effet ,1’on .ne fçauroit faire deux demarches contraíres en vn mefme temps. Les Perfes difent bien, que Scbacb A bat obligea vn jour vn de fes veneurs ay monter, 6c qu’ily montacn diet,parce qu’il le fit connoiftre parle feu qu’ily rift 5 mais qu’il n’en revmt point, 6c que l’on nef^ait point ce qu’il devint: mais c’eft vn conte fait àplaiíir. Le flxiéme nous conti nuafmesnoftre voyage ^ mais à peine En,„li;an ^ eftions nous fortis du quartier, que lé cheual de Bruqrnun s’ a- blcflc, battitfousluy , dans vn chemin fbrtvny. Il n’euftpas feule- ment le bras droit demis de cette cheute , mais aufli le ier- neau tenement endefordre, que nous ne çroyionspas qu’il en v A iij
  • I 3 8. Affluent a Saba. Rencontre áVi Ambaf- fadeur du Roy de Pologne. 6 VOYAGE DE MOSCOVIE, deuft efchapper. line fit querefver tout lejour,ayant la veuS trouble, 8c demandant inceflamment, s’il eftoit tombe , s’il avoit le bras demis ,6c quel cheval il avoit monte. C’eftoit vn fort beau 6c fort bon cheval bay brun , dontil s’eftoit fort vtilementfervy enfon voyage ; mais depuis ce temps-là il ne le voulut plus monter, 6c le donna à noftre Marefchal ou Maift re d’Hoftel. Nous euirnes vne tres-fafcheuíê journée 3 parce que la plufpart des chevaux demeurerent en chemin , 6c le mien cftant tombe rrrort fous moy, iefus contraint deme fervir de lamonturedemonvallet, qui aliaàpied,6c porta le baft de íàmuleíurlatefte. Nous logeafines ce jour la, qui eftoit ce- luy des Roys, à Saba , ou nous fejournaiines le lendemainj pour donner au fieur Jlrugman le loifir de revenir de fon eftour- diílèment. Lehuiétiéme nous parti fines de Saba de fort grand matin, 6c fiírnes cejour la neuflieues, jufques à vn Caravmfera que 1’on nomme Cheskera. Nous perdiimesen nôtre marche vn des mu. lets 3 lequel s’eftant efcarté du bagage,avoit efté intercepté par des paifans. On les pourfuivit jufques dans vn village proche de là,ou l’on trouva Ie mulet,avec vne partie de fa charge,dans vne maifon, parmy plufleurs femmes, qui 1’avoient dechargé, 6c qui fe voyans lurprifes, 8c entre les mains des eftrangers, fi- rentdes cris,commefielleseuírentefté perdues. Les voleurs •s’eftoientfauves 3 de forte que l’on fe contenta de ramener Ie mulet. Dés que nous fuímes logés err ce Caravanfera, Ie fieur Cru- fius commanda que 1’on íe íàifift de quelques matelots, qui avoientcommis plufieurs iníblences à Saba: mais ils fe mirent eneftatde fe défendre , 6c tafcherent de faire fbulever quel- ques-vns des domeftiques des Ambafladeurs 3 de forte que Ton ie trouva oblige de les del’armer de force, de briíèr ieurs armes , 6c deles mettre aux fers, ou ils demeurerent jufqu’a' ceque I’on fut arrive aScamachie. En tout ce quartier-là , 8c jufqu’a la montagne de Ktlan, le froid eftoit aflez grand , 8c nous y vifines lacampagne couverte de plus d’vn demy pied de neige. Le neufiéme i g'vier , apres avoir fait environ trois Iieues, nous rencont. rVues ,aupres d’vn vieux Caravanfera , ruiné 6c découvert, nommé fíet^ibtvn Seigneur que leRoy de Polo-
  • ET DE PERSE, LIV. VI. 7 gnc envoyoit, en qualité d’Ambafladeur, au Roy de Perfe. 11 16 3 8. s’appelloit Theophile de Schonberg, Sc auoit, quoy que dans vn aage vn peu avance, parfaitement bonne mine. II eftoit Alle- man d’extraction , Se neantmoins dans l’entretien , qu’il euc avec les Ambafladeurs , qui fut de plus d’vne heure , il ne voulut jamais parler que Latin 3 mais en prenant congé de nous, il fit bien connoiftre qu’il fçavoit 1’Alleman aufli bicn que nous. Il nous dit entre autrcs chofes , que le Roy , íbn maiftre , luy avoit donné vn equipage de deux cens perfon- nes 5 mais que le Grand Due de Moícoyie ne luy avoit pas voulupermettredepalfer avectant de monde : ce qui 1’avoit oblige à demeurer fix mois entiers à Smolensk 3 d’oú il avoit efté enfin contraint de renvoyer la plufpart des fes gens, Se d’en reduire le nombreàceluy que nous voyions, qui eftoit de vingt-cinq perfonnes. Ilnous rendit auífi des lettres de 1’Archevefque Armenien, que nous avions trouvé à ^fimchttn, Se nous dit, qu’il eftoit arrivéen cette ville là quantité de vivres, que Ton nous avoit envoy és de Nife. Nous vifines ce jour là a noftre droite, vne fort belle maiíòn de campagne, que le Roy avoir fait baftir íur la colline de Kul- íeí>f,pourla commodité de la chaífe. Noftre intention eftoit de logcr la nuiéb fuivante au village d'^irafing, & de regler cette journée à fix lieues 3 mais les habitans dirent au fourrier,. que le Mehemtind.tr y avoit envoyc , pour marquer les logis, qu’ils ne nous reccvroient point, & que fi nous entreprenions - d’y loger de force, ils avoient dequoy nous en empeícher , &c de nous en faire repentir 3 ne diífimulans point ledeflein, qu’ils avoientde nous aflommer tous, fi nous entrions dans le villa¬ ge. Ilsíerefouvenoient dumauvais traittement, qucleKdw- cha, ou Iuge du village, avoit receu lors de noftre premier paC fage,dufieur Brugmun 3 lequel luy ayant demandeàlaver , &c le pauvre homme íuy ayant apporté de l’eau trouble, telle qu’il 1’avoit pu prendre dans le torrent, qui y paíle , la luy jetta au nez, le pot à la tefte : de forte que nous fufines contrains de pafler outre. Les villages de Dowlet Mhttth Se de Ket^fan, nous refuferent aufli le Iogement, à 1’exemple de celuy d'Armfeng, Se nous contráignirent de faire encore trois lieués, jufques au village de KvliHskw 3 par vn chemin íi fafchcvpc Sc fi gliftant,
  • 8 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. que Ia pluípart de nos chevaux demeurerent fur Ics dents , & meímesquelques-vnsnefopurencrendreau quartierqu’avec lejour. I’eftois logé chez le Cure du village , & jelefisprierplu- íieursfois d’entrer , 8c de fouper auecmoy : mais il ne voulut point venir, ne faifant que roder toute la nuict autour de la maifon,8c grõder de ce qu’on la profanoit, en y beuvant du vin, & cn mangeant des viandcs defendúes par la loy de Mahomet. Le dixiéme Ianvier nous eumes encore vne tres-facheu(è joumée j parce que Ia terre eílántgelée , noítre monturo fe trouva tcllement fatiguée , que la plus-part de nos <*ens fu- rent contrains d’abandonncr leurs chevaux 8c d’achever le cheminàpied. Ilyen eut mermequiydemeurerent, 8c que nousfufmes obligez d’envoyer querir. Nouslogeafmes cette Arriuent a Cafryin- nuict-là au village de M emberé. áesPerfcs. Lonziémenousarriuafmes à la ville de Cafrln 5 ou nous fufmes obligez de íèjourner neuf jours , en attendant que l’on trouvaft dans le voifinage, des chevaux 8c des mulcts frais, Suprrftitjon Pour la continuation de noltre voyage. L’on voyoit aupres du íogis des Ambaílàdcurs vn gros arí?re , plein de cloux 8c de petits cailloux 5 qui fontautant de marquês des miracles qu’vn de leurs Pyrs, ou beats , qui eíl enterre fous cét arbre , a ac- couílumédefaireencelieu-là,cngueriíIant le mal des dents, la fiévre 8c plufieurs autres maladies. Ccux qui font travail- lezdu mal des dents, y touchent d’vn clou, ou d’vn petit cail- lou, qu’ils fifchent dans 1’arbre, à la hauteur de la bouche 5 8c croyent par cemoyen y trouver du foulagement. Ccux qui ontl’imagination alTez forte pour cela , teíinoignent leurre- connoiííànce , en attachant quelques rubans aux branches de 1’arbre 5 quoy que d’ailleurs ces miracles ne fe faífent point gratuitement 5 mais ils font fort profitables à vn certain prc- tenduReligieux,qui a la garde de 1’arbre , 8c qui convertità fon profit les offrandes 8c les aumofoes que I’on y fait. Ce profit, qui eft bien capable d’entretenir vn homme, fait qu’il fo trouve plufieurs charlatans, qui y ineflent leurs fourbenes, en accommodantdesarbresdecesbabioles , 8c qui font trouver des fepulchres de Pyrs en plufieurs endroits , ou il n’y en a point. Le 15. Ie PoJlani{, ou AmbaíTadeur Mofcovitç, fit vn grand feílin
  • ET DE PERSE , LIV. VL fcfHn aux Ambaílàdeurs, & aux principaux de Jeur fuítte & nous traitta fort magnifiquement. II le fit, pour celebrer le jout-deiana’flaucede Kn^Imn JUfdoiiits , vn des premiers Mimãres de Mofcovie, dont d recherchoi c Ja faveur.F x Nous partilmes de Ca/W/» le vintgtiéme Ianvier, & laiffanc Vl°, Sauclie >vers Je Norivrej},le chemin de Soltanie & d’Ar- debil, que nous ayions pris en venant, nous prifines celuy de À/^tiransversleNorc. Nousfifmes cejour-Iàquaere Jieues preique toujours par des collines labourées & enfemencées’ & nous Iogeaímes Ja nuid dans le village d'^dnbdba, au pied a vne montagne, que nous avions à noftre droice. 1 L on nous die, quecevillages’appelloitainfi, dVn vieillard tin meime nom, qui vi voic du cemps de Schich qui l’ob- eincdeJuy ,enreconnoi fiancedumiracle,que Dieu avoit fait en la perlonne, en faiíant revivre en Iuy & en íà femme qui avoienc pres decent ans chacun , la chaleur que l’aao-e avoit eitemte 3 en forte qu’ils eurent vn fils , qui leur avoir fait voute C t0mbcaU que Fon nous voir 5 fous vne grande Le vingt-vnieme,nouspaiTafinespar vn pais fertile, mais vn peu bolju, juiques au village de Txjtelli, que les autres ap- pellent KellabAth: c eft a dire vn ben nrnnrpnrmi-l-i n,'.., -grandeabondance, wn,it uauuans ac^a/wm a e- itablirlapluipart de leurs bergerics en ces quarticrs-là. Le Fice-darug* decafvvtn,qui avoit accompagné les AmbaiTa- , eurs JUNUCS en cebeu,& qui ibupa avec eux , les entretint long-temps, & fortagreablement, del’eftat de fa vie: & leur die, qud avoit eftc enleve en fa jeunefle de la Georrie qui dtoieiaPacric, du temps de Schach ^tb*s ,&pendant É guerre qu ll faiioit en ces quartiers-Iâ, & qu’il avoit eftc transferé à Ca/vvin,a.\ec ionpereSc lamere, quivivoient encore, & qui eleoientencore Chreftiens, quoy qu’ils eufient efté contrains d em brailer enapparencC la Religion des Perfes. Ilnousditauili ,que ^btfcuh le íèrvoitdu pretexte de nô- tre voy age, aulli biefa que les autres Mehemandars, pour exi
  • 16 3 8. f jucesHytca- nis. Catavanfeia dans vnpopc. io VOYAGE DE MOSCOVIE, lent de quelques aulnes de drop 2c de íàtin. Levingt-deuxierne nous filmes fept lieues : toufiours par des montagnes 6c des rochers, entrccoupés d’vn torrent, qui ferpenroitfi fort cn cct endroit, que nous le paiTafmes plus detrcntefois,avant que d’arriver au village de YLurt%jbajchi ' ou nous logcaiines la nuiifc. Le matin nous marchafmes par des montagnes, qui n’eftoient pas exceffivement hautes, 6c qui nous egayoient la veue par la divcrfité des couleurs, rou¬ ge,jaunc , vcrd 6c bleu,qui rormoient vne tres-agreable per- ipedive. Mais fur le Midy nous ne vifmes que des rochers, fi hauts & tellcmcnt eíèarpés, quails faiioient peur, 6c furle foir nous arrivafmes à la nviere de Senderuth^ que nouspailaf- mes fur vnpontde pierre, qui joint les deux rives , ou plútoft les deux montagnes,qui la bordent.Nous defcon vrions du haut de la montagnede fort belles valées, & tres-fertiles, aumoins s’ll eft permis de parler ainfi des autres montagnes moins hau¬ tes , qui fen. labourées 6c cultivées, 6c qui en eiFet ne paroif- foient à noftre égard , quand nous eftions au haut de la monta- gne, que comme des petites bofles. Ce village appartenoit autrefois à vn K.u't%ibafrhi ,ou Colonel des archers, qui luy à laifle le nom , 6c eftoit fítué dans vn tres-beau lieu; mais les maifons n’eftoient bafties que d’argile 6c de Cannes, accom- pagnées de quelques huctes ou cabanss de paftres, ou nous nous accommodaimes felon la neceífité du temps j mais af- fez mal. Levingt-troificiine Ianvier nous fifmes deux lieues par vn chemin fort agreable, le long d’vne foreft d’oliviers, 6carri- vafmesauboutde cela au lieu, que l’on appelloit ancienne- ment Fauces Hyrcani
  • ET DE PERSE, LIV. VI. ,? tune vne chambre, vne cuifíneScplufteursautrescommodi.- 1638, tez, a fieur d cau. L 011 y dcfoend par vn petit cfoaher de pier- re j de forte que lepont pent fournir delogemenc à vne Cara¬ van ecn ti ere. , Au bout duPom le chemin fo fopare en deux; dont IVn con¬ duit, par vnpais beau 6evny, par la Province de Chalcalà. Ar- débil, Sc 1’autre mene droit dans la Province de KiLtn: Sc ce dernier eft bien le plus dangereux Sc Ic plus effroyable, qui foie peut-eftre au monde. II eft taillé dans vne montagne, qui n’eft chemin ef. qu’vn foul rocher, & tel foment efcarpe, qu’a peine ya-onp ft fi°^blc- trouver dequoy faire vn chemin, capable de donner paffage á vn cheval ou à vn chameau charge: & encore a-il fafiu y iup. pléer, par de Ia maíTonnerie, que l’onafaiteenl'air,auxen- droits oil le roc manque. A la main gauche ce roc pouftbit jufques dans les nues, Sc lederoboit aIaveue,&àladroiteilsouvroitvnaby fine hor¬ rible, danslequella riviere fofaiioit paffage aveevnbruit,qui n’eftonnoit pas moins l'oreille,que ces precipices eblouifloienc la veue, Sc faiíoient tourner la tefte. II n y eutpas vnde nous ny inclines des Períans, qui oíâft fo fíer à iamonture, & qui ne vouluft mencr fon cheval par la bride 5 la lafohantneant- moins en forte, qu entombant il n’euft paspúentraiftierfon maiftre. Les chevaux marchoient d’vn pas mal affeuré, mais les chameauxne bronchoientpoint du tout, Sc ne manquoient jamais demettre Iespieds dans les pasqu’on Ieur avoit taiilés dans le roc. Nous trouvaiines au haut de la montagne vne maifon, ou 1 on paye le peage,6c les droits de traitte. Les Corn- mis nous firent vn prefont de raifins frais, Sc de plufieurs au¬ tres fruits, 6c nous fufmes bien furpris de voir, qu’en la fai- fon, ou nous eftions, les hayes de la vallée cftoicnt deiia tom. tes fleuries. Au refte, cette meiine montagne, qui eftoit ft efcarpee, ft L’ Eíté & falcheufo Sc ft effroyable d’vn coité, avoit vne croupe ft belle l’Hr"cn vn & ft a^reable de I’autre, que nous n’eufmes pas beaucoup de mcl‘utlour' peine a oublier Iafrayeur6clapeinequ’ellenousavoicdonnée en montant. Elle eftoit toute reveftue d’vn verd naillànt, Sc tellement chargee de citronniers, d’orangers, d oliviers^&c mefmes de cypres Sc de boiiis, qu’il ny a point de jardinen toute l’Europe, qui puiiTe donner plus de íàtisfacbion à la veue, Bi|
  • 1638. U VOYAGE DE MOSCOVIE, ny plusagreablement lurprendre 1’odorat. La terre eftoit tou- te couvertede citrons Sc d’orenges; de forte que nos gens, qui n’en avoient jamais veu en fi grande quantité, s’en diverti- rent, Sc fe les jetterent à latefte. Cequifutdautantplusfur- prenant, que nous vifmes en vnmefme jour l’Hyuer changer en Efté, Sc le froid, qui nous avoit incommode le matin, fo convertir en vne chaleur,qui nous accompagna quafi touíiours depuis, jufques en Europe. Nous logeâmes le loir au pied de la montagne, fur la riviere d'lfperuth, au village de Pyle-rubar. Il eft vray que les maifons eftoient petites Sc incommodes, Sc diíperfées çà Sc lá, íàns or- dre,maisil n’y en avoit point, quineuft fon jardin Sc lã vigne, fes citronniers, fes orengers Scfesgrenadiers,Scenfigrande quantité, que le village encftoittellcmentcouvert ,quel’on avoit de la peine à voir les maifons, qui eftoient comme ca- chées dans les arbrcs. Il eftoit ccint de tous coftés d vne tres- haute montagne, finon que levalonpouífoit vne petite plaine . versleSudeft. Ac jaVtovince L’°n peut dire de ces pai's-la, auíTi bien que de toute la Pro- dc Kilan. vince de Kí/«»,que c’eil vn vray Paradis terrcítre. Au 4. Livre de la premiere partie de cette Relation, nous avons parle de fon eítendue, des autres Provinces dont elle eft compoíée, Sc deles principales villes:àquoynouscroyonspouvoirajouter icy, que la Province de Ktlan s’eftend, en forme de croiftant, le long de la mer Cafpie, Sc quelle eft ceinte en forme de Thea¬ tre, d vne haute montagne, de laquelle fortent pluíleurs ri¬ vieres, qui arroíènt la plainte, Sc quilarendenttres-fertile; mais enquelques endroits, Sc particuhcrement verslamer,!! marefcageufe, que toute la Province en dcvient prefque inac- cdhble. Mais Schach-^íUs, y a remedié, par le moyen d’vne le- vée, qui la coupe toute, depuis /ifiarab.irh jufques à ^ de forte que preientemcntl’ony voyage fort commodemcnt, Sc avec toute forte demonture. - Il n’y a point de Province en toute la Perie, qui foit li fertile Sc li abondante cn foye, en huile, en vin, en ris, entabac, en citrons, orenges, grenades Sc en autres fruits. Lesvignes y font fort belles, Sc ont le bois delagrolleur d’vnhomme : mais dautant qu’on les plante ordinairement aupieddequel- que arbre, le ferment coule le long du tronciufquesauxex- Ses fmits.
  • AÍWabath FcÁ-ilhbcith únkabún **» UERAN Wi JehT&tzi Mokan CDcfcrh yrcamam uens V%pg3&$3g n,. „>^3 »4^utzeft*r «!í« Sarú In) Salianfai - - í®* 0?Í5 0.00 :eran Deilúni mom.-íí i * •-r/*wv^r •bMataub' una: ' , SchmJan Jflonf 'uch MuuW & ^15 Schichkt? k/^an Kilckeran Hows Lemur Defcliti í«vxf X TÍfr •/. """;*, » lifketan ’iL-nu haZara ■haJierutk (HJ Clãcra COelifieatio^Zp^, ■ "^rroumciaeTcrtiliffim^ I KlLAN olim HTRCANLdE aã More Cqfpiutn fítw Jl (Per Aã. Oleariwn jll rSSí?Fr^íV«^ Casum Jtakrú moas
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  • ET DÊ PÈRSE, LIV. VI. 13 tremitez des branches 5 de forte que la vcndangeen devient 1638 fort difficile. Car le vigneron en voulant cucillir lc raiíin, eíE oblige de faire attacher auhaut d’vnarbrevnecorde, ayant à l’autre bout vn bafton comrae vneefcarpolctte, &s’eftant affis là-ddíus il fefait donnerle braníle, & s’elanced’arbreen arbre, & de branche en branche, pour faire íà vendange. La montagne, qui la ceint, & qui pouífe íès extremitez j uf- ques fur le bord de la mer Cafpit, cít tellement couverte d’ar- bres, qu’il femble que toute la Province foitclofe d’vne foreft continiielle. La mer voifme, & toutes les rivieres de cctte Province, font fi poiííonneuíès, & la terre & íès forefts tellement peu- pjees de beftail &c degibier, que íès habitans n’ontpas feule- ment dequoy vivre auec delices 5 mais ils peuvent auffi faire part de leur abondance à leurs voiíins. Ce qui eft bien contrai- re à ceque Jean de Laet efcrit, apres >oannes de Per fia, quele M efanderan, qui eft vne partie de Ia Province de Kilan, eft vn pais fi froid, que les fruits y ont de la peine à parvenir à vne parfaite maturité. Nous fçavòns par l’experience, qu’iln’ya point de Province en toute la Períè, ou l’airíòitmeilleur& plus tempere qu’en Me fan der an, & que c’eftle lieu de tout le Royaume, qui produit les plus beaux & les meilleurs fruits. Et c’eft pourquoy Schath-^4 has, qui s’y connoiftbit parfaitement, preferoit cette Province à toutes les autres de íon Royaume, êc Taimoit fi fort, que voulant y faire fonfejourordmaire, il y fit baftir la ville de h erabath, ou il mourut. Les habitans de cette Province, & particulierement lesK/- LcsKilcK^ /(k, qui ont leur demeure entre K^k?>- & M efan der an, font glo- rieux, liardis &c entreprenans. Ils avoient autrefois leur Roy particulier, & mefine encore aujourd’huy le Roy de Períèn’y eft pas fiabíòlu, que dans les autres Provinces de íon Royau¬ me : tant parce qu’ils íè paílènt aiíement du commerce de leurs voiíins, puis qu’ils trouvent chez eux tout ce qui leur eft necef- íâire, que parce que le pais eftant comme inacceffible, ils peu¬ vent aifément empefcherlestroupes,qu’onleurvoudroitjet- ter fur les bras,Sc qui voudroient y prédre leurs quartiers.L’on y entre par quatre divers chemins,mais ils sot tous fort eftroits: Le premier vient du cofté de Chora fan, parM//arabath:kfe- cond de Mefanderan, paríerabath 3 le troiíiçme par "yU-ru-
  • i4 VOYAGE DE MOSCOVIE, â c> 3 8. yar; & Ie quatriéme par Lender Kunan. Tous ces chemins íònc fi etroits, quàpeine donnent ils paf- fageâ vn chameau charge. Lcs homines de pied,commeauili ceux de cheval,fehazardentquelques foisd’y cncrerdu cofté de la montagne: mais le chemin y eft fi difficile,que les paffa- gesfe pouvans defendre avec fort pen de monde, & la mer C4/^/e neportant point de grands Navires, les habitans n’ont point a’ennemis àcraindre; íinon les Coíàques qui y font quel- qnefoisdesdelccntesàlafaveur de la nuict , pour furprendre S; revoitcut, & P^er quelques villages iur le bord cfe la mer. L on nous dit alors, qu’iln’y avoir que trente-huid ansque Schach-tribos avoir reiiny cette Province à íà Couronneanais que fa domination n’yfut pas fi-toft eftablie, que les K//tR voyans que Schach-Sefi, ion fucceileur, arroioit les commence¬ ments defonregnedufangdespnnapaux de la Cour, ie re- volterent,prirentlesarmes,ôcfedonnerentvn Roy, que les íiiftoire dc Perfesappellerent K.tr/6-5c/i4cR ixarib Schach. Ce Kanb eftoitnatif du village de Lechtenfcha, mais il eftoit delcendu des anciens Roys de Lahet^m , en la Province de Kilitn , & trouva ailez de credit dans le pais pour faire vn corpsd’armee dequatorzemilhommes. Il pritdabordlaville de Refcbtoil il ie faifift desdeniers du Roy , aulfi bien que dans les autres villes de la Province , dont il occupa toutes les avenues. Le Roy, qui eftoit alors à Capvvin,ayant euadvis _ decefoulevement, par les autres Gouverneurs du pais, com- mandaà5.í/'», Chan d’ Ajlara, à Mahomed, Chan de Kochtum 8C de Seberabath, zH eider Sultan de Keinluhefar, & de Tunchabun, &à A dam Jult an de Me fender an, d’attaquer K arib Schach de tous coftez. Pour cét effet ils ieparerent leurs troupes en trois corps, & allerent avec les deux droit à luy , à deftein de fe íèrvirdutroiíiéme,pourlebeioin, comme d’vn corps dere- íèrve:mais ils le trouverent ft bien pofté, quils furent contrains de ie retirer avec perte. K mb-fchach lieu de faire ion profit de ce premier ad¬ vantage , qui pouvoit donner dela reputation àíès armes,en devintli inlolent , 6c fi negligent, qu’il permit z fes gens de- tendre leurs quartiers dans les villages voiíins, ou ils ie mirent a faire bonne chere , pendant qu*if eftoit demeuré avec fort peu de troupes, à Kifma & à Fvmcn. Les Cham, qui ne naan-
  • ET BE PERSE, LIV. VI. ly quoient dc faire ob ferver toutes íès aftions, n‘en eurent pas fi toft advis, qu’ilsrafljmblerent lours trois corps d’armee, qui faifoient plus dequarante mil homines, avec lefquels ils àtta- querent les troupes de Kmb-fchacb dans leurs quartiers , & les défirent enderement. Pour ce qui cftdela perfonnedeKar/Y?, il eutle loifirdefe fauverdans vn jardin, ou il fe cacha derriere vn de ces arbres, quiproduifentdelafoye, 8c que ecux du pais appellent Tut j mais ilyfut defcouvert par vn des domeftiques d'Emir-chan, qui le connur paries habits. Ilpria ce Thebni,ou vallet,deluy íauverlavie,en luydonnant ids habits , 8c luy promit de re- connoiftre ce fervice d’vne bonne fomme d’argent, 8c d’vn beau preientde pierreries, qu’il luy mit entre les mains. Le vallet fit mine d’y confentir • maisil n’euft pas fi-toft mis la ve- fte 8c ielpée de Kmb, qu’il luy dit c’eft moy qui fuis mainte- nant Roy, 8c tun es qu’vn traiftre > 8c ayant en mefme temps fait avancer fes camarades, il fe faifit de luy , 8c le mit au PalenV. Scluch-Sefi le voulutvoir, ôdefitamcner iCafvvitt, ou d eftoitalors, 8c oil il luy fit'faire vne entree, enla compagnie de cinq ou fix cens Courtifanes, qui le railloient inceflàmment fur íà Royauté, 8c qui luy firent mille indignitez 8c outrages; L’on commença fon execution par vn iupplice aflez extra¬ ordinaire : Car Schach-S*fi le fitferrerauxpieds 8c aux mains, comme vn cheval ,8c luy fit dire, qu’il en vfoit ainfi, pour le foulager jparcequeftantaccouftumé de marcher fur la terre grafle 8c douce de K - Un, il auroit de la peine à fouffrir les che- minspierreux8c rabotteuxde laPerfe. Apres qu’onleuftlaif- fé languir ainfi trois jours, on le conduifitau Meidm , ouonle mi tauhaut d’vne perche, 8c on le fittuer à coups de flefches.- Le Roy, apres avoir tire le premier coup, obligca tous les Sei¬ gneurs de la Cour á fuivre íbn exemple, en diíànt,queceux qui l’aymoienten fiilentautant, qu’il venoitde faire. Il n’en falloit pas dire davantage, pour luy faire tirer en vn moment vne infinite' de coups, quile couvrirent tellement de flefches , qu’il n’y paroiifoit plus de forme d’homme. On laifla le corps en cet eftat trois jours, expoíé àla veuedetoutle monde, 8c apres ccla oni’enleva, pour l’enterrer. saru-ctun, Gouverneur d’^/bn, fut celuy qui tefmoigna le plusdezele, le plus de cceur 8c le plus de eonduite en cette i 6 3 8. Eftrange iup»- plicc.
  • r 6 3 8. On defarmc les KÍlex> Xeurs habics. Les Talisch. ió VOYAGE DE MOSCOVIE, gucrrc, oíi il acquit fi bien les bonnes graces de ScHvch*Sefly qu’ileutle credit de fauvcr la vie & les biens à vn riche mar¬ ched , qui íe trouva malheureufement engage en la revolte de Kanb. II demeuroit au village de LefchtenJ* ,& s'il neíè de¬ clara point ouvertementpour Kmb, au moins cut-il Ia con- noiílance de fon deílèin, & negligea d’en donner advisà Ia Cour j de forte quon 1’alloit exftirper avec touteíà famille,& confiíquer íes biens, qui valoientplus d’vn million de livres, au profit duRoy,fans I’interceffiondeSaru-Chan, quiobtint íà grace. Dés que cette revolte futappaifee, 1’on deíàrmales Kiltk , & on leur defendit d’achcpter des armes, avec tant deíêverité quedepuiscetemps-là ilsnontpasofé en avoiraucunes, non pas mefmes vn Sefir, ouanneau, dont les Perfes fe fervent pour banderleurs arcs, tant s’en faut qu’on leur permette d’avoir des armes à feu, des eípées, des arcs, ou des Hefches. On leur permet feulement de porter vne efpece de haclies , qu’ils ap- pellent Das, & font faites en forme de faucille, finon qu’elles font emmanchées d’vnboisdequatrcpiedsde long , dont lls ie fervent à couper du bois, afaçonner leurs vignes’, & à plu- fieurs autres vfages. Les peuples, que fon appelle Talifch , qui ont leurdemeurecntreK«Ker&c Me[underan , &c qui domne- rent des preuvesde leur fideliré 6c de leur affection au fervice du Roy, en la guerre contre Karib, ont au contraire la permif. iion de iefervir de toutes fortes d’armes. Les portent la vefte beaucoup pluscourte que les au¬ tres Períès • àcaufede 1’liumidité du pais 6c de fes marefca- ges. Ilsn’ontpas Ie teint fi jaune que les autres Perfes , mais beaucoup plus clair, parce que l’airy eft beaucoup plus tem¬ pere. Les Femmes des Talijch font les plus belles de route la Perfe, & ne fe couvrent pas ft fort le viíàge que les autres. Les filies ont les cheveux noites en vingt-quatre ou vingt- cinq trefles, qui leur pendent fur le dos & fur leseipaules- mais les femmes mariées n’en ont que dix ou douze. Leurs veftcs iont fi courtes fur le devant, qu’elles ne caclient point lachemife,6eau lieu de iouliers elles portent des íàndales de bois,qu’elles attachent avec vne corde au talon , & avec vn bouton de bois entre le ;gros & le íècond artueilj mais parce que la terre y eft fort graffe en temps de pluye* elles vont le plus fouvent
  • ET DE PERSE, LIV. VI. 17 ' íouvcnt nudspieds, aufli bien que les hommes. Les bonnets de 163 S. K/fix font d’vn gros drap, mais ccux de Talifch font de pcaujc d’anneau noir. Ces deux peuplesont chacunlcur langue par- tículiere , qui ne differe de la Períàne que du diale&e íèule- ment 5 quoy que celle de K iUn ait fi peu de rapport à celle des Talifch, qu’ils ont de la peine à 1’entendre. Par exemple , pour íignifier vn chien,vn Períàn dira 9eK,vn KtlekScggi,®' vn Talifchfptch. II n’y a point de Province en toute la Períè, oiiles femmes travaillent plus qu’en celle de KiUn. Elies s’oc- cupentle plus ordinairementà filer, 6c à faire deseftoffes de cotton, de fil 6c de íoye, à fairedu Dufchab 6c duíyrop de vin, qu’ils vendent à cruchées, 6c labourer la terre, pour en tirer du ris: en quoy les hommes ôc les femmes ont chacun leurs em- plois differents. Car les hommes conduifent la charrue , 6c dc^Lmmtssc font les cháuflees,pourfervirdedigueauxeaux,dontilsarro- dcsfcnimes. íent la terre. Les femmes portent la íemence aux champs. Les hommes íement, 6c jettent la íemence enallant à recu- lons. Les femmes farclent la terre. Les hommes coupent le bled , 6c les femmes font les gerbes. Les hommes le portent à la grange , mais les femmes le battent 6c vendent le bled. Lesvns 6c les autres font profeílion de la Religion Turque,6c fontdelafectede Htnifci. Ilsnous receurent fi bien , que nous íòuhaittions tous d’y pouvoir faire vn peu de lejour-mais l’on nous fit partir désle 24. Ianvier. Nous marchâmes d’abord le long dela riviere, ayans à noítre gauche vne foreft d’oliviers, qui nous couvrit agreablemcnt contre 1’ardeur du Soleil, laquelle eíloit tres- grande ce jour-là. Avnelieuê de Pylembar nons vimes au mi¬ lieu de la riviere, fur vn grand rocher, les mines d’vn châíleau; 6c les reftes d’vn pont, que l’on nous diloit avoir eílé abat- tus par Alexandre le Grand. Apres cela nous p a flames en¬ core vne montagne , ou pluftoítvn rocher fort haut,6caflez difficile , ayant au pied vn chemin vny , 6c toute la terre ef- maillée de verd 6c de gris de lin, de 1’herbe nouvelle 6c de la violette, dont elle eftoit toute couverte , 6c qui réjoúiflbit merveilleuíèment 1’odorat auífl bien que la veue. Nousarri- vâmes fur le foir à vn village , oil nous vifmes le íèpulchre d /man Sade, dans vne petite chappelle , baftie au pied d’vne colhne, qui eftoit à noftre droite. Tout.es les maiíòns de ce 11. Partie. C
  • 16 3 8.Í Arrivent, Reftiu. Capitalede la Province de nJan. i$ VOYAGE DE MOSCOVIE, village eftoient couvertes de lattes & de tuiles, de la mefme fàqon qu’on les couvre cn Europe , à caufe des p'uyes , qui font plus frequentes en ces quartiers-là qu’ailleurs. Le vingt-cinquiéme nous filmes cinq lieues, ôc arrivâmes íur lefoir «ala ville de Refcht. Lechemin eftoitd’abord vnpeu boflu, & couvert de bois: apres cela nous le trouvâmes borde de ces arbres, qui produifent de la foye, & enfin plain & vny, ayant de coité & d’autre des terres labourables, entrecoupées de plufieurs foífés, commc ceux que Pon appelle en Flandre Z'L’rjre^./Kg^danslefquelsilsfontentrerdel’eau, par des éclu- iès, & la confervent, pour enarroíèr les terres, quandla cha- leuratary laid urce des rivieres, St mefmes pour les inonder, quand il eft beloin. Ils avoient bien eule foin de faire des ponts iixr ces fofles, mais ils eftoient ft mal entretenus, qu’il y eut pltu fieurs des noftres, qui tomberent dans l’eau. Les habitans du Ípais ne recueillentla pluipart que du ris , Sc ils ont cftacun eurmaifon au bout tie leur champ, éloignées les vnes des au- tres de deux ou trois cens pas. La ville de Refcht eft la capitale de tout le KiUn, & eft aiTez grande j mais elle eft ouverre de tous coités comme vn village, ôefes maiiònsíõnt tellement cachées dans les arbres , qu’il íèmble que Pon entre dans vne foreft , plutoft que dans vne ville j puis que Pon ne la peut point voir que Pon n’y foie dedans. Elle eft éloignéede deux lieues de la mer Cafp et & les Arabeslanommentau Catalogue de leurs villes, Hujum, Stla mettentà 8 y. degrez, io. minutes de latitude. Les maiions n’y font pas ft belles que dans les autres villes de Perfe , mais elles eftoient toutes couvertes de tuiles, comme les noftres , & il n’y enavoit point qui ne fut accompagn ée d’vne grande quan- titédecitronniers Sc d’orengers, qui portoient deja Ieur fe- cond fruit meurde cette année la. SonMaidart, ou marché eft fort grand , & remplyde bou¬ tiques , ou Pon vend toutes fortes de marchandifes, mais par- ticulierement des vivres , qui y íont à fort bon marché: ce quifut caufe que noftre Mehemandar nous traitta fort magnifi- quement, pendant leiejour que nous y fifmes, qui fut de cinq jours. Au refte, la ville de Refcht, quoy que la premiere de tou- tela Province ,.n’a point deC^rf»,oude Gouverneur en chef, mais feulement yn Ptrugt, qui s’appefioit Cíi ce temps-là *ily% cttli-B eg%
  • ET DE PERSE, LIV. VI. Le vingt-íixiéme Ianvierleshabitans de Refchtcelebrerent vnefefteaThonneur d’ Aly , quaíi avec les mefmes Ceremo- nies, que nous avions veucs aSchamachié le 7. Fevrier de I’an- nee precedente* & cetce fefte fe rencontra en Ianvier , parce que les Perfes reglent leurs feftes for la Lune.Ils emprunterent de nous vn tambour * dont ils firent beau bruit en lcur procef- ílon. Le Predicateur, qui fit vn long recit des miracles d’ 4>yy fínic fa harangue par ces blafphemes: que fi -Aly n’eftoic point Dieueneffet, qu’au moins il tenoitbeaucoup à la di vinitc. Aly Choda nijl, it mm a ne dures Choddui. L’on nous mõftraicy l’azyle,que Schuch- 4bm avoit fait faire au lieu, oúilavoitfãittuer SefiMyrft, fonfils, par Bebut bcg, Azyle de Sefi de la faç on que nous avons dit au cinquiéme Livredelapre- Mjrfa. mierepartie de cette Relation. • • Nous parti mes de Refcht le 30. Ianvier, par vn temps de Parwm de pluye. Nous ne vimes tout ce jour-là qu’vne íèule plaine, qui nous conduiíit, non féulementjufquesà noftre gifte,maisauííi jufquesaux frontieres de la Province de KiUn, qui eftfort vnie de ce cofté-là. Tout le chemin eftoit borde deboiiis,&; d’arbres qui portent de la íòye, & eftoit entre-coupé deplu- ileurs petitcs rivieres* dont celles qui font aflez coníiderables pour avoir vnnom, font le Refi-chun-, a vne demy-lieuê de la villede Refcht, enfuittedecelale Chettlban , & à vne petite Iieue de la celles Lde Pifche/u de Lijftr: qui ont tous leurs ponts, qui font fort exhauftes, à caufedes frequents débor- dements de rivieres,& fi difficiles à pafter,qiuls faifoient peur, & l’on ne put pas empefcher quele cheval, qui portoit le ba- Írage du Medecin, ne tombaft dans la riviere * dont l’on eut de a peine àletirer, à caufedesmarets, quilabordent desdeux coftés. La derniere que nous pafsâmes cejour-las’appelle rxo~ mus, & elles font toutesfortabondantes en poiflon * ft bien quele Roy en donne lapefcheàferme, &: entire tous les ans des fommes fort coníiderables. Apres avoir fait quatre lieues cejour-là, nous arriuâmes fur lefoirà Kifmx, aupres dubourg ticFumen, oiiPumen, ou Karib-Schuh fut défait ÔC pris, de la façon que nous venons de dire. Le dernier j our de Ianvier nous fiihies encore quatre lieues, par vn chemin, qui eftoit tout bordédecesarbresqui portent de la foye,Scqui y eftoient en ft grand nombre,qu’ils formoient Cij
  • ao VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. vne foret cntiere.Nous vimes auffi ce iour-Jà de grands vigno. bles, àleurmode. Apres avoir faie environ quatre Iieuês , nous rencontrâ- mesle Cdenter, ou Lieutenant du Royau gouvernement de KesKey, qui venoit au devant de nous, accompagné de trente chevaux. Iifaiíbit conduire apres luy vn mui et, charo-é de vin Sc de confitures Sc d’autres raffraiíchiíTemens, dont^il re¬ gala les AmbaíTadeurs, Sc leur fit faire collation à la campa- ^ gne. * K nab. Le ch.ifi le fuivoi t de prés, avec vn cortege de cent cheuaux, & receutles Ambaflàdeurs avec grande civilité, Sc nous con- duiíitalapetite villc de Kurab, ou il nous con via d’entrer chez luy, Sc nous obligea a manger du fruit Sc des confitures qu’il nous fit íérvir : sVxcufant fur ce que leur jeufne l’empefchoit dc nous faire compagnie, Sc de nous faire fervir de la viande. Apres la collation il nous fit conduire tous dansles Jogis qu’il nous avoit fait marquer, fit accompagner les Ambafladeurs de quelques Gentil-hommes, pour les lervir,St leur envoya vn prelent de quatre fangliers. Le chm s’appelloit tmir, &etoitfilsd'vn Chreilien Geor- gien, natifd’vn villageaupresd’ Frvan. Il avoit cite circoncis eníâjeuneílè, Sc avoit fervy d’efehanfon à Schach-^baf, qui luy avoit donné cc gouvernement, pour reconnoitre le fer- vice qu’il luy avoit rendu auíiege d'Ervxn, Sc avoit donné la furvivance de fa charge d’efehanfon à fon fils. Il eftoit élo- quent Sc civil, Sc feplaifoit à nous faire parler des affaires Sc des guerres d’AUemagne, Sc de nos façonsde vivre. II nous difoit qu’il ne fe pouvoit pas empefeher d’aimer les Chretiens, maisl’on nous raconta de luy vne chofcafTez extraordinaire,6c horrible, fçavoir, qu’ayant cu cy-devant vne tres-fafcheuíè ma- ladie, laquelleluyayantlaiffe vne contraction vniverfelle en tous ics membres, les Mcdecinsluyavoient ordonné vn des extravagants remedes, dont Ton ait jamais oiiy parler : Sc avoient voulu, vc rem haberet cum cane foemnu. vi^K-'capitaiJ3 ^etcc PctltcV1^c kHntb et íltuéeàdeuxlieues de lainer d« la province CtTpie ■ comme celle de 7?e/c/>f, Sc etcommeelle toutecachée de K«Ker. dans les arbres. Ceux qui Pappcllent KesK'.r, luydonnentle nom de la Province, en laquelle elle et íltuée. C’et le heude la naitance de 6’chttch-Sefi , qui regnoit lors de notreambaf-
  • ET DE PERSE, LIV. VI. M fade. Car íà mere accoucha en cette ville, à l’occafion dVn vo)age gi:e Schach-^3ba- fit en kilcin , ouelleleíuivitavec Sefi Myi-já, íonmary. Lamaiíònenlaquelleilnafquit appartenoic avniichemarchand,nommé chot^a Mahmud $ mais dautanc quelleadonnela naiílànce à vn Prince, heritier delaCoii- ronne, r on en a fait vn azyle. Lc premier jour deFevrier nous partímes deKurahJvw Ics dix neures du matin, par vn fort beau temps 5 finon qu’il eftoit vn peutropchaud. Emir char, nous condui fit jufquesàvne bon¬ ne heue de la ville , ouilprit congé de nous} ennous priant cl avoir loin de fon Eatenter, qui avoir ordre de nous accompa- gnerpar tout fon gouvernement. Ce Cal,„ter eftoit encore jeune , & deTort bonnehumeur, Sc nous divertiffoitparle chemin, cn tiraiu de l’arc, Sc en jotiant de Ja demy pique, avec Aprcs avoir fait deux lieucs , nous nous trouvâmesfurle bord de lamer C’afjfor, d’oii nous voyions la terre, qui eft toute couverte d’arbres Sc de forefts vers le Nord&le Sud, s’avan- cer en forme de croiiTant bien avant dans la mer, vers la droi- te ducofte de Meander an Sc de Fcrabath , & vers la gauche du colte d ^dftara.Nous fifines environ vne lieue le long de lamer Ctjpte , Sc logcâmes la nuid fur le torrent de Naffem, dans vnemaifon, que 1 on appelle Ruajf.-ru-kura , quin’avoiten tout que deux chambres 5 de forte quelelogemcntfe trouva ft etroit, quelaplus part de nos gens furent contraints de loo-er a l air. ° Le deuxidme nous fímes fix grandes lieucs , toufiours le- long de la mer, Sc tirans vers le Nort Vveft.Nouspafsâmes ce ■jour-laquatorzepetites rivieres , ou plutoft autantde grands torrents, Sc entr’autres celle deSchiheru, de matfar, de cha- ‘eJ]er.t, d\ Alarm Sc dc Nabarrm. La riviere de Dinatfar, qui eft environ à moitié chemin, iert de frontiere commune aux aou~ vernements de/CejKtr Sc d’ 4(tara-, cc qui obligea le Calen ter de KciKer, qui nous avoitaccompagnés jufques-lâ , à prendre congé de nous, Sc à nous mettre entre les mains de celuy d’M- fi‘tra, que nous trouvâmesfur le bord de la riviere. On appelle ce canton-la Kar^aru Le Calerter nous fitiortir du grand che¬ min, pour nous faircallcr par desterres labourables , à vn vil¬ lage nomine Sengar-hafa ra , ou nous logeâmes cette nuicl-la, C iij 163 8. F EVRI £ R Partent dc Kurab.
  • 2i VOYAGE DE MOSCOVIE, I &ytrouvâmesdcvantnouscinqfangliers, que l’onavoir prisà la chafte , pour I’amour de nous. Toutes les forefts de ces quartiers-lacn íbnrpeuplées 5 parce que les Perles, quin’en oíènt pas manger , neles chaílènt point non plus. Le troifiéme nous partlmes de grand matin , par vn temps de pluye 8c de neige, 8c nous reprimes le cheminlelongdela mer Cafpie, tirans vers l’Eft-Nort-Eft. Nous marchions íi prés de lamer, que les chevaux y entroientbienfouvent julqu’aux bangles, il y eut mefmes denos gens, qui y tomberent avec lesleurs : deíbrtequenouseumesvnejournéc , qui nousfut d’autant plus fafcheufc,qu’apres avoir fai t fept grandes lieues, nous fumes contraints de loger la nuicfc dans vn tres-mefchant village, nommé HoWc-Umttr, oimousne trouvames rien que le convert. Lc quatriéme nous partimes encore de fort grand matin, avec des chevaux frais. Nous fimes d’abord quatre lieues le long de la mer, tirans vers le Nort. Apres celanous pafsâmes vne foreft de deux lieues , ôc rencontrâmes en cét eipace vingt-deux rivieres} dont les principales s’appellent Lome, Tafcheux paf- Konab, 8c BesÇefchan.. Les ponts qu’il íallut paílèr, eftoientfi fages. meichans, qu’il y eut plulieurs delacompagnie, qui tombe¬ rent dans 1’eau, oil trois paiians 8c quatre chevaux le noyerent, 8c fix autres demeurerent morts par le chemin. Le chan d'^Jlara vintau devant de nous, avec vne troupe de deuxcenschevaux, jufqua vne demy lieue du village , on nous allions loger, 8c accompagna les Amballadeurs jufques aux logis, qu’il leur avoit fait marquer, en des maifons efcar- téesça 8c là parmy les arbres dans vn village , qu’ilsappellent cho Kedehene,autti bien que la riviere qui ypaile.Ce mot chos- Keik/ji-wf fignifiebouchefeiche , 8c on luy a donne ce nom, parce que la mer y eftfi baílè, que les poiilbns ne peuvent pas entrer dans la riviere. Le Chan a fa demeure à Jjlara, qui tire ionnomdela Province, Sc eft vn lieuouvert Scians murail- les,: comme Refchtfixnè à vn bon quart de lieue de lamer Caf- fie. Il s’appelloit Saru-chan^&c avoit toutes les qualitez necef- iaires à vn Gouverneur de Province. Le 6.Fevrier,qui eftoitle dernier jour de leur quarefime,il fit vn grand feftin aux AmbaíIàdeurs,oii il ne fit pas moms cônoí- tre íà magnificence,que la capacite de fon efprit, par les beaux
  • ET DE PERSE, LTV. VI. difcoursdontilentretintles Ambaílàdeurs. Illeur racontaen- i 6- 8 trautres chofes coutes Ies particularitez de la guerre de K mb- 3 Schach, ou 11 s’eftoittrouve en pcríònne, &enavoit remporté la nappe, qui eftoic de fatin vcrd à fleurs dor, laquelle il fit íervir en ce feftin. Ce íèrvice , Sc ceux qu’il avoit rendusen pluíleurs autres rencontres , luy avoient acquis les bonnes graces du Roy, qui 1’avoit nomméàlAmbafiàde des Indes ou il devoitallerau Printemps,6ciIavoit déja receu fesdcf- pcfches pour cet effet. Il nous confirma ce que Ton nous avoit dit du peril, que nous avions à craindre des Coíãques, Sc y ad- jouíta, que depuis deux ans ils avoient pillé la ville de Befcht Sc que nous neferions pas mal de nous tenir fur nos gardes ’ Sc de mettre nos armes en eílat. ô ’ Le bois de vigne y eft fi eros, qu’il paíTe Ia groíTeur dVn nomme. Ie 1 ay della dit cy-aeílus, quoyque jefiçache que Ton vi"ncs tíc aura dc Ia peineà le croire: mais ourre que tous ceux qui one raitievoyage avecnous,font des tefmoins oculaires de cette verité, je puis alleguer pourmoy 1’autorité de Straboti, qui die Ia meime choíè des vignes de la Marlowe ^ qui efl vne partie dela Province de Chora fan, & y adjoufte, qu il n’y a quail point delep, qui nedonne vn íceau de vin $ ce qui eft tres-verita¬ ble , quoyquej'aye fujet de douter de ce qu’il dit de plus , que lesgrappes y ont plus de quatre pieds de long.. Nous vimes aupres àCífiara , au pied de la njontagne de Sihtndan, Ie village de Schich-Sthadan,quijoiiit d'vneexem¬ ption entiere , A caufedu fepulchrede Schnh-Sthadan , prece- pteur d'Aly. r Le íeptiéme Fevrier nous fifmes autres fept Iieues,Ic long de Ar,ivent eni, ia mer, Sc arrivames, par vn paflage fort eftroit,en la Proviu- Prorince dc cede Lengèrkunan. Lon n’y entre que par vne levée, que 1’on LenSeiKwan a faite entitles montagnes Sc les marais, qui n’y laiíTent point d autre paíLge. Au íortir de ce desfile Ton rencontre la rivie¬ re de Ser dane, Sc en fuitte le bourg de> L enKeran, fur la riviere de vvarftftruht. Ce bourg, commeauífi tout le pais duvoifinage, tire íòn nom de la facilite , que les navires y trouvent à de- meurer abanchre 5 quoy que , pour dire la verité, il ny ait point de havreences quartiers-la, mais feulement vne eípece de baye, qui fe forme entre deux caps ou promontoires, qui. aavancent aflez loin dans la mer} IVne ducoílé deiwKcn»»*
  • *638. * ipsrtent de Lcnxcran. i4 VOYAGE DE MOSCOVIE, qm eft convert darbres, 6c 1’autre du cofté de {ifiUgats,cjui n’eft couvert que de Cannes. Mais la mer y eft fi baile, qu’à peine y peut-onentreravec de petites barques: 6c mefmes 1’onn’yeft pas àcouvert du ventd’Eft. GeorgeDiBunderditen larelation de Ton voyage , quec’efl en celieu-là qu’arriva en I’an 1603. par mer vn. Ambaftadeur de l’Empereur Rodolphe II. 6c qu’il y mourut avec plufieurs de fes gens: mais les habitans du lieu, dontjevoulus fçavoircet- te particularité , n en avoient point de connoitTance du tour. Le Kurt^bafchi jouit du revenudece pais-ld,qui luy tient lieu d’vnepartiedefesappointemens , quoyque no lire Mehm.in- d.tr, 6c les Pcrfes nous vouluíTent faire accroire, pour desrai- fons que ie ne íçay point, qu’il appartenoit au Chun d'sirdebil, 6c qu’il dépendoit de fon gouvernement. N ous y fumes receus parvn/^//»-,ou Secretaire, qui avoit l’adminiftration dudo- inaine de ces quartiers là. Nous y demeurâmes le huid, neuf 6c dixiéme 5 tantpour foulagernos cliameaux, qui avoient bien de la peine à ie re- mettredela fatigue, que les chemins facheux 6c gliftansleur avoit donnée, que pour y attendre ceux de noftre i’uicte, qui n’eftoientpas encore arrives avec le refte du bagage, 6c pour •changer de monture. L’onzieme nous partimes de Lenkemn, 6c fimes cinq lieucs, jufques a Kifdaguts, paíTans ce jour-là quatre aflez grandes ri¬ vieres-,fçavoir la Y^ufiende ,1a Noubine, le T%tli & le /luludi. Les trois premieres fur des ponts, 6c la derniere, qui eftoit fort lar¬ ge, ende petites barques, faiíans paller les chevaux à la nage. Au fortir de la riviere nous fumes contrainsde marcher avec beaucoup d’incommodite, vne bonne demy lieue durant,au travers tie l’eau, que lamer voifiney avoit dégorgée, 6c d’en- voyerlebagageparmer en fix grandes barcjuesde pefeheurs. Le bord de la mer eft en ces quartiers-la tout couvert de Cannes, auifi bien que les Ifles, qui font le long delacofte, ou les Coiaques fe tiennent quelquefois caches, pour furpren- dre6cattaquer lesNavires quiy paflent, 6c pour attendre la commodité de paffer en terre ferme. Au fortir de cette eau nous trouvâmesle Seigneur du lieu, qui eftoit venu au devant de nous, avec vne fuitte de cent chevaux. La '
  • ET DE PERSE, LIV. VI. í5 La petite ville de YLifila&ats, c’efta dire bois rouge , ou bois doré,n’apoinc de murailles, non plus que les autrcs villes de u viI,e de ces quartiers-là, 3c eft fituée dans vne plaine, à vne bonne de- Klhlagats' mylieuc de la mer, versle Nord-vvejt, fur vne petite riviere; nominee willefchi.Sulfagar-Chan la vendit autrefoisau chan á' ^irdebd, qui la laiííà à Ion fils, Hojjein Sultan, qui la poílède encore aujourd’huy. La montagne de Kclan fe preíèntoit à nous vers le vvcjl- Nord-vvefl, Ce perdant petità petit, 3c dege- nerant en de petites collines, vers le pais de Mohan. A i pied de la montagne fe voyoient plufieurs villages, entr’autres ccux de .Buladi ,de Mat^ula ,deBuJ?er ,3c de ThalisKeran , èc quantité d’arbres, plantez fur vne mefine ligne , le long d’vne grande prairie,ou lapaftureeftoittres-excellente pour lebeftail. I’e- ftime que e’eit icy le lieu, dont parle StrAbort, quand il dit, que vers les portes Cafpies, il y à vne plaine fort fertile, & tres- propre pourle haras. Iladjoufte quelle eft capable denourrir vnharas de cinquante-mille cavalles, que les Roys de Perfe ont accouftumc d’y entretenir. Mais cela n’eft pas vray; au moins cela ne fe voit pointaujourd’huy; quoy qu’vn Officier de guerre du Due de Holjlem , qui fe vantoit d’avoir fait le voyage de Tarcane, bien qu’il n’euft point pafte .A(lracha*, ayant efté enquis de la verité de ce haras, ait ofé fouftenir, que ce que Strabon enavoit dit, eftoit veritable. En ces quartiers-là, &c dans les montagnes voifines, 'font les pais de GnawerMaranku,3c àe Dcjchievvend,3c\.e village Hablrans d'rn de D#/»i7,autrement appellc chat if kck / ; dont les habitansm- village exftir- rentexterminezparlecommandementexprésdeSchach-Abas, pcS' à caufe de la vie abominable qu’ils menoient. Ils s’aflem- bloient le foir dans des maifons particulieres, ouapres avoir fait bonne chere, ils tuoient les chandelles, fedeshabilloient, 3c fc meiloienc entr’eux , fans aucun refpcct d age ou de pa¬ rente, Iepereíèrencontrant bien iouvent avec la fille,Ie fils avec fa mere, 3c le frere avec fa iocu r. Schach- Mb
  • *6 VOYAGE DE MÓSCOVIE; Iíles nommées Kelechol & Aalybalvcb. Cette derniere, qui a trois lieues ou Farfangúes, de long,tire íbn nom de ce qu^A y cftant vn jour en peine de trouver de l’eau douce , poureftancheríàíoif, Dieu fit auífí-toft fourdrc vne fontaine d’eau douce, qui s’y trouve encore aujourd’huy. LedouxiémeFevriernouscontinuâmes noftre chemin, par vnpais vny,mais entre-coupé de plufieurs petites rivieres, dont lesprinci paleseftoient 1 T^keru 8c leButuru^&cnouslogeamesla nuiclà hlhefdti; village íitué à 1’entrée de la bruyere de Aíck w, aupied d’vnecolline qui eft tres-fertile,auífi bien que tout Je* reíte du pais, du cofté de la montagne: II appartenoit à vn Of- ficier de guerre , nommé BeJ)er Sulthan, qui avoit íà demeure À fix lieues de là. Les maiíòns de ce village eftoient fort cheti- ves, neftans bafties que de lattes entre-lacées 8c enduites d’ar- Silc. Elies eftoient habitées par des íoldats, aufquels leRoy faiíTe le revenu de fon domaine en ces quartiers-Ià, & leur d°nne des terres, qu’ils font obligez de labourer, tc dc°Brugmá* Cefut en ce village quele fieur Brugnun fit tuer vn Períe à coups de bafton. Son palfrenicr vouloit entrer dans Ia pre¬ miere maifon quil rencontra,avec vndeschevauxqu’ilme- noit en main : le KiÇilbuch , ou íoídat, qui eneftoitlemaiftre, luy dít, que fà maifon eftoit exempte de logement, & qu’avec ceia il n’y avoit pas dequoy loger des chevaux , donnant en mefme temps d’vne baguette,qu’il tenoitàla main,furlatefte du cheval, mais fort legerement. Brugmnn, quivoyoitcette conteftation, íè trouva tellement ofFenfé de la refíftancedu Kifilbach , qu’il mit auffi-toft pied à terre , &c courut droit à luy. Le Kifilbitch , qui dit depuis qu’il ne l’avoit point coanu, ne íè pouvant períuader , qu’vn AmbaíTadeur vouluft luy- meíme commettre cet excés , & qui commeíõIdat,nepou- voit pas íouffrir qu’on 1’affronraft enla maiíòn,íè mit en def- feníè, & donna vn íi bon coup de bafton fur lebrasdel’Am- baíladeur , qu’il fut contraint de crier à 1’aide. Sesdomeftiques accoururent au bruit, & battirent telle- ment le Kifdbach,cjuiy fut bleíle àmort, qu’il euft de la peine a íè traiíher dans vne maiíõnprochaine,pouríèíãuver.Sr//v- ?4?,n^I^'aPasavectoutceIade fe plaindre au Mehemandar ^ G1 iníolencc du Kijiibacb} mais il luy dit, qu’il n’y íçavoitque 1638. Faux miracle d’AIy,
  • ET DE PERSE, LIV. VT. *7 faire. Qu_’il navoitpoint de pouvoir fur les Kifrfkachs ; que 1^38. l’Officiern’eftoitpasfurlelieu, pour luy faire raiíôn, ôcavec cela que celuy qui 1’avoit offenfé, en avoit eítò fi bienchaftie, qu’ilnecroyoitpas qu’il en dull refchapper, &ques‘iln’eftoit pointíâtisfait, qu’il fe fift faireraiíòn, s’ilvouloit. Bruzman fèfaiíànt fort decette permiífion, envoya auíli-toíl: pilfer la maiíòn du Kifilbach, fitemmenerfoncheval, & emporter fes armes. LelendemaimlfitalTembler tousceux de lafuitte, & fitordonneraufondu tambour, que l’on euílàmonteràche- val, & à lortir du village, & que tous ceux qui y voudroient de- meurer, apres que les Ambaflàdeurs en feroient fortis,le pour- roient faire à leurs perils & fortunes. Perfonnc de la cópagnie ne fçavoit fon deííèin, non pas mé- me fon collegue • mais on 1’apprit bien-toft, quand luy-mef- me eftant à cheval, s’eftant arrefté devant lelogisdcs Am- baílãdeurs, dit au Mehem.tndar, qu’il euft à luy repreíènter l’honrime, quil’avoitfrappelejour precedent. Le Mebemxndxr luy dit, que fes bleíTeures 1’empefchoient abfolument de fe le¬ ver 5 mais Brugman, non Content de cela , le fit apporter dans vnecouverture, & nonobftant 1’interceflion depluíieursau- tres Períès, qui luy vinrent faire de grandes lubmiílions, pour tacher d’obtemr le pardon du K.ifilbach,il commanda à vn Ar- menien, qui fcrvoit de truchement pour la langue Turque, nommé warc-Filerofíin, de le battred’vngros bafton , dela mefinefaçon qu’il avoit efté battulejour precedent. Ce maraud luy donna vn grand coup fur le bras, & vn au tre Fait ru"r T1* au coité, dontil acheva de tuer le pauvre Kifdbach, quiremua &ngfcóid.de encore vnpeuj mais quand 1’Armenien voulut retourneràla charge, parle commandement de Brugmxn, il n’y trouva plus devie. Brugman le voyantencéteftatditj Voila qui vabien^ ilacequ’illuyfaut, 6c íètournant versle Mehemandar, & les autres Perfes, il leurdit, que h Schach-Sefi nele vangeoitde 1’afFront qu’il avoit receu, ilreviendroit dans pcu de temps, li bien accompagné, qu’il fêroit en eílat de fe faire juftice luy meíine. Les autres foldats nous fircnt aílez connoiílre, quils ne manquoient ny de volonté ny de courage, pour s’en rellèn- tir, & pour nous tuer tous, & je ne fçay, íi cefutla prefen- cedu Mehem.tndar , qui lesen empefcha 5 mais il eft certain, qu’illeureftoitfort facile de nous aílòmmer, &: quecenefut
  • ag VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. que comme par vn grand miracle, que nous en efchappâm es. Nous fimes cejour-là, quifutie treiziéme Fevrier, deux lieues , par la bruyerc de Mofan , logeámes lcfoir à oba, dans des cabanes de Bergers. Le Mehemandar ■> qui cftoit de- meuré dans le village, nous joignic íur le foir, & nous rap- porta que le Kifilhuch eítoic decedé , & demanda au ficur BruqniAn lecheval , les armes & les autres chofesqu’ilavoit fait prendre audeffund, pour les envoyerà fa veuve Se à les enfans, qu’il avoit laiíTés pauvres 6c miferables. Fobíèrvay cematin, queleSoleiiíèlevoitversl? l-,ft,S»d Eft, ainli que l’aimant declinoit de 24. degrez du Nort vers leWt/?, &à Ob a, jc trouvay le So'eil fur le Midy à la hauteur de quarante degrez quarante-huicl minutes, & ainfi que l’clevation du Pole fous ce Meridian, eftoit de trente-neuf degrez vingt-huict minutes. La cofte de lamer tiroitdu Sud-Vv:ftvcr \cNort- £/?,& nous voyons paroiftreles montagnes de Sc.tmxchievcr$lc Nord. La bmyere <3c Pourcequi eft de labmycre de Molian , lion tient qu’ellea Moan. foixante Fariangues deiong, 6c vingt de large. Les. Turcs.la. nomment MmdunlujÇ, e’eft à dire mille cheminées, ou mille trous, parou la fuméefort , & les Perfes Mog.tn ou Mckm, Elle eft habitée par plufieurspeuples & families , dontlespre- deccíTeurs, qui auoient porte les armes ibus le commandement de f efld, contre Hofjein, furent relcguez en cedefert, & l’on ne' fouiFre point qu’ils demeurent en des villes ny en des villages. L’Eftc lls campent au pied de la montagne, & l’Hyverils lo- gent íous des tentes, dans la bruyere. Ilss’entretiennentdeleurbeftail 5 maisli petitement 5 qu’il neleurreftequafirienj e’eft pourquoy on les appelle Sumek Rajeti, ouparce qued’osenos, e’eftàdiredepereen fils, ils iontfujets auRoy, comme les plus miferables Efclaves,ou parce qu’on leur laiílèà peine dequoy fe couvrir les os. Ce font comme des Sauvages, &. leurs principals families s’appelllent Choice Tfcbaub>tni,Ttkle, Elmenku-, H at^ik-ifilu, Sulthan bdffche- hh Kami, sírdendufehenlu,Chalei%^&íe.le parle en vn autre ttrair- tcparticulierde l’originedecesfamilies, 6c delafaçondlevi- vre de ces peuples. Lc quatorziéme nous fifmes trois lieues,tirans vers les Norr, & nous logeámes la nuietparmy les Hatzjtyilu. Nous v times
  • ET DE PERSE, LIV. VI. v) parle chemin , dansvne Chapelle, le fepulchre de Btiram Ti kU Obaji. C’eftoit vn infigne voleur, qui vivoit du temps de ( Schttch-í_sábdó} Icquels’eftantfait chef d’vne bonne troupe de bandis,incommodoitinceílàmmentle BafJa'j- cjui eftoi t entre en Perfe avec vne arm ée T urque, de forte qu’il ne fe pailoit quail point de jour, qu’iln’envoyaft quelques teftes TurquesauRoy. Ces petits avantages, Se le butin qu’il y faifoit, accrurent faluittejufquesaunombre de douzemilnommes, qui firent plusdemalaux Turcs , que nc faifoit to ute farm ée Royale. Schacb-^ibas reconnut ies iervices,cn J’honorant de la qiulitc dec ban, & en luy dormant lc revenu de quelques villages, & des terres pour foutenir cette nou velle dignité. Nouslogeâmes la mucE fous des huttes, Sc à peine nous eftions -nous couchez,.que nous entendiiines le bruit d’vne grande efcopeteric: ce qui nous donna l’allarme bien chaude, & nous obliged ànous retrancher de noftre bagage, pour nous mettre en deferife. Nous criimes d’abord, queles Kifilbacbs avoient deilein de fe reffentir du mauvais traittement que Brugman avoit fait fairc lejour precedent à vn de leurs cama- rades : mais. nous feeunjes aufli toft, que c’eftoit le Pojhnib Mofcovite,, quiavoit voulu faire peur au fieur Brugman, quoy qu’il nous fift accroire que e’eftoit pour luy faire honneur,dans la croyance qu’il fit femblant d’avoir,que ceflift lejour deíà naiííànce. Le quinziémenous fifmeshuicl lieues par la bruyere,& nous logeâmes à vn quart de lieiie.de la iiviere d’/has. Noftre deflein eftoit de loger cette nuift à Tb&iiati mais nous apprifmes qu'a4reb, chan deScamachie, y eftoit logéavec toute íà Cour, & qu’ii y dcmeureroit encore lelendemain ce qui nous obligeaauflià fejourner leíeiziéme au lieu ou nous eftiõs. Nous avions fujet de nous deffier d’^ireb- C ban, à cauie de ce qui s’eftoit paífé entre nous à noftre premier paílàge: mais il fit connoiftre, que les Perfes ont encore cela de commun avec les Francois, qpTlsibntaftez genereuxpour oublier les injures: Caril ne nous fit point dedèplaifir j au contraire tant que nous fumes en fon Gouvernement, il ne perdit point d’oe- cafion de nous obliger, rejettantla caufe de noftre mauvaiíè intelligence fur le truchement Rujlam, qui nous avoit quittez, D iij 1638. Vokur chcF ‘yne anuéc.
  • 30 VOYAGE DE MOSCOVIE,' l<^' 6c Iequel,àcequ’il difoic,luyavoit faitpluiieurs mauvais rap¬ ports de nous j ne doutanrpoint, qu’iJ ne nous en euft fait au- tant de luy, 6c proteftantques’llletenoit, il Juyferoit tran- cherlatefte. Il nous fitrecevoirpar vn hommede qualitéde íâ luitte, dés qu’il fceut que nous eftions arrivez fur le bord de la riviere d\Aras, 6c nous fit prcfentde trois facs de vin 3 qui nous vinrent bien à propos, parce que cejourdà, 6c le prece¬ dent,nous avions fait fort mauvaife chere. ifet^etbe^, qui nous avoit icrvy de M cheman dar en noftre premier paíla^e j ufquesà'' Air deb if renditauiri la vifite aux AmbaiTadeurs, 6cieurfit pre- íènt d’vne tres-belle levrette. Ledix-feptiéme nous paífaímes la celebre riviere . Cwn-equien pirle en deux divers paiTages j mais en vn lens bien different. Cai au*. livre 5. il la met dans la Perfide ,&cdit, que ion cours tire vers leMidy, 6c au 7. livre, il la faitpafler par la Mede, 6c encrer dans la mer Caipie. Strahon ne s’explique pas mièux. Rade- rus, en ies Commentaires fur Curce, croit rendreces pail ■ fages tres-clairs, en difant que le fleuve de Medus, dans Iequel I’Araxes fe defeharge , coule dabord du Nort auMidy , 6c qu’elle entre dans la mer Cafpie. Mais diet rompe : caril eft impoilible, que cette riviere perce l’liorrible montagnede Taurus, qui a pluiieurs lieues de large, 6c qui coupe toute la Perfe, 6cmefmetoutel’Afie, 6cquellepaifede Perfepolis vers la mer Caipie. Mais la verité eft, qu’i 1 y a deux rivieres de ce mefme nom d’ A raxes en Perfe i 1’vne dans Ja.Mede, l’autre dans la Perfide. Pour celle qui pafle aux murailles de la ville de Perfepolis, aujourd’huy nominee Schiras, Curce 1’appeL le ~Araxes, comme il donne à la laxarte, qui paife aux frontie- res des Scythes lenom deTanais, 6c celuy de Caucafus à la partie Orientale de la montagne de Taurus; dont il feroit bien em- pefche de dire laraifon Les Perfes nomment celle qui eft dans la Perfide Bend-Emir,
  • ET DE PE RSE, LIV. VI. 31 à cauíe d’vn grand miracle, qu’ils croyent qu’^/jya fait,& elle íê deicharge dans I’Ocean aupres du Golfe Periique. Celle que nous paísámès dans les oruyeres de Mgk,tn, con¬ serve encore fon nom , lequel elle tire , ft nous en croyons Eujhthius, dn [not Grec , qui ilgnifie arracher■ oarce qu’en fedébordant, elle arrache Sc entralne bien ibuvent tout ce quelle rencontre. Elle prend la fource dans les mon. tagnes d’Armenie, derriere le grand Ararat., Scfechargeam: des eaux deplufieurs autres rivieres, dont lesprmcipales font Karafu, SenKt,Kerni Sc ^Arpa, elle entreaupresde K..tn*/»,bien avantdansla terre, Sc tombe bicn-toft apresj proche d'Or da- bath, avec vn bruit qui s’entend à plus de deux lieues de là, dans laplaine de Mg km 5 laquelle eft fort bade ,a l’egard del’ Ar- menie ScdcSchirtian. Son cours y ell fort doux, Sc apres qu’elle s’eft j ointe, à dou- ze lieues au deiliis de Tzyuat, avec la riviere de Cur, ou Cyrus, qui n’eft pas moins grande qu’elle, Sc qui vient du code du Nort, dela Georgie ou Gutxjfian, elle entre dans la mer CaC- pie. Dont il paroift que Ptolomée, Sc ceux qui Ie fuivent, fe trompent, quand ils difent, que \’Ataxis Sc le Cyrus entrent dans la mer Calpie par deux differentes emboucheures ■ com- meauili quand ils afleurent que la Villede cyropolis eftoit cel- le , quel'onappelleaujourd’huy Scamtchie. C’eft ce que Ma- ginus infere desdegrezdelatitude,quePtolòméeluy donne : Mais fi cela eftoit, il faudroit mettre ces deux rivieres, non point au delfus, maisau deflous de la V die, vers le Midy - par- ceque nous avons trouvé leur conflans, que les Perfesappel- lent Kanfehan, a trente-neuf degrez, cinquante-quatre minu¬ tes , Sc Scamtichie à quarante degrez cinquante minutes, c’eft à dire á treize lieues de la, Sc fous vn autre meridien. Et en effet nous avons fait autant de chemin entre-deux en voyageant en ces quartiers la. Aulfi n’y a-t il point d’autre riviere ailez belle,ny alfez grofle ,à neuf oudix journées ipresde Scamachte, rant deçà que delà, à qui l’on puiflèdonner cenom. Le dix-feptiéme nousallâmesloger à Txavvxt, ou nous fu¬ mes recens, Sc magnifiquement traiftez par le Mehemandar , que le Chan nous avoit envoyé. Ce village tire fon nom du mot Arabe T^awat, qui ftgnifie paflage, parce qu’au paiEt- ge de cette riviere l’on eft oblige de faire voir les pafte- 163 S.
  • 32 VOYAGE DE M05C0VIE, i C 3 8. ports, adnd’empefcherparcemoyenles Turcs.d’entrerdaiis le Royaume. Le dix-neufviéme nous dimes huic lieues, la pluipart par des landes, & pais dei'ert, couverc de rofeaux, Sc logeâmes la nuid au pied de la montagne de Scamachie, cn trois M-ttaych, ou huttes rondes, que Ton y avoir d redoes pour nous. Ce jour là deceda noilre Peintre nomine Thierry Niemxn , apres avoi r cite pluíicurs mois trauaillé d’vne devrequarte, à laquelleiè joignir vn Hux de ventre, quiI’emportaen quatre jours. IÍ mourut par le chemin dans vne charcttc, Sc parvnmauvais temps. Nous le dimes enterrer le vingt-deuxicme devantla Ville de Scxmxchie, au cimeticre des Armemens,avec les cere¬ monies brdinaires de noilre pais, i p t; 11 mom.Tnic Levingtiéme Fevriernouspartifmesde grand matin, afinde dejcamachie Pader de bonne heure lamonragne de Scamachie, laquclle s’e- llend en ces quartiers là, en forme decroidantvers l’Orient, depuis la mer, le long dela riviere de Cyr, Sc on I’appellela Lerigebiu taclu; à caule d’vn. village, no mm é Lengebm, quieil au haut de la montagne. Lapluye, qui eítoit alorsdfroide, qiie nous croyons ren- trer dans í’hyver,avoir tcllement rompu les chemins,que nous eúmes vne des faícheuíes journées quenous eudions eu en tout noilre voyage. Les Ambadadeurs, &: ccuxquieiloientdesmieuxmontez, arriverent de jour à la Ville j maisles autres nes’yrendirent quebien tard : ilyeneut meimes pludeurs, qui neiliivirenc qu à minuicb,& quelques-vns le lendemain matin. Les chameaux, qui ne pouvoient pas monter, chargez com- me ils eiloient, par vn chemin fi droit 6c d gliiTant, comme ce- luy de la montagne , n’arriverent qu’au bout de huictlours. Le chan nous avoit fait marquer les meimes quartiers, que nous avions eus à noilre premier paílàge: de ibrte que nous nous trouvaiines tous chez les mednes Armeniens,nos anciens holies. Ils nous receurentfort bien,& pour ce qui eil des Am¬ badadeurs, le Chan cut lefoindeleurfaire apporter à fouper deiacuidne. I’eus en mon particnlier pludeurs preiens de mes amis Sc precepteurs, comme de Mxbeb^ily, Molla, d’/mancuh &de Chalti, qui m’cnvoyerent pludeurs plats de ponnnes, de poires &de
  • ET DE PEE.SE, LIV. VI; 3$ 8C de raifins, & me vinrent voir dés le Iendemain, pour fça- 1638. voir ce que javois avance dans Ia connoiílànce deleur lan¬ gue. Le vingt-deuxiéme Fevricr le chan Sc le Calenter vinrent en Le chan trato períònne voirles Ambaílàdeurs, Sc les prierencàíõuperavec rc,es Ambaf- ceux deleur fui tee. Sur le foirle chan envoya des chevaux fadcais- pour les amener dans íôn Palais. II nous craitta magnifique- ment, Sc nous entre tint de difcours fortciviles, Sc d’aucanc plus obligeans, qu’ils ne man querent point dcproduire leurs cffets, pendant Ic fejour que nous fifmcsàScamachie, ou nous demeurafmes cinq fepmaines : durant lefquelles Ton nous di- vertit par plufieurs parties deckalle, & par de grands feftins, qu'il faifoit de temps en temps, pour l’amour de nous. ^4lexei SwinoWits,Ambaifadeur de Mofcovie,en fit vn beau Mars le premier jour de Mars, à I’konneur de la naiilance du Grand DucfonMaiftre. Le troifiéme, le fíxiéme, Sc le dixiéme, Ie Chan nous traitta encore chez luy, pour celebrer leur Naums, eu nouvelan. cha~ lib, Minavxj.ni, ou Aftrologuedu chan m’envoyaen monparti¬ cular pour mes eftreines, vn agneau gras. Le quatorziéme Mars Ton aílèura Are b-Chan de la conti¬ nuation des bonnes graces du Roy, felon leur couftume , par lepreíènt d’vne vefte neufve : parce que quandles chans Sc Gouverneursont fait leurs prefents ordinaires, le Roy les en- ^ Comment le voyeaflelirerparvnexprésdefes bonnes graces, ou defadif- affcurelw rfc grace. Ce qui fe fait de la façon que nous allons dire. L’en- chans <1= ies voyé du Roy s’approchant de trois ou quatre lieues de la ville, bonncs Staccs; en donneavis par vn exprés au Gouverneur, Sc luy fait dire qu’il luy porte de bonnes nouvelles. Le Gouverneur, qui bien fouvent n’eft pas trop aífeuré de revenir, prend conge de la ville, commesiln’ycfevoit jamais retourner, Sc vajufques à vne lieue au devant de 1’envoyé , accompagné de tous fes amis. Dés quel’envoyevoitvenirleGouverneur, il s’arrefte, Sc le Gouverneur met pied à terre, Sc quitte Con épée, fa vefte Sc fon mendil, Sc s’approche en cét eftat de l’envoye, qui tient dans vne caflette, couverte d’vn tapis, vne lettre de grace, avec vne vefte neufve, oubienvnordred’apporterlatefte du Gouverneur. Si onluyenvoye fa grace ilreçoit des mains de II. Partie. E
  • 34 VOYAGE DE M OS CO VIE", l’envoy é Ia veíle,qu’il baife aucoIet,la porte à fon front,&: puis- il s’en reveft. Sil'envoyeaordred’apporter Iatcíle du Gouverneur,ilIa luy fait couper fur Ie champ, la met dans la caílette, & retour- ne fur fes pas. L'ona pluíieurs exemples de ces executions^ tant du temps de Scotch-Abas, que de celuy de Scbach- Sefi- Le pre¬ mier fit executerde cette façon. Ahnud, chan deH cmedan,Kc:- han , Chart iVrumi fiaifunfar Sultan 3 Gouuemeurde Ma. gasburt) & le dernier fit mourir par vn envoyèiarali3 Sulthan de M-k», & M oral Sulthan de Mais celuy-cy les fit étran- gler, & eníiiitte écorcher, & fit mettre leurs peaux, remplies defoin, furle grand chemin 5 parce qu’ils avoient trop lege- rement rendu les places qu’il leuravoit confides. ^ireb-Chan defira que les Ambaílàdeurs fuíTent prefents à vne adtion, qu’ilfçavoit ne luy pouvoir: eftre qu’avantageu- fe, & s’enyvra devant que de partir. Il eiloit monte fur vn fort beau cheval rohan , fans aucunes armes; faiíànt mener en main devant luy plufieurs autres beaux chevaux, richement enharnachez, & ayant aupresdefaperfonne quinze gardes , avec leurs carabines, & vne fuitte d’environ quatre cens hom- mes, outre les Ambaílàdeurs, & le Calenter qui 1’accompagne- rentavec leurs domeiliques, Il marcha en cétordrejufques aujardinduRoy, horsdelaville,.faifantfairehaltede temps en temps , pour, faire boire la compagnie, & faifant dancer cependant plufieurs jeunes garçons, qui n’eiloient entrete- nusprincipalemcntque pourfervir à ce divertiííèment. Ses deux fils, dont 1’aíné n’avoit que vingt ans, Sc le cadet dix- huid, & qui eftoientfçrt bien faits, le iuivoient 3 avecla pluil part des habitans de la villc, & quelques hommes à cheval, qui eiloient couverts de peaux de loup-cervier, &c demouton de JBuchar, & qui portoientau bout d’vne longue perche des te- ftes deTurcs, remplies de foin,& des eilendarts qu’^ireb avoit gagnez fureux. limit pied aterre devant le jardin, Sctrouval’envoye du Roy à 1’entrée, fuivy de trois valets, & tenant la caílette àla main. QuandleCta# fut environ àdix ou douze pas de l’en- voyé, il íè fit oiler la veile & le mendil ailez gayement, mais voyantque 1’envoy é s>arreftoit quelque temps, íàns luy dire mot, ilcormnençaàs’eilonner, & alloitperore conte nance,
  • ET DE PERSE, LIV. VI. ^ quand Fenvoyé Iuy dí t, M, ^4reb ch
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. Le vingt-cinquiéme les Armeniens commencerent leur an„ Les Arnunicns née, 6e d’autant que ce jour-là fe rencontraavec celuydeleur lwTlfioui Pa^ques 5 ilsfirentvne grande Proceifion hors de la viile. Le dc i'a%ucs. Chan la voulut voir , 6c nous fit vn grand feilin, pendant le- quel les Armeniens tinrent leurs Bannieres , leurs Croix , Sc les autres Images devant fa tente : Sans doute pour donner du divertiílèment aux Perfes , parce que quand l’Ambaila- deur,Mofcovite , qui avoit regret de voir ces pauvres gensfi long-temps en cette poilure,leur fit dire qu’ilss’cn allaiTent avec leurs Images, ils reipondirent qu’il ne leur eiloit pas per- mis de fe retirer, fans I’ordreexpres du Chan. Les femmes Ar- meniennesnous donnerent le divertiílement de la daníè, en trois troupes, qui íè relay oient inceilamment les vnesapres les autres. Le Chan nous donna bien duplaifir auiTi,enfaifant Jâcher parmy le peuple deux Ioups, attachez à de longues cor- des, pour les retirer quand on vouloit. II fit auifi abattre la te¬ lle à vn de ces chevreiiils, qu’ils appellent dhu, d’vn ieul coup decimeterre 5 en quoy il fe fervit de cette adrefle , que pre- mi erement il luy fit donner vn coup dans le dos,qui luy fit dref- ier la telle,en forte qu’on nelepouvoitpas manquer.La mu cl L’Ambaffa- fuivante jefuspicqué d’vn icorpion. au Duc^áe^ Ee vingt-fixiéme arriva àScamachie fmamculi^ue le Roy de HoI(loin arri- Perfe envoyoiten qualitdd’AmballadeurauDucde Holjkin, ye à scama- nollre Maiilre. Le chan le pria à difner chez luy avec les Am- baíleurs : Et dés le lendemain ils eurent vne longue confe¬ rence entr’eux , pour reglerle voyage , auquel nous commen- çaímesànous difpoíer depuis ce jour-là. Le vingt.neunéme /mamculi Sulthan vint vifiter les Ambafi. íàdcurs , pour leur dire adieu, 6c pour les alleurer qu’il les fui- vroit infalliblement dans huictjours. ~4bafculi-beg,nof\rcMe- hemandar, prit auííicongédenous, 6cíèmiten chemin pour retourner á la Cour, 6c i’on nous en donna vn autre , nommé HoJ]'eincuti-be%, qui eut ordre de nous conduirejufques fur les frontieres de Perfe. les Ambarta- Le trentiéme nouspartlmes de Scamachie,enh compagnie dcScamachV Cal enter, qui nous conduifirent, avecvn gros cnc* de cavallerie, jufques à vne dcmi-lieue de la ville 5 ouil nous traitta magnifiquement. Apres que nous eumes pris conge de part 6c d autre} avec les dernieres civilités, le chan retourna,
  • ET DE PERSE, LIV. Vt. 57 avec ía coinpagnie, à S camachie, 6c nous prímes le chcmin cie 1 ó 3 8. jjyrmants 5 bu nous arrivâmes furleíoir, apres avoir fait trois bonnes lieues cette apres-difnée. Le dernier Mars nous partimes fur les huict heures du ma¬ tin , 6c íimes ce jour-là ílx lieues, toáíiourspar des montagnes, ou nous ne vimes pas vn feul village. Sur le foir nousarrivâ- mes dans vne vallée au village de Cochanz, ou nous pafsâmes la nuict. Lepremier jour d'Avril nous íimes fept lieues, toujours par Avri l monts&parvallées 5 jufquesau village de Babel, autrementap- pellé Surra 15 à cauíè de la fertilite dupaís, particulierement à cauíè de la quantitédemil,quiy vient en plus grande abon- dance qu’en aucun autre lieu de Períè. Le deuxiéme nous fortímes de la montagne, pour pren¬ dre Ia plaine , laiílàns la roche de Barmach ànoítre droite^ 6c nous appiochans de la mer d’vn quart de lieue. Nous vimes St°^cccs de en paílant, dans 1’efpace de cinq cens pas,plus de trente íour- C ces de Neftc, qui eíl vne efpece d huile medicinale. II y en à entr’autres trois grandes , dans Iefquelles on defcend par des baítons, qui y font mis en forme defchelons, jufquesàquin- ze ou feize pieds en terre. On entendoit d’enhaut íourdre rhuileà gros boiiillons, qui envoyoit vne odeur forte , quoy que celle de la Nefte blanche foit íàns comparaiíbn plus agrea- ble que celle de Ia noire : Car il y en a de deux fortes, mais bien plus de noire que de blanche. Nous íimes ce jour là íix lieues, êdogeâmesle foir au village de Kificht, gueres loin du bord de la mer. Le troifiéme nous ne íimes que deux lieues, 6c logeâmes le foir à Schabran, apres avoir pafle ce jour-la trois petites ri¬ vieres. Ildemeure dans les montagnes de ces quattiers-là vn cer- PaJar>PcuPlc tain peuple , que Ton appelle P&íay. Ce íont desgens quine vivent que* de rapine, & qui courent les grands cheminsjuf. quesàvingt lieues à la ronde, pour attraper les pailans.L’on nous dit, que lejour precedent ils eftoient venus dansle vil¬ lage ; pour s informer du nombre de nos gens, de la façon de noftre marche , & de la garde , que nous faiílons dans les quartiers. Lç Mehcmtndur, 6í les habitans du lieu noirsconfeillerent t E iij
  • 3$ VOYAGE DE MOSCOVIE, 6 3 8. de Ia faire bonne , & de nous tenir íèrrez en marchant, auífr bien qu’en logeant. C’eftpourquoy nousne perdionsplus nô- tre bagage de veue depuis ce temps-là. Ceux de Schabran s’ap- pellent en leur langue K«r, ce quia donné fujet à 1’erreur, qui s’eft coulée dansles journatixdeplufieurs des noftres, quicro- yenc quece íbnticy lespeuples que 1’onappelle Kw&^mais ils íe trompent, parce que les K urdes demeurenc en Kurdejthan ; quieftl’ancienne C7w/c//e;quieftvne Province bien éloignée decelle dontnous parlons. Lequatriemed’Avril nous fimes quatre Iieues par vn pais boílíi ,|mais agreable. Nous crouvâmes en chemin vne carava- ne.de Marchands Mofcovites 6c CircaíTes, qui témoignerent bien de la joye, de fe voir aíTeurez par noftre compagnie , con- tre les couríes de ces voleurs. II en paruc vn., qui nous voulut reconnoiftre 5 mais le Mehe~ mandar dé tacha auííi-toft dix ou douze Perfes, qui luy donne- rentlachaftejufques dans les bois, ouilíe perdit, abandon- nant vn boeuf qu’il avoit volé 5 done le Mehemandar fit prefent aux Ambaílãdeurs. Apres diner nous arrivâmes à Mifchvi ar,, village fitué dans vn marais à deux Iieues de celuy de Niafabath, ou noftre Navire avoit fait naufrage. Les villaçeois, qui nous prenoient pour des ennemis,avoient tout quittè, & s’eftoient retirés dans les bois* mais dés qu’ilsfçeurentnoftre qualitéils íêr’aíleurerent,6c re- vinrent. Nous trouvâmes dans lamaifon d’vn deleurs Preftres plufieurs beaux Livres, eferits à la main. Le cinquiéme nons fmes hui& Iieues, par des chemins cou- verts de bois, & par des deferts, jufquesau village de Koptepe. Nous vimes en chemin le íèpulcre d’vn de leurs Saints, nom- mé PyrSchkh molla lufuf, & trouvâmes vne troupe de vingt- cinq cavaliers,bienmontez,&bienarmez. Us diíbient qu’ils eftoient paílâns des villages voifíns , & qu’ils eftoient con- traints de faire troupe, 6c de voyager en cét eftat,pour s aíTeu- rer contreles voleurs,quibattentinceíTammentlacampagne en ces quartiers-là j mais ils en avoient eux-mefmes bien mieuxla mine que dVnmoulinà vent. Et de fait nous fçeumes depuis, que les habitans du village oil nous logeâmes ce jour- là, eftoient Padars. Leurs maiíons eftoient baftiesíiir la croupe dequelques petites collines, à moitié dans la terre, 6c dans
  • ET DE PERSE, LIV. VÍ. & desbuíííòns d arbres, qui faifoient vneperípective fort agrea- 1638, ble d’vne maifon à!-autre. Le fixiéme nous íifmes tròis Iieues, par vne foreft continuel- le, 6c nous paílafmes les trois rivieres de Koffar, de Samhur 6c de Ku*%an . Celle de Samhur eft la plus confiderable, & íort de Iamontagned’ Ibours, íè íeparant en celieulàen cinq bran¬ ches,dont les lids font fi larges,que nos chevaux enles pailant, n'y avoient point 1’eaujufqu à la my-jambe. Lefeptiéme, apres avoir fait encore trois lieues, nous arri- Arrivent I? vafines ála tres-ancienne ville de Derbent. II n’y eut que quel- Dabciu' quesKifilbachs, quivinrent audevant de nous, parce que le Gouverneur, SchahtWerdi S‘dthan, qui avoit quelquc defmeílé aveciesCavalliers, n’oibitpointfortirdu chafteau j depeur que les Kifilbachs ne s’en rendillent les maiftres. Les Perfes mettent cette ville à 81. degrez de longitude, 8c ie , D'rc[iptioa: i ay trouvee a quarante-vn degre, cinquante minutes de latitu¬ de^ Elle s’eftend du P onant au Levant, 6c a environ vne lieue de long, fur quatre cens cinquante pas communs de large.Elle íert comme de porte au Royaume cie Períe de ce cofté-là, car elle touche d’vn code au pied de la montagne, 6c de l’autre à la nier, 6c de fi pres, que les vagues donnent quelquefois pardefi- fus les muraifles. Les Autheurs Perfes, 6cleshabitansdela ville mefme, di- xandrtfie AIpi‘ lent que c’eft is kinder, c’eft à dire, Alexandre le Grand, qui Grand, la baftie: non point telle qu’on la voit aujourd’huy; (career honneur eft deu à leur Roy N aufehiriian,) mais ieulementle Chafteau , 6c lamuraille, qui clot la ville ducofté du Midy. Ses murailles font fort hautes, 6c ont pour lemoins cinq ou fix piedsd’efpois, 6c à les voir de loing, l’ondiroit qu’ellesiont faites de la plus belle pierre de taille ^ mais quand on en appro- che , I’on trouve que ces pierres font faites de coquilles de moufles broyées, 6c de grez battus 6c fondus, que le temps a tellement endurcis, qu’il n’y a point de marbre qui les iurpafle en dureté. Ie trouvay fur vne des portes,qui reftent du baftiment d’A- lexandreleGrand, vneinfcriptionSyriaque, de troislignes, 6c en vn autre endroit quelques mots Arabes, 6c des characte- res eftrangers, mais tellementmangez parle temps, qu’ils n’e- ftoient plus hfibles. Le chafteau, oil demeure le chan, eft au
  • 40 VOYAGE DE MOSCOVIE, 163 S. haut de la montagne, Sc eft garde par ciilq cens homines, qui font de deux Nations, ^ijurumlu Sc VLotdurjcha.Le íècond quar¬ ter dela ville eft au pied dela mont’agne, Sc eft le plus peuplé, mais vers le bas il eft fort mine, depuis qu'Emir Hemfe„ fils de* Chodxbende, reprit la ville fur Mu/lxfa, Empereur Turc, auquel les habitans s’eftoient rendus volontairement. La partie inferieure, Sc qui touche à lamer, a deux mille pas communs de tour • mais elle eft toute deferte, n’ayant point de maifons, mais enfermant feulement dans fon enclos desJardins, Sc des terres labourables. Elle eftoit autrefois ha- bitée par des Grecs, Sc c’eft pourquoy les Perfes 1’appellent encore aujourd’huy, Schaher Iunan, c’eft à dire, ville Grecque. Tout cette cofte n’eft qu’vne fcule roche • ce qui fait qu’elle eft fort dangereufe pour les vaifleaux. Elle fert de fondcment aux murailles de toute la ville, qui font fi larges, qu’vn cha¬ riot y peut rouler à l’aife. La montagne, qui eft au deftiis de la ville, eft toute couverte de bois, oil l’on voit encore les mines d’vne muraille, qui a plus de cinquante iieues d’eftendue 5 Ja- quelle, à ce que l’on nous difoit, avoit autrefois fervy de com¬ munication, depuis la mer Caipie jufques au Pont Euxin. Elle eftoit encore debout enquelques endroits, jufques à la hau¬ teur de fix à fept pieds, en d’autres elle n’en avoit qu’vn ou deux, Sc en d’autres, elle eftoit tout a fait abattue. L’on y voit auifi iur d’autres collines, des reftes de plufieurs vieux Cha- fteauxj qui faifoient encore connoiftre, qu’ilsavoient efté ba- ftis en quarré. Il y en a encore deux d’entiers, ou il y a garni- fon. Ils ont auifi ça Sc là des reduitsdebois fur toutes les ave¬ nues. Ce qu’il y a de plus remarquable aupres de cette Ville, c’eft Fable de le fepulche de Tx»mtzume, duquel les Perfes racontent cette zumuume. apreseur pGete Fiefuli, qui Pa laifleepar écrit. Ilsdilènt, qu’£;y?/', c’eft ainfi qu’ilsappellent NoftreSei- gneur lefus-Chriji, paílànt vn jour en ces quartiers-là, trouva enfoncheminvne teftedemort, Scdefirant fqavoir à qui elle avoit efté, pria Dieu, auprés duquel il avoit beaucoup de cre¬ dit,de rêdre la vieà ce deffunt5ce que Dieu fit, Sc alors Eijti luy demanda, quid eftoit. Il répondit qu’il s’appelloit T^mtxu- me, qu’il avoit efté Roy de tout ce pai's-la, Sc qu’il eftoit fi puif- fant, qu’il fe confumoit tous les jours en fa Cour autant defel, que
  • ET DE PERSE, LIV. VI. ^ que quarante chamcaux pouvoientporter.QujíI avoit quaran- temille cuifiniers, autantde Muíiciens, autant de Pagespor- tans Ia perle àForeille, Sc autant de valets. Mais ce dit zume à Eifi, Qm es-tu toy ? & quelle eft Ia Reli gion, dont tu fais profeífion ? A quoy Carist répondit, je fuis Eifi, Sc ma Reli¬ gion eft celle qui fauve le monde. Alors T^umt^ume luy dit; à fa bonne heure, je fuis done de ta Religion: mais je te prie, fais queje meure bien-toft • parce qu’ayant efté cy-devantfipuiíl íànt, il me fafeheroit fort de me voir à cette heure fans Royau- me, Sc fans fujets. Eifi exauça íà priere, Sc le fit mourir}8c ceft icy ou eft fon íèpulchre, furlequel il fèvoitvngrosarbre, Sc tout joignant elt élevé vn échaffaud de dix piedsde haut, Sc de feizeen quarré. i 6 3 S. Nous vifmesau deçà de la ville plus de cinq ou fix mille tom- beaux couvers de pierres, bien plus grandes, quen’eft Ia tail- beaux!” tom le ordinaire des hommes, toutes demyrondes, enforme de cylindre, Sc creufes par dedans. Ellesavoient toutes des infcri- ptions Arabefques,ScFondit,quanciennement,toutefois de- puis le temps de Mahomed, il y avoit eu en Mede vn Roy,nom- méKaffan, de naiflãnce o kus (e’eft vn peuple qui demeure en T lubejjer.tr?, derriere la montagne d 'Elbours) lequeleftant entré en guerre aveclesTartares àeDagefihan, qu’ilsappellent Lefgi, leur voulut donner la bataille en ce lieu-là, mais qu’il y fut de-' fait, Sc qu’il fit enterrerles officiers, qui y furent tuez, dans les tombeaux que Fon y voit encore aujourcFhuy. Vers Ia mer il y en avoit quarante autres, cios d’vne muraille,mais fans compa- raifon plus grands que tous les autres. C’eftoient,à leur dire,des fepulçhres d’autant de grands Sei¬ gneurs , Sc Saints Perfonnages,qui avoient efté tuez en la mef- me bataille. Chaquefepulchre avoit íàbanniere. Les Períès nomment ces íèpulchres Tzjltenm, Sc les Turcs; aufti bien que les Tartares, Kerch ler.Les Perfes Sc les Tartares y font leursdevotions, Sc ce lieu-cy eftoitautrefois fort cele¬ bre 5 en forte qu’il s’y faifoit de grandes fondations Sc aumofi- nesj mais aujourd’huy Fon íe contente de le fairegarder par vn vieux bon homme, qui vit des aumoíne qui s’y font, mais aílez petitement. Le Roy Cafj.tn, qui vefcut encore long-temps apres cette bataille, eft enterre aupres de Tabris} fttrvne riviere nommée 11. Par tie ’ F
  • Humcur faf- chcufc dcsha- biuns. 41 VOYAGE DE MÕSCOVIE, j 638. c’eftàdire,eauxameres. L’on montre letombeâudek Reyne BurL, fa femme, aupres de la for cere ill1 d'yrumifc I’on dit qu’ila quarante piedsde long. Nous vifmes le treiziemed’Avril plufieurs Tartares, tanc hommes que femmes, venir la faire leurs devotions , qui con- fiftoient à aller, les vns apres les autres, baifer les fepulchres de ces quarante Saints, fur Icfquels iIs mettoient les mains,cm fai- íànt leurs prieres. C’eftoit le dixiéme deleur Silhatza, auquel ils celeb rent la memoire du Sacrifice d'Abraham. II n’y a point de Chreftiens à Der bent, maisles habitans font tous MufuImans, à la reforve de "quelques Iuifs, qui fe difent efire de laTribu de Benjamin. Auili n’y a-il point de commer¬ ce, finon que les Tartares y amenent forces enfans dérobez,ou desT urcs ou des Mofcovites,qu’ils ont pris en quelque rencon¬ tre, 6c qu’ils y vendent, pour eilre emmenez plus avant dans le Royaume. Les foldats, qui y eftoient en garnifon,. 6c meimes les bour¬ geois , eftoient gens fiers, glorieux Sc infolents, qui tant s’en raut quils nous fiílent civilité, nefaifoient aucontraire que chercheroccafion de nous faire querelle y 6c den veniraux mains avec nous. Le Mehemanditr meime nous advertit de nous tenir fur nos gardes :C eft pourquoy le huidiéme du mois,apres le Prefohe, les Ambaflaaeurs firent des deffenfes bien expreílès, d tous ceux de leur fuitte, de fo prendre de parole, ny de fait,avec au- cunfijldatouhabitant, 6cmefmede fccourirceluyqu’ils ver- roient engage de querelle avec eux5 de peur qual’occafion d’vn particulier, ils ne priftènt pretexte de fe jetter fur tous les autres. Le c.lj.m de Le 9. le chan deTarku, quiavoitvifitéles Ambafladeurs au TaiKi offre premier paflage, leur fit dire, que le chemin que nous avions à AmbaiTadeurs* ™11C Par es Taytares de DAgeJlhun, eftoit fort dangereux, nous r • priant d agreér le convoy qu’il nous oftroit pour nous efoorter. Les Ambafladeurs, confiderans que ces offres venoientdela iiart d’vn Tartarc dcDageJlhan, 6c qu’il n’y auroit pas plus de èureté en fa compagnie, que parmy les voleurs mefines, l’en- voyerent remercier, 6c luy firent dire, qu’ils ne luy vouloient Eas donner cette peine. Nous nelaiflafmes pas cependant de tirçnoftre profit delavis qu’il nous avoit donné, du danger
  • ET DE PERSE., LIV. VI. 43 que nous avions à apprehender de ces Barbares, & nous fifmes 1 38» fairevnereveiie exadte des armes,qui eítoient parmy nous, & lifur trouvé qu’il y avoircinquante-deux, rant moufquets que fu/I/s, dix-neufs paires de piílolers, deux piece, de c-ampame de fonte, 6c quatre pierriers, en citar de fervir. Apresavoir ainíiattendu quelque temps apres imrvmcuU, s= jifPoft„t *, quiavoitpromis de íuivre dans peu de jours, &; nous trouvans dáPart- envnlieu, ouleGouverneur, au lieu de nous fournir des vi- vres, nous les faifoit acheter bien cherement, les Ambaílà- deurs íè reíolurent le douziéme de donner ordre pour Ie de¬ part, ordonnerent quel’on tinftle bagage preíl, &firent di- íiribuer pour quatre jours du pain à toutc la compagnie; parce qu'il y avoit grande apparence que dans ce temps nous nen trouverions pas beaucoup aux lieux ou nous avions à paflèr. í_e treizieme nous eítions dejaacheval, &alhons partir LeGouver- quandl’onnousvint dire, que IeGouverneur avoit fait fermeí IZ t ™-' la porte de Ia ville. Cette nouvelle nous ílirprit, 6c obligea les pefchc dc p.«- Ambafladeurs à luy envoyer le Mebem.tndjr, pour fçavoir le tir‘ fujetde ce procedé. Il fit dire, qu’ayant avis qu ofmin] Prince Tartare, voinfin de Derbent, avoir deilein denous attaquer par Iechemin, 6c de nous extorquer vne rançon exceifive, oude nous piller, 6c queitant refponfable au Roy de ce qui nous pourroit arriver, ilncpouvoitpasconíèntir que nous parti f- fions fans efcorte, laquelle ne pouvant pas eilre prefte cej our- là, il nousprioit d’ateendre julqu’au lendemain. N ous íçavions bien quelle ne nous ferviroit de rien, Sc que le foin qu’il prenoit ne procedoit point d’aucune bonne vo- lontcquileuit pour nous j maisilfalloit faire bonne mine, 6c luy en demeurcr obligez. Seulement l’envoyaiines nous fup_ plier, puis que nous eítions dejaacheval,depermcttre que nous puiiiqns camper hors de la ville, en attendant la commo¬ de del’efcorte. II nous le permit, & nous allâmes camper à vn quart delieuede la ville, aupiedd'vnevigne, fur vn ruif- feau,qui fert de frontiere commune aux Tartaresde D.vrefi- han 6c aux P cries. Nous trouvafmescn celieu-làencore les fepulchres de deux Autres f,pul.- Saints Mahometans, I vn de Pyr Muchur^ dans laplaine, auc^rcs JeSaints pied de la montagne, Sd'autre d’/mam Kurchud danslamon- tagne mefme, Ils difent que ce dernier eftoitparent deMa- F ij
  • 44 VOYAGE DE MOSCOVIE, hornet, Scqu’ilfetenoittoujours à fes pieds , pour cn eilre inftruit. Ils y adjoullent, qu’il a vefcu encore trois censans depuis la mort de Mahomet,Sc qu’il fe retira aupres du Roy Caflitn , qu’il divertiiToit en joixant du Luh, 8c qu’ilanimoit inceflamment à faire la guerre aux Le\°i, par le chant qu’il y meiloit, mais qu’enfin s’amufant à prefcher à ces Barbares,qui eftoient Paycns, pour tafcher de les convertir à la loy de Ma¬ homet, ils le tuerent. Son fepulchre fe voit dans vne grotte, taillée dans le roc.il y a encore vn autre creux dans ce meime roc, ou il y a vn qerqueil Fait de quatreaix cloiiés eníèmble, Sc élevé d’environ quatre pieds de terre. Ie l’avois viíité la veille, Sc n’y avois rien trouve, iinon vne vieillefemme, qui avoit la garde du fepulchre, mais lelendemainjelevisorné d’vn tapis debrocardd’or,Sclepavé couvertd’vnenatte, pour la commodité de ceux , qui y ve- noient faire leurs devotions. II yvintquantitéde femmes ôede filies dela ville, &c de plus loin, qui entrerenttoutes nuds pieds dans la caverne, baifoient le çerçueil, 6c ap res avoir fait leurs prieres,alloientàroffrande à la vieille, à qui elles donnoient, les vnes du bcurre, du froma- ge, du laict, les autres du pain, del’argent, de la cire, & cho- íes íèmblables. Lanuicl iuivantenous yentendifmes vn bruit confusôehorrible,commedeperfonnesqui chantoient, dan- foient Sc pleuroient en mefme temps. Ie n’entendis jamais rien deplus barbare. Le quatorzieme d’Avril nous attendimes encore apres no ere convoyjufquesà troisheuresdujour : mais voyans qu’il n’en venoit point, nous nous mimes en chemin , niarchants en l’or- dre iuivant. Les trois Lieutenansavecleurs foldats, ayans la mechcallu- mée, faiioientl’avant-garde. Apres euxiliivoit vne piece decampagne, de deux livres Sc demie de calibre, fur vn affuft à quatre roues, Sc cn fuitte les quatre pierriers, avec leurattirail ,fur vn chariot. Apres cela marchoient les chameauxavecle bagage , ayans des deux coftés vne partie de la fuitte, commendée par le fieur Crufius, Sea latefte vnTrompette. Apres le bagage marchoit encore vne piece de campagne,Sc cn fuitte Ie iicur Bi ugnuin faifoit 1’arriere-garde,avec ce qui re- iloit de la compagnie.
  • ET DE PERSE, LIV. VI. 45 Encétordrcnousquittâmes lesfrontieresdePerfe,pouren- 1(^38- trer en celles des Tartares de Dagefthan. Ptolomée, Sc ceux quile fuivent, difent, que ce pais eft vne partie de 1’ Albanie , dont £)_. Curce en fait fortir Thaleflris , Reyne des Amazones, qui fut trouver Alexandre le Grand juíques en Hircanie , pour obtenir de luy ce quelesfemmes deftrentplusfouvent qu’elles ne le damandent. Les Períès appellent ces peuples Lvfgi, Sc ils íe nomment eux-meímes Dagejlhcin Tatar ^ c’eft à dire Tartares montagnards, du mot Tag, ou Dag qui fígnifieen leur langue montagne: parcequ’ils demeurent entre les montagnes, Sc dans laplaine au pied des montagnes,quiíòntéloignéesde vingt Sc trente lieu.es de la mer Cafpie, verslePonant. Ils s’eftendent le long de la mer vers lé Nort jufques à TVrk/, environ quarante lieues, & à le prendre par le chemin que nous íifmes. La montagne meíme s’approche quelquefoisjuf- ques à vne demy lieue de la mer, Sc en quelques cndroits elle s’en éloigne de deuxou detrois lieues, ayant dans lesplaines de fort belles Sc bonnes champagnes • fi ce n’eft du cofté de la mer, ou Ton ne voit que des landes & des deíèrts. Les habitansont leteintjaunâtre&bazané, tirant fur le noir, les membres forts Sc robuftes, le viíãge eífroyablement laid, Sc les cheveux , qu’ils ont noirs Sc gras,battans fur les eípaules. Ils font tous barbares Scíauvages. Us font habillez d’vne longue robbe, ou vefte, minime , ou Lcurs habits, noire,d’vn grosvilain drap, par defluslaquelleilsmettentvn manteau de feutre, ou vne peaudemouton. Vn bonnet quar- ré, fait deplufieurs lambeaux de drap, leurcouvre la tefte, Scleurs fouliers fontdepeauxdemouton,oude cheval, tout d 'vne piece, Sc font coufus fur le col du pied Sc au cofté. Ils íònt circoncis , & ont toutes les autres ceremonies des Sont Maho- Turcs ,comme faifansprofeílion de la Religion Mahometa- mctans- ne: mais ils y font ft peu inftruits,qu’il ne faut pas s’eftonner de ce qu’ils ont ft peu de devotion. Ils s’entretiennent du be- ftail qu’ils nourriílènt, dont ils laiílènt le foin aux femmes, pendant qu’ils vont àla petite guerre , volansde touscoftez, & ne faiíàns point de confcience de dérober les enfans de leurs plusproches parens, pour les vendre aux Perfes , Sc aux autres eftrangers j Ce qui eft caufequemeftne entr’eux ils vi- E iij
  • 1638. Xeurs armes. Lc Prince de (CesTartarcs. Comment on Le pa'is d’Of- snin. 46 VOYAGE OE MOSCO VIE, vent dans vne continuelle defiance les vns des autres. Leurs armes deíFenfives , qu ils prennent &: quictent avec I’habit, font la cotte d’armes,le cafque, & la rondache, & les ofFcnfives font, le cimeterre , l’arc , la fleche le javelot, qu’ils lancent de la main, & il n’y a point de fi pauvre par my cux,quin’ai tees, armes. Ils rançonnent tousles Marchands qui y paiTent, &c s’lls ie trouvent les plus forts, ils les pillent entierement,cellpourquoylesCaravanes,qui viennentnail ferpar là,ouferendent fi fortes, qu’elles le peuvent deA'en- dre contre cette canaille , ou elles prennent le chemin de la mer. IIsn’apprehendentnylesPeries,ny les Moicovites , parce qu’iln’y apointd’armeequilespuiile fuivre dans les monta- gnes, ou ils ie retirent ,t|uand on les attaque. Tout ce pais n’eft pasfujetàvnmefme Prince.; au contrai. re,il n yaquafi point de ville qui n’ait fon Seigneur particu- lier. Ilsappellentceluy qui eft le chef ou lc premier de tous, le Scben/Kttl. Il fuccede à fon predecefleur par la voye de I’elcclion , qui s’y fait d’vne façon toute particuliere. Car apres la mortdu schernttl , les autres Seigneurs, ou Myrfu, saíTemblent, & ie mettent en cercle, dans lequel le Preftre dulieujette vnepommed’or, &;ccluy qu’elletouche eft fait 6'c/jew Kn/.Toutefois ion pouvoir n’eft pas fi.abfolu ,que les au¬ tres Seigneurs n’y participent, & qu’ils n’ayent pour luy qu’vne deference fort mediocre. Nous entrames en ce pais, conune nous venons de dire , le quatorziéme d’Avril. Nous fimesce jour-là cinq lieues, paf- ians parplufieurs villages, & par vne belle campagne, &c lo- geâmes le foir dans le pais. d’o/W»,que les autresappellent jfnun ,dans vnvillage, nomme Euftan, aufii bien que celuy qui en eftoit le Seigneur. Il envoya au devant de nous fon fils, avec vneíuittedequinzechevaux, fort bien armés; qui apres le premier compliment, íe retirerent à main gauche, dans vn bois, & nous primesàla droite. Nous logeámes au- pres d’vn village à la campagne , fermansnoftre quartierde noftre bagage, 6c nous ailèurans contre les furpriies de ces vo. leurs, par bon nombre de ientinelles, qui furent pofeesfur tou- tes les advenues. Lc jeune Prince revint fur le ibir, mais il ne vifíta que 1’An-
  • ET DE PERSE, LIV. VL 47 bafladeur Mofco vire, parce qu’il vouloic fçavoir de luy qui 16 5 ff* nous eftions, & quelle fortune il y avoit àfaire avee nous. On luy avoit deftiné vn prefentdedouzeducats, &de troispie¬ ces de fatin de Períè, s'il euft fait Phonneurànos AmbaíTa- deursde leur rendre la vifite : mais il íè contenta de les en- voyer vifiter par deux de fes Officiers, & nous-nous con- tentafmes de le faliier de deux pieces d’artillerie, chargées à baile, lorsquil íortit dechez^Moícovite , pour monter à cheval.. Le quinziéme nous continuaímes noftre voyage par vn pais aíTez boíTu, ou nous eúmes le divertiíTernentdelachafTe du lievre.Ils en levoitcinq ou fixa Iafois, 6cnous en priímesneuf en moins de rien. Apres avoir fait fix lieuês cejour-là, nousarrivafmes fur le La SeiWurie loir dans la Seigneuriede Boinaky&c logeaimeaupres d'vn vil- * Boina,, lage du mefine nom , fur la croupe d’vne colline , laquelle eftoit fi bien efcarpée du cofté de la mer, que nous eilionsen feureté de ce coftè-là, & nous-nous couvrifmes à la tefte de no- ftre camp,d’vn retranchement,que nous fifmes de noftre ba^a- ge, que nous diípoíãfines en forme d Vne demy Lune,bien flan- quee. Le Seigneur de pas beaucoup de fujets, mais enrecompenfe de celail a force Detail; en quoy confiftc tou- tefarichefie. Le fieur Brugman íè fafcha, de ce que ces gens s’amuloient à nous regarder, comme vne chofe qu’ils n'avoient jamais veue, &vouloitque l’on draft quelques coups de moufquet ^pertinence parmy eux, mais fans bale, pour les eftonner ieulement, & ^ enrageoit de ce qu’onnevouloitpointexecuter vneomman- dement fi impertinent, qui nous euft fans doute coufté la vie a tous. Car ces barbares, qui eftoient fiers & mefehans , & qui temoignoient bien fans cela, quMs nemanquoient point de volonté, &qu’ils nedemandoientqu’vn pretexte, pour nous attaquer, grondoient de ce que l’on avoit de la peine à les fouffrirlà, & nous dirent fort bien, que la terre eftoit plu- toft á eux qu a nous, & qu’ils avoient autant de droit que nous des’y tenir. Que nous n’avions que faire de les menacer, qu’ils avouoient que nous eftions plus forts qu’eux , mais qu’au moindre fignequele SchemKt/leur donneroit, ilss’aftemble- roiens en afiez grandnombre, pour nous aflommer tout au-
  • i<5 3 8. ÀmbafTaJeiU' Polonois tué. L’Authcur ei danger d’eftre pris par les Tartaics. 48 VOYAGE DE MOSCOVIE, tant que noas eftions. Quails ne íè íòucioient ny du Roy de Perfe, ny du Grand Due de Mofcovie, qu’ils eftoient Dageft- han, èc qu’ilsne reconnoiílbient pour Superieurque Dieu. Ils ne voulurent pas permettre d’abord que nous allallions querir de 1’eau, fmon en payant j mais voyans que le puits,ou il falloit aller querir, eítoit dans la porrée de noílre artillerie, Seque nous-nous mettionsen devoir de nous enouvrir le paíTage, ils le retirerenr. Le Scheml^ilnous envoya dire le foir bien tard,que nous-nous donnaffions bien garde de partir le lendemain, qu’il n’euft au- paravant envoyé viilter noftre bagage, pour voir fi nous ne portions point de marchandiles. Les Ambailadeurs Iuyfirent dire, qu’ils n’eftoient point Marchands, mais Ambailadeurs, Sc qu’en cette qualité ilsavoient droit de paflerpar tout, Ians payer. Qifilspretendoientíèíèrvirde cétavantage, Se quell le SchemK*l lemettoit en eftat de leur faire violence, ilsfe- roient cequele droit des gens Se la nature leur permettoienc de faire, pour repoufler la force. Depuis celanous n’en ouimes plus parler. I’ayiceudedepuis,quel’Amballadeur Polonois, que nous rencontrafmes en venant, Se duquel j’ayparlecy-deilus, Ilo- geant, à fon retour, en ce mefme lieu, avoit pris querelle awee ceuxde Bointk, Se qu’ilfut tué avec tous ceux de la luitte} ai la referve de trois valets, qui trouverent moyen de regagner Da- bent , d’oule Mehemandar, quil’avoit conduit jufques-là, les ramena à la Cour. Pendant qu’ils y demeurerent le Roy leur lit donner à chacun trois Abas par jour, jufques àce qu’il euft trouvé la commodité de les renvoyer chez eux; fe íèrvant pour céteffetde l’occafion d’vne AmbaiTade , quele Grand Due de Mofcovie luy avoit envoy ée. Lefeiziéme nous partifmes dcs le grand matin, Searrivaf- mesdebonneheuredans les terres du Princede TarKu, oiiil nes’enfallutpasbeaucoupquejene tomballe entre les mains de ces barbares. Car ayant feeu, que nous n’eftions qu’a vn bon quart de lieué de lamer, je me détachay de la compagnie, aveclacontre-maiftre, Corneille NicolaiTon, pourallervoir le bord, Sc pour en obferver la fituanon 5 mais à peine y fumes nous arrivez, que nous découvrifmes de loin deux Tartares, luivis, à deux ou trois cens pas, de huict autres, qui desqi’ils IOUS
  • ET DE PERSE, LÍV. VI. 49 nous appcrceurent, doublerent Iepas, pour venir à nous5mais 1638. nous regagnâmes auílí-toft le chemin de la route. Les dèux premiers, voyans que nous faifíons retraitte, nous íuivirent à route bride , lejavelotàla main 3 juíques à ce que Jeshuiét au- tres , fe doutans que nous neferionspcut-eftre pas íeulsen ces quartiers-là, monterent fur vne colline, pour decouvrir Ie país, fk ayans veu toute Ia compagnie , de laquelle nous ne pou- vions eftre éloignés qu’environ delaportée du moufquet,ils rappellerent les deux autres, leur faiíàns entendre qu’ils ne trouveroient point davantageà nous pouríiiivre. Et de fait ils fe mirent auili-toít au pas, 6c s’approchercnt tous eníèmble de la compagnie , Ia Íãlíierent, admirerent la façon de nos ha- bics , & eurent la curiofité de voir nos piftolets, mais 011 ne leur en donna point à manier. De forte que voyans qu’il n’y avoit rien à gagncr avecnous, ils nousquitterent, & s’enal- Jerentà travers champs. Nous vimes cejour^làpluíieurs trou¬ pes de ces Tartares,dont les vns fe prefentoient devant, les au¬ tres derriere nous. Les vns ne firent que pafler, les autres nousaccompagnerent vn quart de lieue. II y eneutmeíines qui voulurent voir íl nous íõufFririons qu’ils coupaílènt à travers denoftre marche, mais nous ne Ie voulumes pas permettre. Apres avoir fait fept lieucs ce-jour - là , nous arrivâmes arrirent 1 fur le foir devant la viílede Tarkit, 8c campâmes hors dela Ta,'K“* ville , aupres d’vne belle fontaine , à vn quart de lieue de la mer. Lelendemain dix-feptíéme d’Avril, Ie Seigneur dulieu nous enyoya fon frere,accompagné de trois autres perfonnes de qua- lité, pour nous complimenter, 6c nous ofFrir fon amide 6c ibn fervice. La makdie du Chan 1’cmpefchoit de nous viiiter en perion- ne, 6c les Ambaílàdeursl’ayansfçeu, luy envoyerent leur Me- decin, tant pourle remercier de fes civilites,que pour luy ofFrir y foníècours,pourlerecouvrementdefaiànté. Ilseníèrvit, 6c en fut foulagé 3 de forte qu'au bout de quelques jours, il envoya faire complimentaux Ambaílàdeurs, 6c les remercia du iom qu’ils avoient eu de luy. C’eftoit vn Seigneur d’environ trcnte-huicb ans, nommé Suwhou dun, 6c il diibit qu il CtOit defccndu des Roys dePerfe, II. Parfie. G
  • JO VÔYAGE DE MOSCOVIE, 163 8. avec lefquclsil vivoitcn fi bonne intelligence , que quand les Dageflhans fc font la guerre entr’eux , celuy-cy implore le fe- eours du Sch*chyqui ne manque point de fe declarer pouríès interefts. Son authorité eftaiíez grande parmy eux; mais non pas fi abíolue pourtant, que plufieurs Myrfts, de íes parens, n’ayent auííi part au Gouvernement. Meímeil avoit vn ne- veu, fiis de ion cadet, qui eftoit Seigneur d’vne parde«dela ville. Je Da-cilha!' *-a v^e de Tílyku , qui eft la principal de tout Ie Dagefian J. 0 cft fituée dans la monragne, entre des rochers fort efearpez, Sc qui font fi pleins de coquilles, qu’il icmblequ’ils nelbnt compofez que de cela, n’y ayant point d’eipace de lalargeurde la main, oil Ton n’en trouve pour !e moins cinq ou fixla. plus- part de la grandeur d’vne noix. Le roc yeft dur comme des cailloux,mais cela n’empefche point, qu’iln’y ait de fort bel¬ les prairies fur le haut de la montagne. De ces rochers fortent plufieurs belles fources, qui en dccou- lent de tous cofies, 6c qui entrent dans la ville avec vn mu-mu- re fort agreable. La ville n’a point de murailles, 6c a ennron mille maifons, bafties à la Perfienne, mais non pas fi bienJL’on noiiimecesTartares,commeauíficeux de Boina.k , 6c les au~ tresquidemeurent vers le Nort, K*ú*k 3 mais l’on appelle ccux qui demeure derriereTar/Ç» , dans la montagne , vers Ie Ponant,K«w*k,onKayÁK«w«k,quionc quafi tous Ieurs Sei¬ gneurs particuliers. Les habitans deTa,k« ne font pas moins barbares & inef. chans que ceux de BomaR\ mais les femmes 6c les filles efioient plus civiles. Elies one toutes le viíage découvret, 6c ne font point referrecs comme celles de Perie. Les filles ont les che- veux nodes en quarante trefles , qui leur pendent alcntour de la tefic,6c cllesne faiioient point de cíimculté de fe faire re- garder, 6c de Jaifier manicr leurs cheveux. Jiabiftl'parmy Nous renconrrâmes-là vn viellard, nommé Mathias Mag. ksTarc^es- 1 mxr ■> nabf tioniugen, en la Duche de V virtemberg- DequcI ayant autrefois quitté fon meftier de tiiTeran , pouralkrala guerre de Hongrie , tomba entre les mains desTurcs;, qui l’avoient vendu à ces Tartares. 11 avoit efté circoncis, 6c avoit quafi oublié l’AUeman : il nous dit neantmoins, qu’il ^ftoit Ckrefiien, 6c qu’il croyoit en yn fçulpjeu trois per-
  • ET DE PERSE, LIV. VI. ,, forties. II nous recita ruiffi 1’Orailõn Dominicale, niais avec ií ji' peine. Lcs oftres d amitic & de íervice, que Surkou Chan nousavoit íàitíãire, nous avoient en quelqueíòrte perfuadés, que nous y cftions en íêurece,fousfã protection j mais nous trouvaímei depuis, que nous eftions dans Ie plus grand danger, ou nous ayons efté en tout no fire voyage. Et de fait pendant les cin q fepmaines, que nous fumes encore parmy lesTartares, nous n’entendions parler que de voler, depiller, de tuer Sc d’af- fommer. Nouspriaiines Ie Mehemandar de nous accompagncr jufques à terkt , fur les frontieres de Mofcovie, ou au moins de nous lailler les chameaux & 1’autre monture , veulepcu d’apparence qu’il yavoitd’enobtenirdesTartares, Sc en re- connoiiTance de ce fervice nous Iuy promiiines vne recompen- fefort coniiderable : maisilnous dit, qu’illuyavoit efté ex- prciTement commandé de nousconduire jufques à Tar^i*, Sc qu’il y alloit deíà vie, s’ll entreprenoit d’exceder fes ordres. Let AmbaiTa- Que nous pouvions traitter avec les condudeurs des cha- deurs fc trou- meaux, Sc qu’il nous y fefviroit * mais au lieu de nous obliger SeeT ^ cn cela , il ie retira la nuid fuivante avec eux, fans dire mot. ° * Cette retraitte nous laiílà d’autant plus eftonnez, que lejour fuivant deux femmes, qui nous vendoient du laid , Sc qui di- loientqu’elles eftoient Mofcovites de naidance Sc Chreftien- nes, Sc qu ellcs avoient efté dérobées en Ieurjeimefle, Sc ma- nees en ce pais-là, nous vinrent avertir, que les Tartaresa- voient eu dciTein de nous tuer tous 5 parce qu’ils croyioent que nous emportions avec nous vn Treior depluiieurs millions. Que ceux d’ofmin Sc de Boin*k, avoient envoyc dire à Surk^tt chan, que nous avions paifo chez eux,Sc qu’au lieu de payer les droits de nos marcbandifes Sc denoftrebagage , nous avions efte aftez iniolents pour les menacer, Sc pour les mal- traitter de paroles. ! Quails avoient refolu enfemble de nous attaquer, detuer routes les perfonnes d age , Sc d’emmener Ie rcfte dans vn mi- lcrable cfclava^e , Sc que pour cét effet ils avoient envoyé eurs courriers a Sur{ou chan, Sc qu’il y en eftoit pafie vn pour lc Sc hem k al Nous filines fort bonne mine en la preicnce de ces femmes, Sc fi lines iemblant de n eftre pas fort en peine de ce que lesTartarespourroientfaire 5 parce qu’en effet nous ae Gij
  • 5* VOYAGE DE MOSCOVIE,' 163S. fçavions pas ft nous y devions adjouftcr foy : mais nous nelaif- iaimespasd’en faire noftrc profit • Sc d’autant plus quenous voyons, que Ton ne ic metcoic point en devoir denous donner voiturc , Sc quenous yvifmesarrivervnetroupe dequarante Tartares de Hoimk, 8c qu’a toute heureilsfe communiquoient par des Courriers, comme pour 1 execution de quel que grand deílèin. Les Ambafíàdeurs, apres avoir aíTembléles principaux de la compagnic, Sc remonítré le danger ou nous-nous trouvions, firent mettre en deliberation ce qu’il y auroit à faire. II fut dir, que veritablement il eufb efté fort à propos de bien traitter ces Barbares, au lieu de les irriter, comme l’onavoitfaitjmais puif. que e’eftoit vne chofe faite, qu’il falloit prendre vne bonne re- iolution, faire provifion de courage, Sc s’animer les vns les au- tres en combattant vaillamment, Sc en vendant noftrc vie bien chere à ceux qui la voudroientavoir. Qu^uift bien il n’y avoir point d’autre moyen de fe iauver, parce qu’ayans des deux co- ftés des montagnes Sc des rochers inaccefllbles, derriere nous lamer, Sc devant nous les Tartares, il y avoit plus d’a vantage en cette extremité à mourir honorablcment, que detomber vifs entre Jes mains de ces barbares. Noftrc plus grand maleftoit, que nous nevivions pas inous meftnes en fortbonne intelligence entre nous. Le fteur Brug- rrun faiibit fa cabale à part, Sc reprenoit Sc condamnoit tornt ce que les autres difoient, fur tout ceux d’entre nous, qui faiilions profelfion de lettres. wTbxuel certain qu'au lieu de contribuer à Ieur cbnfervation, *isn. S il eút volontiers aided les pcrdre,s’iH’euft pu faire, fans qu’il euft luy-meime couru rifque de la vie. Nousfcumesdepuis, que le deifeindes Tartares eftoit en efFetdenousattaquer, Sc qu’ils l’euftentfait, ft le Schemkxl, 3uielperoitd’avoirle burin íêul, Sc quicroyoit nous attraper vne autre façon, ne s’y fuft oppofé. Il nous envoya dire par vn exprés, que nous euflions à prendre noftre chemin parle pont de batteaux, au delfus de la ville de fa refidence ordinai¬ re, Sc que fi nous prenions vn aurre chemin, meftne celuydit bord de la mer, ou l’on peut pafler la riviere en batteau, ilnous traitteroit en ennemis. Apres que ccluy qu'il nous envoya pour faire cebeai dif-
  • ET DE PERSE, LIV. VI! 53 conrs,l’euíl:achevé,iIíèvoulut lever 6c partir, mais 1’Ambaf- i 6 3$. íâdeurMofcovite, lefaifiílàntparlebras,leretint, 6cluydir, Dyàton Schevnz.il, qu’il n’a que faire de nous indiquer noítre chemin : Nous prendrons celuy qu’il nous plaira: II eftvray, qu’il ne luy ferapas fort difficile de faire afTommervnepoi- gnéedegensj mais qu’il fçache, que le Tt&ar, qui eft celuy qui eft le plus intereíTc en cetteAmbaíIãde,ne manquera point des’enreiTentir, 6c de vanger noftre mort bien cruellemenr*. Illerenvoyaaveccette réponfe brufque, mais forte, qui fit quitter aux Tartaresledeílèinqu ils avoient de nous attaquer de lafaçon qu’ils avoient reíòlu, 6c les obligeaà changer de façon de proceder: de forte que le vingtiéme d’Avril nous cu¬ mes vnevifite de quatrePrinces Tartares, quidifiierent avec les Ambafíãdeurs dans leur tente, 6c qui ne furentpoint mal traittez, pour le lieu ou nous-nous trouvions. T out leur entre- tien n’eftoit que de voIer,6c de dcrober,6cvendre des homines. Ilyeneutvncntr autres, qui dit, quedetoutelafepmaine il navoit píi dérober qu’vne lèule filie. Apres qu’ils furent partis, le frere du Prince d'ojmin nous vint vifiter. 11 eftoit allez civil, 6c nous fit forces offres de íèrvice. Apres luy vint le D*rug.i de lavillede Tatkn. Nous luy demandafines Ia raiíon pourquoy 1’on tardoittantànous donnerlavoiture neceflàirepournôtre bagage. Ilnousditfranchement, que nous ne ladevions pas eíperer, que nous n’eulfionsfait vn prefent à Sumo» ch.w. On lis enr.ycnt Iuyenenvoya vn dés le lendemain * fçavoirvne paire de bra- vn Prcfent à celetsd or, vne livre de tabac, vnpiftolet, vn fuzil, vn barilSc lcn KlI‘ de poudre, deux pieces de íãtin de Perfe, 6c plufieurs fortes d’efpiceries,Iuy faiíans dire,qu’on luy envoyeroit vn baril d’cau de vie, dés que nous íèrions arrivez à 7 erfy. Ce preíènt luy fat fi agreable, qu’il promit aulfi-toft de nous faire avoir de la voitu- repourdel’argenr,&priales Ambaílàdeursàdiíncrchez luy. Ils mirent d’abord en deliberation s’ils y iroient ou non : mais rr;c »’ enfinilfutreíolu, qu’ils yiroient avec vne íuite de quatre per- -Lr* fonnes. La nappe eftoit miíè aterre, à Ia mode dePerfe, 6clefeftin Pamcularitcx confiftoit en quatre plats, ou il y avoitdepetiteslefche; de du ící"tin- mouton roily, enfilées dans des brochettes de bois, quelques merlans, 6c du laict caillé, ôc en quatre écuclles du ris, ac- commodé avec des raifins au Soleil, 6c charge de plufieurs G iij‘
  • 1638. Autre fefti: Tartare. 54 VOYAGE DE MOSCO VIE,* piecesdemouton. L’Efcuyer trencliantíè mitaubeaumiliiea des plats, 6c apres avoir rompu le pain, ou le gafteau, qui eftoit fort long, 6c épois d’vn doigt, il enjetravnmorceauà chacundesconviés. Il deichira auiTi la viande 6c le poiiTon, en petits morceaux, n’employanta cela que les mains, qu’il n'a- voitpasmoins noires quelevifàge: en forte que Ia graiílè luy coulant entre les doigts, 6c s’y meilant avec la craiTe, dont elle prenoit la couleur, acheva de nous oiler le peu d’envie que nous avions de manger. Il fallut neantmoins avoir de la complaiíânce. Ils nenotis donnerent à boireque de Peau, dans de grands verres â biere à P Allcmande, 6c puis de Peau devie , dans des taílès d’argent. Apres diiner ils voulurent oiiir noilre mufique, que nous en- voyâmes querir,6e apres vn divertiflement de trois heures,Pon iervit encore vne fois. I’y remarquay, entre les autres viandes, lefoye 6c la queue d’vn mouton, quin’eftoit que graiílè, 6c pe- foit pour le moins cinq ou fix livres. V n des tranchans (car à ce fecond fervice il y en eut trois)Ies liacha en femble fort menu, les íàla tres-bien, 6c les fervitainfi avec la main, àpleinespoignées.Ilíèmbloitá voir cette vian¬ de, qu’elle avoit déja efté vne fois maíchée, 6c neantmoins elle n eftoit pas ft mauvaiic, qu’elle eftoit dégoutante. Apres avoir achevé de manger nous-nous retirâmes chez nous. i Le lendemain vingt-vniéme Avril, vn des autres Princes, nommé im.xm Myrfa,priales Ambaílàdeursàdifner. Il eftoit fort j eune, n’ayant pas encore atteint l’aage de dix-huicb ans, 6c eftoit nd d’vn frere de Surchou chan, 6c d’vne femme de naif- fancc KaftmuKa. Ses domeftiques nousdifoient, que Sumoit Chan avoit vfurpé la Principauté fur luy, 6c qu’il n’eftoit pas mefme en íèureté de ia vie, à caufe de fon oncle. La nappe eftoit mife dans vne grande falle, ou nous-nousaf- fimes avec imam Myrfa, 6c avec quelquesautres Seigneurs du pais, fur des chaifes, à vne table ailez balle. Nous fumes íàns comparaifon mieux traittez quele jour {irccedent, 6c les viandes y eftoient mieux appreftdes. L’on èrvit entr’autres vn agneau gras entier , rofty, dont chacun prenoit ce qu il vouloit. Ils neíè íèrvoient point de coufteaux, mais ils déchiroientla viande , 6c je remarquay que quand quelqu’vn avoit mange la viande d’vn os , fon voifin ne laif-
  • ET DE PERSE, LTV. VE yy foit pas dele prendre, Se bien íbuvcncil paíloit à la troifiéme ou i ó 3 8. quatriémeinain, Se jufqu’acc que celuy qui n’y trouvoit plus ríen, le caílàíl, pour en tirerla moíiellc. *• Leurs vaies àboire eítoient des cornes de vaches creuíees 3 Sc leur bo:ílon, vn certain breuvage, qu’ils appellent brafg.i qu’ils font de millet, & à le voir il ne reflèmble pas mal en couleur,Se en confiftence à la lie de biere. Ils en boivent avec delices,auífi bien que del’eaudevie ,Seilss’enyvrerenten moins de rien íl fort, que nonobfhnt la prefence de leur Prince, ils faifoient vn bruit qui euft empefche d’oiiirletonnerre. Les Tartares, apres nous avoir trai dez de la forte, nous per- mirent de prendre congé, Sc demeurerent fbrt íatisfaits dela cliere q tills croyoientnous avoir faite. Quelques jours apres les AmbaíTadeurs furent encore trait- tez par vn autre Prince, nommé Emir chan , qui leur rendit auífi la vifite •, mais tout ce que ces barbares en faifoient,n’eftoit que pour avoir des prefents. Levingt-troifiéme leJDurug» nons fit avoir des charettes pour noftrebagage.Nous les chargeâmes auífi-toíl, à deílein de partir lelendemainj mais fur le foir Suntou ch in nous en- voya dire, qu’il avoir advis certain, que Sulthan Mahmud, e’eft amfi que s’appelloit le SchtmK.nl, s’eftoit íâifi de tous lespaílã- ges de la riviere de K oifu, à deílein de nous arrefter, Se de nous rançonner, Seque cela l’empefchoit de nous laiífer partir. Sur le foir bien tard arnverent aupres de T ar km vingt cava¬ liers,bien montez Searmez,qui vinrent camper auprés de nô- tre quartier. Les Ambaílàdeurs s’eftans fait accompagner de quelques moufquetaires, les allerent voir , pourfçavoird’ou ils venoient, Sc le deílein qu’ils avoient. Ils repondirent que le Prince d’0/W«, les envoyoit au Schenns.nl, pour luy dire, que quelques Ambaílàdeurs eftrangers, amis du Roy de Períc , Se du'/'^wrde Mofcovie , eílans arrivez chez luy , il les avoit laiíTé nailer, íàns leur fa: re payer aucuns droits oupeages, Se pour leprierd’en vferdemeíineaveceux3ce que le Schen,K
  • VOYAGE DE MOSCOVIE, i ^ 3 8. vantlejour, & incontinent apres nous vimes chez nous deux ieuroftícpaíTa- cnvoyez de Sultan Mahmud, qui demandcrent aux AmbaiTa- deursJe fujetduretardementdeleur voyage, & leur oíFrirent toute Ia faveur & tout le fecours imaginable pour leur paíTi^Cj pourveu quils priífent le chemin qu’il leur avoit indiqué.°À peineces envoyezeftoicnt partis, queSurkou Chan nous vine voir, & furcc queles Ambaílàdeursluy demanderent , pour- quoy il les empefchoit de partir, il leur dlt, que les chevaux & les beufs, que nous avions loúez, eftoient prefts, & que nous pourrions partir quand il nous plairoit, en íuy dormant vne re- Connoillãnce par écrit 5 comme nous avions voulu partir,non- obftant l’advis qu’il nous avoit donné, de Ia mauvaife volonté du SchemKal-, parce que íans cela il feroit oblige de répondre au Roy de Períe, & au Grand Due de Mofcovie, des malheurs qui nous pourroient arriver. Quil connoiiToit le SchemKtl mieux que nous.Qjfil ne fe foucioit ny de Dieu ny du diable,ny d’aucun Prince eftranger. Qiul fejoiioit de fa parole. Que fon plus grand diverriíTement eftoit devoler Sc de répandreleímg, & qu’il valoit mieux attendre encore huit j ours, dans Pefcuels il nous promettoitdenous donner efcorte íuffiíànte , fatb la- quelle nous nepouvions pas eiperer depaiTerdans lesterresde ce Prince, il nous nenousrefolvions de liazarder noftre vie, Sc de perdre tout noftre bagage. Que dans ce temps-là arri veroit fans doute 1’Ambaílàdcur de Perie, aveedes lettresde recom- mandation du Roy j veu que íãns celail n’oferoitpas entre- prendre de nous efcorter * de peur d’attirer fur luy l’inimitie de «tous les autres Tartares. Ce difeours nous mit dans vne grande perplexité; par ce que nous coniiderions, que 1’arrivéede rAmbaiTadcur de Perfe eftoitf(frtincertaine,ÔC que cependant nous avions à crain. dre de Suntou chan les mefmes choíès, qu’il nous vouloic U Gouvcrncur ^aireaPPre^en^er faSchemfytl. Nous depeichames vn cour- aeT«Ki leLr ncr au vveiiiode de Terki, pour le prier de nous envoyer vne refufe cfcorte. efeorte de Strelits, capable de nous afleurer contre les Tar- taresimais il n’en voulut rien faire. Surkou char, depefeha auifi vn exp rés à Derbent, pour fçavoir de l’Ambailadeur le temps, dans lequel il pourroit arriver à TarKu : maisil nous fit direau bout de quelques jours,qu’il eftoit vray,que fonhome eftoit re- venu ,mais qu’il avoiteftéaíTezmaladviíé ,pourmettrelalet- tre,
  • ET DE PERSE, LIV. VI. tre qu’/mamcuh Sulthan luy avoic donnée, ‘ dans fon carquois 1638. & quill’avoitperdue, en vtoulant tirer vne fléche fur vne be- ltej deforce qu’ilavoitefl:écontraint de le renvoyer. Toutes cesfaçons de faire augmenterenc bien 1’ombrage , que nous avions íujet de prendre de fon procedé, mais cequi acheva de nous eítonner, cefut Ja retraictede quelques marchands Ar- meniens;ilefquelss’eftansli joints à nous, à deflèin de crou- ver plus de feurete, en faiíàntle voyage ennoftre compaenic e retire rent dans la ville, fur vn advis qu on leur donna que deux cens Tartares avoient forme vne entreprife fur noftre quartier , pour nous y forcer. Outre celal’incommodité que 3 »a Cijuie<;iu mauvais temps, augmentoit bicn oitrc deplaifir: car les pluyes continuelles n’avoient pas feu. lement detrempe nos tentes & nos habits, mais elles nous cm- peichoient ablolument de faire du feu , pour nous chauffer & mefme pour faire Ja çuiííne. II n’ya point d’eilataifez de¬ plorable , pour pouyoir eftre compare à celuy ou nous nous trouvions, abandonnez que nous eftions d vn chacun dé pourveus de tout, & deflituez de confeil & de refolution n’o- ians pas mefhie entrer dans les huctesdes Tartares; parceque kouCban nous avoit luy mefme advertis,que nous y cournõs rifqued eílre enleves & vendus. Et de fait, le vinee-feptié meAvnl vndenos foldats, nommé Gt,UUumeHoye Eicof V"Tr°,Jat Ei>- fois s’eflant vn pen crop éloigné du quartier,futfi biendé- pric/xta. robbe par les Tartares, que nousn’en púmes jamais fcavoir rcs- de nouve les, quclque recherche que nous en fiffions. Nous lçeumes depuis, qu’on l’avoit emmené danslaforcereflede Sa- cbur, a cinq ou fix lieues de TarKu. Cejour-là il nous arriva encore vn autre malheur • en ce que nos gens s’amufans à tirer de l’arc, & noftre Canonier s’e- Uantapprochc de crop prés du blanc, pour amaflér vne fléche j vn valet Mofcovitelebleiladanslepetitventre,dont il mou- rut lelendemain. Le Moicovite témoigna vn regret fi fenfible de cét acci¬ dent , qu il voulut qu’on le fill: mourir} mais l’affaire ayant eilé mile en deliberation, Ton jugeaqu’iln’y avoir point eu dedef- iein; deforce qu’on le remit en liberté , mefme en partie en consideration de la pneredu Canonnier. Nous enterrâmesle dertunót du confeil de quelques femmes Tartares, qui eftoient 11. Partie jq
  • 5? VOYAGE DE MOSCOVIE, Chreftiennes, aulieuoucftoientnoschevaux, & fifmes faire vneautrefofle hors du quartier, dans lequel Ton fit defcendre vn cercueil vuide; parce que l’on eftoit aíTcuré, qu'apres noftre depart les Tar tares feroient deterrer le corps , pour le faire manger aux chiens. II y mourut auffi vn riche MarchandMot covite. L’on embauftna ion corps, qui fut porté à TerKi, ouil futenterréaucemitiere de ceux de fa Religion. Parmy toutes ces difgraces 6c afflictions, lesTartares ne iaifloient pas de nous obliger quail tous les jours àleur faire oiiir noftre mufiquejqui, pour dire la verité, n’eftoit gueres diflemblableà celle , que les enfans dlirael chantoienc autrefois aux rives de Babvlo- ne. ; , Le i. jour de May nous depéchaímes vn homme à Sulthan Lc so^k.iI Pour luy demander paflage.Noftre envoyé revint le accordclc Paf. lendemain, avec quatre Tartares, qui nous dirent de la part fige, & doniK duit/jtwKrf/jqu'ilavoitefté bienfurpris d’entendrequeSurkou CSo ^cs‘ Chan le vouloit faire pafler dans notre eipritpourvninfigne voleur,6c pour vn homme fans foy .Qifjl ne luy avoit pointdd- né fujet de le traitter de la forte , 6c qu’il trouveroit bien-toft 1 occafion de s’en reflentir. Pour ce qui eftoit de nous, qu’il nous oifroit tout ion credit,& tous fes fujecs,pour Pavancemet & pour la feureté de noftre voyage,& que ft nous ne nous pou- vions pas refoudre à nous fier en luy,il eftoit preft de nous don- neren oftage trois des principaux Seigneurs du pai’sj que nous pourrions emmener avec nous, ou buffer aupres de Surkou chan, jufques à ce que nous ferions hors de fajuriidiction. Ces offres ineíperées nous mirent encore en doute de ce que nousavions à faire} mais ayans feeu, qu'en effet Sulthan Mah¬ mud vivoit toutautrement que n’avoit fait fonpere , lequel apres avoir diffãmé Ion pais par des vols continueis , avoit changedefaçon de vivre , 6c pour expier fes pechez eftoit al- lc en pelerinage à la Mecque , Sc au iepulchre de Mahomed nous acceptalmes les offres ; dautantplus volontiers que le lixieme de May nous reccumes lettres de Derbtnt , par left queues l’Amballadeur de Perie nous mandoit,que ne pouvanr parnr qu’il n’euftreceu les depefehes Sc le truchement, qu’il attendoitdek Cour, 8c ne croyantpaspouvoir encore arn- verd vnmois arnica, il s’en rapportoit à nous de 1’attendre oude continuer noftre voyage. Sur céc avis nous prefsânes
  • ET DE PERSE, LIV. VI. S9 SttrKou chítn de nous íaiíTer partir} à quoy il confentít, âpres i 6 x $ avoir receu encore vnprefent, qu’il ofa biendemander luy. meíine, 6c apres seílre aífeuré du retour des chcvaux 6c des boeufs, qui portoient noílre bagage, par deux des oílages du SJumK-J que nous luy laiíTaíines, 6c il nouspermitd’emme- «erletroifiéme. Nous partiímes dont de TarKu Ie douzidme May,íur Iadan. ftrtenf ,e gereuleparol e de Sulthan Mahmud. Il y avoir quinze jours que Tar*u. nouseílions d’accord avec les charretiers dervrK«; mais quad il fut queílion de charger le bagage, ils ne fe voulurent pas te_ nirau marche , que nous avionsfait avec eux, & nousobhge- rent à le renou veller, ÔC à augmenterlafomme que nous leur avionspromife. Ils voulurent faire demeíinedes chevaux de felle, mais les Ambafladeurs n*en voulurent rien faire : Ce qui futcaulequ’vnepartiede nos gens, 6c inclinesquclques- vas des principaux, furent obliges de faire les deux premieres jour- nées à pied, non fans quelque raillerie de la part de Ieurs enne- mis. Nous íifmes ce jour-là deux lieues, par vn pais plat 6c vny, mais defert, juíqués à vn ruifleau, qui fert de frontiere commune à Sulthan Mahmud,, 6c au Prince de TarKu. Nous rencontraímes par le chcmin quelques Seigneurs Tartares,qui prierent lesAmibaílàdeurs de leur preíter noílreMedecin,pour viílter vn de leurs amis, qui eíloit malade dans le voilina^e & fur Ia difficulté qu’il lit d’alleravec eux, parce qu’il avoitfujet d’apprehender de n'en point revenir, ils nous laiflerent deux de leur compagnie en oílage, 6c leremenerent apres minuict. Nous n’eiimes ce íoir làpour noílre fouper, que du pain 6c de l’eau trouble. Le treiziéme May, qui eíloit le jour de la Pentecoíle , nous filines quatre lieues, par vn pais fort couvert. Nous pensâmes ce jour-là demeurer par le chemin • parce que 1’Ambaílàdeur Moícovire ayant traitte vn des charretiers à coups decanne, touslesautresvoulurent deteller, 6c sen aller «mais nous les cageolaíines li bien qu’ils demeurerenteníin. NouspaíTaunes lanuid dans le bois, 6c ceuxqmavoient envie de dormir, fe coucherent fans fouper. Le quatorziémenous ne íifmes quvne Iieue, jufques à Ia ri- La micra vieredeKoifit, quidoiteílreàmonavis, celleque Ptolomée i'Albaílus2 nomine Mbanm. Elle tireíã fourcedn mont Caucafus. Ses H ij
  • 6o VOYAGE DE MOSCOVIE, 16 3 8. eaux font troubles Sc fon cours eíl extremement rapide. Elle eft pour 1c moins aufli large que 1”£ Ibe, Sc en ce lieu-là elle avoit plus de vingt pieds de profondeur. a^iafre"!?"16 ®ourS ■> ou v>'^ge d’ Andre , OU Sulthm Mahmuddemeu- Schcn.sai. ° roit, eíl fitué fur vne colline, deçà là riviere. Aupres du village eíl vnc íburce d eau hoíiillante, qui íe décharge dans vn étang, • &en rend les eaux fort commodes pour le bain. Seshabitans ibnt la plufpart pcfcheurs,§enous les voyions en grandnombre fur la riviere, occupés à la pefehe. Ilspouilent vn crochet Fort pointu&amorce, qui eft atta¬ che à vne longue perche, jufques au Fond de la riviere, Sc pren- nenr par cc moyen quantité d’efturgeons, Sc d’autres poilfons lemblables. I’ayappris qu’ils ont vne couftume particuliere dansleursnopces, c’clique tous les fonviezy tirent chacun vne flècheauplancher, 6c les laiflent là jufques ace qu’elles pourriflent, ou qu’elles tombent d’elles-mefmes; dontneant- moinsjen’ay pas pú fqavoir la raifon. Des qu’ils nous apperceurent, ils s’approcherent du bord, Sc oiFrirent de nous pafler, Sc pour faciliter le paftage du baga- ge, ils joignirent eniemble deux batteaux, Fur leiquels ils cou- choientvneclaye, capable de porter vne charrette. Ilsnous demandoient deuX efeus du paftage de chaque charrette , Sc nous enavions environ foixante-dix , Sc voyans que nousfai- ftons difficulté de les donner, Sc que nous aimions mieux faire marche en bloc, ils pafterent à i’autrerive, ouilsíemirent à nousrailler, Sc à Fe moequer denous. Nousy vifmes auifi le ScbemKal, qui s’eftoit arrelie à Pentrée d’ vn bois, Sc eftoit ac- compagné d’vn bon nombre de Cavaliersjde íbrte que nous ne fçavionsplus ou nous en eftions. Nous nfmes des huttes de branchages Fur le bord de la rivie¬ re, Sc fífmesquelquesaftemblcespart culieres, parce qu’il ne s’en faiíoit point de publiques, pour vaquer aux devotions convenables àla Fefte. Ceux qui íaifoient profeflion de lettres Fe rendirent chezle fieurcry/zaijOunousdinalmes, n’ayans pour toute boifton que de l oxycrat, détrempé de larmes, que nous veríions, Fur la comparaiíon quenous faifions denoftre eftat preíènt, avec celuy ou nous Ferions en noftre chere Pa- trie. Lc quinziéme nous priaímes 1’AmbaíTadeur Mofcovitc de
  • ET DÈ perse, liv. • vt; ti f § after la riviere céquilfit, Sc parla ÁaSckemKà!, íuiváóitTiiv :rudion que nous Iuy avions donnêe, 6c fic li bicn, que les Tareares íe contenterent de dèux Tumains, qui font dix pifto- Jes, pour Jepaflage de toute la compagme , Sc de tout le baga- . i i ,iU' ‘ i t 1 ^ 3 R ge. _ . . Nous paflàfmes la riviere le meíméjjour,8c les Âfnbafladeurs firent auflí-toft drefíer íeurS tentes, Sc firent clorre íe quartier du bagage, quils firent garnir d’artillene. Bien-toftqpres, le S hemKxl[, accornpagné de deux de fes Defcriptioi* freres, & d’vneluitte'dc cinquatite Cavaliers , Ieuf rendit lá-de la perforate premiere vifite. Ccíloit vn liomme denviròntrente-fix ans,tluScl,c:1’Ka1' gros 8c robufte, Sc de fort bonne mine. Uavoitvne vefte de íatinvcrd, fur vne cotte darmes, Sc par deflu’s vn,manteatu d vn gros vilain fcutrc. Seva mies, aufli bien que cellés du refle de la compagnie, eftoicnt le cimeterrc , 1’arc Sc la ftéclie. Eftant à ving pas de nous il mitpiedàterre , fit ciyilité aux Ambafíadeurs , Sc entra avec eux dans leurtente.' Outre le prefent de quelques moutons ceagneaux, il fitápportbr poflr ceux de la fuitte, vne grande chqudieíeg plcine q‘eflur^édn^ coupez enpctíts morceaux, Sc cuitsaTeau ocaflíe'j:a^u^i’o]y ajoufta vne íãulcé de beurre frals Sc d*ozòilldC íe puis díre avec. verité, que jarpais je ne fisvn íí bon repas', Sc que routes les" delices de Períe ne me furent jamais rienau prixdéce mets. pieces d’arCillene. Il le divertir detette façon environ iieures, Sc eftant àmoitiéyvre,ilfe retira 5 mais ilrevint bien- toftapres. On luy fit vn prefent dVne paire ide bracelets dJòip,dVngp,v, bclet d’argent, d vn mante.au d’efcárlatte, double d'e pánríç, d’vne paire de pirtolets, d’vne eípéé , d’yn burífde poiidre, de quelques eítoffes de loyé de Perfe, Sc de quelques peaux demaroquin de Levant,limit aufli-toft lemanteau, Sc donna lefíenaufieur B-u^man , quieutl’adreflrdele met'treen l pa¬ ne humeur, Sc dachever de gaghcr ftn amitié, parleseípe- rances qu’il luy donnoit, des grand- avantages quil pour- roit cirerdePeítabliflèment du commerce, pouríequel ilfai- foitce grand voyage. Il luy dit, çue 1’Ambaflàdeur du Roy dePerfelesfuivroitgpbúr ache v* avec le Due de Holftcin H íij -
  • 1-638. ilw Tartent d'An- d re. 61 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1c craittc, qu’ils íVavoiencfaft qu’eibaucher: quecét Ambafla- dcurluy confirmeroit cette verité, 8cqu’il pourroit fçavoir de luy, qu’ilsíeroienc obiigez de paílèr tousles am par ion pais, avec(des marchandiíès de grand prix. Que cepais n eftoit point connu du touten Allemagne, 8c que leur Prince n’avoit point fceu qu’ences quartiers- ià ils deuffont rencontrer vn ii grand Seigneur ; qu’autrement 1I n’euft pas manque de luy envoyer des prefens fort confidera- bies 5 mais que cela fe feroit à 1’avenir, 6c que leur intention eftoit de faire vne aiAitié perpetuellc avec luy. Ces diicours íònnèrent íi bién aux oreillesdu Schemkd, qu’il nouscuftvo- Iontiers fait hafternoftre voyage, afin de nous voirbicn-toft de retour. Ceil pourquoy ils nous fit donnerdeschevaux de ibmme, 8c vingt-deux dé felle, à vn prix fort raifonnable,pour nbtis cqntluirejufques à Terfy. LeíeiziémeMayhouspartifmes delà. IInous efcorta luy- mefmeaveccinquante Cavaliers, par vn bois fortépais, juf- ques à vne demy lieue d’. !ndre„ oil il prit conge de nous avec b'eaucoup decivilite. Nous fifmes ce jour-là deux lieues ,par vdelgfande plaine, jufques àla riviere d’ Jkfct. Ellecouleen ces quartiers-là fort doucement, 6c n’a pas plus de cinquante pasdeiarge. LesTartares nods dirent, que e’eft vnbrasdela riviere de K01 fu, aveclaquelle elle fe rejoint prochedc la mer. II y falut attendre les batteaux, 8c les clayes que ceux d’.Andre appòrtoient fur des charrettes, 8c cependant nous coupafmes desrofeaux, 8c des Cannes pour comoler lesmarais, qui nous empefclioientd’aborderlariviere. Nous la paiTafmes au clair de laLune,8c y payaffnes encore deuxT umains pour le paíláge. Nous autres, qui rie.ftions pas bien avecleiieur JBrugnun, nousfumes con trains de nous coucher fans louper. Le iep tieme nous fiilnes lept lieues, par vne grande bruyere, oil nous commcncânes à perdrele mont Caucaie de veue. Nous arriuames fur le íoir à la riviere de Buft'-o, 8c fifmes dreíTer nos tentes dansla foreft voifine. Cette riviere eft fort trouble, 8c quafi aufli gtande, mais non ii rapide, que celle de Koifu. Encoulantversle xíort,à environ cinq lieu esde lamer Cafye, elle fefcpareendexx branches, dontlvne , que Ton nommoit autrefois TerK, 8C\ujourd’Iiuy TimenKi, adonné le nom à laville de TerK/, auprt de laquelie elle pafle, 8c a envi¬ ron cinquante pieds de large.
  • ET DE PERSE, ETV. VI. 63 L’autres’appelle KiftUr, í cahíe de certains grains feinbla- 16 3 s* blesà Tor, quelle éntraíneávec fon fable, 6c íonlict eft auífi large que^celuy del’autre , mais elle a ílpeu d eau , quebien ^ íouvent, au píus chaud de 1’Efte, on lajpaíTea fee. L embou- cheure de ce bras eft à luuct lieucs au deíílis de la ville de TcrKt. II fautremarquer icy, que coutes'ces rivieres viennent du vvefi-tford-vve/?,èt qu’entre celle àctifiUr 6c la riviere de vvoU gíi, qui font èloignées 1'vne de Tautre de foixante-cinq lieues, íl n’y a point d’autre riviere^ de forte qu il faut croire que 1' AK- fdi eft le CaTius de Ptolomée, que B»(?ro eftle Cerras, que Timen- . j Kt 0\xTerK,, M.Alontx, 6C que KifiUr eft YMnu-, parce que ce font Ià coutes les rivieres, qui fe troúvententre Y _sttb.ims ou leKoifu^&tle Rhuoulewolç*. La riviere de B uflro fert de frontiere commune aux Tartares de D-igefthxn , 6c à ceux de Circle 5 e’eft pourquoy les charre- tiers de r K« ne voulurent point paíTer outre. ^ Le lendemain dix-huictiéme May, nous pafsâmes la riviere, Entremen la 6c fifmes mefme paíTer le bagage, avec d’autat plus de joye,que Circaffie- nous laiíTionsaudelà la riviere les Mahometans 6c les Payens , póunsatrer dans la Chreftienté. Car encore que les Tartares de ces quartiers-làíoient Payens ou Mahometans} auííi bien que ceux de Dxgefthxn 6c les autres, ils íont neantmoins íous la domination d’vn Prince Chrefticn , qui eft le Grand Due de Moícovie •, qui a par tout íes Gouverneurs, ies Magiftrats 6cíes Preftres, pour l’exercice de la Religion Chreíbenne, dontil faitprofeífton. y ■, / Les vivres y eftoicnt íi chers, que nous eftions contrains dc payer prés de huitft francs d’vnmouton.Auili nousen dona-on Fort peu ^ de forte que pour avoir de la viande, nous nous a mil¬ lions à nous divertir dans les bois, 6c a tirer aux corneidcs,dont il y avdit en ces quartiers-là grande quantite. Le dix-neufviéme nous furies cinq lieues, par vn pais fort vny , tout convert de rofeaux , avec quelque peu d arbres ,, qui eftoient la plufpart plantez en rond , a 1 entour d vne grande plaine. , “ ' Sur le ioir nous camparnes dans la bruyere , aupres d vn puits, c>u plutoft aupres d’vne cloaque •, parce que ies eaux eftoient tenement ppantes, que les beftes mefmes n'en vou¬ lurent point boire. Toute la terre y eftoit pleine de trous, que
  • <4 VOYAQE DE MOSCOVIE, - les ferpens &: couleuvres y avoientfaits,& neantmoins, bicn quc nousfuífionscontrainsde coúcherà terre, iiifyeut pas vn de nous qui en fuít offenfe. Le vingtieine nous finics encore quaere lieues, par des Ian- des & des bruyeres, jufqucs à la ville de Nous vimes cc joLir-íà quantité de lcrp'ens , dont pluficurs eftbient aufli gios qucle bras,Scavoient plus de fix pieas belong. Ils eftoient couche'z èn rond , & s’egayoienta la chaleur du Soleil, qui donnoit vnbèau luíjrê a la vivacite des couleurs, donc’leur peau eftoit marquetep. Nous vines auifi aupres de TerXhY.ne lot"' teidain:ei'orte,de mulcts, qu’ils appellent en Arahc I-erLh. Ils font de la grandeur dsyri efcuretil, Sç nc.reficmblcntpqsmal à cét animal, qui eftficoramun en Europe: finon qu’ils ont le poil plus noir , la tefte toute femblable à celle de lá íòuris, ies oreilles longues, les jambes de devant courtes ,'Sc cellos de derrierc longues ice qiufaipqu’ils ne pcuventcourir quen montant, & que aans la pláine its ne font quafi queie trai¬ ner, en marchántjíi ce n’eit qiiánd ils fautent, car alorsilsse- lancent cinq ou fix pieds liaut de terre, portans la queue cou- chée fur ledos. Et dautant qu’ils font longue &pelécçomme les rats,niais non pas fi grofie , ayantau bout vn petit Jyququct de poil blanc,ils ne reilern blent pás mal auxLyons rempàngqpei Ton voit dans iesarmoiries: ce qui eftoit aílèzdivertifíanr, par¬ ti culieremcnt quand on en voyoit plufieurs à lafois s’clancer en 1 air. L on dit qu’ils’en trouve. quandté aux enviróps de Ba- bylòne, Sc en Arabie, ou les habitans lês mangent. II y en a qui íèretirent des champs dans les maiíòns , mais alorsilfaut que le maiftre du Iogis prenne bieri garde a- fon argent, de peur, qu’ils neledérobent. _l Le Perfe, que j’emmenay du pais, & qui me fert enepre ail-, jourd’huy - nomme Achvverdt .me raconta vnjourà ce pro-! pos, epe ion pere, ayant remarqué de temps en temps, qu’on luy d c r o b o i t de 1’argent dans fa chambre , en foupçonna d’a-. bord fa femme &fes enfans, jufques à ce qu’ayant vn jour ap- perqeuvndeces lerbuah , qui pariitauboutd’vriepiecedeta- pifierie, il íe douta auifi-toft de ce qui en eftoit; mais pours’en aíleurer il mitvn Sttèas fur la table , ÒC fortit de fa chambre, qu’il fermaà la clef, en forte qu’il ne pouvoit pas appreíiender que Ton 1’ouvrift, & y eftant rentrè peu de temps aprcs,& ne trouvant
  • ET DÊ PERSE, LIV. VI. 65 trouvàntplus íòn LAbu, ilfit cherçher larecraitte decét ani- 163?. mal, ouiltrouvabeaucoup plus d’argent, qu’il ne luy avoit cfté dérobé. A vnquarcde lieuedelavilIedeTff-kí, nousrencontraíines Amvent à lefrere du MuJJdl, dont nous avons parle cy-delTus, accompa- rcttu gned’vn Colonel, quele Wawoc/eenvoyoitaudevantde nous, pour nouscomplimenter. Il nous receut dans des tentes, quil avoitfaitdreiTerhors de laville, ou l’Onnous donnala colla¬ tion de pain d’efpice, de biere, d’hydromel 6c d’eau de vie, pendant que Ton mar quoit les logisdans la ville. Le lendemain Ie weiiiode envoyaaux Ambaílãdeurs quatre plats deviande, pour leur bien-venue. Les Ambaílãdeurs en- voyerent auífi viíiter la PrinceíTe Bifa> mere du MufJ.il, 6c quelques jours apresils y furent en pcrionne. Elle les receut fortbien, 6c leurdonnaàdifner. Cenousfutvnegrandejoye de nous voir delivrcs de la barbane des Tmares de Dagejlban, 6c de nous trouver parmy les Mofcovites, avec lefquels nous avions fait connoiílãnce 6c amide 5 c’eft pourquoy ce futde . bon cceur que nous envoyaimesquerir no lire niuii que, pour nous divertir chez le MuJJal. Nous avons promisen la premiere partie de cette Re’ation Tartars Cir. de parler plus amplement des Tartars Circajjes á noftre retour; caires* parce qu’ayant fait noftre voyage par meren allant, nousn’en piimesquaíi rienapprendre. IIn’yapointd’Hiftorien,ancien ou moderne, que je Í cache, quien parle. Scahger en fait men¬ tion, enfesExercitationscontre Cardan, exer. 33.167.6c 303. feet. 3.maisenfortpeudemots, 6c les nomme avecStrabon, Ziff, les logeant au delà du Caucafe 5 iur le Pont Enxin 6c vers les Talus Meoud.es, furies frontieres de l’Afie6cde l’Europe. Au lieu que ceux que nous avons veus font Scythes ,ou S-umates Caf- piens, 6c occupent vneparde de 1’ancienne Albanie,qui a pour frontieres,du coité du Levant 6cduPonantlamer Cafpie&cle Mont Caucafe, 6c vers le Midy 6c le Nort la riviere de Bujiro, 6c les effroyables landes de Tartarie 6c d fir acha». Leur ville capitale eft re>K/:maisdepuis que le GrandDuc Tend capital deMoícovieaeftenduíèsconqueftesjuíques-là , ilamis gar- deCircaflie> niíonen toutesles villes, ôcnelaiíIeauxZdr/dra Circajjes pour leur demeure, que les Bourgs 6c les villages j quoy que fous le Lc g0UVcrnf; Gouvernement des Seigneurs du pais, quifonttousfujets du meat du paisj 11. Partie. I
  • 66 VOYAGE DE MOSCOVIE, T^ur, 6c obliges deluy prefterle ferment tie fidelité. La Iu- ftice, quieft adminiftréepar ceuxdeleur nation , fe rend au nom du Tz-tar, 6c en laprefence du WeiUodc particuJicrcment pourlesaffaires d’importance. Lcurs maifons font fort che- tives, la plus part faitesde terre 6c debranchages , Sc au de¬ dans enduites d’argile. Les liommes font la plus part fort robuftes, ayans leteint jaunaftre, mais ils n’ont pas le vifage fi large que les Tartans áe jv ag tja, Sc les cheveux noirs 6c longs, finon qu’ils ic font raler le milieu de la tcfte, depuis le front julques au col, de la laxgeur d’vn poulce, laifians feulementaulommet vn toupet trefle,qui leur bat fur le col. S call gey dit, que les Tart ares Circaffes font les plus perfides Seles pms barbares de tous les hommes : Mais cefteequile pourroit dire avec plus de raifondeceuxdeDagejlhan. Car lesC• treaties font vn peu moins barbares,& plus accommodans: Et ily a grande apparence, que e’eft depuis quils vivent lous . la domination desMofcovites, 6c depuis qu ils ont la coiver- iation avec les Chreftietis, qu’ils le défont petit a petit de leui barbarie. Ils ont leur langage commun avec tous les autres Xartares, c 6c avec cela ils parlent quail tous la langue Mofcovite. Les hommes font habilléscomme les autres Tartares , fi non que leurs bonnets font vn peu plus larges , Sc quafi femblablcsa ceux de nos P reftres. Ils ont le manteau de feutre, ou de peaux de mouton, attache àvecvneéguillette, ou avec vn cordon : maisil ne joint pointj de forte quene pouvant couvrir qu’vnepartie du corps, ils le tournent toufiours felon le vent 6c la pluy e. c Leurs femmes font fott bienfaites, 6c ont le yilage beau, le teintblanc 6c vny, 6c les jou£s fort bien colorees. Leurs che¬ veux , qui font noirs, leur pendent en deux treííès dcs deux coftez du vilage, qu’elles ont toufiours decouverr. Eilcs ont fur la tefte vn couvre-chef noir, couvert d’une toile de cotton fort fine, ou de quelque autre toiie ouvree , qu’elles noiient fouslementon. Les veuves ont derriere la tefte vnevelfiede bceuf enflee, couverte de toile de cotton, d’vn creipe, ou de quelque au- fre eJtofFe de plufieurs couleurs j De forte qu a les voir de
  • ET DE EERSE, ttV.VÍ. C7 loin, il femble qu’elles ayent deux tefles. Les femmes n’ont I(>38* l’Efte qu’vne fimple chemife, rouge, verte, jaune,oubleue , &fenduêpardevant jufques au ventre, en forte qu’on leur void Je fein , l’eftomach, 8c mefme lenombril. Elies efloient fort fannlieres, 8c de fort bonne humeur. Dés le premier jour de noílrearrivéenous en trouvâmcs qua- tre , qui vinrent à nous, avec vnedemarche, 8c avec vne af- feurance , telle que les Poetes donnent aux Amazones,qu’ils logent en ces quartiers-là. Elies nous arrefterent, 8c ne nous voulurent pas laiffer, qu’elles ne nous euíTent bien regardes de touscoflez. Et ii elles n’efloient pas fi difEciles, qu’elles ne íòuffrillènt, que quelques-vns des noftres, qui faifoient femblant de manier les Chappelets d’ambreou de coquilles, ou les colliers d’eftain ou de cuivre , qu’elles portent au col, porraflent la main fur le íèin. Il y en avoir qui nous convie- rent d’entrerenleursmaifons, 8c l’onnousdit que la cóuftu- jnedu pais porte, que lorsquelemary voit entrerquelqu’vn, qui demanded parlerà fa femme, il fort, afinden’eflre point incommode. Outre que les hommes font fort rarement au logis, eftans tout le long du jourà lacampagne, occupés àla garde de leur bétail. Mais avec toute cette liberte on ne laiila pas de dire des. merveilles de la pudicité de ces femmes. Ecdefait, je fçay qu’vn denos Officiers de guerre,s’eflant Sontc,iaftcs- laifle attirer dans vne de ces maiions, 8c trovvant la femme af- fez jolie,fit connoifiance avec elle, 8c la trouva difpofée à luy rendremillepetitsofficesjjufquesàluyfairedes mouchoirs,6c á luy laver la teile; de forte que croyant avoir ville gagncc, il voulut paffer outre : mais elle luy dít, que cela ne ie faifoit ’ 1 joint parmy eux: que la cofiance que leurs maris avoient en eur probire, meritoit bien qu’elles la reconneuflcnt d’vne fi- delité à toute eipreuve , & que quand mefines les maris íò- roient capables de conniver à leur faute , le rcfte du peuple ne leur pardonneroit pas vne infidelité de cette nature. Elles ne faifoient point de difficulte de fouffrir toutle refle, 8c s’en fai'- fbicnt payer, prenans & demandans les prefens, 8c mefme fous pretexte de viflter nos habits par tout, elles portoient quelques foisla main dans la pochette, &en tiroient tout ce qu’elles pou- voientattraper. I U
  • 63 VOYAGE DE MOSCOVIE, 1638. Leur Religion. l.eurs facrifi- ces. Lears enterrc- mcnts. Quoyqu’ily foit permis aux homines d’epoufer plufieurs femmes, la plus part neantmoins fe contentent d’vne feule. Quandvnhommemeurtíànsenfans,fon frere eft oblige d’ef- poufer fa verve, pourluy iufeiter femence, 6c felon cette cou- ltume, le Mufjal avoir eípoufé lavefve de ion frere. Leur Religion eft quail route Payenne 3 car encore qu’ils fe faftent circoncire, ils n’ont neantmoinsny Bibleny Alcoran, ny Preftresny Eglifes. Ils fonteux-mefmes les fieri ficatcuirs, 6c ils font eux. mefmes les facrifices, particulierement le jour de íàint Elie. Quand vn homme de qualité meurt, les parents & amis s’ailemblent à la campagne , homines 6c femmes,pour íâcri- fiervnbouc :6c pour fijavoirs’il eftpropreau facrifice, ils cn coupcntla nature,qu’ilsjettent contrelamuraille^ fiellen’y tient pas ils font obliges d’entuer vn autre, il elley tient,I’on acheve les ceremonies, en l’ecorchant, eneftendantlapeau au bout d’vne longue perche, devant laquelle ils font leur fi- crifice, 6c font bouillir 6c roftir la chair, qu’ils mangent apres. Lefcftin eftant acheve les hommes fe levent, 6c vont faire leur adoration àlapeau, 6c apreslesprieresles femmes fe re- tirent. Les hommes demeurent, 6cs’enyvrentde leur Bragga , 6c d’eau de vie, fi beftialement, que rarement ils fe feparent fans fe battre. Cette peau demeure fur la perche, jufques àce que lamort d’vne autre perfonne de qualite,en fade mettre vne autre en la place. Nous vimesaupres de Terxi 3 tanten allant qu'en revenanr, . Ífueres loin de la maiion de Bik«, vne de ces peaux tendue, avec a tefte 6c les cornes, fur vne Croix noire. Le pied de cette perche n’eftoit enferme dans vne petite haye , que pour em- pefeher leschiensdenapprocher, 6cdeprophaner lemyftere. Ilsenterrent leursmortsfort honorablement, ornent leiirs íèpulcres de pilliers, 6c font baftir des maiíbns entieres exprés iiirceuxdesperíõnnesdequalité. Nous en vimes vn fur le ic- pulcre du frere du MuJJ'ul, dont les aix eftoiertt de diverfes couleurs, placés en forme d’echiquicr, ayant fur le toictplu- fieurs figures de bois mal faites , qui reprefentoient vne chaile. Pourtefmoignerledueil, ils fe déchirent le front, les bras 6c l’eftomach, à coups d’ongles, 6c d’vne façon fort barbare 3
  • ET DE PERSE* LEV. VT.y enforte quel’011 en voitdéeoulerle fangengrandeabondance. Leur dueil continue jufqu’a ce que les playes íoicnt £ermées,8e s’ils veulent qu’il dure plus long-temps,ils lesn’ouvrent fouvent dela me/me façon. Levíngt-vmémedeMaynousrecommencâmes àfaire nos preparatifs pour la continuation du voyage.Nous avions vn de-* lèrt de foixante 8c dix lieues d’ Allemagne à paífer, 8c de pren¬ dre des chevauz de felle, pour monter tous ceux de la compa- gnie, la dépenfe en euft efté trop grande$ C eft pourquoy 1’on accordaavecdescharretiers.de7>)K/,àneuf elcus pour char- rette à deux chevaux, qui porteroient chacune trois ou quatre períonnes jufques à \_Ajír tch.w. Ilíèjoignitànous vne Caravanede plufieurs marchands de diverfes nations ,.comme Perfes , Turcs, Grecs, Armeniens 8c Mofcovites j de forte que nous ne faifions pas moiris de deux cens chariots ou charrettes finais l’on nous donna fort peu de vivres pour vn íi long voyage y fçavoir a chacun, avec le Suchari, 8e du pain bis moiíí ,íamoitié d’vn faulmon fee 8c puant, íans aucune boiílbn. Car les Tartares, qui difoient, qu’ils n’avoient point fait de marche finon pour les homines , refuíoient de charger des tonneaux 6c des barils , 8c le licuí Brutrtvdn ne.vóulut pas qu on loiiaíl vne charrette, pourpor-< ter de la bierre ou de l’eau j quoy qu’il nc manquaft pas de fai- re bonne proviílon de tout, tant pour luy, que pour ceux de íà cabale. Pour dire la verité,nou$ ue nous en mimes pasbeau- coup en peine, parce que nous ne pouvions pas nous imaginer, que i’cau nous d’euft manquer : maisnous etimes tout leloifir de nous en repentir. Nous partimes de TerKi le quatriime de IuinapresMidy, 6c entrâmes aulfi-toft en cette effroyable bruyere , prenans noítre route à gauche , cn nous éloignant de la mer Ctfpie. Ce fut vne choíe eftrange , 6c neantmoins tres-veritable, qu’en onze jours de chemin, nous ne vimes ny ville ny village, ny arbre ny coiline,ny meímevneíèuleriviere,finon cellede Ktfthr , contre ce que toutes les tables Geographi- ques nous on repreíèntént. Nous ne vimes pas mefme pen¬ dant tout ce temps-Ià vn íeul oiieau , mais leulement vne grande plaine, deíe-rte , íãblonneuíè, 6c couverte çà 6c ià d vn peu d’herbe, 6c des pints , 6c des mares d’eau íaleeou cr.oupic I iij i í 3 S.- I v I N. Pa tent de Tckí. Lcsdcferrs d’Aftrachas
  • 7° VOYÀCE DE MOSCOVlE, * 6 3 S. 8c puante. Nous nefímesle premier jour que deux lieues, &Io- geâmes .e foir aupres dVne de ceymares. Le cmquiémenous campâmes iiir la riviere de KiftUr. Le fixiemenous fimes fix lieues, 8c logeâmes encore aupres d'vnemare.Cestroispremiers jours nous primes noftre rou¬ te vers le weft- Non-weft, Sc vers I’eJI-k ort-k$l, jufques àla riviere detwo/grf. Lefeptiéme nous fimes encore fix lieues, par vn grand ma- rais, qui nous donna de la peine à palfer. La chaleur , Scla foif nous incommodoient érrangemenr 5 mais pas tant que les mouches,les moucherons Sc les gueipes, done les hommes & les chevaux eurent de la peine à fie deffendre. Les cha- meaux, qui n’ont point de queue pour chailer ces infectes, comme les chevaux, eftoient tous en fimg, Sc tous pleins de holies. Lehuictieine Iuin • nouspartimes devant le jour , Sc apres avoir fait quatre lieues,nous filmes repaiftre nos chevaux & f’en- trée d’vne route fort fablonneufe. Apres diner nous filmes encore quatre lieues, Sc logeâmes le loiraupresd’vnemare. Les Tartares , voyans qu’vn de leurs chevaux alloit demeurer par le chemin , le previnrent, luy couperent la gorge, Sc le partagerententr’eux. Surle foir i.'sle firentroftirau feu,qu’ils firentde quelques brollailles Sc ro- lèaux, Sc en firent bonne chere. Leneufiéme nous fifmes fept lieues , Sc logeâmes vers le Mi- dy, aupres d’vne mare, queleregorgementde la mer y avoir faite. L’eau en eftoit fi mauvaile, aulli bien que celle de toutes lesautres, qu’ilfalloitie boucher lenezenlabeuvant. Ledixiéme nous fifmes encore fept lieues Jufques à vnlieu couvertderoíèaux,ounoustrouvâmes vn peu d’eau douce , quele voi linage du rvolga nous fournillbit. L’onzieme nous fifines encore fept lieues, jufques à vne mare, queIewa/g/y fait, quandil deborde. L’eau n’en eftoit pasíàlée , mais toute croupie , 8c tellement puante, qu’iln’y avoit pasmoyen d’en boire. Ce jour-là douze gros íàngliers nousvinrentcouper noftre marche. Quelques Cavaliers Tar¬ tares Ieur donnerent la chafte, pour Íeclívertir, Sc le mal-hcur voulut qu’il en vint paller deux droit à noftre charette. Les chevaux en prirent Pcpouvante , ÔC allerent à toute force à
  • ET DE PER.SE, LIV. VI. 71 travers champs; deforce que lcMcdecin & leMaiflrcd'Ho- ftel furent jettés parterre,avcclebagage. Le fieur JTchtcrits & moy, qui eítions fur le devant, Sc qui confiderions, que nous nepouvions point defcendre fans danger,nous-nous tinines fer¬ ires , jufquesàce que leschevauxn’enpouvans plus, s’arrefte- rent â 1’entree d’vn marais. Le douxiéme nous íifmes huict lieues, Sc trouvaímes à terre dans le chemin vn nid, ou il y avoit deux oiíeaux, qui n’a- voient point encore de plumes. Il y en avoit qui croyoient que c’eftoicnt des jeunesAigles.Nous pafsâmesaufliaupres de deux m arais íãlans, dont 1’odcur qui fe rapportoit à la violette,eftoit fortagrcable. ; Le treiziéme nous fííines encore huict lieues, Sc logeafmes fur le foir en vn lieu, d’ou nous pouvions découvrir la ville d'/iji,rachan. Le quatorzicmenous íifmes trois lieues, Sc logcaímes fur le bord de la riviére de Wolgx, visa vis à'djirachan. Tous nos gens, qui n avoient point beu d’eau fraifçhe depuis Terki, cou- rurentàlariviere,ouilsfejetterentà genoux, pour en boire àleuraiíè. Désqueronfceutnoílrearrivéeà ^ijlntchan, 1‘on nous vintaufli-toft viíitcr, Sc celuy quiavoitla garde des vi- vres, que l’on nous y avoit fait tenír,nous apporta vn íàc plein de pain, des langues de bceuf, du boeuf fume ,vn tonneau de bierre, Sc vn baril d’eau de vie. Nous demeuraímes ce jour-Ià íurle bord de la riviere, enattendant quele Weiiiodc nouseuft fait marquer lcs Iogis. Lelendemain quinziémeluin, nous pafsâmesla riviere de Vvolgi*, Sc fumes logés dans vn grand nimbara,, ouMagazin, que l’on avoit baity de puis peu íurle bord delariviere, hors de la ville; ou nous ne fumes pas peuincommodez des.mou- ches. Nous ytrouvafmesvn autre magazin, plein de vivres, que le íieur Dauid faéteur deíon AlteíIèàMoícou, y avoit envoy és depuis íixmois. Le íieur Brugman cntrcprit defaire porter toirt Iebagage dans vn appartement particulier, à deíTein de le viíiter -r Sc avoit déja commence à faireouurirleseoíFres: maislesgens quinavoient point change d’habits nydelingedepuis7trk■, furent tellement irrites cie ce procede , quils forcerent la chambre, Sc enleverent leurs coffres,noftobílant l’ordre qu’il 16 38. \ Arr'ycnt í Aftrachan.
  • í «6 3 S. Prefcnts dcS Ambaffadcurs & duVvciiiode. IVILLET. Mau vais pro¬ cede de liiug- mau. 72 VOYAGE DE MOSCOVJE, avoic donné à la fcntmclle, quiy eftoitpofée, cie mal trai ter ceux qui y voudroient en.trer. Le dernier jour de Iuin, les AmbaíFadeurs envoyerent leurs preíèntsau Vveiiiode, qui leurrenvoyavnautre preíênt, de quaere moutons, d’vn bceuf, dedix canards, dedixpoules, de fix oyes, d’vn tonneau de biere, 6c d’yn autre d’hydro- niel. II eft vray que les Ambaílàdeurs tenoient table pendant leíejour que nous filmes à ^(ir.tchan, mais Ton y eftoit fans dire mot, íí cen’eftquand il prenoitenvieaufieur Brugm.tn d’offenier les vns 6c les autres deparoles picquantes : Enquoy ils’emportoittellement, quemelmevnjour il preila fi fort le Secretaire de 1’AmbaíIàde , qu'il l’obligea à luy reipondre- dont il íe fentit tellement ofFenie, qu’il tiraie couteau fur luy, 6c le fit retirer de la table , accompagnant cét outrage de pa¬ roles injurieuíes, 6c fioffeníãntes, que le Secretaireeftant de retour en Holfiem, fe trouvaobligé d’enfaire íès plaintes à la Iuftice, qui condamna Brugmm à vne reparation publique. Cette mauvaife intelligence, 6c cette alienation d’efprits, pro- cedoitprincipalement,deceque Brugmttn feientoit accuieen faconfcience dufouvenir de tant d’exces qu’il avoir commis pendant le voyage, 6c de l’apprehenfion qu’il avoitd’eneftre repris 6c chaftie à fon retour à la Cour de fon Altefle, fur le rapport, qu’en feroient fans doute ceux,qiii en avoient bonne connoiflance, 6c qui avoientpris la liberte de luy faire ibuvent des r emonftrances fur ce iuj et. Cetteaverfions’eftenditmefmejufquesau Miniftre, lequel ayantefté oblige, parle devoir de la charge, dereprendre fe- verement les pecnez, qui fe commettoient dans la compa- gnie, encourut tellement la haine de Bruqm.m, qu’il ne put ti- rer de luy dequoy fe faire vn habit 3 de forte que la fefte 1‘obli- geantàfaire lePrefche, 6c d’adminiftrer la Cene à Scamtchie, ilietrouvaqu’iln’avoitpoint d’fiabit, 6cqu’iln’avoit quedes caleçons fous fa fottane; au grand fcandale de tout le monde, mais particulierement de l’Ambailadeur Mofcovite ,.quiai- moit noftre Liturgie, 61 qui euft volontiers donné vn habit au Pafteur, s’il n’euft point apprehendé la colere 6c la violence de Brugmtin. Nousfeeumes auifi, qu’il avoit deíTein de partir d’slftrtchun, 6c .i’allcr
  • ET D'E PERSE, LÍV. VI. 73 Sc d’aller par terre avec quelques-vns de fes confidens, Sc d’a- 1 ^ 3 bandoimer le refte de la compagnie. Le Mofcovite, auquel ii l’avoit communique,le ddcouvrit, Sc nous advertir, que^ious euílions à obíèrver fes a&ions, parce que ion intention n’eftoit point meilleure, quecelle de Rouffel, quiavoit trahy le Mar¬ quis d'Exiduetl, Sc l’avoit fait envoyer pnfonnicr en Siberie. Incontinent ap res cdtadvis,l’Ambaftadeur Mofcovite pric congé de nous, pour aller à Moícou par terrej mais nous fçeii- mes depuis, qu ayant trouve, en arrivant à Ntfe, des lettres de fes amis, par fefquelles on luy donnoitadvis, qu’il ne ieroitpas bicn receudu Qrand Due, ilavoitperdu courage, Sc pris du poiibn, dontileftoitmort. Levingt-cinquidme Iuillet arriva à '^Aflrachan vne Carava- ne Mofcovite, Sc avecelle vn Alleman, nomine .André Reuf- ner, qui portoit des lettres de recommandation de fon Alteile au Roy de Perfe. B ragman I’entretint fort dans le particulier , Sc fit confidence avec luy, fibienqu’au lieu de faire le voyage de Perfe, ill’obligeaa-retoumer iur fes pas, Sc à fe charger du foin de les affaires à la Cour du Due de Hoijiein,nofire Mai fire. Le premierjour d’Aouft les Moicovites celeb rerent avec de A 0 VST. grandes foleninitds,lamemoire dela reduction delavilled’^- Jlrachan, conquife fur les Tartares,à pared jour, enl’an 15-^4. Lemefime jour nous vinrent voir deux Cofaques , avec des lettres pour les Ambaifadeurs, de la part d' Alexei S^wimwits, qu’ils avoient rencontre fur la riviere dc tv >!ga. Ces diables nous dirent franchement, qu’ils avoient heu- reufementattaqud & vole tant de gens, qu’ils avoient envie de voir comment ilsreiifliroient avec les Allemans. Qu_’ils ne fe ibucioient pas beaucoup de noftreartillerie,parce quelle n'eftoit que pour les malheureux. Qujls avoient feeu que nous avions certainescaiílèsàreílort, par le moyen defquel- les nous faifions íãuteren fair tous ceux quienapprochoient. Qhils n’entendoient pas comment celafepouvoit faire 5 mais quau pis aller, ils ne pouvoient apprehender que la mort , la- quelle ils,íèroientauíll bien contraints de íbuffrir à vn gibet -t ou fur vne roue, Sc que l’eiperance du butin leur feroit tout en- . treprendre. 1/AmbaiTa- Le fixidme Aouft arriva à /ijlrachan Imamculi $ulthan,A.ra- dcut dc Fcrfcr II. Partie K
  • '74 VOYAGE DE MOSCOVIE, *638. arriveà Aftra- chan. SEPTEMB. les Aiubafla- deursfont par¬ tir leur baga Se* Chariti? de Brugman. bailadcur du Roy de Períê,que nous avions attendu depuis tant de temps, Sc le lendemain il fit fon entree dans la ville. L’onzieme Aouftmourut vn de nos truchemens , nommé Henry Krebs, Sc fut enterre le treiziéme, au Cimetiere des Ar- meniens, avec Ies ceremonies ordinaires. Le cinquiéme Septembre partit vne Stanixa ou Caravane d’environ deux ccnsperfonnes, pour aller d’^Ajlrachm à Mof- cou par terre. André Reufner fe fervitde cette occafion,pour partir avec quelques-vns denos gens. Les Ambafladeurs prirent auili cette commodité pour faire partir quelques-vns de leurs gens avec leurs chevaux. Nous commençâmesauífi à nous preparer, pour les fuivre par eau,8c achctamespour cét effet deux grands batteaux de loixante- douze pieefs de long, Sc de quinze de large, dontnous payames fix cens ecus, Sc à chacun des matelots, qui y eftoient au nom- brede trente , douze efeus, pour nous conduire juíques à CnfJjjj.- Peu de jours devant noftre depart, quelques moufquetai- res Mofcovites apporterent à vendre aux Ambafladeurs vne jeune fille de dix ans, qu’ils avoient enlevée d’entre les bras d’vn Maiftre d’ecole qui eftoit Tartare de Precop, à la prife de la ville d’cAÍjou, Iaquelle eft fituée fur les Palm Meotides, à l’emboucheure de la riviere de Z)c»»5queles Coíàques avoient prife fur leTurc le premier jour d’Aouft. Ilsnous apporterent encore vne autre fille, aagée defeptans qu’ils avoient dérobée dans vne de leurs bordes aupres d’ Aftm- chan, comme elle eftoit couchce aupres de íà mere. Ils la- voient miíè dans vn íàc, duquel iLs la jetterent auxpieds des Ambafladeurs, comme vn cochon de laid , nue comme la main. Ses parens luy avoient fait aux joues deux marques bleucs, de la largeur d’vne lentille , pour eftre vn jour rcton- nue, fi elle eftoit dérobée.' Le Cieux Jdrugman ,qui confideroit que par cét achapt il ac- querroit deux ames à Iesvs-Christ , les acheta toutes deux,l’vne vingt-cinq écus, l’autre feize. Et de fait, à fon retour lien fit vn prefent à Madame la DucheiTe de Holftein, qui prit tant defoin ales faire inftruire , qu’en Pan 1642. Elies furent toutes deux baptifécs, apres avoir publiquemcnt rendu raifon de leur foy.
  • ET DE PERSE, LTV. VI. 75 Celuy qui nous fervoit de truchement pour la langue Tur- r que, eftoit auífi Tartare de naífiance, 6c avoit efté enleve dés íajeuncílè, 6c menéàMoícou, ou il avoit efté baptifé. Ses parents lereconnurent, & le voulurent racheter, mais il n’y voulut point coníentir, proteftant de vouloirmourirdans la profeífion de Ia Religion Chrcftienne , puis que Dieuluyen avoit donné la connoiflance: mais depuis cetemps-là ilnes’e- Ioignoit plus du quarder des AmbaíTadeurs, de peurd’eftre enleve par fes parents. L’Ambafladeur dePerfe s’acheta auíli vne femme.Elleeftoit d<^’rAl^a^-c Tartare, 6c foeurd-vn toyrft, qui eftoit prifbnmer , Ôcquiven- s.ca“[ictc' vt^ " ditíã íoeur pour fix vingts eícus en argent, 6c pour vn ckeval, fcmmc. que l’Ambafladeur fit valoir dix efcus. Cét Ambaflàdeur avoit pourlemoins íoixante-dix ans, mais il eftoit encore bienvi- goureux, 6c fe fervoit fouvent de la graine de chenevix, roftie danslacendre, quelesPerfesmangent en abondance , dans 1’opinion quils ont, qu’elle réveille la nature, 6c quelle empef- cheneantmoins d’engendrer. LefeptiémeLeptembrenouspartifmes d’ dftrachdrhèí nous- <Í A‘; nous embarquâmes fur le Wolga, les AmbaíTadeurs partageans u c 15 les gens entr’eux,6c occupans chacun vn batteau.N ous moiiil- lâmes à vne demy lieue de la ville, pour y attendre T Ambaflଠdeur de Períè, qui nous joignitle lendemain, avec trois bat- teaux. Nous fifmesfaire vne décharge de noftre moufquete- rie 6c de noftre canon à íon arrivée, 6c partifmes ainíi de com- pagnie. Le dixiémenous pafsâmes devant 1’Ifle de Bufan, ou lesTar- tares de Crim 6c de Precop, ontaccouftumé de paflèr la riviere à nage, parce quelle y eft fort étroite. Les Moícovites, pour les en empcfcher,y avoient mis vn corps de garde de cinquante moufquetaires, qui nous cnvoyerent dcmander du pain, 6c obtinrent vn íac cfe Such.tri. Le quinziéme Septembre nous moiiillâmes devant Tzovno- Arment à gar, que les Moícovites appellentauíTi Michailo Novogorod.du Tz01I10Sar* grand Due, A4>c7?e//cífrojv/t^,quil,abafti, à trois censVver- ftes, oufoixantelieuesd’Allemagne, d sfftrachan. LcWeiuode envoya aux AmbaíTadeurs vne lettre Latine, qu’ A lexei S.«m- niw ts luy avoit laiflee pour eux, 6c les fit prier defe venir raf- fraichir dans la Ville $ mais íls ne voulurent point perdre. K ij
  • 7» ■ -
  • 77 et de perse, LIV. VI. traint d’envoyer íes chevaux par cerre. i 6 3 §. Le vingt-quatriémenousarrivaímes devant la ville de Sams- a samara. r.i, à foixante dix lieues de Soratof Le íixicme Novembrenous pafsdmes 1’emboucheure de la Nove MB. grande riviere de' ama,&c entrafmes fur le foir, avec vn froid extreme, dans la riviere de Ca fan. Et certesbien apropos pour A c»fan.- nous, parce que désle lendemain matin la riviere de IVolga íe trouvatoutepriíè. Le W-uiiode dela Ville , Iuan JVa filctv:ts Moro[ou , qui, lorS que nous pafsdmes à Moícou , eftoit Confeiller d’Eftat d u Grand Duc,nousreceutd'abord avec allez defroideur; tant parce que les AmbalEideurs nes’eftoientpas encore fait con- noiftreà luy parleurspreíents , que parce qu’il favoriíòitles Marchands Moícovites, qui s’eftoient oppofez à noftre nego¬ tiation, Sc qui avoient voiilu empefcherl’eftabliilement de no¬ ftre commerce. Les Ambaíladeursluy envoyerent par leur Maiftre d’ Hoftel le pafíeport du Grand Due, & le firent pricr de les loger dans la Ville j mais il leur fit dire, qu’ils n’avoient qu’ds’en retourner au batCeau, Sc qu’il leuryferoit íçavoiríà réponfe. Le lendemain il envoyaau batteau dufieur Bmgman vn Sin- bojar, qui s’adrcilant à luy demanda , lequel deux deux eftoit l’Ambafladeur, Sc lequel le Marchand: Brugman, qui fe trou- vaofFeníedecedifcours, leprit parle bras, Sc luydit, le iliis vn meneur d Ours.Dy à ton Maiftre, s’il ne fcait pas lire, qu’il prenne quelqu’vn qu’il lefqache, Sc qui luy fiifle connoiftre la qualité que le Grand Due nousdonne. Mais avec tout cela nous fumes co ntrainrs de demeurer plufieurs jours iur la rivie¬ re dans le froid. Le Weiilude nous fit bien dire , quenouspou- vions loger dans la Ville pour noftre argent, maisil fitdefFen- lesdenous recevoir, Sc fitdonnerdes coups de baftons d la fcntinellc, qui avoit laifte paílèr le Maiftre d’Hoftel, Sc vn çarçon qui l’avoit mend par les marais,depuis la riviere jufques a la viile. Le onzíéme Novembre l’on fit entree à 1’Ambaftadeur de Perfe, qui fut logé dans la ville de Bois, Sc qui obligea le Wei- Úod à nous permettre de prendre cerre, comme nous fifmes le rreiziéme, prenans noftre quartier dans le fauxbourg. Font rei>ent Ja Le vintgtiéme Nouembre les Ambaftadeurs donnerent les \miiçjd-.en K iij
  • I 638. Decemb. Ariivent à rNifa. 78 VOYAGE DE MOSCOVÍE, deux batteaux au Weiiiode, & luy firentquelquesautresiprc- fents, qui lefirent changer d’humeur, & nous acquircnt foil amide. Le fixieme Decembre Ies Mofcovires celebrerentla Fefle de leur Patron, faint Nicolas, huid jours durant; pendant lefquels Ton ne voyoit qu vne y vrognerie continuelle , & d’e- tranges excés de boire, tant aux homines qu’aux femmes. Le Cure vint vn jour en mon quartier, accompagné de fon Chap- pelain, tant pour encenfer les Images,que pour confoler 1 ho- ftefte, dont le mary eftoit arrcfté prifonnier pour dettes.' II nous conta, que dcpuis quarante ans l’on avoit trouvc dans le Convent de Spas, qui eft dans Iamefme ville de Cafan, les corps de deux Moines, nommés Wtrfmofi & Kurd, dont la Sainteté feprouvoit, non feulement parce que leurs corps avoient efté trouvés entiers , depuis tant d années, mais aulliparlaquantité des miracles quils faiioient , ny ayant point de malade, qui ne recouvraft la /ante, apres avoir fait ies devotions aupres de leur tombeau. Ie luy demanday pour- quoydoncilfeplaignoitdefondos, &. pourquoy l’on voyoit à Cafitn tant d’aveugles, &c vn ii grandnombre d autres mala- des. Le Preftre demeura muet, maisilíèfaícha, &s enalla, fans dire mot. Apres avoir attenduàCrf/ã» cinq femaines, jufqucs ace que la glace & la neige puflent porter, nous en partifmes le treizie- meDecembreavecfoixantetraineaux,laiiTans, par ordredu Weiiiode, 1’AmbaiTadeur de Perfe derrierc nous. Nous prifmes le chemin du Wolg-t,&C arrivames le vingt-vnie- me à zV//d,apres avoir fait foixante lieues,ou trois cens V verftes depuis C a fan.Les AmbaiTadeurs logerent chez le fieur Bemarts, noftrefaáeúr, & ceux dela fuitte dans le voifinage.Ceft-là ou nous avions laille la derniere Egliie Lutherienne.Leur Paftcur eftoit decede depuis fix mois, & le noftre y fit le Prefche le Di- manche devantNoel.Cette Egliie fouhaittoitfort quelesAm- baíladeurs demeuraflent jufques à la F efte, afin de pouvoir fai- re la Cene ce jour-là ■, mais Bragman s’y oppofa, nous fit partir le vingt-troifiéme apres difner, quittans le Wolga, pour prendre la riviere d’o cc a-, qui eftoit aufli glacee. Le vingt-cinquiéme nous fifhnes faire le Prefche a deux heu- resdu matin, dans vn village , nommé Knnm, àdixlieuesde Nifa, & fifmes ce jour-là dixlieues.
  • ET DE PERSE, LIV. VI. 79 Lc vingt-neufiémenous arrivâmes à WoUdimer à qua ran te- 1 ^ 3 deux lieues de Nifan , 8c vingt-huiét de Mofcou. Les mines A woladime<- des murailles, des tours 8c desmaifons, quel’ony void çà 8c là, fone des témoignages irreprochables de 1’ancienneté de la ville. Le dernier jour de Dccembre nous arrivâmes à vn village , nommé Rubojja, à huict lieues de Mofcou, ou noftre Prijtaf, qui avoit e.fté devant , advertir le Grand Due de noftre arri- vée, nous revint trouver, & dire, que dans deux jours nous ferions noftre entrée à Mofcou. Brugman femitde fortmauvai- íèhumcurencelieu-là,menaçantquelques-vns de la compa- gniedeleurfairecouper lenez8c les oreilles , dés quil feroit fur les frontieres d’Allemagne •, mais perfonne n’en prit I’allar- me, 8c il n’y en eut pas vn, quivouluft s’enfuir. L’ AN M. BC. XXX IK. Le premier jour de Ianyier nous partlmes devant le jour, 8c fiftnes cinq lieues, jufques à vn village nommé Bechra, ounous jANViEr. arrivâmes de bonne heure, 8c y fiftnes nos devotions. Ledeuxierne nous fimes noftre entree à Mofcou , conduits Font leur en- par deux . 'nftafs, queíã Majefté Tjunque avoit envoy és au à Mofaou. devant de nous. Les Ambafladeurs eftoient aifis, cliacun avec vn Pvt/taf, dans vn beau traiineau, doubl é de íàtin rouge cra- moifi, 8c gamy de riches tapis de Períè, 8cles principaux de la fuitte eftoient montez fur de beaux chevaux blancs, que le T%a.n avoit fait envoyer de fonécurie, aunombrededouze. L’on nous logea à 1’Hoftel ordinaire des AmbaiTadcurs, 8c 1’on nous fournit pendant ie fejour que nous y fimes, dc tout ce quil falloit pour la cave, 8c pour lacuifine. Les chevaux desAm- bafladeurs, 8c les gens,qui eftoient partisd’Afirachanaveela Caravane, eftoientarrivésily avoit defiaquelque temps, 8C Reufner eftoit party pour Holjlein , fuivant la refolution qui avoit efté prife auec Brugman. Lcfixiémelanviergourdes Roys, lesMofcovitescelebre- rent lif confccrarion del'eaubemfte 5 à laquelle le Grand Due, 8c le Patriarchefe trouverent cn perfonne. Le huictiéme les Ambaílàdeursfurent mrroduits à leur pre¬ miere audience fecrete, qui dura vne bonne heure.
  • i638 More tin fe- cond fils du „Tzaar. ;Fevriir. fArobalTadeur dc Petfc arrive aMofcon. Audience par¬ ti cut ierede Btugman. Audience dc congé desAm baffadeurs. Mars. Partent dc Mofcou. 8o VOYAGE DE MOSCOVXE, La nuicl fuivante mouruc Knez^Iu.m Michaelcwits , feconcf fils du r%jur en l’aage de huict ans. Cette mortremplit route la Ville de dueil , & particuliere- mentlaCour. Les nommes Sc les femmes quitterent leurs or- nemens, tout Tor, l’argent lesperles Sc les habits de foye, ne s’habillans que de vieilles robbes vibes, decouleur minime. Levingt-vniéme Ianvier, les Ambafladeurs furentà la ie- conde Audience particuliere , Sc eurent vne conference de deux heures. On leur envoya, Sc à ceux de leur iuitte , des che- vauxnoirs, Sc ilstrouverent route la Courtendue de dueil, Sc tous les Senateurs veftus de camelotnoir. Le trentiéme Ianvier partit le fieur Vchterlts. Il y avoir long-temps qu’il demandoit íbn congé , pour aller en Allc- magne , donner ordre à ies affaires particulieres ; mais il ne l’avoit pas pu obtenir du fieur Tfrugman qu’alors, Sc encore fous la promeile qu’il luy fit, qu’il ne porteroit point delet- tres en Holjlcin de qui que ce fuft , finonde luy feul • maisil trompa le trompeur, Sc fie contenta de luy donner des Iettres que le fieur Crulius vouloit bien eitre veues, Sc emporta les au- tres fans les luy monftrer. LcdeuxiemeFevriermourutlefieur Gruneiiald,Patrice de D-tntfuj, qui avoir fait le voyage en qualité de Gentilhomme à la iuitte des Ambafladeurs. C’eftoit vn tres-honnefte hom- me,quiavoitauparavantfait le voyage des Indes Orientales Sc Occidentales. Le cinquidmel’Ambafladeur de Perib fit ion entree a Mofi- cou, Sc le huicticme il eut fia premiere audience. L’onzieme le fieur B rugman demanda Sc obtint vne audien¬ ce particuliere, íàns en parler à ion Collegue. Le vingt-troiiiéme Fevrier les Ambafladeurs eurent leur audience publique de congé de fa Majefté l\aan^uc. Leíeptiéme Mars partit l’Ambafladeur de Perfie, prenant le devant, pour aller en Allemagne. Lequinziémeles Ambafladeurs partirent deMoficou , avec vnpeud’empreflement, afinde fie pouvoir encore fiervir de traineaux, jufquesfuriesfrontieres d’Allemagne: Sc craignans que le Printemps, qui approchoit, ne gaftaffc le chemin, ils fi- rent deíibonnesjournées,queledix-huictiémeils arriverent à There, Sele dix-neufiéme a Tarfok. - Cette
  • KjliOS t' -J 2*S^**s >Gufu £atía hilipp inae Infulde i. uconia tJjcUticatu -^hlpper.vcl SuTh otna. Q '‘pfapatam Siam. Mzldi u 30 guator 7. /; s I ND ES KIENTALE A Tap^ I*U» 6,»a Jl“tr‘l .
  • ET DE PERSE, LIV. VI. gf Cette vilJe de Tarfokeít. fort petite, mais elle ne Iaiílè pâs d’a-1 :?• voir crente Egliíês Sc Chappelles, dont 1’vne eft baftie de pier- re,&paroiílaíTez belle de loin j mais Ies Mo íco vices ne nous voulurent pas permectre d'entrer dans la ville. JLe vingt-troiííéme nousarrivâmes au grand Novogorod, ou Entre cn Ingcr* nous trouvâmes rAmbaíTadeur de Períè. Nous en parti mesle raanic* lendemain, Sc fortí mes de la Mofcovie le vingt-íèptiéme,pour entrer dans 17» germanie. * Le dernier Mars Ies trois Ambaíladeurs firent leur entrée à Font ícuren- Narva, ou le Colonel Wrangei vine au devanc d’eux, avec vne tlíz àNarv*. fuitte de cinquante chevaux. ^ LePeríàn futlogé chez vndes Senateurs de Ia ville , ou il s^aílèmbla vnefi grandequantitédepeuple, pour voiríà fem¬ me, qu’il fut fur le poind de forth* de la ville, & dallerloger à Ia campagne, afin qifon ne la vift point j de force que l’on fut contraincde faire retirer le peuple. CelaPobligeaà en vfer autrementapres cela à faire tendre vne tapiílerie depuis le chariot ou traíneau, jufques à la maifon ou il devoit loger, afin qu’on ne la vift point en entrant. Le quatriémeAvrillesAmbaíladeurspartirentde Narva,Sc . allerentlogerau village deoíiils demeurerent vnjour , ( VRri- pour changer de chevaux. ^*rtent de^*r- Lehuictiéme ils arriverent à Kunda , maiíòn appartenante a vn Senateur de Siga, ou ils demeurerent quatrejours.Cefut la ou nous fumes contrains de laiílernos traiíneaux , fauce de neige, Sc de prendre des chevaux Sedes chariots. Lc treizieme Avril nous arrivâmes à Revel, oule Senat nous ArrÍTcnt à receut fortmagnifiquement. Lesperfecutions, que le Secre- taire de l’ambaifade eftoit contraint de fouffrir inccílamment du fieur Brugman, 1 obligerent à fe fervir de l’occafion d’vn N4- vire, qui partit le quinziéme pour Lubec: prenanc ainfi le che- min de la Cour de Holflem, ouil attend) 11’arnvee des Ambafi. fideurs; qui demeurerent encore|trois mois entieres à Revel s íãnsaucuneneceífité, mais íèulementparcequele fieur Brug- man, qui apprehendoit le retour, le vouloitainfi. Le íejour en cettc ville ne leur fut pas fi inutile, que plufieurs de la compagnie n’y trouvaílent leur íâtisfation, dans le ma- riage, Sc entrautres le fieur Cru fins, qui y épouía la filled’vn Senateur. 11. Partie. L
  • 1638. IviLLET. S'embarqucnt » Revel. Anivent à Tiavcxnunde. A Eutin, Arrivcnt à K el. A o v s t. A Gottoip. 82 VOYAGE DE MOSC.ET DE PERSE,&c. Leonziéme Iuillet les AmbaíTadeurs &: vn PoJlamltMofco- vitc, quelc Grand DucenvoyoitauDucde Holftein,s’embar- querent ,6carriverent apres onze jours de navigation iur les codes de Holf-’in , aupres de 1’Iíle de Femercn , à deileinde gagner le havre de K. <.-/: mais le vent contraire les obligca à moiiillerdevant Neuftad , à deux lieuesde Lubec. Us feeurent auffiatoft quela pefte v eftoit5 e’eft pourquoyilspartirent en mcfme temps, pour alíer à Tra vettiunde, oil ils entrerent le len- demain, vingt-troifieme Iuillet. Delàils envoyerentlcurs gens Selebagage par mer à Kiel, &c les AmbaíTadeurs arriverent le vingt-huidiéme à Eutin, -oule Due lean de Hol/U in, JEvefque deLubec, frere de noftre Prin¬ ce , les reçeut, & traitta magnifiquement. Le trentiéme ils arriverentàjSTíe/jOu les AmbaíTadeurs laif- ferent le Perfe Sc lc Moicovite, pour allcrfaire la reveren¬ ce à Ion Alteflc , qu’ils trouverent à Gottorp, le premier jour d’Aouft, ainii ils mirent fin à leur voyage de Moicovie 6c de Perfe. Fin du Voyage de Mofcovie O' de Perfe.
  • S3 R ELATION DV VOYAGE . ; DES INDES DV S*DE MANDE LSLO- * LIVRE PREMIER. A relation dece Voyage neferoit point parfaite, fiauretourdenoftreAmbaíIãde nousne faifions connoiftre ce que devint le íieur de Mandelílo, que nous Iaifsâmes à Ijpahdn, dans le delTein de fairele voyage des lndes. Cejeune Gentil-hom- me, qui eíloit natif du pais de Meklenbourg, íòrtoit de page, lors que Monfeigneur le Due de Holjlein refolut d’envoyer lesfieurs Cruftus S>c Brugman cn Mofcovie Sc en Pcríc, Se tel- moignoittant de paífion devoir des Eftats 6c des Royaumes fi éloignés defaPatrie, quefon AlteíTe neluy permit, pas feule- mentde feire le voyage, à la fuittedefes Ambafladeurs, en qualité de Gentil-homme de la Chambre; mais auíTi dele de¬ tacher dela compagnie, apres que la negotiation ícroit ache- vée en Perfe, Se d’executer le deíTein qu’il avoit de pafler plus avant, Se de voir le reíle de 1’Afie. Ilíerendit fi agreable à la Courdu Roy de Períè, que cc Monarque le fit convier d’y demeurer quelques années, Se pour cet effet il luy fit offrir plufieurs grands avantages, Se entr’autres vne penfion de cinq ou fix cens tumains, qui valent L ij i 63 S. S0.1 dcíTcm.' Schach Scfi 1’aimc , Sc luy otfre vne pen¬ fion dc dix rail efeus.
  • 1638. Delibere áemeu era Ifpahan. 84 VOYAGE DES IN DES, vingt-cinq ou trente mille livres. La pluf-part des Seigneurs de Ia Cour, voyans que le Roy 1’aimoit, rechercherentíon amitié, Sc firent les vns ápres les autres des feftins continueis, pour tafcher de l’engager dans la chaleur du vin, Sc par la douceur de leur converlãtion. Ceuxquile preílèrent le plus, Sc qui pour cèc effet íirent plufieurs aílemblèes, ou ílsluy don- nerent tous les diverdílemens, capables deluy faire perdre le fentiment qu’ilpouvoit avoir pour íà Patrie, hirent le grand Efcuyer, le grand Veneur Sele premier Maiftre d’Hoftel. Hs ne le gagnerent pas entierement 5 mais ils 1’efbranlerent íí bien , qu’il mit 1’affaire cn deliberation avec le Prieur des- Carmes Italiens, qui avoicacquis vne parfaiteconnoiílànce s’il delaCourdePerfe , pendant vn fejour de vingt-quatre ans à qu’ilavoitfaitàifpahan. CebonReligieux, quisappelloitle P. Timas, Sc quieíloit fort hommede bien, luy dit, que pour Pobligeràprendre vne bonne refolution en cette affaire, il luy allegueroit deux exemples, capables de le faire juger dela fortune, qu’il avoit à efperer en Perfe. Qvul y avoit connu vn Gcntil-homme François, qui s’eftoitffbieneftably à la Cour, quele Roy, qui l’avoit employe en deux importantes ambaf lades en Europe, dont il s’eftoit acquitté fort íideliement, voulatl’obJigerayacheverfes jours, luy avoit fait époufervne femmePerlane j luy lai ffantneantmoins la liberte devivreen fa Religion. Qdaubout de quelquesannées,ce Gentil-homme avoit demande permiífion de retourner en France 5 mais que le Roy luy avoit défendu de fortir du Royaume, Sc que pour 1’en empcfcher abfolument, il avoit fait laifirfes biens. Que cela ne luy avoit pas ofté 1’envie de retourner en France, Sc qu’il feíàuvaennn, nonobftant ces defences ; mais qu’il fut tuéparlechemin. Quefafemme, quis’en:oitfaitbaptiíèr,íè retira dans le Convent des Carmes, ou elle fe tint quelque tempscachée, jufquesàcequelle trouva moyen de íetrave- ftir, 8c daller à Rome, ou le Pape 1’avoit conviée d’aller. Qifyn autre Gentil-homme, Italien,de la maifon des Gabrieli, qui ne s’eiloit pas rendu moins agreable à la Cour , que le François,s’ennuyant de vivre íi long-temps parmy des Maho¬ metans , ennemis declares de ía Religion , s’avifa de faire entendre au Roy, qu’ilfç voit qu’il y avoit aupres d'ohmu% des mines, dont onpourroit tirer beaucoup d’or, Sc luy en fit
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 85 voirvneefpreuve. LeRoynelecrútpasfibien, quil nelefiíl 1638. accompagner de quelques Seigneurs Sc Gentils-hommes, qui le devoient obíèrver: mais en arrivant à Gamron, il les enyvra 11 bien de vin d’£fpagne,queles Portugais luy avoient fait tenir, qu’il trouva moyen defeporter auborddeía mer, ouiltrou- va vn batteau, danslequelil íèíauvazOrmus. Que cette eva- fion avoit tcllement irrité le Roy, que ce fut là le premier fujet du deílein, que Schach .Abo* fit dés ce temps-la, d aífieger la ville d’owi, laquelle il reduifitfousfon obeiflance 1’année fuivante. Ceboní^ereyajoufta, qu’il avoit plufíeurs autres raiíòns à luyalleguer,quipourroientcmpefchcrvnGentil-homme de fonaage, & bien fàit com me luy, de demeurer dans vneCour fi corrompue comme celle de Perfe 5 mats qu’il croyoit que le íieur Man del [lo en avoit afles de connoiílance, pour le pou- voir difpenfer de s’engager dans vn diícours de cette nature. Et de fait, il luy en avoit aíTez dit, pour 1'obligeràferefoudre: de forte qu’ilsnefefeparerent point, queMdndelJlo neluyeuft promis qu’il partiroit d’ / fpcthan au plutoft, Sc qu il executeroit le dcílèin qu il avoit dés long-temps, d’aller à Baby lone, Sc de là à lerufalem d ouil faifoit eílatdallerà Aleppo, Sc de retourner par la mer Mediterranée en Europe. Mais ayantfceu, quele Grand Seigneurauoit afllegè Bagdat, ou Baby lone,i\ changea dereíolution,Sc prit celle d’aller a Ormtts, Sc de la a la Courdu Grand M ogui, Sc aux Indes. Pour cétcfFetillaiíTa partir les AmbaíTedeurs leu.Decem- bre 1637. Scddemeura à lfpahan]uf<\ues au feiziefine lanvier de 1’année fuivante. Mais dautant que c eft luy, qui a eu le foin de mettre par eferit les particulántez de Ion voyage , Sc den faire vne relation fort exade, nous luy ferions tort, íi nous nc le faiíions parler luy-mefme. 11 commence done la relation ainíi. LEs Ambaílàdeursde ffoljiein eilant partis d’ifpahan , ville j capitale de Perfe, je voulus me fervir de la permilTion,que le Due monMaiftre m’avoitdõnée:dèfortequ'apresavoir pris congédesAmbafladeursài. lieuesdelà, jeretournayà la vil¬ le, ou je demeuray encore prés d’vn mois, afin de me mettre en équippagC,pour ce grand Sc vafte deílein.Pendant ce temps-la le Roy dona ordre à /mameuli, Eifchicb agafi, natif de KaraOath>
  • 86 VOYAGE DES INDES, ■*'8361 tie fetenirpreft pour 1’ambaílàde, qu’illuy vouloit faire faire en Holftcin. Ianvier. Mainklflopan d’lfpahan. Airivc à Ma- ■ iar. A Kamfcha. A Mach'fud. h Etdefait, désle 10. Ianvier 1638. Imamculi fit partirfonba- gage, 6c les preients qu’il portoit au Duc, confidant en de fore beaux chevaux, 6c plufieurs étofFes d’or 6c de foye, dontJa va- leur, felon l’edimationdes Perles, montoità quinze censtu- mains, qui font vingt milefeus, monnoye de France. Les Seigneurs de la Cour, qui m’avoienc teíinoigné del’af. fedion, me voyants entierement refolu de partir, me firent avoir mon audiance de conge. Le grand Eicuyer m’y intro- duifitle 12. Ianvier. Ie baifayle borddela vefte duRoy, qui me licentia avec beaucoup de bonce. I’employay les jours fuivants à prendre conge ae mesamis, 6c le leizieme Ianvier je partis d’lfpahan, aveevnefuite de trois perfonnes, fçavoir d'vn cbirurgien, d’vn laquais 6c dvn palefrenier , tous trois Allemans, 6c d’vn vallet Perfe. M. Hanniwaoth, Agent des Angloisà /fpah.tn, accompagné de plufieurs marchamds de la mefme nation,6cdequelquesFrancois, me conduifirentjuf- ques à vne Iieue de la ville. Ie fis ce jour là huit licues, jufques à vn village nommé Maj.tr, oil je demeuray le lendemain , en attendant la com- pagnied’vn Pere Carme, qui m’avoit promis de faire le mef- me voyage : mais ayant feeu qu’il eftoit party d’lfpahan de¬ van tmoy , jepourfuivismon cheminle dix-huidiéme, 6c ar-' rivay cejour-laau villagede Kamfcha, àfíxlieucs demon pre¬ mier gifle. Tout ce cheminn’eftoit qu’vne íeule allée d’arbres, plantez de rang des deux coftez, 6c eftoit bordé de plufieurs beaux jardinsj de forte queje nepenfepasquel’onenpuifle voir vn plus agreable, ny mefme vn plus beau lieu que ce villa¬ ge : mais en recompenl'e de cela, Ie Caravanfera, ou je fus oblige de loger, n’avoit que les quatre murailles. Le dix-ncufviéme jefis dixlieucs, jufques au village de Machfud.C’edvn fort bon village, accompagné d’vn Caravanfera fort logeable, bien ba¬ ity 6cfort commode, à caufe deles belles chambres 6c de fes grandes efeuries. Le vintiémeje logeay dans vn Caravancefa, auprés d’vn vil¬ lage, nommé Hannabath , qui eft fort bien fitué, fur la croupe d’vne fort jolic colline. Le lendemain 21. Iefisdix lieues, jufques à vn Caravanfera
  • DV Sr DÊ MANDELSLO, LIV. I. S7 nommé Iuwfthan. Ce jour-làj’eusvn fort mauvais chemin , qui me devint d’autant plus ennuycux,que le vent 6c la neige m’incommodoient extremement. Le 12. je fus contraint de faire douze farfangues, ou lieues dePeríè ; parce que depuis lurgifthan iln’y a point de village ny de Caravanfera , ou Ton puiflc loger j de iorte qu’il eftoit nuid quand j’arrivay à Surma. La traite que je fis ce jour-là fut fi longue, que je devan <^ay les mulcts des marchands Per¬ les , qui eiloient partis d’lfpahan vn jour devantmoy. Le 23. je fus encore contraint de faire douze lieues, juiques au village de Gufti, ou nous fumes fortmal accommodczmos chcvaux meimes, n’ayans point le couvert, 6c eftans contrains d’eiluyer le Mauvais temps, 6c la neige qui tomba toute la nuid. Le 24. nouseúmes vne journée,pour le moins auffi gran¬ de , que les deux precedentes, mais le chemin beaucoup plus fafcheux parce qu’au fortir de Gufli nous entrames dans des montagnes couvertes de neige x 6c nous eúmes ce jour-là vn tres-mauvais tempsiquoy qu’ilfemble que la campagne6cla veue y doivent eftre fort belles en Efté , 6c au Prin-temps. Nouslogeames la nuid dans vn grand village, nommé Mef- hid M a dene So liman , à cauíè d’vn beau fepulchre qui n’eft qu’a vne demy lieué de là. Le fepulchre eft dans vne petite Chappelle bailie de marbre blanc, fur vn quarré de groiTes pierres de taille, en ibrte que l’on y monte de tous coités par plufieurs marches. L’air 6c la pluye ont mangé 6c creuie la muraille 6c le baftiment en plufieurs endroits, maisle temps a quafi achevé d’abattre plufieurs grands piliers de marbre , dont l’on voit encore les relies tout à l’entour. A la muraille dela chappelle l’on voit encore en caradcres Arabescesmots, Nader Suleiman. Leshabitansdu lieu difent ,quec’ell lamere du Roy Salomon , quiy ell enterrée,mais les Peres Cannes de Schiras me dirent, avec plus d’apparence de verité , que e’eiloitle fepulchre dela mere deSchach Sohman, quatorziéme Calife, ou Roy, de la poílerité d\Aaly. Elmacin, en ion Hiftoi- red' Arabie 1. 1.0.14. dit, qu’elle s’appelloit rvAlada^&c qu’el- le eftoit fille d’^bbas abbtfceam^lk. que ce Soli man vivoiten l’an7ij. 6c en conte entr’autres vne chofe aftez remarqua- ble : fçavoir,que cc^oy, qui eftoit parfaitement bien fait de faperfonne, eftant yn jour devant le miroir, dit qu’en effetil 1^38. A Iurgiftuy- A Surma’ A Gufti. Madeira Soli, man.
  • í 63 s. A SVwntú’ ■A Mardafch. .Tijlminar. Reftes du Pa. lais de Pctfc- polis. 88 VOYAGE DES INDES, pourroit bien prendre la qualité de Roy de la jeuneílè, auílí bien que de íbn Royaume: à quoy vne des Dames du Serrail reípondit, qu’il le pourroit faire veritablement, fi íà beauté n’eftoit point íiiípecle au changement, qui eft fi naturel 6c íi ordinaire à routes les choíès: mais qu’il falloit confiderer qu’ellc eftoit pcrifíable,6c que peut-eftre il ne la poíTederoit pas long-temps , 6c que ces paroles firent vne íi forte impref- ilonen fon cfprit, quil encontracta vne profonde melanco- lie, qui le fit mourir dans peude jours. Ie trouvay encevilla¬ ge le Perc Carme,qui eftoit party d’yj^W devantmoy, avec vne Caravane Armenienne. Ie continuay mon voyage Jezó. 6c fís ce jour-là cinq lieues, jufques au village de Snv.m , dou je partis le lendemain 17. & apres avoir fait íix lieues , j’arnvay iMard.xfch. Ce dernier village eft fort celebre, à caufe des antiquitez qui fe voyent dans fon voifinage , qui nous obligerent à les confiderer avec tous ceux qui ont fait le mefme voyage. Ce font des rumes d’vnvicux chafteau que les PerfesappellentT^lminar,ceftà dire, quarante colomnes, d’vn mot compofé de Tzelnl, qui fignifie quarante, & de Minxr,qui fignifie vnecolomne,ou vne tour 5 parce que les tours quel’on voit aux Mctfchid,ou Moíquées des Perfes, qui n’ontny cloches ny clochers,fbnt de la forme 6c de la grollcur d’vne colomne. Ce font fans dou- te des reftes d’vn des fuperbes baftimens qui ayent jamais efté fairs, 6c les Perfes difent que leur Royr^emfehidPadfcJud,ayeul maternel d’Alexandre le Grand ^ dont nous avons parle en la Relation du voyage deMofcovie6c de Pcrfe, a fait faire ce Chafteau, quoy que les autres difent, que le Roy Salomon la bafty rôcilyen a merne qui lattribuenta Darius,dernier Roy de Perie. Les Religieuxde«Sc'm\is me dirent,que l’on nedou- toit pointparmyles fçavans, quel’ancienne ville de fe Perfepo- lis n’euft eftc en cét endroit-la, 6c que ce ne fuflent des reftes du Palais de Cyrus. Quoy qu’il en foit, les mines mef- mes, que l’ony voit aujourd’huy, font capablesde ravirceux, qni ont tant foit peu de connoiflance des beautez de 1’an- tiquitc. Le fondement a vingt - deux pieds geometriques de haut, ayant aux quatre coins vn degré taillé dans du marbre blanc , de quatre-vingts quinze marches , qui font iort plattes, 6c fi larges, que douze chevaux y peuvent moriter
  • DV Ss £>E MANICELStO, tlV. r. %9 monter dc front. Surlcquarré.procliehmoncce, devant que a entrer dans Jc corps du logis, l’on voit desruines d’vnemu- ranie , comme des relies de deux grandes portes, ayanten re¬ lief chacun vn cheval avec des liarnois 6c des felles fort anti¬ ques , 6c dans les deux autres morceaux deux animaux dont la croupe reflembleau corps d’vncheval, mais la telle,qui eft couronnee reíTemble à la hure d’vn Lyon , 6c les vn! 6c les autres ont des aides aux coílés. A cofté font dix-neuf colom- nes de marbre noir 6c blanc,dont les plus petites avoient huiCl & les plus grandes, dix aulnesdehaut , fans les bafes. L’on nous alieura qu’iln’yavoitpas long-temps, quilyavoit encore quarante colomnes debout, mais I’onnepeutpasbien juger delies ont fervy à I’ornement de quelque fade, ou fi elles n ont efte mifes la a fairquepar parade. Vn peuplus avanc Ion voit la place de deux chambres, lefquelles, à cequei’on en peut juger, par les portes 6c parles croiféesdes feneftres n ont pas efte fort grandes. Le touteft demarbre, tellement vny 6c poly, qu’dpourroit fervir de miroir, auid bien que ce- iuy que 1’on voit au Palais Royal d’/fpahan. Des deuxcoftées desportes font plufieurs figures d’hommes, en relief, dont les vns lent aids ôcles autres de bout; mais beaucoup plus grandes que le naturel. Ils ont tous les cheveux fi longs,qu’ils leur bat- tent fur les efpaules, la barbe grande, 6c des habits qui leur vont jufques aux talons, les manches fort larges, 6cvne cein- ture lur la vefte. Ils oiit tous vn bonnet rond fur la tefte : de rannnrr, ^ “í éWPagc, pointde rapport aux habits ordinaires de Perle, marque vne grande Blen prés de là ily a encore deux autres chambres, bailies de la mefme façon, 6c de la mefine grandeur, quin’oni rien de refte que les portes 6c les croiiees. 11 paroift que ce ba- Itimenta eu pi uíieurs portes .- ce que les Perles obfervent en¬ core aujourd’huy enleurs baftiments} afin de donner paílàge aux vents, dontils ont befoin pour fe raffraifehir. Aupres de ces chambres fevoyent graves dans vn piher quarré, certains caracteres inconnus, qui n’ont rien decommun avec le Grec 1 Hebreu ou 1’Arabe, ny mefme avec aucime autre langue’ Ily a douze lignes de ces caraCteres, qui font routes figures triangulates, piramidales, ou en forme d’obeiifque, mais fi bien gravees 6c proportjonnees, queceux qui les ontfaites, II. Parcie M
  • 5)0 VOYAGE DES INDES, 163 8. ne peuvent point paiTer pour barbares. II y en aqui croyent que ce font des TMifman, Sc qu’ils cachent des fecrets, que Ic temps defcouvrira. Outre celail y a encore vne grande cour, furlememefondement,quiaquatre-vingtsdixpas enquarrc, ayant fur chaque ligne deux portes , dont les vncsontfix Sc les autres trois pas de large, toutesbailies d’vnmarbre fort poly, dont les pieces ont huidfc pieds de long fur trois de large. Dans vne autre cour fe voyent taillés dans le marbre des ba- tailles, des triomphes, des jeux Olimpiques, fort bien faits Sc proportionnés. Sur chaque porte eft reprcfenté vn homme,de bonne mine , ailis, 8c tenant dans vne main vn globe, & dans i’autre vn fceptrc 5 quoy que les Roys de Perfe ne fe foient jamais ailis de cette façon. Teus la curioíitéde monter tout en haut 5 ou je vis la figure d’vn Roy,en fa devotion, adorant le . Soleil, le feu Sc vn ferpent. Ileftimpoifiblededire, fil’archi- te&uredece Palais tientdel’Ionique, duDoriqueomdu Co- rinthiaque, tant le baftiment eft ruiné, bien qu’il y reiteenco¬ re dcquoy occ.per vn bon Sc habillepeintreplus de fix mois. C’eft dommage,que jufques icy Ton n a point eu la curiofité de lefaire graver; d’autant plus quecesbarbares achevent de le ruiner tous les jours, fe íèrvans de íès pierres à leurs baftimens particuliers. Elian, liv. i.ch.59.dit, que le Grand Cyruss’e- ftoit rendu celebre par le Palais, qu’il fit baftir enlavillede Perfe polis, laquelle ilavoitluy-meímefondée : Darius par ce- luy qu’il fit baftir à 5»/é,&Cyrus le jeune par les beaiux jardins, qu’il avoir luy meime plantes Sc cultives en Li die. Si c’eft le meime Palais, dont parle Diod. Siculus liv. 17. Il eft certain qu’il paifoit en grandeur Sc en beautétous ceuxdefon temps, lldit, qu’il eftoit ceint d’vne triple muraille de marbre , dont la premiere avoit ieize aulnes de haut, la ieconde trente- deux, &la troifiémefoixante, avec leurs portes Sc baluftrades de fonte. Le travail de tant d’annees, Sc ces grandes richefies, furent ruinées en fort peud’heures, par la facilite d’Alexan- dreleGrand,quiyfitmettrelefeu, à laperfuafiond’vnema- raude, ainfi que (f Curce en parle au liv. 5. c. 7. deíònHiftoi- re. Apresavoir bien confideré ces anti quites, quiaveccelles de Dcrbent fontles icules que nous ayons veues en tout noftre Arrive à Sclú-'V°yaSc-> Ieme remis en chemin le 18. Ianvier, Sc fis ce jour-là dix lieues, j ufques à la ville dc Schim, ras.
  • DV Sr MANDELSLO, LIV. I. 9t Tytrouvay quatre Carmes Italiens, qui y ont vn Con¬ vene aíTez bien baity , & qui joiiiííènt d’vne entiere liber¬ te de confidence •, fous la domination du Roy de Perfe. 11 y avoit auífi autrefois vn Convent d’Auguftins 5 mais ils fu_ rent chaífiés avec les autres Portugais, lors que la ville d’o>- mus fut prife fiur eux. La ville de Schiras eft la capitale de la Province de Fars, 6c eft íítuéeàicj. degrez 36. minutes, dans vn lieu fort agreable , au pied des montagnes, fur la rivie¬ re de Sendemir, autrefois nominee Praxis , qui íè deícharge dans le Golfe Perííque. L’on nous dit, que la ville avoit efté beaucoup plus grande autrefois, quelle n’eft aujourd’huy , bien qu’elle ait encore plus de dix mille feux : cequej’avois d autant moins de peine à croire, que nous trouvions danslc voifinage , Sc jufqucs à vnedemy Iieue de là , des ruinesdes portes Sc des murailles d’vne grande ville. Tout ce que la na¬ ture à accouftumé de donner aux homines , non feulement pour la neceílité , mais auífipour lavolupté,íètrouveicyen tres-grandeabondance: comine du bled, duvin, des oranges , des citrons, des grenades, des amandes, des dattes, des p'ifta- ches,Scc. Etles beaux cypres y font vne agreable ombre con- treles grandes chaleurs. C’efticyouvient fans doute lemeil- leurvindetoutelaPerie, Sc leterroir en produit en ft grande quantité, que l’on en tranfporte par toutie Royaumejparti- culierement àla Cour,oule Roy ôdes grands Seigneurs n’en boivent point d’autre. II eft bien plus fpiritueux Sc plus a«rea- ble que le vin d’Eipagne,mais d’autant quiln’ya quail point de perfonnede qualitc qui n’en boive, & quine vueilletrait- ter ies amisdq Schiras fcharab , celafaitqu’il eftaííèzcherà if- pahan, ou on Ie vend trente iols le pot. Le terroir y eft tres-fer- tile, Sc produit quantité de bled 6c de fruit. Lesmoutons, qui font d’vn gris cendrc, Sc meile de blanc,ont la laine friiee,Sdes queues ft groílès & fi graftes , qu’elles pefent juíques à dix- huicft Sc vingt-livres. Les foreftsvoiíinesdonnent quantité de maftic , que ceux du pais amaftent dans des efcuelles, qu’ils attachent aux arbres. 11 eft d’abord verd, mais Pair le gafte avec le temps, Sc iuy donne la couleur brune, qu’il aquandon l’apporteen Europe. Iedcmeuray huicl jours à Schiras 5 tant pour donner vn peu de repos à mes chevaux, que pour me fortifier contre les fatigues du chemin , que j’avois encore à M ij 1^38 Defcription de Schiras. Vinde Schiras
  • 9Z VOYAGE DES INDES, * 6 3 8. faire j qUi eftoit de cent grandes lieiies, jufques á ôrmwfpar vnpais, oujcnepouvoispaseíperer detrouverce que jefaifi- fay à Schiras , qui eft fans doute la premiere villede Perfie, pour le vin 6c pour les femmes,Sc fi agreable, pour ceux qui t íçavent vfer de l’vn Sc del’autre avec moderation , que les L evrier.. p^erfes ont accouftumé de dire, que fi Mahomed euftgoufté les delices de Schir.ts , il euít priéDieude luyaccordeirlim- mortalité. 1’en partis le 5.Fevner,8c paflay deux Cartvanjcras, me logeant dans le troifiéme, apres avoir fait dix lieues ce jour- là, par vnchcminbeau Sc vny. Le ó.jefis feptlieuês,par vn tres-mauvais chemin,mais tout le pais cftoient parfemé de villages,dont les dattiers rendoient Arrive à Scha- I** veuc a ílez diuertiílante. rim, Lc 7. je paíliy encore vn de ces Car av infer as, Sc fis dix lieues cejour-là, prenantmongifte en la petite villede Schirim^au milieud’vne foreftde dattiers. Les cinq autres journées fui- vantes furent bien les plus fafcheufes, que j’aye pafíees en tou- te ma vie. Carle 8. Fevrier nous ne fimes que cmqlieues, par le plus deteftable chemin du monde, le ne fqay pas comment l’onavoit pus’enfervir,devant qu Imamcuhc7>
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. L 93 Pere Carme, dont j’ay parle cy-deflus , je pníTay outre , Sc fis encore deuxlieuês, juíques à vn village nommé Bem, & Io- A aiy‘ geay làaupresdans vn des beaux Caravanferas, que j’aye ren- contrez fur tout le chemin. Le lendemain 10. j’eus encore vn tres-fafcheux chemin , par la montagne, Sc le preferay à vn autre plus commode par la plaine , mais plus long de quatre lieues, que celuy queje pris, qui tutde huit Ueues. I’arrivay le foirfort tardà la ville deLaar. Cette ville eft fituée au pied de la montagne,dans vne gran- ^ ^ de plaine, íès maifons font baftics de briques cuites au Soleil , ‘ mvc a mais la Citadelle eft fort bien placée fur la montagne, Sc par- fàitement bien fortifiée d’vn rempart reveftu de pierres de taille. 11 n’y a point de vin, mais quantité de dattes en ces> quartiers-Ià. Lcs habltans ne boivent que de l’eau, laquelle eftant trouble Sc époiíTe, ilne fc peut quelle ne foitmalfai- ne,auffi bien que Pair, qui y eft fort mauvais. Aulfin ya-t’il quafi point d’habitant qui ne foit incommode d’vne certaine forte de vers, qui naiftent entre cuir Sc chair , de la longueur d’vne aulne, Sc que l’on entire avec grand’ peine, de la façon que nous aurons occafion de dire cy-apres. Iufques icy nous avions fenty plus de froid que de chaud: mais en ce lieu-là nous commençâmes d’eftre fort incommodez de la chaleur du Soleil. Ie demeuray vn jourà Zrf^maisquandje voulus partirIe n. l’on ne me voulutpointIaifler fortirdu C mais ellen’a ny * " M iij
  • 94 VOYAGE DES INDES, 16 3 8. portes ny murailles, mais foulement vn chafteau,que les Per- lès y ont bafty depuis Ieur conquefte, fur vn roc elcarpé, qui commande à la ville , n’ayant qu’vnefoule avenue , ou deux chevaux ont de la peine à aller de front. Ses murailles font taillccs dans le roc, & fo garnifon n’eft que decent homines; nom bre fuffiíãnt pour la garde de la place, quoy qu’il y ait dans Ie magazin dequoy armer trois mil hommes. L’eau de fes puits eft íalée j de force que la garnifon eft obligee de con- lervercellc,queleCielleurdonneen grande abondance , en certaines foifons de l’annee. leftsce jour-là quatonelieues, Maiadicde julquesà vn Carav.infer* aupres d’vn petit village. Cette traitte acheva de miner ma fonte , ou jarois defia fenty de 1’alteration en partant de Schiras. Maisle; grandes journces , 6c particulierement la derniere , l’eau cui eftoit trouble 5c puante , 5c les chaleurs iniiipportables n’abatti- rent tellement, avcc des tran chces, accompagnées i’vnc op- prdlion d’eftomach, 6c d’vne forte diarrhée, quejecommen- çaydeperdre courage. Iefischercher par toutvne ltriere,6c nentrouvant point, jefus contraintdemcmettre fir le che- val qui portoit le bagage, que jefisaccommoderen brte que je pouvois appuyer ledos. Ie partis encéteftatle 19 5c arri- vay ce jour-là dans vn grand village, eloigné de li ville de Gamron de douze lieues,6c prismon logis chez le Ct/enter du lieu. Sur le foir arriva au mefme logis vn Anglois', mi devoit • fucceder à celuy, qui eftoit le chef des marchands àlfpalun , accompagné d’vn autre marchand.de la meimenatDn , avec lequelj’avois eu occafton de faire connoiftance , pndant le fejour quej’avois fait à la Cour du Roy dePerfe.t avoient bonne provifion de vin d’Efpagne blanc , que l’a appelle communément vin fee , quoyquele veritable nom>icvinde Xecjue, du lieu ouil vient, done jeforrifiay vn peuionefto- mach, auíft bien quede deux bons repas, ou ils m convie- renr 5 aumoins autant que fcftat de ma íãntc me pvipermet- tred’enprofiter. Ils me donnerent des lettres de reomman- dation a vn marchand Anglois de Bandar Gamra , qu’ils prioyent de me loger dans la maifon de la Compgnie des Indes, 6c de m’aidcr de fon pouvoirau voyage quejivoisdef- feinde faire aSuratta. Ils remonterent à cheval apre iouper , Partdc Laar. maismonmal m'arrefta-la jufques au iz. Fevrier. íe jour-là
  • DV Sr MANDELSLO, LIV. I. j,y jefis troislieuês,jufquesà vn Caravanfera, ou je me repoíày, • jufques à ce quapres que la plus grande chaleur du jour eílanc paflée, jefisvn effort, pour faire encore troislieues, jufques à vn autre Caravan fera,. Mon mal s’augmentoit tous les jours, &: Ia ficvrechaude, qui s’y joignir, acehva de me mettre al’extre- mité: mais il n’y avoit point d’apparence de demeurer dans vn lieu, ou jcnepouvois point eftre fecouruj de forte que jere- lolusde gagner Bandar, à quelque prix que ce fiiftj dansl’af- Arrive àGam- feurance que j’avois, quej’y trouverois du foulagement par- ICU* my les Marchands des diveríês nations qui y trafiquenr. Et de fait, dés quej’y fus arrive le 13. Fevrier, les François, Hollan- dois Sc Anglois me vinrent rendre vi fite, Sc ayans fceu ma qua- litc &: mon deílein, Sc 1’eftat de mon mal,qui s’eftoit converty en diícenterie, avec la fié vre chaude,ils me íòlliciterent fi bien, ôceurenttantdefoindemoy, qu’au bout de quatre jours je metrouvayíànsfiévre, Si en eftat daller voirleSulthan, ou Gouvcrneur delaville. Ie luy avois envoye les lettres de recommandation , que^ARs. 4ScA<íc/?-<5vyím,avoitdonnéespourluy : de íorte que dés qu’iloifne chez le feeut 1’eftat de ma recon valcícence, il me fitprier d’aller diíl Snltiiau- nerchezluy. I’yallaylez8. Fevrier. Dés quej’y fus arrive,il me fit aíleoir aupres de luy, & pour me donncrplusdefujet de me divertir, il fitprier les marchands Hollandois de me venir faire compagnie; de forte j’eus occafion de faire amitié avec eux. Ie nediray rien des particularités de ce fcftin, parcc qu’iln’y eut rien d’extraordinaire, ny de plus que ce que nous avionsveuà ///m/mwj ôcailleurs. Le mefme jour arriva à Gamron vn vaiíTeau de Surattadu port de 6oo.tonneaux,ilappartenoitauGouverneur de Suratraqui 1’avoit fait baíhr parvncharpentier Anglois. Ilamenoitvne Reine veuve, mere du Roy de Gelkende, avec la filie. LeRoy en eftoit devenu amoureux, Sc la vouloit eípoufer , mais la mereiravoit pas voulu confentir à cet incefte; e’eft pourquoy il avoit chaífé la mere hors du Royaume. La filie avoit fuivy íà mere, prefcrantlamiferede 1’exil à ces nopees inceftueufês. L’ondifoitqucledeiTeindelamere eftoit de marieríà filie au Roy de Perle , ouàvn des premiers Seigneurs du Royaume. Leu. Mars les Perfes celebrerent leur Naums, ou jour de l’an, dela façon que Ton voit ail IV.livre du voyage de Perfe.
  • i£ 3 8. Iniuftedéfiance dcMandelílo. £utm ttpmui siw.it. 96 VOYAGE DES INDÊS, Lemeímejourle Sulthwmepria. àdiíner,
  • DV Sr MANDELSLO, LIV. I. 97 ou il vit des forefts d Vne eftédue prefque infinie pleine d’ar- “ 1 6 3 J. bres toufFus, 8c d’vne hauteur demeíurée. Lap!ufpart des‘c branches, groíles commedes trones, fe replioient jufquescc dans Jaterrej d’ouellesremontoient apres routes droites • “ deíòrtequ’ilíèmbloit que cen’eftoit plus des branches, quiu fe fedreíloicnt, mais denouveaux arbres croiílàns fur leurs u racines. « Et de fait Ies branches, gnoient la terre, ou ils faL.__.__ __ --, r— oungulcta in, former vn nouveau trone, qui jettoitàla hauteur de quinze de- ou vingts pieds, d’autres branches, 6c formoit ainíi vne foreft plutolt qu’vn arbre^puis que celuy que je vis-là avoit deux ces quatorzepas de tour, 8c pouvoitaifémenteouvrir de íòn om¬ bre plus de deux mille perfonnes. Les Portugais 1’appcllent ^rbolde Rays, 8c ceux qui ont efcritl’hiftoire naturelle de ces pais-là, 1 eFiguíer, d’lnde, à caufe de fon fruit, qui eft de la grolfeurd’vnpoulce, 8c qui a des grains com me la figue com¬ mune , quoy que ion gouft foit d’vn douxplus fade, 6c íã cou- leur rouge, 6c que lesfueilles de 1’arbre reífemblent à celles du coignaflier. Aupieddel’arbre, qui a produittous les autres, il fevoit Sepulchre â’y» vne chappelle, que Ton a baftie à l’honneur d’vn faint Indien, faint B<=aiau. ou Benj.in, qui y eft enterre. Le Gardien du fepulchre, qui cftoit affisà la porte, nous receut fort bien, 6c nous fervit vne collation d’amandes, denoix, de dattes 6c de fort bonne eau fraifehe. Il nous permit d’entrer dans la chappelle,ou nous vif. mesletombeauduíàint, tout parfemé defeverolesbigarées, Sc audeflus, fous vn daiz defatin,plufieurs lampes,que ce Re- Iigieux eft oblige d’entretenirnuid 6c jour. Nousauronsoc- cafion de parler aillieurs de la Religion des Indiens,8c parti cu- lierementde celle des BeB/.i»5,c’eft pourquoy nous-nous con- renterons de dire icy en paftànt, que ce n’eftoit point par hazard que ce tombeau fe trouvacouvert de fevcrolles ■ mais parce que ce iaint, 6c le gardien de fon tombeau,eftoient de la lèdedeceux quel’onappelleBen) uni, quifont vntres-grand commerce à Gamron, 8c qui croyentavec Pythagore, que les ames des trefpaftez fe retirent dans les febves. Opinion qui eft fort commune, non ieulement parmy les payens des Indes, mais auifi par toute la chine. II. Partie. qui fortoient de fon trone, rega- , , ,, oienr df* nmivolios rarinoc nnur V° C N
  • 98 VOYAGE DES INDES, *8361 Lei.jourd'AvrilarrivaaG’rfwro» vnEnvoyéde Schach-Sef, Scahch-Scfi R0y Períe , quiapporta au Sulthan leprefentdvne vefte, *«ícCsnithàn corr>nie vne marque cies bonnes graces de íbn Prince. Le dc Garmon dí Sulthan monta àcheval, íans armes, ôcayant fait prier Ies Mar- fcsbonnes gra- chands Hollanders 6c Anglois deluyfaire 1’honneur de l’ac- compagnerenía cavalcade, 6c de fe trouver preícntsa cetce ceremeniejememeílay avec eux,8c le fuivis juíques a vn quart delieuede lavilIe,oufEnvoyéavoitfaitdreíTervnetenteà la campagne. Dés que nous fumes arrives, Ton nous fit aíleoir, maisle Sulthan demeura debout, 6c receut avec grande fub_ million la Lettre du Roy, laquclle il baifa 6c porta au front, auifi bien que la vefte, quel’Envoye luy preienta en mefme temps, avec letulban 6c la ceinture, qui eitoient d’vne eftoffe defoyefortfine6cfort deliée , ouvragée à fleursdor. limit . auifi-toft la vefte, 6c les autres prefents, 6c apres avoir fait vn mot de priere pour la profperité du Roy, en levant les yeux 6c les mains au Ciel, 6c. apres avoir receu les compliments de toutelacompagnie, il remonta àcheval, 6c retourna a la vil- le, ou il fut receu aubruit de l’artillerie des deux chafteaux. A l’entrée de ion Palais il rcncontra le Mol la, qui luy fit vne ha¬ rangue d vn quartd’heure, apres laquellele Sultan traitta les eftrangers, 6c les principaux Officiers de la garnifon, fort ma- gnifiquement. Defcription de Pour ce qui eft de la ville de Gamron, que l’on nomine auffi »a vine de Bandar Gamron, c’efta dire le port àtGamron, elle eft fituée à Gamron. degrés de latitude. Car encore quelesPerfes, Seles Ára¬ bes ne la mettent en leurs Catalogues qu’a 25. degrés, fi cft-ce que l’obfervation que lesHollandoisenontfaite, 6c laquelle nousfuivons icy, eft trcs-exactc6ctres-jufte : eftant certain Erreur des que la plus-part des cartes Geographiques, que l’on a faites GCf8ranon!enju^lues Ay, 6cparticulierementcelledePerfe, fontfautives. ‘.Jr'iiTdonncnt Leur erreur procede de ce qu’ils mettent la mer Cafpie trop àla Petfe. haut, 6c qu’ainfiils donnent à la Períe plus de largeur du Nort au Sud , qu’elle n’en a en effet. Car ils mettent la ville de Refcht à 41. degrés, quoy qu’elle ne foit en effet qu’a 37. 6c ainfi la largeur de toute la Perfenepeuteftre quededixde- grez, à compter depuis Gamron juícpiesà Refcht, ou dedouze auplus, ft l’on veut mettre Owim a 25. degrez:de forte que Botero fe trompe bien fort, quandil donne àlaPerfe dix-huiét fiegres d’eftendue.
  • DV Sr. DE MANDELSLO , MV. I. 99 Iln’y apaslong-temps que ce lieu n’eftoi*' qu’vn petit vil-1 ^ 3 *• lage, compofé de quelques cabanes,que les p'ifcheurs y avoient dreflees pour Ia commodité de leur retraitte, Sc ce n’eft que depuis la redu&ion tfomus, que Ton s’cft fervy de Padvanta- ge de Ton port, pour en faire vne ville fort marchande. Les vaifteaux Hollandois 8c Anglois, Sc les bailments Mores, qui y arrivent tous les jours, à caufede la commodité deíà rade , 8c les marchands d'ljpahan , de Schiras Sc de qui y apportent leurs eftoffes, commeidu velours , du taffetas, des ioyescrues ,8cc. 8c qui y en viennent querir d’autres,font que cette ville deviendra avec le temps vne des plus confi- derablesde tout l’Orient. Elle eft fituée fur le Golfe Peril-situation de que , entre deux bons chafteaux , qui la defendent contre la Gamton- defcente des pirates, Sc qui gardent Pentrée du Havre, oil l'on a fait vne redoute baftieen quarre,garnie de quatre pie¬ ces de canon. Les fortifications des chafteaux font faites à l’antique, avec des baftions ronds, maiselles font garnies d’vne fort belle artillerie. Sarade eft commode •, parcc que Pon y mouillel’ancreentoute feureté , à cinq ou fix brafles d’eau. sesmaifons. Les maifons de Gcimron font bafties de certaines pierres, qu’ils font de terre forte, de fable , depaille coupée , Scde fumier de cheval,mefle enfemble , dont llsfont vne couche , quils couvrent d’vne couche de paille ou de fagots, Sc puis apres vne autre couche de terre Sc depaille, Sc ainfi alternativement jufques àla hauteur de fix ou fept pieds:apres cela lls y mettent le feu , Sc font ainfi cuire la pierre : Sc pour les lier Sc feeder enfemble , Us detrempent la mefme pafte dans de l’caude la mer, y meflans de la chaux vive, Sc par ce moyen ils font vne efpece de ciment , qui n’eft pas moins dur que la pierre mefme. Les plus belles maifons de la ville font cedes du Sulthtrt, ou du Gouverneur de la ville , Sc les loges, ou magazins des Hollandois Sc des Anglois, qui fontfiprochesdelamer,que la haute marée lave leurs murailles 5 ce qui leur donne vne grande commodité pour l’embarquement 8c pour le debar- quement de leurs marchandiies. Le basdu logisiertdccuifi- ne Sc de magazin, Sc ils nefont leur demeurc qu’au premier eftao-e , 8c en des lieux aíléz élevés pour recevoir le ventde toufco’ftez , contre Pexceifive chaleurdu Soled. Les gens de
  • 16)8. Sc s rues. Quflitez de l'air. Grande fcichc rclTe. L’ifle de xif- nnfeh. ,oo VOYAGE DES INDES, baiTe conditionn’ont point d’autre couvert, qu’a celuyqu’ily fe font dj quelques branches &feixilles de dattiers, qu’ilsap- peilent 4 , 8c qui font ies feuls arbres,qui JeurfourniiTenc du fruit, 8c du bois à baftir. Les rues font eftroites, irre^ulie- res 8c lales. L’air y eft tres-mauvais 8c mal-fain- tant icauíò des chaleurs, quiy íònt exceilives , qua caufe du changement continuei ues vents, qui y regnent, 8c qui out accouiftumé de faire tout lc tour de la bõ^íTole toutes les vingt-quatre heu- res. Car lematinilsy ontle vent d’Eft,qui y eft extremement froid,furle midy le vend du Sud,quiamenedes chaleurs in- fupportables: fur le foirle vent du weft, que l’Arabie envoye avec de grandes chaleurs, &a minuit le vent duNort, qui fort des montagnes du pais, 8c qui eft aflez froid. 11 y pleut ft rarement, que Ton remarque , que le douziéme Decembre 16 31. le vent s’eftant levé avec vne groílè pluye , aprés vne íèicherefle continuelle de trois ans , les habitans en iirent des réjouiflances publiques. Ce qui fait que dans le voi- ftnage de cette ville , il ne fe voit pas vn brin d’herbe ■ ft ce n’eft dans quelques jardins , ou l’on a le loin d’arrofer tous les jours deux ou trois fois les herbespotrageres, 8c les legu¬ mes, qu’ils y font venir, 8c entr’autres Tail, l’oignon, la ci- boulette, les raves 8c les concombres. Mais l’ifle de Ktfmifch, qui n’eft efloignée de G
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. rõI crabbes.IIs ne manquent point de beftail,mais ils ont des bceufs 1638, des vaches,des moutons,des chevres, 8c pluííeurs autres beftes mais particulierement des chevres,qu’ils ont en íí grande quan- tité,quel’on neles vend quehuit fofslapiece.il y aauífi des be- liersà quatre cornes,mais il n’yapointde gibier dutout. L’on n’y boit que de lean, 8c d’vne certaine eau de vie, que 1 on fait de dattes,ou de ris. Le vin de SihiMs^ue l’on n’y apporte qu’en des bouteillcs, y eft tres-rare, 6c fort cher,ôc m -fine 1’eau fraif- che, quel*oneftobligédaller querirà deuxlicuesde la ville , 1 s’y vend fibien, qu’il m’en fall oit tousles jours, pour moy 6c pour mes vallets, pour fix blancs. Les perfonnesde condition ÔC les marchands, s’habillent à laPerlane , mais les autres vontnuds, 6c ne couvrent que les Earties honteufes. Les femmes fe chargent les bras 6c les jam- es d’anneaux, de bandes d argent, de cuivre, ou de fer fe¬ lon leur qualité, 6c felon leurs facultez. Elies attachent aux cheveuxvn aiguille, ou plaque d’argent doré, ou de cuivre, qui leur defcend par le milieu dufrontjufquesau bout du nez, 6c elles pafient par la narine droite vne bague d’or, ayant au milieu vneturquoiíè, vn grenat ou bien vn bouton d or , ef- maillé v ou Ample, 6c aux oreilles des pendants, fi peíâns, que s’ilsn’eftoientattachezalatefte , ils arracheroientles oreilles. Les plus grandes chaleurs commencent à y ceiTer au mois d?Oclobre, 6c c’eft depuiscetemps-làjufquesau commence¬ ment de May , qu’il s’y fait Ie plus grand commerce, 6c que l’on y voitarriver de toutes fortes de nations , des Perfes, des Arabes, des Indiens , dcs Banjans , des Armeniens, des Turcs, desTartares,des Hollandois 8cdes Anglois. Ces der- niers y arrivent par mer, mais les autres par terre, avecles Ca- ravanes, qu’ils appellent CaffiUs , 6c qui partent à vn certain jour d’ Dieppe , de Bagdat, d' tfpahctn, de Schirns^de Lnhor^de Herar&zdc Baffara , faifiins troupes, 6c fe faifàns efcorter par quelques Ianiflaires, pour lafeurcte du voyage , contre les courfes des Arabes. ' Lctraficque Les Hollandois 6c les Anglois yapportent de l’argent com- les Hollandois ptant, 6c des marchandiibs qu’ils prcnnent ou en Europe, ou y qu’ils vont querir aux Indes, 6c qu’ils y vendentavec beau- coup de profit. Les Hollandois font ceux, qui y font les mieux eftablis, 6c quifourmflent quafi touts la Perle de poivre , de N ii)
  • lei VOYAGE DES INDES, 1638. Leur jnonnoye. LeurjToijs. Manierc de pefcher les perlcs. mufcade, de cloux de girofleSc d’autres elpiceries; quoy qu’ils employent auilx en leur commerce de 1 argent monnoye, com- me nous venons de dire, Sc particulierementdes Reauxd’Eipa- gne,6c des Ricbedalers^que les Perfes prefcrent à toute autre monnoye, parcequ’ils les convertiflent avec grand avantage enleurselpeces. Les Anglois y vendent, ou troquent,Ieurs draps d’Angleter- , re, de l’eftain, del’acier ,derindigo,deseftoffes defoye , 6c des toiles de cotton des Indes: car encore qu’il s’en fade de fort belles en Perfe • ft eft-ce que I’on eftime fans comparai- ibn plus celles des Indes, pour eilre plus fines Sc plus ferrées. Us achettent des Perles des brocards d’or Sc d’argent, des eftoffes de foye Sc de cotton du pais, des tapis de Perfe,que ceux dupais appcllent Kali they, Sc les Portugais Alcatifas , de la ioye crue, du cotton, de la rhubarbe 5 du làfífan 6c de l’eau roíè. L’onfait cette eau à Schims, 6c en la Province de Kerman , ou par infufion ,6calors ils l’appellent Gul-ab, d’ou vient íãns doute le motde Iulep , ou par extraction dans l’alambic , Sc alorsils 1’appellent ^Ankx-Gul, c’eft à dire, fueurde roles. Ils eftiment fans comparaifonplus lapremiere que 1’autre, 6c c’eil vne des meilleures marchandiies , que I’on puiile porter aux Indes,. ou I’on en arrole les chambres, Sc l’on s’en fert aux pre- f)arations des parfums. Ii s’y fait aulfi quantitéde toiles: mais es tilferans,au lieu deles faireau melt-ier chez eux, attachent lacbaineaquelqu’arbreborsdela ville, Sc ayans fait vn creux enlaterre,ilsymettentlespieds, Sc ypaíTentainfi la trame j en forte qu’enferetirantlurlefoir, ilsn’ont pas beiucoup de peine à emporter leur meltier, qui ne confilte qu’ei quelques cannes, attachées à la chaine. Ils ont vne certaine monnoye de cuivre , qu’ils appellent JBeforg , dont les dix font vn peys, Sc les dix peys font vn chay, qui vaut cinq lols monnoye de France. Les deux chay font vn ma- moudy , dont les deux fontvn Abas, 6ctrois Abas font vn efeu. Cent mamoudy fontvn Tumain , qui vaut cinq piftolcs. Pour ce qui eft de leur poids 3 vn man poife fix livres: vn man cha douze, Sc vn man furats trente. II s’y fait aufiivn grand trafic de perles, que I’on pefche au- pres del’I lie de B abram, à fixlieucs de Gamron, delafaçon que nous allons dire. L’on enferme la telle du pefeheur dans vne
  • DV Sn DE MANDELSLO, LIV. I. 103 chappe, oueftuy de cuir boiiilly, qui n'a point d’ouverture, 1 6 3 quepaTvntuyauquivajufqu’audeíiusde 1’eau. Onlefaitdef- cendre en cet eftat jufqu’au fonds del’eau , ou il amaile ce qu’il trouve d’efcailles, &: en ayant remply le fac, qu’il a au col, il avertit fes camarades, qui l’attendent dans vne barque. & íè fait retirer de 1’eau. LeGouverneur de lavilleala qualitéde Sulthan, Scafous Les Oflkiers lúy, non vn Calenter, mais vn Vifir, ou Secretaire, Se vn Coute- f"*0?a lam* vai, qui fait les fonclions de Chevalier du guet. LeRoy dePeríèyaauífivn Sabandar, oureceveur, qui ne recoitpasfeuIementlesdroitsd’entreeSc de fortie, mais qui les taxe auíli à íã volonté, & qui viílte exactcment les navires, & lesmarchandifes qui y arrivent. Les Hollandois nepayent point de droits, en fuitte d’vn privilege qu’ils ont obtenu de ws* achach Abat-, 8e dônt ils tafchent de le confcrver la jouiíTance, parlemoyendesprefents, qu’ils font de temps en temps aux officiersdelaCour de Perfe : 8e tant s’en faut que les An- gloispayent ces droits ■, qu’au contrairc ils jouiílent de plu- íieurs autres exemptions, Sc devroient mefme recevoir la moitiédes droits de traitte , pour les raifons que nous dirons preíèntement j mais à peine leur donne-on la dixiéme partie, & on les oblige mefme à recevoir le peuqu’on leur donne en marchandifes. Ce qu’ils font ílouvertement, qu’ils necrai- gnentpoint de dire, quand ils fontfurpris en leurs fraudes, qu’il n’y a point de mal, à faire les affaires de leur P rince, mef¬ me, auX delpens des eftrangers, Sc parnculierementdes Chre- ftiens. I Is ont entr’auttes le privilege de faire for ti r de P eríe, douze chevaux tous les ans, au lieu que les Hollandois font obligez de payer pour le moins cinquante eícus pour les droits de fortie de chaque cheval,8c les Angloisdemcímes, quand ils en font forth plus de douze. Les Perles, qui ontvn grand a- vantagefuries Indiens, parce quils íorrt bienmieux montês qu’eux, ne fóuffrent pas volontiers , que l’on emmeine des chevaux aux Indes ennemis, ou ils font tellement eílimés, qu’vn cheval fort mcdiocrement bon, s’y vend pour le moins ^ qúatre cens efcus. Mcs. Leshabitans dc Gamron íontlaplus partPeríes, Árabes ou In¬ diens,mais il n’y en a quail point,qui ne parlêtP ortugais,à cau- fe du cõmerce qu’ils ont euavec cette nation,quia long-temps
  • io4 VOYAGE DES INDES, 1 ^3 S. poíTedé la villed'ormws. C’eitaujourd’huy la fcule, que I’on nefouflfe point à Gamron; quoy que Ion permetteà routes les autres d’y trafiquer* Les Chreidiens & les Iuifs y font les bien venus, auffi bien que les Mahometans ôdes Payéns • mais de- . puis la reduction de la ville d’ o rvms, Pon en a defendu faeces aux Portugais, & aux fuj ets du Roy d’Efpagne, à qui l’on per- met de trafiquer dansvnepetite Ille, àtroislieues delà, ou leRoyde Perfe a vn Sultan, qui coimnande au chaiteau ,* qui afoindefairerecevoir les droits d’entrce&de forde, & qui empefcheles Portugais d’y aborderaveedegrands baftimens: de forte que ces nations eltans coniine en guerre ouverte en- tr’eux, les Portugais viennent avec leurs fregattes quelque- fois chercher fortune a la veué de Gamron, & font fouvent des defeentes dans les Iiles voiiines. òc La vailed Ormta eil fituee dans vne I fie, qui eft éloignéede d’Ormus. la cerre ferme de deux lieues, & qui en a plus de fix de tour. Elle n eft pas moins iterile, que le pais d’aupres de Gamron, dont nous venons de parler : car elle n’eftqu’vnrocher con¬ tinuei quineproduitquedu fel•, en forte que l’onn’y trouve pasfeulement de l’eau fraifehe. Etneantmoinsfa :ade eft fi bonne, & fa fituation eft fi avantageufo, que la ville en eftoit devenue fi marchande, que non ieulement elle avoir fes Roys particulars, mais auffi les Arabes difoient enproverbe, que iitout 1’Vniversn’eftoitqu’vne bague, la ville d’tfrwwferoit 1 e diamant, qui y feroit enchaiTd.Te/xera dit,que Schach M ahe- met, fils d’vn Roy Arabe, qui vivoitau dixiéme fieclle,s’eitant rendu lemaiitre des Provinces, qui font fituées forle Golfe Perfiquejufques à Be fra, paffia dansl’Ifle-ouil jettales pre¬ miers fondemens de Ia ville d Ormus. Schabedm Mahomet, on- ziefine Roy d’Ormus, delapofterité de Mahomet, mourut en l’an 1278. & celuy qui vivoit lors que les Portugais s’enren- diient les maiilres, s’appelloit Seyfadm, dc eftoit tributaire du Roy de P erfo. Z). Alfonfo £ Albuquerque en fit la conquefte en 1 an 1507. pour Emanuel, Roy de Portugal, delafaçonque nous allons dire. v ^ kSfiS Trifiande Cugna, qui avoir prisl’Ifle de Zocotora, donr nous aurons occafion de parler cy-apres, ayantlaiile Ie coimmande- ment de quelques vaifleaux a Alburquerque •, avec ordre de courir Ia cofte del’Arabie, pendant qu’il tafoheroiitde fàire de
  • DV Sr MANDELSLO, LtV. I. roy de nouvelíes conqueftes dans les Indes. Celui-cy, quí avoit1 6 3 *• beaucoup de cceur, refolut d’y feire vn puiífent eílabliflèment enatraquantle Royaumed'Orna*, avec quatrecens fòixante- dixhommes de guerre,qu’d avoit fur fa flotte. Emanudoforh, Eveique de Selvas en Portugal, die, Albuquerque pritad- vantage dela foiblefleduRoy Mahometan,quiregnoit alors: Car fçachant que Ie miniftre , qui s’appelloit Cojeatar&qui ^ eftranger 6c chaftre , natif de Bengala , s’eftoit rendu odieux aux peuples par la diifipation des finances du Royaume, qu’il convertifToit àfon profit particulier,ne Iaiílant à Ton Prim ce que le ieul nom de Roy, fans fonótion, il voulut profiter de cette conjon&ure d’affaires, 8c partit pour cét effet de Zacota- r* lezo. jour d’Aouft , 8c apres avoir prisenfort peu de jours les vi lies de C alajate, de Cunate, de M a feat e, de Soar ÔC d’Orfx- cam, de 1 obeiffence du Roy & ormus marcha droitàlaville Capitale, ou il arriva le zy. Septembre. Il défit d’abord vne tres-puiílànte flotte , que les Mores avoientdans le port, 6c obligea par là le Roy à entrer en capitulation 5 par laquelle le Roy d’ Ormus promit de feire le ferment de fidelité 8c obeiifen- ceau Roy de Portugal, de luy payer tous les ans quinze mille ducats detribut, enor, en argent, ouen perles,6c cinq mille pour les frais de cette guerre, 8c de permettre à Albuquerque de baftir vne Citadelle,aulieu qu’iljugeroitleplus proprepour la coníèrvation dela ville, Les Portugais la commencerent le zy. d’Octobre , 8c luy donnerent le nom deN. Dame de la Vicloire. Ileftvray que cet eftabliflcment ne fut pas fi bien feit en ion commence- ment,que les Mores ne fiflent encore vn effort pour ie deli- vrerdecesnouveaux hoftes: mais les Portugais ne laiflerent jp Pas s y maintenir,6c d’en faire en fuittevne place d’armes pour les Indes j ie laififlans par ce moyende tout le commer¬ ce, 6c obligeans tous les P cries 6c les Arabes d’achettcrd’eux routes les marchandifes, que les Indesfourniilent. Iuiques-Li , que le Gouvemeur d'ormus avoit defendu aux habitans de vendre les leurs, qu’il n’euft vendu lesfiennes. Ilspermirent bien à Seif a dm de demeurer dans l’lfle ; mais dans vn lieu ii éloignédela Citadelle , qu’il n’ypouvoitpoint donnerd’om- brage. Schach \_Abas, Roy de Períè,ne pouvantplusíòuffrir liniolence des Portugais, 6c ie trouvant ienfiblement often- 11. Partie. q
  • io6 VOYAGE DES INDES, 1638. £c de la retraitte qu’ils avoient donnée à ce Gentilhomm Ttâ'- licn,de lamaiioiide Gabrieli,à ont nous avonsparle cy-deffus, en prit occafion de longer auxmoyensdechafier ces eftran- gcrs de ces quartiers-lá. Ils’adrefia pour ceteffetauxAnglois, qui trafiquoient à o^mus, 6c les obligea par de grands advan¬ tages qu’illeur fit,Aluy promeccre vn puiííãntíecouirspour le liege decettevide,qui futattaquée 6c priie par les Aingloisen l’mi6n. Ilsremirentla ville6ela Citadelle entre les mains du Roy de Perle, qui y trouva fix cens pieces de canon,par- tie de fer 6c partie de fonte, queleAc/^cA fit tranfporter a Laar 6c à lfpahan-, à la reíèrve de quatre-vingts pieces, qu’d laifia dans la Citadelle. Ilfit demolir les murai lies de. la vil- le , 6c fit transferer les materiaux à Gamron, qui commenca dés ce temps-làià s’elever fur les mines de fes voifins. Le Roy de Períè voulant reconnoiftre le lervice, que les An- glois luy avoient rendu en cette occafion, ne Ieur accorda pas feulement vne exemption entiere de toutes les impofitions,. mais il leur donnaauifi la moitiè de cedes, que les autres mar- chands y payent: mais c’eft ce quine s’execute pas fort fidcl- lement. le trouvay danslehavre de Gamron vn navire Anglois,nom- mé le Cygne, de trois cens tonneaux, 6c monte de vingt-qua- tre pieces de canon.. Le fieur Hanmtvoth, Agent des affaires d’Angleterre, m’avoit recommandé au Capitame de Gamro n, 6c luy avoit ordonné de me faire paller aux Indes , 8c de me faire defrayerjufques à Suratta. I’avois amend huict chevaux avec moy, à dellein de les vcndre avec advantage dans les Indes, mais le navire eftoit tellement remply de marchandi- íès, qu’a peine y en pus-je faire entrer deux feulement; de for¬ te que je fus contraint de me défaire des fix autres, avec perte notable,ncpouvant tirerqu’environtrentepiiloles de ceux , qui m’avoient couftd plus de foixante à ifpahan, 6c que j’eufle vendu plus de cent cinquante à Suratta. Av ril. Iem’embarquay le 6. d’Avril, avec les fieurs M.mdley 6c Mandeiflo s era //^marchands Anglois,que le Prefident des Anglois à Suratta sutatu.P°Ur avoir fait venir d’ //pahan 3pour les affaires de la Compagnie,6c j e me rendis au bord,acçompagné de la plus part des cltrangers du lieu, 6c deplufieursmarchands lndiens, avec lefquels j ’a- vois eu occafion de faire connoiffance. Le Capitaine djanavire
  • BV Sr DE MANDELSLO, LIV. E 107 fit tirer quatre pieces de canon à noftreabord, & naus receut avec grandecivilité, nousconviant, à caule de l’heure du mi- dy, de nous mettre à table. Nous filmes levoyage d^Gamvon iSurutta en dix-neufjours- pendantlefquelsle Capitaineme traitta magnifiquement, & mefitl’honneur de me cederfonlicb, & de me dormer la pre¬ miere place entouteslesrencontres. Il avoit bonne provifion devolaille, demoutonôcdautreviande fraifche, maisparti- ' culierement de fort bon vin d’Efpagne , de bierre ci’Angle- terre,devin de France, d dautres ra ffraifchi íTemcns, dont je me trouvay íi bien, commeauífi de la ptiíane que je me faiíòis faire , avec de la Cannellc &c avec de 1’efcorce de grenade, que jenefus pasfi-toftà Surarta, quejenetrouvaíle ma fanté route reftablie : quoy quej’enattribue auífien par- tie la cauíeà 1’vfagedu Thé, ouje m’eftois fibien accouftumé, quej’en prenois deux ou trois fois le jour ordinairement. Levent contrairenous empefchade partir lejourde noftre embarquement 5 de forte que nous demeuraímes a 1’ancre la nuid fui vante, 8c lelcndemainfeptiémenous fifines voile,pre- nans noftre cours vers Mile d’o>7»«í : mais furleíoirilfeleva vn fi grand orage, avec vn vent de eft, que de peur de don- ner contre terre, nousfumes contrains demouillcràlaveuc de rifle. LeDimancheS.nousallafmesàlaBoulineavecvn vent de W eft, tafchans de pafler entre les Illes d'Or mus & de Kifmtfch, qui font éloignées l’vne de l’autre d’environ quatre lieues. Sur les deux heures aprcsmidy, nous mifmesdans la mer le corps d’vn jeune matelot, qui eftoit decedé de Ia diíènterie deux jours auparavant. Cette ceremonie, quejc navoispas encore veuc, me fit d’autant plus de peur, qu’eftant incom¬ mode delamefmemaladie, jem’imaginois quei’onen víèroit bien-toft de mefineavec moy. La nuid fuivante nous pafsâmes à la veue des deux Ifies, dont nous venons de parler, & le lcndemain neufviéme nous découvrifmes la terre ferme de 1’Arabie, prenans noftre cojurs le long de la cofte, parce que la plage y eft fort bonne. Mardy 10. le calme nous arrefta au mefme lieu , & l’on- ziéme nous-nous éloignaírnesdes coftes d’Arabie,pour gagner celles de Perle, que nousneperdiímes point de veucjuíques O ij
  • ioS VOYAGE DES INDES, 1638. auIeudyaufoim.d’Avril.AlorsvnbonventduWeft-Norr- 'Weft nous fit prendre noftre cours vers1’Eft Sud-Eft, à 25.de- grez 50. minutes d’elevarion. LeVendredy matin nous nevifmes pluslaterre, mais bien vn va fleau coríàire, quinousmarchandoit, enfailant tantoft plus ou moins de voile: tantoft ens’approchant, 5c tantoften s’cloignant de nous,mais voyant enfin que nous-nous mettions en devoir de gagner le vent fur luy, life retira vers 1’Ille de Zocatora. situation & Cette I fle eft fituéeà n. degrez 40. minutes, àbentrée dela tiefctiption Ac merrouge, ayant versleSud-Weft 5c leNort-Eftlepais de wflra.de2oCa’ Metmdt ou l’Ethiopie, ÔC vers le Zudl’Arabie , dontelleeft éloignée d'environ feize lieues. Elle a environt vingt-cinq lieuesde long, mais pas plus dedix de large} ayantpar tout vne fort bonne rade, ôcdesbayestres-commodes, pour la re- traitte des navires. Elle eft mediocrement bien pe:uplée, 5c depend du Roy d’ Arabie,qui la fait gouverner par vin Sulthan. 5cs habitats Leshabitansfontpetits, 5c plutoftmaigres que gras, ba- zanés, 5c endurcisautravail. Ilsne viventquedepoiilon5c de fruits, 5c fontfort fobres. Ils traittent leurs femmes, qu’ils achettent dans f A rabie, avec beaucoup de civilitté, 5c ont mefme quelque reiped pour elies mais ils ne pcermettent point queleseftrangers les voyent. Ils font adroitts dans le commerce, 5cl’aiment,quoy qu’ilsayent peu dechcofesàven- dre. Et dautant qu ils falfifient quafi routes leurs marrchandifes, lisledefient fort decellesquel’on leurapporte. Ils reduiicnt les dattes en pafte, 5c. s’en lervent au lieu de pain. Ilya dans l’lfle fort peu d’orenges, 5c qui avec cela font ailez mauvaifes, du tabac 5c des citrotiilles. Ilya aufii quelques arbresde Cocos, mais en fort petit nombre :le fruit ayant de . .. . Peine à y venir j parce que le font y eft fort pierreux. c a tor a. 6 °* ^eurs pnncipales richelfes confiftent en aloes, dontils amaf- ient leluc dans des velfies, ou dans des peaux de bouc, 5c le font feicher au Soleil. Ils ont aufli du fang de dragon, 5c de la civette,quel’on yachette trois ou quatre efcus Ponce : mais ceux qui ne connoiflent point certe drogue bien parfaitement, yfont fouvent trompésj parce que ceux del’Ilie ymellent de la graifle ÔC dautres ordures. Ils nouriflent quantité de ci- yetteschezeuxj mais ils ont fort peu de volaille, 5c point de
  • DV Sr MANDE LS LO, LIV. I. 95 gibierdutout. Usontdeschameaux, desaínes,desboeufs,des vaches, des moutons ÔC des chevres, qui ont le poil frifé fur les cuiílcs, de Ia façon que 1’ondépeint les Satyres. Le bourg, ou le Sulthan a lã reíidance,s’appelle / am try, & eft couvert d’vn Fort, qui eft éloigné de la mer de la portée du canon,garny de quatre pieces de canon, & accompagnè d’vne redoutte. Leurs armes font des efpées larges, dontle poignet eftfort Leurs armcs.'- frrand, mais dies none point de garde. Us portent aulfi dans aceinture des poignards, dont la lame a plus de troisdoigts de large vers le manche, mais elle eft fort étroitte vers la poin- te. Ilsfont curieux de garnir le manche d’argent ou de cuivre, mais leurs armes à feuibntenmauvais ordre j quoyqu’ils ne lailTent pas deles manieravec beaucoup d’adrefte, aulfi bien quelespetitesrondaches, dontils fe couvrent dans les com¬ bats. Les navi res y peuvent faireaiguade íâns peine j parce que l’eaufraifche, quivient defcendredes montagnes, fe degor¬ ge dans la mer comme vne riviere. Ils n’ont point de batteaux, maisfeulementquelques radeaux, dont ils lè íèrvent à la pef- che, qui eft fort bonne en cet endroit-là. Ils ontcela de com- mun avec les Arabes & avec les autres Mahometans, qu’ils ne mançent point de pore j mais dans Tamary il n’y a point de Mofquee, nyaucun autre lieu,ou ils íèpuiílentaflembler pour leurs devotions. Us les font le matin ôclefoir, au lever&cou- cher du Soleil, en luy faifant de profondes reverences, portans les mains jufqu’aterre, & marmottans quelques paroles entre les dents:ce qu’ils fontauffi trois ou quatre fois le jour. Le 14. d’Avril nous-nous trouvafmes à 13. degrez, 14. mi¬ nutes. Le 1 j. à 22. degrez 55. minutes. Le 16. à 2z. degrez 40. minutes. Le17.au. degrez 4o.minutes. Ce jour là leCapitainc de no- ftre navire tomba malade d’vne fiévre chaude. • Le 18. an. degrez 8. minutes. Le 19. à 20. degrez 42. minutes. Le2i. à 20. degrez 50. minutes. Le 22. à 19. degrez 50. minutes. Le 23.4 20. degrez 18. minutes de latitude. ArrIve . Su Le zy.AvrilnousarrivaimesdeYantlayilledea. O iij 1 % j
  • no VOYAGE DES INDES, 16 3 8. Ians à deux lieues de cerre; parce queledeiTein du Capitaine eftant, denes’yarrelter que trois ou quaere jours, il vouloic ie coníerver lavantage de pouvoir partir quandil voudroit. Aifli n’y a-il point de rade fur touts cette cofte, ou. Ies navires puif- fent eftre en íeureté depuis le mois de May jufques en Septem- bre j à caufe des orages continueis, 6c. des horribles vents qui y regnent pendant ce tèmps-là ■, au lieu que fur la cofte Orien- tale des Indes, dans le Golfe dc llengxlx, le temps eft beau 6c lerein. L’annee y eft divifée en trois íàiíons fort diiFerentes : car L’annie n'y a auxmois deFevrier, Mars, Avril,6cMay,il y fait forechaud. que trois fai- £n iujn) iulHet, Aouft 6c Septembre, l’on n*y voitque des pluyes accompagnées d’eclairs 6c de tonnerres, 6c les mois d’Octobre, deNovembre, dcDecembre 6c delanvier font froidsjau moinsautant que leclimat peut iouffrir. Let6. d’Avrille Capitaineenvoyaloncommisain Prcfident des Anglois à Surtux, pour luy donner avis de fon arrivee. LePreiidentlerenvoyale vintgt-huicticme , accompagne de deux jeunes Marchands de la mcfme nation, qui porterentfes ordresau Capitaine, 6c me firent compliment defapart ^ nie prians de me rendre aiiplutoilaSurxna, 6c me difans que le Prefidentm’attendoitavec impatience, pour me faire voir les effets des offres de lervice, qu'ilm’avoit fait faire pareux. Ie fortis du navirele vingt-neufviéme d’Avril, apres avoir re- connu d’vn petit prefent lacivilité du Capitaine, que je laiilay fort malade, 6c bien affligé de noftre feparation, apres lamitié que nous avions commence de contrader. An ivc à su- A vnelieuede la rade nous entrafmes dans la rivere,fur Ia- quelle la ville de Surxttx eft fituée, 6c laquelle.a des leux coftés vn terroirtres-fertile, 6c plufieurs beaux jardins accompa- gnés de leurs maifons de plaiiance; leiquelles,pour ;ftre toutes blanches , parce que les Indiens aiment fort ccte couleur, paroiffoient admirablement belles dans la verdur. Mais ce fleuve, qui eft hTxpte, appellee par d’autres Tynd^ eft li bas à 1’emboucheure, qua peine peut-il porter des baratesde foi- xante-dixou quatre-vingts tonneaux. Nous defceidiiines au- pres de 1’Hoftel du Suit ban, 6c nous-nous rendifme en fuitte à ladouane, pour y faire viilternos hardes : ce qui sy fait avec tant d’exaclitude, que l’on-ne fe contente point de .lire ouvrir
  • DV Sr DE* MANDELSLO, LIV. I m les cofFrcs 6c les males, mais 1’on fouille auíli jufques dans les pochettes 6c dans les habits'j le Sulthan ,oii Gouvcrneur, 6c mefme les fermiers obligent les marchands 6c les paflàgers de Ieur lai/ler aux prix qu’ils y mettent eux-mefmes,les hardes 6c les choíes qu’ils nontap^ortées que pour leur víage. Et de fait le Sulthan, quiarrivaaladoúane, quail au mefme temps que nous, ayant trouvé dans mon bagage vn bracelet d’ambre jaune, 6c vn diamant, voulut que je luy vendiíTe 1’vn 6c l’autre* 6c fur ce que jeluy dis, que je n’eftois point marchant, 6c que ees choiesne m’eftoient pretieufes , qu’à caufe de ceux qui me les avoicnt données,ilme rendit bien le diamant, mais il emportale bracelet, en diíant, qu’il mele rendroit,lors que je luy ferois Fhonneur de 1’aller voir. Tandis que nous eílions en ces conteftations, je vis arriver vn caroíleà 1’Indienne, attellé dedeux bceufs blancs, que le Prefident m’envoyoit , pour rn amener à la loge •, c’eftainfi qu’ils appellent les maiíons des Anglois 6c dcs Hollandoisj de forte que je quittay là mon Sulthan avecle bracelet, 8cje montay en caroíTe. Ie trouvay à 1’entrée de la maifon le Prefí- dent, 6c fon íecond,c’eft à dire ce luy qui commande fous luy, 6c en fon abíènce, nommé Ml Fremling , qui me receurent parfaitementbien , 6c reípondirent avec beaucoup de bonté au compliment que je leur fis, fur la liberte que je prenois de me fervir des offres qu’ils m’avoient faitfaire, en fuitte des ci- vilités que j’avois receucs dans le navire, qui m’avoit paíle.Le Prefident,quiparIoitfortbonHollandois,me dit, quej’e- ftois le bien venu: qu’au pais ou nous eftions, tous les Chre- ftiens eftoient obligez de fe fecourir les vns lesautres, 6c qu’il íè trouvoitdans vne obligation particuliere pour moy,à cau¬ fe de 1’afFeclion, que j’avois voulu tefmoigner à ceux de íà na¬ tion à ifpahan. 11 me conduiíiten fuitte dans íã chambre, ou je trouvay Ia collation preíte. Elle eftoitde fruits 5c de confitu¬ res , felon la couftume du pais: 6c dés que nous fumes aflis, il me demanda quel eftoit mon deíTein,6cayant fceu que mon in¬ tention eftoit de recoumer en Allemagne dans vnan, il me dit, que j’eftois arrive trop ta rd,"pour pouvoir partir cette an- née, parce qu’il n’y avoir plus de navires fur cette cofte-Ià; mais que fi je voulois demeurer avec luy cinq ou fix mois en attendantlacommodité du paifagc, je luy ferois plaifir. Qifil
  • 163S. Rcfpcít que lcsàutres An- glois ont pour leur Prefident. leur divertiíl fcraent. • in VOYAGE DES INDES. tafcheroit de contribuer à mon divertiíTementautant qu’il Iuy íèroit poílible pendant ce temps-là, qu’il me feroic trouver 1’occaíion de pouvoir voir lesmeilleures villes du pais, Sc mef- me qu’il me feroit accompagner en ce voyage par quelques- vns de íà nation, qui m’yferoient trouver plus de facilité, que je n’en pourroiselpercrautrement. Cediícoursobligeant me fit bien-toil reíòurdre d’accepter ces offres •, de forte qu’il me fitconduirepartoutela maiíon,pour me faire choifir vn ap- partement commode Sc agreable, qu’il me fit donner aupres dela chambre deíonfecond.Sur le íòir quelques marchands & domeftiques du Prefident me vinrent prendre dans ma chambre, pour me mener íõuper dans vne grandefalle,ouíè trouverent avec le Miniftre environ douze marchands , qui me firent compagnie:mais le Prefident Sc íònfecond nefou- perent pointjparce qu’ils s’eftoient accouílumés à cette fa- çon de vivre 5 de peur de íe furcharger I’eftomach, qui a dela peine à digerer dans Ies grandes cnaleurs , qui n’y íont pas moins incommodes la nuict que le jour. Apres fouper le Mi- niftre me mena dans vne grande gallerieouverte,oujetrou- vay le Prefident & fon íècond aífis , prenans la fiaifcheur de 1'airdela mer. C’eftoit-lanoilre rendez-vous ordinaire , ou nousnemanquionsjpointdenous trouver tousles foirs} fça- voirle Prefident, íoníècond, le premiermarchand,le Mini- ílre & moy, mais Ies autres marchands ne s’y trouvoient que quandle Prefident les faiíòit convier. A difneril tenoit table, de quinze ou feize couverts, & faifoit fervirpourle moins au- tant de plats de viande, íàns le deíert. La deference que tousles autres Marchands avdent pourle Prefident eftoit admirable , auífi bienquel*ordr
  • DV Sr D E MANDELSLO , LIV. I. 113 d Angleterre apared jour.-c’eit pourquoy ils 1’avoient nommé, pour en raffraiíchir la memoire , & pourboireà la íánté de leurs femmes. Ii y en avoit qui íeíervoient de cette petite dé- bauche, pour en prendre tout leur íaou! • quoy quel’onper- miíl.a chacun des’endonnerautantqu’il vouloit, Sc de trum¬ ps le vin d’Eipagne, ainíiquil Ie trouvoitbon} ou bien de boire de la Pdepuntqui eíl vn breuvage, compofé d’eau de vie, d eau roíe, de j us de citron Sc de íiicre; Sc l on cliarmoit n agreablement le temps en cette converíátion, que bien fou- vent minuict nous íiirprenoit en ce divertiííement. . Dans les aíTemblées ordinaires, que nousfaiíions tousles jours, nous neprenions queduThe, dont 1’víage eíl fort com- mun par toutes les Indes -y non feulement parmy ceux du pais, maisauífi parmy les Hollandois Sc les Angfois, qui s’en íervent comine d’vne drogue, qui nettoye 1’eftomach, Sc qui digere les humeurs fuperflues, par vne chaleur temperée, qui luy eft particuliere. Les Perfes boiventau lieu de Thcy de leur Kahtv.r, qui r’afFraifchit,6e eílcint la chaleur naturelle, que le The con- ferve. Les Anglois ont outre cela vn fort beau jardin hors de Ia ville, ou nous allions reglement tousles Dimanches apres le Preíche, Sc quelques-fois auíli les autres jours de la íèpmaine, ou nous nous exercions à tirer au blanc: Sc j’y eftois aífez heu- reux, pour gagnerprés de cent Mdmoudis , ou cinq piítoles, preíque toutes les fepmaines. Apres ces divertiíTemens nous faifions collation de fruict Sc de confitures, Sc nous nous bai- gnions dans vn T an kc, oucifterne, ou il y avoit environ cinq pieds d eau , Sc ou quelques Dames Hollandoiíes avoient la bonté de nous fervir , Sc de nous entretcnir,avecbeaucoup de civilité. Mais ce quimefafchoitleplus, ceftoit que le peu deconnoiílànce quej’avoisdelalangue Angloiíe,merendoit quafi incapable de converíátion j íinon avec le Prefident, qui parloit Hollandois. Mais devant que de parler de ce qui m’eil arrivé en ce voya¬ ge ,&de ce que j ’ay veu pendant le íejour que j ’ay fait à Surat- í(t,ilne lera pas hors de propos, de faire icy vne defeription ge~ nerale, mais fort fuccincte, du Royaume du Mogu!, Sc des Pro¬ vinces dont il eft compofé, pour donner vn peu plus de lumiere a ce que nons aurons à dire cy-apres. II. Partie. P
  • i^3 8. Deícription gencrale dc l’lndofUian. Ses Province' I* CandaJiar. 114 VOYAGE DES INDES, Le pais ,quiaproprementlenom d’/We, 8c que Ies Pcrfes Seles Árabes nomment Indofihan , seftend du cofté du Po- nant depuis la riviere d' Indus, ou Sindo , Sele Royaume du mefmenom,donc les habitansfont appclíés Abint, ou depuis les frontieres du Royaume de Maecon, que les autres nom- ment GetjcheM acqtterona ,dont les habitans font Baloches ou Ba~ Inches, jufquesau Ganges. Les anciens appelloient cette Pro¬ vince Càm nit1,8c elle a vn port ou havre, nommé Guadcrjx vingt-cinq degrez de dcçà laligne. Les Perfes 8e les Árabes donnent au Royaume de Sindo le nomde Dml. Lesmeíines Perfes Se les indojlbans nomment la riviere d’Indus Pang-ab , e’eft à dire cinq caux 5 parce qu’elle íe charge d’autant d’autres rivieres, devant qued’entrerenla mer,fous cétilluftre nom. La premiere eft celle de Bagal ou Begal, dont laiburce eft au- Tpresde Kabul. Ladeuxiéme s’appelle Cbanab, & iourd dans la Province de JjhsjsfmtrouCafJamier , à quinze journécsaudeftus de Labor, vers le Nort.La troiíiéme eft celle de Ravjou Ra. vée, qui lave les murailles de l abor • 8c fourd dans fonvoili¬ nage. Les deux autres, fçavoircellesde^/.! Sed’o/WouSW, viennent de bien plus loin, 8c ellesíè joignent enfembleau- pres de Bakar, qui eft quail éloigné en diftance égaile de Labor 8c de la mer. Ce qu’il faut remarquer contre l’erreiur de la plus part des Geographes, qui mettent cette riviere à 14. degrez de deça la ligne , 8c la confondent avec celle, quii baigne les murailles de Dm. Hyena qui diient,quele Royaumie du grand Mogul eft d’vne ft vafte eftendue, qu’vne Caravane iauroit de la peine àle traveríèren deux ans-.mais ce font des contes. Ses veritables frontieres, felon la deícription d’EdoiiardTemn font, du cofté du Levant le Royaume deM a vy , verslePonant vne par tie du Royaume dePerie Sc la mervers leNortle Mont Caucaje 8c la grande Tartarie, 8c vers le Midy le Royau¬ me de Decan 8c le Golfede Bengala contenant trente-iept grandes Provinces, qui ont efté autrefois autant de Royau- ; mes: fçavoir. Candabar , qui tire fon nom de laVillecapitale, ouquiluy donne le fien , eft la Province la plus Occidentalede routes les Indes, 8c a pour voiftn le Roy de Períè ,quienaibuvent efté lemaiftre. Aulfteft-ce pour cette Province,que les Roys de Perie font quali toufiours en guerre contre le Grand M ogul,
  • DV Sr DE M ANDELSLO, LIV. I. 115 comme íls le fone du cofté de la Turquie pour Bagdat Sc pour 1658. Brvan. La Province de Kabul, qui eft íàns douce la plus riche de l- Kibul; tout le Royaume, tire auíli fon nom defa ville capitale, Sc a pour frontiere, du cofté du Nort, la grande Tartarie. Ceft cette Province qui donne la naiílance à la riviere deN7/u/,qui change fon nom enceluy de Begal, Sc qui joint íes eauxàcel- lesde l’/»ci»5,ainílque nous venons de dire.L’on tient que e'eft la C od,oule Suajlus,de Ftolomée. La Province de A/#/f<<»doitauirilònnortià la ville capitale, j. Multan. Sc eft íituéele long de la riviere d' Indus, ayancversle Ponant le Royaume de Perfe, Sc la Province de Candahar. La Province de Haca-Chan,ou tíangi-chan^eft íituéeversle 4 Haca-Chao. \ Levant, & a la riviere d'Indus vers lePonant. Onl’appelle auíli le Royaume de Balocby, ainíi que nous dirons ailleurs- mais elle n’a point de ville considerable. Bachar outf«c/í\tr,dontIaville Capitale eft appellée Bacher- s- Bachar. bukon, eft auíli íituéele long de la riviere d’/».Pjng-ab; fertiles Sc des plus coníiderables de tout le Royaume. Les cinq rivieres dont nous venons de parler, Sc qui Parrofent, P ij
  • 1638. n. Chifmer. Iz.BanKifch. ij.Iengapar. J4. Icnba- TJ-. Dclly. i«. Bando, 17. Malwa. 116 VOYAGE DES INDES, luy donncnt le nom. La ville dc Labor eft la Capital de cette Province. La Province de Chi finer ou Quexmer, dont Ia Cajtales’ap- pelle yran.kar, eftlituéefur la riviere de Be^tou ladt, la- quelle forme vn tres-grand nombre d’ 1 íles en cette > rovince, 8c tombe, apres vn grand deftour, dansle Ganhes .Ele touche , à celle de Kabul, 8c eft aífez froide, à caufe de íes m>ntagnesj quoy que 1’ònpuifledire, qu’à 1’efgardduRoyaumide Thhe- bet, qui luy fert de frontiere du coité du Levant, eb íoit bien temperée. A huit Cos, qui font quatre lieiies, de la ille Capi- tale, il fe voitau milieu d’vnlac, qui a prés de troi lieues de tour, vne petite Iíle, oil le yWoç«/afaitbaftirvnefort belle maifon, pour la commodité de la chaíTe de 1’oye íãivage. La riviere, qui coupecelacaumilieu, eftbordée, auârtirdelà, d’vne efpece d’arbres, dont les ftieilles reílemblentí celles du chaíteignier, mais íònbois, qui tire íur le brun, cít traveríé 8c marbré de plufieurs barres de diverfes couleurs: ce qui fait qu’il eft fort recherché parles perfonnes de conditòn. La Province de Chifmer a. du cofté du Levant celé de Ban- ki/ch, dont la capitale eftappellée Beib.tr ou Bei th te,. La Province de lengapar ou lemipar, qui eftainfi appellee à caufe de fa ville capitale, eftfttuée entre les villes de Labor 8c d ' ^4gr a. La Province de lenia ou lamba, qui tireauílifon nom de fa ville capitale, a du cofté du Ponantla Province de Banga.b, 8c eft fort boflue par tout. La Province de Delly, 8c íà ville capitale, qui luydonne le nom, fontlituées entre rigra&c lenba, versla fource de la ri¬ viere de G<■»»«/, par lesautres nommée Semena, laquelle paf- íãnt par la ville d'^Bgra, tombe dans celle de Ganges. La ville de Delly eft tres-ancienne,8c eftoit autrefois la capitale de tout V Indofthan&iníi que cela fe voit par les ruines de fon Palais, 8c deles autres grands baftiments. La Province de Banio, 6c fa villc capitale dumefme nom, ont vers le P onant la v ille d’ ^4gra. La P rovmce de M ahv.iy ou Mahva, eft tres- fertile. Sa ville capitale s’appelle Ratipore-, bien que Thomas iio, Genril-homme Anglois, Pappelle Vgen. Lariviere de Cepra, fur laquelle eft fttuce la ville de Calleada , reiidence ordinaire des anciens
  • DY Sr MANDELSLO, LIV. I. 117 Roys de Mandoa, coule à vne demy-lieue de là, Sc entre dans 1638. lamer parle golfe de Cambay a. Pa Province de Chiton eftoit autrefois vnRoyaume fort con- l8- Chitor;. íideiablc : mais fa ville Capitale , quiluydonnelenom , Sc dontlesmurailles avoient autrefois plus de fix lieuesde tour, eft tellement ruinée, que l’on n’y voit prefentement que les reliquesdecequ’elle eftoit, aveclesreftes defes belles Mof- quées, Sc deles fuperbes Palais. Le Grand Mogul Achabar, bifayeul de Schach c/j/V4w,l’areduite en cet eftat, Scl’a conqui- fefurlVndesfucceiTeursde Rant; lequel ayanteftécontraint des’enfuir, fit ion accommodement avec luy, Screconnut la Souveraineté du Mogul enrai-11614. Cette Provincea vers le Levant celled eCandifch, ScversleMidycellede Gufuratta. La Province de Gufuratta , que les Portugais appellent le 19- Gufuratta. Royaume de Cambay a, à caufe de la ville, ou ns font leur prin¬ cipal commerce, eft fans doute la plus belle Sc plus puiflante de tout l’Eftatdu Mogul. Sa ville capitale, qui eft fitueeau mi¬ lieu de la Province, s’appelle H amed-, < w id> c’efta dire ville du Roy Hamed, quieft'ceiuy quil’abaftie. Aujourd’huy on l’ap- pellepar corruption Mmadavat ou madabat ;dontnousau- rons occafion de parler plus amplementailleurs. La Pro vincedeCW«/;,dont la ville capitale , que Ton ap- 10. Chandish. pelle Ihampour ou Burfmpour^ eftoit autrefois honnorée de la refidence ordinaire du Roy de Decan, devant que le Mogul l’euft vnieàíaCouronne, eftfort grande & fojçtpeuplée. La riviere de Tabet ou de T apt e, qui entre dans la mer par le Gol- feâeCambaya, lafepared’aveclepaisdu Prince Fartapha , qui eft auffi vaflàl du M ogul. LaProvincede Herar, dont la capitale s’appelle Shapore, ou 1!- Bcrar- Shafpo/^s’eftendversleMidy, Sc touche à celle de Gufuratta, Sc à la montagne de Rana. La Province àeNarvar-, dont la ville capitale s’appelle Ge- n. Name, hud, eft arrofée par vne tres-belle riviere , qui entre dansle Ganges. Dans la Province de Gualor, ou Gualier, àlaquelle la ville ij. Gualor; capitale donne le nom , eft vne citadelle, dans laquelle le M ogul fait garder les priionniers d’Eftat, Sc les Seigneurs, dont la conduite luy eft fulpede, comme auífi vne parde de ion tre- for, Sc quantité d’or Sc d’argent. P iij ■V
  • n8 VOYAGE DES IN DES, ^,g La Province d’ Agra., quiadonné fon nom à Ia ville capita!e, *4. Agra.’ laquelle n’eft pas fort ancienne, eft auj ourd’huy la premiere de toutle Royaume du Mogul-, ainfi que nous dirons cy-aprés. jtj.Sambd. La Province de Sambel ou Sanbel, ainii nominee de ia ville capitale, eftfepareed’avec celle de Narv ar par la riviere de Geminisxoi entre dansle Ganges aupresdelavillede HalebaJJe, ou ces deux rivieres ie joignans, forment vne eípece d Itle: ce qui fait que quelques-vns appellent cette Province Doab,e’eft a dire entre deux eaux : comrne qui diroit MefopotamieoxiEn- sfi.Basor. 17. NagiSKUt. jS.Siba. 4 j. X3 sares. jo, Gor. La Province de Bakorcii iituec iur Ia rive Occidentale du Ganges, & fa villecapitales’appelle Bik ameer, La Province de ATdgrakut on Afakxrkut, eit vne des plus S c,p- tentrionales de tout le Royaume du Mogul. Dans fa ville capi¬ tale , qui luy donne fon nom, il fe volt dans vne belle chappel- le dont le plancher 6c le pave font couverts de lames d°r, l’effieie d’vn animal, ouplutoftd’vn monftre,qu’ib appellent Matt a, qui y attire tous les ans vn grand nombre d Indiens, qui y vont faireleurs devotions, 6c luy oifrentvn petit lopin,qu lls coupentdeleur langue. Dans cette mefme Province eft la ville de Kalamakx,celebre pour L pelenmges, qui y font frequents, 1 caufe des flammes que jettent les fontaines froides, en fortant du roc, leiquelles les habitans ado rent. . , La Provine de Sib a, dontlarville capitale eft Hardmn, bon¬ ne la naiíTance àla riviere de Ganges. Les habitans du pais s’imaginent que le roc, qui la produit, a vne tefte de vache, pourlaquelleilsontde la veneration , 8c qu’ilyaacela quelque chofe de divin. C eft pourquoy ilsie baignent tous les jours dans la riviere. Cette Province n eit pas moins de montagne que celle de Nakxrkut, quoy qu elle ne foit pas fi Septentrionale. La Province de Kakares, dont les principals villes lont Dar.kxler 6cBinfoU, eftvnefort grande Province^ mais fort boftiie. Le mont Caucafe la fepare d’avec laTartane. LaProvince de Gor,qui tient fon nom defa ville capitale, eft aufii pleine de montagnes, 6c donne la naiilance a 1a riyiere de rerfelts, qui entre dans le Ganges.. La Province de Bit an ou Vartan, 8c ia ville capitale, qui luy M Pitan.
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. I. n9 donne fon nom, font arroíees par la riviere de Kanda , qui en- 163 g; treauíTi dans te Ganges. Elle eftaufíi fort montagneufe, & a versle Ponant Ia Province de >amba. La riviere d’iderclis feparela Province de Kanduana , dont J^Kandoana. j Ia ville capitale eftiíf .ir.íc/7, par lesautres appellee Katene , de cellc de Pit an. Cette Province Ôccellède Gor , font les der- nieres du Royaume du M ogul, du cofté du Nort. La Province de Parena eft auifi bonne, queles deux dernie- J;. porcjw; res, dont nous venons de parler , font fteriles. Elle eft íituée entre les rivieres de Ganges, de Percelis leminy &dc Can¬ da cb , & eft ainíi nomméede fa villccapitale. La ville de Rajapor ou Reyapor eft la capitale de la Province 54- Kval. de hvDal. La Province dzMevat, dont la ville capitale s’appelle Nar-I'Mcvat' nol, eft vn pais aftez fterile, s’eftendant depuis le Ganges vers le Levant. La Province d'p'oeffa, ou Vocga ,dontlaville capitale eft iaf. ,6‘ ocl a' canat, eft la derniere Province du Royaume de Mogul, vers le Levant. La Province de Bengala,eft fans doute du nombre de celles 57- Bengal qui font les plus puifiantes,donnant fon nomau Golfe,dans lequel le Ganges te décliarge par quatre emboucheures. Ses principales villes font Kaymebel, Ram t ou Daeca, Philipatan & Satigan. Elle eft fubdiviféeenplufíeursautrespetitesProvin- ces, dont les plus confiderables font Puna & Palan, dontplu- ileurs Roys n’ont point dédaigné de prendre les tiltres. Texeira,, en parlanten fa deicription de la Perfe,de quelques Provinces des Indes, nomme celle dfVtrat, avec íâ ville capi¬ tale , mais ilfe contente delanommer,íànsdefigner fa fitua- tion. Il parle auifi du Royaume de Caec/ie,8cdit qu’il eft con- fideré à cauíè de fes haras , aupres de Cambay a , uirant vers le Nort: mais e’eft ians doute la Province de Candifch, dont nous venons de parler. L’eftendue de tout le Royaume du Mogul, du Levant au Eftendui’de Ponant, eft d’environ fix cens Iieues, 8c depuis le Nortau Mi- l'Eftat du mo» • dy d’environ fept cens Iieues de France ■, veu que fes frontieres Sul* les plus avancées vers leZud font àvingt, 8c les plus avancées vers le Nort,a quarante-trois degrez. Pour ce qui eft de la Province de Gufurata, que les Portugais Deferiptio» da
  • i 63 8'. Royaume dc tt«zuratca. Son citcnduc Ses principales villes. Ses rivieres. Sesporrs. HO VOYAGE DES INDES, appel lent mal à propos Cambay a, ainfi que nous venons de dire, elJe eft quafi toute maritime, s’avançant comme vnepeninfule dans la mer, dc ayan t des deux coftezvn Golfe ou vne baye, dont l’vneàdix-huidIieues de large àfon entree, & va petit à petit s’eftreíliilànt,dela longueur de quarante Iieues. La terre s’eftend vers lePonantle long de la mer, dc vers le Nort elle i les Provinces de £om,de guifmer dede Bando:versle Le- vant celles de C tutor dc dc Candisch, 6c versle Midyle Royau- medeDecan. Autrefois elle pouiToitfesfrontieres le long de la mer jufques à Guador^àhui&journéesaudelad’^dmadabat, dc vers le Midy jufques à Daman. Mais encore que fon eftendue ne foit plus ft vafte , cela n’empefche quelle ne foie encore aujourd’huy fort grande ; eftant certain qu elle a encore plus de fix vingts Iieues d’eften- due le long de la mer, dc qu’clle y comprcndplusde vingt ital¬ ic villes , bourgs ou villages peuplés: fins les lieux que la guerre ou la famine ont dei'ertes depuis quelques amides. Ses principales villes,dont la plus part font maritimes,font Snratta, Brotfthia, Gandeer, Goga, Cambay a, Bin, P a tepa tane, Manga lor, Gondore, Nafjary, GandivdC Balfara ou Belfera. La villede Ha- med- Frv.it)ou d’t^imadabar, qui eft la capitale de la Parovince,eft aftez eloignée del a mer. Les principales rivieres de cette Province font cellle de Afa- dabat, qui lave les murailles de Brotfchia, cellede Taipu,dc cel- le de wxjjet. Elle a outre cela deux des meilleurs portts de rou¬ tes les Indes, qui font ceux du Com de Suhaly, qui eftceluy de Snratta, dc celuy de Cambay a. II n’y a point de Province entoutes les Indes, qui foit plus fertile que cede de Guxuratta, ny qui produife plus de fruits dc de vivres, qui y viennent en ft grande abondance, que tou- tes les Provinces voifines en profitent. II eft vray qu’en l’an 1630. la íèichereile, dc l’annee fuivante les pluyes continuel- les la rcduiiirent en vn eftat ft deplorable, que la relation parti- culiere,queI’on enpourroit faireofteroitau lecteur le diver¬ ti dement, que nous pretendons luy faire trouver en cette Re¬ lation. Mais la P rovince s’eft fort bien remife de cette defla¬ tion depuis cetemps-laj quoy qu’il en refte encore quelques marques quafi par tout. Mais continuous noftre relation, dc racontons ce qui m’eft arrive
  • lit DV Sr MANDELSLO, LIV. I. arrive pendant lefejourquej’ay fàiti Surma. Eftant a ifpahan dans ia reíolution de faire le voyage des In- r 1 ■ * • des, jcprisàmoníèrvice vnvalletPeríãn , quimedevoitíèr- dc laudation! virdetruchement pour la langue Turcque, & pour la Perfa- ne, queje commançois aucunement à entendre. II eíloit né depereôc de mere Chretiens, Sc du nombre de ceux, que Sch.tch-Ab.ts avoir fait transferer dela Georgie à I [pah an, oufes freres etoient en quelque confideration. Ce quim’obligea a etraitter avec allez de civilité, Sc à luy promettre quatre elcus de gage par mois. II m’avoit fait accroire, qu’il n’entroic a mon fervice, qu a cauíe de Ia facilite qu’il y trouveroit á re- tournerau Chritianifme : maisà peine eut-illeloifir de faire la premiere connoiílãnce à Suratta , qu’il apprit, quefon oncle maternel luy pouvoit faire fa fortune à la Cour du Mogul, ou ilavoit la charge de premier Efcuyer : cequile fitrefoudre à me quitter, Sc a demander la protection du Sulthan, qui le tint quelque temps cache chez luy, Sc Penvoyaapres celaá Al&ra.. Iefusd’autantpluseílonné decette retraitte, que j’a- voisfujet d’apprehender, que ce garçon, quifçavoit toutes les particularitez denoitre combat avec 1’AmbaiTadeur In- dienaifpahan, ne me mill entre les mains de mes ennemis. Et certainement fij ’euile feeu qu’il euít pris le chemin d’Agra, je n euile jamais eu PafTeurance d’y aller j quoy qu’il parut, par ce qui arriva depuis, que Dieu 1’avoit envoyé en ce lieu-là ex- prés, pourmeconferverla vie, puis queje courus rifque dela perdre fans luy. Au mois de May l’on eut nouvelles à Surma, que Ie chan, Mat. qui commandoita Candahar pour le R.oy de Perfe, s’eiloitre- Gouverneut volte, Sc avoir rendu fa place au Mogul parce que le Schach l’a- índ SSS^i voit menace dele faire mourir. Le Mogul y envoya auffi-tot quinze cens mille efeus, pour reconnoíítre Ie fervice du Gou- verneur, Sc pour payer la garniíòn, qui avoit change de par- tyavecluy. a lymer dan-chan, Gouverneur delamefmeplace, cn avoit fait autant au commencement du regne deSchach-Sefi, qui Ie vouloit obliger â porter fa tete à IaCour,d’o ii il ne feroi t pointrevenu.Schach reprit Candaharbien-toft apres, Sccefut la en partie le fujet, pour lequel le Mogul luy envoya P Ambaf- fadeur, dontjeviens de parler, bien qu’il eut auifi charge de demander le MyrfaP olagt, lonneveu. 11. Partie
  • m 1638. Ivin VOYAGE DES INDES, Lció. luini’allay à la chaiTc avcc vn jcune Marchand Hoi. Jandois, Sc avec vn autre Anglois, qui me firentpafferla ri¬ viere Sc me conduifirentuvne vieille vale rumee, nominee XedieL oules Hollandois ne laiffent pasd’avoir vn magazin. On appelle les habitans de cette ville site,, Sc lls font la plus part gems de marine,ou de meftier,8cMahometas.Ses rues loot eftroittes, Sc fes maifons font tellemct elevees fur leurs fonde- mens,ciu’il n’y en a point, qui n ayent vn degre,poui y entrer. Nous V demeurafmes la nmd,8c y fumes fort bien mines par¬ ies Marchands,qui avoient la direction dunegoce de ce Iieu- là. Le lendemain nous allâmes à vn village,nommeBodick, Sc nous chafsâmes,enchemin faifant,au canard Sc au heron.Nous yvifmes auifi environ vingt cerfs.Leur peau,qui eftoit gnsatre, dtoit route marquetée detaches blanches, Sc ils portoient vn fort beau bois , charges de plufieurs andouillers. Ilfemefloit parmy eux certains animaux,de la grandeur de nos chevrcuils, dontlapeau eftoit brune,tirant fur lenoir, tacheteiede blanc, Sc avoient les cornes façonnées. Il y en a qui eftiment que ce font ceux aw'^ldrcumd appelle Cervi capras,Sc que c eft decet- teforte d’animaux que Ton tire 1 eBc%o*r. Nous alhimes de la à vn autre village, nomme Dmken, oil nous vilmes quantite de canards íauvages dans leris, dont toute la campagne de ces quartiers-là eftoit couverte. Tous les champs font cios d vne petite levee, pour la confervation de l’eau, dont ils arrofent inceflammentleris, qui a beioind’humidite.Nous trouvaf- mes en ce village du Terri, qui eft vne liqueur que entire des palmes, 8c l’on nous en prefentoit à boire dans des miles faites de fueilles du mefme arbre. P our en tirer le fuc, l’on monte iufqu’auhautdel’arbre, ou Ton fait vne inciiion dans 1 eicor- ce, Sc Ton y attache vne cruche,que l’on y laifte toute la nuift, pendant laquelle elle ierempht d’vne liqueur douce, Sc fort agreable à boire. Lonentire auili de jour, mais clleiccor- rompt aufli-toft, Sc n’eft bonne qu a faire du vinaigre. S\- c eft à quoy Ton a accouftumé de s en fervir. ^ Dcfcription Pourceciuieildela ville dc Surtttd j elle eftiituce an. de- dc la ville de ^ quarante-deux minutes, fur la riviere de Tapt,^ , qui fourd aupres de B arampour, Sc le decharge dans lamer, a qua- tre lieues au deifous de la ville. Elle s eftend le long de la ri¬ viere , Sc eft baftie en quarre. Elle n’a point de muraille du Tetri, o «iepalmc.
  • BY Sr MANDELSLO’ "LIV. I. «3 coftéde la riviere, maisdu coftéde la terreelle a vn fort bon 1 ^ 3 8. rempart de terre, Sc vn chafteau reveilu de pierre de taille. La villeatroisportes,dontl’vn conduit au village de Briou, ouScs Portcs- ceux qui vont à Cambaya Scz^í madcibat, paílènt la riviere, l’au- trevaà Barampour, ôclatroiíiémeà Na/Jxry. Toutes les mai- S^s mai ° Tons ibnt plattes, comme celles de Perie,6c la plus part acconv pagnées de fort beauxjardins. Le chafteau , que l’on dit avoir eftébafty parlesTurcs,à Son chafteau: 1’occafton d’vne defcente qu’ils y avoient faite , n’a qu’vne porte, qui donne fur vne grande plaine, qui fert de Meidan a la ville. Prochedelà,6càl’entréedelavilIe, le voit I'hoftel du Gouverneur Sc la Doiiane, 6c en fuitte le Baxyr, tant pour les marchands forains,que pour ceux de la ville. Le Gouver¬ neur du chafteau nereconnoift point celuy de la ville , qui ne fe raeile que de la police, de l’adminiftration de la Iuftice , Sc de la recepte des droits d’entree Sc de iortie , de toutes les rnarchandifes j qui payent toutes trois Sc demy pour cent; à la referve de Tor Sc de l’argent, monnoyé ou en barres, 6c fa- conné, qui ne paye que deux pour cent. Les Hollandois Sc les Anglois y ont leurs Hoftels, qu’ils ap- pellent loges, qui font grands 6c fort bien baftis, 6c compoles deplufieurs beaux appartemens, chambres, íalles, galleries Sc chapel les. Lehavrede Suratta eft à deux lieucs de la ville, au village Son port, deSuhali, Sc e’eft à caule de cela que les Hollandois 6c les Angloisl’appellent le Kom de Suhali. Ceft-la oules navires delchargent leurs marchandiíès, que l’on acheve de porter par terre à Suratta. Cette rade eft íituée à vingt-vn degrés, cinquante minutes, fur lecours de Nort-Eft 6c de Sud-weft. L’entree n’eft pas bien large, ôc à la haute marée I’on n’y trou- ve que íèpt brailes d’eau , 6c à la baile cinq leulemcnt. Lehavremeiinen’a qu’environ cinq cens pas de large de- vantle village, 6c le fond de lable , Sc la plus part des bancs demeurent aefcouverts6c fees, au reflux, 6c font tellement cfearpes, que la ionde y eft tout à fait inutile. L’on y eft à cou- vert de tous les vents, à la referve de celuy du Sud-weft. Maisdepuislemois de May jufques en Septembre , I’on eft contraint de quitter cette cofte, à caufe des vents 6c des orages, me 11 cs jd’eclairs 6c de tonnerres effrayables , qui y regnent
  • u4 VOYAGE DES INDES. pendant ce temps-là 3 ainfi que nous avons die cy-defius. Scs habitans. Les habitans de Suratta font ou Banjms, Bramans, oil Mo¬ guls. Ceux-cy font Mahometans ,6c font bien plus confiderés quelesautres3 tantàcaufedeleur Religion, qu’ils ont com- muneavecle Mogul, 6cavec lcsprincipaux Seigneursdupais, qu’a caufe de la profeifion qu’ils font de porter les armes. Ils ont de i’avcrfion pour le meftier 6c pour la marchandife , 6c aimentmieux fervir, que fejetter dans vn employ honnefte: car dés qu’ils ont gagnédequoy avoir vneheval, ils croyent eftreau deifus de la fortune 3parce qu’ils entrent auííl-toít au fervice de leur Prince. Les Benjans aucontraireibnt gens re¬ tires^ laborieux, qui s’appliquent au travail 6c à la marchan- diíè, 6cquiontvne devotion extraordinaire pour les chofes religieuies3 ainil que nous aurons occafion de dire ailleurs. La ville eft auifi peuplée d’Arabes , de Peries , d’Arme- niens, de Turcs 6c de Iuifs, qui y demeurent, ou quiyfre- quen tent pour le commerce: maisiln’y apointd’eftrangers , qui y ayent fait vn 11 grand eftabliflement que les Hollandois Surat eft le ^ jes Angiois. Ils yont leurs hoftels, leurs maeazins, Ieurs bureau general o 1 . , , ’ . p ' _ . du commerce Prefidents, leurs marchands 6c leurscommis, 6c cn ont fait des Angiois. vne des villcs les plus marchandes de tout l’Orient. Les An- gloisparticulierementyonteftably lefort de tout leur com¬ merce des Indes, 6c vnPrefident,auquelles commisde tous les autres bureaux font obligezderendrecompte. 11 s’y trou- veaífiftéde vingtoudevingt-quatre marchands 6c officiers , 6ca íous íà direction le bureau db /gnqou ils ont vn cómis, ac- compagné de fix perfonnes:celuy alfpahan^oò. ils ont vn comis 6c fept ouhuict autres marchands: celuy de Mefulipatan avec quinze: celuy de Cambay a avec quatre: celuy madabat avec fix 3 celuy de Brodra 8c de Broitschia, avec quatre , & celuy de JDabul avec deux perfonnes: qui ibnt tous obligez de ie trou- uertous les ans à Suratta , 6cy rendre compte de leur adnii- niftration an Prefident. Les Angiois ont bien encore vn bureau dans 1’Iile dejava, mais il a fon Prefident particulier, qui ne depend point de celuy de Suratta 3 quoy qu’il ne laifte pas d’avoir quel- que deference pour luy , aufli bien que tous les navires An¬ giois , qui n’achevent point leur voyage, fans moiiiller devant Surattx.
  • DY Sk DE MANDELSLO, Mv. I. n5 Les dehors de cette ville fone les plus beaux du monde. 1 A 3 8. Car outre les jardins, ou ils cultivent toutes fortesd’arbres Les^hotsde' friutiers, toute la campagne femble vouloircontribuer à tout dc Sl,r' ce qui pent rejoiiir la veue. l’y remarquay entr’autres vnde ces arbres , dont j’ayfaitla defer ip tion avcc celle de Gttmron^ plufieurs beaux fepulehes, baftisde marbreSc vn Tancke, ou cifterne , faite en odagone, Sc reveftue de pierre de tailie,. ayant en chaque coing vn efcalier, pour defcendre,& au mi¬ lieu le fepulchre dufondateurdece magnifique ouvrage 5 qui eft ft grand, qu’il a dequoy fournir d’eaua toute la ville, mef- me pendant les plus grandes chaleurs de lannée. Les orages & les pluyes commencerent à cefler avec le fEpTEMBRS mois de Septembre , Sc en melme temps , fçavoir le 14. du Angioisam- meime mois, 1’on eut advis, que deux navires Anglois avoientvcnt *Suratta- moíiillé au portde Suhrfy. Le Prefidenty voulutafter enper- fonne, mats il en fut empefehe par les aiFaires, qu’il avoit avec le Gouverncur • de forte qu’il íe contenta d’y envoyer deux des principaux marchands, qui m’emmenerent en leur com- pagnie. Nous arrivâmes à Suhali fur le midy, Sc ayant Iaiílé nos chevaux das le village,nous allâmes à bord de l’vn des deux navires, nommé Difcoher. 11 eftoitde fix cens tonneaux, mon¬ te de vingt-huid pieces de canon , Sc armé de cent quatre- vingts dixhommes.Le Capitaine Menard, qui y commandoit, & les trois marchands qui venoient prendre leurs ordres du Prefident, nous receurent fort bien : Sc d’autant qu’ils ve¬ noient droit d’Angleterre , ils nous dirent tout ce qu’ils fça- voient de 1’eftat des affaires de l’Europe 5 de forte que cette converfation nous fit paiTervne bonne partiede la nuid aflez agreablement. Le lendemain nous allâmes voir l’autre vaif- leau, qui s’appelloitM.wY, Sc eftoit de douze cens tonneaux, & monte de quarante-fix pieces de canon.Il avoit paffe à Aâen, fur lamer rouge,ou ilavoitperdufon Capitaine, qui y eftoit decedé de maladie. Le marenand, qui y commandoit finite de Capitaine,nous receutpour le moins auifi bien qu’avoit fait le Capitaine de l’autre navire, Sc l’vn Sc 1’autre nous oblige- rent à les voir tous les jours,en attendant l’arrivee du Prefi- dent,qui n’y vint qu’au bout dehuid jours. Nousne laiffions pas cependant de prendre quelque fois le divertiffement de la promenade, Sc de la chaiTe5 mais nous retournions toufiours
  • n6 VOYAGE DES INDES, 3 8. le foir coucher dans vndes deux navires. Dés quelcurs commandans fceurent que le Prefident eíloit arrive à Suhaly, ils íè íirent mettre à terre, & 1’allcrcnc íãliier furlebord de lamer, ouilleurfit vn petit diícours , les ex- hortant à donner des preuves de leur fidelité au fervice de leurs fuperieurs, pendant le temps qu’ils auroientá demeu- rer aux Indes. Apres cela ils’embarqua pouraller au premier navire, ou 1’on tiradouze volêes de canon à fon arrivée. Apres fouper íl alia avec toute la compagnie, à l’autre, oul’on en ti¬ ra íèize, outre ceux qui furent tirés, pendant que 1’on ybeut la fanté du Roy d’ Angleterre,& de plufieurs perfonnes de con¬ dition de ce pais-là. Les deux jours fuivants furent employes auxfeftms, que les Commandans des deux navires iirent au Prefidcnt: qui retournaapres cclaà SufAtta: mais dautant que la nuict nous furprit en chcmin, nous fumes contrains de de- meurerdanslapétite ville de Remei. Xe navire b >1- Le 14.dumefmemoisarriuerentdeux autres navires: dont doís’deHqua!n* 1’vn qui sappelloit Boliuç^ & qui eíloit Hollandois, eíloit de torze cens ton» quatorze cens tonneaux. ll venoit dela ville de B.uavía en ntaux. iifle JeiavA,&retournoit en Hollande charge de poivre , & d’autres efpiceries. L’autre eíloit Anglois, nommé le Cy*w, & avoit eílé cnvoyc par le Commis de Mefulipatan en Períè , pour aller querir des foyes : mais le vent contraire, qui 1’avoit faitroder plus dequatremois furlamer, 1’avoit oblige à pren¬ dre porta Suram - là ou celuy de Hollande avoit en moms de temps fait tout le voyage, dcpuisTexe/ jufques aux Indes. Ie me mis encore en la compagnie des marchands , qii allerent au port voirleurs navires. Nous vimes d’abordle Hollandois, & mmes parfaitement bien receus par le Capitaine , qui nous fit voir toutes les commoditez de fon vaiíleau, qui eíloit fans doute vn des plus beaux &c des plus grands, qui foient ja¬ mais fortis des ports deHollande.il avoit en fa longueur vingt pieds plus que le vaiíleau Mane j mais iln eíloit pas du tout íi large. Pendant toutle temps,quejedemeuray à Suratta, jeneman- quois point de divertiííement. Car ouje m allois promener au port,ou je trouvois compagnie dans la ville, parti culierement chez le Prefident Hollandois, qui y avoit fa famille , & avec lcquel je n’eus pas beaucoup de peine à faire connoiirance j
  • DV SrMANDELSLO, l;iv. r. Ii7 parcc que ma langue maternelle me permettoit de m’entrete- 1638. niraveceux. Maisayantfceu, que les navires Anglois, avec lefquelsjepretendois retourner en Europe, ne feroient point eh eftat de partir de plus de trois mois. Ie me refolusde faire vn voyage dans le pais, à íaCourdu grand Mogul-, me fervant del’occafion d Vne caff la, ou Caravane de trente charettes chargees de vif argent, de Roenas, qui eft vne racine, dont Ion 1c fert pour teindre en rouge, d’cipiceries, & d’vne bonne fomme d’argent, que les Anglois envoycuent à ^Imadabat. Le Preíidentavoitnomméquatre Marchands, quelquesBe«/.i»s, douze íbldats Anglois, éc autant d'Indiens, pour laconduite decette petite Caravane j de forte que croyant pouvoir faire le voyage en íeureté, ce qui m’euft efté aifez difficile íans ce¬ la , à caufe des couríes que les Rasboutes font fur le grand che- min, je fuivis le confeil du Preíident, & me mis en cette com- pagnie. Ces Rasboutes font des voleurs, qui íetiennent dans les mon- Raft,oUtes.> tagnes entre Brodra & Broitfchia,que 1’onappelle champenir,oii ils ont leurs places- fortes, & des lieux de retraitte, dans leí- quelsils fe defcndentmeímescontrele Mogul. Ileftvray qu’il n’y a pas long-temps, qu’il furptit vne de leurs meilleures pla¬ ces, & que par ce moyen il les retintlong-temps dans le devoir; mais ils íe revolterent incontinent apres, &. recommencerent leurs vols, avec plus de defordre que jamais. Nous partifmes de Surattale dernier jour de Septembre, en pau de Suratfa la compagniedu Preíident & de quelques Marchands Anglois, Pou^ à quinousconduifirentjufqu’avnelieuedela ville , ou ils pri- m a an> rent congé de nous. Nous prifmes le chemin de Broit^hia, & pafsâmesjpremierement par le village de Briou ou Briaurv, ou nous pafsames la riviere. Apres cela, à quatre lieuês de là, par Cattodera, quieftvnlieuruiné, íituéfurvne riviere du melme nom, & eníuitepar Enbfiffer, ou nous tiraímes cn moins de rien plus de trente canards fauvages, & plufieurs autres oy- leaux de riviere; dont nos gens firent grand, chere.Nous tuaf mes auífi vn chevreul, & rencontraímes tant de cerfs & de íangliers, que nous n’avions que faire de nous mettre en peine de noftre íouper : puis que les Hollandois& les Anglois ne voyagentjamais íàns cuiíiniers, qui appreítentle gibier que leurs maiftres tuent; enaílez grande quantité, pourgarnirla
  • ixS VOYAGE DES INDES, i (> 3 S. cuiiine. Le Iendemain, nous pafsâmes vneriviere, qui eft plus AjmcaBious; large queprofonde, devant qued’arriverala ville, ou nous ne fumes pas fi toft entrez, que le commis Angloisne nous en- voyaft p tier à diíher chez luy. Nous y allâmes, 8c apres diiiier . . nousremontaímesàcheval. dc Broitschia. La ville de J2roit%chia eftíituéeàu. degrds 56. minutes du Nortdelaligne,àdouzelieues deSuratta , 8c àhuitdelamer, fur vne riviere, qui defcend des montagnes, qui feparent le Royaumede Decan davecceluy de BaUgatta. Elleeft baftie fur vne montagne aflez eílevée, ayant des muraillesde pierre detaille, 8c aflez bonnes pour eftre miíè au nombre des plus fortes places de toutes les Indes. Du coftc de laterre elle a deux portes, 6c deux portereaux fur la riviere, par laquelle on y amene quantité de bois à baftir, que l’on n’oferoic defchar- ger, íàns la permiflion exp refle du Gouverneur. L’on y fait gar¬ de, tanta caufe de la place meiine, qui eft fort confiderable, que parce que Tony fait payer deux pour cent de toutes les marchandiies quiy paflent.La ville eft aflez bien peuplee,aufli bien que fes deux fauxbourgs,qu’ils appellent poera, quoy que defortpeude perfonnesdecondition, la pluf-partdes habi- tansn’eftant que tiflerans, qui y font cette force dc toiles de cotton, que 1'on appcll ebaftof, qui íòntles plus fines de toutes celles , qui ie font entoute la Province de Gu^aratta. Toutela campagne des environs dc cette ville eft platte & vnie • fi- nonqu acinq ou fix lieuesdela, versle Zud-Eft, paroiflent 3uelques montagnes, qu’ils appellent pindatfebe, quis’eften- entjuiqu’au delude Barampom,6c qui font tres-fertiies, aufli bien quele refte du pais, ou il vientduris, dufroment, de 1’orge 6c du cotton en grande abondance. C’eft de ces monta¬ gnes que 1’on tire l’agathe, dont 1’on fait de fi belles coupes, des cachets, des manches de coufteaux 6c depoignards,8c plu- fieurs autres beaux ouvrages , que l’on trouve à vendre à Cambaya. Lajurifdidiondela ville de Broitschia sedend fur quatre- •vingts quatre villages, dont le domaine luy appartient, 6c au¬ trefois Ion territoire comprenoit encore trois autres villes,qui ont aujourd’huy leurs Gouverneurs particuliers. A quatre lieues au deflous de la ville, la riviere ieiepareen deux bran¬ ches, qui y forment vne Ifle, de la grandeur d’vne demy
  • BV Sr DE M ANDELSL O, LIV. I. n9 Iicue, au deíTous de Jaquelleelle entre dans lamer, par deux 3 1 emboucheures. Elle n’apoint deport,maisfeulement vnera- de, qui eft d’autant plus dangereuíè, que les navires,qui y peu- ycntmouiller à fept braffes d’eau,y font expofez à la diferetion de tous les vents. A huict Iieues de la ville de Broits-chia fur le chemin de Cam- b.xy* eft vn grand village nomine lanbuyfar ou Umboufer, oil l’on fait del’indigoen grande quantité, & fur le chemin d'^4- rntJiS°-- madabat fevoit Ie fepuíchre d’vnfaint Mahometan , nommé Follemedotty ■> ou les mores oil Moguls vonten pelerinage, avec tantde devotion, qu’il y ena qiu mettent vn cadenas ata’bou- che, pour s empefeher de parler, & ne 1’oftent que pour man¬ ger. Les autres s’attachent les bras de chaines de fer, & l’on dit Faux miracle.' que les cadenats s’ouvrenr, & que les chaines fe défont par vne puiftance furnaturelle , des qu’ils fe font acquit tés de leurs voeux auprés du íèpulchre. Nous partifmes de Broitschia fur Ie foir, en la compagnie du Part de Broi«. Commis, qui nous voulutconduirejufquesà vne demy lieue chia- de la ville. U y reto’urna, mais cene fut que pour nous rejoin- dreá cinq Iieues delà; parce qu’ayantla direction du commer¬ ce tie# iWr.t , auifi bicn que de celuy de Broitschia, ilvouloit fairc le voyage avec la Caravane. Nous marchaftnes toute la nuict, & tout le lendemain ,jufqu ace que la grande chaleur nous contraignit de camper aupresd’ vne mare, ou nous paf- sâmes le refte du jour, &: vnepartie de Ia nuid fuivante, à fairedanfer les femmes, qui fe trouvoient parmy les B anjans dans la C4wiM»e.Nous partifmes de la apres minuict,& je priay le Commisd’entrer dans le caroile avec moy 5 ou j’appris de luy plufieurs particukritez du pais, que le peudefejour, que je faifois en ces quartiers-là , m’empeichoit de remarquer. Nous paísâmes par les villages de Carztvinet, &de Cabol, ou l’on nous fit payer le peage. A quelques Iieues de la ville le commis Anglois prit le devant, pour donner les ordres ne- ceflairespournoftrelogement. Nous le rencontrafmes, avec foníecond , à vne demy-lieuêde la ville j oimous arrivalmes Arrive à bro¬ le 7. d’Octobre. Lonfitauffi-toftpaíTerlaCdfj/j/íí, pour ialo- ‘[I3, ger au bout d’vn pontdel’autrecoftede la ville, &les mar- '-)cTOBRE- chands Anglois me conduifirent dans vne fort belle maiíòn de plaifance hors de la ville, baftie exprés pour fervirdemaufo- 11. Partie, R
  • i3o VOYAGE DES INDES, 1638. lée à vneperionne de condition du pais, qui avo it voulu y eilre entcrré-làavectoute làfamille. Apres avoir fait trois cu qua- tre tours dejardin, nous allâmes ala loge desAnglois,oiiilsme fircnt route la chere imaginable : Sc pour me lefaire entiere; ils y firentvenir quelques femmes Ban janes, qui eurent la cu- riofité devoir mes habits eftrangers, quejc n’avois point quit- tés j quoyqueles AngloisScles Hollandois qui s’elftabliflent aux ndes, s’habillent ordinairement à la mode dupai's, Sc me youlurentmefmeobligeramedeshabiller5 mais voyant que je n’en voulois rien faire, Sc mcfme que je faifoisdifficulté o’accepter les offres qu’elles me faifoient de íè mettre toutes nues, Sc d’avoir pour moy toutes les autres complaisances,que je pourrojs defirer depcrfonnes de leur fexe Sc de leur profef. lion,elles temoignerent cn eftre fort offenfees,Sc fe retircrent. dc La ville de Brodra eft fítuée dans vne plaine íâblonneufe, fur Brodra! * Pcticc riviere de Waíjet, à trente Cos, ou quinze lieues, de JBroitschia Cette ville eft fort moderne, come ayant cite bailie pax Rafta Ghie, fils de Sulthan M abomet Bcgeran, dernier Roy deGu^uratta^esmines de Pancienneiiroi/^qjue 1’on nommoit autrefois RadUpora, dont elle eft éloignéed’vne demy lieue. Elle eft fortifiée de bonnes murailles, Sc de baftioms à l’anti- que, Sc elle a cinq portes, dont 1’vne eft muree} jparce qu’il n’yapoint de grand chemin, qui y aboutit. Sesfaabitans, Sc particulierement ceux du grand fauxbourg , qui eft vers la partie Occidental de la ville, iontla plus part Benjans Sc Ket- ter 'u, tiilerans, teinturiers, Sc autres ouvriers en cotton: com- me eftant le lieu detoutela Province ou ie font les plus belles toiles ; qui font plus íèrrées, inais vn peu plus eftrottcs Sc plus courtes c]ue celles dc Brochfcbia, Sc c’eft par là quon les con- noiftparmy les autres. II y ena de plufieurs fortes 5 çavoir des Baftas, des N icquamas ,dcs Maiafons,des Cannçquin,des Chelas noirs, des ^J]a mams bleus, des Bcrans Sc des Tire ardia. Nous avonsbienvoulunommer ces eipeces, afindedomervn peu „ delumiere aux relations, qui nous viennent tousles jours de -■J ce cofté-là. LalunfdidionduGouverneurde Brodra s’cftendfur deux censdix villages, dont les foixante-quinze font deftmes pour iaiubintance de la garnifon, Sc le atog.^/dftpoie decent tren¬ te- cinq reftants , au profit de quelques officieresdelaCour,
  • DV Sit DE MANDELSLO , LÍV. I. qm ont Icurs penfiom affignées fur ccs villages. Entre lef i í, s . quels ,1 y en a vn, nommé si„d,ckm, i huia lfeues de la vdlé' qui rend tons les ans plus de deux ccns cinquante quintan* de lacquc. C eft vnegomme.quel'on tire Ane certame for te d arbres, qm ne rfcmble pas mal i nos pruniers & l on' Cres-Sra'lde qnatite en coute la Gnm,t,,'sicou. , eft d vn roux brun , mais quand elleeft bienfeiehe & battue en pouldre, les Indiens luy donnent la couleur qu‘ils veulent, du noir, rouge, vert, jaune ,Ôcc, Seen font del ba- ítons a cat better des lettres, ou sen fervent pour lornement de leurs meubles cofftes, bouettes, cabinets, tables, bois de ba, See. & leur donnent vn luftre, que I’onn’a pas encore nil muter en Europe , particulierement pour le noir. Ce pais là produit auifi quantité d’indigo. * encor^pldkurs autres ££ »££ quement baftis, & accompagnés de grands jardins .qm font "le mltS V0* 1Cr°ndC- 1J pris encore le mefme jo»r con^é Part & Bro- dc mon hofte, & me rendis, aveedeux marchands An®lois dra' a la Car wane,que nous trouvâm es campée au coin dVn bois de pa mes, qm produifentdes Coco/, & dontl’on tirele Terry qui eit le breuvage ordinaire de ces quartiers-là. Sur le foir nous vimesarnvcr le commis Hollandois de Brodra, qui nous fit prelent de quelques bouteilles devin d’Eipagne & nous fit compagnie jufquesapres minuiit. a des marchands Anglois vmtavechCarxvanemfques a IV.I net, qui eft vn vieux chafteau,en partieruiné, baft v fur vne haute montagne, ou ll y a vne garniion de cent Cavalhers qm v font payer les droits ftentree^çavoir vn cRopia & demie ou la valeur de quarante-cinq fols, pour chaque charettcunais nous avions vn paílè port du Mogul, en vertu duquel nous pre tendions pouvoir paiTer , & ce fdt pour cela qu’vn de leurs marchands accompagna la Caravanejufquesà celieu-là Etde fait les loldats de la gamifonarrefterent quelques-vnesde nos charertes , & nous voulurent contraindre de payer les droits ordmaires j mais nous nous y opposâmes, & fimes revenu nd- treelcorte,qui nous ouvrit le paffagepar force. Nouspafsâ- mes la riviere, & logeâmes dans le village, faifans vnretran- cnement de nos charrettes, contre la violence , que I’on nous R ij
  • i3i * VOYAGE DES INDES, 1638. pourroitfaire.Nous reconníimes eh efFet que cette prevoyati- ce n’avoic point efté inutile:Car à peine avions nousachevé de fouper , que le receveur, accompagné d’vne trentainede foldats, bienarmésde demy piques, d’efpees, de rondaches, & defuíils, demanda à nous parler. Nous le laiísâmes entrer dans leretranchement, avectrois de fa fuitte.Mais furcequ’il nous demanda le peage, nous luy dimes, que nous ne devions rien, 6e que le pafleport du Mogu\ nous devroit mettre à cou- vert de les vexations ; mais que pour nous en delivrer, &c pour tefmoigner i’eftime, que nous faiiions du courage des foldats de la garnifon, nousleurferions vn preientdecinqou fix Ropias. Ils rejetterent ces ofFres bien loin, &c perfifterentà demander tout le peage. Ils íè retirerent neantmoins, mais à defiein de revenir le lendemain, commeils firent. Ilvarri- vaau mefme temps vn marchand Hollandois, qui conauifoit vne Caravitne de 170. charretes, eícortécs de 50. foldats Indo- Jlbans. 11 nous dit, que les foldats de la garnifon avoientabattu vn gros arbre das le chemin creux,ou nous avions àpaíIer,pour l’embarailer, &c pour nous empeicher abfolumen: le pailage. Nous cõmandâmes auífi-toft quatre de nos ioldat: d’aller net- toyerle chemin: ce qui obligea ceux du chafteauày envoyer quelques-vnsdes leurs,pour empeicher lesnoftres d’y travail- ler: mais d’autant qu’ils n’y pouvoient aller, qu’ils ne paflaiTent à la portée de nos moufquets, nous nous mimes en devoir de leurdiíputer lepaíTage,&: euxiemirent eneftat de nous for¬ cer dans noftre retranchement : ce qui fit revenir ceux que nous avions commandés pourouvrir le chemin. llyeut quel- 3ues coups tires de part & d’autre: mais nous tirbns avec tant ’advantage, que ceux du chafteau vinrent à con pofition, &c nous firent reprefenter par les marchands Hoi andois, que n’ayans pointd’autre iblde,quel’argentqu’ils recevoient des marchandiíès, qui y paflbient, ils eftoi ent contrains de fe faire payer des paílàns, pour avoir dequoy iubfifter, & qu’ils ie con- tenteroient de la moitié du peage ordinaire, Sc mefme de ce que nous leur avions ofFert le jour precedent; deforce qu’on leur donna fix Ropias, cjui font environ trois efcus. Leur nombre s’eftoit augmente j ufqu’a cent, les foldats Indiens, qui nous efcortoient, refufoient de prendre les armes contre eux ; difans qu’il ne leur eftoic pas permis decombattreles
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 133 foldats deleur Souverain, 6c qu’ds n’eftoient là que pour nous 1 ^ 3 8- defendre contre les voleurs qui nous pourroient attaquerpar Ie chemin. A deux lieues 6c demie de là Ton paíTe par le village d'^Amennoy^ià trois lieues 6c demie plus avant par celuy de Sejant ra, d’oii nous arrivàmes à la petite villede Nariad, que Arrive àNa- lesautres nomment Niri.wd, àneuf lieues de Brodra. Ses mai- nat¬ ions font aflèz belles, 6c íl s’y fait des toilles de cotton6c de l’mdigo-mais non pas en ft grande quantitè, qu’aux lieux que nous venons de nommer. Nousarrivâmesleonziémed’Oíílobreà/Wítw<í^aí/7. Cette a Mamade. petite ville eft íituée à cinq lieues de Nari.td, fur vne riviere bath- aílèz raiíonnable, 6c fort abondante en poiílòn. Elle eft: belle 6c agreable, 6c a efté baftie par deux freres,qui ont fait vn fort beau Chafteau en la partie Septentrionale de la ville. Ses habi- tans font Benjans, 6cil s’y fait vne grande quantitc de fil de cotton , dontils font grand trafic. Le douziéme Octobre nous fimes cinq lieues, 6cpaílànt par -C<*»«,par Batova,Si.cn fuitte pzr lj]empour,o\xily a vn tres-beau Caravanfern,ou commeilsl’appellentvnSary, pour le loge- ment des Caff las ou Garavanes,nous arrivâmesle mefme jour Arrive à Ama- heurcufement à símadabath. a a * Ie pris le devant avec deux marchands, 6c nous emmenâmes avecnouslacharrette,qui portoit les vivres.Nous entrâmes à •vne demy lieue de la ville, dans vn de ces jardins, dont les per- fonnesdequalitéontaccouftumc d’accompagner leursíepul- chres, 6c en attendant noftre Caravane, nous envoyâmes ad¬ vertir le marchand, qui avoit la diredion du commerce en ces quartiers là, de noftre arrivée. II s'ay>y>e\\o\t Benjamin Roberts, 6c n’en eut pas íi-toft receu l’advis,qu’il monta en carofle,pour me venir recevoir. Son carofle , qui eftoit fait à l’Indienne, Bctufsdeiiri.. cftoit toutdoré,couvertde plufieurs riches tapis de Períe,6c ““*s attellé de deux boeufs blancs, qui tefmoignoient pour lemoins chevaiK d’Al. autant de courage, que nous pourrionsdeíireraux plus gene- lcmaSac*. reuxchevaux de noftre pais. Ilfaifoit mener en main vn beau cheval de Períe, dont le harnois eftoit couvert de lames d’ar- gent. 11 fit collation avecnous du peu de vm d’Elpagne6cde biere d’Angleterre, qui nous eftoit demeuré derefte, 6capres celailmefitmonteren caroíTe,avecluy ,8cme menaà la vil¬ le: dormant ordre aux marchands de demeurer dans le jar- R íij
  • i34 VOYAGE DES INDÈS, din, jufques à ce que la Caravane íèroic arrivée. La loge des Anglois eft au milieu de la ville, & eft fort bien baftie, avecplufieurs beaux appartements, 6c avcc de grandes corns, pour la defcharge des marchandifes. Leiieur Roberts me fir entrer d’aborddans ía chambre, quiavoitveuefur vne fontaine, Ôcfurvn pent jardin de fleurs. Le planciier eftoit couverr de tapis, 6c lespilIiers,quifouftenoientle baftiment eftoientgarnisd'eftoffes de foyede pluficurscouleurs,& par deflus d’vn crefpon blanc, à la mode des grands Seigneursdu pais. II nous fit apporter la collation > apres laquelle ilmefit voir toute la maiion, 6c me conduifit à vne fort belle cham¬ bre, accompagnée d’vn beau cabinet, qu’il avoit deftiné pour mon appartement. Nous ibupames dans vne grandefialle, oil le diredeur du commerce de Hollande nous vint voirapres fouper , avec quelques-vns de fes marchands , avcclefquels j’avois eu occafion de faire connoiflance à Suratta. Apres qu’il fe fuft retire, toute la compagnieme conduifit dans ma chambre , ou mon hofte acheva de me faire compigniejuft ques apresminuid. Etafinqu’il ne manquaftrien ala chere qu’il me vouloit faire, en confideration deslettres d; recom- mandation que le Prefident m’avoit donnees,ilfitvenir fix daníeuíès, des plus belles que I’on avoitpeu trouverdans la ville5 &medit, quefijetrouvois en elles quelque chofequi m’agreaft plus que leur chant & leuradrefte, je n’avois qu a • me declarer , &à m’afleurer qu’elles medonneroienttoutle divertiftement quecelles de leur fexe font capablesde donner & de prendre. Ie le remerciay de fa civilite tant parce que mon mai m’avoit donné denouvellesatteintes parle chemin, que parce que jefaifois difficulté de me mefler avec vne pa- yenne. Elies admiroient mon habit , & principalement la mou- ftache de cheveux qui me battoitfur 1’eípaule, ôcavoient de la peine à croire que je fufte ce que je fuis en effet. Apres avoir pris deux j ours de repos à Amadab.tthy mon hofte ‘ me fit monter en carofte avecluy, 8c fe faifant fuivre par deux autres, me fit voir vne partie de la ville. lj me conduifitpremierement au grand marche, quel’on appelle Metdan-Schack,ou le marché du Roy,quia pour le moins ielze cens pieds de long fur huitcens de large, 6c eft
  • DV Sr MANDELSLO, LIV. I. ,35 bordé de tous coftés de deux rangs de palmes & de tamarin- i ó 3 S; des, entremeílés de citronniers & d’orengers, dont on voit auííi vne grande quantite par toutes lesmes: ce qui neréjouít pas íèulement la veue, par vne tres-âgreablc perípective, mais aonacauílidelafraifcneur j à Ia faveurdelaquelleon íè pro- mene- Outre ce Meidan il y a dans Ia ville quatre Bxfxrspu. hal- lcs, oíx lJon vend toutes fortes de marchandifes. Ie vis le meíme jour le chafteau, qui eft fort grand, & fort Lc Chafteau. bien baity de pierre de taille de forte qu’il pafle pour vn des plus confiderables de tout leRoyaume. Nous entrafmes auifi auprcs du Meidan, dans vne maifon bailie de briquesquel’on appelle le Palais du Roy. Sur la porteregnoit vn corridor, Le pais du pourlamufiquedeviolons, dehaut-bois&de mufottes, que Roy- 1 on y entend le matin, a midy, le foir & à minuiét, commeen Perfe, & en tous lesautres lieux, dont le Prince fait profeffion de la Religion de Mahomet. Tousles appartemens delamai- ion eftoient beaux, dores &. peints en dctrempe, à la mode du pais j mais avec plus.de iatis faction pour ceux qui trouvent Ieur diverti dement en la diveríité des couleurs, que pour ceux qui le cherchent dans rinvention,oudanslaperfection des pro¬ portions. r Apres cela nous fortifmesdelavillc,pourvoirfcs murail- les, qui font belles, Sc garnies de douze portes, Sc de plufieurs grodestours, Scfontaccompagnéesd’vn foflede vingt-cinq 5^ i mais licit mine en plufieurs endroits,lie fans eau. Nous rentraiines dans la ville, pour voir la principale Mof. Mo^Iu, queedes Benjxns, qui eft fans doute vndes beaux baitiments Bcnians.CC ' quifopuiílevoir. Elle eftoit toute neuve, veu que lefonda- teur, qui eftoit vn riche Marchand Benjxn, Sc qui s’appelloit Santides, vivoit encore de mon temps. La mofquce eft au mi¬ lieu d’vne grande cour, qui eft fermée d’vne haute muraille de pierre de taille, lelong de laquelle regnevne galcrie con¬ verte, de Iafaçon de celles de nos cloiftres, ayantauftifos cel¬ lules, Sc en chaque cellule vne ftatue de marbre, blanc ou noir, reprefentant vne femme nue, eftant affife * & ayantfespieds erodes lous elle, a la mode du pais. II y enavoit oul’on voyoit trois ftatues, fçavoir vne grande entre deux petites. Devant que d’entrer dans la Moíquéc, l’on voit deux ele-
  • S3I VOYAGE DES INDES, .1638. fans dc marbre noir,faits au nature!,8c fur 1’vn l’effigie du fon- dateur. Toute la Mofquée eft voutée,8c fes murailles embel- lies deplufieurs figures d’hommes 8c d’animaux. 11 n y avoir rien du tout dans la Moíquée, finon que 1 on deieouvrit au bout du baftiment trois chapelles, ou recoins fort obfcur*, re- tranchés d’vne baluftrade de bois, dans leiquels on voiyoit des ftatues demarbre, femblables à celles que nous avioms veues dans les cellules * finon qu’il y avoit vnc lampe alluméc devant Prcftrc Ban- celle du milieu. Nous y viimes vndeleursPreftres occnpe a ,an> recevoir des mains de ceux, qui y venoient íàire Ieursdevo- v tions, des fleurs, dontil ornoitfes idoles, de l’huile pour les Iampes, qui pendoient devant la baluftrade, 8c du bled 8c du íèlpour le íãcrifice, pendant qu’il mettoit les fleurs fiurlcs fta- tucs. Ilavoitlabouche8c lenezcouvertsd’vn linge 5 depeur que Pimpureté de ion haleine ne profanaft le myftere, 8c s ap- prochant de temps en temps de la lampe ,ilmarmot:toitquel~ quesprieres entre les dents, 8c ie frottoit les mains iuir la fiam- me, comme s’illes euft lavéesdanslafumée, 8c fe lespaflbit mefmes quelquefois fur le viíàge. C’eftoit vne eipece de pu¬ rification j parce que ces gens croyent que Ie feu eftant bien plus capable de purifier que l’eau,ilspeuventapres ccela lever feurs mains nettes 8c pures d Dieu. Mais il continma fi long- temps ce badinage, que nous 11 eumes pas la pauencce d en voir la fin j de forte que nous Ie laiísâmes là, pour aller voir les ie- pulchres, quiiontvndes beaux ornemens de la vi.lle- de Ia- quclle nous ferons icy vne petite defeription. Defcription" La ville à! Amctdnbnth, capitale de toute la Gu^'ratu, eft ft e’Araadabath. tude ^ 17) degrez, trente-deux minutes de decà la ligne, àdix- huict lieues de C4»iè
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. i39 fesfujets. II n’y a quail point de nation, ny de marchandifesen 16 3 S. toute 1’Aíie, que Ton ne crouve dans Lsfmadtbath, ouilíefait particulierement vne grande quantité d’cftoffes de foye & de cotton. II eft vray qu’ils fe fervent fort rarement de la foye du pais, & encore moins de celle de Perfe 3 parcequ’elle eft vn peu trop grofle & trop chere : mais ils employent ordinai- rement celle de la Chine , qui eft tres-fine , en la mellant avec celle de Bengala, qui nel’eftpas tant,mais qui 1’eft plus que celle de Perfe , 6c qui eft à meilleur marche. Il s’y fait auifi des brocards d’or & d’argentj mais ils v meilent trop de clinquant, &ilsn’approchent point de la bonté de ceux de Perfe;, quoy qu’il y en ait, qui reviennent dans le pais à huicb efcus la piece. En ce temps-ldils avoient commence à faire vne nouveHe eftoffe, de foye & de cotton, à fleurs d’or, que Ton eftimoit beaucoup, 6c on la vendoit cinq efcus l’aulne : mais il éftoit defendu a ceux du pais d’en porter 3 parce que le Roy fe la re- fervoit pourluy,bienquilpermiftauxeftrangers d’enachet- ter, pour la traniporter hors du Royaume. L’on y fait auf- fi toutes fortes de íàtins & de velours , de toutes couleurs Les maichan-' du taffetas, du la tin á doubler , defil &c delbye , des alca- yfaitiipr^S tifs, ou tapis, à fond d’or, de ioye & de laine, mais qui ne comincice. font pas ft bons que ceux de Perfe, & de toutes fortes de toi- les de cotton. Les autres marchandiíès, que l’on y debite le plus,font, dufuccre candy , de la caftonade,du cumin , du miel, de la lacque, de I’opium, du borax, du gingembre,(bc 6c confit, des mirobolans, & toutes autres fortes de confitures, du íãlpetre , du felarmoniac,&del’indigo , que ceux du pais appellent Anil, & qui y vient en grande quantité. L’on y trouve auffi des diamants à vendre 3 mais d’autant qu’on les y apporte de yifupour, on les peut avoir à meilleur marché ail- leurs. On nelaiffe pas d’y trouver aufti de I’ambre gris & du mufc, Mufc & Am- bien quele pais n’en donne point: car le meilleur ambre-gris bri* Sns- vient du Pegu & de B engaLt, de Mofxmbique&C de C.\bo verde , & fe vend à ^Jmxdabath quarante/W.iw«d/',ou huict efcus l’once. Ily enaqui croyent ,* que l’ambre eft la femence de baleine, endurcie ou congelée parle froid dans la mer : mais li cela eftoit, I’on en trouveroit quantité dans le Nort, oil I on ne va II. Partie S .
  • i40 VOYAGE DES INDES, 1638. chercher ce poiflon,que pour cn tirer vne liqueur, qui eft auifi infeefe 6epuance, queI’odeurdePambre eildoux £0 agreable. ^ Ie ne puis pas acquieicer non plus a 1 opinion dc ceux , qui croyent qu’ilyadans la tcrredesiburcesd ambre,comme ily en a dc Nefte, ou des mines,comme celles dc foulfre$ veu qu il nes’en rrouve que vers la mer, dans laquelleil vient comme les champignons viennent dans la cerre, 6c y eft attache, jui- qu’a ce que la mer eilant agitce par les vents, lejettefurle rivaac. Pierre de la Brouik , Hollandois, qui a fait 1c voyage A'Angola, de Gmnée 6c des Indescnl am6oj. 6C1606,ditenia relation,que de ion temps Pon trouva au Caboverde^z 1 embou- IèeC ua'-c'1 b e cheure dc la riviere de Gambi, vne piece d’ambre, qui pefoit vingts lines, quatre-vingts livres, dontilachetta vne par tie. Le mufe. pOLlr ce qiu eft (iu nnifc,Pon demeure d’accord qu’il le fai t d’vn abícés , qui ie forme au nombril d vn certain animal, que les vnsdilent eftrede la grandeur durenard, &c les autres difent qu’il reflcmble au chevreuil. Soit done que cet abfees fe fa lie tous les ans, lors que ces animaux font en rut, &c qu en íè veautrant à terre iis le font crever,ou qu’on le ccupe quand on les prend, il eft certain qu’il vient d’vn animal que les au- theurs nomment Gazela y mais les habitans du "egu luy don- nent vn autre nom , que je n ay pas pu fçavoir, <8c qui ne ie trouve point dans les relations, ny dans les hiftoireis naturelles des Indes Orientales. > Michael Royen, leiuite,quiafaitimprimer depuiistroisans,a Vienneen Auftriche,vntraittéqu’il appelle la flloreCluvoije, dit, que Ie veritable mufc fe fait des roignons 6c dies tefticules de cet animal, qu’il nomine Hiam, mais que les marchands Chinois , qui falfifient la plus-part de leurs marchandifes,y meilent auifi la chair 6c le fang du mefme animal,& en font la compoiition, dont ilsrempliftentdes bourions faits de la peau de la mefme befte , que les Portugais appellent 6c taf- chent de les íãire pailer pour les ventables bources. Quoy qu il en foit, il eft conitant, que e’eft vne befte qui produit cctte ex- cellente odeur,que Pon peutappellerl’amede tout leparfum. Maisiln’yariendeiiconiiderable,quelacommodite quel on y trouve pour le chage j IesBenjans eníãiíànsdes traittes6c des remiíès pour toutes les parties del’Afie, 6c meime pour Con- ftantinople : 6c e’eft en quoy les marchands trouvent d’au- \
  • DV Sr MANDELSLO, LlV. I. Í41 tant-p!usd’avantage, queles Rasboutes, 8clesautres voleurs, rendencles grands chcmins forts dangerenx; quelque depen- lè que le M ogulfaíTe pour la fubfiftance d’vn grand nombre de íoldats, qui ne font entretenus principalement que pour la fcu- rcté des grands chemins. Lesmarchandifesn’ypayent rien en entrant ny en fortant -t finon que Ton fait vnprefent au Couteval, ou Lieutenant de Roy, de la valeur d’environ quinze fols par charrette, 8c il eft permis à tous les eftrangers de vendre 8c cTachetrer, 8c de faire trafic de routes fortes de marchandifes, à lareíèrve de celles qui íòntde contrebande, commela poudre à canon, leplomb 8cleíalpeftre, que Tonne tranfportc point fans la permiífion du Gouverneurj mais aufli Taccorde-il facillement, moyen- nant vne fort legere reconnoiílance. La villc ò! Amadabat comprend dans fon tcrritoire vingt-cinq gros bourgs, ôc dcux mille neuf cens quatre-vingts dix-huit villages j de forte que fon revenu monte à plus de fix millions d’efcus, dont le G.ouverneur difpofe, 6c en fait iubfifter les foldats, qu’il eft oblige d’entretenir pour le fervice du Roy, 8c particulierementcontre les voleurs 5 quoyquebien fouventil les protege, 6c partage le butin avec eux. Le CoutevaL qui eft commele Lieutenant de Roy, commandeibusle Sulthan, 6c ala dire&ion de la police, 6c mefme celledela juftice, con- jointementavecleKít/í, ou luge ordinaire. LeMoguly aauifi plufieursautresoificiers, quilontcommelescontrolleurs 6c les furveillans de ceux que nous venons de nommer. l’employay les jours ftuvans à voir quelques fepulchres, qui font dans le voifinagede laville, 6c entr’autres celuy qui eft dans le village de Znkées, à vne lieuc 8cdemic à\-4madab.ith. C’eftTouvraged’vn Roy de Guzuratta, quil’afait faire enme- moire d’vn K.ifi, qui avoit efté fon Precepteur, 6c qui s’cft ren¬ du illuftre, par plufieurspretendusmiracles, qu’iiafaitapres famorr. Toutlebaftiment, danslequel oncompte jufques à quutre cens quarante colomnes j de la hauteur de trente pieds, eft de marbre, auifi bien que le pave,6c fertde tombeau à trois autres Roys, quiy ontvoulu eftre enterres avec leurs famil¬ ies. A Tentrée de ce fuperbe tombeau fe voit vne grande Tan- que, ou vne cifterne pleine d’eau, 6c clofe d’vne muraille, qui eft percéede tous coftésdeplufieursfencftres. Les Mahome- S lj 1638. Les m.mcit.in - difes nc payent point dc droits d‘entréeàAma. d aba tit. Le revenu de la vi!!e d’Amada- bath. Sepulchre d’r« Kdi.
  • H* VOYAGE DES INDES, * 6 3 8. tans de ces quartiers-là y font leurs pelerinages: Sc en ce villa¬ ge cie Znkees fe fait lemeilleur Indigo de tout le pais. A vne fieue de làil y avn grandjardin,accompagné d’vne belle mai- fon, que le M ogut C hot* C himaurv a fait faire en memoire de la vi&oire qu’il obtint en ce lieu-là fur Sulthan Mahomed Begeran, dernier Roy de Gu%uratta j en fuitte de laquelle il vnit ce Royaume à fa Couronne , de la façon que nous dirons cy- f c aprés. pcTcinccftucux! L’on nous monftra à vne demy-lieue de la ville m fepul- chre, qu’ils appellent Bety-chuit, c’eft à dire la vergcgne de ta fille dccouverte. L’on y a enterre vn riche Marchanct More, nommèHjjom Majom; lequel eftant devcnu amoureuxdeíà idle, Sc voulantdonnervn pretexteàfonincefte, fut trouver leluged’Eglife , Sc luy dit en termes generaux : qu’il avoir pris plaifir dés íà jeuneíTe, à planter vn jardin , Sc à le cultiver avec grand foin 5 en forte qu’il produifoit preíentement de íi beaux fruits, qu’ils faifoient envie à laplufpartde fesvoiíins. Qtfileneftoitimportuné tousles jours 5 mais qu’il re fe pou- voitpasrefoudre à s’endcfaire, Sc que fon dcíTein tftoit d’en jouir luy-mefme, íi le luge luy en vouloitdonneilapermif- íion par efcrit. Le K a ft, qui n’avoit garde de penetrer dans les mauvaifesintentions dece mal-heureux, luy reípondit, que cela nerecevoit point de difficulté, & luy en fit delivrer vne declaration par efcrit. Hajom la fit voir à íã filie,Sc voyant que ny fon autorité, ny Ia permiífion generale du Iug«e ne Ia pu- rent pas faire confentir a íà brutalité, il la força. Elle s’en plai- gnit à fa mere, qui en fit tant de bruit, que le Roy Mahomet Bcgeran,enayanteítéaverty, lefitarrefter, Scluyfittrancher la tefte. Montagnes de Aupres d'A madabat commencent à paroiílreleseffroyables Marva- montagnes de Marva , qui s’eftendent pendant plus de foi- ' xante-dix lieues vers ^Agra , Sc plus de cent vers O Seelies fonttellementinacceífibles, quelechafteaude Gurchitto, ou neS rcconnolf-demeure **»<* , vn des principaux Radiv de ces quartiers-là, fentpoint l’ai - en efteftimé imprenable 3 en íorte que les Roys de Pettan, Sc wnté da Mo- le Mogul mefme, onteu de Ia peineàle fubjuguer. Les In- diens, quifontPayens, ont encore beaucoup de veneration pour cePrince,que l’on dit eftre fipuiílànt,qu’en peu de temps dpeut mettre fix-vingt mille chevaux en campagne. ' ’ 'í
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 143 Dans la montagne, qui eítentre Amaiabat & Trappe , de- 1 63 8. meure encore vn autre Radi a, quine reconnoift point le Mo¬ gul ; parce que les bois & Ies deíerts le mettent à couvert de la puiflance dece Prince, qui n’en a pas aflez pour l’aller forcer dans fa retraitte, non plus que le Radia d'lder, qui eft fon vaiTal, mais qui refuie iouvent d’obeir à ies ordres. Vn des plus beaux jardins de la ville eft celuy de SchacUa* Le rmJi . au fauxbourg dtBegampour. C’eft le jardin du Roy, &; il eft fort Schachbag.‘ grand, clos d‘ vne grande muraille,& accompagné d’vne belle maiion, dontlesfolTez font pleins d’eau , ies appartemens • fort riches. I’allay de là par vn pontde pierre, quiaquatrc tens pas de long, à vn autre jardin, que 1’on appelle Ni^cina- bag, c eftadirejoyau, ScTondit, que c’eft vne belle & riche Damoifelle, qui l’a plante. Le jardin n’cft pas bien grand,non plus que la maifon, qui Faccómpagnepnais 1’vn & l’autre ibnt tres-avantageuíemen t íitués, dans vn lieu aflez élevé, pour defcouvrn toutela campagnevoifine, & pourformer iur ies ■avenues du pont vnedes belles peripectives, que j'aye jamais veues. Lespluyesquiy tombent pendant l’hyver,font vn grand refer voir, commevneftang, au milieu du jardin, maisPEfte l’on fefert de quelques machines, avec lefquelles plufieurs beufstirentl'eaudes puits, qui fontflprofonds, qu’ils ne ta- riflentjamais. L’on va rarement á cejardin, que l’on n’y ren¬ contre quelques jeunes femmes, qui s’y baignent : elies ne fouffrent point que Ies Indiens les voyent 3 mais ellcs nous permirent d’y entrer, & de leur parler. Ilya tant d’autresjardinsaupres & Amaàab at, & toute la vil¬ le eft fi pleined’arbres, que l’on peut dire, qu’elle ne fait qu’vn feul jardin. Comme en effet, enarrivant à la ville 1’on y en voit yne fl grande quantité, qu’il femble que l’on entre dans vne foreft. Ie remarquay entr’autres le grand chemin , qu’ils appellent Bafchaban, &: qui vâá vn village, quiefteíloigné de fix lieues de la ville. 11 eft fi droit, qu’il iemble , que l’on. ait prjsplaifiráplanter les arbres, dontily avn double rang des deuxcoftés, ilir vne meime ligne. Ce font dcs arbres de cor- cos, qui font en tout temps ombre á ceux qui voyagent 3 mais ce chemin n’a rien d’approchant de ' celuy, qui va dlAgra à Vne ailééde firam pour, qui nc ftiit qu’vnefeule allèei/de cent cinquante «nt.cin
  • 144 VOYAGE DES INDES, riíTent vn nombre incroyable de finges, parmy lefquelsily en a d’aufli grands que des levrt ers, Sc d’aflez puiffans pour affron¬ ter vn homme * mais ceil ce qu’ils ne font jamais, fi Ton ne les de irrite. Ils font la plufpartd’vnverdbrun, Sc ontla barbe Seles ,C fourcils longs Sc blancs. Ils multiplient quafi à 1’infiny, parce que les Benpns, dont Ic nombre eft bien plus grand en ces quartiers là, que celuy des Mahometans, croycnt la Metem- pfychofe, ou la tranfmigration des ames, Sc ne fouffrent point quel’on tueles belles, Sc encore moins celle-cyque les au- tres, parce qu’ellesont quelques refiemblance à l’homme} Sc qu’ils croyent,que les ames les plus belles Sc les plusenjouées, les choififlent pour leur retraitte: Ce qui fait que toute la ville en eft remplie. Ils entrent dans les maiions a tout heure , en toute liberte, Seen fi grand nombre, que ceux qui vendent du fruit Sc des confitures, ont d? Ia peine a les chafier de chez eux, Sc à conferverleurs marchandifes. Ie mefouviens den avoir compté vn jour dans la loge des Anglois jufques a cin- quante à la fois, quifemirentajoiier, Scafairetantde poftu- res, qu’il fembloit qu’ils fe fuflent rendus làexprés, pour me donner du divertiftement. 11 m arri va vn j our de donner quel¬ ques dattes Sc amandes á deux ou trois finges, que je trouvay devant ma chambre, dont ils s’affrianderent fi bien, qu ils ne manquoient point de venir tous les matins querir a dejeuner, Sc fe rendirent enfin fi familiers, qu’ils nefaifoienttplus de dif- ficulté de venir prendre du fruid Sc du pain dans rroa main. Ie prenoisplaifir quelquefois aenattraper quelqu vinpai la pat- te, pourobligerlesautres à mefairelagnmafle, &à me de- mander leur camarade, jufqu’a ce queje les vifleenhumeur de fe j etter fur moy, pour me 1’arracher de force. Les meftnes arbres nourriflent toute forte de gibier, Sc par- ticulierement vn nombre inconcevable de perro quets, dont il y a plufieurs efpeces. L’onappelleles plusgros corbeaux d’Inde. Il y en a qui font blancs, oud’vngrisde perle, Sc font cocffes d’vne houpe incarnate, Sc on les appelle Kukatou, a caufe dc ce mot, qu’ils prononcent en leur chant aííezdiílin- clement. Ces oyfeaux font fort communs par toutes les Indes, ou ils font leurs nids dans jes villes, lous les toicls des mai ions, comme les hirondelles en Europe, Ceux qui fontplus petits, Sc quel’on aimed caufode labeaute Sc diverfitdde lcuis couT
  • DY Sr DE MANDELSLO, LIV. L 145 leurs , parce qu’ils one le plumage bigarré d'vn vif nacarat fie 1 ^ 3 S. d’vn beau verd, fone leurs mds dans les bois ,& les attachent au bouc des branches, en force qu’ils pendenc en 1'air* afin de conferverleursperiesconcrelesferpents,qui les pourfuivenc. Us fone leurs nids de foin , ou de chaume, 8c le plus fouvenr ils enattachetdeuxenfemble,avec vne ouverture par en hauc, & vneaurreparenbas. Ces oyfeaux font vn e ft range degaft au fruit, 8c parciculieremenc au ris, parce qu’on ne les cue point, 8c mefme les Benjans ne les voudroient pas em pefcher de man¬ ger : non plus que les Canards fauvages, les herons 8c les cor- CoinioIanr- moransj done la riviere eft toute couvertc. Nous avons parle de ces oyfeaux en Ia premiere Partie de cette Relation, à l’oc- cafion de ceux que nous vimes fur la riviere de tvolga 5 e’eft pourquoy, nous nous contenterons d’y adjoufter icy, que e’eft le meíme oyfeau, que les hiftoires naturelles nomment Onocra- t,tlu^àcaufedu bruit qu’il fait dans l’eau, quandil y fourre fon bee 5 parce qu’en pouiTant fa voix de toute fa force,il imite en quelquefaçonle brayement del’afne. Il a l’adrefle d’avaler les mouflesjufquesdansl’eftomach, oiiil les garde, jufquace que la chaleur ait fait ouvrir la coquille, 8c alorsillesrejette, pour y prendre Ie poillon. Iln’y a point de gibier ny de venaifon, quel’on ne trouve vc* dans ces forefts, mais particulierement des dains , des che- vrueils, des alms, ou alnes fauvages, des fangliers 8c des lie-t- vres.Ilsne manquent point non plus d’animaux domeftiques, Animauxdo- comme buffles, beufs , vaches 8c moutons,&; la riviere four- meihclucs- nit vne fi grande quantité de poiifon, quel’onpeut dire avec Poiflbn. verité, qu’il n’y a point de lieuau monde, oil Ton puifle vivre plus delicieufement. Iln’vaquele vinquileur manque: mais au lieu decebreu- j'0’?3 l. 1 . 1 1, • 1 1 1 . de via en Gu- vage , ils ontle Terry , quel on tire desarbres de Cocos,qui zUratta. n’eft pas moins delicieux que levin. Ilsontla plus excellence eaudumonde, &ilstirentdu ris,dufuccre 8cdes dattes , I’a- rrff,qui eft vne efpece d’eau de vie, bien plus forte 8c plus agrea- ble que celle que Ton fait en Europe. Mais s’lly a dans le Royaume de Gu^uratta des beftes de Bcftesfemces. fomme , 8c dont les hommes fe peuvent fervir, il y en a d’au- tres auifi, dont ils fe doivent donner de garde. 11 n’y a point de riviere qui ne nourrifle quantité de crocodiles,qu’ils appellent
  • 1638. Crccodilcs. Crocodiles de tiente pieds. Vn crocodile avalc vne fem¬ me avec tous, fes habits. Comment ils .couvcntleurs ocufs. Crocodiles de cent pieds. Serpens. 146 VOYAGE DES INDES. c Ay man, & qui font de grands ravages, cant dans Peau, que fur la terre parmy le beftail, & meiine parmy les hommes,qu’ils atcrappent Iors qu’ils fe baignent, on quand en voyageant ils vonc le long de la riviere: cec animal eftanc ft vide, qu’vn horn- me a de la peine á s’en fauver à la courie p bien qu’en fe détour- nanc louvenr, 6c en courant en ferpentant, l’on puifteaifémenc cluder ia pouriuitte: parce que le crocodile n’ayamt point de vertebres aucol, ny a l’eipine du dos, il n’a pas l”adreife de fe tourner, 6c e’eft pourquoy il furprend bien plus fouvent les homines qu’il ne les pourfuit. Il fe cache ordinairement dans l’herbeau bord de la riviere , pour attraper ceux qui y vont querir de l’eau , 6c les Benjans , qui croyent que les ames de ceux qui font ainii engloutis par ces belles , vont tout droit en Paradis, n’ont garde deles tuer. 11 eft certain qu’il s’en eft trouvé dans les follez de la villedc Pegu 5 quiavoient plus de trente pieds de long, 6c qui eftoient tellemient achar- nes a la chair humaine, qu’il ne le paiToit quail poimtdejour, qu’ils ne mangeaflent quelqu’vn, fans que les Benjans fe mid lent en devoir de s’en défaire. MaisleRoyen ayantfait re- marquer vn entr’autres , qui faifoitfeul plus de nial que tous les autres enfemble , le lit prendre 8c aftbrnmer. 11 s’en eft trouvé vn qui avoitavalé vne femme avec tous fes habits. Ils couvent leurs oeufs, qu’ils font jufques au nombne de 28.011 de3o. de fable ,au commencement delaLune, 8c les laiflent couverjufqu’au declin de la Lune fuivante. En less deterrant ils tuent plufieurs petics: ce qui les empefehede fe multiplier a l’infiny. Ionflon die en ion Hiftoire naturelle,qu’aupres de Panama , dans les Indes Occidentals, il s’en eft trouvé, qui avoient plus de cent pieds delong. Mais ce n’eft pas noftre deftein de faire icy vne digreifion fur l’hiftoire na:urelle , & nous nous contenterons de dire, que ceux que nousavons veu, eftoientd’environ douze ou quinze pieds. Ils ont la peau du dos plus dure qu’vne cuiraílè «à 1’eipreuve du mouiquet ; de forte que pour les tuer, il les faut prendre par le coité ,&les entamer parle ventre. Les habitansdupaisafleurent,quecét animal eft naturellement poltron, 6c qu’il fuit ceux qui l’af- frontent, 6c qu’il n’a du coeur qu’avec ceux qui n’en one point, 6c qui lefuyent. Ce pais a cela de communavec tousles lieux chauds, qu’il produit l
  • DV SkMANDELSLO, LIV. I. i47 produitvnnombreinfinidecouleuvres Sede ferpents, quiy 163$. font tres-dangereux, Se entr’autres de ceux que Ton appelle d’vn nom Grec amphisbene, qui one deux teffces. Il eft vray que jen’en ay point veu:Secen’eft pas iurmon teiinoignage, que Ionpeutcondamnerl’opiniondeceux, qui diíèntavec beau- coup deprobabilité, que la nature ne produit point d’animal àdeuxteftes,fiellen'adeíIein|defejoúer, Se defairevnmon- ftre, Scquel’errcurde ceux qui parlentdel’j^/iiewe, nepro- cedequedecequ’ilsontveu des ferpents, qui contre l’ordi- nairedesreptiles, ont le corps auifi gros vers la queue qu’ils Pont vers la tefte. Etdefait, Ponpourroittraitterde ridicules ceux, quiveulentfaireaccroire, quecesteftes commandent Se obeiííènt alternativement par annees, ft ceux du pais ne l’afteuroient, Se ft Nterem bergiusen ionhiftoirenaturellen’efi crivoit,qu’vn habitant deMadrid,nomine CortavilU Pavoitaf- feuréen avoir veu : mais il necroitpoint Iuymeftme ce qu’il yajoufte5 fçavoir que cet animal porte fousvnedefes langues le remede contre le venin que Pautre à vomy. Les bois fontpeuplés de Lions, de Leopards, de Tig res Sc d’Elefants, dontnousaurons occafion de parlerailleurs. Maisiln’yaricndcficommun en ces quartiers-íà, comme chauve-fouri* aulli par tout ailleurs dans les Indes, que les chauve-íòuris,qui n’y font pas moins grandes que chez nous les corbeaux, & ft y beaux! °r’ en a qui íont dela taille de nos poules. Elies font tant de degaft dans les jardins, que I’on eft oblige d’y faire garde, pour la con- íèrvation des fruits. La viWed’^nmdabat entretient de ion revenu, pourleiervi- La villed'Ama. ce du Mogul, douze mille chevaux 8c cinquante elefants, fous le commandement d’vn chan, ou Gouverneur, quialaquali- mille chevaux. té de Raja, Radia,on Rafgi,e’eft à dire Prince. Celuy qui y com- mandoit de nion teps s’appelloit ^reb- change eftoit âgé d’en- viron foixanteans. L’011 m’yaílèura, que Pargent Selesmeu- bles qu’il poiTedoit,motoient à la valeur de dix Crou ou Carrots Rep 1 as, e’eft à direà cinquante millions d’efeus, le crou compté Richeflès da àcent Lake lioptas, qui valentchacun cinquante mil' efeus. Il GouvC:ncUri n’yavoitpaslong-temps, que íà ft lie, qui eftoit vne des plus belles de toutle pais,avoit eípoufé le fecond fils duMo^»/,8de chan enPenvoyantàla Cour, Pavoitfaitaccopagner ãe vingc Elefants, de mille chevaux Sc de fix cens charrettes, chargees II. Partic. T
  • 16 3 8. Sa Cour; la defpence de la Mai foil. Mandelilo vifi- te le Gouver- neur d' Amada - bach. Lcur entretien. 148 VOYAGE DES INDES, desplus riches eftofFes, 8c de tout ce qu’il avoir pu trouver de rare dans le pais. Sa Cour eftoit compofee de plus de cinq cens perfonnes, donr les quatre cens eftoient ies efclaves, qui le fervoient en ies aiFaircs, 8c eftoient tousnourris dans la mai - ion. L’on m’afleura auflique fa defpenfe montoit à plus de cent mil cfcus par mois,íans celle de l’écurie,ou il nourriiloic quatre ou cinq cens chevaux, 8c cinquante elefants. Les plus quali¬ fies deiafuitte eftoient fort magnifiquement habilles, quoy que pour íà perfonneil negligeaft ce foin, 8c qu’il fe contentaft de s’habiller d’vne vefte de toile de cotton , comme les autres Jndofthan' finonquaudilfortoitdechezluy , pouraller par la ville, oupouralleràlacampagne; caralors ilparoiiToitfort, eftant aftis ordxnairement dans vne riche chaifepofée fur vn elefant, couvert des plus beaux tapis, ou alcatifs de Perie, íè faiíànt accompagner dVne garde de deux cens hommes,faiíànt mener en main pl'ufieurs beaux chevaux Perfans , 8c faifant porter devantluyplufieurseftendarts 8c bannieres de diverfes couleurs. Ledix-huictiemed’Octobre j’allay avecleMarchand An- glois voir le Gouverneur, que nous trouvamesafisdans vn pavilion, quiavoitveuCfurlejardin defà maiion. Apresqu’il nous euft fait ailcoir aupres de luy, il demanda àmon hofte qui j’eftois. Il luy dit en /ndoflh.m-q\xc j’eftois vn Gentil-hom- me d’ Allemagne, que Ten vie de voir les pais eftrangers, 8c de profitcr des voyages, avoit fait fortir de fa patric. Que me trouvantenPerfe,àloccafiondel’ambafladequemon Prin¬ ce y avoit envoyée , j’avois vouluvoir les Indes, comme le plus beau pais du monde : 8c eftant prefentemeit en cette grande ville, j’efperois qu’il ne trouvcroit pas maivais, que jemedonnafle l’honneur de luyfairela raverencc. Le Gou¬ verneur repliqua , que j’eftois lebien venu, quemirefolution eftoit bonne 8c gencreuíê, 8c qu’il prioit Dieudela benir. Il me demanda en íuitte, il pendant le iej our que j’a-vois fait en Perfe, j’avois eu la curiohté d’apprendre la langue. Ie luy ref- pondis, quej’avoismieuxaimeapprendre la langueTurque, 8c que je la fçavois aflez bien pour me faire entendre. Le Gou¬ verneur, qui eft Perfe denaiftance, merefpondit, qu'il eftoit vray que la langue Turque eftoit fans comparaifon plus com¬ mune àla Cour du Sduch} que celle du pais, 8c me demanda
  • DV Sr mandelslo; liv. i. h9 en fuitte monaage, & s’iJyavoidong- temps que j’eftois party 1 3 8. d’Allemagne. IeJuydis, que j’avois vingt-quatreans, &qu’il y en avoit trois que je voyagcois.Ilconnnua à me dire,qu’il s’é- tonnoitdc ce que mes parens m’avoienc permis de voyager en cétaage-Jà ,& me demandai! je n’avois point change d’habit par Je chemin: & fur ce que jeluy refpondis que non,il me dir, que c’eftoit par vn bon-heur bienparticnlier, que j’avois pff voyager en cec equippage par rant de pais , fans aucune mau- vaile rencontre, & que les Hollandois 6c les Anglois, pour l’eviter, s’habilloienta la mode du pais. 0 ’* Apres vne converfation d’vne heurc nous nous voulumes lever, & nous retirer , mais le Gouverneur nous pria de de- meurer , & de difner avec luy. U nous fit donner du fruit qu on Juy avoir fervy , en attendant que I’on mift la nappe’ qui eftoit de toile de cotton,&: I’on en couvritvn grand tapis de maroquin de Levant rouge,que l’on coucha fit le plan¬ ar* Le difner eftoit beau, & eíloit fervy Ôcapprefté àlamo¬ de de Perfe , la viaqde eftant couchée dans les plats, qui eftoient tousdeporcelaine,fur durisdeplufieurs couleursde la meimg façon que nous avions veuàlaCour d’/fpahan.Nous nous re tiram es incontinent apres le difner, &quandje voulus prendre conge du Gouverneur , il me dlt en langue Turquc: Serni dahe K urim, e’eft à dire je vous verray encore.-me voulant faire entendre, qu’ilferoit bien-aife de m’entretenir encore. Et de fait, nous y retournâmes le 10. mais je m’eftoishabil- lea la mode du pais, à caufe du deiTein que j’avois de faire le S Got voyage de Cambaye, quej’euife eu bien dela peine àfaireau- vcrueui- tremenr. Nous le trouvâmes encore dans le mefme appartc- ment, oúnous l’avions veu la premiere fois. II eftoitveitu d’v¬ ne vefte blanche, à l’lndienne, fur Iaquellc ilenavoit vne au¬ tre plus longue, de brocard,àfondsnacarat,doublédefatin bianc, & par defius vn collet de martre zobcline , dont les peaux eftoient coufues enfemble, en forte que les queues bat- toient fur le dos. Dés qu’il nous vit entrei, il nous fitaffeoir aupres des Seigneurs, qui eftoient avec luy. 11 eftoit enaffiu- ics • ce qui 1 empeicha de nousentretenird’abord rmais jene laiílày pas de remarquer, que l’habit que j’avois pris luy plai- ioit. Il faifoit expedier plufieurs ordres , & en efcrivoit luy mefine 5 mais ces affaires nel’occupoient pas aifez, pourl’enu T ij
  • 150 VOYAGE DES INDES, * í 3 8. pcfcher de prendre du tabac, qu’il prenoic de la façon qu’il a efté dxt en la premiere Partie de cette Relation: ayantaupres delay vn vallec, qui luy tenoitd’vne main Iapippe à la bouche, & de l’autre d y mettojt du feu. 11 quitta cet cxercice, pour al- lerfaire la reveuc de quelques compagnies de Cavaflerie 6c d’infanterie , qui eftoient dans la Cour, rangez en bataille.il voulnt luy mefime voirleurs armes , 6c les fit tirer aublanc, pour juger de leuradreftc, 6c pour augmenter les gages àceux quiy reiiffirent le micux, aux defpens desautres, dontil di- minuoit les gages d’autant: de forte que le voyanstcllement occupc, nous nous vouliimes retirerpnais il nous fit dire qu’il vouloit que nous difna/Iions avec luy5 nous faiíàns cependant fervir du fruit, dont nous envoyâmes .vne bonne partie en no- ftrelogis, par ion ordre. Quelque temps apresilfe fit apportervn petit cabinet d’or, enrichy de pierreries, dont il tira deux layettes, 6c prit dans l’vne de I'offion , ou opium , 6e dans l’autre du bengry qui eft vne certaine drogue ou poudre, qu’ils font des fueilles 6c de la graine de chenevix, dont ils ie fervent pour s’exciter à la luxure. Apres qu’il en euftpris vne cuillerée, il m’eMoya le cabinet, 6c me dit, qu’il ne íèpouvoir, que pendant lefejour que j’avois faita//p<*W,je n’eufle appnsà connoiiftrel’vfage decettedrogue: que jeluy ferois plaifir d’en premdre, 6cque jelatrouveroispour le moinsauffi bonne, que eellle que j’a¬ vois veueen Perfe. Ie luy dis, que je ne ferois pas biien capable d’en juger} parceque je ne m’en eftois pas fouvent íèrvy parais quejenelaifTeroispas d’en prendre, 6c de faire m on profit de l’honneur qu’il me faifoit. I’eus done la complaifance d’en prendre, 6c le marchand Anglois cn fit autant,à mon exemple: quoy que ny 1’vn ny 1’autre n’en euffions jamais pris, 6c que nous n'y trouvaffions pas beaucoupde gouft. LeGouvcrneur me demanda , oil j’avois appris la langue Turque, 6c fi j’avois efté â Conftantinoplc. Ie luv répondis, que je n’y avois point eftc^mais que j’avois employe acelale peu de temps que nous avions demeuré en la Province de Schnrvm , 6c en la ville d’/fpahan , ou cette langue n’eft pas d'\ra°a™tChrm°inS^amiliere ftuece^e Pais- 11 me dit,que Ie Schinvan «ft Perfe dc” eftoit fa patrie, 6c ayantfeeu que j’avois eu I’honneur d’avoir uai/Tance, efté particulieremeftt connu de Sciuch Sefi , d’avoir difné àfa
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV\ T. iji1 table, Sc d’avoir cíté à la chafle avecluy, il me demanda,quel 1 ^ 3 S. jugement je faifois du Roy de Perfe, Sc ce qui me plaifoit ou delplaifoit le plus en ce Prince. Ieluy reípondis, quec’eftoit vn jeune Prince de parfaicement bonne mine , Sc qui avoir Mais n’a im aílcz d’efprit Sc de coeur pour fe fãire obeirenfon Royaume. pRojr II me demanda en íuitte, s’il regnoit toujours en tiran , &s’il còndnuoit toujours fes cruautés: je luy reípondis que depuis que 1’aage avoit modere íes emportements, íon gouverne- ment commcnçoit d’eftre plus doux. Mais 1 eChan me repliqua, que Schach- avoit empoigné le íeptre avec des mains fan- glantes, Sc que le commencement de íon regne avoit coufté la vie àvne infinite de perfonnes,de toute forte de conditions Sc de qualités. Que la cruauté eftoit hereditaireen famaifon. Quil la tenoit de ò < hach^tbasjb n ayeul,& qu’il ne falloit point eíperer qu’il íè deffift jamais d’vne qualité,qui luy eftoit de- venug naturelle, quand mefme il auroit le pouvõir de fe de- Í;uiferpour quelque temps. Quec’eftoitlàlafeufecaufe,pour aquelle ~4lymerdan~Chan , Gouverneur de Candab.tr , avoit eftè contraint de íe jetter entre les bras du A4oç«/, Sc de luy rendreíàplace 5parcc qiíil fçavoitqueíàvie n’cftoit point en feureté, quoy qiíilneuft jamaisricnfaitcontrelefervice de lõn Princéjmais qiíon la luy ofteroit dês qu’il íeroit a la Cour, ou il avoit eu ordredeferendre, pour augmenterle nombre des Seigneurs, que ce tiran avoit fait executer. Qual vouloit croire , que Schach Sefi avoit de L efpnt, mais qu’d ne pouvoit non pluseftre mis en parallele avec celuy du Mogul, que íon pouvoit faire comparaifon de la pauvreté del’vn avec les ri- cheiTes immenfes de l’autre : veu que le Prince fon Maiitre avoit dequoy faire la guerre à trois Roisde Perfe. le n’avois garde d’entrcr en conteftation avec luy fur vne matiere fi de¬ licate 3 ceil pourquoy je luy dis, qu’il eftoit vray,que ce que j’avois veu de íor Sc de Í argent Sc des autres richeílès de Per- 1 fe,ne pouvoit pas entrer en comparaifon avec ce que je voyois preíèntemet dans le Royaume du Mogul^ mais qu’il falloit ad- voúeraufli, quelaPerfeavoitvnechoíe,queíonne trouvoit pas aillcurs, Sc qui eftoit ineftknable en effet 5qui étoit vn fi grad nombre de KiflUcbs,avec lefquels le Roy de Perfe pour- roit entrepredre la coqueftede toute Í Aiie.Ce que je dis a dei- feiigpaice queje íç.ivois que le Gouverneur eftoit Kifilbacb 5
  • Jtí>3 S. Cruaurc du Gouvcrncur. 151 VOYAGE DES INDES, & que ce difcours ne luy pourroitpas deíplaire. Et de fait, il Ie íít bien connoiftre 5 noníèulementen diíant, qu’ilfalloit qu’il en demeuraft d’accord 5 maisauífi quand enfe tournant vers vn de ces Seigneurs, qui eftoit Perle commeluy , illuy dit; iv dU bckfade , jafchi a-djmdur, chafpt adttmUr foiicr. C’eft à d ire, IecroyquecejeuneGentilhommeaducoeur,puis qu’il parle avcc tant d’advantage de ceux qui enont. A peine ayions nous achevécétentretien, que 1’on ferviftà dilner. L’Efcuyer trenchant eftoit aflis au milieu des grands Vafes, dans lefquelsonavoitapportéIaviande,&:enmetroic avec vne grandecueilleredans de petitsplats, que 1’oníèrvoit devant nous. Le Cban meíine eut le foin d’y en mettre, & de nous 1’envoyer; pour nous faire connoiftre, qu’il ne fedeíplai- foit point en noftre converfation. La chambre eftoit pleme d’ofhciers de guerre, dont les vns íe tenoientdebout, la pique à la main, & les autrcs eftoient aífis aupres d’vne TUntckc, ou ci- fterne, dans la meíme chambre. Nous nous retirâmes incontinent apres difner , Sc le Gou- verneur, en nous congediant, nous dit, que fon deílèin eftoit denousdonnerledivertiftementdesdanfeufes du pais, Sc de nous y faire pafter 1’aprefdinéejmais que les affaires nc luy per- mettoient de faireprefentementce qu’il prerendoit: faire vne autre fois, quand nous 1’irions voir. Mais le deftein q{uc j’avois de faire le voyage deCíOwLtj.f,jointau peudcíàtisfacliionque je trouvoisaux poftureslubriques Sc infolentcs de ces dlanfeuíès, quejen’avoisquetrop veuesenPerfe , m’empeichaint de fai¬ re mon profit de fes offres. Ce Gouverneur A'Anudabat eftoit hommed’efprit, mais fier Sc tellement fevere , que fon gouvernement tenoit de la crueauté. A ceproposjediray,qu’vnjourlesdeursdire(fteurs du commerce de Hollande Sc d’Angleterre, eftans à dmer chezluy,levalletdechambredece dernier entra dans laíallc, pour íèrvir íon Maiftre. Ilavoitvnpourpointdecoupé , dela fa
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. I. 155 pourpoint de la forte, afin de donner paíTage à 1’air , Sc de 1^38- trouver vn peu de foulagement contre les grandes chaleurs du país, ou les Europiens ont de la peine à saccouftumer. Mais le Gouverneur repliqua, que cette penfée n’eftoit pas mauvaife , Sc neancmoins qu’il s’eftonnoit de ce que Jes Chreftiens, qui font íi íàges, Scquionttant deíprit, ne s’eftoient pas encore avifés de faire vn pourpoint de plu- fieurs lambeaux, plutoft que de découper les eftoffes. IIíê mit de fi bonne humeur, en radiant ainfi avec 1’Anglois, qu'il voulut fe divertirlereftcdujour, & cnvoyaquerirvingt dan- íeufes, quienarrivantfedcpouillerent routes nues, Sc femi- rent à chanter &à danfer, avec bien plus d’adreile&i deju- fteííè, quel’onnevoitennosdanieursdecorde. Ellesavoient despetits cerceaux, dans leíquels elles paflb ient avec plus de foupleílè, que n’cuftpu faire vn finge, Sc faifoient mille po- ftures en cadence, auíon de leur mufique, quieftoitcompo- feed’vn TumUk, ou timbale, d’vnhautbois, ôcdequelques 5xetits tambours. Apres qu’elles eurent danfe prés de deux íeures, le Gouverneur voulut que l’on allaftà la ville cher- cher vne autre bande de danfeufes 3 mais les vallets vinrent dire qu’elles eftoient malades, Sc qu’elles ne pouvoient pas venir. Mais íl ne fe contenta point de cette défaite, Sc ren- voyalesmefinesvallets, avec ordre exprés d’amenerces gar- ces, de gré ou de force : Sc fur ce qu’ils le vouloient payer de la mefmeexcufe, il commanda qu’on leur donnaft des coups de bafton. Ce qui les obligeaàfe jetter aux pieds du Gouver- neur,& à Iuy dire, qu’effe&ivement elles n’eiloient point ma¬ lades, mais qu’clles eftoient dans vn lieu , ou elles gagnoient de 1’argent à vn autrejeuqua danfer, Sc qu’elles refufoient de venir 5 parce qu’elles diioient, qu’elles fçavoient bicn quele Gouverneurnelespayeroitpoint.il enrit, mais il commanda auifi-toft «1 vne partie de fes gardes de les amener prefente- Cnuatc du ment, Sc elles nefurent pas fi-toft entrees dans la falle, qu’il ^Amadàbatl», commanda qu’on leur tranchaft la tefte. Elles demanderent la vie avec des cris Sides pleurs horribles 3 mais il voulut eftre obey, Sc fit faire l’executionen la prefence detoute la compa- gnie5 fans que pas vn des Seigneurs oíaft interceder pour ces miferables, qui eftoient au nombre de huidl. Cct horrible fpe- clacle, Sc cette aclion mlxumame eftonna les eftrangcrs3 mais
  • 154 VOYAGE DES INDES, 1638. IcGouverneurs’eneftantapperceu, íèmitàrire, & leurdirt pourquoydemeurez-vousainfiinterdits?Voyez-vous MeE lieurs, ft jen’cn vfoisdela forte, je ne ferois pas long-temps Gouverneurd'^madabath. Car fij’eftois d’humeurà diifimu- ler vne feule de Ieurs defobeiflances, ces Bete-Sdoth, ou fils de putin, fcroientbien-toftlesmaiftres,Scmechafteroientdela ville. Ilfautprevcnir Ie mefpris qu’ils pourroient faiire de mon autliorité, par la crainte que ie leur inlpire, par cette forte d’e- xemples de feverité. ^ JSaSbaS1* IcPartisdWmadabath leu. d’O&obre, avecvn caroiTe, Sc 113 a 3C1'' vnchevaldefelle, enlacompagnied’vnjeunemarchand Án- glois, qui nefaifoit le voyage que pour me faire plaiiir, par l’or- dre du direbbcur. Lcs Rasboutes courent fort fur le chemin iabath .1 Cambay a, Sc Ie rcndent tres- dangereux ; c’eft pourquoy je pris pour mon efcorte huict pions ,°ou foldats à pied, armés de piques Sc derondaehes, oud’acs&de fléches. Ce font des gens fort commodes, parcequel’on s’en fertaulTi comme de laqnais, qui íe trouvent touílours à la tefte des che- vaux , &onlesloiiepourpcude chofe : car jene leir donnay que huict efcus pour tout le voyage} quoy qu’il fit de trois jours pendant lelquelsjefis treizelieues dupais. Tous les Marchands de la loire d’Angleterre me conduif- rent jufques a vne dcmy-lieue dc la ville, oil je vis vn beau iciadin dc tom beau, qu’ilsappellent Sal». I’allay encore le mefme foir rã lct as- jufqu’aujardin deAfchi. t ?.tg,qui eft celuy qui marque le lieu de la defaite de Sulthan MahomedBegeran, dont nousavonsparl© cy-deífus , Sc qui eft íãnsdoute le plus beau de toutes les In- des : mais dautant qu’il eftoitnuict quand i’yarrivay, de forte qu il me futimpomblede le bien coniiderer, je difFereray d’en faire ladefcription jufqu’au retour de ce petit voyage, ouj’eus la commoditc de le voir plus à loifir. beIcndemain 22. je continuay mon voyage, Sc apres avoir fait ieptlieucs, j’arrivay au village de Serguntra, ou jene vis riende remarquable, qu vne grande tanquc ou cifterne, dans laquelle on conierve l’eau depluye tout le long de I’annee. Arrive à Cam- Le 23- ie fis encore cinq Iieues , qui me conduifircnt jufqu a faaJa‘ Ia ville
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV.I. V# tiers & de truchcments aux Anglois & aux HoIIandois , 8c i 63 g. qui entendent leur langue , avec la Portugaiíè, qu’ils one appriíêparle moyen dugrand commerce, que les Portugais fone par toutes les Indes. II me vint aullx-coít querir en ca¬ ro lie, pour me mener dans la ville, 8c me fic loger chez vn mar- chand Mahometan, ouje fus fort bien accommodé, parce 5*0: e.^<^eur Anglois ne fe trouvant point for le lieu, iefis dimculte de prendre logis chez eux. Ie ne fus pas fí-toftarri- ve, que je priay le Brocker de m’accompagner par la ville,& de m y faireremarquer ce qui meritoit d’eftre veu. La ville de Cambay* eíl íituée à feize lieues degroitschia,dans 5>e.fcriPtlioa1 vn lieu fâblonneux , fur le bord dela mer, qui y forme vne Cambay*! grande baye, dans laque.lle la riviere de May, qui lave íesmu- railles, fede^orge.Sonhavre eft aílez in commode, quoy que a haute maree y ameineplus deiept brafles d’eau, maisau re¬ flux les navires y demeurentà fee,dans le fable & dans la boue dont le fonds eft meflé. La ville eft ceinte d’vne fort belle muraille de pierre .de taille , 8c a douze portes ,de grandes maiions, 8c des rues droites 8c larges, qui ontlaplus part leurs portes, quel onfermelanui
  • ~i5$ VOYAGE DES INDES, 16 8. fbrt élevé, oueftoit le íèpulchre du Mahometan, qui 1 avoit fondé , ôc qui y eftoit enterré avec toute fafamille. La tom¬ be eftoit couverte de marbre , 8c avoit pluíleurs inferiptions Árabes. II n’y a point de lieu en tout ces quartiers-là , dont la veue íoit íi belle , non feulementdu cofte de la mer, mais auíll du coité delaterre-, ou l’ondefcouvre la plus belle cam- pagne du monde. Ce lieu eft fi agreable, que le Mogul eftant vnjour icambayx , voulut loger dans le jardin, ÔC fit oiler les pierres du íèpulchre, pour y faire dreíler íã tente. Tandis que je m’amufay à regarderles particularitez de ce baftiment, je vis arriver deux marchands Anglois, qui me re- procherent agreablemcnt le tort que je faiíois a leur nation , de preferer la maiíon d’vn Mahometan a leur loge •, comme íi je ne m’en eftois pas bien trouvé àSuratta ,& aux autres lieux,ou je leur avois fait Fhõneur de loger chez eux.. IIs m offrirentde m’accompagner en ma promenade , & me promirent de me venir prendre le lendemain matin, pour me conduire au lieu, vne veufve Indienne íe devoit faire bruler volontairement. Biioux d’aga- je me renc[is fUr le foir dans mon logis, ou le courretier me fit apporter pluíleurs Alcatifs ou tapis , des couveitures pic- quées, des robbes de watte ,,deseftoffès de íoye, des toiles de cotton , des vaies, des manches de coufteau, des cachets , des bracelets, des bagues & des bouttons d’agatte, de cornaline , de jaípe,8cc.detoutes ibrtesdecouleurs; qui me donnoient fort dans la veue j mais n’ayant point d’argent de reífte , je me contentay d’achetter quelques petites bagatelles, afin de ne des-obliger point mon homme j quoy que d’ailleurs le J^on marche ne me donnaft que trop d’envie d’achetter. Vne femme Le lendemain les Anglois ne manquerent point de íè ren, SbrTneí dre à mon logis, d’ou nousallâmes eniemble fur le bord de la riviere hors-de la vil le, oix cette execution volontaire fe devoit faire. Le mary de cette femme , eftoit tf.uboute, & avoit efte tué aupres de Za/;ov, àdeux cens lieues de Cambay a, D és qu’el- lefceutlamortdeíonhomme elle voulut faire íês obfeques , en fe faifaut bruler vive. mais dautant que le M oguí &fes Oifí- ciersfont Mahometans, quitâchent d’abolir petittà petit cet¬ te couftume Payenne ÔC barbare, le Gouverneur y avoitlong- temps refifté, prenant íon pretexte, fur ce que les niouvelles de Ia more du mary eftant meertaine, il ne pouvoit pas çonfen-
  • DV Sr DE M ANDELSLO , LIV. I íy7 tir à vne humanité, dont l’on auroit peut-cftre íújec de Te re- 16 pentir. Lc deíTein du Gouverneur eftoit de voir, íl le temps modereroit Ia paífion, que la femme tefmoignoit devouloir fuivreíònmaryenrautre monde : maisvoyant qu’elle redou- bloittous Iesjoursfesinftances,illuyperrnitenhn deíãtisfairc aux loix de fa religion. Ellen’avoit pas plus de vingtans , 8c neantmoins nous la vifmes arriver au lieu de fon iupplice avec tant d'afleurance, & avec vne gayetèíi extraordinaire à ceux qui vont à vnemort prefente Sc inévitable, que je me perfuadois,qu’elle s’eftoit he- beté lesiensparvnepriled'O/jiow, dont l’vfage eft fortcom- mun dans Ies Indes, aulfi bien qu’en Períè. A la tefte de la proceifion marchoit la mufique du pais, qui eftoit compoféede haut-bois Sc de timbales. Apres celaiui- voientpluiieursfillesScfemmes, qui chantoient 8c danfoient devant la veuve, laquelle eftoit paréedefes plus beaux ha¬ bits, 8cavoitIesdoigts les bras 8c les jambes chargees de ba- gues, de bracelets 8c de carquans. Vne troupe d’hommes,de femmes 8c d’enfans-lafuivoit, 8c fermoit la proceifion. Elle s’arreftaaimresdubucher, quePonavoitdrefleexprés pour cette funefte ceremonie. La femme s’eftoit lavée dans la ri¬ viere , afin d’aller trouver fon mary en vn eftat pur 8c net, puis que le corps du defund n’eftant point fur les lieux, elle ne le pouvoitpasaccompagneren ce voyage. Le bucher eftoit de bois dabricotier, ou l’on avoit meflé du bois de iandale, 8c de cannelle-.8c dés qu’elle l’euft regardé comme avec mépris, elle prit congé de fes parens 8c amis, 8c diftribua parmy eux les ba- gues 8c les braflelets qu’elle avoit fur elle. Ie me tenois aupres d’elle à cheval, avec les deux Marchands Anglois, 8c je croy qu’elle jugeoitàma mine qu’elle me faifoitpitié,8c que cefut àcauíe de cela qu’elle me jettavn deles braflelets, que j’attra- pay heureuíèment,8cle garde encore,enmemoire d’vneadion ll extraordinaire. Dés qu’elle futmontée fur le bucher, l’onymitle feu, & elle fe verfa flu: la tefte vnvafed’huile de fenteur, ou laflam- me s’eftant prife aulfi toft, elle fut écouffée en vn moment,Ians qu’on luy viftfairevneieulegnmafle. Quelques-vnsdesi.lfi- ftansy verferentplufieurscruchdesd’huile : cequiachevade redmre le corps en cendres, pendant que tout le refte de la Y ij
  • 158 VOYAGE DES INDES, 1 ^ 3 compagnie íè mit à faire des cris, qui remplirent tout I’air, & qui euííent pú empefcher d’oiiir ceux de Ja veufve,fi elle cut eu le loifird’en faire dans le feu, qui Iatuacommevnefclair. Les cendres furent jettées dans la riviere. romquoycette On me dit que cette couftume barbare avoit efte intro- LZZT C ^u^cc Parmy les payensde ces quartiers-la , parce que lapo- ligamie eftant caufe de plufieurs grands deplaifirs parmy les femmes , ou pour le peu de iatisfa&ion qu’elles peu- vent avoir d’vnhomme, quieftobligéde partager fon affe¬ ction, ou par la jaloufie qui eft inevitable parmy desrivales, ilfetrouvoitquelesfemmes fe défaifoient deleurs marys, Sc qu’en vne feule année 1’on avoit enterre quatre fois plus d’hommes quede femmes; de forte que pourobliger celles- cyàcontribuer à la conlervation de la vie de ceux-là, 1’on ordonna que celles qui voudroient paílèr pour honneftes fem¬ mes , ieroient tenues d’accompagner leurs marys à la mort, Sc de fe faire bruileravec leurs corps. Orileftvray que de tout temps les Períès, Sc lespeuples voifmsonteu vne veneration ix particuliere pour le feu, qu’il ne faut pas s’eftonner, s’ils ont mieux aimé reduire les corps de leurs morts en cendres, que les enterrer. Iedis que ceil: aux honneftes femmes
  • DV Sr MANDELSLO, LIV. I 159 moycnde montruchement,mais ayancfceudelay que j’ente- 1638. dois la langue Turcque,il ne íè voulut plus fervir de mon 2?ro- cker, & me parla Turc. Ieluydy, que jen’avois point fait de mauvaiíe rencontre par le chemin, & que mon intention eftoit de partir le lendemain, parce que je n’avois point d’affaires quimepuílcntarrefterà Cambay a, & quejen’yeftois demeu- Civiiité dvn récejour-là, que pour avoir i’honneur de le voir, & de luy de- ma" livrerleslettres, dont i’on m’avoit charge. Ilme reípondit, omccan' qu’ileftoitbienmarry, de ce quelepcude temps que j’avois à demcurer à<
  • rio VOYAGE DES INDES, labontéqtfilavoitpourmoy. Il me refpondit, que c’cftoie vne incivilité de recevoir des preíènts crvn eftranger} mais qu’ilcroyoitqii’elle feroit bien plus grande, s’ilmerefufoit: qu’ilne mericoitpointceluy que jeluy faifois j mais quejele Iuy donnois de íi bonne grace, qu il ne fe pouvoitpas diípen- íerdeFaccepter. Leledeurjugerapar cette refponfe, fi ceux quii fontcapa- bles de faire des compliments de cette force, peu vent paíTer pourbabare, 6cilleraíânsdoute furpris, quand jeluy diray, queFon trouve peut-eftreplus de civilité parmy les Indiens, que parmy ceux quicroyent la poílèderfeule, ÔC quifaccom- pagnent rarement de la íinceriré, que Fon trouveaux Indes, ou ceux qui font amis, le font fans referve, àceux à quids ont promisamitié, commeils fontennemisirreconciliablesàceux qui les ont offenfés. Ieconviay Mirfabcgdc s’affeoit, 6cluy fis íervir vne boiiette de bettelé, lelon la mode du pais 5 ou Fon ne reçoit point d’amy, que Ton ne luy fafle fervir de cette dro- Ju gue:dont 1’víàge eft fi commun par toutes les Indes, que celuy du pain ne Feft pas davantage en Europe3de forte qie Fon peut dire, avec verité, que e’eit vne des plus vtiles 6c ces plus con- ílderables chofes, que les Indes produiíènt.Les l’ap- pellent Bettelé , ceux de Guzjtratta, Pam, 6c ceux de MaUcca fie. ^ívkenne, Medecin Arabe, lenomme Tambul.Ses qualités dominantes font le chaud 6c le fee, 6c c’efl: vne plante, dorít les fueilles reíTemblent à celles de Forenger3finon qu’elles ne font pas du tout íi larges, 6c quand elles íont en leur parfaice ma- turité,tire fur le rougebrun. La tige de la plante eíltres-foible, cJeft pourquoyonla ibutientd’vnpieux, ouonk plante au- pres d’vn autrearbre,ou elle s’attache, 6c gaigne l;s branches, comme Fhierre. On la joint ordinairement à l arbre qu’ils appellent Areai, parce que les Indiens ne fe fervent jamais des fueilles du bettelé, íàns le fruicl de 1’Jreca. Cette plante eft fort delicate, Sc doit eftre cultivee avec beaucoupde foin,par- ticuherement en l’arroufant3parce qu’il ne luy faut pas donner trop de chaleur,ny aufli trop d’humidité:car il n’en vient point aux lieuxchauds,comme en Mozambique Sc en ZojfnU, ny auíli aux pais froids, comme dans les Provinces les plus S.eptentrio- nalesde la chine. Elle ne produit point de fruid en Guxurut- ta, mais en M alaccu elle en porte, en forme d’vne queue de le.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. i<$r zard,6cles habirans en mangent,8c y trouvct du gouft.Par tout 1 ailleurs elleneproduit que desfeuilles, que I’on vend en pa- quets,à Ia douzaine,6c elles fe confervent fort long-temps fraifches. Les Indiens en magent à toutes Ies heures du jòur, 8c mefme la nuit, tant hommes que femmes,8c il n’y a quafi point de períonnes, qui foient de condition tant íbit peu mediotre , qui n’en confume deux ou trois douzaine par jours. Mais dautant que cette drogue eft fort amere , íls mettent dans chaque feuille vne noix d'^íreca, dont les qualitez dominan¬ tes lont le froid 8c le fee. C’eft ce c^\Avicennc nomme/i#- /e7,8c 1’arbre n’eft pas moins grand queceluy de Cocos, que l’on nomme vulgairement la palme d’Indes. Le brou qui envelop- pe le fruit, eft vny par dehors, 8c raboteux 6c velu par dedans, comme celuy du Cocos, 6c le fruit mefme eftde Ia grofteur dV- ne noix, mais fon noyau n’eft pas plus gros qu’vne mufeade 5 à Cvfagedu Be. laquelle il reflemble 5 non feulement par dehors, mais auifi ^ & de l Ale- par les veinesque Ton yvoitquand on le coupe, lls y meilent de la chaux, que l’on fait de coquilles de moufles, 6c ils le mâ- chentainfienfemblepour en tirerlefuc, qu’ils avalent, 6c en jettent Ie marc. Ils envíèntà toutes les heures du jour , mais particulierementapreslerepasjparce qu’ils croyent que cela aide à la digeftion, 6c empelche le rapport. Les eftrangers, qui font habitues dans les Indes,s’y accouftument par complai- fance, 6c fur tout les femmes Portugaifes deCoj, que Ton voit continuellementoccupées à cét exercice , 6c mafeher cette drogue,comme les vaches,6clesautresbeftes qui ruminent. II eft vray qu’elle noircit les dents, qui en contracftent vne couleur rouge; mais c’eft vne des beautés des femmes Indien- nes. Il n’y a point de coin de rue, oil l’on n’en trouvedetoute appreftée 3 de forte que Ton ne peut pas eftre en peine de la quantité que 1’on y doit mettre. Les grands Seigneurs en font porterapreseux,dans des boettesdelacqueon d’argent , 6c s’en font donneren allant par la rue,6c mefme eftans en affai¬ res , quelque part qu’ils fe trouvent. Ils croyent auili que cette drogue fortifie la chaleur naturelle, 6c en font leurs delices j c’eft pourquoy ilss’en abftiennent lors qu’ils font en affliction, 6cmefmes lors que les Mogolles ou Mahometans font leur jeufne. Apres queMyrfabeg eneutpris vn peu,il fe retira,6c je rnotay
  • Arrives Scr- gumra. Le fburage rlcs bcftcs dc fclle & de fommc. Iardin Je Tziet jagfa. VOYAGE DES INDES. en caroíle, à deííein defaliierle Lieutenant dc Roy chez Iuy en palTant,parcequ’ilfalloitpaílerdevantCaporte:maisjele trouvay dans la rue, en caroíle, faiíànt porter devant luy trois banniers de taffetas, rouge Sc vert, chargees de flammes d’ar- gent. Dés qu’il me vitil fit tournerle caroíle, & m’obligeaa entrer chez luy. Sa maijonelloit fituecau plus besiu quartier de la ville, Sc 1’on y cntroit par deux portes, dont l’vne con- duiioit dans vne grande cour , Sc l’autre dans vn beau jardin, ayantvn grand corps de Iogis, qui regnoit lelongde íèsmu- radies. II me fit fervir du bettelé, Sc du vin dePaIme3mais dautant queje n’avois point de teps derefte,pourachever ma journée, je ne m’y arreftay pas plus d’vne demy heure,& eftant remonte en caroffe, jepartis auífi-toft. II envoya vn de fes do- meftiquesapres moy ,pourordonncraux commisde la dotia- ne, & aux gardes de la porte , de me laiílèr paílèr, fans exiger aucuns droits de moy. I’arrivay fur le foir à Serguntrn; mais il eftoit fi tard, que les J}enj.tns, qui ne fe fervent point de chandelle, de peur que les moufches Sc les papillons ne s’y perdent, ne voukrent point ouvrirleurs boutiques, pour me vendre du fourrage pour mes belles. IIeft: bien different deceluy dont 1’on íè íèrt en Euro¬ pe ; car lepai's neproduifant point d’avoine & peud’herbe, lls accouftumet leurs belles à vne autre forte de nourriture, Sc ne les entrctiennent que d’vne certame paile, qu’ils font de fuc- cie Sc de farine, dans laquelle ils meilent quelquefois vn peu de beurre. Nous nous mimes en devoir de forcer vne de ces boutiques, quand vn S enj.m nous vint apporter du fourrage. Le lendemain matin nous fimes cinq lieues, juíques à vn grand village , ou nous fimes repaiilre nos montures, en dormant aux boeufs, àchacunvne livre Scdemie,8cauxche- vaux deuxdivres de fuccre, meílé avec de la farine. Apres cela nous allames jufqu’au jardin de Tzjetbagh, ou nous fimes en¬ core repaiilre nos montures. Cejardin, quieílíànsdoutele plus beau de toutesles Indes, eilauilile plus confiderable de tout le pais 3 non leulement à caule de la victoire que le Mogul y a remportce furle dernier Roy deGwxurdtta ,ainfi que nous venons de dire,Sc qui luy à donné le noin dc Tzjetbagh , cell à dire jardin deconquellej mais aulfi à caufe des fuperbes ballimens, dont il ell accompa-
  • Dv Sr MANDELSLO, LIV. r. IÓJ gné, 8cdes beaux fruits que l’on y trouve en grande abondan- *638. ce. 11 eft fitué dans vn des plus agreables lieux du monde, íur le bord d’vn grand eftang, ayant du cofté de 1’eau plufieurs pavilions,& du cofté à' ^ímadxbxth vne tres-haute muraille.Le corps dulogis eft digne du Prince qui l’a bafty, auíli bien que le Cctravxnfcra^ui 1’accompagne. Lejardinavoit plufieursallées d’arbres fruitiers, comme orangers 6c citronniers, de touces fortes, des grenadiers, desdattiers, desamandiers, des meu* tiers,desTamctrindes, des M angus 6c des Cocos, íàns ceuxque ilous ne connoiífions point : & il y en avoit vne íí grande quantité, & ils eftoient plantes telíement íèrrés , que nous pouvions fairele tour du jardin à l’ombre, qui nous donnoit vnefraifcheurfortagreable. Les branches detousces arbres eftoient chargez de íinges, qui ne contribuoient pas peu au divertiíTement, que nous trouvions en cette promenade. Nous n’y employ ames que le temps qu’il falloit pour faire re- paiftre nos chevaux, parce que nous voulions encore aller ce jour-làà i^nsítdabxth , oímousarrivâmesíurlefoir. 1’eftoisce jour-lààcheval, &: prenois mon plaifir à faire peur aux finges, quifaiíoientmille gambades à l’entour de nous 5 jufqu’a nous importuner. I’entuay deux à coups de piftolet : ce qui irrita telíement les autres,qu’il fembloit qu’ils vouluílènt faire trou¬ pe, pour nous attaquer. Leurs cris 6c leurs grimafles firent bienconnoiftre, qu’ils nemanquoient point de volonté, ôc il y en eut pour le moins vingt, des plus gros, qui nous pourfui- virentvne bonne demy lieuê 5 mais dés que nous faifions mine de tourner bride, ils fe fauvoient fur les arbres, 6c enfin ils íè laílèrent de nous pourfuivre. En arrivant à Amxdabath j ’y trouvay vne Caffiln, ou Cxravanc d’environ deux cens Marchands, tant Anglois que Bcnjans, qui alloità Agra,, ville capitale de tous les Eitats du Mogul. Le Part pout A Prefident Anglois avoit ordonné à celuy quien avoit la con- gra‘ duite, dem’emmeneravecluy, & le directeur d’ Amadabach y joignit fes recommandations particulieres ; de forte que ces Marchands me receurent enleur compagmc, 6c je partisavee euxlevingt-neufiémeOctobre. t Le temps 6c le chemin eftoient fort beaux, mais j ’y rencon- tráyfi peu de villages , que le premier, dont jepuiileparler, La ville de fut celuy de P aingat, 6c le fixiéme jour apres noftre depart d’ A- Hwibath. II. Partie. X
  • i£ 3 Ccllesde Dam tigcs. 254 VOYAGE DES INDES, ynadabath, nous arrivafmes à Ia ville d’fleri bath, qui en elt éloí- enée de cinquante lieues. Cette ville n eft pas fort grande, St nany portes ny murailles, parce qu elles ont eíté detruites par Temurleng ou Tamerlan, auíli bien que fon chaíteau, dont l’on voit encore les mines fur vne haute montagne, procne de la ville. Entre cette ville St cclle de Damages, qui eft cloignee de celle d’Hen bath d’autres cinquante lieues, nous rencon- trafmesvne Caffilaàe Marchands Benjaw, qui nous dirent, qu’ils avoient eíté attaqués par deux cens voleurs Rasboutei,qui les avoient contrains de íe ranqonner de cent ropiat, St que nous devions nous tenir fur nos gardes ; parce que le jour pi e- cedent ils en avoient veu cent autres, qui ay ant appris d eux ce qu’ils avoient payé à leurs caniarades, ne leur avoient rien dit, &s’eftoient contentes d’emmener vn de leurs bceufs:mais qu’ilsalloientjoindrelespremiers, St qu ils ne mamqueroienc pas de nous attaquer. N ous fifmes no lire profit de cet avis, St fifmes fi bien filer nos charrettes, 8c les foldats qui les elcor- toient, qu’ils ie pouvoient fecourir les vns les autres, fans ap- prehender le deiordre. Nous rencontrarnes aupres d vn vil¬ lage cinquante de ces gaillards,mais ils nous trouverent ti bien armes, St tellcmentreíòlusde nousiervirdenoitre avantage, pour nous defendre, qu’ils paiferent outre, fans dire mot 3 fai- iant bien entendre neantmoins par leur marche, quiis n c- iloient venus que pour nous reconnoiitre. Nous fceumes de- puis, qu’en repaiiant par le village, ils avoient die, que fi nous en euífions eíté vn peu plus eloignes, ils n euffent pas manque denous demanderiapaifade. A cinquante lieues de là nous arrivames aupres d vn villa¬ ge, nomme Syedek, qui eftoitaccompagne d vn fort bon cha¬ teau. Et dautant que la plus part de nos beftes eftoient trop fa- tiguées, parles grandes journées que nous avions faites, nous permimesque quelques boeufs St charcttes priflentle devant, mais ils ne ie trouverent pas il-toit dans vn chemin creux,a fix cens pas de nous , qu’ils íè virent atta/Jo»f«, qui eftoient en embufeade derriere vne colline, St qui bleifc- rent d’abord deux Benjans, St emmenerent les charrettes, qu’ils avoient déja détournees du grand chemin, quand nojd Jes defcouvrimes dc loin, St detachamcs quelques foldats de
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. noftre efcorte,quiobligerentlesvoleursà quitter prife. Apres iC $ cela nous n’eiimes plus de mauvaife rencontre, & nousarrivâ- mesheureuíementa ofgníj ou je pris mon logis chezlesAn- Aniveà Agta. glois , qui me receurent avec Ia meíme civilité, quils m’a- voient tefmoignée par toutailleurs. Lc Mogul, ou Grand Roy à’ índoflhan , change fouvent de demeure , & il n’y a point de ville, qui foit tant foit peu coníi- derable en tout fon Royaume, ou il nait ies Palais: mais il n’y cn a point ou il íe plaife plus quà Mgr d, qui eft en effet la plus
  • 1^38* Aziles. \u VOYAGE DES INDES. principales, qu’ils appellent Metzjd-adine 5 parcequilsy font íeurs devotions les jours defefte. r L’on voit dans vnc deces dernieres le fepulchre d’vn de Íeurs Saints, qu’ils appellent Seander, & ils difentquil eft delapo- Sepuichre d-vn fteritc d> .Dans vne autre l’on voit le fepulchre d’vn autre Gcant. Saint, qui pour avoir trente pieds delong, furfeize de large, doitavoir efté vndes puiflantsgeans, dont l’on ait jamais oúy parler. Sontombeaueftoit tout couvert de pctites bandero¬ les , & l’on nous dít, que c’eftoit vn de Íeurs Heros, qui avoit autrefois fait des merveilles à la guerre. Il s y fait de grands pe- lerinagesjde forte que les devotions des Pelerinsaugmentent bien par Íeurs offfandes, les ri chefies de cette Mofquee', qui en a beaucoup fans cela. L’on y nourrit tous les jours vn tres- grand nombre de pauvres-fibien que l’on peut dire qu il s y fait pour le moins autant de devotions, qu’au fepulchre de Schuh- Scfi à i^irdebt/.CesMetzid<, Sdes Cours qui en dependent,fer¬ vent d’azile aux crimineis,&c mefme à ceux qui peuvent appre- henderlaprifonpourdebtes. Cefontles-4Íhicj des Perles , que les Indiens nomment ^AlUderJx. ils n’ont pas moins de pri¬ vilege aux Itides,qu’en Períèjle Mogul, quelquepuiífant qu il íbit, nel’cftantpasaflez, pour ofêrtirer vnhommedel azyle, pour quelque crime que ce íoit, à caule de la veneration que ces peuples ont pour Íeurs Saints. L’on comptedansla ville d’^4grajuíques à huicb cens bains, ou eftuves, dont le M ogul tire tous les ans vne fomnne fort con- íiderable > parce que cette forte de purifications faiíànt vne des principales parties de leur religion, il ne fe paílè point de jour , que ces lieux ne foient frequentez par vne infinite de peuple. Les Seigneurs dela Cour, que 1’onappelle Rufgi ou Rdjas, ont Íeurs hoftels dans Ia ville ,& Íeurs maifons à la campagne* les vns ôdes autres fort bien baftis, &c fuperbement méublés. palais du° Mo- LeRoy a plufieurs jardins Sc maifons hors de la ville, ou il fe gul. retire quelque fois, avec fes daníèufes, qui danfent devant luy routes nues. Mais il n’y a rien qui marque mieux la grandeur de ceMonarque, que íbn Palais, qui eft fitué fur le bord de la riviere de Gemint^&c qui a présdequatre Iieues de tour. Il eft parfaitement bien fortifié pour ce pais- íà, d’vne muraille de pierrede taille, ôc d’vn grand foílé, ay ant à chaque porte vn Hui£t cens eftuves.
  • dv:sil mande;lslo, liv. I. t,<7 pont-levis ,dont les avenues font auffi fort bien fortffiées , 6e 1 ^ 3 8* particulierement la porte Septentrionale. La porte qui don- ne furIeBa^ar, regardevers le Ponant, & cílappellcc Cijiery.. Ceít fous cette porte ou eft leZf rvan,ou lc lieu ou le Mogul fait adminiílrer la Iuílice à íes fujets, ôc là aupres eíl vne grande làlle,ou le premier Vtftr fait cxpedier & Iceller toutesles or- donnances,pour Ies le vées ordinaires 8c extraordinaires, dont il garde les minutes aumefme lieu. En entrant par cette porte Ton fe trouve dans vne grande rue , bordée de boutiques des deux coílés, qui meine droitau Palais àwMogul , que 1’on ap- pelle D erbítr, L a porte,qui y donneentrée,eílappellé Achaborkt Dc; wage,. c’eft à dire la porte du Roy Mchobarfic on luy doit ce reípcci 5 quàla referve desfeuls íils du Roy, touslesautres Seigneurs,de quelque qualité qu’ils foiêt,font obligez d’y deí- cendre de cheval,8c d’y entrer àpied.Ceften ce quartier-là ou logêt les femmes,qui divertiífent le Roy 8cíà famille, à daníèr & à chãter. La quatriéme porte,que Ton appelle Der fame, done fur la riviere,6c c’eil là ou le Mogul ie trouve tous les jours,pour Le Mogul fajug íãliier le ibleil, quandilfeleve. Ceil auífi de cecoílé-làque Ics°ieiiàfon les grands duRoyaume, quifetrouventà la Cour , viennentkvcl‘ tous lesj ours faire la reverence au Roy ,fetenans pour cet ef¬ fect dansvn lieu vn peuellevé,oúle Roy lespeut voir. Les Hadys, ou Officiers de Cavaleric,s’y trouventauili, mais ils fe tienent plus éloignés,6c n’approchct point,fans 1’ordre expres- le Roy qui fe dent là auífi quandil fait combattre les elefants, les taureaux, les bons 6c les autrcs beíles feroces * à quoy il fe divertit tous les jours: à lareíèrvedu Vendredy, qu’il donne à fe s devotions. Ilya oultre cela vne porte, par laquelle on entre dans la falle des gardes , qu’ils appellent attefama, ou les officiers font la garde, 6c fereleventlesvnslesautrespar fepmaines. L on paile par cette íàlle dans vne courpavée , au bout de laquelle eft ibus vn portail, vne baluilraded’argent, oixilya vne garde particuliere, qui en empefche 1’entrée au peuple , 6c ne la permet qu’aux plus grands Seigneurs de la Cour. 1’y rencontrayle valet Perian, qui m’avoit quitté à 6c qui m’offrit de me rendre toutes fortes de íèrvices, pen¬ dant que je dcmeurerois a Mgr a, 6c meime de me faire entrer dans la baluilrade , dont je viens de parler , mais les gardes X iij
  • 163 8. Le tltrônc du Mogul. te Serrail de fcs Femmes. Trcfor du Mo- gul. Monnoye de huiit mil efeus piece. Cinqnate mil¬ lions d'or en its VOYAGE DES INDES, nele voulurent point permettre. C’eft par cette baluftrade que I’on entre dans Ia chambre du Mo°ul, ou Ponvoitdans vneautre petite baluftraded’or,le trônede ce strand Prince , fait d’or maflif, & enrichy dediamants, de perles & d’autres pierres precieuíès. Audeiliisdece throne pit vne galerie, ou le Roy lè fait voir tousles jours, pour oliir les plaincesdeceux à qui Pon a fait violence. Ceux qui ont des plaintes à faire fon- nentvne de ces clochettes d’or , qui font fuipendues en Pair au deilusxle la baluftrade; mais a moins d’avoir despreuves convaincantes en main, il ne fautpas ie hazardcr d’v toucher: car il y va delavie. Il n’y a que les his du Roy, qui luy font du vent avec vn eívantail,& qui chaftènt les mouches, & le grand Vilir, qui ayentlapermiilion d’entrer dens cette baluftrade, & perfonnen’entre dans les autres appartements plus reculés,íi- nonles Godta, ou cunuques, qui lèrvent les Dames duferrailj qui lontau nombre de mille ou douze cens. Il y a dans ce chafteau encore vn autre apparte ment, quo Pon connoift par vne grofle tour,dont le toid eft couvert de lames d’or, qui marquent les richefles, qui y font enfermecs, enhuit grandes voutes, qui font pleines d’or, d’argent Se de pierres pretieuies, dontla valeur eftcommeineftimtable. Onm’alleuraquele Wo»«/,quivivoitdemontermps, avoit vn trefor,dont la valeur montoit à plus de quinze cems milli ons d’efeus, SejeluisaiTezheureux,pour avoir entre les imainsl’in- ventaire du trefor , que Pon trouva apres la morttde Sc/;.*<:/;> P^cÃo^a^biíayeul deSchtch Chora w,tant en or & argent mon- noye, qu’enlingots & en barres, en or Sc argent façonné, en pierreries, en brocards 8c autres eftofFes, en porcelame, livres, munitions de guerre,armes, &c. ft fidellement fait, que je Pay bien voulu adjouter icy, pour la fatisfachon du lecleur. Ce Roy Achobar avoit fait battre vne certaine eipece de mon- noye,dc la valeur de vingt cinq,de cinquate & de cent toles, qui valoient deux mille, douze &c demy, quatre mille vingt-cinq, & huit mille cinquante efeus piece, jufqu es à la valeur de fix millions neufeensfoixantedix mille MaJJas, qui font quatre- vingtsdix-feptmillions, cinq cens quatre-vingtsmilleropias, ou quarante nuit millions, fept cens quatre-vingts dix mil efeus. Cent millions de ropias, ou cinquante millions d’efeus en
  • D V Sr MAN DELS L O, LIV. I. ^ vne certaine eípece de monnoye, que l’on appelloic de fon i 63 8. nom R OpíiU ^áchobar. * Argcncmon— Deux cens trente millions d’vne autre eípece de monnoye, "vímillion de quils appellent peyfes, dont les trente font vne rapid, ôc íes !ivrcscn petite íoixante font vn cfcu5 de forte que la valeur des peifes mon- monno^ toitàfept cens foixante-fix mille, fix cens foixantefix ropi.u &vingt fols, qui font trois cens quatre-vingt trois mille trois cens trente trois efeus ôc dixfols. En diamants , rubis, efmeraudes, faffirs, perles Ôc autres Trente millions pierreries, la valeur de íoixante millions,vingt mille,cinq cens f0*cn picrrc* vingt-vn ropi.vs, ou trente millions deux cens foixante mille, U'S‘ vingt fix eícus 5c demy. En or fàçonnéjíçavoir en figures 5c ftatues d’élefants,de cha- Neuf millions meaux, dechevaux, ôc autres ou vrages, la valeur de dix-neuf d’or cn or fa- míllions,fix mille,fept cens,quatre-vingts cinq ropias, ou neufç
  • 1638. Pres de quatre millions d'or en armes* ijo VOYAG'E DES INDES, cinq cens quarate-cinq ropm%qui sot quatre millions, neufcens foixante-deux mille,fept cens,foixante douze efcus & demy. Vingt-quatremille volumes efcrits àla main, Sc fi richement relies, qu’oti les a eftimésà fix millions, quatre censfoixante • plus de trois crois mille,fept ccns,trcnte vn ropias}ou troismillions deux cens "n Hires/ °r trente vn milJe,huic cens, ibixante cinq efcus Sc denqy. plus dc quaere En artillerie ,poudre, balles Scautres munitions (de guerre, millionsd-oren ]avaIeur de hu.it millions, cinq cens, foixante quinize mille neurcens, ioixante vnze ropim, ou quatre millions, deux cens quatre-vingts fept mille, neufcens, quatre vingts cinqefous Sc demy. En armes offenfives y: en for¬ te que les enfans ne peuvent eíperer que ce que le pere poilè- doit de patrimoine, ou ce qu’il avoit meíhagé du r evenu de fon bien ordinaire. Car l’autorite du Moguleit fi grande, Sc fa, domination eft fi abfolue, qu’il eftle Maiftrede tout le bien defes vcrturcs dc chevaux.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV.I. vjt defesfujets,8c c’eft pourquoy il n’y a que fa feulevolonté qui i 63 S. decide tous les differents qui naiflent entr’eux , qui nont point d autre Ioy, 8c qui obeiftent aveuglement à tout ce qu’il ordonne. II difpofe fouverainement de leur vie 8c de leurs biens,c eft pourquoy c’eft íuríoníeul commmandenient que Ton execute les plus grands Seigneurs, 8c qu’on leurofte8c change leurs fiefs, leurs charges ,8c leurs gouvernemens. Iln’yapomtdedignitehereditaireen toutfonEftar. Celle de Rasgi OU Raj* , qu'ildonne au merite plutoft qua la naif- dedigmté he- iance,eftperfonnelIe,comme celle dechanen Perfe , Sc ne rclitairc au pailcpointà lapoftente,que par lemoyen de la vertu. Cen'eft pa1 s duM°£uI' pasque le Mogul exclue entierement des charges les enfans de ceux, qui ont fervy avec iàtisfa&ion 5 mais il leur en donne des moindres, par leiquelles ils peuvent s’avancer jufques aux premieres duRoyaume, fi vne vertu extraordinaire, oh lafa- veurdu Prince, les yappelle. Les premiers offices duRoyaume font ceux de premier Vi- les premiers y?r,qui eft commele Chanceher: LeTreforier: Le chef des Eu- °fficicKt nuques, qui eft comme le grand Maiftre d’hoftel: 1 e premier Secretaired’Eftat: Le General des elefans, 8c Legarde des meubles,destentes8cdespierreries, dontil íè fert ordinaire- ínent. Ce lbnt eux qui compofent le Coníèil du Prince -f au- quel on appelle auffi quelquefois le Coureva/, qui fait la char¬ ge de grand Prevoft, 8c de Capi taine de la garde du corps. Le Confeil fe tient le foir, dçpuis lèpt jufques à neufheures, dans vnefalle,qu ils appellent Gafa lean. Il ne fe pafle quafi point dejour, que le /wo^«/neíèfaftevoir,le matinaulever duSo- leil, ou les Seigneurs dela Cour le faliient de leur Patfcbach SxUmmet: fur le midy quandil voit combattreles beftes, 8c le íbir, quand il fe preíente à vnefeneftre, pour voir coucher le Soleil j avec Iequel il fe retire , au bruit d’vn grandnombre de tambours 8c de timbales, 8c aux acclamations du peuple,
  • \qi VOYAGE DES INDES\ í 63 3. peuc fournir quatre-vingts dix mille chevaux. Cambay a douze* faCarallcric. mille. Cabul autant. Onxa quatre-vingts mille , Sc Dely cent cinquánte mille 5 fans ceux que Ton peut tirer des autres Pro¬ vinces , dont je n’ay pas pu fcavoir le nombre bienauvray. Toute cette milice eft diftribuee en divers regiments, dont les vnsíont de quinze, ou de douze mille clievaux,pour les fils du Roy, Sc pour les premieres perfonnes du Royau me, qui com - mandent auíli à ceux, qui n’ont des corps que de deux,trois ou quatre mille chevaux. iínM°" Schttch Choram Mogul en marchant en perfonne en l'an 1630. “ contre Chan Chaan\ avoitvne armée de cent quarante-qua- trc mille, cinq cens chevaux, fans les elefants,chameaux, mu¬ lcts, Scíàns les chevaux de bagage. Cette armée eftoit com- pofée de quatre corns, qui ne íèíeparerent point neantmoins, a la referve de celuy, qui demeura aupi-es de la peirfonne du Roy ÀBarampour.Le premier ètoitcõmandé par Schvaft-Chan, íils d'MjJ.tph-Chan, Sc eftoit compofédeplufieurs regiments 5 £>çavoir de celuy deSchaaft-chan , Sc ctoit de cinq mil che¬ vaux. 5000. Celuy de fon pere de cinq mille chevaux , Sc tous Ras- bouteSy Sadoch-Chan Myrfa Yedt Madaffer.. Ciafer Chan. Codia Saber.. Seidjajflr, Jafter Chan. Mahmud Chan. cdLmrdi-chan. Safdel-Chan Badary. Myrfa- Seer-S ei d. Baaker-Chan. * v * 50 00 300a 3000 2500. 2000 2100 1000 1000 2000 700 500 500 A Quoy Pon adjoufta encore quatre mille fix cens Man- febdars, en plufieurs compagnies franches. 4600 De forte que tout ce corps montoit à 31900. chevaux. Le fecond corps fous le commandement d’Eradet-cban, eftoit compofé des regiments íuivants. JSradet- chan, qui eftoit de quatre mille chevaux. 4000 fR.au-Douda,. ioocj
  • * * * *73 1200 12.09 IíOO IOOO 2000 3000 IOOO IOOO 7000 400 400 DV *>*. MAN0ELSLCS, LIV. r. foorudus. Keroui. Ram Tfcbeud Harrau* Mujlafa-Cban. lakout-Chan. Killofy. Sidi Fakir. Ecka JBerkenias. logi-rafgi, fils de Laia Betting. TcIhc^ T[chand. J.-ikfiet Beg. Trois autres Seigneurs commandoient chacun deux cens chevaux. 6oo }000 rVafir-Cb{ytv , ,, 3000 T y * * 3000 3000 3000 2000 1000 1 1000 IOOO IOOO IOOO JOO 500 JOOO 4500
  • * ♦ * 3ooo 3000 zooo zooo zooo zooo IOOO 1000 IOOO IOOO IOOO IOOO IOOO IOOO 500 JOO JOO IOOO IOOO «7* VOYAGE DES INDES, **3*i JvtabotCb&n. Godix Abdul Hejfein. ,Afiei Chart. Serdar Chan. Raja le/ing. Jceddey Chun• Ieffer. Mockly chan. Serif-Chan. Se id Aliem. Amiral. RajaRamdas. TorckTaes chart. Mjer lemla. Myrfa AbdttUc. Mahmud Chan. Myrfa Maant Cher. Chaw.tes.Chan. Moriedchan. Et fous le commandement de plufíeurs autres Seigneurs, du nombre de ceux quils appellent Ommeraudes. 10000 Et en tout Cavaliers. 61500 Les armes offenfíves des Cavalliers font, 1 arc, le carquois,. charge de quarante ou cinquante flefches, le javelot, ou 1 a- zagaye, qu’ils lancentavec beaucoup dejuífeíle, le cimeterre dVn cofté Sc le poignard de 1’autre: Sc les deffenfives 1’efcu, quils ont toufiours pendu au col. Us n ont point d armes a roúet, ny à fuzil, mais leur Infanteriefefert du motffquet, avecaífez d’adreile. Les gens de pied,quin ont point dc mouí- quet, ont avec 1’arc Sc la flefche, vne pique, dedixoudouze pieds, par laquelle ils commencent le combat, enlalançant contre 1’ennemy, au Jicu de s cn ícrvir contre la Cavallerie,, comme Ton fait en Europe, ll y en a qui s’arment de cottes de Jlsn’ottt point mailles,quileur vont jufqu’aux genoux: maisil yen a fort peu a’ordrc de ■ fc fcivcnt de cafques,parcequils feroient tropincomo¬ des dans les grandes chaleurs de cesquarticrs-la. Ils neíçavent ce que c’eft que d’avant-garde,de bataille ou d’arrieregarde,St ne connoiífent ny frontny file, Sc ne forment point de bataiL lon, mais ils combattcntfans ordre Sc criçonfuíioa Les àtmes de la CayaUciie.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 17; Leurs plus grandes forces conftftentaux elefans,qui portent 1^3?. fur le dos certaines tours de bois, garnies de trois ou quatre arquebufes à croc, 8cautant d’hommes pour gouvernercette ics combats, amilerie. Leselefansleur fervent commederetrancheraent, pour foutenir le premier effort des ennemis: mais il arrive fou. vent, que le feu d’artifice, dont I’on fe fert pourcffaroucher ces beílesj les met tellement en defordre, qu’ilsfont fans com- paraifon plus de mal parmy leurs gens,qucparmy les ennemis» Ils ont beaucoup d’artiUerie,8cd’aiTez groííe,8c dont Ton pour- Leur artiilerie.; roit dire que l’invention eft auifiancienne que cellede la no ere» Ils font auífi de lapoudre à canon, mais elle n eft pas du tout ft bonne que celle quiie fait en Europe. Leurs tymonies Sc leurs- trompettes iont de cuivre, Sc le bruit de guerre qu ils Í onnent,. n’eft pas tout à fait des-agreable. Leurs armees ne font que quatre ou cinq cos, ou lieues du pais, p^r j our, Sc quand ellcs campent, elles occupent vne ft grande eftenduc deterre, que nos plus wrandes villes nen approchent point. L ordre y eft L’ordredans admirable 5 parce qu’il n’y a point d’officicrnyde foldat, qui lcu« auné«st nefçache, ouil doit camper, Sc il n’y a point de ville quifoit plus regulierement diftinguce enrues, en marches, Sc cnau- tres Iieux publics, pour la communication des quartiers, Sc pour le debit des vivres. Le Mogul Sc le General de 1’armée ont leurs tentes eloi- snées decellesdesautres, Sc mefmede cellesde leurs gardes, de la portée du mouiquet. La garde ordinaire du Mogul eft de douze mil homines, i,a garde du íãns les ftx tens gardes du corps, dont la compagnie eft com- Mogul, pofée d’autant dejeuneshomines, qu’ilfaitachetter ^exer¬ cer aux armes,pour eftre inceffamment aupres de íã perionne. LesRafgi, Raj as , ou R adias n’acquierent cctte dignité que Laáigniti parce que e’eft Iuy qui envoye les ordres en routes les Provinces du Royaume, 8c quec eftaluyaquil on s adrefle pour toutes les affaires d’importance.LeRoy ne vent point qu’il prenne de prefents ; mais il ne laiile pas d en prendre ious main, Sc ies commis en prennent ft ouvertement, qu’il ne s y fait point d’affaire ft íecrete, dont x onne puiíle dça- voir les particularités, en donnant de 1 argent a ceux qui iont Y iij
  • 1638. La fuitte ordi¬ naire du Mo- £ul. II change de demctirc felon Jes fairens. i > • Defcription de la vilic d’Ag’.a *7* VOYAGE DES INDES, ies defpefehes & lesexpeditions. Ces Rafo ontvne fi grande' veneration pour leur Roy, qu’il eft iínpoílible de s’approcher des chofes les plus iaintes avec plus de fubmiifion, qu’ils luy rendenten parlant «à luy. Ils accompagnentles dilcours qu’ils luy fontde reverences continuelles, 6c en fe congediant de luy, ilsbaiftent la tefte, pailentles mains fur les yeux, lespor- ten t en fuitte iurTeftomach, 6c enfinjufquà terre j piourtef- moigner, qu’ilsne font que poudre 6c terre à ion efgaird 5 luy fouhaittent toute profperité, 6c ie retirent à reculons. Quand le Roy marche en perfonne à la tefte defonarmée, ou quandil fort dcla ville, pour aller àla chafte, oupourpren¬ dre l’air, il fe fait accompagnerde plus dedix milles homines. A la tefte de cette petite Armée marchentplusde cent Ele- fancs, ayansleurs couverturesd’efcarlatte, de velours ou de brocard. Chafque Elefant porte deux homines, d
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. i77 jfâíTe commerce 5 mais laplufpart de íes habitans fone Maho- 1 ^ 3^ metans, 6c toutes Ies marchandifes qui y entrent, ouquien íorcenc , payent dix pour cent. Ilya plus de quarante petites villes , 6c plus de trois mille cinq cens villages, qui dependent dela jurifdictton de lalu- ftice d’^gra , laquclle s’eftend à plus de fix vingts Iieues à Ia ronde. Le pais eft fort bon6ctres-fertile , produiiant quan- tité d’indigo, de cotton,deialpetre6c d’aurres cliofcs, dont les habitans font grand trafic. Ilya deux Feftes, que l’on y ce¬ lebre principalementavecde grandes ceremonies •, dont I’vne eft celuydu premier j our del’an, qu’dsappellentaveclcs Par¬ ies , Nattrus , NAiirom ou Norofe, qui fignifie neuf jours-,quoy qu’aujourd’huy elle endure bien dix-huit, 6c il íè rencontre au moment que le Soleil entre au iigne du belier. Pour la celebration de cette Fefte, l’on dreife devant le Der- La celebration bitr,ou Palais du Roy, vn efehaffaut de quatorze pieds de liaut, I0ut dcl an> de cinquante fix de long 6c de quarante pieds de large, 6c gar- ny d’vne baluftrade, qui regne tout à 1’entour,6c eft couvert de tous coftés de riches tapis. Aupres de cet efehaffaut l’on fait vn autre baftiment de bois peint, 6c embelly de nacre de perles, ou íè mettent quelques vns des principaux Seigneurs de la Cour , qui ont cependant fait dreffer leurs tentes dans lá premiere Cour du Palais , remplies de tout ce qu’ils ont de beau 6c de riche ,qu’ils prennent plaifir de faire paroiftre ce jour-lá. Les predeceffeurs du Prince, qui regneaujourd’huy, avoient accouftumd d’entrer en toutes ces tentes, 6cd’y pren¬ dre ce qui leur plaifoit le plus 5 mais prefentement 1’on en vie autrement. Carle Roy,accompagnédes fept premiers Mini- ftredefonEftat, fe tientfur 1’efehaffaut, ou il s’ailit fur dps quarreaux de velours , en broderie d’or 6c de perles, 6c attend lespreíènts , qu’on luy veut faire. La Reine y a vne gallerie, d’oiielle voit route la ceremonie, fans eftre veue.. Au lortir delàilíè metíiiríbn throne ordinaire, oiiilrcçoitlesprefcnts dapeuple : ce qu’il continue dix-huit jours durant. Vers la fin de la Fefte le Roy fait à ion tour fes prefents aux Seigneurs, quiconfiftenten charges 6cen nouvclles dignités ,qiul deftri- bue àceux qui luy ont le plus donné. . La fe/?e Le jour de la naiffmee du Mogul íè celebre en la manicre rancc'duM^ fuiyante. Il commence lajourncepar toutes fortes de diver- g«h
  • 163 s. Otfevvie íub- lilcmcui íaitc. Autre ftfte Mahometan?. i7J VOYAGE DES INDES, tiflèments j apres lefques il va au Palais del a Reine íà mere ft elle vit encore , Sc luy fair faire plufieurs prefents par les grands de fon Royaume. Apres difner il s’habille de les plus beaux habits , 6c ie couvre dor Sc de pierreries , Sc eftant ain- ft charge plus-toft qu’orne de richefles ineftimables ,il entre dans vne tente, oit les Seigneurs de la Cour l’attendeint, Sc ou il trouve des balances, dans lefquelles il fe pefe. Ces balances font d’or maifif, auffi-bien que les chaifhes qui les fufpendcnt, Sc font chargées de pierreries. life met dans vne deces balan¬ ces , Sc Ion met dans l’autre quelques lacs d’argenc,vn fac d’or, quelques pierreries * quelques pieces d’eftoffes de foye , de latoile , du poivre, des clous degirofle , de la mufcaae Sc de la cannelle, du bled, des legumes Sc des herbes, Sc l’on tient vn regift re exact de la difference du poids, que i’ony trouve tous lesans. Le Roy diftribueluymeimel’or Scl’argent mon- noyé auxPauvres, Scl’ondonne le refte aux Benjans. Cela eftantfait le Roy s’aiftt fur fonThrone, Sc fait jetter par my les grands des noix, des piftaches, des amandés Sc pluieurs au- tres fruits d’or, mais ft fubtilement faics , que le miller ne pe¬ fe pas trente efcus. Ce qui iemble d’abord incroyable} mais il eft certain neant- moins,quel’ona veu, que la vaieur de dix efcus deces bagatel¬ les rempliflbit vn grand baifin • de forte que toutela liberahte de ce puiffant Monarque ne pouvoit pas monter à la vaieur de 100.efcus.La fefte s’acheve par vn grad feftin,que le Mogulfait aux Seigneurs de la Cour,avec lefquels il pafle la nuit a boire. Us celebrent encore vne autre Fefte , qu’ils commen- ccnt dix jours apres la nouveelle Lune du mois du Iuillet, quafi delamefme maniere que les Perfes celebrent leur chur. Les Indienschomment cette Fefte à l’honneur de deux freres, nommés imx? Sc lauw^ee, íèrviteurs de lefquels eftans allés en pelerinage à vne devotion particuliere fur la cofte de Coromandel, les £r*mem, Sc les autres payens de ces quartiers, lesattaquerent, 8clescontraignirentde fe retirer dans vnChafteau, ou ils les afliegerent. Ces pieux perionna- ges fouftinrent le fiege aflez long-temps j mais n«e pouvans íe reíbudre à boire de l’eau j que les payens avoiient profa- tiée , en y jettant vn Lezard , pour lequel les Mahome¬ tans ont de l’averfton,parce que c’eft vn animalimmode,ils re- r folurent
  • D^ Sb. DE MANDELSlO, LIV. t. 179 folurent defairevnefortie fur Iesaflíegeans,8c en tuerentplu-1 6 y 8. fieurs, mais ils furent eníin vaincuspar le grand nobre des en- nemis,qui les laiííerent morts íiir Ja place. L’on porte par la ville des bieres couvertes d’arcs, de flefches, de tulbans, de ci- meterres, 6c de veftes de foye , que le peuple accompagne de pleurs 6c de gemiflements, en memoire de la mort de ces làints perfonnages. II y en a qui danfent, les autres battent leurs elpéesles vnes contre les autres,& mefmes il y en a qui fe decoupentlapeau, en forte quele fangen ruiílèlle de tous co¬ tes,dont ils frottent leurs habits, 6c rcprefentent par ce mo yen vneproceílion bieneftrange. Sur le íóirilsdreíTent furleMei- d-in pluíieurs figures depaille,qui rcprefentent les meurtríers de ces Saints, 6c apres Ieur avoir tiré vne quantíté de flef¬ ches , ils y mettent lefeu,6c les reduifent encendre.Cequils font avec tant d’animoiite , 6c avec tant de fureur , que les Payens, qui fe trouveroient dans la rue à ces heures-la, cour- reroient rifquede la vie 5 c’eil pourquoy ils fe tiennent enfer¬ mes dans leurs maifons. Les Mahometans de ces quarticrs-là celebrent encore vne fefte au mois de Iuin , en memoire du íàcrifice d’Abraham,en tuant des boucs,qu’ilsmangent aux feftins qu’ils font entr’eux ce jour-là. Ilefl: certain quele Mogul fe vante d’eftre deícendu en lí- Lc Mogul def¬ ine direclc 6c Mafculinc de Temirlanque, ceftà dire Temir le “”lja^Ta* boiteux, que l’on appelle vulgairement TAmerUn, qui eftoic mct aU: de Ia famille de Chtngms-Chm^ Roy de Tartarie. Schach cho~ rtm ; qui re^noit alors, eftoit fils puifnéde Schxcb Iahítn,&c avoit vfurpe la Couronne fur le Prince Polagi , fon nepveu, que nous trouvâmes à Cafivín , à noltre arrivéeen Períè. II pouvoit avoir alors environ íòixanteans , 6c avoit troisfils dontfaiíhé avoit vingt-cinq ans: mais ce n’eftoitpas Iuy pour lequel il avoit le plus d’aflre&ionj puis que fon deííein eíloit de declarer le plusjeune íbnheritierau Royaume d’ do/íta w, 6c de Iaiííer quclques Provinces aux deux aifnés. Les com- les comment mencemens de fon regne avoient efté cruels 6c fanglants: “pnefont6 f°* mais il avoit bien. change de façondeyivrejquoyqueVonre- crudv marquaft encore en Iuy de temps en temps des effcts d’vne grande íeverité,aux executions qu’il faiíoit fairedes crimi¬ neis de leze Majefté,qu’ilfaifoií efcorçhervifs,ou defchirej; 11. Partie. Z «
  • i8<5 VOYAGE DES IN DE 5,' 1638. par les beftes. II eftoit d’ailleurs d’aftez bonne humeur , ai- mantlesfcftins, Ia Mu fique 6c la danfe $ particulieremenc cel- le des femmes publiques, qui danfoient fouvent nuesdevanc luy , 6c le divertiiToient par routes fortes de pofturcs. phifant conre Anglois me firentvn conte, que jetrouve aílez plaifant (iuMogui. pourenfaireicy vnepetite digrefli on. CeRoyaimoiit particu- lierementvn certain A .tig/, qui fe faifoit confiderer àà caufe de foncourage, 6c qui s’eftoit rendu fiagreable en fa converfa- tion, qu’il ne fe paiToitquafipointdejour queleRoyne 1’en- voyaftquerir. Vn jourle Roy, ayant demande pourquoyce Seigneur n’eftoit point venq à la Cour , Sc ayant fçeu qu’il avoir pris medecint, il luy envoya vne troupe de ces danicu - fes, 6cleur commanda de íè defcouvrir, 6c de iaire leurs or¬ dures en íà preience.LeRasgien ayantefté adverty.,lesfit cn- trer, croyantqueleMog«/les avoientenvoyéespouirle diver¬ tir jmais ayanticeudepuisl’ordre qu’elles avoient, & voyant que le Roy eftoit en bonne humeur, 6c qu’il avoir envie de rire, reiolut de luy en donner d’vne, Sc de ic mocquer de ceux, qui fe vouloient mocquer de luy. Leur ayant done demande ce que le Roy leur avoit com- mandéde faire, il leur demanda en iuitte, s’il ne leur avoir rien commande d’avantage , 6c fur ce qu’elles refpondirent qu’elles n’avoientpoint d’autre ordre que celuy-là, il leur dir, qu’elles euílentà executer les ordres du Roy biem ponctucl- lemct, mais qu’elles s’empefchallentbien d’en faire d’avanra- ge:caríi ellesfaiíòientplusquecequileuravoiteftécomandé, 6c íi elles piííòient en faifant leurs ordures, il les feroit foiietrer jufques au íàng. Il n’y en eut pas vne, qui voulut s’expofer à ce hazard3 e’eft pourquoy elles retoumerent à la Cour, oil elles raconrerent au Roy la rencontre qu’elles avoient euc avec le L’adrefte de ce Seigneur pleut tellement au Mogul , n j'T.r;jr qu eEe acheva de le mettre de bonne humeur. m°cnt au còn\- H íe divcrciílòit tous lesjours à voir combattre les Lyons, bardcs beftes les taureaux, leselefants, les tigres ,les leopards, be les autres fcoces. beftes feroces: preuvede fon naturel cruel 6c de ion humeur íânguinaire ,laquelle il continuoit de nourrir par certe íòrte de combats. 11 fe plaifoit auíli à faire combattre les hornmes; mais cela eftoit volontaire, 6c ceux quis’y engageoient avec 1’ciperance d’eftablir par ce moycn la reputation teleur cpvu
  • DV SrMANDÊLSLO, Liv. r. i$i bge, qui devoit fervir de fondement à Icur fortune, fe de¬ cent refoudre aufliàiVy employer point d’aucres armes que 1 epcc & Ia rondache. Ie me íouvicns a ce proposd'vn com¬ bat, que Schiich-Chortm fit faire vn jourau íòrtir d’vnfeflin qu’il avoit fait le jour de lanai fiance de fonfils, quieíloitRoy deUcngala, dans vn Caravanfera hors de la ville , ou il faifoit noun ir toutes fortes de belles feroces. Ce baíliment cíloit accompagné d’vn^rand jardin, closdvne muraille, par def- fusíaquelle le peuple eíloic venu voir cc divertilíement. II fit i 63 8. premierement commettre vn taurcau fauvage 6c vn Lyon 6c en fuitte vn Lyon 5c vn tigre. Dés que le tigre appcrceutle Lyon, il alia droitàluy, 6c Ie Ccmbatáv* choquant de toutes íes forces, lerenveríã. Toutle monde ^on&d’y“ croyoit que le tigre n’auroit plus de peine à achever fon en- “src* nemy, maisle Lyonferelcvaenmefinetemps, &pritíetigre fi fort à la gorge , qu on le croyoit mort: il le dégagea neant- mois , 6c le combat recommençaavec plus de fureur que ja¬ mais , juíques a cc que la laílitude Ies íepara. Ils eíloient tous deux fort blefies, mais leurs playes neíloient point mortelles. Aprcs cela ^lUmerdy Chart, Gouverneur de Chifemer, qui fe tenoit aupresdu Roy, s’avança, 6c dit, que Schxch choram vouloit voir, fi parmy fes fujets zl fe trouvoit quelqu’vn, qui euft alfezde coeur, pour affronter vne de ces belles, avec la feule eípce 6c la rondache , 6c que celuy qui auroit Ie courace de 1 enticprendre fe declarat, afin que le Mogul, ayant luy- mefrne veu des preuvesdefonmerite, euft fujetdclcrecon- noiílre, 6c de 1’honnorcr 5non feulement de fes bonnes traces, mais auílí de la qualité de chan. Et fur ce que trois inZflhans s oífrirent de faire le combat,~s4ll
  • ,82 voyage des indes, , O du bras droit de fon ennemy, pour luy fauter àla gorge •, quand. -1 * l’liommeportant la main gauche an poignard, qu U avoit ca¬ che dans fa ceinture, le fourra fi avant dans la gueule da Lyon, qu’il fut contraint de lafcher priíè, 8c deferetirer. L’homme- le fiiivit, abattitle Lyon d’vn coup d’efpee, qu’il luy donna fur le mufle, 6c acheva de le tuer, 6c de le couper en pieces. Le peuple felicita l’homme de fa victoire par fcs acclamations mais dés que le bruit eut cede, le Mogul fitvenirl’ Indojihan ,6c luy dit, en riant de defpit: 11 faut avouer que tues vn vaiL lanthomme, 6c que tu as bien combattu.. Maisnet’avois-je point defendu de combattre avec avantage ? 6c n’avois-je point regléles armes du combat ? 6c cependant tu as vie de lupercherie , 6c tu n’as point vaincu mon Lyon en homme d’honneur: mais tufas furpris avec des armes defendues, 8c tu l’as tué enaíTaflin, 6c non en ennemy declare. Et fur cela il commanda à deux homines de defeendre dans le jardin, 8c de luy fendrele ventre : ce qui fut execute , 6c l’on mit le corps fur vn elefant, pour eftre conduit parlaville, aim de fervir d’exemple.. ComBat d’vn Celuy qui parut fur le theatre apres cette tragedie, alia avec homme &d\n vne grande fierce audevant du tigre, que Ton avoit lafche con- 1 ^te tre luy j en forte qu’a voir fa eontenance l’on euft dit, qu il al- íuncílc- loit comme à vne vidoire certaine *. mais le tigre, qui eftoic plus adroit que luy , luy fauta aufli-toil: a la gorge, letua, 6c defehira toutle corps en pieces. Le troiíiéme champion , au Troificfme cõ- hcu de s’cffraver de la mal-heureufe fin de fes deux camarades, hcú;cux.ÍSpluS entra gayement dans le jardin, 6c alia droit au tigre, qui tout efehauffe du premier combat, fut audevant de fon honunc, a dcfTemdel’abattredu premier coup : mais 1’ /niofllun, quoy que petit ,, 6c demauvaife mine, luy coupa d’vn feul Coup les deux pattes de devant, 6c l’ayant ainfi abattu, il acheva dele *ouuur8ge tULe Roy luy demanda auffi-toft fon nom, 6c il refpondit qu’il sappelloit Geili, 6c en mefme temps l’onvit arrivervn Gen- til-homme, qui luy prefenta,de la part du Mogul, vne veftc de brocard, 6c luy dit, Getly, prens cette vcfte de mes mains, com¬ me vne marque des bonnes graces du Roy, qui t e n envoye af- feurer, Ge/7-v, apres avoir fait trois profondes reverences, pop- íalAveíleàfesyeuxScàfoneílomaçh» 6c tenant aprescelaio.
  • DY Sr DE M ANDELSLO , LlV. L 183 vefteenl’air, Sc apres avoir fait vne petite pricre, il dit tout 16 3 S. haut, jeprieDieu, qu’ilfaifeégaler lagloire.du Mogulà celle de Tamerlan, dont il eft forty : qu’il falte profperer los armes: qu’il augmente íês richeflès : qu’illefaiTevivrefept cens ans, Sc qu’il eftablifte famaifon eternellement. Deux Eunuques le vinrent prendre en mefme temps ,&le conduifirent à la cham¬ bre du Roy, à l’entree de laquelle deux Chans leprirent au milieu d’eux, Sc le menerent ainii aux pieds duRoy. Apres qu’il les euft baifés, Sc qu’il fe voulut lever, le Mogul luy dit, il taut avouer Galy C ha», que ton action eft bien glorieufe. Ie te don¬ ee nom Sc cette qualitè, que tu po (federas A jamais. Ie veux eftre ton amy, Sc tu feras mon ferviteur. Et e’eft ainii que cette feule action fit la fortune d’vn homme, que l’on ne connoiftoit point auparavant, mais qui fe fit bien connoiftre depuis , aux emplois qu’on luy donna dans les armees, Mon deflein eftoit de faire encore quelque fejour àstgra-, Manddfloir- maisilm’arrivavne chofe, qui me fit changer de refolution,con™ F°ur a. Sc qui m obhgea à ipe retirer d vn lieu, ou je ne croyois pas do(lhan a ir_ eftreenfeuretédema vie. Carm’amufant vnjouràparler auPahan. valletPerian, qui m’avoit quitte à Suratta, je vis veniràmoy vn Indojlhitn, homme de bonne mine, Sc à cequej’enpouvois juger, do condition 5 qui me demanda d’abord d’ouje venois, Sc qu’elles affaires je pouvois avoir en ces quartiers-là. Ie luy ,rcipondis,quej’eftois Europcen, queje venois d’Allemagne Sc que c’eftoit la feule curiofité que j’avois de voir la Cour dm plus puiffantMonarque de l’Orienr,qui m’y avoit amend. lime dit, qu’il croyoitm’avoirveua ifpahan, Sc que j’eftois fans doute celuy, qui avoit tué ion parent, dans le demeílé, que les Indiens y avoient eu avec les Allemans. Ie pcníãy perdre contenance à ce difeours, Sc ncantmoins je luy proteftay que jen’avois pointefté en Perfe, Sequej’eftois venud’Angleterre par mer á S nr an a : ce que les deux Marchands Anglois, qui m’accompagnoient,confirmerentauili. Mais celuy qui mefer- vitleplus vehement en cette rencontre, cefutle vallet Perfan,, qui jura par ion Mahomed, & par ion Hoffein, que ce queje luy difois eftoitvray. Ulndojlhan fe retira la-deifus, mais il fit bien connoiftre, qu’il ne demeuroit pas fort perfuadé de ce que nous luy av ions dit : Sc moyjene croyois pas me pouvoit fier a yu homme, qui avoit manquç d’oçcafionplutoft,quedevcv Z hj
  • 1$4 VOYAGE DES INDES,' ! í 3 S. Ionté, Sc qui vangeroit fans doute Ia more de fon parent, donfi j ’eftois convaincu en ma confcience. f.uc d'Agra Ie partis done d’jgra avec vne CaffiU, ou Caravane , quí alicrUa. alloitàlavillede Labor, qui eftàfoixantedixlieues plus ayant dans Ie pais. Ic fis ce voyage en la compagnie d’vn Marchand Hollandois, Sc le fis avec d’autant plus de fatisfa&ion, que toutlecheminn’eftoit qu’vne feule allée, tiréeàla ligne, Sc bordéc des deux coftés de datiers, palmes, arbres de Cocos,Sc d’autreS arbres fruitiers, qui nous iaifoient vne ombre conti- nuelle Sc fort agreable, contrelachaleurduSoleil. Les belles maiíòns,quel’on y voyoit çà Sc Ià, les finges, les paons, les per- roquetsSelesautresoyícauxnousdiverrilToient merveilleuíè- menr, Sc donnoient mcfme quelquefois de 1’occupadon à rnes armes, Vn jour jc tuay d’vn coup de piftolec vn gros íerpent, queje trouvay cn mon chemin, Sc en iuitte vn leopard Sc vn chevreiiil * mais les Benjans, qui eftoient dans lauroupe , le trouvoientfòrtmauvais, Scmereprochoientma cruauté, en ce que j’oftois à ccsaninuux Ia vie,que je nelcur pouvois point donner, Sc Iaquelle Dieu ne leur avoir donnée,que pour le glo- rifier : de forte que quand ils me voyoientmettre la main au piftolet, ou ils íe faíchoient, de ce queje prenois plaiíir a vio- Jer en leur preíènce les Ioix de leur Religion,ou ils me prioient de leur donner la fatisfaction de ne les tuer point, Sc quand je leur faifois connoiftre, qu’il n’y avoit rien queje ne bile pour l’amourd’eux, iln’y avoit point de complaiíance aufli qulls n’euilentpour moy, Lepa'is d’aupresde Lahoreft fort bon, Sc produit toutes for¬ te de fruits,Scdu bledScdu ris en plus grande abondance,qu’au- cune autre P rovince de ce grand Royaume. Pour ce qui eft de la vdlede Labor, elleeft fituée a3i. degr. zo. minutes deleva¬ tion, furlapetite riviere de Ravy ou Ravée , qui entre avec fcefcript'on de quatreautresdanslefleuve d’Indus, lequel on appelleà caule faorVlllcde La* c‘e cela Pan gab ou cinq eaux, ain fique nous avons die ailleurs. L’afliette de la ville eft fort avantageufe , part.culierement du cofté de la riviere , oil elle à plufieurs beaux jardins. Le Palais du Roy eft dans la ville, de laquelle elle eft feparee par vne haute murailie, Sc a plufieurs grands appartemens. L’on yvoitauili plufieurs autres Palais Sc Hoftels,pourlelogement des Seigneurs, qui fuivent ordinairement la Cour. Et dau-
  • CV Sb. MANDEfcStO; LIV. í ,sf tat que la pluíparc des habitants íbnt Mahometans, 1’on y voit x 6 3*^W vn grand nobre de Metxii ouMofquées Se d’eduvcs,pour leurs purificados ordinaires.Feusla curiofité de voir leurs eduves,Sc de vouloir eílàyer leur façon de baigner • c’ed pourquoy j ’allay vn jour avec mon truchement,qui edoit courretier,dans vne de ees eduves, qui edoit badie à la Perfane,avec vne voute plat- te , 8c avec plufieurs appartements,qui edoient tous faits en demy rond , fort edroits à 1’entrée , Se larges au fond,ayans ^Tf^on* chacun fa porte particuliere, Sc deux cuves, ou Tancjues de pier- dc baigr^ redetaille, dans lefquelles onfaifoit entrer 1’eau par des ro- binets de cuivre , en tel degré de chaleur que l’on vouloit. Apres le bain on me fit aflbir, Sc puis apres coucher fur vne pierre de fept ouhuit pieds de longfic de quatre de large,ou le baigneur mefrottale corps avec vngantelet de crin. Ilma vouloit auífi frotter la plante des pieds avec vne poignée de fable j mais voyant quejene le pouvoispoint fouffrir , il me demanda fi j’edois Chredien , Sc ayantfceuque jePedois, il me donna le gantelet, afin que je me ‘frotaíTe moy-mefme les pieds, quoy qu’ilnefid point de difficulté de me frotter tout le rede du corps. Apres cela entra vnhommc de petite taille , qui me fit coucher fur le ventre fur la mefme pierre, Sc s’edant mis à genoux fur mes reins, me frotta le dos avec les mains,de¬ pths l’efpine jufqu’aux coftésj diíànt que le bain ne me profite- roit de rien,fi je ne fouffrois que 1’on fift écouler par ce moyen par tous les autres membrcs le íãng,qui fe pourroit corromprc en cet endroit-là. „ lene vis rien aux environs de Labor qui merite d’edre remar- qué ,finonvn des jardins dulFoy, qui en ed eíloigné dedeux journées. l’eus en ce petit voyage vnevoiture d’autant plus divertiflante, qu’en deux jours je la changeay quatre fois. On me donna d’abord vn Mulct, apres cela vn Chameau, en fuit- te vn Elefant , Sc cnfin vnbeuf,quitrottoitfurieufement,Sc levoit les pieds j ufques aux edriers 3 me faifitntfairc fix bon¬ nes lieuesen mo ns de quatreheures. Le íèjour de cctte ville meplaifoitextremement: mais je receusdes lettres d'■> par lefquelles onmeprefloit de partir; parcequele Prcfident Anglois faifoit edatdes’embarquer dans peu de temps, pour retourner en Angleterre: ce qui m’obligea à me mettre en lx compagnie de quelques marchands Jndoilhm , qxii retouj> floienf tL *4 ma d*bntht ,
  • ■1638. Retournc à Anudabath. feu 4'Aitlfice» Rctourne à Suratca. Les pctfonnes de condition font porter des Banniercs de¬ ram cux. ,86 VOYAGE- DES IN DES, En arrivant z^madabath 1c direíleur cki commercedes An- gloís me dít, qu’il avoit receu ordre du Preíídent de faire la plus force Caffila qu’il luy íèroit pollible, 5c de fe rendre avcc elleà Surana au pluftoft.I’y trouvay auíll des lettres du Pre¬ sident, quimemandoit,qu’ilnefaiíoit qu’attendrelesCafflas d’^fgra &cAmàdaUth& qu’il faifoit eftat de partir dés qu’elles feroient arrivées.Il me manda auíli qu'eftant obligé de refigner íà charge dans peu de jours entre les mains d’vn fucceílèur , quefes fuperieursavoient nommé,& cette ceremome devanç efbre accompagnèe d’vn grand feftin, il me prioit de l’honno- rer dema prefence. Pendant quej’eftois à dmaiabath, les Mahometans celebre- rent vne fefte,qui finit fur le foir par vn fort beau feu d’artifice. Toutes les feneftres, qui ont veuc fur 1cMaidan,cãoicntbor¬ dões dc lampes, devant lciquelles Ton avoit pofé dcs bacons de verre, remplis d’eau de pluiieurs couleurs, ce qui faifoit vn fort beleffet.Surlemeime Malian, devantle Palais du Roy, font deux maiions fort bailes, qui ne fervent principalement qu’a cette fefte^parce que IcSultbans y retiraaveclesSeigneurs de la Corn*, pendant que l’on allumoitlefeu, qui confiftoit en fufées , raquettes, &autres inventions fort agrealbles. Il y en avoit, qui avoient mis des lampes a des roiies, qui ine lai lloient pas de demeurer fuipendues, quoy que les roiies tournallent inceflamment, & avec grande violence. Dés que la Caff la do-á^fiitarrivée àAmadabathjcpns con¬ ge denies amis, 6c me misenchemin, avec vne Caravane de centcharettcs. Le premier jour nous fimes douze Cos, oufix lieucs, jufqu’a la petite ville dc Mamadabath. Le lendemain je prisle devantavec ledirecteurducõmerce d' ^maiabath, qui íc vouloit trouver, avec foníécond,à lareiignationque lePre-, ildent devoit faire de ia charge. Nous eftions quatre de com- pagnie , &; nous emmenions avec nous quatre charettes,deux chevaux,& vingt Ptons,ou ioldats, pour noftre eicorte , laif. iant ordre àla Caff la denous fuivre, avec toute la diligence} poflible. Les Pions, quiportoientnos armes & nos eftandarts, ne laiifoientpas de iiiivre le train de nos chevaux.Ce quejc dis de nos eftendars regarde la couftume des Indes, ou il n y a point de perfonnede condition,qui ne faile porter devant luy. vneftendartjOuvne efpece de cornette. Cejour-H nous pair sâmea
  • ÔV Sil Í3É MANÔELSLO, LIV. I. ig7 sâmes la riviere de Waffet, & logeâmes la nuict dans le forc 1636. de Safei pour. En ce lien-là nous joignit le facteur de J3rodray nomméM. Pansfeld, qui nous trair ta Ielendemainfortma- Ípiifiquement, au lieu de íâ refidence. Nous en partimes fur e foir , & logeâmes la nuict fui vante dans vn grand jardin, &c le lendemain nous continuâmes noítre voyage. Sur le loir nous campâmes aupres d’vne Tanque , nominee Sambord 5 ôc dautant que tout cejour-lànous n’avions point eu d’eaufraif- che, nous tafchâmes d'en prendre dans la Tanque. Mais les paifans, craignans quenous ne confumailions route Peau,par- ce qu’il y arrivaenmeime temps vne Caff la Hollandoifc , de deuxcens charrettes,nousempeicherentd’enapprocher. Ce .n'r,Tce . it* Aw * “ • 11 dcs paiians. qui nous obiigea a comander qumze Ptomyavec ordre de pren¬ dre de l’eau, malgrc les paiians: mais en arrivant aupres de la Tanque, ils la trouverent gardée par trente homines armés, & fortrefolusdeladefendre,6cde nous empefcher de prendre del’eau. Lesnoilrescoucherentenjoue, 6c tirerent Pelpée à deflein d’attaquer les paiians, qui fe retirerent 5 mais pendent quenos gens puifoient de l’eau, les Indiens tirerent quelques flefehes, 6c trois coups de moufquet parmy les noitres, dont ilyeneutcinq deblcfles. Nos genss’enreiTentirent, 6c tue- rent trois paifans, quel’onvit emporter dans le village. Pendant que nous eítionsà fouper , nous vimes arriver vn desmarchands Hollandois, qui nousdit, que Pon avoit veu deux cens Rafboutes fur noítre chemin, qui avoient fait plu- iieursvols depuis quelques jours,6c que le jour precedent ils avoient cue fix hommesà vne lieuedu village , aupres duquel nouseítionslogés. La Cafflades Hollandois jjartit à minuit, & nous le fuivimes incontinent apres, Mais a peine Pavions nous paíTée, que nous decouvrimes vnde ces Holacueur , qui ontaccouílumé de marcher àla teite des Cafflm, & dcs trou¬ pes, 6c de fervir dc trompettc, cn ionnant d’vn certain inilru- ment de cuivre, bien plus long que nos trompettes ordinai- res. Désqu’il nous apperceut it rentra dans la foreít,ouilíè mitàfonnerde route fa force -cequinous fit croire, que ces voleurs ne manqueroient point de nous attaqueç bien-toil.Et defait,nous vimes quafi en mefmc temps fortir des deux coités duboisvn grand nombre dc R as bout es, armés de piques 6c de Çombat arcá xondaches, d’arcs 6c de íiefches, mais lãns armes à feu. Nous l'aR,aiboutc*i II. Partie. A a
  • ?^}8. A rr’»c à Su- ratta. 18* VOYAGE DES INDES, avionseu Ie loiíir de charger Iesnoítres, quine confifloiene qu’en quatrefuíils, Seen trois paires de piítoIets.Le marchand & moy, nous montâmes à chcval,2e donnames les fuzils a ceux <]ui eítoienten caroíTe, leur donnant ordreexpres, dene tirer qua bout portant. Nos armes eítoient chargées de quarrcaux d’acier, & les Rasboutcs marchoient íi ferres,que de la premiere décharge nous en vimes tomber trois morts. llsnous tirerent quelques flefches > dontils bleflerent vn beuf Se deux Pions. Il yen eutvnç , qui vine donner dans le pomrneau de ma felle,& lemarchand Anglois eutvn coup dans lon tulban. Des que ceux de la Caffix Hoíkndoife ouirent nrer, ils décacherent dix de leurs < ions : rnais devant quils nous puílentlecourir, nous couruímes grand hazard de la vie. Car jeme visattaqué de tous coités, Aj’eus deux coups de pique dans mon collet de bufle, qui me fauvala vie ce jour-là.Ily eutdeuXiRafboutesy qui prirent mon cheval par la bride , tuerent deux de mes fionst Sc femirenten devoir de m’emmener prifonnier. Mais je misl’vn hors de combat, par vn coupde piitolet, que je luy donnay dans l’cfpaule, Sc le marchand Anglois vintàmon fe- cours,&: fit merveilles de fa perfonne. Les Pions Hollandois approcherent cependant, Sc la Caff la cilant arrivee quafi en meime temps,les Rasboutes fe rctirerent danslebois, laiilans fix hommestuésfurla place, 8c emmenans plufieurs bleflez. Nouseufmes deux pions de tués, Sc huictdeblelhez, fansle marchand Anglois, quiI’eftoit legerement.- Nous continuâ- mes de marcher avec la Caff la, en fort bon ordre, dans l’opi- nion que nous avions, que les Rasboutes ne manqueroient pas de nous attaquer encore j maisnous neles vimes plus,6earri- vâmesfur lemidyà Broitfchia , ounous demeurâmes jufques fur le foir. N ous en partifmes fur les quatre heures pour palter la riviere, Sc pour faire encore cinq cos, jufquesau village d’onclafjer, oil nous logeâmes la nuict, Sc le Jendemain z6. Decembrenous arrivâmes à Suratta. A mon retour à5«r<íífajetrouvay dans la loge des Anglois plusdecinquantemarchands, que le Prefident avoit fait ve- nir de tous les autres Bureaux , pour rendrecompte de leur adminiltration, Sc pour eltre prefens à ce changement de gou- vernement. Cette aíTemblée eítoit compofée du fieur Meth- rvjld^Prefident, du {k\)f Fremling, quiluyalloic fucceder en
  • £>V Sr DE MANDELSLO', LIV. X. tf9 ’ cette charge, de cinq Confuls, de divers lieux des Indes, de 1 ^3 trois Miniftres, de deux Medecins, 5c de vingt-cinq Mar- chands. Désqu’ellefutcomplete, 1c Preíidencfit vn beau te Ptefident difcours, pour laremercier de lafidelité Sc de 1’affection dont ils avoienc tous donné cant de preuves pendantfon gouver- 1C ^ ’ nement, 5c de 1’honneur & du reípecl qu’ils avoienc rendu à Ia compagnie des Indes enfa perfonne, 5c pourlaprier dcn faireautanten celledufieur Fretnlíng, fon iecond, auquel il avoitordré de refígnerfa charge : les exhortant tous de con- courir à ce qu’ils croiroient eítre du profit 5c de 1'honneurde Ia compagnie. Apres avoir achevé íãharangue,il donna au fieur Frcmlinglcslectrespatentes, qui 1’eftabliífoíentenlafonétion de íã nouvelle charge, ôc luy fitvn petit compliment fur le mefine fujet. Apres cela on alia au jardin hors dela ville, ou Ie fieur Met- rvild avoit fait preparer vn magnifique feílin, de toutee que le pais pouvoit fournir de bon 5c de rare, accompagné d vnc mu fique Angloife.de violons, d’vne Mahometane 6c d’vne Benjune, parmy laquelle les danfeufes du pais achevoient de nous divertir. Incontinent apres Ton donna ordre, à ceque lesnavires, quiavoiencleurs charges,fiíTent les provifions ne- ceílàires pour le retour, 5c nous commençâmes à nousdiípo- íérau voyage. Le x8. Decembrearrivaà^wrrfíMvn Sulthan, quele Mogul Enttír duSul, y envoyoit, pour fucceder à celuy que j’y avois trouué enarri- than aSuratta- vant. Le nouveau Prefident fut au devant de luy jufqu a vne demy lieuc de la ville, accompagné de cinq des principaux Marchands: qui me prierent de leur faire compagnie. LeS«/- than faiíoit marcher devant luy plufieurs rions, 5c quelques Palanquins , 6c apres eux vn define , fur lequel vn homme portoit vn eílendart de taffetas rouge. Apres 1’elefantmar- choientplus de cent rions, 5c apres cux vingt íoldats, portans chacun vn petit eílendart, en forme de cornette, de plufieurs couleurs. Ceux-cy marchoient immediatement devantle Sul- tlun, qui eíloit monte fur vn beau cheval Períàn, 5c eíloit ac¬ compagné de plufieurs perfonnes de qualité, 5c d’vn grand nombrede Cavalliers. II avoit à fon coílcvn eílaffier avccvn bouquet de plumes, qui fervoit d’efventail, pour luy faire om¬ bre contrel’ardeurduSoleil, 5c il fiiifoit porter derriereluv Aa ij
  • i9ó VOYAGE DES INDES, X638. Ton Palanqnin, quieíloitdoré. Us’appelloit Myrfa Mahmudf & il y avoit long-temps que le nouveau Preíident le connoif. foit. Auíli fe firent-ils grand chere, 8c le Preíident, apres l’a- voiraccompagné jufqucs àfonPalais, parmy les acclamations dupeuple, quiíè trouvoitenfouledanslarue, pour le felici- teràíbn arrivée, retourna chez luy. Incontinent apres rcftabliílement dunouveauP rcfidct,tous¬ les autres officiers 8c marchands fe retirerent petità petit aux lieux de leur refidence ordinaire, 8c l’on acheva de mettre les navireseneftatpourle voyage. On les appelloit Mine 8c le Cygríe; mais on vouloit faire partiravec eux deux autres vaii- feaux, dontl’vn, quineuílpaspu faire le voyage dAngleter- re} parce qu’il eftoit trop vieux,eíloit deíliné pour eítre vendu à Goa ,ou lcPrefident devoit toucher en pailànt,8c 1’autre y de¬ voir aller qucrir cinquante mille rcaulx, que les Pontugais de- voient payer,en execution du traitté de Paix qu’ils auoient fait avec les Anglois, pour eftre employes dans les Indes,íiir les or- drcs du Preíident de Suratta. Le Cygne eut ordre d; partir dix jours devant nous,8c de nous attendrcau Cap de bonne Efperance. Mais devant que de partir de Suratta, il fera à propos d’ache- ver cc que nous avons promis de dire du Royaumede Gw^h- ratta, oii cette ville marchande eft íituée. Mo°uU*vn' íc Nous 1’appellons Royaume; parce qu’il n’y apas plus de fix Kofaumc He C vingtsans, que le Mogul 1’avny à ía Couronne, à 1’occafion Guiiuratta à fa de la minorité du Roy de G«i<»r<
  • DV Sr MANDELSLO, LIV. I. 191 l Agn. Mtdofher, ayant atteint J’aagede trente ans, Sc com- 1638» mençant àfaire reflexion fur lemal-heurdelà captivité, quil voyoitbien devoir eftre perpetuelle, il gaigna vn des plus con- fiderés Seigneurs de Guj&ratta, qui le mit en poíleffipn de quelques villes de fon Royaume, des plus eíloignées des fron- rieres du Mogul: mais on ne luy donna pas le loiiir de s’y affer- mir. Car Achobar y envoyaenxnefine temps vnearmée fousle commandement deCfc(*»-Cfcaw» verneurs-.comme eux de leur cofté,fçachansque le moindre or- . dre de laCour les peut depoffeder,ne perdent pointle temps de faire leur main, Sc de prendre de toutes parts,particuliercment quand ils lòntfur lc point d’eftre revoqués. Caralors ils ne ma~ quent point de tirer des fòmmes immeníes des plus riches mar- chands du pais, Sc fur tout de ceux de la ville d' Amadabath, qui font contraints de fe rachctter des fauffes accufations, dont on ne les charge que pour avoi r vne partie de leur bien5 parce que le Gouvcrneur eftant I uge íouverain de tous les procés , tant civils que crimineis, ils feroient afleurés de perir, s'ils ne rcfol- voient d’affouvir fon avarice. Sa magniííc««- II n’y a point de Roy enl’Europe,, qui ait vne fi belle CoiU",ct- Aa hj
  • L Í63S. Ro jBt^uratta, ít>i VOYAGE DES INDES, que Ie Gouverneur de Gu%uratt*, ny qui paroiíTeavec tântde magnificence en public. On ne le voitjamais fortir,qu’accom- pagnè de grand nombre de nobleíTe , & de fes gardes, à pied & a cheval, faiíant marcher devant luy p.luííeurs elefants, avec des couvertures de brocard, ou de velours en broderie, fes eftendarts des rambours, des trompettes Ôc des t imbales.Dans fon Palais, il fe fait fcrvir en Roy, Ôc ne permet point que 1’on entre dans fon appartement, quefonn’ait fait demanderau- I! dífpofc dc diance. Il profitedc routes les impofitions Ôc detoutes les le- mt ie revenu voes, qui íe font dans fon Gouvernement,de force qu’il amafle u Royaum,. pCU c|c tempS fies trefors íncroyablcs, particuliere- ment par le moyendu tiers du revenu de routes les terres Ia- bourables,qui áppartient au Roy,6c que I’on lailfe au Gouver- Le revenu du ncur pour Iafubfiftance d’vn corps de Cavalerie, qu’il eft obli- m ,iu:ne de d’entretenir, mais qui n’eft pas touilours complet. Le revenu du Royaume de Gi*%urattx montoit cy-devant à dix-huit millions d’or,íans laferme detraittes foraines de Brodra & de Brotfchia , qui rendoit tousles ans prés dehuit censmil eícus. Ce pai's n’a point d’ennemy qu’il puiíle apprehender; mais les montagnesde ces quartiers-là fervent de retraitteà certains Radius, ou petits Princes, qui ne vi vent qpic de la petite guerre,6c des couríès que Ieurs íujets for fur les terres du Mogul5 qui n’eft pas aílèz puiflant,pour les defnicher de ces lieux inac- ceífibles. 11 y a outre cela des troupes de voleurs, qui s’aflem- blent quelque-fois, jufques au nombre de trois ou quatre cens, pour voler fur le grand chemin 5 de forte que 1’onn’y voyage Íjoint fins danger , fi ce n’eft que 1’on fafle compagnie contre cs infultesde cette canaille , que 1’on repoufte d’autant plus ayfément,que la plulpart n’ont point d’armes à feu. Le Coutevd eft celuy qui luge les petites affaires: mais la Iu- ftice s’y rend d’vne plaiíànte façon5parce que celny qui fe plaint le premier gaigne leplus íòuvent íon procés^en forte que com- me Fon dit, le battu paye 1’amende. Les crimes capitaux font jugés par les Gouverneurs des villes, qui font faire les execu¬ tions par\eCouteval. II riyaquafipointde crime dont 1’on ne íc piufle redimer pour de 1’argent; de maniere que Ton peut di¬ re de ces pais, mieux que d’aucun autre, que les gibets n’y font dreflcs que pour les mal-heureux. Les crimes que 1’on y punit avec le plus de feverité, font le meurtre ôc 1’adulterrcj particu. L’adminiftra- tioo dclaluíli- ce.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 195 lierement quand il fe trouve avoir efté commis avec vne dame 1 ? I de condition. Ce qui eft la feule caufe, pour laquelle on y fouf- fre lesbordeis, quipayenttoustributau Co»feW,quidefon coité les protege li bien, que non íeulement il y a de la feureté, mais auífi de Phonneur à les frequenter. Nous avons fait connoiftre cy-defíus les principales villes de L«autresviltes ce Royaume, comme ísfmadabath, CAtnbaya, Sur.itta, Brodrn, dcGuzuratu. Brotft hi.t, Scc. ou nous avons paíTé 5 fi bien qu’il ne nous refle, qu’a dire vn mot des autres petites places du mefme Royaume. Gog.ieft vne petiteville,ou pluftoft vn erand village , fitué GoS**. à trente Iieues deCambayajM lieu ou le Golfe eíl fi petit,qu cl le y forme vne eípece de riviere. Ce lieu eíl aíTez bien peuple,8c lapluípartde les habitants font Benjtns , Sc font ou gensde marine,ou tiíTerans. Iln’any portes nyremparts , mais íeule¬ ment vne muraille de pierre de taille du coité de la mer,ou les fregattes des Portugaís ontleur rendezvous, pourPeícorte de pattep3tane & leurs vaiífeaux marchands juíquesà Goa. P AttepAtAne Sc Man- Mangetoi. gerol font deux bourgsà neufheues de Gogx,Sc l’on y faitquan¬ tité de cotton Sc de toiles. La ville de Diu, ou les Portugaís ont troís bons chafteaux,eft Dm. íituée íur les frontieres du Royaume, du coité du Sud. Ils 1 ap- pellent Dive , Sc prononcent Ve fi doucemen*, que Ponade la peine à Pentendre. Ce motdu Dive ílgnifie 1 íle,Sc c’eil de là que vientle mot
  • *638. i94 VOYAGE DESÍNDES, cõmerce commence à ceiTer. Ses habirans font la plus part Hen* jam, &s’occupcnt àfairc deseftoffes de íoye,jpour I’viagedu • pais,8cdes tones de cotton,mais elles font gro lies,&font celles Cjuei’onappelle Dfftemals fgarderberal, longis Helens , &c. Cettevilleavn beau Chafteau,oú demeureIe
  • DV Sr DE MANDELSLO, LTV. t 195 ont avec les Períès, fait que la langue Períãne n’eft pas moins 163ÍL communeparmy eux quel’ Indojlban; bienqu’en I’explication del’AIcoran ils íiiivent les fentimens de Hembili 8c de Ma- leki, ãu lieu que les Períès s’attachent à 1’explication d’~éty 8c de T^ifcr-fitduk: mais les vns 6c les autres condamnent celle de Hanif*, que lesTurcsapprouvent. Noftre deíTein n’eft point de parler icy d e la religion de Ma¬ homet ; mais apres avoir dit vn motdes habitansdu pais,nous traitterons amplement de leur religion , 8c des fedes dont elle eít compoíèe. Ils íonttousbazanésoude couleur oliva- ftre, mais plus ou moins felon Ie climat ou ils demeurent. Ceux qui font les plus avances vers le Midy font íàns cóparai- fon plus hauts en couleur, que ceux qui demeurent plus vers le Septentrion. Les hommes font forts 6c bien proportionnés,6c ontle vifage large 6c les yeux noirs, 6cfe fontraíèr la tefte 8c le menton, à la reíèrve des mouftaches : comme les Períès. Les Mahometans s’habillent auffià la Perfane ■, finon qu’ils Leutj habit*, plientletulban d’vneautrefacon. L’ony remarqueauíli cette difFerence, que les índojthans paíTeni 1’ouverture de leur veftc íòus le bras gauche , au lieu que les Períès Ia paíTcntfous Ic bras droit, 8c que les premiers noiient leur ceinturefur le de- vant, ôílaifíènt pcndreles boutSjau lieu que les Perfes ncfont que la paíler autour du corps , 8c cachent les bouts dans la ceinturemefme.C’eften ces ceintures qu’ils portent leurs poi- gnards, qu’ils appellent Zimbtr, qui ont vn bon pied de long, & la lame eft bien plus large vers la garde qu’à la pointe. II y en a qui portent aufll des efpécs de cette façon: mais les ibl- datsportent la plus part des fabres, ou cimeterres. Les bons chevaux y font rares • c’eft pourquoy ils ie fervent fouvent de beufs, qui ne font pas moins viftes que nos chevaux , 8c j’ay veu des troupes entieres,compofeesde cette ibrte de Caval- lerie. Les femmes font fort bien proportionees , quoy que Lenrs fcmitiC- de petite taille. Elies font propresiur leurs corps, 8c magnifi¬ ques en leurs habits. Leurs cheveuxleur battent fur le dos 8c iur leseipaules,6cdiesneíècoeíFent qued’vn petit bonnet, ou fe couvrent quelquefois d’vn crefpe , ouvragé d’or , dont les bouts leur pendent des deux coftez, jufqucsfur les ge- noux. Celles qui ont dequoy , chargent les oreilles de riches # pendants dediamantSjdeperles oud’autres pierreries ,6c le? 11. Partie. bb
  • V VOYAGE DES INDES, Mtf. col degroflèsperles rondes, quine font pas vn mauvais efFet fur le teint brun des Dames de ce pais-là : qui portentaufli quelquefoisdes bagues aux narines- ce qui leur eft d’autant moins incommode,qu’elles ne fe mouchent quafijamais. Elies portent des chaufles, comme lcshomines,Scles font de taf¬ fetas , ou de quelque eftoffe de cotton, Sc ft longues,que ft on leur donnoit toute 1’eftenduc fur le corps,elles paiTer oient par- clciTus la tefte. Elies font aflez juftes jufques au deifous du gras de la jambe, ou on les pliife commeles bottes,parce que Pon y palfe vn cordon d’or Sc de foye, dont on les noue Sc íèr- re au dcflus du nombril,8c dont les bouts pendentjufques ftir les pieds. Elies portent les chaufles ious la chemife, laquelle eft ft courte, qu’elle nc va que jufqu’aux hanches, Sc fur les chauf- fes ellesont vne juppede taffetas, oud’vne toile de cotton fi claire,qu’elle ne cache quafi rien. Leursfouliersfom ordinai- rement de maroquin rouge,plats fur le derriere Sc piointus vers le bout.Elles ont le fein deicouvert,8c les bras nuds jufqu’aux coudes,quoyqu’elles les couvrent enpartie des braflelets, dont elles les chargent. Les honneftes femmes ne paroiflcnt point en public avec le viíàge découvert, Sc mefmes celles dcqualitc fontprefq ue roufiours renfermées.Maisles femmes JSenjanes fonthâbillécs tout d’ vne autre façon. les Bcnians, U n’y apointde Province dans les Indes ,ou 1’omne trouve des Benjuns, mais en Guzurattn, plus qu’en aucun aiutre lieu,8c on les diftingue d’avec lcs Mahometans par Phabiit. Ilsne fe font point rafer la tefte, quoyqu’ilsneportent point les che- veux fort longs, lls fe font torn les jours vne marque jaune au front, dclalargeurd’vn doigt, qu’ilsfont d’eau &de boi de ilmdale, dans laquelle ils broyent quatre ou cinq grains de ris; Scceiontleurs Bramcns,qui les marquent a:nfi,apres qu’ils ont fait leurs devotions,aupres deleurs Bugodes. Leurs femmes nefe couvrent point le viíàge , comme celles des Mahome- tans^mais elles ne laiflent pas de fe parcr de pendants Sc de les dents - co^lers 5 Sc Pai'bculierement les oreilles , qu’elles couvrent res font les quafi toutes de perles. Plus leurs dents font noires, plus elles l>Iusbelles. les trouvent belles. Elles medifoient Iors que j’eftois à dabdth ,qu’ileftoitvilaind’avoir!es dents blanches,comme les chiens Sc les finges, Sc nous appelloient à caufe de cela Bondra, f’eft à dire finges. piles ne portent point de chaufles, mais feu-
  • t)V Sn DE M AND’ELSLO, LIV. I. i97 fementvne piece d’etoffe de íbye fortclaire, qu’ils appellent 163 8. Ca bay, 6c quileur va jufqu’au gras de lajambe, 6c furlaquclle Les tabirs dcs ellesmettentlachemiíè 6c en liiitte Ia vefte; qu’elles ferrent Ba* d’vn cordon au defaut du corps, II y en a qui one des braírteres, qui ne vonc que fous le lêin, 6c dont les manches, qui font fort eftroites,ne võt quejulqu’au coude,6cont Ie refte du corps nud jufques au nõbril. L’Efté elles ne portent que des fabots,ou des fouliers debois,qu’elles attachetaux pieds avec des courroyes, mais l’hy ver elles portent des fouliers de velours, de pluíieurs couleurs, ou de brocard, garnis de cuir doré. Les quartiers des íbuliers font fort bas; parce que, tantles homines que les femmes, fe deíchauflent à toute heure,en entrant dans les chá- bres,dont les planchers font couverts de tapis. Les enfans vont nuds, jufques à 1’aage de quatre ou cinq ans, les filies auífi bien que les garçons. Les hommes s’habillent fort modeftement,8c vivent fans ícandale parmy les Mahometãs, qui pour eftre fiers 6c infolents, traittent les Benjans quart comine des eíclaves, 6c avec mépris; de Ja mefmefaçon que 1’on fait en Europe les Iuifs, aux lieux ou on les fouffre. Ce qui n’empefche pas qu’ils Lcs Bcn.ian* n’ayent pour le moins autant d’efprit que les Mahometans, 6c ont 1 clf ru‘ qu’ils ne foient fans comparaiíòn plus adroits, 6c plus civils que tous les autreslndiens. Il n’y en a point, qui fçachent mieuxeícrire6ccalculerqu’eux, 6c dont Ia converíation foit plus agreable : mais ils ne font pas fi rtneeres, qu’ilnefaille eftre fur fes gardes en traittant avec eux^parce qu’il n’y apoint demarchandife, qu’ils nalterent, 6c ils ne font point dc mar- die , oil ils ne tafehent de furprendre ceux à qui ils ont à faire. Les Hollandois 6c les Anglois le fçavent par experience 5 e’eft pourquoy ils fe fervent de cette fortede gens pour courrctiers 6c pour truchements, afin de defcouvrir parleur moycn les adrefles de ces gens-là. II n’y a point de meftier, dont i Is ne fe. meilent, 6c il n’y a point de marchandife, qu’ils ne vendent; ficen’eftde la chair, dupoiflon, ou aucune autre chofe qui ait eu vie. Leurs enfans lont obligez de fe maricr dans le mef- me meftier, ou dans la mefme profeflion dont Ie pere s’eft meílé, 6c I on ne fouffre point ceux qui en vfent autrement, dans la melme Cajle ou famille : raais ils peuvent donner com¬ mencement à vne nouvelle fede 6c demeurer toufiours dan» a melme religion. Bb
  • i6fi. *« 19$ VOYAGE DES INDES, Ilsmarientleursenfans enl’aagedefept, hui cl:, neufécdix ans, 6c attendent rarement celuy de douze, particulieremenc pourIes filies, parce qu’on Ies tientpourfurannées en céc aage la, 6c Ton croitqu’ilfaucqu’il y aitquelquedefautcnlaper-. íonne de la filie, ou en celle de leurs parens, qui enait em- pefché larecherchejuíques à ce teps-lâ.-en quoy ils font íi difi. Lcurs maria- ficiles, qu’ilsen font vn point d’honneur 6c deconfidence. Le jour des nopces eftant venu, les parents des fiances s’afTeent dans vne lalle autour du feu , 6c font faire deux ou trois tours au marié 6c à la mariée, pendant lefquels le Braman prononce quelques paroles , qui fervent de benediction au manage. Ils obfervent cette couftumej parce que s’llarrivoit, que Ie marié mouruft devant qu’il euftachevé ces trois tours, la mariée pourroit íè marier en íècondes nopces ce que Ton ne permet pointaux veufves des Benj.tns, quand mielme le ma¬ rie mourroit avant la confommation du mariage: nnais elle eft obligee de fouffrir quon luy oftetoutesies parures,6c qu’on luy coupe les chcveux. On ne les contraint point de íè faire bruler avec le corps de leurs maris, comme les femmes des Br.tmanes, ou des Rasboutes, mais l’on ne les en empefche point aufli. Celles qui ne íè peuvenr pas reíbudre à ache’ver le refte de leurs jours dans lecelibat, prennent party avec lies danfeu- fes publiques : ce qui arrive aifezfouvent dans vmclimat, ou Ies corps ont fort peu de diípoíition à la chaíleté. nopccsCpcrmu EaJoy desBenjans permetauxhommes, non feuilement de fes am Bcnjás. convoler en fecondes 6c entroiíiémesnopces, en casde mort ^ mais aufli d’eipoufer vne deuxiéme 6c troificme femme, fi la premiere 6c la deuxiéme font fteriles; la premiere demeurant touíiourslaplusconíidcrée, comme mere de famille. Les fils font heritiers du pere , mais ils font obligezde pourvoir à la ílibíiílance dela mere, 6c de marier les foeurs. la religion des Les Benj.tns font Payens, quin’ont parmy eux ny bapteiine ny Circonciiion. Ils croyent bien qu’ily a vn Dieu,createur 6c confervateurdel'Vniversj mais ils ne laifTent pas d’adorerle diable, 6eilsdiicntpourleur raifon, queDieul’acrée, pour gouverner le monde, 6c pour faire du mal aux homines. C’eit pourquoy ils en rempliilent toutes leurs Moíquées, ou I’on voitdesffatuesd’or , d’argent, d’yvoire, d’ébene,de mar- .bre, debois 6c de pierre commune. La figure fous laquellç Sicilians. Adorent Ic diabje.
  • DV SR MANDELSLO, LIV. T. i99 ils le reprefentent eft efFroiable. La tefte qui eft chargée de i 63 quatre cornes, eft ornée d’vne triple couronne, en forme de tiare. Le viíàgeeft horriblement laid,pouíTant hors de la bou- che deux groílès dents, comme des defFenfes de íànglier,6c le menton garny d’vne grande villaine barbe. Les tetins battent juíques lur le ventre, ou les deux mains ne fejoignent pas tout àfait, maisfemblentpendrenegligemmenr. Sous lenombril, entre les cuiíles, il íbrt du ventre vne autre tefte bien plus lai- dequel’autre, portant deux cornes, 6c tirantvne vilaine lan¬ gue de Ia bouche, qui eft extraordinairement grande. 11 a des pattesaulieudepieds, 6c au derriere vne queue de vache. Ils poíènt cette figure fur vne table de pierre, qui fert d’autcl, 6c reçoitlesofFrandes,quel’on faitauPagode. Du cofté droitde 1’Autel eft vne auge, ouíelavent 6c purifient ceux qui veiu lent faire leurs devotions, 6c de 1’autre cofté eft le cofFre,ou le trone, pour les ofFrandes, que Ton fait en argent* 6c aupres de 1‘augeeft pofédanslamuraillevnvaíè, ou les Bramam pren- nent de la couleur jaune, pour marquer le front de ceux qui ont fait leurs prieres. Le Braman, ouPreftredulieu, íètient affis au pied de 1’autel, d’ou il íe leve quelquefois pour faire fes prieres, 6c en fè retirant, il acheve de fé purifier dans Ia ftamme des lampes, qui lont devant ôe fur 1’autel, de la façon Leurs Mod que nous avonsditcy-deflus. Ce n’eft pas íeulement dans les - villes c^ueles Benj.tns ont leurs Moíquées en tres-grand nom- bre, mais auíli à la campaene, furies grands chemins, 6c dans les montagnes 6c dans les forefts. Elies n’ont point d’autre lu- miere, que celle qu’elles tirent des lampes, qui y font perpe- tuellementallumees, 6c elles font fans ornement * íinonquS les murailles font barbouillées de figures d’animaux 6c de ena¬ bles, 6c reflemblent plutoft à des grottes, 6c à des repaires d’eft prits immondes, ce qu’elles font en efFet, qua des lieux defti- nés pour l’exercice de Ia Religion. A vec tout cela ces pauvres gens n’ont pasmoins de devotion pouf ces monftres, que les plus regeneres Chrcftiens ont pourDieu,6c pour les plus facrés myfteres de leur religion : bien qu’ils confeífent, que ce n’eft pas vne Divinité quils adorent, mais vne creature, qui adu credit aupres de Dieu, 6c quipeut faire du bien6cdumalaux hommes. * . _ Lcur purifica- lls ont cela de commun avec les Mahometans, qu fts font noa. Bb iij
  • í&3$. Lear Dicu Bramrna. Leur opinion touchant la creation du monde. IOÒ VOYAGE DES IN DES, confifter Ia principale partie de Ia religion en la purification corporelle. Ceft pourquoy il ne fe paílè point de jour , qu’ils neíelavent, & il y en a pluíieurs qui le font désle|grand ma¬ tin, avant que lefoleilfoit leve; femettans dansFeaujuíques aux handies, & tenans à la main vn brin de paille, que lc Br
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. t. ioi commanda à vn de fes íerviteurs , nommé Bienrv.t, de luy coupcr cede du milieu avec 1’ongle. Mais que Bramnu s’eftant humilic devant Dieu , Sc ayantfait pluíieurs versa la gloire, mjinu prittant deplaifir à lesoiiir chanter, qu’il dit à Brtmmay qu’il avoir beaucoup regret de luy avoir fait cotiper Ia cinquié- me telle , mais qu’il avoir dequoy fe confoler •, parce qu’il ne laiílèroitpas d’avoir avec les quatrc autres le mefme pouvoir qu’il avoit auparavant. Ils croyent neantmoins, que cette im- prudence de JJrammt I’empefchera dc joiiir dansi’autre mon¬ de , de la gloire qu’il euft pu efperer de fa premiere integrité. Ils dilentque/?níw»j<< gouverne le monde par pluíieurs Lieu¬ tenants, dontlepremier ell: celuyquits nommentDe,\vjndrey qui commande tous ceux qui gouvernent les huit mondes, qui íont tous íèmblables à celuy que nous habitons, Sc qui font la compoiition de tout l’Vnivers: lequel, acequ’ils difent, a encore fept autres parties íèmblables àla no lire, qui nagent routes fur l’eau,comme vn oeuf. Ils croyent aulfi que le monde, qui fubfifte aujourd’huy,n’eft pas vn effet de la premiere crea- t ion , mais qu il y en a eu pluíieurs devant luy, Sc qu’il y en au¬ ra encore d’autres apres. Que celuy dans lequel nous vivons, avoit encore plus d’vn million deíieclesàfubfifter, pais qu’en. 1’an 1639. nes’eftoit encore efeoulé que quatre mil fept cens trente-neufans du quatriéme aage du monde , Sc que le pre- mier avoit dure cent fept mille deux cens quatre-vingts fie- cles.Qujence premier aage les hommes eftoient tous juftes. Sc bons •, de forte que leDiable, qui eftoit crée dés ce temp- la, n’avoit point de pouvoir deleur faire dumal. QiPen Page fuivant,la quatriefme partiedes hommes s’eftoitdepravee ,Sc qu’au troifiefme les bons Sc les mefehants eftoient partagés, mais qu’en ces derniers temps , le monde s’eftoit tellement corrumpu, que le nombre dcs juflcs eftoit reduitau quart. Maisl’eftendue que nous donnons à noftre relation , ne nous permet point de traitter icydelaTheologiedecesgens là, dont P Auteur, que nous venons de nommcr,a fait vn traitte capable de contenter Ia curioíité des plus fçavants^ceftpou»- quoy nous acheverons de dire, que ccsBrametnts font fort con- fiderés parmy les autres payens j non feulement à caufe de Pauftente deleur vie, Sc deleursjeuliies continueis, car il y cn a qui jeuinent trois ou quatre jours de fuitte, fans manger 1638. Les Lieutenans de Briuiun^ Authorise? dc* Bramens.
  • s 638. Its croyrnt l'immortalitc de 1’ame. Etla me t em¬ pty chofe. Tonftion par. ticuliere des 'JSramens pai- 101 VOYAGE DES INDES, quoy que cefoit, mais aufli parcequ’ils ont avec la diredion des affaires de la Religion , celle aes efcoles,ou ilsenfeignent à lire, à eferire 6c à compter aux enfans. Ils expliquent les my iteres de leur Religion aux idiots, 8c par ce moyen ils s’e- tabliííènt puiílàmmentdans 1’eíprit des íuperítitieux ; parce qu’ils donnent l’interpretation qu’ils veulent aux augures,Sc aux autres vanités , lur lefquelles on les confultc continuel- ment. On les croit comme des oracles, & celaeitcauie,que lesBen/ans ne font quad point d’afFaire d’importance , fans 1’avis 6c le confeil du Bramen. Ils ne font diítingués des autres Bcnjam quepar la coiffure, quin eftfaitequed’vnetoile blan¬ che, qui faitplufieursfois le tour de Ja teite , pour cachcr les cheveux,qu’ilsnef6t jamais couper5 6c par trois filets de petite fifcelle qu’ils portent fur la peau, 6c qui defeend fuirl’eftomach en efeharpe, depuis l’efpaule jufqu’aux hanches, laquelle ils n’oftent jamais, qur.nd ce feroit mefmepourrachetter la vie. Usentretienncntlafuperititiondupeuple,en Iuy contant mil- lefaux miracles de leurs pagodes & de leurs faints, qu’ils font adorer comme des interceffeurs aupres de Dieu. Ils enfeignent l’immortalite de l’ame: mais ils la font pro- meneraufortir du premier corps, par celuy de plufieurs au¬ tres animaux, 6c difent, que celle d’vnhomme doux 6c docile paffe dans le corps d’vn pigeon oud’vnepoule; cellled’vn cruel 6c impie, en celuy d’vn crocodile, d’vn Lyon , o>ud’vn tigre: Celle d’vn rufé en celuy d’vn renard : celle dVn gourmand en celle d’vn pourceau, celle d’vn traiftre en celuy d’vn fer- pent, 6cc. devant que de pouvoirjoui'rd’vne beatitude purc- ment fpirituelle. Aufli eft ce la feule raifon, pourquoy les V>enjans font confcience de tuer les animaux, 6c inclines les in- fedes, quelquesdangereux ou incommodes qu’ils puiílènt eilre. Ils font meffne difficultc d’allumer dufeuoudela chan- dellela nuit, depeur que les mouches 6c les papillons ne s’y viennent brufler, 6c de piílèrà terre de peur de noyer les puces, 6c les autres infedes, qui s’y pourroient rencontrer. Etleur pretendue charité va fi avant, que non feulement ilsrachet- tentles oyfeaux, que les Mahometans ont pris ; mais ils efla- bliflent aufli des hofpitaux, pour les beítes blefleies & malades. LesBramanes font fortrefpedez par toutes les les Indes,mats particulierement parmy les Malabarcs^ ou ils ont vne fondion route
  • DV Sn. MANDE LSI 0, LIV. I. 10j touteparticuliere. Car ilnes’y fait point de mari age, que i’on 163 & ne confacre les premices de la mariée au Braman, auquel on J’amenepour en eftre dcfleurce. Ils croyoienc que Ic manage nc ieroicpasfuffifamment bcnit, íi leBraman n’y avoic pafíe* c’ertpourquoy le galand sen fait fouvent pricr, & files perl ionnes iont dc condition, il s’en fait payer comme d’vne cour- vee. Les homines en allant en voyage,prient auffi Ie Braman d avoir foin de leurs femmes en lenr abfence, & de luy rendre’ les devoirs de mary pendant leur voyage. Les Btnj.tns fontdivifezentr’euxen quatre-vingts troisfe- ctes principals, fans les autres moins confidcrables qui ic multiplientprefqueal’infinv ; parcequ’iln’yaquafi point de famine, qui nait fès íiiperftitionsôe les ceremonies particu- lieies.Lcs quatre fe<5tcs capitales, qui comprennent toutes les autres, fontcellesdeCeuratvxth, de Samaratb, dcBifniw&cdc d’Goeghy. Ceux de Ccurawath font tellement exacts àconferver cs animaux Sc Icsinlcâes, cjuelcurs brdmanes iccouvrcnt la bouche d’vn linge;dc peur que quelque moufehe n’y entre, 8c portent chez eux vn petit balay à la main, pour balayer la chã- brejafin qu’ijs ne marchcnt pas par megarde fur quelque infe¬ cte , 8e ils ne safleent point,qu ils n’ayent bicn nettoyc le ilege ou la place ou ils ie vont arteoir.Ils vot teite nue ScnudspicJs, portans vn baíton blanc à la main, par lequel ils fe diftinguent des autres. Ils ne fontpoint de feu chez eux, 8c mefmc iy al- lument point de chandelle. Ils ne boi vent point d’eau froide, depeur d'y rencontrer des infedes,mais ils la fot bouillir chez quelquvn de leur fe etc. Ils nont point d’autre habit, qu’vne Leurs habit* piece de toile, qui leur prend depuisle nombriljufques aux genoux, 8c ne couvrentlereftedu corps, que d’vn petit mor- ceau de drap, autant que l’on en peutfaire d’vne fculc toifon. Lesfèntimentsqu’ils ont de Dieu, font en quelque façon Lcurcroyance; difFerentsde ceux des autres Benjuns; parce qu’ils nc luy attri- buent point vn ertre infiny, qui preitdeaux evenements des chofes 5 mais ils les font abíòlument dépendre dcla bonne ou dc la mauvaife fortune. Ils ont vn faint,nomine Ti el Ttniko ,8c ils ne connoiflent point d’autres bonnes oeuvres , que Ie jeufne &lesaumoihes. Ils croyent que le Solcil, la Lune&Ics au¬ tres aftres, la terre, les animaux, les arbres, lesmetaux, 8c en- fin routes les chofes vifibles, onten digs inclines les premie- II. Partte. Cc
  • I, curs Mof- guces. io4 VOYAGE ETES INDES, res cauies de leur production, Sc de leur mouvemenr. Qifil y a deux Soleils, ScautantdeLunes, qui fe relayentalternati- vement tousles jours. Ilsne croyent ny Ciel ny Paradis, Sc neantmoinsils croyent l’immortalite dc 1 ame $ mais d vne fa- çonbienextraordinaire. Car ils difent, que l’ame, au fortir du corps , entre dans vn autre, d’homme oude beile, ielon que le deffunt a fait du bien ou du mal: mais qu elles dc leurs Pagodes, bailies en forme piramidale, Sceílevéesdeterre dedix pieds, ayans fur les degrés pluiieurs figures de bois, de pierre, Sc de papier, reprcientans leurs parens trefpaftes , dont la vie a eílé remar quable par quelque bon-heur extraordinaire. Leurs plus grandes devotions fe font au mois d’Aouil, pendant le- leursabftincn- quel ils fe mortifient par des abilinences fiauileres, qu’elles ces extraordi- pourroient paiTer ailleurs pour miraculeufes: eilant certain qu’ily en a qui font quinze jours ou trois fepmaines, Sc quel- ques-vns vn mois ou fix iepmaines, fans prendre autre cnofe que del’eau , dans laquelle ils raclent d’vn certaim bois amer, que Ton dit eilre nourriiTanr. i’avoue que cela eft:incroyable, mais cette verité pafte pour fi conftante dans les Inides, qu’elle n’eft pas même conteftee par leurs plus grands ennemis. Ils fontauifi en ce temps-là pluiieurs aífemblées enleursMofquées, ou ils s’entretiennent de la vie de leurs Saints trefpaftes, Scliientquelqueslegendes, fe mettansal’entour du Braman, qui eft afils au milieu, ayant la bouche couverte d’vn linge. En entrant dans la Mofquée ils font leurs aumoihes, dans vn grandbailindecuivre, qu’ils mettentdevantleP^oi/e, Sc re- ^oiventenrecompenie vne marque de bois deiandale, qu’on leur fait au front, ou fur les habits. Tandis qu’ils s’amufent à parler ainil de leurs Saints ■, ce qui dure bien fouvent quatre oucinqheures, onleurdonne la mufique, que 1’on payeaux deipens des pauvres Sc des aumofnes que Ton y amaílè. Ils bruilent les corps des perfonnes aagées, mais ils enterrent ceux des enfans , qui meurent au-deilous de l’aage de trois ans leurs yeufves ne font point obligees de fe faire broiler avac fiancs. Leurs afTcm. blccs publi¬ ques.
  • D'V'SiTDE MAN D EISIO, LIV. X. roy Avec leurs maris, mais elles promettent vne viduité perpe- i 6 3 C>. tuclle. Torn ceux qui font profeífion de cette fede peuvent eftre adinisàla p reft rife. L’ony recoit meftnes Ies femmes , pourveuquellesayentpaíTéPâgedevingtans: mais les hom¬ ines y font receus en celuy dey. 8. Sc neuf ans. Pour fe faire Preftres, ilsn’ont qu’aen prendre Phabit, à s’accouftumer à Paufterité deleurvie , Sc à faire vocu de chafteté. L’vn des mariés a aulft le pouvoir de fe faire Preftre, Sc d’obliger par ce moyen Pautre au celibat, pour Ie reftede ies jours. II yen a qui font vocu de chafteté dans le manage: mais celane fe voit que bien rarement, Sc parmy des perfonnes, qui ne fe font pas beacoup de violence pour Pobíêrver. Touteslesautres iedesou Cajhsde Benj&ns, ont de Paver- fton ôc du meipris pour celle-cy , dc la condamnent ft fort, que leurs Docleurs exhortent continuellcment leurs audi- teurs,d’évitc-r la converfation de ces gens-là : «dc forte que non feulement ils ne voudroient pas avoir mange ou beu avec cuxj mais auili ils ne mettroient point le pied dans leurs mai- íbns, quandee feroitpour íàuverlavie d’vn peril eminent Sc inevitable : Sc ceux qui font aftez mal-heureux, pour les tou¬ cher , font obliges de faire vne penitence publique Sc bien fafeheuie. La deuxiéme fededc Eenjtins, que Pon appelle sama^-adf cela dc commun avec la premiere, qu’elle ne fouffre point, que Pon tue aucun animal, ou infede qui ait vie, ou que Pon mange dece quienaeu. Elleeft compofée de ferruriers, ma- refcnaux,charpentiers,tailleurs, cordonniers , fourbifteurs, Sc de tous les autres meftiers, iouffrant mefmes parmy eux des loldats, des eferivains Sc d’autres officiers. Leur religion eft differente de la premiere , en ce qu’ils croycnt, que cét Vni- vers a eftécrée par vne premiere caufe ,qui gouverne Sc con- tCur croyance ferve tout,avecvnpouvoiribuverain Sc immuable. Ils Pap- pellenten leur langue Permifeer , Sc luy donnent trois fubfti- £eur Dicir & tuts , qui ont leurs fondions fous ia diredion. Le premier,tcs tubftuut*- quis’appelle Brama, à la difpoíition de toutes les ames, qu’il envoye en tels corps, que Pcrmifca luy nomme, d’hommes ou debeftes. Le deuxiéme, qu’ils appellentB^K/j.t, enieignele monde àvivre felon les commanderaensdeDieu , qu’ils ont compris en quatre livres. 11 a auili le ioin des vivres, Sc fait;
  • *0f VOYAGE DES XNDES, 1838. croiftre le bled, les herbes 6e les legumes, apres que Brama f àfaitentrer Tame. Le troiiiéme s’appelle Mats, 8c apouvoir furies morts. II íert comme de Secretaire à Permtfeer, 8c exa¬ mine les bonnes ôcmauvaifes oeuvres des morts, pour en faire rapport àionmaiftre 5 Iequel, apres avoir examine les vns 8c les autres, envoye i’ame dans vn corps, oil elle fait plus ou molns de penitence , íelon le bien 6c le mal qu’elle a faie dans le premier. Celles que l’on envoye dans le corps dVne va- che , s’efliment bien-heureuíès, parce que cette befteayant quelque choie de divin , à leur opinion , elles efperent eftre bien-toft piu-ifíées des pechés, dont elles ont cfté foíiillées dans le monde. Mais celles qui font obligees d’aller demeu- rer dans le corps d’vn elefant, d’vn chameau , a vn buffle, d’vn bouc, d’vn afne, d’vn leopard, d’vn pourceau, d’vn fer- pent,ou de quelque autre beite immondc,fontaucontraire tres-malheureuíès j parce qu’elles paftent au fortr de Li dans des corps d’autres belles, oudomeftiques oumoirs feroces y ou elles achevent d’expier les crimes, qui les ont fat condam - ner à ces peines. Ce qui arrive aulli aux ames, qui e trouvent dans les corps de quelques animaux, qui meurent arant qu’el- lcs aycntachevc leurpurifícariondaquelle eftant entierement achevee, Mats prefente les ames ainii purificcs à Pemifeer, qui les reçoit au nombre de íès ierviteurs. patticuHere brulent les corps des treípalTèz,à la referve de ceux des err- pour les morts. ^ans au deftims de l’aage de trois ansunais ils ont cette ceremo- nieparticuliere, qu’ils font ces obfeques fur le bord d’vne ri¬ viere, ou de quelque ruiileau d’eau vive,ou ils portent Ieurs malades, quand ils fontal’extremite j afin qu’ils y expirent. Les femmes fe 11 n’y a point de fecte, dont les femmes fe fieri font il gaye- foatbrufler. menta la memoire de leurs maris , comme celles de la íècfce de Samanich. Car elles font perfuadees, que la promeílè que Buffiuna leur fait, en la Joy qu’il leur a donnée de la part de Bermifeer, eft: infailliblc; fcavoir,que fi vne femmciaflez d’af- feclion pour ion mary, pour fe faire brufleraveeby apres fa mort, vivra avec luy dans l’autre mondeíèptfoisautant, 8c avec fept fois autant de fatisfaeftion, qu’elle en a cu en celiqv cy: Ce qui fait qu’elles neconfderent la mort, que comme vn paflage, pour entrer dans vne beatitude ,-donc elles n’ont eu qu’vn petit eifay en cemonJc,
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 107 Dés queles femmes íontaccouchées, ellesfont prefenter 1^38'. à1’enfantvneeícritoire, dupapier Sedes plumes,Sell c’eft vn garçon,l’on y adjoufte vn arc 6c des flefches 5pour marquer que Suffiuna veutefcrire fa loy enfonentendement, 6c qu’vn jour il feraíà fortune à la guerre.Car comme nous venons de dire,, cetce fede fouffre auffi des foldats 5 mais ceux d’entr’eux qui font profeflion de porter les armes, font vne fede particulie- re , qu’ils appellent Rasboutes, dont nous parlerons inconti¬ nent. Ceux de la fede de Bzfnow , ont cela decommun avec les Laíècte C,cs deux precedents, qu’ils s’abftiennent de manger de tout ce 1 now‘ qui a eu vie. Ils jeunent auffi,6c font au mois d’Aouft des af- lemblécs en leurs c’eft ainii qu’ils appellent leurs MoC quées. Leur principale devotion confífteà chanter des Hym- nes al’honneur de leur Dicu , qu’ils appellent Ramram , &tcurDiei* qu’ils prient de les benir 6c leurs families, de ce qu’ils croyenc leur eftre neceiTaire, pour vivre fans chagrin 6cíãns incom- modité. Leur chànt eftaccompagné de danfes,6c de muiique, de tambours, de flageolets, de baffins de cuivre, 6cd’autres inftrumens,dont ilsjoiientdevant leurs Idoles. Ils rcpreien- tent leurs Rim-Ram avec fa femme, en pluiieurs facons,6c pa¬ rent 1’vn 6c l’autre , aux jours de feftc , de pluiieurs chaines d’or,de colliers deperles ,6c de toutes fortes de picrreries,6c leur allument plufleurs lampes 6c bougies. Ce Dieu n’a point de fubftituts, comme celuy de la fecle de Samarach , mais il agit par luy-meimc. LesBifnorv ne vivent ordinlirement que d’herbe 6c„de le- Leul ^í015 gumes, debeurre frais, de laid 6c de caillé. Ils aiment fort'1'te' ^Atfchia,qui eft vne certaine compofition,qui fe fait de gigem- bre, de Mangas,de citrons ,d’ail 6c de graine de mouftarde, confits au íèl, 6c ne boivent que del’cau, ou du baratté. Ce font les femmes ou les Preftres, qui font cuire leur viande,6c au lieu de bois, qu’ils font confcience de bruler,parce qu’il s’y rencontre quelquefois des vers, qui pourroient perir par mefme moycn, ils fe fervent de lafiente de vache , feichce au Soleil, 6c me flee avec de lapailie,qu’ils coupent en quarreaux, comme les tourbes en Holfande,6c l’expofent ainíi en vente. Ceux de cette fede fe meflent la plus part de marchandiie , ou pour lçur comp tc, oupar commiffion.Ils cntendcnt mer- C c iij
  • *63*- ients femmes ne fc bruflcnc point. Lafc&e
  • DV Sr. MANDE1/SL0, L-IV.JT. 109 qu’ils manient inceflamment, 6c en mettent far leurs che- veuxmoiiillés, quilesdesfigurentpar ccmoyen d’vne eílran- ge façon. Ils nc parlent jamais aux paflànts, 6c ne les íàluent point: mefmes ils ne refpondent point à ceux qui leur parlentj parce quVílans conlacrés à leur Dieu Bruin, ils croyent íè íòiiilleren parlantauxautres homines. C’eil pourquoy quand ilsentrentdansquelque ville, ils nes’yarreilent point, 6c ne íe dcílournent point de la rue, qui les peut conduire à la porte pourenfortir. En quoy ils font fi fcrupulcux, qu’ils ne vou- droient pas avoir demandé quoy que ce foit, quand ils de- vroient mourir defaim. Ils reçoivent bien ce qu’on leur don- ne5 mais ill’on ne leur donne rien, ils vivent des herbes 6c des racínes, qu’ils trouvent à Iacampagne. 11 y enaparmy eux, qui ont trois ou quatre valets , qui fe donnent volontaire- ment àeux, pour participerà leur 1'ainteté : mais tout lefervi- ce qu’ils leur rencfent doit eftrc volontaire auíli: Car les Mai- tres ne leur commandent jamais rien, non pas mefmes les cho- fes les plus neceílaires à la vie. Tous les autres Benjjm ont de la veneration pòur les Goeghys, à la referve de ceux de la Cajlr, ou fecte de Ceuvn rvxth, qui les ont en horreur, 6c fuyent leur converíãtion. Il y en a parmy eux, qui oilt plus de reputation de fçavoir 6c de íãintete les vns que les autres ■, mais ils n’en tirent point d’a- vantage 5 parce que leur condition eftégale. Ils nele marient point, mais ils vivent dans vne íi grande chafteté, qu’ils ne iouffriroient point qu’vne femme les touchaíl. Le commun peuple abeaucoup de devotion pour ces gens-là, les íàlue avec beaucoup de refpecl, Screcoitleur benedidion avec beaucoup de fubmiífion. Ces Goeghys croyent que leur Dieu Bruin a creé routes les Lcur cr0};an.cc* chofes, & qu’il les fait fubíifter par vne puiííance infinie, par laquelleil les peut auíE deílruire 6c reduireàneaftt. Ils diíènt qu’il n’ya point de figure d’hommeny de bcfte, quile puiíle reprefenter : mais que c’eil vne lumiere qui ne peut pas eílre 1’onjetde noílre veue, parce qu’ayant creé celleduSoleil, il ne faut pas s’eilonner, ii l on ne peut pas contempler le prin- Ne cr°yent ; cipe d’vne li excellétc clarté. Ils ne croyent point la Metemfpy- tenipf/ch^T, chofe, commeles*autresBe»/rf»5 j mais ils diíènt, que les ames vont, au fortir du corps,droic aupres de leur Dieu Bmn,pouç
  • i <*3 8, Eftrange fa. çon de vine. Les Benians. font fuperfti- tieux. iió , VOYAGE DES INDES, vivre avec Iuy cccrncllcmcnc,&pour cftre vnics à ccttc Iumie- reinfinie. II eft vray que nos charbonniers & ramonneurs ne font pas ft barboiiillés que ces gens-là 3 qui prennentplaifir àfe defigu- rer le corps & le viiage, non ieulement par les cendrcs dont iís íè frottent continuellemenr, mais aufli par des abftimences, qui font bienauffi grandes,mais fans comparaifon plus Frequentes, que celles des Benjxns dela fedte de Ceurcwath. II yaauifides femmes qui fe font d’Gocghys • mais dautant que ce íèxe eft trop delicar, pour fc pouvoir accouftumer à vne ft grande aufterite, elles lont en fort petit nombre. Les Benjans ob Jigent leurs proíèIytes,c’eftà dire les Maho¬ metans qui cmbrailentleur religion, à vne Ficon de vivreaftez extravagante. Car pour Icurrenouveller tout le corps, quid leur opinion eft foiiille par la chair qu’ils ont manjgee, its les obJigcnt à mcfler fixmois durant parmy leurs vivrc's, vnelivre defientedevache: parce que cette befte ayant quelque chofe de di vin, à ce qu’ils difenr, il n’y a rien qui puifte ft bien purifier le corps, que cette forte de nourriture 3 laquelle ils diminuenc petità petit à leurs jprofeiytes, apres les trois premiers mois de leur converfion. 11s aftreignent á cette meímefaçon de vivre ceux d’entreux , qui eftans priíònniers entre les mains des Mahometans ou des Chreftiens, ou qui vivent ordlinairement parmy eux, fe font laifles perfuader de manger deha chair, ou de boire du yin, &; neles reçoiventpoint en leur ctommunion, qu’i Is ne fe foient purifies de lamefme facon. Tous les Benjans font extremement iuperftitieux. Car ils ne fortcnt jamais le matin de chez eux, qu’ils n’ayent fait leurs prieres, & ft en fortant ils rencontrent quelque mauvais augu¬ re, ils rcntrent dans la maifon, & ne font point d’affaires de coníèquence cejour-là. Ils prennentpour vn mauvais augure la rencontre d’vne charette vuide, d’vn buftle, d’vn afiie, d’vn chicn, ft cen’eftqu’il mange, d’vne chevre, d’vn finge, d’vn cerf, d’vn orfevre, d’vn charpentier, d’vn ferrurier, d’vn bar- bier , d’vntailleur, d’vnbatteur de cotton, d’vne veufve, le convoy d’vn enterrement,ou d’vn homme qui en revienr,com- me auffi d’vn homme ou d’vne feme charges de beurre, d’hui- le, delaict, defuccrebrun, de citrons ou d’autres choies acb des,depommes,defer,d’armes oud’autres chofes, dont l’on fe fert
  • DV Sr MANDELSLO, LIV. I. «f Te fertà la guerre. Ils aimenc au contraire la rencontre dVn i 63 $ ;■ elefant ou d’vn chameau, charge ou à vuide,d’vn cheval,d’vnc vache,d’vnbeuf, d’vn buffle, charge d’eau,d'vnbouc,d’vii chien qui mange, d’vn chat, quife prefenteà leur droite , Sc desperíònnes chargéesdevivres, de laid caillé & de íuccre blanc, mais particulierement celled’vncoq , ou d’vn lievre , & alors ils achcvent gayement ce qu’ils ontàfaire 5 prcoccu- pés qu ils font de Popinion qu’ils ont, que le fuccés deleurs af¬ faires refpondraà leur eíperance. II yen a quimettcntauífiles /J.
  • Ui ;VOYAGrE DES INDES, $638. avec luy vnde fes camarades, qui ne fe put pas confoler de- puis, du regret qu’ilavoir, de n avoir point íuivy exemple L’on racontede mefine d’vnautre Rasboute, lequel allanta Iacampagne,eri Ia compagnie de deux autres, rencontra en fon clieminvn puits, quifitarrefterfoncheval: miais le Ras- bouu condamnant la rctenue de fabefte,comme vne tinndite , luvdít qu’il avoit tort d’avoir peur, portantvnhomme,qut n en avoir point, 8e luy dormant en mefine temps vn coup de fotiet luy voulut faire rranehir le puits j mais il y tomba avcc fon chcval, 8c y futeftouffd} s’acquerant parmy eux par cette a&iõ temeraire 8c brutalelareputatiõ d’vn courage heroique. Leut charité jjs n>ont \a compaílion que pour les beftes, 8c particulie- ET‘ °7* rement pour les oyfeaux, qu’ils ont foin de nourrir}parce qu íls croyent,qu’vn jour,quandleurs ames feront logees en de íem- blables bcftes ,1’on aura la mefme charité pour eux. lis ont ce foin principalementaux jours de fefte, 8c dix ou douze jours apresle dccezde leurs proches parents,8c melmes aux anm- veríàircs de leurs morts. lis ont cela de commun avec les autres Benjans , qu íls ma- fon icuncs. rient leurs cnfans fort jeunes. Ce que 1 ondoit trouver d au- tant moins eftrange, qu’il eft certain que les Indicns 8c les In- diennes font bicn plutoíl capables d’engendrer que les autres nations: en forte que Ton n’entrouve point quine le foienten 1’uage de dix ou douze ans. Et c’efta ce propos que je raconte- rayicy vne hiftoire,quiícmble eftre fabulcuíe, mais qui ma efté donnéepour tres-veritable,pardesperfonncs íi giaves, que ie ne fais point de difficulte de la debitor furleur paro e. c4ft que depuis quelques années, Sc mefine: te leregne du Mogul Schach Choram, qui vit encore aujouruhuy , larem- nie cTvn Rítsboute T cjui demeuroit a. 5 accoucha d vne fi le, laquelle en 1’aage de deux ans eut le íèin aufli gros quvne nourrice. Vnícmmcr ,voifin duconfcillaau pereSc à Ia mere de fouffrir, qu’on luy appliquaft le fer clraud , qui cít le remede ordinaire , dontils íe fervent, contre les humeurs fuperflues.Ils y coníèntirent: mais l’on n’euibpas fi toílfait 1 o- peration ,quele ferrurier mourut, 8c cn íuitte He pere 8c la mere, 8c tous ceux, qui y avoient aíliílc. L’enfant: eut en 1 age 4e trois aus çe quccelles defoníèxe n’ontaccouiUunie d avoir
  • DV $r MANDELSLO, LIV. I. «3 ^u’à douzc ou à treize. L’annce d’apres .cela ceíTa mais le ventre luy cnfla , comme fi elle euft efté groíTe d’enfant. Cet¬ te enfleure diminua tantfoitpeurannée íuivante, 6c enlage de íix ans elle accouchad’vngarcon. Mais celafut trouvé íí extraordinaire par tout le pais, quoy que Ton s’y marie fort jeune, comme je viens de dire, que Schach-Choram envoya querir lamere 8c 1’ enfant, pourles faire élever àla Cour. Outre les Benjans il y a encore vne autre íòrtede Payens danslc Royaume de G«/«r cctte liberte attira plufieurs autres Períes, qui y ont coníèrvé avec leur religion, leur ancienne façon de vivre. Ils demeu- ^/a‘on de rent la plus part le long de la cofte, 6c vivent fort paiilblement, s'entretenans du profit qu’ils tirent du lab outage du tabac, qu’ils eultivent, 6c du terry qu’ils tirent des palmes de ces quar- tiers-là, 6c dont ílsfont de 1' Araik ^ parce qu’il leur eft per- mis de boire du vin. Ils íè meflent aulh de faire marchandiíè, 6c la banque, de tenir boutique, 6c de tous les autres meftiers, à la referve dcceluyde mareichal, de forgeron, 6c de ferru- rier 3 parce que e’eft vn pechc írremiífible parmy eux d’eftein- drelefeu. Ces Parfis croyentquilyavn feul Dieu , confervateur de ccur cr0yance2 tout l’Vnivers. Qu’il agit feul 6c immediatement cn toutes les chofes, 6c que les iept ferviteurs de Dieu, pour lefquels ils ont aufti beaucoup de veneration, n’ont qu’vne admimftration dependante, dont ils font obligezde remire compte. Le pre¬ mier de ces fept ferviteurs s’appelle Ha mafia ,6c gouverne les s-pt fomteurf liommes, pour les porter aux bonnes oeuvres. Le deuxiéme, icDicut qu’ils appellent Bhaman , gouverne le beftail, 8c prdide fur tous les animaux dela tcrre.Le troiíiéme, nommé yi'dy bejlh, ■*confervelefeu, 6c empefche qu’on l’efteigne. Lequatriéme «’appclle S
  • 16 38. Vinr,, eft eeluy qui dònme dela joye ou de la triftefteaux homines. Letreizieíme , noimnie Gondii gouverneles vents, 6c les fait foufler. Dien qui eft le quator-' zieiinc , enfeigne aux homines la Loy dc Dieu, 6clcurinipire
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIY. L. 215 les bons mouvements pour 1’obíèr ver. Aperfantch , qui eíl le 1^’ qumziefme,donne les richefíès. /iflxet, qui eíl le feizieíme,don- ne l’efprit Sc k memoire aux hommes. Le dix-fcptiefme, qu’ils appeílenc iljhman, preíideau commerce. D’Gamigut, qui eft le dix-huitiefme, gouverne la terre. Marifpan ■> qui eíl le dix- neufiefme, eíl la bonté mefmc, qui íc communique à ceux qui I’invoquent. Ils appellende vingtiefme Amin-a, Scil preíideà 1’argent monnoyé, done il difpoíè. Le vingt-vniéme skppelle Hoé'w,Sc e’eft celuy fans lequel il ne fe fait point de generation, d’hommes, de beires ou de fruits. Dimm* & Ber/* fervent in- 1 differemment tons les homines, Sc les trois reilants, qu’ds ap- pellentDephxder^ Dephe/ner^cDephdmfontaffeclés aufervice particulier de Dieu, qui les employe en routes fortes d’affaires jndifferemment. . Les ,°arjis, quiappellentces vingt-iix ierviteurs d’vnnom generalGeshoo., c’eiladire, Seigneurs, croyent, qu’ilsontvn pouvoir abfolu fur les chofes, dont Dieuleur a confié l’admi~ niilration: c’eil pourquoy ils ne font point de difficulté de les adorer, Sc de les thvoquer en leurs neceífités y parce qu’ils font períuadés que Dieu ne refuíenen 4 leur intereeifion. Ils ont beaucoup de reipectpour leurs Docbeurs, Sc Icur fourniiTent abondamnient dequoy íubíiíler, avec leurs fem¬ mes Sc leurs enfans • .bicnqu’ily enaitparmy eux, quinelaif- fentpas de faire trafic • ce que la Loy leur permet; mais I on n’eilime pas tant ceuxrcy, quelesautres qui ne s’employent qu’à enfeignerà lire Sc eferire aux enfans i Sc qui expliquent leur Loy aupeuple. Ils none point de Mofquccs nyde lieux ^'^ontpoiiu publics, pour l’exercicede leur religion - mais ils affeclent à cela quelque chambre de la maifon, oix ils font leurs devo¬ tions, cílans aíTis, Sc íàns aucune inclination de corps.Ils n’ont point de jour dans Ia íèpmaine quifpit particulier pour cela^ mais ils chomment le premier Sc vingtiémejourde la Lune. Encore que leurs moisne foient quede trente jours, leur an- néenelaiílepas d’eilre compofée de trois cens foixante cinq: car ils ajoultent cinq jours au dernier mois. L’on ne con- ^ noill point leursPreitres par I’habit- parce qu’il leur eíl com- mun, non ieulementavec tous les autres Parjh, mais aulfi avec -!c Icut tous les autres habitans du pais 5 d’avec lefquels on les di- " b ilinguc par yn cordon de lame, ou de poll de chaineau, done Dd iij
  • ii$ 'VOYAGE DES INDES, 16 3'?. ils fe font vneceinturc, qui fait deux fois le tour du corps, Sc fe nouc en deux neudsiurle dos : qui eftlaieule marque de Jeur religion, Sc tellement infeparable de lcur profdlion, que ft par hazard elle fe perd, celuy qui eft a (Fez mal-heureux pour Pavoircgarée,nepetitny manger nyboire,ny pairler, ny mef¬ me bougerde la place,ouilietrouve, que l’onnc Huy enaitap- portévneautredechez le Preftre, qui les vend. Les femmes en portent auift bien que les hommes, depuis l’aage de douze ans, dans lequel onles croitcapables de comprendreles Mifte- res de la religion. icurs maifons. Leurs maiíons iont petites Sc iombres, Sc aftez mal meu- blees, Sc ils afFeclent de demeurer dans vn mefme quartier. Ilsn’ontpointdeMagiftratpardculierparmy eux, mais ils ne Jaiftent pas de prendre les emplois que les Mahometans leur donnent, 6c creent entr’eux deux des plus coniidlerables de la nation, qui decident les difFerents qui y peuvetnt naiftre, Sc pour lefquels ils ne plaident jamais de vant d’auttres luges. 1Í tefeueft faint n’yarien de ÍI precieuxparmyeuxquc le feu, qu’ils gardent partr.y eux. tres-ibigneuiement j parce qu’il n’yarien, a cequ’ils difent, . qui repreiente ft bien la divmite que le feu. C’eft pourquoy ils ne fouffleront jamais vne chandelle, ou vnc lampe , Sc n’entreprendront jamais d’employer de l’eau pour efteindre le feu, quand mefme la maiion courreroit riiqpie d’eneftre coníumée : mais ils taíchent de 1 eftouifer avecc de la terre. C’eft le plus grand mal-heur qu’il leur puifl'e arrriver, que de voir le feu tellement efteintenleur maifon, qu’i Is foient obli¬ ges d’en aller querir dans le voiftnage. Ils marient leurs enfanseftans encore fort jeunes, mais ils fouffrent que le pere Sc la mere les eflevent chez eux, jufques á ce que l’aage de quinze ou feize ans leurpuiiTe permettre deconibmmerlemariage. Leurs veufves fepeuventremarier, Sc il eft certain qu’il neíècommet pas tant de defordres par- myeux, queparmylesautres nations, quoy quils foient ex- PuniiTcnt feve- tremcment íntereíTes : mais 1’adultere 6c la piillardife font tcman l’adul- ]es pjas granc{s pechés qu’ils puiftent commettre, Sc qu’ils pu- niroientfansdoutedemort, s’ils avoient 1’admipiftration de lajuftice. tears enterre- Quand vn malade eft à 1’extremité, on l’ofte defon Iitmour meats. |e coucftej fur vn petit lit de gazons à terre, ou qn le laifle ex«
  • £>V Sn DE/MANDELSLO, LIV. I. 2I/ Ípireí j Sc incontinent acres cinqou fix homines,qui font Ies ^3^* fonctions de foíToyeurs, le prennent fur ce grabat, 1’eníevé- iiífent d’vn ttnçeul, Sc le couchent fur vne grille de fer, faite en forme de civiere , fur laquelle ils portent le corps au lieu de la íepulture, qui eíl à vne bonnelieuede la ville.Ces ci- metieres ont trois lieux , cios d’vne muraille de douze ou quinze pieds de haut, dont l’vnefl pour les hommes,l’autre pour les femmes, Sc le troifiefme pour les enfans. Sur I’ou- verture de ces folies font des barres , couchées enforme de grilles,fur lcfquelles ils couchent les corps, qui y demeurent, jufques A ce que les corbcaux Sc les autres oyfeaux carnaífiers les ayent mangez, 8c que les os tombent danslafoífe. Les pa¬ rents Sc amis accompagnentle corps avec des cris 8c des la¬ mentations effroyables , 8c s’arreftent à cinq centspas de la folie, jufques à ce que les follòyeurs 1’ayent couché íur la gril¬ le , Sc qu’ils ayent prononcé quelques prieres pour Tame. Vn moisou fix íepmaines apres on portela terre, fur laquelle íl eíf decedé au cimetiere, comme vne chofe fouillée,ou ils ne vou- droientpoint avoir touché * Sc tous les mois ils font vn fe- ílinauxplusprochesparents,en memoiredu defunt. S’il leur arrive de toucher à vn cadavre, ou aux os d’vne belle morte, ils íbnt obliges de jetter leurs habits, de fenettoyer le corps, 8cdefairepenitenceneuf jours durant j pendant lefquels ny femme ny enfans n’oferoient approcher d’eux. Ils croyent particulieremcnt, que ceux dont les os tombent par hazard dans Feau, font damnés íins reílource. Leur loy leur defend de manger de ce qui a eu vie: mais ces défenfes ne lònt point fi feveres pourtant, qu’en cas de necef- fité , 8c mefmes eílans à la guerre, ils ne tuent des moutons, v des chevres, des cerfs, de la volaille 8c du poiflon, Sc qu’ils n’en mangent: mais ils s’abiliennent religieuíement du beuf &c de la vache, & ne tuent point d’elefants, de charneaux ,de chevaux Sc de lievres, Sc encore moins de beufs Sc de vaches j jufqueslà, qu’ilsnefeignent point de dire,qu’ils aimeroient mieux manger de leurs pere Sc mere,que du beuf ou de la vache. Illeureitpermis de boiredu vin Sc du Terry, mais il leur ell L’yvrognaicj défendu de boire de l’eau de vie, 8c fur tout de s’eny vrer. Cell ynpeché parmy eux, qui ne fe peut expier que par vne rucie
  • 4i» VOYAGE DES INDES,’ 1638. penitence, que l’on eft oblige de faire, à moins de fe refoudre de fortir de leur communion. Leur taille n’eft point des plus grandes, mais ils ont Ie teint plus clair que les autres indojlhAns, 6c leurs femmes font fans comparaifon plus blanches 6c plus belles que celles du pais , 6c que les Mahometanes. Les hommes ont la barbe grande, cou- pée en rond, de la fa con qu’on la portoit en F ranee il y a cin- quanteans. Les vns fe font couper les cheveux, 6c les autres les laiilent croiftrc. Ceux qui les font couper laiilent croiftrc au fommet dclateftcvne trefte, ouvntoupetdelagroiTeur d’vn pouce. Ce font les gens du monde les plus intereftes, 6cles plusava- ricicux, employans toute leur induftrie a tromper dans le commerce j quoy que d’ailleurs ils ayent de 1 av erlion pour le larcin. Ils iont de meilleur nature!- que les Mahometans, au moins s’lly enpeut avoir dans vne ame intereftee, dont l’ava- rice, (le plus lafehe 6c le plus infame de tous les vices) s’eft emparée. indous. j 1 y aau Royaume de Gufurttt.t encore deux autres fortes de Payens-dont les vns font Indous^qui viennent de laProvince de Multhan, 6c d’aupres d’^/meer^m nefontpointt8f»;d».<,parcc qu’ils tuent toutesfortes de beftes, 6cenmangeint, a la refer¬ ve duboeuf 6c de la vache. Ils prennent leurs repas dans vn cercle,ouilsne fouffrentpoint que les Benjms entrent. Ils font la plus part profellionde porter les armeis, 6c le Mogul s’en fert pour la garde des meillcures places de fon Royaume. Les autres viennent du Royaume de Baghend, que l’on appel- le communément le Royaume de Goleando, 6c on lesappelle Icntivcs. Jentives. Ce font des gens idiots, qui fe rapportent de ce qui eft de leur religion à leurs Brum
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 2r
  • lid ~ VÕ/YAGE DES INDES, ' a- tt^S. nie , &oíi Iamariéelevienttrouver, accompagnéedefeSpa¬ rents , Scdu Molla 6c du Kafi, ou luge du lieu. Lc MolU lit quelquespaílàges de 1’ Alcoran, Sc apres avoir fait jurerle ma¬ rie , qu’en cas de divorce , il pourverra àla fubfiftancc deíã femme, il benit le mariage, 6c s’en va. Le refte de lea compa- gniey demeure , pour manger du bcttele, & quelqmesautres F-iFetdc l’O- drogues: mais l’on n’y boit point de vin , au lieu dlequoy ils ^um" prennêtdes pillules d’ .Amfiori, oud O f>i u ,qui font le mciine ef- fet, 6c leur iont tourner la tefte; auifi bien que le vin. Les pa¬ rents & amis continuentleurs aflemblecs cinq oufix,&qu el- ques fois huidtou dixjours de fuitte ; particulieremer.t, quand les marques de la coniommation du mariage paroiflent aux linceuls dcsmaries. Mais ii le marie trouvelc cheminbattu il en vie comme d’vn grand chemin, 6c abandonne la femme au public ; comme au contraire, s’iln’eftpas en eftat :defe faire pailage ■, 6c que dansles trois ou quatre premiers jo urs de ion mariage il ne donne point dcs preuves vifibles de cc qu il Icait faire,vnedesprochesparentes dela mariée luy envoye vne quenoiiille, & luy fait dire ; que puis qu’il ell incapable de faire les premieres fondtions deI’homme,qu iliem-uc de fai¬ re lc meitier des femmes. Leurs mariagesne font pointindiilolubles , comme parmy tispeaventfaUles Chreftiens, & meiines parmy les autre Mahometans; ou srediyorcf. ne le fait point de divorce,fans connoiílànce de came , 6c Ians P autorité du luge: Mais icy leshommes ifipulent expref- fementen leurs contracts de mariage, qu’ils pourront faire di¬ vorce ; non feulement pour adultere ou pour fterilite; mais auffi par vne iimple averfion qu’ils prennent pour leurs fem¬ mes ; en donnantles ordresneceilaires pour leur lubliftance , leur vie durant. L’on n’y parle point de la reilitution de la not, parce que les femmes n’yapportentrien aumary , finon les habits Scquel- ques bagues; aulli bien n’en y a-il point quin ait fes pendants d’oreilles,les bagues & fes brafelets, en grande qumtite. Les femmesfortentrarement du logis,6c celles qui font de condition vont dans vn carofie couvert, ou fe font porter dans vn PdlLnquin, ou littiere à 1’ Indienne. 11 y en a qui vont a che- val,ayans levifage couvert d’vne efeharpe, 6eil n’y a que les pauvres, ou les publiques, qui aliened piedjQU qui feproduisêc
  • DV SrMANDÊXSL^, LltV. t. ill iveclevifagedefcouvert. EHesaccouchent prefque fans peL 163?, ne • en forte que c’eft bien rarement que l’on y voit des femmes plus de deux ou trois heures en travail d’enfant. JLes Mahometans élevent leurs enfans avec beaucoup de sont foigneu* foin, Icseuvoyentàl’efcoledcsI’enfance,Scieurfontappren- bien^icver dre à lire Sc à efcrire. Ceux qui n’en ont point le moyen les lcurscniaus' donnent à quelque perfonne de qualité, ou les envoyent à la guerre, dés qu’ils font capables de porter les armes. Ceux quifemettentauferviced’autruy entrent dans vne condition ailez mal-heureulejparce qu’ils negagnent que trois ou quatre ropiMpar mois, dont ilfaut qu’ils ie nourriiTent, Sc qu’ils s’en- tretiennent. On remarque aux enfans dcs Mahometans vne tendreiTe Qui font
  • itx VOYAGE DES INDES, a Ç3S. & Fon couvre Ia biere d’vn aix, de peur que la terre ne touche au corps, Se ne le íaliEè. Pendant que Fon defcendle corps dans Ia foíle, Ies parents marmottentaufli quelques p rieres en¬ tre les dents, & apres cela tout le convoy retourne à ia maifon» ou les Mollas contmuentdefaire encore quelques priierespour Famedudefunct, deuxoutroisjoursdurant, 6c pemdanttout ce temps- là Fon ne fait point de feu dans le logis 3 maus Fon fait cuire la viande ailleurs. Ils prennent la qualité deManfulmans, Sc croyent qu’il n’y a Msuifuimans. P°'ntde ^uthors de leur communion: traittans d’heretiques Sc d’infidelles les Chreftiens, 6ctouscenx qui font profeílion d’vne autre religion que de la leur. Auíli ne voudroient-ils pas manger de ce qu’vn Chreftien ou vn payenauroit appre- Ite; íi ce n’eft du pain, du beurre, dufromage, des confitures,, cuchoíesfemblables. Ilsontbienplusd’averiionpourlesCa- tholiquesRomains, quepour lesProteftants: parcequ’ilsne peuventpointfouíFrirlecultedes images, ny 1’adoration qui s’y fait des chofes vifibles, tear temt & Ils font la plufpart de belle taillle, 6c il y afortpeudebof- ius 6v. de boiteux parmy eux. Ceux d entr eux que 1 onappelle Mcgolies, ont le teint plus clair que les autres, mais ils one tousles cheveux noirs 6c vnis. Us n’aiment point les blonds,, ôconti averííonpour les rouileaux 3 parce qu’ils les croyent ladres. Car cette maladie y eft fort commune 3 parce que la verole, qui l'eft auíli, nefeguerit jamais ii bien, qu’elle ne laifte quelque corruption dans le iang, qui infé&e petit à petic toutle corps, 6c degenereavecle tempsen ladrerie. Les Mol- Im laiíTent croiftre la barbe, mais tous les autres fe la :ont rafer, auíli bien queles cheveux 3 àla referve d’vn petit toiper, qu'ils laiílènt au iommet de la tefte3parce qu’ils croyent qie e’eft par là que Mahomet les doit venir prendre, pour les tnlever au Ciel. leurs habits. Les hommes Sc les femmes s’habillentpreique de Iamefme fa^on. Leurs veftes, qui font de cotton, de foye ou de brocard, íòlon la qualité des peribnnes, font eftroittes par en haut, commevnjufte au corps, s’allant eílargiílànt depuiis la cein- ture juiques fous legrasde la jambe, ou leurs clmiííès, qui vontjuíques aux pieds, íefronííent en plufieurs plis. Leurs feuliers font ou de maroquin, ou de quelque eftofti de foye ,
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. n5 mi de brocard, 6c ils en abattent Ies quartiers , parce qu’ils 1638. íè déchauílènt â cout’heure, pour entrer dans Ieurs chambres, dont le piancher eft couvert de tapis. LeurcoiíFure reílèmble à celle des T urcs plutoft qu’a celle des Perfes, 6c eft faite d’vne eftofFe fort d elide, de cotton ou de íòye, 6c ouvragée de fil d’or 6c d’argent. Ils l’appellent Shees, 6c ne Portent jamais, qu’en s’allant coucher. llsmettent furla verte vneeípece de manteau, quilsappellent Pomereis, contre le froid 6c la pluye. Ih ferrent la verte d’vne ceinture, qu’ils ap pel lent Commcr- hunt, qui eft faite d’vne eftoffede foye,ouvragée de ill d’or,fur iaquelleils ontvnautre ceinturÕ plus large d’vne toiledecot¬ ton fort fine, pliéeenquatre. Les períònnes de qualite portet dans la ceinture vneforte d’armes, ou de poignards , court 6c large, qu’ils appellent pinda, ou Catwre , dont la garde 6c la gaine font d’or, 6c bien louvent chargees de pierreries. Les maifons des perfonnes de condition font aflez grandes, Leur$maifun> 6c compofées de plufieursappartemens,falles, chambres6c ca¬ binets. Les toicts des maifons font plats, de forte que l’on y peut monter, prendre le frais, 6c mefmes y coucher Ia nuit, 11 n’y a quart point demaifon qui n'ait fon jardin, 6c fa tanque: mais leurs baftimens font fort chetifs : car les murailles ne font que de terre, enduites d’vne compofition faite de grets battus, de chaux, de gomme 6c de fuccre, qui fait vn blanc fortreluifant, 6c auffi vny qu’vn miroir. Les maifons font fort mal meublees, mefme pour la cuifine , ou l’on ne voit que quelque peu d’efciielles 6c de poifles : maislesfemmes font curieufes de faire parciftre en leurs appartemens leurs vales d’or 6c d'argent. Les hommes recoivent leurs vifites dans vne falle, ou ils Lcs cerMnon;es font aflis fur plufieurs tapis. En entrant ils íè íàliient de leur de lews víííks Sdom, qu’ilsaccompagnentd’vne profondeinclination, 6c ii la perfonne qu’ils íàliient, eft de condition, ils portentla main droite fur la tefte, pour marquer le pouvoir qu’ils luy donnenc fur eux.Ceux qui ne devoient point de fubmiflion l’vn à l’autre fecontententdefefaltier d’vne inclination de part 6c d’autre, 6c quelquefois ils fe prennent par la mouftache, en pronon- çantGrab anemcAs : c’eftadire,jevous fouhaitte a l’effecrtdes prieres des pauvres. Celuy qui reçoit les vifites garde fa place, 6c fait afleoir ceux qui le viennent voir dies deux coités. Ils
  • i6 3 8. Leur dcfpcnfc. Leurs domc- fcit]ucs. Lear; Fcmracs iH VOYAGE DES ÍNDES’, fontfort tivils 8c fort referves en leur converfation ; de forte que Ton neles entend jamais criailler ou contefter, 8c ils na font jamais de geíles de la main, nydelatefte. Qiondilsveu- Icnt parler bas à quelqu’vn, ils fe couvrcnt la bouchc dVne efcharpe,ou d’vn mouchoir5de peur que leur haleine n’incom- modcceluy àquidsparlent. Ceux quifontdesvdfitesd’affai¬ res, fe retirent apres qu ils les ont faites, mais les amis parti- culiers continuent lcurs vifitcs, jufqu’a ce que le Maiílre de la maifon fe leve, pour aller difner. Ils font grande dépenfe en habits, en feftins&en femmes5 par ce que leur Loy leurpermettant de prendre tousles jdaifirs xmaginables, pourveu quils ne faffent point de tort a Ieurs prochains, ils nes’y eípargnent point 5 mais fe donnent tout ce que le cccur fouhaite. En mangeant ils font aífiisfur des tapis, Sc fe font fervir par vn trenchant. Ils n’ont poiint de ferviette 8c n’en ont pas befoin, par ce qu’ils netoucheait point de la mainàlaviande. Ils ont autant de domeíliques quils en peuventnourrir,don- nans à châque vallet fa fonction particuliere :enquoy ils font li exacts, que ceux qui font deftinés à vn employ, ne voudroient pas avoir rendu le moindrefervicepour vn autre. Car vn SeL vidítr, qui peníè les chevaux, nevoudroitpas avoir pcnle vn bceuf, ou avoir graifle vnc charrette,par ce que c’eft la charge du Bellumn. LeSerntwxn penfe leschamcaux, &Ie Mahoutles Elefants. Le Frtpour leurs fem. mes. Car comme ils en ont trois ou quatre cliacun, ils ion t obliges de les entretenir, avec leurs Eunuques & efclaves, íè- lonleur qualité, én leur donnanttousles moisdequoy s’en-
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. iz3 tretenir, en lcs fourniílant d’habits, 8c de perles, de pierre- 165?. ries 81 demeubles. Leurpolygamieacela de commode, qu’il n’y à point de femme , qui pour fe faire aimer de fonmary, n’employe tout ce qu’elle ad’eíprit££d’induftrie,pourgai- gner íon affe&ion , 8c pour en fruftrer fes rivales. II n’y a point de carefle qu’elle ne luy fafíe : iln’ya point de drogue qu’clle ne luy donne, pour 1’exciter à la volupté,&il n’y a point de complaiíànce qu’elle neluy rende,pour taícher delepoí- federíêule. Elies n’en ont pas moins pour les Eunuques qui les gardent, afind’avoir vnpeu de liberte dans lcurretraitte , qui leur eft d’autant plus importune, qu’en ces pa'is-là princi- palement la polygamic devroit eftre permiíè aux femmes plu- toft qu’aux homines. La condition des gens de meftier y eft miferable; parce que r-a condition leurs enfans n’en apprennent jamais d’autre, 8c ils ont cela de ^ces^'".s dc faicheux, qu’il faut qu’vn ouvrage pafle par trois ou quatre mains pour eftre achevé : de forte que tout cequ’ilspeuvent gaigner, c’eft cinq çu fix fols par jour, au plus. Auift vivent-ils fort miferablement, n’ayans pour toute nourriture que du Kitferye, qu’ils font de febves broyéesôt de ris, qu’ils font boiiillir eníèmble , jufqu’a ce que l’eau foit confumée. Ils y mettent alorsvnpeudcbeurre fondu, 8c le mangent ainfi à fouper ^ carlerefte du jour ils ne fe nourriflent que de ris ou de bled cru. Leurs maiions font bafles, couvertes de tuiles, Lcui‘s maii*°ns. 8c iouftenues par des murailles de terre, couvertes de gazons, ne font point de feu dans la maifonparce que n’ayant point d’autre matiere combuftible , que de la fiente de vache , la puanteur feroit iniupportable; outre que les maiions n’y font fioint prop res du tout-, 8c c’eft pourquoy ils la bruftentdevant eur porte. Ils frottee aufti leurs murailles de cette fiente^parce qu’ds croyent que cela chaile les puces 8c les autres infectes. Lesmarchands/òntíànscomparaiíon plus heureux que les artifans: mais ils ont aufti cela a’incommode , qu’ils ne fçau- roientamaflerdu bien, qu’ils ne fe voyent expofés à l’envie des grands, qui Ic leur oftent des qu’ils le font paroiftre.Et d’autant qu’ils ne le peuvent pas faire avecjuftice, ils fe fer¬ vent fouventde pretextes, qui couftentlavie accux qui one acquis des richeílès extraordinaires. Tous les Mahometans de ces quartiers là ont bien vne mef
  • ii<5 VOYAGE DES INDES, 1Í3S. Patans* Moguls. Indoílhant. Blotious. 11 n’y a point d’hoftcllcric en Guzuratta. Lcurvoiture. me religion , mais ils ont parmy eux de certaines fuperffitions & façons de vivre parcicuiieres, qui les font diítinguer en plu- fieurs íectes5quoy quel’on pui íTe dire,que ce fõntautant de na¬ tions plútoft que de fedes differetes.Car quad on les diftingue en Patans,en Moguls,ou Mogollies Seen Indoílhams qui font í ub- diviíesenplufieurs autres moindres caffes,commicS.íyeí^SVeg/?, £c L eet, il faut advoiier,que íl l’on trouve quelque difference,en Ieur humeur 8c en leurs faqons de vivre,qu’ils íes ont apportées dupais, dont ils font fords, 8c qu’ellcs n’ont rien de commun avec leur religion 5 caril elt certain que les Patans font ceux que la premiere partie de cette relation appelle P. bceufs*
  • DV Sr MANDELSLO, LIV. L \vf boEufs, pour voyager parle país.Ils ontaufli vne efpece de ca- iC$. roíTes, pour deux ou trois períonnes, quils fone traiíner par desbeeufs, qui y font íi bien accouílumés , qu’ils font aifé- menc dix ou douze lieués par j our. L’imperiale de ces caroíTes eít de drap ou de velours j mais ceux des femmes fone fermes de tous coités. Les perfonnes de qualité fe fervent auílí d’elefans 6c de Palanquins, qui font comme des littieres , quedes hommes portent avec vne barre fur les eípaules.Ils nourriíTent les elefas avecbeaucoupdefoin, 6c y font vne grande defpcnfe. Ilsfe plaiíèntàlachaílè, 6cauvoldel’oyfeau. Leurs levriers font vn peu pluspetits que les noílres 5 mais ils apprivoiíènt des tygres 6c des leoparts, dont ils fe fervent à la chafle , 8c qui attrappentlavenaiíòn d’vn feulfault, mais ils nela pourfui- vent jamais. Ils ontvne induílrie particuliere pour la chafle de 1’oyí'eau teur chafle.; de riviere, parlemoyen d’vn canard jdomeítique, qu’ds vui- dent, 8c 1’ayant remplydefoin, ils vont entre deux eaux , 6c faiíànt nager le canard furl’eau, ils le meílent infeníiblement parmy les autres, qu’ils prenncntpar les pieds de deífous 1’eau, fans les cffrayer. Ilsíòntfort adroitsàtirerde Pare, qu’ils font de corne de Leur adrcíTc 3 buffle, 6c lesflefches d’vne canne fort legere y dont ils tirenttuer Jclarc- fortjuíle, 6c mefmeen volant. Ilsaiment lejeudesefchecs, 6c ont auífi vne efpece de jeu de cartes. Ils aiment auííi Ia mufique,quoy qu ellene foit pas fort harmomcuíepnais ílsont particuherement vne grande paífion pour 1’aílrologie judi- ciairej en forte qu’ils n’entreprendront point d’affaire d’im- portance, qu ils n’ayent confulté le Minat-xim. Us ont quelques oeuvres d’Ariflote traduits en Arabe,qu’ils H*ont quc'- appellent A pits, comme auffi quelques traittes d’yiwce»»c, pour lequel ils ont vne eftime particuliere * parce qu’il efloit d'Avicennc. natifde Smarcanda, fous la domination de Tamerlan. Leurs ef crits ne font pas mauvais, 6c ils debitent leurs productions avec beaucoup d’eloquence. Ils tiennentregiftre des actions remarquables qui fe font chezeux, 6c font des memoircs, qui Íiourroient íèrvir à la compofition de l’hiftoire du pais. Leur Lcui langjge. angueeítdiítinguéeenpluíieurs dialectes, mais elle eft afTez facile àapprendre, Scils eferivent de la mefme fa$on que nous, II. Partie. Ff
  • 2lg VÓYAGE DES INDES, xéyt. de la gauche à la droitc. La plus part des perfonnes de condi¬ tion dela Courdu Mogul parlentPerfan, Sc il yen aqui par- lent Arabe, mais dé ceux-cy il y en a fort peu. te, mal,dies Les maladies les plus familieres de ces quamers-lafont la du país. difentcrie Sc la fiévre chaude, Sc le remede dont us le íervcnt communément, e’eft 1’abítínence. Ils ne manquent point de Medecins, mais ilsn’ont point de chirurgiens. Les barbiers, qui y font en tres-grand nombre , font ceux qui font les lai- miées, & qui appliquent les ventoufes. t hyvety com. ° L’hy ver commence au Royaume de Gu^uratta vers la fin du mcnce cn Iuin. mois de Iuin, Sc dureiuíquesen Septcmbre. man es p uyes n’y font pas íl continuelles qu a Goa : Car il n y plcui que par 111- tervallcs, Sc particulierement à Ia nouvellc Sc à lapeine Lune. Le vent du Nortyregne fix mois durant, 5c cclny du midy autant. Les mois les plus chauds de 1’année font A vnl,May Sc le commencement de Iuin , pendant lefquels les chaleurs font fi grandes, qu’ellcs feroient mfupportablcs, fans les vents qui s’elcvcnt de temps en temps, ScquirafraifcHÍIent 1 air; mais qui d’ailleurs font fort incommodes j parce qi ns font le¬ ver vne íl horrible quantité de pouííiere, qu ellc leur oítc la veuc du Soleil. Le commerce Il fe fait vn tres-grand trafícpar tout le Royaume deCuzin-aG quifefait cn tA, mais particulierement de cotton, Sc de toiles,qui lont auili Guzuratta. fines que ceHes de Hollande, de plufieurs cftof- fes de foye, comme coutoms, quiíontrayesde plufieurs cou- leurs, des fttins, des taffetas,des Petolas, des commer bands, des ernis, dor Sc de foye, dont les femmes fe fervent, pour le ca¬ chet le viíagc, des brocards, des tapis, ou alcatij, des Cbi- trenges, ou tapis rayés, pour couvrir les coffres Seles cabinets, des couvertures piquées, de foye ou de cotton, pi ils appel- lent Geodris ou Nalis, des tentes, des Permtos ou /euhar, dont ils íe íervcnt au lieu de couchette, des Cadels ou ;halicts, des cabinets de Iaque , des damiers d’elcaille de toruc , des ca¬ chets , des chapelets, des chaifnes, des boutons t des bagues d’lvoire, d’ambre, de chriftal de roche, Sc d’agatle. iafaçonJc Le meilleur índigo du monde vient aupres d ^Mmadahath t faire riudigo. dans vn village nommé Ghirchees 5 qui Juy dorme le nom. L’herbe dot on le fait,reíTemble à celle des panes jaulnes,mais pile eft plus courte, Scamere, pouflant des branches} comme
  • DV Sr DE MAND ELS LO, LIV, I. i£$ Ia ronce, &: croiílànt aux bonnes annéesjufqu a la hauteur de i 6 3 8, fixou de feptpieds,íà fleurreíTembleàcelleduchardon&: Ia graine au fenegré. On la feme au mois de Iuin, & on la coupe en Novembre & Decêbre. On ne lafeme que de trois en trois ans, & enla premiere année on la coupe j ufques à vn pied de la terre. L’onenoftele bois, & Ton metlesfueillesíèicher au fo- leil&apres cela onles fait tremper quatre ou cinq jours dans vne auge de pierre,dans fix ou íept picds d’eau,quel’on remuc de temps en temps, j ufques à ce que 1’eau ait attiré la couleur êc la verta de 1’herbe. Apres cela on faitcoulerl’eau dans vne autre auge, ou on la laiíle raíleoir vne nuict.Le lendemain 1’on en tire toute 1’eau , & l’on pafle parvngros linge ce que Ton trouve au fond,que 1’on met feicher au íoleil: tk. c’eft là le meil- Ieur indigo 5 mais les paííàns le falfifient, en y meilantd’vne certaine terre de Ia mefmecouleur. Et d’autant que 1’on juge de la bonté de cette drogue par íà legereté 3 ils ont 1’adrcíTe d’y meíler vn peu d’huile , pour la fairc nager fur I’eau. L’herbe vientbien la deuxiefme année aux troncs quel’on a laiíTés à la campagne, mats elle n’eft pas fi bonne que celle de la premiere année. Neantmoins on la prefere au Gyngey, c’eft à dtreâ l’indigo fiuivage. C’eft: auíli cn la íeconde année quc l’onen laifl'e monter vnepartie,pour en recueillir la graine. Celle de la troifiéme année n’eft pas bonne , ainfi n’eftant point reclierchéepar les marchands eltrangers, ceux' du pais I’employenta la teinture de Ieurs toiles. La couleur du med- leur indigo tire fur le violet, Ik. il fent aufiila violette , quand on la bride. Les indoflbans l’appellent .<»//, SdaiiTent repofer la terre vn an, devant que la femer. La pluspart dufalpetre quife vend enGu-yumta vict Sa’pctrc: à foixante Iieués d'~4gra , &. on le tire des terres qui onteílé long-temps en friche. La terre noire &c graiTe eft celle qui en rend le plus, quoyquelon en tire auffi d’autres terres, &on le fait en la maniere fuivante. Ils font desfoílès, qu ils rem- pliilent de terre íalpetreufe, ôc y font couler par vne rigolc au- tant d’eau qu’il faut pour la détrcmperià quoy ilsemp'oyent lespieds, en la demeilantjufques à ce quelle devienne com- me de la boullie. Qimnd ils croyent que l ean a attiré à elle tout le íàlpetre quieltoit dans la terre, ils en prennent la par- tie la plus claire, Sclamettentdans vne autre fofle , ou elle
  • j 6 3 8. XeBersx. AíTa foetida. 1’Opiura; iyo VOYAGE DES INDES, s’cfpoiíIit,&aIorsiIs le font cuire dans des poiílescommele fel, en 1’efcumant incellàment, 8c aprcs cela ils le mettent dans des pots de terre, ou le refle de la lie va au fond, 6c quand l’eau commence à fe geler ils la tirent de ces pots, pour la faire íèichcr au Soleil, ou il achevc de fe durcir, 6c de prendre la forme ,en laquelle on I’apporte en Europe. Le Borax, dont les orfevres fe fervent pour purifier l’or8í l’argcnt,fe trouve dans la montagnedela Province de fur- betfous le Biberom,vers ]a grandeTartarie , d’oul’on ti¬ re auífi quantité d’aipic, de vif-argent, de mufc 6c de cuivre j comme auífi vne certaine couleur qu’ils appellent Mirrei, dont Ton fait vn fort beau brun. Le Borax vient dans la rivie¬ re de Icir.kcn khciY , laquelle en íbrtant de 1a montagne en¬ tre dans la riviere de Mafèroor,laquelle traveríè toute la Pro¬ vince , 6c produit cette drogue , laquelle croiíl au fond de 1’eau, comme le corail. Les Gufurattes l’appellent I ankenckbar, 6c le gardent dans des bourfes de peau de mouton, qu’ils rem- pliíTent d’huile, pour le mieux conferver. Le Hin*b, que nos droguifles 6c apoticairesapoellent j4(ft foetida, vient la plus part de Perfc , mais cellequela Province dVo-dc'produit dans les Indes eíl bien meilleure , 6c l’on en fait vn tres-grand trafic par tout Vlndofihan. I a plante quila produit, efí de deux fortes 5 1’vne vient en buillòn, 6c a de petitesfueiíles, à peu prés comme la rue, 6c 1’auitre refTem- blcàlarave,6eso verdrcílèmbleàceluy desfueilles de fíguier.. Elle aime les lieux pierreux 6c fees, 8c fa gomme commence à couler vers la fin de 1’Eílé 5 de forte qu’illafautreceuillir dans TAutomne. C’eil vne des chofes dont l’on fait le plus grand trafic en ces quartiers-là5parcequeles Benjans de Gu- Watta s’en fervent en toutes leurs íàuces, 8c enfrottent leurs pots 6c leurs vafes à boire s’accouftumans ainíi iníêníiblement ácettcodcur forte, que nousautresavons de la peine à foufl frir en Europe. JL’jmphionf offion ou opiumyqm fe confume en Europe,vient d'.-'idenou de. ajm-maisccluy quife vendauxIndes vient de laProvince de Gualor, dansl’ / ndojlhan, ôc n’eíl autre cho/è que le fuc que Ton tire dupavot, par vne inciíion que lon yfait, quand il commence à meurir. Tousles Orientaux 1’aiment y juíques-là que lesjeunesgens,aufquels l’onn’enpermec point
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 131 J’vfage , 6c les pauvres, qui n’onc pas lemoyen d’en avoir, fe 1 3 contentenc de faire boiiillir le pavot meíine , & d’en prendre íe boiiillon.Ecd’autantqueronyappellele pavot Puffils ap- pellent Puffy ceux qui fe fervent de ce bouillon au lieu d’Of- fion.LesPerfes difcnt, que c’eft à euxà qui Ton en doitattri- buer le premier vfage , Sc que toutes les autres nations ont voulnimiter lcurs grands , qui en prenoicnt d’abord , pour provoquer le íommeil. llsen prennent tousles jours vne pil¬ lule, de Ia groífeur d’vn pois, pas rant pour le íommeil,que pour en tirer 1’effet que produit le vin, qui donne du cceur & de 1’eíperance á ceux qui n’en ont point d’ailleurs. Les Caffes, ou mellàgers,qui vont à la campagne,en prennent pour fe fortifier: mais les Indiens s’en fervent principalement, afin de donner plus de plaiíir aux femmes. II eft certain que c’eft vn poifon,qui tuê, fil’onnes’y accouftume petit à petit Sc quand on y eft accouftumé, il en faut continuer 1 víàge,ou 1’onmeurtauífi. II afFoiblit tellementlecerveauà ceux qui en prennent continuellement, qu’ils en per dent 1’vlage de la rai- fon, & les principales fonclions del’eíprit,6cdeviennent com- me hebetes, s’ils neíè refveillentpar le mefme remede. Nous avons parle cy-deíTus de Ia Iacque, 6c nous aurons oc- caíion d’en parler encore ailleurs; c’eft pourquoy nousn’y ad- joufteronsicy autre choíè,finonqu’en Gu^uratta ilvient auílí quantité de Cumin , de gingembre 6cde MirobaUns, dontils L^fdj°SIles font vn tres-graád trafic, fees Sc confits , de íiiccre brim, Sc enGuzuratta" de plufieurs autres drogues, qui ontleurvíàge en la medeci- ne. L’on y trouve aufli des diamants, mais peu, des perles , des efmeraudes , des grenats, des agathes, 6cc. de 1’albaftre, Lespierrcs dumarbre rouge,6c du jaípe, que les habitans ont 1’induftrie de Pmieufcs* polir d’vne façon route particuliere. L’on n’a qu’vne forte depoidspartoutle Royaumede Cu- Zeurspoids; •xjfratta, qu’ils appellent y.aon, c’eft à dire main, qui peíè 40. Ceer,Sc fait trente livres & demie^de foize onces chacune,6c vn Ceer pefo dix-huit peifes , qui eft vne efpcce demonnoyede cuivre, commenos liards, Sc fait environ douzeonces.Ils ont £eui mcfurc^ deux fortes d’aulnes .- La plus petite ne fait qu’vne demy aul- ne 6c vn foiziefme, mefure deFrance,6c les dix-neur dela grande font treize aulnes trois quartiers de la noftre. Ils ontaufiideux fortes de monnoye d’argent 5 fçavoir IesLeur wonnoyc Ff ii]
  • I 6 3 8. Lcs Indiens grands faux monnoyeurs. íafcrtilité de Guzuratta. 232 VOYAGE DES INDES, Mamoudls Sc Ie Ropi/s. La fabrique des Mamoudis fe faie á Sa- ratta, d’vn argent dc tres-bas tiitre, 8c valent enuiron quinze fols monnoye de France, Sc n’ont cours qua Suratta, à Brodn^ à Sroitshta, à Cambay a, Sc en ces quartiers-là. Dans tout le re- iledu Royaumc, comme à ^.^madabath ScaiIIeurs,ilsontdes Hop tas chagam, qui font de fort bon tiltrc , Sc valent trente fols monnoye de France. Leur petite monnoye eft dc cuivre, Sc ce iont lcs Peyfes, dontnous venous de parler, Sc dont Ies vingt-iix font vn Mamoudy,Sc les cinquante quatrevne Ropia. 11s fe fervent auili d’amandcs, dont les trente lix valent vnpey- ft, comme auili de certaines coquilles, qu’ils appellent Li«rm, Sc quel’on amaflefiirle bord de la mer, dont les quatre-vingts valent vn peyfi Les reaulx d’Efpagne Sc les richedalles y va¬ lent cinq Mamondis 5 parce qu’ilsles convertiflent enleurs efpeces, avecbeaucoup d’advantage , par l’alceration qu’ilsy font, aupoids,ou autiitre, Sc bien fouventenl’vnSc l’autre. Ilsayment les IrfrmdePerfe, dont l’argent eft fort bon. Ils out auili vne monnoye d’or, qu’ils appelle X era fins, Sc valent treize Ropias Sc dernie, mais l’on y en voit fort peu. Les fequins, Seles ducats de Venize y font plus communs, Sc valenthuit Scdemie, Sc quelquefois neuf Ropias, monnoy e de Suratta,fe¬ lon Je cours du change, Sc felon Ie prix que ll’on donne d la monnoye, quihauiTeou baiile,felon quel’aqgenteft rareou large furlaplace.il y a vn grand nombredefaiuxmonnoyeurs dans les Inaes ; c’eil: pourquoy il nes’y fait quaili point dc paye- ment qu’en la prefence d’vn de ces changeurs,
  • 163$. DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 235 pais-là, 6c nous avons dit qu’il neluy manque rien de ce qui eft neceflàire à la vie de 1’homme. Et de fait la terre y produit dubled, duris, des pois, desfebves, del’orge,dumillet, du iin,du bled íàrafín, oc la graine de mouftarde,6cc.de l’huile,du lin, du beure, &du fromage, quoy qu’vn peu íèc 6c trop íàlé au gouft des eftrangers,mieux qu’en aucune Province de l’Eu- rope.Le bled y eft fans comparaifon plus gros 6c plus blancque Lmr fiçon df le noftre, 6c ils en font de bon pain,non point dans le four,com-CiKe du i’a,n- me nous, maisfurdes plaques de fer. Lcs pauvres gens,& f>articulierement les Benjxr.s, en font vne efpece de flancs,dans apoiile, furleur feu deíientede vache, dontilsfe fervent au lieu de bois. Leurs pois 6c leurs febves font plus petits que les noftres, mais ils font bicn meilleurs, particulierement leurs pois chiques, dont ils nourriííènt en quelque cndroits les che- ,.I! n7a P1int vaux, les bccufs 6c les buirles, au lieu d avoine,que 1 on ne con- lcs inJes. noift point aux Indes. Ils ne font point defoin non plus, 6c ne coupcnt l’herbe, que pour lafaire manger route verte. Ils íè- ^e“rs fcmaiiics ment la terre au mois de May, 6c font Í’Aouft en Novembre CU1 Aouft‘ 6c Decembre. Iln’yapcrfonnedanstoutl’Eftatdu Mogul, qui poifededes ^sfoinauMo terres en propre. Mais au teps de la fcmaille les pa'ifans s’adref- gui en proprc. íèntau Gouverneur, ouàceluy quieftl’homme duRoy,&luy declarent combicn de terre ils pretendent labourer cette an- née-là, àlacharge dedonnerle tiers, oulamoitic du revenu au Roy^en forte que bicn fouvent les pa'ifans n’en retirent pas les frais qu’ils y ontfaits pour lafaçon. Le Mogul au contraire laiife l’vfage des préz à tout le monde indifferemment, 6c 6c en tire tres-peu de chofe, ourien du tout: par vne tres-mau- vaiie politique • parce que cela fait que la plus part desterres demeurent en friche, 6c ne produifent que de l’herbe. Ils íèmenten leurs jardins toutes fortes d hcrbes potageres comme de lalaiclul:,de la chichorée, derofeille,du perfil, 6cc. des raves,des navcts,dcs choux,des concobrcs, des citrotiilles, de fail, de l’oignon, des panets, 6c des betteravesauais fur tout des melons, qui paflent en bonté tous ceuxqui viennent par toutailleurs. A la referve de la rofe, il n’y a quafi point de fleur, qui ne íoit rccherchéepour la couleur plutoft que pourl’odeur.-: Car encore quecelles que 1’on appelle Mogerx 6c Scampi en ayent, les femmes les ayment pourtantmieuxpour Ieur cou-
  • irf VOYAGE DES INDES, 1638. leurquepour l’odeur. Les premieres font blanches 8c Ies au¬ tres jaunes, 8c les vnes 8c Ies autres viennent tout du long de 1’année, airfti bien que 1’herbe , dont toute la campagne cíl reveíluc,ÍInon lors que les grandes chaleurs de 1’Ehc la haílent 8c la feichent. Outre les arbres que nous connoifons, êc qui produifent des Iimons, dcs citrons, des poncils 8c des grenades, il y a des , des B.wajfes, des Iaccm , des Cocos 8c des figuiersj parmy lcfqucls ils cultivent particulierement les Cocos, done ils tirentle Terry. Ily aauíliduraiíinaupresdeSurutu, maisil eft bcaucoup plus petit que celuy de Perfe, 8c bien plus clier que les autres fruits du pais. Nous aurons occafion d’en par- lerailleurs, 8c dirons feulement icy que leursforefts, qui font peuplées de ces arbres,nourriílènt, outre les beílesj done nous avons parlé cy-deífus, vneefpece de chiens íãuvages, qu’ils appellent 7 íu/m/s ; maisilehdefendu fur peine de la vie de les chaíTer, auffi bien que les autres beftes, fauves ounoires5par- ce que ce divertiííement eít referve au Roy, 8c au Gouverneur de la Province. Leurs chevaux ne font pas fi beaux que ceux de Perfe 8c d’ A- Uoeuf sunouiõ; rap,£e. mais Hs ne laiifent pas d’en avoir grand foin, de donner achaque chevalfonpalfrenier, 8c de les nouririr d’vne façon route particuliere. Quand ils leur donnent de ce:s poix chiques, dont nous venons de parler, qu’ils appellent domm, ils les font broyer 8c cuire. Outre cela ils leur donnent dceuxfoisle jour, le matin &le foir, deux livres de farine d’orge, dont ils font vne paile, avec vne demy livre de beurre 8C vnelivre de lucre. Les boeufs de ce pais-là font faits comme les noftres, iinon qu’ils ont vm^groiTe boíTe entre les deux efpaules. Iln’y a que les Mahometans qui en mangent, aulli bien que du mouton, 8c encore ne font-ce que les pauvres. Les perfonnes de coditio mangent du chevreau,qu’ils fontroilir entier,&y font vne far¬ ce de risjd’amandes 8c de raihns au foleil,ou ils en font des cilu- vees avec du beurre 8c dupoivre : ce qu’ils appellent brenghie, 8c n’eft pas mauvais. I Is mangent aulli de ces moutons de Per- • fe, qui ont la queue grafle : mais c’eH vne viande, qui eh bien rare, 8c que l’on referve pour la table des grands, 8c pour les fehins extraordinaires. Yoiaiiie. iis ontaulfi des poulles, des chappons, des paons, desoyes, des
  • DV Sr MANDELSLO; LIV. t. 235 des canards, des cercelles, des perdrix, des pigeons, des he¬ rons , des moineauXjComme auífi routes forces d’oyfeaux de rapine, comine des faulcons, tiercelets, efperviers, aigles, dec. lis ne manquent point de poiílon de riviere , comme de carpes, de brefmes , d’anguilles , 8cc. 8c la marée y eft tres- bonne , 6c à tres-grand marche , parce que les PayensiVen mangent point, 6c les Mahometans aiment bien mieux Ia chair quele poiílon. Ils ont aufli coutes fortes de coquilles, des huiftres 6c des crabbes, 6c particulierement d’vn certain poiíTon , que Ton appelle dans ies villes maritimes de Picar- die, des chevrettes, qui y font íi groílès, que d’vne douzai- ne 1 on fait vn bon plat. L’on remarque qu’au lieu que fur tou- tes les coftes de i’Europe, cette íorte de poiíTon eft cn íà bonté enla pleineLune,ill’eftences quartiers-là enlanouvellc, 6c en la pleine les coquilles 6c efcailles font prefque vuides. Les poiflons qu’ils appellent Tub&rons, 6c qui mangent mefmes les perfonnes,yparoiftfortíbuvent,6c c’eft-la vne des raifons, pourquoy l’on fe baigne ordinairement dans des tanques. Leursnavires font fort mal baftis, en forte que leurartil- ierie ne peut eftre placeeque fur le tillac, 6c à fair. Les plus grands voyages qu’ils fàílènt, font ceux de lav.t 6c de Sum ttr*y vers Ie Levant,ée à adenite, à la Mecque fur la mef rouge.Ils portent bien fouvent plus de mille perfomies à la fois, qui vont la plus partfaire leurpelerinage alaMec^»e,afind’eftre mis aunombre des //oggo/, ou Saints, au retour. Ils partentau commencement de laLune de Mars, 6c retoument au mois de Septembre $ parce que les orages, qui regnent depuis le mois de Iuin juíques à ce temps-là , fur cette cofte,leur fait employer fix mois à vn voyage,qu’ils pourroient faire en deux. Les marchandiíès, qu’ils portent fur la coftc d\^t/ew,fontdu cotton, des toiles, de l’indigo, du camfre, du tabac, de 1’aluin, duioulfre , du benjoin , du poivre 6c d’autres efpiceries,des mirobalans, 6cplufieurs autres fortes de confitures, 6cils en rapporcent fort peu de choíe, fçavoir du corail, de l’ambre, du Mi/feit, dont l’on teint en rouge,du Kethnn, 6c de Y^/lmfion, qui eft eftime le meilleur de tout l’Orient: mais leurs meilleurs retours confiftent en or 6c en argent monnoy'e. Les autres vaifi feaux,qui font plus petits, 6c qui vont de S*rattay de Cambay* , 6c de Jiroitfchia iur les coftes de Perfe, cn rappor tent des bro- 11. Partie. * G g i 65 $. Poillonj Leurs navnej; Ze trafic qu’ils font fur ies co¬ des de lamer rouge. Sur le Golfed® Perfe,
  • 1633. A Achim. Le commerce que Ics Mala- bares font en Guzuracta. Lc romme rce éts Portugal*. i36 VOYAGE DES INDES, cards, des eíloíFes de ib ye, du velours , des cam clots, des pci- les, des fruits fees, comme des amandes, des raiiins, des noix &des dattes, Sc iur tout de l’eau rofe , dontils font vn tres- grand commerce. Ceux-cy partentaumois delanvier Sc de Fevrier, Sc font de retour en Avril,ouau commencement de May. Il ya d autres navires, de cent, fix vingts,dieux cens Sc trois cens tonneaux, qui portent à sicbtw,dans 1’ Hfle de Suma¬ tra , toutes fortes de marchandifes du pais, Sc en rapportent du foulfre , dubenjouin ,du camfre, de laporcelaine ,de l’eftain Sc du poivre. Ces derniers ne partent qu’au mois de May 5 parce queles Portugais, qui dependent fur peine de la vie Sc de confifcation de biens, de vendre du poivre ailleurs , que dans les villes,ouilsonteiVablyleurcommerce ,& qui ear- dent la coile contre les pirates Malabar es, neferetirentaans les havresqu’en cetemps-la > c’eftpourquov lls font en forte qu’ils puiflent effcre de retour au mois d’Octoore, devant que les Portugais ayentremis leurs âottes enmer. Les Malabares, qui occupent cette partie de a cofte des Indes, qui s’eftend depuisleC*/» diRamo, àdixlitues de Goa, vers le Sud , jufqu’au Cap de Comori, a cent feptou centhuit lieucs de long, Sc comprend les villes de Calicut^Onor, de Bacalir , dcBacanor ,de Mangalor,de Cananor,Scde Cranganor, font auili vn grand cômerce à S nr attack Cambay a Sc à Broitfchia, Sc y portent du Cajro, qui font des efcorces des arbres de Cocos, dont l’on fait les cordages pour les navires, du Coper a,on la moiielle de ces arbres,du iuccre brun, qu’ils appellent Sigaga , de ,4reca ScBettclé,qu’ils appellent en leurlangueDwjrf»?,a vn certainbois,pourteindreen rouge , qu’ilsappelent Patang, Sc de V Harp us, dont l’on ealfeutre les navires: conme auffi du ris, &d’autresvivres. Ils en remportent dz\* An fion , dufaf- fran, du corail, du cotton, du fil, des toiles Sc dautres eilof- fes. 1 Is arrivent â Suratta; & iur ces coiles au mo:s de Decem- bre, Sc en partentau mois d’Avril. Les Portugais, qui ont long-temps pofledé feulsle com¬ merce de Gujuratta, Sc qui s’en eftoientrendus les maiftres,par lemoyen des forts qu’ils avoient baftis à Daman , Diu Sc à Goa, pour fe mamtenir contre les Malabares, Ieuirsennemisir- reconciliables, y portoientduplomb,de l’eftain, du vermil¬ ion , du vif argent, de toutes fortes de draps, de l’y voire , du
  • DV Sr DE MANDELSlO, LIV. I. ' í37 bois de fandale, du poivre, du cardamom, des cloux de girof- 16 $2. fle, delaporcelaine, des eftoffes dela Chine, de la candle, des Cocos, du Cayro, & des vafes d’or & de vermeil doré,fairs en Europe, & y achettoient toutes fortes d’eftoffes, des coiles de cotton, de 1’indigo, du íàlpetre, de la lacque, du fuccre, des Mi- robalans,des confitures, des bois delid,des cabinets,& d’autres ouvrages de lacque, quilsportoientà Goa , pour la charge de leurscaraques,quipartentaelàpourPortuealaumoisde Ian- vier, 6c en Fevrier. Ils y achettoient auífi du beuxre, de Vajji faetida,, de I’amfion, du Cumin, du cotton òc du fil, pour le porter en MaUccd, en la cbint ÔC au Iapon, ouils trafiquoient bien fou- ventavec deux cens pour cent de profit: Maisdepuisque les Anglois&les Hollandoisfefont eítablis dans Ie Royaumede Gu%uratta, ils ont efté contramtsd’abandonner vne pardede ce commerce, St de fecon tenter de celuy quils continuent de faire à Goa, dont nous parlerons au fecond Livre de cette Rela¬ tion. Gg ij
  • *3* VOYAGE DV SIEVR DE MANDELSLO AVXINDES LIVRE SECOND. P res quele hour MctrvoU, quiveioitdereíl- gner la charge de Prefident dans Ieslndes,pour le commerce des Anglois, euíl donnéles ordres neceílàires pour le voyage, ilallale premier jour de Ian vier 1639. prendre congè du Sulthan, quí lereceutparfaitcmentbien , & luyfítprefenc d’vne vefte de brocard,dont le collet eftoit fait de «dcnx peaux de martre zobeline, qu’il avoit fur le dos ,& de pluíieurs autres bijoux, qu’il le prioit de garder pour 1’amour deluy. Auíortir delamaiíon duT«/f/ja»,nous-nous embarquâmes dansvne cha- loupe, qui nous portaaubord duvaiíleau Marie, qui eftoitàla rade, à deux lieucs de l’emboucheur de la riviere. Le nouveau Prefident, & Ies principaux officiers Anglois nous accompa» gnerent juíques dans le na vire,ou ils demeurerent trois jours, à íe regalcr les vns Ies autres, à noyer dans le vin Pennuy d’vne íi longue reparation. Arrire à ia ra- Nous fifmes voile le cinquiéme Ianvier, deux heures devant ^cDaman. Ie jour, & arrivâmes fur le íoir à Javeucde Ia villede Daman, 011 nous trouvâmes vn de nos navires, qui eftoitallé devant, prendre vnPorrugais, qui devoitfaire le voyage de Goa avec íious.Le Çouvcrneur nous envoyavnbaril de vin, & quelquçs
  • VOYAGE DES INDES DV Sr DE MAN. &c. *39 autres raffraifchiilemcns, nonobftant Ic ilegequele Royde 1^30. Decam, fonvoifin, avoir mis devaneia place 3 mais avec fort peu de fucces; parcequele havren’eftanrpoint bouché, les Indiensnepouvoientpas empefeher que le íêcours n’y entraft à routes lesheures dujour. f Ee Royaumc dc Decam, oude Cuncam ; care’eft ainfiqu’on Dcfcription du 1’appelle le plus fouvent, quoyqucde fa ville capitale on luy R^mede donne quelquefois le nom dc Hifiapour,s’cikend lelong de cette Dccam- cofte,depuis Jngediva 5qui eft à douze lieues deGorf,versle Sud, jufqu’a vn lieu nomme Siffarde. Elle a pour voiftns, du cofté du Nort le Roy Nefamfa, qui poflede le pais, qui eft entre la Pro¬ vince de JDolte Babth, au Royaume de Decani, ÔC le Royaume deBailama, du cofté de Daman, & du cofté du Levant le Roy deBenghenals, qui refide en la ville de Golcanda,que Ton appel- le par corruption Golconda. Les principals villes maritimes du Royaume de Decam font Sesprincipal Geytapour, Rafapour, Carapatan be Dcibul-.msds la premiere ville villes- duRoyaume eft celle dejsiJiapour,cpQÍ eft íituée à quatre-vingts lieues de Dabul, &à quatre-vingts quatre de Goa. P our after de Goa à Viftapour l’on prend la route fuivante j la quelle nous avons bien voulu inierericy, afin defairecon- noiftreparcemoyenvne bonne partie de cc Royaume. Au iortir de Goa l’on pafle la riviere de Madre de Dios, pour .CHcmin deGo* entrer dans le pais du Roy de F'ifiapour; oil l’on rencontre d a- a VlfiaPOU1 D«- bordla ville de Ditcauly, qui eft atrois lieues du Goa. Le Gou- CaU;'Bol,Ja* verneurde cette ville 1’eft aufli delafortereiTe de Ponda, qui eft furlamefme riviere.DeyD;f4#/j>' jufqu’aD*»^ Ion comptc fix lieues. Cette ville eft aftez grande & a de fort belles rues. Elle eft fituée fur la riviere de Defy, qui entre dans la mer au- presdeslfles, que les Portugais appellent Ijlas cjuemadas .Ses lubitans font Decanins be Benjans, quifontgrand commerce á G oa. D epuis B an da j u (q uà la m ontagne de Balagatta 3 font neuf lieues, be Ton paílèpar les villages d'csimby be & Her poly, be au pieddelamontagnepar celuy d'dmboly. Cette montagne s’é- m montagne tendle longduRoyaume.de Cumcam, jufques fur la cofte de d«Baiagatta. Coromandel, & aíiir fes fommets des plaines,dont la fertilité nc doit rien à celle des plus belles vallées. Depuis Mmboly jufques au village de Hercnekaffi ,fur la ri¬ viere ftumeimenom, ftyavnzélieues, be à laportécduÇa- Gg iij
  • Rajcba^ 240 VOYAGE DES INDES, non de là l’on pafle par le village de Berouly, Etuc dans vn vai- lon entre les montagnes de BaUgatta. A deux lieues de la 1 on trouve le village de W offeree, à trois lieues plus avant celuy êiOutor 8c en íuitteà fixlieuês Scdemie de la, celuy de Bera- pour . àvne demy lieue plus avant celuy de Matomra, Sc apres cela, à vne lieue plus avant, le village de Calingra.. A cmqcens pas de là lon trouve le village de Kangtr, Sc proche delavn hameau, quina point d’autre nomque celuy de Bary quel 011 donne à tous les lieux,qui n’ont point de nom particular. A vne lieu c de là eft le village deWony,&c avne demie lieue plus avant celuy d’^ttrotvadi dans le voifinage duquel 1 onvoitfuryne eminence, vne fort belle pagode, oumofqueedupais,que 1 on defcouvre de fort loin. A cfeux lieues Sc demie de cette pagode, lonprendàgauche,par le village de Badaraly a Kerms,qui eft a deux lieues fcdemie deB adalary.D^ms Kem* jufques ^Sk eve¬ ry font deux lieues, Sc de là jufques à vne belle pagode Benjane il y ena cinq.De cette pagode 1’on defcouvre lavilleScle chafteau de Mirfie, qui eft à deux lieues de la, a la main gaiche, Sc lon vadel íiRajebag, qui eft àvne lieue de la pagodu Cette ville eft fort grande, Sc fait grand trafic de poivre, que les habitans debitent en Bifnagar ôcailleurs. Elle eftdudouairedela Rei- ne de p^lfiapour, qui y a fon Gouverneur. , A vne lieue deRajebag, 1’on trouve vn beau pints : a deux lieues de là l’on pafle la riviere de Cugny, Sc a vne demy lieue plus avant la ville de Gottevy. On la laifle a larnain «iuche, paf- fantà fa porte,pour aller aux villages de'.Coetefi Scd O ne font qu’à cinq cens pas de là,8ca vne demy-lieue de la grade riviere tie Corlkna, qui traverfe tout le Royaumede Decam jui- ques à Mafulypatan. A vne lieue Sc demie de la rare l’on pafle au village d! Eynat our, Scprochedelaace uy deraterna, Sc en fuitte à ceux de Tangly Sc d’ Erary,) ufqu a la riviere d en eft eftoigneed’vne lieue SC demie. A trois licuesdek eftla ville d' Attony ,q\x\ eft aflez bone,pour fervir de marche comun àtoutle pais circÕvoifm,d’oul’on y apporte todies jours qua- tité de vivres.A quatre Ueiies delà eft le viftage JeB a trois lieiies 8c demie de là on paflejpar le village d Agger , qui eft à trois lieues de la ville de Talfenghe, qui eft efloignee de celle de Homeware de trois autres lieues, 8c de la ft y en a autant jufques àla ville de7Vccon», qui eft à fix lieuesde ^fiapouu
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. I. 24* Devant que d’arriver à la ville capitale,ron paíTe par les vil- 16 38* Ies de Nourafpour 6c de Strrapour,qm luy fervent comme de fau¬ bourg , 6c dont Ia premiere eftoitautre-fois la refidenceor- dinaire’du Roy Ibrahim Sclutch, qui regnoit au commence¬ ment de ce íiecle: mais aujourd’huy elle eftentierement rili¬ ng 6c I’on acheve de la deftruire , pour employer les ma- teriaux de íbn Palais 6c de íes Hoftels, au baftiment de ceux Ocfctiptiorv de que 1’on faità Vifiapour. Cette ville eftíi grande, quelle a puis ViG*.our. de cinq lieues de tour. Ses murâilles,qui font fort hautes, íbnt de pierre de taille 6c accompagnées d vn grand foíTé,6c de plu- fieurs batteries, montées de plus de mille pieces de canon, de toutes fortes de calibre, de fer 6c de fonte. Le Palais du Roy eft au milieu de la ville,dont il eft feparé par vne double murail- le,8c par vn double fofíe,ayantplusde trois mille cinqcens pas de' circuit. Celuy qui y commãdoit du temps deSulthanMamedh jdelfchach, fils d’lbralnm ,s’appelloit Nammouth c/?<<»,6ceftoit Icalien , natifdela ville de Rome. Soncommandements’e- tendoit aufft fur la ville, 6c fur les cinq mil hommes, qui y eftoienten garnifón j outre les deux mil hommes,qui eftoient en garnifon dans le chafteau.La ville a cinq grands fauxbourgs, ou demeurentles principaux marchands, 6c particulierement en celuy de Schanpour,o\i demeurent la pluipart des joiialliers. Les autres s’appellent Gurapour, / brahimpottr ,
  • i/?39. Ballouva. Ocrcn & IíTc- lampour. 134 VOYAGE DES INDES, bien aiíe de dire fi ce neft qu’vne ville,ou s’il en font faírc déux parce qu’clle ívcft fcparce que park grande riviere d eCorfena, dans vne diftance d’environ huict cens pas,6c il y a tant de mai- fons de l’vn £c de 1’autre cofté de la riviere, que Ton en peut fai¬ xe deux bonnes villes, bien que 1’vne íbitbeaucouip plus petite quel’autre.Depnis la rivierej uiqu’au village d eTomccj L’on com- pte deuxlieiies 6cdemie. Delàa celuy d’ /jftxccx vne,be dc là à la ville d'^flx deux lieues.L’on trouve entre ce dernier village & la ville vn hameau,que l’on appelle5drr>:mais ilfouc fçavoir que l’on done cenõ auxlieux qui n’en ontpoint,ainfi quenous venonsdedire.La villed'osijlx eft fort marchande,& 2 ynfort beau marche, 011 Ton trouve toutes ibrtes de vivres. Le Mo~ gul, qui eft autrefois venu avec fon armee j ufqu’en celieula,y alaiífé des marques du dégaft, que des armées ftnombreufes ontaccouftumé defaire làou elles paftent. Aufortir l’on trouve la grande ville de Bxllouvx, qui en eft éloignée de trois lieiies,Sc a trois lieiies de lá celles d'Oe- rem bí d’I [J'eUmpour, quine font éloignées l’vne ce I’autre que de la porteejdu canon. On laifle la premiere à la croite, 6c l’au- tre, qui a vn bon chafteau , 6cfonGouverneur >articulier, X la gauche. A deux lieues d' Ijjelampour eft Ie village de Txjf'et,bc apres cela, à trois lieues plus avant, celuy deCaJJegxm, d’oii l’on fait deux lieiies jufques à la ville de Callixr, qui eft touterui- née. A deux lieiies de làeft vn petit village, que Ton appelle Quaiampout ^ Goloure d’ou ronpafie par le village dewinge, 6cenfuittepar ^°^Galolc* la ville de Jgudamp our, odd fefaitbeaucoup de'toiles, 6c par celle deDomo, X la ville de Txmbx, qui eft à fix lieues de Gxlourr. La ville de Tambx eft aflez grande , 6c fortpeuplée. Elle eft fituéefurlebordd’vne riviere, dont je n’ay pas pu fcavoir Ie nom 5 car celuy de Coynx, qu’ils luy donnent, eft general, 6c fi- gnifie vne grande riviere. Ses habitans font Benjxn5 oulentives, qui vivent du commerce, ou du Jabourage. Depuis la ville T’rfw^rfjufqu’au village de Morel il y a deux lieues,de là à celuy deSuppera deux lieues,XBeloure quatre,6c en fuitte jufqu’au bourgde merxd,dex\xlieues.Ce bourgeftà neuf lieues des montagnes de Bxllxgxttx, 6ca’dans ion voifinage vn village ,nommé Pxtxn, ou íèretiroitvninfigne voleur, nom- mé Hiavogky, qui rançonnoit tous les paflans impuncment, parce qu’au premier advisqu’on luy donnoit du defiein que l’on
  • DV 'SrMANDÈLSLO, LIV. I 245 Ton avoit íur fa períònne, il s enfermoit dans Ia montage , ou 1638. il eftoit impoífible de le pourfuivre. De Werad)u(qa'm village f)e Helirv.ic^p 8c à la riviere , qui y paílè, ily atrois grandes ieucs. Cette riviere, qui defcend de lavillede chavry, qui eftcloignéedetrente-fixlieucs dece village, n’a pointd’au- tre, nom, que celuy du village, quoy qu’onluy donne auííi celuyde Coyna, parce que e’eft en effet la plus grande de tout leRoyaumede tuncam. Depuis la rivierejufqu’au village de Ci att.im.xtta , qui eft dans les montagnes de Balxgatta, il y a trois lieúes, 8c delajufqu’au village de Poly ilyenaencore trois. Ce village eft fitué au pied de la montagne, qui eftfort rude 8c tres-faícheufeencelieu-là. On fait de Ià jufqu’au village de Camburley deux lieúes, 8c en iiiittejufqu’a celuy de Chipolone deux autres lieiies. Ce dernier village elt íitué íur la riviere de Ghoyhbeer, qui tombe en celle qui pafle à Heh rv.u e’eft pour- quoy 1’ons’y embarque pour aller par eau jufqu’a Babul, qui en eít éloignée de feize lieúes. L’on y embarque auíli les mar- chandifes, que Toai y porte de tous les endroits du Royaume, en payant vn Lann 8c demy du Candy > quifaitquatre quintaux 8c demy de la voi ture. La ville de Babul eft íltuée fur la riviere de Kalcwxc^o, à dix-*Dcfcr;ption de feptdegrez quarante-cinq minutes de deçalalignej quoy que la ville dc Da- Zmfchoten lametteàiS. degrez. C’eft fansdoutevne desplus buL anciennes villes de toutle Royaume j mais aujourd’huy elle 11 any portes nymurailles, 8c toutes fes fortifications ne con- fiftcntqu’en deux batteries, que l’onafaites ducofté dela ri¬ viere, fur lefquelles on voitquatre pieces de canon de fer. Le bois, que l’on rencontre à la main gauche en entrant dans la riviere, reprefente vn grand chafteau, 8c l’on defcouvre auffi- toft au pied de ce bois vne tour blanche, quifert àePagodt ou de Mofcjuée, 8c de marque infaillibleaux pilotes. L’entree de la riviere eft alTez difficile, parce que l’on rencontre à l’em- boucheure vn banc de fable, qui demeure à fee avec le refl uxj de forte qu’en y entrant il faut toufiours tirer vers le Sud, par¬ ce que Tony trouve, mefme avec la baíTe marée,iufqu’à cinq ou fix braffes d’eau 5 fi ce n’eft à l’emboucheure, ou il n’y a que douzeou quatorze pieps d’eau, au plus. La rade eft fort bonne à vne lieuede la riviere j mais elle eft fans comparaifon meil- leure à quatre lieues de là; dans labaye deZanpuixyra. A dou- II. Parcie. Hh
  • 244' VOYAGE DE'S INDES; 1638. ze lieues de la eft le havre, ou la rade de Ceitapour, qui eft à vingtlieui5sdeGorf,a i7.degrez 10.minutes, & eft fans doutela meflleurede route la cofte; parce qu’en moiiillant dernere Rafapour. riile,quilacouvre, l’on eft à convert detousles vents.A trois lieúes delaeft lavillc de Rafapour, qui eft vnedes meilleures villes maritimesdu Royaume de Cun cam. La Baje de WtngurU á dix-neuflieúes de Rafapour,8cà trois des ijlas quemadas, n’eft pas incommode : mais nous ne pourrions pas nous engager a vne deicription plus ample, fans deflein de preparei icy dela matiere pour vne carte maritime: ce que nous ne prctcndons point faire. 1 *s habitans de Les habitans de D alui font Payens 011 Mahometans, qui z>abu!. traiiquentprincipalement defcl, que Ton y apporte d'Oram- banwura, Sc de poivre. Autrefois il en partoit p lufieurs bafti- mens pour le Golfe de Perfe, gepourla mer rouge 5 mais au- jourd’liuy le commerce y eft tellement mine, qua peine en- voyent ils tous les ans trois ou quatrc mcfchan^ vaiílèaux a Gamron .Les droits, que les marchandifes y pay cut font de trois & demy pour centunais les Angloisn enpayentque lamoitic. habitans dc Les habitans du Royaume de Cuncam ou Decam, quoy que la Decani. . p}us t Benjans ? ne kilfentpas de manger de la chair horfmis de celle de bocuf, devache, debuffle, oudeporc. Ils ont de la veneration pour le bocuf Sc pour la vachc j mais le pore leur eft cnabomination. Enleurfaçonde vivre, auxmanages,en- terremens, purifications, & autresceremonies,ilsmutentles Benjans de Guxuratta. Leurs maifons font de paille,& les portes font fi petites, que l’on n’y peut entrer qu’en fe courbant. L’on n’y voit pour tous meubles qu’vne natte, fur laquelle ils couchent, & vnefoffeen la terre, oiiils battent le ris.IIs s’ha- billcnt de la incline façon que les autres Benjans, finon que leurs fouliers, qu’ils ãppcllcntJ^/parcas, font de bois,qui tien- nent for le col dupied par quelques courroyes. Leurs enfans vonttoutnildsjuiqu’al’aagedefeptouhuiftans, Seilsfont la plus part orfevres. Il y enaauili parmy eux qui travaillcnt en cuivre, Sc ils ontdes medecins, des barbiers, des charpcntiers Sc des maffons, qui travaillent pour les Mahoinetans,pour les autres Benjans, Sc pour les i’arfts , qui y font cn plus grand nombre, que les Decantns Sc les Caiiarins. Ils fe fervent des mefmes armes que les/» d Scontceladecommun avee
  • DV Sn DE MANDELSLO, LIV. II. t+J íux, qu dies ne fontpas d bonnes que celIesdeTurquieou 16 ; 9, del’Europe. J Lear principal commercéeft depoívre,quel’on tranfporte par mer en Perfc,ãSttratta Seen Europe, ôcde vivres,dont tou- tesles Provinces voidnesfe foumiíTent.II s’y faie encore quan¬ tia de toiles, que 1’on tranfporte auífi par mer hors du Royau- me, & ils trafiquent fort par terre ,avcc leshabitans d’/«- doJlhitM) de Golcanda,Sc de la cofte de c oromandd,ouús portent de toiles de cotton, 6c des eftoffes de foye.Ilyagrandnom- bre de Ioíialiers a Vifiapour, 6c 1’on y trouve quantité de per¬ les; mais cen eftpasla,ouiIfautchcrcherle bonmarchéjpuis qu’on les.y apporte d’aillcurs.11 fefaitauífi quantité de lacque dans les montagnes de Balagatta ; mais ellen’eftpasd bonne que celle de Gwzuratta. Les Portugais y font vn grand commerce, Sc particuliere- ment avec lés marchands de Ditcauly Sc de Banda,, qui ne font qu a trois ou quatre lieiies de Goa, en achettant le poivre à íept reaulx le quintal, ou à huict, en dormantenpayement des eftoffes, ou de la quinquaillerie del’Europe. II y a dans le Royaume de Cuncam vn certain peuple, qu’ils Venefar*, pea- appellent Vcnefars, quiachettent le bled 6c le ris, que 1’on ap- plcsde Dccam- porte au marche dans les villes vne fois la fepmaine, pourde revendre dansl índojlhan, Sc dans les autres Provinces void- . nes 5 °U ils vont avec des Caffi/as, ou Caravances de cinq ou íix, bc quclque fois de neuf ou dix mille beftes de fomme 5 avec lefqucllesils emmenentleurs families,& particulieremêt leurs femmes, qui manient l’arc Sc la flefche avecautantd’adreile que les hommes, 6c íé rendcntparce moyen redoutables aux Rasboutes, qui neles ont jamais oféattaquer, non plus que les Coulters, qui volentimpunément les paffansj parce que les Ra- jas, qui lesdevroienttairepunir,lesprotegent. 11 y à deux fortes de monnoye au Royaume de Cuncam-, t a rronooyc fçavoir les Larins ou Lamqui vicnnent de Perle, Sclcspago. JtDcc- ra- des. Huit Laris du coin de Perfe font vne pagode, qui vaút dix Laris de Dabul, parce que Ton y altere letitre de i’argent. lis ont auífi vne certaine petite monnoye de cuivre, qu’ils appel¬ lant bafarucejues, dont les neuf font vnpeyfe, Scdix-hmtpeyfés vn L am. Mais dautant qu’il n’y a point de ville, Sc mefme qu’il n’y a quad point de village, qui n’ait ía monnoye marquée à Hh ij
  • VOYAGE DESINDES, i 6 39. fon coin j il eft impoíftble d’en fixer la valenr au jufte. Outre qu’xJs’y trouve tantde faufle monnoye, qu’encores qu’il ne fe fafle point depayementquen la prefence du^iV.tf, ou chan- geur,Pon a neantmoins beaucoup de peine à s’en defendre: car fes chàngeurs mefines ne laiftent pas d’y en faire couler parmy la bonne , nonobftant les peines eftablies par icsloix contre ceux qui font, ou qui debitent de la fauiTe monnoye, qui font fort rigoureufement executees. Lepoids. L’ons’y fertdumefmepoidsqu’auRoyaumcleGuxuratta -r finon quezo. Maon de Surma en font 27. de Cumcam , & le Maori ordinaire, qui eft àe^o.Ceeres & de 16. pc fes, fait vingt- fept livres, dedeux marcs chacune. Iis ont vn ioids particu- lierpour lcpoivre, qu’ilsappellent GoemyyScpeb douze Maori, quatre Maori font vn quintal, 6c vingt vn Can dy. famcfttribu!' Le Roy de Cuncam,o\ideVifi*pour, eft tributaire du Mogul-, tâirc HuMogul. particulicrcment depuis les defordres, qui y arriverentfous le Hirtcir-ede R0y idal-Schach: àcette occafion. Du temps du Sulthan Ibrahtm-Schach, pere c’ldalfchachjly avoit au iervice du MaiftredclaChapelle,oule la Mufique du Roy,vn efdave,nomme chavas,homme d’ebrit Sc de cceur &d’vnehumeuragreable,6cííengageante,que.e Roy, quile connoiíToit, le demanda á fon Maiftre,& luy donna , apres plufieursautresemplois,rintendance de Pappartement de fes femmes. Mais fon maihcur voulut, qu’vnjour le Royluy ayant demande à boire , on luy en fervit dans vne boutcille graife, quiíèntoit rbuile: cequifutcaufe,queleRoy luy commanda de fe retirer.Neantmoins ia diigrace ne fut pasfi grande, qu’il ne luy reftaft des marques de 1’amitié, dont le Roy Pavoit hon- nore : car il luy donna la charge de Capitaineie la Porte du Chafteau 6c le Gouvernement de la ville jou il ft paroiftre tant de conduite, que le Roy fe trouvant au lift delamort, Sc Mujht Qui c(l fait facha», fon favory, ne/e voulant point chargeide la regence , r < 'Mr.-, -U pendant la minorité du Prince, qui n’avoit qu* dix ans , l’on donna cette haute adminiftrationàcLt-v.u, qii eftoit en pof- feffion deladignité de cha»,ilyavoitlong-tenps.Lesdixan- nées de’fa regence eurent Papprobation de tout le peuple: mais Idalfchach ayant atteint l’aage de vingt ans, commenca as’en- nuyer , defe voir fous latutele d’vnefclave revolte, Sc à con- damnerouvertement lafamiliarité quil avoit avec la Reyne
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. II. 147 famere. Il avoir auífi engage PEftat dans vne guerre fort in- 1 6 3 . juíle,2c extremement ruineufejparce qu’encore qu’ilfill payer tous les ans aux deputes du Aí eg#/,les trente millions decodes de tribut, quele Roy luydevoir,ii lesfaifoitattaquer à leur retour, 6c voler par des gens apoílés,qui luy rapportoient tout l’argent.LeMogul,Selimh fabetn,qui vivoit alors,s’enplaignit Engage d’abord,cõmed’vn defordre, auquel la juftice obligeoit 1 dal- ^^"gaeãe. chach de remedienmais voyat que l’on íe moequoit de luy,il en¬ tra avec vne armée de deux cens mille combatans dans le Cun- caw,ou il aíliegea le chaíleati de Perindx que quelques Hollan- dois, que Pony avoir envoyés en prifon ,aidcrcnta defendre deux ans durant 5 jufques à ce que la paix full conclue avec le Mogul,apres lamort dechavas-chan, qui fut tué enla maniere fui vante. Iddlfchach donc,ne pouvant plus fouffrir le pouvoir extraor- - dinaireôcinjuíle de fontuteur,commenousvenons de dire , jcsgrandsdé" s’en plaignit aux Gouverneurs des Provinces 2c de fes places, fonRoyaume 6c les pnade veniràfonfecours,contrel’vfurpationdeC/j.tx'<<í- conUC ' Chan .Ils s’aiTemblerent 2c manderent au Regent,que leurRoy eilant dans vn aage capable de Gouverner le Royaume , il eiloit temps qu’il luy remill l’adminillration des affaires entre les mains, 2c que pour cct effetilferoitapropos qu’il fortill du Clialleau, pour aller demeurer dans la ville, comme les autres grands du Royaume-.luy failans connoillre,que s’il man- quoit de defereràleursremonílrances, ils ne manqueroient point d’employer vne partie des forces du Royaume , pourl’v contraindre. Mais chxvas - cban ne pouvant fe refoudre a ie deflaifir d’vne autoritê, qu’il pofledoitdepuis tant d’annees. 6c s’adeurant del’affediondeles creatures, aufli bicn que de celle dupeuple , qu’il avoit eu foin de s’acquerir pendant la Regence, par vne liberalité vrayement Royale,ne lit point de reflexion fur ces remonftrances,jufquesà ce qu’il viffc vne par- ^ ^ ^ tie des grands, avec vne arm be de trente mil homines, aux por- p^a'fuTb v", tes de la ville. En cette extremité il prit vne refolution, qui defon Prince, acheva de leperdre. Car s’hnaginant, que le peuple l’aimoit affez,pour lc proclamer Roy,s fln en avoit point d autre, il re- folut de fe défaire de fon Prince, 2c de le tuer de fa main. P our ceteffet , 6c avec ce deffein il fortit de fa chambre vnenuit, pendant que l’armee n’eftoit qua cinq lieiies de la ville, 2c Hh iij
  • 24? • VÕYAGE DES IN DES, í(^39- cílant arrive à la porte de 1’appartement du Roy, parceque !es gardes ne fi rent point de difficulty de IelaiíTer pafler, & 1’ayant trouvée fcrmée, contrela coultume, il la voulutforcer: Alais le Roy s’eilant efueillé au bruit, demandaqui c’eftoit. Href, pondit que c’eiloit luy, & qu’ilavoit àluy com;muniquer des lettres d’importance , qu’il venoit de recevoir jprefentement des chefs de ípn armée.Le Roy luy reípondit, quiel’heure n’é- toit gueres propre pour lire des lettres, & qu’il revinílle ma- ' tin, s’eilant fcvé en rriefme temps, alia au m xhstloú appar- tement de la Reine, à laquelle il fit le recit del’audace que ChxvM- chan avoiteiie,d’aller à la porte de íà chambre al’heu- re qu’il eíloit. La Reine qui ne manquoitpoint d’eiprit, en fit QimI ic pre- vn fimauvaisj ugement,qu’il futreíôlu fur le champ,que 1’on íè cnt. deferoit au pluíloíl de cepernicieux Mimílre. L’on en donna la commiffiô à vn Ueldar, ou Gentil-homme de La chambre du Roy,& à vn nommé chideram,grand Fauconnier,& Intendanc des Beliers 6e des Bufles, que le Roy faifoit nourrirpourle combat. Dés que lejourfut venu, le Roy feprefentafuríòn Throne , accompagnb des deux Cavalliers, qui s’eiloient charges de cette execution, Scayantfaitvenir Ch
  • DV Sr MANDELSLO, LIV. I. H9 conter davantage, lay reípondit: traiítre e’eit moy, fe jettant 1638. en mefinc temps fur íuy,il luy coupa la tcíte. Cette action bruf- que íurprit teUement le frere de chavat-chan3 qui eítoit Capi- taine de Ja porte du chaíteau,trois Chirurgiens, 1. Capitaines, amis de Chavas, Se quelques autres parents, qui s’y trouverent freíens, que non feulement ils ne fe mirent point en devoir de > en empefeher^ mais ils luy donncrent le loiílr de les tuer tous, fans qu’il y en euít vn íèul, qui fe mill en eílat de defenfe. Chuvas c han avoit parmy fes domeítiques vn certain Caffre, lequclayantfceulamort deíon Maiitre, courut aulfi-toftau chaítcaiijà dcllèin de tuer le Roy: mais il rcncontra en chemiri environ trente roldats,qui 1’arreítcrenr, quoy qu’il en tuaít dix de ia main, Se euít achcvé le rclte,s’il neuít elté accablépar le nombre , qui s’augmentoit à mefure, que le bruit de ce defor- dreseípandoitparlaville. Onluycoupala teíte,quel’onpen- dit, comme vn tropliée, au clocher du clxaíteau. Vne des creatures de chuvas - Chat7, nommé Morary, s’eitoit ScS amis avanceavec dix mille chevaux juíques à cinqlieuesdeFV/ííí- mettent en de-' pour: de forte que le Roy apprchendant, que ce General n’af- d^vcllSet femblaít tous les amis du defunct, le fit declarer traiítre de fonta ra°rt‘ Prince, Se mit íàrcíte àpnx. Sonarméemcfme íe íãifit deíà perfonnc, Se fçachant qu’vn autre Seigneur, nommé Rundelo, marchoit au fecours de chuvas Chan, Se s’approclioit à defiein dejoindre Morary, ellePenvoya, par vn chemin deítourné, à la ville,oii il arriva fur les huict heures dufoir.il fit dire auRoy, que s’illuy vouloit faire grace de la vie, Scluy donnerle coni- mandement des Brammenes, il luy payeroit tous les ans vingt mille pagodes: maiscesoffresfurentrejettées, Sc leRoy com- ✓ manda qu’on luy coupait les deux mains, Sc la langue,& qu’en cét eitat on le promenaft par toute la ville: mais il mourut par Ie chemin. Lâ ieule action, qui avoit deferié le miniítere de Chuvas- ingratitude de chan, cefutladiigrace de Muftafa-cban. C’eitoitlcSeigneur (9iia^as 'nvcI* de toute la Cour, qui avoit 1c plus de credit aupres d’Ibrahim- acur!U1 Schich, Sc fur lequelcePdnceavoitjctté les yeux pour la tu- tclledu Prince ion fils 5 mais il s’en excufa, Sc recommandale merite de Cha vas- Chan, qui le paya de la plus grande ingratitu¬ de , dont l’on ait jamais ouy parler.f Aiz/.rs- chan vouloit que ce Seigneur appuyaitde fon autoricè tout ce quife faifoit pendant
  • i5o VOYAGE DES INDES, 1Í38. Le Mogul s’in- tcrcíTc cu la fortune de Mu- ftafa Clian. Le Roy de De- cam peut tnet- tre di ux cens mil hommes fur pied. ^arcgence, & vovant quhleftoitimpoíEbledele corrompre, il reíoluc de s’en défaire,cn faiíant accroire au Roy, que cebon vieillard avoic deílèin fur fa vie.Ce jeune Prince, fuivantaveu- glementlesmouvemens que fon favoryluy inípiroit, refoluc de s’afleurer de íà períonnerce qui oblú;eaM»/7,*»,qui en futaverty, à letenir íur íès gardes, & a fe fortifier dans íamai- íon, ou il s’eftoit enferme avec 1'ept cens chevaux, & avec deux mil hommes de pied. U y fut aíhegé das Ies formes,avec dix pie¬ ces de canon, èc apres vn ílege de fix j ours, il fut contraint de fc rendre à diícretion 5 parce que la plus pare de fes gens,& mê- mes fes domeftiques 1’abandonnerenr. / dal Schach ayant fceu que Chavas-Chan avoit deíTein de faire tuer Aiuftafit- chan, ou au moins deluy faire creverles yeux, 1’en empefcha, en luy re- prefentant Ia part que le Mogul, qui eftoit fonaliié, prenoiten Ia fortune de Mujlafa, & 1’obligea parla à 1’envoyer priíonnier auchafteaude Bellagam chapour, neluylaiílàntdetoutíbnre- venu, que cinq Pagodes par jour pour vivre. JLtd.cfa.itle MognlSchach-I ahan nefceut pasíi-toftla difgrace de Mujlaft-Chan,qu?ilenvoyadireàIdal-Schacb,quileuítàle remettre en liberte, & en la poíTedion de fes biens, ou quil fe- roit oblige de luy declarer Ia guerre, idal Schach promit de faire Pvn&Pautre, mais Chuvas - Chan en eludioit l’effetj de forte que Mujlafa- Chan ne íortit de Ia prifon, qui’apres la mort de chavas: apres laquelleil fut reftably en íàprexniere dignité ou il joiiiíToit de prés de dix millions de Pagodes cHerevenu tous, les ans. II entretenoit ordinairementmilledomeftiques, trois mille chevaux à fes gages, íãns ceux quil nourriíToit chez luy. Chideram-chan ,qui avoitaffifté àla mort de chavas-Chan, eíloitceluy quiavoit leplus de credit apres Mujlafa, & apres luy .-igu raft, quieíloit Gouverneur general deschafteaux de Bonda, Perinda, Salpoure &C Bellegam chapour. C’eftoit vne des creatures de Chavas- Chan; c’eil pourquoy il íe trouva bien def cheudeíbn credit apres la mort de fon protefteur, quoy que d’ailleursilnedemandaft qu’à fc tiefeharger du four des affai¬ res^ caufe de fon aage. Ondit que le Roy de Cuncam peut dans fort peu de temps mettre deux cens milhommesfurpied: maiscomme nousve- nós de dire,ilefttributairedu Mogul.Mdelham- Vc/j4c/;,biíayeul d7dal-Schach} prit en l’an 1586. deux fois la ville de Goa fur les Portugais:
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. Pourtugais:mais côfiderantenfinquecetteguerreruinoitfon i 65 9. Eftar, íl fit vn traitté avec eux, par lequelilleurlaiílàlepaís de Salfette avec foixante-fepr villages, celuy de Bardes avec douze, Sc celuy deTifuary avec trente villages, à condition queles habitans de Cuncam joiiiroient de la liberte du cõmerce par toutes les Indes 3 àla charge pourtant qu’ils íèroient tenus devendre toutleurpoivreauxmarchandsde Goa,quiavoient fait vn traitté genetal pour cela , à peine de confifcation. Mais ce traitté n’a pas efté íl bien executé, que de part Sc d’autre íl n’y ait eu de temps en temps de grands mefconten- temens, qui efclaterent en Pan 1635. par vne tres-fafcheufe rencontre. Car fur ladvis queles Portugaiseurent, que qua¬ ere vaiíléaux du Roy,qui alloient à Mocha Sc en Perie, eftoient en partie chargez de poivre,ils envoyerent quatre fregattes en mer,quiattaquercntles vaiileaux duRoy,ouils trouverent vne vigoureufe refiftance, en laquelle vn Capitaine Portugais fut tué. Mais les Portugais ne laiilerent pas de les prendre , Sc eftant arrives á Gqa ,tuerentdeíàngfroidtous les Indiens qui furent trouvés dans les vaiiTeaux: de forte que Ton ne doutoit point, que le Roy de Cuncam nedeclaraíUa euerreàla ville de Goa. 5 II n’y a point de Prince en ces quartiers-là qui ait tant d’artil- son artilicrie. Ierie que Iuy.il avoit entr’autres vne piece de canon de fonte , qui tiroit présde huicl cens livres deter, avec cinq cens quara- te livres depoudre fine 3 cequifaifoitvnfieilrangeefFet , que 1 ondifoitqu aufiegeduchaileaude Salapour lc premier coup avoit abattu quarante-cinq pieds de muraille.Celuy quil’avoit fondue eftoit Romain, Sc le plus mefehant de tous les homes : ay ant eu 1 inhumanite de tuer fon fils de fimg froid, pour con- facrer cette piece monftrueufe defon fang, Sc de faire jetter dans le feu ,ouiI avoir fait la fonte, vn des treforiers du Roy , quiluy vouloit faire rendre compte de la defpenfe , qu’il y avoitfaite. Mais il eft temps de pouriuivre noftre voyage. Ley.Ianviernousarrivámes de grand matin devant7la vil- LaTilIede ledeBap'm. Nous nousapprochâmesdelaville, d’oiile Gou- verneur Portugaisnonslaliiade fept coups de canon, Sc nous refpondímes à là civilité de trois autres. Nous yattendlmes plus de quatre heures vn Iefuite Portugais, que nous avions promis de conduire à Goa 3 mais voyans qu’il nevenoit point,. II. Partie. " Ji
  • i 6 3 9. JR.aíiapour. Artimit àe. taniGoa. \ VOYAGE DES INDES, nous reprimes noftre route. Nous n’avions pas encore fair vne lieue,quand nous vimes fortir du port vne frcgattcPortugaife; ce qui nous fit croire qu’elle nous amenoitnoftrelefuite, 8c nous obli^ea à amener nos voiles pour 1 attendre.mais lc Ca- pitaine nous dir, quele Gouverneur prioit le Prcfiácnt dc ioui- frir que fa fregatte puft aller à Goa/ous la protedion du pavil¬ ion d’Angleterre, parce qu’il apprehendoit larencontre des Hollandois, qui courent inceílamment cette cofie. Il nous fit preient de la partdu Gouverneur, dc trois buaifs,dc quel- ques moutons , dc pain,de plufieurspaniersdecitions 8c q o- renges, & de plufieurs autres rafraichiiTcments, avee lefquels nous continuâmes gayementnoftre voyage. Lc Mcrcrcdy 9. Ianvicrnous p3ÍSiirncs5a.vcc vn bon vent du Nort,les Ifles de B.xndera 8c de BtmLxy, qui s’eftendent lc long de la code , depuis Bucim jufques au deflus de Rafiapour .Celle de Bombay eft afles grande, 8c a vn fort bon havre du cofté de la terre ferme. Le 1 o. nous pafsâmes à la veuc de la ville dcRufuipour , qui n’eft qua vingt&vne Iieues de Goa. Apres difner nous pafsa- mes devant la ville de FingerU , a quatre lieuisde 604,011 les Hollandois ont vn bureau pour leur commerce, 6c fur le foir nous deícouviiímes les I lies qui iont aupres dc Goa, &_ en iiiit*- te les deux cliaftcaux , qui defendentl entree de cettc belle ville. r t r 1 Lelendemain n. Tanvier nous mouillames 1 anchre ious le chafteau de Guarde, à vn quart de lieue de la ville.Nous ti ou- varnes dans le havre fix gallions 6c vne carracjuc , que nous iiluames de noftre artillerie. Le vaifleauMarie tira vingt-cinq coups de canon, l’autre neuf6cle trofiefmecincp Le Gene¬ ral ues gallions nous renditlefalutde fa plus groile artillerie. Le chafteau nous falua de trois pieces debatterie, Ôcnousluy reipondimes de noftre bord de cinq coups ^ 6c les autres deux vaifteaux,1’vn decinq 6c l’autre dc trois coups. Incontinent apres nous vimes arriver vn Capitaine Portugais, qui fit le premier complimentauPrefidentde la part
  • DV Sr DE MANDÊLSLO, LIV. II. 2J5 priale Prefident d’entreravec luy dansfagondole, & le vou- 1619 Iut obligeràíe venir raffraifdr dans fon gallion : mais le Pre¬ sent s’en excuíâ , le pria de luy permectre d’aller à la ville, & luy promit qu a fon retour il fe donncroit 1’honneur de luy rendrela vifite dans Ton bord. CesgaIlionsn’eftoient-là que pour garder le havre, contreles douzenavires Hollandois qui pretendoient blocquer laville de Goa du cofté de la men Lors que nous y arrivamasils s’en eftoient éloignés, pourfe remettred’vn combat, dans lequelilsavoièntperdu deux de leurs navires, quelques joursauparavant, par le feu que les bruflots y avoient mis: mais lelendemain nous les vifmes reve-- nir, & mouiller à la rade, pourempefcherlacarraque de for- tir, pendant que les fregattes, & les petits baftimens, qui pou- voient aller le long de la coftc , ne laiíloient pas d’y porter toutes fortes de vivres & de marchandifes :jufques-là , qu’en vn íeul jourj y vis arrivervne Caravanne de plus de trois cens barques, chargees de poivre, de gingembre , de cardamom, de fuccre, de ris, dc fruits de confitures. Le Prefident, quien montant la riviere, faiíoit íònner íes trompettes, futdioit a la maiíon du Fiador de la fafende,qui cíl commel’Intendantdes Finances 5 parce que c’efloitavccluy principalement,qu ilavoit a negotier l’affaire,qui l’avoit obli¬ ge a paíler a Goa. Le Fiador eftoit malade aulict,mais il ne laiílà pas ue recevoir lePrefidentavec toutc la civilité imaginable,& luy promit de luy rendre en fes affaires tousles bons offices, qu il devoit attendre, de 1’amitié qu’ils avoient contraclée en- tr’eux il y avoitlong-temps. Au fortir de Iàle Prefident íè fit porterdansvn Palanquin, juíquesaulogisqu’onluy avoitmar¬ que: ouilnefutpasfi-toílarrive , qu’ilenvoya demanderau- diance au Vicc-Roy, quiluy futaccordée en mefine temps. Le Palais du Vice-Roy eftoit fitué fur la riviere, c ell pour- quoy nous rentrâmes dans la barque pour y aller. Nous trou- vames fur le bord de la riviere plufieurs Hidalgos ,ou Gcntils- hommes de lafuitte du Vice-Roy , qui nous conduifirent j u.C quesdanslafalle, ouil devoit donner audiance au Prefident. Lc PreSJcnt Anglois vifite If V cc-Roy de Goa. Les gardes, qui eftoient habiiíes de livrée, avoient pns les armes, ôc s’eftoient mis en haye dans I’antichambre , par la- quelleon entroit dans lafalle, qui eftoit richement meublée, & pleine de pourtraits de pluficurs Princes dci'Europe. Le ii ij
  • 154 VOYAGE DES INDES, J^39* Vice-Roy, quieftoithabilléde noir, aufll bien que toute fa Cour,eftoitaífisdansvnechaife, 6cfeleva , jufquesàce quil euft fait afleoir le Prefident. Tout le refte de la compagnie de- meuradebout devantle Vice-Roy, à la reíervede quelques Gentils-hommes,qui nous menerentà vne des croifées, pour nousentretenir. Apres que lcPreíldent euftachcvédeparler de íes affaires, il pritcongé du Vice-Roy, qui le conduiíit juC- qu a la porte de la falle, ou il fe tint defcouvert, jufques à ce que nous fuflions tous fortis.Les mefmesGentils-hommes,qui nous avoient receus au fortir de la barque, nousramenerent jufquà la riviere, nous faiíàns retnarquer en paílant douze beaux chevaux, íuperbement couverts 6c enharnachés , que l’onyavoitfaitvenirexpres, pour nous faire voir la magnifi¬ cence du Vice-Roy. Nousy vifinesauilivn Biggcl, quieffc vn animal de la taille 6c de la couleur d’vne Renne, mais il reífèm- bleparlatefteàvncheval,ayantrencoleure chargéc depoil, comme vn afne, les pieds noirs 6c fourchus, 6c la tefte ornée de deux petites cornes noires. Nous n’eumes pasfi-toftachevédedifner à noftre retour, que nous-nous vifinesaccablésdevifites. Laplus part des Sei¬ gneurs Portugais vinrent íàluer Je Prefident, 6c iln’y avoir point de Convent de Moines, qui ne luy envoyaftfes depu- tcz, pourle complimenter. Les dix jours que nous demeurâ- mes à Goa , ne furent employes qu’en des vi fites reciproques, 6c en des feftins continueis, que le Vice-Roy nous faifoit faire par les principaux Seigneurs de fa Cour. Vn des plus beaux fut celuy que nous fit le 15. Ianvier vn Seigneur Portugais, qui avoit efté Gouverneur de Hacim, 6c qui venoit de l'uc- cederaugouvernement de Mozambique. Chaque fervi ce n’e- ftoit que de quatre plats de viande , mais on les changea fi ibuvent, 6c les viandes eftoient fi bien appreftces, que je puis dire avec verité, que jene me fuis jamais trouvéà vn fi bon repas. Car bien que ces quatre plats ne rempliííènt point la table, quieftoitgrande6cde plufieurs couverts, I’onmeiloit tant, 6c de fi beaux fruits parmy la viande, qu’ils refveilloient à tous momens l’appetit, par le changemcnt continuei de Pvn 6c de l’autre. Mais ce qu’il y eut de plus confiderable, ce fut, qu’encore que les Dames Portugaifesne ioient pasmoins re¬ tirees que cedes desMofcovites 6c desPeries, ceCavallier,
  • t>V Sr MANDELSLO, LIV. II. lJ5 fçachant qu’il obligeroit infiniment les Anglois,en leur faifant iíio. voirdes femmes, nous fit fervir par quaere belles filies de Ma¬ lacca, pendant qu’il fe faifoit fervir en ion particulier par deux pages, &parvnchaftre. Cesfillesportoientlaviande,&: nous fervoient à boire, & bien que luy mefmene beuft point de vin, il vouloit que les Anglois veícuíTentà leur mode, &en prifient a leur ordinaire. Au iortir de la table, il nous fitentrer dans vnegrande chambre, oui 1 nous conviaencore à boire, Sc lots que le Prefident voulutprendre conge de luy, il luy fit prefent d’vne tres-bellecouverture de Watte,d’vne couverture de che- val piquée, d’vne belle table Sc d’vn beau cabinet delacque. Le lendemain io. nous allâmes difneràla maifon Profeife Les icfunesfe des Iefuites, qui nous avoientpriés à vn feftin magnifique. 11 Goa lc trai:iêt- y avoit en cette maifon cent cinquante Peres 5 Sc pour le mõins autantd’efcoliers : Scneantmoins ce grand nombre ne rem- pIiiToit point ce grand baftiment, qui avoit fesquatre eftages, & la plus belle veuedu monde 3 taqt fur lamer, que du cofté delaterre. Ilsnousfirentvoir d’abordtoutesles commodités de la mailon, leurs richefles, Sd’ordre qu’ils faifoient obfer- veren route leur oeconomie. Apres cela ils nous firent entrer dans vne belle íàlle voutée, auifi grande qu’vne Egliíè, qui eftoitpleinede tables, poféesle long des murailles. La nappe y eíloit déja mife, avec les aifiettes, & les tafles & les pots de terre, &l’ony avoit fervy du pain & du fruidt. Au milieu de la fallcefioit vne autre petite table quarrée, couverte & fer- vie comme les autres, pour ceux qui devoient faire penitence, pour avoir peché contre la difeipline de l’ordre. Au milieu du veitibule de cette íàlle eftoit vne colomne, de laquelle for- toit vn filet d eau, dont l’onielervoitpour Iaver les mains. Apres cela Ton nous fitmonterau troifiéme efiage, dans vne autre íàlle , qui n’eiloit pas route à fait fi grande que celle d’embas, maiselle eftoit tres-richement meublée, & repre- íèntoit parfaitement bien l’appartement d’vne tres-puiflante maiion, tantenfes tapifteries, qu’en fes autres meubles. La table, que l’ony avoit dreftee pour nous, eftoit fort grande, &. eftoitpoféeau milieu delafalle, couverte d’vne belle nap¬ pe, chargeedefruid&depain, & de vaiflelle deporcelaine, que les perfonnes de qualitc de ces quartiers-là eftiment bien plus que celle d’argenr. Ii iij
  • voyage des indes, i 639. LePereProvincial, aprcsavoirdonnéIa premiere placeâu Fcftin cn la Prefidenc, s’affit auprés de Iuy, 8c fit en fuicte placer tous ceux de noftre compagnie, meflanc parmy nous deux lefuites,pour nous entrecemr,Se faiíànt tenir les autres debouc derriere nous, pour nous fervir. L’on apportoit les viandes dans de pecites eicuelles de porcelaine, Sc i’on nous donnoic à chacun de nous Ia noftre, Sc ce à plufieurs fervices, de chair Sc de poiiTon, par- faitement bien appreftés. Le deiTerc refpondoic- fore bien au refte dufeftin, Sc confiftoit cn tartes, tourtes, gateaux, oeufs à Ia Portugaiíè, admirablement bien parfumés, maffepains Sc confitures, feiches Sc liquides. Accompagnc Aufortir de la table l’on nous conduifiten plufieurs cham- d'vn bailee. bres, oil Ton nous Iaiili, pour prendre le repos ordinaire, pen¬ dant la plus grande chaleur du jour. Ily avoit dans chaique chambre trois lids, Sc au milieu fur vne table , vn grand vafe de porcelaine, plein d’eau fraifehe. Apres cela l’on nous vint prendre, pour nous mener dans vne ialle, oh l’on nous donna le divertiflement d’vn ballet, que l’on fit danfer par desenfans de quelques Indiens, qu’ils avoient baptifés, Sc in- ftruits en la Religion Catholique Romaine. L’Archevefque deGorf, quieftPrimatdetoutesIes Indes, s’y voulut trouver enperionne, tant pour prendre íà part au diverti dement, que pour entretemr le Prefident, par l’ordre du Vice-Roy. Le Alai fire à danfer fit la premiere entree ieul, Sc fit ailez bien pour vn P ortugais.Les habits des daníèurs eftoient fort beaux, maisilsn’avoicnt point demafque, Sc n’avoient point d’autre coiffure qu’vne courõne de fleurs. La plusbelle entree,Scquifit connoiftre le iiijet du ballet, eftoit de quinze perfonnes,qui ve- noient chargees, partie de pieces d’vn pilier brile, partie de feftons de plufieurs diverfes fleurs, dont llsornerent lepillier, apres qu’enfuitte de plufieurs paílàdes , ilsl’eurent compofe Scredrefle entierement, le tout en cadence. Du boutdecepil- lier fortit vne fleur, faite comme vne tulipe,qui s’ouvrit delle- mefme, pendant que l’on danfoit , Sc I on en vit fortir vne image de la Vierge, tenant fon enfant entre les bras, Sc le pi¬ lier mefme s’ouvrit en plufieurs endroits, pour jetter de l’eau defenteur, comme d’vne fontaine. Apres qu’ils eurent encore danfé quelque temps, ils defirentle pillier de la mefme façon qu’ils l’avoient pofé, Scfe retirerent en bon ordre. Les Iefuites
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 2)7 nous dirent, que par cette invention ils reprefentoientla peine K>39- qu’ils avoient eue, à fonder parmy !es Paycns 6c les Mahome¬ tans de ces quartiers-làPEgliíè de Dieu,dontNoftre Seigneur cft Ja íèule colomne, ou maiftreflé pierre du coin. Apres ce¬ la il y cut vne entree de douze jeunes garçons,qui chantoient 6c joiioient chacun d'vn inftrument different, aufli en cadence. L’on fit auffi vne entrée de Morifques mafqués, qui danfe- rent aux caftagnettes , 6c reípondoient àlamuílqueavectant de jufteífe, que je ne vis jamais rien de fi agreable.Ils firen- auffi vne entrée dvn liomme, qui eftoit tout couvert denids d oyfcaux, 6c habilie 6c maíque al Eípagnole, qui commença Ia farce de cette comedie par des démarches ridicules ôc bouf- fonnes, 6c Ton acheva le ballet par vne entrée de douze gar¬ çons, habillés en finges, qu’ils nimiterentpasenleurscris6c cn leurs poílures. Apres le ballet nous nous arreftâmes encore quelque temps, pour ouir leur mufique, qui eíloit tout àfait Portugaife. Enprenantcongé de nos hoftes ,ils nous dirent, qu ils en vfoient ainfi-tant pour attirer les Payens 6c les Maho¬ metans àla religion Chrcítienne,par cette forte de devotion moderne,que pouramufer les enfans, 6c pour les divertirapres leurs eftudes. I e i8. Ianvicr nous fumes priés àdifner par les Iefuites du college , quils appellent du Bon Ieíus. Nous fumes receusà iefuúes. 1 entrée par queiques-vns des plus anciens qui nous firent voir , dans plufieurs falles 6c chambres, les pourtraitsdcplu- íleurs P rinces, 6c perfonnes de qualité, qui s’eftoient mis dans leur Ordre, 6c les hiíloircs de ceux de leur focieté, qui avoient lbuffert le martyre pour Ia religion Chreílienne 5 parmy Ief- quels les Auteurs delafougade n’eftoient point des derniers. Maisl’on ne s’amufa point à nous en donner Pexplication: feu- lemct íe contenta- on de nous faire vn long-recit des cruautés, que l õ avoitexercées depuis quelquesannées íurceuxde leur Societé, dans le Iapon5 ou 1’Empereur avoit employé le feu 6c lefer, 6c toutee qu il y a encore de plus cruel,contre les Chre- ftiens, tant contre les eftrangers,qui avoient travaillé à Pefta- bhíTement de la religion Chreílienne en ces quartiers-.là,que contre les Iaponois, qui en avoient fait profeílion. Apres nous avoir fait voir tout ce qu’il y avoit de beau dans le College , ils nous firent entrer dans PEglife , qui eft fans-
  • I^- Sepulchre de François Xavier. aj§ VOYAGE DES INDES, douce vne des plus belles que Ies Iefuites ayenc en toutel’Aile. Le baftiment eft grand & magnifique, &fes‘ornementsy ref- pondenc ft parfaitement, qu’il eft bien difficile de voir riende plus beau. Nous vifmes d’abord le grand Aucel, mais bien qu’il full des plus beaux que j’aye jamais veus, iln’avoit rien d’approchanc pourtant des richeftes d’vn autre plus petit, que Ton avoit eflevé à l’honneur de Saint François Xavier ; auquel ils donnent la qualitéd’Apoftre des Indes. L’on nous monftra Ion image, qui eftoit de bois, peint au naturel, Sc Ton nous die que Ton corps íè voyoit encore aujourd’huy en la mefme Egli- fe, au mefme eftat qu’il eftoit lors defondeeds. Les Iefuites nous dirent,que ce corps avoit efté trouvédans rifle de Ceylon, & quil n'avoit efté deicouvert que par vn tres agreable odeur, qui avoit attire ceux qui l’avoient trouvé, de plufteurslieiies loin dans la mer, jufquau lieu ouil eftoit caché. Ce quis’ac- corde mal neantmoins avec ce que les autres en eferivent. Car outre que l’odeur, quel'Ifle de Ceylon porte ft avant dans mer, fort des forefts de canelle,dont cette I lie eft cou verte, Maf- fée, qui eft vn de plus graves Auteurs que Ia Societé ait pro- duits,dit bien expreflement, que François Xavier, non con¬ tent des progrés qu’il avoit faits dans les Indes, parle moyen de la predication, voulut voir s^ilauroitles mefmesfuccésen la Chine; mais qu’il y mourutfur le bord de la mer, en met- tanr pied à terre. II y adjoufte, que le Capitaine du navire qui l’avoit porté, fit mettre le corps dans de la chaux vive, afin de pouvoir emporter les oflements, apres que la chair auroit efté confumée : mais qu’il trouva au bout de quelque jours, que cette matiere bruflante n’y avoit point donné d’atteinte, Sc que le corps, au lieu d’eftre corrompu, rendoit vne odeur ft douce, que Ton refolut de l’emporter à Gox, oiiilfutreceu avec de grandes ceremonies. L’on nous conta vn grand nom- bre de miracles que ce Sainta faits, mais je ne me fouviens que de deux ou trois de plus conftderables: fçavoir qu’il avoit fait revenirje Soleil, vneheure apres qu’il s’eftoit couché. Qu)l commandoit àla Mer & aux vents, avec le mefme pouvoir que faifoit autrefois Noftre Seigneur, & qu’il avoit reftufcité deux hommes, dontl’vn avoit efté vn jour entierenterré. Aufortirde l’Eglife ils nous firent entrer en leur refeftoire, ou les tables eftoient pofées lelong desmurailles,delamef me
  • DV Sr DE M ANDELSLO , LIV. IL ^ fnefaçon, quenousIesavionsveiiesenlamaifonProfeíTe, &c 1639, eníii grand nombre, qu’il y avoit dc quoy placer, plus de dcux censperíònnes. ll n’y eut neantmoins que quaere des princí- paux, quePonfítdifneravec nous, pendant que les autres Te tenoientdebout, pour nous fervir. Nous fumes pour lemoins aulfi-bien traittés, quenous I’avions efte par les autres •, mais ilfautquej’avouc,queceux-cy nous donnercntlemeilleurvin de Canarie,quej’ayejamais beu. Parmy toutes les vertus mo¬ rales, iln’y en a point, queleslefuitescultivent plus foigneu- fement que la lòbrietéj fi bienquel’onpeut direquel’yvro- gnerie eft le vice, dontonlesaccuíèScíbupçonnelemoins; & neantmoins ils ie faifoient donneràboírefort ibuvcnt, pour nous exciter àtémoigner que nous croyons en effet ce que nous diíions de la bonté de leur vin. Apres difner l’on nous fit mon- ter au clocher, d’oii nous defcouvrifmes route la ville,lamer,la riviere 8c toute la campagne prochaine,jufques à la montagne, bienmieux que nous n’avions pu fairedu quatnéme eftage de la maifon Proieil'e. Enprenant conge de nos holies, ils nous promirent, quele r/HoCpitaUe lendemain matin ils nous envoyeroient deux de leurs Peres, Goa. qui nous feroient voir le grand Hoipital, dont les Iefuites ont la direction. C’eft vntres-grandbaftiment, compofede plu- fieurs chambres, íàlles Sc galeries, Sc capabledeloger plusde mille malades, qui y font fort bien accommodés. Chafquelid eft marque de Ton chiffre, Sc ceuxquineiont point oceupés, le font connoift re par leur marque, qui eft debout, au lieu que celle de ceux ou il y a des malade,seft abbattue. Les plus beaux appartementsdel’Hofpitaleftoientlacuifine Sc Papothicaire- ne 5 l’Vne Sc Pautrepourvciiede tout ce qui eft neceflaire pour Jefoulagementdes malades, qui y eftoientengrand nombrej maislapluspartde la verole ou de la diíènterie. Ceux qui en ont le ioin, ont cette prevoyance, qu’ils nefoufFrentpoint que les malades ayent le déplaiíir de voir exfpirer les autres. Car dés que la maladie commence à tourner à la more, l’on fait em- porter le malade dansvnechambre particuliere, ouils le font afiifter d’vn Preftre, j ufqu’a ce qu’il meure. ApresavoirveuPHofpitalnousallâmesvoirleConvent des u Convent Auguftins, qu’ils appellent Noftre-Dame de la Grace. Il eft dcs AuSaftins- íitué fur vne eminence5 de forte qua voir ion baftiment de II. Partie. Kk
  • iío VOYAGE DES INDES, 3 9. ^oinonIcprcndroit pour vndcsplus beaux Palais du monde. Les Moines nouslefirentvòir par tout, Sc nous monílrerent particulieremêt leurs riches chafubles,qu ils diíoient leur avoir efté données par des perfonnes de qualité, qui s’eiloient reti¬ rees parmy eux.Ieleur delivray les lettres de recommandation, que les Auguftins d’lfpthtn m’avoient données pour eux -? c’eft pourquoy ds me firent enmonparticulier de grandes civilites, Sc offres de fervice-.mais dautant que j’avois déja veu vne bon¬ ne particdela ville, dontilsme vouloicntfaire voirtoutesles parti cularitésj e les en remerciay , Sc me retiray avec le refle de la compagnic. Dés que le Preíidenteuíl fait fon affaire avec le Vicc-Rov,, qui luy fit payer neuf mille livres ftenings, qui font pres de quarantc-cinqmil eícus, en argent comptant, Sc luy promit defiire payer le refte, en argentou marchandiles, aux inai- chandsAnglois , qifil avoit pour ceteffet amends àeSurattajl alia rendre;íès civilités à ceux qui luy en avoient fait,Scpr it con- Lc vice-Roy gépartout. LeVice-Roy, le General des gallions, Sc tousles envoys des pnncipaux Seigneurs de la Cour luy envoyerent de grands rtcfident? prefents. Le premier luy fit prefent de pluíieurs bailes de can- nellc, d vn B'ggel, de quelque muids de vin d Eípagne, de pluíieurs moutons, de quclques panniers de fruits, Sc d’autres rafraichiílèments. Les Iefuites luy envoyerent de l’eau de vie, Sc grande quantité de toutes fortes de confitures, feiches Sc liquides, Sele firent prier de faire paíferavec luy en Angleter- re quclques Iefuites, Scentr’autres vn qui avoit demeuré aflez long-temps en la Chine, pour y avoir acquis vne tres-parfaite eonnoiffàncedupaís. Celuy de tousles prefents que le Prefi- dent eftimoit le plus,ce fut vne bouteille d’huile, que 1’on avoit tirée de la fleur de cannellc, Sc vne bougie faite d’huile tirée dela canellemefme, quifervoitde caíTolettc. jíandtflòjart Nous partímesde Goale 10. Ianvier, Sc rencontramesfur Ia acGon. riviereplusdecentfregattes, chargées de toutesfortes devi- vresScdemarchandifes , quivenoient de Cananor Sc de la co¬ fie de Mdldbeir , Sc qui avoient pafle nonobflant leblocus des vaiffeaux Hollandois, qui ne pouvoit fervirqu’a empefcher les Gallions Sc les Camtques de partir, pouraller en Portugal, ouverslesMolucques. Au fortirdelarivierenousallâmesdroit auGalhondu General, que Ton appelloit \çBonlefus>&í cíloit
  • DV Sn DE MANDELSLO, LTV. II. monte deíòixante-quatrepieces de canon de fonte, toutes de 16 3 9- batterie ou coulevrines. II eftoit arme de fix cens hommes, de guerre ou de marine, & eftoit vn des plus beaux vaiíTeaux que j’aye jamais veus. Le General receut le Prefident avec grande ciyilicé,£defit entrerdansfachambre,qui eftoit ac- compagneed vneantichambre, d’vn cabinet 6c dedeux gal¬ leries: & apres qu’il nous euft fait faire collation, de confitu- res & de vm d’Efpagne, contre Iacouftume des Portugais , qui ne prefentctjamais àboire,que 1’onn’endemande,il nous fit voir tout Ienavire,quin’avoit quelenomde Gallion,tmis quippuvoitbien paflerpourvne carraque en effet3 tacil eftoit grand. Les autrcs vaifleaux de la flotte eftoient auifi fort beaux 3 n y en ayant pasyn, qui ne fiiftmonté decinquance pieces de canon , pour le moins. Le General le Prefident s’entretinrent enlèmble environ vne demy-heure : apres la- quclle le Prefident prit congé, 6c lc General leconduifitjuf- qu a la porte, qui eftoit vers la pqupe, ibus la galcrie du cha- fteau,par laquelle l’on fortoit bien plus cõmodément, que 1’on ne fait des autres navires,parleurscfchelles de cordes. Dés que le Prefident fut entre dansla barque, toutela.flottePor- tugaiíe leialiia deion canon. LeGouverneur du chafteau de Gturtle, apres avoir fait faluerle Prefident,qui eftoit fonamy particulier, de toute fonartillerie, fe p relenta fur la batterie, nousiiliia duchappeau, prit conge de nous. Lc Prefident entrant dans fonbort, fit tirervingt coups de canon 3 à quoy le General des gallions relpondit de vingt autres, &c apres cela nous nous mifmesàla rade plus avant dans la mer, entre les deux flottes,de Hollande tk.de Portugal. Mais devant que de partir de Gou, nous acheverons de dire Wcf ription de ce que nous avons trouvé de plus remarquable eh cette ville, uvll‘c ‘itGoa* qui eft Ians doute la plus belle & la plus grande de toutes cel- lesqueles Portugaispoilcdenten toutes les Indes. Eileeftfi- tuée dans le Royaume de Cuncam oude Decam, à quinze de- grezdedeçà laligne,dans vne I (lc, que la riviere feparedela terre ferme. t_silfonfe ^Ibutjutrque la prit par compofitionle 16. Fevrier 1510. fur Zabai'm Dalcttm, Prince de G
  • ^39- Ze cliafleau d GuarJe. lSl VOYAGE DES INDES, de Portugal ,attaqua la ville, 6c lapritd’ailaut.Ence temps- làlaviile de Goa eftoitdefta fort marchande, mais beaucoup plus petite quelle n’eft aujourd’huy , ainfí que cela fe voit pr.r les raurailles de la vieille ville, qui font encores debout, qnoy que les portes foicnt abattues •, en forte qu il n’y a plus' rien qui la íèpare d’avec la ville neufve , que les Portu¬ gal ont baftie, depuis qu’ils y onteftably le fort dc lour conv merce. Elleaducoftc duMidy 1’Iflede.W/me, qui n’eft fepa- rée de la terrefcrme que d’vn petit rmfleau , auifi bicn que 1’ fie de Harda, qui couvre la ville ducofté du Norr,6c lous la- ! quelle les navires peuventmoiiiller en toute ícureté, 6e a 1 a- bry de tous les vents. Lechafteaude Guarde eft au pied d-vn roc, furlcquel'l’on abafty vne tourenformcde redoute , ou l’on fait la nuid dufeu, pour fervir de fanal, 6c il a fes batte¬ ries de plufieurs pieces de canon de fonte, à fleur d eau.Depuis l’emboucheure dc la riviere jufques au havre il y a environ deux lieues, mais elleeft egalement large par tout, mefmes au lieu ou clle coule entre Mile 6c la terrc fcrme, bien qu’en quelques endroitselle foitíi baile, que l’Efteiln yapasdeux it picdsd’eau. flc"e Goa.C L’lfle de Godneproduit rien, 6ceft mefme ft fterile, qu’a la referve de quel que peu d’anneaux 6c de cabres , elle eft inca¬ pable de nourrir quoy que ce ioit 5 bien que les Portugais y aycnt quelques jardins, oil ils font venir du fruit j mais ilsle doivcnt à leur loin plutoft qu’a la nature. Levin de Palme y vientcnabondance,6con leurapporte tous les autres vivres desdeux Ifles que nous vcnons de nommer, ou bien de later- re ferme , ou ils ont vn grand commerce, 6c elle leur en en- voye en telle abondance, qu’ils y font à ft grand marche, que nonobftant lc blocus des Hollandois , Ton n’y payoit qu’vn efcu d’vn pourceau, ou de ftx cochons de laid, dc dix poules ou de huicl canards, maisl’ony trouve fort peu deboeufs,6c les moutons y font encore plus rares que les boeufs. L on ne fouffre point que les Indiens paflent en terre ferme Ians la per- milliondes gardes des pa ftages, qui leur font vne marque au bras, laqucíle ils font obligez de faire reconnoiftre en reve- nant jparce que les Portugais ncveulent point que les Deca- nins 6c Ciinurins entrent dans la ville, Ians pafleport. Us n’ont point d’autre eau fraifche dans la ville , que celle que leur
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 2g5 fournit vne fontaine, qui repreíênte Lucrece , laquelle ver- íe deiaplayeaflezd’eau pour abbreuver toute Ia ville : mais Ics vaiíleaux fontaiguade aupres du chafteau de Guarde , au deíTus duquel il fort durocvnruiíTeau, qui s’y meíleavecla riviere. La ville n’a aujourd’huyny portes ny murailles, mais la ri¬ viere qui forme 1’Ifle , la metàcouvert desinfultes, qu’vne place ouverte pourroit apprehender. Les baftimens publics font beaux , 6c les Palais des Grands font fort magnifiques, mais particulierement en leurs meubles. Les habitam font ou Cafli^es, c’effc àdirePortugaisnaturels, & nez de pere 6c de mere Portugais,ou Mejli%es,c’eft à dire nez d’vn pere Portugais 6cd’vne mere Indiene, ouils font Indiens. L’onconnoiftles M eftizes d’avec les autres par la couleur, qui cõmcnce à tirer fur l’olivaftreanais ceux de la troifieime gene¬ ration font aufli noirs que les habitas du pais. Ce quel’onvoit aufli enlaquatriefme generation des Cajhfts , quand mefme il n’y auroit point de meilangeparmyeux.Les Portugais font ou Titulados, comme ceux qu; font employes dans les principa- lcs charges: Fidalgos da cafa ta7/?ej,c’eftàdireGentiIs-hommcs, ordinairesdelaMaifon duRoy: Mocos Fidalcos)e\mes Gentil- homes, c’efl: à dire fils de titulados ou de Cavalleros^ou nouvelle- ment annoblis parle Roy, Cavalleros fdUgos, Efenderes fidalgos, oufimplesGentils-hommes.ll yenaaufiiqui ontlaqualite de Mocoda c.íwf)v,oudevallet de chambre du Roy , qui paflent aufli pourGentils-hommes.Tous les autres font hombres honra¬ dos Saldados. Les premiers font marchands ou artifans, 6c paroiflent en public avec la mefme gravite, ôcprefque avecla meíme íuitte que les Gentils-hommes: parcequa la referve dequelques-vns, qui coupent le cuir pour les íouliers, 6c les eftoffes pourleshabits, tousles autres font faire Ieur meftier par desefclaves. Il n’y a point de perfonne de qualité qui forte à pied: car les vns íc font porter par leurs efclavesdans vn PaUncjum, 6c les autres vont à cheval, ou en des gondales peintes 6c dorées $ maisiln’y cnapointquin’ait font efclave qui Iuy porte lepa- rafol. Les Portugais ont la reputation d’eflrefort glorieux , mais ceux de Goa lefont fiforr, enleur demarche 6c en toutes leurs Kk iij 1639. La ville de Goa n’a point de murailks. Ses habitansi les Portugais de Goa font plus glorieux que les autres.
  • -(4 VOYAGE DESINDES, 1639. actions, qu’ils traitcent de niais, ceux qui arrivent nouvelle- jnent de Portugal ,6c quine fe font pas encore accouftumésà cette façonde marcher 6c de vivre. Ils fe font entr’eux de grandes civilités ■, cn quoy ils font 11 exacts , que celuy qui auroit manque de faire à vn homme qui luy rend vifite , l’honneur qu’il pretend luy eftre deu , foitenle faifantaiTeoir d’vne autre façon qu’il voudroit, ou cnneleconduifant point jufqu a la porte de la rue, doit apprehender les effets d’vn der¬ nier reffentiment 5 dont lesmoindres font des coups de can- ne, qu’ils font donner à des perfonnes de bade condition, avec lefquelles ils n’ont point de competence, Sc qui ont manqué de leur rendre le refoect , qu’ils fe veulent faire rendre par ceux qui font au deiibus d’eux , bien qu en efFet ils ne leur doiventrien. L'hvvet y cõ- L’hyvery commence vers la fin du mois de Iuin avec Ie jxcnce eu iuin. Vent du Zudweft, qui vient du coité de la mer, Sc regne quatre mois durant, tout du long de cette cofte,depuisDi« jufques au Cap de Comory, Sc pendant tout ce temps-la, nonfeulement la mern’yeitpointnavigable,mais llya peu de havres , ou les navires puiifent eitre en feureté , Sc à couvert des orages , meílés de tonneres Sc d’efolairs eiFroyables, qui y troublent l’air en cette iaifon. Et ll y a dequoy s’eftonner, de ce qu au meime temps la coite de Coromandel, qui eft dans la me fine peninfule, Sc au mefine degré d’elevation, Sc qui en quelques endroitsn’eftéloignéeque de vingtlieucsdecelle de M alabar, joint d’vn agrcable Printemps, Sc de la plus belle iaifon de 1’année. Et de fait, ceux qui vont de Cochin kS- Thomé par terre, en palfint par la montagne de Bagalatta, qui coupe tou- te la peninfule, cotnittsY A pennm l’ltalic, defcouvrent duhaut de la montagne, d’vn coité vn air ferain Sc temperé, Sc de 1’au¬ tre vn pais couvert d’vn broiiillard perpetuei, Sc noye dans les pluyes, qui y tombent continuellement. Ce qui arrive auffi aux navires qui vont d’urw«i au Cap de Rofal'/.uc,oii cn paftant le c4/7,ilspaifontaufii-toft d’vnparfaitementbeau temps dans des orages Sc tempeftes eiFroyables. Cela fait qu’en ces quar- tiers-là l’on n’a que deux iaifons,comme ll n’y a auifi pnneipa- lement que deux vents qui y regnent i’Efté^fçavoir ceux d’Eft, quelesPortugaisappcllent Thcrentos, qui viennent du coité dela terre, Scfoufilentdepuisminuitjufqu’au midy , mais ils
  • DV Sr.Í)E MANDÊLSLO, LIV. II. 2^ me fe font fontir qua environ dix lieues avant dans la mer, Sc xty. ceux de Weft, qu’ils appellent Hirafons, qui viennent de Ia mer incontinent aprés midy, Scfoufflentle rededujour. Ce changement de iàifons d’vne extremité àPautre, edcau- Maladies &c* à! A cofia difont, que e’ed vneefpece de Stramonea, que l’herbe croift en grande quantité par routes les Indes, à l’ombre, 6c quelle reflemble à cellequel’onappellebranchevrfine. L’on en tire le fuc quand diced; encore verte, ou Ton en reduit la graineenpoudre, 6c on la meileaveedes confitures, ou dans le breuvage de ccluy, que 1’on veut mettre en cet edat pour vingt-quatreheures : 6c pendant cetemps-là ildemeure prive de 1’víàge de tons fes fens, en forte qu’il ne voit point les chofos que l’on faiten fa prefence, bicn qu’il ait les yeux ouverts 5 fi ce n'ed qu’on luy motiillc la plante des pieds d’eau froide, ce qui le fait revenir, de la mefine faccn que s’il fortoit d’vn profond fommeiJ. L’on n*y voit gueres de femmes Portugaifes, qu jiefiwyZn femmeru*. \
  • 1639. fortcnc tjuaíi point. IaToufie dcs Poitugaif. 366 VOYAGE DES INDES parlaviJIe, Sc quand dies fortcnc, pour allcr à 1’Eglife, ou pour des vifites neceífaires, dies fe font porter dans des Pa¬ lanquins couverts, ou elles font accompagnées Sc obfervées partantd’efclaves, qu’ileftimpoflible de leur parler. Quand elles paroiífent en public, elles font toutes fort fuperbement habillées, de velours, defatinàfleur, oudebrocard, & pa- rées de quantitéde perles Sc de pierreriesj mais dans le logis elles vont la tefte nue, Sc n’ontfurlecorps quvne chemife, qui leur va jufqu’au nombril, ôc de là en bas elles portent vne juppe de toile peinre, qui va jufqu’aux pieds, qu’elles ont nuds. Elles ne mangent point de pain, parce qu’elles trouvent plus de gouft auris, depuis qu’elles y fontaccouftumées, Sc elles ne fe traittent pas fort delicatement d’aillieurs , n’e- ftans ordinairement nourries que de poiífon íãlé, de Manga*, ou de ris feul, détrempé d’vnpeudeboiiillonde chair ou de poiífon. Elles fe fervent de certaines boutcilles faites d’vne terre noire, que l’on appelle Gorgolettes, Sc qui font percees au goulet, en forte qu’ils en font couler l’eau dans la bouche, íans qu’elles y portent la bouteille. Les hommes y font tellement jaloux de leurs femmes, qu ils ne fouffrent point que meímes leurs plus proches parents les voyentjparce que la chafteté eft vne vertu íi peu connue en ces quartiers-là, qu’iln’yaquaiipoint de femme qui n’en prenne à toutes mains, Sc qui ne fo difpeníedesloix que Dieu Sc la nature leur ont impofées : quoy que l’exemple d’vne infinite de mal-heurs, qui y arrivent tous les jours à caufe de cela, leur devroit donner vn peu plus de retenue. L’oifivete perpetuel- le, en laquelle dies vivent, les entretient en cette belle hu- meur : car elles ne font quoy que ce foit, mais ne s amuíent tout le jour qu’àmafcher du bettelé, qui acheve de les efchauf- fer, auíli bien quelesclouxdegirofílc Sc lesmufeades, qu el¬ les mangent; parce qu’elles croyent que cela ofte les corru¬ ptions des dents Sc del’eftomach, qui ont accouílumé de ga- fterl’haleine. Les Indienncs, qui conçoivent d’vn Europeen, ont tant d’af- fections pour leurs enfans, qu’elles aimeroient mieux mourir, que fouífrir qu’on les leur oftaft. On n’habille point les enfans qu’ils ne foient en aage de porter les chauíTes, Sc jufqu’a ce temps-là on les fait clever par des efclaves , ou par d autres femmes Indienncs. Les
  • DV Sr DE MANDÈLSLO, LIV. II. ^ Les íòldats ont vne autre fàçon de vivrc parmy eux. Garceux 1^3 9- quipartentencettequalité cie Portugal, ne s’enrollent point L“aíbsldatspt,r* fousvn certain Capitaine , & nes’engagent point à demeu- tUSas- rer dans vn certain lieu, pour y tenir garmíon 5 mais en arri-» vantaux Indes ils font ce qu’ils veulent, Sc ne vontàla guer¬ re, quequand il leur plaiíl:: auifin’ont ils point de gages, que lors qu’ils fervent effe&ivement, aux courfes quel'on faiten mer contre les M alabaris, ou contreles Hollandois. Mais les Capitaines, qui ont befoin de ces geps-là, ne laifíent pas de les traitter avec beaucoup de civilité , Sc leur donnent de temps en temps dequoy íiibílller, afinde s’afleurer de leurs períonnes&deleuraffeétion, pour le befoin : deíorte qu’ils ont dequoy vivre, Sc dequoy fournir à la deípenfe, qui eft bien petite. Car le plus íouvent ils demeurent dix oudouze dans vne mefme mailon , ou ils vivent en commun, n’ayans en- tr eux que deux ou trois vallets, Sc autant d’habits pour ceux quiíortent, pour aller à la quefte, Sc pourchercher fortune, pendant que les autres demeurent aulogis, en attendant leur tour. Les manages Sc les baptefmes des Portugais s’y font avec Leurs de grandes magnificences. Les amis Sc parens íe rendent à & baptefmcs, chevalala porte dumarié,&marchent devant luyjuiqu’al’E- glife; oíi il entre, aecompagnéde deux defes amis, quiluy lèrvent de parains, Sc Ia mariée le fuit dans vn Palanquin , auífi accompagnée defes deuxparains. Apres la benediction du mariage ils reconduifent les mariés julques au Iogis , ou les parains entrent íeuls avec les mariés, qui fe mettent fur vn balcon, ou à vne feneítre, pour remercier la compagnie, laquelle fait cependant mille caracolles Sc galanteries dans la rue. Les bapteíines fe font quafi avec lasmefines ceremo¬ nies , finon que l’on y fait porter vne aiguiere avec vne fer- viette, vnefaliere, &aumilieud’vnbaifin d’argent, dans vn tasderoíes, oud’autresfileurs, vne bougie, dans laquelle on met quelque piece d’òr ou d’argent, pourl’offrandc du Cure. Le parain Sc la fage femme fe font porter avec l’enfant dans des (palanquins. : * "j Les Portugais ont la plus part plufieurs efclaves, de d’vn Sc de 1 autre iexe, qu’ils n’employent pasieiilement au fervice de leurs perfonnes, maisà routes les autres fopclions dqnt ils font II. Partie. ' “ " LI /
  • i<70 -H VÕYAGE DES IN DBS, 1 " i639. capables • p&rce que le profit qu’ils fonctoume au profit d« maiftre C’eft pourquoy les bellesefclaves y font recherchces, pour eftre employees à la ventedesfruits, & desmanchando fes que lesPortugaisenvoycntau marche * afin que leur beau- té attire les marchando & qu'ainfi par vndouble commerce ellesapportentvn double profit àleursmaifires. Us les nourril- fent à fort bon marché, Sc ne leur donnent pour tout habit qu’autant de toile ,'quU leur faut pour fe couvnr les parties honteufes. Les'enfahs, que les efclaves procrcent entreuxj appamennentaumaiftre, fi.ee n’eftquefeperclesvueille ra clietrer, huid ou dix j ours apres leur naiifance , apres lefquels ilsn’y font plus rcceus, Sc le maiftre en difpoie, s en fert quand lls en lbnt capables, on les vend en piem marche, de la mefme faconquel’on fait icy le beftau. Les habitant du pais font Payens, & laplus part Ben,.mu iupais,&leurs j^eurs maifons font routes de paille, Sc lont peutes, nayans “alfo”s* point d’autre ouverture qu’vne petite porte bafle. Leurs meubles ne confiftent pnncipalement qu’en quelques nattes de tone, fur lefqueUes ils fe couchent, pour demur Sc pour prendre leurs repas. Leurs plats, leurs taffies, Sc leurs femet- tes font faites de fueilles de fieuier, dont ils font auffi des cro- ches Sc des pots à huile, Sc ils nevivent quafi que de ns, Sc pour le faire cuire ils ont despots de terre. Usrenduifent leurs maifons de fiente de vache, parce qu’ils croyent que cela chai- 11s ibnt fi fuperftitieux, qu’ils ne fortent jamais qu ils n ayent fait leurs prieres, Sc s’lls rencontrent vn corbeau, quelque part qu’ils fe trouvent, ils retournentaulogis, Sc n entreprennent point d’affaired’importance ce jour-là. En voyageant llsfont leurs devotions devant leurs F.agodes, Sc lesPortugaistolerent leur idolatrie, parce que l’Inquifition n’y a point de pouvoir quefurceux, qui font Chreftiens, ou qui lont efte. Ils ont auffi leurs ceremonies particulieres pour burs manages pour lesioursde leur ndiflànce, Sc pour certains j ours Sc failons de 1’année: maiselles fonçfipeu diferentes de celles, dont nous avons parlé cy-deiTus, qu’il n'eft pas neceffaire q’en dire icy davantage. 11 fe trouveparmy eux de fort habilles Medecim, qui font tellement refpe&és a Go*, qu’on leujpermet ue le fervirduparafol j que lion nefwffre qu’aux petfonnes decoiv . { » 1 . I 1 ' < ‘ . _1 J Lu A .LA SO.r fijperili- K'-UX. í J. \
  • DV Sr DÊ MANDELSLÔ, LIV. II: rji <3ition, & les Portugais, mefme le Vice-Roy 8c 1 Archevef- 1659, que , s’en fervent, plutoíl que de ceux deleur nation. Ilsne mangentjamais qu’avec ceux de leur fede, quand ils devroient mourir defaim: enquoy ils font fífcrupuleux, quefienallantà Cochim, les vivres, dont ils ont fait proviiion, leur manquent, ils aimeront mieux fe laiífer mourir de faim , quaborder en deslieux,ou ils feroient obligezde manger , cequ’vnautre auroit feme oil apprefté.Lapluspart des porte-faix de Goa font Chreftiens, auifi bien que leurs changeurs, qu’ils appellent Xarafas, qui font profeilion exterieure du Chriil:ianifme,,mais qui font le meilier des Iuifs, Sc font gens déloyaux Sc tralitres. II yadans Goa^uCieuvsDccanins Sc Canartns , qui y tienncnt boutique, Sc qui achettent des Portugais de laporcelaine, du velours, des damas, Sc d’autres eftoffes defoye Sc de cotton , Sc d’autres marchandifes de la Chine en gros, pour les reven- dre en detail. Ils font auifi venirdes vivresdela terreferme, Seen font trafic, ayans pour cétefFet leurs courretiers Sc fa- deurs, qui ont foin de leurs affaires, pendant qu’ils vont à Cambay e, Sc le long de cette colte,faire leur commerce. life ^ tr|^sycD trouve parmy eux des orfevres, des joiialliers, des graveurs , S de bans Sc d’autres artiíãns,qui reiiifiifent fans comparaifon mieux que oifcvrcs, & lesnoftres. Cefont eux auifi qui prennentà ferme le domai- gliTcuts‘ ne du Roy , dans les I lies de Bardes SedeSalfctte: Scd’autant qu’ils ont fouvent des procés à caufe de cela, ils.apprennent iibienlesloixSclescouitumes de Portugal, qu’ils n’ont que faire d’emploier des Advocats pour plaiderleur caufo. La plulpartdes Camrins fontlabourcurs ou pefeheurs. II y en a qui ne font que cultiver les arbres de Cocos, pour en tirer / le vin Sc le fruit. Les autres ne fe meilent que de laver lelinge, ou de faire blanchir la toilc. Les paiíàns apportent tous les jours du gibier, du laid, du fruit, des oeufs, Sc d’autres vivres ávendreálaville. Lesfemmesdeíèsgens-Ià accouchent tou- acTouchaíT* tesaveevne facilite incroyable.Ellesnefe fervent point de íã- fans pane, ges femmes , mais accouchent feules , lavent elfcs mefmes leursenfans,dés qu’ilsfontnez, les couchentfousdesfueilles de figuier, Sc retournent ainfià leur travail, toutdc mefme comme ii elles ne venoient point d’accouchcr. Les enfans Cevshfc'^c'nnnw eítant eílevés de cette façon deviennent firobuftes, quel’on parfàirefcn è y voit ordinairementles hommesvivrejufquesà centans, fans ,l,f
  • 17Z o' : . VOYAGE DES INDES, ■ , 1639. qu’ils fentcnt la moindre alterado en leur íànté,8c mefme fans perdre vne feuledet. Ils font tous fort bons nageurs;c’eftpour- q uoy ils ne fe foucieot point de pafler en terre ferme avec leurs petites barques, qu’ils appellent ^/mdcimjefquelles fonrfipe- tites, qu’a peine peuvent-elles charger vne ieule perfonne , c’eft pourquoy elles renverfencfouvent, mais ils les redreilent aulfi-toft , en oftent l’eau 8c achevent leur voyage.Quoy que Ton y bruileles corps morts,au lieu deles enterrerjesfem¬ mes ne fe font pas bruiler pourtant, 8c fe contentent de fe faire couper les cheveux, 8c de faire vaeud’vne viduité perpetuclle. zesiuifs dc • Les I uifsquidemeurentaGo.i,yont leurs temples 8c leurs fi- Goa. nagogues Sc jouiftentd’vne liberte entiere de confcience. Ils font ou Indiens , nezdepere 8c de mere Iuifs,ouils viennent de la Paleftine, 8c ceux-cy parlent lapluipartEipagnol. Les Mahometans, qui y demeurent, trafiquent laplus-part àla Mecque,8c aux autreslieuxdelaMer rouge,ouils portent desefpiceries. Les Portugais & les Meftis font leur plus grand trafic en Bengala, en Pegu, en A/4/<*«■<<, en la Chine,8cen G«^«- Le mardic de ratu dans la ville de Cambay a. Il n’y a quafi point de perfonne de qualité à Goa, qui n’aille vne fois lejour au marche,ou les marchands, 8c mefmes les Gentils-homes fe rendent prefque tous,tantpouryapprendre desnouvelles,que pour voir ce que l’on y vend? parce que depuis ieptheures du matin jufques à neuf, car apres cette heure-Iál’on ne s’y pourroit pas tenir, à caufe des grandes chaleurs, les cricurs publics , qu’ilsappel¬ lent L eylon, y vendent al’cncan toutes fortes de rftarchandiíès, maisparticulierementdes cfclaves de I’vn 8c de l’autre foxe, 8c des pierreries. L’on y voit le crieur charge de chaines 8c de bagues d’or, 8c couvert de pierreries, 8c accompagné d’vn grand nombre d’efclaves , afinque les vns falfent vendre les autres. L’on y vend auffi des chevauxde Perfe 8c d’Arabic, des cfpiceries, de toutes fortes degommesaromatiques, des alca- tifs , de la porcelaine, des vales d’agathe, des ouvrages de lac- que, 8c tout ce qui fe trouve de beau 8c de rare dans tout le reftedes Indes. Les marchands 8c les meftiers font diftingués par rues j de forte que les marchads de foye ne font point m élez avec les marchads de toile, ny les droguiftes avec les marchads de porcelaine.Le plus grand profit qu’ils font, eft celuy qu’ils trouvent au change. Car quandlanotte d’Efpagnearrive,ils
  • DV Sr DE MAN DELS LO, LI V. II. i?i achettent desreaux, à dix oudouzepourcent deperte, 6c au mois d’Avril, quand Ies vailTeaux parcent, pour aller aux M o- luccjueí 6c en la Chine, ou l’on ay me les reaulx, ils les revendent à vingt-cinq ou trente pour cent de profit, nonobftant 1’or- donnance, qui les metàquatrecensiím.Ilstrouventlemefl- me advantage au change de Laris, qu’ils vendent auffi à dix ou douze pour cent de profit. L’on yaplufieurs efpeces de monnoye.La plus petite eft cel- le qu’ils appellcntBalamccfues, quiontd’vn cofté vneSferfc 6c de 1’autre deux flefches croifées. On les fait d’vnmetail de¬ tain 6c de fer blanc, meflé enfemble, 6c huitdeces ijties font vn/^fMt/Wjdont les cinq font vn Tanq\ les cinq Tanghes font vn Serafin d’argent, que l’ordonnance tlu Roy met à trois cens Reis, 6cles fix l'anghes font vn Pa dai. \ e Serafrhin & d’vn cofté vn faint Sebaftien, 6cdel’autre vnfaiifeau'cle fleches.il yaauflides.Ser.i/uw dor , que Ton battoit autrefois à Ormus à vn fi haut tiitre,que toutes les autres monnoyesdesIndes n’en approchent point ^ 6c c’eft pourquoy les Orfevres em- ployent tous ceux qui leur tombent entre les mains à leurs ou- vrages. Ils ont aufli des S ante me s, de feize T anghes, 6c des Pa - godes, de quatorze, quinze 6c íèize Tanghes. Les marchandsforains ypayenten entrant huicl pour cent de toutes les marchandifes , 6c autant en fortantjinais les Fer- miersdcladouanelontfi equitables en l’eflimation qu’ils en font, que les marchands n’ont pas beaucoup de fujet de fe plaindre. Ils obfervent aufli,qu’vnmarchand, quia payéles droits en entrant,6c quine fedcfait point de fa marchandife , en tout ou en partie, les peut transferer ailleurs, fans payer les droits de fortie. Et toutde mefme vn marchand eftranger , qui a achetté d’vn Portugais, ou d’vn autre Bourgeois àeGoa des eipiceries, ou d’autres marchandifes de Malacca ou de la Chine, les peut faire tharger fouslenomde vendeur, 6c s’e- xempter par ce moyen des droits de fortie. Le Vice-Roy, quiy commandoitlors que nous y eftions s’appelloit D• Pedro de Silva. 11 paroflfoit plus en fa fuittc qu’cnfa perfonne. Sa taille n’efloit ny grande ny petite , & fa mine ne refpondoit point à fa qualité -y mais il avoit au- prés de luy plus de cinquante Gentils-hommes, qui luy ren- doient le mefme refpect, qu’ils euflent pii avoir pour le Roy LI iij 1 ^3 9* tcur monr.oj-e. Les droits traittc foraine. Lc Vice-Roy de Goa.
  • *6 39* Maníclflo có* tinue fon voya¬ ge 174 VOYAGE DES INDES, Céc employ ne fe donne que pour trois ans: tant parte que fon pouvoir eftant ablolu , il íeroit dangereux de continuer long-temps vn fujet dans vnedignitè qui nedifFere dela Sou- veraine que par le temps , que parce que le Roy d’Elpa- gne a pluíieurs Seigneurs à recompenfer , d’vn employ quí íes enrichic fuffifamment dans ce temps-là. Car outre que toute fa Courvitaux defpensdu Roy,ildifpofe de tout le do- maine,Se fait tous les ans vne vifite à foixante ou quatre-vingts lieucs à la ronde, qui luy vaut beaucoup. Mais les prefents que les Princes voifins, les Gouverneurs & Officiers íubalter- nes luy font, font ineftimables. Il a fon Confeild’Eftat, ía Chancelerie, &íà Iuítice. Il faitjuger íouverainement tous les procez civils , à la referve des plus importants, dont le Roy permet 1’appel à íã perfonne. Les fentences criminelíes s’y executentnonobílant 1’appel 3 mais il n’eft pas au pouvoir , duVice-Roy de faire le proces à vnGentil-hommme^mais il eft oblige de 1’envoyeravec les informations en Portugal 3 ílce n’eft que le Roy en ordonne autrement. Le Viceroy en ar- rivantauxlndes , defeend dans 1’Iíle de Burdes, ouen quelque autre havre de cette coíle-là, d’ouil envoye aufii-toft fes Pro- curcurs à Goa, & fait prendre poílèííion de íà charge, & de tout ce qui en depend. C eil pourquoy íònPredeceííeur luy fait pla¬ ce au premier advis qu'il a delõn arrivée,fait older fes meubles du Palais,&; ne luy laille que les gardes & les quatre murailles. Et e’eft ce que nousavons cru devoir dire de la ville de Goa. Le 22. Ianvicr fur le midy,le Prefídent fit partir lesdeux na- vires,quieíloient venus avec nous de Suratta, &: qui y devoient porter 1’argent que Ton avoit receucà Go
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. i?5 1’entrée de la nuict nouslaperdtmes de veuc, 8c nous conti- i 65 9. nuâmes de fingler toute Ia nuict avec vn ventaífez favorable. Le 23. au poinct du jour nous apperceumes encore la flotte Hollandoiíe 5 ce qui nous fit juger, qu’elle alloit au fecours duRoyde fi/ow, quiavoitpriéle General de le fccourir con- tre les Portugais , qui luy avoient declare la guerre. Sur le midy nous-nous trouvâmes à treize degrez de latitude, 8c nous ne voyons plus la terre. Mais dautant que noftre def- fèin eítoit d’aller fur la colte des Mala bares, parce que nous avions eu avis, qu’vn navire Anglois, venant de Bantam , nchement charge d’efpiceries , avoic cíté attaqué 8c riuné parles Pirates Malabares, nous changeâmes le lendemain de route, & la prifine plus vers l’Elt, afin de gagner la terre. Les Malabares avoient pris avantagede Peftatdece vaiíTeau , qui eítoit tellement furchargé, que tousfes Sabords eítoient con- damnez, 6c íl ne pouvoit Te fer vir que de fix pieces de canon 5 de forte quils n’eurent pas beaucoup de peine a y entrer : mais ils ne s’y virent pas fi-toft dedans, que les Anglois en íirent fauter plus de fix cens avec le premier tillac. Ils en firent bien fauter autant avec lefecond, mais apres celaeítans contrains de fe retirer vers la poupe, pour fe íãuver du feu , onlesobligea à fc rendre aux Malabares, quiyprirentleCapitaine, lecontrc- maiítre, 1’efcrivain, & quatorze autres perfonnes, que nous avions deífein de rachetter. Sur le midy nous paílamesàla veiie de Monte-Leone, qui eft Momrlconc. vnehaute montagne , dontles Malabares defcouvrent de loin les vaiífeaux qu’ils peuvent attaquer avec avantage, & fur le foir nousarrivâmes à laradede Cananor, ou noustrouvafines canano*. troisvaiíTeaux Anglois: le Dragon, Catherine 6c leSemcur, eommandéspar le Capitaine Weddel, vn des plus experimen¬ tes Capitainesdemcr du temps, qui s’eftoittrouve à la prife d’orwwi, 6c qui eítoit entréaufervice d’vne nouvelle compa- gnie, quel’onavoitdepuispeu erigée en Angleterre, pourle commerce des Indes. Apres avoir faluéle Chaíleaudenoítre artillerie, nous envoyaímesprier le Capitaine Weddel de nous mander 1’cítat ou eítoient 16s priíbnniers Anglois, dont nous venons de parler, 6c ayantfceu,quils avoient eíté la pluf-part remis en hbertq,nous ne nous voulumes pas arreíter davantage . furcettecoíle. . * . - *+ e . - J .... . í. . , : . ! V .1 -I
  • i76 VOYAGE DES INDES, i 63 c). Les Portugais ont garniíòn dans le chafteau de CMinor, Lts Maiabarest mais la ville eft habitée par des 'laUbares, L’on donne ce nom à tous Ics peuples, qui occupenc cette cofte, depnis la ville de Goa jufqu’aCup de cowo?:>, ou Comorin. Le pais eft fort bon,be produitquantitéd’efpiceries, mais particulierement le meil- leur poivre de toutes les Indes, be qui eft le plus eftimé, à caufe que les grains font plus gros qu’ailleurs, &mefmeque ceux du poivre de Sumatra &de lava. Les habitants vont tout nuds, bc ne fe couvrent que cettepartie du corps, que la nature mef- me couvreauxbeftês. Ilsontles bouts des oreilles percés , bc íontnoirs, mais ils n’ont pas les levres íi groíTes que les Mau- res d’Afrique. Ils notient les cheveux en vn toupet au fommet delatefte, &íelaiíIèntcroiílrela barbe, fansIuy donner au- cunefaçon ^ de forte qu’ils ne reílemblentpasmalaux figures, íous leíquelles nous tafchons de repreíenter le diable. Leur humeur ne répond pas mal à cette belle forme exterieure : Car ils n’ont rien de poly ny d’humain, Scnefont capables d’aucun commerce, ou d’aucune converfation. Ils font la plufpart pira¬ tes bc foldats, qui ont de la ferocité plus-toft que du courage, & qui manientparfaitementbien leurs armes, qui font 1’épée bc Ia rondache, 1’arc bc la fleíche. Ils font auíli eux-meímes des moufquets,&s’en ferventavecavantage. Ils nereconnoiíTent ny le Roy de Cuncum, ny le Vice-Roy de Goa; mais ils ontleur Roy,ou Prince particulier,qui fait aufíi les fonctions de Sacrifi- cateur, ôceft de la fede des Bramans.Les Portugais n’ont point trouvé de plus fiers ennemis,au cõmencement de leur eftablif- femêt dans les Indes, que ces gens-là:mais depuis qu’ils ont fait vn traitté avec eux,ils vivent aflez bien enfemble. LeurPrince, qu’ils appellent Z-ímío)/» , eftaulfi Roy de Calituth, furla mef- me cofte, bc dés l’an 1604. les Hollandois, firent avec Iuy vn traitté pour la liberté du commerce ; mais dautant que les Portugais y font trop puiflànts,& que lesHollandois ont trou¬ vé plus de facilité a s’eftablirailleurs, ouilscontinuent leur tranc avec beaucoup plus de profit, ilsontnegligé decultiver 1’amitié de ces barbares. Ie remar quay à Cananor, qu’ilya des hommes parmy eux qui ne coupoient jamais leurs ongles, be qu’il y en avoit d’autres qui avoient les bras charges de brafelets be d’anneaux. Ce font les Gentils-hommes du pais, qu’ils appellent tY<
  • DV Sr DE MANDELSLO, UV. II. t77 fònnes de moindre condition,qu’ils appellent Polyas.Les May- i 3?» m font ficrs 6c elorieux, 6c ne fouffrent point que lesPolyas les touchent feulement. I is portent toufiours l’efpee 6c la ron- dachc, avec Iaquclle ils font da bruit en allant par la rue, 6c orient inceíldmment Po, fo,pourfefaire faireplace.Des qu’on les entend venir, l’on fe range, Ton baiiTe laveuc, on leur fait la reverence , 6c on les IaiiTe paiTer. L’on dit que cethonneur, queles Nayres pretendent leur eftredcu par tous ceux qui ne ibnt point de leur race, fut vne des chofes qui cmpefcha le plus la concluiion du trai tte,que les Portugais eftoictiurlepointde faire avec le Roy de Cocbim, lors de Jeurpremier eitabliile- ment: parcequ’ils vouloient que les Portugais eulTentpour eux ia mefme deference qu’ils ie font rendre par les lolyas. Les Portugais,qui de leur cofté ont autant de gloire qu’aucune autre nation qui foitau monde, refuioient dele faire: deiortc que pour les mettre d’accord,i! fut jugé apropos de faire com- battre vn P ortugais 6c vniV
  • 2?S * VOYAGE DES INDES ; *^39- Cocos, qu’ils coupent fort mincesScenforme oblongue,com- crirc dcs Mala. nie des tablettes, Sc paíTent vn cordon au milieu, qui tientles £ueiUes,Scfait deux ou trois fois letour dc Ja boúette,ou de 1’eftuy , qui leur íert de couverture. I.eurs cara&eres n’ont rien decommunavec ceux dcs autres Indiens, Sc ne font in- telligibles qifà leurs Bramans 5 parce que la plus partdupeuple ne içai t ny ii re ny efcrire. L-ordre de la p e [pGy de Caliça th ne mange rien qui 11’ait cfté auparavant Calkuih!Ca prefcnté àfon Pagode,Scilyacela departiculieren ce Royâu- me, que ce n’eft pas le fils du Roy, maisle fils de la foeur du Roy , qui fuccede à la Couronne 5 parce qu’ils croyenc que leurs Beamans fontdes enfansàlaReyneplutoft que le Roy. Defcription dc pour ce qUi eR de la ville de Cochtm, il y a deux villes de ce Uc dc C" mdinenom danslcRoyanmede Cochtm, dont Pyneeft fituée fur le bordd’vne grande riviere, Sc appartientau Roy de Cc- chm, Sc 1’autre eftauxPortugais. Cette derniere, de laquelle nous purlons, eft fituée fur lamefme cofte, à dix dcgrez de de- çà la ligne, ayant la mer vers le Ponant, Sc du cofté de la terre vne foreft d’arbres ncirs, dont les habitans du pais font leurs batteaux, que l’on appelle ^4Imedies, qu’ils creufent dans vn feul trone 5 mais íls ne iaiííènt pas de s’en fervir, pourallerle long de la cofte, jufques à Goa. Le porteftaílèz dangereux , à caule des rochers Sc des efeueils, qui en rendent 1’entrée fort difficile. Au commencement de 1’liy ver,il y tombe tantd’eau dans les mõtagnes voifines qu’elles fõt déborder en vn momét pluíieurs torrents,qui fortent de là avec tat d’impetuoíité,que la terre qu’ils emrnenent, Sc qui eft arreftée par la mer, que le vent pouíle contre la terre, y forme vne efpece de digue, qui bouchefíbien le havre, qu’il eftimpoffibled’y entrerou d’en fortir, pendant ce temps-là,Sc jufques àce que levent , qui change avec lafaifon,faííè retirer la mer, laquelle entraiíne avecelle les ordures que lespluyes yavoient bailees.. Les Portugaisy font vntres-grandtrafic de poivre, que le Roy de Cochtm leur vend à vn certain prix, que Ton fixe avec leVice-Roy,àíòn arrivée à Goa 5 mais les habitans dupais ÔC les autres eftrangers, l’achettent plus cher. TuiíTance <3u LeRoyde Cochtm eft vn des plus puiílàns Princes de ces chim. quamcrs-la: eftant certain qu ii peut mettre plus de cent mil hommes fur pied j la pips part Nayres, qui iontobligez de fer-
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. i7s vir à leurs deípens, à cheval, ouavecdes elefans. Pour ce qui eft de leurfaçon de vivre, elle n’eftpas du tout ft brutale que celle des Malabarcs, mais ils obfervent la meíme couftume pour ía íucceífton de leurs Roys, 8c pour la confommation de leurs manages, qu’ils font fairc par leurs Bramans. Cette forte degens eft tellemcntrefpe&éeparmy eux, quele maiftre de la maifon voyantentrer vn Braman chez luy, luy fait place, fe retire, Sde laiiTe feul, 8centouteliberte, avecíàfemme. Ils fe percentlesoreilles, &ypaiTentduplomb, quieneftendenc les bouts ftfort, qu’avecletempsilspendentjuicjues fur lesef- paules. II y vient quantité depoivre, degingembre&decan- nelle, dontils’yfaitvn tres-grand commerce. liny a pas long-temps que tous les M .ilibares n’avoicnt qu’vn Roy : mais S arama Ferymal, Monarque de toute cette cofte, depuis Goa jufquesi Cap deComory, ayantembrailela religion de Mahomet, 8c voulant finir fa vie dans la retraitte aupres du fepulchre defon Prophete, partagea fes Eflats entre fes arms, à fa charge que les Roys de Cananor, de Cochim 8c de chaul, re- connoiilroient la Souverainete de celuy de Calicuth, auquel il donna la qualité de Samortn, ou d’Empereur : mais depths- que les Portugaisfe font eftablisen cesquartiers-là, la puiifan- cedu Samorinz eílé tellement affoiblic, que prefentement le Roy de Cochim eft fans comparaiíòn plus puifíànt que luy. NouspartifmesdeCdnrftfor Idó. Ianvier,6c vifmesenmef- me temps partir le Capitaine Wediel, qui euft efté bien-aife daller de conferve avec nous en Angleterre, s'll n’euft pas efté oblige d’aller achever fa charge a Cochim 8c à Calicuth. Nous y arrivâmes furle foir. Le Capitaine IVeddel ymouilh, mais nous-nous contcntames de le faliier d’vn coup de canon, 8c pourfuivifmes noftre voyage. Le lendemain nous defcouvriimes deloin dix-huict voiles, qui en venant tout droit à nous, nous firent bien-toft con- noiftre, qu’ilsavoientdeflein de nousattaquer. Nous cumes de la peine ddefgager noftre canon 5 parcequclenavire eftoit ft charge, qu’il n’y avoit point de recoin, qui ne full plcin. Nous dimes ncantmoins le loifir denous mettre en cftat de recevoircespirates, quin’eurent pasl’affeuranee des’appro- cher de laportée du canon, pendant que le jour les pouvoit defcouvrir : mais dés que la Lunc commença à paroiftre fur Mm ij i ^39- Privilege doe Bramans. Le Zamorin de Calicuth eftoit autrefois Empereur de* Malabares. Combat avec J:< pi;atcs Malabares.
  • Jj -.ff" 3 la veui* dc Cuchim. 2e Cap de Cc< juory. Z’lfle de Cey Ion. 5a fituation. C’lft l’ancicn nc Taprobane Sa defcription ag0 VOYAGE DES INDES, i ’borifon, incontinent apres minuiff, ils nous attaquerent des deux coílésj quoy qu’avcc fort peu advantage: Car ils furent il bicn receus,que dela premiere defcharge de noitre canon nous coulafmesdeux deleurs fregattes àfonds,8cen mi fines trois ou quatre hors de combat, qui lb red rerent derriere Ies autres,ia- luantcependantfibiedenoft re moufquctterie cellesqni s’ap- procboient du navire,qu’ils perdirent i’envie de nous aborder. Cette mefme nuid nous paffafmes de vant 1c chafteau dc Co- chm, 8c le lendemain vingt-lnucUeme,nous ne viimes plus que quatorze fregattes MaLbara, qui nous fuivoient dc loin • ce qui nous fit croirc,que Ies quatre autres avoientefté coulés à fonds. Nous continuafmes cependant noftre voyage avec vn vent fa¬ vorable, defcouvrant d’abord , vers lc Levant, vn pais bas, ■ piantéde Cocot,8cenfuitte versleSud-Efile Capde Cowory,qui eft la partie la plus meridionale de cette partie des Indes, que Ies anciens appelloient les Indes dc deca le Ganges. La nuid fuivante lesMalabares firent mine de nous vouloir at- taquer encore, 8c deux de leurs fregattes vinrent jufques fous noftrcartillerie. Nous nous contentames de tirer deux coups fans baile, à deifein deles feire approcher3mais ils fe retirerenr. Le lendemai n 19 .nous defcouvrifines l’llle deCalon ,a la hau¬ teur de laquelle nous fumes arreftés,commc immobiles,par vn - calme, qui dura trois fepmainesentieres. Elle eftfituéeà dix lieuesdelaterreforme, s’eftendantduSud-Sud-Eft au Nort- Eft, entre le Cap de Comory 8c celuy de A egapataw,qui eft à vnze degrez vers la cofte de Coromandel. Elle afoixante lieuesde long fur 40. de large, 8c environ deux cens cinquantelieues de tour. L’on dit qu’elle eftoit autrefois beaucoup plus grande qu’clle n’eft prefentement 3 mais que les courants de lamer, qui font fort grands en ces quartiers-là , en ont emporté vne partie, du coité du Cap de t omory. C’eft fans doute la pi us riche 8c la plus fertile detoutes les Illes del’Orient, aumoins file lap on eft terre forme, 8c fi l’on veut croire M affee, le plus docle 8c le plus grave de tous les autheurs qui ont eferit des affaires des Indes, 8c particulierement le fçavant 8c illuftre S. Bochart, enfon i’haleg c’eft fens doute la Taprobane des anciensj bien'que Mercator ^ lof. de L’Efcale •> Em. O[orioy 8c autres efti- • ment,que c’eft i’l lie de y«wdfrrf,dontnousparlerons cy-aprés. Quoy qu’il en foit, il eft certain que l’lfle de Çeylon QU Zeilon
  • DV Sbl DE MANDELSLO, LIV. II. 1S1 eft vne des plus confiderables de teutes les Indes. Car outre 1639. qu’elle produit tout ce que l’on trouvcailleurs, Tony void des foreitentieresd’orengers & de citronniers , mais particulie- rement de cannelle, qui pouffe fonodeur bienavant dam la mer, Sc grande quantité de pierres pretieufe: en forte qu’a la referve du diamant, il n’yapoint de pierre qui ne s’y trotive. L’on y pefche auffi des perles,mais elles ne font pas fi belles que celles de Baharam: mais en recompenfe de cela elle produit la meilleureyvoire dumonde. Elle rat defcouverte cnl’anijo6. par Laurens, fils de Francifco Jhneida, qui enpritpofleflionau ^ur nom d’Emanuel Roy de Portugal, en y erigcant vne colomne panics' portu- avec vne infcription, comme fi elle n’euit point eu de Maiftre5 sais- bien qu’en mefme temps il Hit vntraittéavcc vn des Rois de l’lfle, par lequelilluypromit la protection du Roy de Portu¬ gal , moyennant vne reconnoiffance annuelle de deux mille cinq cens quintauxde cannelle. Les Portugais ont depuis for- tifiélaville de Co/o»ii>o,àfeptdegrés de deça la ligne, ouilsíè font maintenus, jufques àce que les Hollandoisayentpris de¬ puis trois ans en fan 1657. cette importante place fur eux5ache^ vans par ce moyen de les depoffeder de ce qu’ils tenoient en cettelfle. Les EJoIlandois ne commencerent à y faire Ieur commerce qu’en Pan i6oz. du temps de Fivula Derma Suri ^ída, Roy de Candy, qui eit leplus puiflant,&en quelque façonle fouverain de l’lfle, Sc qui avoit íuccedé àla Couronne par des voyes il extraordinaires, que je m’affeure, que le lccteur ne s’ennuya point d’en voir icy les particularités. Alara Ragu Roy de .Seffd^itcot, avoit trois fils legitimes,&vn HiftoiredcFi- filsnaturel, nomméZ);m.i. Ilyenaquidifent, quece Derma ^o^d^Candy' eitoit fils d’vn chirurgien: mais ils fe trompentj eitant certain qu’il eitoit fils dcMara /Íííg«,qu’il avoit eu a vne de ces Bailadei¬ ras , oudanieufes, queprefquetousles Princes des Indes en- tretiennent pour leur divertiflement. Mara Ragu aymoit ce garçon, Sc l’avoit fait nourrir dans les armes, à deílein de luy donnervn jour la conduite defes armées : Sc Derma y reiiilk fi bieri, Sc y acquit tant de reputation,que l’armce, qui eiperoit eitreplusheureufeibusvn Prince guerrier, 1’eitablit au thro- ^ ^ ne , apres que cefils deihaturéeuítfaic tuer fon pere, Seles tacrfo™pC“e& trois fils legitimes. Les Ç in gales 5 quifontconfideres dansl’ifle fes trois ftercs. Mm iij
  • iSx VOYAGE DES INDES, 1639. de Cólon, comme les Nayres parmylcs Malabares, eurent dc la peine àíouffrircechangemcnt, ôcàíereíòudre à obeirà vn baftard: mais il commença fon rcgneavec cant de feverité, Sc il fit faire tantd’executions, que les plus difficiles furenc con- traincs d’acquieicer à ce qu ils ne pouvoient pas empefcherj jufqua ce qu’xls trouvaílent le moyende s’en desfairepar le í poiíòn. Laraortde Derma, &celleduRoy de C.t»
  • DV Sr CE MAKDELSLO, LIV. ir. l8j neraldeMalacce, croyantpouvoirfairefouílever leshabítans 1639. de Candy én faveur de cette PrinceíTe, entra dans le Royaume avec vncarméefort confiderable,amenantavecIuy d. Cathe¬ rine , à deílèin de Pefpoufer, & de fefaire par ce moyenRoy de Candy,dés qu’il i’auroit fait reconnoiftre pour hentiere.il n’eut pas beaucoup de peine à fe rendre Maiftre de la ville Capitate: roais cefutlà famine. Car D. lean, quis’eiloitretire avec fes Ctngalts dans les bois,nel’incommodoit pas feulement, en luy tuant autànt de P ortugais qu’ilen fortoitde la ville , pouraller au fouragc,ou aux autres neccffités de la vic,mais il luy coupoit tellementles vivres,que lopes fur contraint, pour conferver fon armée , de battreaux champs, Sede fortirde la ville pour donner la batailleà D. 1 ean. Ellc ie donna en l’an 1590.- vn jour ^cur t*onue I* de Dimanche, &c quoy que lesPortugaiseuiTent l’advantage bataillc - de leurs armes à feu , & plus de quarante Elefants armés en guerre, D. lean qui ne fefaifoit plus appeler queFimalaDer- ma Sun *4da, ne laiifa pas de ies rompre,& de les desfaire entie- rement. lopes yfuttué, & D. Catherine dcmeurà prifonniere entre les mains de b'imaU, qui Pefpoufa depuis,& acquit par ce moyen vn droitfurla Couronne,qu’ilnepoiTedoit aupanu vantqueparledroitdes armes. Quatreans apres cette victoireD. Jeronimo d’^evedo,Ge¬ neral des conqueftes de Zeilon , ayant receu ordre du Roy d’Efpagne de faire vn dernier effort fur le Royaume de Candy £eur a°nnc vr* fit vne puiílãnte armée,que le Vice-roy de Goa fortifia de tous bat? C°m' les Cavalhers de Hidalgos ,qu’ilavoitaupresdeia perfonne, avança jufqucs aBdlme,ou s’eftoit donnée la premiere batail- le , & envoya de là defier le Roy de Can dy. Les Portugais ne furent pas plus heureuxen ce íècond com¬ bat , qu’ils Pavoicnt efté aupremierrear encore queParmée Portuga; íen y fuft point défàite, Seque D. ler animo y acquift beaucoup de gloire par la retraitte qifiil fit cinq jours de fuitte, en la pretence de 1 armeedu Roy,qui lepouríuivitjuíqucsaux portes de Colora y} fi eít-ce qu’clle fut tellement affoiblie, que depuis ce temps-làlesPorcugais n’ontpasofé attaquer le Roy- aumede Candy par force. IlsnelaiíTerent pas cependantdefè faire la guerrepar des courfes & par des furprifesqu’ils fai- foient les vns íur les autres. Car peu de temps avant que les Hollandois arrivaílênt dans
  • 2S4 VOYAGE DES INDES, 163 9. 1’Iílede Zeilon , les Portugais furent vilainement âttrâpés par vne double intelligence, qu’ils avoient avec vn certain le- Trr.hifon dvn ronimo Dias.W eftoit Portugais de naiilance : mais comme ceux P01 tugais rc- de íà nation, qui s’eftablifient parmy les J ndiens, ne font point ncSat- de diffi culte de demeurer en des lieux ou ils n’ontpoint d’excr- cicedc la religion , ils perdent facilement cede dont ils n’ont qu’vne connoiilancebien lcgcrc , celuy-cy renia , 6c promit de trahirfes compatriotes,de la façon que nous allons dire. Ce Jeronimo done ayant eíléfait priionnier par le Roy, demeura â Candy, juíques à ce qu’il yeuft concerte les moyens d’attrap- per les Portugais. Apres cela il s’en fauva, 6c eftant de re¬ tour aupres de D. Jeronimo ^sJxevedo , il luy dit, ques’il le trouvoit bon , il entreprendroit de tuerle Roy de Candy. K_s4xevedo , s’imaginant qu’apres la mort du Roy , il ne luy íèroit pas difficile de fe íàifir du Royaume , prefte l’oreille à cette propofitiou, s’aiTeurc de la fidelité d’vnhomme qui entreprend de tuer vn Prince fouverain de fang froid , par le ferment qu’illuy fait faire fur vn crucifix d’argent, 6c luy donne trois Capitamos, íçavoir C bn ft oval lacomo, Albert Pnmc- ro 3c lean Pereira,3c deux foldats, pour 1’aififteren cette execu¬ tion, qu’illuy avoirrenduefortfacileduy promcttatde le faire Roy de Candy incontinent apres la mort du Roy,6c luy fliifant donner vne bonne iomme d’arget, pour eftre employee parmy eux,fanslefquels, à ce qu’il difoit, ilnepourroitpasexecuter ion deflein. Dias partit f'eul, tant pour faire femblant qu’il ie fauvoitdes mains des Portugais, que pourdifpofer leRoyá faire entrer dans le fort de Ballene les cinq Portugais,fes com¬ plices 5 parce qu’il luy devoit faire accroire,qu’ils fe venoient auifi rendreàluy,pour le fervir contre les autres Portugais. Mais eftant arrive aupres du Roy, il luy dit la double trahi- ion qu’il avoit trainee, de forte que la nuid: fu vante le Roy fit renforcer la garnifon du fort de ballene,3c y à alia en peribnne, à deflein de iiirprendre les Portugais, qui s’eftoient mis en embufcade dans le bois, 6c quidevoientattaquerle fort, dés - qu’ils auroientadvisde la mort du Roy. Ces cinq Portugais , complices de la confpiration de Dias, eftant arrives aupres du fort, y furent receus 5 mais à mefure qu’ils y entroient on les faifoitpaíTerdansdeschambresretirées, ouils furent dcs-ar- m és, 6c mis aux fers; ce qui nefe put point faire ft fecretement, que
  • DV Sr DE MAN DELS LO, LTV. II. a7$ que quelques-vns des Cingales que Ies Portugais avoient ame- 1639. nés avec eux, ne s’en apperceuíTent 5 de force qu’ils s’en re- toumerent fur leurs pas, & advercirent les Portugais, qui eftoient dans I’embulcade, & qui fans cét advis, courroienc rifque d’eftre taillés en pieces, du mauvais fuccés de cette en- treprife. Le fervice de leronimo Dias fut reconnu de ladignité de grand Mo deitar, qu’il poíledoit encore, lors que les Hollan- doisarriverent dans 1’iíle de Zeilon, oíiils ne furent pas mieux Ces Hollands traittes que les Portugais. Car le Roy de Candy , qui avoit fone mal trait- aflezbienreceu leur Admiral, en Pan 1602. fit tuer de fang £‘e"J]’tíle, ou poignard. Les femmes ont auift le íein nud , & font af- fez bien proportionnées , & fort propres en leurs habits,& Leurs fcramcs. tefmoignent de la pudeur à la rencontre des homines. Elies fe coifrent quafi de la mefme façon que les femmes de l’Eu- ropc, en couchant les cheveux fur la tefte fort vnis, & noiiant lestreíles fur le derriere dela tefte. Elies portent des colliers d’argent, oud’or, ôc desbagues aux mains &auxpieds, &íè chargent les bras 6c les jambes de forces pierreries. Leurs Il^Partie. “ Nn
  • 9' ten vivres y fjm à bon inatché. J-:mlUligion. Adorent la re¬ ft c d'vn ele- fant. Pico d’Adam dans 1 Jílc de Ceylon. 174 VOYAGE OES INDES, maiíons fontaílez bien bailies, & leurs femmes fçávent forc bien appreílerla viande. Les ungales ne s’appliquent à quoy que ce lòit, 6c mefmesnefont pasforc propres pour la guer¬ re 3 parce qu’ils font accouílumezà vne vie tellementfainean- te , qu’ils ne lcauroient fupporter la fatigue. II n’y a point de pais en routes les Indes, qui foit plus abon- dant en toutes fortes de vivres,que l’lile de Ceylon.\jx volaille, le poiUon,la venaifon, le gibier, le beurre,le laid &le miel s’y vendent 4 vn fort vil prix , auffi bien que les 4nanas ,1 esbonna- nes,les Cocosjles Ua{ucs ,lcs Man*as, les citrons,les orenges, les grenades 6c les autres fruits. Ils mangent de tout, 6c mef- mes du pore, 6c de toutes fortes d’animaux, excepté du bceuf, de la vache 6c du buffle , 6c ils ne boivent point devin, non plus que les Mahometans, qui demeurent parmy eux, 6c qui jou íTentd’ vne liberte entierede religion. Celle de ces Infu- laires fe rapporte à la fuperftitio dcs autres Payens de ces quar¬ ters-la.Ils ont bcaucoupdc rcfpect pour \eurs Hr atnxn>,qui font fort referves en leur façon de vivre,6c ne mangent point dece qui a cu vie 3 parce qu’ils adorent tout le long du jour la pre¬ miere belle qu’ils ont rencontrée le matin , en fortant de la maiíòn. L’on y marie les filies en l’aage de dix ou douze ans,6c 1 on y brule les morts. 11 mala D rm.i Sun ada avoit pris quelque teinture de la Re¬ ligion Chrefticnne, aumoinsfi 1’onenpeut prendre parmy les Portugais 3 mais elle s’efflica bien-toil, par la complaifance qu’il eut pour les * inhales, 6c apresía mortíes luccelieursiont retombez dansle Paganifme. Il y en a parmy eux qui adorent vne telle d’elefant, faite de bois ou de pierre,6c difent,qu’ils le font pour acquerir de la fapience 3 parce qu’ils croyent que les elefans de Ceylon ne font pas feulement plus advifes que les autres, mais qu’ils ont mefme plus d’efpritque les homines. Ils ont dans la maifon vn panier, oil ils afTemblent ce qu’ils ont dellein d’offrir à leurs Pagodes, pour lefquels ils ont vne de¬ votion particuliere en lours maladies 3 parce que cen’eil que d’eux qu’ils en attendentle remede. Ils croyent auili que le monde ne perira point, tantque leur grande Mofquee, que l’on defcouvrc de fort loin dans la mer, entre, Punto de Gallo 6c Montecalo, ieradebout. Ils ont vne opinion particuliere d vne montagne,qui eil dans 1’Iile, que l’on appelle Pico d ^Aiam^L
  • a ai gene* bv Sk de mandelslo, liv. rr. *s7 Hs difent, que c’eft là oule premierhommeacfté creé, que Ic 1659. puits, qui eftiur cette montagne, s’eft fait des Jarmes qu’Eve veríà fur la more d’Abel, & que l’ifle de Ceylon faiioit partie du Paradis terreftre. Aurefte ils font fort dociles, 8c ils iouf- frent qu’on leur fade connoiftre les erreurs de leur idola¬ tries de forte qu’il y a de 1’apparance, qu’on les pourroit con- vertirau Chriftianifme, fi e’eftoit auffi bien Ie zele de la Re¬ ligion & la charité, que l’intereft qui porte les Chreftiens à en-. treprendre ces grands voyages. A la referve du Roy de C indy, tous les autres Roys de C -y- Les autret Ionpayent contribution aux Portugais: mais elle eft fi peu con- R°ys
  • l88 VOYAGE DES INDES, j £. _ ... i es principales villcs maritimes de 1’Iíle de Ceylon fontíí- Vilics deCcy cuées en la diftànce fuivante : fçavoir dcpuis Panto de Gallo vers lon, Ponanr, Ah can y erberin l«l»CalutreColombo 6.1. /\ o- ,om(,0çXleGilanyl.Putalo»io. 1.Mamar 18.I. versle Levant du coité de M At ccaloy Bellingan 4.I, Mature i.l. D ondoute /. 1. T.*.>in.id*ri.lMalpiUnayde\ixlkúes&.âemie.Ai
  • DV Sr DE M ANDELSLO, LIV. II. 1S9 là ou le Roy de toutes les Iíles demeure, A la referve des Cocos, 1639. qui s’y trouvent en grande abondance, elles produifent fort peu de choíê 5 & neancmoins les habitans ontl’induftrie de fai- re de fort belles veftes, de la foye 6c de la filaífe, qu’on leur ap- ported’ailleurs j de forte que fi l’on excepte les Moguls, ilnya point d’Indiens qui s’habillent mieux que ceux-là. Pour ce qui eft de la Cofie de Coramandel, l’on appclle ainíi la c£rao™^* partie Orientale des Indes de deçà le Ganges, qui eft feparée des M*Ubares par la montagne áeBalagatta, 6c qui s’eftend du SudauNord, depuisle Cap de Comonn, ou plutoft depuisla pointe de Ne gap at am 5 jufques à la riviere de Nagund, 6càla. ville de Mafuhpatam, ayant environ cent lieuês de cofte. Elle eftd’autantplus commode, qu’elle fert de retraitte aux vaif- feaux, qui font contraints de quitter la cofte de Guzyratta 6c de Malabar pendant l’Hyver, Ôcelleaplufieursbons ports, 6c les meilleuresradesde toutes les Indes. ^ f Les Portugais y tiennent la ville de S.Thomé^ atreizedegres, Les habitans trente-deuxminutes dedeçàlaUgne, 6cilsdifent quedeslors delatedc que Va\coieG*m.t defcouvritlcs Indes, 6cfefaifitdeCoc/n'w6c fontchreftiés; de Crangano)\ les habitans d’e cette cofte, qui fe difoient Chre- ftiens, demanderent la protedion du Roy de Portugal, 6c qu’en arrivant à S•Theme, ils y trouverent des Chreftiens, fai- fans profeífion dela Religion Grecque. Ils font ace propos vn contefondéfurvnetradition, de laquelleneantmoins l’on ne trouve'pointdcpreuvesdans l’Hiftoire Ecclefiaftique. llsdi- contedefaint lent done, qu eS.Thomas, l’vndes douze ApoftresdeNoftre- Thomas. Seigneur , apres avoir long - temps prefche l’Evangile au Royaume de Narfinga , nonobftant 1 oppofition des Brama- nes, s’avifa vn jour de prier leRoy de luy permettre de ba- ftir’vne Chapelle, oiiil puft faire fes devotions : 6c que les me-fines Bramanes obligerent le Roy a luy refuier cette gia- ce. Mais qu’il arriva , qu’vne groite poutre s’eftant mife a l’entree du havre de la ville de Meliapour, qui eftoit alors la capitaledu Royaume, en forte que non feulement les grands vaillèaux, mais mefmesles petites barques n y pouvans pasen- trer, le commerce de la ville fut ruine en fort peu de temps. L’on fit vn effort aveepluiieurs elefants, pour tafeher d oiler ' la poutre de là, 6c l’on employa mefmes les Magiciens de ces quartier s, pour voir ft leur art feroit ce que la force n avoit pas
  • ipo VOYAGE DES INDES, x(%9* pufaire : mais l’vn 6c i’aucre fe trouvans inutilcs, 1c Roy fíc propofer vnerecompenlbforcconfíderableà ccluy qui débou- cheroitlehavre, 6cconvia par ce moyen le Saint d’offrir iòn ídrvice, 6c ce fans aucune autre recompeníb , que de la poutre meíme. Ilferendit d abord ridicule par l’offre qu’il fit dela ti- rerfeul, ÔC particuliercment quand Ton vitquil y attachoit íi ceinture, à deílcin d’entralner vne maíTe, que plufieurs elefants n’avoient pu eíbraníler: mais il entraínala poutreavec la mef¬ me facilite,que s’il euft amend vne petite bar que, Sc Payat tirde fur la greve,ilravitleRoy en admirado, en forte qu’eniuite de ce miracle il luy permit de baftir lachapeile, qu’il avoit deman- dde. Les Bramanes voyansquece miracle alloit deícrier leur do&rine, & que la Religion Chrcftienne s’eftabliflant en ces quartiers-là, ilnefalloit point efperer de pouvoirconíbrver la Payenne, ilsrefolurentdefedeffairedel'Apoftre, 6c lefírent tuerpar quelquesPayens, pendant qu’il faifoitfapriere dans lachapeile. Il yen a qui diient, quel’Egliie, qui eft dedide à ceSaintencelieu-là,aeftd J?aftieparvnRoy de Narfinga , 8c que la porte del’Eglife eft faite de cette poutre miraculeufbj mais les Portugais difent,quee’eft leur ouvrage : 6c e’eft à quoy il y aleplus d’apparence. Lintfchoten dit, qu’ilfe trouveen ces quartiers-là vne certaine forte de gens, qui ontlVnedesjambes plus groileque 1’autre, 6c quel’on croit que ce font des deicendans de ceux,qui onttud l’Apoftre. Mxffee rapporte au8. Livre defon Hiftoire des Indes, que leatilll.Roy de Portugal,fitcherchcrles oflements de ceSaint fur les coftes de Coromandel, 6c qu’il les fit tranfporter à Goa,ou il luy fit baftir vne belle Eglife. Mais s’il faut croirRuffin 8c y Apoftrc s. Socrate, en leur hiftoire Ecclefiaftique, 1’Apoftre faint Thomas frciemartyrc" martyreàEdcfjeenMefopotamie, oul’onfaiioitau- à EJcflc. ' " trefois despelerinages à fonfepuIchre} quoy que Marco Polo Veneto en parle autrement, mais en íè contrediíànt íõy-mef- me.Gafpar Balln, marchand Ioiiallier Venetien, qui afait vne ailez grande relation de foil voyage des Indes, dit, qu’eftant en la ville de S. Thome en Pan x j8z, 1’on y baftit vne Eglife à l’hon- neur de S. leanBaptifte, 6c que le baftiment eftoit desja fort avance, quand l’on commença à s’appercevoir, qu’il n’y avoit point depoutres pour l’acheverj mais quenmeme temps la
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. i9r mer jetta au bord vn arbre, qui eftoit fi gros, quemarquant 1639. quelque chofe d’extraordinaire, Ton en voulut prendre la me- íure, qui fut trouvée íí j ufte pour 1c baftiment, que les gens d’£glife crierenc au miracle , 8c le confírmerent, quand en Iciant cet arbre, Ton en coupaautantde poutres, qifil fal- loitpourachever l’Eglife.Ilyadjoufte,qu’ilyavoitde 1’appa- rence , que cét arbre cftoit venu de bien loin, puis qu’en le coupant íl en fortit vne odeur íi puante qu’elle infecta tout le pais. LavilledeS.T/joMfn’eftpasfort grande,maisla plus part de fes maifons font de pierre , 8c fort bien bailies. Son Eglííe n’a point de clocher, mais elle nc laiftepas de paroiftre deloin. II y demeure environ fix cens Portugais, o\iMeJii%e$, 8c quelques marchands Armeniens. Leslndies,qui fontPayes ou Mahometas, demeuret en Ia vil- [j* v‘:'criItMe' le deMeli«tpoury qui eft fituée fur vnepetite riviere à deux lieues dc S. Thomf versle Nort.-mais elle eft bien defcheue de Peftat ou elle eftoit autrefois, lors qu’efte eftoit la capitale de tout le Royaume de Narfmga. LcKoy de Portugal n’a point de Gou- verneurà S.r/ioW, 8c mefme iln’yapoint de Magiftrat, ny aucun ordre de police 3 de forte que dans cette Anarchie il íe commet tous les jours vne infinite de deíòrdres impunément. Les vents du z ud 8c duZud wtft y regnent depuis le mois d'A- vril jufques au mois de Septembre, 8c pendant ce temps-là la radey eft fort bonne 3 mais aux autres mois de Pannée les pe- tits navires font contrains de gagner la riviere de PaU.tc.ute, 8c les grands fe retirentdans le havre de N egap.ua m. L’on trouve cinq braíTes d’eau jufques à la portée du canon de Ia ville,mais la mer y eft fi groífe en tout temps,que 1’onn’y peut pas abor- der fans danger. Les Hollandois ontplufieurseftabliílemensíur cette coftc, ou ns ront vn tres-grand commerce 5 mais principal ementa íandoisfurcct- Tottapouh, autrement nommé Nifipatam, ou ilsontleurs bu-tccoilc- reaux depuis Pan 1606.6c à Paleacatte,ou lls ont bafty le fort de Celdria. Lep ai's eftoit autrefois divifé en trois Royaumes 3 fçavoir en ceux de Coromandel, de Narfmp.t 8c de Bifneg.tr, mais aujour- d’huy il obeità vn feul Prince,qui demeure tantoft à Bifnag.tr, tan toft à N trftnga. LeRo aumc Au deflusdelavillede Mafulipatam eft le pais, oupluftoftle d’Orixa!
  • 19i VOYAGE DES INDES, i<535?. Royaume d’orixa, s’eftendantdepuis la riviere de Mafulipatan juiqu’a celle âeGuenga: mais les Hollandois Ie comprenncnc reSai!Sadra auflifousle nom de lacofte dcCoromandel.Les principales villes & dcGokanda. de ceRoyaume font M afulipatdm Sc Go1 can da, dont la premiere eft confidence à cauíè de Ton commerce,Sc 1’autre à caufe de la reíidence du Roy. Ce pais donne beaucoup de fel,Sc 1’on y crouvc auífi des diamanrs, mais ceux qui pefent plus de cinq carats appartiennent au Roy. LeRoyaumcdc Aupres d'orixa, en tirant vers leNort,eftle Royaume de Bengal» Bengala^qui donne le nom au Golfe,que les anciens nommoienc Sinus Gangeticus. ll s’y fait vil grand trafic de ris,de íuccre Sc de cotton,mais principalement de íbyes,que Ton eftimelesmeil- Jeures de toutes les Indes. Les plus belles Cannes,que l’on nous apporte ,viennent de Bengala, ou il croiftauili vneautre for¬ te de Cannes, qui font bien plus fines que l’ofier^de forte que l’onen fait des vafes, qui eftans enduits de lacque par dedans contiennentrhumidite,aufli-bienScauflilong-temps , qu’vn verre, ou qu’vne gondoled’argent.Ily croiftauili vne certai- neherbe , laquelle pouflant au bout de ia tige, quia vnbon doigt d’eipois, vn gros bouton ,fait comme vne houpe,que l’on file, Sc l’onen fait de fort belles eftofFes.Les Portugaisl’ap- pellent Herb a de Bengala, Scl’on en fait des tapis Sc des couver- tures, ou ils reprefentent toutes fortes de figures. Scs habitant Les habitans du pais font tous Payens, Sc extremement bru- taux en leur façon de vivre. Le larcin y eft fort commun :8c bien que l’ony punifle aflez feverement 1’adultere, en cou- pantle nezà ceux quiy font furpris, ils ne lai llent pas deft re paillards, Sc de fe fouiller de toutes les ordures,qui le peuvent Icur fuperili- commcttre en cette forte de vice. Ils ont de la veneration pour lion. la riviere de Ganges, Sc croyent que ies caux lont li iaintes, que ceux qui s’y lavent, font nets de tous leurs peches: Sc cet¬ te fuperftition s’eftend fi loin, quemefime le Roy de Narfmga envoye qucrirdanslc Ganges, l’eau dont il ie fert en fes purifi- cations. % Pceujaumc dc Le Royaume dePegu touche à celuy de Bengala du cofté du Levant, Sc prend fon nom de lã ville capitale, ou le Roy a pla¬ ce le fiege de fa Monarchic. C’eft vn tres-puilfant Eftat,Sc a Sa ville caniu- ce ft116 dit CafparBalby, lequel nous fuivonsen cette relation, fc- ‘ parce que nous n’avons point veu ce Royaume, fa ville capi-
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. II. a95 tale eft feparée en deux villes, dont I'vne eft appellee ia vieille, t £ 3 Sc 1’autrela villeneufve.Le Roy,avec ceux qui dependent de la Courdemeure encelle-cy,6cdansl’autre demeurent les mar- chands Sc les artifans. La plus part des maifons font bailies de canes,mais elles font accompagnées de magazins voutés, pour la confèrvation desmarchãdifes contrele feu. La ville nçufve eíl: baftie en quarré,6c les flacs font fi droits,qu’il n’y a point de porte dont 1’onne defcouvre les deux angles de lamuraille.El- dcs croco !iic» Ie a quelques baftions de bois, 8c vn beau foíTé plein d’eau, ou dans le fort* I’onfaitnourrir des crocodiles , pour empefcher queIon ne Jclavulc- lepaile, pour iurprendrela ville. Les P eg* xns croycnt,quecet animal à quelque chofe de íàint, c’elt pourquoy ils íè plàiíène aboire de cette eau, quoy que l’on n’en aille point queriríàns danger , puis que les crocodiles man gent bien ibuvent ceux qui y vontal’eau. L’ony’abbreuve aulfi les elefans 5 mais ccc animal fait peur aux crocodiles, 6c eft troppuiflant pour les pouvoir apprehender. Le Palais du Roy eft íituéau milieu de la ville, 6c a fes for- L~ PaIais<1'1 tifications, fesmurailles&,fonfofle , quiíle íèparentdftl&Wl- K°y‘ le. L’on dit que ce chafteaueft beaucoup plus grand que la ville de Vcnife,6c que ion n’y entre que du cofté de la ville,par deux portes, 6c par autant depontlevis. Dés que Ion a pafle la premiere porte , l’on trouve les maifons des Grands, qui n’entrent dans le corps du chafteau qu’avec la permilfion ex- prefle du Roy. Sa garde, qui eft còmpofée d’vn grand nornbre s.i gardej de foldats,qu’ils appellent Bnmasfc dent à la leconde porte, ou ceux qui font de paillafle, font aílis, ayans leurs armes pen- dues àla muraille devant eux. En ce quartier-làfont les efeu- jies pour les elefans, tant pour ceux que I’on nourrit pour 1’v- fàgedu Prince, que ceux que l’onentretient pour la guerre, qui font au nornbre de plus de huict cens. L’appartement du Roy eft fort riche , tout peint d’azur afeuillagesd’or , 6c Ie Roy ne donnne jamais audiance , qu’il ne íè fafle voir dans vne grande magnificence. Il a luy mefme I'eventail à la main , pour le faireduvent, 6c furlatefte vne quadruple couronne a’or,efinaillédeblanc. Ilaaupresde faperfonne quaere jeu- nes garçons, qui le fervent en íès brutalités, 6c devant luy tous les grands de la Cour , qui neduy parlent point, qu’ils n’eftendent achaque paroleícsmaúisenhaut, 6c tnfilsne faf-. XI. Par tie. Q o
  • i 5 3 9- VOYJA'GE DESINDE'S, fentde profondes inclinations. Dés qu’il eft aflis on luyamei- nc fes plus beaux elefans, 8c entr’aucres fon elefant blanc, Iltfaullanc que l’on die eftre Ivnicmc dam routes les Indus,& dond on ne trouve jamais qu’vn a lafois dans fa Cour ou il 1 avoit fait amener apres la vidoire, qu’il remportafur le RoydeW, auquel il n avoit declare la guerre que pour avoir cet ani¬ mal • ainfi que nous dirons tantoft. Cesbeftes luy font la re¬ verence,Sc tefmoignent qu’elles ont quelque veneration pour fa perfonne. Sil ondoitcroire ce que le mefine Btlby endit, e’eftfans doute le plus puiflànt Monarque du monde , apres le Rov de la Chine. Il dit,qu’il pourroit mettre quinze cens mil La pniflance dr frames & plus de hiiid cens elefans fur pied, ÔC que fes finances Roy dc Pegu. ne fe tr’ouvrenr pointincommodees par vne fi puiflante armee, parce qu’il n’ya point de Seigneurquine (bit oblige de lever k d’entretenir à fes dépês vn ccrtaih nobre de gens de guerre. Il raconte à ce propos, que de fon temps le Roy d oncle paternel, mais vaiTal du Roy de Pegu ,ayant refufede Quifaitla faire hommage à fon nepveu, 8c de luy donner les diamants !TuvaaUfon°y & la autres pierrerics qu’il eftoit oblige de luy donner en cet- • ’ te con fide rati on, le Roy de Pegu, qui lçavoit que fon oncle en- tretenoit des intelligences fort iecretes avec quelques Sei- e'neurs de fon Royaume, centre le repos de fon Eftat 8c mel- me centre fa perfonne, voulutluy tefmoigner quilfe fouve- noitdela priere que fon pere luy avoit faite en mourant 8c dc la recommanaation qu’il luy avoit faite en favour du Roy d’^iuv t Scluy envoyavn Ambaffadeur extraordinaire,pour tafeher de le ramener à fon devoir, 8c pour le faire revemr à luv- mais l’oncle, au lieu defaire fon profit de la generofitede fon nepveu, fit tuer l’Ambaffadeur,,8c declara la guerre au Royde P^«.MaisCcluy-cy, qui avoit fait vne armee de trois cens mil hommes, nefe voulut pas mettre en campagne, qu il n’euft nettoyé fa Cour, 8c qu’il n’euft fait mount les traiftres, qui avoient promis dele livrerà fon oncle.Ayantdone fait venir tousles complices de cette trabifon,fous pretexte de les appellerau Confeil,qu’il vouloittenirau fujetde cette guerre, ifles fit arreiler,8c les fit bruler vifs, avec leurs femes 8c enrans. Et afin de fe defeharger dela haine d’vne execuno fi cruelle, il manda aujuge,qu’il euft à faire iurfeoit 1’execution, jufqu a ce qu’il cuft vn ordre exprés figné defamaimmaisle Dog*giniton oncle. Execution Su¬ ite, mais tiop fevere.
  • 1%. DV Sr DE MANDELSLO, LIV. IT. i9$ le I uge, qui avoit Ie mot, ne laiílãpas de pafler outre, & d’exe- cuterlesordresíècrets, qu’il avoir pour cela. Apres cela le Roy dePtgu parut à la tefte de Ton armée,mon- té/urvnelefant, couvertd’vne vefte de brocard, & ayant i fioncoftévneefpée, dontD.Luis d’Atayde, Vice-Roy dedo*, luy avoit fait prefent* refolu de marcher dans peu de jours contrefononcle : maisilenfutempefché par la petite verole, dont il fut malade à 1’extremité. D és quil en fut releve, il fit avancer 1’arméejufques furies frontieres d'^uva, ouilaccc- comb* P«tf- pta le duel que fon oncle Iuy fitoffnr,Scfutaftèz heureux pour cu,ii r <*<■ R®# tuer fon ennemy, à la veiiedesdeux armées. Cette vi&oire a K°r‘ particuliereluy donna plus d’avantagc, qu’il n’euft pu efperer de ladéfaite de toute l’armec ennemie: car tout le Royaumc d'^4 u va íe rendit à luy à difcretion.LaReine,qui eftoit íâ foeur, tomba auífi entre fes mains, 8c demeuraprifonniere le refte de fes jours, bien qu’enfermee dans vn Palais Royal, ou elle eftoit fervie Sc honorée en Reine. Le Roy de Pegu, voulant reconnoiftrele fervice queion ele- fantluy avoitrenduen ce combat,oiiil eftoit tombé mortíòus fon maiftre, fit faire quel ques Pagodes de ia dent,8c les fit placer parmy lesautresidoles,que l'on voitdans vne V'arella-, ouMof- tes idoles d» quéc,qui eft dans le chafteau. Parmy ces 1 doles, il y a la figure Ro^ PeSu’ d vn homme au naturel, d’or maifif, ayant fur la tefte vne cou- ronne , chargée de toutesíortes de pierres pretieuíès, furle front vn rubis de la grofleur d’vne prune, Sc aux coftés de la te¬ fte des pendans des plus riches quel’on ait jamais veus, & fur 1’eftomach il iuy paiTe en efcharpe, dcpuis l’efpaule droite juf- ques fous le bras gauche , vne chaine de diamans Sc d’autres pierreries,d’vn prix incftimable.il y a aufii dans la merne chap- pelle troisautres ftatuesd’argent,plushautcs que la premiere de deux pieds, quiontleurscouronnes chargees de pierreries, Sc encore vne quatrieirne plus maifive Sc plus riche que toutcs les autres, Sc outre cela encore vne figure faite de (7 anxj ,qui eft vnmetail meflé d’eftain 8c decuivre, quel’oneftime pour le moins autant que les quatreautres.C’eftoit le pere du Roy,qui vivoit en Pan 1578. qui avoit fait faire toutes ces ftatiies, en me- moire de la fignalée vi&oire, qu’ilavoitremportee furle Roy deSi.101, enla guerre qu’il luy avoitfaiteal’occafion del’elc- fant blanc, dont nous venons de parler, O o ij s
  • 3 SN lee armes des Ptguans. |Is fontPayens Aáorcntle diable. Letts fiíles. •; VOYAGE DES INDES, II y a plus d’elefans dans Ips forefts dn Royaumede Pe^ qu’en tout lc refte des Indes, & on les dompte avec fort peu de peine, dans dix ou douzej ours, ap res qu’on les a attrapés par le rnoyen des femelles, qui les font fortir de la foreft,ôc qui fe font fuivre jufques dans les efcuries, ouilsont descachots qui ne tiennent qu’vn feul de ces animaux, Sc dont ils ferment les guichets,dés qu’ils y font entres. Les Pcgudns ont des armes à feuj mais ilsíe fervent ordinai- rement d’vnc efpece de dcmy piques, faites de Cannes, d’ef- pées courtes Se larges, Sc de rondaches longuesSccílroires, qu’ils font d’vn cuír boíiiily double Sc enduit d’vne certame (Tommenoire,qu’ilsappellent itchirtri.Loirs lalxdes^ ou caiques font faites de la mefmc cftoffe, Sc de la mefme facon queles no ftres. . " lls font tous Payens, ala referve de quelques-vns, qui en faifaht alliance avec les Portugais, ont aufli embraffé leur re¬ ligion. Ces Payens croyent que Dieu, qui a plufieurs autres Dieux fous luy, eft autheur de tout le bien qui arrive aux hom- mes, mais qu’il laiílê la diipolition de tout le mal au diable, pour lequel ces miferables ont plus de veneration que pour Dieu • parce qu’ils croyent quefvmneleur fera poinode mal, & qu’i 1 fautadorerl’autre,afin qu’il ne leur cn fafíè point. Ils font leurs devotions ordinaires leLundy,Sc ont outre ccla encore cinq feftesprincipales, qu’ilsappellent Saf> n. La pre¬ miere, qu’ils appellent S-tpan Gt idvé, fe celebre principale- ment par vn pelermage, que le Roy Sc la Reyne font à douze lieuesdela ville, ou'ils paroiflent dans vn char de triomphe, tellement pares de pierreries, que l’on peut dire fans hiperbo- le, qu’ils portent iurcux la valeur d’vn Royaume. Laieconde s’appelle S*pa* Caren.1, Sc le chomme a i’honncur de la figure qui eft dans la grande V^relle du chafteau : al’honneur de la- quelle les grands de la Cour font faire des pirâmides de Can¬ nes , qu’ils font couvrir de plufieurs eftoffes parfaitement bien ouvragées, de plufieurs famous, Sc les montent fur des chariots, qui font trailncs par plus de trois Cens perlbnnes, pour les faire voirau Roy, afin qu’il juge de leurs inventions. Tout le peu- pleva aufli luy faire fes offrandes. Le *t> n Giaimo S 'g* non qui eft leur troifiéme fefte, le celebre aufli à l’honneur de quel- ques-vnes de ces ftatues , Sc le Roy Sc ia Reine s’y trouvent
  • DV SrDE mandelslo, liv. II. 197 aufli en perfonne, Sc la quatriéme fefte, qu’ils appellenc i 63 9. T)
  • 19s VOYAGE DES INDES, ontfait en leur maladie, ou en quelque autre faíchcuíè ren- J' ’ contre, 6ctafchent de faire abolir cecte mauvaife couftume: íuais elle eft tellement inveterée,quejufques icy ils y one perdu Lí«r façon de leurpeiiie. Ces gens demeureut ordinairement dans les bois, vivre- 6c afmd’eviterla rencontre des beftcsferoces, dont les forcfts de ces quartiers-là íont remplies, ils íe font des couches íuí- , pendues en l'air, aux branches des arbres.Ils nc mangent qu v- nefoislejour, 6c fontvcftusd'vnevefterougequileurvajuf- qu’aux talons, ils vont nuds pieds, 6c ils ont fur les eipaules vnc inandille,q.uileur vajufqu’auxhanches.Ils íe font raíer la tefte, 6c n’ont point de poil en aucune partie du corps, 6c fe couvrent d’vn chapeau contre les rayons du Soleih On leur rend de grandshonneursapres ieurmort, 6c apresavoirgardé le corps quelques jours, on le brufleaveedu bois de íàndale ,i onj ette les cendres dans Ia riviere, 6c l’on enterre les os, aupres du ncu qu’ils avoient choiíi pour leur demeure. í 1 ne vient point de blea au Royaumc de Pegu ; mais ils ont en recompenlè plus de ris qu ils ne fçauroient confumcr; ccft Eftiange faul- pourquoy ils en font part à leurs voiílns. Ils ont Ia couftume «e. faire vne certaine drogue de quelques petits poilions, qu ils battent dans vn mortier, ôcTayant ainíi reduite en pafte, Ia laiílènt pourrir au Soleil, juiqu’a ce qu ellcíoit entieremenc corrompue, 6c qu’elle devienne liquide, 6c aíorsils s’en fervent en leurs íàulces, aulieude beurreoudhuile -} failans leurs de- lices d’vne chofe dont il nous feroit impoíftble deíouffrirfeu- lement la puanteur. m Qnelques au. La íodomie eftoit autrefois ft commune en ce pais-la, que pr”ticuHcr«ltS pourextirpercevice, quialloitdeftruire toute Kfpece, vne des Pcguans. Reine de Pegu s’avifa d’ordonner par Edict, que les hommes porteroient dans la verge vne fonnette, quil’enfle en ioite, qu’ils ne font plus capables d’outrager la nature. Et afin que les femmes neioient point fruftrees de cequi leur eft deu, on leur oftelavirginité dés la premiere jeuneíle,parle move d vne certaine compofition, qui fait vneffet tout contraire a celle, dont les femmes publiques íe fervent en quelques endroits, pourdonner plus de plaiíiràleurs rufiens. L on met ces fon- netes aux hommes entre le cuir 6c la chair, 6c pour faire cette operation on les endort d’vn certainbreuvage, pour les ren- dre infeníibles à la douleur qu’onleur fait iouftnr,enlaiiant
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. ^ cette incifío,dont neatmoins ils gueriílencen fortpeu de jours. 1 & 3 Pourleurdonner encore plus d’averfionpourlafodomie, Ton peintlcsgarcõs en 1’aage de fept ou huitans d’vne certaine cou- Ieur bleue,laquelle s’eftendantavec lapeau en croiflant ,chãge en vne autre couleur, qui les rend horribles. Les femmes au- contraire font toutcc qu’ellespeu vent pour fe rendre ayma- bles , 6c pour amrerles homines,en ne fe couvrant les parties honteufes que d vn petit linge, qui ne les cache pas fi bien, que le moindre vent nedefcouvrc tout cequ’ellesportent. Les vns&Iesautresfe noirciíTent les dents , 6c quand les homines vontàcheval, ils fe rempliíTent la bouche de quel- que chofe qui Ieur enfie les joiies. Ceux qui fe veulent marier achetent leurs femmes de leurs parents,6c quand ils en font en- nuyés, ils les renvoyent,mais 1’argent demeure à la femmej la- quelle de fon coité eft obligee dc le reftituer,fí elle fe fepare de Lc tiers , fonmary fansfujet.LeRoy heritede ceux quin’ont pointden- wutèsTes fuc- fans : 6cceux qui en ont ne Ieur peuvent laiífer quelesdeux cefflon* appar- tiers de Ieur bien,6c le Roy prendle refle. tientaufcoy. Lesmeilleurcs marchandifes, que 1’on puiífe porter à Peg#, LesmarcW 6c qui s’y vendent avec leplus de profit, font des eítoffes 6c ães difcs de p‘Cgu. toilesde S.Thomê •> de Mujuhpatan6cdeBengali, du poivrc,de lacannelle,delamufcade,deí’opium, duboisde fandale • 6cc. parccqu’ils n’y ont point d’autre efpice que le gingemhre.Lon ne charge quail point d’autre marchandife dans le Peg#, que de Pargent 6c du ris, que 1’on porte en Malacca. Enfaiíantleur marche ils ne parlent point j mais ilsnefontqueíèdonnerla main , qu’ils couvrent d’vn mouchoir, 6c en fe Iaferrant,ou en remuantles doigts,ilsfe fçaventfort bien faire entendre. Pour emprunter de l’argent, ils ne feignent point demettre leurs femmes 6c leurs filles en gage5 mais ii le crediteur en joiiit pendant ce teinps-là , il fc paye parfesmains,6cledebiteur s’acquitte. Le Royaumede Siam , qui eft vn des plus confxderables de LeRoyaumed* toutes les lndes, a du coité du Nort, à dix-huit degrés de deçà siam- la ligne les Royaumes de ."eg# 6c A'^uva, vers le Ponant leGol- fe de Bengali , depuis le havre de Martavan) ufqu’a lavillede Tav o’ ',6c vers le Levant celuy de Piir<<»e,d’oula coite s’eftend, premierement versleNort,jufqu’ài3. degrés 6c demy, for¬ mant en cet efpace lc Golfe de Si Am, 6c en iuite vers le Midy
  • 1639- la riviere da Menam. Scdcbordecõ' pick Nil. 300 VOYAGE DES INDES, juiqu’adouzede grés, Sc s’eiloignant de la mer, il touche vers le Levantaux delerts de Cambodia,8>l aux Royaumes de Ungo- meii de langnt Sc de Langsjangh, jufquesádix-huit deg rés, vers les mefmes Royaumes de Pegu Sc d’ Auva j fàiiàntainfi vnde¬ my cercle, quia environ quatrecens cinquante lieues de cir¬ cuit. Le pais eft en quelques endroitsboiTuSC montagneux, cn d’autres ileitcouvertdebois,Severslamerileitbas &ma- rcfcageux , Sc il eft communément vny, bon Sc gras, pro- duifant routes fortes de vivresen tres-grande abondance, Sc ayant fur les deux Golfes, pluficurs I lies, rivieres, bayes,ha- vres Sc rades fort commodes: pour le traniport de ceux qu’il ne peut pas confumer. La riviere,qu’ils appellent Menam, e’eila dire meredes eaux, eft vne des plus grandes de toutes les Indes. Elle n’eit pas bien large^mais elle eitfilõgue,quejuíqu’icyron n’apas encore pd. monter jufqu’a fa fource. Son cours elt du Nord au S ud,Sc paf- fant par les Royaumes de i‘tg
  • DV Sr Í)E MANDELSLO, LIV. II. 50r Toutes Jes Provinces de ce grand Royaume font fort peu- plées, bien que non également} car celles qu’y ont la commo- Royaume dite des rivieres 6c des havres, le font fans cõparaiíon plus que ‘fcsíam eft fort celles qui en font eíloignées.ilferoit bien difficile de nommer peup1'* toutes les villes de ce grand Eilat,c’eft pourquoy nous nous cô- tenterons defaire connoltreicy Ies principales , 6c qui font les Ses pdn • , pais confiderees,ou pour leur grandeur, ou pour eflre les capi- rille*. P tales des Provinces. La premiere ville du Royaume eft India, que les autres nomment odia, on o din, 6c en fuitte Camboyx ’ Cxmpaa, Sincapurx Picelouck, Surkelouck, Capheng , Soucethxy , Kcphinpct• Confejtv.tn, Piitfyay,Pitfedi, Lidure,T enou tMormelon t JWartcnayo, Lygor,Bordelong ,T xnajfxrim, oil les Portugais font grand trafic, BanckocPipry ,Mergy , 6cc. fans leiquelles il y * cna encoreplufieurs autres qui fontaífez grandes pour poul voir trouver place dansvnecarte Geographiquepldtoft,que dans la relation d’vn voyage. La ville d’ India, lieu dufejour ordinaire de la Cour, eft fi- caviiicd-rn. tueelur la riviere de Men.tm, quiy forme vne Iile, que la ville c*‘a- occupe toute entiere5ayant fur lebordde la riviere vnefortbc- nemuraillc , d’environ deux lieues de tour : mais fes faux- bourns des deux coftésde la riviere, font pour le moins auffi grands, 6c auffi bien baftis, 6c ornes de Mofquées 6c de Palais que la ville mefme. Elle a plufieurs belles rues , 6c des ca- naux fort regulierement tires, mais avec cela il y en a qui ne font ny grandes ny belles, quoy que la riviere traverfe la ville en tant d’cndroits, qu’il n’y a quafipointdemaiibn,oul’on ne puifte aborder en bateau. Les maifons font aflez mal-bafties, auffi bien que par tout LesmaiUs. ailleurs dans les Indes, 6c font la plus part couvertes de tui- les. Il y a dans la ville plus de troiscens belles Mofquées, ou chappe'les , qui font parfaitement bien-bafties, 6c il n’y ena point qui n’ait fes clochers ou pirâmides dorés , qui font vn rres-bel effet de loin, 6c quantité de Pagodes, de toutes fortes de metaux. Le Paiais, qui eft comme vne autre ville dans la ville mefme, a auffi fes tours 6c fes pirâmides dorécs: de force V^dc'smn que Ton peut dire , que la ville d\ndu eft auffi belle , auifi “ 7 U" grande 6c auffi pcuplee,qu’aucune autre de toutes les Indes. Ie ne voudrois pointalLurer neantmoins , ce qu’en dit Fernando Mende^Pinto, fcavoirqu’elle comprenden ion enceinte qua¬ il. Partie, r Pp
  • 1639. Le Roy tie Siam eft d’vnc tres ancicunc famillc. Eilat. 30, VOYAGE DES INDES, tre cens mille families, done les trois quarts font compofez dc Siamois. Mais je croy pouvoiradjoufter icv,que la ville d mdu a encore cét advantage particulier, quelle eft comme ímpre- nable-.car eftant a.Tez forte pour fouftemr vn fiege dc plufieurs mois.contre vne tres-puiílànte armée,elle a vn iecours lnfailli- ble, qui ne luv manque jamais auboutde fixmoisqiarce que la riviere venant à deborder , ft n’ya point de lignes qu elle ne force & ft n’y a point darmees qu’elle ne cotraigne de deloger Lc Roy de quiyregneaiijourdlmy Sc qui prend en fes titres la qualité de Prechau Salcu, c eft a dire, Saint Mem- brede Dieu,tient le Royaume de fes anceftres qui l ontpoi- íèdé pendant plufieurs iiecles , & e’eft peut-eftrele feul Roy de toutes les Indes, apres le Mogitl, qui puifte compter tant Abfoincnfon dc R enfa famftle. H eft Monarque ablolu de tout ion Eftat difpofant avec vn pouvoir entier, Sc avee vneauthonte independantc,de toutes les affaires de fon Royaume. II de¬ clare la guerre 5 ft fait la paix -.levedesiubfides fusfesfujets, cree des Magiftrats, donne le titre a la monnoye, Sc but des loix & des ft?tuts,fans le confentement des Eftats Sc mei- me fans prendre l’advis des grands du Royaume. Incur per- metbiende deli bercrcntr’eux fur les affaires qui viennent a leur connoiflance, Sc de luy en dire leur advis par forme de remonftrance: mais il íe referve le pouvoir de les reioudi e, Sc d’approuver ou de rejettercequ’ils ont fair. 1 on appeile ces Seigneurs Mandonm , Sc ils font comme les Conieillcrs d’Eftat: qualité que le Roy donne a ceux qu il luy plaiit,auiii bien que toutes les autres dignitezdu Royaume, iansaucune coniideration de naiffmee ou de meritc: parce que tous les^ iii- jets ne font que fes efclaves, qui nepofledent ricn qui nap- partienne auRoypion pas mel'me leur propre vie, dont le Roy dilpoie abfolument, ainii qu’il lejuge a propos pour le bien fon íèrvice. II eft vray qu’en cela, comme auffi endeftituant les Mandortns de leur dignité, Sc en les reduiiantau nombre de fes autres fujets,il obierve quelque equite apparente, pour deferer en quelque façonaux loix du Royaume j mais comme il eft au deffus des loix,il les explique comme il veut,Sc les exe¬ cute à fa mode. Ce Prince paroift extremement en fes habits Sc enfamitte, mais ft n’y anen qui marque tant fa Majefté que fa façon de Sa façon de yu •»re.
  • DV Sr DE MANDELSLO,LlV. II. 305 tivre. Carlepeuple, quineIevoitquerarement,avne vene- 1639. ration tres-particuliere pour faperfonne,& meímeles Grands &fesofficiers ne 1’abordent quafi jamais. Quandil leur don- 11c audiance il íe met fur vn throne d’or, fort íuperbement ha- billé, ayant la couronne fur Ia teíle, Sc à fes pieds les officiers &c les Gentils-hommes de fa maifon, à genoux,& aupres de luy vne garde de trois cens homines armes. On ne luy parle qua gcnoux, Sc ceux à qui il donne audiance fe prefentent à luy en cét eftat, ayans les mains élevées fur la teftc, Sc faiíans à tous momensde tres-profondes reverences. Les inclinations qu’on luy faitinceflamment, ôdestitres qu’on luy donne, doivent eílre accompagnez de paroles obligeantes, Sc qui luy donnent au dela de ce qu’il a de bon Sc de grand. Ses refponfes font re¬ cedes comme des oracles, Sc les resolutions font executées fans aucun retardement , fans conteftation. Il n’y a point de Provinces dans toutle Royaume, ouiln’ait fes Palais &: fes jardins, Sc il ne marche point,, qu’il ne faiTefuivre vn grand nombre d’elefans charges de tentes, pour camper aux lieuxk qu’il trouveailczagreablespours’y pouvoirarrefter. Il n’a qu’vne íèule femme, à qui l’on donne la qualité de ri n’a q«*Tn« Reine,mais il a outre cela vn nombre infiny de concubines, lef- f *umc* quelles 011 luy choifitparmy les plus belles filles du Royaume. Il fe fait fort bientraitterj mais il neboitque de l’eau : parce quelesloixdu Royaume, Sc leurs Ecclefiaftiques dcfendcnt I’vfageduvinaux perfonnes de condition. Quand il fe veut divertir fur la riviere , il fe met dans vne belle barque dorée, fous vn dais debrocard, ayant aupres de luy quelques-vns de fesdomeftiques, Sc trois ou quatre cens gardes , dans l'eptou huicb autres barques, qui ont chacun quatre-vingts ou cent forçats. Les Seigneurs, qui lefuivent, pourfairc ieur Cour, Sc qui s’y trouvent quelquefois au nombre de milleoudouze cens, ont chacun leur barque. Us en vfent de incline ■, quand le Roy lortdefon Palais pour allerà Ia villc ^ oít i 1 paroift affis dans vne chaiíè d’or, quedixoudouzevallets portent fur les eípaules jfaiíànt marcher devant luy plufieurs elefans Sc che- vauxdomain, richementenharnachés,avançantainfi grave- ment Sc à petits pas, pendant que le peuple ell pro item é â ter- re , Sc luy rend les mefmcshonneursôdes mefmes re/pects, qu’il pourroit avoir pour Dieu.
  • ' 3Ô4 VOYAGE DES INDES, ,6,g II paroift particulierementen fa plus grande magnificence a Proceiiión ma- vftC£rtain jour du mois d’Odobre, deíbne pourcette cere- B"ifiyfc.du monieextraordinaire, ll fe fait voir cejour-ia dans la vilie & R°y furla riviere, pouraller , commeen proceífion, a vnes oes principalesMoTquée , oíi ,1 vafairefesoíFrcndes, & fesprie- res pour la profperité de l’Eftat. A la tefte de cette proceífion marchent environ deux cens elefans , portans chacim trois homines armés. Apres cela marche la mufique, quteft com- pofée de haut-bois, de tambours & de timbales , & apres cl- Ieenviron mil homines de piedarmés, Sc diftribuez en plu- fieurs compagnies, quiont leurs drapeaux & leurs banmeres. A pres cela fuivant plufieurs grands Seigneurs a chcval , parmy lelquelsl onenvoit, qui ontvne couronned oríur latclte, òe qui ont vne fuitte de foixante,quatre-vingts ou cent perfonnes à pied.Deux cens foldatslaponois marcher entre cesSeigneurs & les gardes du corps, qui lònt fort leites, 6c precedcnt in mc- diatement les chevaux 6c les elefans,qui ne fervent que pour la perfonne du Roy, avec leurs harnois chargcz de boucjes Sc de fames d’or, enrichis de diamans 6c d’autres pierrencs.'es vai- lets qui portent lesfruits 6e les autresprefens pour 1’oftrande vont devant quelques-vns des grands du Royaume,parmy 1 cl¬ ouds il y en a deux,dontl’vn porte 1’eftendartduB.oy,6c autie porte le fceptre deluftice. Ceux-cy marchent ápied ímme- diatement devant le Roy, qui eft monte fur vn eleíant,ou 1 e fait porter dans vne chaiíé d’or. Le Prince, fon fils, ou qucl- queautre Prince, henticr de laCouronne, le íuit, & apres luy la Reyne 6e les autres femmes du Roy, qui íont lur des elefans, mais enfermées en des guerites de bois doré. Les au¬ tres domeftiques du Roy, 6c’fix cens gardes marchent a la queue dela proceífion, laqueUeeftpar ce moyen compole de quinze ou fe zemilleperíonnes. En la proceífion qui fe fait fur l’eau, l’on obferve Iordre fuivant. P remierement 6c à la tefte de cette flottc, mar client environ deux cens Seigneurs, qui ont châcun leur barque, ou ils font aifis dans vne petite maiíonnette de bois doré, 6ccha- que barque eft tirée par foixate ou quatre-vingts formats. Apres ccla iuivent quatre barques,qui portent la mufique,6cen fuitte environ cinquante autres barques de parade, ayans chacun quatre-vingts ou quatre-vingts dix rameurs. Cellcs-cy ont Proecfllon fat la livicie.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 305 apreselles dixautresbelles barquesdorées,doneleRoy choifit 1639. vne pour fa perfonne, Sc y eft aíÈs fur vn throne d or,accompa- gné.depluíieurs grauds Seigneurs, quifontà genoux devant Sc entr’autres d’vndes premiers Mandarins quitientfon eftendart. Lc Prince lefuit dans vne autre barque, 8capresluy viclient celles dela Reine & des Concubines, Sc enfinen plu- iicurs barques,les Officiers de la Cour,8c les domeftiquesavee les cardesren forte qu’en cctte derniere proceffion Ton compte pom- le moins vingt-cinq ou trente milleperfonnes5y non com- pris le peuple, qui y accourt de tous les codes, pour voir cette magnificence,& pour faire la reverence á fon Prince. - Puifque le Roy de Siam prend pour luy le tiers de routes les Son «wmi. fucceilions, l’on peutbien jugerquefonrevenu doiteftre fort grand: mais ce cafuel n approche point des profits qu’il tire du commerce, qu'ilfait faire par fesfadeurs Sc commiífionnàires, qui vendent ion ris,fon eftain,fon plomb,Scfon falpetre aux ef- trano-ers. Ilfetrouve beaucoup a’or en ion pais, & les droits qu’ifleve fur les marchandifcs, tanten entrant qu’en fortant, luy rapportent des fomines fort confiderables, aulfi-bicn que les prelents, auxquels l’on taxe les Gouverneurs des Provin¬ ces tous les ans. Il tire auili vn grand profit du commerce, qu’il fait faire de fon argent en la Chine, 6c fur la coftede jorom an¬ dei, qui luy rend tous les ans plus de deux mille Catty d’ar- gent de profit. Il àpluficurs officiers par tout fon Royaume: pour la direction de fes finances, 6c pour la reccptcde fonre- venu, qui, à ce que dit M ende^ Pinto, monte à douze millions de ducats: mais particulierement dans la ville a*India, oil tous les autres rendent leurs comptes vne fois l’an. La plus grande Sadefpencc. depenfe que le Roy fait, apres celle defa maiion, eft celle qu’il fait à baftir des Palais ou des Mofquées, à recompenfer les fer- vices qu’on luy arendus, Sc à la (ubfiftance deles gardes 01 di- naires: Sc lerefte entre autrelor, quis’accumuleparcemoyen al’infiny. La plufpart des villes ont leurs jurifdi&ions Sc leurs luges ^ & ordinaires, pour Pad mini ftration dela Iuftice , dont l’onap ~ manicre dr pclle a vn confcil eftably dans la ville d’India, qui eft cornpoie plaider. d’vn Prefident Sc de douze Confeilliers, qui jugentendernier F.n maticic d- relfort, Sc decident par Arrelt tous les d)ffcrents,dont ils pren- 'llc* nent connoillance par la voye d’appel. L’on permet bien quel- Pp iij
  • ^39- £'i mnticrc crimincll.-. Lcursfuppliccf. Mnnicrcs dc fc iuíliíicr. 30Ô VOYAGE DES INDES, que foís aux parties de íe pourvoir contre les arrefts par la voye de requefte civile,ou comme íls diíent,par revifion,au Confeil prive du Roy 5 mais celan’arnve que fort rarement, parce que les frais de íes dernieres procedures font íi grands, qu il y a fort peude pcríonues qnis’y vueillent engager. L’onyplaidc par Avocats &: Procureurs, àlaudianceScpar efcrit, mais en la preibnce desparties,qui font obligees de ligner dans Ie regiftre du Grefficr l’extrait du plaidoyer , dont il fait rapport à la premiere audience. Maiss’ils yontdes Avocats Sc des Procu¬ reurs, ils ont auili la chicane, quien eft inieparable y de forte que les procts y durent quelque fois des fiecles entiers,auili- bien qu’aillieurs. Aux maderes criminelles l’on procede cxtraordinairement Sc ibmmairement, mais dans les formes, Sc quail de la mefme façonquePonfaitenFrance. L’oninforme, l’onemprifonne, I’oninterroge, Pon confronte les tefmoins, Sc fautedepreu- ves entieres,Pon applique à la queftion fur de fortes conjectu¬ res. Le greffier tient regiftre de tout, Sc en fait rapporr aux I uges, qui jugent fur la confeífion du criminei, ou fur la dépó- fttion des tefmoins, Sc font executer la fentence promptement Sc nonobftant Pappel: finon qu’il ne s’y fait point d’execution demort, íãnslapermifllondu Roy,quialepouvoirdeconfir¬ mer la fen tence, ou de faire grace de la vie. Leurs fupplices iont feveres, ouplutoftcruels.L’on punitlesmoindres crimes d’a- mendespecuniaires, d’exil, oudedeportcment, Pon coupe les pieds Sc les mains aux larrons, ou on les condamne à vne fervitude perpetuelle. Les fupplices ordinaires de ce pais icy n’y font point connus,mais ils font mourir leurs crimineis dans de Phuile boiiillante, ou ils les font efcarteler vifs, felon Patro- cité du crime, Sc toufiours avec confutation des biens, aupro¬ fit du Roy &: de Ja juftice. Faute de preuves íuffiíàntes, ils fe fervent dc quelqucs moyens extraordinaires,pour la conviction ou pour lajuftifica- tiondu criminei: cequi fe Exit duconfentementdu delateur oudelapartieciyile&: dePaccuie, fous le bon plaifirdu luge, qui leur pcrmet de iouftenir leur dire parPeau, par le feu ou par Phuile boiiillante. En it íouímettant à Pefpreuve de P ’eau, le delateur Sc Paccuíé fe coulent le longd’vne per¬ che , que Pon a plante dans la riviere, Sc celuy des deux qui de-
  • DV Sk DE MANDELSLO, LIV. II. 307 meure plus long-temps íòus Peau gaigne íòn procés, comme 1 6 3 9* auíTiccluy qui íouffre avec le plus de patience fes mains dans de l’huile bouillante. Ceux qui le foumettent aufeu font con- traints de faire quatre ou cinq pas dans vn grand braiíier, fort lentement, & entre deux homines qui leur pclent de chaque cofté fur Pefpaule. Mais le moyen qu’ils croyent le plus infal¬ lible pour fe juftifier, c’eft d’avaler vne certaine pclotte de rís, furlaquelle le Preftreprononcequelques paroles de maledi¬ ction,Sc celuy qui 1’avale, fans cracher,fejuftifiefi clairement, que fes parents Sc amis le menent comme triomphant à fon logis. O Les ajmées du Roy de Siam, ne font compofées que de fes LeS armécs r •_> r Tr . 1 . Roy de Siam. lujets. Car encore quaveccinqoulix cens laponois,qui onda reputation d’eft re les plus vaillants de tous leslndiens,il entre- tiêne quelque fois des Rxsboutes Sc des M.tlayesy neantmoins le nobre en eft fi petit, qu’ilne peut pas eftre cõfideré.LeRoy qui vit aujourd’huy, avoit pris vne fipuiflànteaverfion pour lesla- ponnois,que s’eftant imagine, qu’ils avoient deflbin d’attenter liir íà peribnne, il enfit mourir quelques-vns, Scchafla tous les autres.il a loufFert depuis qu’ils le loientreftablis petit àpe- tit dans lc meimepofte qu’ils tcnoient auparavant 5 mais com¬ me nous venons de dire , ils ne paffent point le nombre de cinq ou fix cens.Ses fiijets font obliges d’aller à la guerre, Sc de fervir à leurs dépensjde forte que felon la neceftite des affaires il fait marcher le centiefme , le cinquantielme,le vingtiefme, ledixiefme, Sc quelquefois lc cinquiefmehomme,íàns ceux que les grands Seigneurs amenent à leurs dépens, Sc pour la garde de leurs perlonnes. Par ce moyen il fait à peu defrais vne tres-puiílàntearmée,dans laquelle on voitfouventjufqu’a trois ou quatre mille elefants,bien qu’il arrive rarement, qu’il fade desarmecs de plus de einquante ou foixante mil homines. Son Infanterie eft affèz bien reglée, mais elle eft fort mal ar- mée, 11’ayant que des arcs Scdesftefches ,des efpées, des pi- eursaira*s‘ ques Sc des rondachc , SS point d’armes à feu. La cavallerie nei’eftpas mieux,Sceftfortmal montée •, de maniere que les plus grandes forces confident aux elefans , quilont faits au meftier , Sc qui portent chacun trois hommes armes5 quoy qu’vne partie de ce grand nombre , que le Roy de Siam meine à la guerre, foit deftiné pour le bagage. Ils ont de Ja groffe ar-
  • ^39- Les Roys de Siam &■: de Pe¬ gu f retendent tous dcux la lòuvciaincté. 308 VOYAGE DES INDES, tilleric, maisijs s’en aidenc fort mal. Ses armées navalcsnc fone pas en meilleur eftat, que celles de terre. Elies font compofées d’vn grand nombre defregattes 5c de galeres, 6c fort bien pourveues d’artillcrie , mais leurs foldats 6c kurs matelots nevalentrien. Il.a vn nombre infinyde barques , dont il fe fert contrcfés ennemisfur la riviere, ôcavec aífez d’avantage, auífi bien que fur Ia mer,parceque 1’equippaee de fes voifins, eft encore plus pietre que le fiemmais coutes lês forces maritimes aftcmblces,ne feroientpas capables d’atta- quer vne flocte Eipagnole , Angloiíe ou Hohandoife , 6c neantmoins les predeçeíTeursdeceluy quiregne aujourdhuy, ont íouvent fait des conqi|pftes fort coníiderables fur leurs en- nemis , quand leurs armees ont eu vn Prince belliqueuxen tefte. Les Roys de Pegu 6c de S/awont de tout temps pretendu la Monarchic fur tous les Royaumes de ces quartiers-là, 8c il eft certain que celuy de Pe«u y a eu quelque advantage: mais les guerres continuelles qu’ils ont eues, tant pour cela que pour d’autres differents, ont tellement ruiné les frontieres de ces deux Royaumes, que les armées n’y pouvans plus fubíifter, la neceflité commune lesacontraintsdefedonner lapaix; la- quelle ils ne rompent plus que par des couríes, qu’ils font avec vn camp volant, de vingt ou trente mil homines , pendant la belle l'aifon del’annee. Les dernieres guerres des Rois de Siam ont eftc celles queleur ambition a fait faire auxRoysde 1 ctu vom.i 8c dc Lillies g.tngh, pour la fouveraineté qu’ils preten- doient fur ces deux Royaumes. 11 n’y apas long-temps aulfi , que le Roy de Cambodia,qui eft vaflal de celuy de Si.i»7,s’eftant revolté contre luy,celuy-cyfe miteneftatd’entrer avec vne puiílànte armée dans le Royaume de c
  • DV Sn DE MANDELSLO, XIV. II. point entrer en guerre ouverte avéc eux; parçe qu’if fe con, i (J 3 5. tenroicde demeurer armé contre Ies deíleins, que les venta- bles heritiers pouvoient avoir fur fa períonne. II continua auíTi de porter aux Hollandois la melme affcdion que fon predecelieur leuravoittefmoignée,depuis qu’ilpritleurpar¬ ty contre Z). Fernando de .SV/^Gouverneur des Mamlles.Cc Portugaisayant eu 1’aíTeurance d’attaquer en l’an 1624. vne rregatte Hollandoifefur la riviere de Men am ,leRoy fe laifift Holland jís. de íon vaiftcau,8c contraignit D. Fernando dereftitucrlafre- gatte. Dcpuis cetemps-là les Siamois ont toufiours cite trou- blez parles Portugais, dans 1c commerce qu’ils font en la Chi¬ ne, bien que les Hollandois Ies iecourent puillamment con¬ tre Ieurs ennemis, &ie declarcntailezhautementpour eux % ainii qu’ils Pont fait depuis peu ,cn afliftantle Roy de Siamt de fix navires de guerre,qui luyaiderent à chaftier la rebel¬ lion des habitans de Patany. II eft certain que le Roy de Slam eft celuy de tous Ies Prin¬ ces des Indes, qui entretient le plus d'elefans 3 en quoy con- fiftent fes principales forces. Car encore queleslndiensai- ment cét animal, quelquepart qu’il fe trouve, à caule des fcr- vices qu’ils en tirent, ils eftiment neantmoins particuliere- ment ceux de Siam , à caule de Ieur taille ,deleur force, 8c comme ils difent, à caule de leur efprit. On les prend quail de lamefine façon que ceux de Pegu, en faifant conduire dans Ia La ehaãèjet ^ foreft quinze ou vingt femelles privées, lelquelles eftans fai- C L "cn Slil tes au badinage, fouffrent qu’on les ramene:dés que quelques elefans lauvages fe font meflés dans leur troupe 5 attirans ainfi petit à petit les autrcs dans vne grande cour , clofe de fort hautes murailles, dans laquellc on entre par vne double allée darbres, que Pon ferme de bonnes barrieres,aulfi bicn que la cour, dés que les elefans y font entres. Apres cela Pon en fait fortir Ies femelles les vnes apres les autres, par vne autre por- te5en lortequeles elefans lauvagesy demeurct enfinfeuls.Das cette cour il y a deux quarrés, retranchez de palillades , come des cages,l’ vn au milieu,& l’autre cõtre la muraille. Lespoutres dontellesfontfaites, íòntaíRz éloignéesles vnes des autres , pour donner aiíement pallàge aux hommes qui fortent de temps en temps de la cage, pouragafter cesanimaux, & pour les mettreencolere,mais qui fe reurent bien vifte dans ieuç II. Partie.
  • *63?. $I0 VOYAGE DES INDES,' retranchemct, quandces dangereux ennemis les pourfuivent. C’eft vn des meilleurs diverti íTemens que Ton puifle donner au Rov • qui fe trouve tòufiours à cette chaíTe,accompaené de la plus part des Seigneurs de la Cour.Apresque lona bien fan- £ué fcs elefans par le moyen de certe chafíe, on les faie entrer dans vne autre petite cage,de la grandeur de leur corps , faite de erodes poutres, ou on les attache par les piedsatrois ou & 1 r _ ■ lac rmirhPQ (nr vne crroiie 1.1 A 1 * A l’iIs prennen t avec les autres 1CU1 ldll LUUU111,W**--1 r . x . les accouftume dans troisou quatre moisavivre comme eux. On les chaile quelquefois dansles forefts, & en pleine campa- cne.avec des elefans prives, Sc on les prend par les pieds que f’on fait attacher enfemble, Sc onlesemmeineamfide force; maiscela nefefait point Ians combat Sc fans danger. ( Ilefam blanc. Lc Royaume de Siama encore cela de particulier qu ll s y trouve quelquefois des elefans blancs. Tous les Indiens ont de la veneration pour eux, mais les çi.tmois, Sc ics peuples de ces quartiers-là difent, que ce font les Roys des autres elefans: de forte que quand le Roy de Suwen rencontre vn , il lefait fervir en de la vaiffelle d’or, le fait marcher fous vn dais, Sc luy donne vne fuittede Prince. suiec de la En pan ie Roy de Pegu, ayant feeu que le Roy de Siam RoyTdc6 avoir deux elefans blancs , I’cnvoya prier par vne ambaffade Ptgu & de folemnelle,de luy en vendre Pvn,Sc de le mettre a prix:Sc d au- Siam* tant que le Rov de Siam ne fe voulut point défaire d’vne cho- fe, qui n’ena point, celuy de Pegu reiolut de l’aller querir avec vne puiílantc arrneé. Il trouva fi peu de refiftence en Siam , que le Roy voyant fon Royaume, Sc fa ville capitale entre les mains de fon ennemy, prit du poifon, dont lfmourut; quoy que cette conqueile coiitaft au Roy de Pegu plus de ci nq cens mil hommes , qu’ilperditen cette guerre. Jtaia Ha pi, Roy de Siam , qui vivoit environ Ian i6i6.re- Rc /dc s'L. connoiilbit encore en ce temps-Id la Souverainete du Roy de P egu: mais ce ne fut qu’en attendant quil trouvaft 1 occalio de fe dellivrer de cette fujeéb 0;CÕme il fit quelques années apres. Car cftantentré avec vne tres-puiilante armee dans le Pegu , il y afiiegea la villed’^iracam, refolu de ne lever point le fitge, qu’apres la priíè de la place. Il ne le leva point en effet; mais
  • DV Sr DE MANDELSLO, LTV. TÍ. 3» he pouvant pointforcer la ville,. ôc -ne voulant point manquer 1 ^3 5 r à Ton ferment, il fc fit baftirvnemaifondans le voifmage de laville, ouilmourut. Ce Prince eftoitfi cruel, que londit de luy, qu'cftanc vn jour malade , 6c entendant nre deux de fes concubines dans l’antichambre, il commanda aufli-toft qu oa Icstaillaftenpieces. Il avoit vn favory # qui s’appelloit Ochi chronowi, qui fe laifla tcllement emporter à l’ambition , qu’il fit venir dans le Royaume quatre ou cinq cens lapponois, dé- guiíez en marchands, à deftèin de s’en fervir pour tuer le Roy, &c pour s’eftablir fiir le throne. Cét attentat n’eut point d’ef- fet pendant la vie du Roy, mais incontinent apres íã mort o chi Chronavi, feíâiíiftdelaCouronne, 6c fe fit proclamer Roy. Le fils de Raja Hapi trouva aflez d’amis, pour chaffer cét vfur- pateur, mais il ne fut pas aíTez heureux pouríè conferver la poffeflion de la Couronne: car il fut auíTi tué, 6c eut pour fuc- ceílèur íbn frere puiíhé, qui vit encore aujourd’huy. Iln’y a pas long-temps, que le RoydeSiam eut la fatisfadtion de voir chez luy deux jeunes elefans blancsà la foisjmais ils moururent bien-toft tous deux. Les Indiens font perfuadés, que l’elefant blanc a quelquc chofe de divin, 6c ils difent qu’ils ne le refpedtentpas feule- ment à caufe de fa couleur , maisqu’ils remarquent en luy, qu’il veut eftre traitté en Prince, 6c qu’il fe fâche , quand les autres elefans manquent de luy rendre l’honneur qui luy eft deu. .Le Roy de Siam eft Payen, 6c fes fujetsne connoiflent point reRo7 •d’autre religion que la Payenne. Ilsont pluíieurs Mofquées,Payt-n* cloiftres 6c chappelles, ou leurs Eccleiiaftiques fe retirent, 6c ou ilss’aflemblent, pour faire leurs devotions. On les con- noiftparmy les autres baftimens, par les tours 6c par les pir⬠mides dorées, dontcllcs font accompagnées. L’ony voir vn tcsPagodces nombre infiny de Pagodes, d’or, d’argent, de pierre, de bois, 6c d’autre matiere, 6cdetoutes fortes detailles. Les vns font de vingt, les autres de trente, quirante 6c cinquante pieds, 6c ilyen a vn entr’autres, qui eil affis, mais quiauroit plus dc fix vingts pieds de haut, s’il eftoit debout. Leurs Eccleiiaftiquesmeinentvne vie aflez exemplaire, 6c ©ntparmyeuxvneefpece de Hierarchic, fous la direction du premierP reft rede la grande Mofquée dela ville d’/«
  • Font vccu de continence, rnais peuvent quitter la PrC' ftrife. , VOYAGE D^S INDES, . 6 , 0 quel tous lesautresPreftres obeifTent. Son authorité eft gram' dedanses affaires de Religion ?rrwsÚ reconnoift le Royau temporel, & lay rend lcmefme refpe
  • ^39- Tis ontdes lu- DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 3i5 jans, la M ctempfychofe, ou la tranfmigration des ames. Leurs ceremonies fontaccompagnéesde plufieurs luminai¬ res , qu’ilstiennentallumes devant leurs P -godés Iors du fer- vice. Ilslesenceníèntauífi, 6e les ornentdefleurs6c de pier- * ^ reries. Usnfont point de jour regie dans la fepmainepour leurs devotionsjmais ils en font des particulieres à tous les quartiers de la Lune : 8c ils ont outre cela vneeipecede quareime de trois mois,pendant lefquels ils s’abftiennentdepluiieurs fortes Font desprierfs de viandes. Ils font des prieres pour les morts , 6c font leurs p°uricsmous- entcrrements, avec beaucoup de ceremonies. Ils rafont, la- vent, & parfumentle corps, en la prefence de leurs Ecclefia- iliques, qui le font porter aupres de leurs Mofquées, oil ils le fontbruiler, 6c enterrent les cendresaumefmelieu ,fous vn riche tombeau, ou fous vne belle pirâmide, felon la qualité 6c les facultes du defund. Les plus proches parents pleurent, fe font rafer, donnentdes aumofnes, 6cfontfaire des prieres par les Preftre, 6c accompagnent le corps de muiique, de plufieurs belles reprefentations de theatre, 6c de feux d’artificesj de for¬ te qn’il fe fait vne grande deípenfe à ces enterrements. Ils ne diiputent jamais avec ceuxqui font de religion con- traire, mais ils croyentqu’envivantbienl’onpeutfo íàuveren routes fortes de religions-quoy qu’ilsfoient tenement attaches àlaleur, qu’ilnefaut point eíperer que 1’ony en eftabliiTe ja¬ mais d’autrc. Les Portugais ont tafched’y cathechiier quel- ques-vns3mais ils n’y ont point reuifi,non plusque lesMahome- tans, qui n’y ont jamais pii introduireleur .Alcoran. Lepeupley invoque lediable, contre le ientiment de leurs Lcssiamoisin- Eccldiaítiques,qui prcíchentinceííàmment contre cette abo- ^ucnt le mination, mais juiques icy ils n’ont pas encore pu deiraciner vn mal invetere, 6c qu’ils ont fuccé avec le laid. 'LesStamots font aflez bicn faits, 6c fort bienproportionnés; tísToa: bien, maisilsibntmauvaisibldats, quoy qu’afles cruels 6c infolentsf,ms* apres la vidoire, Ils font plutofl: noirs que bruns, 6c ils ne font pas incommodes dans le commerce* mais ils font timides, def- hans, diífimulés , inconftants , infidelles 6c menteurs. Les Lcur, liommes font parcíleux, 6c nefe plaifont qu’a des emplois, qui les diipenfentdu travail, lequel ils laiilent aux femmes 6c aux efclaves: les obligcans à avoir foindu mefnage, 6cmelme à labourer la terre, pendant qu’ilsfepromenunt par la rue, ou Qr hj
  • *63 9- tcurs habits. tears maifcns. Beats meubles, teursmariages. 514 VOYAGE DES INDES, font leur Couràceux qui one Ic plus de creditaupres da Roy. Usfocouvrcnt le corps d’vne toilepeinte, depuisle nombril jufqu’aux genoux. Les hommesfe mettent fur 1c corps vne pe- tite chcmife à manches, qui ne vont que jufqu’aux coudes, 8c les femmes caclient le lein d’vn linge, dont ils attachent les bouts fur lecoi. Ils font tous habiilés a vne mefme façon j de forte que l’on ne connoift les perionnes de condition parmy les autres,que par leur fuitte,qui eft de plus de vingt-cinq ou tren- te efclaves. Leurs maiíbns font faites de bois ou de cannes, à la mode du pais,8c couvertes de fueilles de Coco*. Elies font élevees de trois ou quatre pieds de la terre,8cils fontpluileurs feneft res en leurs appartemens, qui font ailez commodes. Ils n’ont point dau- tres meubles, que ceux qui leur font necefi&ires jpour Ia cham¬ bre Sc pour la cuifine,8c ils ne vivent que de ris,de poiflbn Sc de legumes, 8c neboivent quede l’eaiq maisaux bonnes Feftesils font meilleure chere, 8c il y en a parmydepeuplequine les chomment, que pour neperdrepointl’occaiionde s’enyvrer d’arac, ou d’eau de vie. Les Ecclefiaftiques ne fo meilent point des manages des per¬ ionnes de qualité, parce que les parties fe contentent de de- meurer d’accord entr’elles des conditions, 8c d’obtenir le confontement des parents, apres lequcl ils font vn feftin 8c confomment le manage. Mais ils fo refervent toufiours la li¬ berte de fe pouvoir feparer, en faifant entr’eux vn partage égal,des biens 8c des enfans,Ians 1’authorité du Magiftrat,8c de feremarierad’autres, quand 8cii fouvent qu’ils veulent. Le contract qu’ils font avec leurs concubines,eft bien different de celuy du manage: car elles ne font conílderées que comme des efclaves, 8c dependent de l’authorite de la femme 5 laquelle de fon cofté fe contente de cette preferance, 8c de ce qu’elle fcait, que fes enfans, qui font foulseftiméslegitimes, parta- geront fouls, 8c ne laiiferontauxnaturels qu’vne bien petite part de la fucceffion. Celle des perfonnesde condition fe fo- fare ordinairemententrois parts, dontle Roy prend l’vne , autre va aux Ecclefiaftiques, pour les frais des funerailles, qui y font grands, 8c la troifiefine demeure aux enfans. Les perionnes de condition mediocre achettent leurs femmes, 8C confomment le manage, dés qu’ils ontpayéla fomme, done
  • DV Sn DE MANDELSLO, LIV. II. 3ly ils font demeurés d’accord entr'eux: mais ils ontla mefme li- berté du divorce que les autres. Leurs enfans partagent Ia íitc- ceííion également j horíinis 1’aiíhé, qui prend quelque pre- ciput. Ou eíleve les enfans fans beaucoup de foin,jufqu’à Paage 1t’eJuca“ontIe de cinq ou fix ans, Sc alors ils I’envoyent chez quelqu’vn de clus cn ans' leurs Ecclefiaftiques, pour apprendreà lire & à eícrire,& pour eftre inftruits en lcur religion. Pendant ce temps-Ià ils voyent leurs parents fort rarement: mais quandilsontachevécrap- Srendre ces premiers rudiments, on leurfaitapprendreme¬ rer, ou s’ils ont del’eiprit, on leur fait continuer les eftudes, pour les rendre capables de faire les fondions de Preftre, ou pour eftre employes dans les charges, que Ton y donne au me- rite , Sc non à l’argent. Ceux qui demeurent dans les villes, vivent du commerce , oufejettent dan la Cour, ous’appli- quêt à quelque meftier,ou bie n fe font pefcheurs,dont le nom- bre eft tres-grand fur la cofte,& dans les villes,qui ont la com- , modité des rivieres. Les paiians font fort miíèrables,& ne vi¬ vent que du labourage , s’occupans à cultiver les Cocos, Sc à nourrir du beftail Sc de la volaille, mais tous les vivres y font à fi bon marche, qu’ils n’en retirent quafi rien. Enla ville à'indk Ton fait commerce principalement d’e- rJfaiTdan* ftoffes de Suvatu Sc de la cofte de Coromandel, de toutes fortes lTvin^'d’in- de marchandifes de la Chine, de pierreries,d’or, de benjouin, de lacque, de cire, d’eftain, de plomb, d’indigo, de bois de Ca- lamba, de bois de Brefil, de cotton,defaffirs, de rubis, See. mais fur tout de peaux de cerf,dot Pon y vend plus de cent cinqu.tte mille tous les ans aux Iaponois.Ils’y faitauifi vn tres-grand tra- fic de ris,que l’on Cmporte das toutes lesliles voifines.L’abon- dance de toutes ces chofes fait,qu’d n’y a quafi point de nation en route 1’Afie,qui n’ait íes marchands à índia, outre les Por- tugais Sc les Hollandois, qui y ontfait leur eftabliilement dc- puis quelques années. f e Roy mefme fe mcflc du commerce, ayant pour cet effet fes fa&eurs à Pegu, à Aw*, àlan^oma ,à Zangbsjangb ,fur la cofte de Coro man del ^ Sc principalement cn. hChine, ouil a des privileges,que les Roysde ce grand Royau- ine n’accordentqu’dceluy de Siam. Lamonnoye du pais eft fort bonne: par ce que le Roy ayant ^^a”"taSnr feul le pouvoir d’en faire battre à fon coin, ilempefcheque
  • 1^39- OquillcS, qui fervent de pe¬ tite monnoyc. V' ■ 316 VOYAGE DES INDES, Ton en altere le tune. II y en a de trois efpeces •, fçâvoirdeí Ticais, des Mafes & des Foanghs. Deux Foanghs font vne M c avec laquelle ils ne laiilent pas detrafiquer j parce que les vivres y font d fi bon marche , qu’avec cinq de ces coquilles Pon achetteplus quel’on ne feroiticy d’vn hard. Les Portugais, fçachans de quelle importance leur eftoit Pamitié du Roy de Siam, pour la continuation de leur negoce aux AFo/ucqncs &aux P/w//p/w*«, OU Manilles,ont touiiours cu vn foin tres particulier d’entretenir cette bonne correipon- dance,parlescivilités que les Vice-Rois de Goa faifoient ren- dre au Roy, d leur arrivée dans les Indes, 6C oar les perfonnes de qualité qu’ils y envoyoient de temps en te. pc-.s’eftabliflans par ce moyen fi bien dans l’efprit de ce Prince, que non feule- mentil leur permettoitde trafiquer par tout fon Royaume, mais il les employoit en fos plus importantes affaires, fouffroit qu’ils baftiilent vne Egliie dans la ville capitale , & leur en- tretenoit vn Preftre d ies deipens. Ils ontjoiiy de ces advanta¬ ges, jufqu’a ce quele Roy de Siam , commença d favoriler Peftabliflement des Hollandois, qu’il avoir trouvé moins glo- rieux Scbcaucoup plus iinceres que les Portugais •, lefquels eftansjaloux de i’affection quele Roy tefmoignoit aux Hol¬ landois , empefeherent d’abord le commerce que les Siamois avoient is. i home&dz\rrg4/>4f
  • DV Sr DE MAMDEtSLO, LIV. IT. 3t7 ces gens ayãs trouvé le moyc defe fauver, côtre la parole qu’ils ^39- avoiêt donée,il fitarrefter tousles vaiíTeauxPortugais,quel’on trouva dans les ports de LjgoorSc de Tunnxfjiryfrmiccous les homines enprifomdontilsnefortirentqu’auboutdedeux ans. Les Hollandoisyfirentleur premier eftabliíTementau com- UcftabtirtWí mcncement de ce fiecle: mais ce n’efl: quedepuis l’án 1634. des Haiiandois qu’dsy trafiquem avec quelqueprofit, quoy qu’ils ayenttiré cnSiam* de grands advantages de 1 amitie de ce Roy, pourle commerce qu’ils onten íava Seen Sumatra. LeRoyaumedecumbodiít.aversleNord-wedceluydeSitm Defcríption &n’a point d’autres voifíns que la Mer. Sa ville capirale qui {W™.: dc luy donnele nom, eft àfoixantelieues de lamer, fur vne bei- ^ le riviere, qui fore d’vn grand lac , auffi-bien que toutes les autres rivieres du Royaume. Maiscellede Cambodu a cela de particular , qu’elle déborde tous les ans, comme le Nd Sc com me le M en.tm.au Royaume de Smm.Elle commenceas’en- flerdéslemoisde Iuin,8ecroiftdes çe temps-là jufquesà dix ou douze pieds; mais en Iuillet Sc en Aouft elle n’cft plus navi¬ gable, & inonde tout le pais. La ville de Cdmbodi t, pour fe iauver de ces deluges, eft baftie fur vne grande levée , ou elle ne fait qu’vne feule rue,8c eft habicée par des fapònnois.des Por- tugjis.desCochinchmois &par dssMalayes. dõt les vns y arrivent avec le MouíTon du midy, Sc s’en retournent avec le MouíTon duNort, Sc les autres y arriõt avec le MouíTon du Nort, & s’en íetournentavec le Mouílon du midy. Les Portugais y appor- tent des eftoffes de Malacca , &ychargentdubenjouin,de Ia lacque, dc la cire, du ris, des baflins de cuivre , 8c des barres de fer de la c hme. Le Roy, quieft vaílalduRoy de^/jw,demeure dans lavil- te Palais da le dc Cambodí.i, dans vn Palais, qui eft fortifié d’vne bonne ulJiadc Cam* paliíTade,au lieu dcmuraille. Ilyaquelqucs pieces d’artillerie ° dela Chine , 8c environ vingt-quatre ou vingt-cinq pieces de canon 5 qu’il a retire de deux naviresHo!landois,qui ontfaic naufragefurles codes, lefquellcs eftoiet toutes mótées fur des affuts à quatre roues,peints de bleu,à la referve de quatre, qui eftoientmontéesfurdesaffutsordinaires,vernis denoir, avec leurs cueillers Sc autres outils d’argent,ou d’vn fer fi poly, qu’il eftoitpour le moms auílibeau que 1’argent mefme. Le Roy de tambodia n’eft pasíi puiílant que les deux Roys, que nous II. Partie. Rr
  • % V;OYAGE DES IN DES, 1630. venons de nommer : car ceil tout ce qu’il pent faire, que de mettre fur pied vne armée de vingt-cmq ou Crete mil hommes: de forte que fi les SUmois eftoient meilleurs foldats, qu ilsne font, leur Koy n’auroit pas beaucoup de peine a ramener celuy de Cambodia a ion devoir. , .. ' les qualities Les Seigneurs de la Cour font diftmgueseno <*/«*/, «*!To- SESÍ ^ oJo^nes^N^pus &enS^^^,quiontc^cun leur rang, mais le plusfouvent fansaucune fondion particu- licre i à la referve des premiers, qui font les plus confiderables detous ils fe font connoiftre dans les aifemblees publiques, par la boiiette d’or,quilsfont porter apres eux, cn laquelle fls ont trois autres bouettes de la mefmeeftoffe,pour leC arda- mo»?, & pour les autres drogues, done ils iefrottent les levies , pour des cifeauxdont ils coupentlc bcttde qu ils appellent Jjynavz & pour la chaux, I ’Area 6c le b'ttele, qu ils maichent inceffamment. Quand ils fe trouvent devant le Roy, pour le conleil,oupour faire leur cour,ils fe mettent devant luy en demy cercle, Sc derrierc eux font les Tohirnnes , que Ion con- noi ft parmy les autres par leurs bouettes d’argent. L’onne parle point au Roy que parlemoyen de ccs Ocki- ms car encores que leurs Preftres fe mettent aupres du Roy, entre les odirm 6c luy,6c qu’ils luy parlent fort familierement, ils eftiment pourtant que e’eft vne eipccede iacrilege a vn Ec- cleiiaftique de fe méler d’affaires d’EÍlat,de forte qu u n y a que les0ci/w.tj ,qui luy fot rapport des affaires generates 8c particu- lieres,dot ils prennent connoiffance,6c mefmes des p rocesque le Roy juge fur leur rapport, liny a dans la ville quvneieule PacrodeouMofquée , dans laquelle fevoyent trois grandes & cinq pecites figures. Ellccftfouftenuepcircics pilliers de bois, vernis de noir, à fueillages d’or, 6c fon plancher eft couvert de nattes. Leurs Preftres demeurent aupres de la Pagode , Sc quand le chef de leurs Ecclefiafticjues meurt, onluy baftit vn tombeau de pierre, qui eft quarre par le bas, 6c finit en rond t r enforme de poire enhaut. . fin'cxciusfts Les Portugaisy ibnt ft bien eftablis, que les Hollandois ne HolLmdois du peuventpointeipererd’ypouvoirfaire leur commerce, sils neruinentauparavant celuy des Portugais. Quand ils y arri- verentenl’an 1Ó37.1E chargerent de la conduite de leurs af¬ faires yn filsadoptif de la Reyne ,auquelle Roy avoic doané
  • Le trafic qocle» HcIlandGÍs y pouiraict faitc. t)V Sr DE MANDÊLSL O, LIV. II. ^ hnomide AThifneha&h qualité deiVíw^&ils employerent le credit du Chabandar des Iaponois, dans l’efperance qn’ils avoicnr, que par ce moyenilspourroientenobtenir Ia permiti lio d yfairevnpetiteftabliflement. Maisl’amitiequ’ils avoiet lai te a vecle Hoy de Siam, & les artifices des Portugaisy firent rencontrer tant de difficultés, qu’il n’y avoit point d’apparece cielespouvoirfurmonter. Maisíãnscelalonenpourroit tirer tons lesans plus de quatre-víngts ou cent mille peauxdecerf quatite de peaux de bceufôole buffles,plus de cetpicots de lac- que no;re, à dix thails le picol, plus de trois ou 4. cens bicols de hcnjoum, à dix-fept ou 18. thails lepicol, Sc 1’on y porteroit des eito fies de Bengala Sc de Sttratta, des toiles Sc du fil de cotton avec plus deíoixanteou foixante-dix pour cent de profit. Les vivres yfonten fi grande abondance,que les habitans,qui nc ie-> peuvcnt point confunaerjils font contraints de les doner quafi pour riemparticulicrenaent les cerfs,les boeufs, les pores les chevres, leslievres, les chevriieils, les griies, les herons' toutes autres fortes de volaille ■, auífi bien que les citrons,les orcnges, les Mangas ,Ies Cocos ,Scc. Scafin quel’onpuiilejuo-er delalertilitédupais, il faut fçavoir que ccux de guinam feuls Y v°nc querir plus de deux milleCoyangs de ris,les cinq Coyangs laiíans quatre lefts, ou huit tonneaux, à dix-fept ou dix-huid u. Its, le Coyang.Ce qui fuffit pour le petit Royaumede Cambodia. L’onappelle Malacca cette longue de terre, qui s’eftenden formede peninfule,depuis!eRoyaunae de SVdm^duSiíd-cftvers leNort-W"eft, quafi jufquesàlaligne equinodiale, entre les Golfes de Bengala, &de i/4w,ou de Cambodia, Sc conap rendou- ti c la ville de Malacca, qui luy donne le nona, les Royaunaes de lohoY Sc de Patane. Ce pais fut defeouvert par Alfonfo d’ ilbu>- querqueen 1 an 1511. &depuisce temps-là les Portugais s’y íbnt fi bien maintenus, qu’il a cite impoífible de les cn etepofleder. La ville de m alacca eft fituée dans le deftroit,qui fepare la terre ferme de l’I íle de Sumatra, à deux degrés Sc denay de dcçà la ligne, dansynegrande plaine , ou l onne defcouvre qu'vnc feulenaontagne, dont Ia ville occupe quafi toutela croupe 5 ne laillantqu’vne petite place vuideversle Nort-eft. Ellepeut avoir environ dix-huid cens pas de tour, dont les fix ccns font ducoftédela naer, oiielle eft fernaée d’vne bonne nauraille, auífi bien que ducofté dela riviere, qui borde vn autre tiers s«f0nificatiófi Rr ij Malacca. Q^and ilfut defcouverr. Situation de U ville dc Ma* 'acca.
  • i6 3 9‘ te nombre de l'ei habiuos. VOYAGE DES INDES, V k ville 6c du coftédeIaterre, elleeft fortifiéede quatre taftwlrs. Le premier, qui eft far kbord de la nviere eft appellé le baftion de S. Domingo, 1 autre,qui eft furlebord de lamer s’appellede S.lago, 6c les deuxautres, quifontentre lesdcuxautresja vtadreàe Dm^vn^md rergenes. Depuis celuvde jufquàceluy de Madre de Dios, íly a vnebonne palisade,de ía hauteur de dix-huit pieds,8c depuis celuy de a- L d*Dio> jufqu’a S.Dom* ngo,ú y a vn aíTez bon foffe. Lecolle¬ ge dcs Iefiutes,quel’on appelle 5. Paul& qm
  • DV SrDE MANDELSLO, LIV. II. 3n hora de Peidad' autant, encelle de Nojft íenhora de Guadalupe, à cinq lieues de là, environ íept ou huid cens, Sc dans 1’encein- tedesmuraiJles de la ville trois mille : faiíãnsen tout plus de trois mille combatans. 11 n’y a pas plus de trois cens Portugais naturels par my eux, mais ils font la plus part M efii^es, ou M a- layes. La fituation de la ville eft admirable pour le commerce dela Son aír‘etteeft Chine Scdes moluyuei, Scles Portugais 1’onttrouvée íicommo- ”m°mcrceUt de, que pour empcfcher les autres nations de s’y eftablir, xis de la chine & ont publié , que 1’airy eftoitmal íâin, Sc que lepais n’eftoit dei M&lu(lueS•. point habitable , particulierement aux eftrangers, pendant qu’ils ne laiiloient pas d’y demeurer, Sc d’y faire Ieurs affaires. Ils n’y pollèdent que la ville Sc les fauxbourgs, Sc à cinq lieues deià, fur la riviere, le bourg de N ojja fenhord de Guada¬ lupe, car à vne demy lieue de là demeurent les Mavancambos, qui font fujets du Roy de Johor. Mais cela n’empefcheroit point, queles Portugais n’enfiilent vne des plus confiderables places de toutes les Indes-, fi les Hollandois ne s’eftoient a- vifezde venir troubler leur commerce, Sc de faire vnepuif- fante di veríion aux armes du Roy d’Eipagne en cette extremi- té du monde. Ceux-cyfirentvnedefcente en Malacca enl’an 1606. Sc y alfiegerent la ville capitale, à lapriere du Roy de Johor-,qui leur promit de leur en laiífcr lapoileilion. Le fecours qu’il amena aux Hollandois fut fi peu coniiderable , qu’illes obligea à lever le liege ^ mais cenefut qu’apres qu’ils eurent tellement mine la place, enlaquellepenrent présde fix mille perfonnes pendant le fiege, que depuis ce temps-la elle n’apas pu s’en remettre.D’ailleurs, depuis que les Hollandois ont fait de fi puiflants eftabliilements en Ceylon Sc en /d-yj-desPortugais de Malacca ont perdu la liberte du commerce de la chine Sc des Mohujucs, parce qu’ils ne font plus maiftres de cette mer là.Mais ce qui achevc de perdre la ville,c’eft l’avarice des Gou- verneurs, qui n’acceptcnt point ce gouvernement, qua def- fein d’y profiter dedeux cens mil cfcusen trois ans : Et pour faire cette fommc, ils font obliges de faire des vexations con- tre les habitas,aulfi bicn que contreleseftrangers,qui font feu- lescapables de miner le commerce 5 de forte qu’il nefaut pas que les Portugais falfent grad eftat de cette place là à l’avenir. Le Royaunje Le Royaume de Patane n’eft pas fi grand que celuy de lohòr, de raune. Rr iij
  • 31i VOYAGE DES INDES, i 6 3 9. mais il eft fans comparaifon plus pcuplé. Car ceux qni y ont eftéde la part des Hollandois, 6c qui y ont aflez long-temps demeurc, pour avoir acquis vne connoiflãnce particulicre de l’eftat du pais, aiT-'urent avoir veu des memoires , qui font monterlenombredes gens de guerre, que le Roy de Pdtane peutmettre fur pied, à plus de cent quatre-vingts mil-hom- mes. Ileftvray queles Pdtanois font tres-mauvais foldats, 6c fort mal propres pour la guerre : mais nous neparlons que du nombre6c non de la qualite,6c difons que la ieule ville de Fata- . ne, capitaledu Royaume, en peut fournir pour le moins dix mille , fçavoir quatre mille M*Uyc$ 3 trois mille Chinois ou Mejlijes 6t autant de Sfamois. Dcfaiption dc La ville de /'rff<«weeftfltuéefur,IeborddeIa mer, 6caenvi- lajiKc dLpata- ron vnelieue de long, maiselle n’a pointde port qu a envi- Ses habitans, ron deux mille pas de la. Ses maifons font faites debois&de Cannes, 6c fontbien percécs 6c aflez joliment bafties. LeP alais du Roy, 6c le quartier ou demeurentles Seignenrs de laCour, eft retranché d’vne paliflàde, 6claMofquéeeft faite de bri- ques.Pour ce qui eft aes habitans,ils font plutoft bruns, qu’oli- vaftres, parce que leur teint eft plutoft gris cendréque baza- L«r huracur.j né. Ilsontle corps fort bien taillé, mais ils font fiers 6cgIo- rieux, en leur fuitte 6c en leur demarche plutoft qu’en la con- veríàtion, oil ilsnefontpointdu tout difficiles. Car la Reine mefme, fouffroit que les Hollandois fe trouvaflènt dans fa barque, avec les Seigneurs de ia Cour, 6c s’excufoit de ce que labien-feance, que celles de foniexe fontobligées de garder, l’empefchoit de les voir plus fouvent quelle ne faifoit, 6c de les recevoir dans la retraite, àlaquelle elle s’eftoit condamnée depuisfon veufvage. Les chinois 6c les Stamois, qui y font habitués, font Ia plus part gens d’efprit, 6c qui entendent la marine,mais les MaUycs ne fe meflent que du labourage 6c de la pefche 5 vivans fort mi- ferablement, 6c ne bcuvans quede l’eau. Ils n’aiment point levin,6c ont de 1’averfion pour l’^m 6c pour 1 eau de vie:mais ilsaiment les femmes, 6c preferent ce piaiíir à tous les autres. Ceftpourquoyiln’yaquaflpoint d’homme, qui n’ait, avec * quatre ou cinq femmes legitimes, pour le moins autant de con¬ cubines. Paniífcnt fcre- ils fouffrent la Ample fornication 3 6c ne croyent pas meflne
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. ir. 3z3 que cefoit vn peché , maisils puniíTent fort feverement í’a- 1639. tlultere. C’eft vn cnmeirremifibleparmyeux,6e donde pe- memi'aduke- re, ou quelqu’autre des plus proches parens eft oblige de faire r • 1’execution, laiftàns 1 e genre de mort auchoix du criminei: 6c neantmoins il y eft ft ordinaire , qu’il faudroit depeupler le pais, fd’onentreprenoitdechaftiertousles coupables. Leurs richeíTes confíftent en terres 6c en eíclaves , parce qu’ils ne les nourriffent que de ris 6c d’vn peu de poiftbn, 6c ne Leur cõmcrcc. laiftent pasdetirer de grands advantages deleurtravail.il n’y a quad que les Chino is 6c leurs Mejiifes, qui apprennentvn meftier, ou qui fe m client du trafic,qu’ils font principalement en Siam, à Burdelon, à Lugor, cn Cambodia, cn Cochinchina, en Macajff'er, à Grece ,aP.tW,a iambi,à labor Bant am ,à Bandar MalJin, à Suièidana, 6c ailleurs fur la mcfme cofte, oudans le pais 5 ou ils portent toutes fortes de marchandifes de laChine, de la porcelaine, despoiiles,despots, deschauderons,6cd’au- tresferroneries , comme aufti de la chair falée 6c fumee,du poiflbn fee 6c falé , des toiles, qu’ils achettentdes Hollandois 6c des Chinois. Ils vont querir chez leurs voifins du bois à bailor 5 du routing, c’eft à dire des cordes de Cocos, de 1’huile du incline fruit, des fruits, fees 6c confits, dcs peaux de boeuf, de buffle, de chevre, du poivre, 6c particulierement d’vne cer- taigne drogue , qu’ils appellent S*™.? boura. Ce font des nids Nidsd’oy- d’hirondelles, que les paifans amaflent dans les rochers, fur fcaux- le bord de la mer: quel’on eftime tellemcnt en la Chine,qu’ils s’y vendent trois ou quatre efeus la livre. Il y en a de deux for¬ tes les blancs font fort recherchés, 6c fe vendent fix-,feptou hui
  • i 6 3 ?• Sesfiuits. 314 VOYAGE O E S IN D E S, fruits differens,Fleurs poulespondentdeux fois Ie jour : c6 qui fait que lc pais produit toutes fortes de vivres en tres-gran- deabondance, comme du ris, desboeufs, des chevrcs , des oyes,descanards,despoulles6c deschapons, despaons, des cerfs’, des lievres, des lapins, 8c du gibier 6c de la venaifon, 6c pardculierement des fruits, dont il y a plus de cent forces, ians ceux que nous connoiifonsicy, commedes Durions, des Man- gojlham , des ananas, des lancets ,desramboutans, des pi Jans , cles citrons 6c des orenges, 6c fur tout des Limons gibol, que Ton appelle en France orenges de la Chine, que Ton y achet- te cinq on fix censpour vncomp an ,'des Mamplans, des batians, 6c des centals , &c. done nous aurons occailon deparlercy- fonthMahome. ^Les habitansne fouffrent point de pourceaux, mais les fo- taus.* refts nourriflent vne fi grande quantitedeíangliers,quilsíònt contraints de les chafler, pour les empefeher de faire le dé- gaft dans le ris: 6c quandil y ena de pris,ils les enterrentjpar- ce qu’ils font Mahometans, qui n’en mangent point, 6cne permettent point que les autres en mangent. Ilya auifi dans ces forefts vn nombreinfiny de tigres Ba de finges, qui ne font pas moins de mal a la campagne que les ian- gliers, mais les elefans iauvages,qui y font auifi en grand nom- bre, n’en font point du tout. On les prenda la chafle, en mé- lantparmyeux vnelefant prive, qu’ils nemanquent point de combattre aulfi-toft, 6c pendant qu ils font enla chaleur du combat, on leur lie les pieds de derriere, de forte quene fe pouvans plus iouftenir, ils font contraius de ioufFrir qu on les emmeine, 6c on les dompte par la faim en fort peu dc temps. Les Portugaisyachettoientahtrefoisjufqu’a quinze ou feize cens belles à cornes tous les ans, 6clesfailoient emmener a Malacca, en payant vn compan de chaque belle, pour la iortie j mais les Hofiandois ne payent rien, ny pour celles qu’ils tuent dans lepais,ny pour celles qu’ils embarquent pour Sumatra ou pour lava iparce qu’il ell certain qu’ils s’y font plus aimer que les Portugais, 8cmefmes quelesautres eitrangers. taffai’ Le R°y de eftfujet, ouplutoft valTal du Roy de Siam, áuRoydeSiã. maisil ne luy payequ’vne reconnoillance annuelle fort peu conliderable.il y a environ vingt ans qu’il y regnoit vne Reine, quine luy envoyoit tous les ans qu vne fleurd’or , 6c quelques
  • r>v sk de mandelslo, liv. ir, 3iJ eftoffos de foy, 6c d’efoarlate. Ellepouvoit avoir environ cin- 16394 quantcansencetemps-lá, 6c il y enavoit quinze qu’elleeftoic veuve. Elle nefortoit que bien rarementj maisquandellepa- roiífoiten public, potirallerà la promenade, elle ftfaifoitac- compagner de plus de quatre millc perfonnesde condition, faiíãnt porter dcvant elle les armes de íon defuncb mary, 6c íon equipage. Le Roy de Morpoífede touteTextremité de la peninfule, u Royaarae quelesanciens appelloient^«re.í Cherfonefus 3juíqu’audétroit deSincdpura. Ses principales villesfont Lmga, Bmtam,Cary- Batufab r viiic mon j &c. Maislacapitale detoutle Royaume eft lavillede capítaicdeio- JUtufiber. Elle eít fiituceà fix lieucs dela mcr, fur la riviere de h°* 1 ohor, qui en fàit deux villes,dont 1’vne conferve le nom de Bi¬ tu fiber , 6c 1 on appelle l’autre Cotta, fabrang. La premierea en¬ viron treize cens pas de circuit, 8c l’autre en a environ cinq cens. Elies font toutes deux bailies en quarré, 6ctoutesles maifons font le long de lariviete, fur des pilotis,6c élevées de buicfc ou dix pieds de la terrej parce qu’elle y eft ÍI bafte, que la Iiaute marèelacouvre tous les jours deux fois. Elleaprésde quatre mille babirans, capables de porter les armes, 6c ft les Malayes pouvoient fe refoudre àtravailler aux fortifications, Ton pourroitavec peude peine conduirela riviere autour de la ville, 6c on la pourroit par ce moyen fortifier en forte , que 1 on en feroit vne des meilleures places de toutes les Inaes. Les Hollandois ont fait ce qu’ils ont pu pour les porter à cela, 6c pour les obligor à fe mettre à couvertdesinfultes des Por¬ tugas , leursvoifins,8cleursennemis irreconciliablesrmaisles maifons qu’ils ont dans Cotta Z^brang, ôcàlacampagne, n’e- ftans quedepaille, ils ne ie foucientpas beaucoupd’y voir le feu, pourveu qu’ils puiílent íàuver leurs perionnes dans Ba- tufaber, ou lesperibnnes de condition ont des maifons de bois, oC ou ils fe peuvent defendre contre les Coureurs. Tout le Laterrey eft pais appartientau Roy, quidonnedes ter res à labourer, à qui ^ott 1>onr‘c* luy en demande: mais les Malayes font fi pareílèux, que la ter- re y eft quafi toute en friche , bien que l’on voye bien par. 1 herbe qu’elle pouffe , 6c par les arbres qu’elle produit par tout, que l’on entireroitde grands avantages, fii’on prenoit la peine de la cul tiver. Et pourpreuve de celales Hollandois remarquent en leurs relations entr’autres,qu’vn jour leur Roy 11. Partie. SC
  • 1639* I/lfie dtSuma< tia. 3i6 VOYAGE DES INDES, Je /oW fit prefent àleur Admiral de quelques Cannes de fuc- ere, qui avoient dix-huid pieds de long, ÔC fept poulces de ^Laíangucde Malacca ou des Mahyes efteftimée la plus belle de routes les Indes, oft elle eft pour le moms auffi commune oue la Fran coife i’eft en Europe , 6c ellc eft d’autant plus facile a ap prendre, quelle n’a point inflexions, ny pour lesnoms nY pour les verbes. Nous adjoufterons icy quelque mots pour la curiofité dule&eur, afin qu’il enj uge luy-mei me : 6c nous commenceronsparlesnombres, qu nscomptent amli. Satu vn. Dtut deux. Tyga trois. Enpat quatre. Lyma cinq. Nam fix. Toufion fèpt. De Up An huid. Samba lan neuh Sa- polo dix. Sabalas vnze. Baa balas douze. Tyga balas treize. En pat balas quatorze. Lyma balas quinze. Nambalas feize. Toufion balas dix-fept. De laban balas dix-huicfc. Samba an ba¬ las dix-neuf. Duopola vingt. Saratus cent. t^Arys lcjoui, Malarn lanuict, Zoufon l’eftomach. Leheer lecol. Bangodtles Mouftaches. Bat la langue.Idrg.vryles doitgt. 7Wd«gIajambe. Coxmolepied. Tangan lebras. Capalh ld. tefte. Rambot les che- veux. Jourootk ventre. langet la barbe. Tangan la main. Biolot la bouche. Martye les yeux. Trotdon le nez. Loncyt la peau. Babpa pere. Maa mere, ibou ayeul 6c ayeule. Be- rvmgdarnet íàigner. Mockol battre. Mollay commencer. Billy achettcr. chiny payer. Diem taire. tsimbelofte.t oulongaiaer. Blanyte je. Pakanera toy. i^indrior 'fondre. Bodoy tromper. Danger oiiir. Battou contenter. Manfuin picquer. Mus de l’or. Salacha argent. Ada jay. P alia mufcade.roj quit aim nous. La<:ky vn homme. Bilby marchander. Tiior dormir. 2 avar promettre. Britacot menacer. Tarran efclairer. P mg couper. JVtg/e acier. Lada poivre. Bekattaparler. Minnon boire.Taikana cnidrcellcr. C'hium baifer. Britoun fairc. Doufla mentir Bangs fe lever. Suidfidaman moucher. Tieda tan. je n entens point. Sicke cloux de giroffle. Au fortir dela terre ferme, 6c de la peninfule que les anciens nommoientaurea Cherfon efus, ducoftede talaca, Ion ren¬ contre rifle de Sumatra, qui n’en eft eloignee que de dix lieuês. II y en a qui difent qu’clle en aefté arrachée par les courans de lamer, comme l’lflede Leyton de cettepartie deslndes, que l’on appelloit autrefois India intra Qangsm;mais ce n eft qu vne » T /
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. ^ fconjedure, qui n’a point de fondement dans l’hiftoire; non l<>5& plus que cequcl’ondit de Ia Sidle,Sc ce que Ton pourro’itdi- re de 1’Anglcterre, & de toutes les autres I íles du monde: ft ce ncft que Ton vueille prefuppofer, qu’au commencement, in¬ continent apres la creation de l’vnivers,la mer faifoitlc tour dc la terre, & que les Iíles n’ontpoint efté creées, mais qu’elles ont efté faites petit à petit, par les progrez que la mer àfaits íiir la tcrrcferroe. Cc 11 eftpíis noftre deilein d’entxor cn cct-« te diípute , ny de decider non plus ft Sumatra eft 1’anciennc úgiaudeur* T a pro bane, felon l’opinion de I of dc I’Efcale, de Mercator,&C de plufteurs autres, ou Vophir, ou les vaiííèauxdu Roy Salomon alloient querir l’or, & les autres cliofes pretieufes dontparlc 1 Eicriture Sainte: mais nous nousarrefterons feulement à cc quenous en avons pu apprendre paries dernieres relations. Elies diient toutes,que 1’ I ile de Sumatra s’eftend depuis le cin- quiémede^rédedeçà ,jufqu’aufixiémedegré dedelà laligne Equinoclialejde forte qu’elle doit avoir environ cent foixante, ou cent lbixante-cinq lieucs de long, fur foixante de large, &c qu’ainft ceux, qui demeurentaumilieu de rifle, doivent avoir laligne perpendiculairementaudeiftisd’eux. L’onpeut juger par cette fttuation, que les chaleurs y doivent eftre fort gran¬ des. Avec cela il y a tant de bois & tant de lacs en cette Iile, que 1 air y eft fort trial iain,particulieremct pour les eftrangers:mais SfS r'cKeiTct cela n’empefche pas qu’elle ne foit tres-fertile , & qu’elle ne * ‘ produife, avec Tor £c 1’argent, & plufteurs autres metaux , commel eftain, lefer Sclecuivre, dont ils ont l’induftrie de faire daufli belle artillerie, que celle qui le fait en Europe , quantitederis Sc de millet, Stparticuliercment tant de fruidt, que les forefts en font chargees, ôcfourniílentíuffiíãmment dequoy nourrir tous leshabitans. Il y aau milieu del’lfle vne ■ * montagne-qui brufle, &c qui s’allume par intervalles , com- me le refuve au Royaumede Naples ,6d’onditqu’ilya vne fontaine, dont il coule inceilamment du bauIme.El'eell riche endiamans,&enautrespierrespretieufes,en foye , en efpi- ceries,cn cire , en miel,encamfre, en cade, Sc en plufteurs autres drogues,qui ont leur vfage dans la medecine Sc ailleurs. Ilya aulft beaucoup de bois de fandale blanc, Sc aflez de cot¬ ton,pour faire autant d'eftoffes que les habitans en ont befoin pour s’habiller. Sfij
  • 3*8 VOYAGE DES INDES, 1630. CetteTfIeeftoit autrefois diviíéeendix Royaumesjmais par- Conti'nt pin- ce quel’onnefait ces voyages quepourIecommerce^’ons’eft ficuts Rcyau- cont:cnté de defcouvrir ceux qui font fur ia co lie, 6c l’on a ne- nics’ di-ré dc penetrer dans le pais, ou l’on trouveroit fans doute des richefles,que les habitans des villcs maritimes ne connoif- fent point.LcsPortugais ne parlct que de deux Royaumesme- diterannées ,qu’ils appellent dndragidtn Zh^rvctn, 6c de ceux d’^thim ,dcPcdtf de Pacem ■> de CamparamiZaua'i 6c deMunan- CAbo, qui font tous fur le borddclaMer,6c dedeçàla ligne. Les Hollandois ont defcouvertle Royauine de r dim bam, au delà, pour la commodité de leur cômerce dans l’lfle de 7*im,&í1s y ont fait vntres-puiiTànt eftabliflement, ainfique Ion voiten leurs relations. Les Portugaisny enont point du tout j mais ils ontfeulement lapermiifiond’y pouvoir trafiquer,quand ils n’en font point empefehes par les Hollandois. chim°yd A" LeRoy d’^/efo/wavny à la Couronne les Royaumes de Pedir èc de !• 4cew,avec prefque toute la cofte feptentrionale de i’lile mais ccluy qui y regnoiten 1 an 1596. au commencement de la Navigation des Hollandois en ces quartiers-là, avoitefté pefeheur j qui avoit viurpe la Couronne,6cavoit cite tueau lieo-ede P uhmbam, nelaiiTant qu vn icul fils,aage dc cinq mois, fous la tutele 6c la regence de ion beau-pere. Ce jcune Prince eftant deccdé, fonayeul fuccedaa la couronne, 6c ceiut avee luy que les mefmes Hollandois traitterent en fan 160S. Deicription de x,aville d'^ichim eft íítuée dans vne grande plaine, fur Ie 11 inf0 U A' bord d’vne riviere, qui eft fort large, mais ft baft e,que les peti- tes barques ont de la peine à y entrer .Elle n’any porres ny mu- railles, 6c routes fesmaifons font bafties fur des pilotis, & cou- vertes de feiiilles de Cocos, f ecliafteauou Palais tiu Roy,eft au milieu de la ville,laquellea des deux coftes dc parfaitement belles forefts, peuplées de finges, de heronsÔC de routesau- tres fortes d’oyieaux. seshabi-aos. Les habitans font decouleur olivaftre, 6c ont le vifage plat. Us fe couvrent le corps d’vne chemifede cotton ou de ioye, Sc la tefte d’vn petit tulban de la mefme eftoffc.-mais les enfans vont nuds, ftnon quel’oncouvreles parties des filles d’vne la¬ me d’argent. Les Guzurattes , les MaUbares, ceux de Megu- l> u.im , de Btn°da 6c de Pe^u ,6c les autres eftrangers, quiy font habitues, s’habillent à leur mode.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. ^ Le chafteau eft fortifie dVne bonne muraille , & dVne {>aliílàde , 6c cft fort bien flancqué, en forte quefonartil- Son chafteau. erie commande à toutes les avenues 6c à toutes les rul:s de la ville. Les maifons du chafteau font bafties de la mef- me matiere , 6c de la mefmc façon que celles de la ville parce que la riviere , qui débordc fouvenc, les couvre quel- quesfois jufqu’au premier eftage. Les pilotis, qui les íou- ftiennent, font joliment façonnes , 6c les maifons iont cou- vertes de Cannes. L’on entre dans le chafteau par fept por¬ tes confecutives, qui ne fontny belles ny fortes. Iln’yaque les gardes du corps , 6c les femmes, qui entrent dans lapaliftã- de, làns lapermiílion duRoy. Tous les autresíont obliges de faire demander audience, ou d’atttendrejufqu a ce que le Roy les fafíe appeller. Ceux qui l’abordent, luy font la reverence iVro"" enjoignantles mains,qu’ilsportentainfifur latefte, &.crient chimfc fait T)MtU tu.w con,e’eft àdire,quelc Roy vivelonguesannées. Le rcndrcr Roy ne fe divertit que parmy les femmes, Sc ne paroiften pu¬ blic , que pour faire combattre des coqs, ou pour allernager dans la riviere , ou pour aller dans la chaile de l’elefant. line fe fait íèrvir que par des femmes, ou par des hommes , qui en entrant au íèrvice de la Cour,fedoivêtreíbudreàíe faire cou- per tout. 11 traitte tous fes fujets en cfclaves, 6c les gouverne par quatre Sabandars, qui font ceux qui ont le plus d’autorite apresluy. Son gouvernement eft fort fevere, 6c lesiixpplices font tres-cruels $ ii bien que Ton y voitvn grandnombrede gens,qui n’ont ny pieds ny mains, 6c qui ont efté ainíi eftropies pour desfautes, quinedevroientpaseftre punies commedes crimes. LeRoyd' AcVim eft Mahometan, aufllbien que la pluipart Lcur Religion, des habitans de la cofte de l’lfle de Sumatra j creftpourquoy nousneparlerons point deleur religion rmais nousdirons feu- lement,qu’ils commencent leurjeufneavec la nouvelle Lune du douzieftne mois, & le finiilent avecle commencement de la Lune fuivante , s’abftenans de manger pendant ce temps-la tout le long du jour,j ufqu’a la nuit: ce qui fait que dans l’impa- tience qu’ils ont, de voir finir leur quarefme,ilsie trouvent vers le Ponant,tenans les yeux arreftesau Ciel, pour voir la nouvelle Lune , laquelle ils n’appercoivent pas ii toft, quils fe mettent à manger, 6c à fe donner du bon temps tout le refte de la nuit. Sf iij
  • Z’arbte trifle dc iour. 330 VOYAGE DES INDES, 1639- L’lflede.$'íowl
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. ?}r aulTi de ceux de tout lereftedu monde. Cetarbre pouíle fon trone, qui n’a pas vn piedd’efpois, forthaut, &n’apoint de branches, qua 1’extremité, ouelless’eftendentcominecclles du dattier. Le fruid ne vient point aux branches, mais au def- fous, au trone mefme, en des bouquets de dix ou douze noix: ía fleurreíTemble à celledu chafteignier, &il ne vient que pro- che de la mer, ou fur les bords des rivieres, dans vne terre íà- blonneufe, Scneantmoinsil croiftfi haut, qua la referve des Indiens, qui font accouftumés d’y grimper, avecautant d’agi- lité 8c de viteíTe qu’vn finge, il n’yapoint d’eftranger , q^i vueille haíãrder d’y monter. II eft aufli commun dans les In- des, que 1’olivier en Efpagnc, ou le íàule en Hollande > 8c bien que fon bois foit ípongieux, 1’on ne laiíle pasdes’enfervir à tant de chofes,qu’il n’y a point d’arbre,qui ait vn vfage fi gene¬ ral que celuy-lá. Dans les IílesdeMrf/íiVvcsilsenfont des na- vires, avec lefquels ils paflent la mer, fans que l’on y employe que ce qui vient du Cocos, i Is font du brou vne elpcce de chan- vre, qu ils appcllent Cayro , dont ils font leurs cordes pour lier le bois du navire, 8c leurs cables. Lesfueilles fervent à faire des voiles, 8c á couvrirles maifòns, & l’on en fait des paraíols, des eventails, des tentes, des nartes 8c des chapeaux, qui pour eftre fort legers, font fort commodes en efté. L’on nourrit ccs arbres, ou pour en recueillir le frui t ou pour en tirer du icny. Le fruit eft de la groíTc ur d’vn oeuf d aultru- che, 8c a íbn brou,qui eft verd come celuy de nos noix ordinai- xes: mais quand il eft fec,il fe cover tit en filafle,qui eft le cjyro, dont nous venons de parler. L’on cueille quelque-fois le fruit, avantqu’ilfoit parvenu en fa plaine maturité , Sealorsonl’ap- pelle Lanho, 8c l’on entire prés de deux pintes d’vne certaine liqueur, qui eft fort raffraichiíTante, 8c tres-agreable à boirc. Cette humiditéíe convertit petit à petit en vn noyau, qui ale gouft de la noilettejmais ileft plus doux. La coque de la noix eft fort bonne à manger,pedant quelle eft verte, mais quand elle eft dure 1’on en fait des tafles, des cueillers 8c d’autres meubles, ou 1’onen fait ducharbon pour les orfevres. Les Indiens pil- Icnt la noix, 8c en tirent dulait, qu’ils mangent 8c l’employent àtoutes fortes d’vfages, comme nouslelaitde vache. Il n’y a que les pauvres gens qui mangent le fruit:parce qu’on le fait or- dinairement ieicher, pour en tirer dc l’huile, qui eft fort boiv i 65 9. t'on fait Jcs navi resen tiers. De fes fueilles on fait des voi- >!‘S, des para- iolSj&c.Z'onca couvre lesmai- fons. Son fruit. Dc fon brou l*on fait des corses. On cn fait vn bveuvage deli- cat cjuand iJ eft verd. Onfaitdcs tai- fes & des cueiT- lersdelacoouc. ducharbonw Du fruidl J’oa tire du laid. . Et del’Eujle.'
  • 1639- Comment ils en dree du vin. Du vinaigre.de l’caudevie, du fuccre. Ils font du pa¬ pier dc cct ar- bre. L’airequeiro. I c Bananas. 34r VOYAGE DES INDES, nc à manger, qui aion víãge en la mcdecine, 6c (|uc I onbtufle auffi dans les lampes. Ce fruit eftant confervé dansle brou, fe convertit petit à petit envne efpece deponnne, qui devient jaune avec le temps, 6e eft fort bonne a manger. Quand les Indiens en veulent tirer du vin,ils en oftent la fleur, 5cy attachent vn pot de terre quilsappellent collao, bien bou- che 6c lutté de terre à potier, afin cue Pair ne le fafle point éventer, ouaigrir. Ils fcavent en combien de jours le pot fe remplitd’vneliqueur,qu’ilsappellent «S'»™,quia le gouft 6c les meimes qualitez quele petit laict. En faifant bouillir cettc li¬ queur ils en font du Terry ^ quileur iert devin^enl expofant au Soleil ils en font de fort bon vinaigre, 6c en la faifant pafter par l’alambic ils en font de tres-forte eau de vie. 11s en font auffi du fuccre, qu’ilsappellent Iagra> maisdautantqu ileftbrun, ils ne l’eftiment point ‘ parce qu’ilsontailezde fuccre blanc. Les Portugais, en meflant des raifins au Soleil, 6c quelques autres drogues avec le -4,cn font vnbreuvage, quia le gouft 6c la force du vin d’Efpagne. Le dedans de l’arbre eft ce que les Indiens en eftiment le plus. Car cette moiielle eft blanche, 6c auffi deliee, que noftie pa¬ pier, 6c plic de la mefme façon, en cinquante ou foixante plis, comme en autant defueilles. Ils 1 appellent o//a, 6c s en fervent au lieu de papier, en forte que les perfonnes de condition la re- cherchent avec fbin, 6c ne l’employcnt qua cct vfage. Et de l’efcorce ils fontdu gros papier, dont ils fe fervent pour enve- lopper les marchandifes. La deuxiéme efpece de Cocos eft l’arbre , que les Portugais appellent arrccjuciro, parce qu’il produit Varreca , dont nous avons parle au Livre precedent, 6c dont nous aurons occafion de parler plusamplement cy-apres, auffi bien que de ces deux autres efpeces, qu’ils appellent Tamar Sc Lantor, enladefcri- ptiondel’iile de Iav
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 355 couleur. Ceílplutoíl vn buiíTonqu’vnarbre, parce qu‘il n’a 1633* quafi point de tronc.Les fueilles commencent à pouíTer quand Ia tigea trois ou quatre pieds de haut, Sc à mefure que les vnes pouílènt, Jesautres feichent Sc tombent, jufqu’ace la tige ait pris íà force, 8cquelefruict foitparvenuàfaparfaite ma- turité. La tige n’a que dixoudouze pouces d’eípoiíTeur} 5c eíl íi tendre , qu’on la coupe facilement avec vn couíleau. Du milieu des fiieillcs fort vne fleur, de la groíTeur d’vn ceuf d’auftruche, tirant fur le violet, delaquellefortvne branche, qui n’eil point de boispourtant,mais elle eíl tendre corame le pied d’vn choux-&íe charge de íigues. D’abord ellesnefont pas plus groíTes qu’vne febve, mais elles croiíTct aveclc temps, en íorte qu’elles ont fept ou hui& pouces de long, 8c font auffi groíTes que des concombres.il n’y a point de branche, qui n’ait pres de cent Agues, quitiennenttoutesenfemblecomme vne grappe de raifins. On les cueille quand elles ne font pas en¬ core enleurpleine maturité, dont Ton juge par leur couleur, qui eíl d’vn verd, tirant furlejaune, 8c on les pend ainíià vn clou, jufqu’ace qu’elles achevent de meurir-ce qui íè fait dans quatre ou cinq jours. Chaque tige n’a qu’vne grappe, Sconia coupe rez terre, d’ou ellerepouílèauífi-toíl, avec tant de vi- gueur, que dans vn mois elle fe trouve en íàpremiere force, 5c donne ainíi dufruiél tout du long de Tannée: qui eíl vne gran¬ de manne pour ce país-li, ou Ton lê contente depeu, ôc ou par ce moyen Ton vit quafi pour rien. Les gouíIes,quienveloppent les íigues, ne fontpasmoinsde- licieuíes,n’y moinsvtilesquele fruitmefme : car elles ont le gouíl de gaíleau, 5c fontauílinourriílantesque noílre meil- íeur pain 5 fi bien que ce feul arbre eíl capable de.nourrir Ia plus part des habitans de cette Iíle. Lepoivrede Sumatra eíllànsdoutelemeilleurdetoutesles Lcpoiwc. Indes, apres celuy de Cochim. On le plante ordinairemenc au pied d’vn autre arbre, ou on Tappuye de cannes, ou de per¬ ches , commelehoublon oucommeles feveroles. Ses fueilles reííèmblent à celles del’orenger,finon qu’elles fontvn peu plus Í>etites,5c pIuspointiies.il vientàdepetites branches, comme a groíêille rouge , ou comme le genievre. Il eíl verd tant qu’il ticnt à 1’arbre, ôcneíênoircit, que quand on i’a cueilly 5c feche : cequi fe faie en Decembre 8c en Iaiivier. Les íieux 11. Partie. X C »
  • 334 VOYAGE DES INDES, lé 3 quienproduifent leplus, font Malabar ,Onor,Barfelor,Manga- lor, CaUcuth, Crangamr , Cochim , , Queda, & D ampin , J)edtf, Camper St Andragir dansPIile de Sumatra , St Bantam, & autres lieux dans 1’ 5 fle de /a™. Ils produifent auffi du poivre blanc,maisnon en fi grande quantité.Les Malayes nomment le poivre Lada-3ceuxde lava l’appellent.S*/WgJ?,&: Ies Malabares Molanga .Le poivre long ne vient qu’en Bengala,St e’eft vne au¬ tre forte de fruift, de la forme d’vn for d’eguillette,mais vn peu plus gros, ride St grifaftre , contenant vne certaine petite graine blanche, qui a lemefmegouft St Iemefmevfagequele poivre commun. En Malabar ôcaupresde Goa, vient encore vne autre efpece de poivre, qu’ils appellent Canonns ynais d n’y a que les pauvres gens qui s’en fervent. C’eft vne chofe merveilleufe, St ncantmoins tres-verita¬ ble, qu’il fe confume beaucoup plusde poivre dans les Indes, queVonn’entranfporteen Europe 5 quoy qu’ilfe trouve que dans le feul havre de B antam l’on en ait charge en vne feule an- née quarante-huieft mille balles : parce que les Indiensne fe font pointapprefter de viande, ou ils 11 en mettent à poignées; mais ils ne le caflcnt point. Dercription
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 33J en ce qu”ils onelefront Sc les machoires larges & les yeux pe- tits, & qu’encore aujourdhuy plufieurs Chinois s’eftabliflent dansl’Ifiepour lamefmeraifon. II n’y a quail point de ville dans lava, qui n’ait fon Roy, & iln’ya quequarante ou cinquante ans, que tous ces Roys obcííloient à vn Empereur : mais depuis ce temps là ils ne connoiílent plus cette Souveraineté , 8c chaque Roy cft inJependant. Celuy de Bantam eft le plus puiuant de tous, rhuj ic pins & apres luy celuy de la ville de Vaiam buam , qui donne Pui‘ra“tcnlaTí le nom au detroit, qui íèpare 1’lílede lava d’aveecellede Balt. A dix lieues de Jà , plus vers le Nort-Eít eítla ville de Panarucan , ou il fe fait vn grand commerce d’efclaves, que Ton ported Malacca, de poivre long, 8c dequelques ve- iles pour les femmes. Aupres de la ville de Panarucan eft vne £,rt’gneuid0 montagne de fouffe, qui commença à jetter fon feu en fan *,aiiunw?ul 1 1586. avec tant de violence , qu’en ce premier embrafement perirent plus de dix milleperfonnes.Les KoysdePalamlum &C de Panamran , font Payens,mais celuy de lavilledePa/^- pS2"‘ yuan , qui eft á fix lieues de Panarucan^eit Mahometan.il fe fait a Pafjaruan vn grand trafic dcq^arnttre, qui eft vnfruiét qui ref. femble à la fraiie , & les marchands de Qutlm en font dcs chappellets, qui fe debitent par toutes les Indes. A dix lieues delà,vers lePonant, eft la ville de loartam,qui a. .n vnfort bon portfur vne belle riviere, ou les vaiileaux , qui 1 ' viennent des Molucques, pour aller à Bantam, fontaiguade, & prennentdes raffraifehiifemens. Sur la mefime riviere eft la villedeGm7a,quiafonRoy, auquel tous les autres Roys de Gmici. /.íTATparIentaveclemefmerefpe le,bien flanquée, mais fon portn’cftpasfortfeurjparce quel’on n’y eft point à couvert des vets de la mer. A dix lieues de là vers leNort-weft eft la ville deTubaon, qui eft la plus confiderable ruba*a- de toutel’Iile, apres celle de Bantam, ainfi que nous dironsà cette heure. A cinq lieues plusavant.versle Nort-weft , eft la ville deCrfjjw, ouiln’y aquafi point de negoce , non plus Tt ij '
  • 33^ VOYAGE'DES INDES, 163 qu’à M'andalitaon , qui n eft habitee que par des pefcheurs, Iafara. ^ õnq HcUes plusavant, vers le weft, eft Ia ville de Iapara, íur vne langue de terre , qui avance jufqu’a trois lieues dans la mer. Cette ville eft fituce fur vne belle riviere, 8c a vn tres- bon havre, qm la rend fort marchande. Elle a auífi fon Roy particulier, qui n’eft pasdesmoinspuiflansdel’Ifle. A vingt- Matramou cinq lieves de Iapara , 6c à quarante-cinq de Bantam, eft la Mauvam. grande ville de Matram ou Matavam , ayantauffiíonRoy, qui cftoit autrefois fipuiíTant,quilpretendoitlaSouverainetéde toute 1’lfle, 8c eftoitàcaufe de cela,ennemy declare de celuy fati&Dau- de Bantam. A cinq lioties de faparave rsle weft, eft la ville de ma. Bati, 8c àtroislieiiesdelàcellede Dauma , quireconnoiften- Taggal. core le Roy de Matavam, auífi bicn que celle de Taggal, qui eft fícuée dans vne mefme baye avcc les deuxautres. Apres cela Dertmyo. fuit la belle 8c forte ville de Charaiaon, fur vne riviere d’eau Momicaon. douce: 8cenfuitte decelalesvillcsde Dm?mjo8cde Monucaon, íacatra. d’ou l’on va par le village deGa^owàla ville de Jacatra, 6c en- fin à celle de Bantam. Defcription Cette dcrniere ville eft fans doutelaCapitale &lapluspuif- «le la víiic de fante detoutel’Iflede UVA ,8c eft fituée a environ vingt-cinq BanUm' lieues de 1’Iíle de Sumatra, au pied d’vne montagne, delaquel- Ie fortent trois rivieres j dont lesdeux laventlesmuraillesde Scs rivieres. la ville, 8c Ia troiíieftne la traveríè5 mais elles font toutes trois fi baífes, qu'elles ne font point navigables. La ville eft afíèz Scs maifons. grande, mais les maifons font chetives, 6c les murailles, qui Scs murailles. font de briques, 8c qui ont environ trois pieds d’efpois, n ont point de terre plein, quoy qu’elles foient flanquées ,en forte que de cent en cent pas ils ont du canon, qui defendroit fort bien la cortine,s’ileftoiteneftatdefervir.Maisleurartillerie n’eft point montée, 6c llsn’ont point d’autres munitions qu’vn sespertes. peu depoudre,qu’onleurapporte de Aia/arokOulesPortugais ont vn moulin. Les portes dela ville font fi mefehantes, qu’on les cnfonceroit d’vn coup de levier , mais elles font fi bien gardées,qu’il eft fort difficile d’enapprocher,fans que 1’on s’en apperçoive. Eile n’a point de baftions ny de tours, mais au lieu l« cliafteau.oa de ccla l’on y a fait des efehaffauts à trois eftages, d’ouils peu- Pikis du Roy faire vne grande defenfe. Il n’y a dans la ville que trois o-randes riies pnno pales, qm aboutiflent toutes trois au cha¬ teau , qu’ils appellent L'acebam. La premiere va depuis le Pace-
  • DV Sr DE MAN DELS LO, LIV. II. 537 Im au port, 1’autre, ou demeurent les efclaves 6c les autres do- 1639. meftiques duRoy,va vers la porte,qui eft du cofté de la campa- gne,la 6c troiíiéme va à la porte,qui eft au pied de !a montagne. Iln’y apoint derue pavéeeatoutelavifte,maisellesfontbien Sesrues. auíli propres que íi elles l’eftpient,parce qu’elles font couvertes deíàble. Lescanaux,quicoupentlavilleenpluneursendroits,Sescanaux- font au cõtraire fales 6c puants^parce que le courant de la ri vie- re,n’eftat pas aífez fort pour entraiíner les ordures quelle ame- ne, 8c que Ton y jette, l’eau y croupit, 8c y fait des marais, qui infe&ent toute la villc. II n’y a point de perfonne de qualité, Li glanmef- qui n’ait ía mefquitedans ía maifon, maisil yenavne qui eft quite- commune , aupres du Palais du Roy, ducoílé de 1’arfenac &c del’efcurie. Laville eftdivilee cn pluíieurs quartiers, quiont chacun vne períbnne de qualité, qui y commande en temps Tambour qui de guerre, & qui a la direction de la police. Ilyaauífivntam- feit dc clocIlc* bour, auifigrosqu’vndecestonneauxd’Allemagne, que Ton appelle foudres,qui leur fert décloche,Sc que Ton bat avee vne barre de bois auíli groífe qu’vne infuble de tiíferan, le matin àmidy aufoir , comme auíli quand on veut donner 1’allar- me. Ils ont auíli des baífins de cuivre, qu’ils battent en muíi- que,ôcen fontvn carrillon,ápeu prés comme Ton fait icy de nos cloches , il n’y a point de coin de rue qui n’ait ies gardes,& apres que le Soleil eft couché Ton retire & Ton enferme tou- tes les barques de paflage, de forte que Ton n’y voit perfonne after denuit par la rue. Ilya vne garde de cinquante hommes 1 a garde del* à la porte de la prifon aupres du Palais, & iln’y a point deSei- viIle‘ gneur, qui n’en ait vne de dix ou douze aupres defa maifon. Toute la ville eft pleine d’arbres de Cocos, 6c ft n'y a point de maifon qui n’en ait pluíieurs.Les maifons font fort mal bafties, dp paille 6c de Cannes, fur des pilotis façonnés, comme ceux d’^lchim. Ils fontleurstoitsdefucillesde 6cneferment le corps du logis que de rideaux , ann de jouir de fair, qui leur eft neceflaire en ce climat chaud. Ils ont des magazins de pierre , pour la confervation de leurs marchandiies,mais ils ne font couverts que de paille , de iorte que pour les garan¬ tir du feu, qui n’y eft que trop frequent,ils couchent pluíieurs gros arbres fur le roit, 6c les couvrent de fable, afin que le feu n’y penetre point, Les appartemens de leurs maifons ne font • feparés que par des cloifom/aites dc ces groiTes canes,que l’on Tc iij
  • «8 VOYAGE DES INDES, í (j 3 9. appellent Bambus, qu’ils coupent il minces,qu’vn cheval peutr porter de quoy faire toutes les chambres d vne maiíòn. A i en¬ tree des maiicms des perionnes de condition l’on trouve vne cour carrée, ou eft le corps de garde, 6c ou Ie Maiftre du Iogis donne audience àceuxqui la demandent, fous vne petite hut- te , couverte de Cannes, ou de fueilles de Cocos. Dans vn des coins de cette cour eft la mefquite, ou ilsfont leurs devotions à midy, 8c proche deIàeftl’auge,ou ils felavent.Enentrant dans le corps dulogis , Ton trouve des deux coftésd’vne allée fort eftroitte, pluiieurs petites niches, pour la retraitte des en¬ claves , qui y veillent pour laconfervation de leur Maiftre , parce qu’il n’y ena point, qui n’apprchende d’cftre furpris, 8c rue la nui&par fes ennemis. Les eftrangers, corame les Gu%u~ rattes, Alalajcs, Bengalcs, Abiffms^chinois, Portugais ècHollan- dor$, demeurenthors de la ville. tesmarchésde Ily adanslaville de Bantam trois grands marches, ou les te grand Ba- marchands s’aflemblent tous les jours. Le grand Bazar , ou zar? marche eft vers la partie Orientale de la ville, 8c fert de ren¬ dezvous aux marchands forains , comme Portugais > Arabes , Turcs yChinois, Jguilins , Pegu arts, Malay es, Bengales,Gu%j/rat- tes, Malabares, 8c autres Indiens, qui s’y trouvent depuis le tc fceond. point du jourjufqu’aneufheures, 8c apres celails fe feparenr. Le íècond marche eft devant la grande mefquite, dont elle eft Marchí au fèparée par vne paliííade. En ce marche íè treuvent des fern- polvlc' mes, avec des ikes Scvnpoidsde trois livres , que l’on appel- le Gantan, qui achettent le poivre, que les pa'ifans portent à vendreàla ville, à huit ouneufcenscaxasle Gantan. Maisles Cbinois, qui s’entendent merveilleufement bien à ce commer¬ ce,les previennentibuvent:carilsvontau devant despaifans , 8c achettent en bloc tout ce qu’ils apportent. Entre la paliila- Au fruiít. de 8c la mefquite Ton trouve des femmes qui vendent du Bet- tele, dcl’^irecca, des hannancis ,des melons, 8cc. 8c ily ena qui font des gafteaux, que l’on mange chauds. Vnpeuplusavant its armuners. pon trouve àla maindroite, des marchands armuriers , qui Marché aux vendct de petites pieces de canon,des cris,des lames d’efpees8c confitures. hallebardes,des coufteaux, 8cc. Proche de là il y en a d’autres, qui vendent dubois delandalejaune 8cblanc,8c à la gauche Aox febves. J’on voit des confituriers, qui vendent du fuccre, du miel, 8c toutes fortes de confitures,feiches 8c liquides. Aupres de là eft
  • DV Sr.DE MA ND ELS LO, LíV. 1T. 339 le marche aux febves, ou I’on vend de toutes forces de febves 163 9 noires, blanches, rouges, jauncs, vertes & griíes, à trois Auxoignon* cens c-txas le g*»u». En fuitte de cela eft le marche aux oignons , ou saffemblept les Marchands, qui vendenc dc Aiavoiaiiic. la toile en gros, & qui donnent de 1’argent à la orolle a- vanture, & cpiaíTurentle rctour des vaiííeaux. Proche de là eíl le marche ou Ton vend la volaille, comme auífi des che- vreaux, des can nards, des pigeons, des perroquets, &c. Au fortir de là Ton rencontre trois chemins , done 1’vn meine aux boutiques des Chinois , 1'autre au marche, oh l’on vend des herbes & des legumes, &c le troiílefme conduitàla bou- Aur herbes. cherie. Enallantaux boutiques des Chinois, Ton trouveàla main droite quclques Ioiialliers, qui fontlaplufpart Coraçones, Iotíailiiers, c’eil à dire Perfes ou Árabes,& vendent des rubis, des hiacin- QJIÍnclu;»l«« & thes, des turquoifes, des grenats, &c. & à la main gauche mercicr’ font places les BtngAes, avecleur quinquaillerie 8c mercerie. Mardiandsde Ceftderriere cette ríie que les Chinois vendent dela foye* foye’ crue & teinte, des damas, des velours, des fatins, des bro- cards, du fil d’or 8c d’argent, de la porcelaine 8c des cabinets èc aucres ouvrages de Jacque, 8cc.En allant au marche aux her¬ bes, 1 on trouve d abord a la main droitte, les boutiques des Lingeres. Bengdles, qui vendent de la mercerie , 8c à main gauche les Marchands lingers, 8cau bout de cette place ,1’onen voit vne oii les femmes mariées tiennent boutique de lingerie : mais íl eft defendu aux hommes d’y entrer, à peined'amende. Apres LapoiíTonncrie; cela eft le marche aux herbes j ou il fe voit vne tres-grande La bouc^^‘c. * quantité de fimples que nous ne connoiífons point. En retour- nan t de làfur festas, 1’on trouve la poiflbnnerie, Sc cn fuitte les boucheries, ou 1’on voit plufieurs eftaux, garnis de bceuf 8c EfPic«i« & de chair de buffle 8c de cerf, 8c cn fuitte le marchéaux cípice- droSuiftes- rics,ou les femmes vendent du poivre, des clpux, de la mufca- March. a . de,du macis, Scc. 8c touteslòrtesdegommes 8c de drogues in- * ' ' connuesaux Européens, 6c le^narché au ris, ouion vendauíli de la potterie 8c du fel^d'oii l’on repaífe par le premier chemin à la place,ou les marchands & patrons des navires s’aiiemblenc pour leurs affaires. La vente de toutes ces marchandiíès ne dure que jufques à neufheures, 8c apres cela 1’on ouvre le marche qui eft de¬ vaneie ou Palais duRoy, oul’on vend toutes forces.
  • r^39- ia villc dc Tu- baon. Sob Palais. Lc comniírce dcshabirans dc Tubaon. 340 . VOYAGE DES INDES, de vivres, commeauífí quelque poivre , que Ies habitans de- bitent aux Chinois. Apresmidy Ton commence le marché au quartier des Chinois, ou Tonne vend quedes vivres. Nous venonsdedirequelavillede luban ou Tubaon, eftla premiere ville de rifle de lava, aprcs celle dQB.intam.Et de fair, eile eftpluspuiílãntequetoutesles autres, & fi ellen’eft pas 11 grande que Bantam, elleeft pourlc moinsauffi belle, ôcaUÍfi bíen baftie. Le Palais eft fort grand, Sc a de tres-beaux appar- temens,ouIcselefans, Sc touslesaucresammauxone chacun leur quartier. Chaque elefant a fa loge, baftie fur quatre pi- liers, Sc ay ant au milieu vnpoteau, ou Ton attache l’elefant. Toutes les chambres font plcines de cofFres Sc de bahus pleins de bagage, que Ton fait fuivre, quandle Roy va à la campagne. Ilaaupresdefachambrevn departement pour les coqs, qu’il fait nourrir pour lc combat. Ilsontchacun leur ca¬ ge , Sc des homines qui en ont foin, auifi bienque les perro- quets, qui y font bien plus beaux, que ceux que l’on nous ap- portede ces quartiers-là. 11s font la plus part d’vnefort belle couleurdefeu, ayantfurledosvne grande marque jaune do- rée: Le deffus des aifles eft bleu Sc verd,Sc le delfous d’vn beau nacarat. Ilsfonttrop delicats, pour pouvoiriouffrir les incom- moditez d’vn grand voyage, outre que les Indiens les eftiment, parce qu’ils reconnoiilent leurs maiftres, Sc fouffrent leurs careftes. LeRoy der«W , quelesHollandoisvirentautroi- flefme voyage qu’ils íirentaux Indes, íe plaiíbit à nourrir ces animaux , commeaufli des chiens Sc des chevaux, Sc des ca¬ nards quieftoient blancs, Sc beaucoup plus gros que les no- tres. Ilavoitde quatre femmes legitimes, fix fils Sc deux filles, fans les en fans naturels, procrées d’vn grand nombre de con¬ cubines , qu’il entretenoitenplufieurs appartemens feparés. Son li&eftoit élevé de terre, Sc bafty comme vn Autel, de groíTes pierreslarges,tailléesàfueillage, furlequelon voyoit vn matelas Sc quelques oreillers de fatin, rcplis de foye platte. Le plus grand commerce qui fe fade iTu baon confifte au de¬ bit de leur poivre, qu’ils portent dans 1’I lie de Baly, ouilsle troquent contre des toiles,3c des eftofFes de cotton Sc de loye, qu'ilsportent en fuitte à Banda , Ternate, aux Philippines Sc ail- leurs, pour les troequer contre des cloux de giro file, du ma- cis Sc de la mufeade. La plus part des habitans ne vivent que dcia
  • r DV Sr de mandelslo, liv. n. 34t de Ia pefche, ou du beílail quils nourríflent. Ilsn’ont point 1639. 1 d’autrehabit cu’vn Imge autour des hanches, finon que Ies perfonnesde condition portent quelquefois "des hongrelines decamelot, quineleurvontquejufqu’auxfeiTes. Oniescon- noiftparmy les autres par cet habit, & par vne fuitte de douze ou quinze efclaves, fans Iaquclle ils ne fortent jamais. Ils fe plaiíènt à nourrir des chevaux, 8c font vne grande defpenfe à leurs felles,qui fontfaites comenosfellesraies, 8cà leurs har- nois,quilschangentde lames d’or 8c d’argcnt,fepiquansd’ef trebienmontes, 8c depouvoirparoiftreauxaíTemblées qu’ils font ibuvent,pour faire voir au Roy l’adrefle de leurs chevaux. Les habitans de lava, quidemeurent bien avant dans 1’Ifle, Les ravan*, on font Payens,8cIaplufpartPhithagoriens,quicroyentlatrans- I,'"s^tla migration desames 5 c’eftpourquoyilsnemangent point de LmcuasMj~ chair ny de poiiTon.il y a bien quelques payes auffi fur la code, & particulierementvers la partieSeptentrionalede l’Ifle,mais il y en a peu, 8c ils font la plufpart Mahometans, ainfi que nous venons de dire 5 qui fuivent la religion des Turcsen tout, 8c envoyent pour cet effet querir leurs Preftres à la Meque. Us one deux jeufnes,dont le plus grand comence le j.d’Aouft: teurs iufn«. Et e’eft à Tentréede ceQuarefme que les efclaves fot vne nou- velle fubmiffion à leurs maiftres, avec des ceremonies extraor- dinaires. Car ils les prennentparlespieds, 8c lesfrottent de bas en haut jufqu’aux genoux, 8c apres celails portent leurs mainsjointesàlatelle, laquelleilsfrottent depuis lementon, par deflus le vifagejufquesau col,oii ils les feparent. A la fin de’ ce Quarefme ils celebrent leur Pafque, en faifantdifner tous leurs enfans 6c domeftiques avec eux. Il n’y a quail point d’homme dans la ville de B antam, qui n’ait trois ou quatre Rm- £,°ntc£Iufiea” mes, 6c il y ena qui en ont j ufqu a dixou douze} fans les con- cubines, qui fervent de fuivantes aux femmes legitimes, 8c les fuivent effectivement quand elles fortent. L’on n’y fait point de difference entre les enfans legitimes 8c les naturels, ôcilrieítpaspermis au peredevendre les enfans qu’il a pro- créeshorsde mariage,quoy que d’vne mere efclave. Les en¬ fans yvont tout nuds, finon que les fillesfecouvrent les par¬ ties honteufes d’vne placque d’or ou d’argent. On les y marie des 1 aage de huidk, neufôc dix ansj pastant pour éviter les defordres,qui fans cela feroientinevitable: ence climatlà, aJ! °rtlcu-*' II. Partie. Vu
  • 54i VOYAGE DES INDES, i g, g; que parce que le Roy eft hericier des biens de ceux, quí en leRoy<*cBan- mourantlaifTentdesenfansmineurs : dont il fait des efclaves, Mmeftheritiet auflibien que des femmes & des autres domeftiques du de- cícs íulcts- fmâ' Le mariage que l’on donne aux filies de condition, con. fifte en efclaves de 1’vnScdel’autre fexe, Sc en vne certame fomme de caxts; laquéfle eft bien confiderable quand elle monte jufqu’a trois cens mille, quifont environ vingt-deux efcus Se demy,monnoye de France. Lcs ceremonies Les femmes paroiíTent aflez bien ajuftecs aux nopces de «)e leurs maria- jgyj-j parens, quoy que 1’on n y apporte pas beaucoup de cere- sc$' monies. L’on remarque le jour aux piques que 1’on voit de- bont dans la maiíon du marié &c de la maríce, avec des houpcs de cotton rouge &c blanc, par la defcharge de quelques boiiettes. Au lortir du difner 1’on ameine vn cheval au marié, qui fe promcine par laville jufqu’auíoir, en attendant qu on luyamene les efclaves, quon luy donne en mariage, qui íont ordinairement chargez de prefens.il n’y a que les plus proches parens des mariés, qui yfoupent, pourfaire coucherles nou- veauxmariés. ; rcsfcmmcsde Les femmes de condition y font tellcment reflcrrees, condition y que 1’on ne permet pasfeulementàleurs filsd’entrer en leur font fort refer- cJ|lâmbre . & qUand dies fortent, ce qui arrive fort rare- ment, tout le monde leur fait place , & leur fait honneurj jufques-Ià, que le Roy mefme n’y voudroit pas avoir man- qué, & il n’y a point d’homme, qui ofe parler à vne fem¬ me mariée íans la permiííion du mary. L on ne reconnoift point les femmes de qualité d’avec celles qui ne le font point, que par leur fuitte^ carelles fonttoutes habilleesd’vne mef. me façon, d’vne juppe de toile de cotton ou de íoyc, qui leur ilicsfont fort prend depuis le fein jufqu’ala my-jambe. Elies n’ont point de proxies. chauflure, & vont toutes la tefte nui;, noiians les cheveux en vn toupet au fommet de la tefte : mais quand elles íe trouvent à des nopces, ou à quelques autres aíTemblées publiques, elles y ont vne couronne d or, les doigts Se les bras chargez de bagues Se de bracelets. Elles íont fi propresílir elles, qu il ne íèpaíle point de jour qu elles neíelavent trois ou quatrefois. Elles ne font point leurs ordures, Sc ne piílent point, ou ne couchent point avec leurs maris, qu’elles ne fe jettent dans 1’eau jufqu’au col, pour fenettoyer. Elles ne font rien du tout
  • DV Sk DE MANDELSLO,LIV. IL 345 ce qu’il ne faut trouver fort eftrange, puis que Les hommes meímes,apres avoir employé deux ou trois heures le jour à lcur commerce, ne s’appliquent plus à quoy que ce foit, & ne «’amuícnt qu’à mafcherdu bettelé au milieu de leurs femmes, qui font fort íòigneufes de leur rendrede petits offices, quand iisonsfaitdel’eau,les lavantSeles frottant, jufqu'a ce qu’ei- les les excitent àla volupté. Le Magiílrat de la ville tient fon figedansla Courdu Va- cebíim, depuis les quatre ou cinq heures du foir jufqu a la nuiót. S Le demandeur & le defendeur y comparoiífent en perfonnc , ôc pla-ident eux mefmes leurs caufes. Il n’y a qu’vn ieul fuppli- ce pour les criminels,qu’ils attachentà vn poteau j 8c les tuent d’vncoupdepoignard. Les eftrangers y onde privilege,qu’en contentantlapartiecivile, ils fe peuventredimerde Ia mort, pourveu qu’ils n’ayet point tué de fang froid, 8c a^ecadvatage. Le conlèil du Roy s’affemble pour les affaires publiques fous Confeil du vn gros arbrc,au clair de la Lune •, ouil fe trouve quelques fbis Roy' jufqu’acmq cens perfonnes,qui neie feparent point que quand la Lune fe couche. Au fortir du Confeil l’on fe couche, Sc l’on dort jufiqu’ai’heuredudiiner. Aprescelales Confeillers d’E- tat donnent audience à ceux qui ont des propofítions à faire au Conieil. Qua nd le Roy.s’y trouve en perfonne,il ie met au mi¬ lieu de deux , ou dc quatre defes principaux Miniftres, 8c pro- pofe l’affaire, fur laquelle il veut fçavoir l’advis de fon Conieil, ou il la fait propofer parle Gouverneur dela ville. Au confeil, de guerre l’on appelle les trois cens Capitaines,quicommanw dent les troupes dont leurs armées font compofées, 8c que l’on levedans la ville mefme. Ilsontvne police particuliere pour lefeu , parce qu’il n’y aqueles femmes, quifoient obligees d’efteindre ceux qui ne fe voyent que trop fouvent dans la ville j parce que les hommes font cependant íbusles armes, pour empefeher Ie pillage. Les perfonnes de qualité, en allant à la Cour,ou par la ville , ^e“ font porter devant eux vne pique,8c vne eipée dans vn foureau perfonnes de de velours noir, 6c obligentpar cette marque de grandeur tout condition, le monde à leur faire place,8c à ie retirer pour s’aileoir fur leurs talons , juiqu’acequeces Seigneurs foient paffés. Ils s’habil- lentordmairementd’vne eíloffe ouvragée de foye, 8c fecoif- fent d’vn t-ulban d’vne toile fine de BtngM. Il y en a quipor- Vu ij
  • ié39- tes quality's des habitans dc iava. Ils fone bons foldats. Icurs armes. 544 VOYAGE DES INDES, cent des mandilles de velours, noir ou rouge cramoiíi , ou defcarlatte, 8c n’oubliens jamais de mettre leur cris , ou poi- gnard dans la ceinture. lis fe font fuivre par vn grand nom- bre d’elclaves parmy lefquels íl y en a vn qui porte la bouctte au Beitdé, vn autre porte vn pot dc chambre, 8cle troificíme le paraíol. Iisvonttous nuds pieds, Scfeferoit vne honte parmy eux de porter des foulierspar la ville : encore qu’il y en ait quien portent dans lelogis, que Ton fait à Àchim, à m 4
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. II. 345 quail iamais oififs, maiss’occupentordinairement àfaire des faines de poignards , qu’ils creuíènt dans du bois de íàndale lanCjOiuIs s’amufencàpolírleursarmes,qu’xls emprífonnent le plus íbuvent ,íSc les encretiennenten fíboneftat, qu’iln’y à point de rafoir mieux affilé, que la lame de leurs efpées. Les jav.mois, auffi bien que tous les autres Indiens, font tant d’e¬ tat de leurs cns, qu’ils ne parlent jama^à perlònne qu’ils ne 1’aycnt au cofté , non pas meíine vn frerea1’autre,8c lanuiít ils le couchent fous le chevet. II y en a qui fe fervent de farba- tannes ,parlefquelles ils íòufílentdepetites fleches, faites de 1’arrefte empoifonnée d’vn certain poiíTon , Sc ils font deux petites taillades, afin qu’enarrachantlafleche , la pointe de- meuredans laplaye, laquelledevientpar ce moyen incurable Sc mortelle.Ce n’eft pas que parmy vn fi grandnombre de meft chans íl nefe trouve d’honneftes gens^mais ileft certain que le nombre eneftbien petit: Caràlareferve d’vn certain peuple, qui demeure aupres de Bantam^ fur le deftroit de Swda, au pied de la montagne deGonon Befitr,que l’onà transfere là d’au- pres de Pttffurvan , ouil demeuroit cy-devant,tous les autres font bien corrompus. Ces gens ne pouvants point fouffrir la dominado tirannique du Roy de Pajfdrv tr>, íèretirerenr, à cer- taines conditions,fous la fouveraineté du Roy de B,*»f4w,oúiIs ont bafty la villedc Swr^qui ne laiífepas d’avoirfon Roy parti¬ cular,mais il recõnoift celuy de£.i»r
  • 1^3 9* Leslavans fal- fcfieiuleurs marchandifes. t«ur commer. ce. lis doonenf Icur argent àla gioíTcauvan» tuie. Efcrivent fur ácTefcorce, 346 VOYAGE DES TNDES, vres au marche,ou ellesles vendent pour leurs Patrons,ou s a- muíent à tiler ou à fairede latoile ,afin de n’eftre pointinu- tilcs. Quand l’on s’en vent desfa'ire, on les mene de porte en porte ,6conles laiíTeàceux quicn oftrcntleplus.On vendor- dinairement ceux qui font bien faits cinq tardos , qui fone environ vne piítole, la piece. Lesenfansdeseíclaves appai- tiennent au maiílrc, ^ui en difpofe commebon luy íem ale, mais íl ne luy eft pas permis de faire mourir vn efclave, fans le confentement exprés du Koy, ou du Gouverneur. Les lavans ne vendent point de poivre aux eftrangers,qu’ils n’y meílent de 1’ordure, du gravois & du table noir, ouils taf- chent de lefalfiíier d’vne autre façon,en la qualité ou au poids, & en vfentainíide routes les autres marchandifes. lis font vn grand trafic dans toutes les Hles voifínes , avec vn advantage íort notable, lis vont querir dans la ville de MacaJ]er &à <$»- rubaya du ris, qu’ils y achettent pour vne Sata de caxa \cgantans, & en lerevendantiís enretirent le double. A Balambuam , ils achettentles Cocos, mille caxas le cent, & en les debitant en detail à Bantam, ils vendent huict cocos deux cens caxas. Ils y achettent auíli de 1’huile de ce mefme fruiét. Ils achettent le le] de loartam, de Geme/,de Bati&L d*/v4i»rf,acentcinquante mille caxas les huiét cens gantans, 6c à Bantam les troisgantam valent mille caxas. Ils portent quantité de fel en Sumatra, ou ils prennent en payement de la lacque, du poivre , du ben- joiiin , du cotton, del’efcaille de tortue,6c pluíieursautres marchandifes. L’onyapporte de lacatra,àe lappara,àc Cravaon, de Timor&Lde Palimbaon ,dumiei,delacire,du fuccre , &c. quantité depoiíTon faléde Cravxon Sede Bendcrmtfsing; dufer àeCrimxta, dans Title de Borneo de l’eftain& duplomb , de Pera & de Gufelan,f\iv la cofte de Malacca-,du cotton ôC des toi- les de la mefme eftoffe,de B.rf&de Cambay a ,&cc. Les marchands aifés ne font point de voyages, mais ils don- nent la plus part leur argent à la groíTe avanture , à plus ou moins de profit, íèlon que les voyages font longs dange- reux, Scprefques aux mefmes conditions que l’on fait en plu¬ íieurs endroits de l’Europe. Les obligationsque l’on cn fait, auíli bienquetousles autres a£kes, font eferites fur de l’efcor- ce d’arbre,ou l’on grave les caracteres avec vn poinçon, & 1 on en fait des rouleaux, ou on laplie en quarré entre deux aix ,
  • DV.Sr.DE mandelslo, liv. II. H7 que l’onfermeavec vne petite fifcelle, fort proprement. flsfe ferventauífi quelquefois de papier de la Chine, qui eft fort fin, & de toutes fortes de couleurs. Ilsn’ontpas encore 1’víage de carafte rimprimcrie, maisils peignent merveilleuíement bien leurs tes- caracteres,qui font desfigures plutoft quedes lettres. Ils out Leut langue, vne langue qui eftparticuliereau país , mais celle des Malais y . eítplus commune; bien que la religion de Mahomet y aitauífi introduit 1’Arabe. Les Perfans, que les Iavans appellent Coraçons, trafiquent Le commerce ordinairementen pierreries, 6c en toutes fortes de gommes 6c de drogues , 6c íbnt gens en qui fon fe peut fier, parce S °n s qu’ils font francs 6c civils. Les Árabes 6c les Pegiians, y vien- nentquerirdesmarchandiíèsdelaChine, 6c yapportent cel- Ies qu’ils prennent dans les líles voifines. Les Malayes ôc les J%uilh//s font la plus part chan gears, qui donnent leur argent à intereft 6c à change. Les Guxarettes ibnt pauvres, 6c ne fer¬ vent prefque quede matelots.* Tous ces eftrangersfont ha- billesd'vnemefmefacon, d’vneveftede cotton, 6c d’vn tub- bandela mefmeeftoffe. En arrivant à Bantam ils achettenc vne femme, dont ils íè fervent à tout, 6cen partant de là ils larevendent; mais ils fontobhgez defe charger des enfans qu’ils en ont procrées. Les Chinois font ceux qui y font le plus grand commerce, Le commerce ’ qui ont le plus d induftrieàacquerir du bien, 6c qui en vivent des Chinois. le mieux. Ce font des gens intereílez, qui preftent à vfure, ÔC quiy ont acquis la mefme reputation que les I uifs ont en Euro¬ pe. Us vont dans le pais, le pefon i la main, achetter tout le Íioivre qu’ils trouvent, 6c apres en avoir pefé vne partie, en orte qu’ils peuventjugeràpcu prés de la quantité, ils en of- frent de 1’argcnt en bloc, felon le befoin qu’en one ceux qui le vendent, 6c parce moyen ils en amaflent vne fi grande quan¬ tité,qu’ils ont dequoy charger les navires de laChine dés qu’ils arrivent, vendans cinquantemil!ec<
  • 348 VOYAGE DES INDES, i%. fines. C’eft vnbillõ fait deplomb &de craife de cuivre^&partac Ci fragile,que Ionnefçauroit laiíler tõbervn filet de c<-, quel’onappelle/rfr que 1’on yapportede la ville d'^dnier, du bois de íãndale, Sc de la mufcade, desclouxdegiroffle, de l’efcaille de tortue, dont ils font des coffrcs Sc des cabinets,& de l’hy voire, dont ils font des chaifes pourleurs Mandarins, qui eftiment fans comparai- ibns plus cette eftoffe que l’argent. Lc com mercc Les Por tugais, qui font habituez à Bantam, demeurent hors c orubai. ja V1jje ^ au quarticr Jcs Chinois. Ils y font vn grand trafic de poivre, demufcades, declouxdegirofflc, de macis , debois de íãndale, de cubebes, de poivre long, Sc d’autres drogues, Sc y
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II, 349 êt y vendent des toiles de cotton 8c d’autres cíloffjs, que leurs ^39- Principaux leur envoyent de Malacca: car ils font la plus part • facleurs 8c commilfionaires du Gouverneurde Malacca, ou dc i’Archevefquede God.IIsn’ontny Preílre cychappelleà fiar- tam, mais à Panarucan ils ont 1’vn & l’autrc. L’iflede lava nourrit routes forces d’animaux,feroces 8c do- J'cs ai,imau* meffiques. Ses forefts fontpcuplées d'elefans, de rhinoceros , mcftiques. de leopards 8c de tigres, qui y font plus cruels 8c plus furieux qu ailleurs, 8cfonttantdemal, que ce n’eft pas Ians danger, que l’ony va araficr 1’encens,lemallic, la myrrhe8c le ben! j oiiin, qui eíl là en fa derniere bonté , 8c dont Ton y trouve- roit vnetres-grande quantité, files forefts, qui le produifcnr, n’eiloient preiques inacceffibles j tant à caufe dcs belles que nousvenons de nommer,qua caufe des ferpens,deslezards, 8c des falamandres,quiy font tresdangereux, 8c d’vne grof- feur II extraordinaire, qu xl y a des lerpens, qui avalent des en- fans 8c des moutons entiers. Les dgres 8c leopards fortent fou- venc des bois,8c font vn grand dégaíl parmy le beftail,que l’on. a de la peine à clever à caufe de cela, Leurs pores n’onc point depoil, 8c íõntíi gras quele ventre leur traiíhe aterre. Les ri vieres produifentquantitédepoiíTon, 8c 1’ona remar- Hlliilrcs * qué que l’on a trouvé dcs huiílres qui peíòient jufqu’a trois cens livres: cequifembleroit d’abord incroyable, fi le fieur Olearius ne remarquoiten fes notes fur la relation de Mandel- 11 o,que íe trouvantenHollandeenranióyi.ilachettaàr tin- Deur efcaillcs c hay fen de lafemme d’vn patron de navire , qui avoir fait le voyage deslndcs, deux efcaillesd’huillre, qui pefoient qua¬ ere cens foixante-íept livres, qui le trouvencencoreaujour- d buy dans le cabinet du Due de HollleinaGottorp. Aquoy il adjoulle, que lafemme lavoitaííeuré, que le poilfon avoit eíléíx gros, que I’onavoit voulu,queles iixvingts hommes, dond’equipa^e du navire eíloit compofé, en mangeallent. L’on a de la peine à dialler les cerfs, les chevreils, les lan- gliers 8c les autres belles, fauves 8c noires, qui y lont en grand nombre, parcc que le boisy ell li efpais, qu’il cllimpoifible quail d’y penetrer, 8c les favans font II mal adroits à manier les armes a feu, que 1’on a veu qu’vn lav an, qui avoit couché cn joue, pour tirer fur vn buffle lauvage, tua bien fa belle,mais , il tomba en mefme temps à terre, du coup quelemoufquetluy II. Partie. ~ Xx
  • 1^39* Ciocodilles. Civettes. 35o VOYAGE DES INDES; donna quiluy caffalamachoire, 8c luyfitfautcrdeux dentsdc la bouche • de íorte que Ion rencontre par tout destroupeaux cntiers qui paiffent à la campagne. L on y voit auífi quantite de findes de foúmes, de belettes, de paons fauvages , de perroquets, 8c vne infinite dautres oyfeaux , qui rejouiííenc merveilleufementla veue. ,. Ilíe retire dans leurs rivieres vn grand nombre de crocodi¬ les, quine furprennent pas feulement les hommes qui s’y bai- enent mais qui attaquent auífi les canoes, qui y pafient, & en arrachent fouvent des hommes, qu’ils entrailhent avec eux au fonds. Les Chinois apprivoifent ces animaux, Sc les engrail- íent, pour les manger, comme vne viande fort delicate. Leurs civettesrendent bien autant de parfum que celles de Guinee, mais il n’eft pas fi blanc, ny fi bon. tes poulles. . L’ony voitdeux fortes de poules, dont les vnes font com¬ me les noftres, 8c les autres tiennent de la poule commune 8c de la poule d’inde, 8c ces dernieres, qui font en quelque façoní monnrueufes, font fi furieufes , qu’elles combattent louvent iufqu a ce que la mort de Pvne ou del’autreles fepare. Parmy les poules communes, il y en a qui ont Ia chair route noire, mais elles ne laiílent pas d’eftre fort bonnes. ^ Lc Rhinocc- Le Rhinoceros, que les lndiens appellent abadu, n’< tos. commun dans 1’Iíle de /ava, qu en Benzas Patane • cc quoy qu’ilyen ait quelques-vns , Sc les lavans font li grand eftat de cct animal, quil n’a rien dont íls nefe fervent en la medecinej nonfeulementdefa chair , de fon fang,de ia cor¬ ne, de fes dents, 8c de là peau , mais auífi de fes ordures. Ils croyent qu’il n’y a point de meillcur antidote contre le poiíon, & luy attribuent les meímes qualitez, que les autheurs anciens donnent à la licorne. j.fs fourmis. Les fourmis font incommodes par tout jtnais principalement dansl’Iilede Java. Elles font bienplus grofles que celles de nos quartiers, Sc fi faicheufes, qu’il n’y apoint d eftoifes qu el¬ les nc gafient, ny de vivres qu’elles ne conlument, des qu el¬ les ypeuvent atteindre. C’eft pourquoy 1 on poíè oidinaire- ment les pieds des tables 8c des coffres dans des cuvettes, a moitié pleines d’eau,de peur que les fourmis n y montent: 8c ileft impoifibled’y conierver les oyfeaux , fi oh ne les met fur vne perche, plantée dans vne cuve jear l’on ne fqauroit fi bien :ft pas fi ail leurs.
  • DV Sr.DE MA^NDELSLO, LTV. It. JTl fufpendreIacage,quelesfourmisn’y aillent, & n'cilranglent les oyfeaux. 11 y a outre cela encore vne autre forte de fourmis, qui font auffi longues qucledoigt, & rouges; maisl’onne les voit qua la campagne,ou elles mangent 1’efcorce desarbres,& les herbes. Pour ce qui eft des arbres 6c des fruits de 1’Iíle de Iiva , Ton y a cntr’autres Y^recx, dont nous avonsditvn mot en paflànt au livre precedent. Les Portugais appellent 1’arbre qui la pro- duic Arrequdro y les Árabes /««/<»/, 6c les Maleys Pmang. C’eft vne eípece de Cocos; mais ií n’eft pas (1 gros, 6c fes fueilles nc font pas fi grandes ny íí larges. Son fruiét reíTemble à la datte, & la nature l'enferme dans vne goufle, qui ne s'ouvre que pour fíeunr, 6c en meuriílànt ilfaittomberlebrou, le frui d de- meurant pcndu à vne branche. II n’a quafi point de gòuft, mais il humede la bouche, teint les levres de rouge, 6c les dents de noir. Les Indiens l’enveloppent dans vne fueille de Bettelé, y meílcnt vn peude chaux, ôc la mafckentainfi, plu- toftparcouftume , que par delice ■, quoy quils croyent que cette drogue, fortifie 1’eftomach 6c les gencives,8c que c’eft vn remede potique contre le fcurbut. Et de fait, iln’y a quail pointd’indien , qui foitfujerà cette maladie, ou quiieplai- gne du mal des dents.! 1 y en a qui s’eny vrent de cette drogue ft fort, quela tefteleurtourne > maiscet eftourdiífement palle en vn moment. Les Munais vicnnent à des arbres, qui ne reiTcmblent pas mal à nos noyers • maisfls n’ont pas tant de flieilles. IIs font dc la grofleur d’vn pavy, mais plus longs, 8c vn peu courbés, en forme de croilfant, 6c font d’vnvtrd clair, tirant vnpeu fur le rouge. Ils ontvn gros noyau, qui enferme vne amende, plus longue que large, 6c d’vn aflez mauvais gouft,quand ellc eftcriie, mais cuite fur la braize ellen 'eftp as dcladrcable, 6c a fon víàge dans la medecine , contre les vers 6c contre la diarrhée. Ce fruit meuritaux mois d’Odobre,deNovembrc 6c deDecembre,6c quãdil eft en faparfaite maturite,ileft pour le moins auffi bon que la pefche. On les cueille quand ils font en¬ core verds, pour les confireaufelau vinaigre 8c à Tail, 6c alors onlesnomme Mawg.tt auchar 6ci’ons’enfertaulieud’olives.ll yen a de íãuvagcs, qu’ilsnomment Mingus braves, qui font auffi d’vn verd pafte, mais plus reluifant que celuy des autres, Xx ij it 3 9. L* Areea; Les Mangas,
  • a ^3 9* t’Ananas, Samaca, 3Ji VOYAGE DES INDES, &ilsibntp!eins d’vn jus, quieftftdangereu:*, qu’il tuefur le champ, fans quejufques icy l’on ait trouvé vn antidote contre ce poifon. 1: An An as eft vndes beaux, des meilleurs & deplusagrea- bles fruits de toutes les Indes. 11 croift en buiflon , & a des fueilles, quirefllmbltnt auScmpcrriVum. Sonfruift eft d’a- bord verd, mais eftant meur il devient orengé , ou de cou- leur d’orore, tirant vn peu fur le rouge , Sc eft fait comme vnepommedepin, & c’eft pourquoy lesPortugais,qui ont trouvé cefruid la premierement au Brafil, l’appellent \in\es Braíiliens Nan
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 3J5 Tanurindes,contre les ficvres chaudes,&contrelesinflamma- 1639. tions de poitrine, & meimes contrelesdouleurs d’eftomach, contre la diarrhéc 8c contre la diíènterie. Les Tamaríndes viennent furde grands arbres , fort bran- Tamarindcs. chus, dont les fueillesne font pas plus grandes, ny autrement faites, que celles de la pinperntlle, finon qu’elles font vn peu plus longues. Sa fleur reiiemble d’abord à celle du pefcher, mais elle blanchit à la fin, & pouflefon fruid au bout de quel- ques filets, qui cn fortcnt.Dés queleSoleilfecouche lesfueilles enferment Ie fruid , pour le conferver contre le ferein, 8c ellesfe rouvrent désquelemeíme aftre paroift fur l’horiibn» Le fruid eftverdau commencement, mais eftant meu^ilde- vient gris cendré, tirant fur le rouge, 8c eft enfermé dans des gouíles brunes 8c tannées, 8c a le gouft vn peu acide, á peu prés corame nos pruneaux. Chaque gouife contient trois ou quaere feveroles dans vne ccrtaine chair, qui eft ce que les Portugais appellent Tamarinho\ Le fruid eft glaireux, 8ctient auxdoigts,maisd’vn fibon gouft, que les Indicns s’en íèrvent quail à toutes leurs íàulfes, comme l’on fait icy du verjus.Mais {jour en manger avec appetit, íl faut fc paífer de la curiofité de es voir apprefter leurs viandes avec cette drogue ; cards la preflentdans la main, en forte que Ie jus, qui iort d’entre les doigts, reiiemble plutoftà vne medecine qua vne íaulíè. Ces arbres produifent du fruid deux fois i’an,8c viennent par tout, fans eftre cultives ou plates. Les medecins employét cette dro¬ gues cotrelesfievres chaudes,contre les chaleursdefoye,8cco- tre les maux de ratte, 8c infufee dans de l’eau froide vne nuid, elle purge fort doucemêt.Les Tamarindes^oue l’on nous appor- tcicy,fontialces,ou cõfitesau fuccre. Leshabitansde l’lile de M adaga [car, ouil en vient quantité, l’appeftcnt Jgutlle, 8c ceux de lava , Sunda ajju. Les Portugais luy ont donné lenom de Tamarinhos, parce que cefruid reiiemble à la datte, que l’on appelle en Arabe Tamar, comme s’ils vouloient dire dattes d’Inde. Les Malayans l’appellent ruly ,8cles autres Indicns am- fuly. L’arbre eft de la grandeur d’vnnoyer, 8c eft fort charge defucillcs , portant ion fruid penduàiés branches , comme vne gaine de coufteau j toutesfois il n’eft pas fi droit, mais courbé, quafi en arcade. Quand les Indicns veulent tranfpor- terlestamanndes, lls lesoftent de leurs goufles, 8c en font Xx iij
  • it}?. Tabaxir. Batteaux de Cannes. D'>riacns. 554 VOYAGE DES INDES, desboules, de lagrofleur dupoing, qai font fore des-agrea- bles à voir, Sc encore plus fales à rainier. Nous avons dit cy-deflus, quel’on plante ordinairement le poivre aupres d’vne certaine forte de Cannes, que Jes lavam nomment/W«wA«, danslaquellel’ontrouve le Tabaxir. Ileft vray que dans I'lftedelava l’on n’yen a jamais trouvé: mais il eft certain aufli,que fur la cofte deMa/ab.ír,&:particulierement fur celle de Coromandel, en Bifnagar Scaupres de Malacca cette canneproduitvne certaine drogue, queles Indiens nomment Sacar m anlws, e’eft à dire fuocrede Mambu. Les Arabes, les PeríèsScles Maures l’appellent Tabaxir, qui fignifieen leur langue vne liqueur blanche gelée. Ces Cannes font auifi grof- fes que le tronc d'vn peuplier, ayant des branches droites, & des fueilles vn peu plus longues que celles de i’olivier. Elies font diftinguées par plufteurs noeuds,entre lefquels Ton trouve vn e matiere blanche, &c collec enfemble, comme l’amidon, &les Perfes & les Arabes l’achettent au poids de Targcnt, à caufedel’viagequ’elleadans la medecine, contre les fievres chaudes, Sc contre la difenterie : mais particulierement dans les commencemens des maladies. . Ces Cannes font ft groftes, que les Indiens les creufent pour enfairedesbatteaux, laiflàns à chaqueboutvnnoeud,fur Ie- quelils s’aiTeentpour le conduire, l’vniiir le devant Sc Tautre derriere, Sc ilsfe fervent d’autantplus volontiers de ces bar¬ ques, qu’ils font perííiadés, que les crocodiles ont du reiped pour le Mambu, Sc qu’ils n’attaqucnt jamais les batteaux, que Ton fait de cette canne. 11 fc trouve encore dans 1’ I fle de lava vn fruict, que l’on ap- pelle en Malais D uriaon,Sc l’o n’en voit qu’en cet 1 fle, Sc aupres de Malacca. L’arbre, quileproduitSc quelesmefmes Malayes appellent Bat an, eft aufli grand que nos pommiers,Sc a l’efcor- ce grife, le boisfort bon, forces branches, Sc vne tres-grande quantité de fruit. Sa fleur, qu’ils appellent Buaa, eft blanche tirant vn peu fur lejaune, Sc fes fueilles, qui ont environ vn demy pied de long, Sc deux ou troisdoigtsde large, font par dehors d’vn verd paile, drat fur le gris, mais par dedans le verd en eft fort beau Sc fort vif. Le frui
  • DV Sk DE MAN DELS LO, LIV. II. 3yy cn quatre appartcmcnts,quiíbnrfubdivifés chacunen deuxou t6y$o trois petites ioges, qui contiennent vn frui<5t, qui eft auíft gros ôcaulfi blancquvn ceufde poule 3 dontlegouft eft fi admira¬ ble, que celuy du blanc manger,que lesPortugaisfontderis, de blanc de chappon , de laict, de íuccre 6c d’eau rofe, n’eft pas plus delicat. Chaque fruict aíbn noyau, gros ôcrabotteux, commeccluydelapelche. Ilnefeconíerve point, e’eft pour- quoyil lefautjctterdés queía blancheur commece à s’alte- rer ,6c illefautmanterdés quefonbrous’ouvre.Ceux quine font point accoftumes de manger de ce fruict , ne le trouvent pas fortbon d’abord,parce qu’il fent 1’oignon cuitdans la brai- le i mais fon gouft eft íl agreable, qu’il peut eftre mis au nom- bre des meilleurs 6c des plus delicieux riruits de toutes les In- dcs.Ce fruict a cela de remarquable, qu il y a vne íi grande anti- patie entre luy 6c le /1ettel?,que quelque peu de fueilles de bet- telé que fon metteaupres d’vne chambre pleine á&DurUons^ih tourneront 6c fe gafterontauíTi-toft.Demeímeyquand Ton a mangé trop de ce fruict, qui charge fort l’eftomach,en mettant deux ou trois fueilles de bettelé fur le creux de Peftomach , Ia douleur pafle 6c en mangeant vne fueille de cette herbe apres \cDuriaons ,1a digeftion s’enfaitaufli-toft; en forte que Ton en peut manger tant que Ton veut, fans quefondoive apprehender d’en eftre incommode. L’arbre de Lantor , qui eft encore vneefpecede Coco.?,ainíi dc que nous avons dit cy.-deííus y vient auíli en grande quantité dans 1’Iíle de 1. Ses fueilles ont cinq ouíixpiedsdelong, 6c font íi vives que les lav.ms s’en fervent au lieu de papier,6c y eferivent fort ailémentavec vn poinçon. Il n’y a quelaíeule Iílcde fav.% dans toutes les Indes , qui tesCnbobe*.. produifedesLes lavanslcs appellent C«oow/>/6c cu- muc, 6c les autres Indienslesnommcnt Cuba chini: parceque c’eftoient les Chinois qui les alloient prendre en Iav *,pour les porter ailleurs, avant que les Portugais 6c les Hollandois y euftent eftably Ieur commerce. Ce fruict vient cotnmelepoi- vre , le long de quelque autre arbre, 6c en grappes, comme le raifin. Les lavam , fçachans qu’iln’en vient que chez eux, l’eftiment tant, qu’ils ne fouffrent point que l’on entranf- porte Ia plante , ôc ne le vendent point qu’apres l’avoir fait bouillir , depeur que l’on ne le plante ailleurs 3 quoy qu’il y 1
  • 1039- re Mangoft- hau. TalaiTe. faca.’ Canneflc fau- >age. Cateapuli. 3j6 VOYAGE DES INDES, enaic vnefi grande quantité, quel’onn’yachetele Baruth, qui pefecinquantefixliures, que fix,ouau plus,feptmille caxas. L’on s’en fere pour fortifier l’eftomach , 8c pour netcoyer la poitrine, mais Jes Mahometans en prennent avec vn peu d\u rack ,8c croient qu’il reiveillela nature languiílànte 8c mor- fondue. Le Mango//lun eft vn fruit qui vient dans l’ifle de lav* le long desgrands chemins, en des buiflons, comme nos prunes fauvages, 5c ont quafi le mefme gouft. L’herbe que les / 4i/appellent 8c que I’on nomme enMalayes £
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 3y7 Le Cofias Indicas, que les Malais appellent Pucho, 8c les 1639. Árabes Co/i ou Caji^eftle bois 8c la racine dVnarbre , quiref- ^ Coitus laii- íèmbleaufureau, tàntenfagrandeur,qu’enfafleur 8c en To- cus‘ deur. Les Turcs, les Perles 8c les Árabes cn font vn tres- grand, trade , auíli bien que du Calamus aromaticus, qui vient auíli fur la corte du detroit de Sun da. C’eft proprement la tige de 1’herbe, qui a au dedans vne matiere jaune&ípongieule, dont les femmes fe fervent contre le mal de matrice. Les /ít-yawí en donnent auffi à leurs chevaux, en le meílantavec de 1 ail, du cumin, dufel, du fuccre 8c dubeurre, dont ils font vne parte, qu’ils appellent auíli bien que de íà racine,qui eft grofle 8c longue,6c notiée comme la canne, ayant vn gouft quafi aufti piquant que le gin- gembre, 6c l’odeur fortagreable. Lc Benjoiiin eft vneefpecedegomme, qui fort de certains Le Bcnioum. arbresquireiTemblentauxcitronniers. Quandilsfont encore jeunesilsrendent du Benjoiiin noir, quieltle meilleur, mais quand ils vieilliílènt le B enjoiiin íè blanchit, 8c perd ia force: de forte que pour le debiter on Iemeile avec le noir. Les Mo- resl’appellent Lovanlavy, c’eft àdireencens de lava. Dans les forefts de l’lfle de lava viennent aulli plufieurs sandal^ arbres de Sanialo rouge , mais le Sandalo jaune 8c blanc, cui vaut fans comparaifon mieux que l’autre , vient des II. Partie. ' Yv
  • ,53 VOYAGE DES INDES, 1639. I ilesdeTimor 8tdeio/flr.Cecarbre eft de la grandeur dunoyer, & produit vn fruid, qui ne reffemblc pasmal a nos cenfa ,fi- non qu'il eft noir & infipide. Les Indiens battent le iambic iaunc & blanc, & en fontvneboiiUie, pour s’en ftoterle corps, non feulement i caufe de la fenteur, mas aufll parcequda croycnt quecetce drogue eft fort raffraifchiffantc. Ik n efti- ment point le fandale rouge, maislevendcnt a vdprix , pour cftretranfportéailleurs. , . , legingembre. Lonyaauffiquandté degingembre, que les Mains appe - lent X- & les luans G«*i, mais ou ilslemangent verd en leurs íãulfes, ou ils le confifent , Sc ne le font pome feicher. L’anacardium. L'anacard'um , que les Portugal appellent Fava de Malacca* parcequ’ilreflemblealafebve,y eft fortcommun , 8c les /+ Li en prennent dans dulaid, contre 1 aflhm Sc centre les vers. On les Tale auift comme les olives, Sc font bien aufii PalodccuHbia. \ebois que les Portugais appellent Palodecuelra, y vient en crande quant.té, II eft blanc, mais tirant vn peu fur le jaune, 3ur & amer. Les Indiens le broyent, Sc en prennent dans du vin ouavecdel’eau, contre lesfievres chaudes, & contre les mçrfures des ferpens, L’on die qu’ils do. vent ce remede a vn certain petit animal ,.de la taille Sc de la façonde nos hirers, qu’ils appellent Quit ou guirpela, qu’ils nourrillentpar divcr- tiiTement, Sc pour prendre les rats Sc les iour.s-parce que cette petite befte, qui eft ennemiemorteUe des ferpens, n en vo.t ja¬ mais qu’elle ne les attaque, Sc en eftant mordue court en me- me temps à cette racine, qui la guerit auifi-toft. lebois dcCa- Le Palo iaguiU, que les droguiftes appellent lignum does lambs, Jes portUgais Palo d’agtula , Seles Indiens Calamba, vient auiii en lav*, mais non point enfi grande quantite qu’en Malacca, Sumatra,Carnbaya Sc ailleurs. Son arbre reíTemble a 1 oIivier,fi- non qu’il eft vn peu plus grand.Le bois ne fent rien quand ll e t verd , mais fon odeur s’augmente à mefure quil ieche. Le plus brun Sc le plus pefant eft lemeilljéur, Sc l’on connoilt la bontc par l’huile , qui en fort quand on l’approche du rcu. L’on en fait des chappelets, Sc les Indiens 1 employent a en- bellir leurs cabinets * mais ils s’en fervent principalement en la medecine. Car ce bois reduitenpoudre, 8cprisdans vn bom- ion, ou dans du vin, fortifie l’eftomacb, arrefte les vomile-
  • DV Sr DE MAMDELSLO, LIV. II. ^ inens , & gucric la pleureíie Sc la difenterie. Le bois que 1639. ícs Portugais appcllcnt j4guil
  • 3So VOYAGE DES INDES, C 3 9. fort cher5 parce qu’il eft rare, 8c que c’eft vn remede fouveraitr contre le poifon,8c contre les mor fures des beftes veneneufes, nUve reílemble àla S*mbaya,&. a auífifonvfàgeenlamede- cine. Parav.15 eft vnc herbe fort raffraichiflante, mais aufli fort rareW fortchere. Tomonpute eft vne racme,quireiTembleau Galiran, 8c l’ons’en fert contre les inflammations de foye. Les Conduri^que les Iavans appellentS’^g*», font ces teveroles rou¬ ges , tachetées de noir, dont ils fe fervent à pefer l’or 8c l’ar- gent, mais l’on neles mange point j car elleslont fort ameres, gc à cc que l’on dit , veneneuies. Ils y ont auili L’azebar, le Sico- mcre, la mx Indica , 8c pluficursautresarbres,plantes 8cdro¬ gues , dont les vnes font connues, 8c lesautresinconuesaux Europeens : maisil faudroit faire vn traité particulier pour les nommer toutes, 8c l’on feroit vn gros volume, fi Ton vou- loit parler de leurs bonnes 8c mauvâiíes qualités. Le$ T a vans nc Les la'ixins ,faiiansleur profit del ingratitude aveclaquelle foufFrent point |es portUgais traittoient les Princes Indiens,qui lesavoient re¬ fers s'cftsbiif- ceus chez eux,ie font toufiours oppofes a 1 eftabliflement, que fcnt chcx cux jes eftrangers ont voulu faire dans 1 Ifle. Mais les advanta¬ ges, que les Roysde 8c de Iacatrt tiroientdu debit de feurs elpiceries, que les Hollandois 8c les Angloisy venoient achetter,eftoiet fi grads,qu’ils confentircntenfin que les vns 8c les autres y baftiisetvne maifon,ou loge,pour la retraitte des fa¬ vours qu’ils eftoiet obliges d’y laifler, 8c pour la confervation des marchãdifes,dont ils trafiquoict.Les traittés,que les Hollã- dois avoientfaits avec cesRois,reigloient les droits d’entree 8c de fortie: mais ces traittés eftoient executes de fi mauvaife foy de la part de ces Royslndiens,qui haufloientles droits àmefu- re qu’ils voyoient que le commerce devenoit neceflaire aux eftrano-ers, que les Hollandois , pourfe mettre à couvert de LcsHoijandois ces injuftices , 8c de la violence que les Barbares leur pour- íacfatríent * roient faire , fordfierent petitàpetit la loge , qu’ils avoient à lucatr.t 5 laquclle ils mirent bien-toft en eftat de defenfe. Les Indiens ne s’en apperceurent,que lors qu’il n’y cut plus moyen de la forcer-.delorte que dans le deieipoir oil ils eftoient de fe pouuoir defeharger des Hollandois, ils íe íervirent de 1 oc- cafion de la mauvaife intelligence , qui eftoit entre les An- glois 8c les Hollandois, 8c qui efclataprincipalementau com¬ bat naval, qui fe donna entr’eux aupres de B anum 8c de l ta-
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 3Ci tret let. Ianvier 1619. La flotteHollandoiíè,qui n’eftoitque I^39> de fept navires, fut mal traittée par 1’Angloife , qui eftoit compofée d’onzeramberges. Apres la retraittedesHolladois, d^auvuY'0 le Royde /acatr.ifefervit destroupes Angloiíes,pouraífieger leurfort. leforc des Hollandois, qui luy avoient donnéle nom de Ba- tavi*. Ce fiege dura fix mois,£c juíquà ce que le General Hol¬ landois, ayantrenforcé fia flotte des navires, queles Hollan¬ dois avoient dans les Molucques, contraignit les Anglois de lever le fiege , d’embarquer leur canon,éc de quitter ledé- troit de Sunda, pour gagner la pleine mer. Le Roy de iacatr* voulut rejetter la cauíè de tous les defordres paílez fur les An¬ glois j mais le General Hollandois ne fe voulut point payer de cescxcuícsj mais faiíànt debar quer fes gens de guerre , au nombre d’onze cens homines, attaqua la ville de Iacaíta, &*la prit de force, òt apres y avoir fait tuer tous les hommes,il y fit mettre le feu. Apres cela les Hollandois acheverent les fortifications de leur loge,dontils firent vne place reguliere, à quatre baftions reveftus de pierre, bien folfoyée &paliíla- dée, avec íes demy lunes ,• redoutes &. autres ouvrages necef- faires. Le Roy de Mantm, qui eftcommel’Empereurde aífiegea le fort en i^S.&s’eftantlogefousle canon, fit don- ner plufieurs aílàuts à la place, mais il fut enfin contraint de lever le fiege , auíli bien que 1’année fuivante , & depuis ce temps-làles Hollandois yont eftably leur comrqfcrce avec les Chinois, laponois, Siamois, Succadans,&autreapeuplês voi- fins; fe faifans payer dix pour cent pour 4es droits de la traitte foraine , de routes les marchandifes, qui s’y debitent. situation de La ville de Bauvía eíl fituée à douzc lieues de BAntam3vçrs le Batavia. Levant,dans vne baye, laquelle, pour eílre couverte de quel- ques petites Iíles du coílé de la mer, fait vne des plus belles ra- des de routes les Indes. Les eftrangers qui y font habitues, payent vne certaine taille par mois, felon le profit qu’ils peu- ventfaire, quief 'ifort grand: Carvncrochetteur, qui gagne aifément deux féattX par jour , n’en paye qu’vn & demy par mois, vn fruiclier quatre reaulx: vn peícheur trois reaulx: les marchandsqui vcndentendétail,cinq reaulx-.les diftillateurs, qui font de 1’arac huiít reaulx: les gens de meftier,comme cor- donmers, tailleurs , &c. deux reaulx, ôec. de forte que c’eft auj ourd’huy la plus importante place,&le plus piuílluiteíla- Yy iij
  • i 6 3 9- L’lile Jc Ma¬ dura. , Od il n'y a point dc com- «icrcc. jt'Ifltde Baly. Safituation. Seslrabjtans. 362 VOYAGE DES INDES, bliiTement,qucles Hollandoisayentdanstoutes les Indes. Entre leslilesde lxvx £c de Borneo, vers IcNort-Eft de la premiere,eft l’liledeMadura, laquelle a fon Prince particu- lier, qui demeure en la ville d’^s roJjabay4. 11 ne s’y fait point de commerce 3 tant parce que I’l fle ne produit point d’eftnce- ries, que parce qu’elle eft comme inacceflible 3 à cauie des bancs de fable, qui l’environnent de tous coftés. Les habitam ne vivent la plus part que de la piraterie , 6c vont courirjuf- ques fur les coftesde Pegu : ce que les voiiinsiont contrains de fouffrir , depeur qu’ils ne défendentle tranfport du ris, qui y vienten grande abundance. Les Hollandois,qiu avoient efté mal traittéspar les Javan's, aupres de Tubam 6c Cidayo,qui font deux villes del’I(lede lava,à trois lieues de Io4rf.t?w,eftant arrives á la veue de 1’Ille dc Madura , au commencement de Decgmbrc 1596. 6c apprehcndans, d’eftre furpris par quelques Bratu you barques, armées en guerre,oule Prince 6c le Cher if, ou grand Preftre de l’lile, ie trouvoient en perfonne, parce que les lavuns les avoient voulu furprendre de cctte façon , ilslesvoulurentprevenir, 6cenvoyerent quelques volées de canon lur la grande Prm ,ou le Roy 6c le Cherif furent tués, avep plufteursautres j parce que ce navire eftant à trois efta- ges, 6c tout pléin de gens de guerre , l’on ne tiroit point de coup. qui n’en abatiftvn grand nombre: deiorte que les Hol- landoisjquiíèfjietterent cependant dans leurs chaloupes,n eu- rentpas beaucoup de peine à s’en rendre les maiftres. Il ne falloit point efpercr, qu’aprcs cette action llsy puifent trou- ver des raffraifchiflemens, c’eft pourquoy íls allerent de là à I’lflede ^4/j,ouilsarriverentle3©. Ianvieri597. L’liledei'.i/jeftiitueeverslapartie Orientale de l’lfle de lay>x , ayant environ douze lieues de circuit, pouilant vers le Midyvn capou promontoirebienavantdansla mer. Sa poin- te Septentrionale eft íituée à huict degrez 6c demy de dela la hgne,6c íà ville capitale, ou le Roy aug fuperbe Palais, donne lenomà route l’ifte. Les habitans^fofjt Payens , qui ado rent ce qu’ils rencontrent le matin au fortir de la mai- ion. Ils fontnoirs, 6c ont les chcveux frifés. Lcur habit n’a rien de different de celuy des habitans des Iiles voiiines 3 avec lefquels ils ont encore cela de commun,qu’ils ne portent point de barbe 3 parce qu’ils íe l’arrachent dés que le pod commen-.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LTV. IX. 365 tncce à paroiftre. Leurs femmes, quihaiíTent Icsbarbas, les obligent aen vferde la force, commeaufii à fe hucher pour piíTer} parce que les chiens, qui eft vn animal inmondeparmy eux, piílent debout. II n’y a point d’homme qui n'ait plufieurs femmcs:ce qui fait que cecte Iile eft fi peuplée,quel’on y com- pte plus de fix cens milames, bienqu’ils fouffrent que I’on y vienne rachetcer vn tres-grand nombre d’efclaves. Ils font la plufpartlaboureurs ou tifterans- parce que la terre y produic quantity de cotton, &c eft fort bonne pour lens: mais ils n’en permettent point le tranfport ^ dcpeur qu’vne année moins fe- condenelesjettedanslancceílité d’en demanderà leurs voi- ftns. Ils ont quantité de boeufs, de buffles y de chevres 6c de pores. Ilsoncauflideschcvaux, mais ils lone petits, 6c il n’y a que les paifatis qui s’en fervent: parce que les perfonnes de condition fe font porter dans des palanquins, ouvontenca- rofle. Leurs forefts d’orengers, decitroniers 6c de grenadiers fontpleinesdegelinottes, deperdrix, de paons6cde tourte- rellcs: leurs baiTe-cours fourmillent de volfaille, 6c leurs ma- rais 6c rivieres de canards 6c d’autres oyfeaux fauvages. Il n’y a point d’autreeipicerie dans l’lfte quedu gingembre, qui vientpartoutesleslndesj mais Pon y trouve plufieurs au- tres drogues, commedu Galican, du Doringui,à\x Cantor, du Bangue, 6cc. comme auifi certain fruid,couvert de brou com* me la chaftaigne, blanc par dedans,tres-agreableau gouft, 6c fouverain contre le feurbut. Ily a encore vn autre fund de la grofleur d’vne noix, qui vient en terre , comme les truffes, Les coftes de cette Iile 6c fes rivieres font ft abondantes en poiifon, que e’eft vne des grandes mannes que les habitans a^tnt, apresleris. Ilsn’ont quafipoint de commerce: finon qu’ils envoyent quclques petites barques fur les coftes del'I- ilede uvx, ou ils debitent vnepartie de leurs toiles de cot¬ ton. Les Chinois y en viennenr prendre quelque-fois, 6c dan- nent en efehange des lames d’efpee 6c de la porcelaine. C eft icy vne rade commune! pour les navires, qui voncdela terre- ferine aux Molucques, qui y font aiguade, 6c y prennent des rafraichiftemcnts 5 parce que les vivres y font à tres-grand marche. Il y a des mines de fer 6c de cuivre, 6c meime d’or; maisle Roy ne veut pas qu’on les ouvredepeur de.donner à iès voiftns l’envie d’y venir foiiiller -y bien qu’il ne laille pas dW r63?‘ El! e eft fore pcupléc. Et abonde en vis. En volatile.' En drogues; Eten poiflbi),, teur comertt II y a des tamer- d'or..
  • ~*<>39- II y a vn pre¬ mier Mini ft re. Pulo raia. L’lile Jc Bor- JKOj La villc dcBor- neo. La pierre de Bezoar. 3<4 VOYAGE DES INDES, voirvnegrandequàhtitédevaiíTelledor, pourfonvfage.Ses íiijets luy rendenc le meíme refped, Sc Juyparlent avec les mefmes fubmiffions que les aucres Indiens rendenc à leurs Rois. life produit fort raremenc, mais l’on s’adrcire le plus íbuvcntà vn Seigneur, quialadirediondetoutes les affaires fousluy.Ilsi’appellenci£»///or , Sc eftce que 1’on 1’appelle ail- leurs Conneftable, ou premier Miniftre. Ccluy-cy gouverne par le moycn de pluíleursautres perfonnes dequalice, qui one chacun leur quarcier Sc leur Province à gouverner, Sc reçoi- venc leurs ordres de luy. Le nom deRoy y eft tellement reveré, que tous les fujets fe ioignent en vn moment, pour s’oppofer à ceux qui veulent troubler le repos de 1’Eftac: ainíí que l’on vic íur la fin du dernier íiecle, en la perfonne dVn des Princes du fang Royal 3 lequels’eftantfouilevecontrel’autorite Royal- le, Sc ayant entrepris fur la vie de Ton Prince, ilfutauíli-toft pris, Sccondamné àlamort: mais leRoyeutpitié de luy , Sc fit commuer fa peine en vn exil perpetuei, dans P«/o rafa, e’eft adirel’Iile deferte, ouilfut confinéavec tous fies compli¬ ces. Ilsl’ont fibiencultivée, quedepuiscetemps-làplufieurs autres families s’y font transferees volontairement. Elies y confervent la religion Payenne, done elles faifoient profei- fion dans l’lile de Bali, Sc ontencore cettemaudite couftuine, que les femmess’yfontbruilerapres lamortde leurs maris. L’l fie de Borneo eft plus ieptentrionaleque celle de lava, Sc eft vne des plus grandes de tous ces quarticrs-là. Elle eft fituée fous la ligne equinodiale:en forte neantmoins,' que fa plus gra¬ de partie eft de deçà5s’eftendant jufqu' à 6. degrés vers leNort. II yen a qui luy donnentplusdequatre cens lieues de circon- ference, commc Bartbolomeo Leonardo de^ir^enfola,(\uio.clcxit l’hiftoire de la conqueftedesMolucques, Sc autres: mais les Hollandois difen t, qu’ellen’a que deux cens cinquance lieues detour. Ses principals villes font, Borneo, Succidana, Lauda Sambas, Sc Benghermajs’in. LavilledeBorneo, quiluy donne le nom, eft baftiedansvn marais, comme la ville de Venife, en forte que l’on n’y va d’vne rue à l’autre , qu’en batteau, le incline ^ArpenÇola dit quelle contient vingt-trois mille mailbns:mais les Hollandois ne luy en donnent que deux mille.Lemeilleur camphre de tou- tes les Indes vient dans l’lile deSomeo.il s’y trouve auifi del’or
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. TL 5gs Sc du Bexo.tr. Cettepierreíe forme dans 1’eftomach d’vn mou- ton, ou d Vn bouc, autour d’vn brin de paille, qui farrefte dans Peftomach, 8c que l’on trouve fouvêt dans Ia pierrc. f es Perfes noment ces animauxi?«^«j 8c lapierre /?.t^,t>-,c’eft à dire mar- che,par excellcce,come eftant propre pour lemarche,ou pour vne foire, 8c c’eftde ce mefme nom que defcend le mor de B.txtrucques,quieft Iapetitemonnoye, que Ton peutenvoyer au marche. Elle eftvnie 8c verdaftre, 8c plus elle eft o-roíTe 8c pefante, meilleure elle eft, 8c plus elle a de vertu. Au pais de Pun ,aupres de M.tllacca, í’on trouve dans le fiel de certains pourceaux vne pierre , quel’on eftime fans comparaifon plus quehBexp.tr. Elle eft rougeaftre,auífi douce 8cgraíTeàma- nier que du favon, 8c fort amere: de forte que pour s’enfervir il ne faut que la laiíTer ínfufer dans de l’eau froide , laquelle apres cela eft vn t res-exccllent antidote contre le venin , 8c contre les maladies qui en ont. L’on y trouve aufil des dia- mans, du bois de S.tpon, quifertàlateinture, comme celuy du Brafiljde lacire, quantité de poivre,derencens, duma- itic, 8c routes fortes d’autres gommes. Cette Iíle a bcaucoup de havres 8c de rades, mais fes villes Le havre * I» nefont pointpeuplées. Celle de Borneo l’eft plus que les au- «"cde Bot* tres, 8c fon havrc eft grand 8c fort commode, à 1’emboucheu- red’vne tres-belle riviere. Les Efpagnols ont autrefois efté maiftres du havre, mais ils Pont abandonné , àcaufedePair, qui y eft ft mauvais: qu’ils n’y pouvoient pas fubfifter. Ses’ maifons font de bois,mais fi legerement bafties, quelesha- bitans les demolilTentibuvent, pour changerdedemeurc, 8c mefme pour pafier de l’aucre cofté de la riviere. Les Borneu Scs h->fcrans. font gens d'efprit, Scadroits, mais portes au larcin,8c aimans fur tout la piraterie , de forte qu’ils vontfouventefcumer la mer , juiques fur les coftes de Pegu , qui font à plus de quatre cens lieues de cette Ifle. Ils fe fervent de routes fortes d’ar- mes, fçavoir d’efpees 8c degofos, qui font des rondachcs faites de cuir boiiilly , dc lances, d’afTagayes, 8c d’ vne forte de pi¬ ques , qu’ils appellent Sehhes 5 dont le boiscft extremement dur, mais fi mince 8c fi fragile 5 qu’en fe caflantdanslaplaye, il y laifie des efclats, qui la rendent incurable. Le Roy eft Mahometan , comme auffi la plus part des Infulaires,quide- meurent fur la cofte de la mer: mais les autres, qui demeu- II. Partie. Z z £-urs armes;
  • i6 3í>- Zes HoIIandois font vn traitté avcc lc Roy de Sambas. L'lfleJc Cele¬ bes. Saviilccapi- tale. Scs habicans.áé VOYAGE DES INDES, rent bien avant dansle pais, font Payens.Ilsont leteint pKV toílnoir que bazané , 6c le corps fort bien fait, 6e ilss hábil, lentàpeu préscommeiesautreslndiens, ayans vn linge au- tour des hanches, & vn petit tulban fur la tefte. Le premier jourd’Oclobre 1609. les Hollandois íirent vn traitté avecle Roydc Sambas , pour 1’eítabliííèmencdu com¬ merce desdiamans, que l’ontrouve dans les montasmes, bien avant dansle pais, 6c depuisilsen ont fait vn avec le Roy de Borneo pour lepoivre,à 1’excluíion de tous les autres eílrangers maiscommeles Bornean ont pasplusdefidelitéqueles autres Indiens, ces traittésn’ontpascíté fort bien executes de leur coité. L’llle de CeWfjeílíituéeentre 1’Iíle deBomec Sc les jv/0///- tjites, íous la ligne equinoctiale: 6c íi l’on veut croire M creator, e’eit vnedes trois lílesque Ptolomée appelle.S/wd
  • DV SuDE MANDELSLO, EIV. IT. ,«•, Ilya dans Ia mefrne Ifle vn Roy de TMo & vn autre de Ba. VI' CIU! r°"' *« P us puidansapres celuy deM.Les tergoa, q relations > des Hollandois diíene des merveiíles de la conduite du premier 8c aflêurent qu’ils y ont trouvé des barques 8c des rregattes íí bien faites, que leurs plus encendus charpentiers avouenr, qu íl leurferoitimpoffible deporter leur art iufqu’d cette perfection. 11 avoit eftably des magazins par tout fon Royaume, ou il faifoit amas de ris, auquel l’on ne touchoít point, quelarecolteneuílfournydeciuov lesremniir A; yiuvuu, pour eitaDiirie commerce chez luy; ■/at* //ir ^ n I • 1 1 • • • v 4 8c des toiles de cotton , 8c y achettoient quantité de Macis 8c d’autres efpiceries. L’lile de Gilolo, que les Portugaisappellent Batocbina de Mo- Ldfle dcGilolo ro & les Moluquais ^lemaera, eft beaucoup plus grande que cede de Celebes. Il y vient quantité de ris, dcSagu, dont nous aurons occaíion de parler incontinent, en la deícription des 1Uoluqués , de poules fauvages 8c de tortiies, dVne groíTeur extraordinaire. Ses habitons font fort bien proportionnés^ maisíauvages ? 8ciln yapaslong-tempsqu’ilseftoient antro- pophages, comme ceux de Celebes. L’lile à’ Amboina^ft. íi proche de cedes des Moluques, qu’il ^rfled-Am.' yenaquiIamettentau nombredeces dernieres, tant à caufe boina’ de ía fituation, que parcequ’elleproduitdescloux de girof- fle»
  • 68 VOYAGE DES INDES, iíío. Elle cftfituée àquatre degrezdelaligne àdeuxheuès de 11(le de Ceiram.&C en a environ vingt-quatre de C1[CU1C* ,V£rsJa Par" tic Occidentale de la vide capitale il y a vne baye defixlieues, Y formant par cemoyen vne rade, ou les navires font a cou- vercde tons vents. Cette baye fait qu ils enfant fort pen que la mern’y coupe toutcl’lfle* parcequela meravancefi fort dans la terre de 1 iutre cofte,qu elle n’y laiffe qu’vn ifthme d en viro fixvingtstoifesdelarge. L'lfle eftant ^nficomme coupee en deux parties,la plus petite,en laquelle eftle chafteau d mho, nit à vingt petices villcs, ou plutoft autant de bourgs, qui peuvent fournir environ deux mil homines capablesde porter les ar¬ mes & en la grande iont qnatre villes, qui ont chacun iept bourgs fous leur reilbrt,6e peuvent aimer environ, quinze cens Scs lubitans. homines. Les habitans eftoient autrefois fauvages & antropo- phages, comme leurs voifins 5 jufques-laque 1 onefcrit,qu i s mangeoient mefmes leurs parents, quand ils les voyoient dans vn aage decrcpite, ou affligcz d’vne maladic ddelperee. Lc pais mefme eftoit rude, & convert de forefts: mais aujour- d’huY il eft tres- fertile, & produit avec fesclonx de girottle , routes fortes d’autres fruits, comme dcs citrons, des orenges, des Co* o.', des Bon anas, de la cannede fuccre, &c. Et les oren- ees y font à fi bon marche que l’onen achette plus de quatre vino-tspourvnbouton. Leshabitans font fimples, & s liabil- leiu comme ceux de Bonda , vivans aiTez petitemcnt de ce qu’ils peuvent retirer dela culture dcs cloux de giroftle. Ils n’ont pointd'autresarmes que l’azagaye- dontilstircnt fijufte, qu’a ioixante pas ils ne manquent pas lalargeur d vn elcu blac, le cimcterre êcla rondache. Ils’y fait vne lortede gafteauxde ris, d’amandes&defuccre, qu ils vendent, ou troquent dans leslilesvoifines, ou l’ons’en fertcontre la diarrhec. Ils font auffi du pai n de ris, & le font en forme de pain de fuccre. Leurs galeres qu’ils âppellent ("ancoras , font bien faites, 6c ils es & ?--'-ArcCCr nue les noftres n’approchent manient avec tant point deleurvitdle. . , , . Cette iflefut Cette Iflefut découverte par les Portugais, fousla condui- defcouvertc en ted'Antonio sibroQnl’amjij. Ilyfitenger vnecoiomne tantsi5‘ pourmarquer lapoileffion, qu’il en prenoit au nom i u oy de Portugal, que pour fervir de trophée à 1’exploit qu 11 venoit de faire, en penetrant bien plus avant dans les lndes, qu aucun
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 569 de fes predeceifeursn’avoitfait.Les mefmes Portugais,voyans 1639. que lcs Hollandois troubloient le commerce, qu’ils y faifòient avee beaucoup d’avantage , firent en l’an 1601. vneflotte de trence navires, avec laquelle ils voulurent, nonfeulement rui'ner le commerce des Hollandois, mais auífi fi bien chaítier les habitans d'Amboina. qui avoientplus d’aflection pour ccux- cy que pour eux,qu’ils feroient contraints de changer de íenti- rnent. V .Andrés Jrurtudo de Mendoça , qui commandoit cettc flotte, ayanc eu avis, qu’il y avoit cinq navires Hollandois dans leportde Banda ,refolutdelesattrapcr,mais ily futdé- fait, 6c contraint de fe retirer dans le port de la ville d’ ifou, ca- pitaled’ -Jmboina. Les Hollandois, quoy que vi&orieux, ne fe trouvoient pas eneftatdepourfuivre leur avantage , 6c encore moins d’em- pefcherlesPortugaisdedefchargerleur rage furies habitans^ deforce qu’ils furentextremement mal traittéspar ces enra- gés, qui arracherent mefmes lçs arbres qui portent les cloux degiroffle, afin que les Hollandois n’enprofitaflentpoint.En íúittedecela tftienne Verkaqen, Admirai Hollandois, eftant arrive le 21. Fevrier 1603. àía rade d’.4niboína, débarqua aufíl- toft vne partie de íes gens de guerre, à deílcin de faire attaquer lechafteau. Le Gouverneur Portugais, voyant cettereíolu- tion, luyenvoyademander par deux officiers dela garnifon, ccsHollandois avec quelle prefomption il s’approchoit d’vne place, dont le tres-puiflàntRoy d’Efpagne luy avoit confié la conduite : A boina* quoy 1’Admirai refpondit,qu’il eftoitlà de la part desEftats des Provinces-vnies 6c du Prince d’Orengc, avec ordre d’atta- querlechafteau, 6c d’en chaffer leursennemis:ainfiqu’ileuft à capituler prefentement, ou à fouftenir 1’aíTaut qu’il luy alloit donner, dés qu’il auroitfait debarquer fon artillerie. Cet¬ tc bravoure fit perdre le courage au Portugais, qui rcsditlà place , íànsattendre vne feule voléede canon. Il eníòrtit fix cens Portugais, avec leurs armes, 6c on lai fla aux mariés la li¬ berie de demeurer dans la ville,en preftant le ferment de fideli- té. Les habitans de toutes les Ifles, de lava, à\Amboinaòcàçs Lareligion des Moiu
  • tty. Confultcnt Ic diable- Leurs ftiperfti- tions. 37o VOYAGE DES INDES, leur premiere religion , que mefmes ceux quife fontcircomT circ,ne s’attachent encore a leurs fuperftitions payennes. Les aucres en font profeffion ou verte,Scadorentle diable5n’y ayant pointde vdle, ny de village, qui n’aitlefien.Cen’eft pasqu’ils fcachent ce que ceil que le diable, ou qu’ils en croycntrien d’approchant de ce que l’Efcriture en dit: mais ils difent que ce qu’ils adorent eft forty de l’air, & c’eft à caufe de cela,que quel- ques-vns nomment vn de leurs principaux diables Lanithe,c’eft à dire I’air: lequel depend neantmoins d’vn autre plus grand, qu’ils apppellent, Lanthila, & n’eft pas mefmes fi confiderable que leur I'aulay, qui eft le plus puiftantde tous ,apres Lanthil t. 11s lesappellent tous Af/7o,nom general,qui fignifie mauvais ef- prits, ou I'ucin, qui fignifie Seigneur ou Maiftre. Ils difentqueleurNitofefait voiràeux le plus iouvent finis la forme d’vne perionne ordinaire, que lefprit choifit pour cela, & par laquelle il leur rend fcs oracles, pour faire fijavoir ies intentions. Pour le faire parler, ils s’aflemblent au nombre devingtoutrente, 8c 1’appellent au fon d’vn petit tambour, coníàcré exprés pour cela, qu’ils appellent Tyft, allumans ce- pendant plufieurs bougies, & prononçans quelques paroles & conjurations, qu’ils croyenteftre fortefficacieuies. Devant que de le confultcr fur l’eftat de leurs affaires,publiques ou par- ticulieres, ils luy prefentent à boire & à manger, apres que la perfionne, qui rcpreíènte ce diable, a bien mange, ceux de la compagnie achevent de faire bonne chcre de ce qui refte. Ils n'entreprcnnent point d’affaires, quelques petites qu’el- lesfoient, jufques-là qu’ils n’entameront point d’arbre pour en tirer le Terry, qu’ils ne faffent leurs devotions au diable, & qu’ilsn’yattachent quelques caracteres, qui doivent, à leur * opinion, conferver l’arbre, 8c benir leur travail. Ils ont dans leursmaifonsvnendroit ou ils allument de la bougie, & ou ils font fervir à boire &c à manger au diable , lequel ne ve- nant point, ainfi que cela arrive fouvent, ils mangent eux meil mes ce qu’ils luy ont coníàcré, & neantmoins ils Juy en laiifent vnepartie , afin que s’ilfe raviioit, ily trouvedequoy fe re- paiftre. 11 n’y a point de pere de famille,qui n’ait chez luy quel- que habit extraordinaire , &; quelquc bague qu’il conferve pretieufement, 8c qui demeure dans la maifon, comme vne
  • DV Sr DE MAN DELS LO, LIV. II. 3?I marque perpetuelle de 1’alliance quel’onafaiteavecle diable. 16 3 o. IIj> Tone preocupes de cette opinion, qu ílneleurarrivepoint de mal que pai le diable: c eít pourquoy ils 1’adorent.pour tafi- cherde deítourner les malheurs, ou pour 1’appaifor quandíl leur eneftarrive. Ils ont auffi leur circoncifionymais elle eftbien diíFerenre Lrur «rconci. decelle des uifs Sc des Mahometans 5 car ils ne circoncifont n°n- les enfans qu’en 1’aage de douze ou treize ans, Sc au Iicude couper tout le prepuce r comme les Iuifs,ils ne font que le fen- dreavec vne pentecanne, qui eftexpreíTement deftinée pour cela. r Leurs manages fo font fans aucunes ceremonies: car dés que ieurs "’■■'da¬ les parties font d’accord ,lepere dufiance porte vn prefent de s"s' quelques bagatelles a la fiancee, 2c leperede la fiancee fait vn feftin, accom^agné d’vne mufique de tambours, Sc de lego lego-, ou de danfes al honneur du Ntto,Sc aprescelails confomment le mariage ; qu’ils rompentavec la mefine facité qu’ils le con- tra&enr. Car les femmes quittent leurs marispour lemoin- dre different qui naifl entr’eux , Sc pourveu qu’elles puiflent rendre les prefonts que le beau-pere leur a faits,elles verfont vn peu d’eau iiir les pieds du mary, pour tefmoigner qu’ils fo puri- fient de I’impurete qu’i Is peuvent avoir contra&ee enfomble , & dies fe retirent, pour contractor dés le lendemain vn autre mariage , s’lly enaqui les demande. Leurs ferments pour la decifion de leurs differents,ou pour Lelirs famens. autres affaires importantes, fo font en la maniere iliivante. Ils mettent de 1 eau dans vne efcuelle, ou ilsjettentdel’or,dcla teireSc vne ballede plomb,6cy trempentleboutd’vncanon 4emouiquet-y la pointe d’vne hallebarde,d’vneefpée,d’vn coufbeau, ou de quelqueautrearme, Sc donnent de cette eau à boire, àccluy qui doitfaire le ferment, avec des execrations, quiluy doiventfaire apprehender, que tout ce que 1’on y a jet- té ou trempé, confpirera à fa mine, s’il jure a faux. Ils ont parmy eux vne certame forte de gens qu’ils appel- lent Zw i»gy,qu’ils croyent eftre forciers,quov qu’ilsfe meflentSorcicrs’ lapluípart de faire du mal, parle poil'on pluftofl que par leurs cnchantements j mais dés qu’ils donnent la moindre prife fur eux, en iorte qu’on les puifTe foupçonner feulcment, Ton s’en defFait, Sc quelquefois coute lafamilie enfoufFre. La crainte
  • 1^39- Les qualitez dcs Aroboiuois Sont iudocilcs. So nt profanes. 37i VOYAGE DES INDES, qu’ils ont de ccs gens- là eft vne des caufes, pourquoy ils veil, lent aupres des corps morts ,avecl eípee Sc la rotidache , de pair que les zw-wgi/nelesviennent enlever pour les manger. Les MmbotnoU font naturellement timides, groffiers Sc ftu- pides infidelles, Sc tellement desfiants, qu’ils ne voudroient pas avoir fait credit de cinq fols, ny prefté de 1’argenc que fur de bons ga^es.Ils enterrent leurshardes Sc leur ardent,de peur que 1’onne lclcur prenne 5 parce que comme ils íont fort por¬ tes au larcin, ils croyent qu’on leur feroit ce qu’ils voudro lent av oi r fai t aux autres. Ils ne veulent rien apprendre, Sc ne fçavent point de me- ftier • de forte qu’il ne s’y fait point d autres eíloí¥Ls,quc cclles qu’ils font, en forme d’vn fac ouvertdes deux coités, dont les femmes íe fervent pour s habiller. Ils ne fçavent ny li¬ re ny efcrire , Sc n’ont point de caracteres parmy eux , de forte qu’ils n’ont point de connoiílance de ce qui s eft fait dans les íiecles precedents , ny meímes aucune^ lumiere pour la religion. Ils ne s’occupent qu a la peíche, ou a cultiver leurs jardins, ou ils ont quelques fruits, dont ils viventjmais íipetitement , qu’il y a dequoy s’eitonner, decequils peu- vent íúbíifter du peu qu’ils mangent: Sc neantmoinsils font la plufpart bien proportionnés, Sc fort bien-faits de leurs per- fonnes. Dela façon que nousavons parle de leurs manages 5 i on pcut bienjuger cju’iiy doit avoir fortpcud aff ection entre le inary Sc la femme: comme ene fife t il n’y en a quaíi point du tout, Sc neantmoinsils en ont beaucoup pour leurs cnfans, Mais elleeít íimal reglée, qu’il ne s yvoit point de pere , qui aitlcfoindelcs chaftier: Scceftàquoyilfautattribuerlesde» fordres que Ton y voitíouvcnt,quelesenfans outragcntla na¬ ture ,en la períonne de ceux qui les ont mis au monde. Le peu de connoiílance qu’ils ont de la religion , fait que Ton remarque en eux vne humeur profane, Sc vn fi grand rae- pris pour les chofes religieufes,qu’ilsfemocqueroientmefmes deleuriY/ío,s’ilsn’eftoientretenus parla fotte crainte qu’on leur donne dumal, qu’il leur pourroit faire. Les Portugais y ont autrefois transfere quelques families de perfonnes tran¬ ches, qu’ils appcllent Mardecas, qu’ils avoientprifes aupres de Malacca,Sc qui en fervant les Portugais,ont appris leur langue,
  • DV Sn DE MANDELSLO, LIV. II. 373 Scenquelque façon Ieur religion: mais ces families dcperif. íent petit â petit, & le peu d’inftru&ion qu’on leur a donné, > s’effaçant avec le temps,dans la converfation des autres Pay és, 1’onpeut dire, qu’à la referve des Proíèlytes, queles Hollan- dois y ontfaits, qui font Ia pluípart Chinois,iln’y apoint de Chreftiens dans toutl’Iile. Lés Hollandois ont dans 1’Iíle d'^imboint trois forts :celuy de CoubelU, autrementappellé ViCloria, dontles baftionsfont ia'põffsdcnt018 reveftus depierre, &ceuxde Hiten &de Zoutv.Le premier efttoutc* muny de foixante pieces de canon,& d’vne garnifon de ííx cens homines ; de forte qu’il n’y a point de doute que ce ne íòit le meilleur eílabliílèment qu’ils ayent dans les Indes, apres celuy de Batavia. L’lile de Banda eft à vingt-quatrélieués de Celled' Amboina, LinJc deBáda & a epviron trois lieués de long, furvne de large, seftendant du Nortau Midy,enforme defer àcheval. Ellea quelques pc- tites viIles,dontcelle deNera eft laprincipale, mais celles d'Or- fattan & de Labbetacca fontpeu confiderables. Les habitans de 1’Iíle fonttousMahometas,& font tellementafFediõnésà leur ses habitant religion, & íl devots, qu’ils ne voudroient pas avoir fait au- G»* Mahomc- cune affaire,qu’apres avoir fait leurs prieres.Ils n’entrét point tans‘ dans leurs Mefquites, qu’ils n’ayent lave les pieds, & quand ils y fontils font leurs prieres avec tantde vehemence , qu’on les entend à plus de deux cens pas dela. Apres ces prieres ils fe frottent le viiage des deux mains, couchent vne natte à ter- re, ou ils fe tiennent debout, levent les yeux deux ou trois fois au Ciei, íè mettent à genoux, 6c couchent la tefte deux ou trois fois à terre , prononçans cependant quelques prieres bailes, enremuantfeulement les levres. Ils font fouvent des aííemblées en leurs Mefquites, oil ils mangent enfemble de ce que chacun y apporte. Ils font auífi ces aííemblées fur vne montagne, qui eft dans vnboisau milieu de l’lile, ou les ha- bitasde Puldnm,de. P/z/o-IfVi&deZííwfo^quifontlcursalliés, fe rendentauili pour deliberer des affaires publiques.Ceux qui fe trouvent à ces aíTemblées, apres avoir parlé d’affaires, s’af- feenten pleinerue a donné, oil on leur lertàchacun fur vne fueillede Bananas, qui leur fert d’affiette, vnmorceau de leur Sag*, qui eft leur pain, avec vn peu deris ,détrempé dans du bouillon, qu’ils portent àpleines poignéesàla bouche. Pen- II. Partie. Aaa
  • 574 VOYAGE DES INDES, 1639. Leu» armes. f- r i leurs galeres. "Vifcnt cent cu fix vingt ans. dant le feftin l’on donne aux conviés le divertiiTement d’vn combat, que les Gentils-hommes font entr’eux, avec desar¬ mes émouílees. Us font prefque en guerre continueUe avec leurs voiíins, contrelefquelsilsfont inceiiamment garde fur les coftes, tant pour tafcher de Ies furprendre, que pour s’em. pefcher d’eneftrefurpris. Leurs armes font lecimeter re,qu’ils appellent Pahang, dont la garde eft eftamée, Sc le bouclier, quieftdebois, Sc a plus de quatre piedsde long. Us manient leurs armes avec beaucoup d'adreile, parce que Ton les y ac- couftumedesl’enfance. Ilsontauífides armes à feu, mais àla guerre ils fe fervent principalement d’vne eipece d’azagayes, de huit ou dixpieds,faites d’vn boisfortdur, que les Infulaires lancent avec tant de force , qu’ils en percent vn homme à jour. Quandils ontjetté leurazagayes,carilsenportentordi- nairement deux, ilsfe fervent de l’efpee, qu’ils portent à la main gauche fous la rondache, ou d’vne autre forte d’armes qu’ils dardent & retirent avec vnecorde, àlaquelle ils atta- chentvn petit bafton, ayantauboutvnfercrochu, mais fort perçant ôc tres-dangereux. II y en a parmy eux qui ont des cor. ièlets, mais ce ne font que les perfonnes de condition 5 car les autres fe contentent de leurs cafques, qui iontd’acier, Sc fairs commeles creftes de coq. Leurs galeres font fort legeres,ayans des deux coftez quail a lleur d’eau, deux efohaffauts, en forme d’aiiles, ou les formats tirent à la rame, d’vne façon aífez piai. fonte. Us font trois achaque banc, Sc ontchacun vne rame, qui n’cft proprement qu’vne pefle de bois, qu’ils pouilent bien avant dans la mer, Sc en laretirantilsla paifental’entour de Iatefte, pourjetterl’eau 5 ce qu’ils font fivifte, Sc avec tant d’adreile, qu’il faut qu’vnnavirefoitbon voilier,pour attra- per leurs galeres avec vn vent favorable. Ce n’eft pas vne chofe bien rare dansl’Iile de Banda, d’y voir desperfonnesaagéesdeíixvingts ans Sc da vantage. IJs font perfoades, que ii 1’on manquoitdefaire des prieres pour les trefpaftez ils ne reiiifciteroient point, quoy qued’ailleurs ils croyent, avec les Mahometans, la refurrection des morts. Les femmes , quife trouvent à la mort de quelqu’vn de leurs pa¬ rens , fe mettent à pleurer, Sc à crier de toute leur force, com- me ft par ce moyen elles tafehoient de faire revenir l’amc^ mais voyans qu’elle ne revientpoint, l’on enterre lç corps, que
  • DV Sb. DE HANDELS^, LIV. ii, ^ dix ou douze períònnes jportent fur les eípaules,dans vne bier. I^3?« recouvcrte d’vn linccul oknc, les hommes marchans devanc 6c les femmes derriere. Incontinent apres 1’enterremcnt les parens vontaulogis du defund, ou on leur donne àdiíner,8c cependantl’onfait bruíler ving-quatre heures durant de l’en- censfurla fofte, Sc lanuid ony laiíTe vneIampeallumée,fous vne hutte, faite exprés pour cela. Les hommes nes’amufent qu’à fe promener, 8c Iaiftent le travailauxfemes,quines’occupentprincipalement qua caller lebrou desmufcades, Sc àfaire feicherlesnoix 6cle macis ; en n ny a que quoy confide leur plus grand revenu. Cétexcellent fruid ne Ban
  • VOYAGE DES INDES, i 6 3 p.. gue efchauffe le cerveau 8cfortífie Ia memoire,chaffe Ies ventsr dégage les reins, 8c arrefte leflux de ventre. Lemacisaàpeu Lc Macit. prés ]es mèímes vertus, mais elle eft bien plus agreable dans Ies íaulíès. L’huile que 1'on en tire, fortifie Ies nerfs, provoque niafcàjc;C ft fommeil, arrefte lesdefiuxions, 8c guerit les mauxd’efto- mach, 8t de la poudre de muícade ou de macis , meílée avec de i’huile deroíè,ronfaitvnonguent,qui eftfouveraincon- tre les douceurs, qui procedentd’indigeftion.LesHollandois I cs Torts que Y ont t>afty deux forts, qu’ils ont nommés 8c Be/g/or, lét Hoil.nrdois dont la rade eft fi bonne, que les vaiílcauxenapprochentjuf- ontcnBanda qU>à ]a portéedumoufquet;fe mettansàcouvert du canon, à neufoudixbraflesd’eau. L’lfleeft peuplée environ de dix ou onzemille perfonnes, 8c neantmoins 1’onauroitdelapeine à trouver parmy euxcinq cens hommes capables de porter les armes. Ils’y fait vnaffezjoly commerce de veftesde lacofte de Coromandel, de ris, de porcelaine, de velours, de damas, de taffetas d’eicarlatte, de vivres 8c de munitions , pour la garmlòn des forts. Les habitans font opiniaftres 8c mutins 5 de forte qu’iln’y a que la feule force, quipuiíleaílèurerlapoííef- ílon de cette Ifle aux Hollandois. rodi- Ceux-cy rapportentenleursrelations, qu’en 1’Iílede Neu guux. P il fe trouve de figros ferpens,qu’vn jour 1’autheur de la vingtié- me relation,voyant,que le nõbredefes poules diminuoit tous lesjours,&ayantapprisdes habitans del’Iilejqu’ilyavoit des ferpens, qui les mangeoient, il y fit prendre garde de fi prés, que l’onenfurpritvnjquis’eftoit coulédanslepoulier à 1’heu, re de minuid,8c y faifoitvn eftrange dégaft. Ses domeftiqnes, qui le tuerent, trouverent dans fon ventre cinq poules, vn ca¬ nard 8c vn cochon de laid 5 qu’ils ne laiílerent pas de man¬ ger , auífi bien que le ferpent mefime. ItsMolmjues. Quoy que 1’on comprenne au nombredes Moluqucs vne bonne partie des líles, qui remplifient cét Archied Orient d\ fi eft ce que Ton n’appelle proprement M oluqitcs, que les cinq I lies íuivantes 5 fçavoir, T ernate, T\dory M ottel,M at hi am 8c Ba- chiam, que les anciens Payens nommoient Cupc, Douco,Moutil Mar a 8c Seque. Cette derniere eft divifée par plufieurs bras de mer en plufieurs líles-lefquelles neantmoins ne font connues que fous le nomcommunde£achiamyparcequilsobeiffentà vn mefine Prince. Elies font toutes fituées fous vn mefme me-
  • DV Sa. DE MANDELSLO,LIV. II. 377 iidien,quaíiàla veué Jes vnes des autres , dc n’occupenten 1639. tout qu’environ vingt-cinq lieucs dc diftance 5 en iortc quela plus Septentrionalc n a qu’vn demy degré de latitude vers le Nort, ôclaplusMeridionale vn degré ducoftédu Midy. La f“ct1"leycft terreyeft tellementíèche dc fpongieufe , que non íèulement elleboitauih toftl’eau qui tombe du Ciei, mais elletarit met melestorrensau fortir des montagnes , dc ne permet point qu’ils portent leurseauxjufqu a lamer: dc neantmoins le So¬ ldi nepouvant point percer fes forefts > ny confumer les va- peurs,qui for tent de la terre,il y refte tousjours ailez d’humi- aité,pourfournir inceflamment de la verdure aux herbes dc aux arbres. Ces I lies, qui ne manquent point defruid, Scouilvient vne tres-grande quantité dc Ban anas yde Cocosy de citrons,d’oren- ges, de bois de fandale dc de Calamba, dc toutes fortes d’efpi- ceries, ne produifent point de bled ny de ris. Mais la natureà fuffifamment repare cedefaut, par vne forte de nourriture quipaiferoit pour miraculeufe, ft ellen’y eftoitordinaire ^auili bien que dans Yldcd’ Ambotna, Stailleurs. Ilslatirentd’vnar- bre , que les Portugais appellent 0’agueiro , dc lesMoluquois Landan, &croiftjuíqu’à Ja hauteur devingt pieds, dc porte des fueillesfemblables àcelles du Cocos 5 iinon qu’elles font vn ^>eu plus petites. L’arbre eft ft gros,qu’vnhommea de la peine L,aibre ui Iç al’embrailer , dc neantmoins on le coupe aifément avec vn product. ^ coufteau,parce qu’il n’eft compofé que d’efcorce & demoiiel- le.Lefcorce a envirõ vn poulced’elpais, dc le refte eft moiielle,, dc c’eft elle qui fert de pain. Elle reílèmble à du bois vermoulu, iinon qu’elle eft blanche, dc on la pourroit manger au fortir de 1arbre , en oftant les veines de bois,qui s’y trouvent meílées:. maispour enfaire du pain, ils procedêt dela maniere que nous alios dire.Apres avoir coupé l'arbre,ils le fendent parle milieu, Comment ion encylindre,&hachentIamouelle,jufqu’àce qu’elle foit redui- cnfait duPaia: te en poudre, qui reíTemble àla farine. Apres cela ilslamettent dans vn fas,qu’ils font de l’efcorce du mefme arbre, fur vne cu¬ vette faite de fes fueilles,6c à mcfure que le fas eft pleinils l’ar- ■rouíentd’eau,laquelledefgagèát la farine d’avec les veines de bois, qui y font meílées, tombe dans la cuvette,toute blanche dc efpoife comme du laid,ôtlaiílantfon mareaufonds , dé- gorge par vne rigole, que l’on fait auhaut dela cuvette. Ceft Aaa iij
  • E 63 9. L’on tire
  • DV Sr DE M ANDELSL O, LIV. II. m {>arentdcleurscheveux,qu’ellescouchentvnisfurlatefte, 6c es noiient par derriere, y meílant des fl eurs & des plumes,qui ne leur viennentpas mal. Ellesont des bracelets, des baques, des colliers de perles , 6e des paradors de diamans, de rubis’ d’eimeraudesj 6cc. 6c s’habillent quafi toutes de foye5fe fervam des eftofFes que la Perfe,la Chine, ôe toutlerefte del’Orient leur vient troquer avecleurs cloux de girofle. Les Chinois,enoccupant vnebonne partie de POrient, feiisíbnccnpar. rendirentauíTilesmaiftresdecettelíle, 6c à leur exemple les tie Mahomc- Perfes 6c les Árabes, qui y ont introduitles fuperftitions de pansc’nscn^artic Mahomet, parmy Padoration de pluíieurs Dieux, dont plu- ^ ^ íleurs de leurs principales families fedifenteftre defeendues. Us n’ont point deloixeferites, Ôe leurs couftumes font aífez barbares. Ils fouíFrentla Polygamic, Ôe ne chaftient point 1’a- dultere j mais ils puniílent feverement Je larcin, qui eft vn crime mortcl Ôeirremiífible parmy eux.Ils ont des officiers qui vontau poind dujour par la rue, refveiller au fond’vn grand tambour les chefs des families, ôe les exhortcnt à s’acquitter Police particu- du devoir du manage; parce qu’il importe au public, que lelicrc- nombre des citoyensfemultiplie. Les hommcsôeles femme3 font connoiftre leur arrogance en leur port 6c en leur marche. Chaque Iíle a fon langage particular, dontlonpeut juger qu’elles ont efté peuplées par de diveríès nations, & que e’eft vnedernierenecelfité , qui les contraint de le íèrvir du Ma- lais, pour íè communiquer entr’eux. Les lavam ont efté les premiers, qui ayent porte les cloux de te commerce giroffle en des heux,d’ou les Perfes 6c les Árabes les pouvoientdcs cloux po rter aux Crecs 6c aux Romains. Les Roys d’Egypteen ont5'™^’ eftablylecommerce, avec celuy des autres eípiceries , dans les ports de la mer rouge,ou les Romains, apres avoir reduit ce RoyaumeenProvince, 1’ont continue ,.jufqaala decadence dei’Empire.Les Gennoisen ont long-temps efté les maiftres, cn le transferantà Theodofia , que Ton appelle aujourd’huy Caff a , oii les Venitiensenvoyerentauffi enfín leurs Coníulsôc leursÉadeurs ; íè fervans de lacommodité de lamer Cafpie. LesTurcsontruinéce commerce par le moycn de leurs Ca- ravanes, qui portoient les eípiceries en pluíicurs ports de la merMediterranée, ou les Europeens les pouvoient aller que- rir avec moins de frais 6c avec moins de peril. Mais les SoL
  • rí 3 9. Les Portugais seiifailiffcnt. En font dcfof- fedez par les Hollandois. les Portugais dcfcouvrenc les Moluques. Difpute entre les CaftilUns &les Portugais pour les Molu- ques. Fondéc fur vn faux príncipe. 3S0 VOYAGE DES INDES, dans d’Egypte le reftablirent à Mlexandrie Sc kCayro, parle moyenduNil, 6c 1’euíTent fans doute confervéchez eux,fi les Portugais ne s’eftoient avifésdefaireletour defAfrique, pour allerquerir cetce pretieuíe drogue dans les extremitez de l’Orient. Les conqueftes qu’ils ont faites dans les Indes, Sc les flottes qii’ils entretiennent fur les coftes de Perfe Sc d’A- rabie, Sc versle Cap de Guardafun ont ofté tout le commerce auxSoldans, Sc les Portugais en font demeurez les maiftres, tant qu’ils Pont efte de cette mer là: mais depuis que les Hol¬ landois y ont paru,ils ont efté contraints de leur ceder cet avan. tage, que perlònne ne leur avoit ofé difputer. Les Portugais defcouvrirentles Moluques en Panryir. Frxn- cifco Scrano, qui ydefcenditle premier, y trouva tant de fim- plicité, que Boleyfe , Roy àsTernxte, Sc csilmançor, Roy de Ti dor, demanderentavec inftance d’eftre preferes enPavan- tage, qu’ils pretendoient trouveraufort, que les Portugais y vouIoientbaftir,pours’afíeurerdelapoíreífiondeces Iíles. II eft vray que ces deuxPrinces eftoient ennemisdeclarés,&qu’ils eíperoientfepouvoirfervirdeces forces eftrangeres en leurs querelles particulieres : mais il faut croire que leur jaloufie eftoitfondée fur vne autre príncipe ^ puis que Cachil Laudin, Roy de Excluam, fit la melme priere à Tnjlan de Mcnefcs, qui eftoit allé relever Serrano. Ily avoit déja quelque temps que IePape Alexandre V'I. avoit partagé les deux Indes entre les Roys de Caftille Sc de Portugal^enforte que destróiscensfoixante degrez,dontl’on compofe le monde,les Efpagnols poífederoient les conqueftes qu’ilsferoient dans les cent quatre-vingt degrez, à compter depuis le trente-fixiémc degré de Liíbone versle Ponant, & les Portugais lesautres cent quatre-vingts degrez vers le Le¬ vant, Sc en ver tu dece partage 1’Empereur Charles V. pretcn- doitqueles Moluques appartenoientàla Couronne de Caftil¬ le : parce que Ferdinand Magellxnes, qui avoit fort vtile- ment fervy dans les Indes fous D. Alfonfo d’Albuquerque, Sc qui s’eftoit retiré avec peu de íâtisfatftion du fervice du Roy de Portugal, pour prendre party avec Charles, avoit fait voir, par 1’authorité de Ptolomée, ( quoy que par vn faux pre- fuppoíe, en ce qu’il met trente degrez entre l’Indus Sc le Gan¬ ges, là o inly en aà peine dix,) que les Moluques, eftans éloi- gnées
  • D V Sr DE MANDELSLO, LIV. ir. 3&r gnées de fix cens lieuês, qui font environ trente-fíx degrés, 16 3 9. de Malacca, versle Weft, elles devoienc appartenir àla Cou’. ronnede Caftille. II euc ordredel’Empereurd’en aller pren- Mjgellanes dre poffeffion, pour cet effet ilparticde faintLucar leu. trouvcvn “au-; Septembre 1519.6c l’ayantdefcouverta 53.dcgrez, & pafle le ueau fail,‘2e*. detroit, que l’on appelle encore de fon nom le Detroit de Ma¬ ge limes, ilarriva quafi a la hauteur des Moluques: mais les vents contraires, & les courants de la mer 1’obligerent à defeendre danslesMamlles, oiiilfuttué, avectrente-cinqperfonnesde afuitte. Gonçalo Gomex^d!Efpmofa &c Sebajlian del Cano y firent depuis quelques eftabliiTemcns pour PEmpereur , en fe fai- fant prefter le ferment de fidelité par Sultan Cor ala, Roy de Ternate, predeceffeur de Sultan Bongue , par Sultan oilman- fo>-Roy de Tydor & par Sultan lufúf, Royde Gilolo : mais la poffeffion deceslfles eftoit de fi grande importance aux Por¬ tugal, pour la continuation du commerce des eipiceries, qu’ils firent tous les efforts imaginables pour ie la conierver. En quoyils eurent d’autant moins de peine àreiiíTir, quei’Em- pereur eftoit occupé en Europe, & qu’il eftoit fort peu infor¬ me del eftat des affaires de l’Afie : rantpareeque les Portu¬ gal empefehoient les navires Caftillansdepaffer par le Cap de bonne Elperance,queparce que le paflage par le weft eftoit fi difficile que même Ton ne s’en fert point encore aujourd’hui. Neantmoins lesadfces d’hoftilite ne ceffans point entre les deux nations dans les Indes,ilfut trouvé a propos, que les Commifi- iaires des deux Roys s’affembleroient à Segovie en 1’an 131 j. mais ne pouvans point demeurer d’accord , 1’aflembléc fut remife a Seville pour Pannée iuivante 5 ouilnefut rien reio- lu non plus : de forte que l’affaire demeura en cet eftat, juf- qu a ce que par le traitté qui íè fit à Saragoça en 1’an 1519. l’Em- pereur engagea ces Ifles litigieufesauRoydePortugal,pour t'Empercurea; la lomme de trois cens cinquante mille ducats. Depuis ce 5aSelcsMolu- temps-laellesícmt demeurees aux Portugais, jufqu a ce que par l’vnion des Royaumes deCaftille & dePortugal ces droits ° ‘ furentconfondus en la perfonnede Philippe 11. Les Hollan- dois y font intervenus depuis, & la revolution qui arriva en Portugal en Pan 1640. a fi bien change la face des affaires,qu’il fàut que les Eipagnols iongent à la conquefte du Royaume mefine, avant qu’ils puiffent parler de fes dependances. II. Partie. * Bbb
  • Tcrnate. 3S2 VOYAGE DES INDES, '1639. L’lilc dc Terndte eft Ia premiere Se Ia plus grande de tcmtes L’Tfle licTcrna- ]es m duques, Seeft fituéea vingt-huid lieuês dePIfledeWa, tc* àquarantedegrezdedeça la ligne. Elleaenviron huidlieucs dc tour, & le país neft pas mauvais, mais nonobftant cela die n’aquafi point devivres, finon quelque peu de cabrites, &de volaille, EUe a auffi desamandes, qui y font fort bonnes Sc plus eroíTes que les noftres, bien qu’il s’en trouve trois ou quatre dans chaque coque, laquelle eft ft dure quel’on a de Ia peine à la cafíer avec le marteau 5 mais elle faitfibon leu, que les marefchaux 8e les forgerons s en fervent au lieu de char- bon de terre. Les habitans y íement auffi du tabac , mais íl n eft pas fi bon, que celuy quivient des lndes Occidentals. Sa vil Gammalamma. f caDjfaje qu’j]s appellent Gdmmalammd, eft íituee lur le bord I,„cc»P,„kdt *“£££ n’eftcompofee que d'vne feule rue, d'environ deuxmille cinq cens pas de long. Ses maifons font bafties de cannes, ou de bois, auífi bien que leurs mefquites, Se lePalais duRov. Laradenevautrien, parce que le fonds n eitant que roc Se pierre, Pancre n’y peu pas mordre; çeft pourquoy les navires Hollandois mouillent devant le village de Telmgdm- n>d, entre les Iíles de T emite & de Tidor, a vnedemylieue de Les plus pretieux fruits de ces Hies font les cloux de giro- fle. Ie nefçay ft Pon peut dire que ce font les CaryophylUde Pline , quoy que les Perfes les appellent CaUfur Se quii femble que ces deux mots ayent vne mefme etymologie. Les Efpa
  • T>V Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 3g5 Chinois 8c les Indiens le traniportent,8centranfiquentpar- 1639. my eux. Les arbres viennent d’eux-mefmes,comme les chafteigners, L‘ vient fans qu’il íõit befoin qu’on les plante ou qu’on les cultive.Dans pans qu'o^le*1' Ia hui&iéme année ils portent, 8c durentjnfqu a cent ans, ren- plantc. dant du fruiét de deux en deux ansj parce qu’outre la force que l’on fait aux branches, en arrachant le fruid delafaqon que nous venons de dire, les habitans ont le foin de romp re les boutons que l’arbre pouffe la premiere année, afin d’elta- blir p ar ce moyen des eípcrances affeurées pour la fuivante. II eft en íà maturité depuisles moisd’Aouftjufqu’enlanvier, & quand on I’a cueilly on l’expofe auSoleil, ouilacheve de Ce feicher en deux ou troisjours. ^ívicenne dir, que íãgomme Errcur d'a?í- reffemble à la tormentine : mais il fe trompe} eftant certain ccnnc* Sue cét arbre n’en a point du tout. Car il eft ft chaud, que non ulement il boit route l’eau que le Ciel luy envoye, mais il ar- tire aufli route 1’humidité qu’il trouve dans la terre voifine, 8c fon fruid mefme eft ft chaud , qu’en mettant vne cruche d’eau dans une chambre, àdixpiedsd’vne íâcdecloxdegiro- flé , ils boiront ft bien l’eau, qu’en deux j ours ils n’en reftera pas vne feule goutte ríànsqueneantmoins l’ons’en apperçoi- ve, finon au poids* ou les habitans fçavent bien trouverleur compte par ce moyen: tout de mefme que les Chinois au de¬ bit de leurs foyes criies, qui attirent 1’humidité dela mefme façon. L’onditcommunement qu’il n’y a que les Aio/«
  • i63?. II n’y a qn’ faifon dans Moluqucs. Cufos« 384 VOYAGÉ DES INDES, femblequ’elle aille jufqu’au centre dela terre. Etdefaitily en a qui ont eu la cunofite de la fonder , 6c qui onttrouvé qu’vnc corde decinq cens braflesne touchoit point aufonds, mais bien à vne belle fontaine, dont l’eau eft fort claire* ians t que neantmoins l’on ait jufqu’icy trouvé perfonnequi enait voulu croufter. De cette montagnelortvneodeurfoulfreufe, & par intervallcs vne fumée efpoiiTe, 6c quelquefois , mais principalement aux deux equinoxes, elle jette des flammes, &. des pierres rouges, avec tant de violence, qu d y en a qui font portécs non ieulement jufqu’a la ville, mais meimes juf- ques dans les Hies de Veto 6c de Cafures.z vingt lieucs de Terna- rc.La fumée infede toutl’air voiiln, 6e les excremes que la mo- tao-ne jette, corrompcnt tellement les fontaines 6e les eaux de cequartier-là, qu’ileftimpoffibledes’enfervir.Lamontagne eft reveftue de verdure jufqu’aux deux tiers de fahauteur, mais en montant plus haut l’on trouve vn froidiníupportable, 6c vne fontaine d’eau douce, mais ft froide qu’elle gele les dents, en forte que l’on n’en fçauroitboire fans prendre haleine. De ion iommet l’on decouvre la mer voifine 6c toutes les Ai oIucjuls. L’on y joiiitd’vn air clair 6c ferein,qui n’eft jamais trouble de broiiillars ny de nuages, 6cl’ony trouve vn lac d’eau douce, entouré d’arbres , qui nourrit vn grand nombre de lezards bleus 6c dorés, 6c plus gros quele bras, qui fe plongent dans l’eau dés quel’on en approche. Vne II n’y a point de difference de faifons en ces I lies,nyde temps les certain pour la pluye ,bien qu’il y pleuve plus fouvent avec le vent du Nort-weft qu’avec celuy du Midy. Ils’y trouve des ferpens de trente pieds de long , & gros à proportion, mais ils neiontny dangereuxny veneneux, nonplus que ceux de Ban- fa. L’on afleure que ccsammaux, ne trouvans point de nour- riture, machent de l’herbe, 6c s’eftant portes fur le bord de la mer, vomiftent ce qu’ils ont maclie , 6cparcemoyenattirent quantiré depoiflons, qui s’eftant enyvrés de cette lierbe na- gent fur l’eau,6c de viennent par ce moy en la proye de ces fer¬ pens , qui s’en repaiflent. Ils’y trouve vnecertaine iortede beftes , qu’ils appellerc Cufosyqui fe tiennent dans les arbres,6c ne vivent que de fruni. Ils reftembldnta des lapins, 6c ont le poil efpois, frifé 6c rude, entre le gris 6c le rouge: les yeux ronds 6c Yifs, les pieds petit,
  • DY Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 385 & Ia queue fi forte,qu’ils s’en fervent pour fe pendre aux bran- 16 3 ches,afind’atteindreplusaifémentau fruict. Les forefts y font pleines d’oyfeauxfauvages,Sc àla referve duperroquet, íls en ontfortpeudedomeftiques,au rnoinsdeceuxque nous con- noiífons. Il y a des efcreviíTes, qui fe retirent fur le borddela mer , fous de certains arbres , dont 1’ombremcímeeftíidan- gereufe, qu’il n’y vient point d’hcrbe du tout. I e ne fçay íl c’eft decétarbrequellescontradentcettequalitéveneneufe, qui refide en vne partie de leur chair, laquelle eílfidangereufe , qu’elle tue en vingt-quatre heures ceux qui en mangent. Il y enad’autresquireilemblentauxfauterelles, Seíèretirêt dans lesrochers,ouonleschaflelanuiclàlaclartédufeu. Elles ont aupres de la queue dans vne bourfe, vne maíTe fort delicieu- fe, pour laquelle on les recherche. Les Molucjues produifentvn certain bois rouge , qui bruíle Duboís quine dans le feu, jettedeseftincelles Sedesflammes,fans fe confu- peoicn°t‘'a“fecu> mer ,8eneantmoinsenlefrotíant entre les doigts on Iereduic cn poudre, Sc en le mettant fous les dents il fe cafle. Aupres du fort de Ternate il fe voit vne plante que les habitans appcl- lent Cat opa, dont il tombe de petites fueilles, du pied dela- quelle fe forme auíli-toft vne tefte de veroudcpapillon, de en papillons. fes veines, qui íont groíTettes, fe forment le corps Sc les pieds, Sc les aides fe font de ce qu’il y a deplus mince en la fueille , en forte qu’enfin il s’en fait vn papillion entier. L’lfle de Ti dor n’eft pas moins fertile,ny moins plaifante que L’lflc de TU' celle de Ternate, mais elle eft plus grande. Il paroifl: par la li- dor- gnature en caracteres Arabefques ou PerfanesduRoy de cet¬ te 1 lie,qu’elle s’appelle r«c/»ríí, Sc non Tjyílorí?, Sc 1’ondit que ce mot íignifie beauté Sc fertilité. Ses habitans ont lefoin decul- tiver Sc d’arrouier 1’arbre qui produitles cloux de girofle,Scpar ce moyen ils en tirent vn fruiCt, qui eíl bien plus beau Sc plus fort, que celuy qui ne doit fa production qua la nature. Le bois de fandale blanc, qui y vient, eft fans doutele meilleur de routes les Indes.Ils’ytrc>uveauifidesoyfeaux,quelesha- Oyfcauxdi bitans appellent Manucodiata*, Seles EfpagnolsPaxaros delcielo, P«adis- qui font ceux que nous appellons oyfeaux deParadit. Il yen a qui croyent qu’ils n’ont point de pieds:mais l’on fe trompq parce que ceux qui les prennent leur coupent les pieds fi prés du corps, que dés que la chair commence à fe feicher, la peau
  • 3S6 VOYAGE DES INDES, Le Roy de Bachiain. i 3 9- Seles plumes fe rejoignentftbien,qu’àpeineyrefteillamom~ dre cicatrice. L« places que LesHollandoispoíledent dans 1’Ifle de Temate la ville de poíicdcn^dansM<*■i qui eft regulierementfortifiée, Scaupres de làleforc les Moluques. de Taluco, En Tidor ús ontle fort de vuneco.Dans Motn ús ont encore vn fort,dontles baftions font reveftus depierre.Dans Machiam, ilsontfait troisforts,à Tajfafo ,Tabillolaík.à.Gnojic- qui a, 8c dans Bachiam le fort de Barneveldt. Le Roy de Bachiam nereconnoift point le Roy de Temate,ny celuy de Tidor , tnais il efb fouverain 8e independant daucune puiííanceeftrangere. Son pais eft grand,Sc 1’on y trouve quan. tité de íàgou 3 de forte que les habitans,qui ne manquent point de vivres,n’ontpas beaucoup de peine áíubftfter 3 ce qui les rend tellement faineants Sc pareíleux, que ce Royaume , qui eftoit autrefois vn des plus conílderables de toutes les Malu¬ ques, eít tellement defclieu de cette premiere grandeur, que prefentement xl ne fçauroit fournir cinq cens kommes de guerre. L’lilede Machiam a eftéreduiteaupouvoir des Hollandois par 1’Admiral Paulvxn Carden en Pan 1601. Le premier des trois fortsqu’ilsypoiledenteftceluy de Gnoficquia, qui eft bafty fur vne eminence, a quatre baftions reveftus de pierre, mais il ne laiílèpas d’eftre petit,Sc aftez irregulier,parce quefautede pla¬ ce Pon n’a pú faire tous les baftions d’vne mefmc grandeur, ny donner à lacourtinetoutel’eftendue,qui luy feroitneceflaire. Le fort de Tajfafo eft aulft fur vne eminence , Sc a quatre ba¬ ftions , mais il eft plus grand que Pautre, Sc efloignê de la mer de cent foixante-dix pas. Cesdeux forts n’ont point de puits ny de cifterne, ftnon que fur la croupe de la colline, ou Taffafo eft fitué , il ya vn puits, a couvertd’vnedemielune,qui íêrc d’vn cinquiefme baftion à la place. Tabillala n’a que deux ba¬ ftions , qui font ft efloignés Pvn de Pautre, qu”ils ne fçauroient commander à toute la cortine 3 de íòrte qu’il n’en faut pas faire frand eftat. Cette Idea environ feptlieues detour,Sc depend u Roy de Temate. Elle eft fort bienpeuplee,pouvant fournir jufqu’a deux mille deux cens hommesde guerre, Sc elle a de- quoynourrirfeshabitansdeSagou 8c d’autresvivres, 8c pour lemoins autantde cloux dc giro file, quaucune desautres tiles. Outre les cinqliles, aufquellesl’ondonneproprementle L’lfle de Ma¬ chiam.
  • r>v srDe mandelslo, liv. ii. 3$7 from de Molucques, il y en a encore tant d’autres, que Pon en í 6 compte jufquesàíoixante Scdouze, quidependentdu Roy de Ternate,&c qui íònt fítuées dans le mefmc Archipel, depuis Min- ík/iaoquieftducoftéduNort, Se de Bina Sc de Corea qui font vers le Midy , Sc entre Ia terre ferme de Ia nouvelle Guinée vers Ie Levant. Les principals font Aí ot/r, Machian, Caioa^Xula, Burro , JVa , Noloa, Meao , Tafure, Doe , Saquite,Totole,Boolt Gaydupa, Goronta.no, ilibato, T amine, Manado , Dondo , bague, Jaqua, Gabe, Tobuauo, 2?«fo ,Sangien, Scc. parmy lef- quelles, il y enaquiíòntàfoixante-dix lieues de Elílede Ter- »4íe. Les Roys de routes ces Iíles íònt tributaires de celuy de Ternate, & font obliges deluyenvoyer vn certain nombre de gens de guerre, que 1’Autheur de 1’hiítoire de la conquefte des Molucques , que nous avons nommé cy-deílus, fait monter à fix-vingts mil hommes. Vers le Nort des Moluques font fítuées les Iíles, que l’on LcsPhilippines.. nomme aujourd’huy Philippines. FerdinandMagellanes lesdef- couvrit,lors qu’il fit le tour du monde en Pan 1510. Sc Ieur euft íãns doute done fon nom^’il euftfurvefcuà cenouveau décou- vrem ét.Sebafiian del Cano,cpi\ Iuy avoitfaitcompagnie en cette admirable navigation, n’oiant pas íè haíarder de sj eftabliz aprcslamovtàc.Magdlanes, quifuttuédanscesmefmesIíles, ainfi que nous venons de dire , s’en retourna en Eípagnc. Aprcs cela ilnefut plus parié de ces I fies,jufqu’cn Pan 1565.au- quel D.Luis de Velafco, Vice-Roy de la nouvelle Eípagne, en- voya l’adelantado Michel de Laguafpe en cette mer, ouil prit |>ort dans ces Iíles , aufquelles il donnale norn de i hil/ppinesy àcaufe de Philippe II.quiregnoitalorsenEfpagne. Ilconquit L.Iflec!c z_b premierement PLfledeZe/^,ouildcmeurafixans,Scaprescela La Maniile! ' il allaà cellede Luçon, quel’onappelle avjourd’huy Mamlle^dc fa ville capitalerdont Laguafpe fercnditlemaiilre,apres vnele- gere refiftance du cofté dcshabitans.. Cette villeeft fituéeíurvne langue de terre,qui efttoute en- virônée delamer,àquatorze degrés dedcçàlaligne,dasla par¬ tida pies mcridionale de Plfle jlaquelle a troiscens cinquante lieues de tourJEllc a vers le Nort leRoiaume de la chine, qui en eft efioignée de íoixante-dix lieues, vers leNort-Eíl 1’Iíle de Japon, qui en eft à deuxeensfoixante dix lieues: vers le Levant L’occan, Sc vers le Midy ce grand Archipel, qui eft comrae
  • 588 VOYAGE DES INDES, 1639. divifé en cinq mers , couverresdetantd'Iiles , Royaumes 8c Provinces,que Ton peur dire,qu elles font prefques innombra- bles.Les Chmois, qui les ont autrefois pofledes, lesont aban- données, mats ils ie font referves le commerce. Les habitans refpondent avec leur travail à la fertilité dc la terre, quiy produitdubled, duris, 6c routes fortes de fruits 6c de drogues, 8c elle nourrit des vaches, des buifles , des cerfs, des cabres 8c des fangliers: fi bien qu'il neleur manque rien de ce qui eft neceílàire a la vie, 8c les Chinois ont le ioii\, de leur apporter le iliperflu, come la ioye,la porcelaine, la lacque. Ec rcur façon ic ils ont du vin dePalme,mais ils le font d’ vne autre fa^on quail- faire le vin dc leurs:car ilsle tirent de leurs Cocos, encoupantvnedesbra- paimc, c]ies dc l’arbre, dontil fort auifi-toft vne liqueur,quils lailfent cuver, jufqu’a ce quelle prenne autant de force que le meil- leur vin d Efpagne. Ils ont les meilleurs citrons 8corenges du monde, 8c les plus excellences figues 8c poires. Toutes for¬ tes d’oyfeaux de proye 8c domeftiques , des faucons, des tiercelets, des aigles, des perroquets, 8cc. mais principale- ment vne fi grande quantite de crocodiles, que les Infulaires font contraints d’aller à la chaile contre cet animal, pour tafchcrd’enexftirper l’engeance. Caril s’y trouve des horn - mes qui ont aflez de coeur pour affronter feuls vn crocodi¬ le, quoy qu’il s’y en trouve d’aufli gros qu’vn boeuf. Pour les combattre ils s’arment le bras gauche'juiqu’au coude, d vn gantelet, 8c prenans en la mefme mainvn bafton dela lon¬ gueur d’vn pied , pointu des deux coftés, 8c vnpoignard dans CiuíTc ducro- f^utre*, ils entrenten cet eftat dans la riviere jufqu’ala ceintu- codil/. 1 re. Dés que le crocodile voit venirfon homme il s’avance la gueule ouverte,pour l’avaler^mais 1’Indic Iuy prefenrela main gauche, 8c la luy fourrant dans la gueule, l’empefche de la fer- mer, 8c luy donnecependanttantde coups de poignard dans la gorge de la main droite, qu’il le tue. Cet animal a la forme d’vn lezard , mais il eft couvert d’efcailles ft dures, qu’il eft in¬ vulnerable par tout ailleurs que fous le ventre 8c dans la gorge. Il fait beaucoup d’ceufs,qui font ft durs qu’o ne les fçauroit caf ier en lesjettant contre vne pierre, 8c pour les couver il les en¬ terre dans du fable fur le bord de la riviere j afin que la cha- leur8cl’humidité, qui font les principes de toutes les genera¬ tions, les faífent efclorre. Ceslíksproduifent plusde tigres,
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV.II. 58, de lions, d’ours & d’autres belles feroces, que PAfrique,mais principalementdes Algalus, qui font les belles done Ton tirele mufc, &des civettes. Touces ces I lies font fort peuplées, & II riches, que non- ieulement les Chinois y continuent leur commerce avec beau- coup d’avantage, mais aulli que les Eipagnols, quiy portoient autrefois de Pargent de la nouvelIeEipagne,parce qu’ils ytrou- voient deux marcs d’or pour huid marcs d’argent, n’y veulent plus faire ce trafic 5 puis qu’ils tirent Ians comparaifon plus de profit de leurs autres marchandifes, dont les retours leur valent bien louventmillepour cent, parle traficqu’ds yfont avec les Chinois, qui apportent toutes fortes d’eftoffes de cot¬ ton 8c de love, de laporcelaine,de la poudre à canon, duioul- fre, du fer, de l’acier, du vif argent,du cuivre, de la farine, des noix, des challeignes, dubilcuit, desdattes, de la toile, des cabinets, des elcntoires, & autres ouvragesde lacque* que les Eipagnols yviennentenlever,-pour porter dans les Indes Oc- cidentales,ou Pargent ne leur coulle rien. Les Eipagnols ont dans lavillede Manilla vn Archevefque, qui a la jurildidion ipirnuelle fur toutes les Philippines; la- quelle il fait exercer par trois Evefques fulfragans, 8c quel- ques Preilres, qui font tellement refpedéspar les habitans, qui font gens fort fimples, que ce font ceux qui gouvernent le pais, 8c y alleurentia domination Eipagnole. Elle eft fi bien cilablie par toutes ces Illes, qu’il y enaplufieurs ou l’onne trouve pas vn Eipaglol, &neantmoins iln’yapas vnleuldc ces Infulaires, qui refuie de payer la taille, qui luy eftimpo- fee,quieft de dixreales,oude 5.quarts d’ecus par tcíle.Le mè* me Archevefque a la qualité deViceroy,6c en fait toutes les fo- étions, coniointement avec le Confeil du Roy, qui eft eftably dans la meime ville; tant pour les affaires generales,que pour les appellations desprocés quifejugent dans les autres villes. La ville & les maiibnsde Manilla font de pierre, & bailies à la moderne, 8c la villc eft fi grande, que les Eipagnols ont efté contraints d’en retrancher vne parde, qui leur fert comme de citadelle , pour s’y retrrer en cas de befoin ; afin de n’eftre point obligez d’y entretenir vn fi grand nombre de gens de guerre, qu’il feroit neceffaire pour la defenfe de la place. Le havre,quel’onappelleCavite, eft à deux lieuesdela ville, 6c II. Partie. Ccc ^ Í ?• Lc commerce que les Cliiuoig & Eipagnols font am Philip, pines. L’Archeveique dc Manilla, rft auiIiVice-ULoj^ ta ville dcMa- niilc.
  • VOYAGE DES INDES, JÍJJ- eft dèfendu par deux forts de bois. Ildcmeuredam lavMte de ManHle &auxenvirons, plus de quinzemille Chinois, Ians ceux qui y arrivent cous les ans, dcpuis le moisde Decembre uifou’en Avril,6cqui y font leur commerce, avec plus de cinq cemnavires. Leslaponois y viennent auifi, mars non pomt cn fi «rand nombre , êcneantmoinsilsy donnenrfans compa- raifon plus d ombrageaux Efpagnolsquetes Chmois. Pour ce qui eft du Upon, e’eft vnamas de plufteurs Ifles, qi* lamer forme depuis le trente-vnieme degre d elevation uf- quau 39. n’ayansenquelques endroits quedixlieues de lar- ceur 6c s’eftcndans en d’autresjuiqu a trente. Ce pais que Pon appelloit anciennement Cbryfcs oufil oaveut croireAf 4re Paulo len'to, Zip angry , a vers e Levant lanouvelJe Eipa , versle Nortla Tartaric , vers le Ponant la Chine & ver . Midy la mer 6c la terre que l’on appelle ^iuflralc. U eft div enfoixante-fix petits Royaumes,aontles cinquante-trois de¬ pendent de cette partie de ce grand Empire, que 1 on appelle proponent Upon ou Japan , & qui eft compoiede deux pu.f- lànts Royaumes r que l’on appelle Mcaco 6c slmagunce, jous < - quel tous les autres font compris. L’autreparties appelle Xi- wo, 6c comprend neuf Royaumes ou Provinces, dontlcs pnn- eipalcsibnt^Mwgo Sc Figen, Sc la troifieme partie , que appelle Xicoum,comprend les quatreauties Royaumes. Lon nrfçait C Les Iaponois mefmes confciTentqu’ilsn olcroientpas a r- téft vne I lie mCr fj c’cit vnc lfic, ou fi leurs pais tirct a la terre ferine.-, paice 9ui«tetcrme depuis la Province de .Quanto, dont laville&le chaiteaii de ledocft la capitale, aufii bien que de tout 1 Eftat, jufqu a l'extfemitc de laProvincede Tfungaa lly avmgt-fept pur¬ ges de chemin, vers lEft & le Nort-eft. Apres cela i on paf- íè vn bras de merrd’onze lieues de large,pour entrer en Ia 110- vincede lejjo, ouSeffo, quieft tellcment couverte de bois& parfemé demontagnes, que jufque icy llaefte impoifible a 1 Empereurde Upon de les faircpenetrer, pour en Icavoir les parti cularitez. Tout ce qu’ils en ont appns, c eft que lonya veudes peuples qui ont le corps velu ,& qui laiiTentcroiftrela barbe 6c les cheveux, en forte qu'ils reftemblent a des beltcs plutoft qu’a des hommes. Us y ajouftent qu us fe lerv-ent de ce paflage par mer 5 pour entrer en Seffo, ou ds vont querir des four y res, non parccque lamerlafepare du Upon, nuis
  • DV Sr DE MANDELSLO,LIV. II. 39i j>arcequilfaudroitfairevn trop grand détour par des mon- 1639. tagnesinacceífibles, qui joignentces deux Provinces. L’lfiequenousappellons, laponSeleshabitans Nippon,e(íd‘i- vifee en íeptgrandesProvinces,que l’on appelle Sayekoch, c hi~ cko\k, Unuyfoirt, Ictfengo, letjcgen, Quanto SeOchio, lefquelles font íubdivifees, cn pluíieurs autres plus petites, qui sõt gou- vernées, 6c poíTedées par des Seigneurs ou Princes, que nous nõmerons icy,Scy adjoufteronsleur revenu, afin que 1’on voye parlà lapuifíancedecétEftat, donrjufques icy 1’onaeuforc peu de connoiílànce 5 mettant les íõmmes íurle pied de leurs Cock tens,qui valent environ quatre efeus, monnoye de France. Cangano Tfium ^íngon , Roy ou Prince des Provinces de tesnoms& [c Cango,, J etch ui 6e N atta, qui demeureau chafteau de Cango, 7an7sd« a de revenu vn million , cent quatre-vingts dix mille co- |ncurs df ia. tkiens. 1190000 F011- Surugano Boynangon^V únçe des Provinces de SurugayToto Sc Micarvx , qui demeure au chafteau de Fuytfui, íept cens mille cockiens. 700000 Ouwarmo Daynangon, PrincedesProvinces d'Ovav^Se de Mino , qui demeure au chafteau de Nangay, fept cens mille cockiens. 700000 Sendayvo rfuinangon, Princes des Provinces de Maffxmme 6c d'oyfix, qui demeureau chafteau de Scnday, qui eft imprena- ble, fix censquarante mille cockiéns. 640000 Sutfumxna Tfuijnangon, P rince desProvinces deZatfuma ofu- ny ,fionga êc Lutkio, qui demeureau chafteau de Cangafmno,fix cens mille cocktens. 600000 Kinoconny B-únavgon , Prince des Provinces de KinoSe d’/- che, qui demeure au chafteau deJVakejamma , cinq cens cin- quante mille ccckiens. 55000 cotto fingo Camy, Prince de Fingo Sedes Provinces voifines, qui demeureau chafteau de Koumanotte, cinq cens çinquante- quatre mille coíkiens. 554000 MxtfenJayroI inonoikJ*rince desProvinces de Tftikife» ôede Faccatto, qui demeureau chafteau de Fonck ofva, cinq cens dix mille coikiens. 510000 Matfendayro Tionocami,Prince ou Roy en la grande Province de Ict(egen> qui demeure au chafteau d'Oede9 cinq cens mille cockiens. . 5000W Ccc ij
  • iC)$. i9t VOYAGE DES INDES, Catto Skibo , Roy ou Prince en la grande Province d'o- chio, qui demeure au chafteau à'Ais, quaere cens vingr mille ccckiens. 420000 M Atfendayro Nangato , Prince en la Province de Soo^qui demeure au chafteau de Fangy, trois cens foixante dix mille coikiens. _ 5700O0 Mitono Tfuinangon , Prince de la Province de Fitayrsyqui demeure au chafteau de Ntto, trois cens foixante mille co- (kiens. 360000 Nabi/sima Sinano 5 Roy ou Prince en la Province de Fificn, qui demeure au chafteau de Zogioys, trois cens foixante mille cockiens. 360000 M atfendayro Si*taro , Prince dela Province dVw^r^,qui de- meure au chafteau de TacKajano , trois cens vingt mille co-
  • DV Sr DE MENDELS LO, LI V. íí, 595 au chafteau de Matftamma , deux cens cinquante millc coc¬ kiens. 250000 ^ériumagamba, Prince de Ia Province de Tfickingo, quide- meure au chafteau de Courune , deux çens quarante mille cockiens. 140000 Moryno Imafaaj , Prince de la Province de MymaftiLi,qui demeure au chafteau de Tfyammx , deux cens mille CO¬ CK'^»*. 10OOOO Toringinocxmi, Prince en Ia Province de Z>ff.wo,qui demeu- re au chafteau de Ummagatt a,deux cens mille cockiens. 200 000 M arfendayro To fa , Prince de la Province de Tofanocory, qui demeure au chafteau de Tckofianna , deux cens mille co- ckiens. 200000 Sxtake okion , Prince en Ia grande Province de Der».mo ,qui demeure au chafteau dè^íkia, deux cens mille cokiens. 200000 Mxtfendxyro Sunofanocamy , Prince de la Province de Suno- fa , qui demeure au chafteau de Tattebays, deux cens mille co¬ ckiens. 200000 Foruvo Iamayfsiro , Prince de la Province de Iujtmo, qui demeure au chafteau de M-atfdayts , cent quatre vingts millc cockiens. ISOOOO ikenocdmy, Prince de la Province de Samke, qui demeure au chafteau de ; cent quatre-vingts mille cockiens. 180000 fondxcaynocamy,S eigneur de laProvince de Farma,qui demeu¬ re au chafteau de 7 aijtno, cent cinquante mille cockiens.\50000 Sd k.iy County, Seigneur de coníideration en la grande Pro¬ vince de D w mo, qui demeure au chafteau de FacÇjo, cent cin¬ quante mille cockiens. IJOOO O Tcrxfiut» 1 [im.tdonne, Seigneur en la grande Province de Fi- fen , qui demeure au chafteau de Carats , fix vingt mille co¬ ckiens. 120000 Kion , Gock Wacknft, Seigneur de Ia Province de wacha- fa , qui demeure au chafteau àdoffamma , fix vingts mille cockiens. 12.0000 Fori Tango,Seigneur dans la grande Province de letfegen,qui demeure au chafteau de foua/Lyimma j fix vingt mille co¬ ckiens. 120000 Sackaybarra Schibo» Seigneur du pais deXoofo, qui demeu¬ re au chafteau de Tattajits, fix vingts mille cockiens. 120000 Ccc iij 163?.
  • 394 • VOYAGE DES ÍNDES» 5 9* Minfno fongn, Seigneur du pai's de Bingo, qui demeure au cha¬ fteau de Fou kyanma, fix vingt mille co> kiens. noooo Ad at fen day ro Cawayts-, Gouverneur ou Capiraine du cha¬ teau de PEmpereur en laProvince de jguanto, a cent dix mille coikiens derevenu. nooo O xkendevo ImafacKa, Seigneur du pais àeSimotrKe, qui de- meure au chafteau deOtrywow/o,cent dix mille cockic»s.i oooo. Sanimada /«*, Seigneur en la Pro vince de Simago,qui demeu¬ re au chafteau de Cojko, cent dix mille cocKtens. noooo T ay tfifth aim a. >/W
  • DV Sí DE MANDELSLO, LIV. IL #5 Mat jura Fefen nocAtny, Seigneur en la Province de Fefèn, qui ^39 demeure én la Seigneurie de F irando y íbixante mille coc- k-.tnu 60000 StngocqBiofo, .Seigneur en la Province de çinano , qui de¬ meure en Ia Seigneurie d’0/e«ífi, foixantemille coiífens,60000 Catto D ervado,Seigneur en la Province d'lyo, qui demeure au chafteau d’{?rtx» foixante mille cock iens. 60 o 00 Tofat-.ro t Okiou, Seigneurenla Province de ,qui de¬ meure en la Seigneurie de Cincluro, foixante mille cockicns, 60000.. M atfendayro lwamySeigneur en la Province deFanma, qui demeure en la Seigneurie de chifegori y foixante miWccocKaem. 60000. MankmraBoungo, Seigneur en la Province de Fifen, qui de¬ meure en la Seigneurie de Sunabarrx , foixante mille coo k iens. * 60000 1 etfcauvo aT onnomon Seigneur en la Province de Bongo, qui demeure en la Seigneurie de Fir<»,foixãte mille co< 60000 Tfmgxar letchiu, Seigneur en la grande Province d’Ochio, qui demeure en la Seigneurie de Tfunga a, fur la mer, foixante mille cock/'c»s. 6jooo Ou gafa u Warn fnano , Seigneur en Ia Province de Fanma-, qui demeure en la Seigneurie de Sekays, foixante mille. coc- k iens. 60000 ilho Curri, Seigneur en la Province de Fonga, qui demeure au chafteau d'Orafi, cinquante mille cockicns. 50000 Fointafobo, Seigneur en la Province d’/rvamy, quidemeure au chafteau de Bay firo, cinquante mille co. k iens. 50000 Wakibanaa^iw.xys, Seigneur en la Province de sinano, qui demeure en laSeigneuriccf/«.<,cinquãtemille cmkiens.50000 Con
  • 39<í VOYAGE DES INDES, te millc cock tem. 50000 Mtnoíknyts Foky, Seigneur cn Ia mefme grande Province de letfenio, quidemeure aufli en la Seigneuriede Chibatta, cin¬ quante mille coikicns. y o o o o /nabct Minbou,Seigneur enlaProvincedei?o#ngo, quidemeu- re en la Seigneurie o uf (iro,cinqua.nze mille coí kiens. yoooo Crodx c aynocxmy, Seigneur en Ia Province de Smano, qui de- meure cn la Seigneurie de Comro, cinquante millc cockiens. 50000. Matfendayro Sovodonne , Seigneur en Ia Province d’1 fumy, quidemcureenla Seigneurie de Kifnomdda, cinquante mille coik/ens. 5 o U5° Touda Summon,Seigneur en Ia Province deTfounocouny,qui de- meure au chafteau d‘Amangtfac,cinq}iíte mille cotkiem. 50000 Stotfijaganni Kcnnots , Seigneur cn la Province dlche , qui demeure au chafteau de cangou , cinquante mille co- cfyens. yoooo Fonda Ichenocamy, Seigneur en Ia Province de Micawa, qui demeure au chafteau d'ocka/aika , cinquante mille coc- kittii. yoooo Matfendayro lammayfíiro, Seigneur en la Province de Tumba, qui demeure en la Seigneuriede SaJJíjamma, cinquante mille co^ kiens. yoooo Mory Caynocamy • Seigneur en laProvince d’/wga.qui demeure en Ia Seigneurie de sourofada, cinquante mille cot kiens. ycouo Fonda Notanocamy, Seigneur enla Province de Farima , qui demeure en la Seigneurie deF/^jo-ys, 50. mille coikiens. yoooo Akjto chionoske}Stigneuren la Province de Fitayts, qui de- meureenla Seigneurie de Cichindo,autant. 50000 tAjJano Oevieme, Seigneur en la Province de Chiono, qui de¬ meure en la .Seigneurie de CaJJama, autant. 50000 Neyto Cinocamy, Seigneur en Ia mefme Province de chiono, qui demeure en Ia Seigneurie d'A km date, autant. 50000 Catto S’{ibodonne, Seigneur enla grande Province d'O chio, qui demeure enla Seigneurie d’ Aim, autant. 50000 Soma Dayfiennocamy,Seigneur en Ia mefmeProvince d’Ochio, qui demeure au chafteau cíe Soma, autant. 50000 Foydajamatta, Seigneur en laProvince deTayfma, qui de¬ meure enla Seigneurie d'1fws, autant. 50000 Outkobo
  • DV Sr DE MANDELSLO.LIV.il. m °"‘kAÇ‘”V">> Seigneuren la Provincede Mino, quide. iClo. ai.ure au chafteau de Cra.» , cinquantemillecooíúvjí.pooo Ncyto Boyfm .Seigneur en la Province de Dnr J , qui demeure en la Seigneurie de iodm , cinquante mille 1„- , Seigneur en Ia Province de 7W0, q°u?de° cTwn ^ Sei§neUne de Foucku^ sy*min* > quarance mille Deyrick , Seigneur en Ia Province d’. coihenT Cn ^ SC1SneUne de Mongxmy , quarance mille Catuyngni Ifmou, Seigneur en la Province de Iammt^qui d*Z?rG en a SeiSneurie dc , quarance mille L fndanocamy, Seigneur en la grande Province dci°fr° asfren Ia Se^ncurie de *****»quaGr^ Ai***™? Sovodom'\Gouverneurpourfa Majeíléde Wan! de vilIede^íMM, a derevenu en la Province de lamàfiUro quarance mille cochens. -- J i , .y , » Matfendctyro Bongo, Seigneur en Ia Province dVw^, quide- meure en la Seigneurie de 2Vxckfmia, aucanc. 40000 ‘ N*y<’'.■> Saigneur en la Province de Far ima. qui de- meuie en la Seigneurie deF/wm,quarãce mille cockiens.4.0000 Áiatfen dayro Tango, Seigneuren la grande Province dUfo» S;.™- en a Seigneur’e de , quarance mille co- Canna Montt ifoumo, Seigneuren la Provincede Ffaáfqwde!. meure en IaSeigneurie d’é/«wo>v,quarãte milleco.kiens. 40000 Chiongo k chivry , Seigneur en Ia Province de Tanro,qui emeure cn la Seigneurie de Tannxbe , crence íix mille co- chiem. 6000 Ouugiobo, Seigneur en la Province de Mino, qui demeureen la Seigneurie d 1 tfnód.ty, crente mille cockiens. 30000 MMiendioro ietfo, Gouverneurdu chafteau de Wo , en Ia Province de Ictmayísiro, crence millecoíktem. 30000 Mitt/enJayroOftckm , Seigneuren la Provincede /Ww.-qui demeure en la Seigneurie d'Ocko, aucanc. 30000 Mmjonij, IcfcfBowwj, Seigneuren la Province de r'ooshe, qui H. Parcie. Ddd
  • *<>39* 4 3oS VOYAGE DES INDES, demeure enlaSeigneuriede chinotayins joaoo oui demeure en la Seigneuriede Naf ,autant. 3oooo > Seigneur en Ia Provm«* demeure en la Seigneune de G*'/»»””*, trentc mdle^ 4 fita, Se,IncurenlaProvmce deSmino „qmdemeu. re enla Seigneurie de rojyj, autant. 30000 Ouribt, Seigneur en la Provmce der.l.^.qur demeure au chafteau de Sefe, autant. , . 30000 Simas Otmitnoike , Seigneur de la Province de Nuko, qm demeureen Ia Seigneurie de Sandobarra, autanr. 3°.°°© i;imthy I«» f Seigneur en la Provmce deíorgo.quide. meure en Ia Seigneurie de Fius, autanr. 30000 ' L„ siMml, Seigneur de l'Ifler/!./!«w, autanr. 30000 ICoynde li vino, Seigneur enlaProvmce deronga, qui de- meure enla Seigneuried'cjaoda, autant, ( 3^ rondi Simofi, vn des plus vaillants de tout cet Eftat & Gou. verneur du chafteau de Nifim , en la Provmce de «•«««, Tal Sr««ra»»> , Seigneur en Ia Province *«*»««, oui demeureauchafteau de f«w«w», autant. 3°°oo ’à.t, s.™?., Seigneur enla Provmce de qu.de- meure en la Seigneurie deTputour*,autant. 30000 Sok.nmihyf,t Seigneur cn la Provmcede S<«e«,qu.de- meure en la Seigneurie d’irajamm*, autant. 3 “L Seigneur de la Province de »«., qm de- meure en la Seigneune de CànnA jamma,autant. 3°°00 Fendi, ! fumy , Seigneur en Ia Provmce de Fitaçyts, qui de¬ meure en la Seigneurie deMinangau rva, autant. 30°° Tonuum Tofa , Seigneur en la Provmce de , qui demeure en la Seigneurie de Niakys trente 131
  • DV Sr'DE MANDELSLO, LIV. II. 395 Mittfendítyro To ft, Seigneuren la Province de letfefen , qui i 639. demeure en la Seigneurie de Konommx, trente toxWq coc\iens. 30000. Sxngij farrtt f ofy, Seigneur en Ia Province de Fitxeyts^wi de¬ meure en la Seigneurie d ’Oungouri, vingc mille cock tens. 20000 Kinojiity Co#»
  • 4o'o VOYAGE DES INDES, i 639. Itpfoys Tvfhoatmy, Seigneur cnlameímeProvince AeTotomy\ qui demeure cn la Seigneurie de Coftoys, vingt mille cockiens, II y a outre cela plufieurs autres Seigneurs, quiontdesre- venus fort con fide rabies, íçavoir sangoroS.ijfioye, 6c Fory Mi- m>ifi tk4, qui ontchacun vingt mille cotkiensde revenu. Jthêdpm-m* Simmon, FoJ)\úai rvt, Gtmb\Sacking D.tyfn,M(tt- fítnLyro D- TakingiMondo, Mi ke lelfngo, Saikty Ouckon,Condy Sannikodonne, quatre-vingts dix mille. i.s4udo Oukioudonney foixante-milTe. Jnoie Carv.ytdonne, cinquante mille cot k tens. Jnaba Tangodonne, quarante mille cot ktens. Sttccay siuiv*donne, trentc milletotkiens. Saccay I amaijforadonney trente mille cockiens. eyta Ingadonncyv'mot mille cockiens. Tfmirfia Nimbodonne autant. Nifiou Ouckioudonne,a\\ta.nt. M atfcndayro 1 emondonne, autant. Jdmmanguyts T aytemadonne, autant. Matfcndayro Infdome, quinze mille coekiens. lylbobongodonne, autant. , *éi.ttnjammt Otnkoradonne, âUtânt. Ciongoccj Senftndonne, autant. JtacourA Neyfcindonne, autant. Narfie Insdonne, autant. Kiatnonttd Tayfimttdonne, autant. Forita Cangjidoxine, a dix mille ockiens de revenu. Mtvra fimadonney autant. IJOOOO IlOOOO 1000.00 90000 60000 50000 40000 30000 30000 20000 20000 20000 20000 20000 15 000 15000 15000 15000 15000 15000 15000 10000 10000
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 4oi Maynd.t Gonoikjdonne^autâQt. IOOOO 16 MiJJomt /am ttta , autant. 10000 Fory Itsnocdmy,autant. ioooo Mivry Oonik lonne, autant. IOOOO Fonda S an j.indonne , dixmilleiock/f»/. IOOOO En quoy confiftelerevenudes Princes 8cdes Seigneurs, done nous vends de parler,nc cõfiíle qu’en domainercar les vns font riches en bled 8c en beftail,les autres en mines d’or 8c d’argenc, Politiq ou en cui vre, eftain, vif-argent, fer,Scc. Les autres en bois, en 1>EmP chanvre, en cotton ou en loye : dont l’Empereur à vnetres- lapon' ftarfaite connoiilance, par i’information queluy en donnent es Secretaires, qu’il met aupres d’eux, pour avoir lemanie- mentdeleursafFaires. Caril leurenvoyeà chacun vn Secre¬ taire aveevn billet, conceuences termes. Moncher,jefçay“ que vous avezbeaucoupdevaílãux, ôc que les affaires que“ vous avez font grandes 5 e’eft pourquoy je vous envoyc vnu homme, qui vous pourrafoulager, 8c de lafidelitéduquel je“ vous puis reípondrejparce qu’il a eíté nourry das ma maifon.“ Servez vous-en,8c agreez le íoin que j’ay de vôtrepersõne ÔC “ de vos affaires. Ce íonteneffetdesperfonnes quiontíervyu l’Empereurdésleurjeuncífe, en íès trois chambres, 8c dont ilconnoiítlafuffiíance, 1’efprit &le jugement, saífeurant de leur fidelité, nonobftantles preuves qu’il en apeutirer pen¬ dant le temps de leur fervice, parvnaétefignéde leur fang; íibien qu’il neíèpaíTerien dans les Provinces, dont 1’Empe- reurn’ait vne tres-parfaite connoiílànce par ce moyen. Car ces Secretaires font vn Iournal exact de tout ce qu’ils voyent en la vie 8c en la conduite du Prince, qui n’entreprend rien fans leur avis, 8c ne fait point d’affaire que par leur entrenv- íe : ce qui leur donne vne grande autorité dans les Provinces, 8c beaucoup de credit aupres des Princes, qui ont befoin de leur faveur , pour íe coníerver à la Cour. Les Princes íè plaifent auííi à avoir aupres de leurs perfonnes des gens fça- vants 8c entendus, capables de remarquer les fautes qu’ils font en leur conduite , 8c qui ayent aílez d’affeurance pour leur faire des remonftrances, aimans mieux qu’vn fiddle domeítique les leur diíe,8c leur dõne lemoyen de les corriger, que fouffrir quele peupleen parle,ou quel’onen préneprerex- te, pour leur rendre de mauvais offices aupres de l’Empereur. Ddd iij
  • 40Z VOYAGE DES INDES, 1639. Lcs grands Seigneurs, qui poíTedent les principals Pro. res seigneurs vjnces ont trois noms • le propre, celuy de la famille, & le «mtroisn0‘T's‘fijrnom. qu’ils prennentdeleur Province, & qu’ils donnent ordinairement au chafteau ou ils demeurent: & ils fefontap. peller par le nom de leur famille plutoft que par le propre, parce que la famille, àce qu’ils difent, eftoit devant eux. Mais avec cela il n’y point d’homme à qui l’onne change le nom trois fois: car le nom qu on luy donne dans 1 enfancc, n eftant point propre àvnhomme fait, on luy en donne vn autre cn f’age dev in iTtans, & en celuy de cinquante-cinq oufoixantc on luy donne vntroifieímenom, quine icroit point convena- ble ny à la jeuneífe ny a vn âge moins avance. e(claves qui fe La mort des grands Seigneurs fe voitordinairementaccom- fom monrir paC quifuis-je moy^ouqu’ay-je meritc, que vous me •vueillie7^ honnorer de vojlre faveur, pardcjfus les autres ? le vou/s donne cette vie , qui ejl defia a vous, & vows protnets que je ne la con ferver ay} que t ant qu elle pourra ejlre vtile a la vojlre. Apres ce¬ la le Seigneur 8t le vaflal vuident chacun vne tafle de vin , qui eft la ceremoniela plus religieufe, dontilspuiflent confirmer leur ferment, qui devient par là inviolable. Manicre de fc l>our faire cette execution apres la mort de leur Seigneur, fendreieven- ils font vne affemblée de leurs plus proches parents, qui les t£C; conduifent àlamefquite, ou Pagode 5 ou ils saílèent fur des nattes & des veftes, dont ils couvrent le plancher, & apires avoir fait grand’chere ils ie fendent le ventre en croix, en forte que tous les boyaux en fortent, & s’il leur refte encore affez de coeur, ils s’achevent , en fo donnant vn coup dans la gorge. II y en a mefmes, qui fçachans que leur maiftre entreprend quelque baftiment, ou pour luy , ou pour 1 Em- pereur, leprient de fouffrir qu’ils ayentl’honneur deiepou- voir coucher fous les fondements , qu’ils croyent rendre
  • I DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 403 ineíbranlablesparce íâcrifice volontairej 8c dés qu’on leur accordeleurpriere,ilsfecouchent gayement dans les fonde- ments, Sc fontjetter fur eux les plus groiTes pierres, qui les efcrafenten vn moment. Mais ce n’eft que le defefpoir , qui les porte le plus fouvent à cette refolutionjparce que ce font la plus part eiclaves, qui font íi mal-traittés, que la mortleur eft beaucoup plus fupportable que la vie. Toutesleurs /,dgocfes,oumefquitesfontdebois,élevéesde Lcucs mefcjui-. ter re de trois ou quatre pieds, Sc ont environ íept ou huiéb us' toifes en quarré. Elies ont par dehors plufieurstourelles,bien percées Sc dorées, mais fort petites, Sc embellies de quelques figures grotefqucs, Sc fort mal proportionnées. Ilsontauili des ftatues dans leurs Pagodes , aufquelles ils adreifent leurs prieres , Sc leur font des aumofnes de quelques caxias , qui tournent au profit de leurs Preilres. Mais leurs chafteaux fontbienmieuxbaftis. Sa Majeftéen ^eS v,llfs dc a plufieursfort beaux Sc fort grands,mais les plus confidera- pomtdemu- bles font ceux d’ofacca Sc de ledo. Les Princes Sc Seigneurs «dies, cn ont auili de fort beaux, mais ceux qui font fortifies, font obligez de recevoir garnifon du Souverain. Les villes ne le font point : car à la referve de quelques-vnes, quiíòntentre Pirando & ledo , qui ont de fimplesmurailles, lesautresn’en ont point du tout: maistoutes les rues font droites, Sc faites fur vne mefme largeur Sc longueur , qui eft de foixante le~ kuns, qui font environ quatre-vingt-dix toifes. Elies ont cha^ cunedeux portes , que Ton ferme la nuict ,,8d’on y fait gar- de. Elies ont auffi chacune deux officiers,qui ont la direction de la Police , Sc qui font tenus de rendre comptedes defor- dres qui fe commettent en leur quartier, Sc dc parler aux lu¬ ges pour les interefts de ceux de leur rue: parce que l’ordra que l’on y a eftably^ie permet point que toutes fortes deper- fbnnes fe prefentent indifferemment devant le Magiftrat v mais 1’on veut que cela íè fafFepar des períbnnes,qui fçachcnt- le refpcct qu’ils doi vent à leurs fuperieurs. Les villes oubourgs, n’ontpoint de rcvenu particulier , ny 11 n'y a point de deniers d’octroy, dontellespuiflentdifpofer : car tout le. domaineappartient au Souverain, qui en donne le revenu aux. f - Princes Sc Seigneurs, quenousavonsnomméscy-deftus, 8e nefouff re point qu’on leve aueunesimpofmons, tallies ouga-
  • 3 5>- Pouvoirdes maiftres fur lcurs domefti. qucs, 404 VOYAGE DES INDES, belles,de quelqucnaturequ’elles pniiTent eftre. Auíli nefautt- il point apprehender, que la benignité de l’air de ce pais-là en¬ gendre de ccs lauterelles, qui broutent toute la terre , 6c tout íe fruidt des arbres que lagreflealaifte,enforte qu’il ne de- meure aucune verdure aux arbres, ny auxherbes des champs cn toutle pais. Un’ya que le fonds des maifons, quipayeau Seigneur vne redevance annuelle , laquelle neantmoins ne monte qu’avingt francs pour les plus grandes , à dix pour les moyennes, à vingt fois pour les plus petites. Les habitans font outre ccla obliges à certaines courvees ,6c de donner vn homme au Seigneur pour le travail qu’il a à faire : mais cela n’arrive que deux ou trois fois le mois, 6c n’eft que pour vne heure ou deux , 6c au plus pour vne demy journée. Par ce moyen le Seigneur vit de ion domaine , le foldat de fes ap- pointements, le marchand de fon trafic , l’artifan de fon me- ltier, 6c le laboureur de ion travail. L’vn des plus confiderables revenus des Seigneurs conftfte en la pefche, particulierement en celle de la baleine , que l’Empereur leur donne. Il s’en prend tous les ans deux ou trois cens fur les codes de lapon 5 mais ellesne font pas iipuiilantes que celles que Ion prend vers le Nort, 6c none au plus que fept ouhui&poulcesde lard, mais beaucoup de chair, que les lAponois mangent. Iln’y a point de Seigneur, ny mefme de Bourgeois ou de marchand, qui n’ait le pouvoir de faire mourir fes vailaux, ou domeftiques, par la voye de Iuftice, qu’il fe rend luy-meime j mais l’Empereur la rend aux autres, 6c la fait adminiftrer par tout le pa'is fous fon nom. Les Gennlhommes 6c les foldats ontcétadvantage , qu’ils fe peuvent eux-meimes fendre le ventre 5 mais les autres font contraints de fouffrir la mortpar les mains du bourreau. Ils difent pour leur raifon, que les mar- chands font en quelque façon infames , parce qu’ils font 11a plus part menteurs, 6c ne craignent point d’afFronter ceux qui ie fient en eux. Ils meiprifont les artiians, parce qu’ils les con- iiderent comme des forviteurspublics, 6c les paiians, à caufe de leur condition miforable ; laquelle n’eft pas mcillcure en effet,que celle desefclaves. lln’yaque les Gentilshommes & les foldats, qui y ioient conilderes, 6c qui y vivent aux dee¬ pens 6c du travail d’autruy.
  • DV Sr DE MANDELStO, LIV. II. 4„j II ny a point de crime fí petit que ronnepuníffedemort, 1639. roais principalement le Iarcín, quand il ne íèroit que de la valeur d’vn foi. Le jeu de hazard, ôc mefme celuy d’adreiTe Leieuyeit Tn y eft capital, quand onjoiie de 1’argent, ôc celuy qui tiie, mef- erimc- me innocemment, ôc enfon corps defendant,doitmouririr- remiíliblement: mais avec cette difference, que cesmalheu- reux , comme auífi ceux qui commettent des fautes ou des crimes, qui ne feroient point punis de mort icy, meurent feuls, mais les autres crimineis enveloppent tous leurs parents en / leurs di/graces: de forte que pour le crime dVne feule perfon- i/onfaitmoa- ne 1 on fait mourir le pere, les freres ôc les enfàns, Ton em- r‘c lespatens mcne les femmes ôc les filies en fervitude, & l’on confifque dcscIumaclí les biens de toute la famille. Ce qui y arrive fi fouvent,qu’il y a des commiffaireseftablisexprés, pour 1’adminiftration des biens confiíqués; qui ne tournent pointau profit du Roy pour- tant, mais font appliques au-baftiment des Pugodes, ôc aux re¬ parations des ponts ÔC des grands chemins. La q ueftion que Ton donne aux voleurs, faute de preuve, fait pluftoíl: condamner les malheureux que les coupables. Pour averer le crime Ton fait rougirvne piece defer d Vndoio-cd’ef. pais, ÔC d’vnpieden quarré, ôcdésquelapremierecouleureíí: revenue on la couche fur les deux mains de 1’accufé, fur deux fueilles de papier, qui s’allumentaufli-tofi:, Ôc fil’accufe la pent jetter fur vnepetiteclaye,queIonypofeaupres,fansqu’ilfe bruile, on le renvoye abfbus, mais ii les mains font tantfoit peu offenfées par le feu , on lecondamneàla mort. Ce crime eft puny d’vn genre de mort toutparticulier. L’on attache le criminei avecvnecordedepailleparle col àvnegroffecanne, ticuSp'S a iaquelle on met deux autres Cannes de travers, en forme de volcw* croix de Lorraine, ou 1’on attache les pieds ôc les mains, ôc alors le boureau le perce d’vne pique depuis le cofté droit juf- qu a l’efpaule gauche , Ôc depuis le cofté gauche à l’efpaule droite: de forte que le coeur fe trouvant percé de ces coups, le criminei ne languitpas long-temps. Quelque fois Ion fe con¬ tente d’attacher le criminei par le dos â vn pofteau, Ôc on luy fait eftendre les mains, que deux homines tiennentavec des liens de paille, ôc alors le boureau luy donne vn coup parder- riere, qui prenant depuis lecoljuiquesfousl’eipaulegauche, palfe jufqu’au coeur, ÔC tué en vn moment. II. Partie. £ee
  • VOYAGE DES IN DES, 1635. Les Seigneurs ontvn pouvoir fi abfolu fur Ieurs domefíiques qu’il nefaut avoir qu’vn pretexte pour les faire mourir 5 ainh qu’il arriva iln’y a pas fong-temps: qu vn vallet eut 1 info- lencc dc s'adrciTer à vn Genttlhomme , pour femocquer de luv en offranc de le fcrvir , mais en demandant vne ro-com- peníê plus grande que 1'autre neluy pouvoit donner. Le Gcn- tilhomme voyant 1'audaccdecemarault lc falcha, mats eut 1’adrcffe de cacher fon indignation, Se luydir.quenefferil luy demandoit dcs gages cxaffih: mais qu d avoir fi bonne opinion defa perfonne, qu'il croyo.t qu'.l en iero.t patfaite- ment bicn lervy. Et de fait il s’en iervit quelque temps , mais vn iour prenant pretexte de fa negligence Se luy repto, chant quen failintvn meflage ils'cfto.tamuie a Ia v.l e .1 le fit mourir. La plufpart des Gentilshommes 6c des ioldats font pauvres, 6c viventmiferablement, mais commc íls íont glo- ricuxdlsont la plufpart des vallets, qui leur portent Ieurs lou- líers,quine font proprement quedesfemellesdepaille ou de jonc, ayant vn bout vers les doigts,par lequel elles tiennent Les crimes, pour lefquels l’on fait mourir toute Ia parente font, concuffion , faufle monnoye , incendie violement ©n'fait mourit meume premedité , &c. Si la femme en eft complice on les parents des ]a faicmourir avec fon mary; mais ft elle eft innocence , on ermnnels, Vemmene £n fervitude. Les peines n*y one point de propor- tion avec les crimes,mais les fupplices font fi horribles,qu ílya quelque chofede plusbarbareque ce quel’on en peuteícrire. Brufler á petit feu, crucifier la tefte en bas faire bouilhr dans de rhuile ou dans de l’eau , efcarteler, & faire tirer a quatre chcvaux, ne font que des fupplices fortordinaires. L’on a veu crucifier vn hommela tefte en bas, qui avoit en- trepris de fourmr la charpentene & les grofles pierres pourra Paíais quele Royfaifoit faire, 6c qui avoit corrompu les oft- ciers nommés par le Roy , pour reccvoir 6c controo er ce qu’il livreroit. 1 es officiers furent condamnez a le tendre le ventre,& le marchand à mourir de la facon que nous venons de direC’eftoit vn fortbonneftehomme d’ailleurs, 6c qui avoit euoccafiondobligerplufieursperfonnesde qualite y de íorte que l’on refolut de fupplier l’Empereur de luy laire grace de la vie y bien que ces intercelfions pour vn condamneíoienten
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. IL 407 quelque façon criminelle : & de faie 1’Emjpereur Iareceutfí 1637. mal, que les Seigneurs, qui avoiencprefenteleurrequeíle, fe retirerentíans oíèrrepliquerau reproche, quil leuríicdeleur mauvais procede. II arriva en Pannée 1638. quVn Gentil-homme, à qui le Roy Execution hoc- avoit donné le gouvernementdVne petite Province aupres de rible*. ledo, faifoit tant d’exa&ions fur les paiíàns, qu’ils fe virent contraintsd’enfaireleurs plaintesàla Cour j ouilfut ordon- né,que ce Gentil-homme, ôc tous fes parents fefendroient le ventre en vn mefmejour, ôtàvnemefme heure. II avoit vn frere, qui demeuroit à deux censquarante-íèpt lieues de ledo, ou íleíloicau fervice du Roy de Fingo-, vn oncle qui demeu- roiten S-ttfumx, à vingt lieues plus avant: vn fils quieftoitau fervice du Roy de Kinocuni, vn petit fils, qui eítoit au fervicc duRoy de Maff mme, à cent dix lieues de ledo , ôcàtrois ccns quaere-vingts de S-ttfunu , vn autre fils au fervice du Gouver- neur duchaíteau de Quanto,deuxfreres,quieftoientau regimêt des gardes de l’Empereur,vnàutrefils, qui avoit époufé la filie vnique d’vn riche marchand aupres de ledo-, &c neantmoinsil falloit que 1’execution de toutes fes perfonnes íe fifi; à la mefinc heure. Pour ceteíFet loncompta combicn de temps ilfalloit pour envoyer l’ordreau lieu le plus eíloigné, ôcapres avoir pris piedla-deííus,l’on commandaauxPrinccs de tousles lieux,que nous venons de nomraer, de faire mourir toutes ces períònnes au jour nommc,&:juftement à 1’heure que leSoleil feroitauMi- dy:ce qui futtres-punduellementexecuté.Le marchand, qui Lemenfonge avoit donné fa filie à ce Gentil-homme,mourut d’affliclion, & Pumt de la veuve íe fit mourir de faim. Lemenfonge sypunitauíli de ’ 01 ’ mort,particulierement celuy qui fe dit en la preíènce du luge. Ces fupplices au refte ne font que pour les Gentils-hommes, pour les 1'oldats, pour les marchãds &: pour les autres períbnnes de moindre condition : mais l’on pumt ordinairement lesRois & les Seigneurs de qualité bien plus cruellement, que fi on lesfaiíoit mourir.Car on les relegue das vnelíle nommée Fajr- fenfima, qui effc à qiutorze lieues de la Province de ledo, & n’a pas plusd’vne lieue de tour.Elle n’any portny rade,6cles bords font tellement efearpés, que e’eft íans doute avec vn dernier danger que l’ony eft encré la premiere fois. Ceux qui ont en- trepris d’y grimper ont trouvé le moye d’y enfoncer de groflès Eee ij
  • La ckfpenfe
  • DV SrDE MANDELSLO, LIV. II. 409 eft au fonds du chafteau, 8c eft compofé de pluííeurs apparte- 16 3 9. ments,falles, chainbres,cabinets,galeries, jardins, vergers, bois,eftangs,rivieres,fontaines, courts, 8cc. 8c deplufieurs maifons particulieres, pour fes femmes 6c concubines. Au íòrtir du Palais Ton entre dans vn retranchement, ou lcs Palais des demeurent les Princes duíàng, 8c les Coníèillers d’Eftat, 8cR°)'s'_ delà 1’onpaíTc dans vn autre quartier, ou font les Palais des Roys, Sedes grands Seigneurs du Upon, qui font tousdorés dehors Se dedans , Se d’autant plus magnifiquement baftis, qu’ils y font de la deípenfe à l’enuy les vns des autres, pour complaire à l’Empereur. Dansle quartier fuivant demeurent d’autres Princes 8c Seigneurs, quine font pas iipuiifantsque les premiers, mais qui nelaiftentpasd’yavoir leursPalais do- res , Se fi íuperbement meublés, qu’en y entrant il femble que l’on y rencontre vne montagne cTor. C’eft en ce quartier-li que demeurent quelques femmes, Se les fils aiínés de ces Prin¬ ces , que l’Empereurfait élev.er à laveiie dela Cour , afin qu’il ait autant d’oftages delafidelité de leurs peres : de forte que ce chafteau, quoy qu’auili grand qu’vne bonne ville, ne laifte pas de fourmiller tellement de monde , que les riies ne les peuventpas tenir. Quand l’Empereur fort deion Palais, il monte à cheval, oil s«it e deVEm^ il fe tait porter dans vn Palanquin, ouvert de tous coftés, & il Pcreut de IaPar fe fait accompagner d vn bon nombre de Seigneurs, que 1’on appelle les camar.ides de I’Empcrenr. Ce fontdes Seigneurs de grande qualite,& qui font fort riches, mais qui avec cela nc laiftent pas de s’apphquer à des chofes, qui les peuvent ren- dre neceffaires ou agreables. Les vns fçavent la Mufique,ou la Medecine , les autres fçavent bicn efenre, 5c peindre, ou font éloquents 6c capables de negotier. Apres eux fuit vne par- tie de la garde, qui n’eft compofée, que deperfonnes choi- Scsgarde's, fies parmy les enfans des grands Seigneurs, cadets, coufins ou parens, ou bien baftards de ceux quifont dans des emplois, ou qui y peuvent pretendre par leur naiflancc. Les gardes ordi- naires viennent en fuitte, commandées par leurs Colonels, 8c par les autres officiers, quilesfeparenten forte, que deux ou trois mille marchent devant l’Empereur, 8c autant derriere.. Parmy vn fi grand nõbre defoldats,il ne s’en trouve pas vn,qui n’ait efté trie, qui n’ait donne des preuves de fon courage, qui Eee iij
  • lé 3 9. LeDayro. Magnificence dci'Empereur. á 4to VOYAGE DES INDES, n’aic appjis tous les exercices neceílàires, pour pouvoir reuíTir au mel tier, Sc qui ne reponde de la mine £ l’employ qu’011 leur donne. IlslaiíTenc de l’efpace encr’eux Sc l’Empercur pour pluíieursautres Seigneurs, qui fetrouvent aupres de la per- fonnedefaMajefté'; quiparoiftextremementparmy cinqou fix cens hommes, veftus de noir, tanc a pied qu à cheval, avec tant de gravite, Sc avec tant d’ordre, que non feulement il n’y cn a pas vn qui quitte íbn rang , mais mefme lon nyentend pas dire vn íeulmor. Les rues font balayees Secouvcrtcs de fable,& toutes les portes des maifons ouvertes^íàns que ncant- moinsperíonne paroifle dans les boutiques ou aux teneftres, oil s’lls’y rencontre quelqu’vn, les gardes le font mettre a ge- noux, jufqu’a ce que l’Empereur lbit pafle. De cinq en cinq ans 1’Empereur va a Mt\xco , faire la reve¬ rence au Diiyro, qui eft le veritable P rince du Ltpon, 5c qui cn a encore la qualité-, mais fans aucune fondion. L’on employe vneannéeentierc aux preparatifsdecevoyage,dontnouste- ronscy-apresvnedefcription particuliere, Sc l’onenvoye les ordres aux Seigneurs, qui doivent iuivre, Sc qui fe rendent pour’cet efFet au jour nommé aux lieux oil ils doivent rencon- trer le Roy 5 fe partageans en force, que les vns prennent lc de- vant, pour relever ceux qui partent avec la i^our, afin d c viter ledefordre& laconfufion, qui feroit inevitable parmy vn fi grand nombre dePrinces,qui font tous obligez de paroiftre en cettc occafion, avec ce qu’ils ont de beau Sc de magnifique. Il y a depus la ville de ledo jufqu’a celllede Meaco environ fix vingts cinq lieues, Sc l’on n’en i^auroit faire trois ou qua- tre, que l’on ne rencontre vne bonne ville, capable de loger la Couri Scneantmoins l’Empereur a fait faire en cette efpace, dans vne diftance égale, vingt-huid belles maifons, entrelef- quelles il y a vingt grands chafteaux , Sc en chaque maifonil trouvevn equipage de Roy,compoíéde Gentil-bommes, de gardes,de chevaux,d’officiers Sc ae vallets, avec les vivres ne- ceiTaires pour la nourriture de tout lc train. Ceux qui l’accom- pagnent au iortir de la ville de /edo, le laiílent entre les mains de ceux qu’ils trouvent en la premiere maiion, 8cceux-cy l’ac- compagnent jufqu’a Iadeuxiéme, Sc ainfi de iuitte jufqu’a la ville de Metro, d ou il part avec le mefme ordrej parce que les equipages attendent fon retour, Sc le reconduiicnt de la meíme façon jufqu’a I edo.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 4n Les Empereurs dulapon baftiílènt íouvent de ces chafteaux, 1639. & les font achever dans fi peu de temps, que dans fix mois ils font vn baftiment, que Ton ne feroit pas icy en fix ans.L’on en a vn exemple au chaíteau, que PEmpereur Et baftir en Pan 1636. en la Province de 2dhko ,à quatrejournées de la ville dc ledo. II eft fortifié d’vn double foíTé , Sc d’vn double rem- part, Sc l’vn Sc 1’autre reveftu de pierre de taille, Scileft íl vafte , 8c compofé de tant de Palais particuliers , pour les grands de la Cour, Se de tant d’appartements, de jardins Se dè rontaines, pour PEmpereur melme, que le plus habille archi- tedbedePEurope n’y euft point reiiílien pluíieurs années : Sc neantmoinsil íè trouva achevé en moins de cinq mois j tant Pony employa de maçons , de charpentiers, de menuiíiers, de tailleurs de pierres, d’orfevres, de doreurs,de peintres,de verniíTeurs Se d’autres ouvriers. Ce chaíteau eft íi avant dans le pais, que 1’Fmpereur n’y loge qu’une foisPan,lors qu’il va faire les devotions au fepulcre de fon perc, qui eft en ees quar- tiers-là, 8e qui Poblige à y demeurer deux nui&s. Ses treíors font immcníès, Se li grands, qu’il eft impollible Scj treíbw, d’enpouvoir parlerpertinemment; parce que Por SePargenc eft enfermé dans des coffres, Se cache dans les tours ducha- fteau, Semefme çàSelàdans lepais, ou ils’accumule tous les jours à Pinfiny, puis que la defpenfe qu’il fait lelong de 1’année ne confumepaslerevenudedeux mois. L’Empereur defunét, pere de celuy qui regne aujourd’huy, eftant au li& de la mort, lit venir fon fils j Se luy dit :Que le Royaume Se tous les treíors luy appartenoient j mais quuluy avoit voulu recommander particulierement quelques coíFres Se cabinets , ou íl troin- veroit les anciennes chroniques du Royaume , Se pluíieurs beaux livres de morale, Se avec cela les bagues Se les pierre- ries de Ia Couronne : Pexhortant d’en faire eftat, parce qu’il S luy avoient efté chers,auífi bien qu’à íès predeceílenrs.Les pie¬ ces qu’il recommandaíingulierementà ion fils eftoient vn fa- bre ou cimcterre appellé Iejuky MafJumme.Vn autre cimeterre nomine S*moys.Yn autre plus petit cimeterre,quel’on appelle Bongo Doy@iro.Yn petit pot à Tfix ou >7he,appellé NdraiJ2ib*.Yi\ autre pot à Tfitplus grand que le premier , noramé Stengo^z vn livre eferit àla main intitule ^4ucKJk A'md&i. II laifla outre celaàfon frerç aifné,Roy d'OutVAry^v 11 tableau,appelle
  • L’Empereur de I.ipon eft Vicc-Roy. 4n VOYAGE DES INDES, í G3 9. que I’on neregardequepar I’envers, & vn cimeterre, âppellé Mafl'cimme. A Ton fecond frere, Roy de Kinocouny, vn cime¬ terre appellé 1 , Sc vn tableau de grenouilles, Sc au rroifielme frere, Roy de M/co, vn cimeterre, appellé Sc vn livre eferit à la main , nomine Smche. Et bien que íès ilx dernieres pieces ne puilent pas entrer en comparaifon avec celles qu’il avoir leguécs à fon fils, fi eft-ce qu’il n’y en avoir pas vne, qui ne valuft plus de mille Oebans d’or, qui valent quaran. te íèpt mille 7 hay Is, ou efeus d’argent. II laiíla outre cela à plu- lieurs Princes Sc Princefles du Sang, à des Seigneurs Sc Dames de qualité,à des foldats Sc à de domefti ques,pour plus de trente fix millions de legs. L’Empereur d’aujourd’Iiuy n’eí!;oitpasencoremarié,quãd il parvint à la Couronne, apres la mort de ion pere, par vne de- teftable habitude qu’il avoit contrackée pour lafodomie : de forte que dans l’averfion , qu’il avoit prife pour les femmes, l’Eftat courant fortune de demeurer fans chef , Ie Dayro chofit parmy íès plus proches parentes, Sc parmy les plus qualifiees PrinceiTes du Royaume, deux filles d’vne rare beau- té , qu’il envoya à l’Empereur, Sc le fit prier defairechoix de celle des aeux qui luy plairoit le plus, pour 1’honno- rer de la quahté de Miday , qui eft celle qu’ils donnent à la femme legitime de 1’Empereur. Il eut la complaiíânce d’ef- pouier l’vne: mais fes brutalités 1’avoient tellement débau- chc, qu’il la traittoit avec rant d’indifference, quelle lajetta dans vne profonde melancholie, qui luy penfa coufter la vie. Sanourrice,touchéede compaflion de la voir encéteftat,prit vn jour la liberte de direau Roy, qu’elle ne pouvoit pas com- prendre, comment il pouvoit fe reíoudre à abandonner Sc á meípriíer vne beauté, capable de charmer les plus infenfibles, J)our fuivre les appetits deregies, que I’on ne peut aflouvir, àns faire violêce à la nature. L’Empereur,quieftoitalorsde bonne humeur, s’altera tellement de cedifcours, ques’eftant aufli-toft retire dans vn autreappartement, ilyfit venir plu- fieurs architeckes Sc entrepreneurs, à qu’il commandade ba- ftir vn chafteau, fortifié de plufíeurs foílés Sc pontlevis, Sc de fort hautes murailles, ou il confinaia femme, avec íà nourri- ce, Sc routes les femmes Sc filles de fa fuitte. La nourrice de I’Empereur, qui avoit plus de credit aupres de luy, que fapro- pre Confine fa femme dans vn chafteau.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 4t3 pre mere, voyanc quepar ce moyen les heritiers alloientman- 1639. quer dans Ja maifon Royale, savifade faire venir à la Cour routes les plus belles filies du Royaume, qu’elle produifoit, quand la bonne humeur de 1’Empereur luy en faifoit naiílre 1’ occafion. II n’y cut que la filie d’vn armurier, qui feput faire aimer de luy, 8c qui en devint groílè •, mais les autres Dames, \ v„ enfant dc jaloufes de voir preferer vne filie de cette condition «à toutes !afi,.Ied’vn ar- les autres, trouverent moyen de faire tuer l’enfant, par le mUllcr' m oyen de la fage femmcj íàns que 1’Empereur en ait jamais au- cune connoiílànce. - • Les Chroniques de Iapon difent, que ce grand Eilat a toú- Commit rEm. j ours eílégouverné par vnMonarque, qu’ilsappellenten leur p««:rdtiapt>n langue D-iyro, 8c que íès fujetsavoient vne fi grande venera- tion pour leur Prince, qu’ilsfaifoient confidence de manquer l,10nnc' de reipecl: pour luy, tants’enfautqu’ilseuilent voulu prendre les armes, pour troubler le repos de fon Eilat. So. perfonne eíloit eílimée fi fainte , qu’ils ne permettoient point qu’il touchaíl à la terre,ou que lcSoleil ou le ferein luy donnail fur la teile. C’eil pourquoy quand les autres Princes fe faifoient la guerre, 1’on nommoit vn General d’armee, qui agiiloitau nom du Ditjyro, 8c ramenoit les rebellesà leur devoir. Us ont encore La perfonne & aujourd’huylemefrnereipectpourle D.tyro, de forte que.ronIaGoutd‘:Dai- ne fouffre point qu’on luy coupe les cheveux, la barbe, ny les °' ongles, ou qu’on luy luy faife cuire ia viande que dans des pots neufs. Iladouze femmes, que Ion luy donneavec des cere- monies,8cavec des magnificences incroyables.il ne fort jamais, quefes douzefemmes nelefuiventenautant de caroíles, do- res 8c cnrichisdeleursarmes 8c deviies. Elies logenten dou¬ ze grands hoilels, bailis dans vne rue qui va au Palais du Roy, & accompagnés de plufieurs autres belles maiíòns pour ies concubines. II n’y a pas vne de ces femmes, qui ne faile tous lesjoursappreilerlefouperchez clle, 8c qui n’y faile venir Ia mufique 8c les danfeufes ■, mais dés que le Roy eil entre là ou il pretend paiTer la nuicb, dies font toutes porter le fouper, 8c pailer les divertiiTemens chez la Dame, que le Roy veut hon- norer deíãpreíence. Vne des plus grades ceremonies 8cmagnificêces qui fe voy et Ceremonies que dansle /ap>n , ibntcelles qui ie font àlanaiílànce d’vn Prince, l'>D.fait Poul ie nentierdeladignite de Dxyro. Car pour choifir vne nournce .i0uruce. II. Partie. Fff
  • 4i4 VOYAGE DES TNDES, \6\ci. à I’enfant, 1’on fait vne aflemblée de quaere-vingts des plus pom Utils du bellesieunes femmesduRoyaume,quel onprelenteaudou- ze femmes du D tyro, & à neuf des plus grands Seigneurs du pais & des plus proches parents de D*yro, qui luy pourroient E mafles. Ces Princes 6c Dames reçoivent Revolution dans le iapon titres extraoraina.il, demain l’on reduit ce nombre àlamoitie &1 onrenvoyeles autres avec de grands prefents. Lejourd apresl onaugmen- te les titres de celles qui font demeurees ,avec de grandes ce¬ remonies , 6c l'on reduit leur nombre a dix, Seen luitte a trois, en renvoyant toujours les autres fort chargees de prefents, 6c au bout de 3.' jours l’on choifitdes trois dcrnieres vne ,a laquelle on donne, avec plufieurs autres titres, la quahte dc nournce du Prince. Pour l’eftablir en cette fonchon , on la fait entrer dans la chambre du Prince, quelletrouveentre les bras d’vne des premieres Dames du pais, qui 1 a nourry depuis le jour de ia naiiTance, 6c l’on faitjettervn rayon de laid dans la bouche de l’enfant,apresquoy on le luy met en¬ tre les mains. Toutes ces ceremonies , auih bien que ceiles que Ton fait aux feftes ordinaires, font fort grandes, & on les fait encore aujoud’huy avec le Dayro, qui jottit toujours d’vn revenu aiTez confidcrable, pour fournir a mute ladel- penfe, 6c voit encore en fa perfonne la mefme grandeur que fes prcdeceíTeurs ont poíTedée; bien que les forces de 1 Eitat ayent pafie en des mains eftrangeres, de la iaçon que nous al- lons dire. „ ... La charge de General d’armcecftant autrefois k premiere de tout le Royaume, comme celle de Conneftable en France, on Ia donnoit ordinairement, quoy que par vne manvaile po¬ litique, au fecond fils du Dayro. Ilya environ fix vingts ans, qu’vn Dayro ,ayant vnfils, qu’il aimoitvniquement, conlcn- tit par vne fotte compliance qu’il eut pour la mere, a ce qwe la dievnité Royale luy full commune avec luy , 6c ordonna quelle paiTeroit de l’vn àl’autre,de trois en trois ans álterna- tivement. Mais le fils voulant profiter dc 1 occafion, lceut h bien eagner l’affedion des Seigneurs 6c des foldats, pendant les trois années de fon regne, qu’ilrefolutdes y maintenir, nonobftanc les exhortations de ion pere, quiferepentittrop
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. ir. 4ry tard de s eftre crop toll defpouillé d’vne dignité , qui eft in 1£ 3 9, communicable. Ce foc lá le premier defordre que l’on avoir veu dans le /^-parceque lepere&le fils, fe trouvans tous eux reveftus de la qualite de Diyro^Yon croyoitpouvoiríàns crime prendre les armes pour 1’vn & pour 1’auíre. Neant- moms la plus paredes Seigneurs deceítans 1’ingratitude du l ,nfej0rgnífnCauÇenfferal,quele pere avoirnommé pour chaíher fon hls, qui fut defait Sc tué en cerre guerre civile. Le General, fc voyant burn eftably cn fa charge, fuivitl’exemple u 1 nnce , Sc aburantdupouvoirlegitime,dontil fe trou- voitfaiíl, s en fcrvitpour s’eftablir fur le thrône, apres la mort du J) {yro 5 laiílant neantmoinsà 1’heritier legitime, avec la qualitedeDajro, route 1’apparence exterieure de fa premiere grandeur. Cet attentat fut cauíè d’vne íèconde guerre ci¬ vile , qm hit Jilgec d’autantplus jufte, quel on prcnoit les ar¬ mes contre vn vlurpateur, qui n’avoit point la qualité de «>ayro ny par consequent le carade’re pour Iequel les Iaponois one vnefi grande veneration: auffieuft-ellc lemefmefuccés. Car I vlurpateur fut defait Sc execute. Mais ce fecond General nen via pas mieux que fon predecefleur de forte que par cette leconde viurpation tout le pais tomba dans vne anar¬ chic , ou tout le monde eftoit le maiftre5n’y ayant point de Prince ny de Seigneur , Sc mefme point de village, quine foil en guerre contre Ion voilin. Cesdelordrcs donnerent occa- hon à vn foldat de fortune nomine raycko, de paroillre pre- Jn r°I
  • 4lé VOYAGE DES INDES, i 6 3 9. 2nerde la Cour , & pour cér effet il envoya les princi paux, avccvnearmée de foixante millehommes,aupais de Co eat avec ordre de ne revenir point qu’apres la conquefte de cette Province Ilsy trouverent tant de reiiftancevquilshirentpres defeptans à s’afleurerde l’obeiilance de ces peoples: T^ko les entretenant cependant de belles efperances , 6c les am- mant à continuer vne entrcpnfe fi eloneufe a 1 Eitat. Us lu- rent contrains d’obc'ir j maisdans [’impatience quils avoient de rctourner chez eux ils s’emporterent à des exces , qui jct- tercnt les habitansde Corea dans le defefpoir de forte que ne pouvans plus fupporterles incendies, les meurtres , & les lu¬ cres violences,quis’y commettoient,ilsenyoyerent vn Ara- baííadeur à la Cour , qui, pour delivrer fa Patriedesmaux qu’ellefouffroitdepuistantd’annees, fehazarda de fairedon- Eft empoifon- ner du poifonauT^cfo, quien mouruten pen de jours. L ar- 3. mée, qui eftoit en Core., fe diilipaauili-toft , 6c les Seigneurs, 0 ui la commandoient, fe retirerent chez eux. Donne hre- Taj toeftantauliddelamort,6c confident qu il ne pou- genceàvn des voitpasefpercrde pouvoiraiTeurerlafucceiTiona fon fils qui Seigneurs du n>^lt que flX ans,s’il ne luy donnoit vne puiflante protection, F'lS‘ envova pner n des plus grands Seigneurs du pais,de fe charter de la tutele de ce jeune Prince. Onpjfchio 1 acce- pta & pour achever d’aiTcurer 1’efprit de Taycko luy pronut parvn ade figné de fon fang , qu’il reftitueroit la Couronne a Fidey e’eft ainfi ques’appelloitle ieune Prince, desquil feroit parvenu à l’aage de quinze ans, 6c qu’il le feroit Couron- ner Emperenr par le Dayro. 11 n’y avoir perfonne qui ne fe lou- vinil encore des ordres des dernieres guerres civiles;c eft pour, quov l’o ne fut pas mary de voir la regêce entre les mains d vne perfonne, qui avoir routes les qualités neceffaires, pour s en acquitterdignement. Ongojfchio en avoitdctres-belles} mais il avoir auffi trop d’efprit 6c trop d’ambition^our fe pouwoir refoudreà vivre en particulir, apresavoir poifede vn pouyoir fouverain pendant vne fi longue fuitte d’annees.U avoir oblige Fidery à efpoufer fa fille, mais cette alliance n^ftouffa point en luy cette paffion dominante j qui luy fit dire dabord ,que Fideiy eftoitentréende fi grandes defiances de luy, qu il eitoit contraint de fe tenir fur les gardes, 6c de faire vne armee,pour oppofer àcelle que Ft dery faifoit aílémblcr contre luy. 11 pu-
  • DV Sk DE MANDELSLOjLIV. II. 417 blioit, que Fidery fefaifoit traitter en Empereur , 8c qu’il en 1639. vouloitfaireles fondions,avant que 1 eDajiro 1’euft reconnu, Qmfc faifude couronné cn cette qualité. Er de fait,il marcha quafi en mefme 1 LUat- temps avec vnepuiílantearmée,qu’il avoir fait lever au Roy- aumc de S«rKg , vers la villed’ ■xjicba, ou Fide ry demeuroit, &apres vn íiegedetrois mois il reduiíit Fidery à de íigrandes cxtremités,que celuy-cy l’envoyaprier par fa femme,qui eftoit fiile d'Ongoffchio, comme nous venonsde dire,de luy donner la vie , 6c de luy laiíEr telle terre dansvnedesProvinces du Royaumc qu’il voudroit, ou il puftvivreen particulier: mais Ongofjchio nevoulutpointvoirfa filie, & preíFanttcuíioursle fico-e , il fe renditenfin Maiftre du chaíleau. Le malheureux Fidery s’eftoit enferme aveefes femmes , Se Et fait mourir avec plufieurs autres perfonnes de qualité,das vn Palais qu’ow- go/pfiiofitenvironncrde tous coftés, de grands monceaux de ronue. bois, ou il fit mettre le feu, Sc reduifit par ce moyen en cendres le Palais, avec toutes les períònnes qui s’y eftoient retirees. 11 fit aufli mourir tousles Seigneurs qui s’eftoicnt declares pour fidery , ou qui avoient cu la moindre intelligence avec luy, Sc par ce moyen il s’eftablit feulMonarque de cet Eftat,de la mef- mefacon qu’avoit fait Tah k»,fon predeccfTeur.' ngofjchio mou- rut 1’année fuivante, Sc laiíla rEmpirepaifibleàfonfilsCow- oil (.ombo/amwa perede Chiongon, qui regne aujourd huy. L’Empereur de íapon a d’autant plus de facilitei lever Sc à L>Empereur Ja faire lubfifter vne armée, que tous les fubjets font obliges de [aponfaitfcs fournir, Sc d’entretenir vn certain nombre de gens de guerre à proportion deleurrevenu. Carceluy quiamille co kiens ,ou ^ quatre mil efeus de rente, eft tenu d’entretenir vingt homes de pied Scdeux chevaux, Scfur ce piedle Seigneur de firando, ou les Hollandois on fait leur premier eftabliiTement, qui a foi- » Xante mille coi kiens de revenu ,'eifoit taxé adouzeccns hom¬ ines de pied, 8c à fix vingrs chevaux, fans les vallets, les en¬ claves Sc l’equippage neceifaire pour cela. De forte quepar ce moyen , fur le pied du revenu des Seigneurs , dont nous avons parlé cy-deflus, qui monte à dix-huid millions quatre Peutmettrefur cens mille co kiens, l’Empereur delaponpeut faire vne armee pjed.
  • •i 6 3?. Les armes ác leur Gendar¬ merie. Leur Compa- gnies 8c regi¬ ments. Police. Le Confeil d’Eilat. 4r3 VOYAGE DES INDES, Sc qu’il a quaE toujours fur pied ; tant pour la garde defes ehafteaux Sc Places fortes, que pour celle de fa perlbnne. La plulpart de ces Seigneurs ne fe mettent pas beaucoup en peine de faire des levees ; car il nj en à point, qui n entretien- ne ordinairement deux fois autantde gens de guerre; parce qu’ils veulent tous paroiftre Sc particulierement aux occa- ftons, ou lls pretendent pouvoir donner des preuvesde leur courage, ou du zele quils ontpour le fervice de leur Prince. Leur cavalleric eft armée de corcelets, mais Ies gens depied n’ont que le cafque. Les armes offenfíves des cavalliers font des armes à feu, vn peu plus longues que nos piftolets, des demy-piques , l arc , la fleche Sc le cimeterre. Les gens de pied en ont chacun deux, des moulquets, des piques Sc des Niinganets, ou demy-piques, Sc chacun vn coufteau fort large. Vne efcoiiadede cinq foldats eft commanded parvn caporal, Sc les cinq efcoviades ont vn chef, qui commande la moitié d’vne compagnie,laquellen’eft que de cmquante foldats,fous le commandement de dix Caporaux, de deux Lieutenants Sc d’vn Capitaine. Les cinq compagnies font vn corps, qui eft commande par vn autre chef, Sc les cinquante compagnies ont leur Colonel. L’Empereurde Iapon fait garder le meime ordre , pour fçavoir tous les ans combienily adeperfonnes en fon Royaume. Car chaque quartierde villeou de village, eft divifé en cantons , compoies de cinq maiíòns, qui font commandées par vn chef, qui dent regiftre de tous ceux qui meurentou qui naiiTent dans les cinq maifons de fon reifort, Sc en fait raport aux fuperieurs, qui en rendent compte au Prince ou au .Seigneur de la Province, Sc ceux-cy à deux Con- feillers d’Eftat, qui ont commiffion exprefle pour cela. Le Conibil eft compofé de plufieurs Seigneurs,qui ontehaf cunleurfondionparticuliere;àlareferve dequatre premiers, qui ne manquent point de fe trouver touslesjoursà la Cour, pourparler d’affaires à l’Empereur. Tous les autres font ft puifTans Sc ft riches, qu’il y en a parmy cux,qui ont plus de deux millions de revenu, les autres ont trois ouquatre cens mil ef- cus, Sc les moindres cent ou deux cens mille livres de reve¬ nu. Us font tous forts referves aux confeils qu’ils donnentà J’Empereur;auquelils neparlent pas mefmes d’affaires , s’lls nelevoyent d’affez bonne humeur pour les efcouter;mais il n’y
  • DV Sn DE MA NDELSLO, LIV.II. ^ en a pas vn quiluyofaft parlerdeuxfoisd’vnemefmeaffaire, ou qui vouluft enrreprendre de redoubler fes inftances, aprcs ie premier refus. Ce Confeil eft compofé de Seigneurs, en qui 1 Empereur jpeut prendre confiance, pour avoir cftéeítevés á fa Cour. Ce fone éux qui ontlemaniementde routes lesaf¬ faires publiques j mais dans vne fi grande dependance de la vo- lonté du íouvcrain, que non feulement ils ne rcfolvent rien d’eux mefmes , mais auffi ils n*en parlent jamais au Prince, qu’il ne leur en donne l’occafion, Sc qu’ils ne confulrenc fes yeux, 8c qu’ils n’eftudient fon vifage, pour tafcher d’y defeou- vrir fes fentimens. Ils ne s’y oppoíènt jamais, mais ils les ap¬ pro uvent toujours , quelques mauvais qu’ils foient 5 quand il y iroic de la perre d’vne Province entiere:parcequ’ils fça- venc que la moindre conteftationleur coufteroit la vie, ou au moins leur fortune. II paroift par ce que nous avons dit cy-deífus, que le revenu l* defpenfe des¬ de ces Seigneurs eft tres-graqd 5 mais leur defpenfel’eft bien S^ss Sc‘- autant.Car premieremet il n’y en a pas vn qui ne fbit oblige de jI1CU1S demeurer la moitie de Pannée àla Cour,&d’eftablir pendant ce temps-Ia Ca maiíòn en la ville capitale de ledo , ouceluy qui paroift le plusffo le plus de part aux bonnes graces de 1’Em- pereur. Les premiers fix mois del’annce íè trouventàla Cour les Seigneurs, qui ont leurs Principautez Sc Seigneuries dans les Provinces Orientales Sc Septentrionales du Royaume, Se les autres fix moisl’on y voit ceux qui demeurent dans les Pro¬ vinces Occidentales Sc Meridionales. En arrivant Sc en par- tant ils font desprefents fort confiderables à 1’Empereur, 8c font de grands feftins entr’eux. Ces voyages Sc h deípeníe qu’ils font obligez de faire à la Cour, oúil yatel Seigneur, quiy vientavec vnefuitte decinq ou fix mille perfonnes , in- commodentles plus puiílànts, Seruinentles autres. Le Sei- gneurdeFirando, qui eftoit des moins riches, ainfi que nous- venons de dire, avoit en íà famille plus de trois cens hommes, Sc nourrillòit dans les deux maifons qu’il avoit à ledo plus de mille bouches, y compris les femmes Seles concubines, qu’il; entretenoit, auífi bien que les autres Seigneurs, dans vne de1 fès deux maifons. Les vivres font afiez chers par tout le Upon , mais ils le ibnt'L-s vines y*õt. exceííivemêc à laCour,à caule de la confomptionqui s’y en fait;clKrs‘
  • 1^39- Lcs Seigneurs fone magnifi* ciucs en leurs. baftiments. 4,0 VOYAGE DES INDES, nanny vn fi grand nombre de perfonnes d’eminente qualitd Aveccela ilsfont do lbperbes baftimens, oil il y a tous les,ours denouveauxapparteroens, denouvelles peintures Scde nou- velles dorures à adjoufter. La plufpart de leurs domeftiques font habilles defoye , mais particu .erement leurs femmes & fuivantes, qui dependent du derail : de forte qu il n y a qua- f, point de Seigneur qui ne depenfe plus qu il n ade revenu. •Maisce qui active de les miner,- ce lone les ordresde 1 Em- pereur.qui leur enjoint de temps en temps de fourmr des hom¬ ines 8c de Targent pour les baftimens publilcs ,qnil faitfaue, pour efpuifer la bourfe des Seigneurs plutoft, que pour aucune ” Lefpkis grlndisagneurs, en faifant baftir vn Palais, y font faireordinairement deux portes l'vne pour leur vfaee, &. I au¬ tre pour lc paffagede l'Empercur.Cette dermereelHans com- paraifon plus grande que l'autre, 8c route faire de menufene, converte a vn beau vernis, à foeillages 8c figures d or. Des au’elle eft achevée on la couvre d’aix contrel injure du temps, Scon neladefcouvre, que vers le temps que l’Empereur doit honnorer la maifon de ce Seigneur de la prefence pour y d - ner Sc on la ferine dés qu’il en eft forty, Sc on la condamne pour,amais} parcc qu’ayant fervy depaffage al’Augufte Ma- [eftédc l’Empereur, ce feroitla profaner, fi l onpermettoit qu’vn particular y paíTaft apres fuy. L’on obferve auffi que l’Empereur ne difne jamais plus d vne fois dans vne me f maifon eftrangere, Sc que ion eft trois ans entiers a dilpo- fer les chofes neceflaires pour le feftin On 1 avertit auffi trois ansdevant, Sc cependant l’on fait fame tous les meubles,& , r • route la vaiftelle aux armes & aux chiffres de 1 Empereur , Sc pemrpreparerS> Pon ne les fait plus fervir apres cela : mais on les garde pretieu jcfefhnquel 5 fement conime des chofes quinedoivent pluseftre emplo) ccs fjittl'Empt- , > efoitj apres avoir fervy à lapcrfonneduSouve- rain : de forte que cette dépenfe, 8c celle que 1 on foraux fe- ftins que le maiftre de cette maifon eft oblige de faire t rois mots durant a route laCour/eroient capables de miner vnRoy mediocrement riche. r Ce qui incommode auffi ces Seigneurs ce fontles prelens que l’empcreur leur fait. Car au retour de fa chafte ordinai¬ re , qui eft celle de la grue, quel’on y eftmie beaucoup, Uaac- rcur.
  • DV Sr.DE MANDELSLO, LIV. IT. 4U couítumé d'envoyer de fon gibier à quelques-vns de fes plus 163 affectionnés íèrviteurs. Mais cepreíenc luy couíte pour le moins vnedemyannéedefon revenu, en feítins, en prefents &enaucresréjoiii fiancespubliques, qu'il eft oblige de faire, en reconnoiflànce de la grace que là Majefté luyafaite, en lay envoyant vn oyfeau pris parvn faulcon, qifilalafché de fes facrées mains. II n’ya pas long-temps quele Seigneur de Zxtiumn donna à difneral’Empereur, dans vn Palais qui ne venoit que d’eitre achevé : mais il fur bien rembourfé de la defpenfe qu’il yavoitfaite. Car l’Empereur luy fit vn prefenc pourfeschevaux, c’eftainfi qu’ils appellent les gratifications qu’il fãitàíès favoris, en augmentant fon revenu de plus de deux cens cinquante mil efousparan. f Les grands neprennent point de fern me, finonde la main de L’Emp«euf 1’Empereur, Sc c’eft d’elle íeule que naifíènt les enfans,qui doi- marie tous les vent lucceder en leurs Eftats. Auili la confiderent-ils comme fr!n^s Sc‘* celle qui doit donner des heririers à leur maifon, Sc comme vne §tl'UCt* perfonne,que le Souverain a recommandée.Celuy qui s’attend a cetlioneur fait baítirvnPalaisexprés pour la loger,lemeubIe richement,Sc luy donne vne luitte d’vn grand nombre de fem¬ mes Sc de filles, pour luy faire compagnie, Sc pour Iafuivre. Lesfemmes ne for tent qu’vne foisl’an, pour rendre vifite à Lerfcmmesf leurs parens, Sc alors on les voit dans la rueavecvne fuitte f°nt reíTcrrés. de trente, quarantc, ou cinquante Palanquins couverts, dans lei quels l’on porte autantde filles d’honneur, accompagnées chacune de leurs fui vantes Sc femmes de chambre, mar- chans de file des deux coités des Palanquins t vernis, dorésSc embellis d’or de rapport. Le reíte de l’annee les femmes dc- meurent cnfermées dans la maifon, ou il n’entre point d’hom- mes, ii ce n’eft quelques-vns des plus proches parens de la femme, quiont quelquefois la liberte de les voir, mais rare- ment,Sc en la prefence du mary. Celuy-cy de fon coité a le foin de leur luire trouver dans leur retraitte, tous les diverti fiemos, que leshonneftes femmes font capablés de prendre: leur don- nant des jardins Sc des pares pour la promenade, des eitangs Scdesreiervoirs pour lapefche, leur entretenant toutes for¬ tes d’animaux, &: leur donnant tous les jours la mufique Sc la’ comedie. Mais il faut qu’elles fe refoluent à finir leurs jours en cette retraitte, Sc à rendneer à la converlàtion des hom- 11. Partie. . • ' Ggg u
  • i^3 9- I.es femmes n'j parient ia- niais d'affai. ICS. 411 VOYAGE DES INDES, mes; parce que les moindres íoupçons y font punis demorti auffi bien que les crimes les plus averés -.nonfeulement en la perfonne de la Dame, mais auffi en celles, qui s’enfermenc avec elle pour la fervir. Ce font le plus fouveut des plus bel¬ les Damoiielles de la Province , qui le tiennent toujours en la prefence du maiftre Sc de la maiftrefle, avec rant de refped, qu’elies apprennent à refpondre, a rire & a le taire au moindre figne qu’on leur fait. Elies font ordinairement diftinguées par bandes, compofées de feize Damoifelles, qui ont cha- cune leur gouvernante, Sc leurs habits de foye, a fleurs, peints ou en broderie, de couleur oulivrée differente. Car vne bandc eft habihee de rouge, avec la ceinture& la garni turedetefte verre, 1’autre de blanc, avec la ceinture & la garniture de tefte rouge, l’autre de jaune, avec la ceinture Sc la garniture de tefte gris dal in Sc ainft du refte. Celles qui entrent au fervice de ces PrinceíTes en l’aage de quinze ou vingtans ,s’obligent la plus part pour le refte de leurs jours 5 mais celles que 1 on prend des Penfance, fe marient quelquefois à des Gentilshonimes, à des foldats, ou à d’autres officiers domeftiques, dont l’on augmen- te les appointemens en cette confideration : mais celles qui paflent l’aage de trente ans, fans le marier, ne doivent plus elperer de pouvoir changer de condition j finon en s avançant à quelques emplois parmy les femmes. La couftume du pais veut, que l’on inftruile les femmes de bon-heure à ne fe meller point d’affaires, de quelque nature qu’elles puilfent eftre : de forte qu’elies n’ent parient jamais a leurs maris. Ceux-cy de leur cofté fe van tent d’avoir 1 efprit alTez fort, pour laifler toutes les penfées ferieufes chez eux, quand ils en lortent, pour after dans l’appartement de leurs femmes 5 ou l’on ne parle que dedivertiilement&derejoiiif- íànce. Vne femme, qui voudroit parler d’affaires à ion mairy, le mettroit auffi-toft en mauvaife humeur, le feroit changer de vifage, Sc l’obligeroit à fe retirer,fansluy dire mot: done elle le donne bien cle garde j depeur de laifler a (cs rivales 1 ad¬ vantage qu’elle peut pretendre de Ion amide. Car ils dilent que la femme n’eft donnée à l’homme , que pour le lervir, pour le divertir, Sc pour avoir loin de 1’education des enfans, Sc que c’eftlàletout,Scquel’onn’aquetropd’exemples,des x malheurs qui font arrives de la trop grande liberte que l’on donnoit autre-foisaux femmes.
  • / DV Sr DE MANDELSLO,LIV. II. ^ Celles de Iupon ont Ia reputation d’cftre extremement fidel- 1 ^ 39* lesàleurs maris, 6c d’avoir tant depudeur 6c de modeftie , qu’iln’yenapoint ailleurs, quien approchent. L’on enpour- roit allegtier vne infinite d’exemples 3 maisvoulans demcurer dans lestermes d’vne relatiornde voyage, ou ces digreflions nepeuvent eftre qu’ennuyeufes, nous nous contenterons d’en alleguer icy deux ou trois, parrny plufieurs autres, quiiont arrives au temps, duquel nous parlons. Le Roy,ou Prince dela Province de Finppo, fçachant qu’vn Exempli Gentil-homme du pais avoit vne fort belle femme, le-fit tuer , gpierofité & ayant envoyéquerirla veufve quelquesjoursapresle deeds d vncic‘nu»c- de foil mary , luy defcouvrir fa paffion. Elle luy dit quebien quelle eut fujetde íe réjouir, 6c qu’elle s’cftimaft bienheu- reufe,de fe voir honorée de l’amitiec d’vn fi gredPrince,neant- moins qu’elle eftoit refolue de fe couper la langue avec les dents, 6c de fe faire mourir, s’il fe mettoit en eftat de luy faire violence : mais s’ll luy vouloit accorder vne feule grace , de luy permettre de pleurer ion mary vn mois, 6capres cela luy lailTer la liberte de donner vnfeftin aux parens du deffund , pour prendre conge d’eux,dans vne des tours du Palais, qu’elle luy monftra, elle luy feroit connoiftre qu’elle eftoit fa fervan- te , 6c qu’elle eftoit capable de refpondreà fon affedion. Le Prince,qui s’entenoitdeja afleure,ne fit point dedifficulté de faire ce quela Dame luy avoit demande, 6c ayant au jour nommé fait apprefter vn fuperbe difner , au lieu qu’elle luy avoit indique,tous les parents du defund s’y rendirent, mais ce ne fut que pour eftre tefmoins de Ia fídelité, qu’elle coníèrvoit^* ion mary apres fa mort. Car la Dame voyant que le Roy com- mençoit à s’efchauffer du vin qu’il avoit pris, dans l’efperance qu’ilavoit duller joiiir dece qu’onluy avoitpromis,deman- da à fe retirer dans vne galerie voiftne,pour prendre Pair 5 mais elle ne fut pas ii-toft entree , qu’elle íe precipita du haut en bas, en Ia pretence du Roy , 6c de tous les parents de fon * mary. II arriva aufti en ce temps - là qu’vne Damoifèlíe fui- Eccmpie-ic vante eftant à genoux au bout d’vne table , pour feivir fon j^cur
  • i^3 9’ Anne exemple dc pudcur. 4*4 VOYAGE DES INDES, pant Ia tefte dans favefte, ellenevoulut jamais defcouvrirlevi- lagejmais portant avec vne violence enragée vn dc fes tetons à labouche, elle y apphqua les dents, 6c íèParrachaavectant de fureur, qu’elle expira fur le lieu. Vn autre Seigneur, ayant fait faire vne recherche exaefte de toutes les plus belles filles de fa Province^ pour eftreen- fermées en fon Serrail,l’on luy cn amena vne entr’autres , qui luy plútmerveilleufement 5 de forte qu’ilen fit fa concu¬ bine. Elle eftoit fille d’vnc pauvre veufvede foldat, laquel- ' le croyant pouvoir profiter de la bonne fortune de fa fille, luycfcrivit vn jour vne grande lettre , en laquelie elle s’e- ftendoit fort fur la dermere neceílité qui la contraignoit dc demander fon aififtance. la file eftoit occupée à lire cette lettre , quand elle vit entrer le Seigneur dans fa chambre -} maisayant hontedefaire connoiftre la pauvretédeíà mere, elle la voulut cacher •, ce qu’elle ne peut pas faire fi adroite- ment, que le Seigneur ne s’en apperceuft. Le defordre qu’il remarqua auviíàgedelaDame, luy donna foupqon de quel- que intrigue j de forte qu’il la prefla de luy faire voir la lettre: mais plus'll l’en prefloit, plus elle y apportoit de rcfiftance, s’opiniaftrant tellement a le refufer , que voyant qu’elle ne s’en pourroit point defdire, elle fe fourra la lettre dans la bou- chc,avectant de precipitation , que penfànt l’avalcrelleen éftrangla. Ceprocede, quiaugmentalajalouile duSeigneur, le mit iiforten colere, qu’il commandaqu’on luy coupaft la gorge , ou Ton trouva les preuves de Ion innocence , auili bienque celledelapauvreté de fa mere, ll en fut tellement touche, qu’il ne íe pút pas empefeher de le tefmoigner par fes larmes, & ne pouvant plus donner de teimoignages de fon affectionàladefun&e, ft envoya quenr la mere, qu’ilfaifoit encore nourrirparmy les autres Dames ,au temps dont nous „ dcs pari ons, avec tout le refped imaginable. iapondTcn u Ils font tous tellement reíèrvésen la converfation, que non- «onTcrfaiion. feulement ils ne voudroient point avoir mcílé vne parole fale ou impertinente enleurs dilcours, maisaufli qu’ilsne parlent jamais de mariage, ny de ce qui en approche, mefmes en des termes d’honneur,en la prefence desjeunes gens,qui fe levent auftl-toft ôcfêretirent, dés qu’il efehappe a quelqu’vn de la compagnie d’en parler par mégarde.Les enfans ont beaucoup
  • DV Sn DE MANDELSLO, LIV. II. 4zS de tendrefíe Sc dereípeftpour Ieurperes&meres:perfuadés 1639. qu’ils font qu’il n’y a point de peché, que les Dieux puniilent plus feverement que la defobe'ifTance desenfans. Ilsontmef- me de la veneration pour leur memoire apres leur deeds j car ils obfervent religieufement lejeufne, qu’ils fe commandentvo- lontaircment, s’abftenans de manger de tout ce quia eu vieaux jour du mois, queleurspercs &. meres font decedés. En cette derniere cxa&itude, avec laquelle ils gardent leurs i!s font ia- femmcs, Sc leurs concubines, ils font criielsau chaflimcntde loux’ celles qm manquent à leurhonneur, ouquidonnentlemoin- dre ombrage deleurconduitc.il n’y a pas l’ong-temps,quele Seigneur de b irand' fit enfermer trois Dames dans des coffres, íur les pointes dcs cloux dont ils eíloient percés de tous coftésj l’vne parce qu’elle s’eftoit proftituée à vn Gentil - homme, qui fe fendit le ventre, dés que leur intelligence fut defcou- verte, Sc les deux autres,parcequ’ellesnerenavoientpoint adverty.Celuy qui trouve vn-homme enferme dans vne cham¬ bre avec fa femme, peut tuer l’vn Sc 1’autre, 6c en fon abfence le pere, le frere ou quelqu’autre parent, Sc mefme vn des do- meiliquesdu mary ale mefme pouvoir:&par cemoyen ils évi- tent tellement les fcandalcs, qui ne font que trop frequents ail- leurs, que l’on n’y entend quail pointparler d’adulterejenforte ?|ue j e ne me fbuviens point d’avoir jamais oiiy parler que d’vn bul exemple, lcqucl elfant prcfque 1’vnique ôéaílez remarqua- ble ,j’ay cru qu’il pourroittrouver place en cette relation. Vn marchand, qui croyoit avoir fujet de foupçonner la fide- Adultere feve- lité de fa femme, fit femblant d’aller aux champs, Sc la fur- rtmentPuny* pnt par ce moyen fur lefaich II tua l’homme, Sc ayantattaché fa femme â vne efchelle, la laiílàenceteftatfuípendue toute la nui£L I.e lendemain il fit prier tous leurs parens communs, tant hommes que femmes, de venirdifoer chezluy; leurfai- fant entendre, que l’importance de 1’afFaire qu’ilavoit àleur communiquer, les pouvoit bien difoenfer de la couitume qu’ils ont, de faire leurs feflins pour les femmesfeparément d’avec ceux des hommes. Ils s’y rendirent tous, &ne furent pas fort furpris de ne point voir la femme,apres que le mary leur euft dit, qu’ellc euoit occupée à la cuifine: mais le difner eílant déja bien avance, Sc les hoftesvoyant que la femme ne paroiffoit point, ils le prierent de la feire venir$ ce qu’i 1 promit Gggiij
  • f 632- L* fornication j cft permifc. IIs n'ont point de devotion. 416 voyage des indes, de faire. Etdefait, eftant entre dans la chambre, ou la femme eftoit attachéeàPefchelle , il la deília , luy mic furledos vn drap mortuaire , Sc luy donna entre les mains vne boíiette de lacque , ou eftoient les parties honteufes de fon galand, cou- vertes de quantité de fleurs * luy defendant bienexprefíement d’ouvrir la boiiettc, 6c luy diíànt j allez prefenter cette boiiet- te à nos parents communs, 6c voyezfi jevousdois íàuver la vie à leur priere. Elle fe rendit cn cét eftatdanslaíàlledufe- ftin , Sc s’eftant mife à genoux, prefentala boiiette ,avec ces pretieuíès reliquesauxparents: mais on ne 1’euft pas íi-toft ouverte , qu’elle tomba en defaillance , dont elle ne revint point 5 parce que le mary y accourutauífi-toft, Sc achevade Ia tuer, en luy coupant la tefle. Ce quifittantd’horreuraux parents, qu’ils s’enfuirent tous chez eux. Pour éviter ces defordres,ils ont dans les hoftelleries fur les grands chemins 6c dans les villes, la commodité de faire lèrvir les paflantspar des femmes, qui font la plus part efcla- ves,mais fortproprement veftues de robbes de loye, 6c qui ne font point de diffículté de s’offnr,pour leur faire compagnie la nuift. Les patrons des navires 6c mefmes les matelots eftragers s’en fçaventfort bien aider: ou s’lls fe veulent reduire à vne vie plusreglée, ilsachettentvne concubine, aveelaquelleilsfont vneontrad pour le temps qu’ils ontàdemeurer dans lepais: en leurpromettant cinq ou Ex ibis par jour pour leur nourritu- re , vne vefteou deux , quelques paires defouliersde peaux decerf, 8c environhuid ou dix eicus,pour le pere,oupour le maiftre, qui la loue. Au refte, bien loin de pouvoir accuíêr cette nation d’eilre trop fuperilitieufe, l’on n’yvoit point de marque de devotion du tout. Ceux qui en ont beaucoup , vontvnefoislemois à leurs Pagodes, 6cprononcentquelquefoisIemotdeNamman- da, qui eft le nom d’vn de leurs Dieux 5 mais l’on neles voit jamais prier Dieu , ny ibir ny matin, ny à aucune autre heure du jour. Il y a vne certaine lede parmy eux, qui a desPre- ftres, qui prefehent trois fois Pan, ou tous ceux delamefme croyance ne manquentpas deíb trouver. Il y en a auili qui ie fervent d’vne autre forte d’EccIeiiaftiques, particulierement en leurs longues maladies, ou ils font des prieres de vingt-qua- tre heures, avee tantdebruit,qu’ils eftourdiflent tous ceux
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. 11 4>? qui cn approehent 5 fans que l’on puiíTe entendre vn feul mot i (,; o4 de cequ'ils difent: non feulement parce qu’ils prononcent rhal Sc confufément, maisauífi parce que tout ce qu’ils com- pofent, tantpourla Religion que pour la Medecine, Sc pour les autres fciences, eft conçeu en des termes íi releves, que bienfouventils neles entendentpas eux-mefmes. Nonobftant cette irreligion 1’onnc laiíTepas de voir dans Leurs Pa^dei Ielapon vn nombre incroyable de Pagodes, ou Mefquites- &Prefttcs. parmy Icfquelles íl y en a qui ont quinze ou vingts Preftres>. On les connoift parmy les laics, parce qu’ils ontlatefte ra¬ fe, & par leurs habits, parce qu’ils portent vne eípecedctu- nique , faite comme ccs veftes de toile , que les paiíãns du Liege mettent fur leurs habits : mais aux jours de Feíte ils portent des robes, qu’ils portent pliées fous le bras gauche, comme vn mantcau. Leur principale fondion eft de faire des prieres devant leurs Dieux, Sc d’enterrer les morts, ou les cendres des corps qui ont eílé bruílés. Ils font diílin
  • 4i$ VOYAGE DES INDES, 1639. kies, font obliges de luy donner vn coup aucol avec vne fie G«uc uc mor'deboisjlaquelleeftantfortobtufe,faitquelquefois languirces bica crueiic. mjfer<1bies trojs ou qliaCre jours durant. Ils en vfentainii, par- ce qu’ils croyent,que la fodomie leur eftantpermife , ils fe peu- vent bien pafler de femmes. u douziénis Les Preftres de la douziéme feetc vi vent d’vne autre façon. ferte eft la plus car ft ]eur eft permis de manger de tout ce que l’eau Sc la terre peuventfournir, Scmefmede femarier : Et neantmoins l’on eftime cette fedte, qu’ilsappellent lekio, Sc les Preftres dont ellc eft compoiee lekois, la plus fainte Scla plus parfaite de routes. Celuy qui en eft lc chef, 1’eft aufli de tout le Clergé du pais, Sc eft dans vne ft grande veneration parmy fes fectateurs, que non feulement ils le font porter dans vn Palanquin, mais ils luy rendentauili des honneurs prefques divins. Tous les Preftres dépendentduT)ayro, qui s’eftrefervelepouvoir fur les Ecclefiaftiques •, qu’il poffedoit autrefois conjointement avec la puiílance feculiere. II n’y a que les Pagodes de ces der- niers, qui foient fondées , qui ayent vn revenu fixe, Sc qui jouiflentdeplufieurs privileges Sc immunités que les Empe- reursleur ontaccordés. Les autres ne viventquedece qu’on leur donne, ou par forme d’aumofne, ou par forme d’appoin- temens, qu’ils tirent de ceux qui les employent aux prieres fiour leurs morts : en quoy confifte quail toutl’exercice de eur religion. • Leur opinion H y en a qui croyent que 1’ame eft immortelle, que le corps touchantl'ame.retourneà(on premier principe, Sc devient poudreSc terre, ■ mais que l’efpnt iottit d’vne joye perpetuelle, ou qu’il eft con- damné à vne triftefle qui ne finitjamais, Sc qu’au retour en ce monde il aura du bien ou du trial, felon celuy qu’il a fait cn iàvie. Les autres ne font point de diftindtion de l’ame raifon- liable d’avec cclle de la befte, Sc comme ils n’ont point de connoiflance de la creation du monde, aufli ne Içavent-ils pas, qu’ils doit perirvn jour. Les plus zelésen leur religion ne font point dedifficultcde convertir leurs Pagodes en tavernes. Car comme l’on choifit les lieux les plus agreables du pais pour les Pagodes, l’ons’y vapromener, Scl’ons’y divertitenla prefen¬ ce des Dieux, Sc en la compagnie des Preftres, à boire avec tant d’exces, qu’il n’y a point de defordre qui ne s’en enfuive. 1'on n’y dif- L’on ne voit jamais diiputcr dc la religion en ce pais-là, ny qu’vn
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV, II, w cjuVn laponís fe metre en devoir de dormer de 1'inftrucHon 16 39. à ion prochain, oudeluyfaíreconnoiftreíbnerreur : mais auPlltc iamai» 4# concraireTony voitvne íi grande indifference, qu’iln’yena lire,iSion- point qui ne change de religion pour cent efcus. íls ont vne fi puiíTante averfion pour les Chreftiens, que iishavifa» voyans, qu’ilsalloient avec joyealamort, qu’onlcuráiiioitchrefttens- ÍoufFrir en leur tranchant la teftc , Sc en les crucifiant apres leur mort, ils s’aviferent de les faire mourir avec des dou- leurs fi effroyables, que bien qu’ils euílent aífez de refolu- tion pour les ÍoufFrir, Usn’eftoientpas aífez iníenílbles neant- moins , pourrecevoir vne mort fi douloureufe avec la meímc gayete , avec laquelle ils alloient aux executions ordinaires. Ilyenavoitqui chantoientparmyles flammesj mais iln’ycn avoit point qui puffents’cmpefcher de foufpirer dans les tour- mens qu ils íbuffroient, quandon lesfaifoit roílir à petit feu fur vne grille, ouquand on les faifoit languir plufieurs jours de íliitte. Avec tout cela Ton he voyoit point diminuer le nom- bre de ces mifcrables : De forte que ces barbares, voyans que la mort ne faifoit pointdepeuraceux, qui ne la confide- roientque comme vn paffage à vne meilleure vie, y vou- lurent proceder d’vne autre façon. Ilsdépoiiilloientles Da- inventionsfo. moifelles routes nues, les faifoienc violer, Iesfaifoient allcr ^1'^“ p0llc a quatre pattes par les rues, Sc les tnufnoicnt par des lieux les chrefticn*. 1 abotteux &fafcheux,jufqu’a ce qu’elles eullent les mains Sc les genouxpercés, Sc toutle corps defchiré, Sc apres cela les mettoient dans des cuvcs pleines de ferpents, qui leur entroiet dans le corps partoutes les ouvertures , Sc les faifoient ain- ii mourir miferablement : Mais c’eftoit avec moins d'hor- reur, que quandils rempliflbient les parties honteufes d’vne mere, ou d’vne fille, de mefche à fuzil , Sc cnveloppoient celles d’vn fils ou d’vn pere de la meifne matiere, Sc con- traignoient le fils de mettrelcfeu á celle de la mere,&; le pere á celle de la fille. C’eftoit vne efpece de grace, quand on lcurcouvroit le corps de gazons, Sc que Ton verfoit in- ceffammententre deux de l’eau boiiillante, jufqu’a ce qu’ds expirafFent parmy ces douleurs, qui ne duroient pas moins de trois ou quatre jours. On les chaffoit à grandes trou¬ pes à la campagne Sc dans les forefts , ftigmatifes au front j avec defenfes fur peine de la vie, de leur donner à boire II. Partie. Hhh
  • 4,o VOYAGE DES INDES, &: à mangel, ou de les retirer. II yen avoir que 1 on metcoic dans des cages furle borddclamer, afinque,cHux les cou- vrift jufquíla gorge, & qu’au refluxilsrepntem nouvelle force pour fouffrir plus de mal au retour de la maree. IIs attachoient les peres 8c meres a vn pofteau, Ôc leur ban- doientles yeux, pendant quilsfaifoient louffrirdcsdouleur.s inconcevables aux enfans, qui ne pouvans pointrefifter aces tourmens, les conjuroient, avec des paroles les plus pathen- ques que la douleur puiíTe dito en cet aage-la de les delivrer en reniant. Ceftoit-là vn des plus fafcheux lupphces qu i s ayent inventes, & qui en a fait mourir ôeabjurer plufieurs. Ils arrachoientlesonglesàccs pauvres enfans & eur pcrçoienc avec des poinçons les parties lesplus íenfibles du corps Pour deícouvrir les Chreftiens, 1’onordonna que tousles habitans protefteroient tous les ansdansleurs Vtgodcs, 8e figneroient dans vnregiftre, qu’ilsrenioientla Religion Chreftienne, & par ce moyen il ne íe pafloit point d année, que 1 on n en deí- couvrift vn grandnombre. Ceux que 1’onpend parles pieds, & qui languiífent en cet eftat-là dix ou douze jours, font ceux qui foufFrent le plus; parce que les angoiftes de ce íupphcc s’augmcntans àtousmomens, iln’ya point de douleur, non pas meírne celuy dufeu, qui approche de celuy-la. Ces períecutions ont bien diminue Ie nombre des Chre¬ ftiens dansle Iapon; mais ce qui acheve d’y ruiiier la Religion Chreftienne , eft 1’invention quils ont de faire mourir les Chreftiens, encore qu’ils ofFrent de renter de iorte cju ils ne pcuvent éviter la mort, qu’en indiquant vn autre Chreftienr qui la fubiíTe pour eux , & par cette trahifon ils fe fauvenr. Mais on ne lai íTepas de tenir regi ftre exact de ces renegats, a deílein, comme l’on croit,. de s’en défaire vn jour, quand on fera ceíTerles executions,fautede Chreftiens. 11 fe fit en ce temps-là vne recherche de Chreftiens par tou- tes les maladreries, ou 1’on trouva trois cens quatre-vingts cinq Chreftiens, que 1’on envoyaendeux vaifleauxaux Phi¬ lippines, pour en faire prcfènt aux Portugais. La ladrerie eíl vne maladie ft commune dans le Iapon, que 1’on y voit plufieurs perfonnes,. dont les doigts des mains & des pieds font telle- mentpourris,qu’ilstombent. Les Chreftiens que l’on meine au fupplice font hes puais 1 on
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. II. 43r traitte autrement les Preftres, tant Caftillans & Portugal, 163 9, que Iaponois. On leur rafelamoitiédelatefte&de k barbe’ quel on teint de rouge, & on leur met vnbailion dans labou- che,& vnecordeau col, quel’on attacheàlacroupe du chc- val, fur lequel on les conduitau lieu dufupplice * les contrai- gnant par ce moyen à fe tenir dans vn eftat ouils one de la pei¬ ne à reipirer. 7 La plus part des maifons font bailies de bois,&aftez Ic^erc- Ecurs ment * parcc que le pais eft fort fujetaux tremblemens di? ter- font d£ b°1' re. Elies font toutes élevéesdetroisouquatrepiedsde terre, planchayces Sc nattées, Sc fort propres par dedans, particulie- rement dans les appartemens oil ils reçoivent leurs vifites. Elies n ontlaplus partqu’vn eftage, oil Ton demeure , Sc le refte fert de grenier.Ils ont leurs magazins feparés des maifons, ou ils ferrent leurs marchandifes, Scce qu’ifsont de plus pre- tieux 5 pareeque les maiions fontliiixjettesaufeu, qu’ils font contrains de tenir des cuvettes pleines d’eau toutes preftes contre ces accidents, quiy font tres frequents. Les maiions des Gentilhommes Sc des ioldats font íeparées cn deux appartemens j dont I* vn eft occupé parla femme, que 1’on nevoitjamais, 2d’autre parle mary 5 qui a fes chambres ôc fes falles pour recevoir fes amis, & pout faire fes affaires. Les femmes des Bourgeois Sc des marchands paroiflent dans les boutiques, Sc ont ibin du mefnage ; mais on les traitte avec tant de reipect, que Ton n’oferoir avoir dit vne ieule pa¬ role libre ou equivoqueen leur preíènce ,& vnelicentieute le- roit criminelle. Ils n’ont point d’autre tapiflerie,que des para- vants peints Sc dores, qui leur fervent de tableaux, ou ils cou- vrent les cloifons de papier peintSc doré Sc íi propremêtcollé, qu’ilfemble n’eftre compoie qued’vne fueille. Ces cloifons fontfaitesd’vn bois fort mince,Sc font compoféesdeplufieurs guichets, en force qu’en lespouifint dans leurs couliiies,on les embouette fi bien, que de deux ou trois chambres medíocres, l’on fait en vn moment vne tres-belle falle.Toutes ces maifons particulieres ont vne galleric, qui fert de communication aux appartements du mary &de la femme, Sc les conduit par vne porte commune au jardin,quirefpondordinairement auxfe- neftres de la falle. Au milieu de la chabre eft ordinairement vn cabinet,fur lequel ils mcttentvn pot àfleurs,q ' ’
  • 43i VOYAGE DES INDES, 1635). point le long del’annee.L’ons’y applique avec grad foinaujar- dina
  • Comment ils Leuts mana¬ ges. DV Sr DE MANDELSLO, L1V. II. 435. 1’appellent Mourfitcq 011 Sdtfe. C’eil vne efpece d’hidromel 1639 plútoft que de vin} mais il lie laiile pas d’cllre auili fort que le meilleur vind’Eipagne,&.enyvrebienplutoft. Pour cequi eft du TfiV,e’eft vne efpece de r/j/5maislaplan- LeTfia te eft beauconp plus fine , Sc plus eftimee que celle du The. Les perfonnes de condition le gardent bien pretieufement dans des pots de terre, bien bouchés Scluttés, de peur qu’il nc s’evente 5 mais les Iaponois le preparent d’vne autre façon que l’on ne fait icy. Car au lieu de Pinfufer dans de l’eau chaude, ils le broyent menu comme pouifiere , Sc en prennent autant qu’il en peut tenir fur la pointe d’vn coufteau, Sc lemettent dans vne tafle de porcelaine ou de terre, plcine d’eau boiiil- lante, dans laquelleils le meflent avec vn houfpillon,juíqu’à ce que l’eau devienne route verte, Sc alors ils la boiventautant chaude,qu’ils la peuveut fouffrir.Us s’en fervent vtilemctapres la débauche, eftant certain qu’il n’y arien, quiabattefi bien les fumées, Sc qui raccoinmode fi bien l’eftomach que cette herbe. Ils n’ont point de plus riches meubles que ceuxdontils fe fervent à cét víàgc 5 eftant certain qu’il s’eft veu des pots à Tfii, quiavoient coufté vingt-huieftmil efeus. Les manages, ne fe font que par les parents qui ontquelque fuperiorité iur ceux qui les contraébent. Le pere & la mere fontceux qni en font la recherche, Stàleur defautlesautres parents, fans' que la jeunefte y ait aucune part: de forte que les mariés nc fe voyent qu’al’heure que le mariage fe doit coforn- mer. Ilsy trouvcntd'autantmeinsdedifficulté,quelemary le L®co^nl>j^a- referve la liberte d’entrçtenir vn bonnombre de concubines, f'x homnils’.1 & mefmes de fe divertir avec des femmes publiques, au lieu mariés. que le moindre foupçon, qu’vne femme doneroit de fa fidelité, luy feroit criminei 6c capital. Ils ont outre cela la commodkc du divorce, 8c de pouvoir renvoyer leurs femmes, Ians que leur h5neury foitintereiIe.il eft vray qu’il n’y a que les gens de co- dition bien mediocre, qui s’en fervent, comme les marchands, les artifans & les .fimples foldats, Sc que les perfonnes de qua^ lité en vfent autrement, en confideration de !a naiiiance Sc des parents de la femme, Sc qu’ils ne laiflenr pas de les garder Sc de les entretenir felon leur qualité: mais cela n’empefchc pas auffi qu’ils ne fe donnent entierement à leurs concubines 5 ne fe mettans pas beaucoup en peine de la mauvaife humeur de leurs Hhhiij
  • i 6$ 9* T,’education dcs er.fans. Qin ont deS lumictes cx- traordinaircs* On nc Icsen- ■voye à 1'cfcole qu’cn 1’aagc dc feptouhuit an s. On nc les cm- raaillott* point. 434 VOYAGE DES IN DES, femmes, Iefquelles ils nevoyentqucquandilsveulent. Cari} eft certain qu’il n’y a que les femmes qui s’y marient, 6e queles hommes fe refervent Ia mefme liberte qu’ils avoient aupara- vant. L’on y fouffre le bordel, 6c ll y adesmaiftres, qui n’a- chettent des cfclaves, que pour les employer à ce meiKer: parce qu’ils croyent que pour evitcr vn plus grand fcandale, l’on peut permettreceluy-cy. Ils cilcvent leurs enfans avec vne bonté incroyable, ne les battans quad jamais, & ne Jes crians quebien raremetit 5 parce que fçachans que l’vfage de la raifon ne vient qu’avec l’aage, ils ne croyetpas Jesen pouvoirrcdrecapablesdevantle temps, ■6c qu’il faut leur faire comprendre felon leur petite capacite, avec douceur , ce que 1’on veut qu’ils faflent, & les inflruire pluftoft par bons exemples,que parquantitedepreceptes.il fãut croire que le peu decorredHonqu’onleurdonnecnl’en- fance, fortifie l’humcur opiniaftre que Tonremarqueentous les Iaponois: mais il fautadvotier auffi ,que cette forte d’edu- cation noble 5c douce,contribue beaucoup à la vivacité d’efprit 5c au jugement que Ton voit en eux au fortir de la premiere enfance j en forte qu’aux enfans de fept,huit,ou neufans 1 on re- connoifl vn efprit penetrant, 6c vnefàgacité,quenoftrejcu-, neflen’apoint en l’aage dedix-fept ou dix-huit. On ne les envoyeal’efcolequ’enl’aagedefeptouliuit ans, 5c ils diíènr, qu’ils en vfentainfi, parce que devánt ce temps- là les enfans font incapables d’inflru<5tion , 6c qu’ils ne font que fe gaiter, 6c apprendre mille fripponneries lês vns des au- tres. Les Maiftres, qui rencontrent des efprits indociles, ne les crient ou ne les battent point pour cela,mais leurenfeignent à lire 6c à efcrire petit à petit, en les piquant d’honneur, 6c en les rendant capables d’ambition pluftoft que d’autre chofe5 afin de baftir fur ce principe tout ce que leurs difciples peuvent apprendre: en quoy ils re uffifTent bicn mieux ques’ilsies mal- traittoient 3 parce que c’cft vne nation incorrigible, qui ne fe rend jamaisaux coups, 6c qui veut eftre traittce doucement. L’on n’y emmaillotte jamais les enfans j mais au fortir du ventre de la mere, la fàge femme, apres les avoir laves d’eau froide, les fourrent dans les manches de leur Iaponoifes, 8c par ce moyen ils les endurciflent fi bien contrelechaudSc le froid, que l’on voit bien fouvent ceux qui n’ont pas encore
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. 11. 43r l’vfages des jambes, aller tout nuds à quatre pattes, par Ia mai- i6y% fon 6c à la campagne. Le íils aiíhé eftant parvenu en aage d’homme, Ie pere luy re- fígne íã charge, ou s’il eftmarchand,luy donne avec íontra- fic, la meilleure partie de íon bien , luy cede le premier ap- partement de la maífon , 6c íè retire avec le refte de la 4- raille dans vne autre ^ ou s’il a dequoy, il luy Iaiíle tout le Iogis-, pourcn prendre vnautre ^ ménageantle furplusdeíònbienau profit des autres fils, s’il en a, mais s’il n’en a point ,celuy qui refte íeul demeure 1’heritier. Les filies n’ont point de part en Lcs filies n-om la fucceífion, 6c meíine Ton nc Ieur donne point de inariage; pointdePart_ parce que l’on neveut point que les femmes tirent de Padvan- cula íilccelT'i0-' tage de leur dot: de forte que íi le pere s’advife le jour des nop- ces d’envoyer vne íomrae d’argent au fiancé, celuy-cy le ren- voye avec de grands compliments, 6c fait dire, qu’il ne veut pas que ion beaupcre croye, qu’en recherchant l’honneur de fon alliance, il ait confideré autre chofe ,ou qu’il ait voulu pro- fiter de fon bien. Ils font fi ambitieux, 6c fi glorieux, qu’il ne s’y en trouve Lesiaponois. gueresqui vueillentfairedeschoíès,dont onleurpourroitfai- aimc,u rereproche: maisaucontraire, iln’yaquafipointdelaponois, ncU1, qui n’aime mieux perdre la vie que I’honneur. Ie raconteray à ce propos l’hiftoire d’vne perionne illuftre, qui pourrafervir. d’exemple a ce que je viens de dire. Lors de la guerre que Fidcry eutcontre ion tuteur ,le R.oy, Exercpk. ou Prince de Cocor.i, qui avoittefmoignedel’inclination pour le party contraire, fut contraint de laiflcr íã femme 8c fesen- fans en oftage à Fidcry: lequel f^achant que le Prince deCoco- ra, s’eftoit entierement declare pour fon ennemy, envoya di¬ re à fa femme, qu il vouloit qu’elle vintdemeurerdans le Pa¬ lais. Elle s’en excuia, 6c fit remontrerà.F/cííTjy, qu’elle eftoit femme, 6c qu’en cette quahteelle devoitlamefme obeiííãnce- au Prince fon mary,que fon mary devoit à l’Empereurjde iorte. que fi fa Majefté vouloit, qu’elle fift ce qu’on luy avoit ordõné,, il falloit qu’elle s’adrcilaft à fon mary , afin qu’il le luy com- mandaft. Fidery voyant cette refolution, luy fit dire, que fi el¬ le ne venoit, il la feroit enlevcr de force. Mais la Princeííè. confiderant, qu’en fortant defamaifonellefeperdroitd’hon— neur,auifi-bicn quefonmary,feretiraavecfanourrice,avecfe&-
  • 4)« VOYAGE DES INDES, t^y)‘ enfonSj&ítvec quelquçs-vnes tie íes doweftiqu05,qui s'ofprirCRt de moiirir avec elle,dans vne chambre-,ou ellefiçapporter de la poudre à canon 6cdu bois,6c ayant faie fon teílamcnr, 6c eferie vne lettre à íbn mary, clle mic rvnScl’autre entre íes mains d’vn Gentil-homme de lafuitte de fon mary,dont la fnielicé luy eíbitconnui*, avecordre de partir dés qu’il verroicmcttrdc feuauxpoudres, 6c donna.par ce moyen vne derniere preuve de íàfídelité. i*s fom bons 1 Is íbnt religieux aufll à garder la parole , qu’ils donnenc a nis. àccux qui dcmandent leur iecours, ou Ieur protection. Car il n’yapointde Iaponois, quine la prometteà celuy qui la luy demande, 6c qui n’employe íà vie pour celuy qui 1’apriédela luy conferver 5 6c ce íàns aucune coníideration de íà famille, ny de Ia miíereoíiil peut reduireíà femme 6c íès enfans. Auíli n’y voit -on point, qu’vn criminei accuíe íes complices à la tor¬ ture j maisl’on a aucontraire vne infinite d’exemples deceux, qui ont mieux aimé exfpirer dans la gchenne, que faire mourir leurs complices par leur confellion. r.es eftrangers I.eIaponeftIIriche, Ccfiabondanten routes chofes , qua qui j trafique. Ia referve de fortpeude marchands, qui trafiquent dans Íes Indes, il n’y a preíque point de Iaponnois qui fe meíle de ven - dre des marchandiíes eftrangeres. Leplus grand comerce qmi s’y íàfie eft celuy des Chinois, qui y ont continue Ieleur depuis que cette Illeeftpeuplée. Les Eípagnols 6c les Portugais y ont eítably leur negoce depuis fix ou fept vingts ans, 6c Íes Anglois ont commence 6c ceíTéle leur quafienmelme temps 5 à caufe du peu de profit qu’ils y faifoient. Ceux de Siam 6c tie cambodu avoient accouftumé d’y envoyer deux ou trois Ionques tous íes ans: mais cela a ceílé aulfi, 6cparticulierement depuis que íes Hollandois leur apportent les marchandifes du Upon, à meil- Jetir marche, 6c avec moins de rifque qu’ils ne les alloicnt que- rir. Le plus fortdu commerce feraiten la villc de Me
  • DV Sr. DE MANDELSLO,LIV. II. 437 des toiles,de la laine,des veíles, du cotton, duvifargent,tou- tes fortes de gommes 6c de drogues medecinales, des efoice- ries,descloux de giroífle, dupoivre,dufuccre,dumuíc,du bois deíàppan6cde calambac , de la porcelaine,ducamfre, du borax, des dents d’elefans, du corail, ÔC toutes fortes de merceries, queles Chinoisy apportent. Les Chinois 6c les Iaponois ont autrefois veícu en tres-bon- ne intelligence •, en forte qu’il ne íc paíloit point d’annee, que les Rois de cesdeux grands Eftatsne s’envoyaffent vifiter par des Ambaflades reciproques. Ce qu’ils ont continue jufques à ™Pru* ce que lesIaponois,qui demeuroiêten la Chine, s’emporterent SE Tics vn jour àpillervneville entiere, 6c àvioler les femmes6cles lapoanoi*. filies,qui eftoient tombécs entre leurs mains. Les Chinois s’en reílèntirent comme ils devoient, 6c tuerent tous les Iapon- nois qu’ils purent rencontrer. Le Roy de la Chine, confide- rant de íon cofté le danger,quil y avoit à donner retraitte à des gens,qui avoienteul’audacedefaire vneaftion de cette nature en pleine paix, les bannit à perpetuité de fon Royaume ; fai- fant graver ce decree, avec des lettres d’or , dans vne colcm- ne, qu’il fit pour cet effjt eriger fur le bord dela mer,ôc faiíànt defenfesà fesfujets, fur peine de la vie de trafiquer au Upon. Ces defenfes font encore fi exadement obfervées , que les Chinois qui y vont,font accroire, qu’ils portent leurs marcha- difes dans les Iíles voifínes des Indes > parce qu’ils fçavenc qu’elles feroiet toutes confifquées, fi 1’on fçavoit qu’ils les por- tafient au itpon : mais les Iaponois en vfent autrement, 8c permettent aux Chinois d’aller 6c de venir libremet chez eux, C’eilpeut-eftre de ces defenfes du Roy de la Chine , que r r onapns Iujet,ou occafionde dire, que le Upon a eftepeu- pointeftépeo¬ ple par quelques exiles,quèldRoy de Ja Chine avoit chafles, P^.P^dcs pour avoir confpiré contreíà perlonné* veu que les hiftoires C in0l*! de Iapon 6c de la Chine n’en parlent point, 6c que d’ailleurs il y a vne fi grande difference en leurs habits, en leurs ceremo¬ nies, en leur façon de vivre,en leurlangue 6c en leurefcri- ture , qu’il eft impoífible, quvne mefme nation puiíle avoir cdhtraâé , mefmes dans vne fuitte de plufieurs fiecles, des habitudes fi contraíres. II y en a qui difenc , que les Iapo¬ nois on fait ce changement,enhaine du mauvais traittement qu’ils avoient receu des autres : mais outre qu’il y a fort peu II. Partie, Iii
  • 4*8 VOYAGE DES INDES, 16 3 9. d’apparence que tout vn peuple puiile tout à coup prendre dc J’averfion pour ce qu’il aimoit auparavant, il y en a encore moins, qu'il ait telle ment change ion lan gage & ion eferitu- re, qu’il n’y ait rien qui fe rapporte l’vn à 1 autre. Les Chinois ne fe font jamais couper les cheveux,mais lesnouent en vn toupet auhautde la telle* les Iaponnoisaucontraire fe rafent le devant de la teftejufquesiur les oreilles ,6c nouent le refte des cheveux dans le col, avec vn cordon de papier. Ceux-cy fe font auífi raíer la barbe, aulieu que les Chinois leslaiilent croiftre: ce qui pourroitfaire croire que ce ce font plutoft les Tartares, qui ont paífé dans l’Hle, que les Chinois. dcce°sd™*C<: Les I^ponois ayant efté de cette façon banms de la Chine , pcupics eftabli comrnencerent à eftablir leur negoce à Tayovan , dans 1 lile dans rifle Fcr- fermoja Gu les Chinois fe rendoient avec leurs marchandi- *aoU fes: mais le Roy de la Chine en ayant efté adverty, fit faire defenfes àfes fujets d’y trafiquer * de forte que par cemoyen les Iaponnois furent encore fruftres de cettc navigation. Ce qui fit tantde defpità l’Empereur, qu’il ne voulut point per- mettre, que fes iujets trafiquaftent hors du Royaume fans fa permiilion expreile , & fans fes paifeports* tant parcequ’il ne veut point que Ton tranfporte des armes hors de l’Eftat, que parce qu’il fçait que les Iaponnois font hardis & entrepre- nanshors dechezeux, & qu’eftant extremement glorieux , il neveut pasqu’on leur faíTevn aiFront, dont ilsne fe puiffent pointreftentir,ou qu’vnautre queIuy chaftie leur infolence: ainfi qu’il leur arriva v il n’y a pas long-temps au Royaume dc Sum , apres avoir attcnté fur la perfonne du Roy , & à Tajovav, apres avoir attaqué le Gouverneurde la place. iiXs ncChay"nt Les marchandifes ne pay êt rien, ny à l’Empereur ny à aucun point d/droits autre Prince ou Seigneur 5 de forte qu’iln’y a que le marchand au iapon, profite : mais dautant que tout le monde s en meile, & que fe pais eft extremement peuplé, les profits font petits. I’Empereur dc Depuis que l’Empereur de 1 apon a rompu avecle Roy de £°tnpo’inttrdc la Chine, iln’entretient point de correfpondance avec aucun correipondan- Prince eftranger. LeRoyde,Si
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. II. 439 mentdifferentedecelledela Chine, deCore.», ScdcTungking, queleshabitansde ces quatre Eftats ne s’entendent non plus que nous encendons l’Arabe. La mefme difference fe trou- ve en leurs caracteres, Sc neantmoins ils ont tous quatre vne forte de caracteres, par lefquels ils íè peuvent faire enten¬ dre , les vns aux autres ■ en forte que ceux entr’eux qui ont eftu- dié, entcndent Sc expliquent en leur langue, ce que les au¬ tres ont voulu exprimer en la leur, par ces caracteres com- muns. Ils efcriventavecdespinceaux, Sc ii viite, qu’ils n’em- ployent quail point de temps à efcrire leurs billets, par lef¬ quels ils font faire la plus part de leurs meííàges, plucoit que debouche. Ilss’eftudient d’exprimcr pluíieurspenféescnpeu de mots, particulierement en parlant ou en eícrivant á des per- fonnesde grande condition $ ii bien que Ton voit les lettres Sc les requeftes, qu’ils adreíTent à leurs fuperieurs, conçeues en fi. peude periodes, qu dies ne peuvent pas ennuyer ceux qui les lifent. Ils n’ont pas l’inventiondetenir leurs comptes, de lafaqon que font les marchands de ces quartiers icy 5 mais ils fjavent compteravecdecertaines petites boules, qu’ils enfilent à de petits ballons fur vn aix quarre, auili vifle que nos plus habilles negocians par toutes les regies de Parithmetique,&;meime par cede de trois. Ils ont pluiieurs livres, 8c meftnes il s’y trouve quclque Bi- bliothequcs, mais non pas en ii grand nombre qu’en Europe. Le Dayro eft celuy qui tient regiftre de tout ce qui s’y pafle, ScquicompofelaChroniquedupa'is. Un’y aaufli que luy, 8c les Seigneurs Sc Gentil-hommes de fa maifon,qui font au nom¬ bre de plus de huict cens, comme auffi les Seigneurs Seles Da¬ mes de fon íang, qui compofent des Livres. Ce font eux qui poiTedentfeuIstoutelafcience,8cquis’en glorifient auffi telle- ment,qu’ilsn’entirentpasmoinsd’avantage quede leur naif fance, qui eft fans doute plus illuftre que cellede l’Empereur. Auffi mciprifent-ils fi fort tous les autres homines, qu’ils en fuyent la con verfation, font leur demeure dans vn quartier fe- parê du refte de la v ille, Sc ne veulent point avoir de communi¬ cation avec les idiots. Il n’y a qu’vne feule mefure dans toutl’Eftat, 8c route la monnoye eft à vn mefme tiltre. L’oryefteniaderniere per- Iii ij 1639; d'fFcccnci. de: relic de bChi- ne,dc Correa 8C de Tiwcmg. Ca: a Acres pour ertprimet plulieurslãgucs. I!s écrivet avec des pinceaux. Leur arithau:- tiejue. Le Dayro e'etit l’liiftoire du pais. Ca monnoye dc lapon,
  • 44° VOYAGE DES INDES, 1 639. fection-mais 1’argent y eft beaucoup plus bas;de ibrte que pour lereduire au tiltrcde 1’argentdeFrance, il y auroit vingt-deux ou vingt-troispour ccntàperdre.Ilsonttroisefpeces de mon- noyed’or, dont l’vnepefe fix reales d’Eipagne, 8c vaut qua- rante-huità ibixantehuitfols chaque tayl. Les dix de la fccondeefpece peient vne reale & vn demy quart, Sc valent vn uyl, Sc la cinquiefme partie chacune: Sc dix de la troifiefme cfpcce, pefcni vne reale Sc demie Sc demy quart, Sc valent la ftxiefme partie d vn tayl chacune. 1 amonnoye d’argent, que I’on fait cn forme de lingots, n’a point de poids fixeôc cer¬ tain , mais I’on fait en iorte que la valeur decinquante fay Is ait vn poids jufte, dont ils fontdes rouleaux de papier de la valeur de vingt efcus, Scfontainfi lespayemens aveepeu de peine. Ilsont outre cela vne autre plus petite monnoye d’ar- genr, faite enforme defeveroles, quin’a pasvn poids certain non plus,, finon en gros, de la valeur de fept iols 8c demy juf- qua trois livres quinze fols. La valeur des- axias eft auifi fort diffèrente : caril yen a dont lemillier ne vautqu’vn efeu, Sc d’autres qui valent prés de trois efcus Sc demy le miller. En ce temps-icy l’Empereur les avoit fait deícrier, à deifein de faire fabriquer vne nouvelle monnoye de cuivre : Sc afin que les pauvres ne fe trouvaifent point lefés par ce decry, il faiioit retirerle billon, 8c cn faifoit payer au delàdeíàjufte valeur. Le lapon a ton- Ce país-lâ ne manque point debeftail j mais en a d’autant ftali scC de t' P^us clue ^on n’y ebaftre point les animaux. C’eft pourquoy ils bier. C 0 ont quantité de chevaux, de taureaux Sc de vaches, de pores, de cerfs, de iàngliers, d’ours, de chiens, See. Sc toute forte de volaille, comme des cygnes, des oyes, des canards, des herons, des griies, des aigles, des faucons 5 des fayfans, des pigeons, des beccaifes, des cailles 8c des poulles, Sc tous les autres pedts pieds que Ton a icy. Comme auifi Il y a auifi plufieurs fortes d’eau minerales, dont l’on fe ièrt raiu1 * minC" trcs'vt^ement contre plufieurs maladies.Les vnes ont le gouft Sc les qualités du cuivre, les autres celuy du ialpetre, du fer, de l’eftain , du fel , Sc il y a entr'autres vne fource d’vne eauchaude, qui tientde l’eftain, Sc fort d’vne cavernc, qui a environ dix pieds de diametre à Pouvcrture , Sc eft garnie deifus Sc deflous de plufieurs pierres pointiies, comme de dents d’elefans} de forte quelle nereifemble pas mal ccttc fi-
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. IL 441 gure, fousIaquelleon rafche de reprefenterlagueulede Pen- 1939* fer. L’eau qui eníbrr nuict Si jour àgros bouillons, n’eft pas íichaudequePonne lapuiflefoufFrir au fortir de-là, fans quil foit beíôin d’y mefler aucune eau eftrangere. Il s’y voic dans vne grande plaine,aupiedd’vnemontagne, proche de la mer, vne autre fource qui ne donne de 1’éau que deux fois en vingt-quatre heures, Sc vne heure durant chaque fois: il ce n’eft quandle ventd’Eft regnej caralors elleendon- nequatrefoislejour. Cette eau fort d’vn puits que la nature a fait dans la terre, Sc que Ton couvre de pluíieurs grofles pier- res: mais quand 1’heure defon degorgementapproche, elle íõrt avec tant de violence d’entrelespierres, qu’elle les ef- braníle routes, Sc fait vn jetde vingtou vingt-quatre pieds dehaut, avec tant de bruit, qu’vne piece de batterie ncn peut 1>as faire davantage. Elle eft li chaude, qu’il eft impoífiBIe que efeu puifle donner à 1’eau naturelle vn fihault degré de cha- Icur, que la terre donne àcclle-cy : car elle brufle en vn mo¬ ment les eftoíFes ou elle tombe, Sc confervefa chaleur bien plus long-temps, que ne fait 1’eau que Ton a fait boíiillir fur le feu. Le puits eft enferme d’vne bonne muraille,ayantaupied plufieurs ouvertures, dont l’on conduit l’eau par pluíieurs ri- goles dans les maifons, oil Ton fe baigne, Sc ou 1’on luy donne vn degré de chaleur qu$Pon peut foufFrir. L’on dit que leurs Medecins font fl habiles, qu’il n’y a point LeursMcdecins demaladie qu’ilsne defcouvrent parle poulx. Ils connoiflènt font habiles. parfaitement les qualités des fimples Sc des drogues,&particu- lierement du radix Sc du rhabarbe, dont Us fe fervent en leurs receptes, qui ne confident la plufpart qu'en pillules, fort heureufement. Ils reiifliflent aflèz bien aufli aux maladiesor- dinairesj mais la chirurgie, n’y eft pas encore connue. Leseauxmineralcs, dont nous venonsdeparler, font con- noiftre que le upon a des mines de toutes fortes de metaux. Et iapon. defait 1’onytrouvc dePor,dePargen(t, du cuivre,del’eftain, du fer Sc du plomb. Le palsy produitaufli du cotton, du lin Sc du chanvre, dont ils font de fort belles toiles. 11 fournit aufli de la foy, du padoiie, quantité de peaux decabrettes Sc de cerfs , les plus beaux ouvrages de bois Sc de lacque de tout le monde, toutes fortes devivres&dedrogues medecinales. Ils ont entr’autres vne invention particuliere de fondre le fer > Iii iij
  • 441 VOYAGE DES INDES, i£ 3 9* mefmcdanslefroidStàPair, le jetrant dans vn tonneau cnduit i'tJm&cn Par dedans i’vn demy pied de terre, ou ils l’entretiennent à for- P«dcuEi?0n ce de le fouffler, 6c le tirent de làa cueillerées, pour luy donner la forme qu’ils veulent j bienmieux Scbien plus adroitement que nos Licgeois. De forte que 1’on peut dire que 1 e/apon fe peutpafTer de fes voifins, St que l’onytrouve tout ce qui eft neceílaireàlavie. Les Portugais ont eu la connoiflance du lapon, par le moyen du commerce qu’ils faifoient dans le RoyaumeaeS^w St de Cambodm. Ilsn’euret pasbeaucoup de pcineas’v eftablmparce que les Iaponnois n’eurent point d’averfion d’aoord pour leurs ceremonies Ecclefiaftiques: fi bien que dans fort peu de temps I,a Religion Ia Religion Catholique Romaine y fit de fi notables progrez, Cathoiiquc R.y qu’on leur permit de baftir des Eglifèsen plufieurs endroits ío4c|randí duRoyaume, St particulierementàiVít«gd/(u^. MaislesEÍ- pagnols firent trop toft connoiftre le deflein qu’ils avoient de s’yeftablir, St n’eurent pasaflezdepouvoir fur eux,pour ca- cher cette humeur altiere, qui veut regner par tout: ce qui a efté caufe, que les Iaponnois ont premierement attaqué, pris ressfpagnois Stbrufléleursnavires, St qu’enfinenl’ani6}6. ilsontachevé chaffez du ia- de jes chaffer de tout l’Eftat 5 avec defenfes fur peine de la vie pOQa r d y retourner. Les Koiiandois Les Hollandois y onteftably leur commerce depuis 1’an lffti. s*y eftaWiflent. & lecontínuent avec tant davantage , qu’il leur vaut quail au- tant que tout le refte des Indes. Ils difent en la relation du voyage , qu’ils firenc aux Indes en l’an 1598. que la ville de La ville de Meaco, a vingt St vne lieues de tour, mais qu’elle avoit efté Meaco. fortruinée par les dernieres guerres civiles.Qi^OffackaStB oun- go, font des villes qui ne cedent point en ricEefles à aucune autre de tout I’Orient. Que les Empereursdu lapon veulent eftre enterres en la ville de Cayo, ous’ils choififlent quelqu’au- tre lieu pour leur fepulture, ils y font porter quelques-vns de ieurs ofiements} quand ce ne feroit qu’vne dent. Que la ville de Piongo, à dix-huid lieues de Meaco, fut ruinée en partie pendant les guerres civiles de Nobantnga, qui futchaflépar J?axiba, predeceffeur de Tayi kn,St que ce qui en eftoit demeu- ré de refte perit en partie par vn tremblement de terre en fan 1596. St partie par le feu qui confuma les trifles reliques de fa mifere quelque temps apres. Les villes de Sacay, Volu-
  • IDV Sr DE MAN DELS LO, LIV. II. .44.3 (\uin ,, Foundy , Tofim Sc plufieurs autres, fontauffifort con- fideraables. L’aiir y eft bon ÔC fain, quoy que plus froid que chaud, Sc neancmoins les Iaponoisferrentleurbleddésle moisdeMay, mais ilsne coupentle ris qu’en Septembre. Ils n’y ontny beur- re ny huile,& ont de l’averfion pour le laichparce qu’ils croy êt que les ames des beftes y refidcnt, Sc que c’eft du fang en effet, bien qu’il n’en ait pas la couleur. Ils ne mangent point de tau- reauxny de vaches, ny d’aucune autre befte privée, mais ils ai- mentle gibier , Sc lechaiTent fouvent. Ils ontdcscedrcs,qui font fi grands, qu’ils en font dcs piliers pour leur plus grands baftimens, Sc des mails pour leurs navircs. La pauvreté n’y eil pas fi criminelle qu’en plufieurs endroits de I’Europe, ou l’on ne connoiil point d’autresvertueuxque les ridies. Ils hai'tTent les mefdiíàns, les jureurs Sc les j oiieurs} mais i s ont auifi des vices, qui empefehent de reconnoillre en eux ce qu’il y a de bon. Ils font plutoft bruns que blancs. Ils font forts &robuftes, enduransle travail Sc lesincommoditez'des faifons, avec vne Íiatience indicible.Us foufFrent la faim Sc la foif} le chaud Sc e froid , fans peine , Sc ne s’EabillentpasautrementTHyver que 1’Eílé. Tous les Iaponnois font diftingues en cinq ordres. Lepre*- mier eft celuy des Roys Sc des Princes , Sc de ceuxquilbnt employes aux offices de guerre , de Iuiliceou de Police,que l’on appelletous d’vn nom communToww. Le fecond eft celuy des Ecclefiaftiques, qu’ils appellent d’vn nom general Bonze?. Le tro ifiéme ell celuy des Gentilshommes & des marchands- Lequatriéme celuy des artifans Sc des gens de marine, &le cinquiéme celuy des laboiireurs , Sc des gens qui fervent à la j ournéc. L’adminiftration generale des ^fiuircs eil entre les mains de trois principaux Miniilres 5 dontle premier, qui a la dire-
  • 444 VOYAGE DBS INDES, 1639. eft certain auíTi, que l’Empereurde /*po» eft fipuiflant,que Taiiho, done nous avons parle cy-de{Ius,fevoyanteftablyiur Je throne , fit deflein de paffer dans la Chine, avec vneflotte de deux milie vailFeaux, pour laquelle ll avoir déjafait coin perdubois:ce quiluyeuft efté d’autant phis tacilc , que les laponois font Ians comparaifon plus belliqueux , que les Chinois. Mais d’autant qu’il n’y aricn qui marque mieux la grandeur deceMonarque , que les ceremonies de fon entreveuc avec le _D
  • DV Sn DE MANDELSLO, LIV. II. 444 quatrehommeschacun,autantde filies d’honneur des femmes 163 9* du D^r^quialloientencet equipage au Palaisdj 1’Empereur. neurdesfem- Les palanquins eftoient d’vn beau bois blanc,peints de vcrdu- racs res , garnis de cuivre jaulne, fortbien faies, Sc ayans cinqou fix pieds de haut. Aprcscelafuivirentencore vingt Sc vn palanquins, qu’ils appellent Nommones, vernis de noir Sc dores. £n fuitte de cela 1’onvit paíler vingt-fept autres Norrimo- nes, de lamefmegrandeur, maisfaits à guiehets Sc feneftres, íafuceedu pour auitant de Seigneurs de la fuitte du ^
  • 44ó VOYAGE DES INDES, 1635». mes du Dayro , qui la fuivoient en trois caroflès, faits d vne façon íi extraordinaire , qu’ils meritent bien que 1 on en faíTe icy vne defeription particuliere. Ils avoient pour le moins vin o, dans vn grand cercle d’or.Les pilliers,comme auífi tout le dedans du carofle,eftoit enrichy de figures dor broye, 8c de naccre de perle, 8c toutes les extremitez eftoient garmes dor. Deux Brands bufflesnoirs, couverts d’vn refeul de foye cra- móifie , le traifnoient, 8c eftoient conduits par quatre eftar- fiers vcftus de blanc. Lon eftimoit chaque carofle loixante- dix mille Tayls, qui valent deux censtant de mil livres , mon- noye de France. Ces caroflès avoient encore leurs gardes à pie d , 8c plufieurs pages , qui les accompagnoient des deux coftcz. zeí ptincipaux Vingt-trois des principaux íêrviteurs des Dames fe fai- ce/panies^C íoient porter aores cela enautat de Norimonnes blancs,garnis de cuivrejaune, ayant devanteux chacun vn eftaffier, quipor- Et foixante- çoit lc parafol, à cofté deux pages, 8c derriere eux foixante- huia Gcnriís. hwã Qenõlshommes du Z>
  • DV Sr. DE M ANDELSLO, LIV. II. 447 Deux grands baífins d’or ciíelé. 16 3 9» Vnc paire de mules de chambre vernies. Apres cela fuivirent dans deux caroíTes, de la mefme façon L< Empereut k que les crois premiers TEmpereur Sc fon pupille, ayans devant fon pupilk. j eux cent foixante Gentils-hômes armez de deux cimeterres Sc d’vn naiganet, fervans de gardes du corps à leurs Majeftés. Ils appellcntcesgardes^iJwirejyj, Sc onleschoiíicparmy les plus vaillans, Scparmy lesplusadroitsdetoutleRoyaume.Imine- diatcment devant les caroíTes marchoient quatre hommes avec des parafols, quatre autres avec de grandes verges de fer, qui faiíòientfaire place', deux chevaux de main, fuperbement couverts 8c enharnachez, accompagnez cliacun de hui& hom- mes, amés d’arcs Sc de fleiches, Sc de déux grandes picques. Les reres des Empereurs les fuivoient à cheval, accom- pagnésie tous les Princes Sc Seigneurs de I upon, auflià che¬ val, tois armez 6c fuperbementveftus,aunombrede centlbi-, xante-cuatre. I es premiers de ces Seigneurs eftoient, Owxrny l« plus grand* Camnyjtmma, freredeTEmpereur, Quyne Deymangon famma, jC,|“eursdc auififrerede TEmpereur : Mittot chonango fxmma, troiíiéme freredeTEmpereur : Maffummcnamoet Nocammy qua- triefmefrere de TEmpereur : Matfendayro Thoyquefe nocam mi. famma, Seigneur de Canga : Matfendayro Moutsnocammy ftmma, Satfumadonne}ceíi à dire Seigneur de Satfuma. Matfendayro jon- donne : Matfendayro fymoutsqucdonne : Matfendayro Jfuonenoch W cboo, Sc Turcgano deinangono Cammy famma, qui marchoient tous à la file,ayans chacunvne longue fuitte depages, d’eftaf- fiers, de gardes Sc d’efclaves. Les autres Seigneurs, entrelef- quels fe trouverent auifi Ourvaydonne Sc IVoutadonne, chefs du confeilde TEmpereur,marchoiet deux de front; les plus quali¬ fies prenãs la main gauche,qui eft laplushonorableparmyeux. Quatre cens gardes du corps marchoient apres cela, dans le mefme ordre, avec leur livrée blanche. En fuitte de cela venoient,en fix beaux caroílès, les concubi- f es concubine* nesdu Dayro: mais ces caroíTes n’eftoient pas fi grands que les duDayto. premieis, Sc n’eftoient traínés que par vn buffle. Apre: cela fuivoient foixante-huit Gentils-hommes à che¬ val,accompagnés d’vn grand nombre d’eftaffiers Sc d’efclaves. Le Secretaire du Dayro,accompagné de trente fept Gentils- Lc Secretaire hommes à cheval, fuivoit dans vn carofle, Sc precedoit im- duDayro. Kkk ij
  • 1^39* La mufique Da) ro. LcDajtó. 448 VOYAGE DES INDÉS, mediatement quarante-fix Seigneurs de la maifondu Dtyro, oui i'e faifoient porter en des Norirtionncs, dont les quinze eftoient d’ebene, garnis d'ivoire, treize autres verms de noir 6c dorés 6c les dix-huit reftans eftoient verms de noir. L on por- toit apres eux quarante-fix parafols, de la meime façon que les tforimonnes. • a ■ du Apres cela fuivoit lamufique du Dyro, qui eftoit compoiee de cinquantc-quatre Gentils-hommes, fort bizarrement,mais tres-richement veftus, qui joiioient deleursmftruments, qm n’eftoient que des pambours, des timbales, des baffins de cui- vre des clochettes, 6c cette forte de luths, dont nous avons paríé cy-dcftus, 6c qu^l’on n’entendoit point parmylechan- vary des autres. . . Cette mufique enragée ne laiftoit pas de divertir le D^yro, qui la fuivoit immediatement. II eftoit affis dans vne petite hutte de bois, faite comme les chaizes des porteurs , mais beaucoup plus grande, ayant feptou huit pieds de haut 6c quafi autant cn quarrée, percé de tous coftés de feneftrcs, qui eftoict o-arniesderideauxenbroderie. Le toict de ce petit baftiment eftòit vouté, 6c avoit au milieu fur vn gros bouton vn coq d’or maifif, ayant les deux aifleseftendues, dans vn champ d’azur par feme d’eftoilcs d’or broyé, à l’entour du Solcil 6c de la Lune,qui y paroifloient dans vn elclat approchant du na- turel. Cinquante Gentils-hommes de la fuite du Dayro , por- toient cette machine, 6c eftoient tous veftus de blanc, ayans la toque, vernie de noir, fur la tefte. Quarante autres Gentils- hommesla precedoient,8c reprefentoicnt la garde du corps du B
  • o. »« DV Sr DE MA NDELSLO, LIV. 11. 449 caufe d’vne infinite de vols, de meurtres, de violements St ’autres infolences qui fe commirentdansledefordre que Ton vit dans la rue , qui fut fi grand que le lendemain matin il s y trouva vn tres-grand nombre de morts j dont les vns avoient efté volés St tu és, 8e les autres avoient efté eftouffésdans la pr^íTe. Le T>xyro demeura trois jours dans le Palais de 1’Empe- rear, qui lefervit en períonne pendant ce temps-la, aveefes freres. St faifoit faire la defpenfe de fa table par Sugudone, Pre- fident de la Iuftice de la villede Mcaco , par jvocamofmnu, Co- íerytot howyjAfnnM , MACamotA mockitjnonfawwtA, &par AAunno- fa broycmon^wwit-Onluy íervoitcent quatorze plats achaque repas. Ouw.tydonne, chefdu Confeil de PEmpereur3 Ivemondonne Confeiller d’Eftat, Farimadonne^^uiniem onàonne}Sioyferodon- »r, St chirotixdonne, avoientíoinde la table des trois principa¬ ls femmes du D ayro. L’ Empercur luy fit prefent de deux cens marcs d or. De cent robbes de Watte, des plus belles. De deux grands pots d’argent, pleins de miel. De cinq catti de doís de Calambac. De deux cens pieces de large rouge cramoifie. De cinq pots d argent, pleins de mule. Etde cinq beaux chevaux , tres-richement enharnaches. Le jeune Empercur luy donna Trois mille pieces d’argent, de quatre Tayls & trois males, chacune. D eux beaux cimeterres, garnis d’ or. Deux cens belles robbes de Iapon. Trois cens pieces de fatin. Vne piece de bois de Calambac, de trois aulnes St demy de long, St de plus de deux pieds d’efpois. Cinq grands vales d’argent pleins de mule. Et dix"beaux chevaux,richement enhamachez. Et cela fuffira pour ce qui eftdu Iapon. L'ISLE f e RM 0 S^f. Nous avons dit cy-deflus, qu’apres que les Iaponois furent L’lflede lay.®- chaff és de la Chine, l’on y fit defenfes de trafiquer avec eux, & vanS- que les Chinois, pour éviter la confilcation des marchandiies„ qu’ils euffentpeu porter au iapon,choilirentl IllederayovAng Kkk iij
  • Les Hollandois s 45o VOYAGE DES 1NDES, pour Ia continuation de leur commerce. Cet exemple convia les Hollandoisen Pan 1631. àfefervirdelacommoditédumef me lieu ; parce crucies Chinois leur avoientabfolumcnt ofte 1’efperance du commerce avec eux, s’ils ne íortoient de leur Eftat,Ses’ils ne s’eftabliftbie nt dans vn lieu,ou ils ne pourroient point donner d’ombrage. Dans tout 1’Orient il n’y a point de havre plus commode pour le negocede laChine, Sc pour 1 eftabliííèment d vne commu¬ nication avec le /dpon, Sc avcc tout le refte des Indes cjue cettc Ifle: Car l’on y aborde en toutes les faiíbns de l’annee, fans que l’on foitobligé d’attendre le mouçon , ou la commoditédes vents generaux , qui font par tout ailleurs fix mois de 1 annee contraíres. , «riuiiaiKiois Les Hollandois y baftirent dés ce temps-là vn fort a quatre > eftabiifleut. baftions, reveftusde pierre detaille, fur vne dune, ou coll ine íabloneufe, à vne demy lieue de la grande /Jle Formo fit. A trois cens pasdufort pafle vn canal, qui íèrt de havre, bien qu’avec la haute marée il n’y ait que treizeouquatorzepieds d’eauj mais les navires qui y mouillent, font a couvert de tous les vents.Ils ont fait vne redoutede picrre, fort bien flanquee, for le canal, ouils ont vne petite garnifon de vingt-cinq outren- te hommes, qui font capables d’en defendre l’entree , Sc ils Et l’appclicnt Gnt crouvé ion ailiettc fi avantageufo, qu’ils luy ont donne ie nouvellcZclan- nQm dcn0UV£[[e ZtLnde. , L'lflc Fcrmofa. L1 Ijle Fermofa, c’efta dire belle Ifle, appellee par les Chmois V
  • DV Sn DE MANDELSLO,LIV.II. 4p ^es habitans appeUent olavang , qui ont le bois faít comme les cerfs 5c Ia chair fort dehcate.IIs y ont auíli des tigres, 5c vn cer¬ tain autre animal, qu’ils appeUent Tirney , fait commnievn Ours,mais beaucoup plus puiflant, dont iís eftiment la peau , comme vne des plus pretieufes choíès quel’Iile produife. La terre y eft grade 5c fertile , mais ÍI mal cultivée , que lbn n’y voit quafi point d’arbres fruictiers , &le frui&qui y vienteftfi mau vais, qu’encore que les infulaires le mangent avec delices, les autres nations ne voudroient pas en avoir goufté. II y vient du gingembre & de la cannelle , 5c l’on dit qu’ily a des mines d’argent, &mefmes dor, dont les Chinois ont autrefois fait I’aflay.-mais c eft ce que les Hollandois n’ont pis encore pu defeouvrir. Les quartiers que ceux-ey ont le plus frequentez , font Sink.tn,Mítnclítuivty SouUngy Bxtkelotng,Tnffxcang, Tifulucang, Tcofang Sc Tefurang, qui font tous dans le voifinage du fort de T xyov.tng $ en forte quel’on en peutfaire le tour en deuxjoursj à la referve du village de Tefurxngy qui eft dans les monta- gnes, Sc à vne bonne journée 5c demie de 1’habitation des Hollandois. Les autres font íitués quail fur lebordde la mer, & ont vne meíine façon de vivre, vne meime Religion , & prefque vn mefme langage. A voir les habitans, on les prendroit d’abord pour des bar¬ bares 5c pour des íãuvages. Car les homines font forts 5c ro- buftes, plus grands de beaucoup que les Europeens, & appro- chans en quelque façon de la taille des geants. Ils ont le corps velu,Sdeteintbrun, tirant fur le noir, comme la plus part de tous lesIndies.L’Efte ils vontnuds, &: ne couvrentaucune par- tic du corps. Les femmes font plus petites, mais elles font aiTez grades, &c la plus part bien faitcs. Elles teimoignent avoir plus de pudeur que les hommes, 5c ont des habits^mais elles fe dépouillent de 1’vn 5c de 1’autre , quand elles fe bai- gnent j ce qu’elles font deux fois le jour, dans de l’eau chau- de : car alors elles nefuyent point la rencontre des hommes, & ne fe mettentpas beaucoup en peine de ie couvrir.. Ce peuplc, qui eft fi barbate en apparence, eft en effet bon, fidelle 5c civil, recevant les eftrangers avec beaucoup de bonté, Sc leur fai/ãnt part de la bonne chere que la nature leur permet de faire. L’on n’apoint veu qu’ils ayent vouluacquerir Les lieux de I’obe'iflancc des Hollan¬ dois. Les habirans* de Formofa.- Som bons- as. franeSi
  • 6 3?. 4ji VOYAGE DES INDES, lesbiensd’autruy , par demauvaismoyens 5maisaucontraire onlesàveufouvcntrapporter les hardesefgaréesouperdues $ bienqueles habitants du village de Toubng ayent ailez mau- vaife reputation pour cela. [Is iont conftants 8i fidelles en leurs amities , 6c executent religieufement les traittés qu’ils font entr’eux, auffi bien que ceux qu’ils font avec les eftrangers. La trahisd eft vne choie qu’ils conoiflent ft peu,qu’il n’y a point de mal qu’ils n’aiment mieux fouffrir que le reproche qu’on leur pourroit faire d’vne infidelité. Ils ne manquent point d ef- pritny dememoire, mais conçoivcnt 8c retiennent aifement ©ntcJcl'cijmr. ce qu’on leurdit. Ileft vray qu’ils font d’humeur a demander effrontement tout ce qu’ils voyent: mais on les refufe avec la mefme liberte, 8c on les contente de peu de choie. Ils ne vivent que du labourage 6c du peude ris qu ils re- cueillenr. Ce n’eftpas que la terre n’yfoittres-bonne , 8c que dans les cantons, que nous venonsde nommer , die ne puifle produire dequoy nourrir plus dedixmillefamilies} mais d’au- tant qu’ils n’ont point de charrues, ny danimaux propres pour le labourage , ils ne remuent la terre qu’avec la belche, 6c ce par les mains des femmes: parce que les hommes ne fe meilent que dc la guerre oude la chafte, 8c ainil la recolte ne peut pas eftreiiabondantc qu’aux lieux, oul’on n y apporte pas tant de façon. Avec cela les mefmes femmes tranlplan- tentleris, quand il vient plus eipois en vn lieu qu en 1 au¬ tre $ à quoyelles employentbeaucoup de temps, auftibien qu’a le couper, quand il eftmeur. Car au lieude lecouperà poignées avec la faucille, elles le coupent brin à brin , à qua- tre oucinq doigts au deiTous de l’eipic, le ierrent ainfi dans la maifon, 6c ne le battent qu’a mefure que Ton en a befoin pourvivre, e’eft à diretous les jours. Lafemmequiafoin de toutle me Inage, en met le loir deux ou trois bouquets ieicher á la cheminée^ 6c fe levant le lendemain deux heures devant jour, bat dans vn mortier, 6c nettoyeautant de ris , qu il faut pour la famille cejour-là 6c pas d’avantage. Et c eft de cette façon, que 1’on y vit tout du long de l’annee. Fruits qui leui L’on y feme encore deux ou trois autres fortes de fruits, !krs.p3tt'CU~ qu’ils appellentPtmgh, Q<*<}ch 6c Tcirdun , qui reilemblent au millet, 6c vne efpecedelegumes à peu prés comme nos feve- roles. Ils one auffi pluiieurs fortes deracines, dont ils fe peu- vent Comment ils labourau la terre.
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. II 4W vent fervir au lieu de pain , Se qui font en eíFet capables de les 1639. nourrir, quand meímes ils n’auroient point de ris, nyaucun autre fruict. Usont auffi du gingembre, de lacannelle, de ia canne de fuccre, dcs bannanas, des citrons, quantité d 'Ar, c <, & piufieurs autres fruits, legumes Se fímples, quel’on ne con- n)ift point en Europe, Se que Ton auroit bien de Ia peine à def- cire. , Qw qu’ils n’ayent point de vinde Cocos, ny aucune autre i-urvia. boiflbn que la nature leur donne, ilsne IaiíTent pasde fc fai. re vn breuvage, qui eft auffi fort, Se qui enyvre auffi bien, quele meilleurvind’Eipagne : Se Iefontdelafaçon quenous allons dire. Us font revenir dans de 1’eau chaude vne certai- nc quantité de ris, qu’ils battent en fuitte dans vn morticr, jufquesàce qu’il foitreduiten pafte. Apres cela ils mâchent de la farine de ris, qu’ilscrachentdansvnpot, jufquace que par ce moyen ils ayent fait environ -vne peinte de liqueur, la- quelle ils meílent avec la pafte, au lieu de levain , &c'apres avoir bien peftry tout enfemble , jufqu a ce qu’ils en ayent fait vne pafte, comme celle des Boulangers, ils la mettent dans vn grand pot de terre , qu’ils rempliftent deau, &le IaiíTent ainíl cuver deux mois; íàiíànspar ce moyen vne des bonnes liqueurs, Sedes plusagreables, quei’onpuifte boire. C’eft-làleurvin5 auquelils donncnt de la force felon le temps qu’ils le laiílènt cuver, Seplusileft vieux plus ilade bonté ôc dc douceur: de forte qu’on le garde quelquefois vingt-cinq ou . frente ans. Le deíTus du pot eft aufti clair qu’eaude roche, mais le fonds n’eft qu’vne licefpoifle, Se capable de dégou- fter les moins delicats : Se neantmoins les infulaires en font leursdelices, Se le mangentà cueillerées, apres y avoir meflé vn peu d’eau. En allantaux champs ilsemportent vn pot dc cctte compoíition , Se vne calabace pleine d’eau , Se par ce moyen ils ont à boire 8e à manger. Us fe fervent du deíTus du pot, comme d’eau de vie , pour fe fortifier le coeur, Sc ils nungentlcfonds, de la fa^onquenous venonsde dire : e’eft pourquoy iis employent la plus part du ris àcette compofidon. Quand les femmes nc font point occupéesà la campagne, LcsfemmeS75t eliesvonta la peíche, Se particulierementà celle des huiftres, i lapcfchc.
  • La façon de vi- vte dcs homes. Lear chaíTe. +y+ VOYAGE DES INDES, i é39. tripes Scles efcailles, Sc on le mange avec routes les ordures, Sc meímes avec les vers,quis’y engendrent,rautedelel. _ ^ Les hommcs, Sc particulierement les jeunes gens, julqua 1’a.Ttre dc vingt-quatreou vingt-cinq ans, nefont rien du tout* mais quand ils ontacteint 1’aage de quarante ans yils aidcnt a travailler à la campagne ■, ou íls demeurent avec leurs femmes nuict Sciour,dansdepetiteshuttes,ouils íeretirent, Scnere- tournentau village, que quand la neceílite ou quelque diver¬ ti flement les yappelle. I Is ont plufieurs fortes de chaíTes, Sc fe fervent pour cela de lacs, d’azagayes, oudel’arcScdelaflclche. Ils tendent leurs Jacs ou filets dans les bois, aux routes queles cerfs Sc les ían- eliers ontaccouítumé de prendre, Scyfontcntrerla venailon deforce- oubiemlsleurentendentcnplaine campagne,par le moyen d’vne grofíe canne , qu íls enfoncent dans la terre,. Sc plient l’autre bout, qu’ils attachent a quclques petits bartons, fur Iefquelsilscouchentvn lac couvert d'vn peu de terre ou le gibxerne touche pas ii-toft, que la canne lie iere- drelTe Sene le retienne par vn pied. Pour faircvnechafle avec Eazagaye, l’on aflemble les habitans de deux ou trois villages, quifè trouvent tous aurendez-vous, armez de deux ou trois azas-ayes chacun , Sc s’eftant divifezenpluneurs troupes, ils font entrer leur meutte dans le bois, Sc font iortir le gibier a «a campagne, oh ils fe raiTemblent,Sc font vn grand cercle,d vne lieu tide tour, oudavantage, ouils font entrer les cerfs Sc les fangliers,enfortequ’iln’yen a quafipointquiny foittue ou bleílé. Le manche de l’azagayc, qui eft de eanne, a fix ou iept pieds de long, Sc eft armé au bout d’vn fer à plufieurs crochets, en forte qu eftant entre dans le corps, ll n’y a point de force qui le puifle arracher 5 mais le fer ne tient pas fi bien au bois, qu’il ne fe demanche au premier buiiTon qu ll rencontre : Sc afin qu’il ne laifle pas d’embaraiTer le cerf,l’on y attache vne corde, laquclle tient à 1’vn Sc al’autre, Sc au bout du fer il y a vn e fon^ nettc, qui fait defcouvnr le gibier, quelque part qu’il fe retire. Ils tuent vne ft grande quantitéde cerfs àcesehaílès, que ne les pouvant point confumer tous , ils en vendent la chair aux Chinois, pour de petites veftes, pour du bois de ienteur, Sc pour d’autres marchandiíès j fe contentans de manger la fril- fure Sc les trippes, qu’ils falent avec les ordures, Sc ne les ai- ♦
  • £>V Sr t)E MANDELSLO, LIV. II. ^ ment principalement que quand elles font venées de la forte, 163 9. &p»ourries. Enchaílantilsen coupentquelquefois vn lopin, & Iee mangentainíi toutchaud j en forte que lefang leur regor¬ ge die Ia bouche, 8c s’ils trouvent des petits dans le ventre de Ia mere, formes ou informes , ils les mangent avec lapeau 6c Ic poil, commevne choíe fortdelicieufe. Ilsfont la guerre en la maniere fui vante. Ils nela commen- teur&çonde cent point, qu’ils ne l’ayent auparavant declarée au village , faKC U Suctlf- dont ils croyent avoir efté ofFenfez,ôc apres cela ilsvonten parry avec vingt-cinqoutrentehommes, &fe cachentdans le voiiunagedulieu,qu'ils veuleutattaquer, jufqu’ala nuicl, ÔC alorsilscourentlacampagne, 8c s’ils trouvent quelques-vns dans les huttes,ou les períbnnesaagéesontaccouftumé dele tenir, ainfi que nous venous de dire, ils les tuent, leur cou- pent la tefte , 8c s’lls ont le loifir , les pieds 8c les mains, 8c quelquesfoisils coupent tout le corps en pieces, afin que cha- cun puiile emporter la fienne, 8c faire voir des marques de.fon couirage au retour. Sil’allarme fe donne dans le pais, en forte qu’ills ne puiilent pas achever de couper la tefte,its fe co tentent de coupcr les cheveux, qu’ils emportcnt comrae vneilluftre marque de leur vidoire 5 laquelle ne Iaiftepas d’eftre fort con- fiderable , encore qu’en vnexploid de cette nature bien ibu- ventiln’yaitqu’vn homme de tué. Ils febazardent quelque- fois d’entrer flans le village , 8c d’y forcer quelque maifon : mais d’autant que cela ne ie peut pas faire fans bruit, ils y pro- cedcnt avec tant de precipitation , que de peur quon leur coupe la retraitte, ils tuent tout ce qu’ils trouvent â la pre¬ miere rencontre, 8c s’enfuyent. Ilsvlentauffide ftratagemes, 8c font des embufeades à leur mode , 8c quelquefois ils ont des rencontres à la campagne oil ils íèbattent avec beaucoup d’animofite: mais la mort d’vn feul homme y pafle pour vne défateentiere, 8c oblige ceux,qui font cette perte, àíè re- tirer. Les Azagayes dont ils íè fervent àla guerre, fontfaites d’vne L<^tt armeS( autefaçon , que celles qu’ils employentàla chaffe: car lefer n’a joint de branches ny de crochets, 8c tient ferme au man¬ che. Leurs rondaches font fi grandes, qu’elles couvrent quail toutle corps, 8c leurs efpées ,au contrairefontcourtes, mais larges. Ils ie fervent auíli de coufteaux àla Iaponnoife, d’arcs & tie flefehes. LI1 ij
  • 1^39* L’lflcdcTugin. 45é VOYAGE DBS INDES, Quand plufieurs villages font alliance entr’eux , pour faire la guerre conjointement à d’autres villages, ils ne donnent pas le coimnandementde leurs troupes à vn chef, qui ait aifez d’autoritcpour fefaireobcir: mais ceux d’entr’eux, quifont ailezheurcux, pour avoir coupe plufieurs teilesen divers ren¬ contres , trouventaiTez devolontaires,quilesfuiventenleurs exploits de guerre 3 fans autre intereft, qu’a deffeinde par¬ ticipei- à la gloire de leur chef. Ils en font queiquefois de gayeté de cceur , contre les habitans de 1’Ille de 7wg/», que les Hollandois nomment l’lfle du Lyon a or , parce que le Capitaine 6c lePatron d’vn navirc du mefme nom y furent cues par les Infulaires. Ceux-cy ne fouffrent point que leseftran- gersentrent dans leur Iile: 6c nepermettentpasmefineque resChinois,quiy vont tous les ans pour leur commerce , met- tent piedà terre : mais on les fait demeureràlarade,oules Infulaires leur apportent les marchandifes qu’ils veulent tro- quer avec tant de defiace de leur coílé, qu’ils ne lafehet jamais ricn d’vne main, qu’ils netiennentdel’autre ce qu’ils veulent avoir. Ceux de Fermofa., 6c particulierement ceux du village desoul.tng, les voulans furprendre s’embarquerent il n’y a pas long-temps,au nombre de foixante,traveflis en marchaus Chi- nois,6c s’eilat approchés de l’l lie de > #g/w,obIigerent quelques vnsdel’Iileaveniraudevantd’eux avec des marchandifes du pais: mais au lieude les prendre de la main de celuy qui leur en prefenta quelques-vnes,ilslefaiíirent parle bras, 6c le tire- rent dans leur bord, oil ils le couperent en pieces. Ce fut vne grande victoirepoureux : car il leur fuffitd’avoirapporte les chcvcux,oubien vneazagaye deleursennemis, pouren triom- pher,6c pouren faire des rcjouiílances publiques. Ilsportetles teiles en procefiion parle village, en chantantdes hymnes à leurs Dieux , 6c viíitent en paííànt leurs amis, qui leur don¬ nent dboire de leur meilleur 6c les accompagncnt à la Pagode, oil l’on fait bciiillir la telle, jufqu’a ce qu’il n’en de- meure que les os, qu’ils arrofent de leur vin,íàcrifient plufieurs pores à leurs Dieux, 6c font grand’ chere plus de quinze jours durant. Ils envfcntde mefme, quandilsn’onteu que des che- veux, ou quelque azagaye, qu’iis gardent bien plus pretieufe- ment, aufli bien que les oflemens de leurs ennemis , que l’on ne fait icy l’or l’argent 6c les pierreries 3 puis que quand lefpu
  • DV Sr. DE MAN DELS LO, LIV. II. 475 fe met dans vne maiíon, ils abandonnent tout pour fauver ces 1659. reliques. L’on.rendvnfiprofond reipeétà ceux qui ont 1’ad- vantage d’apporter vne tefte ennemie , qu’il n’y a perfonne qui en ofe approcher, finon avec que 1 que veneration, plus de quinze jours durant, Sc qui ne luy parle avec des lubmiífions fi grandes,que Ion n’en íçauroit rendre de plus reípedueuíes à vn Prince Souverain. Danstoutel’Ifieiln’yapointde Seigneur , qui ait aucune LcurMagi- fupcriorité ou advantage fur les autres. Leur condition eft ftrat> é^ale , iinon qu’en chaque village ilyavne efpecede Senat, compofé de douze perfonnes, que Ton change de deux en deux ans. I es deux anseftant expires , ceux qui iortent de ^ charge, fe font arracher le poil des iourcils, 5c les cheveux aux deux coftds de la tefte,afin de fe conferver quelque marque de Magiftratureparmylcsleurs. L’onchoifit cesSenateurs par- my des perfonnes d’vnmefme aage, qui eft celuy de quarante ans: Car encore qu’ils n’ayent point d'Almanach, 5c qu’ilsne fçachent point compter leurs années, ft eft-ce qu’ils fe fou- viennent tortbiendu cours de la Lune , 5c remarquent ceux qui fontnais dans vn mefme mois, 5c environ en vne mefme année. Ce n’eft pas que ceMagiftrat ait i’authorite de fe faire obei'r, Lepouvo;r ou de faire executor fes ordonnances: car ils n’en ont point kur Magiftrat. d’autre,finon des’aftemblcr pour les affaires qu’ils jugenteftre d'importance, d’en conferer entr’eux, 5c de convier tous les chefs des families-,dans vne de leurs Pagodes,ou ils leurs propo- lent l’eftat de l’affaire,leur font cónoiftre ce qu’ilsjugent a pro- pos de faire, Sc taichent de les faire tomberdans leurs ienti- mens. Tousles Scnateursparlentles vns apres les autres, 5c employent toutcequ’ilsont d’eloquence, pour fairegoufter leurs raifons. Te dis eloquence; parce qu’ils en onten effe
  • 4j* VOYAGE DES INDES, . t í 3 9. les autres mettent l’affaire en deliberation , avec vne liberte entiere defe conformerauxfentimens du Senat, oudes’y op- poíèr j apres avoir coníideré le bien Sc le mal qui leur en peut a r river. Tout le pouvoirqu’ilsont confifte a faire exccuter ce que leurs p reft redes cõmandenr, à empeicher qu’il ne fe fade rien, qui puifte dcplaire auxDieux,Scà punir ceux qui les often lent. I Is font aufli faire reparation aux particuliers, qui ont efté of- fenfcs par d’autres: non point en faifant arrefter les coupables, en les envoyant prilonniers, ou en les punidant de mort, ou de tews fuppli- quelque autre peine corporelle mais en les condanant a pay er ccs* o' vnepiecedetoile,vnepeaudecerf, vnecertaine quantite de ris, ou vn pot de leur trace] 5 felon la cjualite du crime. Dans vnecertaine iaifon de l’annee ils vonttousnuds, Sc di- fent qu’il le font, parce que fans cela les Dieuxne feroient point pleuvoir, Sc le ris ne viendroit point: de íorte que d pen¬ dant ce temps-là lesSenateurs rencontrent quelqu’vn , qui ait le milieu du corps couvert, ils luy confifquent fon linge, Sc le condamnent à l’amande j qui eftau plus de deux peaux de cerfs, ou d’vne certaine quantite de ris, de la mefme valeur. C’eft pourquoy vne des principales fonSbions des .Senateurs eft dele tenir ence temps-là , foir Sc matin , fur les ave¬ nues du village, Sc de faire punir ceuxqu ils trouvent cn fla¬ grant delid. II y a d’autres faifons, ou il leur eft bien permis de fe couvrir cette partie du corps , que 1 on ne defcou- vre jamais ailleurs, mais l’on ne veut point que cette for¬ te de vefte , ou plulloft d’efeharpe, foit de foye •, c’eft pour¬ quoy les mefmes Senateurs y prennent foigneufement gar¬ de , confifquent ces veftes de foye, Sc condamnent les coupa¬ bles al’amende-, commeauifiles femmes, qui pour paroiftre aux jours de ceremonie , en mettent plus qu’il ne leur eft permis. L’on oblige ces Senateurs de leur cofté à obferver vne cer¬ taine façon de vivre, en lafaifon quele ris commence a meu- rir: car pendant ce temps-là il leur eft defendu de s’enyvrer, de manger du fuccre Sc de la grefte, Sc de mâcher de V^ireca : parce qu’ils font perfuadcs, que non feulementlepeuple au- roitdu méprispour eux, mais les Dieux envoyeroient les cerfs Sc les fangliers dans le ris, pour y faire le dégaft.
  • DV Sn demandelslo, liv. 11. 459 L.eMagiftratn’apointd’autoritc de punir le meurtre, le lar- r6j9~ cin ou 1’adultere -} mais ceux qui s’y trouvent lefés íe fone eux- L,e Magiftrat meífmes iuftice. Quand le larcin eft defeouvert, celuy qui a11 y *point ** n ii i f r ■ i f . ' * . pouvoiu eitc vole le lait acconipagner deles arms,, va trouver celuy qui l’a volé, Sc prend dans íàmaifon dequoy reparer íã perte, parvnaccommodement qu’il faitavec luy: mais s’il y trouve de la refiftance, il luy fait la guerre, jufqu’a ce qu’il luy ait fair raifon. Celuy qui fe trouve offenfé en fon honneur, par adulte¬ re aveefa femme , s’en venge d’vne autrcfaqon: caril enleve de 1 a maiíon de celuy qui a couché avec íà femme,deux ou trois pourceaux, Se fe fai t par ce moyen raifon de Pinjure qu’ilare- ceuc. Les parents Se amis commons accommodent les diffe- rents, qui naíílent entre les particuliers, pour meurtre, Sc rc- glent entr’eux 1’intereft civil. II y aparmy eux vne fi grande égalité de condition , que iisrefpeatDt les noms de maiftre Sc de vallet n’y font point connus: mais la vicillcíTc, celan’empeichepas, qu’ilsnefe rendent de grands honnèurs entr’eux , Sc qu’ils n’ayent beaucoup de rciped Sc de defe¬ rence les vns pour lesautres: non enconiideration de quel- quedignité plus eminente, ou à caufe deleurs richeiTes -y mais feulement à l’egard de l’aage j qui y eft tellement conílderé, qu’vn jeune homme eft oblige de íe détourner du chemin, pourfaire place à vn vieillard, Sc de luytourner Ie dos, par reiped, jufqu’a ce qu’il foit paílé > demeurant toufioursen cet eftat: quand mefme le vieillard s’arrefteroit, pour luy parler. l 1 n’y. a point de jeune homme, qui ofaft refufer de faire ce qus l’auitre luy commande, quand mefme il luy ordonneroit d’aller à trrois ou quatre lieues de là , pour fes affaires, Sc ce font les vieiillards, qui tiennent les premieres places, Sc qui iont les pre ¬ miers fervis dans leurs feftins. Pour ce qui eft de leurs mariages, l’on ne permet point aux tuçedéí Kis>- hommesde iemarier devant l’aagedevingtou vingtScvnarv, mejpouri'e-nm qu’ils appellent Srfjr Cajsiu IV.mg. Iitfques à íei-ze ou dix-fept ria°c“ ans il leur eftdefendude porter les cheveux longs, de forte qu’ilslescoupent juftement auboutdes oreilles : Sc dautant qu’ils n’ontnycifeauxnyrafoirs, ils fe fervent pour cela d’vn JJaning, qui eft vne eipece dehachoir, couchcnt les cheveux fur vne piece de bois, Sc les coupentainfi auffi-bien que nos- plus adroitsbarbiers. Ils s’arrachent le poil avec dcs pincettes.
  • 4
  • DV Sn DE MANDELSLO, LIV. II. 4.61 lementdeceuxqui y fone, que pour demander du tabac , ou i 639. quelque autre neccílité àía femme, il ne fait que touíTer, & luy permet daller rejoindre Ia compagnie, dés quelle luya rendu lelervice qu’il en a deííré 5 parce que ce íeroit vne hon- tcàelle, de quitter fes parentespour ailer trouver íon mary. Leurs chalicts lout flits de bambus, oíivne bucheleur fert de chevet Sc vne peau de cerf de h£t, de paillaíTe Sc de macelas. Les femmes demeurant ainfi chez leurs peres, labourent les terres qui font propres en lafamille, pendant que le mary de fon coité fe tient chez luy, Sc ne longe qu’à fa perfonne. IIs nefe voyent jamais de jour5 fi cen’ert qu’ils íè donnent aífi- pnation en quelque lieu efearté, ou l’on ne les voye point par- lereníèmble, ous’il ne lava trouver au logis, quand ilíçait qu’iln’yapericmne: mais encoren’yentre-ílpoint, qu’il n’ait faitfçavoir, s’il ne l’incommodera point. Sielle trouve bon qu’il la vienne voir , ellefeprefente à la porte, Sc luy fait fi- gne d’entrer: mais II elle n’eft pas en humeur de le fouffrir, el- lelerenvoye. Les enfans procrées de ces manages demeu- l« femmes ne rentavec la mere, j ufqu a l'aagedetreize ans, 8c alorsle pere f->nt point d'en- les retire. Les femmes ne font point d’enfans qu’elles n’ayent rlàlt decant, trcnte-cinq ou trente fix ans, mais le font mourir dans le ven¬ tre ceux qu’elles conçoivent devant cetemps-là. Pourfe fai- re avorter elles font venir vne de leurs preftrelfes, qui leur jpefeaveelesgenoux fur le ventre, jufqu’acequ’elle en fade lòrtir lefrui(5t} aveebien plusde douleur, gue fi elles accou- choient en efFet. Ce n eft pas qu’elles manquent de naturel pour leurs enfans-, mais elles font preoccupees de lamauvaife imprefiion queleurs Prcftrefles leur donnent, que ce feroit vn grand peché Sc vnehonte, de faire paroiftre des enfans devant cetaao;e là. Les hommes ne vont demeurer avec leurs femmes, que quand ils ont quarante ans. Alor ílsprennent congé des Pa¬ godes de leur quartier, fortent de leur rnailon, Sc vont demeu¬ rer en cellede la femme : maisencetaageilsnebougent quafi de la campagne, ou ils fe re tire nt la nuict dans des huttes afin dç ne s’eloigner point de leur travail. Avec toute Ja liberte queies hommes ont de ne voir leurs ledirorceyeft femmes, quelorsqu’ellcs lesincommodentlemoins, Scdcfe rtrc*ls- divertir le long duj our ailleurs, ils ont encore voulu fe refer- II. Partie. Mmm
  • VOYAGE DF.S INDES, 16 3 9. ver eclle du divorce. Dês qu’vnhomme íedegoufte de ía fem¬ me illalaifíe, pour efpoufervne autre : mais avec cette diffe¬ rence, ques’illa repudie fans fujet, les preíènts quilluy a envoyez, luy demeurent, mais fielle eft convaincue d’adul- cere ou fi elle s’eft emportée jufqu’a outrager íon mary, de parole ou de fait, elle eft obligee à reítitution. la liberte du divorce eft reciproque * de forte que le manage «’oblige pas plus la femme que I’homme, & arrive fouvent, que lesvns 6c les autres changent de condition. I Is condamncnt la Polyga¬ mic, quoy qu’il y en ait parmy eux, qui efpoufent deux ou trois femmes: mais dautant qu’il n’y a point de loy ny de Magiitrat, qui puniffe vn crime ou il n’y a point d’intereit civil, celuy-cy demeure impuny, auili bien que l’adulterej car pourveu qu ils fe cachent de leur femme, & du mary de cclle dont ils abuient, ils peuvent impunément ians feandale, chercher fortune ailleurs.L’onn’y voitpointde mariagesinccftueux,ny quel’on y prenne femme dans le quatriemc degre de conianguinite, ou d’affinitc. Ils ne iouffrent point non plus, qu on leurde¬ mande desnouvellesdeleurs femmes , comment ellesfe por¬ tent, fi elles font belles ou laides^ quels font leurs parents,&c. Les garçons depuis l’aage de quatre ans, Sc melmcs les hom¬ ines mariés, lors qu’ils necouchent point avec leurs femmes, ne couchent point chezeuxnon plus, mais dansvne Pagode, ou meiquite, ou les mailes de quatorze ou quinze families s af- femblent fur Ie ioir, &y couchent fur des couchettes , ou fur des grabats de Cannes, faits de la façon que nous venous rearv maifor.s. L eurs maifons font fort grandes, & plus belles que cclle que pon voitordinairemetdans les Indes. Elies font toutes clevées de terre de cinq ouilx pieds, &c ont quatre portes chacune, vers les quatre parties du Ciel. Il y en a qui en ont deux de cha- que coité, & trois ou quatre eftages. Elies n’ont point d’autre ornement, que celuy que leur peuvent donner les teites de ccrfs & de íàngliers, dont elles font couvertes dehors & de¬ dans. L’on n’y trouve que quelques eftoiFes, dont ils fe cou- vrent, & des peaux de cerfs, qui leur tiennent lieu d argent, pour le commerce qu’ils ontavec les Chinois. Ils n ont point d’autres meubles dans la maiion, que des befehes, pour labou¬ rer la terre, desazagayes ,des arcs ,des flefehes quelques
  • DV Sn DE MANDELSLO,LIV. II. 463 oaatres armes.M us ce qu’i! y a de plus precieux ce font les teftes * C 3 9. 63clcsautres defpoiiilles deleurs ennemis. Au lieu de plats ils fe íTervent d’auges creufées dans vne piece de bois, comme cell es cgue Ion met icy devant lespourceaux.Leurs pots à boire font de terre ou de canne, 6c ils font auífi cuire le ris dans despots de terre. Le ris eft leurnourriture ordinaire, 8c s’ils yadjouftentdu Lenrnouná. poiílbn ou de la viande,ils n’en mangent point qu elle ne 'bit turc> pourrie 8c pleinede vers. LeurboiiTonn’eltpasmauvaife pour ceux qui ne font pas trop difficiles, ou qui ne fçaventpas comment ellefe fait 5 mais au contraire elle eft fame 8c fort agreable. Ilsn’ontpoint dc jour regie pour Ie reposoupour ladevo- risn*oi« PoiBt tion, 8c ne chomment point de feiles. Mais ils ne laiiTent pas de s’ailembler à certains jours, pourferejouir,8c pour faire bonnechere: chaquequartiers’aiiemblantpour ccteffeténíà fagode; ou les femmes fc trouvent auífi, parées de ce qu’elles ontde plus beau , Scveftues d’vne certaine façon , que nous ne pouvonspasbienreprefenter:parcequenoltre langue n’a point de paroles qui puiilent exprimer ny leurmode , ny la fi¬ gure qu’elles font par leurs habits extraordinaines. Leursplus riches habits font faits depoilde chien. Car au lieu que Ton áe Poil tond icy les moutons, pour faire des eitoffes de la lame que 'C °KU‘S' Ton cn recueille, ils ontdes chiens, à qui ils arrachent tous les ans le poil, qu’ils font teindre en rouge , 8c en font des eftoffes, qu’ils eftiment, comme nous faiibns icy le velours, &: la plus belle efcarlatte. Les ceremonies que l’on y fait apres lamort de quelqu’vn , ^urs fouetaiU fointaulfi remarquablesquece que l’on trouvera de plus rare e$‘ era toute cctte relation. Incontinent apres le deeds dequel- qu’vn,l’on bat Ie tambour devant fa porte, pour le faire fça- voir àtout le village. Ce tambour eft fait du tronc d’vn gros arbre , de forte qu’il fè fait entendre bien loin, 6c à ce bruit tout Jepeuplefe rend devant la porte dudefundt. Les femmes y apportentchacunvnpotdeleur Arte, 6c apres qu’ellesont DÍenbeuàlamemoiredutrefpaíré,ellesfe mettent à danfer, Air vne grande caiffe vuide,6c tournee, en forte que leur moa- vement, qui n’eft pas fort violent,faffe vn bruit fourd 6c lugu- bre, qui reíponde àla douleur qu’elles veulent tefmoigner. U Mmm ij
  • 464 VOYAGE DES INDES, ,639. fe met fur cette caifte huitft ou dix femmes à la fois, en deux ran^s, qui ont le dos tourné , Sc en remnant doucementles bras Sc les pieds , elles font ainfi plufieurs fois le tour de la caiile 5 jufqu’a ce qu’eftant bicn lalTes, elles donnent la place à d’autres : Sc cét exercice dure environ deux heurcs. Le lendemain,ou deux jours apres, ils commencent a fonger au Ils n’cntfrrent corps,non point pour l’entcrrcr, comme nous faifons, oupoui point Icsmorts, byfler comme font les peuples ,dont nous avons parlé cy- flm point non deiTus 3 mais pour le faire feicher. Pour céteffet ils font dans pks. leloms vnefehaffautde canne, élevé de terre de cinq ou lix pieds,auquel l’on attache le corps par les pieds Sc par les mains, Sc ils allument vn grand feu à l’entour, pour le faire leicher , tuans cependat quatitc de pores, Sc faisas des feftins neuf jours durant. Pendant cetemps-lá ils ne manquent pas de laver le corps tous les jours: mais celan’empeiche pas qu d n infecte, toute la maiion, Sc rneime toutlevoiiinage.Au boutdc neul jours on l’ofte de la , pour l’envelopperd vnenatte, dansla- quelleils le pofent fur vn autre efehaffaut, plushaut que le premicr,Scentourede plufieurs veftes, comme dvnpavilion , & ils recommcncent alors leur danie Sc leur feftin. Le corp demeure enceteftatjufqu’a la troifieme annee, Sc alors ils en oilent lesoifemens, pour les enterrer dans la maifon , avec les melfnes ceremonies des feftins Sc des danles. RcwcJe extra» Au village de 7 heoftng ils ont vne couftume, que l’on auroit vagant conrte de lapeinc àeftablirailleurs. C’eftqu’ilsattachent vne corde les maladies au co[dc ceux qui fouffrent de grandes douleurs en leurs ma- jou.curcu as. ^ ^ ^ jes ^levent en haut de force, Sc les laiilent tomber avec autant de violence , que s’lls avoient deflein de leur donner l’eftrappade 5 afin de les delivrer par ce moyen, pour vne bon- nefois, de toutes leurs douleurs. Lenrreligion. Pour cequi eft deleur religion , l’on peut dire avec verité qu’ils n’en ont point du tout. De tous les habitans il n’y en a pas vnfeul, quifçache lireoueferire , Sc neantmoins ils ont de certainestraditions , fur lefquelles ils ont tormé quelque apparence de religion.Car ils croyentque le monde eft de tou¬ te eternite , Sc qu’il durera eternellement. Ils croyent auift l’immortalite de 1’ame, Scc’eft à caufede cela , que lors que quelqu’vn d’entr’eux meurt, Ton baftit devant la porte vne petite hutte de branchages, mettantdes bannieres aux qua-
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. 465 tre coins 8c dans la hucte mefme vne cuvette plcine d’eair, 1639, avec vne cneillcr de canne; parce qu’ils croyent que les ames des treipafles reviennent tous les jours à la hutte,fe purifier. 11 eft vray que la plus part deces gensnele font que par cou- ftume , & n’en fçaventpasla raifonpnaislesperíbnnes aagées ne l’igno-ent pas. I Is croyent aufli que les amesauront du bien ou du iml cn l’autre vie , felon celuy qu’elles auront fait en celle-cy, 6c ils difent, que pour after de ce monde en l’autre , elles paffent fur vn pont de Cannes fort eftroit, fous lequel coule vn canal remply de toutes iortesd’ordures 6c de vilai- nies , ou les mefehants tombent, 8c languiftent eternelle- ment : mais quelesbons paffent dans vn pais plaifant 6c de- m licieux, dont ils parlent quaff de la mefme façon que les Poe¬ tes parle.it des champs Elyieens. Toutesfoisily enafortpeu, qui íoier.t capablesde ces myfteres, ou qui fongent à vne au¬ tre vieapres celle-cy. Leurspechésfont bien difFerentsdes noftres.Le meurtre , pursPccIlC2* le larcin, l’adultere 6c les autres crimes ne paffent pas íèule- ment pour des fautes chez eux, 6c ils fe foucient ii peu de la fimplc fornication,qu’ils ne font qu’en rire,6c ne la blaiment pas mefme en leurs enfans. 11 leur eft deflfendu de fe marier avantraagedevingt6cvnan,mais il leur eft permis de ddbau- cherlafemmedefonprochain^pourveu que l’on n’en fiçache rien. Mais e’eft vn grand peché chez eux d’avoir couvert les parties honteufes dans vne certaine faifon de l’annee : d’avoir • porte plufieurs veftes, ou d’en avoir porté de foyc dans vn temps, ouilenfalloit porter de cotton: den’avoir point dei- fait les enfans dans le ventre dela mere , 6c d’en avoir fait devantl’aagedetrente-cinq ou trente-fix ans. Ce font là les f>echés,qui a leur advis, meritentdes peines eternelles, 6c tout e refte n’eft que bagatelle. Ils adorent plufieurs pretenducs divinités 5 mais entr’autres LeutsDieui- deux,dont 1’vne s’appelle Tamugi S‘tnhachy6c 1’autre S-mafingh. La premiere a fademeure au Midy,6c contnbueàlagenera¬ tion de l’homme j qui ne tient que de ce Dieu ce qu’il a de beau 6c d’agreable, tant au corps que dans l’efprit. Ils difent que ia femme, qu’ils appellent Tax.\nty
  • 1^3 II n'y a que les femmes qui s'y nrcflent
  • BV Sr.DE mandelslo, liv. ir. 467 dies ontlepouvoir de chaíTerlediable, dVnefaçonaíTezridi- 1639c cule. Elles lepourfuivent avecbeaucoup de bruit ,vn coutelas àlalaponnoiíè à Ia main, Sc difentqueparcemoycn elles le poufíent ju/qu a ce qu’il foit contraint de fc jetter dans la mer, ou biendans quelque riviere,ouiIíènoye. L’on y voitauífi aux carrefcurs, Sc fur les grands chemins, vne eípece d’autels,char¬ ges d’offrandes pour lcursDieux, Sc Ton y remarque pluVieucs autres devotions impertinences j queles Hollandois tafehent d’abolir petit à petit, en y introduifant lc Chriftianiime : cn quoy ils ontfort bien reiifli j ufqu’icy, L sA CHINE. Ce grand & vafte Royaume, que nous appellons chine, oc- Le RoyaiIffl, cupc la partie la plus Orientale de route rAfie. Marc Paulo delachiae. l’appelle Mangi, les Tartaresle nomment Cathay, Sc il y en a qui le nommentauíli Stngely ou Tame. Les-cfc/wo/iluy donnent lenom dechunghoa oude chung<\ue\ dont le premier iignifie le Royaume du milieu, parce qu’ils croyent demeurer au mi-’ lieu del’Vnivcrs,. 8c l’autre jardin, ou fleurdu milieu, & ne connoiíTentpointlesnoms, que les eftrangers luydonnent3ii- non qu’ils içavent que les Tartares les appellent Mangin, e’eft àdire barbares. Nousdifons, que e’eft la derniere Province de toute l'Aile du coftédu Levantparce qu’apres cela I’on n’y trouve plus que la mer, que les Chinois appellent Tung, e’eft à dire du Les froraiere»: Levant, lla vers leNort la grande Tartarie", delaquelle die eft fepa.rée par vne mõtagne de plufieurs lieues,8c aux endroics ouellemanque, par cette admirable muraille, quiregne de- puis les. extremitesdela Province de Ledotung, jufqu a la ri¬ viere d
  • 4^8 VOYAGE DES INDES, 1639. Lcs Prbvinces dont il eft com¬ pote. La forme de leurs villcs. £cs rues. lieues dc long. Us font ce compte fur les regies dc leurGeo- mecrie, 6c fur le pied de leurs melures, qu’ils; diftinguent en Ly^nPu, &en Cham llsappellent Ly, vne efpace de terre de 1 eftendue de la voix d’vn homme. Dixdeees Lys font vn Pu, e’eftadire environ cent lieues, 6e dix Pu font vn chain, c’cfta dire vne bonne journée: 8c fur ce calculils trouvent le nombre des iie\t, que nous venons de pofer. II eft diviíe en quinze grandes Provinces} dont les fix, fçavoil- PekmgyXantungKi angnan Oil iVankingyChekun , Fokii n & Vu-tngrungfontmaritimes,6clesneufautres fontMediter- rarices. Decesneufdernieres, cellesde Quangft, de Kiangf,) de Huijuangyde Honan ScdeXanfi, font les plus avancées vers le Nort,& celles de Xenfi, de Suchvsn->de 4^eicheu 8c /unnant vers lePonant. Elle a outre cela vers le Levant cellesde Zeao- tungSc de Corea jiriais elles ne font point proprement de la Chi¬ ne. L/on y compte cent quarante-cinq grandes villes principa¬ ls, &ii*censfoixante-treizemediocres5quipourroientallieurs pafler pour de bonnes villes: parce que la difference des noms Chinois defu 8c de Cheu, qu ils donnent à leurs places, ne pro¬ cede que de celle des qualités de ceux, qui y commandenr. Car on appelle/« les lieux, ouilavn Gouvernenrenchef, Sc Cheu. ou Hien, ceux ou il n’y a qu’vn fimple Mandarin; bien que les vns foient quelquefois aufft grands que les autres. Les villes font toutes baftiesde la mefme façon, 8c en quar- ré, avec de bonnes murailles de briques, qu’ils couvrent de la mefme terre, dont ils font la Porcelaine * laquelle fe durcit tellement avec le temps, qu’ileftimpoifibledela brifer avec le marteau : Ce qui les fait ft bien durer, que Ton remarque, qu’il yen a, qui fubfiftentdepuis plus de deux mille ans, fans que l’on y voye la moindre apparence de changemenr. Les murailles font fort larges, Sc flanquéespar des tours bafties à l’antique, quail de la mefme façon, que l’on voit reprefenter les fortifications des Romains. Deux grandes rues larges coupent ordinaircmentles villcs en croix, 6c elles font ft droites, qu’encore qu’elles tiennent toute la longueur d’vne ville , que quelque grande quelle puifle eftre, l’onnelaiifepas devoir du carrefour les quatre portes. Plufteurs autres rues les coupent en divers endroitsde La ville , ou [elles forment diveríès places pour les marches, ôcpour
  • DV Sk DE MANDE LSI O, LIV. 11. 469 &pour les autres commoditez publiques.Les maifonsfont bei- 1639. les Sc fort bicn bafties^ mais particulierement celles des per- fonmesdecondition,qui fontaccompagnces dejardins,de ver¬ gers, de bois, de fontaines, de canaux, de canardieres, d’oifel- lieres &de garennes, Sc íoncpeintes, ou blanchies par dehors. Elies ont la plus-part troisportes íur vne meíme face, dont celle qui eft au milieu eft plus grande que les deux autres, & el- ies font la plus-part fi bien faites, qu’il faut avoiier, que tout ce quenouslçavonsdeParchitecturc, n’approche point de Ieur icien.ce : ôé ils y reuiliilent admirablement bien; parce qu’ils n’y nnanquent ny d’excellens ouvriers, ny d’eftofFes pour 1’em- beUiiTement de I’ouvrage. Iln’yapointde Royaumeny de Republique au monde, ou I’on ait tantde loin, nonieulemcnt dereparer les grands che- mains •, mais auifi de les faire en forte, que ccux qui voyagent, y trouvent leur commodité * fi bien que l’on y void des mon- tagnes coupées, Sc des chemins taillés dans le roc , plus vnis, & íàns comparaifon mieux paves que ne font nos rues, Sc mef- mesquecclíesdclavillcdeXwnf/e» ,capitale de cette Monar¬ chic, dont nousdirons vn mot cy-apres en ladefcnption de fes Provinces. LaProvincedc Peking eft ainfinomméeàcaufe de lavillc La province de àcXurnien, oil I’Empereur de la Chine refide : car ce motil- Prying, gnifie Palais Septentrional, corame celuy de Nangking Pa¬ lais Meridional, maisfon vray nom eft Pecheh. Elleavers le Levant le Golfe de Cangbai, qui lafeparedela Cora: vers le Scsfrontictes. Nortt-EftlaProvincede Leaotung : vers le Nort la muraille, quilfflfeparedecette partiede la Tartaric, quieftaudelà les defects de JTamo, vers le P onant la Province deXanfi, dont el- leeft feparéeparlamontagnede Heng, vers le Nort-Yl^eftla P rovincc de Honan, Sc la riviere de Croceus, Sc vers le Midy Sc leSud-eft la Province dex wrung. Ellecomprend huict gran- Lenom{,te ^ des villes 3 fçavoir, Xuntien, Paoting, Hokjen, Chinting,Xunte, fes vilics. J^anguingy Taming, Sclungpivg-, quipourroient pafler pour autant de Provinces, puis qu’elles ont ibuselles centvingt- iepe villes mediocres. Ilya dequoy s’eftonner, de ce qu*encore que la partie la plus Septentrionale de cette Province ne s’eftende que jufqu’au quarante-deuxiémedeffré, ilnelaiíTe pasd’y faire fi froid,que II. Partie. _ Nnn
  • ^39- Lenombre de fcs families. Son LCVC4IU. Defciiption de là tíIK- dc Xunticn.. ®’cff le Cam- b. lii dc Marc BaoJo. í 47o VOYAGE DES INDES, depois Ia my-Novembrejufqu’au moisde Mars routes lesri- vieres y lbnt gelées. Lcregiftreque les Chinois tiennentdetoutleur Eftat, dit qu’ilyaencette Province quatre cens dix-huid mille ,.neilf ecns quatre-vingts neuf families, compoféesdeplus de trois millions, quatre cens cinquante mille perfonnes, & quelle paye tous les ans à PEmpereur fix cens vn mille , cent cin¬ quante trois facs de ris, de bled & de mil} deux cens vingt- quatre livres de íoye crv.c, à vingt orces la livre : quarante- cinqmille, cent trcnte pieces deftoffede foye : treizemille, fept ccrs, quarantehuicb livres de cotton, hui& millions, fept censtrcntc-fcpt mille, deux cens quatrc-vingt quatre bottes de foin on de paille pour 1’Eícurie de PEmpereur, & cent qua- tre-vingts mille, huict cens lonfante-dix quintaux de fel, àfix vingts quatre livr.es 1c quintal vfans 1 argent qu il tire des d 1 oits dela traitte foraine : & neantmoins cette Province eft vnc des moins fertiles de toute la Chine. Pour ce qui eft de la ville deXuntierti elle eft fituée dans l’ex- tremité du Royaumc vers le Nort, a environ trente lieues de la grande muraille. Elle doit fa grandeur, bien quelle cede à ceile de Nan fang, à latcung, qui vivoit au commencement du quinziefmefiecle, & qui transfera le fiege de PEmpire de Nar king en cette ville. Elle eft bien plus peuplée que ceile dc Kan fang, & paroift bien plus, â cauíè de la Cour, & du grand ncmbre defoldats, que le Roy y entretient, tant pour la garde de la ville, que pour ceile de fa perfonne. VersleMi- dyelleeftceinted’vndoublefofle, & crvnedouble muraille, mais vers le Nort elle n’en a quvne. Cette muraille eft bien plus haute que ceile desvillesdel’Europe, & elle eft fi eipoift- lc, que douze chevaux y pourroient courir de font à toute bride, fans fe choquer. Lon y fait garde de nui&, comme fi l’on cftoit en pleine guerrejmais dcjour les portes ne font gar- dees que par des Eunuques,quis’y tiennentplutoftpourrece- voir les droits d’entree, que pour la leurete de la ville. G eft lamefmeville que.fti.irc / aulu nowíue C ambalu, ôílaquelleles Tartares poftcdoient en ce temps-là. Les rues n’y font point pavées j de forte que Phyver Pon v eft dans la boiie julqu’a la cheville du pied, & l’Eftc 1 on y en tout couvert de poudre: mais cetteincommoditeleuradonne
  • DV Sr DE MANDELStO, LIV. II. 47i vne invention, done ils tirent de grandes commoditez. Carils i 639. fècouvrent tous d’vn creípe ,depuis Ia teftejufqulàja ceintu- re, & par ce moyen n’eftant point connus ils ne fontfjfoint obli- gez de íãliier qui que cefoit, Seen cét eftat ils. peúvent eftre inconnus , Sc aller à chevalpar Ia ville 5 ce qui n’eftpasfort honnefte pour des perfonnes de condition, qui évitent par là la dsfpeníe qu’elles feroient obligees de faire ,- en íè faiíànt {>orcer en ckaife , qui eft vne voiture bien chére j au lieu que ’ontrouve des chevaux Sc des mulets de louage à tous les coins des rues, que 1’on a à trois ou quatre íòls par jour. L e Palais du Roy a prés d’vne lieue de tour, Sc eft fortifié de trois bonnes murailles Sc d’autant de foftes. II a quatre portes, dontla Meridionale, qui eftcelle qui reípond à la grande rue de Ia ville, eft la plus belle. Les perfonnes de condition peu- vent entrer en la premiere enceinte, Sc les Seigneurs du Con- íèil entrentdansla feconde ^ mais dans la troifiémeil n’entre que des femmes, Sc des Eunuques pour le fervice de Ia p.er- fonne du Roy, L’on ditque ce Palais eft compofé au dedans deprésdequatre-vinges falles, Sc entr’autresde quatre, qui font les plus riches du monde 5 lans les autres departemens, qui font preíques inombrables. La Province dcXanf^ncíl pasíi grande que celle de Peking ^ Xanfi"” maiselle eft Sc plus belle, plus fertile Sc pluspeuplée. Elld ne produitpasbeaucoup de ris, maisen reeompeníe de celaelle dome beaucoup de bled Sc de mil, Sc nourrit quantité de be- ftail. Le mot de Jfanfi fignifie vers le Ponant de la montagne. Etdefait celle de fífnglafepareducoftéduLevantdelaPro- Ses frontier», vincede fíibngjCommela grande muraille du Royaume de Tanyu en Tartarie vers leNort. La riviere de Crocais la íèparc vers le Ponant de la Province de .✓Te/?/?, Severs IeMidy Sele Sud-Eft de celle de Honan. Elle comprend cinq grandes villes, £^a.\onTaiyven , qui ses principal» en eft la capitale , Pingyang , Taytung , Lugan ècPuenchen , dct Sc quatre - vingts douze medíocres , qui contiennent en fcS familiet. cinq cens quatre - vingts neuf mille , neuf cens cinquante- neuí families , plus de cinq millions de perfonnes. Elle sonrevenu; payetous lesansdeuxmillions, deux cens foixante quatorze mille , vingt-deux facs de grains , cinquante livres de foye crué, quatre mille fept cens, foixante dix pieces d’eftoffes de Nnn ij
  • i é 3Í>- Les qnalitei «lu paVs. La Province de Xenfi. Scsfr©ntieres. Le nombre familks> 11 y atks mi¬ ce» d’or. Le mufe. 472 VOYAGE DES INDES, foye,trois millions, cinq cens quarante-quatre mille, huid cens cinquante bottes de foin ou de paiile , 6c quatre cens vinge mille quintaux de fel. L’air 6c leterroiry font fort bons pour la vigne , 6c Ie rai- fin y eft excellent j mais les Chinois ne font point devin:£c ce qu’ilyadeparticulier, quel’onne trouve point ailleurs , c’eftquel’on y voitdespuits defeu, comme Ton en voitail- lcursd’fcau.Onlesboucheen forte , qu’il n’y refte que quel- ques ouvertures , ou i’on met lcs marmites, pourfairccuire la viande. Il y aauíli quantité de charbon de terre, comme la hoiiilleaupaisde Liege. La Province deXen//eft fans doute vne des plus grandes de toute l’Afie Meridionale. Elle a vers le Nort lcs dcierts de Xamo. Versle Nort-weft 6c le weft les Royaumesde < ajev 8c de Tcbet, vers le Levantla riviere de Crocem , qui la feparede la Province deX
  • DV Sn DE MAN DELS LO, LIV. II. 475 Ie rmufc, qui fignifie Smt ur dc Xr:quelque chofe qu’ayentvou- lu fai ire accroire ceux qui ont efcrit de cette drogue. Eracore que la muraille, qui fepare la Chine de la Tartarie , enferme les trois Provinces que nous venous de nommcr, 6c mel me celle de Ltaotung j elle n’a pas neantmoins la lon¬ gueur que nos Cofmographes luy donnenc : car depuis le Golfe,ou la riviere dTsln 1c defchargedãs la mer, 6c oulamu- raillc commence, jufqu’a la vil.le Km, oil elle finit, il n’y a pas plus de vipgtdegrés, quine font que trois cens lieues d’Alle- magne. L’on voidcet admirable baftiment continue íãnsau- cune interruption, finon aupres dc la ville dc Siven, en la Pro- vincede ' ,kt g,oii vncmontagneinacccílibleprendíãplace, & ne defend pas moms le Royaume, contre rinvafion des Tartaie ,que la muraille méme.Élle a fes portes 6c íes efcluíes, pourlepaílage des rivieres qui fortent de la Tartarie, 6c a des maiíons, des redoutes , 6c des forts, de lieu en lieu pour le logementdes foldats deílinés pour fa garde 5à laquelle le Mo- narquedela Chine employe vn million d’hommes.Elle a en¬ viron trente coudeésdehaut, 6c environ douze, 6c en qucl- quesendroits quinze d’efpois. Les ChinoisPappellentFW* c’eiladire vnrempart, ou vne muraille de dix mille ílades 3 pluíloíl pour íignifier vn ouvrage extraordinaire , que pour en dire la juíle grandeur, par vne mefure ccrtaine j puis que lesdeux cens cinquante ílades de ce pais-là, faiíàns vn de- gré,il s’en enfuivroit, que cette muraille occuperoit quarante degrés ,c’eí\ àdire, plus de pais que n’occupe route la Chine. L’ondit qu’elle a eíté bailie par Jfius ,Roy ouEmpereurde la Chine, chef de la famille de Cina j lequel ayant vfurpé le Royaume fur les Princes de la maifon de C'heva, fit faire cette muraille 5 tant pour làtisfaire à fon humeur ,quifeplaiíoit à paroiilre en la magnificence de fes bailimens,que pour fe met- tre à convert des courfes des Tar tares, furlcfquels il avoit eu plufieurs advantages. [1 la fit commencer en Pan nry. qui eiloit le vingt-deuxiefine de ion regne , 6c y employa tant d’ouvriers, 6c y fit travailler en tant d’endroits, qu’onlavit cnticrementachevée en moins de cinq ans. La Province de Xantun?, a vers leNort celle de P^k!nz , 6c le Gourde C<^g:versle Levant la Mer: vers le midy la Pro vince de N don telle eílíeparée par la riviere de Croaus, Nnn iij \ 16 3^, La grande nm- raiilc. Sa longueur. Sa garde* Par qui elle» efté baftie. * ta Province dr Xantung. Ses frontier es.
  • 474 VOYAGE DES INDES, ■1639. Sela. Mer, Severs le Ponantle Canal de /#», qui joint ces deux rivieres, Se a vingr efclufes, Se par la riviere de G««.Toutes ces rivieresrendentcette Province fifertile, que Ton dit quvne íèule bonne année produit dequoy la nourrir dix ans entiers,Se mefme quelle peut faire part aux voifms de fon bled,defon ns, defonmiljde íonorge Sedefeslegumes, que les habitans ne peuvent point coníumer. Lavollaille Se les ceufs s y donnent prefques, les faifans, les perdrix les cailles Se les Iievrcs y fone atres-bon maxché, ôcpour rnoins de trois íols 1 on y achctcc dix livres de poiíTon. ta Co) e. Mais ce que cette Province a de particulier,c’eft la íoye j que l’on n’y fait point par le foin, que Ton prend ailleurs de nourrir desversaioye,maiselleyvientalacampagnc iur lesarbres , oilcercains vers,faits comme des chenilles,la fiflent, non point en coque,mais cn filets blancs, quel on trouveauxhayes, Sc dontl’onnefefert pas moins vtilement que de la foye ordi¬ naire ; bien qu’elle foit vn peu plus rude, le nombre de £HC eoiuprendfix grandes villes, fçavoir Oman, Tencheu, fes fàmUIcs.dc FungchangyCingcheu,Tengcheu Se Lrf/c/je«,loixante Se doilZC me- diocres,Seenfeptcensfoixantedix mille, cinq cens cinquan- te cinq famillles, pres deiept millions deperfonnes. Ellecon- sonrevenu. tribuc tous lesans deux millions, huit cens douze mille , cent foixante dixncuffacs de grains j cinquante-quatre mille, neuf cens quatre-vingts dix pieces d’eftoffes de ioye, cinquante deux mille , quatre cens quarante neuf livres de cotton, Sv trois millions, huiéfc cens vingt-quatre mille,deux cens quatre- vingts dix bottes de foin Se de paille •, fans les droits qui s y le- vent, qui montent à plus de dix millions d or. La Province de Honan prend fon nom de fa fituation 5 parce de HonIÍCC qu’elle eft fituée vers le midy de la riviere de Crocem 5 car le mot de Ho«a»fignifie vers le Midy de la riviere. Ellea vers Sesfrontieros. le Levantla Province de Nanking, vers leNort 8c leNort eft celles de Xantung Sc de Peking, vers le N ortweft celle de X an ft vers le weft celle de JTenfi, Sc vers le midy la Province de H«- , , Cette Province eft fituée au milieu de cc grand Eftat, Sc eft fes tiifcs sc dc fi belle que les Chinois diíènt qu’elle eft dans la Chine, ce que fes families, l’lcalie eft en l’Europe, 8c la Touraine en France, Elle com- prendenhuit grandes viUcs,8c cent medíocres, ciuq cens qua-
  • DV Sr. DEMANDELSLO, LTV. II. 47y tre-vingts neuf millc, deux cens quatre vingts feize families plus de cinq millions de perfonnes. .Ses huit grandes villes font Cdifung, Jgutite,Changte, G»f/hoei,Hoaiking-, Honan, Ndnyang & Inning. Elle contribuc tous les ans deux millions, quatre cens quatorze millc, quatre cens, íòixante dix-íèpt facs de grain, vingt-troismille, cinq cens neuf livres de íoye crue, Neuf mille, neuf cens, cinquante-neuf pieces d’eftoffes de íoye: trois cens quarante 6c vne pieces d’eftoffes de cotton, & deux cens quatre-vingts huid mille, feptcens,.quarante-qua- tre bottes de foin 6c depaille. La Province de Suchven, e’eft à dire quatre eaux, eft vne des plus grandes de toute la Chine : 6c dautantqu’ellecftfron- tieredes Indes , íès habitans tiennent auifi de l’humeur des Indiens. Elle a vers le Levant la Province de Huquangyvets le S«ie(iccWeâe Qwicheu, vers le Sud celle de lunnan , vers le weft le Royaume de Tibet, 6c vers le Nort8cle Nort-\/eft la Province de Xtnfi, 6C les peuples que l’on appelle Conin- guanp 6cK *r,g. ■ Elle eft compofeedehuid grandes villes, quiíõnt cbingtu, P (toning, Xuak g Siufcheu, Chunking, Queicheu, Lunggan & Mxhu, de cent vingt-quatre medíocres, íãns les quatre autres qui fontfortifiées,6c de quatre cens foixante quatre mille,cent vingt-neuffamilies, quifontplus de deuxmillionsdeuxcens mil homines. Elies ccntribue fixmillions , centfixmille, fix censioixante lacs de ris, fix mille, trois cens trente-neuf livres defoyc. Sept cens quarante neuf mille, cent foixante dix-£ept quintauxdefel. La veritable Radix sind, que les Chinois appellent Folin, auifi bienque la íàuvage, ne fe trouve qu’en la Province de S<*ch uen, 6c y vient fous terre, quafi comme les trufles j ou plutoft comme ce fruit que les Indes nomment Patatas, 6c nousTouptnanbous. IIy ena quicroyentqu’elle s’engendre de la gomme, qui decoule des pins, Iaquelle prenant, racine forme vn fluid de la groileurd’vne noix d’inde, ayantau de¬ dans vne chair blanche, dont les Chinois fe fervent fort vti- Jementen lamedecine. Cette Province produit auifi le-meil- leurRhubarbe, 6c quantité d’ambre jaune. LaProvincede Huquang, e’eftadire lao eftendu, tire Con nom dulac de Tnngting 3 & a vers le Nort la Province de Ho- ^ 3 9- Son revenm ta Province do- Suchvcn. Set froittierer. Lc nombre dc fes villes & de fes families,. Son revenu. La radix Sina, ta Provinee de Huquangj. Ses fiontierei*.
  • it 39. La Province de tOangl». Sc* fronticres. 476 VOYAGE DES IKDES, ».w, auNorteft ceilede Nanking, vers I’Eft ceiledeKUngfi, versleSudcedede /wg/i, versle Sud-Weft ceilede 4W- chtui&cve rs lcWcft ceilede 5»cW».Ellecomprenden quinze grandes, & cent huict villes mediocres, cinq ccns trente-vn mille, íixcens quacre-vingts fix families, Sc prés de cinq mil¬ lions d’hommes. Ses grandes villes font, W-hang , Hanyang, Siangyang, Tegan, Hoangcheu ingcheu ,TocbeutChangx.^?to¬ eing , Hengcheu, Changte^Xincheu, funcheu, Chinthien Sc chin¬ ny-mg. Elle contribue deux millions, cent foixante-fept mil¬ le, cinq cens cinquante-neuf íàcs de ris , Sc dix-fept mille, neuf cens foixante-dix fept pieces d’eftoffes de foye. La Province de Kiangji, a vers Ie Levant celles de Nanking Sc de Fckien : versle Midy vnepartiedela mcfme Province de Fckien, Sc de ceilede guantung, verslcPonant la Provin¬ ce dc-siuejuang, ScversleNortvnepartiedu Nanking. Cette ; Province eft tellement peuplée, Sc lepeuples’y multiplie ft fort, qu’il remplit quail routes les Provinces du Royaume: Le nombre dcs raifon, pour laquelle les Chinois appellent les Kianfois , fou- viHes & des fa- ris. Elleatreizegrandes villes, Sc foixante-fept mediocrcs, ou milk dc xiang- poncomptejufques vn million cent trente-fix mille, fix cens, cinquante-neuffamilles, qui peuvent fournir plus de fix mil¬ lions, cinq cens cinquantc mille hommes. Scs principales vil¬ les s’appellent Nanclung, Iaocheu, Jguangfin, Nar.kxng^Kien- kiang, Kienchang, Wcheu , Linkiang,Xuicheu, Tvencheu, Can- cheuSc Nangan.TLWc contribue tousles ans vn million,fix ccns feize mille, fix cens íàcs de ris. Huid mille, deux cens trente livres defoye crue, Sc cent vn mille, cinq cens feize pieces d’e- ftoffes de foye. Cette Province àcela de particulier, que c’eft-laoufe fait quail route la porcelaine,que l’on voit par tout le refte du mon¬ de. Iln’yaqu’vnieulvillage, danslercflbrtdela villede/r»- leang, ou l’on fait cette vaiflelle j d’vneterrequel’on y appor- tedela villede Hoeicheu en la province de Kiangnan on Nan- king:Qms que neantmoins les habitans de ce lieu-Là en puiiTent fairedelaporcelaine, ou que l’on puiílerendrê raiion, de ce que la mcfme terre peut rece voir dans vne P rovince e ftrange- relaforme, quel onneluy peut pas donnerchez elle. Elleeft blanche, comme la craye, mais vn peutrafparente, comme le fable, Sc on la fait tremper quelques jours, pour la reduire en Son rcTcnti. la Porcelainc fefaiten ccttc Province.
  • DV Sr DE MANDELSL'O, LIV. IT. 477 pafte , ôepourluy dormer de Ia couleur 1'onymeflc dupãftel, qui vienccn grande abondance quafi en couces les Provinces dela Chine. La Province de ZV.i»k'«g, qnel’on n’appelle Kiangnm, que depuis que les Tareares eníonc les maiítres, eft: fans douce la premiere de couce la Chine; bien que le fiege de l’Empire aic efté depths quelque ceps trasferé en ckmg à caufe du voifina- ge des Tareares. Ellea vers l’Eil Sc lcNorc- Eft lamer tverslc NorclaProvince de Xtntur,g:\crs leN ore-weft celle deHmi w: vers le weft celle de H«p<.iwg,vers le 5ud-veil celle dc K g- y», & vers le Sud celle de. h k <*gchei*, Woiaignan, Lucheu, G.mkng,'T diping, N wqke ,Chicheu & W >ei~ then, he cencdixmediocres; ou il y avn million,neufeensfoi- xante-neufmille, hindcensfcize families, done Ion petit ci- rerprés de dix millions d’hommes. Elle concribue cinq mil. lions, neufeens, quacre-vingcs quinze millc , crence-quacre iaesderis : fix mille huid cehs, íoixance-crois livres deibye crue: hngc-huid mille, quaere cens, cinquance-deux pieces d eflofesdeioye : deux mille, íoixance ÒC dix-fepcpiecesdc eoile; ecocconeilconvercy en argcnc, &fepc cens cinq mil- Je, ceic quincaux deiel, & cinq millions, huid cens quaere mille, Jeux cens, dix-fepe bocces dc foin de paillc. Mais cc qui iurprendra fans douce lededeur, c’eftqu’oucre celacec- ce Province porce cous les ans à l’Efpagne plus de foixance millions d’eicus.. C’eft auifi la Province de couc le Royaume, oul on crouve le plus de civihcc, ôc ou il yale plus de gens fçavants. La Province de Chekiang, eillaplusconfiderable de touces les Provinces de la Chine , apres celle que nous venons de nommer & celle de / ik ng. Elle a onze cres grandes villes, fçavoirH.iw»chí'»,Kí.t/j/wg,H«í'/7f«,iV'/e»í/;£•«,K nho>i)K.i/icheu, Cheucbtn,Xitohmg,i\ ingpo,Tauheu & encheu ,&i foixanee-Crois mediocres. Elle a versle Levanc la mer &; le Iapon: vers le Sud &le Sud-wt it iaPro vince de Fok e»5&. versle Norc&leNorc- veil la Province dc Nanking. L’on y compce jufqu’a vn mil¬ lion, deux cens quarance-deux mille, cenc crence-cinq famil¬ ies , quii peuvent donner quacre millions, cinq cens vinçc-cinq ILPartie. Ooo ' 1 ^39* ta PrOTÍnce d« NaiiKUig. Scs ftoatiercs. Son t'CYcnu. Prodi»ieirx re- verm d'vnc Tculc Province. ta Province de ChfKiang, Lcnombrc dc fes villes. Scs frontiercs. T.r nombre dc fei families.
  • 163 9- Sou rcTcuu. Aboiuiante en foye. la 'il(c ile Quin fay. SCarc P.’.ulo juftífié. 478 VOYAGE DES INDES, millc, quatre cens ioixante-dixhommes. Elle paye tous lesans al’Empereur deux millions, cinq cens dix mifie, deux ccns, quatre-vingts dix-neuf facs de ris: trois cens foixante-dix mille, deux cens, quatre-vingts dix-neuf livres dcfoyecriie, deux mille, cinq cens foixante-quatorze pieces d’eftoffede foye •, outre les eftoffes ouvragees dor Sc a argent, que les navires du Roy y vont querir quatre fois Pannèe, pour eftre diftribuées à ceux à qui leRoy permet d’en porter, par vn privilegeexpres: quatre cens quarante-quatre mille, íepteens, foixanteneufquintauxdeíèl, Sc liuict mil¬ lions ,’ i'ept cens quatre mille, quatre cens quatre-vingts onze bottes de foin Sc de paille. Elle envoye avec cela à l’Efpargne plus de trentemillionsd’or tousles ans. L*on voit cn cette Province desforeftsentiercs de meuriers, dont l’on nourritvnc fi grande quantité devers,qu’il n’y a quafi que cette Province feule qui fournifte les Indes Sc route l’Eu- ropede cette forte de foye, que l’on appelle foye de la Chine. L’ony taille les meuriers commel’ontailleicylavigne5 parce qu’ils fcavent par experience, q«e les plus petites fueilles, Sc les plus tendres font celles qui font produire la plus fine foye. Et de fait, ils connoiifent fi bien la foye des vers qui nont man¬ ge que les premieres fueilles, d’avec celle qui vient des fecon- des, que leprixdel’vnn’approche point du tout de celuy dc l.’autre, C’eftencette Province qu’eft la ville que Marc Paulo ap- pelle Jguinfay. Son nomeftoit alors Lingan , Sc Ton appelloit cn Chinois Kingfu, ceil à diredemeure Royale, parce que Caocungkin, Empereur de la Chine, fe retira-là de devant les Tartares, qui eftoient entres dans le Royaume. Aujourd’huy l’on appelle Hangcheu, Sc fi l’on corrige en quelque façon ce qu’enditl’autheur, que nous venons de nommer, l’on trou- vera en effet qu’elle approche de la grandeur en laquelle il nous la repreniente. Car ce qu’il ditdesdix mille ponts, que I’on y void, eft tres-vray,fi l’ony comprend ceux qui font dans le voifinage de la ville, Sc lesjarcs triomphaux, qui pour eftre voutes, ont efté mis par luy aunombre des ponts. Le lac,dont il parle ,n’eft pas proprement dans la ville, maisil eneft fi pro- che, l’on y afoit tant de ponts, & fon bord eft couvert de rant de Pagodes, Sc de tantd’autresbaftiments,pubhcs Sc partial-
  • DV Sr. DE MAN DELS LO, LIV. II. 479 liers „ que Ton pcut dire, qu’il fait partie dela ville. 1639. Ce qu’ilditaureftedelamontagne dechinghoangh , quieft dans Ua ville: de la tour ou Ton meíure les heures avecvn ho¬ rologe de íàble ,&ouon les marque avecdeslettresd’or,d’vn pied& demy de long, de íès rues, qui íònt pavéesdepierre de taille, de ía fituation dans vn lieu marefcageux , du grand nombre de fes canaux, 8c de la riviere de Cientang, qui a vne ti grandeur lieued’Ailemagne de large,eft tres-ventable:auífi bien que vi’led* ce qu’il dit, que la ville aplusdecent lieués d’ltaliede tour, a sc KU* iil’on y comprendfesfauxbourgs} avec lefquelles elle a bien cinquante ftades de long, 8c pourle moins autantde large. L’oncompte dans la ville julqu’a quinze mille Preftres,foi- xantcmille ouvriers en foye, 8c vne il grande quantité de peu- ple,quel’ondit qu’il s’y confumetous les jours dix mille íàcs deris, 8c plus de mille pores,fans les vaches, les chevrcs , les brebis, les chiens, les canards, 8c les autres animauxj quoy que la plus part des habitans croyent la Mctempfychofe , Sc s’abftiennentde viande. La Province de Fokien ,-que Marc Paolo appelle Fugui,a La vers le Levant Sc leMidy lamer: vers leSud-weft la Province je Forieru' de jQuantung: versle weft SclcNort-weftcelledeA'7.i»£//,8c Scsfroutiei:«s* versleNortcellede Chekiang. Elle contienthuid grandes vil- les, fçavoir cel lede Fochcu, quicn eft la capitale, Civenchcu, "°™sbre
  • 480 voyage des indes, 1 ^ 3 5>. nir dequoy faire vn pont de battcaux, qui joindroic cette Iíle à laterreferme de la Chine, lln’ya prefque point de ville en cette Province, quin’ait fon langage particulier, & íl diffe¬ rent 1’vn de l’autre, qu’ilsontde la peine à s’entendre : mef- mes ils ne fçavent pas la langue communedu pais, que rou¬ tes les perfonnes de condition parlent dans les autres Pro- La Province dc Q'lantung Scs fiontieres. Le nombre de fi> villcs. lede fcs fa¬ milies. Son reveuu. C’cft: la plus riche de toutes les Provinces de la Chine. L'indufttie de fes habitans. Vinces. La Province de ,yuantun?^ eft encore vne des plus maritimes de toute la Chine. Elleavers le weft-Nort-weft le Royau- me de Tun^kmovers leNort-weft la Province de yuan?fevers le Nort ceíles de Hucjuan& & de Ktingjific versle Nort-Eft cel- lc de Fckun. La mer borde toutele refte. Elleadixgrandes villcs, íçavoir, Quangcheu, Xaocheu t N'anbntngJ-JvenheUyChao- cheu , C hack/ng , Kaocheu , Kicncheu , Luicheu 2c K:unchcu, & à foixante-douze mediocres, &c entr’autres celle de Macacy dont nous dironsvn mot ailleurs. L’on y compte quatrecens qua- rante trois mille , trois cens foixante families, 6c prés de deux millions d’hommes, 61 elle contribue vn million,dix-iept mil¬ le , íèpt cens foixante-douze faesderis, He trente-fept nhlle, trois cens quatre-vingts quintaux de fel j fans ce quelle paye en argent. Les Chinoisdiient, qu’ilyaencette Province trois chofes que l’on nevoit pointailleursj fçavoirdes montagnes íâns nci- ge , des arbres qui font tousjours verds, & des homines qui crachent du fang ^ parce que leur ialive eft teinre de rouge, du bettelé &. de l’areca , qu’ils mâchent continuellement. L’on y peut adjoufter, qu’iln’ya point de Province en toute la Chi¬ ne, qui ioit ft riche en or, en perles, en pierreries , en foye , cneftain,en vif argent,enfuccre,en cuivre,enfer,enacicr, en falpetre, en bois de calambak,&c. que celle-cy. Elle a auf. ft celadeparticulier, que les canons demoufquet & de pifto- lct ,que Ton y fait, n’efclatent jamais, quelque furcharge qu’on leur donne, maisne font que s’ouvrir, pour donner paílàge à ce qui ne peut point iortir parlabouche. Les habitans ont plus d’induftrie à imiter qu’a inventer5mais ilsy reúífiffent ft bic,qu’iln’yapointdemanufa
  • DV Sr DE MANDELSLO,LIV. II. LavilledeM.ic.iOjOud’^WiigOit^’eftadirebonpor^n’eftce- 1 ^ JJ7. lebre que parce que les Portugais y ont eítably le fort de lcur La vilk dcMa. commerce, Sc le fiege Epifcopal pour tous ces quartiers-là, Sc cao' n’eft marchande que parle trafic qu’ils y fontfeuÍs,à 1’exclufion de tous les aucreseítrangers 5 particulieremcntavccla ville de Jpuançchei- ,ou íls out permiflion d’aller deux fois Tan àla foi re, ou ils debitent treize cens caiíTes de draps de foye, fatins, da¬ mas , Scc. de cent cinquante pieces chacune, Sc en rapportent deux mi lie, cinq cens pains d’or,de dix/W, c’efta dire de cent crente eícus chacun j huictcens livres demuíc, Ôc quan- tite de fíl d’or , de íoye , de perles, &de pierreries,Sc plu- íieurs autres marchandifes, qu’ils portent à Ma Lee* Sc à Go«y pourcftre diítribuéesde làpar tout lereítedu monde. La Province de^uangfi n’eit pas fi grande, ny fi belle que taProvincí(k cellesdont nousvenons de parler, mais elle ne laiíTe pas d’a- Qnangfí. voir vnze grandes villes 5 fqavoir Qutillin , qui en eft la çapi- tale, Liemheu Kingyven, 1'tnglo ,Gucheu, Lincheu, Nanning, ScSYÍIIcs* Taiping, Surning, Chingan Sc T/encbeu,qui ont fòuselles quatre- vingtsdix^neufvillesmedíocres. Ellea vers l’£ft Sc le Nort- Sesflontierss- EftlaProvinccde ^«4w?r«wo:versleNort celle de Qucicheu : vers le SucTôe le Sud-weft le Royaume de Tnngfcngow Gunany Sc vers le weft celle de lunnan. L’on y compte cent quatre- vingts fixmille, íepteens dix-neuffamilies, Sc plus de quinze Scs cens nille homines, Sc elle contribue quatre cens trente Sc vn S° ’ r°em'' mille, trois cens cinquante neuf íàcs de ris. La Province de £>«t/'.fie»,eftlamoins confiderable de tou- Ia Prince .Jc- tes , n’eftant compofée que de huitvilles fort medíocres, fqa- ses^inesV voir Queiyang, iucheu , Sun an, r'.hiniven, Jfccien , Tunggi /, Li- jnng Sc Tucho, qui ont quatre autres villes plus petites fous elles. Elle ne conticnt que quarãte-cinq mille,trois cens cinq famil¬ ies, Sc environ deux cens trente mil homines. Toutle país eft Sonieveuic boíTuj de forte que produiíànt fort peu de grain, il ne contri¬ bue qie quarante fcpt mille,fix cens cinquante huit íàcs de ris, &cnq nnlle neuf cens pieces de toile :mais il n’y a point de Provnce qui donne .pliis de vif argent, ny qui nourrifTe de meill:urschevaúxque
  • VOYAGE DES INDES, 163 9. vers leNort-Eft: la Province de Quangfi luy eft frontiere vers le Sud Sc 1c Sud-Eft Sc celle de Iunnan, vers le weft. La Province de La Province de Iunnan > eft la plus Occidental de toutela s« non acres Chine: car elle a vers le Levant 8c vers le N ort-Eft les Provin¬ ces de Quangfi Sc de Quincheu: vers le Nort celle de Suchven: vers le Nort-weft le Royaume de Ttbet:versle Sud-weft celuy ses richefles, -de Mien, 8c vers le Sud 8c le Sud-Eft celuy de Laos, 6c parrie du Tungking. C’eft fans doutevne des plus riches Provinces de ce Royaume, 8c l’on y trouveroit íàns doute beaucoup dor, s’ii eftoit permis d’ouvrir les veines de la terre.EUe donne de l’am- bre jaune, dcs rubis,des íãphirs,des agathes,du mufc,de la ioye du benjoiiin, de beaux chevaux, des Elefans, See. Elle a douze grandes ville; fçavoir iunnan tTaltt Ltngan, Cuhiung, chm- t. Scs'villes. Kiang} Munghoa, Kingtung, Jjhtangnan ■> guangfi ^Chtntven, lungning 8c JCunning ,L& quatre-vingts quatre villes medio- Lcnoirbre de cres. L’on y compte cent trente deux mille , neuf cens cin- fcs families, quante huit families , 8c environ quatorze cens trente-trois son rcvenu. ^]lommes} & ene contribue vn million, quatre cens mille, cinq cens foixante-huit íàcsderis, & cinquante-iix mille,neuf cens foixante-cinqquintauxdefol. 11 ya Jeschi- Parlavaftc eftendue que nous venonsdedonnerau Royau- d’autrcs biai cs me Chine, l’on peutjugerque fes Provinces eftant fituées en des climats ft differents, il faut que les qualités de l’air Sc du terroirle íòientauífi. Etdefait,il yavnefigrãde difference entre les habitans de l’lfle de Hainan} qui eft dans la Zone Tor- ’ ride, Sc de la Province de Quantung ,quienapproche, Se en¬ tre ceux de la Province de /'f/’/»g,quieftlaplusSeptentrio- nale de route la Chine , que l’on prendroit les vns pour des MauresdeFez en Barbaric,Sc les autres pour des Allemans,ou pour dcsSuedois. Ie parle pour ce qui eft de la couleurjcar les vns font noirs 8c les autres font blancs, & il y en a qui font ou plus ou moins bazannés, felon que les Provinces, ou ils de- meurent, font plus ou moms Meridionales Sc Septentrionales. La difference L’on voit la mefme differenceaux fruits. Car les Provinces dies fruits de ia plus Meridionales donnent des Cocos , des Bananas , Sc les c autres fruits qui ne viennent que dans les pais chauds, Sc lesau- tres produifont des ftgues, des pommes, des poires, des cha- ftaignes Sc les autres frui&s , qui font communs en Euro¬ pe. Mais l’on peut dire en general de la Chine, qu’il n’y a point
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. II. 4g$ ide pais au monde ny plus beau ny plus fertile.II eft vray qu'elle 165% doit beaucoup à la nature, qui luy donncl’or, l’argent, les pier- reries, le muic, la foye, le fel, 6c toutes fortes de gommes 6c de drogues tres-precieufcs: maisil faut avoiier auifi, que letravail 6c l’induftrie de ieshabitans, 6c la douceur du gouverncmenc eft celle qui leur donne cette abondance de vivres, 6c qui ache- ve df former la felicite, en laquelle ils vivent. Lepais eft tellement peuplé,que pour nourrir vne fi effroya- Les CHfnois blemultituded’homme,illaut quetoutelaterrequelleoccupe ^ireic t{wlC* produife. L’averfionqu’ilsontpour 1’oifivcté 6Cpour les fai-t neantsleur eft naturelle : mais quandellenele lèroitpas, les loixyont fi bienpourveu, qu’il n’ya point de crime que Ton {mnilTeavectantd’infamie, quel’onchaftie cevice. Avecce- a ils aiment la bonne chere, 6c ilsveulentparoiftre en leurs habits 6c enleursmeubles : de forte que pour vivre avee hon- neur ils font obhgez dc travailler. Auih n’y voit-on point de montagne qui ne foit plantée, point de colline qui ne foit cul- tivée, point de plaine quine foit femée, point demarais qui nefoitemployé, 6c par maniere de dire pas vn poulcedeter- re, quine produife, 6cquinerefix>nde au travail deceuxqni lalabxirent. Elk nourrit toutes fortes d’animaux,8c produit tous les fruits Lcs ftu!ts Je £c tots les fimples que nous avons en Europe -y mais bien plus excelens que les noftres: ainfique Pon peut voir par les oren- les noftres, ges, iont l’on a porte le plant enP ortugal, 6c dont l’on eftime rant b fruict enFrance.il eft de mefme des melons 6c des autres fruits, 6c particulierement des prunes, qui y font tres-exceden¬ tes, 6c fi faines qu’elles ne chargent jamais l’eftomach, quel- ily aquantiré que quantité que Ponen mange. Il y a tant de miel 6c de cire, dc que Pon en charge des flottes entieres, 6c le fuçcre y eft à fi bon De fuccie. marche, que quand il eft bien cher Pon n’achette le quintal,de Dc r°)re- fix vingts-quatre li vres, que quinze francs. L’on peut j uger de la quantité de foye qu’elle produit,par les eftoffes,quelesPro- vmccsdonnenttous lesansau Roy, 6c par la quantité d’eftof- Íés6cdc/bye crue, quePondiftribue par routes les parties dti monde. Les tcrres hautes donnentdu bled, de l’orge 6c de Payome, 6c les baifesduris, 6c enfi grande abondance, qu’em la plus grande cherté,ilne fevend qn’vn efcule fcftier. La vbndc (.f. La volaille s’y vend au poids, 6c pluméeelie ne yaut que àbonmaicW
  • 1^39- Conimc au/n lcs cípiceries. Lcur pcfJic. Comment ils nourri treacles canards. Comment ils lesfoncefclorre I’£ftc. 484 VOYAGE DES INDES, dix-huid deniers la livre, 8c 1’autre viande à proportion. Car ilyatantdebeftail, qu’vnevachebiengraiTe ncs’y vend que deuxeícus, vnbufflevnefeu, vnporc, dontla chair eft fore delicate, vingc fols. Les efpiceries mefmesy font á ft bon mar¬ che, que pour vn efeu l’on y achette quatre cens mufeades, 8c {>our trente iols deux hvres de cloux de giroffle} parce que eurs vivresn’ayans point de prix dans le pais, les Chinois les troquent avec tant d’avantage dans les Molucques, 6c dans les autres liles voifines, qu’iispeuvent donner ces drogues à meilleurmarche, que l’oii ne les vend fur lcs lieux. La mer qui borde vne bonne partiede ce grand Eftat, 8c les rivieres, qui fervent comme de veines 8c d’arteres à ce vafte corps, luy donnent tant de poiftbn,quel’onn’en tire quail point d’argent. Car iln’y a quail point deville, qui ait la commodité de la riviere, ou l’on ne nourriile vn grand nombre deCormorants, dontl’onfefertpourlapefche. Onlesfaitjeufnervn jour , 8c lelendemain on les porte fur Iebordde la riviere, aupres de plufieurs batteaux, à moitieremplisd’eau, aufquels on lcs at¬ tache avec vne corde qui leur prend fous les aiíles, 8capres qu’on leur a lie le goiier au deifus de l’eftomach, on les laiche, pour les faireentrer dans la riviere, ouilsrempliilent depoif- fon la peau, qui s’eftend comme vn iac fous la gorge, 8c le vien- nent vuider dans le batteau, ou ils font attaches. Ce qu’ils font plufieurs fois de fuitte, 8c jufqu a ce que le maiftre ie trouvant fatisfait de la capture, leur oftc la corde qui leur ferre le goiier, 6c leur permetd’after à la chaffe pour eux,6c de fe raf iafierpour deux jours: 6c parce moyen l’on prend plus depoif ion, que l’on ne peut confumer. II n’yapoint d’animal, qui foit plus commun par route la Chine que le canard: parce que l’on y a vrte maniere de les eile- vertoute particuliere ■, fans que neantmoins ils puiifent paiTer pour barbottans, bicn qu’ils ne foient pas íàuvages auifi. On les nourritende grandes cages de bambus fur la poupe d’vn grand batteau, capablesd’enrenir.ifbisouquatremille chacune, 8c l’on fait efclorreles ccufs 5 l’cfte darts dufumierde vache , ou de canard mefme, qui eft fort chaud, ou on les laiílè, jufqu’à ce que l’õn fçache que la generation eft ache vée, Sc alors on caf-1 iè les ccufs les vnsbontre les autres, pour faire iortir les petits, atfec tant d’adreile, qu’il n’en meurt pas vn fcul. L’hyver
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. II. 48j L’Hyver Ton augmente Ia chaleur naturelle du filmier par 1639. Ie feu, en faiíãnt vn lift de bambus, eílevé de cerre de trois ou lcscf°™mcnt °" quatre pieds, íurlequel l’on met les oeufs eqtre deux couches rHyTe"10™ de fumier, 6c l’on y fait du fcu deíTous, pour leur dormer le degrede chaleur neceílaire pour les faire eíclorre. Dés quils fone exlos on les faie entrer en des cages, oij 1’on nourric des Cannes, qui les reçoivent fous elles, õc les clevent. Quad ils íontaíTezgrandspourallerchercherleur nourriture, on leur donnele matin vn peude ns, capable d’irriter l’appetit plu- toft que de Iesraííaíier, 6c l’on ouvre les cages, pour les faire {>aíTer fur vneclaye de bambus du batteau à la rive, ou elles es font paiftre dans les terres femées de ris, done ils arrachent les mauvaiíès herbes • avec tát da vantage pour le proprietaire, que celuy qui nourric les canards fe fait payer de íà peine.Sur le loirilraílemble fes canards, 6c les fait retourner dans le bat¬ teau, au fon d’vn chiíflet ou d’vne fonnette, fans qu’ils man- quenc de fe rendre à leurs cages,quoy qu’il y aic quelquefoisdes troupeaux de vingt ou vingt-cinq mille:8c par ce moyen ils fone àfibonmarche,quils nereviennêcptfintàdeuxliardsIa piece. Pour ce qui eft deshabitans , ils font aftez bienfaits, 6c fone plutoftgrandsquepetits. Leshommesont levifage large, les yeux petits, le nez vn peu camus, 6c quaíi point de barbe. Ses Ilsnehfontpointcouperlescheveuxnyles ongles*le Ia main gauche 3 parce qu’ils croyent, qu’ils auront befoin de leurs on- gles pair grimper, pendant qu’on les prendra par les cheveux, pour Ics enlever au Ciei. Ils s’habillenctous d’vne mefmefa- con, finon que dans les Provinces plus Septentrionalcsl’onie lert de fourrures,6cdans les Meridionales l’onnes’habille qua- Lcnrs habitfe iiquedefoye. Les perfonnes de grande condition fontbroder leurs fottancsjufqu’d la ceinture, mais les autres ne mettent de l’or8c de l’argent qu’aux bords: 6c l’on connoift les garçons d’avec les mariés j parce qu’ils ieparent leurs cheveux fur le front, 6c portent dcs bonnets plus hauts que les autres. Les femmes s’y habillent fort richement, fe chargent de per¬ les 6c de pierreries,fe fardet 6c fe cocffent avec autat davatage qu’en aucun autre lieu du monde. Elles affeclent particuliere- tent* femme< met d’avoir les pieds petitsjc’eft pourquoy les meres appliquet leurs premiers loins à ferrerfibien les pieds à leurs filles, des l’enfance, qu’apeinepeuvent-ellesmarcher. L’oncroit,quc II. Panic. Ppp
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  • W Sb. DE MANDELSLO,tIV.n. 4S7 me tois, & on ne leurpermet point de íortir. Les maiíôns, ou 1’oneifcrme les pauvres, ont leur jardins 8c leurs cours, ou on leu- permet de nourrir de la volaille & des pourceaux •, tant f>our bur diverriffement, que pour en tirer quelque profit, 8c e Ro nomine vn Commiílaire, qui enfàit lavifiteavecie luge edinaire deux fois 1’année. Ilsc mettent point les aveuglesaunombre des pauvres in¬ valide j maison les oblige à travailler, à tirer les íoufflets des mareíhaux ,8c à d’autres choíesoula veue n’eft pas abfolu- ment leceílàire. On employe lesfillesaveuglesàvn mcftier, qui eí bien auífi Iucratif, mais moinshonneílequelcsautres. IeCDy auífi que je puis dire,que e’eft à la Chine quenous fomms obligez de l’invention aimprimer les livres. Car il eft cetain que nous ne Pavons que depuis Pan 1450. & que les Clnois ont chez eux des livres, qui ont eftc imprimes il y iplusle ícpt cens ans. Ils>nt vne façon d’eferire qui leur eft particuliere -, non íèulenentparce qu’ilsfe fervent de figures plíitoft que de ca- ractens, ence qu’ils fignifient des mots entiers, ôc ne repre- fentert point les lettres, mais auífi en ce qu’en eferivant ils obferent vn ordre tout different de celuy de toutes les autres natiois:car elles écrivent ou de la gauche à la droite,cõme tous les Etropeens, ou de la droite à la gauche, comme les He- breují,les Árabes 8c la plus part des autres peuples dePAÍiejôc les Clinois eícriventde haut en bas,8c y obíervent des diftaces tellenient égales, qu’il n’y a rien de plus jufte. Et pour faire voir que ccs figures ne formentpas vnmot ,qui ait vne figni- fication particuliere en leur langue , mais qu’elles dsfent les chofes mefmes,il faut fçavoir, que les Chinois, qui en parlant neíèpeuvent pas faire entendre entre’eux,à cauíè dela diver- fitédesidiomes,qui fe trouvent entre les habitans de diveríes Provinces,fe fervent de ces caradteres, noníeulement pour fe rendreintclligiblesentr’cux par tout le Royaumc , mais auífi pour lecommerce avec les Iaponois,8cavec les habitans de Coreu & de la Cochinchine, dont les langages n’ont pas plus de rapport entr’eux,que le FrãçoisavecleGrecSc avecPArabe. Ils font leur papier de Peícorce de bambus, mais fi mince , qu’il n’admet Peícriture que d’vn cofté; bien qu’ ils ne íè fervét point deplumes, qui mordent fur le papier, mais de pinceaux, Ppp ij 1639. Ils nc mettent point les a»cti-» glcs a 1 rang des pauvres. r rs Chinois ont cu 1'iuv- pielTioudcYar.t nous. Lent façoir d’eferire. Leur papier.
  • 488 VOYAGE DES INDES, Le foinqne J’on y a des ell coles Si des Colleges. Za dígnité dc ioytia. Les Cfiinois font fort ccrc- wonitux. eommeleslaponnois, quine font que couler fur Ie papier5de forte qu’ils efcrivêtaufli vifte, 6c forment des cara&eres ÍI bien faits, qu’ils nc doivet rien aux mcilleurs efcrivains de l’Europe. Le Roy fait vne delpenfevrayementRoyale, pour l’cntre- tien,tant aes efcoles, ou 1’on eníeigne à lire 6c à elcrire, 6c les autres elements desfciences, que pour les Vniverfites,ou Ton eníeigne la Philofophie, morale 6c naturelle , l’Aftrologie 6c les autres fciences, II ne fe paiTe point d’annee qu’il ne les faife viilter,qu’il nefaile examiner les ProfeiTeurs 6c les efcoliers , 6c qu’d ne fafle recompenfer ceux qui teimoignent de Taffe- dtion pour l’eftude, 6c chaftier ceux qui ne s’y appliquent point commcils devroient. Le Vifiteur apres avoir achevé 1’examen , en fait vn autre particulier de ceux qui pretendent àla qualirede Loytia, qui eílvnedignitéquia quelque rapportàcelle de nos Docteurs. IIeft vrayquiJsappellentainiltousles nobles: maisen matie- rc de fcience , e’eft vn degré , que Pon confere en donnant aux gradues la permiifion de porter vne ceinture, par laquelle on les connoift parmy le refte du peuple. Carle Roy donne cette qualité comme I on donne icy cellede noble à ceux qui font merité par leurs íèrvices, ou qui ont aftez de faveur au- pres du Prince, ouaupresde ceux qui legouvernent, pourfe la faire donner par des lettres patentes. Cette promotion de Dofteurs fefaitpour le moinsavecautat de ceremonies,qu’on la fait en S orbonnej 6c Pon n’en pourroit faire icy vne petite digreilion, ii nous n’eftions obliges de nous hafterdefortir de la Chine,pour le retour denoftre voyage. Etde fait,il n’yapointde nation au monde qui en faife plus que celle-cy, jufqu’aeftre incommode, lls commencentfin- ftrudlion delajeunefte par celles des compliments , dontils compoíènt des livres entiers,afin que l’on n’y manque point aux rencontres. II n’y a point de períònne, que l’on ait veue vne fculefois, que l’on nefoit oblige deíàliier,6c ilsneíàUient point du chapeau 5 mais en íèrrant la main gauche, ils lapren- nent de la droite, 6c les portent ainfi toutes deux à l’eftomach, avec vne profonde inclination detefte, laquelle ils accompa- gnent deproteftations, capables de confirmer cc qu'ils veu- lcnt faire entendre par leurs geftes. Les perfonnes de condition, en fe rencontrant dans la rue,
  • DV Sr DE M ANDELSLO, LIV. IÍ. 48'? s’arreffent, joignent Jes mains, en paífant les doigts lcs vns 1 639. dansles aurres, & en eílendant les bras en arcade , fe fontdes reverences avec de profondes inclinations , 6c demeurent long-temps en cettepofture,à s’ofFrir les vns aux afitres les paí- fage. Quand iln’y a point d’égalité entre les perfonnes qui fe rencontrent, la moindrecede àla plus qualifiée , luy fait la reverence , 6c le laiíle paíTer. Celuy qui va parler d’affaires à vn Loytu , dans fon logis,fe metàgenoux en entrant dans Ia íãlle, 6c avance & demeureenceteftat-là, jufqu’a cequ’il ait parle ou donné ía rcqueíle, 6c apres avoir fait fon affaire, il fe retire auífià gen oux, fans tourner dos au Loytia. S’ils ren¬ contrent par haíàrd danslarué,ou bienà la porte delamaifon, vn parent ou amy venant de la campagne, fi celuy qui demeu- re dans laville ne fe trouve pas aífez bien veftu àfafantaifie, pour faire 1’honneur entier à 1 on amy, il fera femblant de ne le point connoiftre, rentrera dans le logis, prendra le plus beau de fes habits, 6c fortira alors au devant de fon amy ,6c luy fera civilíté, comme s*il venoit de 1’appercevoir prefentement. S’il le trouve par rencontre dans la ruê loin de íãmaifon , il luy demandera auffi-toft s’il a difné ou foupé,6cs’iln’a point mange leferaentrer dans le premier cabaret, 6c le traittera magnifiquement de chair 6cde poifTon, ous’ila difné, il luy fera donner la collation, de fruit 6c de confitures. Us font iplendides en leurs feflins, 6cen vfent tout autre- uwsfeftins. ment que l’onne fait par tout ailleurs. Ils font drefler autant de tables qu’ils ontde conviez 5 mais au lieu de nappes , qui cacheiroientlabcauté des dorures 6c des peintures, dont elles font emrichies, ils y mettent des tapis de damas, de taffetas , ou de quelque autre efloffe de foye , qui n’en couvrent que les boirds, 6c pendent jufqu’a terre. L’on met aux quatre coins de la itable vn papier chargé de fruit 6c de confitures, pour le defèrt, 6c de plufieurs figures defuccre, faites 6c peintes au naturel, 6c de fleurs pour le divertiffement, 6c Ton place la uurvai(feIltj viande au milieu. Leurvaiflellecftd’argentoude porcelaine, 6c ils n’ont point de ferviettes-, parcc qu’ils fe ferveiu de leurs fourchcttes fiproprement, 6cavec tant d’adreffe, qu ils n ont ^ pas befoindes’eiiiiier les mains ny la bouche. Ils boivent fou- cu vent, mais peu à la fois ■, e’eft pourquoy leurs vafes à boire font ffort petits, 6c d’autant qu’ils fervent quantité de plats, Ppp iij
  • 49° VOYAGE DES INDES, 16} 9. Leurjour de l'An. Leslionneurs qu’ils rendcnt aux Arabaflj- dcrns. lesrepasy font forts longs: mais afin que l’on ne s’y cnnuye point, l’ondonneaux conviés routes forces de divertiiTemens j fa mufique , la comedie , Ies joueiirsde gobelets 8c les ma- rionnettes. Si c’eft vne perlonne de condition quel’on a con- vié, l’on drefle dans la falle du feftin plufieurs autres tables, chargees de viandes creues, de volaille 8c degibier ,
  • DV SrDE mandelslo, liv. ír. 49I Gouverneur dc la villelava íàltier, 6c tafche de fçavoirde íuy le ílijct de íbn voyage, pour le faire fçavoir au Gouver¬ neur «de la Province: qui faitaufli-toft príer 1’Ambafíadeur de Iuy cnvoycr fes lettres de creance, afin de Ies faire tenir àla Cour, Sc faire vcnirlepaíle-portneceíTaircpourJa continuíu tion de íbn voyage. L’on faie expedier ce paíle-port fur du farchemin, avec le feeau du Roy en or, que 1’on porte devant Ambaílàdeur avecles lettres de creance, eferites furvn aix, portanten tefteen lettresd’orle nom du Prince qui 1'envoye. Les Gouverncursdes Provinces ontlefoin de fournir à la dè- penfe par le chemin, 6c en approchant de la ville capitale, Ton envoyeau devant de luylePrcíidentdu Confcil Prive, quile reçoit à la tefte de tous les Confeillers 6c de la plus-part des courtifans, & conduit l’Ambafladeur jufques dans fon logis, 6c en prenant congédeluy, íl luy donnelepouvoir de créer vn certain nombre de Loytnu, 6c dc donnerla liberté à quel- q ies crimineis, dont l’on regie le nombre fur la grandeur du Prince, qui 1’envoye. On luy donne le temps neceílaire pour fon repos, 6c apres cela les mefmes perfonnes, quiíefont trou- véesà fonentrée, leconduiíèntàl’audianceduRoy,quilaluy accorde routes lesfois qu’il Ia demande, Sc fe trouve prefent à toutes les propofitions qu’il a à faire. Lesfeftins qu’ilsfonta leursnopcesfonttres-grands: ear le pere de la man ée ne donne point d’autre dot à ià filie , que la dépenfe qu’il fait átraitterle premier jour les parents 6c amis de íbn gendre, 6c le lendemain ceux de la nouvelle mariéc. Lefeftineftantachevé, lemary donne en la prefence des pa¬ rents;, la dot qu'il a promife, 6c elle la donne à fon pere, ou a íà mere, enreconnoiílànce de la peine qu’ils ont eucà 1’eílever jufqiuacetteaage là: de forte que par ce moyen ceux qui ont beauccoup de fiíles, font ceux qui font Ies plus accommodés, particulierement fi elles font bien faites. L’on y marie les filies fort jeunes, 6c le pere peut difpofer de Ia dot que l’on a donnée à íà filie, fi la neceífité l’y oblige j mais s’il la coníerve elle demeure en propre à la filiejà 1’exclufion des autres enfans. LaPoligamiey eítpermife, maisl’inceftey eft bienfeverc- ment defendu : en ligne direde à 1’infiny, 6c en collaterale jufqu’auxloeurs 6c aux niepces. La premiere femme eft feule legiame , les autres ne font que des concubines: de íòrce que Lcurs nopccíi La Polygamúr y eft pcimife*
  • 491 VOYAGE DES INDES, >i 639. non feulementelles ne demeurent point dans vn mcfme appar- tementavec lapremiere, maisauifiion filsailné prend feul en la iucceifionautantdebien que tousles autres eníèmblc. ointd’occaiionauxeftrangersde faire la guerre à l’Eftat, ils cur ont defendu, fur peine dela vie, d’en fortir, fans vne per- mifiion expreile du Prince, ou du Gouverneur de la frontiere. I Is appellent leur Empereur Ticneu, c’eft à dire fils du Ciel, oufilsdeDieu; non point qu’ils le croyent defeendu du Ciel: mais parce qu’eftant le premier entre les hommes, ils le confi- derentcomme vndondu Ciel, Sc comme vne perionne qui eft chere aux Dieux. Ils fe donnent luy-mefme la qualité de Hoangh, qui fignifie Empereur de boue, oudeterre, pourle diftinguerd’avecle Xa.»tbii qui eft le grand Empereur de tout l’Vmvers. L’on dit que celuy, qui pritle premier le nom de floangrbiave(cu plufieurs fieclesdevantla naiílànce deNôtre Seigneur,
  • DV SrDEMANDELSLO, LIV.II. 495 Seig;neur,& que íèsfucceíleursontvoulu prendre lemême no, 1639. ainíii qu’ontfait ceux qui ont íuccedé dãs 1’Empire àlules-^efar. La Couronne y La dignité eft hereditaire en Ia familledeceluy quire°-ne 'ft hcledit*irc* enforce que 1 aiíne y íuccedeíeul, al’exclufion des puiínés, qui ont bien Ia qualite de Roy, 8c on Ieur donnc vne íiiitte Rovale, avecquelquevillepour appennage,ouonlesloge8c on les traitte corame des Roys 5 mais ils y ont fipeu d’autorite, quelegouverneur, quil’afeuletouteentiere, ne leur permec pas íeulcment de íòrtir de la ville, 8c mefme ne Ieur fait diftri- bucr leurrevenu, que par quartiers 5 de peurque Ietouchant a la fois, ils nel’employcnt à fe faire des amis, au prejudice du repos de 1’Eftat. r Le Conícil d’Eftat eft compofé de douze Confeillers 5c teConfca d vn?reíldcnt, qui eft celuy quialeplus d’autorite apres le JEfUt. Roy. Ily a encore outre cela dans laville de Xuntien fix au- tresconíèils : fqavoirvn pour la Iuftice quilsappellent Lyo\: lefecondpour les finances, qu’ilsappellent Hup'u : Le troifié- me pour les ceremonies, qui font cftentiellesen ceRoyaume, & on 1’appelle auíli Lyp'u : Le quatriéme pour les affaires de guerre, & i’on I’appelle Pingp’u: Le cinquiéme pour les bail¬ ments publics , quo l’on appclle Cungi>'u : Sclefixiemc pour les affaires criminelles, que l’on appeíle HingPu. Les Con- ieillers, qui font employezen ces conieils, deliberent fur les affaires dontla connoiflance leur eft attribuée, 5c meftne les refo I vent 5 maisilsnepublientScn’executentrien, fans la per- miífioinexprefle de l’Empcreur, qui s’en referve la decifion, aufii biien que celle de toutes les autres affaires du Royaume. II envoys de trois en trois mois des vifitateurs en toutes les Pro¬ vinces, qui sinformentbien particulierement delavie 6c des adions des Gouverneurs, 5c del’eftat des Provinces j dont ils luy font vn fidelle rapport, 5c par ce moyen ll acquiert vne connoiflance tres-parfaite de tout ion Eftat, quoy qu’il ne forte quafijamais.de ion Palais, d’ouil gouverne tout avee vn pouvo r tres abfolu. Ceuc qui compofent le Conieil d’Eftat, que I’on appellc c«cannoirtm-* C0U0 04 caifiang, e’eftadire Gouverneursauxiliaires, ouMi-.cc‘!c 1 AÍ*í°- niftresi’Eftat, fonttousPhilofophes, 6c la plus-part fort iça- auxConfallc*» vans enl Aftrologie 5 pareeque l’on veutqu’ils prevoyent les d'E.tac, evenemens des choies, non ieulement par les lumicres de la 11. Parcie. O o a
  • i 6 5 ?. Vice-Roys & Geumncurs les autres ofH ciers des Fro. TÍHCCS, les r.ffieiers de la Coujonnc. 494 VOYAGE DES INDES, prudence civile: maisauffi parle corn s des aftres,qu ilscrojent tien plus infallible que cedes d’vn raiíònnement fonde fur 1’experience. C’eft le Prefident de ce Confcil, & eft lonablen- ' ce le doyen des Confeilliers,qui fait rapport au Roy des delibe¬ rations du Con fed, en luy parlant à genoux, Sc ayant les yeux baifles, fans lever laveue, quand mcíme 1 audianceleroit de deuxheures. ... Toutes les Provincesdela Chine, ontvnVice-Roy , qu ns nommentcomen, à larelervede i iking, Sc de Nat.king, qui font Pi evinces Royalcs, Sc n’ont que des GouVerneurs, qu ils appellcnt /nfu.wo, Sc iont comme les Lieutcnans de Roy * carce qu’ils ont la premiere authonte dans la Province apres le Vice-Roy : chacun neantmoins dans ion reffort, qui nes e- ílcnd quelurles grandes villes oil ils refident, Sc fur les vii- les medíocres,qui en dependent. Celles-cy ontauffi leurs Gou. verneurs, qu’ils appellcnt T atuam, Sc les Portugais Mandarins. llsappellent celuy qui a l’Intendance des Finances dans vne Province p. n halt celuy qui y com mande les gens de guerre joloc: Le Prefident de la luftice /inchaft, Sc le chefuu Cornell de euerre c/O’mo. Tousces offieiers ont chacun leurconleil, qu’ils affemblent dans le Palais du Vice - Roy, qui prend ccrnoiffance de toutes les affaires qui s’y paffent,&fi el les iont d’importance,il en donneavis au Prefident du Comeu d Litat, par vn courrier exprés. les offieiers de liifticc & de police. le Poihw,ouSurintendantdestinances, ie roiivnjy. ougaruc desSceaux,ScI’a »*«r,quieftleprcmierIugedcIaville.Celuv- cy faitrendre la luftice par 3. Lieutenants, d ont 1 vns appel e Uuytay,\etecoT\áiz}a, & Ietroifiéme 7 owit#, qui tiennent la feance vne fois la fepmaine chez eux , Sc qui ont le foin de faire re^ler la police par des Con mifiaires, qui ont leurs quar¬ ters reg’ez, demillemaiionschacun. L’onyobfcrve,quele Comrriffaire n’a point d’autorite dans la rue ou ildemeurej afin que la confidcration du voifinage ne lui faffe rien fairecon- tre le devoir deia charge : raifon pour Iaquelle l’onnc permet point auili qu’vn homme ft lie la charge de Vice-Roy ,dc Gou- verneur oude luge, en ia Patrie,maisl onl envoyecndesPro- vincts éloignées, ouiln’a point de parents.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. II. L’on changelesofficiers de trois en trois ans, & depuu le i 659. jourqu’ilspartentde la Coar , oudulieudeleurdemeureor- UmPoim^uc.' dinaire, leRoylesfait defrayer par tout ,laiffant à ícurchoix de prendre Ia quantité de vivres qui leur eft ordonnée, ou la valeuren argent. Pendant qu’ils font dans 1’em ploy , ils {oat logés êtentretenusauxdefpensdu Roy, & meltnes 1’onloge LpsIi) ct K aupiesdes luges, dansvne mefine maiibn , les Greffiers, les tous Ic* Otfi- Hui(Tiers, 8c tous les autres officiers de Iuft ce, quifontauffi ci(-rsd(^} rngcc nourrisSc payes de Targent du Roy, afinqu’ils ne prennent LnouuU aur point de ialaire, ny d’cfpices dcs parties. dépcns di Koy. Ils font tellement circonfpc&s en routes leurs procedures, qu’iln’y a point de luge qui n’examine il bien les affaires, qu’il ^ebucur? itec n’en puiile point appreliender de reproche. Les debitcurs y be aucoup dc íbnttraittés avectant de rigueur, que ceux qui n’ont pasder £‘8ueur' quor payer, aiment mieux Te vendreà leurs creanciers,quc fouffnr les cruelles fuftigations,parmy lcfquelles les plus lên- iiblcs exfpirentfouvent. L’ordre, qui y eft eftably pour defcouvrirle crime, & pour ordtc admiraw prevenir plufieurs autres defordres, eft admirable. Les luges, Me. enarrivantau lieu deleurrefidence, fontfairevn dénombre- ment de toutesles maifons de leur reffort,Sclesayantdiftri- bucesen dizaines , ils font mettrevneafficheàladixiéme mai- fon,&enjoignentauxhabitansdedefcouvrirceuxde leur di¬ zaines, qu’ils fçavent avoir commis des crimes,à peine d’en ref. pondreenleur propre&privé nom: comme aulfi de declarer ceux de leur dizaines, quien délogCnt, ou qui vont faire quel- que grand voyage 5 afinde les obligerà payer leurs debtes de- vant que de fortir du quartier. Ils n’ont point d’indulgence pour les crimineis: mais ils n’executentperfonnea la mort,quele crime ne ibit tellement averé, que le criminei ne puiffeallegueraucuneexcuie pour lã juftification. Ils tafehent d’apprendre la veritcdelabouche de T accufé parla douceur, 8c n’ordonnent jamais la queftion , qu’eifuitte d’vne demy preuve,fortiíiée de plufieurs violentes La façon de conjectures: mais alors ils la donnent fort cruellc, en mettant la cluc* les doigts entre deux baftons de lalargeur de deUx bons doigts,lllon’ aux excremites defquels ils paffent de lafifcelle, qu’ils ferrent li fort qu’ils brifent les os, 8c font fortir les ongles des mains: ou bien enmettant les pieds entre deuxais, quail de la mefmc Q^ci n
  • 3639. XcursprifoBJ. La forme ie leuv* execu¬ tions. Irnrs fnppli- ccs. Le fupplice des Tokuis. 496 VOYAGE DES INDES, façon queEon donne icy les brodequins 3 finon que l’on y fait loufFrir les pieds Sc icy les jambes. I ln’y a point de grande ville qui n’ait plufieurs prifons, qui font fort bien gardées, niais au refte accompagnecs la plus part de cours, de jardins, d’eftangs & dallées, pour lediver- tiflement de ceux qui y font detenus pour des crimes legers. Elies ont auifi leurs tavernes, pour la commoditédesprifon- niers, Sc des boutiques, ou l’on vend les ouvrages que les pri- ionniers font, pour s’aider à fubfifter. Les fentcncesde mort ncs’executent point,que leRoyne les ait confirmées, Scmeiine apres cela l’on y apporte tant de ceremonies 3 qu’a moms que 1’atrocité du crime crie à la ven¬ geance , il y a plus de condamnés qui meurent de langueur dans la pnfon , que de la main du bourreau. Caril nele fait point d’execution,qu’en la prefence du premier l uge delaPro- vince , ou duVifitateur : lequel eftant arrive iiir le lieu , fe fait apporter les procés de ceux qui ont cite condamuésàla mort, les examine, Sc fur cela il confirme ou caffe la fen tence du luge ordinaire. Parmy ceux dont la ítntcnce à efté con- firmée, il prend cinquante des plus cotipables, Sc ordonne au geolicr de les mettre en eftat de pouvoir eftre conduits au fup¬ plice. Maisil neles fait point fortir de la prifon , qu’il neles ait encoreinterogesvnefois ,&s’ils’y en trouve,quipuiffent fculemet alleguer quelqueexcufeapparente,on lesrcnferme, êcalors onfaittirerlecanon,pourfaireconnoiftre,que l’on va faire execution. On neles conduit point au lieu du fupplice , queTon ne lesexammine encore,Sc que le luge nelcsprcfle de fonger à eux, Sc de chercher quelque pretexte, qui le puifle obliger à la faire differcr. S’ilsn’en trouvent pointil fait tirer autant de coups de canon, qu’il y a de miferables deítinés au fupplice. Eftant arrives au lieu de l’execution, on les fait affeoir fur des ras de cendres ,ou on leur donne à manger, &.lon re¬ commence l’examen pour la dermerefois : mais fi apres cela ilsne trouvent point d’excufe, Ton tire le canon pour la troi- fieime fois, Sc l’on achevc Texecution. L’on pend les crimineis, ou on les empale , ou on les brufle: mais ce dernier fupplice n’eft que pour les crimineis de leze Majefté. Ils ont vn fupplice particulier pour les voleurs. Car comme lelarcin eft le crime qu’ilsdetcftentle plus 3 aufH ion iupplice
  • DV Sn DE MAN DELS LO, LIV. II. 497 eít accompagné dc plus d'infamie, quelesautres. Onlescou- 1639. che fur le ventre, ayans les mains liées fur le dos, 6c eu cet eílat deux bourreaux Jes batcent de toute leur force íur le gras des jambes, avec de groíTrs cannes, deítrempées dans del’eau, qui y font des playes íi douloureuíès,que la plus part defes mL íerables meurent entre leurs mains. Les luges fe trouventpre- íents à ces executions 5 mais afin de n’eitre point touches de companion, qui feroitinutileaux crimineis,ilsfe divertiíLnc cependant au jeu 6c à boire , 6c fe bouchcnt les oreilles con- tre leurscris. Mais afin que les Gouverneurs Seles luges n’abufent lpointCsS v^titcur3* de leur pouvoir , Ion ne les oblige pas íeulcment à rendre compfe ae leurs actions au fortir de leur employ , pardevant des Iugeseítablis exprespour cela , qu’ils appellent chenes • mais leRoy envoye auíli das les Provinces vn Viíitateur, qu’ils appellent Leaches.Celuy-cy entre dans laProvince fans fe íaire connoiftre j prendvne information fort exa&e6c fort fecretc des aéfcions desofficiers, 6c apres avoir faitle tour de la Pro- Leur procedi?, vince , approchc dc la ville capicale , versle temps que tous les officiers de la Provincey fontaíTemblés,ce qui íèfait tous les mois vne foisrilfaitfçavoir au Vice-Roy, 6c à toute 1’af. femblée,qu’ilsayentàluy faireouvrirla porte,afin qu’il leur faíTe fçavoir la volonté duRoy.Cct advis faitaRez cõnoiílre íà qualité, & neatmoins en entrant dans 1’aííèmblée il fait porter íã commiílion ouverte devant luy , 6cdés que 1’ona achcvé de la lire , le Vice-Royfortde fa place ,6c les autres luges, de leurs fieges,6c font la revereuceau Vifitateur : lequel apres. avoir pris Ia place du Vice Roy , fait 1’eloge de ceux qui ont fait leur devo’r,8t dit,qu’d ne manquera pas de faire le rapport qu’il doit à ía Majeíté. Apres cela fe tournant du coité de ceux Leur pcuvoir, qu’ilatrouvesenfaute, lesblafme, leur fait offer les marques de la Magiílrature, qui font le chapeau 6c la ceinture,les fuf. pend de leurs charges, ou les depoílède entierement, 6c en pourvoidd’autres. lia meíme le pouvoir d’avancer à de plus grandes dignités ceux qu’il juge eneftre capables, de noter d’infamie ceux qui ont manque à leur devoir ,6c mefme deles fàire punir, mais non point de mort^parce que 1’Empereur eít feul maiítre dela vie aeíès fu jets. P our ce qui eít de la religion des Chinois , I’on peut ^re jcsChiiwis^ Q^q iij
  • lÉyy. . Lcurs Divini- tés. r Trois Saints «tc la Chine Fable de Qua- n.na. 498 VOYAGE DES INDES, qu’elle eft paycnne; quoy quede la figvred’vnede leurs prin¬ cipals divinités Ton aicvoulu juger , qu’ils ont autre-rois cu quelques fentimens du Chriftianiíme, Scfaire croire que es trois teftes, qu’ils font fortir d’vn corps d’vn de leurs [doles, repreientenc l’adorable Trinité •, qui fait le premier 8c Ie plus grand myftere de la Religion Chreftienne. L’on y adjoufte, que S. Thomas a prefche l’Evangile en la Chine, Sequel on y trouve des tableaux , ou l’on voit des homines habi es 6c faits comme l’on peint icy les Apoftres, & que 1 on y a veu des Images,qui reprefententla Sainte Vierge , tenant entre jes bras le Sauveur du monde : maise’efts amuferadeslpecula- tions chimeriquesj puis qu’a Ia referve des cftabliilcments que lesPortugaisôdes Efpagnols y ont faits depuis quelques an- nées, l’on n’y void point le moindre veftige de 1 ancienne Re¬ ligion Chreftienne. Ils difent que toutes les chofes vifibles 6c invifibles , ont efte faites par le Ciel. Etc’eftcequ’ils expriment par la pre¬ miere lettre de leur Alphabet. Lis croyent aufli quele Ciel gouvernel’Vnivers par vn Vicaire , qu’ils nomment Laocon TX-iwfO'.G’eft celuy pour q ui ils ont le plus de veneration apres leSoleil ,8c ils difentquec’eft vn efprit eternel , qui n’a point eftécrée. Ils ont la meime opinion d’vne autre divinire, quils appellentC4«/âj,auquelils attribuent vn pouvoir abiolu fur toutes les choies fublunaires. A ces trois efpritsilsadjouftent troisMiniftres principaux, qu’ils appellent run^H^fn^reiqu^rr, & T^uicjuaw,dont le premier prcfiae à l’air, 8c donne la pluye: J’autre preíide à la generation des hommes, des animaux 6c des fruits, 8e le troiííéme gouverne la mer. Ils canonifent aufli, quelques-vns, dontlavieaefteilluftreen Saintete ,ou autie- ment, 6c les appellent Pauptos, e’eft à dire beats, mais ils ne leur rendent pas les mcimes honneurs , qu ils rendent aux Dieux que nous venons de nommer, ou au trois faints fuivants, qui font auffi en grande eftime chez eux. Ils appellent le premier S'chin, qui eft venuen la Chine du Royaume de running, 6c eftfondateurdetous IesOrdrcsde Religieux 6c de Religieufes, qui font prefentement dans le Royaume,6c qui y font en grand nombre: vivans dans vnee- I.batperpetuel, 6c enfermes. L’autre eft appellee Quinina,, Sea ce qu’ils diient eftoit troifie-
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. II. 499 mcfilieduRoyv^'ojlequclayantmariefesz. filies aifinées, voulutauíli marier celle-cy: mais cette Princefle, qui avoit fait vceui de chaíletc, ne voulut point cõfentir au mariage,6c perdit à caufe de cela Ies bonnes graces de ion perejquil’enferma dans vulicu, ouelle eíloit obligee deporter de 1’eau 6cdu bois, 6c d’arracher lcs mauvaiíès herbes d’vn grand jardin, dont on luy avoitdonr.éla garde. Ils ont fait de grandes Iegendes de Ia vie de cette óainte, 6c cn font plufieurs contes -y fiçavoir, que les finges de la foreíl voifineyaccourroicnt, 6c portoient de Teaupour elle : quelesoyfeaux arracboient les mauvaiíès herbes, 6cque plufieursautres animaux apportoient le bois, qu’elle eíloit obligee de porter. Le pere, s’imaginant que c’eiloit vnefFctdu íortilege de íà filie, fitmettrelefieu dans la maifion, 6claPrinceírelavcyantbruílerpour l’amour d’elle, fe voulutcoupcr la gorge d’vne éguille de cbeveux -y mais elle vit enmeíme temps lefeu eíbeint parvne groíTe pluye, qui y furvint j àlafaveur delaquelle elle difparut, 6C allafe rerirer dans lesdefertsdelamontagne voifine. L’impietedu Royfut punie par vne lepre, qui luy couvrit tout le corps, ou ils’en- gendra tant de vers, qu’il en euíl eílc mangé, fi la filie, qui en fut avertic par vne voix du Ciei, ne 1’euíl loulagé. Le mal qu’il avoit fouffert , luy avoit donné de grands remords de confidence • de fiorte que voyant fia fianté reílablie, par 1’inter- ctíliondelafille, ilfejettaàgcnoux devant elle,luy deman¬ da pardon du pafié, 6c la voulut adorer y mais elle refufa de re- cevoir ces bonneurs -.Toutesfois ne pouvant s’en defendre,elle mit vn 1 dole devant elle, 6c retourna au defert, d’ofi. elle n’e« íloitíòrtie, que pour gueriríonpere. Elleymourut, 6c eíla- bliíl par vne grande auíteriré de vie, vne fi haute reputation de Saintcté, que i’on continue encore aujourd’huy de luy rendre vn culte religieux, de 1’invoquer, 6c de luy demander fion in~ terceffion pour la remiffion despechez. Ils ont encore vne troifiéme Sainte, qu’ils appellent Ne- ws, 6c difient qu’elle eíloit filie d’vn Prince de la villede Yo- cheuy en la Provence de Hucjuang- L’averfion qu’elle avoic Í>our le manage 1’obligea à íe retirer en 1’líle à'/ngoa, ou ’on ditqu’elle a fait plufieurs miracles. Ils en content entr’au- tres,qu’vnSeigneur, namméCompo , ayanteuordreduRoy de parcir avec vne flotte, qui eíloit preile de faire voile, 1639.. Fable de ma,
  • v yoa VOYAGE DES INDES, 1639. il ncfutpoint au pouvoir deíèsmatelots de lever les anchres. Compofuttellcrncntfurpris de cet accident, qu’il voulut voir Juy-mefine la caufe de cet accident. II trouva Neoma afíife fur 1’ancredel’Admirai, llluydit, queleRoyluy avoit com- mandé d’aller faire la guerre dans vne des Provinces voifí- nes, Sc la pria de nc s’y point oppofer. Elle relpondit, qu’elle contribiieroit à la vidoire qu’il fe promettoit de cette expedi¬ tion, s’illavouloitemmeneravecluy 5 àquoy il eut d’autant moins de peine àconfentir, qu’il Ia connoifloit déja de repu¬ tation. Etdefàit, 1’armcenefutpasfítoftarrivéeàlaveuedu paísennemy, qu’elledesfit lecharme, parlequel leshabitans avoient fait paroiftre toute la mereníeu, & qu’elle contrai- gnit les ennemis de fe rendre à diícretion. Compo creut d’abord que c’cftoit vne illuíion 5 c’eft pourquoy il voulut s’aiTeurer du pouvoir de Neoma. par vne preuve plus forte, &luy dit,qu’il nedouteroitplusdeía Saintcté, íi elle pouvoit faire reverdir le baíton qu’il tenoit en la main: ce quelle fit. Compo planta le baílon fur la poupe de íònnavirc,publiahautement que tout le fuccés de fes armes eftoit deu à Neoma •, Sc i’on dit que c’efi: à caufe de cela, que les Chinois mettent cette Neoma à Ia poupe deleursnavires , Sc qu’ilss’adreilentaelle,pour lapro/penté de leurs voyages fur mer. fcm^tdufou ont forc Peu devotion > &'&rt peu de reíped pour leurs idoles. Car comme ilsíè fervent dufort en toutes leurs affaires importantes, fi bienqu'ils n’entreprennent point de voyage, ne font point de manage, ny mefmeaucune autre a£ faire deconiequence, qu’apres avoir coníultéle fort, S’il ne reipond point à leurs efperances , ils difent des injures à leurs Dieux, lestraittent de chiens, Sc leurreprochent tou¬ tes fortes d’infamies. Apres la premiere colere ils chan- gent les injures cn careiTes , leur demandent pardon , leur promettentce qu’ilsn’ont pas deilein detenir, Scretournent apres cela au fort. S’il change , ils flattent Sc loiient leurs Dieux,mais s’ils contingent de les menacer de mal-heur, ils les outragent de paroles &: de coupsdes abattent, y marchent def- fus, les battent, les traifnent dans la boiie, les bruilent avec vne chandelle , ou les foiiettent, julqu’a ce que le fort les favoriíè, &alors ils leur offrcnt des canards, des oyes, de la volaille, duris cuit, Sec. Leurs grands íàcrifices confident à offnr
  • DV Sb. DE MANDELSLO.LIV.II. joi offmauxDiraxvnereftcdepoiirceauboiiilli^oméedeflcurs • í 3 >• & de ruciJIes, 8c vnecruchedevin. Ils font Icuríòrt avecdeux morccauxdebois, dela^roíTeur ^ .. d vnenoix dontl'vn des coités eft plat 8c 1’autre rond , com- mevne boule coupéecndeux, qu’ils jettent à tcrre: & s’il fe rencontre, que tous lesdeux,ou l’vn tombe en íòrte , que Ie rond íoit deflous, ils en prennent vn tres-mauvais augure: mais ílsy retournent íi fouvent, qu’ils ne manquent quafi ja¬ mais. Ilsíe ferventauífid’vneautreefpecede fort, en jettant dans vn potplufieurs pieces de bois, qui ontchacunevn cara¬ ctere, 8c lesfonttirer par vn enfant, 8c àmefure que l‘on en prelentevne,! on cherche dans vn livre vne page, qui com¬ mence parle caractere quePonatire, &lonaccommodcles paroles que l’on y trouve, àlachofedont 1’on veut fçavoirfe- venement par le fort. Us invoquent aufli 1c diable, 8c à voir les geftes que font r,í ín,r0!iue,»t ceux , dont l’on fe fert en ces invocations, l’on diroitqu’ils ledufaIc- lont veritablement poíTedés,ôc il y a eu des ChreíliensaíTez limplespourle croire. Les Chinois croyent que le Ciei, la terre 8c 1’eau font de Ler cr&ree oute ctetmte j mais qu’ils eftoient autrefois tellementmé- '"“chami* cs enlemblc, quila faliu qu’vneDivinitéaitpris la peine de Grcatl0a' es tirerdecechaos. Ils appellentleDieu,quiademeílécettc conruíion Tayny 8c diíènt, qu’au commencement il crca de rien vn homme qu il nomma/Jdn^ow,8c vne femme qu’ilnom- ma Pun^ona. Que Pan^n creaaufíi de rien vn autre homme nonnme Tanhom, 8cfes treize freres, 8c que ce Tíinbom fut fi iqawant, qu’U donna le nom à toutes les chofes crcees. Que Tànlbom&cfes freres eurent plufieurs enfans , mais particufe remient que lefecondj qu’ils nommcntTeycncow,cn eutdou- ze , &íon fílsaifne, nommé Tukucom , neuf. Que leurracea veícu furla terre plus de quatre-vingts dix mille ans ; mais qu ennn Tayn tua tous les maíles , à cauíè de leur rebellion. Qu_en ce temps-làle Ciei tombaauífi} mais qucT^nle releva, 8c qu il crea vn autre homme, qu’il nomma Loixjtzym, qui avoir deux cornes au front,d’ou il lortoit vne odeur tres. agrea- ble 3 de laquelle nailToient des homines, maíles 8cfemelles, 8c que tous ceux qui viventaujourd’huy, font fortis de ce Lot^iu zym -j qui, a ce qu’ils difent,a veícu neuf ccns ans. Quele Ciei II» P ar tie. ^ ^
  • pi VOYAGE DES INDES, ' , c3 o. a auffiengendre vn autrehomme, nommc ^t*jon , par vne production fort extraordinaire 5parce que fa mere, qu’ilsap- pellent JLutim ,eitoit devenuc groiIe,en regardant la teftedu Lvon, quel’on metauZodiaque, & qu’elle en accoucha en la ville de Tengcheu, en la Province de X tintung. Qi^apres cela, & en fuitte de plufieurs fieclcs,vnnomin\6rjao enfeigna l’ar- clntecture, Sc commençaa baftir dcsmaiions,Sk. a fairedcs ha¬ bits. Qu Huntztti, fon fucceifeur , trouva le feu , enfeigna comment il falloit faire boiiillir Sc roftir la viande, comment il ' falloit achetter Scvendre,Sccomentil falloit faire les cotrads. Qu’vne femme, nominee Hautzibon, avoit conçeu en mettant lepied dans le veftige d’vn homme,Sc avoit engendiéocheutty, qui avoit le premier fait les mariages , Sc qui avoit invente plufieurs inítrumensde muíique. QvC Ezçnlím, fon fils, avoit fe premier enfeignéla Medecine St l’Aftrologie Iudiciaire, Sc avoit eíté lepremierà íe íervir de la charrue Sc dela befehe. Us difent auffi qu’il avoit accouftuméde fe faire vne faladede fept des plus veneneules herbes que 1 on put trouver, Sc qu au lieu d’en mourir , dies avoient fervy à le faire vivrequatre cens ans, Sc qu’il laifla vn fils, nommc Vitey , duquel depen¬ dent tous les anciens Roys de la Chine, its crorent llscroyentl’immortalite del’ame, 8cdifent que le Ciel luy VcTime*11 C a communique fon eternité, Sc qu’apres cette vie elle joiii- ra d’vne beatitude eternelle , ou qu elle fera cternellement punie, felon le bien ou le mal qu’elle aura fait, pendant qu el- h Pargatoire. [ea eft us croyent auffi vne efpece de Pur- gatoire, Sc qu’il y a vn lieu , ou les ames doivent eftre net- toyces des ordures qu’elles ont contradees avec le corps, Sc qu’en cela les fuffrages de leurs parents Sc amis les peuvent foulager. C elt pourquoy ilsontau mois d Aouft vn jour de- ítiné pour les prieres, que l’on fait pour les trefpailes; mais au lieu de faire ces ceremonies dans leurs 1agode'jls les font dans les maifons particulicrcs de ceux qui peuvent fouffrir cette de¬ votion. Pour céteffettroisdc leurs Religieux vont à la mai- lon qu’on leur a defignee, Sc exhortent la famille de faiie les prieres neceflaires, pour purgcrles pechez, qui empefehent la beatitude de leurs parents. De ces trois Religieux il y en a vn qui porte vn petit tambour, 1 autre porte quelques images, Scletroificme vne clochette. Apres qu’ils ont mis les Images
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. II. 503 íur 1’AuteIils Ies enceníènt, pendant quel’on charge cinq ou 1639, Ex tables de viande, pourles Saints 6c pour Ies ames des tref- pailez, 6c apres cela l’on fe metàdanfer, 6c à chanter quel- ques Hymnes, qucle plus jeune des Religieux efcrit fur du papier, & porte furl’Autel. Des qu’il eft retournéàíà place, l’on fe remet à chanter, jufqu’acequeceluy qui a faitlefervi- ce battc de ion image fur la table 3 d quoy les autres refpon- denit de la tefte , 6c apres ccla on bruflc les Images devant l’Auitel. Apres avoir pafle la nuiclen cette forte de devotion, iaquielleonnefaitqu’apres quele doled eft couché, les Reh- gieuixôdesdomeftiques font bonne chere de la viande , que l'on a fervie fur les autres tables, pour les eiprits de l’autre monde; & c’eftainfi qu’ilscontribuent de Icur cofté àlapur¬ gation des ames des trcfpaffez. Ils croyent la plus-part la tranf 11 y cn a qui migration des ames 3 mais il y en a peu qui en parlent avec fon- cr°yc"t la w<=- dement. crap yc 10 c’ UsontquatreOrdrcsdeReligieux, dontles vnsfont veftus tcursRdi. de noir, les autres de blanc, de gris ou de minime. Chaque §icux- ordreaion General, qu’ils nommentTricon,qui demeure dans lavilledc Xuntien. Il a fous luy des Provinciaux, qui font la LcUlG<:ncrai' vifite dans lcurs reftorts, qui ont foin d’y faire obferver la difci- f)line, afin que l’on nerelafche rien de la rigueur des regies de ’Ordre, 6c qui nomment lesSuperienrs 6c lesGardiens dans les Convents. Le General nc fort point de charge qu’en mouranr, & c’eftle Roy qui nommelc fuccefteur, 6cle prendparmy ceux qui iontle plus de merite. Il eft veftu dc foye, mais de la mefme couileur que les Religieux de fon Ordre, 6c nefort point de chcizluy, qu’avecvnefuittedequatre Religieux, qui lepor- tentt dans vne chaife d’y voire fur les efpaules. 11 a fon içeau pouirles affaires de fon Ordre, 6c fes Religieux ne luy parlent quàgenoux. LeRoyluydonnedequoyvivregraílèment, 6c conitribueaufli à la fubiiftancedes Moines dans les convents, 6c s’il leur manque quelque choie , la Iiberalité des particu- liersyfupplée. Les Religieux font tous veftus defarge, 8ctous d’vnemeimefaçon, iinon qu’on les diftinguepar la couleur. lis fcrafent tous la barbe 6c la tefte. Ils ont des ehapelets, 6c nsontdescha- diientMatines 6c les autres Officiers, quafide la mefme façon?clcts* quefontnos Moines. Ceux qui entrent dans le convent font vnlfeftinà tous les Moines 3 mais iln’eft paspermisal’aihiede Rrr ij
  • i*39- Les ceremonies «ktfuncrailks. learáueii. L’Eftat prefent de la Chiuc, yo4 VVÍYAGE DES INDES, la maifon de prendre 1’habit; parce que les loix du Royaumc le defendent, Sc veulent qu’il ferve d’appuy à l’âge caducôí decrepite de Ion pere. Leur vceu n’eft point indiípenfable $ maisifs peuventfortir du Convent, &cfemarier. Les Chinois obfervent à leurs funerailles les ceremonies fuivantes. Dés qu’vne perfonne eft decedée, on lave le corps, onlereveftdeíes plus beaux habits, bien parfumés, Sc on le fait aífeoir en la plus grande chaife, que l’on trouve dans la maifon. Apres cela la femme, les enfans, les freres&fceurs, & en fuitte les autres parents fe mettent à genoux devant luy, Sc prenncnt congé de luy. Cela eftant fait on le met dans vne bierre de bois de fenteur, bien dole, Sc on le pofe fur vne ta¬ ble , ou fur deux treteaux, Sc on le couvre d’vn linceul blanc, qui traifne jufqu’á terre, fur lequel l’on peint le portrait du defun
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. IT. Tarrarie Orientale, qui s’eftend depuis la petite Tartarie, 8c i C3 9. depuis le Royaume de C.ifcar juíquesàla mer Orientale & au deílroitd'Anun, au deíTus dulapon; íieft-ceque nous fça- vons qu’il eft forty de cesquarners.là, & des Royaumes de Sumahinid,de? aniulbyde Niuche^deNiulliAn , 8cc. despeuples qui out couruplufieurs Provinces de 1’Europe, 8c quafi route 1 Afie, (busTamerlan, 8c qui íous d autres chefs ont autrefois occupéle Royaume de la Chine. Carenl’an 12.06. les Tartares,que lesChinoisappellentrdM, parce qu’ilsne prononcent point ER,y entrerent avecvnepuif iànte armée, 8c apres vne guerre de íòixante-douze ans ils s’en rendirentlesmaiítres, chaíTerent les Princes dela maifon de Sungi qui regnoit alors, 8c poffederenttoutl’Eftat paifible- l« Tartares ment prés de foixante-dix ans -} jufqu’á ce qu’vn vallet de 0CCUPeni la Preftre, nommé c/;«,confiderant que la rigueur des Tartares Ch'“c‘ s’eftoitamollie par les delices Chinoifes, entreprit deleurfai- re la guerre, & acheva de les chaffer de la Chine en 1^1368. L’averilon que les Chinois ont pour la domination eftrangere^ fit qu’ilsreconnurentauffi-toil: c/;«, quipritlaqualitéde Hu- EnfontchaíTea. ew^c’efta dire de grand guerrier, 6c donna commencement à la fannlle Roy ale de Taming , qui aregnéen la Chine jufqua 0r!Sinc dc u nos iours. ™a!Íon Ro^ c de Teyming. cht non-content d’avoir chaíleles Tartares du Royaume, cntraavec vne armée au Royaume dé Ntuche, ouilss’eftoient retires, 8c lescontraignitde reconnoiftrelaSouveraineté dè l’Empereur de la Chine, 6c de luy payer tribut. Les Tartares fefeparerentenfepthordes, qui fe font fait la guerre entr’eux jufqu’acequ’ilsayentfaitvnfeul Eftat entr’eux, fous lenom du Royaume de Ntuche, environ l’an 1600. En ce temps-là regnoit en la Chine V^nlie, qui avoitfucce- commcncemct déàfonpere dans l’Empire dés J’an 1573. 6c quijoiiiffoit d’vn deiademiere profond repos, quand les Gouverneursdes Frontieres, à qui gUirlcdcs’raB1- cette grande puimnee des Tartares common ça d’eitre fuipe-taKS’ éte, voulurentempefcherleursmarchands de trafiquer en la Chine, s’oppoferentau mariage,que le Roy de Niucbe vouloit fairedeíà filleavec 1c Roy de T
  • 5o6 VOYAGE DES INDES, 1ó 3 y. vit avec beaucoup dereípeét à Va nhe, qui vivoic encore, Sc luy repreíen rala violence qui luy avoir eftéfaite parles Gouver- neurs de laFrontiere} offrantderendrela ville, 6c de íortir du Royaume,pourveu que 1’on eícoutaft fes plainces, 6c qu on luy fift jufticc. Vanlieau lieu de faire reflexion fur la juftice de certe demande, rcnvoya 1’afFaire au Conieil d’Eftat, qui nc daigna pas feulement faire refponfe aux lettres: Et Ie Tartare de ion cofté fe trouva tellemcnt offenfé de ce meipris, qu’il fit voeu, deiacrificr deux cens mille Chinois aux manes de ion pere. Et defaitayant prisde force la ville de Leaoyang, capitale de la PrennentI# vil- ProvincedeLeaotung, il y fir tuer tous les Chinois. II pric en ic capitale dcla fuitce la ville dc Quangnmg, £c entra avec fon armée dans la Kaotun^ Province de Peking j mais craignanr d’y cflre enferme par les Chinois, qui avoientaíTemblé vne armée eiFroyable , il re- tourna à Leaoyang, ouilfltfairedenouvellesfortifications, 6c y pritla qualité de Thienming•, ie faiiant appeller l’Empereur de la Chine j quoy qu’il nepofledaft que Ie Leaotung : qui y eft peu confiderable, que l’on nc le trouve pas feulement au nom- bre des Provinces de ce Royaume. Celafefitenl’an 1618. 6c l’annee fuivantede 1619. les Chi¬ nois, qui avoient fait vne armée de plus de fix cens mille com- batans,donnerent la bataill e aux Tartares; mais ils y furcnt dé- faits, ôcpcrdirent, outre les cinquante mil homines, quifu- rent tués fur la place , leurs meilleurs chefs. Aprcs cela les Tartares entrerent dans la Province de Peking, ouils prircnt 6c pillerent tout, 6c euflentmefme attaqué la ville de X«»- ticn, oul’Empereurfetrouvoit en perfonne, s’ils n’en n’euf- íènt efté empcfchez par la garnifon , qui eftoit de quatre- vingts mil homines. Vanlie mcurt. Pendant ces defordres mourut Vanik en l’an 1610. Tnjohang, Taiohang luy ion fils luy fucceda, mais il ne regna que quatre mois, 6c laii- ruitu^Thia k’11 ^a^c^ePcrc à Thien\i, qui fut aiTez heureux pour chaiTer les Tartares, non feulement des villes , qu ils avoient prifes en Peking , mais auifi de Lear,yang , 6c de route la Province de Q«i chafleles Leaotung , ou leurs cruautés avoient rendu leur domination Tauaies. fortodieufe. Maisil n’eiitpasleloiiirdejoiiir du fruiét de la victoire: Cardes queleTartareeutdonnéordreàfesaffaires, il envoya dans la Chine vne armée de quatre-vingts mille che- vaux, laquelle il fuivit avec vn autre corps d’armee, 6c prit eiv.
  • DV Sk DE MAN DELS LO, LIV. II. ^ core la ville de Ieao,.T.t»£d’aíIàut. Ce nefutqu’apresvn combat, i 63 t>. qui fut opimaftré de part &d’autre pendant quaranteheures, Maisiísr™- Sc qui couíta la vie à vingt mille Tartares5qui furent tellementtrcnl cu Lcaf'- eítonncs de cette refiftance,queleurs armes fe trouvans diver-tung’ ties d’aillcurs, par Poccupation que leur donnoit Maovenlunç, General de 1’armée Cbinoife , dans Zeaotung mefme,que lcs affaiies demeurerent cn cet eftat jufquen Pan 162 j. En cette annéeilsattaquercntlavillede Ningiven , queles Chinoisavoientfortifiée , mais ils furent repouílés avec pcrte de dix mille homines, Scentr’autresdecellcdufils du Roy de Tartarie , lequel voulant fe refentir de cette difgracc , paílà avcc fon arm ée dans 1’Iíle Thàoyven, oú les Tartares tuerent toute la garnifon 5 maisils n’y firentpointd’autresprogres. xh*oyven *** Enl’an 1627. moururent Thienki, Empereur de la Chine , Se Thenming, Roy des Tartares. Le premier eut pour fucceC- chi^&dc'1* leur Tungchim, fon frere, Se à 1’autre fucceda Thien^ung, íbaTartarU meu- fils: lequelen changcant la façon de proceder de fon pere,,Scrcnt- facruauté en douceur, tafchadegagnerparlàles Chinois,qui ne s’eftoient point voulu rendre àla force. Ce ne futpas neanr- moinsny la prudence de Thien^ung, ny le courage des Tarta¬ res , mais la perfidie des chinois 6c la trahifon de leurs chefs* qui acheva de miner le Royaume. Ca- Zung chim, voyant que Earmee^quhl avoit envoyée cn Core4, avoit eftédeffaite, quoy queles Tartares yeuíTentaufli Lcs chinois perdi plus de cinquantemil homines, Se qu’il avoit fujet de kuc craindrevne guerre civile,dõnalecõmandementd’vne armée à vn nommérw» , avecpouvoirdefairelapaixavecles Tai% tares. Cetraiílre, apres avoir pris de 1’argent desennemis , fic mourir Mttovenlung depoifon, 8c conclut vn traitté íi deíàd- * vantageux avec eux, que 1’Empereur refuíà de le ratifier. Ce pretendu affront acheva de perdre Tven , qui continua tou- jours depuis fes intelligences avec les Tartares 5 mais Zung chini ayant defcouvret ía perfidie, le fit tailler en pieces en 1’att 1630. Depuis cetemps-là les Tartars ne firent que des cour¬ ses dais les Provinces voifines: mais Thienzjmg RoydeTarta- Thicnziing- rieeíantdecedéen Pan 1636. Zungte fon fils, qui avoit efté ^ nouny en fon enfance en la chine ,ouil s’eiloit fait à la façon devivredupaís , luy fucceda, Sc corrompit parfabonté lafi- delité de la pluípart des Gouverneurs Sc des chefs chinois r
  • 'jo-S VOYAGE DES INDES, 1 ^39* qui prirent party avec luy: particulieremcnt quand ils virent que les deíordres qui travailloient 1’Eftat, ouhuitarméesde voleursparurent en mefme temps , s’oppofoientabfolumenc d la coníervarion du Royaume. ”bcHese™&$ , Ccsarméesíê rangerenten l’an 1641. fous deux chefs,done niefmc temps f vn s’appelloit Licungxp, gc 1’autre Changbienchung^ui parta- enia chiac. gerent entr’eux les Provinces jeníorte que le premier eut le commandement dans Kcnfi &c Honan, & 1’autre dans Sucbuen & en Huquang.Licungzo, apres avoir pris les villes capitales dc ces deux Provinces , pritla qualité de Roy,&íèfitappeller Xumung., e’eft à dire Roy heureux, & efperant fe pouvoir ren- dre maiftre de tout l’Empire , il voulut qu’on luy donnaft la cjualite d’Empereur, ôc à ià famille le nom de Tbienxun , e'eft à dire obeiílànt au Ciel. Et de fait il íèmbloit que le Ciei fe vou- loit rendre complice de la perfidic, par les intrigues qui fe fâi- foient cependantàla Cour>ou tousles Grands eíloient divifés cnfadionsal’occaiiond’vnFavory ,dont nous dirons icy vn motenpaílànt. Va favmy Hi- Sous le Regne de ThienkijX y avoit à la Cour vn Eunuque, n t a Cuur. nommée Gua, qui poílèdoit II abiblument les bonnes graces de l’Empereur,que celuy-cy l’honnoroit,de la qualité de pere. Cét homme, qui avoit efté élevé à cette grandeur de la der- nierebaíIHTe,cnIaquelleil eftoitné, abulòitdeíbnautorité , &c rendoit ion miniilere odieux, par le mauvais traittemenc qu il faiíoit à ceux, qui avoient trop de coeur, pour luy fàire lacour. Il fut ailez imprudent pour íè declarer contrcle Prin- Qiii traitte mal ee> SP devoir fucceder à la Couronne,8c quieftoit coníideré liicritierde la commepretenduheritier,puis que Thienkj. n’avoit point d’en- Couronne. fanes, 8c pour s’oppofer à ion eftabliflement apres la mort de 1 Empercur. Cc Prince eiloit ce , dont nousvenons de parler, 8c dont nous aurons encore occafion de parler cy- apres. Il fut alfez heureux pour eluder les artifices de 1’Eu- nuque, & pour fucceder à la Couronne fans beaucoup de con- tellation 5 maisil n’euil pasailezde vigueur pour efteindre les factions, par Icfquelles la Courfe trouvoit partagée à 1’occa- ílon dc ce Favory. Dés qu’il fut parvenu à la Couronne, il donna a 1 Eunuque vne commiifion fort honnorable en ap- parence, mais en efFec tres-funefte: car il luy commanda d’al- ierviíiterlesíèpulchres de ces anceitres, 8c de donner ordre
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. II. 5oç àcecju’iln’ymanquaílrien5 maisil nefutpis fi toft party da 1639. V {■ » WiCZurgchin! cnvoya apres luy vncourrier, quiluy L'E V5«« prefenta dans vne boiiette dorée, vne corde de foye era mo; fie, ‘ea defait’ & luy dit que l’Empereur luy avoit commandé de luy apporter lanotvelle deíamort. Mais cette exccutiõ ne reconcilia point les cceurs deceux qui avoientpris party pour ou contrcluy, pendmtfavie, Sc l’averfion que l’Empereur teimoignoit ou- vertement pour fes Partifans, ne fit qu’augmenterlenombre desmefcontents Sc des traiilres, qui ie trouvoient en l’vn Sc 1'aucre party;de forte que la plus-part des Grands, ne fongcans qu a l
  • lé 3 9* L’Empireur eh la Chine cue fa Ijllc & fe pend Vr> Chinois ap jicllrle' Taita. res àsõfecouis cõtrelcsnbcl- lizimgZf» «u.fuit. . JIO VOYAGE DES INDES, vril 164.4. Sc ferenditen iuitte maiftre du Palais, avant que l’Empereuren cuft Pallarmc. Les traiftres qui avoient em- pefché quon luy en donnaft avis , l’empefcherent auifi de s’enfuir : fi bien que voyant que Lixgn&i s’cftoit iaiii de routes les avenues du chafteau, Sc ne pouvant fe reioudre a fe mettreà ladifcretion d’vn chef de volcurs, ll tua de la main vnefille vnique, qu’ilavoir, pour luyiauverl’honneur que - lenepouvoit pas conferver avec la vie, & entrant apres ccla dans le iardin, il prit vne de fes jarretieres, & s en pendit a vn prunier. Lc Coho, la Reync, Sc quelques-vns de les Eunu- ques fuivirent fon exemple , Sc le pendirent dans le mefme iardin. Z mtchinihifatrois fils, dont les deux puifnes eurent Ja tefte tranchée trois jours apres la more du pere ; mars 1 ailne difparut, Sc ne put pas eftre trouvé-, quelque diligence que fiftfaire, pour en avoir desnouvelles. Ie ne m’amuleray point à parler de routes les executions que cebarbate fit fairp dansla ville, oh il fit mourir tons cs officiers: mais jene me puis pas difpenfer de dire, qu entre les autres perfonnes de condition il fe trouva vnbon viei lard, nomme K ,dont lefilscommandoit l’armee Chinoile lur les frontieres de Leaotung: auquel LtzungZS* fit dire qu 11 cicnvi.t à fon fils • que s’il le vouloit reconnoiftre avec fon arir.ee pour Empereur de la Chine, il partageroit fa fortune avee luy, le mcnacant de lefaire mourir s’il ymanquoit. Lepere elcnvit à / hr\ua ,e’eft ainfi que s’appelloit fon fils, en des termes que luy pouvoit dieter l’eftat oiul fe trouvoit > maisle fils my re- ponditgenereufement, qu’ilne pouvoit j^as reconnoiitiepour pere cefuy qui avoit manque de fidelité a ion Roy, Sc que s il avoir Ie cceur aíTez lafche pour luy conieiUer vne perfidie ill’avoir ailez feime pour demeurer dans la reiolution , qu u avoit prife, de mourir plntoft que d’obeir à vn voleur. Et te fait envoya auifi-toft prier lesTartares deie jo-ndre à Iuv, 6c dc marcher conjointement avec luy contre cetviur- pateur. LeTartare ne manqua point de ie fervir de eette occa- ficn , pour penetrer juiques dans le cceur du Royaume, Sc marcha ainfi avee ids troupes contre Lizuvg^o. Ce .Scelerat, qui avoit fait mourir rant t.e per onnes in- roeenres, trrmbla au premier avis qu’on luy donna de la marche desTaitares^qmttalayillede^^ieSj&leretiraen
  • fcv Sr DE MANDELSLO,LIV. II. jti laProvince de Xenfi • a deííein d’eftablir le fiege dc íon pre ten- i 6 J du Eimpire en Ia villedeS'gAn. Les Tartaresle pouríuivircnt juícjui a larivierede Çrocem ou de f/oxngh , déíirent vne partie de íòin arriere-garde, Sc pillerent vne parcie du bagage: parmy lequel Ce crouvoienc toutes les richeíTes que les Empereurs de Ia Chine, de la Maifon de TAiming , avoienc eu íòin d’amailer depuis deux cens quaere-vingts ans. LesTartarcsne voulurentpointpaílerlariviere tant par- cequilsfe vouloienc aíTeurer de la conqucfte de la Province de Puking^ que parce qu’ils íe crouvoienc fans Prince, depuis Ia meare de Zungte, quieftoit decedé lors que 1’armée com- mençaà marcher , pour forcir de la Province de Leaotung. Il n avoir lai lie qu vnfils, aagedefixans, doncilavoic donnéla tutele ai aiíhé de ces troisfreres,quis’enacquicca fi bié, que les Tareares luy donerenc lenomd’.^/»jí
  • lí3«- la PoTitiijne des Tartares, jn VOYAGE DES INDES, fie partirquelquesregiments Tartares, avecordre d’eftablir yjarivuri Roy, delu/ donner la qualitéde Pingfi, e’eft à dire pacifiant le Ponant, 8c dele faire redder en la Province de jTenfi.W n’eut pasbeaucoup de peine à íè refoudre à accepter le party qu on luy offroit,puis qu’il n’y en auoit point d’autre à prendre , ny à chaffer Li^u/.^zpy niais i’on n a jamais pú íçavoir ce que ce voleur eft devenu. La declaration d’yfanguei facilita aux Tartares la conquefte des Provinces des Pekm*, de Jianfi, dc JCcnfi 6c de A antungy qu’ils occuperent en moins d’vn an , 8c s’y affermircnt, en laiffant aux habitans leurs loix , leurs Magiftrats, 8c leur fa- çon de vivre,8ccn neíèrefervant queles charges militai res , 8c le foin de íãiregarder lesplaces. dependant les Provinces meridionals avoient leve vne puiffante armée , qu’elles envoyoient au íecours de 1 Empe- reur: mais dès qu’elles feeurent la prifede Pektft&òc la mortdc Zu>.% /u»/,ellesrevoquercnt leur armée 8c les batteaux , qui portent tous les ans des vivres 8c les contributions à la Cour, 8c ayant feeu i’invafion des Tartares ^lles procederent à 1’E- 1m Provinces j^/oa d’vn autre Empereur, delamaifon de Taiming,qu’ils nen.ii ai nommerent Hung ^ivg,nepvcude/>’’ 8c con find c ’Zjitn?- chivi. Celuy cy com mença ion regne par vne am ballade io- lemnelle, qu’il envoy a aux Tartares, pour leurdemander la paix,8c pour leur ofFnr les Provinces Scptcntrionales du Roy- aum’e..^ • W, queles chinois appellent Amavang, fit rcipon- fc,que les Tartares ne reçoiventde perfonne ce qu’ils pofle- doient déja : que fi les chinois avoient fait vn Empereur , qu’ils euffent à le proteger, 8c que pour cequi eftoit d’eux, ils vouloicnttoutou rien. Pendant cette negotiation Ton fit montcr fur le Theatre vn Prince , qui le difoit filsaifné del’Empereur2rff«gi7?/*/',8c qui fut reconnu pour tel par plufieurs grands de la Cour; mais U uw^tjuaw? le fit mettre en prilon, à deffein de le laire effran- glcr.au grand mefcontentement de ceux, qui en prirent occa¬ sion dele revolter : en forte que les Tartares s’enfervirent , ,anJ pour entrer dans la Province de Nani ivr. Hung^uang luy op- la Province de pofavne puiffante armée , maiselles’enfuit fans combattre, Nanking. dés qU’elle vit entrer les Tartares dans les batteaux, pour paf- fer la riviere. Apres cette defiroutc toutes les villcs de la Pro- ilifcnt vn au- we Empereur Vn ills de Zungchini Les Tartares entrent dans
  • DV Sr DE M ANDELSLO, LIV. II. 5i5 vincede deçàlariviere deKnuig fe rendirent, à Ia referve de i 639. «elledeYthgcheu, ou Zu Coito eftoit entré avcc destroupes , qui y fírent vne vigoureuferefiftance * mais qui firent perdrela ville ;laquelle fut bruílée, afin d’enfevelir en fes cendres les corps de ceux qui y avoient efté tués , de peur d’infe&er fair. La ville capitale eftoit encore au pouvoirde Hungyutng , qui cmpefchoitles Tartaresde paflerla rivicredeKiàng, par le moyed’vnebonne flotte, fous le commandement de Hotng- chotng, qui avoit déja rempotté plufíeurs advantages fur le$ Patent la ri- Tartares, & leur oftoit 1’eíperance depouvoirpaflerlarivie- ^i=rc Jc Kiang, re, quandilfuttuédVn coup de flefche par vn de fes gens, nommé Thien, qui avoit efté gagné par les Tartares. L’on peut dire que ce fut le coup fatal de Ia Chine, puis qu’apres la mortdu General toutcl’armées’enfuit, 8c IaiíTã le paftage de la riviere libre aux Tartares,qui pourfuivirentauífi-toft Hug- ^«.íwÇj&fayantprisparla trahilòndumefme Thien, ils Ten- voyerent à Pc^/rg,ouilslefirenteftrangler,au moisde Iuin 1644. Ils firent aullimourirle jeunehomme, qui fe difoit fils Hungquág eft de Zunchinr, que 1’on trouvadans lapriíon, & tous les autres eftranS-e- Princes de la Mailòn Royale de I timings qui tom berent en¬ tre leurs mains. La plus part des Seigneurs,qui s’eftoient fauvés de routes ccs Pluí;eurs Sei-_ défaites,s’eftoient aílèmblés en la ville de Htngcheu >cn la Pro- gneurs chinois vince de chtkitng, la plus grande de rout 1’Eftat, à dcífein d’y ^liu-chcu* donner vne derniere preuve de leur fídelité&deleurcoura- ge. Ils avoient donné la qualité d’Empereur à vn P rince de la MaiionRoyale,nommé Lovtng: mais dés letroifiémejour de Autrc Smpe- fon regne, íl vit arriver Parrnée des Tartares aux portes de la a^Hun^lg! ville, & la garnifon. qui n’avoitpas grande envie de fe battre * a 1 * demanda de 1’argent j de forte que Lovtng ,n’eíperant plus de pouvoir empefchcr la priíe de la ville , la voulut conferver avec íeshabirans, en s’allantrendre volontairementauxTar- tare; 5 qui Teftranglercnt, & ne permirent point que cette^ bell.* ville full pillée. Ils prirentenJamefme Province la bei- Qmcft au/G le vlledex 'okn g, & y alloient faire vn eftabliftement iné- cltrangI
  • 1^39- Vn autre Prin¬ ce cn la Pro¬ vince deChe. aciang. Vn autre cn telle dcFojcien. Cette divifion ■ehere de per- drela Chine. Trahifon d’vn PyrateChuioij. 5^4 VOYAGE DES INDES, cheveux. Tls chaiTerent les Tartares de la ville de backing,hs contraignircntderepailer la riviere de (’enthang, 6c euiTent fans douce repris la ville de Htngcheu, s’ils euiTent eu le cou¬ rage de les pourfuivre. Ils fe contenterenc de fe retranchcr fur le^borddela riviere, 6ereconnurent Tautorité d’vn Seigneur de la Maifon de Ttiming, nomme Ltt, qui prit laquahtc de r-eilaurateur de 1’Eilat, & refufa celle d’Empereur. En ce mefme temps les officiers 6c foldats, qui s’eiloient re¬ tires de la Province de jhckimgen celle de Fokien, y nomrae- rent vn autre Empereur nommé Thing, quiefcrivitauíTi à Lu, qu’ileuil à le reconnoiilre pour Ton Souverain ; parce qu’il cftokplus proche parent, du defunct Empereur.Cette divi¬ fion acheva de mettre les Tartares en pofleifion de toute la Chine : carces deux Princes refufans de joindre Ieurs forces contre l’ennemy commun, les Tartares attaquerent Lu , Sc le contraignirentaefcretirer dansl’Iile de Cheuxtn ,vis à visde la ville deNingpo, qui ne s’cilpeuplee qua l’occafion de cette déroute. Ils n’eurent pas moins de facilite à conquerir la Province de Fokien , quoy qu’elle foit feparée de celles deQuantun? , de Kiangfi 6c de Chtkung par des montagnes, que fix mille hommes euiTent pu garder contre toutes les forces des Tarta¬ res. L’Empereur mefme, qui avoit pris le nom de Longuu, c’cil àdire dragon belliqueux , s’enfuit, 6c fut tué , corame Ton croit par les Tartares, qui le pourfuivirent. Ils avoient partage leur armée en deux corps ,dont l’vn eiloic entre enFokun , delafaconquenousvenons devoir, 6cl’au- tre avoit paiTe par les Provinces de Hungquang&c de Kmngfi ; de forte qu’ellesarrivcrcntprefque en mefme temps en celle de Qu.wturg, ou dies fe feparcrcnt ; parce que l’vne fut rap- pelleecn /*<%»?,& 1’autrepaiTaenlaProvincede Js&tngfi.La. facilite qu’ils avoient trouvéeen la conqueile de Fekun pro- cedoiten pardedubon-heur ,'qui accompagnoit leurs armes , par tout ou ils les portoient, mais principalement de 1’inrel- ligence qu’ils avoientavec c hincilung , qui commandoit l’ar- ir.ee de Longuu cn ce pais- là.Il avoitautrefois fervy de truche- ment 6c de courretier aux Portugais , aux Cailillans 6c aux HollandoiSjàAiíícrfo^uxPhilippineSjôccnriíleffrwo/rf , fous le nomdV-jHvw.Au fortirde ce meílier d avoit fait celuy de
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. IT. yry Pirate, & parcemoyen ils’eftoitrendu fi puiíTant&fíredou- 163 9. table, qu’apres avoirobtenu, ouplutoíl extorquefon aboli- ** tion del'Empereur de Ia Chine , iilavoit contraint de fouf- frir, qu’il flit luy feul tout le commerce du Royaume , te¬ nant la mer avec vnc flotte de plus de trois mille vaiíleaux. Son deíTein eíloitdeíefaire proclamer Empereur de la Chi¬ ne •, mais fqachant qu’il trouveroit trop d’oppofltion dans 1’eíprit des peuples, tantque Ton pourroit choifir des Prin¬ ces en la famille de Taiming , il nc fut pas marry de la voir exftirper par les Tareares , avec leíquels il avoit intelligen¬ ce s ainíi que nous venons de dire. Apres 1a reduction de la Province de Fukien, ilsluy donnerentla qualitéde Roy, fous lenom de Pingnan , c’eftadirepacifiantieMidy, Ie traittant fort bien, ôduyfaifantefperer, qu’ilsluylaiiTeroientlecom- mandement des deux Provinces de Fck en 6c de ^uantung: mais le Prince qui commandoit 1’armée Tartare en la Pro¬ vince, eftant fur le point deparrir, pouralleràla Cour, chin-- cihtKg■ qui avoit laifle ía flotte dans lehavre de Focheu, voulant eílre dunombrede ceux qui l’accompagnerent jufqu’aU lieu, arrcfté ouildevoitprendrecongè de tons les officiers, le Tartare fe j™‘lictPar fervit del’occafion, lepreífe de venir avec luy i Peking , 6c $ aaaics* voyant qu’il avoit de la peine à s’y reíoudre, lefitarreílerpri- fonnier, pour 1’emmener de force. La confederation de íès freres, qui eíloient maiftres de la flotte, empefcha les Tarta- res de le faire mourir. L’autre armée, qui eftoit entree dans la Province de <$uang-Ceux áeiaFrev f , y trouva tant derefiftance, qu’ellc fut obligee de la quit- vinceaiQ^ág~ tcr & de fe retirer en cellede Quantung, on le Vice-Roy ^“pcrcui".' ic Gouverneur de la Province les pourfuivirent, 6e afln de donner plus de reputation àleurs armes, ils creerent vn Em¬ pereur de la familleRoyale, quifefitnommer /unglie. A leur exemple plufleursautres Provinces ferevolrerent, mais elles- ne firent qu’aflrermir la domination des Tartares, qui apres- la mort de Ktang , Gouverneur de la ville de Taitung en la Provincede Xanfi t lequelprit les armes contre eux en 1649;. & apres la reduction de la ville de Quangcheu en la P rovince de gyngfi. qui futprifelei4.Novembre 1650. pofledent toutr ce.puiiTanc Eilat en repos, plutoíl par la lafehete des Chinoisv
  • jtS VOYAGE DES INDES, 6 3 5. que par le nombredeleurs foldacs $ parce qu’il n’y a point d’ar- mée, quclquenombreuíèqu’elleloit, qui puifle domprer vn Eftatfi puifíant, commeeltceluy dela Chine, fiíèshabitans avoient tant foit peu de courage pour fe defcndre. Xunchifcm- pereurTarcarecle la Chine, efpoufaen 1’anmilfíxcens qua- rante-neufla filie du Roy de Tanyt*, en la Tarcarie Occidcnta- 1c. VOYAGE
  • VOYAGE DV SIEVR DE MANDELS LO A V X INDES LIVRE TROISIESME. O vs avonsditau Livre precedent que Ie calme, 1639. iquiarreftanoftrenavire quail à la veu£ de l’lile ■de Ceylon, nous a fait naiftrel’occafiondeladi- Jàgreífion , que nous venonsde faire: en laquelle jgnousavons reprefenté 1’eftat preientdes Indes, 1 ju/qu’aux dernierts extremités del’Afie. Nousdemeurámes à la hauteur de ' ej/owjufqu’au 10. Fe- Fevrier.. vrier ,quele vendduNort-weft nous fit prendre noftre route :°utlnuano1’ vers lie Sud-Eft. En prenant la hauteur fur leMidy, nous nous Juyoj,3&c- trouwàmesà deux minutes au dela la ligne Equinoxiale. Ie dema.nday au Patron du navire cequ'il jugeoit die l’opinion de ceux,quidiíèntque de deffous la ligne l’ondeicouvre les deux Poles} mais il me fit connoiftre quec’eft vneerreur,& me fit voir al’ceil,que le pole ar&ique ne patoiftplusafixdcgrez dela ligne, Sc que l’on ne defcouvre I’anranftiquequ’auhuictieme. Maisilmefit remarquer auifi, qu’a huict ou dix degrcz de la ligne,il iemble que levend n’eft point fi variable qu’d eft en nosmersdedeçà j parce que celuydu Nort weft y regnefix moisentiers, Sc celuyduSud Eftàfontour y regne auifi in- variablement fix autresmois^en forte que ceux qui võtaux Til¬ des,on quienviennent,peuventprendreleurmefure iá-d^íTus. II. Partie. Ttc
  • Pluíteurs fcrte' d’o)fcaai. Et de poiflonr ic Marfciiin. Tubcroner, 5i8 VOYAGE DES INDES, Ences quartiers-là nous vifmes plufieurs fortes d’oyfeaux, dont les vns eftoient blancs , 6c ne refíembloient pas mal a nos pigeons-, finon qu’ilsavoient laqueu£pluslongueÔcplus eftroitte. II y enavoit d’autres qui eftoient bigarrés6crefíem- b’oienta des canards: mais nous vimes entr’autres vne quan- tité de ces oyfeaux que les Portugais appellent Garayos ou jUho> forcado , qui font noirs 6c bláncs comme les pies, mais vn pcu plus gros, 6c ont la queue fendueenfaçon de cifeaux de tailleur. Tous ccs oyfeaux nevivent que de la mer, 6c de certains poiíTons volants , qui pour eviter la pouríuitte des Mhocore. , des Bomtos 6c des Dorados, qui leur font la guerre continuellement,fe íauvent en 1’air, ouils neíepcuventíou- tenirque tantqucleurs aiíles font moúdlees, 6c ou elles de- vienncnt la proye de ces oyfeaux, ou s’ils retombent dans la mer faute d’humidite, ils y rencontrent ces poiflons, qm les • avalent. Les /ílboc >re>, font tout blancs, 6c n’ont point d’ef- cailles, non plus que les Bonitos.Les premiers font plus grands queceux-cy, 6c n’ont qu’vne feulearrefte, qui eft celle qui rcgnele long du corps, depuis la tefte jufqu ala queue. II yen a qui font fi grands,que l’on dit que foixante matelots ont diind d’vn, qui avoit plus de cinq pieds de long: mais comme la chair n’en n’eft pas trop bonne, j’eftime qu’ils enfurent pluftoft ennuyés que raflàíiés. Le Dorado, que les Anglois con- fondent avec le Dauphin, reflembleau Saulmon, mais il eft fens coinparaifon mcilleur, 6c a les cfcailles beaucoup plus pe- tites. Nous primes auflivn poiflbn, qui avoit la bouche faite comme le groin d’vn cochon. Les Portugais l’appellent Tcm- na, 6c les François Marfoiitn 5 nom qui tire fans doute fon ori¬ gine d’vn mot Alleman, quifignifie porc-marin.Les Hollan- dois difent en la relation de leur premier voyage, qu’ils eu- rent la curiofiré d’en ouvrir vn, 6c quenonfeulementily vi- rent de la chair 6cdu lard,6c les entrailles difpofées comme celles d’vn pourceau,mais qu’ils y trouverent auffi vn petit co¬ chon T tout forme,qu’ils rejetterentdans la mer. On ne Les voit qu’en troupes , 6c quand lamer s’enfle ils s’approchent du vailTeau , 6c grondent, comme s’ils demandoicnt à eftre misàcouvertde l’orage, qu’ils fentent venir, 6c dont les ma¬ telots tirent vn preiage infoillible, quand ils les voyent. La mer ne nourrit point de poiiTon, qui foit plus dangereux
  • DV Sr. DEMANDELSLO, LIV. III. yr9 queceux que les Portugaisappftlent Tuherones, les Hollan- 1639. dois Hayes Sc les Auglois s ark. Ce poiíloncft fort grand , Sc a de la peine ànager, c’eft pourquoy il paroiftle plusfouvent fur l’eau, quand lamer eft calme. On nele voit jamais, que 1’onne voye fepto.ihui&autres poiílons, de la grandeur d’vn hareng, attachesàla tefte,enattendant qu’il ait fait quelque capture, oil ilsprennentpart, fe fourrans impunément dans lagueuledecctanimal, qui nevit que de rapine. Ils font fur tout friandsdcchair humaine , Sc l’onen a plúfieurs exemples endesmatelots, quionteulebrasoulacuiflearrachesjou qui ont efté manges par ces beftes5car elles ont les dents fort poin- tues Scferrées, comme celles d’vne fcie. Elies ont l’ouvertu- re de la gueule (bus la tefte, de forte q ue pour attraper la proye ellesiejettentfurlc dos,Scportetle coup dedeíTous.Celui que nous primes avoit le coeur dans la tefte, Sc vefcut encore quel¬ que téps apres qu’on le luy euft arraché. O n ne le mange point, & 1’on ne le chafle que par divertiftement, ou pour en nettoyer lamer. LepoiffonquelesPortugaisappellenc Pc fee puerco ,'Sc PcrcePucrc*. que Ton trouve auflien grande quantité en ces mers, n’cftpas plus grand qu’vnbrefme, Sc n’a efté appellé ainfi, que parce qu’il gronde comme le cochon, Il s’y voit auift vne grande Tortues. quantité de tortues, qui fe Couchent fur ledos, Sc dorment le plus fbuvent furl’eau, quand elle eft calme, Sc quand les matelorsen voyent, ils en approchentdoucement, leur jet- tent vn hameçon, qui prend entre les efcailles, Sc lesattirent ainii dans le batteau. Leur chair eft auift delicate que le veau, Sc c’cftvndes grands raffraifchiffemens que les matelots trou- vent ien ces grands Sc penibles voyages. Le 21. Fevrier nous-nous trouvaímes à vn degré Sc vingt mi¬ nutes de la ligne : avec vn orage, accompagné de pluye, Sc plusopiniaftrequ’ilneledevoiteftreaulieu, ounous eftionsj parce que le temps y change ft fouvent, Sc ft fubitement, que bienibuvent l’onapas leloiiird’amcner les voiles, pourévi- ter Uviolence des vents, quelesPortugais appellent Trava¬ da , c’eft à dire tourbillons. Lei3.mourutvn de nos matelots, qui avoit negligé de íè faire traitter de la verole, qu’il avoit gagnée à Suratta. Le 14. qui eftoitle Dimanche,lePrefident traitta tous les oificiersdunavire, Sc fiefervir entr’autres viandes le Biggel, Tttij
  • 5io VOYAGE DES INDES, 1Í39. &queIquespoulesdupais,dontle Viee-Roy deGo«Iuy avoir fairpreícnc. Le jj. nous fufmes furpris d’vn calme, qui nous arreíla commeimmobiles, tout du long du jour ^ mais la nuid íiuvan- te íl y furvint vne tempeíle, qui nous empefcha de tcnir noílre route, laqueHeeíloitíanscelaaíLz difficile : parce quayans cu L Soled au Zenith depuis le 22. du mois , nous ne pouvions pas prendre la hauteur, que la nuicl, aux eíloiles. Mars. Nousnefortiímes de cette incommodité, que le 5. Marsj apresquelc27. Sele 28. Fevrier le ventdu Sud-weíl nous euíl fair c: aerer, que nous gagnerions bien-toíl le vent de la man- íon, dont nous avions befoin, pour nous conduire jufqu’au Cap de bonne efperance : mais le changemcnt continuei des vents, He les orages, quiobligeoientnosmatelotsàveillerin- ceiLmment aupres des mails, afinde n’eilre point iiuprispar les-Trttvados, reculoitbiennosefperances, &. nousrendoit la navigation fort ennuyeufe. Ley.Mars nous recommençafmesàfaire nos obfervations auSoIeil, & trouvâmes que nous eílionsàhuitdcgrez, fix mi¬ nutes de latitude. Nous y viíines noílre navireentouré dVn grand nombre de toutes fortes de poiiTons, qui fembloient de- mander noílre protection, contre les balenes, qui lespourfui- voient, & paroiíToient çà & là en lamer. TcmpsTariabie Lexo. Mars, nous nous trouvâmes à dix degrez quatorze 'e slallSnc* minutes, avec vn vent de Weil, qui forma vn orage de dix heures, Le 1 i.&c 13. nous eufmes encore vn grand orage,accompagné d’efclairs &: de tonnerres : mais ce qui nous eftonna le plus, ce fur,que quoy que nous euffions atteint le troiíiéme degré,nous ne lentions pas encore le vent de la làifon, qui a accouílumé defe fairefentir ordinairement déslc hui&iémeouneuficme degré : Carle vent du iud-Wed, qui fouffloit continuelle- ment, neretardoitpasfeukmcntnoilrevoyage, maisil nous repouilbit aitili ii fort vers le Levant, que nous avions iujet d’apprehenderd’eilre contraints deretournerfurla coiledes Indes. I e iy. Mars le vent changea , & íè mit au Sud , & fur le foir nous l’eufmes 5ud.Eil: de forte que ne pouvans plus dou- ters que ce ne fuc le manfon, nous mifmes tout ce que nous
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. 11. fir avions de voiles, 8c fiimes par ce moyen pour le moins deux 1633?. bonnes 1 ues par heure, prenans noftre cours vers le «Sud- Weft. Pendant tour le temps que le vent nous favorifoit de la forte, nous voyons vntres-grandnombrede Daulphins , qui fuivoient noftre navire , &: nousenpriimesquelques-vns, 8c en fifmes trois ou tjuatre bons repas. Le 10. Maisilnous lurpnt vn calme, qui peníà nous faire perdre courage : parce que l’eau fraifche commençant à dimi- nuer dans vn temps, ou nous ne pouvions pas fçavoir ceque nous devionsefpererdenoftre navigation, ion fut contramt de diilribuerlVau par rations: & afin delamenager, il.fut re- folu que dequelques jours Ton ne fervifoit point de chair fa- lée 5 mais que Ton tueroit lespourceaux 8clesautres animaux, dont nous avions bonne provifion, 8c dont il mourut quel- ques-vnscejour-là, pour avoir mange de-la graine de mou- ftarde. r Eftantencetemps-lààfeizedegrés, nous trouvions que la bouiTole dechnoit de trente minutes vers le Weft, 8c elle dè- meure en cet eftat juiqu’au vingt-quatriéme degré : mais apres que Ton a double le Cap de bonne Elperance laimanc tire vers la terre. Le 11. pendant que nous flottions fur la mei* fans vne feule u feu fe halenedevent, le feu femit dans le navire, &nouspenfa per- auvaiiTcau. dre t»us. LcSommeiller, voulant emporter la cuvette qu’il avoitremplie d’eau de vie, ymitlefeu, dontil futtellement eípouvanté, qu’illaverfatoute dans la cave, ou le feu prit it vn tonneau, 6c en alloit allumer encore trente autres, 8c re- duire tont le navire en cendres 5 ft l’on n’euft pas efté aííèz heu- reux pour l’eftouffer avec des couvertures, devant qu’il euft fait plus de progrez. Le vaifleau eftoit tellement charge de toures fortes de gommes 8c d’autres drogues grades, qu’il euft efté impoflible de l’eftein Jre, ft Ton n’euft trouvé le moyen de l’eftouffer en fon commencement. Apres ce jour-la, nous commencjâmes à nous íèrvir de l’in- L’tau lame* venton de tirerde l’cau douce delattner, mais'elle ne pouvoitdiftllléc? fervi- qu’a faire cuire la viande; parce quelle avoir vn ft mau- vais céboire, quel’equippagen’envouloit point pour fon or¬ dinaire. ) v Le zz. Mars nous fifmes vne bonne joumée à la faveurdi* Tctiij
  • 5u VOYAGE DES INDES, iCx9. manfon qui nous faifoitfaire plus de deux Iieues par heure. Le me fine vent continua de chifiler le zy. le 14. & lcaj. Ce jour- là on donna le foíiet à vn matelot, pour avoir voulu débaucher deux jeunes garçons. Le 26. Mars le vent continua de nous favoriíer5 mais dau- tant que nous avions íiijet de craindre, que le vent venant a nous manquer, còmmeil y avoit grande apparence, nous íouL fririons beaucoup, faute d’eau fraifche, 1 on aíTembla le Con- íeil, ou il fut refolu que Ton tafcheroitdegagnerl’Iile Mau- Hce]pour y faircaiguade. Cetterefolutiòn donna beaucoup de ioye àtout 1’équippage, quieíperoity trouverdu íoulagcmcnt dans peu de jours. Etdeíàitdeslemefineíbirnous decouvrií- me l’Iílede Diego Roix., on Diego Rodriguez, à vingt degrez, quarante-cinq minutes j de forte que nous pouvions eípercr d’arriver dés lc lendemain dans 1 líle Vlaurice , parcequcllc n’en eft éloignée que de foixante Iieues. Defctiptioa de Cette Iíle, que fes Portuga» appellentI/íu
  • DV Sr DE MAN DELS LO, LIV. III. ^ ti ons,qu’ils y prirent vne rayc,dont tout 1’equipage da navircr t 6x0 nc deux bonsrepas, & qu’ils y vircntdcs tortues fi grandes,que xonuL. quatre matelotsseftantmisfur ledos d’vne, elle ne laiíla pas de marcher avec la mefme facilite , que fi elle n’euft point elle chargee. Ilsyadjouftent,qu’elleseftoientfigrandes, que dix hommespouvoients’afleoir dans vneíèule elcaille L’lfie "'cft P°‘n'hab,t“ pourquoy les oyfeanx, pour n’eitre 5 point: chaflcz, y font fi prives quon les prenda la main, on ty «fow de¬ les tue a coups de bafton 5 particulierement lòs tourterellés puis 1 an done elle efi: tellement peuplée, que les Hollandois cn prirent Cn moms de deux heures plus de cent cinquante,& eneufient pns d a vara ge,s’ils les cufientpuporrer.L’ony voitauífiquan- uce de herons , comme aufii vne autre eipeced’oyfeaux dc Ia grandeur du Cygne, qui none point d’aificsnydequeue, &ontla chair fi dure qu’il n’y a point de chaleur qui la puifle IlnV,ooin£ cuire. II n y a point d’ammauxa quatre pieds en route l’lfle , ÍJIJL.' mais il n y a point de lieu fur toutecette route plus propre pour lesautresrafFrailchiilements, &pourfaireaiguade. Lors qucles Hoilandois yarriverentaumois de^Septembre Vn 1601 ,ils y trouverent vn foldat François , qui efioit party ily qui ftt vingt avoit trois ans avec troisnavires Anglois, quifurent les ore- mois fcul<*an* nners de ces quartiers-la, qui voulurent faire le voyage desln-- l’Iflc Maunce* des, a deflein d’y exercercer la piraterie. De ces trois navires 1 vn pent aupres du Cap de bonne Eiperanee,&; lamahadie a yant conlume vne bonne partie del’equippage, ceux qui re- fteremt mirentle feu dansle deuxiéme , parce qu’ils eftoient incapables de Iegouverner, faute d’hommes. Le troifiéme fit naufrraçe fur les cofies des Indes , oh tous les homines peri- rent „ a la referve de fepr5 fçavoir de quatre Anglois,de deux Negires & de ce ioldat François; qui entreprirent de retour- nerawee quelque butin qu’ils avoient charge dans vne Cuno.\ avec laquelle ils fe mirent cn mer , & arriverent enfin dans j , M*unct .Les deux Negres y voulurent attenter fur la vie c e leurs camaradcs,maisayant efte découverts, ils ie jetterent dans.amcr&ienoyejpent. Les quatre Anglois voulurent con¬ tinuer leurvoyage, mais le foldat François aima mieux de- meurerdans 1*1 fie, que doubler le Cap,&s’expoferaladifcre- tion de lamer avec vn fi petitbaftiment: Aufii n’en a-on poinr cu de nouvelles depuis. II y avòit vingc mois que le François y
  • -<■ IUjj * '••>1 te navire nc rclafche point dansl'lilc Maurice. 514 VOYAGE DES INDES, eiloitquandles Hollandois y arriverenr. lleftoitnud comme lamain,parce que dans vne fiévre chaude, quiluyavoic atta- qué le ceryeau , il avoit defehireieshabits, Scn’ayant pome eulecouvertdepuisíàma!adie,nyautrenourriture que celle que luy donnoient les tortues cruès qu il prenoit,Pon ne fut pas bienfurpris devoir laconílitution decécefpritaltcrec,enior- te qu’il y avoit peu d’apparence delepouvoir reftablir 5 quoy qu’il fe portaft fort bien d’ailleurs , Sc qu’il y full d’afTez bonne humeur, 8c en fort bonne lantc. Nous nous approchâmes dc l’lileM turice de fi pres,que nous la voyons clairementj mais d’autant que le vent continuoit de nous favorifer avec la nouvelle Lune , qui avoit commencé depuis le23. Mars, le Prefidcnt aiTembla les principaux offi- ciers, 8c leur fit confiderer , qu’il feroit impofliblederelaf- cher dans l’lile, Ians perdre pour le moins dix jours de temps, au lieu que le vent continuant à nous favorifer comme il fai- foit, nous pourrions dans ce temps-là gagner le Cap de bonne Eíperance,là ou en nous amufant a nous raffraifehir dans 1’ I lie, en la íàifon ou nous eftions, I’Hyvernousmenacoit plufieurs incommoditez, Sc nous mettoit en danger daller hyverner dans l’lilede Aitdtcafcar: furquoy il fut refoluque Ton con- tinueroit le voyage , Sc nous fiimes en forte , que le meime jour nous perdimes encore 1 Ifle de veue. Le29. Mars apreslePrefche, le Prefiient fitconnoiftre à tout le navire les raiions , qui l’avoient oblige a changer la refolution , que l’on avoit prife de faire aiguade dans l’lile Maurice, Sc fit voir qu’en s’arreftant dans i’lfle l’onperdoit 1’occcafion du vent, Sc la plus belle faiíòn de l’annee,Sc ainfi le moyen d’achever le voyage ^exhortant l’equippage à pren¬ dre courage, à faire leur devoir en [’execution cfe fes erdres, 8càfe contenter de la ration qu’il feroit diftribuer également à ceux de fa table,auffi bien qu’aux autres. Ce n’eft pas que nous, qui avions la premiere table,qui eflo it cõpofée de huicb couverts,pour le P refident,pour leCapitaine, pourle Iefuite qui pafloit en Angleterre , pour deux Portu- gais, pour le Pafteur, pour le Medecin Sc pour moy, que nous, dif-je, n’euilionsdequoy nous contenter de la ration d’eau que Pon nous donoitjparce que la viãde que l’on nous fervoit étoit fraifehe, de la prcmfion} nous en avios encore de refte,de celle
  • DV S«.DE MANDELSLO, LIV. III. p, que nous avíons faite à Goa, oímousavons achcttédeux cctw pourceaux, aurant de moutons & de chevres, 8c plus de quarre cens pieces de volaille, 8c parce quefaute d’eau Ton ne nous menageoit point le vin ny l’eau de vie : mais ies jeunes mar- chands, & les autres, qui ne mangeoient que des legumes, & de la viande falée, avoient de la peine à s’y refoudre, 8c euf- íentmieuxaimé quel’on euft pris des raffraifchiflements dans 1 Me; maisilfallutcederàlaneceílicé,&;àlavolonté duPre- íident, qui faiíoit cependantfairetoutesles diligences imagi- nables, pouravancerle voyage. Le 30. nous pafsâmes le tropique du Capricorne, tenans noftrecours versle weft-Sud-weft. Le premier jour d’Avril nous-nous trouvâmes à vingt-fix A degrez trois minutes. Le ventcommençadés-lors à ferelaf- cher, 8c la pluye acheva de l’abattre : maisce ne fut que fur Ie foir■ de forte que nous ne laifsâmes pas de faire quarantc- quatre lieiies en vingt-quatre heures. Le lendemain nous vi¬ mes plufieurs baleines, 8c fur Ie foir le vent s’augmenta, & changeaenfortpeudetempsenvnorageformé. Noilre rou¬ te alloit toufiours vers le weft-Sud-weft, afin de gagner le Sud, qui nous devoit conduire au Cap de bonne Efperance. Nojschangeâmesvnpeude route le troifieme, la prenant plus \ers le weft. Nous-nous trouvâmes cejour-làa vingt- ftuiét iegrez trente minutes, Sc nous fiiines en vingt-quatre heures cinquante lieues. Le 5. d’Avril le vent nefut quebien mediocre, 8c dautant que la bouffole varioit 8c declinoit toufiours, nous prifmes nô- tre route vers le weft, au lieu de la prendre vers le Sud, com. me nous euffions fait fans cela. Encesdeuxjoursnousavions fait foixante treize lieues. Le lendemain nous- nous trouvâmes à trente degrez de la¬ titude. Ce jour-là noftre contre-maiftre, qui dans vn demefte qu’il svoiteuavecquelques-vns dunavire, avoit eftc ofireníé, voyart qu’on 1’empefchoit de s’en venger, entra en telle rage, qu’il it voulut jetter dans la mer. L’on futcontraint de l’en- fermer, jufqn’a ce qu’on l’cuft appaifé. Le 7. nous eommencâmes à nous appercevoir , que nous nejoiiirions pas Jong-temps du bon vent, qui nous avoit ac- compagnez depuis quelques jours : 8c de fait le lendemaia II. Partic. Vuu
  • ji(J VOYAGE DES INDES, té 3 9. nous euíines vn grand calme, à trente-deux degrcz de lati¬ tude. Le 9. Ie vent fe renforçant, nous fit efperer que dans fort peu de jours nous pourrions atteindre lc Cap de bonne Eipe- rance, dont à noftre avis , nous ne pouvions eftre éloignés que de trois cens lieues. Depuis ce jour-là jufqu’au quator- zicmenous ne laiilalmes pas d’avancer, mais bien plus Iente- mentque nous n’avions fait jufqu’alors. A ce jour-la fe ren- contra celuy de Pafques, qui obligca le Prefident a faire vn feftin general, oil tout l’equippage cut part. L’on nous donna auilx vne íàuflíe joye , en nous voulant faire croire que 1 on voyoit la cofte d’Afrique5 mais l’on connut bien-toft que c e- ftoient des nues , qui diifiperent noftre eiperance a mefure qu’elles paroiílèntíúr noftre horifon. yin ratios, 07- Le ij. le vent du Nort-wcft forma vn grand orage, 8c nos feaux qtti font matelots nous afteuroient qu’ils ientoient laterre, fe confir- ffaJírocE* mans enleur opinion en nous monftrant de ces oyfeaux, que Jeiaterrc. les Portugaisappellent I’mtxdos, 8c qui eneffetne s’eloignent pas de plus de quarante lieues de terre. L orage ceílaaveclejourduió. 8c nosmatelotscontinuoiêt d’afleurer que nous-nous approchions de la cofte, parccque Pon voyoit quantité d’oyfeaux aupres du navire. Le vent fe renforça le 17. versleioir j mais lelendemain 8c la nuictiui- vante nousn’eumes point de vet dutout, 8c neantmoins lamer nelaiflapasd’eftrefigrofte, qu’elle ne le fut pas plus pendant la tempefte qui nous furprit la nuidt du 19. avec vn vent du Sud- Weft, à trente-cinq degrez de latitude. Nous amenâmes toutes nos voiles, 8c fifmes abbattre nos vergues, nous prepa- rantparcemoyen contre les orages, qui font tres-frequents, & comme inevitables vers le Cap de bonne Efperance,8c nous flottâmes en ceteftat tout lej our fuivant. Man as d Ee 10’ ^’ Avril nous-nous apperceuimes, que l’eau eftoit vn VtSo%: peu plus blanchaftre qu’elle n’eft en la haute mer, 8c nous vift- feaux, mes vne grande quantité de ces oyfeaux que les Portugais ap- pellent Manga de veludo , qui eft vne eipece de Moiiettes, qui ont le corps blanc 8c les aiiles noires. Elies ont auili eelade particulier, qu’en volant dies battent dcs aides, au lieu que les moiiettes communes ne les battent que bien rarement, 8c cou- lent dans Pair d’vn vol égal. L’on ne voit point ces oyfeaux
  • £>V Sr de mandelslo, liv. rir. p7 que lon ne foit aftèure de trouver dufonds à cent ou à cent 1639, cinqiante braílès au plus: 6c de fait en jettant le plomb nous ne trouvames que quatre-vingts cinqbraíTes d’eau. Nous vif- mes ai/ficejour-là de certains oyfeaux noirs, quin’ont qu’vn peud1 blanc fur l’eftomach. Les Anglois difent que cc font des o^feaux de mauvais augura, parce que ce (bnt des prefa- gesinaillibles d’vne grande tempefte. Ellenemanqua pas dc nouscccueillir lemeiinejour, avec vn vent de weft-Nort- weft , qui changea en Nort-weft le 24. Avril. Pendant ce temps-nous fumes contrains de nous laifter aller au gré du vent j qui avoit tellement efineu la ruer , qu’clle rempliffoit le navire à tous coups; jufques-la qu’elle emportamefme no- tre charpentier , maisil fut aftez heureux pour attrapcr vne corde q u’on luy j etta, 6c parlaquelle on le retira dans le bord. Noustrouvamesdu fonds à quatre-vingts dixbrafles,6c d'au- tanc que la terre qui s’attachaa la Sonde, eftoit noire, nous jugions,que nous n’eftions pas loing du Cap d’Jgulbas, quieft.à foixante lieues de celuy de Bonneefyertnce. Le 24forage augmentatellement,que nous commencions I"lhas.*1 ** à defeiperer de nous pouvoir iauver ; parce que le courant ° de lamer nous portoit vers la cofte , ou le naufrage euft eftc inevitibles’ileuft continue. Nouseftionsàtrente ílx degrez, vingt ninutes au delà de la ligne, 6c ce jour-là nous failliimes encor deperir parle feu,qu’vne lampeavoitmisà la chambre du Prefident: maisil fut bien-toft efteint. L’oiage continua le lendemain , 6c dautánt que nos mate- Poi(r°.n5 <]»> lots voyoient aupres dunavire plufieurs de ces poiflons, que dc^ l on appelle Pefce pucrcos, ils nous voulurent perfuader, que nous aurions bien-toftchangement de temps, 6c que ces ani- mauxalloientaudevantdu vent, que nous devions attendre , à leurdire,du cofté oucesanimauxalloient.Etde fait fur les deux heures apres midy le vent fe mit au Nort-weft, 6c forage diminua, ft bien, que nous pouvions nous iervir de nos voiles, 6cfur b foir il ccfla entierement. Le 27. nous n’avions point de vent du tout; mais apres midy il fe mit au Nort-weft: ce qui nous obligea à prendre noftre rou¬ te versle Nort Nort-weft avec beaucoup de progrez,faifans pour le moins deux lieues par heure. Nous viimes cejour-hl Forces Trombas, qui nous flrent juger que nous n’eftions pas Xromb«; Vuu ij
  • 5ij VOYAGE DES INDES, 1639. fort éloignés da Cap de Bonne F.fperance. Ce font des grofíes Cannes, de la grofleur du bras, Sc de trois ou quatre pieds de lone, qui nagent fur l’eauavecleursracines, commefilamer les avo; c arrachées de la cofte voifme,fans que neantmoins Ton puifted.re biencertainemcntd’ouelleles amene j mais bien quel’onn’en voitqu’aupres deceCap. Le lendemain zS.d’Avrilnous defcouvrlmes la coíle, laquel- les’etedoitdevantnous du Nortau weft.L’oncroy oit d’abord que cefuft cabo-Falfo ou 1 CCap deBonne bfperance-^mais d autant que l’on trouva du fonds à quarante braíTes , a trente-quatre degrez , quarante minutes, 1’on changea bien-toft de fenti- ment, ôcfton feperfuada que c’eftoitleCap a Agulhas jc’cft pourquoy onalla toutcejour-lààlabouline le longde la cofte avec vn vent de Nort-weft. Lezfj.leventfemit au Sud-Eft , dc forte que nous conti- nuâmes noftre route vers le Nort-\veft,ne perdans point la terredeveuc. Nous nous divertifmesbienàla pefche ce jour- là,& prifmes dequoy faire faire deux ou trois bons repas à tout I’equippage. Lanuiift íuivante le vent changea , Sc íe mit au Nort- w eft,nous obligeant àaller à la bouline^ mais pour eftre direclement contraire il nous empefcha d’avancer. En pre- nantla hauteur du Soleil cejour-la , nous trouvâmes , que nous n’eftions encore qu’à trente-quatre degrez vingt-íept minutes, Sc ainfi qu’ils’enfalloit encorevintg quatre lieues, que nous nefuílionsà la hauteur duCap d’^4gulha<.. Lejo.d A- vril nous continuâmes d’after àlaboulinelelong de la cofte , parce que le vent demeuroit toujours opiniaftrement con¬ trai rc. May. he premier jour de May, le vent eftant Nort-Eft,tirant vers 1’Eft , nous coftoyâmes la terre , 8c apperçeumes fur le c»bo Falíb. midy vne cofte fort haute, qui fut enfin reconnuê, pour eftre le Cabo Ftt l/o, qui n’eft qua fept lieuiisde cc\uydeBonne£f- perancr. On 1’appelle Cabo-Faljo , parce que de loin il deft couvre Sc avance dans la mer, quaíi de la mefme íaçon que 1’autre, quoy qifilnefoit pas fi haut. ll!CafCd”bonnt Lei. MayleventdeNort-Eftnousportajufqualaveue du jicEíperancc!" Cap de Bonne Efperance 5 mais fe mettant quafl auífl-toftau Nort-weft ,il nous fut impoifibled’entrerdansla Baye,ce qui nous obligea à nous eloigner de la cofte, Sc à gagner la piei-
  • DV Sr DE MANDELSLO , LIV. III. 519 nemer, prenantnoftre route versle Sud. 1 ^ 3 % Le lendemain le vent duNort-weft forma vn grand orage, avec lequel nous ne laifsâmes pas de nous rapprocher de la cofte. Cejour-lànous mifmesvn de nos matelots enla mer, aveclesceremoniesordinaires, que 1’onaaccouftumé de fai- rcaux funeravlles en ces occafions. Ceftoitle troiííéme hom- me , qui eftoit decedé dans noftre navire, depuis que nous, eftions partis de Goa. Le4- May nous doublâmes vne des pointesdu Cap de Bon¬ ne Efperanee , qui eft éloignée de larade ou de la Bayededix lieues , Se prelque en mefme temps nous defcouvrimes Ia montagne , que les Hollandois nommerent en l’an 1601. le Tafelberg, parce que íòn íòmmet eft plat Sc quarré, comme vne table. Noftre deílein eftoit d’entrer dans la B aye, qui eft au pied de la montagne, 8c àtrente-quatre degrez quatre mi¬ nutes , Sc à quinze lieues du Cap, mais le vent, qui eftoit con- traire, nous obligea à after le long de la cofte, pour talcher de. gagner le deflus àu vent.. Le5.au lever du Soleil nous avions perdu laterre de veue; e’eft pourquoy nous chageâmes de route,la prenantNort-Eft, tournatla proue vers la cofte,que nous découvrímes fur leMi- dy. Surles deuxheuresnous paísâmesàlaveue de l’l fie de fain- Ils entrcnt dâí teEliíàbeth ,qui eft inhabitée , Sc fur le íoir nousentrâmes UBayc. dans la Baye,ounousmoiiillaímesl’ancre,àíept braftês d’eau. Cette extremité de la terre ferme d’Afrique , qui avance dans la mer vers le Sud , à trente-fix degrés au dela de la li- r gne„ aefténomméer abo de Boa Speran^a par lean II.Roy de Porttugal, fous lequel elle fut deícouverte par Barthelemy Dias enviiro l’an 1493.Ce Prince Ia voulut appellerainfi, parce qu’il efpeiroit découvrir enfuitte lesricheíiesdesIndesOrientales:: Sc le?sautres nations luy one confirme cenom, parce qu’apres. avoiir double le Cap, Ton eft comme afleuré de pouvoir ache- ver l'e voyage,dont le Cap fait quaíi la moitié ^ comme eftant fitué prefque en diftance égale de deux mille cinq cens lieiies,, entre i’Europc Sc la cofte plus Orientale des Indes.. La plus part des navires y prennent des raffraifehiflements, Seles Hollandoisontaccouftumed’y laifler, fous vne pierre ,, à i*e:ntrée duhavre,deslettres, par leiquelles ils donnent ad- vis aux navires qui fuivent,de tout ce qui leur eft arrive cn leur V u u iij
  • ltf39- Vnecfpcce d'oyfeaux.ap- Les habitatis 530 VOYAGE DES INDES, voyage , Sc de la route qu’ds prennent en partant de là. L’eau y eft tres-bonne, Sc 1’accés en eft íi facile, que Ton y fait aigua- de íàns peine. Le beftail y eft à tres-bon marche. Leurs boeufs fontpuiílants Sc boíTus, commeceuxdes Indes, Sc il y a des moutons, qni ont la chair extremement delicate, les aurcilles Langues, Sc la queue auíli groíTe Sc auíli pefantequ’vn quar- tier de derriere. Ils y ont auíli toute forte degibier, des cerfs, des fangliers, des perdrix, des cailles , des alloúettes , des grues, des paíTereaux, Scc. Sc entr’antresvne efpeced’oyes, qu’ils appellent Pinguins , qui au lieu d’aiiles n’ont que des fdiés pinguins ^outs , aveclefquelsilsneíepeuvent pas lever de terre. Cét animal eft amphibie, Sc feíèrt de ces bouts au lieu de nageoi- res. II íè laiílè prendre à la main; mais à Ia chair n’en eft pas mangeable, tant elleeftdureScinfipide. L’ony voit auíli des chiens, ou plutoft des ours marins, des chamois, des tygres, des lyons &: des loup cerviers. Les habitants font de petite taille , laids & malfaits, ayans ne Eipcfancc!'" P^us dcrapportà lafaçonde vivre des beftes , qu’a cclle des hommes. Ils ont leviíàge ride, les cheveux plains de graiílè & de vilainie, Se ils font iipuants,qu’on les ientquaiiauifi-toft qu’on les voit: non íèulement parce quih fefrottent le corps d’huyle debaleine, mais auíli parce qu’ils ne mangent que de Leursra oufts c^a*r cruc.Ilsne tuentpoint leur beftail pour le manger, s* mais ils nele mangent quelors qu’il eftmortde maladie. Ce leur eft vn grand ragouft pour eux qu’vne baleine morte , que Ia mer à jettcefur le rivage, ou les trippeschaudes d’vne befte, qu’ils mangent avec les ordures , apres les avoir legerement Leurs habits. íçfioiiees,& apres avoir ofté les excremêts, dont quelqucs-vns ie fervent pour fefrotterleviíãge. Ils vondsnuds,finon que les hommes & les femmes íè couvrentles parties honteufes d’vne peau cotipee en triangle, qu’ils attachent avec vne ceinture aecuiraumilieudu corps. Il y a des hommes qui ie couvrent les hanches d’vne peau de lion ou debceuf, Sc en paiTent la queue entre les jambes; en forte qu’elle couvre ce qu’ils ont deílèin decacher.il yen a auíli, quiportentvne peauquileur defcenddepuislesefpaules jufques fur les hanches, Sc qui íè decoupent le viíàge, les bras Sc les cuifles, ou ils font pluueurs caraderes eftranges qui achevent de les défigurer. Les femmes portentaux bras Sc aux jambes des cercles de fer ou dc cuivre ,
  • 53* DV Sr DEMANDELSLO, LIV. III. cju’ils troquentavec les eftrangers pour du beftail. 1659. Ccux qui demeurent fur lacofte ne vivent que d’huiftres, Lcurs Vl/*s de poiíTon , d’herbes que la nature y produit, Sc des balcines que la tempefte y fait eíchoiicr : mais ceux qui demeurent plus ovantdans lepais, Sc quis appellcnt, vivent vn pcu mieuxj quoy qu’ils ne foient pas moins barbares, ny risnc labourer moirsfauvagesquelesautres. Ils ne labourent point laterrc- P0»^13^^- quoyqu’elle y foit fort grade & tres- bonne, Sc ne fçavent ce que c’eft que de cultiver le frui&quela nature leur donne. Les vns & les autres demeurent en de petites huttes, ou ils viventfousvnmefmecouvert avec leur beftail, fans lid, fans fieges, Scfansmeubles. Pour fe repoíèrils s’adeent fur les ta¬ lons. Ils neparoiííènt vers Ia mer, que lors quails y croyent faire fortune , en troquant leur beftail ou bien les pcaux de boeufs, de lion, dc leopard Sc de tigre, Sc les plumes d’Auftru- ehe, qu’ils donnent pour des coufteaux, des miroirs, des cloux, des marteaux, des haches, Sc pour d’autre vieilleferaille, avec beaucoup d’avantage pour ceux qui y abordent. Ils n’ont iisn’ontpomt point deconnoiflancedeDieu, & n’ont jamais oiiy parler du de connoiilince diable : mais tout le mal qu’ils apprehendent eft celuy que leur dc Dlcu' peuvent faire les lions j contre lefquelsils font contraints de Cet L>’°nfo,nt Í e retrancher la nuict, par de grands feux qu’ils font autour de «Sis.*8'*1* leursquartiersv Le io. May apres avoir rempiy tous nos tonneaux d’eau fraifche, Sc apres avoir achetté deux boeufs desSo^»i7»ans,qui n’en voulurentpas vendre davantage, nous-nous rembarquaf- mes, à deilein de fortir encore le incline j our de la Baye , maia nous en fufmes empefchez par le vent contraire. Le lende- main nous envoyames querirdans noftre barque quinze per- fonnes, fçavoirquatre liommes, huid femmes, Sc trois cn- fans, que l’on traniporta dans 1’Ifle de Pmgui, quieftal’en- tréedelaBaye, ouces pauvres gens efperoientdevivre plusà leur aife, des charognes des baleines, que lameraaccouftu- med’yjetter, Scouilsíè vouloientmettre á couvertdes pcr- íècudons des S^Amvuns. La barque revintfurle foir, char¬ gee de routes fortes d’oyfeaux, St parriculierement de Pin- que l’on avoit tous tués à coups de baftom Le Dimanche 12.May nous levafmes l’anchre devant le jour., & fortimes de la Baye avec vn vent de Nort-Eft , prenans
  • í3i VOYAGE DES INDES, r^39. noftre route vers le Weft. Le lendemainiltourna au Nort Nort-Eft, ScenfuitteauNort, Sc apresmidy nous n’en euf- mes point du tout: de forte que nous' demeurafmes le reftc dujour à laveiiedelacofte. Sur lefoiril tournaauSud, mais enmoinsdedeuxheurcsil retourna auNort, Sc forma fur la nunuict vn fi horrible orage, que nous fufmes contrains d’a- mener tous nos voiles. Otages conti- Le 17. la tempefte, qui avoit touílours continué depuis le ii. augmenta tellement, que fi noftre navire n’euft efté extre- ínement grand, Sc extraorditiairement bon, il Iuy euft efté impoíTible de reíifteràla violencedes vents, quienfaifoient leurjoiiet, Sc à la force des vagues, qui le couvroient quel- quefois ft fort, que tous ceux qui fe trouvoient fur le tillac, eftoient trempés jufqu’a la chemife. Le lendemain le Ciei s’eclaircit, Sc le vent ceílà en quelque façon, mais continua d’eftre touílours contraire. Le beau temps nous permit de prendre l’elevation, Sc nous-nous trou- vames à trente-quatre degrés,quaranteminutes:ce qui nous fit connoiftre que nous eftions entre Cubo Faljo Sclecap de bonne EfperJtice,Sc ainfi que le vent nous avoit repoufté de vingt-cinq outrentelieiies. Neantmoinsfur le foir nousavions quail re- gaigné ce que nous avions perdu, mais la nuid fui vante le vent lê renforça tellement, qu’il fembloit que tous les elements s’alloient confondre en leur premier chaos. Lc Horcan. L’onappelleces vents extraordinaires Horcan, &ils ne fouf- flent avec cette furie que de fept cn fept ans, quoy que la mer en ces quartiers la foit ordinairement fort orageufe. Nous perdifmes cn cette tempefte deux de nos meilleurs matelots, quicn pliant les voiles tomberent de la hune dans la mer, ou I’vnfutengloutyauiU-toft : l’autreeut ailez de force pourfe íàiíir d’vnecordequ’onluyjetta, Sc fut retire dans le navire, mais il s’eftoit tellement blefte en tombant fur le bordage,qu’il expira vneheureapres. Levent contraire nousrepouílà en la pleine mer, Sc nous rnit dans vn eftat ou nous n’eftions pas tant en peine de 1’avancement de noftre voyage,que de la coníèrva- tion de nos vies j parce que ii la mer euft fait la moindre ouver¬ ture dans le navire, il euft efté impoííible de nous íãuver. Le lendemain le vent contraire Sc violent continuant touiiours, nous continuâmes auifi noftre navigation perilleu- fe,
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. IIL JJ5 íe,en laquelle nous n’avions point d’autrc-efperance, que celle i 3 «. quc nous donnoit la nouvelle Lune, qui nous promectoit du changement. Mais quoy que le lendemain la Lune paruft fur Phoriíòn, 1’orage ne laiila pas de continuer de la meime force, jufqt a ce quelapluyeabatiftaucunement le ventlc u. May- de forte que nous recommençâmes à nous fervir de nos voiles’ tafdhant de tenir no lire route vers le W eft, Iei3. May nous eufmes vn calme , qui arrefta noftre na- virecommeimmobile aulieuouileftoit. Nous defcouvrions la cofte vers le Nort-Eft, &dautantque nous eftions à tren- te-feptdegrez, fix minutes, nous-nous imaginions eftrc ala hauteur de la cofte qui eft entre Cabo Falfc & celuy
  • 534 VOYAGE DES INDES, 163$. des vents, qui euiTent fans doute arraché 8c renverfé Ies ar- bres les plusprofondement enracinés.Cette effroyable tcpefte continua lei8. 8c le 29. avec tantd’opiniaftrete , que nous per- dímes entierementefperance de pouvoir cotinuer nôtre voya¬ ge,puifque le premier quartier de la Lune n’avoit point appor- te de changementau temps: ce qui iitmettre en deliberation, s’il ne feroit pas à propos de relafcher, 8c d’aller naffer l’Hyver ion metendo enl’Ifle deMadagafcar. L’on confideroit, que le navire,apres liberation fi on avoir efte battu des flots comme ilavoit efte, auroitde la pei¬ ne tciafchcra pe ^ reflfter à l’avenir, 8c que tous les agrés elloient ou perdus po,ar-* ou gaftés : 8c quand mefme le vaiffeau feroit encore en eftat dercfifter, qu’afTeurement les vivres leur manqueroient, Sc ainfi qu’il leur feroit impoffible d’achever le voyage. Il n’y avoit perfonne qui n’approuvaft eette peniee, mais quand Ton confideroit que le retardement du voyage, qui feroit de fix mois pour le moins, ne feroit pas moinstafcheux que le pe¬ ril eminent ou l’on fetrouvoit, l’onnefepouvoitpas reibudre à relafcher. Neantmoins le 3. May le Preftdent, ayant aífemblé tous les officiers, Sc leur ayant repreíenté l’eftat du navire, Sc le peu d’apparence qu’il y avoit de pouvoir achever le voyage mais aucontrairc qu’il y avoit à apprehender que levent ne feren- forçaft à mefure que la Lune croiftroit; Sc qu’en arrivant en Septembre ou Octobre fur les coftes d’Angleterre le danger feroit auifi grand, queceluy qu’ils couroient tous les jours fur Ionrcfolutdc celles d’Afrique, il fut trouvé bon, Sc refolu , que pour la relafcher, confervation du navire, il eftoit à propos de relafcher enl’Ifle de Mddagcifectr, Scd’y demeurer jufqu’au mois de Septembre:: parce que pendant ce temps-là il y arriveroit fans doute des vaiffeaux Anglois,qui nous pourroient accommoder des voiles Sc des cordages, neceflaires pour la continuation du voyage. Et 1‘on reláche En fuitte de cette refolution nous tournafmes la poupe au en ciFer. ventfur les deux heuresapresmidy,avec vn orage forme,qui nousempefchoit de porter plusde deux voiles. Nous faiiions Í)lus de deux lieues par heure, mais la mer eftoit ii groffe, qu’el- e paflbit bien fouvent par deflus lc navire, Sc le vent la pouffoit contre la poupe avec tant de violence, que nous fumes con- trains d’cftayer le chafteau, qui fans cela courroit rifque d’e- ftre emporté. Cet orage continua encore le lendemain ma,
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. III. ^ tin avec pluye&grefle, mais furle midy ilcommença à ceífer- 1639? Le premier jour de Iuin nous continuafmes noftre naviga¬ tion avec vn vent de weft, prenans noftre route vers l’Eft. Le vent nous permit de defplier routes nos voiles , en forte qu’en vingr-quatreheuresnousfifmesquarautelieucs. Le lendemain, qui eftoitle jourdelaPentecofte , le tigre que nous avions amend de .Suratta, mordit le Preftdent à la main, &laluy euft arrachée, fijen'y fuffe furvenu avec quel- quesautres, quiluy fiftnes quitter prife. Surlesonzehcuresde nuid leventchangea, 8c femitau SudSud-Eft, qui eftoit le meilkur, que nous pouvions fouhaitter pour noftre retour j de Cn change de force que nous changeâmes de deftein en vn moment, 8c re- rcfolution* foluftnesdelehazarder encore vne fois, de retourner vers le Cap de bonne F.fperance, 8c de tafcher de gagner 8c de faire ai- guadedansTide de Same Helene, àcinqcens lieues du Cap. Cette refolution fut prife8cexecutéeenmefme temps, avec d’autant plus de joye,que nous ne doutions quail plus du fuccés de noftre voyage. Le mefme vent continua le 3. Iuin5 de forte que nous faifions plus de deux lieues par hcure, 8c fur le midy nous-nous trouvâ- mes átrente-cinq degrez trente-huid minutes. Le^.. Iuin nous vifmes quantité de Mangas de veludo , mais le veit tourna, en forte que nous eufmes de la peine à tenir noftre route au Sud-Sud-weftj&en fuitte au Nort-Nort-weft vers kcofte. Nous apperqeumes auffi quantité de Trombas: ce qui nous fit croire, que nous n’eftions pas fort cloignésdu Cap de Bomne Efperam.e. Le j. nous découvrimes la terre vers le Nort-weft , & con¬ tinua fines noftre route avecpeu de vent vers le Nort 8c le Nort-weft. Leó.nous n’eufmespoint de vent du tout, c’eft pourquoy nous-nous amusâmes tout le jour à nous divertir à la peiche. Nous trouvions tantoft quarante-trois 8c quarante-huid, tan- toft anquante quatre 8c loixante-trois brafifes d'eau. Le vent íererforçavnpeufurlefoir, 8c nous fit prendre noftre route au N)rt- weft, avec aflez de progrez. Ley. Iuin le ventfe remit au weft , ce qui nous obligea à chercher la cofte : mais fur le midy il fe renforça tellemenc que fur le foir il forma vn fi grand orage, que nous fumes Xxx ij
  • 1^3?. On itlafchíi Vn tigre entre tniagé. 53é VOYAGE t)E5 INDES, contrains d’amener tous nos voiles. Le 8. Inin Forage continuantavec la mefine force, ilnous futimpoíTiblelemoindreprogrés Sur laminui&levent fe mit auNort, &nous fit changer de route, prenans celle du weft vers leNort. Le 9. leventcefla, & ayans prisla hauteur, nous trouvaf- mes que nous eftions à trente-cinq degrés, trente minutes. L’eauyeftoitplus brune quelle n’avoit efté les jours prece¬ dents : ce qui nous fit remarquer que la tempefte nous avoit éloignées de la terre, & qu’elle nous avoit reculés vers le Sud- Apres midy nous eufmes encore le vent duNort-weft, avec vn orage effroyable, qui nous contraignit d’amener les voi¬ les, ôedenouslaiíTer aller au gré du vent, en danger d’eftre pouflesfurlaeofte. Cefutlàíànsdoutelaplus fafeheufe nuict que nous ayons eu en tout noftre voyage : Car le patron du navire, apprehendant les reproches deles fuperieurs, s’ll n’ar- rivoit dans I'annce en Angleterre , hazarda tout, pour taf- cher de vaincre Fopiniaftreté du vent: mais voyant enfin qu’il y travailloit inutilement, il avoiia enfin que e’eftoit la der- niere neceífité, qui le contraignoit de relafcher, & qu’il n’y avoit point d’autre moyen de fauver le vaifteau , & les per- fonnes qu’il portoit. Il ne fut point delibere fur cette decla¬ ration , mais l’on executa auílí-toft la reíòlution qui avoit efté prife cy-devant, d’aller hyverner dans Flíle de M adaga fear. Nous tournafmes doneques encore vne fois la poupe au vent, & changeafines entiereinementde route. Le temps fe mit au beau le 11. de Iuin , mais furlaminuit le Ciel fe couvrit de nues fi noires, que nous ne pouvions pas douter de Forage, quiy furvintimmediatement apres, & qui continua les trois jours fuivants. Il ceílà le 15. &íevent eftant weft-Nort-weft nous primes noftre route vers le Nort-eft, & fifines en vingt-quatre heu- res trente trois lieues. Ce jour-là vndenosmatelotsfutmordu àlajambe parle tigre. Ce bon homme qui eftoitaagé defoixa- tc trois ans, en avoit eu vn ioin particulier, & luy donnoit fouvent de la viande fraifehe : mais il en fut fort mal recom- penfé; car cet animal s’attacha fi opiniaftrement à ce pauvre matelot, que fixhommesnele pouvans pas obliger à Iaicher priie, l’on fut contraint de luy donner vn coup de couteau
  • DV Sr DE. MAN DELS LO,LIV. III. j37 dans la. gorge, 6c dele tuer. Le Preíident 1’avoít achetté forc l(^39- jeune,, Sc croyoitl’avoirfibienapprivofe,,quenonfeulement nous mous en diverciffions comrae d’vn chien, mais on luy per- mettoiit auíli defepromener par le navire j íàns que jufqua lors il euft offenfé perfonne fínon le Preíident, qu’il bleíTa à la main, corame nous venonsde dire. Tant qu’onluy avoit dõné de la chair fraiíche cuitte,ÔC qu’il avoir dequoy fe nourrir graílement, il ne s’eiloit point advifé de s’acharner à de la chairhumainej mais depuis qu on le nourriíToit de chair íàlée ou fuiméc,qu’il n’aymoit point, l’on remarquoit que la ferocité naturedle n’eiloit pas tenement eileinte en luy, qu’il ne s’en falluft donner de garderceque neantmoins l’on negligea de fai- re j de forte qu’ilcnarriva cet accidet, dont le matelot de- meura long-temps malade au lid. Le 16. Iuin nous fifmes quarante-quatre lieues. Le 17. nous en fifmes cinquante avec le vent d’Eil- Sud-Eft, prenans noftre rou te vers le Nort-Eft.Le 18. nous en fiímes trente aveç le vent de weít-Sud-weít.Le i^.nousenfiímes quarante,6c le 20.apres en avoir fait trente,nous nous trouvafmes à trente 6c vn degrés 6c quinze minuttes de latitude. Nous continiiions touj ours de prendre la route de l’llle de Mada^fcar^ 6c dautant que nous nous approchions du Levant, 6c des chaleurs de ces quarticrs- lâ, nous commancames à quitter nos habits d’hy ver pour pren¬ dre ceux d’Efte. Le 23.Iuin nous aperceunies au point du jour vnvaiffeau, que Rencõtie dvr nous vifmes aufli- toft approcher de nous. Nous crumes d’a- y^.m An" bord que c’eiloitle navire du Capitaine weddel,que nous aviõs 0 lai fie à Camnor; mais nous nous deílrompâmes quafi en mefme teps,quand le pavilion du Roy d’Angleterre nous fit connoitre que c’eilois vn vaiiTeau de lanouvelle Compagnie,dontle Ca¬ pitaine ~weddel eiloit le premier fondateur, 6c ou le Roy mefme fe trouvoient interefle. Ileiloit de cinq eens tonneaux, 6c il y avoit quatre mois qu’il eiloit party d’Angleterre, fous la con- duitedu Capitaine Hal-, qui fit dire au Preíident, qu’il feroit bien aife de le vifiter dans ion bord, mais que le mal, qu’il avoit au brasj’empcfchant demonter6cdedefcendre,il lefupplioit de luy faire l’honeur de le venir voir dans fon navire. Le temps eiloit fi beau,que le Preftdent fit aufli-toil mettre fa chalouppe en mer ,6c paílà das le bord de rautre,emraenant avec luy le pa- . ‘ ‘ Xxxiij -
  • 538 VOYAGE DES INDES, 1^3 9- trondeionnavire, lemedecinScmoy. Le Capitaine nous re" ceuc Sc nous trettaparfaitement bien,& nous entretintle reft® dujour, ànousdiredesnouvellcsdel Europe: maisce qui nous réjoiiic le plus ce fut l’offre qu’il nous fie, de nous ailifterde voiles &de cordagesfi nous ne trouvions point de vaillcaux de l’ancienne CompagniedansPiftedeiMacLiga/car. Sur le ibir nous retournafines dans noftre bord,&le lendemain le Capi¬ taine HWnousenvoyaencoreprieràdifner.En prenant conge les vns des autres, ilfut refolu, que l’on ie iepareroit,6c que de part Sc d’autre l’on feroic toute la diligence pofiible, pour tafi* i cherdegaignerl’Iilede Madagafcar: Sc en fuitte de cette refo- ludon le Capitaine Hal, qui commandoit vn navire beaucoup plus petit Sc moins charge que le noftre, prit le devant, avec vn _ ventde Sud-Eft. I VTT T Cl* Pcfcoimc t he premier jourde Iuilletnousleperdifmes deveué , Sc iur ruleVc°mads- nous deicouvrifmes la cofte.Nous ne pouvions pas d’ou- gafear. ter que ce ne fut l’lfle de Madagafcar, e’eftpourquoy Ton veil- JatoutelanuiclpourprêdregardeàcequePõ n’en approchaft point de trop prés, comme auífi à ce que l’on ne s’en e il oignaft pas trop, parce que le vent de terre regnant fur toute la cofte, il eft fort difficile d’en rapprocher quand on a perdu la hauteur, &que d’ailleursil eft fort dangereux d’en approcher de nuiftr, à cauie des rochers qui font àla pointede l’iile, Sc particulie- oà iiiariivent rement * cauied’vnepetite Iile qui eft al’entree de la Baye. a nvent* he 2. Iuilletnous arrivafmes à l’lfte dc Madagafcar, Sc en- traimesdans la Rayc deS. Augnftin,ounousne trouvafmes point defonds,qu’«àvn quart de liene de terre , ou nous mou'illail mes l’anchre àvingt cinq braftes d’eau, bien-heureux d’avoir trouvé vn bon port apres avoir eíTuyé tant & de ft grands perils. encodeux Noftre joye redoubla àla veue de deux navircs Anglois de vaiiTcauz An- l‘l meime compagnie, que nous trouvafmes dans la Baye j dont gioif, 1’vnretournoit en Angleterre, Sc 1’autre alloit continuer fon voyage des Indes. Il n’y avoit que trois mois que ce dernier eftoit party des coftes d’Angleterre fous la conduitte du Capi¬ taine W lies, & eftoit du port de quatorze cens tonneaux.On 1’appeloit Londres, Sc e’eftoit fans doute vn des plus beaux vaifteauxquej’ayejamaisveu. Le Capitainevintauifi-toftfa_ liierle President, accompagnc d’vn jeune marchand, Sc Iuy
  • DV Sk DE MANDELSLO , LIV. III. w offritdel’aflifterdetoutcedontilauroitbefoinpourla conti- 1 6 3 y- nuation de íbn voyage. Le 3. Iuillet les oíEciers des trois navires s’aflemblerenc dans noftre bord, pour deliberer enfemble de quelle façon Ion traitteroit avec les habi cans, afin de ne leur donner point d’oc- cafion Sc de pretexte d’encherir leurs vivres, Sc il fut refolu que Ton n’achetteroit rien qu’en commun,&que pour cet effet chacun rapporteroitlesmarchandifes, que l’on avoit deflein de troquer, quiferoientdebitées par les Secretaires des trois navircs. Mais dautant que les railades, les paternoflres Sc les agates que nous avions apportées des Indcs,efioient fans com- paraifonplus belles, que cedes que les autres avoient chargees en Europe, il fut trouue bon que 1’onneles produiroit point que les autres ne fullent vendues. De cettc fa con nous achet- tionstous les jours quaere boeufs pour quarante railades dever- re, que les habitans du pais appellent rangus. L’on achettoit Les march™. vn mouton pour deux Sc vn veau pour trois rangus , Sc pour vn difes que l’on cercledecuivre de dix oudouzepoulcesde tour, Ion achet- tatear Ma~ toit vn bceuf, qui cou Aeroit icy pour le moins trente efeus. Le 4.1uillet,le President Sc lesCapitaines WillesScfíal,entre- rent dans la riviere, à deflein de découvrir le pats, & devoir A l’on amenoitbeaucoup de beAail.Nous trouvames aupres de la tente du Capitaine Wtiles environ trente homines, Sc quelques femmes, oui y avoient apportc dulaicA à vendre. Ils avoient auili amend environ vingt, rant boeufs, que moutons& che- vres , mais dautant qu’ils nous firent entendre que Ton en amenteroit bien-tofien plus grande quantitè, nous-nous con- entâmes de faire provision pour trois jours' feulement. Le 6.1e Prefident donna à difneraux Capitaines WillesScUod^ Sc 3. tous les officiers des deux autres navires,. Sc quelques jours apres le Capitaine Willes traitta toute la compagnie. Nous dif- tes Angiòis• nions prefque tous les jours chez luv; mais ce jour-la il nous fit doTent1Co“' vn grand reitin, Sc au lortir du dilner, il nous donna la co1-fid cur., medic, qui dura plus de trois heures. Le i4.Iuillet, le Capitaine Halpourfuivit fon voyage des lo¬ des, Sc le 16. le Capitaine Wi//es partit aulfi, apres nous avoir pourveu de voiles Sc de cordages,& de tous les agrez dontnous aviombefoin pour la continuation du noAre.Son deflein efloit de moulder aux Maldivest jufqu’au vingtieime d’AouA,afias
  • 54o VOYAGE DES INDES, 1639. d’arriver à Surxtt* au fortir de l’Hy ver. Nous 1’accõpagnafmes jufques àriíle, qui eftà 1’entrée de la Baye,6c apres avoir pris congédelay , nousdefcendímesdansllfle, ou nous trouvaf- mesquantitéde coquilles, fort bizarres 6c fort rares, plufieurs fortes de poiífons, que la mer y avòit jettés, ôc de Cocos pour- ris, quele ventyavoit poulfez, depuis la cofte Orientale de Tlíle de Madagafcxr, oil il en vient, mais non du cofté de la Baye de faint Auguftin, qui eft òppofée au Weft. Le 21. Iuilletle Prefident alia loger dans la tente , qu’ilavoic faitdreílerfurlebord dela mer, à deíTein d’y demcurer juf- qu’à ce que la faifon luy pcrmettroit de fe rembarquer pour le retour. L’on y fit auíu quelques huttes , pour les foldats qu’il avoit aupres de luy, pour laíeureté de íã perfonne; pour les ouvriers qui travailloientà la reparation des agrez 6c pour les bouchers, qui tuoient 6c faloient les boeufs, pour la pro- vifion du navire : mais le Dimanche tout le monde venoit à bord, pour oiiir le Prefche. Le Seigaeur de En cc lieu-là, êc à environ quatre Iieues du havre dcmeure cesquarcicts. vn Seigneur, qui avoittroisfils, donttfaifné s’appelle Majjhr. la* Il nous vinrent voir tous trois, avec vne fuitte d’environ cent hommes, armésd’azagayes. Ilsavoientamend environ trois censboeufs, 6cquantité demoutons, dechevres, de volaille, de citrons 6c d’orenges, pour les troquer avec nos marchan- difes. EnapprochantduPrefident, ils s’arreilerent quelque temps, pourobfervernoftre contenance, 6caprescelal’aifne des trois freres s’avan^a , 6c donna au Prefident douze che- vres, 6c fes deux femmes luy donnerent chacun vn chapon gras. Le Prefident luy fit prefent de trois filets de coral de verre, de deux à chacun de íès freres, 6c d’vne raílàde à cha- cune des femmes. C’eftoit bien peu de chofe à noftre egardj mais ils nelaiflerent pas de Peftimer beaucoup, 6c ne fe pu- rent pas empefeher de témoigner la joye qu’ils en avoient. Qmfaitallian- Ils arborerent vne grande perche , pour iervir de marque à —:cks An~ l’alliance qu’ilspretendoient faire avec nous5 promettans de punir feverementceux qui nous oflFenferoient, 6c nous prians de donnerordre de noftre cofté àce qu’il n’y'arrivaft point de deiordre. Ils nous prierent auifi de leur faire entendre noftre mufique, ouilstémoignerent prendre grand plaifir. Ils nous vendirent dix boeufs gras, quelques moutons 6c chevres,6c de la
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. Hf. y4, Ia volaílle. Ils nous vendoient vn mouton gras, dont la queug 163 j. peíoitvingtà vingt-quatte livres, pour fcpt ou huid grains de coral ou d’agate, Sc vn chapon pour trois ou quatre grains de faux coral. Ils ne vouloient point de noftre argent, parce qu ils font aíTez hcureux , pournepoint connoiílre lavaleur d’vne chofe , qui fait vne partie des mal-heurs du refte du monde. Nous n avions quafi point d’autre diverdíTement, pendant lesfix fepmaines que nous fejournâmes dans 1’Iíle, quede ti- rer au blancavec 1’arcôda flefche, ou de pcfcherà 1’hame- çonouaufilet. Nous prenions quantité depoiíTon & d’hui- ítrcs, que les habitans du lieu appellent On»g, & qui s’atta- chent aux arbres & aux buiílbns, qui font fur Ie bord de la mer , laquelle les couvre à la haute marée. Elies font aufií groílcs que les noftrcs, Sc font pour le moins auífi delicates que cclles d’Angleterre} c’eft pourquoy j’en faifois fouvent vn fort bon repas, en me mettantaupiedde quelque citron- nier, ou jctrouvoislaviande&laíâulce pour mon dejeuner. Ie me divertiílois fouvent auífi à tirer dans Ia foreft, qui cou- vroit la plaine, en laquelle le Prefident avoit fait dreífer íà tente. Dcpuis le j. juiqu’au hui&iemed’Aouftil parutvneíi gran- de quantité de íautcrellcs,qu’elles nous oftoient la veue du So- leil. Les habitans les mangent, mais ils enprennent auífi vn preface de famine & de mortalité pour leur beftail. Vne feu- lepeóte pluye les diífipa toutes. Pouraquieftdê 1’Ille de Madagafcar, que nous appellons A o vs r. i Ifie de S.Laurens: ou parce qu’elle fut defeouverte par Z<*«- íMiription uè vens-, fils de Frandfco ^ílmeyda, General de 1’armée du Roy de11(1c de Portugalaux Indes, ou parce qu’elle lefutlejourde
  • Hi VOYAGE DES INDES, * 6 3 9' de cicronniers 6c d’orcngers, 6c s’il y en a qui foient niies, leur roc eft compofd d’vn beau marbre blanc,d’oii fourdencles plus belles 6c les meilleures eauxdumonde.il yen a qui font reve¬ nues d’arbres , qui donnent du bois de toutes fortesdecou- Ieurs, maisprincipalement del’ebene, 6ed’vn certain bois, quiapprochedclacouleurdeceluydc Brefil, dont ils font le fuftdeleurs lances ouazagayes, 6c des Tamarindes, dans left, quelles íe retirent vn nombre infiny de finges 6c d’oyfeaux, 6e entr’autres vneeipccedepoules, de la grandeur d’vn d’in- don; finon qu’elles font toutes noires, 6c marquetécs de pe- tites taches blanches. Elies ontlateftemeíléederouge 6c de bleu, 6c au front vne corne, jaune, 6c on les trouve dans les bois à centaines paiftre eniemble. Y fangdc L’on v trouve auifi en grande quantité la gomme, que les ra^°n' droguiftes appellent Sang de dragon, que l’on tire de la fleur d’vn arbre, qui eft de la grandeur d’vn poirier, mais bien plus branchu, 6cmoins fueillu. Les fueilles qu’ils portent font plus longues, mais plus eftroitcs que cclles du Laurier, 6c l’on pills la fleur pour en tirer le fuc, que l’on ferre dans dcs Cannes crcuíès, ou il prend la forme, qu’il a quand on 1 apporte en De I’aioib. Europe. Il s’y trouve aufli del’aloes. dontnous avons parlc cy-deflus enla dcfcription del’Ifte dcZocdford.Celuy qui vient en Madagafc.v n’eft pas fi bon que i’autrc, parce qu’il eft fauva- ge j mais il ne laiilepas d’auoir ion viage enla Medecine, 6c d’eftre bien iouvent employe au lieu del’autre. Ils ont auifi du cotton 6c de 1’Indigo 5 mais ils ne le mettent pas en pafte, com- me dans 1’Indofthan, 6c ailleurs. LTflecft riche Leursplus grandesricheilesneconfiftentqu’en beftail: car «nbcftaiir ils ne labourrent la terre, que pour en tirer vnpeuderis, quiy eft fort bon, 6cpour y faire venirdesfeveroles,des citrouil- les , 6c de cette forte de melons que les Perfes appellent Har- fns. Il y a auifi plufieurs fortes de citronniers 6cd’orengers, qui produifent deux fois l’an, des Tamanndes, des Cocos, 6C des Hannan at. Il n’y a point de maifon ou l’on ne n^urriílè des mou- ches à miel, mais ils n’ont pas encore l’inventionde faire la cire, ny d’cmployer leur miel, qu'aen faire vnbrcuvagéàvec du ris, dont ils fe fervent au lieude vin. La terrre y donne du fel 6c du falpétre, 6c l’on y trouve fur les coftes quantité d’am- bregris, L’on dit auifi qu’il y a des mines d’or 6c d’argent j mais
  • DV Sn DEMANDELSLO, LIV. III. J45 les habitans, qui ne fe fervent point dc cesmetaux, Sc qui aimentbienmieux 1’eftain que 1’argcnt, ne fe font pas encore avifez d’y foiiiller. L’lfle de Mctdtgdfcar eft fort peuplée, Sc les habitans font Ia pluspartnoirs, de belle taille Sc fort bien faits. Ils n’ontpour tout habit quvne piece de toile de cotton rayée, de plufieurs couleurs, qu’ils noiient fur les hancbcs, en forte que 1’vndes bouts pend fur le devant juíques aux genoux , 8c 1’autre par derriere jufqu’au jarrct, Sclanui&ilsl’oftent, Sc Ia font íer- vir de couverture. Ils fe couchent fur vne natte, 8tdautant que leurs huttes ne font faites que de branchagcs, à la refer¬ ve despetites maiíòns de bois, qu’ils font pour leurs Princes, ils font du feu de tous coftez, contre le íerein, qui y cft dange- reux. Il y en a qui portent au deirusdunombrilvn rang de co¬ ral de verre de plufieurs couleurs, Sc plufieurspaftades au col, aux bras ou au deíTus du coulde, Sc aux jambés fous le jarret. Les hommes Sc les femmes ont les oreillcs percées, Sc y paf- íènt de grands cercles de cuivre , prefque íèmblables, mais non pas fi larges que ceux qu’ils portent aux poignets, Sc au deíTus de la cheville. I Is ont les cneveux fort noirs, mais non égalementfrifés par tout, Seles mettent en plufieurs treífes, qui leurbattentíurle derriere de la tefte, mais ils ne croiífent quail point, quoy qu’ilsles graiífent incellàmment, Sc qu’ils faifentcequ’ils peuvent pour avoir les cheveux longs. II n’y a quafi point de difference entre les habits des femmes Sc ceux des homines, finon que les femmes portentauifi v ne efpece dc corps dejuppe, fans manches, Sc que la toilc, dont elles ic couvrent,eft fi large qu’elle cacheprefqueles cuides jufqu’aux genoux. Elies portent la dedans leurs enfans fur le dos,en forte que pafiant lesjambes fous les bras ils cn ferrent fi bicn la me¬ re , qu’ils y demeurent comme colies au corps, bien que de la façon que la mere les porte il iemble qu’ilss'aillent renver- fer, Sc fe rompre l’efpine du dos. La fidelité des femmes y eft al’epreuve, Sc les hommes ne dedaignent point de fe fervir delcurconfeil. Iln’yapointd’homme qui ait moins de deux femnes, mais en des huttes feparées. La plus âgée eft celle pour laquelle dale plus dedéference 5 quoyqu’il n’entrepren- ne point d’affiiire, Sc qu’ilne fade point demarche, qu’il n’aic eonfulte I’vne Sc 1’autre. Ils les achettent de leurs parents y n i 163*. “ Kllc eft fort ”eupl
  • **39- / / Ilscnt duccEur, teurs armes. l«sr chef. 544 VOYAGE DES INDES, pour vn certam nombre de boeufs, ou d’azagayes, ou d’autres armes. Us puniflent de more l’adultere, 8c mefme la fimple fornication j maisauífine foupçonnent-ils pas legerement les vns les autres. 1 Is font fort libres en la converfation, 8c il n’y a point de familiarité, dont ils n’viententr’eux, fans donner ou prendre de 1’ombrage. 11 y avoit desjeunes femmes, qui nefaifoientpointdedifficulté d’entrer en noftre tentc, 8c il y en eutmeime vne entr’autres, quin’en fit point de prendre vne denies chemifes des mains duPrefident, qui la pnade la porter pourl’amour demoy:Scelle la porta deux jours en eftet, mais apres cela elle la mit en pieces,pour l’employer à d’autres choíès. Les hommes ont du coeur, & ioferven t fort adroittement d e leurs lances,fleches &azagayes,qu’ils portent par tout.En tra- vaillantils ont leurs armes auprés d’eux, Sides l’aagedehuit ou neufans ils en portent. Il y amefmesdesperfonnes de condi¬ tion, qui font porter des faifleaux de vingc-cinq ou trente aza- gayesderriereeux. Ils ie fervent auffid’arcs 6cde fleches, 8c leursarcs ont pour lemoins cinq ou fix piedsdelong, ayans la cordeaflezlafche, mais ils ne laiiTent pas de fairepartir la flecheavecvneviteiTe&vigueur admirable. En lançantleurs azagayes ou javelots ils font plufieurs poftiires^Setircnt fi jufte, qu’il n’y a ponit d’oyieau qu’ils manquent à quarante pas. Les habitans de Madagajcar font íèparésen plufieurs tribus, qui compofent des hordes de cent, deux cens & trois cens per- perfonnes,&vivent comme lesTar tares,fous vn chef qu’ils ap- peUentTfchuh, e’eftadire Roy ou Seigneur.il y avoit deux de ccs Princes, qui demeuroient dans vn bois aupres de noftre tente , ou on leur avoit bafty des huttes ibus des tamarin- des. Quaud leur beftail fe niultiplie en forte que l’herbe leur manque, ils íè font la guerre les vns aux autres, Sc tafehent de prendre fur leurs voifins de quoy le faire iubfifter. Le Roy Maffar, que nous venons de nommer , nous dit qu’il s’eftoitligueavec deux autres KoisjaomtnèsMachiéore^Schich, Tango 8c cindiam palola, avec lefquels il faifoit eftat de faire vn corps de cinq cens hommes, à deflein d’attaquer quelques vns de leurs voifins, qui pofledoient de meilleures prairies qu’eux. CesP rinces ont vn pouvoir afles abfolu fur leurslujets, & puniflent ailez feverement les crimes qui fccommettent en
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. III. 545 IeurreíTorc, Sc qui ponrroienttroublerlerepos public : mais 16 3 9* cette dignité n’eft pas fi fort attachée aux families, qu’apres la more dii Prince celuy qui fe trouve le plus fort neie fade nom- mer à cette pretendue couronne. 11 feroit bien difficiiede dire quelle eft leur religion : finon Leur Religion; qu’ilscroyent,àcequej’aypeuapprendre, quil y a vn Dieu, quiafaitleCiel SclaTerre, Sc qui doit vn jour punir lesmau- vaiíès a
  • 546 VOYAGE DES INDES, 639. cíléjetté par la tempeíle fur Ia cofie Orientalede cette Iíle, il fit entendre aux habitans, par vn Maure d’-4foque, qui fça- voit aucunement leur langue, qu’il y eíloit venu exprés, à def- íèin d’y faire amitié avec eux, &c d’y eflablir vn commerce avantageux aux vns & aux autres. Les Infulaires firent d’a- bord mine dagréer cette proportion,StdirentauMaure qu’ils Talloient conduire à leur Roy, afin qu’il conduit avec luy Ie traitté que les Portugais vouloient faire ; mais dés qu’ils íè trouverent vn peu eíloignés desautres, ils fe jetterentfur luy, Sd’euilent tué,íi Ton neles euíl chargez à coups demouíquets, qui cn abattirent quelques-vns, £c contraignirent les autres de lafcher priíe, Le Capitaine Portugais, apres avoir retiré íon Maure, aborda envn autre endroit, ou ifíurprit les habi¬ tants , & fit leur Roy prifonnier; mais il le traitta it bien , qu’il s’offritalemener envnlieu, ou il trouveroit vne bonne rade pour fon navire. Et de fait il le fit aller à vne Baye, à 1’entréc de laquelle il rencontra vne lílefortpcupléc, dontles habi¬ tans prirent 1’épouvante, èc íè retirerent dans la grande I íle, abandonnansfemmes&enfans, SemefmeleurRoy : de forte que les Portugais n’eurent pas beaucoup de peine a fe íaiíir de l’lfle, d’ouilsenvoyerent convier les habitans de revenir , Sc de les íbuffrir, puis qu’ils nedemandoient que leur amitié. Ils revinrent, & firent vnprefent de cinquanteboeufsSe devingt chevresau Capitaine: mais pour fe défairedeleurs hoftes, ils leur firent entendre, qu’il y avoit bien plus de profit à faire dans le havre de Matatan-t, parcequ’ils trouveroient de Tan¬ gent Sidiverfcs drogues àtroquer. Le Capitaine y voulut al¬ ler, mais le courant de Ia mer ayant fait efchoiier vn de íès naviresíurlacoíle , il íè retira avec Tautre dans 1’IfledeAíc- ‘XAmlnque. La mefmetempeíte qui avoit jetté ce Capitaine íur la coíte Onentale de l’llle, fit aborder vn autre navire de la mefme flotteauportde Matatana, ou il vitauffi-toft aborder vne barque du país, dans laquelle il fit entrer le patron de fon vaiííeau, parce que dans les voyages que celuy-cy avoit faits íiir les cofies d’Afrique, il avoit acquis la connoiílãnce de la langue du país.Dcs que les Negres le virent das leur barque ils firent teu te la diligence poflible, pour tâchcr de gagner terre: ce qui obligeales Portugais à mettre leur chaloupe en mer, ar- mée de vingt-quaere hommes, pourtafchcrdeles atteindre:
  • DV So. DE M AN D ELS LO, LI V. II. y47 mais les Negrcs furcntplus habiles,& emmenerent Ieur hom- 1639, me. Neantmoinsens’approchantdeterre ils virent leur Pa¬ tron, qui leur die, qu’il avoit eílé conduitau Roy, quil’avoit receu avec civilité, &: qu’il dcfiroit parler au Capitaine, &: luy tefmoigner de 1’amitié. Le Capitaine ne fit point dc difK- cultédedefcendre à terre , ou le Roy le receut bicn , bc le traittamagnifiquement à la mode du pais: mais'Iors qu’il fe voulutretirer íurlefoir, il lelevavníi grand orage, qu’il luy fut impolTiblede s’embarquer, pour íè faire porter à fon na- vire. Cét orage dura quatre jours ; de forte que ceux qui eíloientdcmeurcsdanslenavire, croyans que leur Capitaine avoit eílé tué par les barbares, 1’verent 1’anchre, &. retour- nerent en Moçambique. Le Capitaine voyanc que le navire eíloitparty, qu’il y avoit fort peu d’apparancc de pouvoir lortirdel’Iile , enpritvnefacherie,quile fit mourir. Huiét autres perfonnes defafuittemoururentaulli, èc ceux qui ref- toients’embarquerentdans la chaloupe, aimant mieux s’ex- pofer à l’evenement incertain dvne dangereufe navigatioh, que demeurcr dans vn lieu , ou ils avoient à perir dans peu de jours, ils furentailèz heurcux, pour rencontrer vn vaif. feaucommandé parle Capitaine lean Forjeca, qui les prit daas fonbord, les porta en’Afrique. Les Hollandois firent leur premiere defcente en cette líle La preraierec au moisd’Aouft 1595. &c y rencontrerent pour le moins au- ^oiia^doh tant dedifficultezquelesPorttigais. Leur defieincfloitdes’y dansMadàgaC raffraifchir^ parce qu’en ces premieres navigations I’on con- carr noiiToit fi peu le mal, que l’onappelle Scurburny les remedes dont l’on fe fert prefentement pour le guerir , que la plus part de l’equippage eftant inutile , ils fnrent contrains d’y aborder, pour le loukgement deleurs malades: mais devant qu’ils puil'ent trouver de quoy fe raffraifchir, il mourut plus de foixantte dix perfonnes dans les quatre vaiileaux , dont leur flotte eftoit compofée qu’ils entererent dans vne petite Hie, qu’ilsappellerent, àcaufedecela,lecimitiendes HoUandois.Lx defeription qu’ils font decStte Ille ell fort fucceinte, & tirée la plus - part de la relation de Man Paolo Vcneto, qui n’eil pas, des plusjuites. Celle de François CauchedeRouen, quia die imprimée par le foin de feu M. du Puy, ell 11 exacle, que cclles- des Hollandois ne peuvent pas entrer en comparaifon avec
  • 548 VOYAGE DES INDES, 1639. cellc-lá. Ce que ccs dernierseont de particulier,cft quelcs- habirans deMadagafcar fefontcirconcire, quoy que d’ailleurs ilneparoifle point qu’ilsfoicnt Mahometans 5 puis qu’iln’ont point deMolquées, ny aucun exercice de religion ou appa- rence de devotion en route leur conduite. Conninuation Apresavoir paflel’hyver de là laligne equino
  • DV SkDE MANDELSLO, LIV. ui. 549 mé, mais il ne nous empefcha point de gaigncr pais . de forte 1639: c[uc le dernier jour d Aouífc nous-nous trouvames à trcnte-trois degirés, trente-quatre minutes. Le premier jour de Septembre, quieíloit Ie Dimanche.Ie Septemb vent du Nort rut íi violent, que nous fumes contraints d’ame- ner vnepartiede nos voilespnais nous ne lai flames pas de faire cinquante lieues én ving-quatre heures. Le iendemain nous n’en fifmes que trente, parce que le ventfe mitau Sud-weíl. Le 3. Aouít la mer eftant fort calme,nous fifines tuer vne des vachiesque nousavions achettées en 1’Ifle de M*d*£jfcar,&c luy trouvames trois veauxdans le ventre, commeauflià vne che- vre quatre chevreaux dont l’on peut juger de lafertilitc de A 1’entrce dela nuit nous vimes çà & Ià dans la mér de la ckr- te ccmmtne des flammes-, mais nous nepumes pas juger, fi cé- toient des poiílons que les Efpagnols appellent dorados Ies Anglois blubers, ou fi c’efloit des me teores que les Efpagnols Lefcu dc r,;nç appellent cuerpos Sanãos, & nos marinierslefeudeS. Teime. Tdmc. Anciennement quand il en paroiíToit deux on les appelloit Ca- ftor& Pollux, D iojcures 8í Tin dande^Si. quandl’on n’en voyoit qu vn on 1 appelloit Helenc.Uon a encore aujourd’huy la fuper- ftition de croire, quecefeuprefage de l’orage. Mais nous cu¬ mes au contraire vn tres- grand calme le Iendemain,quatriémc Septembre, & vimes vn nombre innombrable de petitsoy- íeaux marins. Sur les dix heures du foir Ie vent íè mitau Nort- Eíl, & fe renforqale Iendemain, en forte que nous faifions plus de deiux lieues par heure. Le >6. Septembre 1 oragefut fi furieux, qu’il déchira Ie voile de nollre grand mail j ce qui nous donna beaucoup de peine.II continua route la nuit, &; íecoiia fi bien le navire, qu’ilcom- mençoitas ouvriren tant d’endroits, qu’achaque heure ilfal- loit vuiderla íèntine quatre fois.Le meíme jour nous arrivâmes encore à trente-cinq degrez de latitude. Le 7. Le temps fe remit aucunementau beau, de forte que nousoous forvimes denos voiles, prenans noítre route vers le weft Nort-weíl. La mer,quieíloitfortgrofle,nouspouifoit vers k coíte, delaquellenouscroyons eítre éloignés deq u- rante lieues,&du Cap de Bonne Ejperance dc centtrente.Lctt.& 9. le rend du Sud nous donna de Ia pluye II. Partie Zzz
  • i <5 3 9- IDecIidaifon dt laiinant. jjo, VOYAGE DES INDES, Le io. Septembre nous eumespeu de vent, maisnous tie laiííâmcspas de feire quarante lieuc envingt-quatrcheures. Ce jour-la nous vifmes plufieurs Manga de Veludo, done nous jugeâmes, que nous ne pouvions pas eftre fort eloignez du Capdcu _yd*ulhas. . , Lc xi. Septembre nous fifmes vne fort bonne journee avec vn vent d’Eft , & d’autant qu’enjettant iur le loir la londe, nous trouvions fondsde fableà fix vingt braifes, nous-nous confirmafmes dans l’opinion que nous avionsdes-ja que nous eftions proches du Capdas Agulha* .Le iz.le vent contraire nous contraignitd’aller à la bouline au Nort Nort-\y eft, & au Sud Sud-weft,en nous éloignant ou en nous approchant.de la coite, laquellenousne vifmes pourtant point. Apresmidy nousre- prifmes noftre route vers le weft Nort-weft, avec vn ven t de Sud-weft, & fur le foir en jettant la fondc nous y trouvaimea du fable jaunaftre, à cent quatre - vingts dix braffes. Le 13.noftre routefutvers Ieweft Nort-weft aveevn vent de Sud-Eft. Sur lesdixheuresnous vifmes pendant lepreiche vne baleine morte nager iurl’eau* Sedautantque nous-nous trouvions à trente- cinq degrez de latitude, nous jugeames que nous eftions à la hauteur du Cafde Bonne Efperancejoul on votu ordinairement quantité decesanimaux. Le i4. Septembre nous reconnufmesau lever duSoleil, que la bouifole declinoit de quatre degrez cinquante minutes a l’Eft, dont nous jugeafmes que nous avions pafle le Cap de Bonne Efperanee. Lelendemain nous eufmesle vent fi forten poupe, que sii nous euft efte contraire, il nous euft efté contraint de rela 1 cher encore vne fois, ouau moins ne nouscuft-il pasdonne moms de peine qu’il nous en avoit donne cy-devant aupres du Cap. ISTousy trouvâmes la dedinaifon dc 1 aimant d vn degre cin- quante minutes , & prefentement la dedinaifon de 1 aymant aupres daCap de Bonne pfrerance eft de quatre degrez, quoy ou’autrefoisellenedeclinaft pas tant. Désque 1 on a pane le Cap, la bouifole varie toufiours versle Levant ,.parce que l’ecruille tire vers la terre, ou ie trouve Ians doutedu fetou d’autres aimantsquil’attirent^ mais la dedinaifon de ce coite la n’eft jamais que de huit degrez au plus. A dix-neuf ou vingt lieuesde deçàle Cap de Bonne Efperance ?
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. III. yJt Sc à trente-trois degrez quinze minutes,eft 1’ I fle de Ste. Elizy- r 63 9. beth.TLWe n’eft éloignée dcs cotes d’Afrique que de deuxlieues, r ',llL Lúnte Sc a vne fort bonne rade du coité de la terreferme, à. feize’ E‘llabctb* toifès de fonds. La coítc de Plíle n’eft qu’vn roc continuei, maisil vientvne fi grande quantité d’herbes fines dans 1’Ifle, qu’il faut croire qu’elle produiroit auifi bien quecelle de Sain! te Helene, 8c que l’on y trouveroit des raffraifchifíimens, fi I’on avoitle foin d’y olanter des orengers 8c des citronniers, 8cfi 1’onymettoitdu beftail pour la peupler. Ileít vray quel¬ le n”a point d’autre eaufrailcheque cellcque leCielluy en- voye, & il y a grand apparence, que c’eft àcaufc de cela que i on negliged’yaborder, bien qu’il s’y trouve vne fi grande quantite cle loups marins, qu’enfort peudej ours l’on enferoit aíTez de graifle, pour charger vn vaifteau de fix cens tonneaux. L on appelle ces animaux loups marins, quoyqu’ilsreflem- Loups blent bien plus aux jours, en la couleur Seen la coiffure; finon qu’ils ont le mufeau plus pointu. Ils n’ont que deux pattes foils 1 eftomach, 5c traifnent le refle du corps, comme vne queiie, Sc neantmoins ils ne laiiTent d’eftre auifi vifles, quec’efl avec peine qu’onlesattrappe à la couríè. Cell vn animal cruel Sc feroce, qui necraint point d’attaquer deux outrois homines, Sc il a les ferres íí fortes, qu’il coupe aifément le full d’vne per- tuifaneavec les dents. L’onyvoitauffi vne efpecedeBlereaux,dont la chair eft auifi Blercaux. bonne 8c auifi delicate que celle de lagneau. Les oy feaux, que I’on .appelle Pinguins , y font auifi plus tendres Sc meilleurs qu’anlleurs: Sc dautant qu’il y abordefort peu de navires, ces oyiesaux, comme auifi les macreuíès, craignént fi peu les hom- mes „ que l’on n’a qu’a cilendre la main pour les prendre. Lei 16. Septembrele vent fie mit au weft, Sc par ce moyen ílnouisdevintcontraire, à trente-deux degrés de latitude. Le lendemain nous continuames noftre route au N ortN ort-w eft avec le meimevent, Sc fifmesce jour-là vingt-quatre heues. La nuid du 17. au 18. le vent fe mit au Sud-weft avec de la pluye,qui ne nous empefcha pas de faire quarante lieucs. Nous nous trouvâmes ce jour-là à vingt-neuf degrés feize minutes de latitude. Le 19. nous fifines avec vn bon vent de SudSud weft, quarante fix lieues, vers le Nort-weft,8c nous-nous trouvâmes Zzz ij
  • 554 VOYAGE DEs INDES, 1Í39. à vingt-huit degrés de latitude. I c\o. nous íifmes avec le vcnt de Sud-Eft trente-quatre lieu es j tenans la mefme route vers le Nort-w eft. J c 11. vingt-huid lieues avec le meíme vent 6c la mefme route. Le ii. vingt lieues avec le mefme vent, 6c la mefme route. Le 23. vingt- quatre lieues avec le mefme vent, tenans noftre route au Weft-Nort-weft. Le 24. nous fífmes avec le mefme vent trente lieues, con- tinuans noftre route vers le Weft-Nort-\/eft. Le 25. le calme futfi grand, que nous ífavançâmes point dutour. Le 26. nous ne fifmes que vingt lieues avec vn petit vent d’Eft-Sud-Eft, tenans la mefme route. Le 27.nous fifmes trente-fix lieues,avec le vent du Nort-Eft, pourfuivans noftre route , Sc nous-noustrouvâmesà 21. degrés de latitude. Le 28. nous fifines quarante-fix lieues avec le mefme vent & la mefme route, 6c nous-noustrouvâmesà vingt degrés de latitude. Le 29 .nous fifmes vingt lieues avec le vent d’Eft-Nort-Eft,6c tinfmes la mefme route. Le 30. iSeptembrenousfifines vint.cinq lieues, Sc tinfmes noftre route au Nort-weft. Octobre. Le premier jour d’O&obre le ventde Sud-weft nous fit faire vingt-cinq lieues, tenans noftre route au Nort-weft, Sc nous nous trouvâmes cejour-lààiy. degrés de latitude. Le 2. d’O&obrc, nous fifines avec le mefme vent vingt-cinq lieues, tenans la mefme route jufqu’aieize degrés, feize minu¬ tes de latitude. Le3.avec le mefme vent 6c la mefme route vingt-huit lieues. Le 4. aveclemefmevcntvingtlieu.es, tenans noftre route au Weft. Le 5. avec le mefme vent 6c la mefme route feize lieiies. Le 6. Septembre nous fifmes quinze lieues, avec vn vent de Sud-Eft , 6c nousarrivâmescejour-\zz C/(ledeSninte Heltme. Hfledefaintc' L'/Jlc'ie Saintefíelenteíi fituéeàíeizedegrezi2.minutes dede- Hckflc. la la ligneéquinodiale,ÔC aeftéainfinõméeparies Portugal parce qu’ils font defcouverte le 21. jour de May, auquel on
  • DV Sk DE MAN DELS LO,LIV. III. 55j a accouftumédecelebrerlamemoirede íàinte Helene , mere 1 6 3 9* Sa fcitilité. de 1’Empereur Conftantin le Grand. Elle eft éloignée dela cofte d'slngoL de trois cens cinquante lieucs,de celle du Cap de Bonne tfperance de cinq cens cinquante, & de celle du Brefilde cinq cens dix •, de forte qu’il y adequoy s’eftonner de ce qu’en cette diftance de la terre fermelamers’ouvrepour produire ft loin du continent vne Ifle, qui a environ fept lieuiis de tour. Lefondseneft fee Sc comme cendreux, mais íl ne laifte pas d’eftre fi fertile, qu’il n’y a point deProvince entoute l’Eu- rope„ qui donne ft grande quantity d’excellents fruits, & qui nourniie tant d’animaux que cette I He. L’on dit qu’il n’y avoit Lcs P°«ugai* ny de l’vn ny del’autre, lors qu’elle fut defcouverte par les aes arbre* & Portugais, 2c que le peu d’arbres qu’ils y ont plantes, 2clepeu dcsheibcs. de beftail qu’ils y ont laifte l’a tellement peuplee,qu’il y a de- quoy raffraifchir fuffifamment toutesles flottesquiy arrivent. En toutes les faifons de l’annee l’on y trouve des Agues, des grenades, des citrons 2c des orenges, 8cil ya des chevres, des pourceaux, des poules de barbarie, desfaiíàns, desperdrix, des cailles, des paons, des pigeons, Sc toutes fortes d’autres oyfeauxen ft grande abondance, comme auflidufel pour les conferver, que les vaiiTeaux y pourroient faire toutes leurs provifions, s’ilsfe vouloientdonnerleloifird’yfejourner. La mer fournit plus de poiílòn, que l’on n’enpeut con(umer,Sc la terreyproduit tant de bonnes herbes, que les Portugais, qui ne veulent point retarder leur voyage, y laiffent leurs mala- des, quiy recouvrent leur fanté dans peu de jours, 8c qui avec vn peud’huile, de ris, debifcuit Sc d’efpices, y trouventde- quoy attendre avec patience les navires de l’annee fuivante, Ses montagnes font ft hautes, qu’elles pouiTent leurs pointes jufques dans les nues, 2c fe font voir à quatorze lieues loin dans la mer. Les arbres dont elles iont couvertes ne produifent point de fruict, Sc meime leur boisn’eft bon qua bruler, mais fès vallées font les plus belles 2c les plus agreables du monde, Le Roy de Portugal n’a pas voulu que l’on y ait fait vn efta- bli (Linent ; tant afin que tous les paílànts y trouvaflent du raffiaiichiflernent, que parce qu’il feroit difficile de confer¬ ver cette Ifle contre touteslesautresnations ,àqui il impor¬ te de la voir en íà premiere liberté j parce que fans cela les vaiiTeaux feroientle plus fouvent concrains d’aller fur la coftc Zzz iij
  • ^4 VOYAGE DES INDES, ^39* delaGuinée, oul’onnetrouve pas toújoursdel’eau , Sc ou Toníeroiccontrainc d’attendrela pluye, avec beaucoup d’in- commoditépour 1’équippage, done la plus part periroit ce- pendant de maladie Sc de langueur. r.acaufcdcia Lafertilitédecettelíleprocedeprincipalement dela pluye Oc defenceJ" qui y tombe tous les jours, mais elle ne fait que pafler, en for- Hcknc. tequeleSoleil y donnant en fuitte, Sccelaparintervalles, il nc íè peut que cela ne faíTe vne generation merveilleuíè. L’on y peutfaire aiguade en trois divers endroits , ou les trois rivieres, qui defeendent delamontagnc, entrent dans la mer. Elies nourriílent vn grand nombre de couleuvres, mais les Hollandois les mangent, Sc les trouvent bien meilleures que les anguilles. A cent quatre-vingt dix lieucs au Nort-weft de Tlíle de r'ffle del'Af- íâinte Helene eft celle del’ /ijcenfion,que lesPortugaisontainíi ccnfion. nommée, pour 1’avoir deícouverte lejour de 1’Aíceníion de Noftre-Seigneur. Elleeftíituécâhuictdegrcztrenteminutes auSuddelaíigne, Sc elle a auífi des montagnes fort hautes, mais I’on netrouve pointd’eau douce, ny aucun autre rafFraiC chiííèment, ny meimeaueune verdure en cctte Iile, iinon que fur íes coftes il íè tient bien plus de poiifon que iur cedes de I’lile de de Súnte Helene; ce qui y attire vne tres-grande quan- titédoyíèaux, quinevivent quedepoiíTon. Cesoyíèauxreí- íèmblentauxoyíòns, Sc de la façon que les relations en par- lent, ce font ceux que 1’onappelleicy macreulès. Dés qu’ils voyentapprocher vn vaiíleau,ilss’yjettenten fi grande quan- tité,que l’on les tuc à coups de bafton, mais la chair en eft allèz mauvaiíe. La terrede íès montagnes eft rougeaftre, Sc de la couleur de celle que les Eípagnols appellent si lma.gro, du nom de la ville, ou il sfon trouve quantité. Le 9. jour d’Ocbobre le ventdeSud-Eft continua, mais íí foiblement que nous ne fifmes que quinze lieuês, continuans noftre route auSud-weft , Sc nous-nous trouvâmes â 16. de- grez onze minutes de latitude. Le 10. nous eumes vn tres- grand calme, accompagné de ehaleurs infupportables 3 de forte que nous nc fiímes ce jour-là que huicT; lieuès, avecle meíme vent, Sc avec la mcfme route. \ Le xi. nous fifmes quinze lieiics avec le vent d’Eft , Sc Ia route auWeft.
  • BV SrBEMANBELSLO, LIV.III. jjj Le ir. nous fifmes vingt 6c vne Iieue avec le mefme vent, i63 prenans noftre route au Nort N ort-weft. Lei3. d’Oclobre le vent fe mitau Nort-Eft,8c nous ficfàire vingt- cinq lieues au N ort N ort-weft,j ufqu’â quatorze dcgrés, vingt-cinq minutes de latitude. Le 14. nous fifmes avec le mefme vent, 8c tenans la meíme route, vingt-deux lieues. Leij. le vent fe remit auSud-Eft, 6c nous fit faire quarante- quatre lieues, à la mefme route. Le 16.d’Oclobrele vent continua au Sud-Eíl 6c nous fit faire quarante-fíx lieues. Nous eumes ce jour-là le «Soledau Zenith, de forte qu’il nous fut impoífible d’obferver 1’elevation. Les chaleurs y eíloient tres. grandes. Le 17. nous fifmes quarante lieues, avec le meíme v&nt, qui nous amena de la pluye. Ee 18. nous fifmes avec le mefme vent quarante-deux lieues, jufqu’au cinquiéme degré de latitude. Cejourlànous vifmes plufieurs millions de poiflbns volants, 6c quantité de ces oy- feaux, que les Portugaisappellent, Mangas de peludo. Les cha¬ leurs eítoient exceífives 6c infuoportablcs pendant tout ce temps-lá. Le 19. le vent de Sud-Eft nous fit faire quarante lieues,6c nous. porta jufqu’à trois degrés, feize minutes de latitude. Le 20. nous fifmes encore quarante lieues} avec le mefme vent, & nous-nous trouvâmesàvn degré, dix-huiébminutes de latitude. Le 21. nous fifmes avec le mefme vent de Sud-Eft, trente- cinq lieues, 6c nouspalíafmes cejourlàlouslaligne équino- diaíe., A vn degré de la ligne eft le Cap de Lope Conçales, fur la> coftedeGumée, dontla radeeftfortbonne,ôcoulesvailleaux: prennent des rafraifchiflèmens, quandils ont manque 1’Iile de Sainte Helene. L’ljle de faint Thomas, queles Portugaisontainíí nommce,., pour avoir efté découverte le 21. Decembre , eft fituéíous* la ligre.. Encore que Ton n’y entende jamais parler depefte, 1’air rc laiííe pas d’y eftre fort mal íàin, 6c incommode aux- eftrargers, qui ont de la peine as’accouftumer aux grandes chaleurs qui y regnent. Audi y voit-onpeu de barbesgrifes3, 4 6cpeu de Chreíhens, qui atteignent 1’aage de cinquante ans?>
  • 1^39* Efcreviffcs de teire. Sts habitans. 55C VOYAGE DES INDES, bien que les habitans du pais paflent fort fouvent celuy de cent. Les jours 8c les nuiSfcs y fontegaux en toutes les faiíons del’annee, Sciln’y pleutqu’auxmoisdeMars 8c de Septem- bre : roais le refte de 1’année laterre y eft hume&éc parvne roíee qui y produit toute forte de fruits. Ceuxquidecou- vrirent cette Iile la trouverent quafi toute couverte d’vne for¬ te d’arbres, dontles branches eftoient toutes droites. Autrefois il y venoit tantdefuccre, que l’on en pouvoit charger tous les ansplusde quarante navires : maisilyadéjalong-temps quil s’y eft engendre vne certaine eípece de vers, qui rongent la canne en forte, quapeine toute l’lfte pent fournir prefente- roent pour en charger fix. Elle donne beaucoup de bled Sede vin,dumiel, duris,delorge, desmelons, des concombres, des figues, du gingembre, des betteraves, des choux, des na- vets, de la laicluc, duperíil, Sc toutes autresíortes de racines, de legumes 8c d’herbes pottageres 5 Sc entr’autres vne certaine racine, qu’ils appellent /gnanun, dontles habitans font Ieurs plus grandes delices. Ceft vne eípece de truffes, dont 1 cf- corce eft noire Sc la chair blanche, de la grandeur Sc de la íor- mc d’vn navet, íinon qu’elle jette par enbasplufieurs blan¬ ches. On la fait cuire dans la cendre chaude, qui luy donne vn couft de roaron, mais bien plus delicat. Les Eipagnols y ont plante des oliviers, des pefehers Sc des amandiers, qui y vicn- nent fort bien ^ mais ils nc portent point de fruit. Entre les beftes qui luy font particulieres, l’on remarque vne certaine íbrte d’écreviíTes,qui vivent dans la terre, Sc lala- bourent comme les taulpes. Ilya quantité de perdrix, de cab¬ les , de merles, de perroquets Sc d autres oyfeaux: mais parti- culierement quantité de bon poifton,Sc fur tout de balenesjqui font monftreules fur les coftes de cette 1 ile. ^ 11 y a au milieu de l’lile vne montagne couverte d’arbres, Sc charge d’vne nue qui la fournit d cau fraiche,Sc en affez gi an¬ de abondance , pour arrofer les Cannes de fuccre : Mais ce qu’il y ade plus remarquable, e’eft queplusle Soleils’eileve fur l’horiion, plus cette nue donne d’eau. Ses habitans natu- relsfontnoirs, maisles étrangersfont blancsjufquàla troi- íiéme ou quatriéme generation, Sc l’on dit que les poux Sc les puces dont les Negres font extremément incommodes ,nat- taquent point les blancs, parce que les premieres ont la peau ^ „ * beaucoup
  • DVSr DEMANDELSLO, LIV. III. J57 beaucoup plus delicate que les autres. 1639. A trence-einq lieiies de 1’Iíle de S*intThomd^vers lemidy,cft vne Iíle, que les Portugaisnommentl’Iíle/?o//«, quiproduic i/ukRoller; des orenges, des citrons, desbannanas, desannanas, du gin- gembre ,delavolaille, des pourceaux, Scplufieurs autres raf- fraifchiíTements, cn íl grande abondance, qu’ayans avcc cela vne tres-bonne rade, à dix toifes d’eau, die eft bien plus com¬ mode que le Cap de Lopc Gcnçales. L’.ijlc de Carifco, qui eft à trente minutes de deçà la ligne, na i-'ifledc Ca- poimtd’autresrafraifchiflementsqued’eaudouce, Sceíieeft íi “rco* prochede la terre ferme, que Ton n’y moiiille que dans vne derniere neceífité. Le 22. d’O&obre Ie vent de Sud-Eft nous fit faire trente- continuation trois lieiies, Sc nous-nous trouvâmes fur le midy à vn degré du voyage. tren:e-cmq minutes de latitude, auNort dela ligne , avec vn fort beau temps. Le 23. le mefme vent nous amena de grandes chaleurs; Sc nous fit faire vingt-fix lieiies, à trois degrez vne minute de lati¬ tude. Le 24. nous ne fifmes que vingt-deux Iieues, avec des eC- clairs Sc des tonnerres continueis, qui durerentjufqu a mi- nuicl. Le 25. Ie mefme vent de Sud-Eft nous fit faire trente-deux lieiies, tenans noftre route au NortNort-weft.Le temps eftoic * mauvais Sc pluvieux, accompagné d’orages Sc de vents, que les Portugais appellent Travtdos, qui font fort ordinaires vers lescoftesdeG«.nee; dont, à noftre avis, nous eftions éloignez d’environ cenicinquante lieiies. Le 26. Octobre le vent continuant Sud-Eft , nous fifmes vingt-cinq lieues, Sc nous-nous trouvâmes à iept degrez de latitude. La ehaleur y eftoit fans comparaifon plus grande, La clialcurpius qu’elle n’avoitefte au delà laligne equinoctialc, quoy que le grande vers io S’oleilfcfuftdejaéloigné de noftrehemifphere de dix degrés: parcequelei’oleil, quivenoitd’efchauffer l’hemifphere Sep- tentiionale, n’avoitpas encoreeuleloifir d’efehauffer la me- ridiaiale. Le27. le vent changea Sc femit au Nort vers l’Eft, ce qui nousobligea à tenir noftre route au Nort-Eft. Nous ne fiirnes cejour-là que treize liciies,Si fur le midy nous- nous trouvâmes II. Partie. . AAaa
  • JJS VOYAGE DES INDES, 1639. àFept degrez, cinquante minutes de latitude. Et d’autant que nous-nouscloignionsdelacofte deGuinee, nous-nous eloi- gnions aufli du mauvais temps, qui nous avoit incomm odes juFqu’aalors. Le 28. levcntíemit au Nort-Eft, cjui eft ordinaire en ces< quarticrs-là entre levingt ôcletrentiéme degrezj apres quoy ii varie comme en nos mers de deçà. Nous fiímes ce jour-la trente lieues. Le29.1emeíme ventnousfítfaire trentevne lieues, tenans noílre route auNort-weft vers leNort, 6c nous-nous trouva- mes à midy à dix degrez de latitude. Lelendcmainnous filmes avec le mefine vent, 6c avec la meíhne route vingt-huiét lieues, ôí nous-nous trouvâmes à onze degrez, treizeminutes de latitude. Le dernier jour d’O&obrenousfiFmcs avec lemefme vent, 8c avec vn temps de pluye, vingt-trois lieues. Novemb» j ç premier jour de Novembre le vent continua Nort-Eft au Nort, 6c nous fiímes vingt-fixlieiies.. Le 2. le vent eftantNort-Eft nous fiímes vingt-quatre lieiiejx 6c rinFmes noftre route au N ort-w eft. Le 3. nous fifmes avec le meímevent dix-neuf lieues, te¬ nans noftre route au Nort-weft. Nous trouvâmes íur le mi¬ dy, que nous eftions à quatorze degrez , quarante minutes^ ' 6c par confequent à peu prés à la hauteur de Capo Verde. C’eft vne pointe que la terre Ferme d AFrique pouíle dans la mer entre les rivieres de Gambea 6c de Sanada, appellee par Ptolo- mée Promontoriumsfrfinanum. Seshabitanslont noirs grands 6c bien-Faits, maismefchants 6c dangereux. Ils Font la plus part Payens, dont les vns invoquent la Lune, 6c les autres adorent lediable, qu’ilsappellent Cammate. Ilyenaaulfi quiFontpro- FcffionduMahometiFme : mais ils nen n’ont que le nom 6c la circonfion. Ils Font en guerre perpetuelle contre leurs voifins, 6c ma- nient Fort adroitement leurs chevaux, qu’on leur amcnc de Barbaric, 6c qui font Fort viftes. Leurs armes Font l’arc 6c l’a- ^irtarmes. zagaye, dontils Fe Fervent avecbeaucoup d’avantage. Les plus illuftres marques de leurs vidoires Font les parties honteuFes, qu’ils coupent à leurs ennemis, dont ils Font preFcnt a leurs Femmes,qui en Font des colliers,6c croyent en eftre bien mieux
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. UI. m parecs que de perles. Us époufenc plufieurs femmes qu’ils obhgent au travail comme des efclaves, à la campaene auífi bien qu au menage * ohlemary mange feul de cequela fem. meluyaapprefté ôcdés qu’il a ditólreprerid fes armes, & va a a chaíle ou a fesaffaires. Les femmes font íi bienfaites â touns fortes d incommoditez. qu’elles ne fontpasíí toílac- eoucnees, qu elles vont laver l’enfant dans la mer ou en la nvierc. Les homines font la plus-part yvrognes , Sc aiment tenementIe vin, que ionenavu quivuidoientvnebouteille d eaii de vie d vne haleine. Us s’enyvrent particulierement aux funerailles de leurs amis3 oà Us sfoccupent quatre ou cmq jours de íuite à lespleurer, Sc à boireparintervalles cn orte quis ne fo íèparent jamais , qu’ils ne foient yvres. Les enterrements fe font avecle tambour Sele flageolet, Sc 1’on met a la telle du deffunt vn pot de vin ou d’eau, que Ion chan¬ ge deux foisle jour, Sc cela plufieurs années de fuitte. Ils croyent que les morts reíTufciteront, mais qu’ils feront blancs, & qu us tranqueront comme les Europeens. Les Francois, les Llpagnols Sc les Hollandoes y font vn grand commerce de peauxde boeufs,de buffles &d’elands,dedens d’elefants, de cire, dens, Sc d’ambre gris, qui y eíl tres-bon 3 Sc cefut là que 1 ierredelaSm<í£,marchand Hollandois,achettacnl’ani6o6. vne p ece d ambre de quatre-vingt liures. Noas dirons icy enpaílànt, que Jes Portugaiscommcnce- rent a defcouvnr cette cofte d’Afriquedes 1’an 1417. fous le regne de lean I. qui avoit efté maiftre d’Avis, fous la diré- cionde 1 Infant D. Enrique,íbn troifíéme fils. Ces premiers voyages n eurent pointle íhccez qu’il s’en eífoit promis. juf- qu a ce qu en I an 1441. Antoine Gonçales ayantdéc ouvert le Cafj del Cazu/fo-o,amena avec luy quelques Negres,quel* In¬ fant euvoyaau Pape Martin V. le faifant prierde favonfer le zele, qu’il avoit pour ravancement de la Religion Chre- ienne, & de luy faire don des terres qu’il découvriroitfurces coítes, lcíquelles il diíbit entre les mains de poílèíleurs in¬ jures. Le Pape ne fit point de difliculté de luy faire prefont d’vne C1°i j^U1 nC cou^°it r*en 1 & luy donna toutes les terres qu il découvriroit en Afrique , Sc for toute cette route juf- quaux Indes j a la charge deles laiííèrapres íà morta la Cou- AAaa ij 1^ 3 9- Leurs femmes font tout ie travail. Les hommet aiment le yio. Us crojrent 1'immortallté de i'amc. Piece d’ambre de 80. livres. L’Ir fant D. Entiquc fait découvrir la Guinée,
  • - * dr Pormgalie continue 56o VOYAGE DES INDES1, ronne de Portugal. L’Infant avoir découvert route Ia cofte qui eílentreicCMdeNam , jufqtfà cent lieuês audeladc Cabo- Vtrl, quand il mourut en 1’an 1453» Le Roy Altonfo V.fiten l’an 16n- don de toutes ces conqueftes a D. Ferrand Due de yifeo, heritierde l’lnfant D. Enrique , Se en14.61. lc mefme Royfitfairevn fort dans Plfle d’^rguin, pour la feuretédu I) leaniutoy commerce par S«m> Mendez., que leRo/D. lean II. fitre a- tir devant íonavenemefttàla Couronne, comme Seigneur de ces conqueftes, Se du commerce de Gurnee, par le don, que le Rov Ion pereluy en avo-t fait. Ce Prince le donna en an 1469. àfcrmeàvnnommé Ferdinand Gomez a la charge de decouvnr tons les a ns cent lieues dc cofte, de iorte qu cn l’an 1471. Ion avoir déja découvert les Illes de Femonco del To, de S F homos , d'Mnno bueno, celles del rtnape, & le Cap de fointe Catherine. Les guerres que le Roy D. Alfonio eutavec la Couronne de Caftille, l’empefcherent dedonner toutes fes penfées à ces conqueftes j maisleRoy D. lean II. eftant par¬ venu à la Couronne, fit partir au mois deDecembre 1481. Vie-
  • DV Sr DE MANDELSLO , LIV. III. 561 Ies autres Negres, bicn qu’ils nefoient pas fort raifonnables 1^39. pour ce qui eft de la Religion. Ils font des divinitez de tout ce Leur qu’ils woyent de nouveau 6c d’extraordinaire. En ce temps- là ils avoient cios d’vnc muraille vn gros arbre qu’ils ado- roient, 8c auquel íls faifoient fervir à de certains jours de 1’eau 8c de laviande, par vn de leurs Preílres, qu’ils appellent £'>/r>.IIsavoicntauífi de la veneration pour les os d’vne baleine, 8c rendoient vn culte religieux à vn certain rocher, parce qu’ilelftoitbeaucoupplushautque les autres. Iln’y a point de nationi au monde quiait plus de fuperftition pour les augures 6c pouir le fort que celle-cy. Ils prcnnent quelque brins de Leur {>aille dans la bouche, 6c de la façon qu’ils tombent à terre ’onjugedeschofes donrl’onveutiçavoirPévencmcnt. Ilsdi- fenttousqu’ils parlent audiable, ôcilsontvnreípeffparticu- lier pour ceux qui paílent parmy eux pour forciers, 8c qui ne font cneffjt que desaftronteurs, qui tirentdel’avantagedela foibleffe du peuple. Ils font fort religieux en leurs ferments 5 parce qu’ils font H* foatrdi- perfuadez que ceux qui les violentdoiventmourirfubitemêt, 5ICUX 'n lcuI# ôcalleguentpour cetetretl exemple de quelques-vns de leur nation, qui apres avoir viole le ferment qu’ils avoient fait de n’outragerpoint quelquesSaints, quiprefehoient l’Evangile en cesquartiers-là, per rent tous. Ils tirent de cette íincerité vn avantage que Ton ne connoit point ailleurs: qui eft qu’il n’y a point de procez ny de different que Ton nevuideenpeu d'heures, fur lafeule affirmation dcs parties. II n’y a point de crime fi enorme , dont l’onnefo rachette de la mort par de l’argent, 6cil n’y a point de criminei que ronpuniffedemortj. fi ce n’eft que l’opiniaftrete d’vn mechant vainque la patience du luge par fosrecheutes. • Ils vont tout nuds, 8c necouvrent que les parties que I hon- LeUrs habits; nefteté ne permet point denommer j à quoy ils employent des peaux de finges , ou certains lambeaux de drap de plu- fieurs couleurs, qu’ils font de leurs Palmes. Mais ils n’ont fjointi’ornement qu’ils affe&entplus, quedefe faire reluire econs, à force de lefrotterd’huille ou de graiffe. Les per- fonne de condition portent des brallLlets d’or aux bras 8c aux jambes, 8c noiicnt les cheveux 8c le poil de la barbe, avec des chainittes de la mefme eftoffe. AAaa iij
  • 1639. Leurs armes. Les eftablifle- mentsdes Hol¬ landers en la Guinér. Diego Candé" couvre lc Royaumc de ■Congo, jfe VOYAGE DES INDES, Us n’ontny ordreny difeipline à Iaguerre, Sc les ioft turn enss, dont ils s’y fervent excitent pluítoft à rire, qu’ils n’animent au combat. Ils font leurs armes defenfivesde peaux de lyons, de tygres Sc de leopards, Sc les ofFenfives font des flefehes, Sc des azagayes. Leurs hidalgues, en allant àlaguerre, Sc ont à leur fmtte deux pages, dont 1’vn porte le bouclier, 8c Pautre vn petit banc , furlequel le maiftre ferepofe, quand on fait faire halte. Ils reglent le nombre de leurs femmes fur leur revenu, 8c ils contraSlent les manages fans ceremonies, ne donnant au pere de la mariée que la valeur de huit reales, pour ion vin, qu ils ayment fi fort, qu’ils en prennent fouvent jufqu a perdre le jugement. . Les Hollandois y ont lefortde Bo#re,a quaere Iieues de Ja Mwa. Ils ontauifileurs bureaux Sc leurs facteurs a cara,d C.o~ romantin Sc à t^Aldea del Tuerto •, Scils joúiíTentpaiíiolement du commerce de la Mina , ou ils employent tous les ans plus de deux millions d’or,8c par cemoyen ils tirent des lagans Sc des autres peuples d’Ethiopie, vne grande quantited orrparticu- lierementdepuis qu’ils y ont fait l’eftabliflement, qui a fervy de pretexte aux Portugais d’entreprendre fur le Brafil, contre Ia foy du traitté qu’ilsavoientfaitavec les Etatsdes Provinces vnies. Les Hollandois y avoient déja mine le commerce des Portugais j parce qu’ils iecontentoientd vn profit mediocre, & parce qu’ils traittoient les Negresavec tant de douceur, qu’ils n’ont pas eu beaucoup de peine à leur faire goufter leur religion, qui y a fait des progrés aíTez con fiderables. L’affection que le Roy lean 11, avoit rémoigné pour ces voyages, convia Chrifioffre Colombo d aller a la Cour de Portu¬ gal, Sc d’offrir fonferviceauRoypour le découvremens des Indes Occidentales. Maisl’affaire ayant efté mifeen delibera¬ tion au Confeil, l’on remercia Colombo,& l’on refolut de pour- íuivre les conqueftes du coílé de POrient. En execution de cette refolution le Roy fit partit deux des premieres pilotes du Royaume, dont l’vn le nommoit Diego c
  • DV Sr DE MAN DELS LO,LIV. Iff. fâ prirpoíTeflionduTíojííwwc de Congo. 1 g , ^ Ce Royaumes’eftend depuis le Cap de S tinte Catherine, au c ”, Sudjulquau Crfp de £edo, &avcrslePonantIa mer d’Ethio- Royaumcdc Íle, vers le Mídy lesmontagnesdelaLune&les cafres, vers ConS°* cLcventdes Mantabas, Severs leNort le Royaumede Beny, ayant enfa longueur environ cent foixante lieues d’eftendue, depuis le deuxiéme degré trente minutes jufqu’au treiziéme degrede delà la ligne. II eft compofédefix grandes Provinces, que Ion nomme Bamba, Son go, Sunda, Pango, Batta O' Pemba. Ses Prorinccj;. La Province de^dwiuts’eftendlelongde la cofte, depuisla Btmba. riviere d'^4 mbrift, juiqu’a celle de Coaw%e, Sea pour ville capi- tale celledc Bamba, qui donne le nom àtoute la Province, Sc eft fitiée entreles rivieres deLofa Sc d'^mbrift, â trente lieues de la ncr. La Irovince de Songo eft fituée fur Ies rivieres de Zaire Sc de Songo„ Lomg,y s’eftendant depuis lariviered'^imbrtfijufqu’auxmon- tagne:, qui la feparentdu Royaumede Loango. C’eft fa ville capitae auifi qui luy donne le nom. Lavllede5««^donneauíTifonnomàIaProvincedont elie Sun
  • 103 9- La tjuulicé Je i'air du pais. La tiuicre Sc Zaire. Chevaux ma. tins. Mines d’or. 5<4 VOYAGE DES INDES, de Congo, Iaquelle ^iugujhnus Cit'/todorus a pris la peine de tra- duire en Alleman,dit que I’air y eft tellemenr temperé Thy ver, que celuy dç Rome ne l’eft pas plus au mois d’Octolye, 6c que ce qui incommode le plus lesEuropeens,ce font les pluyes quiy tombenttous les jours deux heuresdcvant & autantapres mi- dy. parce qu’elles font plutoft brulantes que chaudes. Leur Hyver commence au ij. Mars, & I’Efte au quinziefme Sep- tembre, 8c pendant ce temps-là, fçavoiraux mois d’Avril, de May, Iuin, Iuillec 8c Aouft, il ne ic pafte poinc de jour qu’il ne plcuve j en forte qu’a peine y void on vne feule belle journée encescinq mois. Maislesjours 8c les nuiclsyfont egaux en toutesleslaifonsdel’annee. ^ La riviere de Zxire, qui iortdumeftne Lac, ou Ie Nil prend íàfource, eft fans doute la plus grande de toute 1 Afrique: parce qu’apres quelle s'eft chargee dcs eaux de Fambo 6c de Ji-arbelLi, elle a à fon embouchure vingt-huit lieues de large. La riviere de Coit«^efertde frontierecomuneaux Royaumes Congo&cÒl Angola, , 8c cellede LeWánourritquantitédccro¬ codiles 8cde chevauxmarins.Cet animal eft de couleurtanée, & n’a quafi point de poil .11 a la tefte faite comme vn courtaulr, fans oreilles, les naleaux fort fendus, 6c la gueulle armée de deux dents, faites comme des defences de fanglier. Ilale pied fait en treffle, 5c hennit comme le chcval, 8c eft fort vifte. Les Hollandois difent en leurs relations que les Africains s en fer¬ vent, mais qu’ils ne les abreuvent jamais en des rivieres,de peur qu’ils n’emmenent leur homme au foods. Les pluyes chaudes, dont nous venous de parler, font toute la fertilité du pais j qui produit des herbes, du fruit, 6c des grains en ft grande abondance $ que ft les habitans fe vouloient donner la peine de cultiverlaterre, il n’y enauroit point de meilleure au monde. En la Province deBtmba les montagnesdonnent de 1 or,8eles foreft y nourriftent par tout vn grad nobre d’elefans, qui font ft grands, qu’il y a des dents qui pefent jufques a deux cens livres. Ilya aufti vn certain animal, qu’ils appellent Scbrx, qui reflemble au mulct, finon qu’il eft capable d’engendrer, 8c depuis l’efpinedu dos jufques au ventre il a trois barres de trois doigtsdelargechacune, dontl’vne eft noire, l’autre blanche 8c la troifteme jaune. Cecanimaleftli vifte, que les Portugais, pour
  • DV Sn. DE MANDELSLO, LIV. IH. jSj pour reprefenter vne vi ceíTe extraordinaire, alleguent celle du Sabra. L’ Empdançes eft vne eípece de boeuf, mais plus petit & plus feroce. Les forefts y font peuplces de loups,de renards,de buf- fies fauvages, de cerfs, deche vreuils,delievrcs 8c delapins,qui y font en tres-grand nombre, parce qu’on ne les chaíle ja¬ mais, mais bien les civettes qu’ils apprivoifent 8c nourriífent pour le profit. L’on dit qu’il y a des ferpents,qui ont vingt-cinq pieds de long, 8c qui ont la gueule 8c le ventre íi larges, qu’ils avaleint des animaux entiers. Ceux-cy fontamphibies, mais ils ne font point veneneux, car les habitans les mangent, 8c en preferent la chair a celle du meilleurgibier. 11 yenad’autres aucontraire quifontfidangereux, queceuxqui en ibntblef- fés5 ír.eurent dans vingt-quatre heures. Ilsontauffitoutcsfortesd’oyfeaux, commedesfaifans, des perdrix, despoules, dcscoqsd’inde, des canards, des oyes, destourterelles, des pigeons, 8cd’oyíêaux de proye, com me des aygles, desfaucons, des tiercelets, 8cc. Lamontagnede la Province de Pemba produit routes for¬ tes de fruits, 8c a des eaux tres-claires 8cfort falubrcs, 8c le pais du voifinage donne vne efpece de bled, qu’ils appellent Leuco, qui eft vn peu plus gros quela graine de mouftarde: mais l’on en fait de ft bon pain, que celuy quc Ton fait icy de fromentn enapprochepoint.Auifil’aime-on bien plus que ce¬ luy que I on y fait de ris , ou de bled de Turquie , que l’on laiile aux pauvres gens. Les citrons, les orenges 8c les Ba- nanai y font auffi coramuns qu’aux Indes : Mais 1’arbre qui leur donne le plus de fruict c’eft la Palme. II y en a de deux forte 5 car les vnes portent des dattes, 8c les autres des Cocos, dont ils font dubeurre, del’huile, duvin, duvinaigre, dufruicl8cdu pain, 8c avec cela elles ne laiflent pas d’avoir leurvfagjeenlamedecine; puisque le jus que I’on entire, def- gage tel lement les reins, qu’iin’y aperfonnecn ce pais-làquí íòit incommodé de la pierre ou de la gravelle. Les Imples y font fans comparaifon meilleursque ceux de ce pai'iicy, auffi bien que les melons, les concombres 8c les le¬ gumes que lepai's produit en grandeabondance. II n’ja point de montagne,qui ne foit reveftue d’vn grad no- bre d arbresfruictiers,8cdeplufieurs autres qui co fervent leui II. Partie. BBbb 1639. Des fcrpents; It Cocos.
  • Marbre dcN’u tnidic. VOYAGE DES INDES, 1639. verdure tout Wong de l’année, ou fi elles font ftenles Pen en tire du marbre , de l’albaftre , dujafpe , du porphyre & mefmes des hyacinthes, 6c particulierement ce marbre blanc, qui autrefois- eftoit fi fort eitime par Ies Romanis. J Lcs habitans du pais font noirs, mats les femmes ne Ie font pas tant que les hommes. lls ont les cheveux frifez , mais 1 s n’cntpas les levres fi groiTes, ny le nez fi camus que es autre Maures. L’on dir particulierement de ceux de B*mb* qu ús font fi forts,que d’vn feul coup d’epee ds abattent latefte d vn bccuf.oucoupentvnefclave parle milieu, Lems núb». Leursma.fons font baffes. pentes&mal baft.es non point fauce de mature, mais faute d'ouvners, parce quit n y a point de mafton ny d’archicecteparmy eux. ft ce n eftqu onvoeiUe dire que e’eft le lieu du nionde ou.l y en a le plus .puis que cha- fora cun baftit fa maifon. IIeft demefme des Medecins Ik enten- sr'l.KUn & Jcnt tous la medeeme & la botan.que, autant qu lls croy ent en avoir befoin, pout la confervation ou pout 1c recouyre- nient de lent fame. Ils guer.rtent la fievre avec vn pen de bo.s de Sandale battu en poudte: Le maldc tefte par la fa.gnee A ils fe purgent avec de la poudre quds font de 1 cfcorce d certain arbre. , Ils vont tous la tefte nue,fmon que quelques-vns portent des ebappeaux faits de coques de noix,ou d’efcorces d arbres. II y cn a auiTi qui portent vn bouquet de plumes , qu ils attachent aux cheveux av ec vn fil d’archal,. Sc les hommes auifi bien que les femmes fe chargent les aureilles de bagues fort peiantes, & descerdes defer, d’eftainoudecuivre aux bras&auxjam- bes • bien que la plus part des perfonnes de condition s habil- lcnt àla Portugaife. Ils dormant fur des nattes Sc mangent à terre, meflans bien fouvent le fru:& , la viande Sc lepoiflon enfemble dans vn mefme plat > mais les perfonnes de condi¬ tion en vfentautrcment,Scmangent feuls iur vne natte. Ils ne u i__rrrrr mais ils couchent vn ba- inciiecins. ULcuis habit*. Its richctfeS *u paYs, Coir.roetce d’cfdavm. L on peut iuser des ncheiles ciu pais par la quannte d’argent, de iuivre, de criftal, de fer Sc d’autres metaux que leurs mines rendent j mais particulierement par la prodigieule quantité d’yvoire que Ton y vend. U s y feit auffi vn gran commerce de civette,5cles Portugais Sc les Efpagnols y achet-
  • Ê)V Sk DE MANDELSLO, LIV. III. y
  • 5 68 VOYAGE DES INDES, '639* ; Jeursbouclicrsd’ecorcesd’arbres. & ku! façon* Lcurs armees nefonc compoiees qued’infanterie , 5c ne 4e combattrf. combattent qu’en corps, ou s’ils fe feparent en plufieurs batail- lons, le General fetiencaumilieu del’armee , 6c commande par le moyen de divers inftruments, par lefquels les autres chefs, qu’ils appellent Mani, entendent s’lls doivent faire avancerou reculer, feferrer ou ouvrir,tourner à droite ou à gauche, combattre ou fe retirer. Il> one des trompettes de bois, qui font vnbruiseffroyable,aufIi-bien que leuts tam¬ bours , qui font faits d’efcorces d’arbres, 6c couverts d’vne peau, laquelle ils touchent avec de gros barton d’y voire. Ils ont auifi vninftrumcnt fait de plaques de feren triangle, qu’ils battent avec des bartons ordinaires, Sc des dents d’elefants creufées, dont ilsíònnentvn bruit de guerre, qui les animent fort au combat. Le General fait porter à 1’armée quanti- té de cesinftrumens, qu’ilfait diftribuer aux Officiers fubal- ternes , qui refpondent par la au fignal que le Generalleur donne. I a Religion Chreftienne fut introduite au Royaume de Comment la Congo, parle moyen d’vne ambaílàde, que le Roy Caramançt ftk'nne'y aeftê envoyaàD. lean II. Roy de Portugal, au fccond voyage que introduite. '" Diego Can fit en ces quartiers-là. Le chef de cette ambaflade quis’appelloitCrfpfrf, s’ertant fait baptifer en Portugal, le Roy le renvoya avec vne efcortedetroisnavires,ibusle com- mandementde Gonçalo de Soufa • lequel eftant arrivée au Cabo Verde, y mourut de pefte,auifibien que Cacuta. Ruy de Soufa , qui avoit fuccedé à ion oncle en la charge de General, fut con- traint de relafcher au port de Bind a, en la Province de Son go, ou les Hollandois ont prefentement vn comptoir, 6c ou le Seigneur ou Gouverneur du lieu, qui eftoit oncle du Roy, fe fit baptifer avec fon fils 6c avec toute fa femille. Le Roy 6c la Reyne íuivirent leur exemple , le firent nommer lean 6c Eleonor. Ce deflein fut pourfuivy parle Roy Emanuel enl’an ijo-j rmaisle découvrementdeslndes, 6c les profits que Ton faifoit en cesquartiers-là,ayans fait difeontinuer les voyages fur la coftc d’Afrique, Ton a enfin neglige d’y cultiver les commencements, dont les Hollandois ont pris avantage pour yintroduirela ReligionProteftante. le Royaume Voyons maintenant ce que devint Iuan lonfo d’Avero, qui «JeBcpy.
  • ; DV Sr DE MANDELSLOjLIV. II. 5è9 partitde Porrugalavec Diego Can. II découvrit furlamefme i 63 t>. cofte d’Afriqtie Je Royaume de Beny , entre la Mine 6c le Royaume de Congo. 11 a environ quatre-vingts lieues de long Sa fituatíon. fur qua-ante de large,6c a douze lieues de lamer ou environ,Pó voitladllede //«Ç4roo,íurlariviere, que ceux qui Ia décou- vrirentnommerent RtoFermofo, 6c vn peu plusavant dans le pais la ville capitale , qui communique fon nom à tout le Royaume. Juan ^ilonfo n’y fut pasíi-toft arrive, quele Roy de Beny fift vn traitté avecluy, 6c luy promit de íe faire baptu fer. Mais comme cette converílon eftoit íàns fondement, fans foy 6c íànsfcience, elle n’a point eu de fuitte, non plus que le commerce que l’on avoit deílein d’y eftablir^ parce qu’on le quitta bien-toft pour celuy des Indes. Pourcequi eft du cabo que Ptolomée appelle Promon- Description
  • j7o VOYAGE DES INDES, 1639. du tout les peuples , qui demeurenc entre ces deux rivieres * de forte qiie pour en parler pertinemment, ii faut voir les re¬ lations modernes 5 quidifent que les peuples, que l’on appel¬ lee , occupentlapartieplusOrientaledupax's, 8cs’e- r.cshabitansdcftenclentjiifqifauCíí^o/^M^e. ^es poules 6C Berbeanes iontlo- r.abo Vctdc. gez plus avant dans le pais, iur la riviere de Zanaga , 8c plus vers le Nort que les Jalofes, dontles vns fontfujets aux .Fo»- les, 8c les autres aux Budumcyes. IIs appellent leur Roy Bre¬ que , -8c leur pais eft vny, plat 8c marefcageux , mais tres-fer- tileenbeftail, en vin, en cotton, enyvoire,cngibier, 5c en chevaux., à caufe des frequents debordements die la riviere. IIs n’ont ny or ny argent, mais quantité de fer, dont ils for- gent toutes fortes d’inftruments 8c d’outils. L’air y eft fort bon 8c lain, bien que Ton y remarque fort peu de change- ment aux íâifons. Les habitans de Cabo Verde paffent pour gens de coeur, 8c ils ont appris des Zenegois, leurs voifins, Ils fontpayens. Padreílè de manier les cheyaux, auili bien que le Paganifme dont ils font profeffion. IIs ont cet avantage fur leurs voifins, que la Iuftice y eft mieux rendue aux particulars , qu’ils procedent avec jplus de prudence 8cdeiecret aux affaires publiques, qui regardent la grandeur 8c la coníèrvation del’Eftat, 8c qu’ils diftnbuent fortégalement les peines 8c les recompenfes. Le Prince , en compoíànt fon Coníèil, a principalement égard à 1’âge, 8c ildonne les charges de j udicature a ceux d’entr’eux qui ont le plusd’experience, 6c qui ont le plus de connoiffance des affai¬ res. Ceux-cy donnent tous les jours audiance aux parties,8c ju- gent les procez fur le champ. Leurfaçonde Noftre difcipline militaire leur eft entierement inconnuej &jrdagucue. majsqsfont]a guerre d’vnefaçon qui merite bien que l’onen die vn mot. Tous ceux qui font capables de porter les armes font departis enpluiieurs regiments, 6c logés en des quartiers deftinésàcela,fousIeursMaiftres deCamp,qu’ils appeIlent/72- garafes ;de forte que dés que 1’occafiõ íè p relente,l’on fait paf- les les ordres d’vn quartier à l’autre, 8c par ce moyenl’on met vnepuiílàntearmée fur pied en fort peu dejoursjíàns qu’ilioit beioin de faire de nouvelles levees -y parce que les places font coníèrvées aux fils des loldats , qui fuccedent à leurs peres, &necouftentrienau Prince, quecequ’il leur fait payer pour
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. III. 57i feursappointements, veuqu’ils apportent avec eux leurs vi- vres 8c leur baçage. Les noms d’achapt Sc de veiite ne fone pas encore connus parmy eux; parce que n’ayans point d’or ny d’argent mon- noyé , ilstroquent Sc efehangent tout, tant entr’eux qu’avec les eítrangers. Leur plus
  • 1^39. 57i VOYAGE DES INDES, cement, par la lafchetédc Pedro Va^y lequelayantplusd’ef- gard á fa commodity qu’a foil honneur, fit demolir Ie fort qu’il venoit de baftir, 5c ne pouvant fouffrir les juftes reproches que Beomi kiy enfit, illetuadeia main* fansque le Roy en témoignaft le moindre reilcntiment. ícjiflesvertes, Les Iiles queles Portugais appellent as ilhas Verdes, Sc les ' Hollandois les I (les au. (el, fontfituéesàPoppofítion du Cabo Verde, 5cn’ontefté découvertes paries Portugais qu’en Pan 1471. II y en a quicroyentque ce font les Gorgonides de Pto- lomée, mais jene voudrois pointalleurer, que ce grand hom- me, qui nous a laiile vne connoiiTance fi confufe de cette cofted’Afriquc, enaiteuaucunedecesIiles,dontlaplus pro- chaine eft éloignée de foixante-dix lieues Sc la plus reculée de centioixante lieues du continent. Elle s’eftendent depuis le quinziéme j ufqu’au dix-neufiéme degré, 6c font au nombre de dixjfçavoir S.lago^S.Mntonio^anta Lucia,San Vimente,S. Ni¬ colas i lhablanca , llha do ft!, llhxde Mayo, llha do Fogo &C llhxde B ox Fifta.il y a beaucoup d’apparcce,que lesPortugais leur ont donnélenomgenerald’/ftes Ferf«,ouduCap dontnous vcnos de parIer,ou de la verdure,qui nage iurl’eau en ces quartiers-la, Sc que les Portugais' appellent SargaJJZ , à caufe du rapport qu’elle- a avec le crcilon. La mer en eft tellement couverte depuis levingtjuíqifâtrente-quatriéme degré, qu’il iemble, qu’il y ait autant d’liles flottantes, qui íe preíèntent aux na- Saigaffo; Elies efloient autrefois in- itabitées. peutvenir cette verdure en cet endroit, ovt la mer n’a point de fonds, Sc cependant il n’y en a qu’en ces quartiers-là , à plus decentcinquante lieues de la cofted’Afrique. Elies eftoient routes deíèrtes & inhabitées Iors que les Portugais les defcou- vrirent 5 maisaujourd’huy elles font cultivees, 5c produifent quantité de ris, de mil, d'abruin ou bled de Turquie, des oren- ges, des citrons, des Bannanas, des Annanas, des Ignanes, des Batatas, des melons, des citrouilles, des concombres, des fi- gues & des raifins, deux fois l’an. Les Iiles de Mayo, do Sal Sc de Boa Viftx fonttellementpeupléesdebeftail, que Ponyen charge des vaiileaux entiers pour le Brefil. Les mefines Iiles donnentdufelen ii grande quantité, que les Hollandois ont pris
  • DV Sr DE MAN DELS LO,LIV. III. m prísoceafiondelesnommer les ifles au fel. Les meírnes Por, j ? » cugais y ont porte des poules de Barbarie, des poules domeíli- ques, des paons 8c des tourterelles, qui s’y font tellement peu- plees, qu avec les perdrix, les cailles, les aloiiettes 6c 1’autre petit gibier que 1 on y trouve , I’on y a dequoy faire grand* chere, 6c dequoy vivreá bon marche. L'on y voitentr’autres vne forte d’oyfeaux, que les Portugais appcllent Flamencos, Flamencor qui ontle corps blanc, 6c les ailies d’vnrouge vif, approchanc delacouleurdufeu, 6c font auííí grands qu’vncygne. Ilsotit iur toutquantite de lapins, 8cla merleurfournit tant de poif. ions, quel’ony voiten tout temps plufieurs vaifTeaux Portu- gais, quiy vont â lapefchepourla provifion duBrefil. C’eil pourquoy elles font fort bien íituées , pour le rafraifchiile- ment des navires qui vont aux Indes} parce qu’en allant Ion pent aifement faireaiguade dans 1’ I fie de Mayo, 8c en venant en cede de S. Antoine , íànsqueles Portugais, quiydemeu- rent, le puiilent empefeher. L iJledeS. laro cil la capitalede routes ; parce que c’eft-la L’ifledcs. r» ou demeurent le Gouverneur 6c 1’Archevefque, dontla Iu- S°- jilaiction lpirituelle ne s eflend pas ieulement fur ces Iiles • mais auflifur tout ce que les Portugais poiTedent en lacoile d Afiique, juíqu au ap de Bonne tfpcrance. Le quatrieime Novembre nous fifmes avec vn vent de Contimmio* iN ort-^it, vingt-quatre lieues, tenans noilre route au Nort V07ago Nort-veil, 6c nous-nous trouvâmes á íeize degrez, vne mi- nuttede latitude. Le y. nous fifmes avec le même vent trente 6c vne lieue, à dix-fept degrez, vingt-fept minutes. Le 6. nous fifmes avec le mcfme vent, 8c tenans la niefme route, trente-quatre lieues, a dix-neuf degrez, vingtminu- Lc 7- Novembrele vent continua auNort-Efl, 6c nous fif- mes trente-fix lieues. Ce n’eflpasque le Manfon continuáíl de nous favorifer a cette hauteur j mais il faut fqayoir que le vent de Nott-Efl regne en ces quamers-là tout du long de annee, & porte les vaiileaux juiqu’auTropiquearctique. Le 8 Novembre le vent fe mital’Eft-Nort-Eil, 6cnous h t fai re trente- deux lieues, jufques à vingt-deuxdegrév, tren¬ te cinq minutes de latitude. Nous rencontrames icy quantite II. Partie. . CCcc rt *
  • 574 VOYAGE DES INDES, IÓ3 9. de SirgiJJo, queje trouvay eneffetfemblableau crefTon,finotl quefon verdtiroitvn peu plus fur lc jaune, 5c qu’il avoir des grains comrae les grofeilles vertes. L’on dicque le ventles arrachedes rochers de lacoftedes 'ndes Occidentales : mais c’eft à quoy il y a d’aucanc moins d’apparence , que c’eft le vcntNort-Eft qui y regne touce l’aunee, ainfi que nous ve- nonsdedire. Le 9. Novembre, le vent continua al'Eft Nort-Eft , nous fifmes trente-trois lieues, tenans noftre route au Nort, 6c nous-nous trouvâmes à vingt-quatre degrez , trente minutes de latitude. Le 10. nous fifmes aveclemefme vent vingt-cinq lieues* tenans noftre route au Nort Nort-weft, a vingt-cinq degrés, quarante minutes de latitude. Len. Novembre le vent femit al’Eft Sud-Eft , 6c en fuit- te au Sud, & vers le loir au Nort-weft, avec vn grand calme deforte que nous ne filmes ce jour-la que huit lieues, chagcans noftre route du Nort mWeft: à vingt-fix degrez , quarante minutes. Ce jour-là nous primes vn des poiffons, queles Hob landois nomment H aye, qui font fort communs dans les I ndesy mais nos mariniers nous afleuroient, qu ils n enavoient jamais veu en cette mer la. Le 12. Novembre nous fifmes vingt 6c vne lieue avec le vent de Nort-Eft, 6c tinftnes noftre route au Nort-weft. Le 13. nous fifmes vingt 6c vne lieue avec le vent Nort Nort- Eft, tenans noftre route au Weft Nort-weft. Le 14. le vent fe renforça du Nort Nort-Eft,& nous fit faire vinot-deux lieues, tenans noftre route au Weft Nort-weft. Lc jj. le vent fe remit au Nort-Eft, 6c nous fit faire vingt lieues versle Nort-weft, à vingt-fept degrez, trente minutes de latitude. Le 16. Sc 17. Ie vent de Nort-Eft continuant, 6c nous noftre route au Nort-weft , nous fifmes en ces deux jours trente- deux lieues. Lc 18. Novembre le vent femit au Sud-Eft, 6c nousfitfaire vingt 6c vne lieue au Nort-weft, à vingt-neuf degrez, vingt minutes de la titude. Le 19. le vent changea, tournant au Sud Sud-weft, Sc nous amenant vne pluye, qui dura toutle jour, mais elle ne laiflã
  • DV Sr DE MANDELSLO, IIV. I1T. J7S pas de nous fairc faire trent-íèpt lieues, tenans noftre ronte au 1 ^ 3 9* Nort-Eft. Le 20. Je vent fe mitau Nort-\veft,&:nous fit faire douze lieues íur Ia meírne route. Len.le méme vent nous fit faire vingt-deux lieucs. Le 2 ide vent cftantau weftSud-weftnousfilmes quarante- trois lieues au Nort Nort-Eft, à trente-cinq degrez vingt mi- nutes de latitude. ° Le i >. nous fiímes avec lc vent de Sud-weft trente-quatre lieues,al EftNorteft. ^ .Le,24- Novembre nous fifines avec lemême vent trente- cinq lieuês, íur la méme route. Le i j le vent fe mit au Nort-weft, Sc nous fítfàire trente- trois lieues au Nort-Eft, Sc nous trouvâmes à trente-huit de¬ grez.minutes de latitude. Lei6.il fit vn grand calme, qui n’empeicha point que nous ne filibns treize lieues ce jour-là. Lei-.le vent eftant Eft-Nort-Eftnous fifines douze lieues tenansnoílre route à 1’Eft- Nort-Eft,á trente-huit dcgrez qua- rante-hiit minutes de latitude. 0 1 Le 2! le ventfe remit au Sud Sud-Eft, &nous fit faire vingt- lept lieios, tenans noftre route à 1’Eft ,S'ud-Eft. Lei». Novembre, levent eftantSud Sud-Eft, nous-nous trouvanes fiir le midy a trente-ncufdegrez, trente minutes, nous vmes les Iíles de Corvo CS' de Flores, que quelques-vns mettert au nombre des ^4 ç ores, Sc nous fifines ce jour-là vingt- quatrelieues, tenans noftre route à 1’Eft Sud-Eft. Leslílesde Corvo&c de Florente fontpoint du nombre de cel- ícs Aí0KS5 les que les Efpagnols appellent açores, à caufe du grand nom¬ bre d’eiperviers que Ion y trouva, lors qu’elles furent décou- vertes. Les Hollendois les appellent les ijles deFl.m ires, parce que les premiers habitans de 1’IÍIe de Faj&l^ qui eft vne des fept A fores, eftoient FLumens, e’eft àdireounatifs de la Comté de Flandres,ou de quelque autre Province des Pais-bas, ou l’on parleIlamen,oubasAlleman. Lapofteritc de ces Flamensy fubfiftcencore, &confervecntr’euxlafaçonde vivre de leur pais, &demeure íur vne petite riviere, qui fort des monta, gnes, Iaquelle les Portugais appellent à caufe de cela Ribera dos Flamencos. C C c c i j
  • ' 57s VOYAGE DES INDES, I 6 3 9. Les íèpt Ifles Açores font Tercera, S. Miguel,S.g>v,quieftlacapitale,nonfeulementde Tercera, mais auíli de toutes les autres Ifles, & n’a point de rade, ou les vaiíTeaux puiíTent demeureren feurcté. Leport de 7 creera. fe forme en croiflant entre deux promontoires, dont l’on pouíle deux montagnes íi avant dans la mer, qu’il fem- ble qu’elles foient entierement détachées de l’lfle. On les appclle Brefil,&: elles font fihautes, que de là on découvre plus de douzeou quinze lieues de mer. Les Gouverneurs des Açores, ôc 1’Evefque de toutes CCS Ifles demeurenten laviile Òl Angra, à trois lieues de laquelle eft cellí que Ton appelle Villa da Pr ay a, qui eft fort bien bailie, mais fort mal peuplée,. parce qu’il n’y a quafi point de commerce en cc lieu-là, à caufe qu’il n’y aqu’vneplage, quiadonnélenomà la ville. Celle â! Angra eft ainfi nommée de la forme de fon aíflette r tajille d An- ce qUe portUgais appeilent ainíi la figure que ftiit la bouche quand elle eft entrouverte, ou la Lune quand elle eft nouvelle. Elle a deux forts, dont l’vn, qui eft du coílé des montagnes, luy íert de citadelle, & 1’autre, que l’on appclle lechafteaude S. Sebaftien, eft bafty furl’vnedcs pointes qui ferme le port, lequel il defend de fon artillerie. Sur 1’autre Ííointe, laquelle eft fourchue, font deux tours,.d'ou 1’on donne e fignal dés que 1’on voit paroi ftre des vaifleaux en mer, ou du eoftédu Brefil, ouducoftedel’Europe. Ces Ifles appartiennent à la Couronnede Portugal 5 mais lors des derniers troubles de ce Royaume il y avoit garnifon Caftillane, íbus le commandement de D. Álvaro de Viveros $ fur lequel les Portugais prirent dabordle ChafteaudeS. Se¬ baftien, mais ilgarda la Cittadelle,jufqu’àce que lafaim & la derniere neceífite le contraignift de la rendre à compofition le 6. May 1Ó4 2.. apres que le fecours que Ton avoit fait partir de S. Lucar, dé laCorogna& de Duinqucrque,euftefté rendu inutile, en partie par la trahifon des Portugais qui fervoient dans la flotte,&.en partie par la vigilance de ceux quis’eftoient làifis de toutes les avenues de 1’Iíle.
  • DV Sr DE MANDELSLO , LIV. III. 577 Son terroir eft fort bon , 8c íes rochers mefmes donnenc du vin , bien qu’ils íoient fi pointus par tout 8c en quelques endroits tellement eícarpés, qu’il a dequoy s’eftonner, de ce quelerocfaitfortir deles veines, qui ne font point couver- tesdeterre, le ferment qui neprend point danslcsmeilleures terres de la valid. 11 eft vray que le vin n’y eft pas fort excel¬ lent, 8c que ceux qui ont dequoy en avoir de meilleur , cn font venirdeMadere oudes Canaries, mais cela n’empefche pas que Ton ne puiílc dire, qu’à la referve dufel 8c de 1’huile, quonlenr apporte de Portugal, cette líle n’a pasfeulement le neceflaire, mais aufíi le delicieux 5 puis qu’avec le bled, qui eft capable de nourrir tous les habitans, íls ont des pommes, íont despoires, des citrous 8c des orenges, mais particulierement bon!:‘ des pe'ches en tres- grande abondance, 8c de toutes les fortes.. Xis ont auífi des cerifes , des prunes, des noix 8c des chafteL gnes,mais non point en ft grande quantité que les autres fruits, llsne manquent point non plus de legumes, de choux, de ra¬ ves, 8c de navets Sc d’aucres herbes potageres. I ls y ont auífi vn fruit qu’ils appellent^JMf^, qui coulela racine fous la pre¬ miere fuperficie de la terre comme la vigne, 8c produit vn Baratas*- fruit,qui reflemble à la rave,finon qu’il eft beaucoup plus gros, y ayant telle racine qui peie vne livre 8c davantage. On l’efti- me en Portugal $ mais dans 1’Ifle on le méprife, 8c on le laifle aux pauvres,qui I’aiment 8c qui en viventlaplus-part.llsy ont auíli vne certaine plante, qui croift jufqu’a la hauteur de cinq ou fix pieds,8c tient dans la terre à vne infinité de racines, aufii deliécs que les plus fins cheveux, 8c eft plus jaune que le plus excelllent or. Les habitans s’en fervent au lieu de laine Sc de plum(es,.pourenremplir lesliebs 8c les matelatsj maisfi l’on fe voulojit donner la peine de la filer, l’onen pourroit «fibre de bonneft Les bledsquela terre y produit eft fort bon , mais il n’cft point de garde. CCcc iij
  • 57S VOYAGE DES INDES, point de garde; jufques-là meírne que Ton eft contraint de lenterrer pourleconfêrver , jufqu’a la fin de l’annee. C’eft pourquoy iln’y a point de famille, qui n’aitvn puics en quel- que endroits de la ville, done l’ouverture eft aflez grande, pour donner entree à vn homme, ou ils ferrent leur bled le feellent de la marque Sc du cachet du Maiftre, &c lelaifíentlà jufqu’a Noel, Sc alors ils le font emporter chez eux,& le mettent dans descoffresdejonc, ou il fe confervelereftedel’annee; fans qu’il foit beioin de le remiier. bocafsdc liny apointde Province en toute l’Europe, ou les boeufs bcju\'.J r
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. III. 579 cedre y cft fi commun, que non feulement ils en font routes ráj?. fortes de meubles, mais ils en font auífi des chariots ôc des batteaux, 6c en font mefme du fcu. L’on n’y fait pas grand commerce : car à lareferve du paftel, dont I’on fait vne grande quantité cn ces I lies, 6c dont les ha- bi tans font leurtrafic, ils n’ont quail point d’autres marchan- difes j finon quelques vivres qu’ils vendentaux navires qui vontaux Indes Orientales, 6c qui y prennent des raffraichifle- mentsenpaljant. L’llle deS.Michel, dont nous venonsdeparler, eft a vingt- t’lfleds s.\t;~ feptouvingt-huitlieues, versleSud-Eft de l’llle de Tercera, chd. 6c a plus de vingt lieucs de long, Ton appelleíà ville Capitale J’untx Delgada, 6c fon terroir eft íãns comparaifon plus fertile queceluy de l’autre, 6c produittantde bled, qu’elleenade refte pour fecourir fes voifins. II s’y fait tous les ans plus de deux cens mille quintaux de paftel, dont l’on y fait vn grand trafic, bien quelle n’ait point de havre ny de rade ouTonfepuifle mettre à convert du vent. A douze lieucs vers le Suddel’Iflede S. Michel eft cclle de L'lflede Saint* Samte Marie, qui a environ dixou douze lieucs de tour, 6c ne Marie* produit rien que des vivres, & dèlaterreàpotier, dontelle fait trafic dans les Illes voifines. L’llle de Gntiofa n’a que cinq ou fix lieiies de tour, 6c eft fi- rifle de Gra. tuée vers leNortNort-Eft de rifle de Tercera, dont elle eft tioia- éloigncedeíèptouhuit lieucs. Labeautéde íà campagne, 6c les fruits qui y viennent en tres-grande abondance, luy ont donnéle nom d’agreable. L’l lie de S. George eft àhuitouneuf lieu esvers Ie Nort-weft i/fflcdi Saint: del’Iilede? enera , 6c a douze lieucs de long, fur deux ouau George-, plus trois de l’arge : Elle produit quantité de vivres, mais peu de paftel. Le pais eft rude 6c plein de montagnes, qui donnent beaucoup de bois de cedre, dont les habitans font vn aflez joly trafic avec les menuifiers de Tercera, oil la plufpart des artilans fe font eftablis 5 parce que e’eft la ou les navires abordent,6c ou ils debitent plus aifément leurs marchandifes. A y.lieues del’lfle deS.George vers le weft Sud-weft L’likde le deFiyal,qui a dix-fept ou dix-huit lieucs de tour,6ceft sãs dou* telameilleuredetoutesles^fom, aprescelledeTerard 6c de S.Michel. Le commerce du paftel y eft aflez bon,auífi bien que
  • fèo VOYAGE DES INDES, •ify*)' celuy desyivrcs Sc dupoiílbn, dontl’on porte des Caravelle» toutes chargées a 1’Iílc ác Ter cera, oil on lesdiftribiie fur les flottes, quis’y viennentrafraifchir. Sa villecapi tales’appelle •villa Defta Sc ccft là que demeurent eeux qui fone 'Flamans d’origine, ainfi que nous avonsditcy-deflus. L'lflc dc Pico L’lHe de rico, qui a íbn nom de la haute montagne qui cft dans 1’ I íle,que l’on appelle/hco,8c que l’on dent eftre aulli hau¬ te que celle de la grande Canarie, dont nous parlerons prefen- tement, eft à trois heiiesau .Sud-Eft del’Iflede i^jya/jàquatre vers le S ud-w eft de cel Ie de S.George, Sc à douze lieiies vers le Weft-Sud-weft de Plíle de Ter cera. Les habitans s’entretien- nent de leur beftailôc du labourage,auquel la terre répond fort bien, comme y eftant plus fertile qu’en aucune autre de ces feptlfles. L'.iflc deflores. Lijlede Flores ,dontnousavons parlé cy-deflus, 8c que nous découvrímes le 29. Novembre , eft à foixante.dix lieiies de rillederercCT-rf, plus vers le weft Sc ainfi tellement éloignée de ces Illes, que l’on a tort dela mettre au nombre des Arçores ou des ijlesfUmand.es ,auifi bien quel’Ifle de Corvo ,qui eft éloignée de celle de Flores d’enviro vne lieiie vers leNortjbien que l’vne 8c 1’autrereconnoiiTentauifi la Couronnede Portugal, Sc ce¬ luy qui commande pour elle dans le Tercera. Celle de Flores a environfept lieiies de tour, Sc donnequelque peu de paftel. Lacommodité Les Portugais font d’autant plus jaloux de la confervation des Ajores. ce$ jfles ^ qU’ej{es font tres-commodes pour la navigation des IndesOrientales Sc duBrefil, e’eft pourquoy ils ne fouf- frent point que les eftrangersfaftent le tour de l’lfle de Tercera, qui fertdecitadelleà toutes les autres, quin’ontpoint deport ou les vaifleaux fepuiflent mettreàcouvert, nyde place forte ou 1’on puifte faire retraitte ^ depeur que l’on découvrclafoi- blefte de I’lile, Sc des lieux ou l’on pourroit faire defeente. De- vant que les Angloisfefuflent rendus maiftres de U lamiyca, leurs navires fe tenoient le plus fouvent entre,les /Içore^tc l’lfle de Flores, pour y attendre la flotte qui part tousles ansde la Havana pourl’Eipagne. L aireft fort L’aireftfortiainen toutes ces Illes, maislifubtil qu’il man- a bo!« danS lcs Ic for & les pierres en fort peu d’années -y e’eft pourquoy ils le fervent ordinairementà leurs baftimens de cailloux , qu’ils trouventfurlebord de lamer fousl’eau parcequ’ils reiiftent mieux al’air. La
  • DV Sr. DE MANDELSLO,LIV. lVf. 5Sr Le vent eftoitau Aud, 8c nous tenions noftrcrouteauNort~ Eíl, laiílàntles Iíles de Flores Sc' orvo vers 1’Eft, de forte que nous les perdímes bien.toil de veuc. Mais devant que de cotinuer noftre voyage, nous dirons icy vn met en paílaut des Iíles de c anane, qui íbnt íituées fur la co- Les Canaries* fte d’Afrique, procheledetroitdeGilbatar.Ellesfurentdé- couvertesdésl’ani34i.Les Ãnciens les nõmoient infuU Fortu- ncera commuiquele fien á tou¬ tes les ._Âçore<., 8c que la Province de Flandres donné fon nom a tous les Pais-bas, 6c celle de Hollande à toutes les Provinces vnies. Environ lan 1348. Louys Comte de Clermont, fils de D. Lo!1 ,a'Efa- AlonJoUU terda,furnommé 1’Exhercdé, equippa vne flotte ^comt/dc furies coftesde Catalogne, fous laprote&ionu’AlfonfeRoy Giermontics d’Aragon, adeffeind’allerprendrepoíTeífion des Iíles Cana-fjit C0niillciil'*-. ries, que le Pape luy avoir adjugees > à la charge qu’il fe- roit prefcher 1’Evangile aux barbares, dont ces iíles eftoient alors habitées II nes’embarqua point, à cauíe desguertesde France 8c de la bataille de Crecy, ouil fe trouvaau íérvice du Roy Philippe de Valois 5 mais cela n’empefeha point quel’on n en fiít la conquefte en fon nom, 6c que l’on ne 1’appellaft fin¬ fa** fonuné. Sur Iafin du mefme fíeccleles Bafques 6c les Anda- Iuzesayantfait vn traitteentr’euxpourlepartagede ces Iíles qui avoienteftéabandonnéesdepuislamortde D Louydeh Ctréijéquipperêt quelques vaiíTeaux, & furprirent l ido de Foi çarott.i, d’ouils rapporterent tant de richeíles, qude Royde Caftilleeuft dés ce temps-là entreprisla conquefte de ces Iíles. II. Partie JDDdd
  • j»i VOYAGE DES INDES, i 6 5 9• s’il n'en euft pas efté empefchc par les guerres qu il cut con- trefes voiiins. Quelque temps apres lean de Bretancourt, Gen- VnGcntilhõ- tilhomme François, fit le voyage avec commifllon de Hen- »c François en j j j Ro d’pfpagne 5 à la charge qu apres la conquefte il fteVv^com- reconnoiflrcroit la protectiondu Roy, Seen feroithomma- miffionduKoy ge à la Couronne de Caftille.il prit les cinq petites, mais les dcCaftiiie. £abicans des deux grandes fe defendirent fibien, qu’il fut con- traint de fe contenter de fes premieres conqueftes. Le Roy de Caftille, qui en eftoit le Souverain, y envoya vn Evefque, pour inftruire les Infulaires en la religion Chreftienne,mais le nepveu de Bretancourt, qui avoir fuccedé àfon oncle, n’y vou- lant point fouffrir d’autorite qui puft faire ombrage à la iienne, le voulut chaílèr de la, Sc en vint ÍÍ avant, que le Roy fut con- traint de fe méler de leur diiFerent. 11 y envoya vn nommd Pedro Barba, qui s’en rendit le Maiftre pour luy, Sc les vendit en fuitte à vn nomme Per aça, qui les donna en manage a ion gendre,nommé Herrera'. Celuy-cy pritlaqualite de Royde Canarie j mais ne pouvant conquerir les deux grandes, il en vendit quátre I Ferdinand, Roy d’Aragon, fur nomine le Ca- tholique,Scfe referva 1’Iíle de Gomera.avec la qualitéde Com¬ te. Le £Loy Ferdinand qui fut le plus heureux de tous les Prin¬ ces de ion temps, y envoya vne flotte, Sc conquitauililesdeux. à'la*Couronne grandes Iiles pour la Couronne de Caftille, à Iaquelle elles- de Caftiic. font demeurées depuis ce temps-la. La grande Cananeaplusdeneufroille.habitans,8centr autres 1 Evefque,! Inquifition Sc le Confeil, qui gouverne routes les autres Iiles. L'onpeutjugerpar 1 excellence de ion vin,.qui eft bien plusdelicatqueceluy d’Efpagne, dela fertilité du pais, qui produit du bled, de l’orge, du miel, de keire,des Cannes de iuccre, du formage Scdu paftel entres-grandeabondance, Sc nourrit tant de beftail y quele cuir que Ion yvendne fait pas vne des moindres parties du commerce , que les habitans font, non feulement avec ceux de Sevillcs Sc avec plufteurs, autres villes d’Eipagne, mais auili avec les Anglois , Hol- landois, Hambourgois Scplufieurs autres nations de l’Euro- pe , Sc particulierement avec les Efpagnols qui vont aux, Indes Occidentales,qui y prennent la pluipart de leurs raffrai- I’llledeTcne- jiffe. chiftemens. Dans Line de Tenerife, eft vne montagne, que l’on ap*
  • DV Sr. DE MANDELSLO,LIV. III. 5J?5 pellet Pico deTcrraira. C’eft íàns doute la plus haute monta- i 6 3 gne de tout 1c monde, puifque Ton n’y fçauroit monter en trois jours, ôc que pour y monter il faut choifir les mois de Iuil- let 6c d Aouft j parce que le refte de 1’année elle eft couver- tede aeige, quoy qu’il n’en tombe jamais en ces Iíles. Elle eft ft haute qu’on Ia voit de íoixante lieues loin , 6c que de fon fommet l’on decouvre 6c 1’on compte aiíément toutcs lesautresCanaries; bien qu’il y en ait qui font éloignées de plus de cinquante lieuês de celle-cy. L’lilede Fierro eft auífi vne des plus confíderables de tou- i/iaedcFierro: tes les canaries, 6cj’eftime qu’on luya donné ce nom, parce que Ton terrain, pour ne donner pas vne ieule goute d’eau fraifche , femble eftre de fer. Et de fait il n’y a ny riviere, ny ruiiTeau, ny pints, ny fontaine en toutc 1’Iile, finon que vers le bord de la mer, il y a quelque puits , mais ils font ft cloignez de la ville , que les habitans ne s’en peuvent pas fervir. Mais Dieu repare cette incommodité d’vne façon ii extraordinaire , que l’on eft contraint d’auoiier, qu’il don- ne en cela vne preuve bien evidente de fa bonte 6c de íã providence infinie. Carau milieu del’Ilie 1’on voit vn arbre, aak miracu. qui eft vnique en fon eipece , parce qu’il n’a point de rap- Icux* port a ceux dont nous avons parle en cette Relation , ny a aucun autre que nous connoiilons en Europe. Ses feuilles font longues 6c eftroittes, 6c coníèrvent leur verdure hiver 6c efté , 6c fes branches font couvertes d’vne nue, qui ne fe di/lipe jamais , 6c quiferefoutenvne humidité, qui fait de- goutter inceflamment de fes fueilles vne eau fort claire, 6c en fi grande quantité, que les cifternes, que Toil a fait au pied de 1’arbre, pour la recevoir, ne fe vuident jamais, 6c ont de- quoy abbreuver les hommes 6c les beftes. L’on aíTeure qu’a cet lieues desCanaries^vers le weft Ton voit ine invifible; quclqucfois vne lfte, que l’on appelle S.Borondon, quel’on dit eftre fort belle 6c fertile, 6c habitée par des Chreftiens Ians que Ton puifle dire neantmoins quelle langue ils parlent, ny comment elle a efté peuplée. Mefmes les Efpagnols des Canaries fe font /ouvent mis en devoir de chercher cette Ifle -f mais foitqu’elleietrouve toiijours couverte d’vn broiiillard, qui erapeiche de la deicouvrir, ou que le eourant de 1’eau foie fifort encetendroit-là,quel’onaitdelapeineàyaborder, il DDdd ij
  • j8+ VOYAGE DES INDES, eftcerraín quejufquesicy ellenefubfifte que dans 1’opinion, dontla p'ufpart desmariniers font preocupes, que certaine- mentil ya vne Licences quarticrs-iá. Le 30. Novembre le ventfut Sud âud-Eft, Sc nous fit faire trcnte Sc vneheuc , aucoursdu Nort-Eft, Sc nous trouvâmes íur le midy quarance degrés trente minutes de latitude. Le premierjour de Dccembre le mefme vent de Sud Sud- Eft nous fit faire trente-íept lieues, Sc nous tinfmes noítre rou¬ te àl’Eft-Nort-Eft. Le 1. de Dccembre nous fiíines avec le vend de Sud Sud- Eft trente-quatre lieues, continuans noftre route à 1’Eft Nort- Eft, Sc cnprenantl’éIevation nous trouvâmes quarante deux degrés dix minutes de latitude. Le 3. Ie vent continuans Sud Sud-Eft, nous fifines encore trente-quatre lieues, tenant noftre route au Nort-Eft. Le 4. le vent femitau Nort-Eft, Sc nous fit faire vingt-fept lieues, tenans la route à l’Eft-Nort-Eft. Le 5. le vent fe mit au Sud-wed, Sc nous fit faire trente- quatre lieuesàla mefimeroute.Ce jour-là íl yavoitjuftement vnze mois que nous flottions íur lamer, car nous eftions par¬ tis de SurattA le 5. Ianvier, quoyque noftre voyage euft efté aiTezheureuxdepuis noftre depart de rifle de Mcutagâfutr. Le 6. Deccmbrele mefme vent de Sud-weft continua , Sc forma vngrand orage : mais dautant que nous avions le vent en poupe , nous ne laiííãlfnes pas de íaire cinquante lieues tc ventde wed ce jour-là. D és que l’on a gaigné les Azores Ion eft aíTeuré d’a- icf Azores iuf voir tout le long de 1’année le vent de W-eft, qui vous conduit
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. III. 58y fortblanc. Sur le foir nous jettâmes encore la fonde , & ví- 1639. mes vn peu de changement au fable, quieftoit plus jaune que celuy du matin, à cinquante-trois braíles d’eau. Le vent chan- gealanuit, Sc Te mettantau Nort-Eft, nous devint tout con- traire, avec vn grand orage. Le 10. Decembre fur le midy le vent fe remit au Sud-weíl, Sc nous trouvâmes que nousavions fait vingt-dcux lieiies. Le 11. au point du jour nous vimes deux navires Anglois, lis defcouvrcnt Scincontinentapres nousdefcouvrimes à noftre gauche cette l’AnSlcterrc? pointe de 1’Angleterre quils appellent The landes end , en la Province de Cornwal, comme qui diroit la fin de la terre : cequinous donnad’autant plus dejoye, que nous y voyions la fin de noftre penible Sc dangereuíè navigation. Le vent eftoit contraire, c’eft pourquoy nous allions a la bouline, afin de doubler la pointe. Nous ne laiflames pas de faire ce jour-là vingt-fixlieii-s. Le 12. le vent contraire continuant , nous continuâmes auifi d’aller à la bouline. Nous vimes cejour-là encore vn vaiiTeau Anglois, mais nous n’en pufines pas approcher. Le 13. I e vent eftant-Sud-wcft Sc Sudi'ud-weft, nous tinf- mes noftre roure à l’Eft-Sud-Eft Sc à 1’eH, avec vn run vers leSud. Nousfifmescejour-làíoixante-c^uatrelieues, Scnous- nous trouvâmes à quarante-neuf degres de latitude. Apres cela nous changeâmes de route, la prenant dl’Eft-Nort-Eft, pour entrer dans la manche, ou canal, qui fepare 1’Angle- Entre dans j.v terre de la France. L’on n’y trouve que cinquantc toifc&manchc' d’eau, Sc mefmeiln’yenapas plus de quaranteverslescoftes d’Angleterre. Le 14. nous vimes deux navires Efcoftois Sc vn Duinquer- quois, à lahauteurde Pleymouth , en laProviuceque l’onap- pelle Den shire ou Devon* hire. Nous-nous approchamesd’af- fez pres, mais la mer faiibit tant de bruit,qu’il nous fut impofli- ble de nous entendre. Le 15. nous continuâmes noftre route à 1’eÍI - Nort-Eft avec le vent en poupe, Sc rencontrâmes trois navires Hollan- dois, quialloient aú Breíil. Ilnousíalúerentdeleur Canon, Sc nois firent compliment fur noftre bon retour. Cejour-là nous pafsâmès à la veiie de 1'Ifle de Wight, qui eft à cinquantc L,[fle degres, trente-fix minutes de latitude, Sc à dix neufdegres wighe, DDdd iij
  • 5U VOYAGE DES INDES, 3.659. &quatreminutcsdelongitude.Ellefaitpartje delaComtéde Southampton ,Sc a environ vingc milles d’Angleterre de long fur douze de large. Elleatrois villes,dontIa CapitaleeíliV/ew/wf, trente-fix ParoiíIès&fixChaíleaux , fortifies contre la defi. cente q ue l’on y pourroic faire 5 bien que d’ailleurs elle íoit a fi¬ fe z difficile, à caufedes banes ôc des eficueils, dont elle eít cein- tes de tous coílésjslles ne cede point en fertilité à aucuneaucre Province d’Angleterre , ayant quantité de bled, & nourrií- íant tant de beftail, qu’elle en fait part à íes voifins, particu- Jierement de íà laine qui eíl la meilleure de tout le pais , apres celledeLeicefteròtdeCottesWuld. -cnDunsfrnveC Le 16. Decembrefuries dix-heuresdumatin nous paísâmes alaveiiedu Chaftctu de Dover, & fur le midy nous arrivâmes à Duns. L’onpeutnommer ce chaíleau, qui eíl en la Comté de Kent, la clef ou plutoílla porte d’Angleterre, pas tant à cauíê de íbn port, quin’eít pas fort bon en effet, que parce qu’elle luy fiert comme de cittadelle,àla veiie delaFrance,avec laquelleles Angloisont entretenu vne guerre continuée pen¬ dant plufieurs fiecles. Nous moiiillâmes aupres de trois vaifi. ieauxde guerreduRoy, quieiloiental’anchrealamefme ra- de , & ainij nous achevâmes noilre voyage,dans le douziefme mois apres noilre depart de Suratta. Ilyavoitàla mefimerade plus decent autres navires â 1’an- cbre,cn attendant quel que changement de temps, qui ciloit fi rude, quede deux jours nous ne pufimes pas íòrtir de noilre bord. Le Lord Admiral, qui commandoit les navires duRoy, ne Jaifia pas d’y envoyer fa chaloupe , & de faire faire com¬ pliment au Prefident fur le retour de ioy voyage. Le 19. Ie vent ayant tant fioit peu ceíTé , 1’Admiral envoya prierle Prefident à difiner. I’y his en fa Compagnie , & eus bonne part à la civilité avec laquelle il le receut. I’avoiie que jefusiurpris devoir iur lamer vne fi prodigieuíe quantité de vaiiTellc d’argent, & vne table chargee de tant de viandes, que je puis dire avec verité, que celle du Roy ne pouvoit pas eilre mieux fervie dans Londres,que celle de 1’Admiral l’eiloit dans fon vaiíTeau.Nous-nousy trouvions fi bien,qu’il coméçoit ManPdcflo pi- ^faire ?u,t ^nd nous uous «*irâmes, Noilre navire n’eftoit lent pair dans dloignede celuy de 1’Admiral quedelaportéedu moufqucr, le porr. mais nous ne fufmes pas fi-toil entrés en noilre barque , qu’il
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. III. 587 Te leva vn orage, qui nous empefcha de gagner noftre bord, ^39- & qui nous pouftà cn Ia pleine mer , les vagues rempliflans à tous coups tellement noftre petit baftiment, que nous fuímes cõtraintsde nous fervir de nos chapeaux pour vuiderl’eau. L’õ a pu voir en la fuitte de cette Relation,que ce n’avoit pas efté, fans avoircouruplufieursfois hazard de fa vie, que nous eftiõs arrives fur les coftes d’Angleterre •, mais il eft certain quele peril ou nous-nous trouvâmes alors,fut fans comparaifon plus à ià tad"An- grand que tous lesautres que nous avions cour 11s - puifque nous giecerre. croyons bien perir à la veuê de noftre Patrie,5c fàire n’aufrage dans leport ou nouseftions déjaarrivés. Nous fumes plus de quatreheuresences angoiííès, &: enfinnousdécouvrimesvn Sctit vaiiTeau qui avoit perdu toutescesanehres, à la reíèrve e la derniere ,. laquelle ne tenoit pas fi bien r que le vent ne I’entramaft en la mer. Nous avions de l’eau jufqnà la ceinture, mais cela ne nous empefcha point de nous mettre tous à la rame, de forte qu’avec vn dernier eiFort nous gaignafmes en,- fince baftiment. Nous n’y fumes pas fi toft entres , que nous reconnumes bien que nous n’y eftions pas plus en fèureté que dans le noftre5parce que lanchre ne fepouvant pasempefcher d’eftre entraíné,tious avions grand fujet d’apprehender d’eftre jettésfur vn certain banc,qui eft vn des plus aangereuxdetou- tecettc cofte. Etdefait, nouseuilions eu de la peine à nous re- mettrede cette peur, ft nous euífionseftéemeftatdepou voir confiderer le danger ou nous eftions 5 mais le froid que nous avions fouffert, la grand chere que nous avions faite, l’eau fa¬ lse quie nous avions avalée dans noftre barque, Sc le mou- veraenit violent 6c extraordinaire de ce petit vàifleau, nous mi- rent em fi grand defordre, que nous eftions plus de demy morts quand l’on nous ramena le lendemain à noftre navire, ou nous fufmes receus comme des perfonnnes refufcitées , puis que tous cem qui avoient vu emporter noftre barque par la violen¬ ce des vents, avoient creu noftre perte tellement inevitable,» qu’ils avoient déja.pleuré noftre mort, Le 14. Decembre ilfe leva vne fi horrible tempefte, qu’en Autrci£pefier cette rade, que Ton eftime vne des plus feures Sc des meilleo- res du monde, il v eut vingt-quatre navires quifurent con- traints decouper íeurs malts. Nous-nous trouvafmes en la* mefme neceffité 5 pas tant à caufe dc la violence des ventsyque-
  • 1639. Mandeílo arri. vs en Angle- tore. A Cantorbctr)' Thomas Beset Aícheveíquc. Soa tombeau. LaPtoyiucc de Kent, - 388 VOYAGE DES INDES, pourcviterla reneontre dedeux vaifleaux de guerre, qui ne tenoient plusà leurs anchres, 8c qui fans cela alJoicnt choquer 8c brifer la noítre inévitablemenr, Le 2.6. Nous deíbarquâmes, &mifmes pied à cerre en la Comté de Kent, 8c allaíinescejour-làloger à Cantorbery, chez , Madame PVillei.l’y visTEghfe Carhedrale, qui eft fans douce la plus belle derouceT Anglecerre, &peuc-eftre mifeen para- lelleavecles plus beaux baftimenesdu monde. L’onmymon- ftra pluíleurs combeaux, encre lefquellesje remarqué princi- palemenc celuy d’Edoiiard le Noir, filsdu Roy Edoiiard III. de Henry I V. Roy d'^dngleterre yde it Reine leanne ft femme 8C d’odet de Chafti/Ion , freréde 1’Admiral dumefmenom,lequel cftanc Cardinal changeade Religion, ie maria 8c fe recira en Anglecerre. L’on me fie voir auili le lieu oil eftoic aucrefois le fepulchrede rbom.ts Bck t, que l’on appelle communèmenc S- Thomas de Cantorbery 5 lequel eftanc Archevefque de celieu là, 8c eftanc encré dans le Royaume concre les defenfes ex- preiTes du Roy, qui ne le pouvoic poinc fouftrir, à caufede To¬ pi niaftrecé avcclaquelle il fouftenoic les droics du Siege de Rome, au prejudice de ccux de la Couronne, bien qu’il nefuft oblige de fa forrune 8í deíâ dignicé qu’au Roy, ce Prince lefic cuer, ou permic au moins qu’on le cuaft, dans fon Eglife. Ce combeau eftoic aucrefois roue couvercde lames d’or , & tellemenc charge de pierreries, que ce mecailfaifoicla moin- dre parcie de fes richefles, quoy que la Chafte fi,ift fi peíãnce que huirhommeseurenr de la peine à lafoulever, lorsquele Roy Henry VIII. fic demolir ce fepulchre en 1538 ; parce qu’il voulucabolir couccequiporcoic des marques del’aucori- cé que les Papes avoienreueen ceccelfle. Ilypricencr’aucres lediamanc que Ton appclloir le Royal de France, parce que Louys VII, Roy de France, l’avoic en Tan nvp.porre luy- mefme, avec vn vafe d’or forcpefmc, au fepulchre de céc Ar¬ chevefque. La Province de Kent avoir fes Roysparriculiers, lors que les Saxons,apres a voir conquis TAnglecerre,la parcagerenc enrr’- eux, 8c la Religion Chreftienne y furpreíchéedu réps de Gre- goirele Grand Pape,par vnnommé Auguftin,à qui l’ondon- nela qualice d’Apoftred’Anglecerre. Ellea versle NorrlaTrf- m fibers le Levant la mer,versle midy la Province de & le Canal,
  • i^3*. Arrive à Lot* dies. DV Sa. DE MANDELSLO , UV„ III. s9f ic Canal, qui feparel’Angleterre de la France, & vers Ie Po mnt la mefine Province de Snffex 8c celledeS#™?, contcnant enl eltendue de cinquante milles de long & de vingt-fix dc large vn Archevefché, vn Evefchéquieftceluyde Jiochefler vingt-quatre villes , huit maiibns Royales , vingt-fept cha¬ teaux & vn tres-grand nombre de villages 8c de maifonv parciculieres. La riviere de Medwcag la coupe par le milieu 6c forme aupres de Rochcftcrvne retraitte tres-commode pour les vaideauxdu Roy Le pais y eftfartbon, quoy quVapeuplus Doilu du coftc de la mer, que vers le Surrey 8c Iesujjex, ^ • i E)ecembre nous arrivaimeS à Grave fende, qui eftvnc Gravnfcnde^ jo ie villefur la riviere Tamifc, laquelle fepareencelieuià la Comte de Kent de la Province d'tfjex: & e'eft ce qui a donnd le nom a la ville, parce que c’eil làla fin de la Comte. Le z8. nousarrivaimesà Londres, oàquelqucs deputes de ia Compagme des Indes Orientals attendoient le Prefi- dent ayec vn cortege de huit caroflès,au lieu que Lon appelie aew* , a vne demy-Iieuc de la ville. Encetabordje remar¬ eiuay- entr’autres la premiere rencontre duPrefident &de fit remme qu’il n’avoitpoint veuedepuisfeptans. llmelafitfiu uer a a mode du pais, 8c m’obligea à loger chez luy 8c £ preiid re part a tous les honneurs qu’on luy fit à Ton arrivée. > Decembreje fus voir lamaiiondela Compagnic des Jrdes Orientales, & remerciay les Directeurs de routes - CIVlJltes q«5 Ie Prefidentm’avoitfaites. Ilsvoulurentque je me trouvaiTele mefmejour aufeitin, qu’ils firentpourl’a- mour de luy, ounousfufines fplendidementtraittés. > ,, JenRemain 8c le premier jour de Ianvier nous fufmes a d autres feitins ,8c lei. Ianvier le Lord Maire, nous fit dire, que nous luy ferions plaifir d’aller difner avecluy.il prit tant de plaifir a l’entretien du Prefidcnt, qn’illeprclTa d’yre- tourner le lendemain. Le Maire de l ondres eft oblige dete- njrta e-, maisilconfideroitlePrefidentcommeTonamy-par- ICn ^ d efioit homme d’elprit, il voulutdelbn coite iourmra la converfation, 8c nous die entr’autres, qua occa on des dangers ou nous nous eftions veys en ce grand voyage, d nous vouloit bien faire voir, qu’ils ne pouvoient pas remisen coparaifi>navecquelquesautrcs,dontil nous vou- yant L l c e 16 4. o. Janvier Le Maire fa Loadres.
  • .1 VOYAGE DES INDES, áie d‘vn Mate- lot Hollauois. 164.0. eitc condamne à la mort pour crime, Ion commiia fa peine, : d’vn ate- ^ jj ordonnéqu’il ieroitlaiile dans l’lilede Snl’an i6i6.vn Elamen,nomme Pieman ,quiseltoic faitconnoiftreen Angleuerre&en Hollande , par l.induitrie qu’il avoit de peicher dans la merle canon des navires de la flotte Efpagnole , qui efchoiieient fur les codes d Irlande Sc d’E(colleen l’an 1588. venantde Dronthem en So nhgu, ,avec vnvaiíTeau cliargé de planches ,,futfurpris d'vn calme, dans
  • DVSk DEMANDELSLO, LIV. III. y9r Iequel 1c eourant de Ia mer Ie porta centre vn efcueil oií pcti telfle, versIesextremitésdei’EcoiTe, ohilcóuroirrifquedé- chouier.Pouréviter Ie naufrago,il fit entrer quelques-vns de fcs mate Jots dans la chaloupe,6c fitremorquerle navire. Ces c;ens apres ayoir deítourné le vaifleau monterentfurçeirte roche* a dcífein d’y chercher des ceufs} maís ils n’y furant pas fi-toí montes qu ils vircnt paroiltre de loin vn homme, qu’i! Icurfít croirequu y enavoitd’autres caches, 5equ’ils’ycfiojtreriré dcs pirates, qui pourroient íuprêdre leur navire,de forte qu’i's ejetterentdansieurbarque, ôc retournerentau navire. Mais ie calme continuant, 6c le eourant de la mer continuant de porter le vaiUeau contre cette líle , ils furent contra tots de rentrer dans la barque , 6c de le remorquer encore. L'homme ^“,VÍJ av5)1f,t v^u’ s’cíloic cependant avance vers le bord aci iile, & leur failoit figne de la main , les conviant d’ap- procher, faifant connoiílre qu’il eftoiten peine, fe iettantà genoux, ôc joignant Ies mains , les fupplioit de le fecourir. ^ on en fit diíficulté d’abord, mais en approchantdel’Ifie 1 s vire”t nYaucuneautrechofecapabledefaire iubfiítervnhomme, nymefineaucuncouvcrt,finon quelques reítes d’vne barque , dontilavoit fait vne hutte,fous laquellc íl le pouvoitcoucher, ôcmettreà couvert de la pluye 6c de 1 injure du temps. r ; Le Soleil eíloit couché quandils arriverentau navire , Sc aulii-toít life leva vn vent qui les fit éloigner de 1’Iíle 5 ce qui leur fit croire, que ce qiuls avoient mené n’eftoit pas vn homme, puis qu’iln’enavoitpointlafigurejc’eftpourquoyils voulurentfçavoir de luy qui il eftoit, 6c coment ii eftoit arrive ,en ce l:eu inhabite 6cinhabitable. Ureípondit qu’il eftoit An- g ois, 6cquilyavoitenvironvnan,quevouIantpaíIèravecla baique ordinaire, d’Angleterre à Dublin en Irlande,ils fu- E E c e ij 1640.
  • 55* VOYAGE DES INDES, 1640. rentprisparva pirate François, lequel fe voyant preílé par vnetempcfte, quiyfurvint quaft auíli-toft, d’abandonner la barque, nous laiííà à la mercy des vagues, qui nous poufferenc entre 1’Irlande 5c 1’Efcofíè jufquesenla pleine mer, en dan¬ ger de nous perdre a tous moments ; commenous fifmes en ef- Ict. Car la barque s’eftant brifce contre la roche, oíi vous m’a- vez pris , jemelauvayavecvndemes camarades, en vn eftac ou nous eft ions bien plus mal-heureux, que íi la mer ennous cngloutiftànt, nous euft delivréesdeladernierenecelTité,cn laquelle nous-nous trouvions, faute de manger Sc de boire. Nous-nous fervimes de quelques aix de noftre barque, 8c nous en fifmes la hutte que vous avez veue, 5c nous pre- nions quelque mouettes, que nous mettions feicher au vent Sc auSoIeil, Sc les mangions ainíl toutes creues. Nous trou¬ vions auífi dans les crevaífesdu rocfurlebord de la mer des ceufs, Ôc avions ainfi dequoy fubíifter, autantquilfaloitpour ne pas mourir de faim : mais ce qui nous incommodoit lc plus c’eftoitla foif; parce que ce lieu n’ayantfpoint d’autre eaufrai- che que celle que lapluyelaiíloitçà 5c là dansles foíle, que le temps avoitfaitcs dans le roc,nousn’cn avions pas toufiours, parce que le roc eftac petit 5c bas,la mer n’eftoit jamais efmeue que les vaguesne paftailentpardeirusllile, 5c.ne rempliílenc les fofíes d’eau falée. Nous vefquímesencet eftat-làlixfep- maines, nous confolans l’vn Tautre , 5c trouvans quelque íoulagement en noftre mifere commune jufqu’a ce que me voyant feul, ellecommença à me devenir infuportable. Car vn jour à mon réveil ne trouvant plus mon camarade, vne fi profonde trifteífe me faifit, que je fus fur le point de me precipiter, pour me delivrer pour vne bonne fois de 1’affli- ítion, dont je n’avois fenty que Ia moitié, pendant que j’avois vnamy qui la partageoitavec moy. Ie ne puis pas dire com¬ ment ils’eft perdu 5 ft le defefpoir Ta porte à cette extremite, ous’ils’eftlevéla nuit en refvant, Sc s’ileftainfitombe dans lamer; mais mon opinion eft qu’il y eft tombé par mefgarde en voulant chercher des oeufs dans les crevaces du rocher, qui comme vous avez veu, eft fort efcarpédeeecofté-là ; par¬ ce que n’ayant point remarqued’egarement en fon efprit, ny de foiblcfle en là relolution, jenefcaurois me perfuader qu’il fefoitjetté en vn moment dans leaeíèípoir, contre lequel il
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. HL avoit accouftumé de fe munir par des prieres continuclles &; tres-ardantes. IeredoublayJa vehemence des miennes, dans lebeíõin que j’avois d’eftre extraordinaircment fortifié dans Peftatoujemetrouvay . nonfeulement par cette folitude ef- frovabb, mais aufli par Ia derniere neceíliré qui me menaçoit delapliscruellemort de routes , me faiíãntapprehender de mourirdefaim. I’avoisperduavecmoncamaradele coufteau done nous-nous fervions à tuer les chiens marins, & les mouet- tes dont nous vivions : de forte que n’en peuvants plus tuer, je ne fqavois plus à quoy me refoudre, quandjem’avifay d’ar- racher vn gros clou des aix de ma hutte, Sc de Paiguifer ii bien furlaroche, qu’il me fervitde coufteau. Lamefme neceílité me donna vne autre invention, quimefitfubfiftcr Phiverpaf- fe , pendant lequelj’ay íòuffèrt les dernieres miíères. Car voyantmaroche, Sc ma hutte mefme, tellement couverte de neige, qu’il m’eftoit impoflibled’aller à machafTe ordinaire,je pa flay vn petit bafton entre lesfentes de ma hutte Sd’amor- çant d’vn peu delard de chien marin, j’attiray parce moyen quelquee mouettes, que je prenois de la main de deflous la neige, Sc ne trouvois par ce moyen dequoy ne mourir point de faim. I’ay vefeuen cet eftat Sc en cette folitude plus d’onze mois, Sc eftois refolu d’yachever mavie , quand Dieu vous a fait aborder icy, pour me tirer de la plus grande mifere en la- quel) e jamais horn me s’eft trouvé. Le matelot ayant achevé ce difc*urs, le Patron du navire Ie fit traitter. & nourrir en for¬ te , qui dans fort peu de jours on le vit fort bien remis. 11 le mit à terre à Derrey en Irlande, &le vit encore depuis à Dublin, ou ceux qui fqeurent ce qu’il luy eftoit arrive,Paffifterent d’au- mofnes, &.luy donnerentle moyen de mourner en Angle- terre. Lc Maire, qui eftoit homme grave, nous fit avoiier qu’en tout ce que nous avions foufFert iln’y avoit rien d’extraordi- naire, & que les grands voyages nefe font jamais fans danger &fans incommodite.il nous fit confidcrer que de lafaqon que l’on beftitaujourd’huyles navires, Sc veulaparfaite connoif- íànce que Pon a de la route que Pon prend pour les Indes ,. des vents qui y regnent, Sc les endroits que Pon doit eviter,il n’y a pas plus de peril en cette longue navigation, qu’aux voyages que Ponneperd point deveuê ce que les mariniers apprelien* E£ee iij 1640.
  • 594 VOYAGE DES INDES, 1640. dent le plus: mais qu’a cepropos il vouloitbien nous racon- ter ce qui eftoit arrive dcpuispeu dejours envne navigation, ou nous ferions contraints de n’admirer pas moins l’eftrange refolutiõ de deux hommes, que la bonté de Dieu, qui les avoit íauvés contre toutes les apparences dece qui en devoir arri- Eftrange refo- ver. Quequatre efclaves Chreftiens fe trouvans dans lenavire E&Tavcs" dcux d’vn pirate d’Alger, refolurent de fe íàuver dans vne barque , que l’vn d’eux, qui eftoitCharpentier,entreprit de baftir. Et de fait dés cetemps-Iàle Charpêtier commençaàtravailler à des tringues, à des chevilles & aux autres pieces neceílàires pour Jaliaiíbndesaixdont cette barque devoit eftre compofée. Le Capitaine Turc le voyant continuellement occupé à cet exer- cice , luy demanda vnjour, cequ’ilfaiioit, Se íe contanta de la réponfe que l'autre luy fit, qu’il travailloit pour fuír í’oy- íiveté, afin d’avoir dequoy reparer la chaloupe, quand il feroic befoin. Lheureeftant priíèentr’eux, pour l’execution deleur refolution, ils deftacherent«àrentréede la nuit cinqaixde la chambre aux vivres, dont ils en employcrent deux pour le fonds du batteau, deux autres pour les bords, &c le cinquié- mepourenfairelaproue Se la poupe, Se en firentainfi vn ba- timent qui reíTembloit plutolt à vne maye qu a vne barque. LeurpaillaíTeleur fervit d’eftoupes , Se ayant bien poi íle la barque ils la mirent dans 1’eau : mais quand ils s’y voulurent embarquer , ils trouverent que deux hommes la chargeoient téllement,qu’efi:ant en danger d’aller à fonds, des quatre qu’ils eftoient, il y cn eut deux qui defifterent d’vne entrepriíe, ou ils trouvoicnt bien plus de peril qu’à demeurer encore tjuelque temps entre les mains des Turcs, Seiln’yeneut que deux, dont l’vneftoitAngloisSe l’autre Hollandois, qui s’y voulurent hazarder. Ils n’avoient point d autres agrés, que deux rames Se vn petit voile, ny autres vivres quvn peu de painSed’eaufraifche, Se fe mirent ainfienmer, làns bouíTole Se íàns aftrolabe : de íbrte que fe trouvans désle premier jour furpris d’vne tcmpefte , qui rempliflbit leur bateau à tous coups de mer, ílsfurent contraints de fe laiíler aller au gré du vent, fans tenir aucune route. Ils eíloient continuelle- mentoccupcsàwider 1’eau,la mer avoit deílrempé Jeurpain, Se ils alloientíiiccomberau travail, parce qu’ils n’avoient pas le loifir de dormir, quand ils furent jettés fur les coíles de Bar-
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. III. m barie. lis y trouverent vn peu de bois, quils employerentà 1 ^ 4°» donner vn peu plus de bord à leurbarqne, maisils faillirent d’y eftre furpris & tués par les Maures, Sc eurcnt de la pei¬ ne àferemetreenmer. Cequi les travailloicleplus c’eftoitla foif j nais ils trouverent moyen des’enfoulagcr par le íàng de qudques tortues qu’ils pefchcrent, &enfinapres vnnavi- gationde dixjours, ils arriverentfurlescoftes d’Efpagne, au Cap deS. Martin, entre Alicante Sc Valentia. Ccux du pais les voyans de loin envoyerenc vne barque au devant d’eux, leur porterent du vin Sc du pain , les traitterent fort civilc- ment,&: leur donnerentle moyen depaíTer en Angleterre. Le jourdes Roysje vis le Roy d’Angleterre toucher les mala- teRo7
  • VOYAGE DES IN DE 5,' o. mettre des fatigues de ce grand voyage, 6c pour apprendre PEftatdeIaCourd’Angleterre,que pour attendrel’argent que mon Prince me faifoittenir, afind’avoirdequoy reconnoiftre en quelquefaçonles obligationsquej’avois áceux,qui avoient eu rant debonté pour moy.,depuislejourquej’arrivayà Surat* jufqu’acetemps-ia, ôcdequoy memettre en équippagepour achever mon voyage. Le foin que Ie Prefident avoit de moy, & les habitudes que ie faifois à la Cour, m’cmpefchoient de m’enuyer; mais voulantprofiter du fejour que j’eftois oblige deíãire à Londres, j’employois vne partie de mon temps à voir les baftiments publics 6c pafticuliers de cette grande vil- le, 6c les maifons Royales, qui font dans levoi linage, 6c en- tr’aurres celles d'Enfield, de Hanwirth, de Wit eh all, deS-lames, de Thiebauld, de Hamtoucourt. Cette dernier a efté baftie dés les fondements par Ie Car¬ dinal de Wolfity : lequel voyant que dans tout le Royaume, n’y avoit point de maifon Royale, qui peuft entrer en com- paraifonavec celle-cy, ouapprehendantd’attirerfurluyPen- vie de tous les grands, qui ne s’eiloient deja que trop declares contreluy, il voulut faire croire, qu’il ne l’avoit baftie que pour Ie Roy , la fit meubler des plus riches eftofFes , qu’il peuft trouver en Italie, 6cen fit preíent, à Henry VIII. Elleeftfituéeíurle bord delaTamife, 6c paroift extreme- ment. Apres avoir pafte la premiere cour,l’on entre das vne au¬ tre, qui eft pavéede pierres de taille , Sc Pon y voit au milieu vne belle fontaine de marbre,accõpagnéede plufieurs pilliers, quifouftiennentplufieurs ftatues cíorées 6clesarmes du Roy, avec leurs fupports, qui font vn Lion Sc vn dragon. Au deftus de làporte qui donne dans le corps de logis, Ton void vne belle horloge, qui marque avec les heures, lecoursdu Soleil parle zodiaque , Sc celuy de la Lune dans fa iphere. Toutes les chambres eftoient tapiftéesde velours, ou de brocard, ou des plus belles tapifteriesdel’Europej entre leiquelles Pon admi¬ ralties ten tures qui rep reíèntoient l’hiftoire d’Agar, 6c le íã- crifice d’Abraham , dont toute la draperie eftoit rehauilee d’or 6c de iby: mais plus que toutes les autres Phiftoire de To- bias, 6c particulierement celle de la creation du monde. Cellc- cy eftoit fort an cienne, mais pour lemoinsauifi riche, 6c íàns comparaifonmieux defignée que les autres: finon que Ton j avoit
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV.III. 597 avoitreprefentépartoutlaTrinité íòusla figure detrois per- 164.0 íonnes qui eftoient veftucs pontificalemenc, en Evefques ayanr la Couronne fur la tefte & le fceptre â la main. II nV avoir point de chambre oíi Voa ne trouvaft, fous vn riche daiz de brocard ou de velours avec des crefpinesd’or&d’ar- gent, vnechaizedelamefmeeftofFe, & vn lift de ncufpieds en quarre, des plus riches quel’onpuiile voir. r L’onmonftre dans vne autre chambre, que Ion appelle la chambre dc Paradis, vn threfor prefque ineftimable de meu- ■> es <_ d habits Royaux. Lejardin y eft fort beau, 6c fort bien entretenu. LamaifondeThiebaultaefté baftiepar GuilUame CeciH,B<- ThiebauW ron de Burgh, grand treforier d’Angleterre, lequel en fit pre¬ sent ala Reine Elifabet, quiluy avoir fait fa fortune, & qui luy avoir donnc le moyen d’clever cebeau baftiment à deux mules de la ville,dans ynegrandeplaine, compofée de bois& de prairies. Ileftfaitdebnques, &fon architecture eft mo- derne, ayant aux quatre coins vne tour, & à i’cntree deux ítMUnor /'«.-.Mn I * _ ‘ 1 1 o i r ~ . £> ^ t L/W.1UIC5 <11 illlllC* occnchaique Province vn arbre ayant fes branches char¬ gees des armes des Seigneurs & des Gendls-hommes dulieu. JJansvne autre gallerie eftoientlesportraits dc Ia Reine Elifa- beth, & de plufieurs autres Reines d’Angleterre , de lean Fridenc Elecfteur de Saxe, de 1* Admiral de Chaftillon, qui fut tue a Pans en l’amjyz.du Cardinal deChaftillon & deMon- lieur d Andelot fes freres, de leur grandeur. Les portraits \rous cs Empereurs TurcS. Les travaux d’Hercule en fept tableaux Item dans vne autre gallerie les portraits de Iules Ceiar&d AugufteEmpereurs, deD. lean d’Auftnche, qui gagna a bataille de I cpante, & qui fut Gouverneur des pa’is bas, ouilmourut: De Louis Prince de Conde, d’ Alexandre uc eParme, des Comtes d Egmont & de Horn, qui furent exwcut sa Biuxellesem aniy68. &audeilus eftoient les prin¬ cipals v^du monde. Au bout de la gallerie eftoit vn petit cabinet lambri/Te&peint, au milieu du quel eftoit vne peti¬ te table, quel’onavoitenvoyéede Conftantinoplc, peincede ro es & c e toutes fortes dc fleurs d’or. Toutes les chambres II. Partie FEff
  • aí4°* VfinJfor, 5?§ VOYAGE DES INDES, eftoientmeublées de riches tapiíTeries, dontlaplufpart repre- ícntoientles actions des Romains. Dans vn portique, par lequel on fort da corps da logis, pour entrer dans le jardin, l’on voitles armes da Treforier & de fa femme, quifefontdécendredesanciens Rois d’Anglecerre, auec piufieurs infcrip.tions, &au deifus eftoientles ftatugs de piufieurs Rois d’Angleterre. Le jardineft carré & fort grand, ayanc toutes fes mu rallies reveftue de filaria,6cau milieu vn tres-beaujet d’au. Le par¬ terre eft accompagne de piufieurs belles allees , dont les vnes font en elpaliers, ou en berceaux, ÔC les autres font d or- mes, de tillots&d’autresarbes- au bout defquelles eft vne pe¬ tite eminence que Ion appelle la montagnede Venus, au mi¬ lieu d’vn labyrinthe, qui forme vn des plus beaux heux du monde. Ie vis auflt le chafteau de Wmfor,qui eft vne mailon Royale, que le Roy Guillaume le Conquerant a baftie fur le bord de la Tamife, fur vne eminence,qui s’eileve petitàpetitau mi¬ lieu d’ vne grande piaine, àvingtmillesdela villede Londres. Son baftiment eft à l’antique, Sc a quelque rapport à celuy du chafteau de Douvre, mais lacampagne voifineeft fi belle,que cciejour eftiansdoutevn des plusagreables detoute 1 Angle- terre. L’on yvoiten la premiere cour i’Eglife,dedieeala Vier- geôc àS. Georges, accompagnée d’vn cloiftrepour la com- moditédu Chapitre, qui eft compote d’vn Doyen &dedou- ze Chanoines, & pour lelogement de douzefoldatseftropiés, qui font obligez de fe trouver au fervice , & de prier Diou pour la profperi té des Chevaliers de l’Ordrede la larretiere. Carle Roy Edouard III. qui eftoitnéen cette maifon , enin- ftituantcct Ordre, pour l’amour de Ieanne, Comtefle de Sa- Oufctimlf riiberry', avouluque les Chevaliers y tiniTent leur chapite, *hapitre dc §£ que períonnen’y pourroit eftreadmis, sil n avoir receu le manteauôc la jarretiere dans la Chapelle deftinéeàcela , fans vne diipence particuliere du chef de l’Ordre.. Ce qui aefte fi religieufement obferve,que me fines l’Empereur Charles V. eftantallé en Angleterre enl’an mz.voirle Roy Henry VIII. fe rendit à Winfor, ou il receut 1 Ordre de la larretiere des mains du Roy , avec lequel il traitta vne alliance ofFenfive & dcfcnfive contre la Franee,. rOrdre dela larretiere.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. III. 599 I’yvisfous vnmefme tout les fepulchres del Rois Edoiiard IV. & de Henry VI. lefquels eílant chefs des maiíons deLanca- íler 6c de Yorck n’avoient pu trouverl’Angleterre aíTez gran¬ de pour contencer leurambition, 6c repofentneantmoins au¬ jourd’huy dans vne incline Eglife. Le Cardinal de Wdlfay y avoitfait commencerle tombeau du Roy Henry VIII. fon bien faideur, qui y eíl enterre, mais ayant fait commencer cet ouvragefurledeclin deíà fortune, en forte qu’iln’eut pas le loiíir de l’achever , les trois enfans de ce Prince, qui ont regné fucceífivementles vnsapresles autres, apres luy n’ont pas ofé faire achever ce fuperbe Maufolèe, quvn particulier avoit en- trepris à fes deípens. Pour ce qui eil de Ia ville de Londres, elle eíl íituée en Ia Province de M 'ddelfix , à cinquante 6e vn degré , quarante- cinq minutes de latitude, 6càvingtdegrés trente-nòuf minu¬ tes de longitude , furla rive gauche dela Tamiíe, s’eilendant lelong de la riviere, à environ dix huitlieuêsde lamer, com- me Amilerdam , Liíbonnc , Seville , Roiien, Bourdeaiix, Hambourg, 6c pluíieursautres villes des plus marchandes de l’Europe. C’eilla Capitale de tout le Royaume , 6c vne des {>lus belles villes du monde. L’onditque Conílantinle Grand aceignitdemurailles, mais aujourd’huy iln’enreile rien du tout, non plus que de fes autres aneiens bailments -} íi ce n’eil que l’onweille dire que les Egliíes de Wcílmunfler ôc de S. Paul ont effcé autrefois dediées à Apollon 6c à Diane : mais c’eil à quoy il n’y a pointd’apparence du tout-, veu qu’à voir íeulement la forme de leur Architecture, il fàut avoiier, quclleeílmoderne, 6cqueces Egliíès n’ont eílé bailies, que depuis 1’eftabliílementdu Chriílianifme en Angleterre. Celle de weílmuníler avoit eílé baílie à 1’honneur de S.Picr- re, envn lieu qui eíloit autrefois éloigné de plus d’vne demy lieue de 1’extremité des faubourgs deL5ndres,6c faifoi.tvne vil¬ le particuliere:comme encore aujourd’huy elle a fonMagiilr.it indepêdant de celuy de Londres, 6c fes Privileges particulars dontellejoíiit. L’Eglife quel’on y voitaujourd’huy eftl’ouvra- ge de Henry III. 6cdepuis cetemps-là les Rois d’Angleterre y reçoivent les premiers honneurs de leur regne, 6c les der- niersde leur vie 5 lefacre 6c lafepulture. Enfamyóy.Ie Riy Henry VIILl’augmenta d’vne chapelle Royale, qui faitla plus FFff ij 1640. te fcpulchtcd* R«y Hemy VIII. nefcription de la vilk de Loa- dtcs. r.’Erllfc
  • 6o® VOYAGE DES INDES, j 1640. belle partiedgTJyglife , 8c qui peut eftre mis au nombre des plus beaux baítimens de TEurope. L’ony voic visa vis dela porte, au milieu d’vnebaluftrade de cuivre, íòn tombeau 8i celuy dela Reine / Ufabeth íãfemme,quieftoit filied’Edoiiard IV. 8c foeurd’Edoiiard VI. àlamaindroite contre lamuraille íiu fonds du baftimcnt, celuy duDue de Richemont 8c de Le¬ nox aveefa femme, 8e en fuitte en tirant vers la porte de la Chapelle celuy de Marguerite ComteíTe de Richemont 8c de Derby, mere du Roy Henry VII. depierrede Touche, avec íon efíigic de bronze doré, de Marguerite Comtefle de Lenox, ayeule du Roy Jacques, aveccette iníeripnon. MEMORISE SslCRVM Margareth* D<.wgU.(/i, ex fill A 2Vcpti , potentifBmis Regibus cognatione conjuntlifBma^lacolnVl .Scotorum Rcgis avi*3 Matron* fanéhjsimis Moribws, & inviBa ammi patientia incom- para bili. A cofté gauche , visa vis du tombeau de Henry VII. 11 y a vne Chapelle, enlaquelleíòntlestombeaux de la Reine A/ejhtuit. Ehilipo Hifpantavum Rei nupfit, & cum re- gnaffetannos V. ex vivis excefiit 1548. Le tombeau de la Reine / hfabeth eft bien plus beau , 8c eft fous vne voute iouftenue par quatre pilliers de marbre , qui répondent aux quatre coins du tombeau , qui eftde marbre noir, fur lequel eft Teffigie de Ia Reine,de bronze doré au na- turel, eftunt reveftue de fes habits Royaux, ayant la Couron- ... , , ne fur la tefte 8c tenant lefeeptre 8c le monde en la main : avec ÍK^'a«téf>itaphc. keth; Elijabetha slnglite, Rranc 'u & Hibernia Regina : filia Henrici \
  • DV Sr DE MANDELSLO,LIV. III. 601 ^II I.udnglia Regis ex fecunda vxoreAnna Bolenia,MarieSorori 1640. I jfi.fuccefíit. Prmceps potentifima ,C larifimis Maximifque Rcgi- bus, tn om>‘i virtuti lauie comparand#. Joua cum 44. «nnos, quu- tuo menfes & dies o£lo fmnmágloria, exterorum admiratione , Juo- rumque amove it a regnaffet ■> vt matrempotius quam Dominam An¬ glia agtoverit, piâ acplacidd morte , máximo fubditorum defidoio C7* do lote animam, Chrijlo reddidit. Die 23. Martij 1601. MEMORISE SACRVM. Religione adprimxvam fincentatem rejlaurata:Pace fundata-.mo- netaaijujhm Valorem redaEla-,Rebeãione domejhca TJindt cat a-.Gal¬ lia malts intejlims pnecipiti fublevata : Belgio fuflentato:Hiífanica clafje profit gat a, H ebernia,pulfts Ihfpanis, & rebeliibus ai deditio- nemcoaths-,pacata : Reditibus vtriufque academies, lege annonarid plurimum aiauElis.Tota deniqueAngha ditata,prudentifimèque an- nos quadraginta quinque adminijlrataj Elijabetba Regida , viólrix, triumphatrixypietatisfiudiofiffima felicifima , placidamortefeptua- genetria foluta,mortales relíquias,dum Chriflo jubente rcfurgunt im- mortales, m hac Ecclefia celeberrima, ab ipfa confervata, & denúo fundata depofuit. Obiit 14. Martij, Anno íalutisM. D. C. II. Regni XLV. ./Etatis LXX. M E M O R I sE uET E R N sE. Elifabeth* Angliee, Franci* & HibernieeReginee,Regisllcn/ici Vlll fihee:Reg.Henrici VIJ.Ncpti : Reg. Eduardi IV. Pronepti: Patriaparenti : Rehgtonis & bonomm artium altrici, pltirimar.tm lingud'umperiti.% : pr.eclaris turn animi turn corporis dotibus, Regnfi¬ que virtutibus fupra fexum,Principi incomparabili. Jacobus Magnee Britanniee, Francix & Hibernia Rex, virtutum (V Rignorum hares, bene merentipièpofuit. Regno confortes & vrnd, hie obdormimus Elifabetha (V Mana< forores in Ffe refurrcEhoms. Le tneírne Roy Iacques a fait transferer dans 1’ Eglifè de Weílmunfter le corps dela Reine Marie d’Efcoile , fa mere, qui avoir eíté enterrée à reeterburrou , & y a fait mettre l’e- . pitaphefuivant. D. O. M. BONJE MEMORISE ET SPEI JETERNJE. Mm* Stuart* Scotorum Regin*,Franciee Dotarix>lacvbi V.SCO- * torumR, filia dr heeredis vnicet : Henr. VII. AngU* Regis , & d'Scoflc^ FFffiij
  • Zoi VOYAGE DES INDES, í^4°* Margaretha majorinxtu ( lacobo IV.Regis Scotorum , matrimonio copulata filld,) Proneptis Eduardi V. *4ngha Regis, ex Eltfabetha, jilt Arum Ju arum na tu maxim*., abneptis: Irancifi II. Gallia Regis Conjugis : Corona; ^4nglia,dumvixit, certa & indubitatx haredis: Jacobs mdgniR ritiínia Monarcha potentifíimi matns ,flirpc verè regi A & anticjuifsima prognata erat maximis totius Europa P. Pagnatione conjunct ,&cxquifitt/iimis ammi & corporis dotibus & ornamen- tis cumulatifíimd. Verum (vt funt vana rerum hiwtanarum vices ) pofiquam annosflus minus XX.in cujlodia detenta,fortiter acjlren u è (fedfrujira)cum malevolorum obtreSlationibus, timidorum fujpicio- nibusy &inimicorum capitalium infdi/s confliBata ejjet, tandem in. audito & infejlo Regibus exemplo Jecuri percutitur, & contempto mundo,deviElx morte,laffato carnif.ce, Cbr/Jlofervatori anima jalu- tem, lac.fliofpemregm,<&pofleritati > &vniverfscadis infaufla fpeElatoribus exemplum patientue commendans,piè, pati enter, in tre¬ pide ccrvicem Regiam fecurimxleditta fubjecit, & vita caduca for- temcumcaleftisregniperennitatecommutavit-. Vl.idpebr. i^Anno Chrifti M.D. LXXXVI I. atatisXLVI. portraits de Danslechoeur de cette grande Chapelle, Ton voitdansdes plufleurs Rois armoires les effigies de pluíieurs Princes, faites de cire, 6c pre- ^Angleterrc rn^eremenc celle de la Reme thfabeth, reveftue d’vn manteau Royal de velours rouge cramoiíl. Celle de Henry Vll.bc d'Ehfabeth filie d’Edoiiard V. íà fem- me. Celle de Henry Vl. 6c de Catherine filie de Charles VI. Roy de France, fa femme. Celle d’ Edouard ui. ècdePhilippe Comteflede Haynault,fa femme. Celle du dernier Prince de Galles reveftue de velours rouge, fourree d’ermines , fur vn habit d’efcarlatte, qu’il avoit lors qu’il tomba malade. En entrant en la grande Chapelle Royale, 1’on rencontre à la main droite le tombeau du Roy Richard II. qui y eft enterre avecíàpremierefemme; aprescelaceluyd’EdouardlJI. be en fuite celuy de la Reine Philippe de Hainault fa femme, celuy de Henry V. celuy d’Eleonor femme d’Edoiiard I. Roy d’An- gleterre, celuy de 5.Edouard auffi Roy d’Angleterre, celuy de Marguerite, fille du Roy Edouard IV. & celuy de Henry III. auffi Roy d’Angleterre, avec cette inicription.
  • DV S& DE MANDELSLO, LIV. III. 6o} Henricus /II. i^Angelia Rex e vivis excefsit Ii6}. Tertius Hmricusjacethicy pietatisamicus. FP Ecclefiam Jlravit ijlam, quam pofi renovavit. Henrjr Iir* Reddet ei munus qui regnat trinus O vnus- E T Tertius Henricus eftempli condilor hujus. A latefte decetombeaueft celuy duRoy Edoiiard I. fon fils, Epkaphc d’E- quieítdemarbre avec cette infeription : Eduardus primus Rex do‘iMd*- *4ngeli*, DuxNormamx. O' A quit am ee, Dominus Hibcmi*tfiÍHS Reges Htnrici IIP Obiit ^4nno 1308. ôc en fuitte. Eduardus primus Scotorum malleus hicejl. Pattum ferva. L’on void fur íòn tombeau vne épée qui a plus de fix pieds dc long,& pres de fix pouces de large,en forte que e’eft tout ce que Ton peut faire'que de la foulever,8c neantmoins 1’on dit que le Roy Edoiiards’enfervoit ordinairement, 6c que ceft à elle qu’il doit routes les vidoires qu’il remporta fut les EfcoíTois. La lame eft marquee d’ vnloup decuivre,avec ces caraderes. I.N.R.L ProchedelàcontrelamurailIe,eft vne chaizede bois,aíTez chaizequíferi groíTrerementfaite, quEdoiiard I. a gagné furies EfcoíTois, Rokd'Angic. qui s’enfervoient au lacre de leurs Rois, commeles Anglois terre. 1’cmployent encore aujourd’huy au mefme víage. L’on voit fouslichaize vne grollè pierre noire, que l’on dit avoir auíli efté apportée d’Elcoile, & eftre celle fur laquelle le Patriar- che Iacob repofe, lors qu’il vit les Anges monter 6c décendre íaWc;. du Ciei.. A cette chaize pend vn tableau , avec vne infeription fort ancieinne,en ces mozs:De Scotico congiariojapideque fuo quondam regal/., repofitojam in Angclorum Cathedra Regali, propter pheretra divi Eduardi Regis, O* Confefíoris incliti, apud wejitmonafieri um- àkeldonidss Laureati yaticxm epitome. Si quidhabentveri vel chronica cana pdcfvr, C lauditur hac cathedra nobilis eccelapts; Ad caputeximius Iacob quondam Patraiarcha Jjduem pofuit, cernens numina mira poli. Quem tulit ex ScothJpolans quafi viElorhonoris y, Eduardus primus, Mars velut armi-potens. Scotorum domitor , nofltr valtdifsimus Hettor,, Anglorum decus O' gloria militiet. rfiq.o. itaphc dc
  • DV SuDE MANDELSLO, LIV. III. 6cS Au bout de la ruS, quijointWeftmunfteràlavillede Lon- líí4®'- dres, lon paíle par vne belle porte,auprcs de laquellel’on rcn~ S,Iamcs* contreàla main gauche le Palais de S. lames,ou les Roisd’An- gleterre ont accouftufné de loger, depuis que le Cardinal XTolfay en a faitprefentau Roy Henry VIII. ainfi que nous avons dit cy-deflus. Ce baíliment n’a rien d’extraordinaire n eikntbaíliquedebriques, 6c n’ayant que dcux citares,fans aucunc architecture coníiderable. L’on y void dans vne gallerie , vn tableau reprefentant Ies trois graces, faital’eguille. Vne carte generale de toutes les coftes du monde, faiteavec la plume, furdu velin. LaTerre Saintejfur vne grande toile. Vneteftcde maure aveclebuíte que l’on difoit reprefenter Baltha^arxn des fages, quifalue- rent le Sauveur du monde à fa naiílance : & vis à vis vne autre teíle de bronze, reprefentant Moyfe. Elle eft toute noire, ayantdegrosyeuxblancs, lescheveuxlongs, ôc dreílesfurle front, &vne petite barbe. Plus le portrait du Roy Edoiiacd VI. raitcn perípective : ceJuy de François I.Roy de France & cicia Reine fa femme. L’entreveuedu Roy Henry VIII. & de 1 Empereur Charles V. à Calais. Deuxautres tableaux re- preíentans 1 entree du mefme Roy à Calais 5 accompagné de pluíieursperíonnesde marque, qui y eítoient faites au natu¬ ral. Le por traictdu Roy Louis Xll.enpetit. Ceux de Iules Cc^p^* far, d? Charlemagne 6c de Frideric III. Empereurs. Le fie- gede3ouIogne. Lejugementde Paris. Au milieu de la gallerie eftoit vne grande horologe, qui mar- quoit avecleurs heures du jour,tout?e cours du Ciei. De 1’autre coité font les portraits de Chriftian II.Eledeur deSaxe : del A xhiducLeopold, de Rodolfe 6c MatthiasEm-. pereurs. La paílion de N. Seigneur peinte fur du verre , en- chaílé dans vne riche bordure. L’entreveue de 1’Empereur Maximilian 6cde Henry VIII. Roy d’Angleterre à Tournay, La bataille d’Azincourt. La ville d’Anvers. VneLucrece. La bataille de Ceriíoles. Vne grande carte geographique du Royaume d’Angleterre, faire avec la plume , marquant les heux ou il s eft donne des batailles, pendant les guerres civiles entre les maifons d’Yorck 6c de Lancaftre. Aufortir de cette gallerie l’on entre dans Ia grandeíãlle des comedies, ayant des deux coités vne gallerie, íòuílenue par II. Partie. GGgg
  • doô VOYAGE DES INDES, 6 4 o. dcs pilliers de pierre, 6c portant d’autres pilliers, qui fouftien- nencle toid du baftiment. De cette lalle Ton encre dans vne chambre tapiílee, ou eftoit le portrait du Roy Henry VIII. de fa grandeur. Lapnfe de Kingfalen Irlande par Jes Efpa- gnols.^Quelques combats paiticuliers. Vn Miroir reprefen- tant le portrait de la Reine Elifabeth, avec cette inícription. Hincradios nullos ne tu nurere femitti: Orbis honos puro fpeculi refplendet in orbe. Dans vne autre chambre l'on voyoit la genealogie de la maifon d’Efcoile, 6c dans vn autre tableau cede de la maiíbn Palatine, faites avec la plume , 6c l’vne 6c l’autre ornées de leurs armes, blafonnées. L’on entre de cette chambre dans vne autre quieftoit fort richement tapiflee,oii eftoit la genea¬ logie de la Maifon de Naflau. Les exploits de guerre des Prin¬ ces Maurice 6c Henry d Orenge , en taille douce. La genea¬ logie du Roy Jacques, 6c vne grande carte Geographique d’Angleterre. Dans vne autre gallerie eiloient deux portraits de i’Erope- rcur Charles V. dont l’vn eftoit dè fa grandeur. Le portrait de la Reine Marie de Mcdecis. Celuy de Ferdinand grand Ducde Florence. Le Royaumed’Angleterreentrois grands tableaux. Le portrait d’Alexandre Farnaife, Due de Parme, -^^cplufieursautres portraits de Dames. Des orguesquiiouent par reilorts , fans ioufflets,fur lefquelles eiloient douze trom- pettes qui fonnoient vn bruit de guerre , ayans aupres deux vne figure de bronze, quidanfoitôcfaifoitla reverence à deux perfonnes qui eftoient aififes fous vn daiz au milieu de ces trompettes. Ilyavoitaufli vn globe celeile, qui reprefentoit en ies mouvements le cours de tous les aftres. La ville de Par¬ me , avec ion territoire, fait à 1’éguille. Toute l’Allemagne peinte à l’huile. Le portrait d’Edoiiard VI. Au bout de cette gallerie eft la chambre du Roy, que l’on appelle Ia chambre du lid. Aupres de cette chambre il y en a vne autre, oul’onvoitauplancher d’enhaut vn quadrant de mer, avec vne éguille qui marque en effet dans la chambre mefme le vent qui regne dehors. En cette chambre eftoit vn lid de repos , dont le Roy fe fert quelquefois de jour. De là on pafle par vne petite chambre en celle de la Reine, qui eftoit magnifiquemêt meublée. En fuitte de cela l’on entre
  • DVS* demandelslo.liv. III. Í07 par quelques cha mbres dans vne gallcrie, ou cftoicnt nlulicurs portraits& tableaux: fçavoir ceuxduComted'Oldcmbour-. de la Reme Maned EcoíTe , de Henry lules, Due de Brun. fvic & de ã fille, celuy de la Reme Eíifabeth eftant encore jeune, de la Reme Marie de Medieis, de Philippes Ilf rov d Eípagne de lean Frederic Eledeur de Saxe, de 1’Archiduc Albert ôc de 1 Infante Ifabelle fa femme. Le portrait du ROy lacques fait de plufieurs pierres de diverfes couleurs: le fiege deMalthe en quatre grands tableaux,& plufieurs autres. e jardin n eft pas fort grand, Sc n’a rien de remarquable linon quau milieu Ton voit dans vne grande pierre carrée & creufeau milieu cent dix-fept quadrans. II eft accompagné d vn verger d arbresfruitiers plantez en cfchiquier, ayantau milieuvn grospilherde bois, qui jettede l’eau, & d’vn petit bois qui forme quelques alléesaffez agreables,Scnourrit quel- ques cerfs, dams Sc chevreiis. Au bout de ce jardin eft l’hoftel que 1’on avoit commcncé à baftir pour ledeffund, Prince de Galles, frere aíné du rov qui regne aujourd’huy. Lon y void dans vnegallerie plufieurs tableaux des meilleurs peintres de l’Europe. Entr’autres vne grappede raifin dans vn plat, 6c quelques guefpes&mouches qui s y font atrachées, íí naifvement reprefen tees, quebien louvent les natur elles y font trompées. Vn Bachus, Ceres Sc venusau naturel. Vne perípedive repreíèntant vne voute ou quelques-vns febattent. L’lnftoire de Cain Sc d Abel de leur grandeur. L’hiftoire d’Holofernes, aulfi de la o-ran- deur du naturel. Le Sacrifice d’Abraham. Vne tablecouver- te, Sc chargee de toutes fortes de fruits Sc de confitutes , de tourtes Sc d’autres patiiTeries, parmy lefquels font deux verres ce vin, plane Sc cleret. Vn vieux Iivre en caraderes gothi- ques, noir Sc rouge j ouvert, Sc ayantau milieu vne fueilleà de¬ my tourné.La Tour de Babel. Les Portraits de Henry IV.Roy de France, Sc de Maurice Princed’Orenge. Vne cuifineplei- ne de toutes fortes de vivres. Vn naufrage,vne flotte finglant avec levent en poupe, vn combat naval nodurne. La bataille de Raienne.Trois genealogies des Roisd’Angleterre&d’E- coile, ;n autant de tableaux. Deux Palais en perípedive. Les autres chambres de ce Palais ne font point du tout con- iiderables. GGgg ij 1640
  • 6o8 VOYAGE DES INDES, 16 xo Du mefme cofté de la rue, mais vn peu plus bas que 1’hoftel 4 de Northampton,eftle Palaisquela leue Reine d Anglecerre L-boM Jc fit baftirpourelle. Un'cft pasíortgrand, mais ^fplusbeau Kouhampto.i, ccqUYdu Roy. Tons ces appartemens ontvcue lur lejardin i fur la riviere. Ileftoit fortrichementmeuble, Scfesgale- tc Palais de la eftoient picines de portraits. Dans lejardin eft vue grotte, faitc de routes fortes de coquillages , reprefentantle Parnafle* en forte neantmoins quel’Efte ellelaiflepas de poufter routes fortes de fleurs Sc d’hcrbes, qui font vn tres-bel efFecft. La veri¬ table grotte eft du cofté du Palais,d’ou l’on void Apollo & les Mules Scfurlehaut delamontagne vn Pegafede bronze do- ré. Au pied font quatre petites voutes, qui couvrent autant de ftatues de marbre, qui nennent chacune vne corne d abun¬ dance, Sc fous le bras vne cruche,dont elles verfent de 1 eau dans vn baffin, quibaigne lepieddelamontagngne. L vnede ces ftatues, qui eft de marbre noir, reprefcnte laTamiíe, 8cie fait connoiftre par ce diftique. Me penes imperium> Emporium ,funt cUfsis & artes: Etfchola bent fluent, florida prata ri£o. L’Eglife de S. Paul eft dans la mefme rue. C’eft vne des plus rtglifede s. grandes de l’Europe,mais l’on n’y voit rien, qui meritc d e re Paul. remarqué- iinon qu’elle eft aflez bien entretenue,Sc que le loir & le matin l’on y fait le prefehe. Leurs ceremonies fe rappor- cent fort à celles des Lutheriens, mais leur dodnne eft entiere- met conforme à celle des Eglifes de France Sc des SuiiTes. L on V voit le fepulchre de Sebba, Roy des Saxons Orientaux, de quelques Evefques,Scdeplufieurs autres perionnes de qualite. AupresdecetteEglife commence lame des Orfevres ou l’on voit tous les jours vne prodigieufe quantite de vailielle d’argent Sc de vermeil doré exposée en vente,comme auih toutes fortes de monnoye d’or Sc d’argent. Au milieu de la ruS Ion vend fur des étaux toutes fortes de vivres ; &c eft a caule de cela que c’eft le lieu de toute la ville,qui eft le plus frequete. Au bas de cette rue font plufieurs fontaines, ornees de fta¬ tues domes,Sc de la Ton va a la maifon,ou l’on fait travailler les faineants, Sc ceux qui font condamnés pour crime à quelques annéesde prifon Sc de travail. . . _ , C’eft ence quartier-là qu’eft le pont, qui joint le faubourg de Southworck à la ville.Il eft de pierre, Sc eft bafty fur vingt* X» rve des Or fevres. Xc pont de Xondres.
  • DV Sr DE MANDELSLO , LIV. III. ^09 trois arches,qui fone chargees de deux rangs de maiíons, pour 1
  • 164°* 610 VOYAGE DES INDES, entr’autresvnctenture, qui reprefente vn combat naval, qui íc donna entre Douvre 6e Calais en i’an 14. ou l’on voitàJa bordure les portraits des chefs de cette armée,faits au naturel. La tour fert de prifon pour les perfonnes de condition mais enceteraps-là d n’y en avoit point, quoy que 1’eftat ne fuft point dans vnfiprofond repos, qu’il n’y euftquelque revolu¬ tion à apprehender. Aupres de là l’on garde les lions, 6c on les peut voir ou dans leurretraitteà travers de groiTes grilles de bois, ou d’vn corridor, qui regne íur vn foíTé, ou Ton en lâche quelquefois vnou deuxàlafois. Ie ne parleray point desautres Palais,qui font lelong de la ri¬ viere, depuisweftmunfterjnfquesaupont, qomme deshoftels d’EiTex, d’Arondel, de «Sommerfet 6c de Buckingam, ou Ton voit les plus tableaux de 1 Europe,6c entr’autres vn tres- grand nombreMe la mamerede Holbein , queledeffuntDuc de B uckingam a fait chercher 6c achepter en Allemagne avcc vne dépenceinconcevable. Ieneparleray point nonplus des autrcs baftiments publics, comme du vieux 6c du nouveau change, oil les marchandss’aiTemblentfurlemidy, 6c ou l’on trouve toutes fortes de marchandifes dupa'is, comme des bas de ioye 6c d’eftame, des gands, des rubans, 6cc. ny de la pla¬ ce de Cheapfide 5 parce qu’il n’y a quafi point de perfonnede qualité qui ne les ait pu voir, 6c que d’ailleurs les Anglois n’ontpas manque delesfaireconnoiftre par leurs ecrits. Pa¬ res officiersde jouteray feulement icy , que la ville de Londres eft divisée laviliedeLon- en vingt-ilx quartiers , qui ont chacun vn Alderman , qui a foindela police, fousla direction de deux Shenfs ou Efche- vins, 6c d’vn Maire, que l’on change tous les ans. Ie partis de Londres le 2©. Mars,6cvisenpaftantIamaifon Royale de Creen-tvich. L’ancien baftiment, qui eft fur la riviere, eft fort petir, mais le Roy Iacquesy fait faire vne au¬ tre maiíòn,ducofté du jardin,quieft tres-belle.L’on void dans vne gallerie le portrait d’Vlric Due de Meklenbourg, de íà grandeur, ccluy du Roy d’aujourd’huy,eftant encore Prince 6c f)ortantlaIacquette : celuy du Grand Due de Florence, de a Reine Marguerite de Valois, de Chriftian II. Ele&eurde Saxe, du DucdeLenox, 6cde pluiieursautres Dues6c Com¬ tes, en leurs habits de ceremonie , de Guillaume Ducde Courlande, de la Princeílè de Conde, de la maifon de Mont- dres. Lc Palais de Green s»?.ch.
  • DV Sr DE MANDELSLO,UV.III. fa morency. Ceportrait eftoitau deíTus de la porte, & eftoit par- 1S40* fairement bien fair. Delà on paíTe par vne belle chambre ta- piíTee dans yne autre gallerie, oulonvoit vn globe terreftre fait avec la plume. La defcriptiondetout le monde dans vne bordure, faite avec la plume. Toute 1’Italie reprefentée en deftrempe. L’AnglettTre,lTfcoíTe&l’Irlande gravée,&par- raitement bien enluminée, avec Ies genealogies & les armes des Rois de ccs trois Royaumes. Henry IV. Roy de France à clieva 1,aunaturel. Lacartcde Hollande fãiteavecla plume & la genealogie du Roy Iacques. Dans vne autrc gallerie Ton void le plan de plufieurs places fortes,fait avec la pfume.Quel- ques Provinces de l’Europe.Lc Royaume de Suede, la Terre Jaintej Ies Indes Orientales. Le plan dela citadelled’Anvers fait avec Ia plume. Le jardin eft beau, a au milieu vne belle fontaine, ou vne Son iardin & &. itatue de marbre verfe 1’eau d’vne corne d’abondance dans§rotte-i vn gradbaííin.La grotteeft vne desplusjolies que j’aye jamais veues. Elle eft dans vne pente maiíon j dontledevant eft fer¬ ine d’vne grille de fer, & les murailles font reveftues de na¬ cre de perle , de mouíles & de routes fortes de coquilles cnlorte ncantmoins que Ia mouílè ôc les herbes nelaiftoienc pas de paroiftre en des diftances fi regulierement proportion- nees qu’il fembloit quel’art n’avoit point eu de part à la con- ltrucbon de ce petit baftiment. Au fonds de Ia grotte eftoit vne femme , reprefentant vn centaure , fait de coquilles, qui rendoient de 1’cau en grande quantité 5 auflibien que les deux autres figures, quelleavoitàfescoftés. Lebaseftoitparfemé derochers, femblablesaceuxquel’on void en quelques en- droits fur le bord de la mer, & la muraille pouíToit çà & là de¬ hors des fleursft; des herbes, pourlacommoditédesoyfeaux, \ quiy eftoient en grande quantité, & que Ton avoir foin d’y nourrir, parcequelefild’archal, dont la grotte eft converte les empelche d’aller chercher leur nourriture ailleurs. Ce jardin eltaccompagné d’vn autre, ou les arbres fruitiers forment de tres-bellesallées. Vis à vis du jardin, & à trois ou quam censpas delà, eft le pare ou l’on nourrit toutes fartes d aninaux,qui font ft prives qu’ils n’evitent pointla rencontre deshcmmes. Au bout du pare eft vne eminence, furlaquelle le Ro^ Iacques a fait baftir vne maifon de plaiíànce, que l’on
  • 6n VOYAGE DES INDES, 1640. appelle le chafteau de Millefleur. En entrant dans la cour l’on voft l’a ftatui! du Roy Iacques , qui a donné la maifon au Lord de Northampton , arrnee de toutes pieces, Sc vcftue fur les armes d’vne vefte qui traifne jufqu a terre , ayant la Cou- ronne fur la tefte Sc le fceptrc à la main. Cette mai ion eft fort petite 5 mais elle ne laifle pas d’avoir trois eftages, fa cuiiine & fa cave, Sc fes appartements fort bien proportionnés Sc tres-joliment meubles, bien que tout le baftimentnait que dix-neuf pas de long fur douze de large. Son toit eft plat Sc couvert deplomb, dontl’ondefcouvretoutela ville de Lon¬ dres Sc lacampagne voiiine, Sc la maifon a ion jardin, particu¬ lar, qui l’environne de tous coftes 5 de iortequel on peut di¬ re, quec’eft vnedesplus belles veuês ôevndesagreables lieux, qui iòitaupres de Londres. Ie m’em bar quay là fur la riviere Sc arrivay le mefme jour à Grave fende, d'ou j’allay à Rocbejler, Sc paifant en fuitte par SittingbornScCanterburryffirnviLyiDouvreski^.. jenVy cm. barquay lelendemain,pourpaflerà Duincjuerque,ouj’arrivay le Arrive à meíinejour. Ie ne m’y arreftay quvnenuict j pareequa la re- Daincjucrque. fervede l’Eglife parochiale,, qui eft la feule de cette ville , Sc ouily avnautelfort riche, iln’y arienqui merited’eftre veu. La ville eft petite, Sc n’eft confiderablequeparce quelle fert de retraitte aux navires qui courent fur les Hollandois Sc Ze- landois, leurs voifins,mais leurs ennemis. II iort de ce port tous lesansenviron cent cinquante navires pour la pefche du ha- rang,Sc les Duinquerquois ont vne induftrie particuliere,pour leur donner vne certaine quantite de iel , qui fait preierer leurs harangsà tous ceux quelesautres villesvoiiines debitent. La ville n’eit pointancienne, Sefonnomfaitconnoiftre qu el- Defcription de le a commence par vne Eglife, que l’onavoit baftie dans les Duinqucrque. Dunes, ou dans ces collines de fable, qui fervent de rempart àtoutela Flandre, contre les violentes attaques de 1 Ocean. Elledependoitautresfois de l’Abbaye de Bergues S. Win ox, maisily aphis de quatre cens ansqu’elle eft rcunie a la Flan¬ dre. Elle futengagéeen fuitte par Loiiis de Crecy, Comte de Flandres,a Robert de Cailel, qui la donna en mariage^avec Yoland fa filie, à Henry Comte de Bar. Robert de Bar Comte de Marie, ladonnaenMariageavecfafille/f<<«»f, qu’il avoit eue de Ieanne de Bethune, à Louis de Luxembourg Comte de S.PauI.
  • DV Sn DE MANDELSLO, LIV. III. *13 íiHiirr IíeSDuC? Je Bocurbon de^briche de Vendofme 164.0. ncluccedeacesdroits, & ont parce rnoyen vny le domaine Eftdudomamc dc Duinquerque a la Couronne deFrance. de fiance- lemmsdc D»,Ie 16. Mars Sc m'embarquay dans vn de ces vaiffeaux ou barques que les Flamans appellant L. k„ , . V-rnt0US leS,0Ur^de DuilW*, &aírive fui í:i“$lr le foir en eftc a B rugues & eu hiver àN.euport,oíi 1’on chanue lí-l»1 de barque. Iln'yapomtdevoiture au monde plus commodS U,,.r.nnf l’ LVírnPs j
  • DV S». DEMANDELSLO, LIV. III. 6,
  • €i6 VOYAGE DES INDE5, 164°. College des Iefuites, &c quelquesautres Convents & Hofpi- tauxj qui me firent paíTer la journée ailèz agreablemenr. LitíHcdcGãd, Le Marsj’allayparleCanalàG4«
  • DV Sr. DE MANDELSL0,-LIV. III, CiT vere, pour détruirc vne des plus belles villedetous fes Eftats, i^o,. youlantfaire connoitreau Due, qu’il neiepouvoit pas ranger à fon avis,le fit monter avec luyíurlatourde Belfroy ou^de Belfort,dont il luy fit voir route la ville,&luy demanda combiê de peaix d Efpiigneilfh.udroitpourfh.ire vn Gíind conimccc- luy-la, maiscenefutqu’vneallufionaionnom Scvne gaiante- riedei’Empereur, quin’avoit pointles fendmens Efpagnols. L’on monftredansle Palais du Prince la chambre en laquel¬ le nafquit le 24. Fevrieriyoo. l’Empereur Charles V. Scau- CwedcrBm-' trefois 1 on y voyoit ion berceau:l’vn Sc 1’autre tenant dela pereurcharlo, frugalite du temps,plufloft que de la grandeur en laquelle ilfe Vi vit dés Page de 19. ans, apres avoir j oint à fes Etats de Bourgo¬ gne Sc d Auftriche les Royaumes de Caftilic Sc d’Aragon,avec leurs depcndances, la Couronne Imperiale. La chambre en laquelleil nâquit, eft fort petite,auili.bien que la plus-part des autres appartemens du mefme Palais, qui comp rend en ion étendue, qui eftbien mediocre, plusdetroiscenschambres.* Lei4. Février, quifut le jour de íã naiílànce, marqua la viedu rnerne Empercur de plufieurs epoques fort confidera- GaS. ** blcs. Car à pared jour iI gagna la bataille de Pavie j il fut Couronne Empereur par le Pape Sc fir ion entree en la ville de Gand?apres larebelhon, dont je viens de parler. 11 la chaftia 1 principalement, en oftant auxhabitans le moyen d’y retom- ber, par la bride qu’il leur donna, Sc qui conierve encore au- jourd’hiy, avec les citadelles d’Anvers Sc de Cambray,ce quele Roy d’Efpagne poflede aux Pais-bas. L’Empereur me- me pofala premiere pierre de cette citadelle, qu’il fit baftir à quatre baftions reveftus de pierre , fur les fondemens de 1’Abbayede S. Bavon* proche la porte d’Anvers. L’Abbaye fut reiinie à 1’Eglife principale , qui eftoit alors cognue fous lenom de S. lean, Sc ion Abbe fut fait Archidiacre de la mé- me Eglife, laquelle futerigee en Epifcopale, avec plufieurs auttes, en l’an 1559. C’eft vn des beaux baftiments de tous les Pais-bas, & fi la façade eftoit plus large de trente pieds qu’ellen’eft, elle pourroit eftre miièaunombre des plus bel¬ les Eglifes du monde. Charles V, y fut baptise en l’an 1500.. Et aumois de Iuillet 1559. le Roy|Philippell, y tintle Cha- pitrc de i’Ordre de laToifon , qui fut le dernier , qui ait efte tenuau Pais-bas, Sc y furent faits Chevaliers François HHhh iij
  • t <340. í.es autres pa roiííòs dc Gád Xcs Conrints.’ 618 VOYAGE DES INDES, II. Roy de France, Guidubaldo, Dued’Vrbin,Philippe de Montmorency, Seigneur de Hachicourt, Marc Antoine Co- lomna, Due de Pagliano , Baudoiiin de Lancy Seigneurde Torcoing, Guillaume de Croy, Marquis deRenty, Floris de Montmorency, Seigneur de Montigny, Philippe Comte de Ligne, Charles de Lanoy Prince de Sulmone, Antoine de La- lain Comte de Hogftrate, Sc Ioachim Niehaus Chancelier de Boheme, dont les armes font dans le chocur del’Egliie. Mais ce que j’y admiray le plus^c’eil vn tableau que l’on appelle le tno- phe del’agneau, ou AdamSc Eve fontf bienreprefentés par lean & Hubert Van Eyck, que la nature méme n’a jamais fait rien de plusachevé. Les Eglifes Parochiales de S. Iacques, deS. Nicolas Sc de . S. Michel font belles, mais elles n’ontrien de particular, finon que l’on voit encellede S. Nicolas le tombeau d’Olivier de Miniau Sc d’Amelberge Slangen íà femme , dont l’epitaphe porte , qu’ils avoient engendre enfemble trente Sc vn enfant enautantdecouches, fçavoir vingt &vn made Sc dix femel- les5 vn tableau reprefentant S. Hierofmcquifort d’vn tom¬ beau au fonde latrompette, de lean IanfTen, Seen cellede S. Michel vne Viergede Cox. En l’Egliie de S. Martin d’A- ckerghe eftvn S. Martin du méme Ieanlanilcn,&: vnenarivi- té de Theodore,qui font admirables. Les deux autres Paroiílès Ion t celles de la Vlerge Sc de S. Sauveur. Les Chartreux font parfaitement bien Ioges. Le College des Ieiuites eft beau , Sc les Convents des lacobins, des Car¬ mes, des Augu dins, des Cordeliers, des Capucins, celuy des Freresdu tiers Ordre, que l’on y appelle les Begards, le Tem¬ ple , la Ladrerie,que l’on appelle l’Hofpital,aile celuy de Bilo- ka, la maiion des Reclufes, le Convent de Neubos, de Sainte Agnes}&c. font fort conf derablesjmais d’autant qu’il s’e trou- ved’auifiou de plus beaux ailleurs, nous-nous contcterons de les avoir nommcs,puis qu’auifi-bien nousneles avonspas tous vu 3 non plus que les deux Convents des Clarifies, de Dorice- le, des files de l’Annonciation, de Sainte Therefe, des Bene¬ dictines, des foeurs Noires , des iceurs Griíès,dcs Magdelon- nettes, Sc plufieurs autres. II y a dans Ia ville treizemarches, Scentr’autresceluy que J’on appelle le marche du Vendredy , au milieu duquel 1’on
  • DV Sr.DE mandelslo, iiv. ui. void fur vn pied d’cftal, Ia ílatue de 1’Empereur Charles V. 164,9, . qu’Albert Sc Ifabelle,Souverainsde Flandre.y onefeitmettre* ?tí"uSdc ayant dVncofté 1’infcnptionfuivante. d. Carolo V. Imp cJ. ^ ' Pto.Felict.Turc. German. Ga//.Ital.HiJp.Sicil.&' Ind.Re- gi. E Undrix Connti V. P. Sac. Jmp.Vindiú quiet is aufpici.D.N. Principt PotentijJ. V1 flori actnumphatoriperpetuo, Magno, Max. T niverfi ChrtjUani Or bis bono r Deovolente : Ccelofauente:Huic Virhi fux. Flandr. Max. wnato. Et del autre cofie : Mlberto Áujlriaco, Maximilians II. Imp. T.&lfabclla Clara Eugenia. PhilippiI I.fíifp.Rrgisfilia, Auftrix MribiductbuSy Belgict P. P. hanc vrbem Ixtijj.avium applaufu in- gredientibws. Annofalut.chri(ltf clo.lo.xcix. <&c. Coff S.P.Q.G. Au bout du marche eít 1’Hoítel deville,dontle baíliment * qui n’eft achcve que depuis J’an 1616. refpond á la grandeur de laville. L’ony void envne deíèsfalles Neptune 8c Ceres re- prefentans les avantages que cette Province tire de la mer & la fertilité de fon retour. Les portraits d’Albert 8c d’lfabeh • Ccuxde Rodoife 8c de Maximilian II. Empereurs, Sc ceux de Charles V. & de Philippe Il.aveclcs alliances qu’ils ontfai- tesdansleur maiíòn , miles enpararelleavec les mariaoes des fils de Manaílès avec les filies de Zilpa. II yenaquicroyent, quelechaileauquel’onappelle S.Gra- i ■venjhem, cftceluy que l’Empereur Ottonle Grand a baíly en laville de Gane : mais quoy quece baíliment íôitfortancien, j’ay de Ia peine à croire neantmoins qu’il foitde ce temps-Ià!. Le chaleaumefme fert de priso,mais lesfalles 8c lesautres ape partemens modernes,dont íl eftaccompagné/ertde palais àía Iuílicedela Comté de Flandrc. Cette Cour fut eítablie par La Cour deite- Philippe, premier ComtedeFlandrede la maiíondeValois,^*ce- en laville de 1’Iílcenl’an 1383. mais lean Due de Bourgogne* fon fils le transfera en 1419. à Gand. En la premiere inílitution ellen’eiloitcompofée quede cinqConíeilIers,8cPhilippe au- gmenta le nombre dequatre, dont 1 vn avoir vingt fols, virau- trefeize, 8c les deux reílants chacun douze fols de falaire, les jours plaidoiables íèulement mais aujourd’huy ils onrdes gages fort confiderables, encore que le nombre des Confcil- JerspaíTeceluy de vingt 5 parce que leur pratique eílantfor- mée fur ceMe de France, 8c ainíi les procés y eílansdevenus immortels , il a eíté neceÓaireaulE d’augmenter le nombre &
  • 6ío VOYAGE DES INDES, 1640. IeíàlairedesConfeillers. Usjugcnttouteslesappellatíons cies jurifdi&io.ns íubalternes^jc coute la Province, mais Pon peut appeller deleurs fentences au Parlemenc de Malines. L’on peut auíli mettre au rang des baftiraens publics, qui contribuenc à 1’ornement de la ville, le Mont de Pieté , la Confraine de S. Georges , PHoftel de Raveftein apparte- nantàPElecleur de Brandebourg, par le partageprovilional, quilafaitaveclcDucde Neubourg de la fucceífion de Iuil- liers, Cieves 6c Berg,ceux de NVacquen,de Fiennes, de Lide- kerKcn 6c de làint Bavon, ou demeure 1’Evefque de Gand : mais fur tour 1’Abbaye de Blandin, qui eílvne des plus ancien- nes 6c des plus riches de tous lcs Pais-bas, 6c en laquelle fix Comtes de Flandres, 6cplufieurs Comteílês ont voulu eílre enterres. LEvefchéde Gand eftvn des treize nouveaux Sieges, qui furçnt eriges en l’an 1559. par le Pape Paul IV. 6c eft compo¬ se de cent foixantetroisParoiíTes, fousvn Archipreílre 6c dix Doyens ruraux. Ie partisdeGandlepremierjourd’Avril, 8cdifnaycejour- làenlavilled’yí/o/í, Capitale de cette partie de Flandre que 1’onappellelmperiale, íur la riviere de Denre , 6c arrivay fur Bruxelles, lefoirà Bruxelles ,apresavoir fait environ dix lieuêscejour-là. C’efi: la premiere ville de la Duché de Brabant, bien que íès deputón’ayent íèance aux EÍlatsde la Province qu’apres ceux de Louvain. Car elle efiplus grade 6c pluspeuplée qu’au- cune des autres, 6c fe trouve dansvne afiiette fiavantageu- fe, quelesDucsde Brabant, 6c mefmeles Dues de Bourgo¬ gne Pont prefcree au fejour de toutes les autres villes des Pais- bas. Elle a d’vn cofté vne fort belle plaine, 6c de l’autre vn pais boílu, reveílu de bois 6c compoféde collines fi fertiles, que non feulement lcs Princes y ont le diverti fiement de la chafle , maisauifi les vivres y viennent en fi grande quantité, que la Cour ne s’y trouve jamais incommodéejquoy que Pon y ait au¬ trefois compté jufqu’a neuf mille chevaux d’extraordinaire. Elle nemaque point d’eau, encore qu’elle n’ait en fon encein¬ te que la petite riviere de Sinna, 6c le Canal que Pon a fait à la main, jufqu’a la riviere deRupel,àl’emboucheure de laquelle on entre das lYfcault, 6c par cemoyenl’on va commodément par eau de Bruxelles á Anvers, quoy que l’on foit oblige de de- barquer
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. III. 6u querplufteurs foisà caufe desefclufes, parlefquellesl’onretiet 1640. I eau dans le Canal, parce qu’eile eft plus haute de quarante pieds aupresdeBruxelle qu’elles nel’ei&l’entreede laRupele farn ll epí,p°r rS ’ [Tr F§llfes Parochiales> <*ept prineipales families nobles fept Efchevins, & fil’on veut croire Encius J uunetu xant d autres chofes remarquables, au nombre de iepc, qu ilfemble que toute la villenefoit compoféeque du nombre feptenaire. L’Eglife de Sainte Gudule eft la pnncipa- e : mais ce qu il ya deplus remarquable en toute la vflle, /eft le Palais ou logeoit alors le Cardinal Infant, frere du Roy d Eipagne, & Gouveraeur des Pais-bas. Devantqued’yen- ftune,Capabledetenirpresdefixvingts dix L'efcurie * h evaux,& au deflusle cabinet d’armes, ou font celles dontcabmct ^ les Dues de Bourgogne fe fervoient autrefois â la guerre • vn ratS* cheval de bois convert de la peau de celuy que l* ArchiducAl¬ bert monta, lorsquil fit fon entree à Bruxelles, & vn autre couvert de la peau de celuy qui le íãuva de la bataille de Nieu- port que l’on appelle ilCavallonobilc} avec vne infeription qui feroit plus d honneur à lamemoire de ce Prince, file che- va euft efte cue fous lay,on «’il euft fervy à fon triompfae,apres Ja bataille d ouils enfiiit. L’on y void plufieurs belles cuirailes complettes, plufieurs harnois de chevaux, des felles en bro- dene d or, d argent & de perles, des eftners d’or & d’argenr des epees dont les gardes font chargees de diamants & d’au- trespie-reries, & entr’autrescellede Charles le Hardy der¬ nier Due de Bourgogne, dont l’Empereur Charles V. fonar- rierepetit fils, avoir accouftumédeíè fervir quand il faifoic des Chevaliers. Dans le Palais mefme l’on entre par vne grande falleen deux galleries: en l’vne l’on voit le portrait dVUdiJlas, alors i rince & aujourd’huy Roy de Pologne & de Suede, filsde oigiimond III. à la main gauche de la porte celuy d’lftbelle CUireEugenie, Infanted’Efpagne&Souverainedes Pais-bas- ceuxde la femme de Philippe IN. Roy d’efpagne , de 1*Ar¬ chiduc Albert, de Philippe IV. avec la Reine fa femme, & vis a vis celuy de l’Empereur Ferdinand 11. avec le chien blanc, qu il avoir ordinairement aupres de luy. La Reine Marie de Medieis femme du Roy Henry IV. La Reine Anne d’Au- triche, femme du Roy Louis XI II.L’ImpcratriceEleonorde II. Partie. jjr^ Le palais;
  • 6u VOYAGE DES INDES, 164.0. Mantoue, femme de 1’Empereur Ferdinand II.SigifmondRoy dePologne Sede Suede, avec Anne d’Auftriche ía premiere femme. Dans l’autre gallerie font plufieurs tableaux, horolo^ ges Sc autres raretés : entr’autres le portrait de l’Archiduc Albert, dans lequel on trouve en le regardant de prés celuy de Flnfante: Item celuy de 1 Infante oil Ton void celuy de l’Ar¬ chiduc. Au bout de cette gallerie ell dans vne petite voute le portrait del’Archiduc habillé en Cordelier,& tenatvneCroix en la main. Dans vne autre gallene dans vn tableau la maifon de Mariemont, qui eft à trois lieues de la ville, Sc en fuitte la mefme maifon en perfpeétive, Sc de l’autre coité tout du long delamuraille vne promotion de Chevaliers de l’Ordre de la Toifon,faite par Charles le Hardy,oil tous les perfonnages sot reprefentés au naturel, Sc reveltus de leurs habits de ceremo- nie. Dans vne autre chambre eftoient quelques tableaux de Titian , de Iacomo de Palma Sc de Caravaccio, Sec. Vn ta¬ bleau de tygres, de lions, Sec. de Savary : vn tableau reprefen- tant vne cuifiniere au bout d’vne table chargée de toute for¬ te de gibier r Romulus Sc Remus tettans vne louve. Plufieurs tableaux de mers Scde navigations. Au fortir de cette chambre l’on entre dans vne gallerie , qui a d’vn coité des feneitres de la hauteur de l’exhaufTe- ment, Sc de l’autrc trois cheminées , fur lefquelles eftoient les portraits des Empereurs RodoPe Sc Matthias, Sc del’Ar- chiduc Erneft , Gouverneur des Pai's-bas , avec des armes complettes, Sc fur la porte celuy de 1’Empereur Ferdinand II. eftant encore Archiduc de Graitz. Sous ccs portraits eftoient quatre grands tableaux, reprefentants autant de fieges de villes fairs au Pai's-bas du temps de 1’Archiduc Al¬ bert, 8c entr’autres le memorable liege d’Oftende , fait en deftrempe. Plus deux nopces de villages , oil les Archi- ducs Albert, 8c Ifabelle s’eftoient trouvés en perfonne, Sc dont les perfonnages eftoient faits au naturel, Sc au bout de la gallerie eftoient les portraits de Philippes II. Roy d’Efpa- gne, 8c de 1’Empereur Maximilian I. en habit de chafle,tenant vne arquebufe à la main. Au milieu de la gallerie eftoit vne table,ou eftoient reprefentés plufieurs ofeaux,d’or de rapport,, dont les yeux, le bee 8c les ongles eftoient de pierres pretieu- fes. Cette table eftoit fouftenue par deux figures de bronze
  • Grottcs. DV Sr DEMANDELSLO, LIV. III. 623 j°ré;, ,L>0nífoic^u’eIIeeftoit efcheue en partageà l’Archi- , , An due Albert, delaiucceffion del’Empereur Rodolfe fon frere, ° 4 ' & que 1 Infante en avoit fait prefent eu Cardinal Infant. On 1 eitimoit foixante dix mille efeus. C’eEpar cette gallerie cue le Cardinal Infant defeend dans teiardm. Ie Iardin, qui eft compoíé de parterres, d’allees, de prés de vergers, de berceaux Sc de vignes, & eft accompagné d’vn pare , qui vaju’fqu’aux muraillesdela villc, peupleede dains ecerfs, de chcvreiils, 8c de toute fortedegibier. En entrant dans Ie jardin Ion trouve dans vn eftang vnepetitemaiIon quarree, baftiefur quatre pilliers, Sc accompagnée d’vn la- bynnthe, & d’vn parterre fait en broderie, deftiné à des tu- lipes&ad autresfleurs. Vn peuplus avantl’on voit vne mai- lon de pJaifance, plus grande que la premiere, 8cayantdeux eitages. Enla fallebaife fe voyent plufieurs beaux tableaux, & au fortir de là on pafte par vn autre parterre , 6c en ftiitte par quelques allées pour alter à la grotte} cn laquelle Orphée joiie de la lyre, pendant que le Pegafe bat la mefure du Pied’. Au fortir de cette grotte 1 on monte par íèptdegrez à vne au¬ tre , ou 1 eau fait joiier des orgues, avec leíquels vn fãtyre me He fon flageolet, Sc quantited’oyfeaux leur chant, qui unite lenaturel.Leau y fait aufli travailler toutes fortes d’ar- tifans, Sc fort de plufieurs grotefquesen ft grande quantiré, qu a la -eferve de celle de Liancourt, il n’y en a point en toute la Fratce quien approche. Apres celal’on defeend dans vn vallon, oul’on voit dans vne grande oyfelliere toutes fortes d’oyfeaux, Sc entr’autres quantiré de petits perroquets, qui s’y retirent l’hyver , 6c au printemps on leslâche, afinqu’ilsfe nichentdans les arbres. L orengerie, vn pareouTon nourritdes faifans, des herons, des pigeons des Indes 8c plufieurs autres oyieaux eftrangers, Sc vn autre parterre, achevent l’embelliflemenc de ce lieu, qui eft fi a^reable,que l’Empereur Charles V. y fit baftir vne peti¬ te maiion, pour fa retraittefur la fin de ion Regne, Sc parce que 1 air yeft fort fain, 6c la yeue admirable, il s’y plaifoit fi fort, qu’on la conferve encore aujourd’huy, 6c on 1’entre- tient pour 1’amour de ce Grand Prince. Le baftiinentdel’Hoftelde Villen’eft pas fort exraordinai- re > mais d merite d’eftre veu, tant â cauíè de la machine, Ilii 1]
  • lé40. Piincipaux Jioftcls de Bru¬ xelles* Chancelerie áe Brabant. Arrive à £ou- vain. 6z4 VOYAGE DES INDES, qui fait monter l’eau juqu’au troifiéme eftage, Sc cie fon clo- cher, qui eft le plus beau de toutela ville 5 qu’à caufe defes beaux tableaux, dontfes chambres fonttapiftees:parmy Ief- quels il faut admirer le jugement de Salomon, pemt par PA- pelles de noftre flecle PterrePuul Rubens. Le dernier jugement. Vn tableau reprefentantl’ infante Ifabelletirantaupapegayà vne dedicace, ou comme ils difent, vne KermelTe de village,Sc vne autre, ouelle revient avec touteíà CourdeMariemont à Bruxelles. Il n’ya quaíi point de Prelatny de Seigneur quin’aitfon hoftel à Bruxelles. Les Eftats de Brabant Sc de Luxembourg y ont le leur: mais les principaux hoftels font ceux d’Orenge, d’Aerfchot, de Cleves ou de Raveftin,d’aumale, de Hoog- ftratcj de Spinola, de Barlemont,d’Aremberg, d’Egmont, de Mansfeld , Scc. Entre les baftimens publics paroifíent le {dusceluy qne Pon appelle la maifonaupain 5 devantlaquelle es Comtes d’Egmont Sc de Horn furent executes en Pan jj68. les Eglifes de S. Nicolas,deS. Gaugcric,de S.Iacques, de Sainte Catherine , l’Eglife au fablon. LHofpital de S. lean, le College des Iefuites,&l les Conventsdes chartreux, de Cordeliers, des Carmes , des Jacobins , des Auguftins, des Capucins, des Carmes defchauftes, des Minimes, des Clarifies aifées, des Clarifies pauvres, de Sainte Ehíàbeth, de Sainte Brigitte, desSoeursNoires, deIerico,des Carmelites, des Chanoinefles dePOrdredeS. Auguftin , de PAnnontia- tion, des Converfes, des Benedictines Angloifes, &c. En cette ville eft aufíl la Chancelerie de Brabant, qui eft comme le Parlem êt de tou te la Prov iece,& eft compofée d’vn Prcfident, qui ala qualité de Chancelier , de pluííeurs Con- feillers ordinaires Sc extraordinaires, d’vn Advocat fifcal, d Vn Procureur general, dedeux Greffiers, d’vn Audiencier, de quatre Secretaires ordinaires, de neufextraordinaires&de pluííeurs autres Officiers.En cette Chancelerie plaident par appel tout le Brabant, à la referve de cette partiede la Pro¬ vince quePonappelle le Brabant valon, la Duche de Lim- bourg Sc le pays d’Outremeufe,ou font Faulqucment,Rolduc, Daelhem, Scc. Iedemeuray à Bruxelles deux jours, Sc allay le 4. Avril à Louvam, ou jarrivay fur le midy,par vn pays boíTu Scfâcheux.
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. III. C’eftlapremiere ville, non feulementdupremier quartier de T^4°* Brabant, qui comprend Tillemont , Leewen , Gemblours, aeSISt"11* Diefthem, Halen, fichem, Iudoigne, Hannuye Sc Lande, mais auíli de route Ia Duche, Sc en cette qualitc elleeftla premiere qui prefte le ferment au Prince, & qui a Ia premiere voix aux EÍlats 5 íi ce n’eft aux affaires pecuniaires, Sc lors que le Prince demande desfubfides j car alorsles Deputes de Ia ville d’Anvers, qui eft celle qui contribuc le plus,parlent les premiers. La ville eft íi grande, que íur la finduquinziefme íiecle trois des premiers .Seigneurs des Pais-bas,ayant culacu- riofitedefaire mefurer Pans, Liege,Cologne,GandÔCLou¬ vain, comme les plus grandes villes de toutes les Provinces de deça les monts, trouverent que cette derniere eftoit plus gran¬ de que les quatre autres. Aujourd’huy elle ne peut pas eftre mi- íè en paralelle avec Paris: mais elle nelaiflepasd’eftre fort grande$ parce quelle enferme dans fes murailfes tant de jar¬ dins Sc de vignes, qu’ils font plus de la moitié de la ville. L’on dit qu autrefois elle eftoit tellementpeuplée, que Ton y corri- ptoit plus de cent foixante mille ouvriers en laine,dont la pluf- part le íont retires en Angleterre, pendant les guerresciviles desPais-bas, Sc y ont eftably la manufacture des draps, qui Eftoit autrefois fait aujourd’huy vnepartie des richefles de ceRoyaume. L’on foitpcuplée, y adjouftequ’a onzeheuresdu matin l’on fonnoit vne cloche, qui appelloit les compagnons&les apprentifsdu travail au di¬ ner , Sc qu’alors ils lortoient de leur meftiers en telle foule, que les habitans , en entendant fonner la cloche , faifoient retirer leurs enfansdanslelogisj depeur qu’ils nefuílènttués dans la prefte. Mais e’eft ce qui ne doiventplus apprehender^ puis que fans l’Vniveriite, qui attire vnaftesbonnombred’e- coliers,, la ville feroit ptefque deferte, encore que l’airy lbit ft bon, que l’on choiiit ce lieu , comme le plus le íàindetous les Pays-bas, poury faire eilever l’heritier d’Efpagne Sc de L’air bon? tous lesEftats de Bourgogne,quifutdepuisappelleeal’Empi- re,fouslenom de Charles V. Lon compte jufqu’acinquante-trois tours'aux murailles de la ville, qui font de brique, & pendant le /lege qui y fut mis par deux puiflantes armées en l’an 1655. ^on fit quelques ba- ftionsdeftachés, qui ne fon pas fort confiderablesneantmoinsp; parce que la villenepeut-eftredeffenduequepar vne armée.. Iliiiij
  • i^4ô* Ie Due de Bra bant fait lefer. ment entre les mains du Pre- vo ft dc S, Pjer Vnniverfítè dc Louvain.* Son Reilcur. Sa Iuridiition, 6*6 VOYAGE DES INDES, Celle dn Roy d'Efpagne y empefeha alorscellesde France & des Provinces Vnies, jointes enfemble , de paílèr la riviere de Deyle , 5c conferva parcemoyen cequece Prince pofTe- ■ de encore aux Pais-bas. L’Eglifede S. Pierre eft aflèz gran- ‘ de, & paiTepourvne des plusjolies de tout Ie Brabant. Son • Chapitre eft compoie d’vn Prevoft,d’vn Doyen 5c de dix-huit ■ Chanoines -} parmy lefquels le Prevofta ce Privilege, que e’eft luy entre les mains duquel le Prince fait le fermenràfou ad- venement à fes Eftats. Lesautres Eglifes fontdediées àS. Mi¬ chel,à S.Iacques,à Sainte Gertrude 5c à S.Quintin.L’on mon- ftreau Conveutdes Iacobins vn pulpitre, ou i’on dit que Tho¬ mas d’Aquin chanta l’Evangile, lors qu’Albert le Grand y dedia quelques Autels en Fan 1176. L'ony voitauili le por¬ trait deLipfe, 5c i’Epitaphe qu’il avoit fait Iuy-meime. Ie n’euspasleloifir devoir la Chartreufe, ny le College des Ie- fuites,qui n’ontrien d’extraordinaire, nonplus que lesneuf Convents de Religieufes, que Fon compte en cette ville.L’ar- chite&ure&lafimetriedel’Hoftelde Villeeft admirable, 5c marque la magnificence des fieccles paftees,quiemployoient en baftimens,qui devoientíerviràla pofterité, ceque leno- ftre confume dans vn luxe,qui ne laiflera aux noftres qu’vn tri¬ fle fouvenirde la corruption de nos moeurs, ôcdeFinfamie de ceux qui eflevent leurs maifons particulieres fur les mines des bâtiments publics, qui les cimententdu fang dupeuple,& qui erigent leurs trophees, endeslieuxoul’on verra long-temps les trifles marques de la mifere 5c de la defolation publique. Mais cequi orne le plus la ville de Louvain, e’eft l’Vniver- íité, fondéepar lean de Bourgogne Due de Brabant. LeRe- deur, que Fon change de fix en fix mois, ne paroift jamais en public, qu’avec farobbe d’efcarlatte , 5c le chaperonfourré fur l’efpaule 5 ayantdevantluy vn bedeau, qui portc vne mafic d’argent, 5c apres luy quelques ferviteurs de l’Vnivefite. Aux grander Feftes, aux Proceflions, 5c aux autres ceremonies ex- traordinaires, il a devant luyhuit bedeauxavec leurs mafTes d’argent, 5c Fon a pour luy tant de refped , que Fon dit que FEmpereur Charles V. fe trouvantvn jour à Louvain, voulut que le Redeur prift íamain fur luy. Sajuridions’eftend fur tous les Efcoliersj en forte qu’en defendant ilsne font obliges d’efter à droit devant luy, 5c en demandant ils ont vn autre . F - '' "* ""' * -
  • DV Sr DE MANDELSLO,LIV. III. 6tJ luge, quel’onappelleleconfervateur des Privileges dc l’V_ 1640. niveríité pardevantlequelilspeuvent afligner leurs parties, en quelque villede Brabant qu’elles demeurent. Ce luge eft Eccleiiaftique, Sc c'eftl’Abbe detainee Gertrude, quia°cette chanedio dc qualite, 8c qui procede par la voye d’excommunication con- tre ceux,qui rcfuíèntde comparoir devant luy. LeChancelier del’Vniverfite, qualite quieftannexée à celle de Prevoft de Lespacult“- S.Pierre , n’apointd’autresfonctions quedeconferer les de- grés en toutes les Facultes. EnI’Vniverfite dc Louvain il y enacinq, fçavoirdeTheologie, de Droit Canon , de Droit Civil, de Medecine 8c des Arts. Cette derniere a fon Doyen, qui a fa feance hors de rangquand les Facultes s^íTemblent! Celle deTheologiea trois Colleges, ou lesDodeurs demeu¬ rent 6cenfeignent j le grand, le petit Sc celuy qu’Adrien VI. fit commencer lors qu’il eftoit encore Doyen de S. Pierre & qu’il fitacheverapres fon exaltation au Pontificat. Il y a aufii trois Colleges pour la I urifprudéee,8c plufieurs autres pour les 1 agues 8c pour laPhilofophie,entre lefquels celuy que Bujleidai fonda du temps del’Empereur Charles V. de trois Profefteurs des langues Hebraiques,Grecque 8c Latine,eft le plusilluftre. Au fortir d’vne des portes de la ville I’on entre dans vne allée Naifon dc hc~ de tillots,de mille ou douze cens pas de long,6c de quarante devcrId* large, tirée à la ligne, à travers de plufieurs collines, qu’il a fallu couper pour vnir ce cheminjufqu’auchafteaudeHcverlé, appartenantau Ducd’Aerichot. C’eftvndes plus beaux Iieux du monde, tant à caufede fonaífietteentre plufieurs petites collines, ayant devant la riviere de Deyle, 6c derriere celle de Fure, que l’on a conduite par plufieurs canaux dans les prés voifins, ou elle fait plufieurs eftangs ,qu a caufe des jardins des vergers, des parterres, desallées, des fontaines, des n-rottes 6c du pare done elle eft accompagnce. A cinq cens pas du chafteaueft vn Convent de Celeftins VGen«a» kit* de lafondatio des Dues d’Aerfchot, qui ont choifi cette Eglife Dues deCro/^ pour le lieu de leurfepulture , 6c qui ontfait peindre aux deux dcPuis Adaia’- coftezduCheeur, tousles Seigneurs d’Aerichot 8c de Croy, depuis Adam juiqu aprefent, avec leurs 110ms 8c leurs armes. L’on y void entr’autres fur la tombe de Charles de Croy, qui eft de bronze, cette infcription. Garolas« Croy: N uper Dux Croy & Arfchotti}ex magna progénie
  • I&f-O. Malines fait vne des dix- ícpt Provinces. Convent de filies. Park meat. 6i2 VOYAGE DES INDES, natus-.nunc fiutredo terr*,& cibus vermiculoYum. obiitin Domino, expcíixns rtfttrreSlionem mortuorum els. Id. cxii. Ie partis de Louvain le y. A vril, & arrivay le mefme jour à Malines, qui n’en eft éloigné quede quatrelieues. Elle fait avec fon territoire ., vne des dix-íèpt Provinces des País-bas: parcequecette Ville ayant efté acquiíè en partie par 1’Evef- quede Uege, & en partie parle Comte de Gueldrcs, qui Ia vendirent en Pan 1333. à Loiiis de Nevers, Comte de Flandres, qui refufi d’en faire hommageau Due de Brabant, ils en vin- rentaux armes, quinefurentpofées qu’à I’occafion du mana¬ ge de Louis de Male, fils du Comte de Flandres , avec Mar¬ guerite, filie de lean III. Due de Brabant enfuite duquel ces deux E flats eftans entres en la Maifon de Bourgogne, Philippe le Bonvoulutquela ville de Malines fift vne Seigneurieparti- culiere, comme elle eft encore aujourd’huy. La ville eft fort ancienne Òc belle, & depuis ces dernieres guerres l’on y a fait quelques fortifications, mais dies font fort peu confiderables, auífi bien que la pluípart de íes baftiments publics, à la referve de 1’Eglife de S.Rôbauld, qui eft la princi- pale, ôc le fiege del’Archevefque. II y avoit autrefois dans Ic faubourg vn Convent de Religicuíès de Sainte Catherine, ou l’on voyoi t quelquesfois j ufqu a quinze ou íèize cens filies, qui y eftoient nourries &c élevées en tous Ies exercices , dont ce fe- xe eft capable. Maisil n’y eut jamais rien qui repreíèntaft íl bien 1’Abbaye de Theleme : Car ces pretendiies religieuíes n’avoientpas feulement la liberte de faire des vifites, & d’al- ler par la ville pour leurs aíFaires particulieres ; mais elles avoient auífi celle de quitter le voile, de fe marier, & de íè jetteren telle autre profeífion, à laquelle la volonté de leurs parens, ou Ieurpropre inclination Ies appelloit. Ce Convent a efté ruiné pendant les premieres guerres des,Pais Jias. Cette ville a 1’honneur de logerle Parlement, quieftendíà jurifdiclion furies Comtés de Flandres, d’Arthois &; de Na mur, fur la D uchédu Luxembourg, Scfur Valenciennes. 11 eft de 1’inftitution de Charles le Hardy, dernier Due de Bourgo¬ gne, & eftoit compofé d’vn Chancelicr, d’vn Vice-Chance- her, de deuxPrefidents, de fix Maiftres des Requeftes , de quatre Chevaliers, ou Coníèillers d’epee, & de vingtautres Coníèillers, dont les huit eftoient Clercs & Jes douzes autres Laics.
  • DV Sr. DE MANDELSLO, LIV. III. 6z9 Laics. II eftoiten ce temps-làambulatoire, 8c oblige defuivrc 1640. Ia Cour: maisPhilippele Bel, fils de Maximilien d’Auftriche ôc de Mane de Bourgogne, ayant fuccedé au Royaume de Cainhe, “xaen 1 ani)'°3- devancquede s’embarquer pour paíieren Efpagne. Aujourd’huyil n’eftcompofe que d'vn Pre- li cnr, deíeize Coníòillers, de deux Greffiers , dchuit Sc. cretaires, 8c de qudquesautres Officiers,&ilIugeen dernier reílorc, fínon que par requeíle civile, ou com me l’on parle en ces quatiers-là, par reviíion, Ponpeuc s’adreiferala Chance- erie de Bruxelles. Les plaidoyers 8c lesefcricures nes’y font qu en Francois, 8c c’eit là oii les Chevaliers de 1'Ordre de la Toiíon ontleurs caufes commifesenpremiereinftance. Le 6. Avú\]epirús dc Mtlines, ôcarrivayle mefinejour à Anrerí. Anvers, par Ia barque. La reputation de cette ville, qui efloit autrefois Ia plus marchande de toute 1’Europe, mobligeaày demeurer deux jours, 8c à voir la plufpart de fes bailments publics, qui peuvent íans doute eftre mis au rang des plus beaux de l’Europe. II íemble en cíFet qu’ils one efté fairs pour quelque choíe de plus grand , que ce que la Ville eft aujour- d huy, 8c que les ruês, qui font les plus belles 8c les plus larges <]uej aye jamais veues, 8c íès marches, qui íontaunombrede \ ingt-deux, ont eílc faits pour vneplus grade affluence de peu- ple que celle que 1 on y void aujourd’huy. Et de fait, L. Guiccur- (tin dit,que defon têps lon comptoitdans la ville d'^inven ju£ qu a trais censpeintres, cent quatre-vingtsdix-neuftailleurs ílx vingts-quatre Orfevres, cent dix Chirurgiens 8c cent foi- xante neuf boulangers, lefquels faifans eníemble neuf cens deux families, il faut que lenombrede cellesquiles faifoient lubliíler, full fans comparaifon plus grand, qu’h nel’eilpre- fentement. r Iln’yapointde ville au monde mieux íltuée pour Ie com- sonprrr. rnerce que celle-cy. L Efcault qui iepare en cet endroitla Flandre du Brabant, luy lertdeport, puifque les navires peu¬ vent aborder jufqu’au quay avectouteIeur charge, quelque grands qu’ils loient, 8c y demeurer à convert dc tousles ora- ges que l’on peutapprehender ailleurs. Elle eftàcinquante 8c ufomtion' vn degd vingt minutes de latitude , 8c à'vingt-fix degrés quaraite-deux minutes dc longitude, 8c n’eil éloignée de Ja mer qie de dix-huict lieuês : c’eit pourquoy clle a les meimes II. Partie. KKkk
  • lé 40. S*s baflimcns publics, Sesremparts. Scs rub's, S«s Eglifcs. Í30 VOYAGE DES INDES, commodítcs du flux &: reflux, que toutes les autres villes rna- ritimes. Mais elle n’a joiiy de ces avanrages qu’environ foi- xante&dix ans: CarieiPortugais y ayans cftably leur com¬ merce , pour debiter leurs elpiceries dans lc Nort, au com¬ mencement du dernier iiecle, les Allemans, qui ne les avoient cues jufqu’alors que par le moyen des Venitiens, qui les alloient queriren Egypte, Sc les diftribuoient en Allemagne par charroy, voyans vn fi remarquable changement aux prix, y baftirent des maifons Sc des magazins,& y porrans leurs mar- chandi(es,y faiioient venir les Anglois, les villes Anfeatiques, Sc la plufpart des autres nations, qui s’y rendoient comme à vnefoirepublique Sc perpetuelle de toute l’Europe : jufques la qu’il s’y employoit tous les ans plus de cinq cens millions enmarchandifes, fans l’argent que Ton remettoit à routes les autres places du monde. Cefuren ce temps-là, que l’Empe- reurCharles V. fitagrandirlaville, &qu’illuy donna l’cften- due quelle a aujourd’huy : que Eon fit baftir la place du chan¬ ge, qucl’onappelle la bourfe, Sc que cette íbcieté de mar- chandsdu Norr, qui eftoit autrefois fi illuftre y fit baftir ce- bel hoftel, que l’on appelle encore aujourd’huy l’hoftel des Ofterlingucs. Lesguerrescivilesdes Pais--basont fait retirer les marchands, qui s’y cftoient cftablis, Sc ont fait transferer le commerce cn Hollande. Mais cela n’empefche point que la ville d''i^invtrs ne con- íèrve encore en fes baftimens, publics & particuliers, toutes les marques de cette fortune, Sc qu’elle ne puifle eftre mife au nombredes plus belles villes du monde.
  • DV Sr DEMANDELSLO, LIV. III. íè que Ton void ces deux beaux tableaux, repreíèntans le com- 164.0. ' batdu Ciei, Sc le dernier jugement, faits par François Flo¬ ris, le premier de rousles peintres Flamens pour 1’invention ScpourledeíTein. Le meurtre des innocents , de Ia maniere de Pnrre Brueguel. Le tableau reprefentant Iefus-Chrift more, eftendu íurvn Jinçeul, accompagné de plufíeurs per- íõnnages, fait par Quinun Meílis-, lequeleftant filsd’vn fer- rurier , Sc de la mefme profeftion , apprit à peindre , fur cc que Ia filie d’vnpeintre, qu’il recherchoiten mariage , luy die eníe moequant de luy, qu’elle l’efcouteroit lors qu’il feroit auíli bon peintre, qu’il eftoiten reputation d’eftre bon ferru- rier.L amourluy enfeignacétartentelleperfe&ió,qu’ilpaire {>our vn des meilleurs maiftres de fon temps. L’on y voit auíli e S.Scbaftien de Michel Cox, peintre fí celebre, quele Roy Philipp es II. luy donna deux mille ducats d’vne copie qu’il avoit faited’vn tableau, qui reprefente le triomphe de l’A- gneau, oul’Adam Sc Eve, dans l’Eglife deS.BavonàGand, fait par lexn Van Eyck, que les Italiens appellentcommuné- ment lean de Bruges, 8c qui eft celuy, qui, àce que dit Geor- ge Vaíàri, trouva le premier I’invention de peindre en huile L'huyic. environ l’an i4io.Iufques-là l’on n’avoit peint qu’en deftrem- pe,SClan Van Eyc{, qui aymoit la chimie, cn cherchant en íès fecrets vnvernisplus beau Sc plus durable que celuy dont les peiitres fe íèrvoient alors , trouva que 1'huile de noix , Sc de lii relevoient ft bien le coloris, qu’il ne fe donna point de repos, qu’il n’en euft fait l’experience, en la meflant avec lescouleurs. Ilyreuilitft bien, que tousles curieux d’ltalie voulurent avoir de fes tableaux, Sc entr’autres Alfonfe Roy de Naples, quien fit voir vnàAntoneldeMeífine , peintre Sici- lien. Celuy-cy fut tellement ravy de la beautéde cette nou- velle invention , qu’il fut i Bruges exprés pour faireamitié avcclan Van Eyck, 8c pourenapprendrece fecret, lequelfut par ce moyen porte en Italie. Lesautres Eglifes Parochialesfbnt celles de S. George ,de SaintewaRurge, de S. André Sc de S. Iacques -y dont je ne diray rien,parce que je ne les ay point veues, non plus que le Convent del’Ordre de Premonftré, ny les autres, commc ceux desmoincs de l’Ordre de Cifteaux,fous lenom deS,Sau- veur,desAuguftins, des Carmes, des Cordeliers, des Iaca- KKkk ij
  • êyi VOYAGE DE5 INDE5, bins, des Capucins; maisjemevoulusbiendonner Ia fatisfa- cftionde voirle College Sc 1’Eglife des Iefuites,que 1’onma- voic die eftre vne des plus belles que cette grande Societé ait de deçà les monts. Et de faitEonn’y void que dumarbré, de 1’albaítre , de l’or, &cequieft plus precieuxencore,vn grand nombre de tableaux de la maniere dujeune BrueguelSc de Rubens. Lebaftimenteft fouftenupar trente-fíx colomnes de marbre, & des dcuxcoftésil regne tout le long de 1’Eglife vne gallerie,dontlabaluftradeeftd’albaftre.Ses Autelssõtdes plus riches de 1’Europe, 8c tout ce qui íè void dans PEgiiíe eft íi propre,que íi elle cftoit vn peu plus eclairée,l’on poui roit di¬ re qu’il n’y manque rien du tout. Les appartements du College font grands, 8c trop beaux pour íèrvir deretraitte àdes per- íbnnes qni renoncenc au monde, 8cquifontveude pauvreté. L’infcription qui eftau frontifpice de l’Eglife, marque en fes lettres numerales 1’annéeen laquelle elle a eftéachevée, en cesmots :ChrI/lo Deo, Vlrglnl Vet pare: B.l^nutl o LoIoLx:So- c/etatlsà ytorl: Senate's popVLV'f^V'e •^intV'crp 1 crisis, pV~ J1LIC0& prIVato *reponere Folui. Il a outre cela plufieurs Convents,tantd’hommes que de femmes, des Hoípitaux, des maiíbns publiques pour les infir¬ mes Scpour les orphelins, 8c vn tres-grand nombre decha¬ pel les Scdemai/ons, c^ue la devotion de quelquesparticulars a dcftinéesà la charite. Mais il eft impoffible de rien voir de plus magnifique que l’Hoftel de Ville, ou l’on voit en fes quatre eftages, le Tofcan, le Dorique, l’lonique &le Corinthiaque, tellement meiles enfemble,que 1’onnc peutrien adjoufterà la perfection de cét ouvrage. La place du change,oulabourfe,marque eníà gran¬ deur en fon architecture l’opulence de la ville qui la fit ba- ftir en l’an 1531. ainfi que 1’on voit en l’infcription fuivante. x S. P. A. IN VSVM NEGOTIATORVM CVIVSCVM- QVE NATION 15 AC LINGVO, VRBIS- QVE ADEO SVJE ORNAMENTVM ANNO M. D. XXXI. A SOLO EXSTRVI CVR. La Reine Eliíàbeth d’Angleterre a fait baftir fur fon mo- dellele change de Londres, 8c la ville d’Amftredam l’a imitec
  • DV Sr. DE MANDELSLO , LIV. III. 633 pour la conílruCtion de fa bourfe * mais ces deux derniers bati- 16 40. mentsn’approchent point de celled’Anvers. LahanfeTheuthonique, ceft ainfiquel’on appelle aujour- d’luiy la focieté de quelques villes maritiroes firent il y a plus de trois cens ans,pour la leureté du commerce du Nort, y ont baity vn fort grand Palais,qui fut achevé en 1’an 1568 .mais dau- tant que dés ce temps-là 1’eítat de la ville commeçaà fe brouil- ler, auffi-bien que celuydes autres Provinces, illeur aeíté prcíque inutile, 8c aujourd’huy 11 eft defert, 5cne fert que de magazin pour les munitions. Le premier eftage eft com- pofé de falles & de magazins , 8c les deux aurres font envi¬ ron trois cens chambres, pour loger les marchands delalo- • 1 cicte. » L’onne me voulut pas permettred’entrer dans la Citadel- Cutaddlcj. le, quoy que l’on nepeult pas prendre ombrage fur ma pcr- lonne, parce que j’eftois fujet 8c domeitiqued vn Prince,qui n’a rien à demefleravecle Roy d’Efpagne, n’y demon pro- cedéj parce que venant d’Angleterre,6c allant en Allemagne’, je neleur pouvois point eitre fufped. Ie me contentay done de confiderer ce bel ouvrage, de la plaine qui fepare la Citta- delle d’avecla ville, 8c trouvay qu’a mon jugement, la courti- ne entre les deux baftions,qui regardeiit la ville, pouvoit eitre d’environ centtoifes. C’eitvne fortification regulierefaite en pentaçonepar vningenieur Italien, nomme PaEhotti, qui la fit en Ian 1569. par l’ordre du Due d’Albe $ 8c fous la dire¬ ction de Gabriel Serbelon, General de 1 artillene aux Pais-bas,. Elle commande à la ville, 8c fon Gouverneur eftvn des trois qui ont la qualitc de Chaftelain, laquelle ne fe donne qu a des Efpagnols naturels. Les deux autres font ceux.de Gand 8c de Cambray. ... L’Imprimeriede Plantineftvnedeschofes de routes la ville L-Impr;meri# qui merite le plus d’eftre veue. C’eft vn hoftel, oil ce|uy ~lc f kntin. qui enala direction eft logéen Prince, 8c on le travail ie fait avectantd’ordre,que 1’onnefçayce que Tony doit admiier le plus, ouíavarieté 8c la beauté des caraCteres, l’exa&itude que l’on yapporte aux corrections des livres, ou les diveifes fonCtions de ceux qui travaillent à la eompofition, a la preiTe,, à ranger les fueilles 8cà embaler les livres, que le fieur ue Mu- renberg diitribuepar toutle monde , 8í particulierement en K R L k 1JJ
  • í£4®. / Anvers fait .Province. v Breda.' Scs fortifica¬ tions. 634 VOYAGE DES TNDES, Eípagne, ou il envoye íòuvent des impreilions routes entieres. Ievis encr autres vne bibliotheque compolée des íèuls Jivres, qui ont efté imprimes parPlantin Sc par fes headers. Ie 1’ad- miray autant qu vn hommede maprofeifion pouvoit faire,8c allay de la voir la verrerie, qui pei.it certainnement eftre com- pareea cede que 1’on die eftre á Muran , Sc le refervoir qui me *ournit d’eau routes les maifons de la ville. Aurcfte la ville d’^z/fn,que les Italiensappellentydn>e>yrf, les Efpagnols Amberes, les Allemans ^tntorf, Sc ceux du pais’ Antwerpen, eft la priricipale d’vn des quatre quartiersde Bra¬ bant, qui comprend Bergop%oom , Breda, Lier, Herentah & Steenbergen, 8c fait feule vne des dix-fept Provinces , ious la qualite de Marquiíàt du S. Empire. Le Prince d'Orenge a celle de Vicomtebereditairede cette ville, qui eft vne dignité fans fon&ion,8e prefqué íàns revenu, laqueile fes predecefteurs ontacquifes des Dues de Cleves, qui la poiledoient comme Seigneurs de Dieft. Lc 9. Avril jepartis d’Anvers de grand matin, apres avoir envoye le jour precedent monpaile-portau Gouverneur dans a Citadelle,8carrivay le lendemainà.Z?mff.Ienem’yarreftay que lereftedu jour parcequ’cnyarrivantl’onpeut jugerde íà iituation, , qui eft fort agreable, Sc pour ce qui eft de la ville a 3 r*en * vo*r^non ^es fortifications 8c le chafteau. Celt fans doutela plus forte place de lEurope, 8cl a plusre- gulieremcnt fortifiée. Car encore quela courtine ibitvn peu plus grande en quelques endroits, que l’on ne la feroit aujour- d buy, ce defãut neatmoins eft fi biereparé parlcsdemy-lunes, qui font entre les baftions, Sc tous les autres ouvrages, quine ont reveftus que degazons, font fi bien fairs, que non íèule- ment il ne manquerien a la defenie de la place^mais auifi que le Marquis .Spinola , ayant reiolu d’aifieger cette place en fan 16x4.neI’olajamaisattaquerpar force, Sc la reduifitau pou- voir du Roy d’Efpagne par la famine.Les rivieres de Merke Sc d Aa,qui remplilTentlefofledc la ville,font qu’il n’eft pas ega- Jement large par tout, Sc qu’en quelques endroits il n’a que ioixante-dix Sc end’autres juíquàcentcinquantepieds de lar¬ ge rbordé d’vne contre-efcarpe de cinq pieds de baur, avec vnparfaittement beau talu. Son rempart eft flanque de quinze baftions Sc defendu au pied par vnehayed’eipines vives, qui luy fert defaufebraye. r ^
  • DV Sr DE MANDELSLO, L1V. III. % Le chafteau a cfté bafty par Henry Comte de Naílàu, Sei- 1640: gneurde Breda 5 Icquel eftant demeuré heritier de tout 1c Lecl,altca,J» Domaine que la maifon de NaíTaupofTcdoitdedeçà le Rhin, eípoufa Claude de Chalon, filie de lean Prince d’Orenge. II eft ceintd’vn double fofíe , 8c le baftiment que les derniers Princes d’Orenge y ontajoufté, eft à la moderne. L’on me fit remarquer fur la chcminee de la falle le tableau d’vn che- val, que l’on difoit avoir eftéengendré d’vn cerf8e d’vne ca- valle, 6c eftoitfivifte, qu’ilfaifoitlc cheminde Bredaà Bru¬ xelles 6c dc Bruxelles à Breda, c’eft à dire plus de quarante lieues, envnjour. Les chambres du Prince 6c de la Princefle eftoientparfaitementbienmeublées, delids6cde tapifleries, 6c entr’aucres de quantité de tableaux 6c de portraits-parmy lefquelsjcremarquay celuyde I’Empereur Adolfe de Naflaa 6c ceux des derniers Princes 8cPrincefIesd’Orenge , 8c de la PrinceíFe de Conde, telle qu’elle eftoit lors qu’elle arriva à Bruxellesen Pan 1609. L’Eglifceftfortbelle, mais je me trouvay fort furpris den’y fombeaude voir pointd’ornement du tour. I’y visle tombeau de Henry Henry dcNafir de NafTau, qui y eft repreíenté en marbre blanc, tout maigre fau* 6c desfait,tel qu’il eftoit lors qu’il mourut de phtifie le 14. Sep- têbrei^S. fous vnc tombe couvertede routes les pieces d’vne- cuirafle, mais feparées, 6c elle eftoit fouftenuc par quatre per- fònnesàgenoux.AupresdelàPon voitlc tobeaudela Princef- fefafenrne,8c enfuitteles tombeaux depluiieurs autres Cotes de Naílàu, entr’autresceluyd’Engelbert, onclede Henry,ar- mé d’vn corps decuiraftes , garny d’vne cotted’armes, qui eft bordde d’vne frange à laquelle pendent plufieurs clochcttes. Cette ville eftoit autrefois du domaine desDucs deBrabant. Commcnt c,r mais lean 111. Ia vendit en l’an 1305. àlean de Polane > eftentrée dan? Seigneur de la Lecke, pere de Philippes, quinelaiílã qu’vnc lamaifoads ' fille,nomméeIeanne,lequelle eípoufa en Pan 1404. Engelbert, 1 'iraU| Comte de NafTau Dillembourg,6c par ce moyen ia Seigneurie de Breda entra dans Iamaifondc NafTau , enlaquelle elle eft encoreaujourd’huy , 6c fàit vne des meilleures pieces de foiv domaine rieftant certain qu’elle a rendu jufqu’a fix-vingts mil- livres par an, 6c plus. C’eft pourquoy il ne fe faut point efton- ner du fein que les derniers Princes d'Orenge ont eu de la for¬ tifier, §cde fe la ccnferver. Le Prince Guillaume, pere de:
  • 6)6 VOYAGE DES 1NDES, 1S40. celuy qui vitaujourd’huy, ayant efté contraint de fe retircr en Allcmagne, au commencement des troubles , le Due d’Albefelaifift de la place j mais le Comte de Hohenlolari- pritfur les Efpagnols cn l’an 1577. Lefieur de Haultepenne fa reprit quelques années apres, de forte quelle demeuraau pouvoir des Eipagnols, jufqu a ce que le Prince Maurice la reprift fur eux en Pan 1590. parleplus beau ftratageme, done 1’on ait jamais oiiy parler, fous la conduite de Charles de Ha- rauguieres, quil’executaavecfoixante dix homines, cachées dans vnnavire chargé de tourbes. Le Marquis Spinola allie- gea Breda en l’an 1614. Sc la prit apres vn liege d’onze mois: Mais le Prince d’Orenge laralfiegailyatroisans, Sc la reprit par force, en moins de iepmaines que le Marquis avoit em¬ ploye de mois à la prendre par famine. BoIJuc. L’vnziefme Avril j’allay à Bon leDuc,ou 2?o/cf«c,qui n’eft qu’a cinq lieues de Breda. La reputation que cette ville avoit ac- quilc, par tantde lieges qu’elleavoitfiouftenus, Sc particulie- rement par la vigoureufe refiftance que le Baron de Grob- bendoncy avoit faiteenl’an 1619. bien qu’il full contraint de ceder enfin à la force, m’obligea à fairece petit voyage. La ville eft belle Sc grande, ayant plus de deux mille maifons raiíbnnables, Ians les cafes des pauvres gens. Les rivieres de Pommel, d’Aa Sc de Diefe font fon fofte, qui eft des plus beaux qui fe voyent, Sc qui inondent vne partie de la cam- pagne voifine 5 mais la ville n’eft pas bien regulierement fortifieej finon quel’on a fait trois forts ducoftéde labruyere, Ses fortifica- dont ^es deux > f$av°ir celuY d’lfabelle Sc de Petler , font nous. Royaux, regulierement fortifies à cinq baftions, avec leurs contr’efcarpes, demy lunes, ouvragesàcornes Sc autres for¬ tifications , qui les rendent prefque imprenables, Sc le troi- fiéme, que l’on appellele fort de S. Antoine, Si qui eft en¬ tre celuy d’lfabelle Sc la ville , n’eft qua quatre baftions, mais ilnelailEe pas d’eftre fort confiderable j ainfi qu’il parut au dernier liege, ou il donna bien plus de peine aux Anglois, que celuy d’lfabelle n’avoit donné aux François. Eftcapitale C’eftvne des quatre villes principales de Brabant, compre- d'iV-.Hcrsqd*ere nanc f°us f°n refl*ort ^es Villes de Helmont, Endhoven , Me- •Biabaut.5 ' gen ^Rave/lein Sc Grave,Seles pais de C ampins,àçP eland,àdM a f- UndeSc d Oo/lenvic. M. de Brederode y commandoit pour les J Eftats
  • dcn- DV Sr DE MANDELSLO, LIV. III. 637 EftatsdesProvinces Vniesenviron foixantecompagnics d’in~ I^4°* fanterie, mais il eftoit chez luy, à Vianen. bé?g? U Lc iz. Avrilj’allay à5.Gertrudenberq^, àdefíein de m'y em- barquer pour Rotterdam, commejefis encore lc mefmejour. • Cettenlleeft dans le Brabant, Sc neantmoinselle eft íujette aux E flats de Hollande: c’eft pourquoy les Qrabançons avoiet autrefois vnecouftume d’obliger leurs Princes à promettre, qu’ils tafcheroient de reunir cette ville à la Duché Sc les Hollandoisaucontrairelesobligeoicntàjurer, qu’ils neper- mettoient jamais, qu’elle full diftraitedela Comté de Hol¬ lande. Elle eftdudomaine du Prince d’Orenge par engage¬ ment. La garnifon Angloife, qui y eftoit pour les Eftats pen¬ dant les premieres guerres, devant la treve, vendit la place aux Efpagnolsen 1589. pour quinze moisde gage: mais le Prince Maurice la reprit en 1593. àlaveuedu Comte de Mansfelt, qui s’eftoit campe quafià laportéedu Canon deParmée Hol- landoife, à deftein de fecourir la place. Ie paíTay à la veue dela ville de Dordrecht, allant par eau Dordrecht; fur vn país inonde, ou eftoient autrefois foixante Sc douze grands villages, qui furent engloutispar la mer le jour de la Sainte Elifabeth 1411. dont neantmoins il y a eu depuis qua- rante vn de fauvés Sc rétablis, mais des autres il n’en refte pas la moindre veftigc, à la referve d’vn feul clocher que Ton voit encore tu milieu de 1’eau. Le 13, j’employay vne partiedela matinée à me promener Rotterdam; parlavi.le de Rotterdam, qui doitfonnomà la riviere de Rot- te , corame celled’Amfterdama la riviere d’Amftel. La ville eft grande 6c fort marchande, particulierementà caufe de la pefche du harang •, la riviere de Meufe luy faiíãnt vn havre tres-commode, dont l’on entre dans la mer au deftous de la Briele. Toutce que j’y vis de remarquable ce fut la ftatuê de bronze, queleMagiftraty afaitériger à la memoiredu plus illuftredeces Citoyens, Erafme,SLvec cette inícription. ERASMVS NATVS ROTERODAMI OC- Statue lebreH} TOB. XXVIII. ANNO M. IVc LVII. OBI1T BASILED XII. 1VLII. ANNO. M. D. XXXVI. L’on voitauííi fur la porte de la maiíòn, ou ce grand homme cftné, cediftique Latin. II. Partie. • LL11
  • 638 VOYAGE DES INDES, 1640. JEdtbui hi< Ortus Mu»dum decormitEHfmus; Artihus ingenutf, religion?, fide: Et cet autre cn Efpagnol. EN ESTA CASA ES NACIDO, ERASMO THEOLOGO CELEBRADO, PAR DOCTR1NA SENNALADO, PVR A FE NOS AREVELADO. Delft. Et vnautre couplet auFlamen. _ . .. „ Lallay le mefmejour difner à Delft,qui n’eft qu «1 trois heucs dc Rottetdm. lefts cecheminpareau, dans vne barquecou- verte, qui part à toutes les heures du jour , de forte que 1 on Y eft à 1’abry du Soleil 6c de la pluye , 6c cell: fans doute la voiture la plus commode du monde : parcequ’iln’y a point de mouvement, qui vous puifle empefcher de lire 6c d eícrire, ôc que pour peu de chofe Ton loiic vne barque entiere, ou on eft pas iuoinsal’aife que dans vncabinet. Lallay encore lemei- mejourcoucheràla Haye, qui n’eft qua vnelieiie de la:parce qu'encore que la ville dcD?lfi foit la plus propre,6c la mieux li- tuée que i’aye jamais veuc,6c mefme alfez grande, ft ett-ce que ie n’y trouvay rien qui me puft arrefter, apres avoir veu Ho- ftelde ville, écleMaufolée, que les Eftatsdes Provinces vines Tombeau de 0nt eri^é à la memoire àeGwdtutnc deN^ff.tu I'rinced Orengepe- S«7ton. quel elfant Gouverneur de Hollande & de Zeelande au com- Sc* mencement des premieres guerres des Pais-bas, pnt les armes pour les privileges 6c pour la liberte du pais, contre la tyranme desEfpagnols.CePrince fat aflaíliné en cette ville par vn nom- mé Balthafar Girard, natif de la Comte de Bourgogne,en l’an 15S4.6cfutenterréenl,Eglifede S.Hippolite,oui onvoit lur fon tombeau fa ftatue de bronze, 6c aux pieds vn autre de mar- bre blanc, 6c aux pilliersde marbre, qui foufticnnent la voute qui le couvre, autant de ftatues de bronze,qui repreientent les vertusmorales, Chreftiennes 6c militaires, qmontfait met- tre ce Prince au rang des plus grands 6c des plus (ages Capi- taines de fon temps j comme fon tombeau eft le plus magnifi¬ que que j’aye veu en tout mon voyage. On y lit i’infcription fuivante. D. O. M. E. JETERN JE MEMOR IJE. Gulielrni N.iJfovi,fnpremi Araufionenfinm Pnncip.VatrisPdtri*-
  • DV Sr. DEMANDELSLO, LIV. III. <39 cjui Belgijfortunisfuxspoflhabuit&fuonim\Vahdifsimosexercttusy 1640.
  • 1640. La Haye. v»Ic tcide», €40 VOYAGE DES INDES, lieu, qui pour eftrelc plus beau du monde, euft cite capable de nfarrefter quelques jours, queparce que j’y rrouvay plu- fieurs Gcntilshommes demonpais,quiavoientpris party dans les gardes du Prince, Sc qu’cn effet je voulus voir en lapcrfon- ne de ce Heros quelque chofe de plus grand que ce que j’avois veu en tout mon voyage. Te vis auffile Palais que Guillaume Comte de Hollande, ScEmpereur, qui transfera la Courde Gravefande àla Haye, y fit baftir pour fa demeure, Sc qui fert aujourd’huyalaCourde lufticede Hollande&deZeelande* Sc au Parlement des mefmes P rovinces.Le mefme enelos conv prendle Palaisdu Princed’Orenge, Sc pluíieurs chambres, lalles&appartemens pour les Eftats generaux des Provinces Vnies, pourle Confeil d’Eftat, pour la chambre des Com- ptes,pour les deputes des Eftats de Hollande, pour les meimes Eftats ,quandilss’airemblcnt en corps, pour la chambre des Comptes dc la mefme Provrnce, See. Le Prince d’Orengea encore vn beau Palais dans lequartier, que Ion appelleNor- tende , qu’il occupoit pendant la vie de íbn frere aiíné , Sc plufieurs villes de Hollande y ontleurs maiíònsafFe&ées,pour les deputes qui y relldent continuellement. II ncíèpeutrien voir de plus delicieux,que le lieu, qu’ils appellent le Voorhout, oulaforeft iemeileteliementavecles maifons, que l’ona de la peine à dire fi l’ona bafty les Palais dans les bois, ou ft l’ona plante les arbres exprés, pour embellir lesmaiions. Maisce qu’il y a de plus charmant, e’eft la Cour du Prince,qui eft com- poféede tantde períonnes de qualite,Scde tant d’Officiers de aiverfes nations,quej’ofe dire qu’il n’y ena point en toutel’Eu- rope,oiileseftrangers fe rrouvent ft bien épurés des vices de ieur pais, pour faire profeifion d’vne vertu quel’on ne connoift qnafi point ailleurs. Le 15. j’allay à Leiden, qui eft à trois lieucs de la Haye. Te ne diray point que cetrevilleeft belle, pareeque routes celles de Hollande le iont5 maisileft vrayqu’elle eft des plus belles Sc des plus grandes de la Province. Ses rues font larges, ies canaux bordez detillots, fes maifonspropres, fespontscom¬ modes, Sc fes baftiments publics magnifiques. Les rroisEgli- íès de S. Pierre, de S. Pancrace Sc de Sainte Marie , font grandes, Sccette mole quis’eilcveaupresdelapremiere, re- veftue d’vne haute Sc forte muraille, marqueion an requite
  • DV Sr DE MANDELSLO, LIV. III. 6or II y ena quidifentquelules Cefor la fitfairelorsqu’ilpaifoen 1640» Angleterrc , 6c les autres veulentqu’Engifte Roy des Saxons, la baftitàíòn retour de la mefme Iíle.Q^oy qu’ilenloi^c’eft vne andquité qui fere d’ornement à la ville , 6c qui mericc d’eftre veuc,auífibien que rHoftel de Ville , ou 1’onvoidplu- ííeurs beaux tableaux, 6c entr’autres quelques-vns de ce cele¬ bre peintre Lucas Cranich. L’on y voit aulft reprefenté dans vne piece de tapiííerie lefíege que les Efpagnols mi rent devant cette villeenlan ijyz.enfuitte duquellesÈftats deHollande y fonderêten 1574.1'Vnivetfttcen laquelle ont enfeigné depuis ce temps-là les plus fçavants homines de fEurcpe. IevoulusvoirlaBibliotheque6c 1’Anatomie, quieft baftieen Amphitheatre, 6c conferve pluíieurs mumies,6c des fceletes dc toutes fortes d’animaux eítrangers. Le jardin des íimples eft fortcurieuxj Sccefutlà tout cequejepúsvoircejour-là.Ceft en cette ville ou fe font les plus beaux draps 6c les plus belles forges dupai's. Lelendemain 16. j’allay par terreà Haerlemy à cinq ou fix Haerlem; lieués deLeiden.En arrivãt àla ville Ton coftoyevn petit bois de hautefuftaye,6cdeçà6cdelàdes prairies, ou íèfait lemeil- leur blanchiftage du pais, comme dans la ville mefme il ie fait la plus belle toilede Hollande. I’y difnay, 6c vis apres difnerla grande Eglife , oil Ton montre les marques de la vibtoire ,que les armes des Chreftiens obtinrent à la prife de Damiate en fan 1119. àIaqixèlle ceux de Haerlem contribuerent le plus, 6c en remporterentles cloches d’vne fonte tres-fine, qui enme- moires d’vne ii belle adion,fonnent encore la retraitte tous les jours à neuf heures du loir. Cette ville, qui eft la plus grande de toutc la Hollande,apres celle d Amfterdam, fe vante de l’mventionde flmprimerie, 6c dit quel’ona tort de donner à la ville de Mayence la gloire quieftdeuêàvndeces cytoyens, noinmé Laurens Cojier, qui dés fan 1410. forma les premiers caracteres de bois de heftrej. 6c trouvacn luitte l’ancre,dont les Imprimeursfe fervent en¬ core aujourd’huy, 6c mefme changeales caracteres de bois en d’autresdeplob,6c enfuitteeneftam 5 -m iorte qu environ fan 1440. ’Art fe trouva quafi en faperfection.L’on eft ft bien per- fuadéte cette veritéà Haerlem, que leSenat a voulu eterni- ferla raemoire de Laurens Cofterpar i’micription, qujila fait LL11 iij
  • 1640. Amfteráam. 641 VOYAGE DES INDES, mettreíur la porte de íâmaifon,encestermcs, MEMÓRIA SACRVM. TYPOGRAPHIA. ARS ARTIVM OMNIVM CON5ERVATRIX. NVNC PRIMVM INVENTA CIRCA ANNVM, cBccccxl. Entre lesmal-heurs qui font arrives à eette Ville, &qui Iuy íontcomniuns avec toutes lesautres, l’on pourroit compter le ííege de íept mois, qu’elle fouffnt depuis le fin de lannée 1572. jufquau 14. Iuillet de 1'année fuivante, auquelelle fut contrainte de íè rendre à Frideric de Toledo, fils du Due d*Albc, Ci par íà genereufe deffenfe elle n’euil ruinéles forces des Eípagnols,& n’euil íervy comme de boulevart a tout le re¬ fle dela Province. Iepartis dcHterlctn à íixheurcsdu íoir, &-arriv
  • DV Sr. DE MANBELSLO,LIV. III. 643 nuellement fept ou huit censgrands navires, ou bicn 1’ordre 1640. & la piolice que Ie Magiftrat fait obferver , en toutee qui re- garde He repos dela ville , la felicite des habitans Sc la confer- vation du commerce $ par lequel la ville fubfifte, Separlcquel elle fai: fubftfter ce puiíTant Eftat, dont elle fait vne fi confide- rabie parti e. Car pour cc qui eft de fon cõmerce,il n’y a quafi point de ville au monde, ou les habiransdela ville d’ Amfterdân ayentleurs fa&eursScleurs correfpondances. Touteslcs villesmaritimes d’Angleterre,de France, d’Efpagne Sc d’Italic font remplies de íes cõmis,auíli bien que celles de la mer Baltique,Sc de la Moíl eovie mefme. Ileftpreíqueimpoílible de compter les navires quelleenvoye tous les ans à Archangel, à Revel, à Riga, à/Co- nigsberg,i Dantfig, fur les coifes de Pomeranic, Sc en N o.rvegue, ou ilsdebitent leurs efpiceries, Sc leurs eftoffes de foye Sc de laine, Scvont querirdubled, dubois, du gouldron, descen- dres, delacire, desfourruresScplufieursautreschofes, done ils ont befoin, ou pour le baftiment de leurs navires Sc de leurá maifons, ou pour la continuation de leur commerce dans les autres parties du monde. Ces flottes partent ordinairement deux ou trois fois l’an : mais il en part tous les jours pour le Weft, Sc à toutes les heures pour les autres villes de Hollande Sc des Provinces voifines, Sc avec tout cela fon port Sc fes ca,- naux font tellement couverts de barques Sc de navires, qu il y alieudedouteríileseauxyíòntplus habitées que la terre , Sc s’il y a plus de monde dans les maifons que dans les navires. Auífiy voit-on vne íi furprenante quantite de bled, de vin, delin, de bois Sc d’eipiceries, qu’il fembleque toutes les au¬ tres Provinces du monde ayent voulu s’epuifer, pour faire d’Amfterdam vn magazin public Sc commun de tout ce qu’el- les produifent: de forte que l’on peut dire, que ce n eft qu en cette villeproprement que Ton void les miracles, que 1 Illu- ftre ycaligerattribuê àtoute la Hollande. Quand il n’y auroit que la feule maifon de la compagnie des lndes Orientales, Ponferoitcontraint d’avoiier, que ce íeulcommerce feroit capable d’enrichir tous fes habitans. I a- vois veu charger quelquesnavires tta, mais quand je vis les magazins Sc les greniersà perte de veuê de la maifon des lndes Orientales, comblces§cchargesd’efpiceries, defoyes.
  • 644 VOYAGE DES INDES, 3640. d’eftoffe de Ibye 6c de cotton,de porcelaine, 6c de route ce que les Indes 6c la Chine ont de plus riche 6c de plus rare, je croyois que le tylon y euft envoyé toute íà cancile, les Molu- c]ue> tous leurs clous,les Kies de Sumatra 6c de lav-t toutes leurs eipices, la Chine toutes ces belles eftoftes, le Iapon fes beaux ouvrages, 6c tout lerefte des Indes Ion poivre 6c fa foye.Aufli peut-ondire que cette fociete eftvneeipece de Rupublique particuliere en ce petit monde* puis qu’il femble qu’elle ait fesMagiftrats, fes Officiers, fes armées, fes flottes, fesGe- neraux, fes Gouverneurs de Provinces 6c de villes, 6c fes (u- jets, qui n’ont point d’autre dependance de la ville, qu’vn eft it particulier derVnivers. Ce n’eft que depuis l’an 159 j. que les Hollandois ont comen- cé le voyagedesIndes, à l’inftigationd’vn marchand, nom- mé Corneille Houtm.m-, iequel s’eftanteftably à Liibonne,eut la curioíité de s’informer des Portugais de toutes les particulari- tés de ce voyage, 6c en fit venir l’envie à quelques marchands d’Amfterdam,qui équipperêten fan 1595. vne flottedequatre navires, qu’ils envoyerent le long delacofted’Afrique 6c le Cap de Bonne Fjperance dans les Indes 5 puifque le deftein que quelques autres avoient fait de cherchcr vn paftage par le Nort, n’avoit point reiifli. Ces navires revinrent à Amfterdam au bout de deux ans 6c quatre mois: 6c quoy que les profits de ce premier voyage ne repondiflent point aux eiperances des intereftcs,ilsnelaifterentpasd’engager plufieurs autres mar¬ chands dans le mefme deifein : de forte que dés 1’an 1598. ils y renvoyerent vne íèconde flotte, compofée de liuit grands navires. L’on n’attendit point le retour de cette Èotte^ mais en 1599. f on en équippa vne autre, 6c en meftne temps quelques autres lnarchanas firent vne nouvclle compagnie pour les voyages de long cours, 6c équipperent vne flotte par- ticulier : fi bien que pour éviter la rui'ne dont le commerce eftoit menace par tant d’interefts differents, les Eftats des ProvincesVniesdifpoferent les intercfles en fan 1602. as’ac- commoderentr’cux, 6c à faire vne compagnie commune ibus Jeur authoritc , 6c fous la direction du Prince d’Orenge , comme Admiral de ces Princes. Par cet accordainíiautorifé paries Eftats, avec vn odroy pour vingt 6c vn an, il futfait vn reglement, par Iequel la di¬ rection
  • DV Sr DE MANDELSLO LIV. III. 645 reclion de tout ce commerce fut commife à quelques-vns dcs1 0 4 pnnc'paux intereífés en fix chambres , qui furent cfta- bliesà Amfterdam , à Midelbourg pour la Zeelande,à Delft 6cà Rotterdam pour laMeufe, à Horn 6c à Enckhuifen pour la W eftfnfe. La premiere eftoit compofée de vingt direòteurs, celle de Midelbourg de douze , 6c les quatre autres de fept chacune :en forte quen tous les equippages celle d’Amfter- dam eftoit intérrelléepourlamoitié, celle de Zeelande pour vnquart, celles delaMeufc6cde Weftfrife chacune pour vn demy quart; II futordonnc aufti qu’aux aílèmblées generales celled’Amfterdamenvoyeroit huit deputes , celle de Zeelan¬ de quatre,6c celles de laMeufe 6c de\V eftefrife chacune deux, avecvnfupernumeraire,afin d’eviter les partages,quiferoit romrréparles chambres de Zeelande, 6c de la Meufe 6c de Weftfnfe alternativement. Lefonds de cette Compagnicmoncoit à fix millions fix cens millelivres, qui furent employes à Pequippage de plufieurs flottes:6cles premiers voyages furent fiheureux, que 1’on troii- va qu’en 1’an 1613. 1’argent des intereflés avoit profite de deux cens foixante deux pour cent. Mais les profits ont efté lãns comparaifon plus grands les années fuivantes, ainfi que cela fe peut voir par les diftributions qui ont efte faites de temps en temps. Ie vis dans la meíme maifon de la Compagnie toutes les drogues, tous les fruits & tous les animaux que pavois veusaux Indes j mais ce que j’y admiray le plus, ce fut 1 equippagc que 1’on y faifoit en plufieurs endroits de la ville, pourvne flotte qui devoit partir dans peu de jours. II eft impoífiblederien voir de plus beau ny de mieux con¬ certe que les rues, les canaux 6c les maiíons de cette ville. Tous les canaux font bordés de tillots, 6c les quais paves debri- quesaubort, 6c de caillouxau milieu de la rue. Les maifons, ícparticulicrement celles de la Ville-neufve, font autant de palais,fiproprespar dehors, que la peinturc n y fçauroit rien adjoufter, 6c fibienmcublées par dedans qu’ily en a dontles feuls tableaux pourroient faire les richelfes d vn homme. Mais cequ’il y a de plus riche c’eftce qui ne fe voit point. Car toutes les maifons eftant bafties fur des pilotis , il faut a^oiier II. Partie. MM mm
  • 4-6 VOYAGE DES INDES, 1640- que les fondementsne font pas moinspretieux, quele refte du baftiment, Sc qu’il n’y a point de foreftaumonde ii belle, quc celle que la ville d’Amfterdam couvre lous 1'es maifons. Entre les bafhments publics paroiiTent le plus les Egliies, Sc entr’autrcscellesquel’on appelle la vielle Sc la neufre, 6c les trois autres, qui ont eftb bailies depuis quelques amides par le Magiftrar. En la premiere l’on voitderrierele Choeur i’Epitaphe de Iacob de Heemficerke, qui apres avoir faitle voyage de Nova Zembla , Sc celuy des Indes deux fois, fut tue en l’an 1608. au deftroit de Gibraltar , ou il avoir atta- qud la flotte Efpagnole ious le canon du fort. Son Epitaphc luy peut fervir d’eloge^ c’eft pourquoyjelemettrayicy entier. HON OR I ET ^ETERNITATL IACOBO AB HEEMSKERCK. AMSTELODAMENSI. VIRO FORTIES. OPTIME' DE P ATRIA MERITO. Qai Pojl variai hi notas ignotafjue navigations , in Nov.tm Zemblant fub polo ArElicOyDu.uin Indiam OYientalem yVeyfis lAntarfticumi Totidemindeque optimisjfoliis ANN. 1604. Rever fas viClor: T andem y Expeditions Maritime adverfus Hifpan. prxfeShss, eorundcm validam clajfem, Hercúleo aufu Aggrefus , in freto Hercúleo y fub ip fa arce & vrbe Gibraltar, VII I.Kal. May. AN N. c 1D. ID C. VI11 yfudit acprofligavit. Ipfe ibidem. Pro patria frenuc dimicans gloriofe occubuit. Animo Coelo gaudet. Corpus hoc loco jacet. Ave leftor yfamamque viri ama & virtutem. Cujus ergo Ab illujlriff. & Potentijf.foedcrat. Provinc. Belgic. Or dint bus P, P. A. M. P. Vixit annos X L. Menfes 11. DiesX II. II ne íè peur rien voir de plus beau 6c de plus propre quc l’Hoipital 6c le Convent de S. Geoge, oul’on retire aujour-
  • DV Sr DE MANDELSLO LIV. III. 647 d’huy plufieurs pcrforfonnes aagées,del’vn Sc de 1’autre foxe,1 ^°* qui y font nourries; rien de plus charitable que le foin avec le quell on traitteles infenfés, Sc rien de plus fevere, que la juítice aveclaquclle 011 traitte les períonnesincorrigibles: les hommesdans vne maifon , fur la porte de laquelle on void en lcttres d’or : VirtutUeJi dom are, cunBi pavent> ou ils íbnt continuellement occupés à fcier du breíil avec vne peine in- dicible, ou àquelque autre travail, felon la nature du crime qui les a fait comdamner à ce iupplice,8c les femmes dans vne autre maifon feparée. Mais il n’y a ricn de plus admirable, que l’ordre que l’on y obferve en l’education des pauvres orphelins qui y font bien nourris Sc entretenus , 8c par- faitement bien inftruits, Sc en l’adminiftration du bien de ceuxqui font entre Ies-mains des tuteurs, lefquels on oblige de rendre compte de leur adminiftration au Magiftrat Nous avons cy-dcvant parlc du change de Londres , 8c de la bourced’Anvers:maiscelle d’Amfterdam a quelque chofe de plus grand, que les deux autres, quinepeuvent pas cntrer en comparaifon avec elle, pour le nombre des marchands qui s’y rendcnt tousles jours fur 1’heure du midy. le doy aufli mettrc au nombre des baftimens publics les poids publics, les portes de fa ville , les trois efclufes, qui n’ont point leurs femblables au monde, le College oul’efcol- lc publique, que leMagiffratyaouvertedepuisquelquesan- nces , l’Arfonac , le Theatre pour la Comcdie, l’Anatomie les lieux oh l’on s’exerce à tircr de l’arc,de l’arbalefte Sc de l’ar- quebufc , Sc s’d m’eft permis de parler d’vne chofe qui n’eft pas encore , mais qui fora fans doute dans peu d’annees, 8c dont j’ay veu le deffein, j’entens parler de I’Hoftelde Ville, j’ofe dire qu’il n’y en a point en Europe, qui enapproche, Sc qu’il n’y aura perfonne, quinefoitcontraintd’advoiier,que c’eft vn ouvragc digne du Magiftrat, qui doit vn jour rendre la juftice à la premiere ville de 1’Eftat, &du Senat, qui y de- hberera fur les plus importantes affaires dcl’Europe. Ie demeuray à Amfterdam huict jours, Sc confiderant que cette Ville paroiffoit par dcifus toutes celles quej’avois vcveS enmon voyage, quantum lenttfolcntinto viburn,x cyprtjC ft (qu’il ne foit permis d’allcguer icy le foul vers de Virgile M Mmm ij
  • 1640. 648 VOYAGE DES INDES, que je fçay ) je n’cn voulus point voir d’autres * mais ayanc rxmagination remplie de cette riche idee , je m’embar- quayle i.3. pour Hmnbourg, ouj’arrivayle 28. Iem yrepoíày vn jour, & arrivay le premier jour de May à Got torpe, ou je fis la reverance à leurs Alteíles , ôí mis ainil fin a mon grand 8c penible voyage. Fin de let Seconds O' derniere Partis• ;; rufitM Id
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