N OUVEAUX MEMOIRES S U R L’ETAT PRESENT D E LA CHINE. tome t r o i s i e' m e. 0 Nontenant 1’HiJhoire de 1'Edit de /’Empereur de U Chine, en faveur de U Religion Chrçjlienne. Avec un Eclairciflement ííir les honneurs que les Chinois rendent à Confucius & aux Mores. A PARIS, Chez Jean Anisson Dircétcur de iTmpri- merie Royale, rue dc la Harpeau deííus de S. Colme, à la Fleur dc Lis dc Florence. M. DC. XCVIII. A^EC PRIVILEGE W jROT.
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A Tres-Haut &c Puiilant Prince Monseigneur lOUIS AUGUSTE D E BOURBON, pAR LA GRACE DE DlEU PRINCE SOUVERAIN DE DOMBES, Due dn Maine & d’Aumalc, Com* d*Eu, Pair dc fiance, Commandeurdcs Ordres du Roy, Lieu- tenant General des Arméesde Sa Ma/cftJ, Colo¬ nel General dcs Suiflès & Grifons, Gouvcrneur & Lieutenant General pour Sa Majcftc dans fes Provinces du Haut & B. s Languedoc, Grand Mairtrc & Capitame General cTc l’Artillerie dc France. Onsei GNEUR, L’Ouvrage que fay I’hon- neur deprefentcraVos TKE Tome III. ã ij
E P I S T R E. ALTESSE SERENlSSlMEjf/ I’hiftoire du triomphe de la Religion Chreftienne3ft) l'un¬ de s plus me'morables e'vene- menss quifiit arrive depuis la naijjance de 1'Eglife. La Chine3 ce vafte 3cefiorijfant Empire de l’Orient comment- ce deJe fòumettre a 1’Evan- gile3 & lyEmpereur par un Edit public vient de donner aJes fujets une entiere liber¬ te' de I’embrajfer. Rien n eft plus glorieux a noftre Siecle, ni ne fait plus d’honneur a noftre JSfationspuiJqueDieu a bien voulu operer ces mer- veilles par le miniftere des Jefuites François quele Roj
E P I S T R E. envoy a a ta Chinejly apre's de treine ans 3 poury pref- cher lafoy & pour y perfe¬ ct ionner les Sciences. C’eft3 M O N S E I G NE UR, a lafaveurde la Protection 3 dont vous honores ces Ivlif- fionnaires , quits ont tra- 'vaillc a cegrand Ouvra^e: pendant que vous combat- tiezj pour la defenje de la Religion & pour lagloire de 1'Etat avec une valeur di¬ gne de voflre Naijfance, & du rang■ que vous te- vez*. On vous a veu, M o N- SEIGNEUR, danscesfa- meujes Batailles, qui ont
E P I S T R E. déconcertéles dejfetns de nos Ennemis & renverfe tons leurs projets 3 a la te fie du premier corps de I'Arme'e > charger ces nombreufes trou¬ pes conjurées contre la Fran¬ ce, les envelopper 3les enfon- cer3 les rompre 3 & les taider en pieces 3fàns craindre ni le fen ni la mort 3 qui vous en~ •vironnoient de toutes parts*, & con ferver dans le fort de la mejlée & au milieu du carnage le fang firoid & la preface d’ejprit dun horn- * M- le Marquis de Juilac fon Premier Gentilhomme3 & la plufparr dcs Officiers dc fa maiíbn, furent tuez à fes coftcz à la Bataillc de Flcurus.
EPIST RE. me conjommé dans le mefi- tier. On 'vous a veu aprés ces Camparnes fi glorieufes & fi av ant age ufies d 1'Etat, cui tiver les Sciences & les beaux 'Arts d1 une maniere, <\ui fait fintir aux plus ba¬ fo lies connoiffeurs que rien riechape a vos lumieres ni a la penetration de vofire efi prit. Riche de vofire propre finds, vous vous enrichifi fiz, encore tom les jours de ce que /’ Antiquite' a de plus rare & de plus precieux, & vous vous faites un plaiflr de puifir vous-mefime dans les fiurces les plus prof on-
E P I S T R E. des & les plus cache'es Tout cela joint d une Jupe- riorité de genie , qui fe trou¬ nce toujours au dejfus des affaires j a un air doux & engageant 3 qui gagne les cceurs s a une maniere ai- see & nature lie de ncous ex- primer 3 ff) d ces traits vifs fid animei de grandeur & de courage, qm fe font fen- tirdés quon a ihonneur de ncous voir,
E P I S T R E. QufUejoye, MoNSEI- G N £ u R, pour ces hommes ■dpofio liques , d’apprendre que VOSTRE ALTESSE SERENISSIME fait la terreur âes Ennemis de la France,l3admiration de toa- te /' Europe, & la joje du plus grand Aíonarque de PVnivers. ]\/Lais quelque /- datantes que fòientces qua- litezj natureíles & ces ta- lens merveilleux, les Minif tres de lEvangilefont beau- coup plus touchez» de cette pietéjòltde, de cette foy vive, de ce Zjde ardent pour la Re- ligion, ft) de cet attachement fine ere pour Dieu, quivous
E P I S T R E. porte dfoútenir par tout Jes interefis & a procurer fu gloire. Dés que vousparoif y^,MONSEI GNEURj le vice f déconcerte3 timpie- té Jè cache 31irreligion con- fondue difparoifi3 les líber- tins f taifent & admirent la ver tu d’un Prince, quils fçavent eflre parfaitcment in fruit des mjfieres de la Religion 3 & penetre de la vente de fes maximes. Vous les pratique&fMON- SEIGNEUR, o*/ maximes fi faintes & fi fublimes, & vous remplijfeZ} avec exa¬ ctitude tous les devoirs de cette Religion, qui vous ef
E P I S T R E, fi chere. Toute la France fcait que dans ces années de fierilite\ ou la famineportoit la defilation & la mort dans les plus flori ff antes Provin¬ ces du Rojaume, vous ave\' conjervéla vie a une infinite de malheureux, qui ne refipV rent aujourd’huy que parles puijfans fecours que vous leur avezL, donneZj, jujqu'a employer tout le revenu de vos terres a la conservation & au fòulagement de ces mifirables. Ces temps mal- heureux ont pafié, mais vofire charité s’efi foutenuê ^ & vos hberaliteXjt ont point cefié. Vous les repandezj en~ a y j
E P I S T r e; core tons les jours anjec pro- fufoon fur ceux qui fo font ' dtflinguez* dans le forvice > & qut ont le bonheur de trouper dans VOSTRE Altesse Serenis- S I M E un proteóleur çene- reux j & dans ‘V o fore \Ta¬ lais un azyle afoeuré d leur mifore. Mats comme fola Fran¬ ce & t Europe eftoient des bornes trop étroites pour ren- former cette charitefo digne d!un Prince Chreflten,
EPI STRE. devofire bienveillance 3quc vous foutene^de vofire pro- tettion 3 & cjue vous com- blez, de vos bienfaits. Les -Peoples les plus reculezj en vehement les effets 3 & cette nombreujè Chrejhenté de la Chine} cpui fait 1’honneur (tj la joye de l* Eglifè , forme des vceux continueis pour la gloire Cf la profperite de VOSTRE ALTESSE SereNISSIME. femef tirnerois heureux , M O N- SEIGNEUR , fije vous pouvois exprimer la vive reconnoifiame} dont cesPeu* pies Cr ces z^elezj Al mi fires de I'Evangtlefont penetre
EPI STRE. & nous marquer en mefme temps le denouement refpew ttueux, anec lequel je fitis * MONSEIG NEUR> DE V.ALT-SERENISSIME, Le tres - humble Sc tres-obeVflànt fcrviteur Charles ie Gobien de laCompagniede J e sus,
k ? VVV V ç § ? ? ç 91 PREFACE. CO M M e l’Hiftoireque j’ccris regar- de uniquement la Religion, je ne puis guéres mediípenfer de donncr à mon Le-
preface. rtconnoiftcnt dans la Nature que la Natu¬ re mefine, qu’ils definiflcnt le principc du inouvement Sc du repos.Ils difent que c’cft la Raifon * par excellence, qui produir l’or- dre dans les differences parties eft; l’Uni- vers,& qui caufe tous les changemens qu’on y remarque. Ils ajoútent que fi nous con- íiderons lc mondc, comme un grand edi¬ fice , ou les hommes Sc les animaux font Í)laccz, la Nature en eft le fommet Sc le aifte bi pour nous faire comprcndrc, qu’il n'y a rien de plus élevé , Sc que, comme lc fàifte aílèmblc Sc foutient toutes les par¬ ties qui compofont le toit du baftiment, dc mefine la Nature unit cnfcmblc Sc con- forve toutes les parties dc l’Univers. Le Philofophe «, qui eft 1’Auteur de ce iyftcme, Sc tjui vivoit fur la fin du on- fciéme, fiecle s eft explique fur ce point en des termes un peu equivoques. Car il fem- blcqu’il veille dire feulement, que la na¬ ture eft un príncipe , quine dépend d’au- a Ces Philofophes luydonncnt lc nom de Li. b Us appellant aaifi la Nature Tat - kii, qui fi- gni/ie grand faifte. Ce nom eft tire d’un des livres Canoniques des Chinois. c 11 fc nommoit Tthm- lien .Kie. II ajoúta trois Jettrcs au premier nom, qu’on donne i la Nature,& dappclla you Kii tul tat JCn, e’eft-a- dire, le grand faijie , qui eflj~ans f , ;jje Qc philofophe vivoic íouç I ijmpercm: Chincoum, qui mourut en 1084.
PREFACE. cifh autre principe. Cependant les Do- ilcurs Chinois lui donnent un fens bten different, & croient que les Caracleres, done il s’cft fervi pour exprimer fa penfée, vculcnt dire que le premier principe n’a ni forme ni figure j cc qui a attirê de grands éloges à ce Philofbphe j qui par là (cmble avoir affranchi la Nature des impel fedfions de la Matiere, cn la féparant de tout ce qui eft fcnfible & corporel. Les nouveaux Interpretes fuivant cette idée ajoutent que c’eft ce principe qui pro- duit, qui conlerve & qui gouverne routes chofes j & ils en pat ient otdinairement en des termes ft forts > qu on a fujet de penler qu’ils-ont cn veue la Divinité que nous ado- r°ns. x Cependant on ne doit pas tout-a-fait compter fut ces pempeufes expreflions, qui nc font peut-eflre que des figures de Rhe- torique &c des Mctaphores outrees. Car les Chinois, je parle fur tout des Auteurs mo- derncs , ne croient pas comme nous, que dans la recherche de la verité , on doive be^liger les ornemens de 1’Eloquence, per- fuadez que la politefle de I’Orateur n oftc ricn de la force au Philofophe. Pour ce qui eft de la Matiere; ils la dif- tinguent en deux cfpcces. L’une eft par- aite, fubtile, agiflante, c’efU-dire dans
PRETA CF. Un mouvemcnt conrinucl; J’autre eft qfbi- fiere , imparfaite Sc en repos. L’une & i autre eft kIon eux érerneJlc, incrééc , in- finiment etendue Sc en quclque manicre touce - puiflãnte, quoy - qUe fans diicerne- nient & fans liberté. Du melange de ces deux Matieres naiflent cinqEIemens, qui par leur union & leur temperament font la nature particuliere & la difference de tous les corps. De là viennent les viciftx- tudes continuelles des parries del’Univers le mouvemcnt des Allies, le repos de la Terre, la fécondité ou la fterilité des Cam- pagnes. Mais ik ajoutent que cette Matiere toiijours occujjée auGouvernemenc de l’U- niyers, eft neanmoins aveugle dans fes a- itions les plus rcglées, qui n’ont d’autre fin que cclle que nous leur donnons, Sc qui pai conlequent nc font utiles qu’aurant que nous íçavons en faire un bon uíãge. Quoy-quc les Chino is regardent routes choies comme 1’cfFet de la neccftlté, ils con- viennent cepcndant que le monde a cu un commencement & qu’il aura unc fin. Mais ils íoútienncnt quaprés cctte fin il commcn- cera tout de nouveau, Sc qu enfuite il finira comme auparavant , continuant ainfi par «nc vidftitude perpetuellc à renaiftre Sc à fc dcti uire. De forte que comme il y a cu , lelon eux, unc infinite de raondcs, qui one
PREFACE. precede celui ou nous vivons, de mefme il y cn aura une fininiré d’autres, qui luy fuc- ccderont. ( L'n de leurs Philoíbplie *a meíme ofé determiner la durée de cctte Périodc, à laquelle il donne cent vingt-neuf mille fix cens ans. 11 veuc quece nombre myftc- rieux íbit divilé en douze conjontftions, dont chacune, dit - il j eft neceflaire à la perfection dc l’Univers. Dans la premiere qui contient auifi-bien que les autres dix mille huit cens ans, la Nature D s’eft appli- quée à former le Ciel, cn imprimant le mouvement à la Matiere, qui eftoit aupa- ravant en repos. Dans la feconde la Terre a eftc ^roduite, & comme I’hcmme eft le chef-d oeuvre de la Nature, il a falluque pour le donner au monde , die s’y prepa- raft durant plus de cinq mille ans ; apres quoy il a paru accompagné de tous les au¬ tres eftres, qui n’onr efté developez de cctte mafic informe que pour lervir a fes ufages, Sc qui ne iubfifteront qu’autant qu’ils fe- ront utiles à ía coníervation fes plaifirs. Ainfi, dit cc Philoíòphe, ces globes, qui roulcnt fur nos teftes, ne icront pas a II s’appelloit Chtto- JCam-tfie, & vivoic cn Hicfnie tem| s que Tcheou-lien-Kit fur la findu ou- zieme fiecle. k 1.1 l’appellc Tai-JCii.
PREFACE. toujours dans le mouvement; leur lumie- re s’cclypfcra > ia tcrre, Pair & la mcr fe confondront enfemble j Sc tous ccs vailes corps qui par leur beauté, lcur ordre, leurs qualitez naturellcs font l’objct de noil re ad¬ miration, retomberont un jour avcc 1’hom- mc dans le calios, dou ils ne íórtiront qu’a la fin de la douzicme conjonétion, c’eit-a- dir c,cent vingt-neuf milk- fix ccns ans aprcs avoir commence. •Toutce fyilcmc eil établi fur des prin- cipes fi chimeriques, que jc ne fçay com¬ ment il a pit eilre iuivi par des gens de bon lens. Cependant la plufpart des Phi- loiophcs Chinois 1’ciliment infiniment. Les uns comme unc idee ag'cable, ingenieu- fc, Sc trés-propre à expliquer la produ- ílion du monde, les autres comme le fon- dement le plus iolide Sc le plus incontcf- table de routes les fcicnces. Pour ce qui eil de 1’homme, ils cõnvien- nent tousqu’ila eilé forme parleconcours de la matieregroifiere& de la matiere fubti- le , dont j’ai parlé , à pen prés comme les plantes naiflent dans les Ifics nouvelles, ou le Labourcur n’a point femé, & ou la ter- rc ieule eil devenuc fécondc par fa nature. Au reile noilre ame, difent-ils, qui en eit la portion la plus épurée, finit avec le corps, quand fes parties font derangées; &c renaiil
P R E F A CE. aulfi avec luy, quand 1c hazard remct ccs róefmes parties dans leur premier eftat. Voila cn peu dc mots les ientimens ordi- naircs des Philofophes Chinois cn mariere °e Phyfique: à 1’égard dc la Morale ils pa¬ to ill ent beaucoup plus raifonnablcs. En voi- ci la principalc maxime. La fin que le fage fe propofe eft unique- ment le bien public. Pour y travailler avee fucceSj il doic s’appliquer à détruire fes paf- fions j fans quoy il luy eft impoftible d’ac- querir la Saintcté, qui fculc le met en eftat de gouverner le monde, & de rendre les hommes heureux. Or cettc Sainceté con¬ fide dans uneparfaice conformité dc fes pen fees, dc fes paroles &c dc fes actions avee la droite railon. Ce n’eft pas que les paifions foient niau- Vaifcsj quand on en fçait faire un bon uia- gejmais comme elles troublcnt prefque toú- jours la tranquilué de l’efprit, il faut en re- trancher la uop grande vivacité , & faire enforce qq’elles ne ioient plus des emporte- nrens outrez de lacupidité, maisdc juftes fentimens dc la nature. La troifieme fede qui a cours parmi les Chinois, fe peut nommer la Religion des F'fachmanes ou Bramenes , & ils luy don- llent eux-mefmcs cenom. Car Polo hen , done ils fe fervent 3 eft le Brameit des In-
PREFACE. -tíiensqu’ils none puprononcer, Sc qu’ils •one apparemment travefti cn leur langue. Neanmoins ils appcllent ordinairement ccs faux Prcftrcs, Hochan, qui fignifie gens reunis de couce forte dc pais. CesPrcfttcs re¬ verent principalemcnr trois chofes, lc Dieu Fo , fa loy , Sc les livres qui conticnnent leurs reglemens particuliers. Je n’ofe icy expliquer quels font leurs vc- ritablcs fentimens fur la nature, parcc qu’on n’a pu encore cn eftre inftruit que par la le- aurc des Philofophes, qui font leurs enne- mis declarez, & qui les combattent avee trop d!aigrcur, pour eftre crus fur leur té- moignage. _ - i- Les Philofophes paroiflent fur tout mdi- onez , quand les Brarncms afleurent que le monde n eft qu unc illufion , un fonge , un preftige: Sc que les corps pour cxifterverita- blement doivent ceflbr cTeftfc en eux-mef- mcs,&fo confondrc avee lc néant,qui par fa fimplicitcfaitla perfection de tousles eftres. Ils convienncnt pourtant avee les Phi- lopfohes, que le monde a unc fin Sc un commencement, qu aprés cette fin il 1 c- naiftra pour commencer encore Sc finir de mefme par une revolution continuelle j mais leur periode * en eft bcaucoup plus * Leur periode cil de cent trentc - quatre birai- lions, quaere millions, dix mille ans.
PREFACE. longue , 8c du moins auili bizarre 8c aulfi chimcr ique. Lcur Morale-eft encore plus outree que celle de nos Stoiçiens. Car ils pouííènt ft loin 1 aparhie ou l’indifterence, à laquelle ils rapportent route la fainteté, qu’il faut devenir pierre ou ftatue pour en acqucrir la perfection- Non feulemenc ilsenfeignent
PR E F AC E. lcs Philo fbphes Chinois deploi'ent toute la force de leur eloquence, lls regardcnc l’in- differencc parfaite,comme un monftredans la morale, Sc conune le renverfement de la íocicté civile. Commcnc fe peut-il,difenc-ils fouvent dans lcurs livres, qu’un eftat vague & indetermine fallè la perfection de l’hom- me, luy qui n’cft clevc au deifus des autres Eftres queparce qu’il penie qu’il raifbnnc, qu’il aimefebien, Sc qu’il s’applique conti- nuellemcnt à le faire.il faut done pour eftre heureux que le pere abandonne fes enfans, que le mari fc fcparc de fa femme, que le fu- jet refufe fes fervicc à fon prince? Ainfi cha- cun demeuranc dans l’inadion,les homines deviendront bienroff d’innutiles!tames, Sc les belles jouiíTanc fculcs des biens de la na¬ ture prendronr au lieu dc nous le loin de gouverncr l’Univers. La quatriémc fede eft celle qu’on nom- me la Religion des Bonnes ; die ell origi¬ nate de la Chine, Sc fes Prcltres s’appel- lent communcmcnr Taojfé: ce qui vent dire cn Chinois les Dodeurs dc la Loy. Leur Morale ne paroift gucres difference de celle de nos Epicuriens: ils ne plongcnt pas l’efpric de 1’hommc dans cettc indiffe¬ rence ourrée des Bratnenes, mais ils fc con¬ tentem d’en eloigner lcs defirs vehemens SC Jes paflions chagrincs.
PREFACE. c la§e felon eux ne fc propoíê d’autre v£r 1 ^ r«nquillité. Pallcr fa rcm.anS Clll^‘uras3 fms ibllieitude, Ians ces ccc 11 S| conc*nu?k fnr le paile , fans tourcs - K lc^s inuriles de l’advcnir, qui roublcnc coujours 1c repSs de 1’ame; c’eft çavoir ufer duprcfcnt, & meritcr le nom ac Philofophe. Quand on eft concinuelle- nicnr ou ague de loins, on occupé de gran- WionCT CS: ^nd °n lhllvre à íam- .ni on a I avance, a la cupidiré, c’cft beau- coup plus pour la pofterité qu’on travaille pour foy ; eft-on kge dc le rcndrc mal- jcuieux pour les aucres, & d’acheter leur w '5 Vcque fois en rifquant & vie , aux d? Pai ia Ç-ertC de fa fanté> & toujours ■ depens de fa proprc felicicé. ne A- ai°urcnf qiIe non-feulemenr lc GaC »e dou pome facrifier fon repos au bien pu- dam 15 i1U1Ld0,U mermecftle m°der6 dans la recherche de ion proprebonheur , *cr;mKq„.undcfltfor^ io|md. *5 0" f'1’ C"COrC • "'io k pa ix m Jr T, A.M C'cft “« * Icnrs Waximes, qu ft faut éviter tout ce qui peut caufer de 1 ennui ou du dégouft , & qLn •wEw s,rp,s"c mefme Ic nom P f ° Cn mente Pas °***■
p R E F A C E. leur indolence, ne laiflent pas de fe marier, & de fe charger volonciers des loins, d une families & quand on leur reprelcntecjue céc eftat eft bien oppofe a la liberte qu íls cherchenc, ils difent en plaifantant, qu a- prés avoir bien examine ce point, ils lonc perfuadez que dans la fpcculauon c cíl un grand embarras qu’une femme i que nean- moins dans la pratique , ce n eft point une chofe tout-à-faic contraire a leur bonheur. Mais parccquc la douceur de lavieclt# fouvent alterée par la pcnfec de la more,6c beaucoup plus encore par la more meíme , qui en interrompe toil jours le cours, us e font appliquez à trouver le íecret de deve- nir immortcls. * Car ils s’imagincnt qu en cela, commc en la plufpart des autres cho- fes, l’Art peut bien luppleer a la nature. Pour y réuflir il n’eft point de mouvemens quils ncfe foient donnez, & il y a bien de Fapparcnce que tous ccs efforts ont beau- coup troublé la pretendué cranqmllitc de leur efprit. Ils preferivent cent differentes reccptes tirées de la Chymie, & fuiviesd’un regime de vie, coformc à l’âge, a 1 humeur, au temperament dc chaque paxticulier. Ils vantent fur tout la fciencc qu ils croicnt avoir trouvée de faire circulcr a propos les * Cbm-ficn , e’eft-a-dire liommc unmortcl.
* * E T A C £. «fprits dans lcs diverfcs parties du corps ; clleconfifti; fur tout cn deux points, L’un c t dc prendre certaines pollutes cn don- nant aux nieds, aux bras, à la tefte, une lituation bizarre, mais proprc à produire 1 effet qu’ils fc propoi'ent. L autre eft d’ar- tacher íon efprit & fes ycux à certains ob- jets y ce qui coníêrve en nous un mouve- ment uniforme dans les humeurs, dans le £»ng «Sc dans les eíprits. Quand cette dodlrinc nc íè détmiroit pas d clle-mefme, la maniete ridicule dont »es Bonzes tafchent de 1’expliquer, & bcau- coup plus encore 1 experience conftante du Peu dc fuccés quelle a eu dans Ie monde 3 devróit égalcment en defabufer lcs fçavans & lcs ignorans : mais l’amour dc la vie eft íi profondémcnt enraciné dans nos ctrurs, 9pi nc ^auc Pas s cftonncr * fi nous íuivons a 1 aveugle tout ce qui pcut en ce point, flat¬ ter noftre paífion ; elperant toíijours de vi- vrc, parce que nous ne ceflons jamais de le defircr. Au rcfte lcur Phy fique n’eft pas fort d if- forcnte de celle dcs deux fcdlcs preceden¬ tes , a la reíêrve dc quelqucs opinions pat- ticulicrcs, cjui nc font que dcs queftions de nom. De la vient que plufíeurs ont preten- du lcs reunir toutes enícmble, en monrranc qu clles s accordent dans le fonds3 & qu'el-
P RE F A C E. Ics ne different les unes des autres qu’en ap- parcnce , * cc qui eft peut-eftre vray en ce qui regarde la nature : car dies s’accor- dent routes dans ce príncipe que routes cho- fes nc font qu’un, van vèyi-tfe e’eft-a- dire que commc la matiere de chaque eftre particulier eft une portion de la matiere a premiere; de mefme leurs formes ne font que dcs parties de fame univeridle, qui fair la nature, & qui au fonds n’cft point réellement diftindc de la matiere. Pour ce qui eft de la fcicnce des mceurs, qui fait parmi eux la difference des Reli¬ gions j i 1 eft certain qu’ils ont dcs princiçes & des opinions ties differentes , & -s ils femblent quclquefois s’accorder dans la pratique > ce n’eft que parce que leur do- drine les engage tous cgalemcnt dans le vice. I De ces deux dernicres fe&es, comme de deux fources empoifonnées, fe font for- mez une infinite de niifleaux , qui inon- • dent l’Empire de la Chine, & qui portent la corruption dans l’efprir &c dans les mceurs dc tous les peuples. Dc la viennent les Ido- * Ccux, qui font de ce fentiment forment, com- mc une cinquiémc Sefle , laqucllc prend ces paro¬ les pour íà dcvilc, San- Kiao eouciyi. les trois Se- £tcsreviennent au mefme, e’eft-.i-dire les Scftes des j nonveaux Philoibl'hes, dcs Hocham & dcs Taofle, C i»j
P R E FACE. lâtics, les Magiciens, les Enchantcurs, lcs tii!!! li' C Pr°kflíon 3quipropoíênt con- j „clTlcnc de nouvelles erreurs íèlon que Ç 10n°u 1 intereíl les inípircnt. >■ n,,Va\n quclques Chinois, à qui une «incelle de raifon découvre les dcíordres i que cet amas monftrueux de ridicules opi¬ nions peut caufer dans la Republique, lcur oppolent les maximes des nouveaux Phi- Jolojahes r.comme cc nc font que des dcmi- A ,es 3 qui combattent Pldolatric par Une ímpieie encore plus grande, bien loin ucnanefterle cours, il arrive ordinaire- uient qu’ils font eux-mdmcs entraifnez par e torrent. Aufíi les voit-on tous les iours f ,TjCd C dcs PeuPIes> pioíkmcz devanc \es Id°lcs > (eux qui dans leurs difputes ÔC ans Jcuis ccl’irs fe piquent iõiivent de ne rcconnoiítrc aucune divinité. Cela nous fair bien comprendre que Ia ration humaineobfcurcie par les paffions, u -t jamais a ílcz de force.pour détruire cn- fmrCnflerreur- Comme Jefus - Chrift ícuIe v°yc qui conduit à laverité & q»1 onne la vie, il n y a que fa grace toute- put ante, qui puiílc faire connoiftre à ces cup Cs avcuglcz les íènticrs d’iniquitc, on smaichenr, & lcs precipicesaffreux dans e quels ils roulent etepuis tant de ftccles. C elt cettc divine grace que nous dcman>
PREFACE. flons depuis cant d’annces au Pcrc des mi- fericordesj Sc ccrtainement, puifquc l’Em- pet'cur de la Chine a approuvé par un Edit fjublic la Religion Chrcftienne dans route cretendue dc ion Empire, il femble que Dicu ait enfin écotitc nos pricrcs, & que nous touchions à cec heureux moment qu - 1 il a marqué dans les confeils éterncls de fa , fagefle pour convertir tout l’Orient, & pour manifcftcr fa gloire à toutes les na¬ tions de la terre. t
Fermijsion du R. p. Provincial. JE íouífigné Provincial de la Compa- gme de Jefus en la Province de Fran¬ ce , fuivant le pouvoir que j’ai reccu de noftre R. P. General, permets au Pcre Charles le Gobicn de faire imprimer un livrc intitule Hiftoire de l'Edit de I'Ern- pereitr de la Chine, enfavoir de la Reli- gion Chreflienne, qui a eftélcu, & ap- prouve par trois Theologicns de noftre Compagnie, en foy de auoy j’ai figné la piciente. Fait a Paris, le Z2.deJanvier xíj 8. Jacques le Picart. *
Avertiílemcnt. ON fera peut-eftre furpris de trouver dam cette Hiftoi/e les noms Chinois icrits
H I S T O I R E DE L’EDIT D E L’EMPEREUR de la chine, en FAVEUR de la Religion Chrefticnnc. livre premier. preuve qnc Ton IJaic que la Religion ChreR ptienne a cfté eftablie dans Chine dés les premiers íiecles dc 1 Eglife, il eft certain que la memoR re cn cftoit entierement cfíacée, Sc qu’il n’en reftoit aucun veftige, lorf- que faint François Xavier alia aux Indes, & qu’il porta le premier au Japon la lumierc de l’Evangile, avee A
% Hifiolre de 1’Edit cct éclat Sc cc fuccés que tout le monde 1'çait. Comroe les Japonnois luy parloicnt íbuvent de la Chine, Sc luy difoicnt fans ccífe qu’ils n’au- roicnt aueune pcinc à cmbraílèr l’Er vangile, fi les Chinois, qu’ils regar- , doient commc la Nation la plus fa- gc, la pluspolie Sc la plusfçavante qui full au monde, s’y eftoient fou- mis: il forma lc plus glorieux deilein qu’il cuft encore conçeu pour l’avan- ccment dc la Religion. II refolut d’entreprendre la converfion de ce floriflànt Empire, Si d’y faire con- noiftre ]efus - Chrift : mais Dieu fe conccntant de fa bonne volonté, l’ar- Lt 2. De- refta au milieu de fa courfe, Sc Xa- ! cemb. iss2. yjcr mourut à la vue dc la Chine, 1 dans la petite Ifle dc Sancian, qui ell devenue fameufe par la more de ce grand Saint. Ses frercs Sc fes fucccflcurs ani- mez dc fon efprit Sc dc fon zéle, ré- folurcnt d’exccutcr ce qu’il avoit projetre. Lc Pere Michel Rugicri dc la Compagnie de Jefus entra le \
de CEmp. de U Chine. LI v. I. • \ premier dans la Chine, pour y prcf- En nsu cher Jcfus-Chrift. Mais corame Ton entree fur peu connue, & que le cjour qu il y fit, ne tut pas long; on regarde le Pete Mathieu Ricci Je- ruice &: fes compap-nons comme les Fondaicurs dc cetce Million & ■comme les premiers Apoftres, qui e» asM porterencleflambeau dc l’Evangile flans la ville dc Pekin a, cccte fameu- ie Babylonc, qui i'c flatant dc ren- iermcr dans 1 cnccintc dc ics murs, tout ce qu il y a dc fagefle & dc feien- ce dans 1’Gnivers, n’cftapropremenc parler, que le centre de l’errcur, l’a- zilede l’Athcifme, &:le rempartde l’ldolatric. LesChinois n’avoicnteu jufqua- lors que du mépris pour les ctran- gers. Comme les peoples, qui les environnoienc, eftoient des barba¬ res groifiers & ignorans, ils regar- a C’eft la Capitale dc I’Empirc dc la Chine, l’u- ne des plus grandes & des plus fameufes villes du nionde. Un Empereur dc la famillc de Taiming y tranfporta le Siege de l’Einpire, qui eftoit aupara- Vant à Nankin. Ai)
^ Hijloirc de 1’Edit 0 doient toutes lcs autres Nations comme dcs gens fans efprir, fans po- litcflc, Sc fans fcience, avec quiils ne vouloient avoir acun commer¬ ce, de peur de fc gafter Sc de corrom- pre la pureté de leurs mceurs. Mais qnand ils curent veu ces nouvcaux eftrangers, qui joignoicnt àune ver- tu rare un profond fçavoir; quand ils curcnt remarqué que ces hommes extraordinaires avoient acquis cn rres-peu de temps une connoiflancc parfaite de leur langue &: de leurs iciences, Sc qn’ils eftoient beaucoup plus habiles que leurs plus fameux Docleurs; ils revinrent de leur erreur, ils n’eurem plus que du rcfpc£l& de 1’admiration pour ceux qu’ils mépri- foient auparavant; ils lcs écouterent aveç docilité; Sc plufieurs, charmcz dçs maximes admirables de la Reli¬ gion qu’ils prefehoient, l’cmbraile- rent, Sc s’eftimercnt heureux d’eilre Chreftiens. Cette Eglife naiflànte fit despro- gres mcivcilleux cn peu de temps.
de I’F.mf). de la chine. Liv. I. $ Ces n°uvcaux Apoftrés eurcnc la coniolariondevoir des PhilofopheS & des Mandarins a cgalemcnt dif- r>nguez par leur fçavoir & par lc rang qu’ils tenoienc dans TEftat , prefcrer Phumiiite dela Croix à tout le fade de leur Nation, &: renoncer pour 1 amour de Jefus-Chrift à tous les emplois & a toutes les charges, ou leur mcrite lesauroic elevez. Ces commencemens furent heureux : mais cc bonheur ne dura pas. Sur la fin du regne de Vanlieb, il sejeva e» une pcrfccution , qui penfa ruiner cettc nouvelle Chreilicntc. chin- kio, un des principaux Oííiciers dc laCourde Nankin0, enfuc Pauteur. Lcs Millionaires furent batcus, emprifonnez & bannis, les Chief- tiens furent courmentez, les Eglifcs a Tous les Officiers de l’Empire s’appellcnt Man- anns; il y eu a phis de trentc-dcux mille diltin- guçz en neuf ordres differens. ,^c Prince mouruc cu 1610. de 5S. ans. apres en avoir regné 48. c Cette Villc, qui a cite autrefois la Capitale dc Empire, ik l’eft plus que dc la Province de KUm- fieri. A iij ISIS-
6 H'lftoire de l’Edit renverfccs, le troupcau diífipé, & la furcur dcs perfecuteurs alia fi loin, qu’ils renouvellerent toutes les ca- lomnies que lcs Paycns5 au rapport Tertul.Apo- dc Tcttullien, publioient ancicnne- »• 7- j-nent cn Europe contre la Religion, fans cn cxccpter mefmc YInfantici¬ de* , comme on le peut voir dans lcs c&es dc cctte perfection, que les Bonzes ^ fircnt imprimer en ce temps-ia. Tant il eilvray que l’im- pofture dc la calomnie lone de tous lcs tpmps, qnand il s’agit de com- battre la verité Sc d’opprimer l’in- nocence. Cette premiere perfection rut vive, maiselle ne fur pasde longue durée. On reconnut l’impofturc &C la malignitc de Chinkio, on rappclla les Peres de leurexil; on lesrétablit dans leurs Eglifes, Sc la Religion fc trouva en peu de temps plus florif- fante que jamais. On joiiit aflez long-temps d’unc heureufe paix , a‘Maflacrc d'enfans. b Prdtrcs dcs Idolcs.
de l'Emj). de la Chine. Li v. I. J il (e fit des convedions merveil- leufcs dans toutes les Provinces. Ces iucces irritcrent .les Payens; ils re- íolurent de détruire la Religion; St pour en arreder lc progres, ils fe fer- virent de la minorité de l’Empereur, qui regne aujourd’huy avec rant dc gloirc ; ils mirent a. leur cede Tam- En lea*, qaam-fien, ce fameux imp odour fi Connu par fes calomnies St par fon impieté. Cec homme dévciié à Pi- niquitó, mic en oeuvre tout ce que la vivacitc de Ton efprit St l’ardcur dcl'on temperament luy purent fug- gercr. II rcnouvclla les ancicnnes calomnies contre les Midionnaires y il en ajouta de nouvclles, St il leur fufeita un fi grand nombre d’enne- niis, qu’on les chafla de leurs E- gliics; On les chargea de chaifnes, St ilseurent tous lebonheurdccon- feder Jeíus-Chrid à Pekin St à Can¬ ton ou ils huent enfermez plus dedix moisdansune étroite prifon, = Cette Villc cpieles Chinois appellent Qu/tm-* théoH, eft la Capitalc dc la Province de Canton) A iiij
I Hijloire de 1’Edit Ce fut dans cette cruelle perfccu- tion que fe íignala le Pere Adam Schall de la Compagnie de Jcfus, pkis diftinguc par la grandeur de fon zele que par fa grande capacite &fon habilecc dans IesMathemati- ques. Le feu Empereur Chunchi, qui rhonoroitde fon eftime&defa bicnveillance, Pavoic fait Prcfident du Tribunal des Mathematiques. On s’actacha particuliercment à ce Pere, parcc qu’on leregarda comme 1’appuy & le foutien de la Religion. On luy ofta fes emplois, on le mit cn prifon, on 1c chargea de fers, on luy fit millc indignitez, & on le con- damna enfin au dernier fupplice , pour avoir efté lc chef &í le prote- &eur du Chriftianifme. II eíl vray que Dicu par un coup extraordinaire de fa providence ar- refta la fureur des perfccuteurs. La loy dc Dieu fut hautement juítifiée par les Payens. mefmcs. Laccufa- teur futeondamné à une mort hon- Écufe que la juítice divine fit fouf-
de I’Emp. de la Chine. Liv. I. 9 fiir àcet athce, d’unc maniere plus terrible que n’euft eftc la mort met- nie j dont on l’exempta par une gra¬ ce extorquee du jcunc Prince. On tirade prifonlc Pere AdamSchall, & 1’on rendit la liberte à cec il- luftre vieillard, que les ennemis du nom de Dieu avoienc fait con- damner au fupplice , ne doutant pas que la perte de ce grand hom- me n’entraifnaft celle de la Reli¬ gion. . Mais comme la politique eft la divinicé, qui regne iouverainemenc à la Chine, & à laquclle on fe fait un devoir de tout facrifier : la Cour des Ritesa, qui a toujours efté l’en- ncmie dcclaree du Chriftianifme , obtint unEdit du jeune Empereur, En l6^ par Iequel il permettoit aux Predica- teurs de 1’Evangile de retourner dans leurs Eglifes, & d’y faire pro- feifion de leur Religion en leur par. a C’eft unc des fix Cours íòuvcraines de l’Empi* te. Scs principales fonitions regardent la Religion & le Ceremonial 6 A y '
io HiJloh'C clc l'Edit ticulier,àcondition dene la prefeher à perfonne: il defendoit en mefme temps àtous fes fujets de I’embraflcr, & d’en faire aucun exercice, fous de tres-grieves pcines. Quoy-que, cet Edit fuft tres-hon- teux Si tres - defavantageux aux Chreftiens, qui fe voyoient par la privez du libre exercice de leur Re¬ ligion , Si expofez i recevoir tous les jours mille inlultes de leurs enne- mis; la Religion nc laiifapas depuis ce temps-la de joiiir d’urie profonde paix. EUe s’affermit dans leslieux ou elle eftoic eilablie, Si elle fit des pro- grés tres-confiderablcs dans toutes les Provinces de 1’Empire, par la fa- vèur que trouva à la Cour le Pcre /i Ferdinand Verbieft, undes plus íça- vanshommes que laCompagniede Jefus ait donné à 1’Eglife. 11 avoir fuecèdé àu Pere Adam Schall daná la charge de Prefidcnt du Tribunal des Mathcmatiques, Si il s’y eiloic acquis une eftimc fi particulicre do PEmpereur par fa vertu Si par fa
ãe I’Ewp. de la Chine. Liv. I. ir fcicnce, que tous les Mandarins & les Seigneurs de la Cour avoienc beau coup de rcfpeCt pour fa per- fonne. Tout fon foin fur d’etendre la Religion, done il devint le pro- tc&eur &l’appuy le plus folide, de prevenir & d’etoufier dés leur naif- íànce toutes les pcrfecutions, que l’on faifoit de temps en temps aux Chrcftiens dans les Provinces. Les Eglifes eftoient ouvertes, les Fidc- les s’y aflembloient en liberte, ils y affiftoient aux divins Offices, ils y participoient aux Sacremcns, &: le nombre en augmentoit tous les» jours confiderablement par les fre¬ quentes converfions qui fe faifoienc de tous coftcz. 11 y avoit lieu d’ef- perer que la Religion Chrefticnne triompheroit enfin de l’ldolatric & de la fuperdition , par la pro¬ tection que l’Empereur donnoic aux Predicateurs de l’Evangile; lorfque Tcham*, Viceroy de Che- a PoUtnke Tcham-t fin-junia territoire dc Alait- ibbn , naturalifé à Soiii-nim . dans la Province de Sw-uhoiicn, fut rcccu Doftcurcn 1669.
iz U’Jloire de l'Edit kiam3 , foutenu tics principaux M.ndarins de fa Province , s’cn declara l’cnnemi 6c le perfecu- tcur. Ceftoit nn homme habile 6c é- clairé, qui fous un extcricur modcf- tc 6c compote, cachoit dcs paflions vivcs 6c animces. 11 s’eiloic acquis line grande reputation d’integritc & dc droiturc par une profonde dif Emulation. L’Empereur le confide- roitj parce que l’ayant fait Gouvcr- neur d une ville du dernier ordre, il s’y eftoit comporte avec beau- coup de dcfintcrelfement 6c de fa- gefle, perfuade que cette conduitc l’clcveroit aux premiers emplois ÔC aux charges les plus confiderables dc l’Empire, 6c qu’il pourroit avan- tagcufcmenc 6c à coup feur fe dé- dommager alors de tout ce que la reputation d’une faufle probité qu’il avoitvoulu acquerir, luy auroitcoui- tc. 11 ne s’cftoit point trompé , & a Province de la Chine fur la Mer Orientalc, cn- *rc les Provinces dc Nankin Sc dc fokien.
de I'Emp. de la chine. Liv. I. 13 1 Empètcur l’avoit fait Viceroy de Chekiam. H .ne fe vit pas plutoft reveftu de cecce charge,qui flatoit favanité, qn’il fe Jivra tout entier à fa paflion. U cn vouloit aux Chrcftiens, Sc il ne cherchoit qu a les détruire Sc c^u’a les perdre. Ii leur fufeita tout- a-coup une cruelle pcrfecution,qui parut eftre I’eftet du hafard ; mais qui eftoitl’ouvrageduneprofonde meditation, Si un deflein concerte de puis long-temps. Les mefures en eftoient d’autant plus fcurcs, qu’cl- les avoient eftc plus fecretes Sc plus cachecs. II avoir de puiflàns appuis à la Com &: dans les Provinces, il senprévalut. LesPartifansdel’ldo- latrie , de l’Atheiime, Sc du Ma- hometiirne devoient fe ligucr avec luy, fournir à fa paflion 1’argent qui eftoit neccflaire, Sc le foutenir de tout leur credit. Les Ofliciers de fa Province luy eftoient entierement dcvoiicz. II pftoit feur dc la faveur de la Couc
74 tíijloire de /’ Edit des Rites, qui devoit connoiftre 86 decider de cette affaire. Les enne- mis particuliers des Prcdicateurs dc l’Evaneile, la haine implacable des Borises 8c des libertins contre une Religion , dont lc premier prínci¬ pe eít dc combattrc &: de détruire les autres Religions, comme autanc dc fedes pernicieufes; d’en regar- der les Miniftres, comme des im- pofteurs y & les dogmes comme des erreurs groífieres. L’exemple du Ja- pon, les ombrages que donnoit le voiíinagc dc Manillca, enfin tout ce que 1’enfer peut fournir de fauffes raifons, de fourberies; d’impoftu- res de calomnies, fembloitfavo- rifer fes deffeins,&:menacerdune mine certaine une Religion, qui ncftoic foucenue que par un petit nombre de Miflionnaires que la qualitcd’etrangers rendoit fufpc&s- 8c mcprifables à une Nation cntel- .i C’cft Ia Capitale des Ifies Philippines, qui áppnrtiauicnt aux Eípagnols, & (juiionc au mid^
, de I’Emp. de la Chine. Liv. I. ip tec de fes anciennes couftumes éc defes vaincsfupcrftitions. II s’ima- ginoic en triompher d’autant plus ftcilement^qu’il comptoic fur les puiflans protc&eurs qu’il avoit à la Cour, &: fur la fayeur du Prince, qui luy avoit donné des emplois de confiancc & dc diftindion. Comme il avoit bcaucoup d’c£- prit& d’experience, il concerta Ton dciTein avee rant d’adreife, qu’il crutla ruinede la Religion imman- quable, ii l’Empercur n’interpofoit Ton autorité, &ne faifoit quelque coup d’eclat pour la foutenir : ce qu’il ne croyoit pas qucce Prince , íàge&: éclairé comme il eftoit, puit fairedans les circonftances prefen- tes, fans rifqucr Ton eftat & fa repu¬ tation. Carenfin, dit-il un jour à un dc fes amis, à qui il s’ouvrit fur cct- te affaire,^ I’Empereur pend le.par¬ ti de cette Religion étrangere, & s'it den declare ouvertement leprotecieur x ilfe bromllera avee les Tar tares Occi- den faux, les plus dangerenx ennemis
té Hifoire de 1'Edit de /'Empire, avcc lefquels il luy ejl dâ la derniere confequencc de fc ménager, dr de vivre en paix. Il donnera fujet aux Chinois de murmtwr, en vio- lant les loix fondamentales, de 1’Ejlat pour approuver une Religion entiere- mcnt contraire à celle des Pbilojòpbes & des fçavans, la fcule receite & au¬ tor if ée dans l’Empire depuis la fonda- tion de la Monarchic. Il irritera les Lamas a, les Bonzes, dr les Maho¬ metans , qui regarderont cette innova¬ tion comme une cbofe tout a fait hon- tcufe dr préjudiciable a leurs fccles, ejui ne font que tolerées à la Chine, ll s’attirera mefme les Tartares Orien- taux ,fes fujets les plus f déles, qui adorent tous les T>ieux fans en cr o ire aucun: Car qtioy-quils luy foient cn- ticrement dévoúez , ils ne pourront s'empefchcr dc le hlafmer, qu.ind ils
de I’Emp. de la Chine. LlV. I. VJ de la haine publique pour une affaire de Religion. Je croy me fine, ajouta- Cl ’ ílUt qttclque tjhme que l'Empe- r*urffle pMoiflre pour la fublimitc & l excellence des dogrnes de la Religion Chrffenne, il en regarde la morale comme une doctrine dure & farouche 9 qui depoiiillant I’homme de tons les fentimens de la nature, le prove des hie ns de la vie prefen tefous des cfperan- ces incertaines d'un bonheur a venir. C eft ainfi que le Viceroy raifon- noit en politique, fe lorriiioit dans lc deftein qu’il avoir formé , d’attaquer la loy de Dicu & dc la ruiner enticrcment. II cn trouva une occaiion, qui luy parut favo¬ rable. II l’embraifa fans balancer. Voicy comme la chofe fe pafla. UnChreftien du territoire dc la petite ville dc Lingan* eut le mal- heur de prendre querelle avec un Idolatre de fes parens. Celui-cy pi¬ que vivement va fur le champ le dé- a Villcdu troifidme ordre dc la dependence dc fitm-tchcou capiulc de la Province de Chekiam.
18 Hljlohe de l’Edit fcrcr au Tribunal du Gouverneur* de laVille, & entr’autrcs chefs d’ac- cufation qu’il produiiit contre luy, il luy fit un crime de fa Religion. Lc Gouverneur qui eftoit de la Pro¬ vince de Kouanji b, on 1’on n’avoic pas encore prfche l’Evangile, foie qu’il fuft peu inftiuit des maximes du Chriftianifme,foit qu’il fuft ani¬ me par lesOfficiers de fonTribunaJ, &: par les émíflàires du Viceroy, ju- gca en favour de l’accufateur, &: voulut rendre la câufe dc 1’accufe commune à tous les Chrcfticns, leur en fairc porter la peinc.Pour ce¬ la il fit imprimer des Placards toutà fait injurieux à la loy de Dieu, qu’il traitoit dc fc&e im júe &: pernicicu- fe, & il defendit a tous ceux qui eftoientde fon reflbrt & de fa jurif- diftion de la fuivrc, & d’en fairc profeftion. Il fit affichcr ces Pla- a II s’appelloit Tchin-kien-kij, Sc il eftoit natif de Sinnim dans le JCoiianfi. b Cette petite Province eft dans les terres: ellca lc Royaume du Tonkin, Si unepartic dela Province dc Canton au nudy.
dcl’Emf. de la Chine. Liv. I. ij> cards a la porte dc fon Tribunal, 8C il en donna pluficurs excmplaircs aux Bonz.es, qui les expofoient à 1’entrécdc leurs Temples les jours de leurs fcftcs, comme autant de trophécs de la victoi«c que 1’Idolâ- trie venoit de remporter fur la Re¬ ligion. Le Pere Profper Intorcctta Jcfui- te, qui avoir a Ham-chéou* , Capi- tale de la Province de Chekiam, une dcs plus floriftàntesEglifes delaChi- ne, fut infiniment feníible al’inful- tcquonfaifoit à 1’Evangile. Com¬ me il eftoit un des plus anciens mif- íionnaires dtfla Chine,& qu’il avoit beaucoup ^experience, il vitbien • que cettc edncclle eftoit capable de caufcr un embrafemcnt general, 8c de porter un prejudice tres-conft- dcrable à la Religion. Celt pour- quoy il ie miten devoir dc l’arref- teren fa naiflance. Il alia trouver le a C’cft Pancienne & la fameuic ville de Kinfai, dont Marc Paul Veuiticn dit tint dc mervcillc* dans fa Relation.
ÍO Hifloire de 1’Edit Gouvcrncur, il luy rçpreíenta qu’il alloit cauíer du trouble & du dofior- die dans la Province; que 1’Empe- reur luy fçauroit mauvais gtc d’in- quieter les Chreítiens áans un temps,ou il honoroit de lit favour & dc ft protection les Predicatcurs de 1 Evangile; qu il 1c conjuroit de fairc oiler c^s Placards des lieux,ou illes avoit fiiitâffichcr, & d’cn fai- re mettre de contraíres, pour répa- rer 1 injure qu’il venoit dc fairc à la Religion Chrcftienne. LeGouvcrneur n’eut aucun égard aux rcmontrances duPere Intorcct- ta, niaux tcqu cites quace miífion- naireluy fit prefenccr : au contraire, il trai ta les Chreíliens avec plus dc durcte ,• ce qui obligeace pere, pour fairc ccíler 1 iníulte & la vexation, de s adreílcr au Gouvcrncur de la villedc Ham-chéou, &de íòplaindre queleGouverneur dzLingtn traitoic laReligionChreftienne dc loy fauíle & dc fedte pernicieufe, contre les Edits, & la défenfe exprcílc de
de l Emp. de la Chine. LlV. I. 1 -»X 1 1] I* Vers.C eíl ainfi qu’ils s’exprimcnt en Chinoife, qu’un Prince doit com- mcnccr par donncr la paix à ’Uni-parlanc de leur Empire, parce qu’iJs regard ent routes les autres Nations comme des barbares, II doit cnfuite procurer l’abpndancc&: les commo- ditcz de la vie à fes pcuples. Enfin il doideur faireconnoiílre leurs obli- gaaons, & les inftruire de leurs de¬ voirs : Car ce feroit en vain, difent- ,, qu on voudroic retenir un peu- ple dans les bornes étroites du de¬ voir, fi l’on navoit auparavanr fo- i cment etabli les deux premiers Points;puifqueles loix feroient un roiblc rempart çontre la licence des aimes, & qUe les inftruaions fc- lotent peu d’impreffion fur l’cfpric mi P^L1P,e que la miferc &: I’indi- P-ncc embleroicnt autorifer àtout > . ►'•viw ua iumci aire 5 a tout entreprendre.
ii Hifloíre de 1'Edit Ces maximcs ont toujours paru fieífenticlles àccttc Nation , qu’cl- les ont eítc inviolablement gardces depths la fondation dc la Monar¬ chic par toutes les families, qui ont monte lur leTrône. Chuncbia regna , trop peu de temps, &: fut trop oc- t cups de la conqucílede la Chine, pour pouvoir procurer un fi grand avantagc à fcs nouveaux fujcts. II fc dcchargca de ce foin fur Carn-hi fon fils &: (on fuccciTcur, qui gou- vcrneaujourd’huy cc grand Empire avcctantde fageife. Ce Prince cut d’abord dc fafcheufes guerres à fou- tenir par mer & par terre : mais fa prudence & fa valeur l’ayant mis au . deilus dc fcs affaires, & rendu vi- ftorieux de tous fcscnncmis, il a cu - lebonheur de procurer à fon Eilat la paix la plus profonde, done on ait * peut-eftre jamais oiii parler. II s’efl: applique cnfhite à rendre • a Cc Prince com men ça i regner en 1644. Sc niounu cn 16(1. aprés avoir concluis l’Empircdc la Chine.
dc I’Emp. de la Chine. Liv. I. tt fes peuples heureux par les remifes dcsannées encieresde tribut, qu’il lcur a faites avec unc bonré dc une libcralire , qui peue fervirde mode¬ le aux plus grands Princes. Enfin pour s’acquiter du devoir de les inf truire dc de les rendre de bons fu- jets, il ne s’eft pas concenré dc lcur donner fix Articles, comme avoit fait la dernicre race des Empercurs Chinois: il lcur cn a propofe feize, avec ordreà tous les Mandarins dc fairc compofcr fur ccs textes ,cha- cun en fa Province, dcs difeours d’un ftyle fimple dc ailc , dc de les envoyer à la Cour des Rites, pour y eftre approuvez felon la couftumc. Le General des troupes Chinoi- fes de la Province de Kiamnama, fit ^pmpofer feize difeours fur ces tex¬ tes , dc les ayant fait impvimcr, il les diftribua à fes troupes dc à fes amis. a C’eft la Province dc N.inkin, qui a change dc nom , depuis qu’on a tdlfporté à Pekin le Siege dc [’Empire, qui eftoit auparavant à Nankin, inci¬ te Province eft fur la mer Orientnlc, cutre les Pro¬ vinces de Chanton&i dc chtkiaffl.
i 4 Hijloire dc I Edit Un de ccs feize Articles ordonne de ne point dormer dans les faujfes Reli¬ gions, & de ne fe pas laijjer Jèditire par lettrs pcrnicieujès maximes. Dans lc difcours qu’on compofa fur cet Article, l’Auteur fit le dénombre- ment de routes les fauflesRclmions. parmi lciquellcs il mit la Religion Chrcftienne , & la traita de iefte auifi feditieufe que la fcctc qui eft la plus dccriée de la Chine en cc point. $ Lc Pere Intorcetta, qui eftoic alors Supericur des Jefuites dc la Chine, en fut averti. II envoya promptementun exemplairc dc ce difcours au Pere Verbieft, afin qu’il apportaft un prompt remede à un mal íi preflant,& d’unfi pcrnicicux exemple. Cc fervent miilionnaiup cn fut vivement touche,Sc fe fer- vanten cctte occafion du privilege que luy donnoit fii charge, dc pre- fenter des placets à rÉmpcrcur, quandil lc jugeoir a proposjil luy cn prefenta un oil cet Articlccftoic infere
. Ewp-de laChine. Llv.I. in c^,c- R Empereur rcnvoya le pla¬ cet fdon Ia couftume à la Cour des RlteSj qui íans entrer en dif_ cumon du point dont il s’agiifoit* . íe contenta de répondre, que Pe. XaCICjÍCIa, RcliSionChreftienne eitoit detendu par les loix. L’Ern- percur qui jugea bien que cetterc- ponfe affligeroit fenfiblement lcPc- re Vcrbicít , qu’il vouloit obliger, cut la bonte de tirer un trair dc pin- ceau fur la remontrance dc la Cour & de donner ordre deftaccr ccs mots par tour, oú l’on les trouveroit: LaReligiou chnjlHerne tjt une Religion qui tend à la revolte, autant que U Jeffe a, qui cjl la plus décriée cn ce point. Cet ordre fut porte fur le champ à tous les Viccrois pour le «ire executer j & le General des troupes Chinoifes, qui avoir don- «e occafion à tous ccs mouvemens, nt une recherche fi exade, qu’il re- couvra tous les excmplaires, qu’il B
-l(, fíijhlre de I'Edit avoic répandus, &c lcs fupprima I-niesi^ pour jamais. Ccc Edit fut porte la 2ÓC année du Regnc dc Cam-hi. Le Pere Intorcetta fe fcrvit dê cct Edit fi favorable aux Chref- tiens, pour foutenir lesintcrefts de la Religion, & pour fe plaindre du * procede du Gouverneur de Lingan. II s’adreila au Gouverneur de la vil- lc àefíam- tchcouÁ luy prefcnta une accufation dans les formes contre ce Mandarin. Ce Gouverneur ie- ceut le Pere avec honncur, & le pria de luy abandonner cettc affaire fans vouloir la pourfuivre par lcs voyes de la juftice. Ce parti cftoit dangcreux pour la Religion le Pe¬ re en craignoit lcs fuitcs. Ainfi il nc jugea pas a propos dc 1 acceptcr.^Lc j Gouverneur s’en choqua; & fans t dcliberer davantage; il écrivit fur le champ au Gouverneur de Lingart* luy cnvoya par un cxprcs 1 accu- Euion qu’on avoit formée contre luy. L’expres la luy porta cnplcine Audience, foit par imprudence.
dcl-Enjp. de la Chim. I.iv. I. z7 ou par oidre fecrct qu’on luy cn avoir donnc. Cc Mandarin la leuc cc precipitation ; & fc Jcvanc brufquemenc dc fon Tribunal, il protefta hauteménc qu’il tireroic unc vengeance éclatante dc 1’af. front qu’on luy faifoit. II y a bicn de 1’apparence qu’ií agiíloit dc concert avcc le Viceroy & qu’il n’eftoit que 1’inftrumcnt de la paíTion dc cc méchant homme. Pour faire plus d eclat, & pOUr poufler les chofes 'a 1 extremitc , il pncle fceau de fon Office, & vine eremettre entre les mains du Vice¬ roy ; fur cc que les Chreftiens gens broúillons & fcditieux nc luy per- mcttoicnt plus d’exercer fa charge avee honneur; qu’ils avoient force ion Tribunal, & arraché les Pla¬ cards qu’ily avoir fait afficher* qu a- pres tin femblable attentat, leur iet-,qui violoit tous les jours les 1 c rr mPCrCUr Par lcS n°uvel- cs f S'’les qu’il baftiflbit &: par le grand nombre de Chrefticns qu’ily B ij
2.8 fíijloire de 1‘Edit aíTembloic , avoir Ia tcmeritc dc l'accufcr d’y contrevenir, dans lc temps mefme qu’il cmployoit íon autorité à maintenir les loix dans toute leur force. Lc Viceroy 1’écou- ta avec une gravite ordinaire aux Mandarins Chinois; mais avec une joye fecrete de le voir fi bien fccon- der fa paflion : Allez*,luy dit-il d’un air content , reprenez, 1'exercice de 'voftre charge, çj laijfetyioy Lc Join de vous njanger de 1‘infolence de cet e(iranger t & de la rebellion de fes Jeffateurs. Un des plus zelez partifans de Tam-quam-Jien , luy avoit infpiré cette hainc centre la Religion Chreftiennc. Cet horame avoit eílé autrefois un des premiers Officicrs du Tribunal des Mathematiqucs, ou il sctloit diftiligué par fes violen¬ ces Sc fes perfecutions contre le Pc- reVerbieíL II avoit efté oblige de quieter ce pofte par 1’ordrede l’Em- pereur, Sc de fe retirer dans fa mai- íon à i-iam-tchéou, ou toute fon oc-
del Emp. de U chine. Liy. I. in cupacton eftoit de decider lesChref- tjcns^&de Ieurfaiie dcs ennemis. 1 avoir reiiili aupres du Viceroy qm avoir d’aUleUrs des interefts ie- crets de fe declarer contre eux. & de les perfecuter. . Le Trcforier general de la Pro¬ vince, avoir fait faire unc Idole rort propre, à laquelle on devoir prefenter des voeux pour en obte- nir de la pluyeaprésitne longue fe- cherelfe. II invira le Viceroy à luy oftnr de l’enccns, & à faire les hon- neurs de cettc feiie. Comme le Vi¬ ceroy fe piquoit d’eftre de la fe£e des fçavans *, il recent froidemenc Je Trcforier, & luy dir dun ton rail- leur, quV/nefçavoitpoint demnnder del.ipluye à ceux Jui n'en pouvoient aonner. Je njous emends, reprit le Trcforier, picque d’une réponfe ii Vive, e'eft-a-direque vous ejles Chref ticn. Le Viceroy cut beau s’en dc- a A la Chine la Religion de 1’Eftat eft celle des Javans & des Philofophes, done l'Empereur & ]„ Mandarins font profeflion. Le peupfe adore les Idoles, & eft divifé cn differences feftes B ii)
jo Hijloirt de l’Edit {endre, on n’en crut ricn, ou Ton feignit de n’en rien croire, &: on l’cn railla fouvent. Ces railleries le mi rent ei) ii mauvailc humcur con- trcles Chreftiens, qu’il réfolut de. lesperdre, &C d’cftre le perfccuteur de ceux done on 1 accufoit d eftre le complice. Ilcoinmcnça par fairedes infor¬ mations fecrctes fur la fondation & fur l’eftat dc l’Eglife de Ham- tchcou capitalc de la Province dc Chckiam• II s’informa dcs hcriticis de ceux qui avoient vendu 1 empla¬ cement de ceue EgUfc , s il ny avoit point quelque claufe dans le contrat de vente , qui fuft nval cx- pliquée, &£ qui donnaft piiic a la chicane. Mais comme on luy re- pondit que cet emplacement avoit eíté acheté par le Viceroy Toting , un dc fes predcceffeurs, qui avoit fondc cette Eglife: il fit des perqui- iitions fur la perfonne & fur la con¬ duce du Pcrc Intorcetta, fur la do- ttrinc qu’il enfeignoit, furlc nom*
de l’Emp. de la Chine. Liv. T. 31 bre dcs Chieíhcns, fur lesEgliícs nouvellcmentétablies, &: g’cncrale- mcnt fur cout ce qui regardoit cct- te nouvellc Chrcfticnté. Comme tout ce qu’on luy en rapporta ne le contentoit pas, le haíard luy offric une occafion favorable de fati-£drc fapaífion,&: de faire éclaier fon reílenciraenr. Lc Reverend Pere d’Alcala Reli, gieux dcl’Ordre de faint Domini¬ que , travailloit depuis long-temps aLanki,\illedu troifiéme ordre de la depcndance de Ham-tchéou; Sc il syacquitoit de fon miniftcre avcc beaucoup de zele Sc d’cdification. Mais comme la maifon qui luy fer- voic d’Eglifc, n’eftoit à luy que par engagement, le proprietaire pou- Voit lcn charter, quand il lc jupe- roit à propos. Cela obligca cemií- fionnaireàchcrcher ailleurs un éta- bliíTement plus folidc. II cboific Kiu-tchéottville du premier ordre de Ia Province de Chekiam, comme un lieu plus propreà travailler, Sc par
31 Hiftoire de l’Edit ion étendue & par le nombre de fes habitant. II obtint fans peine, par le moycn d’un prcfcnt qu’il fir aa Gouverneur, la permiilion d’y ache- tcr une maifon. II falloit encore avoir l’agrement du premier Affef- feur. II lny fit aufii un prercnr,mais moins confiderablc que ccluy du Gouverneur. L’Afleffeur le trouva mauvais &s’en choqua. Pour furcroift de dii’grace, un do- mcfiique du Pere alia Tous un nom emprunre rendrevifiteà l’Affefieur, pour traicer avee luy de cetce affai¬ re. Le Mandarin qui ne le connoif- foit pas, le traita avee honneur. Mais ayant enfuite appris Ton nom & ía qualité, il pric l’infolencc du valet pour un affront que luy faifoic le maiftre; &: comme les Chinois font d’unc grande dclicatcfl'e fur le point d’lionncur, il refolut de s’en vangcr. Ainfi, foit que ce Pere euft manque, comme on difoit, à quel- ques formalitez, qui font infinies a. la Chine j foit que les Payens, qui
de I'Entp. de la Chine. Liv. I. it uy avoicnt vendu la maifon, fuiTem bicn-aifes de luy fufcicer unc affaire, ^la maiíbn eftanc confifquéc * lendu? Par Secret, ils puffenc la acheter a vil prix avec un gros pro- «t; loir enfin, comtnc il arrive af- lez fouvenc, que ces deux caufcs concouruílènt cnfemble, le Capi- tainc du quartier & le Chef de la rue allerenc deferer lc Pere au Tri¬ bunal de l’Affeffeur, qui receut Ieur plaintc, & commença à proceder juridiquement contre luy. L’affai- re fur portée devam tous les Tri- bunaux de la Province, & mcfme devant celuy du Viceroy, ou il arri- va que dans les diiferens interroga¬ ns que le Pere d’Alcala fur obli¬ ge de fubir, il dépofa qu’il avoir efté envoyé en exil à Canton durant la perlccution d'Tam-quam-ficn en la compagnie des Peres Gabiani & lntorcetca Jefuites. I 11 en falluc pas davantage an Viceroy pour cnvelopper le Pere Inçorcettíi dans cetcc affaire. I] cf. B v En 160+]
54 fílftoire de 1'Edit toit anime; I’accufation luy parut favorable. II ordonna d’exminer le Pcrc i &c afin de commencer la guerre qu’il meditoic depuis long- temps , il ie donna la peine de com- poier luy-mefmeun Placardrempli de blafphefmes contrc la Religion Chreftiennc. II lc fit ccrire cn gros caracteres, & affichct ala porte de 1’Eglife> &£ il cn fit faire un fi grand nombre dc copies, que la ville de Hdm-tchéou & toutc la Province de Chekiam en furent bicn-toft rem- plies. On ne fera peut-eftre pas fafi- chc de voir cctte piece, qu’on a traduite mot à mot fur loriginal Chinois. » Nous Tcham Viceroy, tire du m Tribunal dcs Enqucftes; faifons cct „ écrit, pour défendre févérement « aux Europcens de feduirc les peu- »» pics, cn lemant des fciiilles volan- »»tes, &: aux Chinois d’cmbraiTcr &: •> de fuivre leur Religion contre les » Edits: efperant que cette défenfe » fervira à maintenir la vigucur des
delUntf. dc la Chine. Liv. I. ^ oix, •& à ramencr les efprits dans « le droit chemin. Nousfçavons qu’il « n Y a P01nt de loy qui contienne les « V1 aXes ^aximes de la perfection dcs « ÇU^culiers, & du gouverncment « ^cs Eftats, dans le mefme detail & „ avec la mefme étenduê que la fede « dc nos Philofophes. Ccs maximes « par rapport au rcglement des famil- « !cs, confident à obéir à fes parcns, <. refpeder les plus âgcz. Par rap- port au gouvernemcnt, dies con- « fiftent a eftrc íidélc au Prince & à « aimèrle penple. Cctte Scãe rccon- « noiíl Tchéou-coun a & Coun-tçéh « pour Maiítrcs. La bonne conduite, « lamour du prochain, la vertu & la « jufticc en font Mendel. La civili- « |e) Ou lobfervation dcs devoirsde « Ja vie; Punion & la concorde, dont « «Mufique eft le fymbole ; les loix « civiles & criminellcs, ou le b* n 1,11 ^cs plusa>icicns doilcurs de la Chine, lc feineux Confucius , Cjtie les Chinois regardenr commc leur Mai/lre & leur Lcgiilateur. vivoic cincj cens ans avant la venue Je nofire» -eigneur. Bvj
3$ mjloWt delEdit „ gouvcrncment , Tone les moyenS „ qu’clle employe. Sa do&rine, qui „ eft parfaitement vraye , eft dans le „ mondc ce que 1c Soleil &c la Lune „ font dans le Ciel, que ces Aides „ parcourent; & ce que les fleuves ÒC les rivieres font fur la terre qu’elles „ arrofcnc. LaSefte dcs Brachrnanes * „ des Indes, & celles de nos Bonzes ne „ font en comparaifon de cellc des „ Philofophes, que coipmc la lueur „ dun flambeau de rofeaux, que „ corame autant d’eau qu’il en dent „ dans lc pas dun bccuf. Quelle idee „ à plus forte raifon devons-nous a- u voir des autres Seftes; M Mon Prince aujourd’huy a une \ M eftime fingulierc de la vraye do&ri- „ nc. II honore nos Philofophes pre- '• „ ferablcment à tous les autres. II a | „ travaillé luy mefme aux Commcn- K taires dcs cinq livres Canoniques^ a Cc font les Preftrcs Idolatres des Indes. b Ces cinq Livres font confacrez, & d’unc gçan- de autoritd parmy les Chinois. Voyez ce qu’en Jit Ic R. P. le Comte dans fes Nouycaux Mcmoires dç fc Chine. A
de 1'Emp. dela chine. LlV. I. 37 & des quaere livres claffiquesa, &: •* JÀ. . a repandus cnfuice par tout «* Univcrs, afín de faire à jamais écla- »* ter les avantages qu’on retire de * n avoir dans tout l’Empire qu’une « mcfme langue fçavante. Cc foin « devoir engager les pcnples, qui ont « le bonheur d’eftre nés ibus le regne « d un Saint, à fuivre en tout la do- « dtrine des Saint; Sc a s’appliqucr à « 1’étude des livres que Coun-tçé Sc «« Men-tféh nous ont laiflez. Les la- <« boureurs, les artifans, Sc tous les « marchands devroient aprés cela « s’attacher avec toute Implication « & tout le foin imaginable aux cm- « plois de leur profeflion, afin de fe «« mettre en cftat de vivre dans 1’abon- »• dance. Si leurs occupations leur lait « fent quelque loifir, ils ont les feize « ArticlescdesinftruáionsImperiales, »« a Ces quatre Livres font I’Ourage de Confia tins & de Men-tçé íòn difciple. 11 C’eft un des difciples de Confucius, done on a ae tres-beaux Ouvrages. c Voyez ce que nous avons die de ecs feize Arti- des a la page 14, — - - - --
3^ Hijioirc de l’Edit » dont ils pcuvent s’entrecenir, & fur ». Icfquels ils pcuvcnt faire desexpli- * cations & dcs conferences,afin de fc porter reciproquemcnt les uns les » autres au bicn , &: de reprimer la « pencenaturcllc qn’onaaumal.C’cft m fur cela qu’ilsdoivcnt établir les fon » demens dc leur pcrfc&ion ,dontle « fruit doit cilre d’attendre avee une « fcrmecc&une conílance inébran- » lablc tout cc que le Ciel ordonnera. „ Mais les habitans de Chckiam, « groiliers ignorans, bien loin dc •> s’appliquer à ces devoirs, s’entraif- » nent les uns les autres, &: vont en » troupes embraifer la loy de Dieu. » Cette loy vientoriginairement des »♦ Europecns de de-la les Mers, qui » font entrez dans la Chine fur la fin » dc la famille dc Tainting* ; fous la « famille regnante b 1’Empereur fur » laSentence rendue dans 1’alícmbléc 3 Cette famille qui commcnça à regner en 1369. aeu feizc Empcrcurs, qui out gouvernece flonT- fimt Empire pendant 176. ans. ' b La famille regnante s’appelle Tai-cim , e’eft la yingt-deuxieme famille qui ait polTede cct Empire.
del’Emp,delaChine.'LiV.l. 35* dcs grands dc fa Cour 3 a porte un « Editqui concient cette clauíej à la « tcferve de Ferdinand Verbicfl & de •• Jes compagnons , attfquels il ejl per- «» mts de faire 1‘exercice de leur Religion « cot/me ils le fúfoicnt anparavant. De « cr.iinte cju à la Cour, ou dans les Pro- « vinces onnc batiffe dc nouvellcs Egli- « fes, & qn on ne frjfi des Chrejliens , « j’ordonne qu’on le defende feverement «* & qu’on avertijfe les peuples de cette « defenfe. Ce qui fuc execute la ncu- « viérne annéc de Cam-hi. La Cour « des Rites prefenta de nouveau un «r» 16 Placet qui futfuivi dc cct Edit: Si «* parmi les mifjionnaires Enropeens ily « en a qui fçachent l’Afironomie, for- •* donne qu’on les amenc ama Compour « y demeurer avec Ferdinand Verbicjl « &fes compagnons. Je permets à ceux « quine lajçavent pas de retourner cha-
40 ^ HiJloiredel'Edit " tant a la Com que dans les Provinces, »* d’embrajfer cette loy. J'ordonne pa- „ rállement qu’on obferve l’Edit prece- * dent, qui porte qu’on la defende, & » le rejle. Ce qui a ejlê execute & en- » regijhc an Grejfe de ladite Com. » , Je nc Içay en quel temps l’Euro- „ pécn Intorcctta a abandonné Ton » ancienne Eglifc dc Kianfia pour ve- „ nir s etablir en cellede Chekiam:s’il „ fc die Religieux, il doit observer rc- „ ligeufement les loix del’Empire, » former fa porte, &: ne recevoir au- „ cune vifite. Pourquoy done a-t-il * imprimé le livre intitule, Explica- « tion de la Loy deDicti, &; ccluyqui .. porte pour titre, Les fept Vi ft ones'0 9* & autres livres? Pourquoy fait-il * peindre des images de Dieu, obli- 3 Cette Province, qui eft au milieu ties ter res, a à i’Orient la Province dc Chekiam, & celle de Fokien au midy. b Le premier de ces livres a efté compofd par le Pcre Jule Aleni Jcfuite, pour donner unc ideegc- nerale de la Religion Chrcfticnne. Le íècond par le Pere Didaco Pantoja Jcfuite Elpagnol, qui fut relegue durant la pemicre pexfecuti'on a M«cao, fiu U njourut já j, “ ‘
de rImp. de la Chine. Liv. I. 41 geanc les gens à les vcnir adorer à « certains jours marquez, & à gardcr«« desjcunes? pourquoy fcme-t-il des « billers parmi les gens defaloydans ,* la capitale, & dans les villcs de Lan- « hi, de Hainim, de Lingan d’Tuhan, « dc Tetcin , & dans les autres villes « de la Province l II y a plus dc mille « families dc gens ingnorans & infcn- „ fez , qui ont cmbrallez cettc loy. „ Ilsfont tous coupables d’avoirvio- «• lé les dcfcnfes qu’on a faitcs, & d’a- „ voir concrevenu aux Edits. II cít à « propos de les inftruire fur ce point, „ & de le leur défcndre encore. Ccft « dans cctte vue que nousfouhaitons „ que tous, tant les gens de qualité „ que le peuple, fçáchent ce qui fuir. « Vous autres, vous abandonnez « le vray chemin qui vous a eíté mon- « tre par les Saints & par les Sages, „ pour fuivre les fenders détournez « de 1 Europe.C’eft une erreur groftic-,» re: vous violez les Edits de 1’Empe- „ reurpourentrer danslaReligiondes f« Europeansccft une faute dc con-««
4t Hifioire de I'Edit „ duite,qui cítconfiderable:vousme- „ ritcriez d’eilre chafticz lelon la ri- „ gucur des loix; mais nous faifons ,, cette reflexion , Vous cftcs desgens » ignorans &: grofíicrs, qui vouscftes „ laiílez feduire par des eítrangers, SC „ qui vous ellcs mal à propos engagez „ dans une fccle pernicieufe. Je veux „ bien vous pardonner lc palíé, SC „ vous laiílcrlcs moyens devouscor- „ riger de vous-mcfmcs: mais il faut „ d’orenavant qu’obcifl.ant avcc ref- * ped aux loix, vous preniez garde „ d’encrer une autrefois dans lafauíTe „ fc&e de 1’Europe. Quefi peififtant „ opiniaíhémcnt dans voftreaveugle- „ menc, vous manquez de quitter „ aufli-toíl cette Religion, ou s’il fe „ trouve encore quelqu’un, foit hom- „ me ou femme, qui renonce aux „ emplois de fa profeflion pour cn „ garderlesObfetvancesa,jordonne „ aux Officicrs que cela regarde, d’en a Lc Viceroy marque par ces paroles les Diman- clies & les Feílcs, que ces nouveaux Chreíticnl •bftrvcat avcc bcaucoup d’cxa£Utudc.
deI’Emp. ae la Chine. LiV. I. 43 informer inceliamment, &: d’en « foirc leur rapport. Us fe faifiront de «* la perfonne d’Intorcctta & dcs an- « tics, qui contrevenant aux Edits, « preicheronc cette Religion. Ilschâ- « tieronc dans route la rigueur des « loix ceux qui fe feront laiffez fédui- „ re. Les voifins &: les amis qui les ca- „ cheront, protegeront, ou aidcront«« feront tous coupablcs du mefme « crime, &c Ton ne fera grace à per- „ fonne. 11 faut lc faire fçavoir au „ public. Fait le feiziéme jour de la „ feptiémeLune interealaire, la tren- „ tiemea/nnee duregne de Cam-hi, c'eft-a-dire le huitiéme de Septembre de /’année mil ftx cens quatre-vingt- onTg. Ce premier a&e fut lc fignal dc la perfccution. Tous les Manda¬ rins de la Province fe fignalerent à 1 envi, & firent leur cour au Vice¬ roy aux depens dcs Chrcftiens.Cha- cun fit des afíiches à ft maniere in- finiment injurieufes à la Religion, qui devint par la lc joiiet U la fable
44 Hijloire de lEdit de Tldolâtrie &: de rAtheifme, . Ce fuc unvraytriomphe pourle Gouverneur de Lingan, qui íe livra à toute la joyc, done un hommc eft capable,quand il voitla perte de fon enncmi aílenrée. La vengeance efl: une des paflions favorites des Chino is, leurs hainesfont éternel- les, ils n’en revicnnent jamais ■, &£ e’eft fouvent tout Theritage qu’un pere laiíle en mourant à fes enfans. Mais quelque implacable que foic leur haine, ils n’ont paint recours au ferni au poifon: tout cc qui tiene de la violence & de la cruauté les effrayc, n’cft pas de leur gouft. C’eit dans la chicanne fcule qu’ils trouvent dc quoi fe contenter à coup feur, parce que e’eft un moycii infaillibled’aifouvirleur paflion: ils n’epargncnt pour y réuíTir ni Tar- gent ni Timpofture, ni ce que Tarti- fice&daplus noire malice peu tin- venter. Nul peuplc ne les égale dans cet art, &: ils pourroient en flare des Icçons aux plus habilcs 4c TEurope.
delEmp. de la Chine. LlV. I. 44 LcGouvcrneur de Linçan eftoic par aitcment inftruit de tous lcs tours qu on peut donncr à une af- .e\ 11 cftoit feur du Viceroy j mais il ne 1’eftoitpas du Treforier general, qui eft Pofficier le plus con- íidcrable de la Province aprés le Viceroy, &c celuy auquel il appar¬ ent par le droit de fa charge , de prendre connoiflance des affaires des cítrangers: il falloit Pengagcr. Conime la protection des Grands cíl: vcnale à la Chine; e’eft une cho- jcaffez ordinaire que les perfonnes o un rang moins clevé achetcnt cherement le droit de protection & fctitre de creature ,afin que le Cre- «itdclcur protedeur les rende re- aoutables à leurs ennemis, & lcs nictte à couvert de 1’infultc des jrands. Ainíi le Gouverneur de qui vouloit mettre leTrc- Wr dans fes interefts,réfolut de ie raire fa creature. Il luy fit des proteítations d’un parfaic devoué- ttient&; dun attachemcnt inviola-
4 ficiers deC^w/^wdonnerentauxEi1' f.ni6ii. » ropccns la dixicme annéc àcCarfi' » hi, pour rctourner à lcursEglifcs» « Intorcetta devoit allcr àKien-tchalth » ville du premier ordrc dc la Provi»1'' »» cc dc Kiiinji. II faut done s’infor' » mcr foigneu lenient cn quelle anhee *» il eftyenu dans la Province de cbt' J »|
de I’Emp. de la Chine. Liv. I. 47 «iam. De plus , fuivant Je rap- «« VP1 rr (?0UVCrncur deHam-tchéoil, « -kg lie dc Ham-tchéou fut fermée << Pai ordre du Magiítrat la troifié- « llle ailncc de Cam-hi, lorfqu'Tam- « quam-Jien accufa Adam Schall. Pre- „ ientemcnt Intorcctta y dcmeure : En avertit-il alors lcs Officiers ? n Maispuifque cette Eglife avoic cite « rcinicc par 1’autorité du Magiftrat, « 11 »e devoir pas s’y crablir cn ca- « chccte ? Pareillcmcnt comme l’Ej <« dit qui permettoic aux Européens « dc rctourner chacunà Ton Eglife , « défendoic à tout autre qua eux dc « niivre cctte loy ils devoient obeir « a cet ordre de l’Empereur.
'f.niSii ‘48 Htjloire de 1’Edit. „ trecela Intorcctta a faie imprime* „ le livre intitule, Explication abreget » des points les plus importatts de la loy, „ &í celuy quils nomment, Lesfcpt M Vtãoires, livres plcins d’une do- „ &rinc faufle& pernicieufe.CetEu- „ ropéen féduit les peuples en violant « les Edits; ce qui eft contre toute ,, forme de bon gouvernement. Il „ faut examiner tout cela, & le dc- „ fendre. Dans cette vcue : Vous, w Trcforier general 8£ vosOfiiciers, „ j’eipcreque, felon le devoir devof- « tre charge, vous ferez cc que j or- „ donne. Ainíi vous demanderez à „ d’Alcala, ou il demeuroit avant la „ troifieme annéc de Cam-hi, fi c cl- 1 „ x.o\tàans\cChekiam, ouaillcurs;S£ „ s’il y a un témoignage parou il pa- 1 « roiflè qu’il devoit retourner à ion ( w Eglifc. „ Pour ce qui rçgardc Intorcetta, „ vous vous informerez de 1’annéc , w dans laquelleileftvenuàladérobéc « dans le Chekiam; puifquc dans la di- »> xiéme année du regne de Cam-hi, d devoit
del’Emp. de U Chine. Liv. Í. 4* Revolt rctourncr dans le W.S’il a « ;i I °r laCour,en vcrtu duqucl « i>p X^Pwmis de dcmcurcrdans « P C nde H-Xm * tcbéoU. Ec cctcc « h§h.ic cftant alors fcrmcc, s’il aeu <« quc qucpermiffion ,pour fedonner « Ja hbertcde l’ouvrir ? Cn quelle an- « n«e le nommé Chintafen soil fait « Chicftien, & qui eft celuy qui l’a « porte a ccla > Vous, Treforicr, quc « cccte affaire regardc, vous fercz en- « particular avee lc Jtige Crimine) de .« laProvmce^cs informations exa- ~ ttes lur chaque point, & Vous me « rendrez comptc dc cc que vous au- « cz coiidu, afin quc jc termine cct- - te afta,rC. Dcrcchef, fur ce quc « Chmtafen depofe qu’il y a par tout « des gens de cettc loy, on la défen- « ía feveremenr. Lcs Officicrs de « pnaque canton inftruiront lcs gens « M^norans, que la faufte doólrinc dcs « uropeens a feduits, afin qu’ils ie « orrigent inceftàmment, & qu’ils « Kttentau feu lcs images qu’ils gar- « «lent pour lcs honorcr, De plus,vous * Tm e in. c
jo Jlifloire de l’Edit u dèmanderez à Intorcetta en quel', »» endroitfont les planches des livres, » qu’il a fait graver? s’il a permiflion » de la Courdcdiftribuer ccs liyres, » & quel moyen ilfuggere pour arref u ter cc defordre dans la luitc ? exa- « minez cela, &c donnez vos avis fur »» chaquc point avec exactitude &: »> avec foin: n’y manquez pas. Le Trcforier fit executer cet adte avec toute l’ardeur dun homme, qui veut fe fignalcr dans fon parti, &: donner dcs marques de fon de¬ vourment. Mais comme les Tri- bunaux fupetieurs ne connoiflent ordinairement dcs afiaires, qu’a- prés qu’clles ont paífé par IcsTribu- naux infcricurs, il envoya cet aCtc au Gouverneur de la Cite3, &cc- luy-cy au Gouverneur de la ville, .Sept, qui donna ordre dcs le lendemain à un Huiifier de citer chintafen & le a La grande ville de Hnm-tcbcnu, ft fameufê autrefois fous lc nom de Kinfai, eft partagée com- mcen deux villes , dont Tune s’appelle Gin-bo Sc l’aune Tfin-um. Ccs deux villes ont chacune leur gouverneur avec lcurs Tnbunaux fubordomicz,
dcl’Emp. de la Chine. Liy. T.
H'tftoire del’Edit dinairc. Ccs qualitez naturelles cftoicnt foutcnues d’une vercu ra¬ re, d’un zclc ardent d’un coura¬ ge hcroique, capable detout fouf- frir&de tout çntreprendrc pour la gloirc de Jcfus-Chrift & pour lc fa- lut desames. II fc prcfcnta au Tribunal du Mandarin danslc mefmecfpritquc les Apoftres fortircnt dc celuy des Juifs, c’eft-a-dirc rcmpli dc joyc d’eftre jugc dignc de fouftrir quel- que choie pour lc nom dc Jcfus- Chrift. Cc Gouverneur eftoit un hornmc fage, qui n’cntroit point dans la paflion du Viceroy. II trai- ta lc Perc avec diftinftion, &: il luy fit tous lcs honneurs quc pouvoient fouftrir les formalitcz dc la Chine. II fit donner quclqucs baftonnades à l’Huiifier, qui l’avoit conduit, pour avoir eu l’imprudence dc le luy pre- fenter cn plcinc Audience fans at- tendre fes ordres. II fc leva par hon- ncur dc fon Tribunal, quand le Pc- rc parut, Si il le fiepaifer dans unc
de lEMp. de la Chine. Liv.I. 53 chambre voiíínc, ou il alia le trou- ver ápres fon Audience. Le Perc repondit a toutes les interrogations qu illuyfit avcc une prcfencc d’ef- prit admirable. II luy dicqu’il cftoit entré dans l’Empirc avcc le Perc Enissf. Ferdinand Verbieft ; qu’il s’cftoit ctabli d’abord dans la Province de Kianji; mais qu’cftant venu rendre les derniers devoirs au Perc Um- bert Augery fon coufin, qui avoic foin de l’Eglife dc Ham-lchccm; & ce cher parent luy ayant on mou- rant recommandc fon Eglifc, il cn Eni
Hfioire de l'Edit mefine tefmoin, dit-ilau Mandarin y de ce qui fc pajfii il y a quclques an- 'trusts, jjies, lorfijue I'Empereur fit la vifite desProvinces, & quitprlt an Prin- temps le plaifir de la promenade fin le Lac delicieux a, qui baigne les murall¬ ies de cctte v'tlle ?Nevous fiouvient-il plus que ce Prince envoy a dcs prefins à won Eglifie par les Gcntilshomwes de fia Chambre, qui y vinrcnt adorer le vray Lien fielon I’ordre quit leur en avoit domes qu’il eut la bonté de m’envoyer des plats de fit table ; dr qu’il voulut bien que j’cujfe I’honncur d’eflre admis jufiqu’a trois fois en fit prefience. Eons ne fçavez, peut-cfirt pas toutcs les quefiions que cet aima- ble Prince we fit ? voila un memoir re qui vous en infiruira. 11 luy pre- fenta en mefme temps le recit de tout ce qui s’cftoit paífe alors, qu U a Ce Lac qui eft à l’Occident de la ville de- ffam-tcheou , eft un des p'us beaux cndroits de la Chine. Les montagnes qui 1’euvirtínnent, & qui font au Piintemps toutcs couvertes de fleurs , for- nicnt uue efpecc de ballin , qui furpaiTc tout cc-quç 1’Art peut inventei»
d: iEmp. de ia Chine. Liv. I. jy ^voit fait imprimer felon la couítú- mc de la Chine. II n’en falloit pas davantage pout' mettreacouvert de toutes les re- cherches qu’on faifoic. Car I’Em- pereur luy parlanc avec une borne & une familiaritc , qu’on ne fcau- roit aflez admirer dans un il grand Prince, ^eftoit informe dcs liedx ou il avoir demeuré , de letat de fon Eglifc, du nombre de fes Chref- tiens, &: de prefque toutes les au- tres chofes, dont lc Viceroy le fai- foit intetroger : & aprés1 avoir en- ■tendu fes réponfes, il luy avoir die avec une bonté charmante : Soft •vieillard (c’cftun terme d’honneur ala Chine) dcmcarez, icy en repos. Le Perelntorcetta ne fe fut pas plutoll retire, qiie le Gouvcrneur delaViíle énvoya fes interrogations, & les reponfes du Pere au Gouvct*- neur de la Cite. Celuy-cy n’en fut Pa$ content: il netrouva pas les id- formations aflez exaótes; ainfi il les srenvoya for le champ,'avec ordfc
fíifoire de ["Edit deles reformer, & de proceder 5 un nouvcl interrogatoire fur les points qu’il avoir obrnis. Le Perc fut cite par lc mefmc Huiííicr, &C oblige de comparoitre pour la fe- conde fois. Voici les interroga- • ■ * ^5 tions du Gouvcrneur, & les répon- fes duPcrc, qui meritcntqiv’on en con ferve la memoire. N’avisz-vonspas eu ordre du Vice¬ roy, lui dit le Gouverneur, debruf ler inceffimment les images quo vous . avez. expofées dans vos Eglifes ? pour quay ne I’avez, - vous pas fait? Les images de Dieu, luy repliqua lc Pe- ■ re, cf celles des Saints nefont pas des cbofes quon doive brujler: ft l'on les ‘veut brttfer, il faut commencer par me brujler moy-mefme. Mais pourquoy brujler les faintes Images; puifque I’E- ditdel'Empereur per met an Fere Fer¬ dinand Verbiefi & a fes compagnons d'exercer leur Religion en leur parti- cnlicr mime par le pajfé: ft j’expofe ces images ,& ft je les honore, que fds-je autre chofe que viacgfiuer fat
del'Emp. de h chint. LlV. I. 57 devoirs' de ma Religion cn mon par¬ ticular ? En quel endroit, continua le Ju- ge , avez-vous mis les planches des livres cjtte vous avez fait graver a ? Elies font prefentcment dans mon Egli- fe , ditlc Pere: dies ontejlé gravées des le temps de 1'Empereur Vanlie : ces livres font definez a mon uÇagc, & ils ne centiennent rien qui puife féduire ni tromper les peuples. Avcf- vous un ordre de la Coar, repric 1c Juge, pour difrihtier ces livres que vous ave f fait imprimer ?ffe n'en ay point qui le permette, répondit le Perc -.Jen'en ay point auffi qui le de¬ fende. Mais maintenani qu’on veut empefcher que ces livres n’ayent cours L Imprimeric de la Chine eft fort differente de la noftre. Coinme nous avons peu de caraíteres, nous les aflcmblons aifement, & nous cn formons des planches qui íèrvent à imprimer; mais à la Chine, comine ils ont plus de quatre-vingt mille ’ kdépenfc des caraílercs feroit" infinie, & ”a*lcmblaee prclque impoffible. Ainfi ils onr pns le parti de graver leurs lettres furdes planches de boisdont ils íe fervent dç la mcfoie manierc que nous nous íervons icy des planches de cuivrc pour jnprimer cn taille-douce. ' Cv
Hijloire de 1’Edii dans l’Empire, conclut lejuge, qnel moyenfuggercz,-vous pourl’empefcber? Ces livresfont les livres deDieu, dit le Pere, & non pas les miens: je ne me fuis jamais fervi de perfonne pour les débiter; comment voulcT^yous que j’en empefchele cours ? Corarae cc Gouverneur avoit de la droiture &: de lequité; Sc comme il nc hajííoit pas les Chrefticns, il fuggera au Pere quelques-unes de fes réponfes, & il ne pouíla pas plus loin íès interrogations. II porta ía Sentence, qui nefut point du gouft du Viceroy, ni des autres Officiers majeurs. La voicy mot pour mot. n Je trouve que les Images qui font « expofées dans rEglife,font 1’objet » du culted’Intorcetta,le moyen de » fa perfe&ion, &le motif defonef- » perance &: de fa joye. Ainíi il me « femble qu’on pent differer de les »> brufler. Pour les planches des livres « elles ont efté gravées íous Ie regne » de Vanlie. Elles font à la verité dans v 1’Eglife ; mais il neft encore venu
de l”Emfde la tfnne. Eiv. I. y<> aucuri ordre de láCóur, qui per- « metre ou qui défende lè debit dè « ces livres* Qiioy-qu’ils foient ei) « plullcurs volumes!, ils fontà 1’ufa- «« ge d’Intorcetta, qui íc faitune oc- « cupatíon continucHe de leurle&u- « rc.ll ne sen eft point fervi pour fé- « ■duirc le pcuple. II eft vray que ces •* livres fònf écrits en Chinois d’une « maniere capable de plaire& dcx-* « citcr la curiofité; mais il y a pcu de « claofc qui porte à 1’erreur. Que fi « Jes. Qfficiers.de chaque pays défen- «* dent dorénnvant le debit dfc ces li- « Vrçsfous-déspeinesrigouteufes, ne « permettant à pcrfonne de lés expli- « quer ni de les lire, ces livres feront *» comme s’ils n’eftoient pas en cftet, «■ Ainíi il ne fera póint neceífaire de «• demandei à Intorcétta, comment *• on erí pourra empefcher le debit. * J’attends avec un profond rcfpcd *• que Voftre Excellence prononce fur * cette màtiere, &: fafle executér l’Ar- reflquclleporiíérã. ; «• La Sentence du Goúverneur de •*
6o * Hijhlre del Edit la Citéne fuc pas fi favorable qtltf celle du Gouverncur de la ville : jnais elle ne fut pas non plus fort préjudiciable au Pere. Elle portoit, qu’/7 laijfoit au Treforier general à decider s’il ejloit à prop os dc foujfrir que le Pere demeurajl à Ham-tchéou : Jpue pour le Medecin chrejlien Tchin• tajèn, il fillicit luy dormer le temps de rentrer cn luy-mefine dr de fe cor- tiger: Jpuepour les livres, les images dr I’Eglife, on devoit les laijjer au feul lntorcetta, dr en défendre févé- rement 1'ujàgc a tout autre. Mais cc qui cftoit de plus fafeheux^’eft que le Gouverncur de la Cité ajoutoic au bas dc fa Sentence un moyen feur pour détruire & aneantir en- tierement la Religion. m Si quclquun dc quçlquc condi- m tion quilíoir, difoit-il, a embrafle » la loyChreítienne, quil la quitte •» inceflainment,quil en jctceau feu « les livres be les images. Que íi par un » aveuglcment deplorable il períifte jg opimáuémcnt à s’y atcachçr, quil
de bEtnp. de U chine, trv. I. gr íoic permis au Capitaine du quar* « tier, aux chefs des rues, S£ aux voi- «» fins mcfme dc lc venir accufer: « qu on oblige les Dizcniers d’en- « Voyer tous les trois mois des acccf- « tacions qui faílcnc fõy , qu’apres .. avoir examine chaque famillc , ils « n’ont trouvé aucun Chrcftien dans «« leur Diftrid. Si ccs atteftations í'e k troi^vent fauífes, que les Dizcniers <« foient punis dc la mefme pcine que « Jes coupables. Ec afin que cette ac- « teftation foit plus íêure& plus au- « thentique, il faut que les Gouver- * neurs des villes y joigncnt la leur, « & qu’ils la fcellcnt du fceau de leur « Charge. Cet avis dangcrcux, qui avoic ruiné au commencement de ce fie* clc la floriflante Eglife du Japon, fntcomme un íignal à tous les pe- titsOíhciersdu bas Palais, que les Chinois appellent les teigncs des Tribunaux, & les fang-fues du peu- pie, pour piller les Chreftiens,3£ pour Jçur fairc miUc infuUcs & miy
Cl Uijloire íic l’Edit ' le vexations, fous pretexte d’alfeif chercher des croix & des images y dont ils ne fe mettoient gucres eri peinc. La Sentence du Gonvcrneur de la Cité fut portee au Tribunal du Treforier general,qui aprés 1’avdir examinee avcc le Jugc criminei de la Province, fuivant l’or’dre qu’il eri avoitrccéu du Vicctòy ,Iacònftrmá danstousfes points,'a la referve dé celuyqui regardoit la perfotíne du Pere . Intorcctta. Car apres avoii fait un fecit injurieux dc lamánie-*- re , dont il eftoit venm S’cftablir à ffam-tchêou, il conclut qu’/Y Fen faut chajfer, fermer fin EgUfe, & U renvoyer à fa premiere demeure en la Province de Kianft. 11 appuyoic en- fuite fortement fur les informations qu’on devoit faire tons les trots mois, commc fur un moyen infall¬ ible , pour detruire la Religion, exterminer les Chrcflicns. 11 ferrble que le Viceroy devoid çsxnfkmer une Sentence ft favorable
, d' I’Emp. de la. chine. "Lit. T. 'Sk a ícs dcfleins, & fi conforme à fes dcfirs. II ne le fit pas cepcndants il ne la trouva point affez violente * a ca“a,&la renvoya, pour la re¬ former ,auxTribunaux par ou elle avoir pafle; ce qui attire aprcs foy une fuice rnfintedc procedures: car lcs ordrcs doivent defcendre & les Sentences femonter cnfuitepar les mefmes canaux par ou elles ont paf- fé la premiere fois. Ce qui eftoit re* commencer tout dc nouveau. Jene m’arrefteray point icy à rap- porter les ordres que le Viceroy donna pour faire reformer cette Sentence, ni 'a marquer toutes les formalitez quc Ton garda, ni la fuite de toute cette longue proce- <|ure, qui feroit aflèurément plaia firaux gens cnteftcz dc la chicanei parce qu’ilsytrouveroicntdes rafia. ncmens qu’on ne connoift point encore en Europe, quelque habile Su.c l’on foit en cet art. Mais jé :U1S pcrfuadé que cela fatigueroit a plufpart de mes letteurs, qui ne
i>4 Rijlolre de fEdit font pcut-eftrc déja que trop 6H- nuycz dc ce que j’en ay dit. Quoy-qu’il cn foit, le dcifein dtf Viceroy cftoit de faire abbatre l’E- glife de thim-tchéou, qu’il regardoit commc le centre du Chriftianifme, & le boulevard de la Religion. Son chagrin contrc les Tribunaux infe- ricurs, venoitdcce qu’ils n’cftoient pas entrez dans fa paflion, & de ce qu’ils n’avoient pas fuivi en ccla fes intentions. Cell pourquoy il vou- Joit qu’ils réformaíTent leur Senten* cc. Mais commc il connoifloitpar- faitement le génic du peuplc; &C commc il vouloit le difpofer al’exe* cution dc fon delfcin, il faifoic cou- rir le bruit par fes émiflaires, que cette Eglife cftoit déja renverfec, af:n de le faire enfuite plus impune* jnent; Sc Ton cn eftoit fi perfuadé, qu’une infinite de gens, qui la regar- doient commeun dcs plus beaux or- nemens dela ville,venoienttous lc$ jours s’eclaircir de la verité du fait par leurs propres yeux,
it I’Emp. de la Chine. Liv. I. 6$ Cette Eglife eftoit fans contre- oit la plus belle & la rnieux enten- duedetGute la Chine : car quoy- que 1 edifice n’en full pas à beau- coup prés fi magnifique ni fi grand que la principale Mofquéc dcs Ma¬ hometans} elle eftoit incompara- blcment plus propre & plus ornée. Son plan avbit cfté pris fur lc mo¬ dele dcs Eglifcs d’Europe. Les mu- lilies cn eftoient dc briquej qua- tre rangs de colonnes dc bois, ou noftre architecture eftoit m'ciiicrc- nlent imitée par l’OuvrierCChinois, y formoient unc nef & deux aides! Deux rangs de ces colonnes etoient engagéesdans les murs, fuivant la couflume du Pays. Le plinthe des chapiteaux de chaque colonne des deux rangs du milieu fervoit d’im- pofte aux jambages de quatre arcs qui s y venoicntrencontrer à angles droits, dont deux traverfioient, l’un la nef, & l’autre l’aifle, & les deux futres diftinguoient ces deux mem- Vrcs. Elle eftoit lambriflec fort pro.
66 fíijíoire de 1’Edit prcment. L’or &: 1’azur y brílloicnC de toutes parts: on y avoir mcflc les couleurs les plus vives, on les avoit appliquées avcc rant d’are íur Iç beau vein is de la Chine, qu’el- les avoient un éclat mervèilleux. II y avoit trois autels dans cette Eglile. Le grand clloit dedié au Sauveur du monde. Ce Tabernacle d’unc fculptureal’Europeene cftoit charge d’ornemens àlaChinoifé; cc qui faifoic un aftez bon diet. LcS deux autres Autels eíloient drdiez, le premier à 1’Apoftre faint Pierrcf, qui tcnoitdcux clefs d’unc main , & montroit les portes du Cièl de 1’au- tre. Le fecond à l’Apoftre faint Paul, qui y eftoit reprefenté dans l’acticuded’un liomme qui prefchç.* * il tenoit un Crucifix dé la main gauche, 6c il montroit de la droice un écriteau, ou eftoiént ccs pard* ( les: Pour nous, nous prefthotls 'JefiH cruetfié. Maisce qu’ily avoir dc plus beat! •dans cettcEglife, & ee quby acd?
de I’Emp. de la Chine. Liv. I. 6y roic une infinite de gens, eftoit le grand nombre de tableaux, done ellc eftoit ornéc. C’eftoicnt des co¬ pies d apres des modeles d’Europe ?
4% Hijtõire de 1‘Edit íteres Chinois fur un vernis blatic, cequi faifoitun tresftjel cftet : car chaquc tableau eftoit comme un predicateur, qui annonçoit à tout lc monde les veritez de 1’EvangiÍe d’une manicre proportionnée à leur capacite, & à 1’étenduc de leur ef- prit. Chacun y eftoit inftruit : le peuple groííier par les figures qui y eftoient reprefcntées, & les fçavans par 1’cxplication qui y eftoit atta- chée. De forte qu’un infidéle qui fe donnoit le temps de confiderer tous ces tableaux les uns apres les au- crcs, fortoitde cettcEglifeà demí- inftrutt; & s’il n’en remportoit pas le dcíir dune converíion fincerc,il s’cn retournoit du moins plein d’eí- time pour la Religion. Mais e’eftoit cela mefmc qui ir- ritoitlc Viceroy, & qui le portoita vouloir détruire cettc Eglife, parcc qu’il la regardoit comme le boule¬ vard de la Religion dans fa Provin¬ ce. Jc ne me ferois pas arrcfté à fai- une ft ample defeription de ce
del'Emp. de la Chine. Li v. I. aintheu, íi ce precieux monument dela piewdesChrcftiensíiibíiftoit encore : mais Dieu qui 1’avoit ga- rentidelafureurdes perfecuteurs ne a pas vouju preferver de la fu* reur des flammes/qui le rédufirent cn cendres avec une partie confide- rable de la ville de Ham-tchéou, Ic deuxieme joflr d’Aouft de 1’Anncc niil fix cens quatre-vingt-douze. Lc Viceroy nc trouva pas les Of- ficiers desTribunaux infcricursdo- ciles fur laruine del’Eglifede Ham~ tchéou. Ce procede leur paroiffoit violent, & contraire aux loix &: aux couftunies du P a‘isj5í ils nc jugerene P^s a propos de rifquer leur fortune & leur reputation, pour fatisfaire la Pfluon du Viceroy: car ils voyoient icnqueccuftcftéà cuxune gran¬ de ternerité, &une hardieífe infou- tcnable, d’entreprendre fans les ordres exprés de la Cour des Rites , dc íenverfcr une Eglife que cette , define Cour avoir reípe&ée dans lc ^nips que la perfection
74 Hijloire ãe 1'Edit quam-fien eftoit le plus animée.; que e’eftoit sengager dans une affaire infiniment fafeheufe pour eux , íl 1’onvenoità dcfapprouver cccce a- £tion ; que le Viceroy ne manque- * roic pas de fe juftifier à leurs dépens, «n produifant leurs Sentences, &C de faire rctomber fur eux une faute, 1 done ileftoit feul coupcble. Ainfiils s’en tinrent à leur premier fenti- ment,qui eftoit quon fermaft l’E- gliíc de Ham-tcbéoií, felon 1’ordrc qu’en avoit donnc laCour des Rites dans le temps de la pcrfecution. Le Viceroy n’ofa pas les poufler, de peur de fe rendre feul refponfa- ' ble de révenement. II prit le parti de s’attacher à la deftru&ion deS autres Eglifes de fa Province, quí tj n’avoient pas les mefmes appuis que cclle de Ham-tchéon, parcc qu’elles avoient efté bafties contre les Edits. D’abord il jetta les yen* l fur la feconde Eglifcdc Ham-tchéoHi qui eft dcdice a la fainte Vierge* C’eft l’Eglife oi\ les femmes s’aileiti-
de tEtnp.de la Chine. Liv.I. yt blent tous les mois, pour y entendre aMclle, &: pour y recevoir Jcs Sa- cremens. On a efte oblige de baftir des E- gbles particulares pour les femmes, ahn de fe conformer aux couftumes dc la Chine, ou Ton regarde les af- femblées des hommes &: des fem¬ mes dans le ihefme lieu, comme la marque la plus aflèurée d’un gou- Vcrnemcnt barbare & groffier. Au rcíte, cettc couftume eíl aufli an- cienne que la Monarchic. Elle eft etablie íiir cette maxime fonda- mentale de la morale des Chinois,
•Jt fíifloire de 1‘Edit rale ne font pas toujours capablcs darrefter la curiofité dcs femmes, <&: de leur ofter 1’envie naturelle qti’cllcs one dc paroiftre de fe fai- re voir, la politique Chinoifc a trouvé un moyen extraordinaire, pour les arrefter à la maifon & pour les empefcher dc fortir: e’eft de leur ofter rufagedcspicdsj èn les obli- geant dés leur enfance ;i fe les fer- rer íi fortement, qu*ils ne pui (lent croiftrc. Ce moyen qui devroit rc- volter les femmes, & les porter à a- bolir une couftumeíl bizarre â gefnante, eft ce qui fait leur entefte- ment; & dies font fi folies fur ce¬ la , qu’elles feroient au dcícfpoir dc n’avoir pas les piedspetits,parce qu • ellcs regardent ce défaut commele trait 1c plus eílenticl deleur beauté, Malgrc cette precaution fineceí- íaire à un peuple mol indolent, qui fe livre tout entier au plaifir des fens i les femmes ne laiílcnt pas d’allcr quelquefois auxTemples dc leurs Bon%es: Mais comme cesTem-
dc I’Emp. de U chine. L i v. I. 7$ plcs íont deslicux dccriez, ou lapu- *jcui cíl fouvene immolée fur les Aucols des Idoles ;ces aflemblées dc 'dnmcs font fufpe&cs,&: 1’entrée dc ces Temples leur cít defendué par jine loy , que la facilite , ou plutoft la fuperitition des maris a abolie. Tcs Couvents de leurs Religieufes font encode plus dccriez que les Temples de leurs Bondes : Car, comme par un artilicc du demon, auquel dies fe confacrcnt, ellcs one autant dc liberte dc fortir, queles femmes foculicres en ont peu} ellcs torment des intrigues; ellcs entre- ticnnent des commerces,& ellcs s’a- bandonncnt à toutee quel’avaricc ^ lcliberdnage ont de plus hon- teuxxeft cc qui fait que les million- naires gardent de fi grandes precau¬ tions pour aílembler les femmes. II y a mcfme dans la Chine des cn- roits ou ils n’ofcnt le faire que cux ou trois fois 1’annéc, depeur e donner lieu à lamédifance, & à a iafoufc outrée des Chinois. Tome Z/f. n
74 Hiftoirt de I’Edit Lc Viceroy voulur done fçavoir comment cectc Eglife dcs femmes & les autres de la Province avoicnc cílé bailies i fi les Chreftiens y a- voient contribué, &c li on les avoit élevees à leurs frais. On fit de nou- vellcs informations contre le Pcre Intorcctta ; on l’obligea de com- paroiilrc encore devant-^es Manda¬ rins : il reponditavee fa douceur &: (a modeftic ordinaire, que les Pre- dicateurs de l’Evangile avoient bati cettc Eglifc à leurs frais, fins que les peuplcs y euílent contribué. Le rapport du Capitaine du quartier 3, homme droit 6c fincere , qui avoit eu ordre dcs’en informer, fe trou- va entierement conforme auxdépo- fitions du Pcre: ce qui porta le Vi¬ ceroy à ordonner que l’Eglife des femmes full changéc dans un Tem¬ ple d’Idoles b , jufqu’a ce qu’il en 3 II fj nommoit Tum thoui. 1’ Il fut d.edié à Couan yurt, Capitainc fameuX , fur la fiji.de la famille dfs Han. On luy adonne fc titre de Ti, ou d’Empercur; & on 1’lionore com- «ne dcs principalcs Idolcs dc la Chine.
de l'Emp.de Id Chine, Liv. I. ordonné autremenc. Aprés tant de procedures, on at- tcndoic un Arreít déhnitif fur cettc ^ftairc, qui jettoit les Chreílicns dans la derniere conftcrnation; Iorf. qu’il furvint un incident qui décon- Cerca les mefures du Viceroy, Sc qui renverfa rous fes projets. Le Pere intorcctta, qui voyoit 1c danger que couroit la Religion, avoir cu foin d informer les jeíuites, qui cftoient ^laCour de Pekin, des dcffeins Sc , procedures du Viceroy , dans r cfperance qu’ils emplòybroicnt le credit & la favour qu’ils avoientau- pies dc l’Empereur, pour arrefter la fureur d’un hoinme, qui s’eltoicen- reftc dc perfecucer les Chrcftiens, & de detruire leur Religion. Mais commc par un contre-temps faf- cheux, 1’Empcrcur n’cftoit pas à Fe. bin , le Viceroy eut tout le temps qu’il pouvoit íduhaiter pour fair fes procedures, Sc pour porrer cc» ic affaire aux dcrniercs extrémite LEmpcreur eftoit alors on"1 Dij
j6 Hifiotre de 1’Edit tarie , ou il a couílume d’aller de temps en temps prendre le di- vertiUcraent de la chafle, pour fc dclaífer dc fes fatigantes occupa¬ tions. II avoitmené avcc luy lc Pcre Gcrbillon Jefuite François, qui a 1’honneur dc 1’accompagner tres- fouvent dans fes voyages. Lcs fer- vices importans que ce r’ere luy a rendus dans les ncgociations de la paix avcc les Mofcovitcs3; la faci¬ lite avcc laquelle il aappris la lan¬ gue des Mantchéous, qui eít la lan¬ gue des Tartáres &: celle que parle ordinairement 1’Empereur ; fa ca¬ pacite dans les Mathematiques & dans les autrcs fcicnces, &: fur tout fa droiture , fa fmccrité &£ fit vertu luy ont acquis Peftime 8C I Pamitié de ce Prince, qui lc diftin- gue dans toutes lcs occafions, SC jjui ne cherche qu’à luy faire piai- . i- « * i
de I'Emj). de la Chine Liv. T. 77 heure dcs demarches du Vicc- 10y 5 illuyeurteftéaifé deles arref- *C1 : mais Dicu qui avoir fes def- lci,n,s 5 & qui vouloic terminer cette aftaire à la gloire dc la Religion, d’une manierebcaucoup plus avan- tageufe qu’on n’euft ofé fc lc pro- metcre, permit que cc Pere ne feeut ricn de cette perfecution, que lorf- qu’eftaiit preft d’aniver à Pekin, il receut une lettre du Pere Gabiani Superieur des Jefuites dc la Chine, qui l’informoit de tout ce qui s’ef- toit pail'e, & qui le conjuroit d’em- ployer fon credit auprés de l’Empc- reur, pour arrefter un torrent qui alio it miner toutes les Eglifes,& détruircentiérementla Religion. Il ne 1 eutpas plutoft lúé , qu’embrafe «it 2ele de laMaifon de Dicu, &: de ce divin feu , qui devore les hom- mes Apoftoliques ; il alia trouver un des plus grands Seigneurs de la Cour , qui eftoit du voyage, & Pun de fes mcilleurs amis. C eftoit lc Prince So fan, homme Diij
7 8 Hifiòtre de 1‘Edit diftinguc par fa naiííance, par fes emplois, &: par fon merite perfon- nel. Cc Seigneur, qui a pafle par toutes les charges, qui peuvent for¬ mer un grand homrne, & qui a mef- mc excrcé pendant dix ans celle dc Colao, la premiere dc 1’Empire, eft allié à l’Empercur,&:oncle deflm- peratricc , mere dc l hcricicr pré- fomptif de la Couronne ; ce qui le diftingue de tous les autres Sei¬ gneurs. Son efprit vif brillant, lá grande penetration , fon jugc- ment folidc, fa fagcíle & fon expe¬ rience confommée luy ont donné la confiance de 1’Empereur , qui le confuite dans toutes fes affaires, qui le regarde comme le premier homrne de fonConfeil. Mais quel- que diftingue qu’ilfoit par tous ces endroits , il eft encore infinimene plus grand &: p'us aimablc par les qualitez du cocur que par cellcs de l’efprit. II eft naturellement droit, íincere, equitable, fidcle, genercux, bon ami. Comme le P. Gcrbillon eft
v l Emp. de U Chine. Liv. T. 79 apeu prés du mefmc cara&cre 5 cc llncc 1 avoir fort goufté dans lcs voyages qu’ils fircnc-enfcmblc fur cs *r°ntieres dc PEmpire pour la Paix dc Mofcovic j &c il avoic pris pour luy une (i grande ataitié, qu’el- |c alloit jufqua la tcndrcfle &. àla ramiliarité. Lc Fere Gerbillon luy commu- «iqua la lectre du Pere Gabiani. Cette lettrc portoit, que lc Vice¬ roy dc Cbekiam s’citoic declare fans aucun fujee le pcrfccutcur &: Fen* nemi jure dc la Religion Chrcltien- *}* » & s’cftoit fait un plailir dc la eerier , & dc la rendre odieufe Par dcs affiches & par dcs proce¬ dures tout - à - fait injurictifes. Le Pere Gerbillon conjurant ce Prince c vouloir bien arrefter les violen¬ ces du Viceroy, luy dit qu’ilcom- P'Oit uniquement cn cctte occafion lur Phonneur dc fa proteftion : Vous y powyez compter t res- feurtment, wo/i Pere , repartit ce Prince dun au" plus obligeant du monde ; le D iiij
Sò Rijloire de l’Edit Viceroy de chekiam m’a des obliga¬ tions troy effenticlles, pour me rcfnfer ee que je luy deman deray. Ajjeurez. vous qu’il réparera ce quit a fait con- tre la toy de Dieu. Je
de I’Emp. de la Chine. Liv. I. 8r qui eftoitfon prote&eur declare, il De Put íe réfoudre à faire les de¬ marches qu’il demandoir. Sofan leu preiTa encore plus forcemenc par une fcconde lcrtre qu’il luy é- crivit: mais ces lcttrcs fi vivcs & ii prcflantes n’eurcnt point d’autrc cftet fur leViceroy, que de lepor¬ ter à épargner la pcrfonne du Pere Intorcetta, &: à le laifTer dans Ton Eglife. II crut quc Sofan fcroit con¬ tent de la violence qu’il fefaifoit, t]u’il luy ticndroit compte de ce il ne portoit pas les chofes plus torn : & afin den’avoirpas le cha¬ grin de rcccvoir encore quelques fettrcs plus fafchcu fcs que les pre¬ mieres, ilréfolut determinerccttc aftaire , & de confirmer dans tous res points la Sentence duTreforier general 3 & du Juge criminei dc la -j rovince. En voicy un extrait fidel- ae &: exatt. Je trouve que les livres dont il «ftqucfIion,fuivantlcs dépoíitions <*• «Iptorcetta3onteílé imprimezfous « Dv
8i Hiftoire de IEdit „ le regne de Van lie ,• quc n’y ayant „ jufqu’icy aucune pcrmiííion ni au- » cunedéfènfe de les diftribuer,ils nc » doivcnt fervir qu’aux feuls Rcli- » gieux Europécns: Qu’eft-il done » neceilaiie d’en graver des plan- m ches , fi Ton n’a pas deffein d’en u diftribuer au peuple, de le féduire , « & de le porter àembraflercettcloyí N Si Ton permet à Intorcctta de gar-* » der ces planches , on peut croire » qu’il s’abfticndra pendant quelque » temps d’enfairetirerdesexcmplai- » res, & de les diftribuer ; mais il eft » four qu’il s’en fervira dans la fuite « pour féduire le peuple, comme il a » fait auparavant. Il faut done cn bri- » fer les planches,pour ofter lafource *> du mal. S’il fc trouve done d’ore- » navant quclqu’un qui diftribué ces « livres , ou qui cm bra Ac cette loy *> aprcsladéfcnfc de VoftreExcellcn- » cc, &: l’ordre de prendre des attef- " tations tous les trois mois, quc le « coupable foitrigourcufcmentchafc » tie j qu’on l’expofe enfuice en pu*
it I'Emp. de la Chine. Liv. I. 83 blic le cou fcrré entre des ais pefans.« Si fcs voifins , les Capitaines dcs « quartiers, &: les Chefs dc rue ne « ^ ont pas défcrc ; qu’ils foicnt pu- „ n>s,commesilsl’avoicntcache.Cc- « la eft ainíi ordonné, pour fe confor-,« nierau fage Edit, qui defend à ton-,« tes fortes dc perfonnes d’embrafler „ la loy Chrefticnne. Par ce moyen « tous les efprits reprendront lc droit „ chemin , & les faufles doctrines fe- ,« ront détriiites & a holies. Intorcetta « n a pas bafti l’Eglile oil il demeure; « nrais comme il y eft ctabli depuis « long-temps,ilfemblequ’ileft àpro- „ pos de l’y laifler. « Pour l’Eglifedes femmes, qui eft „ dans la rue Tcham-cbaa, les deux « Eglifes deKiaa-him*, & dc Hai'nimb, n quoy-que les Européens les ayent « a Le Viceroy ordonna depuis qu’on changeafl: ecs deux Eglifes en des Temples dediez à Coiian- y>n ti, ou fi dies fe trouvoient trop petites pour ccla , cju’on en lift des Ecoles publiques. Ces deux villes & toutes les aurres , dont il eft parle dans cette Sentence . font dc la Province de Chckism. D vj
>:» i cc de Canton luy donna en le ren- •» voyant dans le Chekiam. Cette E- *> gife , qui nelloit à luy que par en- •> Le Pere Sarpctri eftoit de 1’Ordrede faint Do* minique ; il fut priíbnnier â Canton durant la per- íccution A’Tatn-qttam-Jien. b Province de la Cliine fur la merOrientale, entre les Provinces dc chekiam Sc dc Canton,
de I limp, de la Chine. LiV. I. S f gagement, ayant cfté dcgagcc par lc leg,time poflefleur, d*Alcala a „ ae acre unc maifon pour fairc une « !> C‘ 11 ^eir)ble qu’il eft à propos «« *y laifler demeurer, en luy or- « donnant d’en fermer la porte, pour « aire dans la iolitude fes cxcrciccs «* de Religieux , & en luy defendant « de porter perfonneaembrafler ccttc « Religion. Puifque TEglife de Kin- •* 0a>z °fté vendue,il n'en faut plus .« parlcr. Pour celle de Kiu-tchéou, « Su il ne pollede qnc depuis peu,il « aut fuivant la Sentence du Gouvcr- <» ncur de cette vilie, ordonner i d’Al- «« cala de lavendre inceflamment, &: •* j aire ^9av°d‘ qu’il a execute cet «« uidre. Pour Tchintafen, qui comnie « c chefdes autres, les porte contre ** cs defenfes à fe declarer pour cette <* J°y 5 d faut, comnie le Gouverncur . Ham-tchéou l’a déterminé,le chaf- tier & l’expofcr en public le cou ** Clre entre des planches , afin de <* rendre tout le pcuple plus fagepar «* ic chaftimentdun feul. 3
$6 HiJIoire de l'Edit II eft incroyable combien l’auto- lice dcsMagiftrats eft grande & re- doutablc ala Chine, &jufqu’ouva lc rcfpc
de 1 Emf>. de Ia Chine. Liv. T. 87 nom de Chreílien, qu’ils avoient J honncur dc porter.Commc ils fça- voientqu on nemanqueroic pas de rane Ja vifice chez eux, & de í'e faifir de tout ce qui auroic quclque rap¬ port a leur Religion , leur premier íoin fuc de dcrober à la profanation des Idolâtrgs lcurs livres de pricres eurs chapelets , leurs médailics \ lcurs images & leurs autrcs petits rneubles de devotion. La plufpart vcnoient à 1’Eglife a- vcc plus de fcrveur &: dalíiduité qu’auparavant, pour y aflifter aux divms Myderes, & pour fe fortifier contre les aílautsiquon alloit leur bvrer, parla participation du Corps & du Sang de Jcfus- Chrift qu’ils avoient lc bonheur de recevoir a- vcc une picte, qui charmoit ccux qui cn eíloicnt témoins» II y en cuc ccpcndant quelques-uns peu cclai- rcz> qui crurcntquc pour femet- trc a c°uvert de la perfecurion, il eur eftoit permis dc donner des cautions^ & dc dreífcr une efpee$
88 Hiftolre de 1’Edit dc formulaire, qui aprés bicn des detours &c des raifonnemens cm- barraílez, aboutiíToit à fe foumet- tre cn apparence à ce que le Vice¬ roy ordónneroic. Ils prefenterent ce formulaire avr Pere Intorcctta, s’applaudiA'ant d’avoir trouvé, a ce quils croyoient, un hpureux tem¬ perament pour fe tirer d’affairc fans interefler lcur Religion :mais ils fu- rent fort furpris, quand ils vircnt que le Pere, les reprenantféverc- mcnt, leur reprocha lcur lafchcté, & leur fit connoiítrc leur erreur, &S 1’effroyable precipice ou ils s’al- loicnt:jetter par leur faute,en fai- íant paroiftre au-dehors des fenti- mens qu’ils n’avoicnt pas dans le cceur : ils rentrerent en eux-mef- mes 5 ils reconnurent leur égare- ment, & ils prirent larcfolution dc mourir pluroft que de lien fairc qu* puft porter le moindre prejudice à leur foy. , 11 y cut mefmc un jeune homnie 3 ? II s’appdloit Dominique Sft*.
de I’Emp. de Chine. Li v. I. 5?j> habile dans les fcienccs Ô£ dans la connoiflance des caracteres Chi- ^ois , qui s’offrit avec dix ou douzc oc íes compagnons, de s’allcr pre¬ senter aux Juges, pour défcndrc par des raifons invincibles la vcrité dela Religion chrcíticnne, íl 1’on vouloic les entendre ; ou la íigner par leur fang/ilon leur refufoit cettejuílice* Quclque charme que fuft le Pere dc cette foy vive, & dc cette ardeur di¬ gne des premiers íiccles de l’Etre les Chrcíticns, que ce Mandarin auroitfaitpaífcr pour des
00 H'iftoin de l’Edit fcditicux 6e des perturbatcurs dit repos public. C’elloit ou il cn vou- loit vcnir , & ou tcndoicnt tous les mouvemcns qu’il fc donnoit, 6£ routes les interrogations qu’il fai- foit fairc fur la conduite 6c fur la demeure des miflionnaircs. Le Pcrc Intorcetca qui connoif- foie la malignitc 6c !cs deilcins du Viceroy, fe tint toujours cn garde contre les piéges qu’il luy tendoit dc tous coilez; &l quoy-que ce zélé miifionnaire animafl vivement Jcs Cbreílicr,s à eftre fidclcs à ce qu’ils devoient à Dicu, 6d qu’il les difpo- fall mcfme au martyre par fes fer¬ ventes exhortations,6c par les cxcr- ciccs dc pieté qu’il leur faifoitpra- tiquer ; il les empefeha toujours dc 1 rien faire d’irregulier, qui les enga- geafe 6c qui les commiíl mal à pro- pos. Pluficurs Chrcftiens de cettc fer- * vente Eglife ne laiilcrcnt pas dc fouffrir bcaucoup ; fur tout lcMe- àccmTcbintafcn, dont j’ay pari6,qui
dc I’Emp. de la chine. Liv. I. 91 cut 1 honncur de confeiler publi- quemcnt Jefus- Cíirilt, & d’cftre maltraité pour ion faint Nom. Co name il eftoit à la tcftc dc toutes les bonnes oeuvres, &c qu’il avoir un grand zéJe, les Mandarins 1c regar- doient commc line des colonnes de cette Eglife. Ils nc fe trompoient pas: car e’ekoit luy qui alloit dc mai- fon cn maifon exhorter les Chref- tlcns à s’acquittcr des devoirs de leur Religion,& qni leur diftribuoir des images, des médailles, & des li¬ tres de devotion pour foutenir &: pour animer leur picté. C’efl: pour ccla qu’i's lecondamnerent à rece- voir une rude baitonnadc,&í à eftre expofe cn public le cou ferré entre deux planches, ce qui eftuntour- rnent fort douloureux a. • t Ce fervent Chrcftien fut moins etonne de cette Sentence, que dc * C’cft la CanrUi des Chinois, qui eft un inftru- went com. ofé de deux ais fort pclans , cchancrez Vets k milieu dc leur union , pour ferrer le cou des crimineis. Ccr inftrument a trois pieds en tjuané, & peie foixante à quaire-vingts-livies. ’
$1 fíifoire de 1’Edit voirun jcunehonnnea, qu’il avoit autrefois tenu fur les Fonts deBap- tefme,venir fe jcttcr à fes picds,& le conjurer les larmes aux yeux de luy pcrmettrc de foufífir pour luy cette rude baílonnade, à laquelle on vc- noit de lc condamner? Jguoy! mort fls»luy dit ce vertucux Medecin; 'voudriez, - vous me ravir la couronne que le Seigneur m’envoye ? à Dieu ne plaife que je vons cede ma glace: ces momens font trop precieux pour moy, Ó1 je fàis trop heureux d’efrejugé di¬ gne de foujfrir quelque chofe pour mon divin Maijlre, qui a bien voulu que fon f int Corps fuft meurtri & dtchi- ré de coups pour l'amour de moy. Une rcponfe li faintc nefitqu’a- nimer ce jeune homme. II alia trou- ver les Juges pour les prier de trou- ver bon qu’il prill la place du Mede¬ cin. On nevoulut pas 1’entcndre; il ne fe rebuta point. II courut le lendemain au lieu ou fe devoit fai¬ xe i’execution, dans la penfee qu’il ? 11 s’nppclloit Nicolas Xa,
del Emp. dela. Chine. Liv. I. 93 pourroitgagner Jes jugcs, &: pren- re P^ace (41 Mcdecin ; mais il e chagrin tTy arrivcr trop card, c rbncontrcr ce gloricux Con- fC eur de Jefus-Chrift , qui tout eurcri &: enfanglanté qu’il ciloic, rcs couPs qu’il avoic reccus, fc fai- l01t conduire à l’Eglife ; pour y re- ^crcier DLa dc la grace qu’il luy í!olt ^dte de confelTer Ton Paine Pni* La joye dont il eftoic pene- V.pj,Par°ifloic fur Ton vifage ; il 1 oic à ceux qui venoient le con- ° cr •' A e me plaigne^pas de ce que Je viens de foujfrir; mais plaignez de ce que je n’ay pas efle ajfc^ jej‘feux pour dormer ma vie, & pour *epan arc tout mon fang pour Jefus- *1 Ccc exemple dc courage &: ^ rcnnetc fortifia cette Eglifc, & ^difia merveilleuicmcnt les Paycns, d°nt quclques - uns d'un rang &: d une qualité diftinguce, deman¬ dant le faiot Bapccfme, inalgré la pcrfccution & le danger ou ils s’cx- pofoienc d’cilre les viclimcs dc la
94 Hijloire dc l‘Edit furcur dcs perfecutem s. Lcs Chreftiens né^témoigncrcnt pas moins dc zclc de fcrveur dans lcs autres villes de la Province. L’on preíía auífi viveraent le Pere d’Al¬ cala , qui avoir donné lieu quoy- qu innocemment à cerce períecu- tion. II comparut dcvanc les Offi- cicrs dc Kiu-tchêou, qui luy dcman- derent par qucl ordrc il eltoit venu s’etablir cn cette villc. Laqucftion clloit embarraílante, il ne fe décon- ccrta point : Ne fçave^J-vous pas, Mefsieurs, lcur dit-il, I'eJHme qua 1‘Empereur pour tons les predicateurs de 1‘Evangile: il les volt avcc joye ,• il leur parle avecbonté , il lcs comb!e de fes bienfaits : N’avez.-'vcus pas ’veil cc quil a fait en faveur des cinq nouajeaux Européens ? ( il vouloit paler des cinq Jcfuitcs Françoisa que lc Roy envoys à la Chine cn | 1’anncc mil fix cens quatrc-vingt- cinq) il lcs a recetis avez nncbonté qui a Ccs cinq Jcfuitcs cftoicnt, IcsPcrcs dcFonta- nay, lc Comte, Gcrbiilon, Douvct, & viíHcloU-
deiEmp.de la Chine. Liv. I. jjy 4 charme tons cettx qtti en ont ejlé té~ n‘oins. 11 en a retcnti quelques-uns a fi Cour , & auprés de Ja Perjbnne: *1 a perm is aux autres d'aller s'ita- blir ok Us jugeroient a propos, avec ordre aux Mandarins de lear donner fir cela une entiere liberte. Des gra- Ccs Ji extraordinaires vous font ajfez. %’°ir, Mefsiturs, que ce grand Prince confidere les Mifstonnaires , & qu'il les honore de Jii protection dans tons £s liettx de (on Empire. Les OfHciers de Kiu-tchéou , qui Youloienc fe juftifier aux dépcns du A«c d’Alcala , empoifonnerent cc diicours, &: le rapportcrcnc au Vi- ceroy commc ii ce Pere euft die cluc, 1’Empereur ayant donné aux Clnq nouveaux Europeans la per- million de sJecablir ou ils vou- droient, les aucrcs miifionnaires, eftoient depuis long-temps à Chine pouvoient bien fc don¬ ner la mcfmc libercé. Cc qui cho- quaetrangemenc les Mandarins, & iur tout lc Viceroy, qui ne manqua
de I’Einp. de la Chine. Liv. I. 5,7 ,c 1 crc Intorcetta, Sc qui a cfté cé- pO.!ndetoutcequ’on yfitcontrcla Religion. Dieu ne permit la défola- 5on de ccrtc Eg life qne pour la ren- aic plus florilKintc, Sc pour fairc nomphcr la Religion Chrcftienne ans.tout ce vaitc Empire, de la nianiere du monde la plus gl0- rieule. * Xt3 l) ■b Tome 111,
$>$ Hijlotre de 1'Edit HI STOIRE DE L'EDIT D E L’EMPEREUR DE LA CHINE EN ÍAVEDR de la Religion Chrefticnne. LI V RE SECOND. LE Viceroy de ChekUm avoir fujet de s’applaudir dn fuc- cés de Ton entreprifc. II avoir fait fermer routes les Eglifes de fa Pro¬ vince, excepté celle de la ville ca- pitalc. II avoit rendu la Religion Chreítienne méprifable &: odieufe par fes affiches & par fes Arrefts SC
del’Emp. de la Chine. Liv. II. 99 V1 n avoir pu la décruire & la per- entiercment, il avoit écablidc p, ons or
ioo Hifioirc de I Edit. ne pouvoicnt le rcfoudrc à prendre ce parti, ils eiloicncencore nop vi- vement frapez dc ccqui leur clloic arrive 1’année precedente dans une femblable bccaiion, &: ils avoient peur de fatigue r l’Empereur, &: dc lc rebuter par leurs plaintcs. Le Gouverncur dc Cbepim-biena qui n’aimoit pas les Ghrcftiens, (c inic cn tcftc dc leur older le libre cxcrcice de leur Religion , & dc leur faire» gardcr iur cc point a la rigueur les Edits dc l’Empcreur. II en eftoit déja venu à dcs violen¬ ces, qui faifoient gemirlc Pere Jean Valat Jeiuite François, qui avoit loin dc ccttcEglifc. C’cldoit undcs plus ancie.ns rniilionnaircs dc laChi- , .ne, qui travailloit depuis prés de '| quarante ans avec un fuccés, qui répondoità Ton zelc. Comme il ai- nioit Ion troupeau , il ccrivit aux Jefuitcs dc Pekin, pour faire ccller la perfccution du Gouverncur de Cbepim-bien, pour prevenir cel* * ViJIedc la Province Jc Chanson.
del'Emp. de la Chine. Liv. II. lOi tc dcs aucrcs Mandarins de la Pro¬ vince. L Empcrcur paroiffoic alors plus icnfiblc que jamaisaux leryices qite Es Jefuitcs luy rendoicnt, &: iem- bloir ne cherchèr que 1’occafion dc lcur taire plaifir. Les Pc’fes crurenc qu 11 tallo»' ic fcrvird’une fi heurti;- Pe co»jpnftorci pour tirer la P„eli- •gion ChreiVicnne du hontcux cfcla- vage ou clle gemiifoic dcpuis fi lono- temps. Us prirent la liberte dc rc- preícnterà l’Empcreur, que les of¬ ferers de laProvince deChanton 2 foils pretexte de faire garder les loix, fi fdfoient un rnalheurettxplaifr de per- fcuter les C href tens, & de chagri- ner les predicateurs de I’Evangile ,• que fSa Majefe n’avoit la bonté de re- 'uoqiier les Edits que lie avoit porte Z contre les Chreficns pendantfa mino- rité, Us fe verroient tons les jours ex- a Cette Province eft iurla mcr Orientale, enrre cs Provinces tic Pekeli, & de Nankin. Chanfon it- f “c cn Chinois Montagna d’Orient, comroe Cban/i, qui eft le notn d’une autre Province fi- guifie Montagna 4'Occident. Eiij
loz Hifloire de 1'Edit pofiz, eux dr leurs freres, au capri¬ ce dr À la mauvaifi humeur des Man- daris i que quelque penetrez qu’ils fujfcnt des graces continuelles qu’il leur faifoit, ils y feroient bicn plus finfibles, s’il vouloit bicn Je declarer ouvertcment le Protctfeur de la Reli¬ gion Cbreflienne, dr cn -^ermctte le libre exercice dans tout fin Empire. Ce difeours ne plut pas à l’Empe- rcur. II leur fit dire de ne fe pas em- barrajfir du zele outre du Gouverneur de Chepim-hien & des Ojficiers de Cbanton; quilauroitfiin defaire cejfir la perfecution, & de donner fes or-- dres pour rétablir la paix: mats qut quelque amitié dr quelque conjidera- . lion qu’il eufi pour eux, ils ne de- . voient pas fe flatter qu’il fe déclarafl le Vrotecleur d’nne loy étrangere, ni qu’il introduiflfl dans fin Empire une Religion qn’on n’y avoit jamais con- | nuéj qu’ils efloient ajfcféclairez pout en voir les raifins, fans qu’il fufl oblige de s’expliqttcr davantage. Unc réponfe fi peu actenduc
de I’Empi de la Chine. LiV. II. 103 conftcrna les Peres , & leur caufa une douleur d’autant plus amcre, qu’ils voyoient s’evanoiiir dans un moment routes les belles efperan- ces, qu’ils avoierr conceuès depuis fi long-temps. Cependant ,comme ils fçavoient que ce grand Prince avoir de '’eftime pour la Religion Chrcftienne5a laquelle il avoit iou- Vent donné de grands élogcs, ils fe perfuaderent qu’il ne refuioit de la proteger ouvertement, que parce qu’il s’imaginoitquelle eftoitcon- traire à l’ancienne Religion de la Chine, &: qu’elle n’y avoit jamais cfté établie. C’efl: pourquoy ils luy firentdirc, qn’ils ejloientfnrpris que SaMajeJlé, ejlant aujji eclair ce qu’el¬ le I'eftoit, traitajl de Religion nouvel- le la Religion Chrejliennc, qu’on con- noijjbit 4 la Chine depuis plus de fnille anss que plujicnrs Empcrcurs s'ejloient autrefois appliquez, à l'y fai- re Jleurir, & 4 clever dans toutes les Provinces des Temples au vray Dieu j comme en faifoit foy le celebre monu- E iiij
104 THjhlre de FEdit went a qu’on avoit trouvé duns la Province de Chenfi b en 1’année / 62s, & qu on cenfervoit encore dans une Pagode c prés de la ville de Signan- fou, cap:tale de cette Province. Jgu’au rcfie ilne falloitpas que Sa Majejlé regardajl la Religion Chref- tienne comtne une Religion étrange- re, puifquelle cjloit la mefsne dans fespríncipes & dans fes points fonda- mcntaux que 1‘ancienne Religion, dont les Sages & les premiers Empcreurs de la Chine faifoient profejjion d , ado~ ‘ Ce monument eft une longue table de inarbre au haut de laquclle il ya une Croix bien gravée, avccun long difeours en caraíteres Chinois,& quelques lemes Syriaques. Ce difcouis marque qu'Olopoiiçn parti de Judc'e , arriva d Ia Chine Pan- néc de Noftre-Seigneur 636. & qu’il y preícha l’E- vangile avcc íès compagnons. Ce monument Ce trouve dans la Chine illuftrée du R. P. Kirker ; Sc le R. P. lc Comte en paile dans fes nouvcaux me-r. moires de Ia Chine. b C’eft une des Provinces Occidentales de la Chine : clle a au Nord Ia grande muraille, & les Provinces de Ch.mfi & de Honan à 1’Oricnt. c Temple des faux Dicux. d La Chine a confervé plus de deux jnilleans Ia connoiíTanccdu vray Dicu,&clle n’eft devenuc idolatre que cinq ou fix cens ans avatu la oaiíTance «lc Jefus-Chrift.
de IEntp.de la Chine. LlV.H. ioy Tant le mefmeDien que les chreftiens adorent & le reconnoijjant au(ji-bien (fu eux pour le Seigneur du Ciei & de la terre s comme le Fere Mat hi cu Ricci lavoit fait voir dans un excel- lent livre qtiil avoit compofé enChi- nois 3Jur eette mattiere. Cela fit naif- £rc a l’Empereurla curiofité de voir ta relation du monument de Signan- fou Sc Ic livre du Perc Ricci, Sc le porta i s’inftruire de ccttc impor¬ tante verité. Mais ileftoit determi¬ ne alors à ne ricn faire en faveur du Chriftianifmc, qui pull donner le moindre ombrage à fes fujets. Les milfionnaires nen eftoient que trop perfuadez, aprés les ten¬ tativos inutiles qu’ils avoient faites cn divers temps; Sc ils avoient fujet de craindre, aprés ce qu’il leur avoir fait dire à l’occafion de la perfecu- tion de Chant on, qu’il ne fe rebutaft: enfin dc leursimportunitez. D’ail- 1 Cc fameux miflionnaire que Ics Chinois rc- gardent comme un deleurs plus habiles doitcurs f a intitule Ton livic, Ctli Domini vera ratio, E v
io 6 Hljloire de l'Edit leur 1’envie de s’attacher un petit nombre d’ctrangcrs, &: le dèíir de les fatisfaire ne paroiiToit pas un motif aífez preilant, pour engager ce Prince à prendre les interefts de leur Religion, &: à sen declarer hautement le Prote&eur contre les veués politiques qu’il avoit tou- jours euès : & c’cft fur quoy le Vice¬ roy de chekiam, qui avoit beau- coup de penetration &; d’experien- cc, avoit compté dés le commen¬ cement. Ainfi les Peres prirent le parti le plus fage & le plus feur,quifut d’em- , ploycr leurs amis pour adoucir leVi- ceroy,&: pourfelcrendre favorable. Maisquand ils virent que malgré les lettres preifantes du Prince Sofan í fon protecteur, il n’avoit pas laifle i dc confirmer laSentençe de fesOffi- ciers, & de la faire cxecuter à la ri- . gueur, qu’il ne s’agiifoit de rien moitis que de la mine entierè dp Chi iftianifme dans fa Province. & enfuite dans tout J’Empire ; Alors
de fEmp. de la Chine. Liv. II- 107 ils crurent qu’ils devoicnt tout rif- qiier, &: qu’il n’y avoir plus cie rae- uresà gardcr avec un homme qui cn gaidoitíi peu. Ainfimalgré tou- tes leur repugnances, ils fe déter- minerent à aller cn corps porccr leurs plainres à l’Empereur. II y avo’r beaucoup de precau¬ tions a prendre avaneque de faire une demarche fi hardie. II falloic concefter certe affaire avec le Prin¬ ce So fan, qui s’y trouvoic engage par les avances qu’il avoir faites. Lcs eres luy communiquerent leurs veués, & luy firent connoiftre les taifons qu’ils avoient d’enuferain- Comme il eftoic déja indigne centre le Viceroy, qui n’avoit fair aucunereponfe à les lcctres, il ap- prouva leur refolution -r& bien loin dc les cn detcurner, il les affeura qu il lcs ferviroit de tout fon credit, qu’ils pouvoient compter fur luy, comme (ur un ami feur& fídélc. Il leur tint parole,& e’eft àce gene- rcux Prince, qui s’efl declare li ham
Hijloire del’Edit tcment pour eux , qu’ils doiventr tout lc fucces de cetce affiire. II n’y avoit alors à Pekin que qua- tre Jefuites, les Peres Thomas Pe- reyra Portugais, & Antoine Tho¬ mas Flamand, Vicc-Prcfidens du Tribunal des Mathcmatiqucs cn l’abfencc du Pere GrimaMia, & les Peres Jean François Gerbillon Si Joachim Bouvec, tous deux Fran¬ çois , que l’Empereur avoit arreftez afaCour,&: pour lefqucls il avoir uneeftime Si unc confideration par- ticuliere. Ces Peres ayant recom- mandé à Dieu une affaire d’une ii grande confequence , qn’ils n’en- treprenoient que pour fa gloire, al- lerenc tous enfemble au Palais de- írf//’D,C niandcr audiancea l’Empcicur. Ce Prince, qui a toujours cu des bon- *Le Pere Philippe Grimaldi Jciiiite ltalien , e£ toit allé cn Mofcovie par l'ordre de I’Empercur. IT avoit fucccde au Pere Ferdinand Vcrbieft àla char¬ ge de Prdident du Tribunal des Mathcmatiqucs. L’Empereur voulut qu’en ion abfence les Peres Pereyra & Thomas filTent ks fonflions de cette charge.
de tEmp.de la Chine. Liv.il. loy tez extraordinairespour eux,neles- fit pas vcnir cn fa prcfcnce, mais il leur cnvoya un Officier de faCham- brc (c’eftoit le Seigneur Chaoa done il avoit couftume de fe fervir pour leur porter fes ordres) afin qu’ils puílcnt s’expliquera luy plus libre- ment, &: Iny faire entendre ce qu’ils íouhaitoient. Ils luy firent un recit fincerc dc tout ce qui s’eftoit paíle à Ham- tbéou, des violences du Viceroy,, de la perfecution qu’il avoit fufei- tec aux Chreítiens, &: des mauvais traitemens qu’il leur avoit faits, fans qu’ils luy en euflent donné le moin- dre fu jet & aprés luy avoir mis en¬ tre les mains toutes les procedures qu’on avoit faites à cette occafion y ils fe jctterent à genoux pour de- niander la protection de 1’Empe- rcur. Nous fupplions Sa Majefté, íuy dirent-ils les larmes aux yeux, de aOn 1’appcllc ordinairement Çbao-Iaoyé, qqj Sc® dire Seignc® Chat*
tio Hijloire de 1‘Edit »» vouioir bicrrnous délivrer une bon- » nefois des infultes'& dcs vexations *» continuelles qu’attirent aux mif- m fíonnaires les Edits, qui dcfendent *» l’cxercice de la Religion Chreftien- ** ne. Si cette défenfe fubfífte, & íi *> Ton fait toujours un crime aux fu- »jets de 1’Empereur de fe fã:re Chref- » tiens, nous n’avons qu’a nous re- »» tirerde fesEtats-, quifqu’il fçait af- »» fez quc nous n’avons quicté l’Eu- *» rope, abandonné nos parens Sc nos « amis, renoncé à nos biens&àtou- w tcs les ciperances de la fortune, que » dans la feule veue d’etablir la Rcli- « gionChrcftienne,&: de faire con- ” noiilre Jefus-Chrift jufqu’aux ex- « trcmitezdu monde. II eft vray que * les favours & les bienfaits conti- » nuels dont la liberalité d’un íi grand » Prince nous comblefans ceife, fur- " palTent infinimenc le peude fervi- » ce que nous luy rcndons. Mais ef- ” rant engagezcomme nousfommes •* par noftre profeífion à ne point re- “ cbercher les biens, les honneurs SC
del’Emp.de la Chine, fuiv.ll. nr les grandeurs du monde : nous ne pouvons recevoir des faveurs íi é- clatantes, qu’autan c qu’elles fervent a autoriler laReligion duvrayDieu, ^ a mettre fes miniftres à couvert de 1 oppreifion. Toute la grace que nous demandons à l’Empereur, eft quil revoaue ccs Edits, qui nous attirent de tous coftez tant de faf- cheufes affaires; qu’il permette aux ptedicateurs de l’Evangile d’annon- Cer loy de Dieu dans toutTEmpi-& qu’il donne à fes fujets unc li- erte entiere de l’cmbraiTer &: de la Ulvrc. S’il a la bonté de nous ac- Corder cette grace, nous nous croi- tonsbien récompcnfez des fervices que nous luy avons rendus, & de ceux que nous efpcrons luy rendre ,vcc tout le zéle &: 1’attachcment dont nous fommes capablcs. Chao qui aimoit les Peres, & qui ptenoit part à tout ce qui les tou- choit, alia fur le champ rapporter ce difcours à l’Empereur, qui ne pa- rutpas cti eftrc touche; Allez, dire it is it it ti it ft it it it it it it ft ft fr
ti i H ijloire de 1'Edit aux Peres, luy repartit ce Prince* qu'ils ne doivent pas tronver étrangc que les Cbinois leur faffent de la peine. Leurs chreJHens, qui comptent fur Uur proteãion , font bien des chofes mal à propos, & donnent fujet aux Man¬ darins de feplaindre de leur conduite. Cependant ajfeure7j.es quçn leur con¬ federation & pour l'amour d’eux, je veux bien par des ordres fecrets appai- ferla perfection de Chckiam, com- mejefs 1’année paffée celle de Chan- ton : qu'ils voyent ft cela les accom- mode. Lcs Peres furent furpris d’une ré- t ponfe ii peu favorable. IIs délibe- rerenc entre eux de quelle maniere ils fecomportcroient dans une con- jon&urcfi delicate. Ils voyoient de ê grands inconveniens de tous coftel. 'i'• « Si nous refufons les offres qne FEm- » pereur a la bonté dc nous faire, di- i m foient-ils, nous nous mettons en » danger d’irriter ce Prince, & de »» nous attirer fon indignation. Si '« nous les rccevons aufli, ce n’cft pas
de TEmp. dela Chine. Liv. IT. nj tcmcdier au mal, cc neíl que la- - doucir &£ le diífimuler pour un •* temps. Nous nous verrons tous les «• jours expofez au caprice des Man- *• darins, qui feront des avanies aux - Chrcílicns, quand ils le jugeront a « ptopos. II taut done, ou que nous «« les abandon n ions a leurs infultes ** a leurs injuites perfections, ou que *• nous importunions fans ccflc l’Em- « pereur, comme nous avons déja « fait tantde fois; ce qui eft capable « de le rebuter &: de le degoufter de
114 Hijloire de l Edit m volontéque laiienne. Nousnepou- m vons pourtant nous cmpefcher dc m luy repreíènter que la pcríècution *» de Chekiam eft devcnue trop publi- *» que,pour qu’on puift'ereparerletorc w &le prejudice qu’elle caufeàlaloy *» dc Dieu fans dcs ordres publics. Sa » Majefté voit bien que c^ndis que la m Religion Chrefticnne fera profcrice « par les loix, & que les Edits défen- *» drone à fes fujecs de l’embraiTer, on «nous infultcra, on nous fatiguera *> par de continuelles avanies, & nous » ierons obligez d’importuner à tous m raomens Sa Majefté ; ce que nous « ne faiions jamais qu’avec crainte, n Sc qu’avcc une peine extreme. Soir que l’Empereut fuft choque dela liberte de cecte réponfe , ou qu il fuftpoufte parquelque raifoi* de politique, il envoya aux Peres quclques Oiliciers de Ton Palais, qui leur dirent les choíes du mondc les plus afHigeantes: car aprés avoir fait cent railleries de la Religion, qu’ils accompagnoient de grands
deI'Emp. dela Chine. LlV. II. iry cclats dc rife, ils leur direm à peu- pres ce que le livre de laSageil'e met dans labouche desimpies: Cijlbien 4 nous a nous mejler des interejls des Ditux ? ne font-ils pas affez, puiffans pour vuidcr leurs querelles, s'ils en ont? Us fe mocquent bien de nos vains efforts y çjrdcs peincstnutiles que nous nous donnonspour eux ? Croye^-nous, ‘voJhreDieu, dr le Foa ne femettent gueres en peine de ce qui fe pajfe icy- has : conténs d'ejbre là haut, dr d'y joiiiren paix & à leur aife de leurdi- finite y ils ne font nulle attention a nos affaires, qui ne les retardent pas. Les Peres furentíi confternez de cesblafphefmcs, que ces Ofíiciers, qui dailleurs ne les haiíToient pas, fn furenc eux-mefmes touchez, & *eur fiucnt emrevoir qu’ils n’cxecu- toienr que leurs ordres. Enfin, a- prés de longs difeours, la réponfe definitive de l’Empereur fut, qu’ils reviníTcnt le lendemain pour rece- '• “C’eftla principale Idole de la Chine. Elley *ut tranfportée des Indes treme-deux ausaprésú Wort de Jeíiís-Chrift.
1i6 . Hijloire de I’Edit ' voir fcs ordrcs. I Is obeirent port- fluellement, &.ils le trouvercnt au Pal. ris le jour fuivant dc grand matin. Comme ce Prince devoir alien cC jour-là à Hai-tcé, qui ell une dc íes maifons deplaifance à deux ou trois lieuds de Pekin, i.Ucur fit dire avant que de partir dc confultcr en¬ tre eux, s’il leur ciloit plus avanta- geuxde Iuy piclentcr une rcquelle dan$ Ies formes pour fourenir leur droit, ou de s’en tenir à ce qu’il leur avoir deja propofé. Lcs Peres char- mez dc l’ouverture que leur faifoit ! rEmpcreur,ne balancerent pasun moment à prendre leur parti. Ils le remerciercnt dc la bonté qu’il avoir dc fouffrir qu’ils luy prefcntaflent ^ une requeile, & ils lefupplierent dc. leur fairc la grace d’eitre leurpro- te&eur , &: dc nc s’en pas rappor- ter enticremcnt-pourlcur affaire ati jugement de la Cour des Rites, dont ils n’avoient pas fujec d’eftre .concern.
de VEmp.de laChine.luiv. II. 117 L’Empercur furpris d’unc réfo- lution li prompcc &c fi prccipitce, J<;ur fit dire d’y pcnfer avcc plus d attention, de déliberer avec plus de maturité fur une affaire d une fi grande confequcnce. II leur envoya enfuite divers mets de ta table ,qui eft une des plus gran¬ des favours que le Prince fade aux perfonnes qu’il coníideré &c qu’il Vcut diftinguer. Les dernicres paroles de 1’Empe- *CUr donnerent de Pinquictudc aux cies: mais comme ilsavoicntmis *°utc leur confiance en Dieu, fur le ecours duquel ils comptoicnt, ils ne fongerent qu a dreflêr leur re- Jlueíte. Us cn compoferentdcux cn angue Chinoife, ou fans accufer * Viceroy de Chekiam, ni fe plain- dre de perfonnc, ils demandoienc ^ucla qualité de Chreftien ne fuft <> Pas un titre pour eftre inquiete & « petfecuté; que la Religion chrcf- « tlenne n enfeignant rien qui fuft*« c°ntraire à la ration &: aux loix de
ii$ fíijloire de l’Edit M l’Eftat: apprenant au contraire aux *» hommes les maximes delapluspu- »» re morale, & la pratique des plus » fublimcs vertusj il n’eftoit pas jufte » que parmi ce grand nombre de ie- m
de 1‘Emp. de la Chine. Liv. II. 119 Bouvet avoient coutes lcs femaines • j°urs marqucz pour aller au Pa- lais entretenir l’Empereur fur tout cequ’ilya de plus curicux dans la Phyfique &: dans les Mathemati- leur dit que ces requeftes n’ eftoient P*s propres à faire imprejjion fur les (J}rits, nià porter les Mandarins Chi- Hoís 4 leur accorder ce qu’ils deman- doient,• qu’il Us examineroit encore , ^ qu'il leur fcroit ftavoir ce qu’il en penfoit. II partit quelqucs jours aprés ue Hai-tçé, pour aller à une autre ‘toaiibn de campagne a, ou les Peres manquerent pas de fe trouver, dans I’impatience d’apprendre quel Nomtaée Tcham-tehun-yven , à une lieue Jc c«ue de Pekin.
f to Hijloire dc 1’Edit fcroit enfin le fuccés dc Ieurs rc- queftes : mais il ne leur cn parla point, S>i il les laifla dans l’incerti- tudc jufqu’a la veillc des Rois dc l’annee mil fix ccns quatre-vingt- douze, quc Chao vint au College de Pekin, à l’cntrec de la nuic. Il fit afifcmbler les ouatre Peres dont j’ay parlé, &£ il leur die de la part de l’Empereur, que leurs rc~ quejlcs n'efoient pas conceit és en ter- ynes ajfczfforts; quc toutes ces raifons tirées de I’execellcncedu Chrifianifne, n'efoient point capablcs de faire im~ pnflon fur des efprits qtti efoient pre- •Venus depuis long-temps contre cette Religion s qti'il falloit quelque chofe dc plus intercjfant pour des cbinois > qui ne fe mettentgucres cn peine de c t qtti ne Ids touche pas ,• qu’ainf Sa M‘ jtjle eftoit d’avis quits fffent ttne au¬ tre requejle en Tart are, plus prejfin- te & plus conforme an gouft de la Na¬ tion. Les Peres Gcrbillon & Bouver, qui avoient ctudic cette langue pac I'ordrc de I’Empereur ,&qui s’y efi toient
de l'Ede la Chine. Li v. II. nx toicnt rendus fort habiles ,cn dref- ícrent promptement une, & la fi- Jenc porter à 1’Empercur. Ib en attendoient 1c íuccés avcc *jnc impatience d’autantplusgran- ^cj qu’ils craignoicnt que ce Prin- cc3 qui eftoit dans la meilleure difi. pofition du monde de leur accor- j er cequ ils fouhaitoicnt depuis íi long-temps, nechangcaft de lend- inent. Leur empreflement fut inu- Dicu qui fc plaifl; à exercer la patience de fes lerviteursj permit Suc 1’Empereur oublia,cu lit fem- blant d’oublicr entierement cettc ^fltaircjcar il nc leur en parla plus. Ils crurentqu’ilattcndoit Tarrivée des eics Ciccry & Ozorio Jefuitcs, que 1c Perc Suarez P.edeur duCol- ge de Pekin , devoir amener de Maca°a par 1’ordrc expres de l’Em- pereur. II donna audiance à ces ercs, il leur fit des careíTes extraor- C jttC v'^c » CIU’ dans une petite Iílefurla ji0 cdela Province
I t í Hijlo'm de I'E dit dinairçs, il rcceut mefme avcc piai— fir les prefensqu’ils luy apporterent de la part du Perc Grimaldi, qui n’cftoit pas encore arrive d’Europci inais il nc leur dit pas un fculmot de la requcftc quon luy avoitprc- fcntéc cn favour de la Religion çhrcftienne , quoy-qu’il full fore perfuade qu’il nc leur pc jvoitfaire un plus grand plaifir. Lcs Percs cn eftoient d’autant plus chagrins, que la Fcíte du nouvcl An Chinois ap- prochoit; cc qui cloignoit extre- mement la conclufion de leur af¬ faire.. . De toutes les fcftes qui fc ccle- brent dans la Chine,il n’en eft point qui fe folcmnife avcc plus dc pom- pc & d’appareil que cclle de la nou- j vclle année. Qn veut que tout le monde fe réjouiíTc & prenne part aux divcrtiílcmens. Pour cela tou- tes lcs affaires ccílent, les poftes font arretlées & lesTribunaux íont fer- mez dans tout l’Einpire. Lcs Chi¬ nois appellent ccs vacations, fer-
de. l'Ede la chine. Liv. II. ji, er Cs Sceaux i parcc qu’cfledivc- mcncon ferine en cc tcmps-Jà le pe¬ tit cofhc ou Ion garde les fccaux de c n a que Tribunal; ce qui fe prati- jwe avec bcaucoup de ceremonies. V, 59uc Officicr cn chef a un fceau 7 office , dont la forme, la gran¬ deur & la matierc eíl regléc par les °ix d’une maniere proportionnéc au rang qu’il tienc. L exercicedefa charge eft tellement attache à ccs c?aux> que quoy-qu’il foie nona¬ ge parle Prince, qu’il foirpourveu de fes Lettres patentes, & qu’il ait uielme cíté receu dans le Tribunal °nt il eft le Chef, il n’y peut exer¬ cer aucunacle dejurifdiótionquon nc luy ait mis ce fceau entre les hiains: comme auffi il ne peut cítrc 'nterdit des fondions de fa charge, iju on ne je luy ait oíte. Cela vienc t ecequctous les ades doiventeítre » ccllez de ce fceau, aurrementils out mils; & 1’Officier qui les aiiroit expediez feroit coupable felon les l°ix. Ccs precautions font grandes-*
iz4 Htftoire cle l’Edit mais ellcs font ncccilaires pour af. feurer la foy publique parmi unc Nation égalcment interellee Si fpi- rituclle. La Chambre du Tribunal dcs Mathematiqucs, qui a l’intcndan- cc dcs lorts bi du choix dcs jours, marque long-temps avant le pre¬ mier jour de l’an, lc jour Si lc mo¬ ment heureux , auquel il faut fer- mcr les fccaux, Si celuy auquel on doit les rouvrir. Le temps compris entre ces deux termes eft ordinai- rement de trois femaines. La Cour envoye dans les Provinces cettc dé- ciiion du Tribunal des Mathema- tiques} de forte que la ceremonic dc fermer les feeaux fc fait en mef me temps par tout l’Empire. Les Peres qui apprehendoient ce delay, firent reprefenter à l’Empe- rcur, que s’il n’avoit la bonté dc ter¬ miner l’aftaire de lour requcfte,bicn loin d’cltreen eftat de prendre part ^ à la joye publique, ils paileroient (put ce tcmps-la dans la triilcife, I • o i 4
de l’Emp. de Li chine. LiV. II. nr r ^U|. croic d autanc plus grande qu ils avoicnt appris que le Vice- oydeChekiam inquictoit toujours , i ere Intorcccca , & perfecutoit *Cs Chreftiens. L Empeurcur goufta leurs raiibns ie laiíla fléchir à leurs tres-hum- bles prierrs. II leur renvoya leur re- .
íi6 Hifioire de I’Edit leur marqucr la maniere dont ils Id devoient faire; que le lendemain lcs Chreftiens cclcbroient unedesfef- tes folemnelles de leur Religion , (e’eftoit laFefte de laPurification de la faintc Vierge) que ft Sa Majeftc leur permettoit de la prefenter cc jour-là,ils luy en auroier-une obli¬ gation particulierc ; car comme la plus fainte des Vierges avoic ofFcrt à pareil jour Ton Fils unique au Pe- re Eternel pour le falut du Genre humain, ils efperoient qu’elle vou- droic bicn employer Ton intercef- fion pour leur obtenir un heureux fuccés d une affaire dont de pendoit le falut de tant de millions d’ames. L’Empereur qui eft inftruit de tous les myftercs de la Religion chrefticnne , leur accorda fur lc champ cc qu’ils demandoient; niais il voulut qu’il n’y euft que lcs Peres Pereyra &: Thomas qui fignaifent la requcftc $ parce qu’eftant per- fonnes publiques, &C ayant droit de prefenter des Placets imnicdia-
âe I'T.mp. de la Chine. Liv. II. Tiy tcmenc a l’Empcreur > en qualité dc Vice-Preiidens duTribunal dcs Ma- thematiques, l’acte feroit plus au- thencique : au lieu que fi les autres Peres, qui eftoient perfonnes pri¬ ces, y mcctoicnc leurnom, il euil fallu avant que de prefenter cctte rcquefte ,"ru’ellc cult cite reveue &: examinee fui vane les loix par leTri- kunal, qui a foin dc revoir les Pla¬ cets que les particulars veulent pre* Center à l’Empcreur; cequi euft at- tirc bien des formalitez &í des em¬ barras. Ainfi les Peres Pcrcyra &: Tho- ^las allcrent feuls 1c jour fuivanr au palais, ou ils prcfcntcrcnt dans les formes leur requeítc à l’Empercur ,
12.8 Hiftohe de l’Edit m fommes capables , pour l’informei n d’une affaire, qui nous regardc, 6£ „ pour la fupplier d’en prendre con- » noiffimee. Voilre fujet Intorcctta, >» qui demeure à Ham-tchéou , nous » envoya icy un Exprés dans lc ncu- m vicnie mois de la prefente année, » pour nous donner avis one le Vice- » rov de chekiam , qui agic dc con- » cert avee les Officiers de fa Provin- » ce, veut abbatre les Eglifcs, rom- » pre les planches des livres que ce »» Pere a fait imprimer, exterminer » 8c proferire des lieux de fajurifdi- »» 6lion la Religion chreilienne. qu’il » traite de fctSlc fauife 6c pcrnicieufe. w Si nous manquions prefentemenc ” de reprefenter à Voilre Majeílé , *» qui noustient lieu de perc , les fati- » gues 6c les travaux qu’il nous a fallu »» eifuyer pour venir dans ces Eilats »> des extrémitez de l’Occidcnt, aprés » un voyage de plufieursmillc licues; » il nous feroit difficile d’eviter dans » la fuite les effets malhcurcux dc la *> vengeance 6c des reifentimens de
dt I'Etnp. de Li Chine. L i v. II. 119 « Dos cnnemis. Nous coníiderons « íivcc un proíond rcfpcft: que Voítrc « Majeíle par fon autorité íupréme « ■coramande à tons les Eftats du mon- « oc a, quelle gouvcrne coute la cerre; « qu’elle ne mec aucune diftin&ion « entre ceux qui fone au-dedans, & « ceux.qui font au-dehors de fon « Empire 5 &; que regardant indifFc- « remmcnt comnie fes íujets ceux « ^ni font dans les Provinces void- « ?es, &: ceux qui font dans les plus « cloignées &; dans les plus barba- « rcs; clle n’a d’autre crainte que cel- « R,qu’il fc trouve quelqu’un fur la « tcrre, qui ne foie pas dans Tcílat de « bonhcur& de felicite, qui convient « a di condition ; Ton peut dire « a cet égard vous l’emportez fur « vos Anceíhes, & mefme ílir les plus « anciensEmpereurs. Mais íi lavraye « Religion doit eílre proferite, & fi *• eHc ne pent trouver de place dans « l’Univers, Voftre Majeílé vifitant « a Cccy eft du fiyle tic la Chine, & 1’on n’y parle pomt autrcnienc. F v
130 Illjloire de 1’Edit „ fcs Provinces mcridionales auroit- elle fait Ja faveur aux Miflionnai- „ res Européens dc les entretcnir, de „ leur parlcr obligeamment, &: de les „ laiíler demeurer dans leurs Eglifes ? „ c’eit pourtant ce qui eft de notorie- „ té publique. Comment done le „ Viceroy de Chekiam , vo°ire fujet, „ pcut-il preíentement traiter de fe- „ tte fauíle & pcrnicieufc, la Religion „ que ces miílionnaires profeílent? „ Feu Adam Schall voftre fujet, ,, a rcceu des marques extraordinai- ,, res dc rafFettion.derEmpcreurvof- „ tre pere. II s’appliqua avec un tra- w vail infatigable à corriger les cr- „ reurs de 1’ancienne Aftronomie : les „ regies done il fe fervir,fe trouverenc „ conformes aux mouvemens du » Ciei. II entreprit ce grand ouvra- » ge pour rcconnoiftre par ce petit » travail les bontez &l’amour fince- » re que ce grand Prince avoir pour » luy ; mais ilne fçavoit pas que cct- » te correttion mefmc, ii utile &: fi « ncccflaire, devoir le rendre coupa-
i > de l'Emç: dtUchine. Liv. II. 131 ble, Sc le fairc accufer avccladcr- « niere injufticc, d’avoir manque dc «* fidelite au Prince: lur quoy Y am- « yiiam-Jicn Sc fes fautcurs lc firent « condamner à un fupplice qu’il ne « mericoit pasa. Voltre Majcíté, par « un cftec de cerce haure fageíle qui « cclate dars couce la conduice, or- « donna aux Princes du Confeil d’Ef- « taJ5 aux grands Officiers du Palais, « aux ncuf principaux Officiers de « 1 Empire, aux Prefidens duTribu- « nal,qui a foin dcs equipages, Sc aux « Ccnfcurs du dedans 5c du dehors, « ue s’allemblcr pour connoiftre cons « cnfemble de ccctc affaire. 11s lc fi- « rent, Sc illeurfucaife dcdecouvrir ,« dc quel coité cfroic le bon droic, « ^ de quel code cltoic l’injuftice. « Aprés la more d’Adam Schall .« voftre lujec, Voítre Majeíté appella ,« Ferdinand Verbieft auprés dc fa « Fcrfonne ; Elle le combla de bien- „ a Cc Pcrc fut juftifié, & mourur fort tranqui!Ic— nient lc 15. d’Aouft Scs ennemis l’avoient fair c°ndanmcr á cflrc mis en pieces,& haché par mor- ceaux. r r F vj \ >
Hifiolre de If Edit » faits, l’cleya aux charges , & luy „ donna 1’Incendance de l’Athono- „ mic. Des graces ii parciculiercs l’o- « bligerent d’enfeigner tout ce qu’il »> fçavoic,&: ille fie fansriencelcr. II „ y a plus de vingc ans que nous fom- » roes occupcz dans voftre Palais à » travailler &: a. mertreen Ghinois &: „ en Tartare couces les fcicnees aufi- » quelles on s’applique cn Europe: *> celles que Tone la Geometric, l’A'f- « cronornic, rArichincciquc, la Mu- » fique & la Philofophie, &nous ne „ ceflbns point dc lc faireencore cous » les jours. Mais comme VofircMa- m jeftc a une parfaitc connoifiancc »» dc touccs ccs cliofcs, il leroit inu- »» tile de luy en faire un plus long dé- »» tail. Si le Viceroy dc-chekiant prc- » tend que noftre Religion cil une •* faufie fccte , qui ne rocrite pas de » créance , pourquoy done depuis » la premiere année de Chunchi jufi- » qu’à-prefent,nos predecefieurs ont- » ils receu ordre des Empercurs de » faire travailler à des machines de
de I’Emp. de in Chine. Li v. IT. i gucrrc ? Pourquoy Philippe Gri- •* rnaldi a-c-il travcrfe lesMers pour « allcr cn Mofcovie cn qualiré d’En- ** voyc , avcc une Patente fcelléedu “• Pceau de la Cour de la Milicc ? Pour- •• quoy vos fujets Pcreyra & Gerbil- “ lon ont-ils eílé envoyez au Traité * Nipchr1 avcc un rang égal à ce- •* luy desMandarins du troiuémeor- “ dre; & cela, par deux fois ? « Si Ton nous croitcoupables, nof- « tre crime ne vient done pas de n’a- « Voir pas fervi PEmpcreur, mais de « n’eftre pas fídcles , & d’avoir de « Sauvais defleins: mais fi nous (onv " naes fidéles, &fi nous n’avons point « de mauvais defleins, il n’cfl: perfon- « ne qui nc doive nous approuver « 01 au contraire nous nc le fommes « Pas j nous ne meritons pas qu’on « air aucune confldcration pour nous, « & fon doic nous regarder comme « des gens qui combattcnt ouverte- « nient laraifon. Nospredecefleurs, « a Voyez cc que le R. P. le Comte dit dc ccs ma- ^uics dans íès nouvcaux Mar.oiics de la Chine.
T$4 Hijlom cie lEdit í» qui ont travcrfé tanc de Mers, »» parcouru tant dcPa'is pour venir ici, »j n’y one point efté portez parl’inte- m reft ou par le defir delagloire : ce » n’cft pas non-plus 1’envie d’amafler » des richcft'es ou d’acquerir des lion- •> neursqui lesy ont attirez.Leur deft- *» fcinaefted’annoncerauypcuplcs la u do6hincdelavrayefoy,quand ilsen » verroient des occaftons favorables. #» Des qu’ils furent entrez dans la » Chine, ils eprouverent aufti-toft les w cfFcts de la bonté des Empcreurs. m chtmehi, la dixiéme annee de Ton r* 1654.» regne crca en leur faveur la char- » gc de fccond Prefident duTribu- » nal des Mathematiques, Sc quatre « ans aprés il leur donna un empla- Í» less.» cement pour baftir une Eglife, SC m élever un monument. Ferdinand » Verbieft eftantmort la vingt-feptié- »» me annee devoftre Empire, Voftre limits, m Majeftcluy donna untitregloricuK, ” Ellc l’honora dumcloge^Sc luyfit »* faire des obfeques magnifiques, « propordonnant tous ces honneurs
de I'Emp. de la chine. Liv. II. 13^ &u rang de íecond Prelident d’une cr ocs fix CourseOn peut coníulter les « aftcs publics fur tout ce que nous •* avan çons. ,« ^arce que nous avons delafacili- « tc à apprendre la langue dcs Man- « chéous Voftre Majefté nous a « donné un ardre exprés de nous y « appliquerc. Nous traduifons dans a Palais toutes les dépefchcs qui fe « font pour la Mofcovie Sc autres « licux: quel bonhcur pour nous, de « Vo,r qu’un fi fage Empereur daigne «« Ic iervir ainii dcnous avcc une con- « fiance fans referve : Si parcc que « n°rrs ne fommes pas Chinois, on « Veutnous exclure,Voftre Majefté nc «* ieunit-ellc pas toutc la tcrre fous fon « a C’cft la Courses BafHmcns, ou des Outrages publics, nommée Cong-pou, dont lc P. Vcrbieft cf- j0It Second Preiidcnt auiTi bien que du Tribunal des Mathcmatiques. C’eft la langue des Tartares Orientaux , & que parle l’Empercur & tous les Tartares qui °nt a la Chine. c Cecy regarde les Peres Bouvet & Gcrbillon, ^l11 font lesleuls Europe'cns, qui ayent appris cctte
Híjtoire de lEdit »> Empirea ? 5c ne fc fert-cllc pas fanS », diftin&ion de gens de tout pais ? „ Pourquoy done n’y aura-t-il que le „ feui Intorcetta, qui nc pourra trou- „ ver aucune place dansl’Empire? A „ la veritc, quand nous venons à fai- „ re reflexion fur toutes ces chofes, „ nous fommes penetrez dç douleur; u 5c nous nc pouvons retenir nos lar- „ mcs. Nous fommes vos fujecs 5c des „ orphelins; nous n’avons aucun ap- „ puy ni aucune prote&ion. Nous ne „ pouvons difpurcr de nos droits avee „ perfonne. Nous dciirons fculement „ que V. M.daigne fc fervir dc ccttc „ hautefageife, qui regie fa conduite „ pour examiner 5c pour rcconnoii- » tre que nous n’avons point dc mau- „ vais deflfeins, 5c que nous fommes 6 „ dignes de companion ; 5c enfi* ' I « pour terminer ôeconclure ccttc afr „ faire. C’efb à ce deflein que nous , m avons drefle cette requeftc , que * nous luy prefentons avec une crain- u tc refpe&ueufe. Nous attendons a Cccy eft encore du ftyle de la Chine.
de I’Emp. de la Chine. LiV. II. 137 iivec un tremblement que nous ne « pouvons arrcftcr, les ordres de VoF«« tre Majeíté fur cela. Fait le feizic- « me jour de la douziéme Lunc de la « trentiéme année de Cam-hi\c’eft-a- « dire le fecond deF évricr de I’annnee mil fx cens qiuitrc-vingt- douz,e. On fera- peut-eftre furpris de ne point trouver dans cette requefte aucune raifon prife de rexcellcnce de la Religion chreitienne ; nrais I’Empcreur , qui la voulut dreiler toute entiere, crut que cesraifons fetoient meins propresà toucher les Mandarins Chinois , que ccllcs qu’il jugca a propos de leur fubfti- tuer, ic les Peres qui n’avoicnt cn veue que le fucces de leur aft'airc, erurent devoir s’en rapportcr àluy. L’Empereur remit cette requei- felon le ftyie de cette Cour, au Tribunal des C0U0 ,a & larenvoya deux jours aprés à la Cour fouverai- fle des Rites , à laquellc il appar- a C’eft le ConfeiI d’liftar, & le premier des Txi- kunaux dc PEiiiJnrc.
M Hijloire de 1’Edit tient de connoiílre des affaires dtf ta Religion , en luy ordonnant dc délibercr fur ce qu’elle contenoit, & de- luy cn rendrc compce. Mais comme ce Prince partir bien-toíl aprés pour aller vifitcr le tombeati de fes Anceftres felon la couítume, & que les Sceaux fe fermeròntpeu de jours aprés, la Cour des Rites n cut pas le temps de 1’examiner, ni de donner fon Arrefl. Ainfi il fal- lut attendrefouverture des Sceaux, qui ne fe fit qu’au commencement du mo is de Mars. Les Chreíliens fe fervirent de ce retardement pour implorer le fe- cours du Ciei. On fit des prieres pu¬ bliques dans routes lesEglifes; 1 cs , miílionnaires & les Chreíliens les r plus fervens redoublerent leurs pe- ? nitences &: leurs auflcritez, on n’en- tcndoit que cris & quegémiffemcns \ pour dcmandcr à Dicu qu’il euíl pi- tié de ce pauvre peuple, &: que par i nn Arrcfl favorable, il luy plull don¬ ner la paix i cette Eglifc naiffante
.le l’Ewp. de la Chine, Liv. II. 13$ & perfccutee, Si procurer à tons les íiijecs de 1’Empire la liberte d’em- braífer la Religion. On le promcttoit un heurcux fuccés , Si on avoir rout fu jet de 1’eípercr, aprés les demarches que 1’Empereur venoit de fairc. Les Pe¬ res eftoient perfuadez qu’il eílimoit leur Religion , Si qu’il avoir envie dc leuv faire plaifir. Ils avoient trou¬ xe de la prote&ion auprés des prin- c,pauxOfficiers dclaCour desRi¬ res. Les deux premiers Prelidcns3 de cette fameufe Compagnie fem- bloient eftrc dans leurs intercfts. Connne ils avoient beaucoup de credit dans leur corps ,on ne dou- roit pas qu’ils n’entrainaflent le ref- re des Officiers de cette Cour, SC a Quand les Tartares fe furent rendus maiftres de la Chine , ils ne changerent point le Gouvernc- nient ; ils lailTerent les Mandarins Chinois dans 1 exercice dc leurs charges; mais ils leur aiTbcic- rent des Tartares, & multiplieretjt ainTi tous les pfficicrs dcs Cours Souvcraujes & desautres Tri- “Unaux. De-là vient que chaqtieCour a deux pre- uiiers Prefidens , l’un Tartarc, & I’autrc Chinois j deux feconds, & ainil du reile.
I40 Hijloire de 1’Edit qu ils ne leur infpiraílent des íenti- mens favorables On fe le perfiia- doit d’autant plus aifément, que le premier Preíidcnc Tarcare Cou/a- tai, ayancun jour rencontré lc Pe? re Gerbillon au Palais, illuydicen 1 embraíTant , qu’il alloic longer a ; Pon affaire, qu’il feroit concent dc luy. On comptoit beaucoup fui Je Seigneur HioumJJeli, qui avoir eíte Colao, & qui cftoit alors prc- mier Prefident Chinois de la mel- me Cour. II venoic dc reprcndre 1’exerciccde cettecharge, qu’il a- voir interrompu durant vingc-fept 1 mois, a caufc de la more de fa mc- rc done il eftoic allé prendre le deiiil a Nankin. Pendant le temps qu’il fuc dans cetce ville, ou il cf- toic citabli , il marqua bcaucoiq d’amitic aux Peres Gabiani, dcFon- taney&VifdelpuJefuites; il en re- i ccut des prefens, il leur en fit, & il leur parla fouvent dc la Religion j dune maniere'qui leur fit croire 1 qu il n eftoit pas éloigné du Royau-*
de l Emp. de la Chine. Liv. II. I4f jyic dc Dieu. Eftant encré par ha- ard dans leur Eglifc, ii vicdesta- caux, qui reprefentoient les dou- Apoftres. 11 cn fit tirer dcs co¬ pies qu’il plaça dans une fale de *5 maiíon , done il fit une cfpcce «e chapelle : cela fit ctoire qu’il cf- íoic deja Chreftien. Lc bruit sen rcpandit juiqu’i la Cour, Sc l’Em- pei'eur demanda aux Peres cc qui cftoit. HiouwJJ'eli de retour à Pe- *,n > nc parut pas moins attache au* Jcfuiccs de cette grande ville, ^uil l’avoit cílé àceux dc Nankin. Aiiifi les Peres ne doutoient pas 11 nc les ferviftefíicacément dans Unc aftaire, qui leur eftoit d’une ii S' andc confcq uence. Conime rétabliflement dela Re- !310n a la Chine Sc la convcrfion 1 c tout l’Empire dépendoit de 1’Ar- rcft qu’ils attendoient, ils employe- tent rout le temps que les Sceaux lucnt fermez i iolliciter leurs Ju- SCs- Ils n’omirent ricn pour les ga- ^ller> Sc pour meriter leur faveur.
I 142, Hijloire de l’Edit Us leur firent des prefens, ils inte* reflercnt lcurs amis , ils allerent les voir. 11s en eftoienc rcceus avcc ufl accueil,qui lcs remphllbicde joyc, &: qui leur faifoit croire quc l’Em- pcrcur avoir prévenu ccs Manda¬ rins. On cntrcvoyoitaftcz par lefti" ; le, done la requefte elloit écrite, 1 qu’elle avoic pafl'c par les mains dn ! Prince, avanc qu’onla luy euft pre* fencée : car il n’y avoic pas d’appa- rcncc que des etrangcrs qui eftoienc fans appuy &c fans prote&ion, euf fent eu la hard idle de parler fi li" bremcnr, de prendre à partie un Viceroy avcc tous les Officiers d’u- ne Province, fans l’agrcemcnt ^ permiflion de l’Empereur. C’eft ce que le Prince Sofan t un jour aux Peres Gcrbillon &: Bo11" ! vet dans une vifite qu’ils luy ren- dirent, pour le pricr d’appuyer Jetff j requefte an pres de l’Empereur, & d’intcrefler fes amis i lcs protege’;* II le fit avec d’autant plus de pl;l1' fix qu’il avoit du chagrin contrc le
de l'Enip. de U chine. Li v. II. 141 iccioy dcchekiam, done il n’eitoic fas content. Pcu de jours avanc qu on rermaft le Sceaux, ce Man- *Trin ayant fait reflexion fur fa con. Ultc> & fur la maniere dontilen avoit uíé avee cc Prince fon pro- te&cur, luy envoya un Oflicier avec reponfe aux lettres qu’il luy a- Vor écrices'. II luy marquoic qu’il j °*c bien fafché de n’avoir pu luy onner pliicoit dcs preuves de foil atcachement & defarcconnoiilan- Cc > qu il lc prioit de croire que la Paflion n’avoit eu aucune part dans Ce qui s eftoic paflé à Ham-tcheou contre lc Pcre Intorcetta & contre Chrcfticns, qu’il n’avoit point cu j autrp veue que de fairc executer Edits de PEmpereur, &: d’empef- cEcr les Chreftiens qui mettoient lur les portes de leurs maifons de grains fignaux feditieux, & qui rwfloicnt les images de leurs an- Çcítres& les tablettes dedices à leur enioire, dc caufer dn trouble &: u defordre donsl’Etat. Quec’ef.
*44 // ifio ire de I'Edit _ toic aíTez qu’il priíl intereft à letU'S affaires, pour faire ceíler coutes fes pourfuiceSj qu’il le fupplioic feule- ment dc faire avertir le Pcrc de te- nir fes Chreftiens dans le devoir, de les empefcher de foulever lc! peuplc, &: d’excitcr quelque revolte dans fa Province. So fan eftoit crop infiluit des de¬ marches du Viceroy &:de fes fenti- mens,pour fe lailfer leurrera fes pro- reflations. II fçavoic que les Chref¬ tiens ne luy avoient donne aucun fujet de les inquiecer ni de porter contrecux ccs ccrriblcs fcntences, dont j’ay parlc.-quericn n’cftoit ph,s innocent que 1’ufage qu’ils avoient depuis plus d’un fieclc, de mectre fur les portes de leurs maifons le facré Nom de Jcfus, pour fe diftii1" guer des payens , qui y mettoient ies figures de leurs pagodes &£ leS t images de leurs faux Dieux,3 qllC a Les Idolatres collcnt fur les battans de l‘alS portes, fur tout au commencement de I’annec, ! images de leurs Idolcs , aufquelles iis donncnt nora dc Dieux de la portc. PCt' ‘ ,
dcPEmp. de U Chine. Liv. II. 145- perlonneny avoit trouvé à rcdirc, que 1 on ne leur en avoir jamais «ir un crime. II fçavoit eníecond leu qu’il eftoit faux que les Chref- Clcns bruílaflent les images de Ieurs snccítres & les tablectes dediécs à Jcur niemoire; qu’ils rendoient au connaire à leurs parens deífunts to,Js \cs aevoirs purement civils qu cxigcoient les loix la couftu- í110 > que c’eftoic une calomnie que e Viceroy leur faiíõit pour les dé- C1,cr>& pour les rendre odieux à ^ne nation attachée à fes ufages jaloufe jufqu’a 1’cxcés de fes an- Clçnnes ceremonies. Enfin il n’igno- Pas que le Viceroy avoit core aceufer les Chreítiens de fedition de revolte; puifquon ne les en avoir pas meímc íoupçonncz, &: qu u n en failoit aucunc mention ui aucune plainte dans les proce- uicsqu’il avoit faitescontre euxs Ce qu afleurément il n’euft pas man¬ ic i a ccja'rc'^nicnt qui eíl ála fin de cettc hiíloi- n truira aroplement le lc&cur de cette matierç; Tome III, G
I4<> Hijloirc de l’Edit que de fairc, s’ils en avoient don- né le moindre fujet. Car il avoic porté li loin fa malignité la hai- ne qu’il leur portoic, qu’il avoic envoyé fecreteinent des cmiílaires à la Cour, pour y repandre le bruit que les Chreftiens cabaloient 3 &C incditoicnt une revolte. Le Prince qui aime natiircllcrnenc ladroiturc &: lequité, outre de la fourberie de la mauvaife foy du Viceroy , pri'c fa lettre pour unc nouvclle iníulte,&s’adrcflantà l’Of- ficier qui la luy avoir preíentée, Yofre maijtre, luy dit-il d’un ton cjui marquoit Ton indignation nc me- rite pas d'avoir def amis, ni qu on ft mefle de fes ajfaires: il eft bien aveu~ gle & bien temcraire d’entreprendreft nial a propos les Miffmnaircs d’Eup rope, qui font tons' les jours admit (n la prefence de I’Empereur, bo- norez, de ft bienveillance, & com- bhz, de fes bien-flits : ft je luy fy êcrit, ce n'a pas cjli pour oblige^ (CS I’cres i rnais pour 1‘cmpefhcr de y
148 Hifioire de l’Edit partagéc cncre la ^omplaifance pour I’Empereur &í Pavcrlion pour la Religion Chrcítienne: elle balan¬ ça long-tçmps.Enfin aprcs bien des incertitudes des deliberations, la haine l’emporta fur la complaifan- cc; &í cetteCour toujours attachce à fes anciennes maximcs , toujours contraire au Chriftianifme pronon- ça 1’arreft que jc vais rapporter. «• Nous trouvons que dans 1’aflctn- f.ni66ç,n blée generale de la huiticroe an- » néc de Camhi, ou aííiftercnt les Prin- » ces du Confeild’Etat,les grandsOf- » ficicrs du Palais, les neuf princi- » paux O Aiders de 1’Empire & les " Cenfeurs du dedans &e. du dehors, »» ectte fentcnce fut portce: La Loy de « Bi eu n'a rien cjui tende a faire le mal »> ou a caufer du defordredéfenjè pour- »tant aux Mijjionttaircs de répandre •> les livres de cette loy, & de dijlribuer | » des me dai lies & autres cbofes fcmbla- », bles. Pour leur Dieu, per mis d euxfete- ^ »• lementdel’adorer:Cette fentcnce fuc » prefencée à l’Empereur, qui la rati- ^
de PEmp.de la chine. Liv.II. 149 /ia par cet Ed ir. Four la loy de D leu, à ** la referve de Ferdinand Verbiejl & " de fis compagnons , an[quels on cn « per met I’exercice comme auparavant, « & pour les Eglifls, depcur quepar ha- « fardon ne recommence a en baflir foit « 4 la Cour foit dans les Provinces, & « qu'on ne continue a embrajfer ccttc « loy j j'ordonne derechef qu on de fen- <• de l’un & iautrc fous de tres-gricves « peines > cT qu on en avcrtijfe le peuple. « Je confirme le refle de cctte fentence. « Ce qui fut foigncufcment cxe- « cucé , comme on le voic dans les « rcgiftres publics. Nous trouvons pa- « i'eillement que Ferdinand Vcrbieíl « Second Prefident du Tribunal des « Mathematiques &í de la Cour des « baftimens, dir dans la requefte qu’il « prefenta la vingt-íixiéme année du « f» tas? regnc de Cam-hi. Je fupplie Voflre •< Majeflé de mettrs la loy de T>ieu, que « nous profejfous moy (f mes compa- »< gnons fur le mcfmc pied qu'elle efloit « a>t commencement de voflre regne, a- « Vant qiion P eufl faujfctnent accujéa “
Ijo Hijloire de 1’Edit •> qu'on luy donne une cntiere liberte, » dr quon ne defende pas avos fujetsde » 1’embraJfer.Cefera le moyen d'empe chef « la calonmie, drd'en détnúre les ejftts. » La Cour dcs baftimens &c la noftre » delibcrerent cnfemble fur cette af- « faire,&elles donnerent cette répon- « fe fur la Requeíte que Lo;'is Buglio, w Gabriel Magalhaens, & Ferdinand zm6 d’Etat, les grands Officicrs du Pa- « lais,lesneufprincipauxOííiciersde « I’EtnpirCj&lcsCenfeurs tantdu de- » dans que du dehors.Il y futréfolu de » défendré à perpetuité 1’exercice de » cette Religion cn ces termes: li* * v font des ajfemblées, ils répandent des J o> livres de leur loy, ils dijlribuent des » medailles & autres cbofes fcmblables• w Ou defend aux Jiijets de /’Empire de »fuivre cette loy, & on en permet l e- ] « xcrcice duxfeuls Européens: fur quoy . » 1’Empereur porta l’Edic fuivant. I* |
del’Emp. dela Chine. LiV. II. lyr ■eft inutile de dclibercr fur ce qiieEer- « dinand Verbieft propofe dans fa re- « quefte <&c. Cette réponfe de la Cour « des baftimens & de la noftre.fut « aPprouvce parccs paroles deVoftre « Majeílé. ft'approuve v oft re ftntence. » Parmi les Officiers des villes, il « y en a cpn traitant dcs feize arti- « desa, y ajouftent ces paroles, La loy « de Dieu eft unc loy qui tend autant 'a « la revolte que celle du fruit blanc de « N enuphar b,jordonnc qn on les ret ran- « the. Nousrcfpe&afmes cesordres, « & nous les envoyafmes aux Offl- « ciers de Cbchiam & des autresPro- « "vince : pour l’Eglifede Ham-tchéou « & les autres Eglifes de l’Empire, « d faut les laiiTer comme elles ei- « c°icnt auparavant, en permettant « aux Européens seulement d’y « aller faire leurs pricres & leurs a- *■ dorations. Nous attendons les or- « 3 Voyez ce que j’ay dit de ces feize articles a la paçe 13. b C’eft la fete la plus decree de la Chine , en £e qui regarde 1’obciiTance & la ibilniillion au Souverain. G iiij
IJ2. Hijloire de 1'Fdit * dresde VoílreMajefté fur cette aí> » faire,pour les communiqucr auífí- »»toft au Viceroy de Chekiam, afin » qu’il les execute. Fait la trente &S »• uniémeannéc deCam-hi,lc vingtié- »* me jour dc la premiere June, c’cll-a- dire lcfcptiéme de Mars de 1’année mil fix cens quatre-vingt-douze. Les Peres qui s’eiloicnt laiílcz ébloiiir par les apparenccs 5 & trom- per par les vaines proteftationsqu- ^ on leur avoir faites, furent étran- gement conílernez de cet Arreft qu’ils n’attcndoient pas ; ils ne píi- rent ícperfuader que 1’Empêreur les 1 abandonnaíl, aprés les demarches qu’il avoit faites; &: comptant fur fa faveur, iJs s’imaginerent qu’il * auroit la bonté de reformer cette r fentence, avant que de l’approuver. Ils fc confirmerent dans cette pen- fee , quand ils apprirent qu’il ne fa- I voit pas envoyée au Tribunal des CoLios, felon la couilume. Enfin cc j qui achcva de les tromper fut qu’- eilant allez le lendemain à ffai-tpj |
de I'Enty. de la Chine. Liv. II. i ou cftoit alors l’Empereur, pour luy prefcnter divers traitez de Phyfiquc & dc Mathematique, Sc pour rc- pondre aux qucilions qu’il leur a- voit fait 1’honneur de leur propo¬ ser lc jour precedent j ce Prince affech dc leur faire plus de caref- fes Sc d’amitiez que jamais. Le ref- pc& les empefeha de luy parler de cet Arreft, nedoutant pas qu’il ne le fill reformer aprés tant dc mar¬ ques de bienveillance : mais ils ne furent pas long-temps dans l’erreur: cavils apprirent le lendemain que l’Empercur l’avoit confirme. Cette nouvcllc fut un coup dc foudre pour eux. Ils en furent con- fternez,&: ladouleur qu’ils en eu- rentfutfi vive qu’ils parurent dans un abatement, & dans une def¬ lation, qui toucha tons leurs a- mis. Comme l’Empereur devoir rc- tourner en peu de jours à Tckin , ils refolurent de fe prefencer à Sa Majefté, Sc de*luy faire connoif- tte l’eftat deplorable ou jls ciioient. G v'
) if4 Hijloire de l’Edit „ Ils allcrcnc au Palais, & s’adreflant: „ à Chao, Vous nous voyez , luy di- „ rcnc-ils, accablez de rrifteftc , » plongez dans l’amercume. Que de- „ viendrons - nous aprés la malheu- „ reufcifliie d’une affaire, done nous «, avions lieu de nous promctcre un „ (\ heureux fuccés? que >nous fer- „ vironc doreíhavant toutes les gra- I » ces couces les favours done l’Em- » pcrcur nous a comblcz ? nous voi- *> là couvcrcs de honce&: d’infamie- » que diconc nos compagnons, & que « penfera-c-on de nous en Europe i » pourra-c-on fe perfuader que nous » ne nous propofons en venanc icy , » que récabliflcvnénc de la Religion, , » quand on verra que l’Empereur la l » proferir, & en defend l’exercice à » cous ies fujecs ? quoy, dira-c-on, eft £ » il poftible qu’un Prince il fage & ft . i » éclairé, qui leur marque canc d’affe- I » dion; & qui leur faic des honheurs » fi excraordinaires refufe de leur ( » donner la moindre farisfadion fur w la feulechofe qu’ils luy demandent? *
del'tmp. de U Chine. Liv. II. 155 ll n’y a pas d’apparence. II faut que « ces gcns-la ne fe mcttent gucrcs en « pcinc de lcur Religion , puifque « 1 Empereur la condamnc par un E- « die public dans le temps mcfmc, « qu’ils ont rhonneur de I’approcher « deplus prés, Sc d’eftre employez à « Ion fervic' d’une nvanicrefi diftin- « guee. Vous pouvez afl'curcr l’Em- « percur que nous fommes inconfo- « Jables, Sc que nous ferions moins « affligez s’il nous avoit tous con- « damnez à la more; puifque dans I E- « tac ou il nous réduit,nous nepou- « v°ns plus vivre qu’avec infamie. « Us ajouterent tout ce que la dou- Icur la plus vive leur fuggera , Sc ils conclurent enfin par demander la permiilion dc prefenter une noii- Vclle requeile pour la défenfe de lcur Religion. Chao, qui leur avoit toujours mar¬ que bcaucoup d’attachement, ne voulut .point fe charger de cette commiifion , dc peur de s’attitei* I indignation de l’Empereur, done
1^6 Hijloire de 1’Edit il ne fçavoit pas les fencimens. il tafcha de les confoler, & pour leur donner le change, leur confeilla de dreílcr une requefte, & de la cache- ter, &: il leur promic de la faire tenir fecrcttemenc à 1’Empereur. Cec expedient mcttoit cbao hors d’intrigue; mais il expc^oit les Pe¬ res : car outre qu’il tiroit l’afFaire en longueur, il cftoit dangereux d’cn ufer ainfi, fans en avoir de¬ mande la permiifion. C’eil pour- quoy ils conjurcrenc Chao de fairs connoiftre nettement leurs fcnti- mens à l’Empcreur, & ils Ten prciferent avec defi grandes inilan- ces qu’il le leur promit. Le Prince n’arriva au Palais qu’a l’entree de lanuir. Comme ill alia droit à 1’appartement de la fcue Imperatrice fon ayeule; les Peres qui l’attendoient,s’en retournerent fans l’avoirvu. Il nefut pas pluftoft dans fon appartement qu’il dcman- * da à Chao li les Peres eftoient ve- liusauPalais : il luy répondit qu’/Tf ' i *
de I’Etnp. de la Chine. Liv. ÍI. I'y7 l auoient attendu jufqu'a une heure de nnit, & qu’ilavoiteu toutes lesprines dn monde à les obligcr de s’en retour- ner. Mats que difent-ils, repart 1’Em- pereur > he las, Sire, rcpliqua Chao, les uns font malades & demi morts, les autres ne peuvent pairier, & tons font Ji abl ttus , & fe abifinely dans la douleur, qu’ils font pitié à tout le Monde. II fe fervit eniuite de cec heureux moment pour luy parler cn leur faveur, &: pouf luy faire connoiftre leursfentimens. L’Empcreur l’ecouta avec atterr- tion &: dun air aiTez tranquille. Puis fe tournant vers les Seigneurs quieftoient dans fa chambre. Je ne fay, leur dit-il, ce que ces Manda- rius chinois ont contre ces Eiiropéens, fe leur ay marque ajfcz clairement I’cnvie qtte j’avois de favorifer ta loyde Dieu. 4 Malgré cela, ils neveu- lent pas quelle ait corns dans C Em- 3 On ne connoift à la Chine la Religion ChteC- tienne cjuc fous lc nom de la Loy de Dial, ou.de la Religion du Seigneur du Ciek
I 158 Hijloire de l’Edit fire. Je fiuhaitois f.úrc plaijir a ccS Etrangers en leur accordant ce qu’ils me demandent enfaveur de leur Re¬ ligion , qui ejl U feule chofe dont ils s’inquietem s mais ces Mandarins nicti ojlcnt le moysn far le mot de seu- L e m e n t , auquel ils s’attachent, s'opiniajlrant 4 ne laijjer l .libre exer- • cice de cette Religion , qu'aux SeúlS Européens.Je gar day quclque temps U Sentence dela Cour dcs Rites, &jcjís •uenir les Calaospour leur en fairevoit 1‘injuJlice : mats je trouvay les Co- laos Chinois aujji entejlez. que les au- tres y&il n'y a pas eu moycn d'y ricn changer, ainfi je l’ay conjirmée. Ce pen¬ dant il ne faut pas que ces Europe ens Je defolent ni qu’ils fc chagrinent. Allez, l leur dire, Chao, qu'ils ayent tin peu dc t patience, & qu’ils ne fe Uvrcnt pas , comme ils font 4 la douleur; qu’ils ne precipitent rien, j’auray foin de leur I affaire ,drje tafcheray de les contenter. Cette reponfe qu’ils receurent le Jendemain au Palais, ou ils cftoienn allez, lesraiTeura, &: leur donna Ç
de lEntp. de la Chine. LlV. II. qúclque efperance d’obtenir ce qu’- «* ils íouhaitoient. Ils preflercnt Chao « de parler pour eux dans une con- <* joncture ft favorable. Marquez à <# TEmpcrcur, luy dirent-ils, 1’acca- « blcmcnc ou vous nous voyez: nous « fommes bcauceup plus à plaindre « que dans le temps de la perfecu-«« tion am-quam-fien, parce qu’a- « fors gemiflàns fous la tyrannie des »« Regens de l’Empirea, nous efpe- « *ions, quand Sa Majcfté gouver- «« neroit par clle-mefme, qu’il nous « donneroit la paix, fk. qu’il ren- •• droit juftice à la loy du vray Dieu « & à fes predicateurs, qu’on avoir «« injuftement opprimez fous fa mi- « norite. Mais ft prefentement que <« Sa Majcftc eft au comble de fa gloi- «* re, & qu’il gouverne fes Eftats a- « Vec un pouvoir abfolu, & avec « Cette haute reputation de fagefl’e #• &dejuftice, qui luy attire l’cftime «* &l’admiration de l’univers ;fi pre- « a Pendant la minoritédcrEmpercur, 1 Empire fnt gouverne par quatre Rcgcns, qui abui'erciu dc kur autoruc.
I tèò R'jtoWe dé I'Edit *> fentemant qu’il nous employe à íófl » fcrvicc, qu’il nous approehe de fa »> Perfonne, &: qu’il nons comble dc ies favours, on nous refufe la feu- » 1c grace quc nous demandons pour *> noltre Religion •, quelle efpcrance »> nous rcfte-t-il de pouvoir jamais nous relever ? n’allons-nqus pasde- \ •» venir 1’objct de la raillerie dc du mcpris des peuples ? nos compa- » gnons ne vont-ils pas eftre desho- » norez, infultcz,makraitez dans les « Provinces?on vatourmcnterlepeu =»> de Chrefticns qu’ils cultivenc, dC «»»les contraindre par les cruelles ve- xations qu’on leur fera, à renter >» la foy de Jefus-Chrift; ce qui leitf fera dc à nous beaucoup plus dou- * lourcux dc plus infuporrable que j la more mefme. Nous vous fuplions w done les larmcs aux yeux , de faire » connoiftre à I’Empereur 1’eftat d<> *> plorable ou nous fommes. Chaff retourna trouver I’Empc- reur, & lny fit un fidélerapport de tout ce difeours. Cc Prince cn fux
del'Emp. deIa chine. Liv. II. 5
iéz Hijlolre de 1'Edlt me 1’Emper-cur étudioic alors l’A- natomic, & qu’il cíloic charme dés nouvelles. découvcrtes qifon y a faitcs dans ce íiecle , il* cut envie devoir ce jeune homme, & il or- donna au General des troupes de Canton, de prendre quelqu’un des Peres avec luy pour 1’alW querir. LcsPercs s’en excuferenr,&luy direnr qu’ils n’ofoient paroiftre en public qu’avec confufion ; que s’ib encreprenoicnt ce voyage dansles circonftances prefences, ils auroicnt lc dcplaifir de voir tous les jours Jes Chreftiens en pleurs,& de trou- ver les MifTionnaires accablez d’en- nuy; que lcur Religion leur eftanc beaucoup plus chere que tout cc qu’ils avoienc au mondc , ils pouvoient la voir flétrie &: proferi- te, fans eftre penecrcz d’une dou- leur beaucoup plus amere, que s’i‘s avoient perdu leurs pcrcs, leurs me¬ res , & tous leurs plus chers amis, puifqu’ils les avoienc abandonnez pour fe confacrer touc entiers au
del’Emp. de laChine. Liv. II. 163 ièrvice de Dieu. L’Empcreur touché dcl’eftat de¬ plorable oil il les voyoit, réfolut de leuraccorder la grace qu’ils luyde- roandoient avec tant d’inftance. II envoya querir le Prince Sofan qu- 11 íçavoir eftre leur ami, & il luy parla de lenr affaire. Sc/àn, qui ei- toic enticrement dans leurs inte¬ rs j luy demanda quelle en avoit efté Piflue : l’Empereur luy die que Mandarins Chinois s’ejtoient opi- niatrez, a ne vouloir pemettre l’excr¬ ete e de la Religion Chrcjlienne quaux finis Europécns > ce qui avoit jetté .les Pers dans un Jlgrand defefpoir, tfu’ils tjloient inconfolables. Comment fouffrez-vous, Sire , Une fi haute injuftice, repartit So- fan ; lcs Chinois font-ils done les roaiftres ? Sc depuis quand s’oppo- fcnt-ils à vos volontez? vous hono- re^ ces Européens de voftre bien- vcillance ? ils vous fervent depuis long-temps avec un attachement &c ^nc fidelité inviolable: il y va, Sire,
I í4 *tíijloire de 1'Edit »» de voílrc gloire de les protegeM « Qucft-ce quecesChinois enceíleZ, »» trouvcnt à redire à leur Religion ? »»je lay examinee avec foin, j’enay » parcouru cous les dogmes &: routes »* les maximes; rien n’elt plus confor- ». me à la droite raifon, &: aux pre- « miercs Joix de la nature; cc n’e# , " que douceur, que chame, que fou- ' •» million. Ccux qui condamnentcec* *»te Religion , ne la connoidcnt pas. » II feroic à fouhaiter que tout l’Em- » pire l’euft embraflee,& la pratiquaft »> exadement; nous nc verrions plus w de voleurs ni de rcbelles, & nous 1 *» n’aurions plus befoin d’entretenif. , ” tant de troupes & de garnifons, « pour nous garentirde leurs infultes. I ~ II y a trente ans que Voftre Majefté jt ” ell fur leTrolne, & qu’elle gouver- « nc cet Empire ; luy a-r-on jamais » fait aucune plainte contre les Mif- » íionnaires Europécns,qui font dans » fes Provinces, ou contre les CM- I « npis qui one erabrafle leur ReliV ' ■w gion i quelles fedidons ont-ils exei*
del'Emp. dc la Chine. Liv.II. l6y ^es- quels troubles onc-ils caufez? “our nioy j’avoue qucdansles dix ans que j’ay exerce la charge de Colao a par une bonté fpeciale de Voftre Majcfté, on ne m’a jamais iait la moindre plainte ni concre les ^ns ni contre les autres. Quoy, Ton louffiira dans la Chine les Sedlcs ncs Lamas u , des Hochans , des Taojfé*y des Mahometans, Sc cent autrcs lemblables ? on leurpcrmct- tlade baftir des Temples aufli ma¬ gnifiques Sc auili fomptueux qu’ils v°udront , fans que perfonne lc tr°uve mauvais, quoy-qu’on foit Convaincu de Fimpofture& des ex- ^avagances dc ces fcttes; &c les ^hinois voudront qu’on proferive a ficule Religion du Dicu du Ciel, T’oy quc fa do&rinc foit fi pure, lcs pratiques ft faintes, fes maximes h utiles Sc fifalutaires à la tranquilli- ^ C’eft la premiere charge dc l’Empire. C'eft la Religion des Tar tares Occidentaux. c Deux Seiles d’Idolatres de la Chine, don{ k°lls avons parlc dans la Preface,
t 166 Hiftoire del'Edit' . •* té dc l’Eftat, &; i l’aftermiflemcnC „ dc la Monarchic : n’eft-ce pas unC „ injuftice criancce »» Dc pluSjVoftrcMajeftén’ignorc i> pas quc lc feul motif dela Religion » engage ccs eítrangers à vcnic de fi j si loin dans vos Eats. Ils nc cher- o client ni les biens, ni les honneurs, » ni les charges de voitre Empire; » ce qui charme les autres homines, „ ne les touche point. Comrac ib m n’ont point de famille, ni perfon- » ne qui puifl’e retirer quelquc avan* » tage des fcrviccs qui Is rendent a si l’Etat : fi Ton leur refufe la feule ) »> chofc qu’ils defirent avec paíTion» u & qui n’a rien de contrairealarai- m fon, ni au bicn de l’Empire, cen’eft I j> pas le moyen de les engager à verb w de fi loin, &: à nous fervir dans m lebefoin. VoílreMajefté fçaitavec u quelle application ils out travail^ | à la reformation du Calendrier &. » de toute l’Aftronomie. EHe fçait ■ w de quels fecours &c de quelle uti' *» lice nous furent les canons que lc
de /’ Ewp. de la Chine. LI v. II. 167 Pcrc Ferdinand Verbieft fic fondre » durant ia rebellion a Onjangouci a. « Elle fe fouviene du fuccés des ne- gociations dc la paix que nous <« venons dc faire avcc les Mofco- « vices: il cft deu entierement au zc- «*- ■?.avec lcquel ils ont travaillé à <« pire conclure ce Traité, comme « )c lc dis d
s68 Hijloire de l’Edit confirme : que puis-je fiiire ? VoUS eftes le maiftre, Sire-,rcpritSofan, &c il n’appartient qua vous de vous prefcrie lamanicrc done vousvou- lezuferdevoftrepouvoir. Si Voftrc Majeftc nc s’en i'ert pas dans cctte occcaiion, e’eft une affaire defei"- pcrcc, &: ces pauvres cftrangerS font perdus. L’Empercur demeura quelqu® temps refveur , comme s’il cuff delibere fur le parti qu’il avoic * prendre : puis fe tournant tout d’un coup vers luy : He bien , luY dic-il, je vas ordonner d la Cour de* Rites de reprendre la Sentence qu’elk a portée , & de proceder a un non* veaujugement: ?nais il f ant que
de?Emp> dc Lx chine. Liv. II. \6$ balancer, j’iray , & je lairparleray metc, je nc les crains pas ,• & comme j’ay me bonne caufe a defen- ^re > les paroles nc we manqueront point. On a fçcu tout cc detail dc la f'oprc bouche du Prince Sofan, lc rapporca mot à mot aux Pc- res Bouvti.&Gerbillon, àqui l’Em- pereur avoitdonne cc jour-là mef- des marques d’eftime &: de b'enveillance parciculiere.il y avoic deux ans que ces Peres luy faifoient toutes les femaincs deux ou trois Cxplications fur la Phyfique, & fur tout cc qu’il y a de plus curieux dans la PhiJofophie & dans les Ma- toematiques •, &ils les luy faifoient cn langue Tartare , qui eft celle x‘ont l’Empereur fc fere ordinaire- , quoy-qu’il fçache égalcment oien la langue Chinoife. Cc Prin- Cc leuravoit dit plufieurs fois qu’- . d eftoit charme dc leurs explica- dons , & dcs nouvelles connoiflan- fcs dont ils luy faifoient part; il Tome Ui. H
del'Emp. de lachine. Liv. II. 171 & le Patron de la Million dc la Chine. A peine furcnt-ils arrivez au Pa- :ais > que Chao les prit en particu- jicr, &: leur die, que l’Empereur , ieníible à leur doulcur, avoit cn- «n refolu de leur accorder la grace Suds luy demandoient depuis ii ong-temps avec tant d’emprefle- !?Cn.t 5 tlu’d avoit toujours eu de « eftinie pour leur Religion ; qu’il « ^Voit marque aux Tribunaux le de- « *u' qu’il avoir de la favoriíer dés le « ccmps mefnie que le Pcre Ferdi- « nand Verbieft luy prefenta une re- « Quelle fur ce fujeti qu’il avoit tou- « jours trouvé les Mandarins Chinois « lnflexiblcs fur ce point ; qu’il n’a- « v°itpas jugé apropos deleurfaire « ^olencc ; que c’eiloit pour cela « il avoit donné des ordres fecrets'« P°ur faire cciler la perfecution de « Chanton, &: qu’il s’eftoitoftertd’ap- « paifer ccllc dc chekiam, dc la mef- « IT>cmanicrc; qu’ils nc l’avaient pas « v°ulu , dans l’efperancc d’obtenir «
i/i Hljlolre de 1'Edit w un Arrcíl plus favorable j que le ,, íucccs n’en avoir pasefté hcurcux» u mais que Sa Majcílc ayant un de- » íir fincere de leur fairc plailir, » de rcconnoiítrc les fcrviccs qu’ils » luy rendoienc avcc tanc de zélc Sd » tant defection , avoir ordonnc àla » Cour des Rires dc rcprendrc fa Sen- » tcncc, dc la bruíler, Sc de deliberei « une fecondc fois fur cctte 'affaire» » Sc aíin qu’on n’y trouvaft pas d’op- » poíition , que Sa Majcíté vouloic » qu’il n’y euíl que les Mandarins *> Tartarcs", qui aíllftaílent à cettc dc- » liberation. Les Pcrcs charmcz des bonteZ de 1’Empereur témoignerent à chaOt » qu’ils n’avoicnt point dc ccrnics » capables d’exprimer les fencirnenS i » de leur cosur; que 1’Empcrcur lcur » rendoir la vie 5 qu’ils luy cítoieni « plus obligez de cecte derniere | « ee, que dc toutes celles dont il lcS aJ’ay déja dit que tons les Tribunaux àeJ3 Chine íont mi-partis , la moitié des Mandarin® font Tartaies, & i’aucrc moitié Clunois.
dfI’Emp. de la Chine. Li V. II. 173 avoir comblez juiqu’alors; qu’ils ef- toient tous dévoucz à Ton fervicc, ^ qu’ils pouvoient l’afleurer quc lcuts compagnons, qui cftoientré- pandus dans les Provinces, avoient cs tneimes fcntimens. Chao ne ^anqua pas de rappòrter fur le champ crc paroles à l’Empereur, °Iui rcpartit : Ce que je fais prefen- iepient, je le fais pour l'amour d’eux, Jyis avoir aucun égard aux autres s i ]e fiis ft convatncu de /ear atta¬ chment & de /eur fdelité, que quand Europe prendroit les armes pour me pure la guerre , je ne ccfferois pas pour ccla d’avoir pour cttx la mefme °nte. 11 faut cependant qu’ils aver- djjent les Europeens qui font dans les 1 rovinces , de f'e comporter avec ttne grande cinonfjeclion , pour ne pas eonner aux peuples occajion de caufer du turnultc , ni aux Ma.gijhrats de fc plain drc dcs Cbrcjliens au Jujet de eur Religion. Pendant cc temps-là le Prince Sofan travailloit de Ton cofté avec H iij
» 174 Hiflúire de 1’Edit autant d’ardeur que le plus zele miflionnaire pour gagner la Couf des Rites. II n’épargna ni fes pci' nes ni fes foins. Apics avoir parle en particulier aux principaux Off' cicrs, il alia trouver ccttc.Cour & les Colaos, qui eíloicnt aíTemblcz» ôc a prés avoir repeté une partic des choies qu’il avoit dires à l’EmpC' rcur, il aj'. lira : Hé quoy, McR íicurs, pouvezvous bannirde PEm- pire une Religion, qui c ft une fide- Je expreflion de la loy naturellc^f dela droitc raifon ? comment-ep tant aufli équitables , aulfi éclai' rez que vous cftcs, pouvez - voe* defendre une loy qui enfeigne au% homines à adorer & à aimer Did1» qui veut que les peuples foient 6 deles à leurs Princes , les femme* à leurs maris, les ferviteurs à lclU’s maiftres ; qui ordonne aux enfafl5 dobéir à leurs parens, &: aux cl" claves d’eftre founds n. ceux qui d1 droit de leur commander; qui fend l’injuftice aux-Juges, lavcxa' i
de I’Ernp. de la Chine. Liv. II. 175 « tion aux Magiftrars , la violence « a«x Mandarins, lc larcin &: mclrne « volonté de voler aux parcicu- « ^ers, le defordre & la débauchc à « tout le monde ? comment pouvez- « 'rous rejetter une do&rine ii pure y « dont les maximes portent les hom- « ,1Vlcs à la pratique dcs vertus les « plus fublimes, pendant que vous « louftrcz dcs fe&cs égalcmcnt per- « nicicufes &: corrompues? Car fans « mrtir de la ville de Ham-tchéou, « dont il s’agit cn cette aftaire , les « Mahometans n’y ont-ils pas elevé « une Mofquée, qui furpaile en hau- « *cur &cn magnificence cous les édi- « uccs publics de cette grande ville? « |£s autres fe&cs n’y ont-clles pas des « ■Temples? n'y aura-t-il quclaRcli- « gion Chreftienne qui ne prefchc «* dUe la pratique dcs vertus, qui cn « icra bannie ? Vous vous picqucz, « Meifieurs, d une juftice exafte dans « Routes vos décifions ; eft-ce eftre « I ]ufte que de payer les Cervices cf- « ^entiels que ccs Europccns ontren- « H iiij
IJ6 Hijioirc dc l’Edit » du à 1’Eilat, crt les declarant prc- » dicateurs d’une feclc pcrnicieuíè » qu’onne doit pas fouftrir dans l’Env . » pire ? Vous fçavez quc nous lcur » avons l’obligation d’avoir pcrfe- » ftionnc noilrc Aftronomie , & re- » forme nolfrc Calcndrier; vous vous » iouvenez dc quelle utiliré ils nous » ont eílé dans la revoltetfoufafl' »» goiiei, &: dans les ncgociations de la « paix de Nip chon: ceil a cux à qu* « on doit laconclufion dc ceTraite u »» avantageux, «Sc li neccilaire à l’Ein- « P'.rc. Croycz-vous, Mcflieurs, quo *» jc fufle affez ennerni dc ma gloire, « pour donner à des Européens tout " l’honneur d’une negociation li ini- v ” portanre, fi cllc ne leur eiloit due I " legici moment; Sa Majeílé m’avoit ■ ” fait I’honneur de me nommer uo ” de fes Plcnipotentiaires; &fi qud- " qu’un devoit eilre bien-aife de fe " fairc un meritc de cette paix, ce M devroit eftre moy : j’avoue pourtanc j ” de bonne foy , quc jc ne puis n)C * difpenfer fans injuilice dc recon-
de I'Emp. de la Chine. Li V. II. 177 n°ifirc que nous leur cn devons tout le fuccés. Enfin, Meflicurs, fi |°n a quelque chofe à reprocher a la loy Chrcfticnne, qu’on le pro- P°íe afin qu’on l’examine. Si Ton ■ n a rien àoppofer, je demande qu’- < °n luy rende juftice. Ce diíçolus prononcé avcc un teu & avec une action admirable. Par une perfonne d’un carattere &: u un rang íi diftingué, fit une íi for- tc imprefiion fur les cfprits de tou- *-e 1 aflcmblce , que les Chinois mef- ine avoiicrent qu’il n’avoir rien dit qui nc fuíl vray , qui ne fuft juf- • Que. pour cux ils n’en vouloient aux Europcens ni à leur Reli-. 8,0n; que fi jufqu’alors ils avoient d’avis de ne pas permèttre au* Chinois de 1’embraíTcr, c’elloit qu apréstout cette Religion, eftant •uneReligion cftrangere& prcíchéc par des eílrangers, il y avoir lujet ue craindre que fi on cn ouvroit une fbís la porte à tout le monde, °n n’y vift entrer cn peu de temps H v
178 Hijloire de 1'Edit „ la plus grande parcie de l’Emplre* „ PluftauCiel, repritalorsSofan,que j „ tout l'Empire y entraft, &engar- „ daft fidélemcnt les commande- „ mens \ tous les crimes cefteroient» „ on ne verroic plus ni mcurtrcs, ni M adulteres , ni brigandages ; il n’y „ auroic plus dc divifions. dans les „ families, de querelles entre les par- I „ ticuliers, d’injuftice parmi les Man- „ darins; on n’entendroit plusparlcr „ ni dc rebelles ni de voleurs; on vi- „ vroit dansl’innocence, dans la paitfj „ dans une focicte &: dans une union, „ qui nous rendroit la Nation du 1 „ monde la plus hcureufe , comme „ nous fommcs la plus fage &: la pl«-lS 1 „ pu id ante. ' II fit un fccond panegyrique àc • la Religion Chrcftienne avec unc eloquence & une force qui achev* de convamcrc les plus opiniâtres. | Onn’objc&a ricn contre la Reli¬ gion ; &c tcus ccs Mandarins ft en- teftez auparav'nt , & fi prévenus contre le Cluiftianifme , fe trou-
de I'Emp. de U Chine. Liv.II. 179 vercnt cn ce moment dans des dií- pofitions toutes contraíres: tant il eíl vray que Dieu eít lemaiftre des «ceurs, & quil les change comme il luy plaill. Ces Officiers convin- renttoutd’unevoix dedonner une entiere liberte aux predicatcurs dc prefcher 1’Evangile, &: aux íujets dc 1’Empire de 1’embraílcr 61 de la luivre: & ils s’appliquerent fur lc champ à concertcr tous enfemble 1’Arrcft, pour lc prefenter à l’Em- pereur. Sofan content d’un fi heureux luccés, forcit de haílembléc, & al¬ ia rendre compte à 1’Empereur dc la negociation. H 1’aíleura que les Chinois s’cftoient enfin rendus; quil lesavoittrouvez aufli dociles que les Tartares, & qu’ils n’atten- doient que fes ordres pour porter une Sentence telle qu’il la pouvoit louhaiter. L’Empercur fe mit à fou- rire , & luy dit en raillant : Vous •vene\ de leur joiier ttnmauvais tour i les chinois ne vous le pardonntront
i$o Hijloire de 1’Edit jamais , & vous n'ave^ (jda votts preparer a porter tout le poids de leur haine. Ce poids ne m’embarrajfera pas , Sire, repartit Sofan avec ceC air de liberte qui luy ell naturel; & ft on ne leur joiie jamais de plus matt- vai Stour, ils n’auront pas fujetd'eftrc fort chagrins. L’Empcreur, qui venoit de deli- berer fur cette affaire avec les deux Cotaos Tareares , fut ravi de voir qu’il pouvoit à coup feur conten- tcr les Peres, Tans fairc violence â ies Officicrs, qu’il avoir interefl de ménager. II avoit d’abord donne ordre que les fculs Mandarins Tar- tares en priffent connoiffance; mais il crut qu’il falloit fc fervir de la bonne .difpofition, ou fc trouvoienc les Chrnpis , pour leur oiler tout fujet de murmurer, & pour rendre l’Arreft plus authentique. C’eft pourquoy il fit expedier fur le champ deux ordres, l’un pour les Colaos, l’autrc pour la Cour dcs Rites, afin que ces deux Tribu-
del’Emp. delaChine. Liv. II. 181 naux s’ailemblaflent, Sc deliberaf- fcnc enfcmbie fur ccttc affaire. Voi- cy l’ordre que ce Prince cut la bonte dc donner. Lc fccond jour dc la fccondc Leiç.M*I Lune delatrcnte-uniéme annec de 169" Cam-hi : Nous lfamo Colao Sc au- « ttes, avons receu dc Voltre Majel- « te l’ordre qui fuit. La Cour des Ri- “ tcs a cy-devant forte cette Sentence. « Lour I'Eglife de Haw-tchéou & les * wtres Eglifes de l’Empire , il faut " UiJJer comme elles ejloient aupara- *' v**t, en permettant aux Enropéens “ S E u L E M e N T d’y aller faire letirs " prieres & leurs adorations. Cette Sen- f* fence a cfté approuvée Sc cxccutée •, «* naais les Europecns qui ont prefen- ** fement Plntendance de l’Altrono- “ rnie, fe font auparavant employez “ avec bcaucoup dc foin Sc de tati- a gues à faire faire des machines de ** guerre, 8c récemment ils ont ren- “ du dc grands fervices dans la ne- u gociation qu’on a eu atraitcr avec ** les Mofcovitcs. On nc peut les ac- «
18 2, fíijfoire de l’Edit *» cuicr d’avoir fait aucun mal, ni ». conimis le moindredcfordre.Aprés » cela rcgardec leur loy comme unc „ ieifte fauife 8c pernicicufe,& la ban- ». nir en cette qualité, c’cft fansdou- w te une haure injuftice. Vous,Tri- » bunal des Colaos, vous vous afl'cm- „ blerez avec la Gourdes Rites pour „ delibercr fur ce point, & vous me » rendrez compte de voftre dclibe- „ ration. Sur cet ordre les deux Tribunaux s’aifcmblerent le lendemain au Pa¬ lais. L’Empereur fouhaita que le Prince Sofan fe trouvaft à cette af- femblée pour cftrc témoin de ce qui s’y paileroit, 8c pour achever ce grand ouvragequ’ilavoitfi heti- reufement commence. On s’y con- forma aux volontcz du Prince ; on examina avec foin rous les termes dont on devoir fe fervir ; 8c apreS en cilre convenu , on prononça. Voicy cet Arrcft, auquel le confen- tement de l’Empereur donne force dc loy. C’cft cn vertu de cet JEdic
dcl’Emp.deUchine.'Liv.W. i% iiujourd’huy ft fameuxdans la Chi¬ ne, que les predicateursprefchcnt l’Evangile avee liberte dans tout l’Empircj & que les peuplcs iont au-' ■ toriflez à Pembrafler, à en faire one profeífton publique. Moy , voftre fujet Coupatai, pre- « • mier Prefidcnt de la Cour fouve- « lainc des Rites, &: Chef de plufieurs « autres Tribunaux; jeprefente avec «* cctte requefte à Voftre Ma- « jefte, pour obéir à fes ordres avec « foumiffion ; Nous avons dehberc , « naoy & mes Aftefleurs fur 1 affaire « qu’elle nous a communiquée , &: « nous avons trouvé que ccs Euro- ** peens ont traverfé de vaftes rners,«« & font venus des extrémitez de la terre , attirez par voftre haute fa- « gcfle , & par cette incomparable « vertu qui charme tons les peoples, « & qui les tient dans le devoir. Ps •• ont prefenterrent l’Inrendance de « l’Aftronomie & do Tribunal des «* Mathematiqucs. I s fc font appli- »« quez avec beaucoup de loin a fane 3
I$4 Hi (loire de I'Edit » fairc dcs machines dc guerre, » fairc fondre des canons, done on » s’eft fervi dans les dcunicres guerres » civilcs. Quand on les aenvoyez a » Nipchou avec nos Ambailadcurs » pour y traicer de la paix avec les »» Mofcovices, ils one crouvc moyen m de faire réulfir cecce nejrociacion: m enfin ils one rendu dc grand's fervi- » ccs à l’empirc. On n’a jamais accu- » fc les Europécns qui fonc dans les »> Provinces, d’avoir fair aucun mal, * ni d’avoir commis aucun defordre. « La do&rinc qu’ils enfeicnenc n'cft v pome mauvaife ni capable dc fe¬ te duire Ie peuple & de caufer des »> croubles. L’on permec à couc le »* monde d’aller dans les Temples te des Lamas, des Hochans, des Taof- n fé s & l’on defend d’aller dans les »> Eglifes des Europécns, qui nefonc » rien de concrairc aux loix; ccla ne >» paroift pas raifonnablc. II fauc done laiiTer rouces les Eglifes dcl’Empirc dans leftac ou elles eftoienc aupá' ravanc, &: pcrmcctrc à touc lc mon-
de I'Emp. de U Chine. Liv. II. 185^ de d’y aller adorer Dieu , fans in- « quiéter dorénavant perfonnc fur « cela : Nous attcndons 1’ordre de « Voftre Majcfté pour faire executer n ccc Arreft dans toute 1’étendue de « l’Empire. Fait par les Officiers cn «. Corps , le troifiémc jour de la fe- « conde Lune de la trcnte-uniémc <« année au regne de Cam-hi, c’efi-a- ** dire, le vingticmede Mars de 1’annee m’*l fix cens quatre-vingt-douz,e. Voi- cylesnoms&: les qualitcz de ceux qui íignerent cct Edit. Coup at a í , Munchéou a de nation, Premier Prefident Tartare laCour des Rites, abbaiílé d’un dcgré b. 1 La nation dcs Manchc'ous cíl Ia nation des Tnrtares Orientaux, qui íê íònt rendus m ai fires . “Chine. Leur pais s’eftendoit dcpuis les Tupi jolqu’a la grande muraille qui icpare la Chine de a Tartarie ; Tupi iignifie pe.ut de poijfon. On a donnd ce nom à ces pcuples groiliers , parce qu’ils lone ve/lus dc peaux de poiflon. Commc dans le Mandarinat il V a plufieurs or- dres , &: cn chaqueordredeuxdegrez ; l’Empercur eieve fes O Aiders à ces ordres & à ces degrez à pro¬ portion de leur merite & dc leurs ferviccs : mais ^uand il n’eft pas content dc leur conduite, il les
í86 Hijtoire de 1’Edit i. Hioumsseli, dontIenorrt d honncur cíl Kimjieou, natif do H oucoiiana, & naturalifé à Kiamninfc, Dodcur & premier Prefidenc Chi- nois de IaCour des Rites. 3. S 1 l a t a , Manchéon , & fc- cond PreíidentTartare dc laCour des Rites. 4. Va m-yam-tchaÍi r, done le noin d’honneur.clt Tfe-yen, na* til: de Caomii dans le C bani outj abbaiííc d’un degréou d’unordre , & cesOfficicr5 ainíi abbaiftez iònt obligez dc le nj^rquer d3i>s leurs qualitez ; cc qui les humiliebcaucoup, & les porte, pour ofter cette tache, àíervir le Prince avcc plus defídelitd & de zele. * Cette Province, qui s’eftcnd du Nord an Mi* dy, eft coin me au centre de la Chine; cllc tire íon nom d’un grand Lac qui eft au milieu de fes terres, > j & qui par les Rivieres qui s’y dcchargent, & q»‘ en íortcnt , luy donnocommunication avec toutes les Provinces dc 1'Empire: car Uoucoú.in íignifie cn Chuiois Lac large , commc qui diroit la J’/»~ ■vincc du Laclarge. Ainfi Canton , ou commc pro* nonccnt les Chinois , Coúantoun, nom d’unc autre Province, íignifie large a VOrient. Couanfi, non> d’une autre Province, íignifie large a l’Occident. b C’eft le nom que porte la villc de Nankin , de¬ pths que le Siege dc l’Empirc fut tranfportéà P*“ kin , comme je Pay dit à la page 3. 1 J ’ay parlé dc ccttc Province a la page 101.
I* de I’Emp. de Li chine. Liv. II. 187 Doctcui &: fecond Prcfident Chi- iiois dc la mcfme Cour, Sc un dcs premiers Officicrs dc l’Acadcmie dcs Sçavans. J. To c 1 r, Manchéou, troifieme Prcfident Tartarc dc la mcfme Cour. 6. Vamtçe'ehou m, dont le nom a nonneur ell Hao-lou , nacif dc HoHKcan dans le Hencoiian, na- tnrafifé à Po-yan dans le Kianji*, Doclcur , Sc troifieme Prcfident Chinois, &Officier dans 1’Acade¬ mic dcs Sçavans. 7- Isamo, Manchéou, premier Co/ao, Sc premier Prcfident hono- rairc dc la Cour dcs Officicrsb. 8. Ol antai, Manchéou C0U0, & fecond Prcfident honoraire dc la Cour dcs Officicrs. 9- VaMhii, natif dc Pekin, premier Calao , Sc Gouverneur du fils dc l’Empercur, qui eft: deftinê à J J’ay parle de cette Province à la page 40. h C’eft une dcs fix Cours fouvcraincs ; clle pour- yoit à tomes les charges de 1’Empire.
i88 Hifloire de 1'Edit luy fucceder à 1’Empire a, & pre¬ mier Prefident honoraire de laCour des Rires. 10. Tcham-yu-chu, dont Ic nom d’honneur eft So-torn, natif de Tchinkiam, dans Ic Kianrnanh, Co- loo, & premier Prefident honoraire de la Cour desTribucsc. n. Manpo r, Mítnchéou, Gref- fier du Tribunal des Colaos. 11. Tounaha, Manchcon, Co- Ito. 13. Sseketçe', Manchcou, CO' l dont les enfans fuccedent à l’Empire preferable' ment aux enfans des autres femmes. b C’eft la Province de Nankin. Voyez la pa" ge 5- c C’eft unc des fix Cours íõuveraines; ellc a W Snrintendance des Finances & desTributs del’Em' pirc. '* La Province de I.e.iuton n’eft fc'paree en partie dn Hoyaumc dc Coree qtie par un bras de mer; eft®
de f'F.mp. de la Chine. LIV. II. 185» hto, Doòfeur, &: fccond Prefident honoraire dc laCour dcs Rites. ij. Vam-yn-íam , Chinois Colao. 16. Vam-ki, Chinois Colao. 17. H 1 g en , Chinois Colao. Le Prince So fan Sc lc premier Colao Chinois Vam-bii, fignalcrent |cur zC». oc leur affection pour les * Cl'cs dans cette occaíion. Le pre¬ mer , qui avoit afíifté à PaíTcmblée Par 1’ordrc expies de 1’Empcreur, avoit fait inferer dans 1’Arreft ces de«x poinrs: Jpue la Religion Chref tfnne apprenoit aux fu jets à eflre f- deles à lam Princes ; & enfeignoit aUx infans iobcijfance & la fotimif ai,;de-Ià dc Ia grande muraille; quoy-que Je P; ^a»ini jefuire, dans íòn AtlasCninois 1’ait mi- p tn <%a ; cc qui a trompc prcfque tons nos Gco- Sraphcs, cjL1i 1’ont fuivi. Les Tartares s’cilanf ,Clk lIS rtiaiftrcs de cette Province, eílablirent leur 1 tjans la ville capitale , & le mtílerent parmi s Chin0is , qu’ils diíUnguent fort depuis cc Çttips-Ia dcs Iiabitans des autres Provinces: car ” Chinois de Lt*uton pafleot à la Chine pour fftares, 8í y joúiflent de tomes les prerogatives dc cette Nation.
%$o Hijioire de I’Edit Jien 4 lews parens: Comme la fide- lice au Prince, &. Fobeifl'ance au* parens font de touces les vertus morales les plus rccommandables aux Chinois ; ccs deux points ef- toient dans l’Arrcft, quand il fut prononcé ; mais ils en furent oftez fans qu’on s’en appcrceuft , par quelquc Mandarin du "iribunal des Coljos , quand FEmpereur Fe¬ lon la couftutne le leur renvoya- Les Peres n’apprirent cctte fi ipon- ncrie qu’apres que ce Prince cur confirme cet Edit, & luy cut don- né force de loy. Comme ccla ne regardoi t pas l’eflentiel,& qu’on ve^ noit d’accordcr aux prédicateurs de FEvangile plus qu’ils n’avoic»c ofé cfpercr, ils prirent le parti dc ' diifimuler, & de n’en pointparler à FEmpereur. Ce fut encore le Prince So fit qui fit inferer ccs paroles: *>ue Peres avoient trouvé le moycn » faire rêujsir U paix de Nipcbou, al1 lieu dc cclles-cy qu’on y avoir ^
de l’Emp.de la Chine. Liv. II. r$t d abord; Jptpils avoient eubcatt- coup de part au J'uctes des negotiations de Nipchou. On a l’obligation au Seigneur Vam-hi , premier Colao Cbinois, d’avoir faitadjouilcr, qttil €Jloit permit a tout le mond.e d’aller adorerDieu dans les Eglijès; ou, cc
i$x Hijiolre dc 1’Edit dent avec une impatience incroyabk que Vojlre Majcjlé ait la bonté de con* firmer cette Sentence. Comme ils font de leur Religion leur principale ajfid* re, repartit l’Empcreur,y> la confia nteray avec plaijir, pour leur marquei 1’cnuie que j’ay de les obliger. Ce grand Prince 1c fit en eíFeC lS Jcndeniain vingt - defini me dc Mars dc 1’année mil fix cens quá' tre-vingt-douze a, jour infinimenf heureux pour la Religion Chreí- ticnne , puifqu’elle euc le bonbetif ce jour-là d’cftre délivrée de I’d' clavage ou clle avoit gemi deputf plus dun liécle, & d’eftre aftran- chie du joug que 1’Empereur luy avoit luy-mcfme impofé pendaní fa minorité. • Les Percs neurent pas plucoít appris cette heureuíe nouvellcN> qu’apres avoir rcmcrcié Dieu,* a Ce fiit felon Ic calculChinoisIatrenre-un* mc année ‘^ Jans le Cycle fexagenaire , le cinquicmc jour Bja., que Ti yeoit de la feconde Lime marquée Coi“l Mao. qui
de Vlmp.de la Chine. Liv. II. i <>$ qui ils devoicnt la confommation dc ce grand Ouvrage, ilsallerent tons cnfemblc au Palais, pour témoi- gncr al’Empereur lavivereconnoifc *ance done ils eftoient penetrez. ~eurs paroles n’exprimcrenc que roiblement les fentimens de leur coeur. Ccs tranfports naturels de jpye, qu on laiil'e écliaper malgré loy dans ces occafions luy mar- querent beaucoup mieux que tout cc qu’ils luy purent dire, qu’ils re- gardoient cc qu’il vcnoic dc leur Recorder s commc la plus grande grace qu’il leur pouvoit faire au monde. En effet, on nc fçauroit aflez ad¬ mirer comment ce Prince, qui a ant de lumicre & de penetration, ^ pu fe refoudre à rcceyoir dans ms Eftats une Religion eftrangere, ^ oublier en quclque maniere en cette occafion les regies de cette fine politique , qui a toujours efté rpn idolc ? C’eft que Dieu , qui rient entre fes mains les cocurs des Tome UI. I
IP4 Hiftoire de l’Edit plus grands Kois, &: qui en eft ab- folumentle maiftre, les tournc com- rae il luy plaift , &: les fait agir felon qu’il lc juge à propos, pour l’accom- pliífemcnc de fes defíeins éternels. Car ce grand Prince n’ignoroit pas qu’en rccevant la Religion Chref- tienne, il fc mettoit cn aaugcr d’ir- ritcr fa Nation, dc ehoquc'ries Tar- tares Occidentaux a , &: que par cctte demarche il déplaifoit tres- feurement aux Chinois, qu’il a in- tereft de ménager. Cepcndant ce Prince a bien voulu paffer par-ddfus routes ces confiderations d’intereft &: de po¬ litique en faveur des ]efuites, qui ont l’honncur d’eftre à fon fervicc, &: qui afl'euiement,quelque chofo qu’ils faflent pour un ft grand aimable Prince, ne pourront ja' mais rien fairequi puiífcégaler une ii grande faveur; à moins que paC a Les Tartarcs Occidentaux occupcnt cctte vaj- tc etcnducdc pais, qui eft entre IaMofcovie& Tartaric Oricntale, laquelle eft au Nord àç « Chine.
dc I'Emp. de la chine. Li v. II. rpy leuis ferventes prieres, par les continueis qu’ils offrent à P'cuj ils n’obticnnt dn Pcre dcs urmeres le pvecienx don de la foy pour ce grand Monarque, & la grace d’entrer un jour luy-mefme dans une Religion, dont il aouverc la porte à rant de peuples. Les Peres n’oublicrent pas Ic 1 incc Sofan leur illu ftre protc&eur, & leur veritable ami ; ils luy a- voicnt de trop grandes obligations: ^ai tout payen qu’il eft, il venoit e parlcr & d’agir en Apoftre; &: 1 s devoient l’heureux fuccés de Cctteaffaire à fon credit, à fon elo¬ quence & à fon zéle. Ce genereux i nice les rcceut avec une boptc j11’ les charma : il embrafla ten¬ ement le Pcre Gcrbillon fon ami paiticúlier, &luy die le plus obli- geainment du monde, qu’ildevoic cftrcconrcnt dc luy, puifqu’il luy avoittenu la parole qu’il luy avoit oonnée dans lour voyage de Nip- c,}oit. J’ay trop fouvenc parlc dc ce Iij
i$6 H'lfioire del’Edit voyage, & ec qui s’y paila a trop de rapport à ccttc Hiltoirc, pourn’en pas fairc part à mes Lefteurs j qui me fçauront quelque gré de ce quo jeleurenvas dire. Ricn n’cft plus extraordinaire ni plus furprenant que les grandes conqucftcs que lesMofcovites out faites depuis un fiecle du Vófté de rOricnt, fans tirer l’epcc. Quand les Jefuitcs François, que le Roy envoya àla Chine en I’annce mil fix ccns quatre-vingt-cinq, mandcrent en Europe que les Chinois eftoient cn guerre avec les Mofcovites, SC qu’on envoyoit des Plénipotentiai' i res fur les fronticres des deux Em- 1 pircs pour faire la paix ; on ne le put croirc, Ton regarda comm® f { une efpccc de paradoxe en matie- | re de Geographic , que l’Empim Chinois &: l’EmpircMofcovite fuf- ! fent limitrophes. Rien cependant nc s’elt trouvé plus vray; &C voicy | cornme la chofe s’eft paflee. Quclques Chaifeurs de Sibo- |
de PEmp.de la Chine. Liv. II. 197 riea s’aviierent fur la fin du ficclc pafie de vcnir enMofcovie pour'y vcndre des pcaux dc Marccs > qu’on appelle zibelines du nom dc lcui pais. Comme ces peaux eftoicnc beaucoup plus fines & plus belles c d’amitiezaccs.ChafleurS; 011 les régala , on les chargea dc Prcfens, &: on les cngageaa reve- nir : quelqucs Mofcovitcs fie joi- gnirenc a cux pour allcr chaffer cn kur pais, & pour cn fairc la dé- couverte ; ils n’y trouverent ni vil- J«, ni bourgs, ni aucunc habita- ti°n fixc} mais feulemcnt quelqucs hordes'3 errantes. Comme la chaílè Ce Pais eft enrre la Mofcovic, l’Occan ftp- tcntnonal & Je fleuve Oby. Tobolsk cn eft la capi- l • Les Mofcovitcs envoycnc cn Sibcrie les crimi- icls, Sc les Officiers dont ils nc font pas contcns , n peupler ce pais. Sibir cn Efclavon fignifie p'ptentrion : Voyez ce que le P. Avril Jefuite, die C faC P*i's au ttoificmc livre dc fes Voyages. ç ’ C’eft uneeipecc de camp.compofe de plufieurs Jrnilles qul vont tantoft d’un cofté & tantoft d’un autlc felon la commodity & l’abondancc des paf-
Hiftoin de 1‘Edit clloic excellence, Sc qu’on y trou- voit une grande quantité de ccs precicux animaux, done les pcaux ionc ii rccherchecs; ils cn donne- renc avis à Boris, beau - frere, Sc premier Miniftre dc Theodore , Czar de Mofcovie a. Boris, qui avoir de grandes vueq Sc qui penfoit dcs ce teiri^la à (c rendre maiftrede 1’Empirc dc Mof¬ covie , comme il fit dans la fuite,b réíbluc d’envoyer desAmballàdeurs aux Sibcricns, pour les inviter h fairealliance,&à entrer cn focic- cé aveç les Mofcovircs. Ccs Am- balladeurs, qui fuuenr ues-bicn rc- turages , dont ils ont befoin pour la nourriturede leurs troupcaux , cjui lont fort uonibreux , Si cjui font toutes leurs richefles. 3 Ce Prince mourut le 6. dc Janvier de l’annce if98. age de trentc-lixans, i'ans lailTer d’enfans de Gernia fa femme , focur dc Boris. ^ Boris Phedorovvits Godunovv avoit prisdes meiures li Julies pendant qu’il c/Toit premier Min’" itre , cju’apres la mort de Thcodre fon beau-frerCi il fut élevd à l’Empired’un confcntemcnt unani¬ me dc tous les Hilats au mois de May de la mefme annee ifjS. Il mourut d’apoplexic cn z6of.
de I’Emp. de la Chine. Liv. II. t99 ceus, amenercnt avec eux à Moi- c°u quelques-uns dcs principaux de la Nation, felon lcs ordres dc Boris. Ces bonsSiberiens, qui n’avoient jamais eu de íocieté qu’avec les ani- niaux dc lcurs forelts, furent fi char- mez de la grandeur de la villc de ^lofcou, dc la magnificence de la Couruu Czar, & du favorable ac- cueil qu’on euc foin de leur faire, qu’ils reccurent avee plaifir la pmpofition, que leur fit Boris, dc reconnoiftre l’Empereur de Mof- covie pour leur Mailtrc Si pour leur Souvcrain. Ces Ambaifadeurs gagnez retournerent cn leur pais, °u ils perfuaderent à leurs compa- tr'otes dc ratificr ce qu’ils avoient *ait. Les prefens qu’on leur porta, & les aflcurances qu’on leur don- - na dune puiifante protection, les déterminerent àfaire ce qu’on fou- haita d’eux. Ainfi les Mofcovitcs fe mefierent avec ces nouveaux fu- jets, & nefirent plus qu’un mcfme peuplc avcc cux>
2.oo H’Jloire del’Edit Ils parcoururentces vaftes&im- menfes pais dc Ja Tartaric, dont nous ne connoiiTons que lc nom- 11s decouvrirent plufieurs grandes Rivieres fur le bord dcfquclles.ils baftirent des Forts fans aucune op pofition des Tartares a, qui habitent ces forcts &: ces deferts: car comme ccs peuples font errans, a. qu’ils n’ont aucune demeurefixe, ilsn’ef* toient pas fafehez de trouver les Mofcovites, qui les carelfoient, & qui leur fourniilbient quelques commoditez de la vie. Ainix mar- chant toujours fur la mcfme ligne d’Occidenten Orient, cn tournant un peu vers le midy, Sc bailiifant de diftance en diftance des Forts & des Villcs fur ccs grandes Rivieres, & dans les gorges des montagnes pout s’en aftcurer; ils font parvenus en- fin juiqu a la Mer Orientalc, & juf- qu’aux frontieres de la Nation des a Cc font les Tartares Occidentaux, qui font diviicz cn plufieurs Nations, qui out leurs Rois, dont quelques-uns payent tributa l’Empereur dc la Chine.
deI'Emp.deU Chine. Liv. II. 2.01 Manchéous, ou dcs Tartarcs Oricn- taux qui fe font rendus maiftres dc la Chine. Ceúx-cy moins endurans que lours voiíins les Tartarcs Oçciden- laux, íurpris de voir dcs gens qui lour eftoient inconnus, Sc plus fur- Prisencore de ce quils baftiííoient des Foi cs Fur leurs terres, fc mitene Cn devoir dc les cn empeíchcr. Les Mofcovites , qui n’avoicnt pas trouvé jufqu’alors de refifkance, &c ^ui s’eftoientmisen poflèflíondu- ne petite Iíle , ou l’on trouve les plus belles martes qui íbient au ^onde, leur repreíentcrent que ccs berres n’ayant jamais cu de poíTct Fcurs legitimes, ils eftoient en droit dc s’y eftablir, puifquelles appar- tonoient à ceux qui les occupoient. Ces raifons ne perfuaderent pas les Manchéous :on contefta long-temps, & ccs conteftations furent íuivies de la guerre. Les Manchéous raferent jufqua deux fois un Fort bafti fur leurs
io í Hiftohe de /’Edit cerres:lesMofcovices lerécablirenf pour la troiíiéme fois, &: lc muni- renc íi bien de couces forces.de pro- vifions, qu’ils le crurenc hors d’in- fulce. Les Chinois &: les Man- chéous le raíTiegercnc, &: íirene dc grands effores pour s’en rendre les Maiftres; mais le canon de' Mof- covites, qui eftoic cres-bien fervi, les fir doucer plus d’une fois du fuc- cés de leur encrcprife. On fuc bien- toft las d une guerre, qui reciroic les Chinois de ceccc vie volupcueufe 1 qu’ils menenc ordinairemenc , & | qui empcfchoic les Manchéous de goufter lesdelicesde la Chine. Les Mofcovices de leur coftc en ef- | roient cres-incommodez , parce qu’il leur falloicencrctenirune Ar- mée dans des deferes à. plus de mil- ,1 le lieues dc leur pais. C’eft ce qui les obligea d’envoyer un Ambaífa- | deur à Pekin, pour donner avis à l’Empcrcur de la Chine, que les | Czarsa avoienc envoye dcs Plcni- a Les deux freres Jean & Pierre regnoienc alors* I
de r Einp. de Lt Chine. LiV. II. íoj pontentiaires à Sclingueh, dans lc deílcin de terminer cette guerre; qu’il n’avoit qua lcur marquer un ^ieu proprc pour tenir les Confe¬ rences , & que ces AmbaiTadeurs ne nianqueroient pas de s’y rendrc. L’Empereur de la Chine ne fou- Eaitoit pas moins la paix que les ^lofcovices, done le voiiinagc luy ^eplaifoit; il craignoit qu’ils ne foulcvaflcnt contre luy les Tarta¬ rs Occidentaux, fes plusredouta- bles ennemis; & que joignant leurs forces enfemblc , ils ne vinflenc faire une irruption dans fes Eftats* Ccft pourquoy il rcceut fort bien la proportion des Czars, & refolut denvoyer Pannce fuivante, quief- roit Pan mil fix cens quatre-vingt- huit, fes AmbaiTadeurs à Seltngut. Jean mourut an moisde Janvier de 1’annce 1696, Pierre, qui regne aujourdTiuy íêul, eft aituclle- ment en Angleterre incognito à la Elite de ícs An»* baffhdeurs. b Cette ville, qui appartient aux Mofcovftc*, fft environ à 4Í0 licues de Pekin. Ellc eft ntuee Eit One grande Riviere, Iaquclle borne de ce CQÔ&; ur Empire des Mofcovitcs. Ivj
io4 Hijhire de l'Edit pour y conclure la paix. Cette Ain* ballade fut une des plus magnifi¬ ques, dont on ait entendu parlcr: car outre les cinq Plénipotcntiai- res que l’Empercur avoit choifis, dont 1’onclc de 1’Empereur Cum* du premier ordre, &le Prince So• fari ce. zélé prote&eur duChriftia- nifme, eftoient les Chefs; ii y avoir cent cinquante Mandarins confi- derables, avec une fuite dc plus dc dix mille perfonnes, & un attirail dc chevaux, de chameaux & de canon plus propred’une Armée que d’une Ambaflade. L’Empcreur, qui avoit remar- qué que les Mofcovites avoient eu foin de faire traduire en latin les lettres qu’ils luy avoient prefemees, ric douta pas que leurs Plénipotcn- tiaires n’euil'ent amcne avec eux des gens habilcs dans cette langue. C eft pourquoy il fouhaita que les P. Pereyra & Gerbillon Jefuites, ac- 3 Cette digoitdrdpond à la Chined cellc de Due Pair.
de I'Enip. de la Chine. Liv.,11. 2.05 conipagnafl.cnt fes Ambaffadcurs, &: lcur ferviflent d’interpretes. II lcur cn fit cxpedier dcs Lcttrcs pa¬ tentes 5 &: afin que les Mofcovites cufient pour eux du refpeft, Sc que ccs Peres paruflent dans cette af- ícmblée avec lionneur, il les mit 211 rapa des Mandarins du troifie- tne orure; il lcur donna à chacun, tin dc fes propres habits, S1 ordon- t*a i fes Ambafladeurs de les faire nianger à lcur table, Sé de nc rien faire que de concert avec eux. Les Plénipotentiaircs partirenc de Pekin fur la fin du mois de May del’annee mil fix cens quatre-v'mgt- huit, & s’avanccrent a avec lcur train & leurs magnifiques équipa- a Ils prirent lcur route au Nord-Oueft , & s a- vanccrcnt à plus de trois cens lieu'es de Pekin. II* avoient preique achevé de travcrler le terrible e- iert de Xnmo , lorfqu’on les obligea de s’arreiter pour attendre les ordres de I’Empcreur lur lc retus du Roy d'Eluth. 11s demeurerent prés d'unmois dans cc defert, avec des incojnmoditez incroya- bles, à caufe dc l’intemperie du climat, de la di- fette & dc la mauvaife qualité des caux; ce qui cau- la beaucoup de maladies , & ruina tous les equiqa^ ges dc la fuite dcs Ambafladeurs.
lo6 Hijloirc de I’Edit . ges jufqucs fur les frontieres de l’Empire. II falloic paífcr íur les ter- res des Moungous &; dcs Elutbsa. CeS peoples fe faifoient alors une cruel- íe guerre : ils priret ombrage dc cetce marche, & ne voulurcnr point donncr paflage à cetce nombreufc cavaleric qui accompaonoic lcS AmbaíTadcurs, ni à cctte multitu- de dc chameaux, ni à ces trains d’artillcrie qui les íuivoit. Comine les Plénipotentiares neftoient pas auííi en cftat de fc le faire donncr à force ouvertej ce refus rompic leur voyage, & les obligea apres de grandes fatigues de retourner à Pekin. Ce contrc-temps retardã la paix. On remit les Conferences à 1’annéc fuivante, &: 1’on convint dc fe trouver à Nipchou. Cell une Fortereíle des Mofco- vites,qui eftàcinquante-un degré a Ces deux Nations font puiílnntes parmi le; Tartarcs Occidentaux. Le Roy d’Eluth vi&o- rieux du Roy d’Jtalha , obligea ce Prince d’aban- donner fà Cour & fon pats, pour mettre íà períòff* toswkâretc.
de I'Emp. de U Chine. Liv.I. lof quarantc minutes de latitude Scp- tentrionale, un peu plus à 1’Orient que Pekin, dont elle n’eft eloignec que de trois cens lieues. Lcs Tar- tares* choifirent ee lieu pour nc pas s’cloigner de leurs terres , & n’eftre pas expofez aux fatigues qu ils í voient efluyees 1 annec pre¬ cedente. Les Mofcovites fe trouve- tent au rendez-vous: on s’aboucha de part &: d’autre ; mais commc chacun eftoit entefté du merite & dela grandeur de fa Nation, Sc que les manieres §£ les couftumes de ccs deux peuples font enticrement °ppofées; on nc put convenir de rien on s’aigrit mefmedc part&T d’autre ; & la divifion alia ft loin > qu’on fc can ton na. On eftoit pteft de rompre d'en venir aux mains,, a Les Ambafladeursde 1’Empereur de la Chmc partirem de Pekin le 14. de Juin 16S9. Ils arriye- rem le 3I. de Tuillct à 1vipchou, que les Mofcovites appellent Noroviim 1 ils y demeurerent ju qu au 10. de Septembre, qu’ils fc remirem cn chemiQ pour venir à Pekin, ou ils arriverent le iS.aOj ftobre de la meíine année 1683.
2.o8 Hiftoirc de 1’Edit loríquelc Pere Gerbillon, qui avoic fouventefté dans Iccamp desMoí- covites die au Prince Sofan Sc aux autres Plénipotcntiaircs , que fi on vouloit le charger, luy Sc le Pere Pereyra dc cctce affaire, &: les laiffer . tous deux traiter avec les Mofco- vites, il fe faifoit fort de les faire revenir, & dc conclurc la puix. Les Tareares la fouhaitoient» mais leur fierce Sc leur animofite leur fit d’abord rejecter cette pro- poíicion , dans la crainte que les Mofcovices ne retinffent les deux Peres prifonniers. Mais quoy-que ces Peres les raflèuraffent, tout ce qu’ils purent obtenir, fut que le Pe¬ re Gerbillon paílcroit feul dans le camp des Mofcovites. II y alia, il demeura quelques jours avec eux, il les fit revenir de leur enteftement, en leur faifant connoiftre leurs vc- ritables intereíts: que e’eftoit pren¬ dre le change, que de samufer à difputer fur quelques Forts baftis dans des deferts, pendant qu’ils
I de I’Emp. de la Chine. LiV • ft. i09 pouvoient profitcr du commerce » fie la Chine le plus riche qui foie “ au monde •, que ce commerce feul « eftoic capable d’apporter l’abon- « fiance & les richeffes de tout 1 O- « ; rient dans leurs Eftats; que la paix « leur efioit neceilaire pour affermir « i les grf ndes conqueftcs qu’ils a- « | Voicnt raitesdans la Tartaric, puil- « ; qu’ils voyoient ail’ez qu il ne leur «« Í icroit pas aiíé de les gardcr dans un « * fi grand éloignement, fi lEmpc-« reur de la Chine venoit tomber fur « eux avee routes fes forces. Ces rai- « fons eftoient vrayes; les Mofcovitcs les goufterent, ils fignerentleTrai- tc, & en paflcrent par tout cc que 1 Empereur de la Chine deman- doit a5 facrifiant leurs intcrcftsala ! liberte du commerce , dont ils fe Pl‘omettoicnt de tirer de grands a- vantages. Ainfi ces deux Nations a Les bornes dc PEmpircdes Mofcovitcsont efté I marquees de cc coftc-là au 48'. degré, a pen P>« J dans lcmefinc mcridicn que Pekin. Mats en avan. çant vers POricnt, ces bornes s’ctendcut bren plus au Nord.
aio Hijloire de l’Edit également contentes, Ce trouverent dans 1’Egliíè de Nipchou, ou les Plc- nipoccnciaires de part &c d’autre ju- rerenc la paix entre les deux Em¬ pires , le troifiéme jour de Scptem- brede 1’année mil íix cens quatrc- vingt-neuf. La paix dcNipchoueut d’kcurcu- fes Antes pour la Religion. 'ie Prin¬ ce So fan devint l’aini &: lc protc- &eur des MilTionnaires; il fc de¬ clara hautement pour eux,& il ne perdit dcpuis ce temps-la aucune occaiion de leur donncr des mar¬ ques dune eftime veritable d’un iincerc attachemcnt. AuíÉ eft-cc au credit & àla faveur dc cc Prin¬ ce qu’on doit la liberte de la RelK. gion Chrcftienne, qu’on fouhaitoit li ardemment depuis un ficclc, &C qu’on avoit fouvent il inutilcmcnc dcmandee. Si-toft que l’Empereur eut con¬ firme l’Edit,qui eftabliftoit fifoli- dement lc Chriftianifme dans tout Eon Empire, la Cour fouveraine
de I'Emp. de la Chine. Liv. IT. Hi des Rites l’envoya auxViccroisdcs Provinces, afin qu’ils lefifl’ent pu- blier avec les ceremonies ordinai- res dans tous les lieux de leurs Gou- verncmens} c’eft-a-dire dans prés deux millc Tribunaux. Voicy J’ordre que cette Cour cn donna. Vice*'is des provinces , reave^ 4v/c fouwijjion cet Edit Imperial, & des fit'll jira entre vos mains, ///?&- le atttntivcment, njpecfez.-le, & ne ^anquez, pas de I’cxecuter ponciuel- letnent; faitcs-en faire des copies , cn- V0)L\lcs a tous les Gonverneurs des lilies, & donr.ez-nons avis de ce que vous aurcT^fait. Les Edits de l’Empereur ont for- Cc de lóy, & cette loy ell plus uni- vci'felle, ou dn moins plus authen- dque, quand clle eft fuivie de cet enregiftrement general de tous les tribunaux. Aitdi la Religion ChreC bonne ne pcut ellre eftablie dans 1 EmpireChinois fur desfondemens ’ plus folides & plus inébranlables ^u’elle 1’eít à prefent.
£»í i. in Eifoire de 1’Edit II n cfl: pas poílible d’exprimer Ja joye queurent les Chrcftiens, quand ils apprirent une fiheureufc nouvelle: jamais il n’y en a cu de plus vive ni de plusíincere. Ilscou- rurent cn foule à 1’Egliíc, pour re- mcrcier Dieu d avoir eíluyé leurs 1 armes, cxaucé leurs voeuv», & de les avoir mis enfin dans tnVc entie- re liberte de le fervir , & de ré- pandre fans crainteleurs cceurs aux pieds de fes Autcls : ^jte le Sei¬ gneur Dieu d'I frail fit beni , s’é- crioient-ils avec le faint homme I Zacharic, de ce qu’il efl venu vifi- | ter & rache ter fin pcuple, felon quit I avoit promts par la bouche de fes Trophetes, 11 nous a délivré dc la | puijfxnce de nos ennetnis, & da la., main de ceux ejui nous haijfoient. Tons leurs ejforts ont efle vains; nous en avons triomphe par la mifericorde i de nofre Dieu, & nous nous voyons en eflat dc, le frvir fans crainte dans la faintete cr dans la jufice tons les 1 jours de nope vie.
deI’Entp. de la Chine. Liv. II. 2.15 C’cftoit par ces Can tiques d’al- legtcíle que les Chreftiens mar- quoienc les fencimens de leurs cccurs. Touces les Egliíes de l’Em- pirc prirent part à cette joye, & firenc des réjouiíTances publiques. Pluíieurs Payens, que les loix a- Voicnt arreftez jufqu’alors, fe fi- rent inmuire, & demanderent lc faint Baptcfme. Des Mandarins confiderables par leur ícience & par leurs emplois fuivirent leur e- xemplc. L’on vir dans coutes les Provinces des converfions extraor- dinaires •, le nombre des perfon- nes qui s’adreflerent aux Peres pour fe faire Chreftiens, devint ft grand, qu’ils n’y pouvoient fuífirc. Nous apprenons avec joye que cet cm- preflement continue, que cette ferveur augmente tous les jours. Lc peu de Miifionnaircs qui font à la Chine, accablez par la multi¬ tude dcs Cathccumencs , qui fe ptefentent, demandent dcs Ou- vriers pour travaillcr avec eux, &;
£14 Hijíoirc de 1’Edit pour recueillir les fruits d’une fi abondante moiílona. C’cft pour feconder Ie zele dc ces homines Apoíloliques, que le Roy, toujours attentif à procurer la gloire de Dieu, Sc à foucenir les intcrefts de la Religion, vient d’en- voyer à leur fecours une troupe choific dc fervens Miflionnaires, que le Pere Bouvet conduit luy- meíincà la Chine fur un Vaiífeau François, qu’on y envoye en droi- ture. Jamais les conjonáures n’ont cfté plus favorables pour étcndre le Royaumc de Dieu; Sc jamais le a Lc P. Antoine Thomas ccrit de Pekin du dc Novcmbrc kíç;. que pluíicursMandarins confi' derables s’eftoient convertis , & que le Pete Phi¬ lippe Caroccio Jcfuite Milánois baptiíôit un íi grand nombre de Cathccumcnes que les bras luy manquoicnt, en forte qu’il avoit cfté obligé d’ap- pcllcr à lon íccoursle Pere Bayardjcfuite François arrive dcpuis peu à la Chine. bCe Pere, que 1’Empcreurdc Ja Chine a en- voyc en Europe, arriva en France fur 1’Fícadrc dc M. dc SerqUigny au mois dc Mars de 1’annéc 1697. II partit dela Rochelle pour rctourner à la Chine au commencement dc Mars de cette prelèntc année 1Í98.
de I’Etnp. de la Chine. Liv. II. ny VafteEmpire dc la Chine, ou l’on compte plus de cent millions d’a- nies,n’acfte dans des difpofitions plus heureufes pour recevoir la lu- mierc de l’Evangile. Fafle lc Ciel que nous foyons af- fez heureux pour voir de nos jours fe foritípr aux extrémitcz de la ter- re une iiouvelle Eglife aufli nom- brcufc &: aufli fervente que 1’an- cienne. Qu’un nouveau Conftan- tin aufli zélé que le premier, en vienne l’enfant cn mefme temps qu’il en eft le prote&eur &: l’appuy: l Que lejapon. la Tartaric, le Ton- quin, tous les Royaumes voifinSj qui fontgloirc de fe former fur les taocurs des Chinois, qu’ils regar- | ' dent comme la Nation la plus fa- ge & la plus cclairée qui ioit au nionde, fuivent fon exemple; afin I que l’Europe &C l’Aiic fe trouvant Unicsdans un mefme culte, & ado- rant le mefme Dieu, lc nom du Sci- \ gneur, qui merite d’eftre loiie de- pf- puis le lever du foleil jufqu’a fon
ii6 Hijloire de 1’F.dit de 1’Emp. &c. couchant, lefoit cn eftecpar autant de langues qu’il y a d’hommes dans route cette étendue de tcrres, qui compofe les dcux ptincipales pat¬ ties d u monde. / eclair-
ecljircissement dome a Monfeigneur le Due du Maine „ fur Us honneurs que Us Chinas rendent à Conz fucius & aux Morts. u ONSE1GNEUR, Dc tous les peuples de l’Orient, les plus polis & les plus fpiritucls font les Chinois : e’eft uneverite dont on eft perfuade des qu on les connoift , & qu on a eu quelquc commerce avee eux. Cette pontefte confifte particulicrcmenc dans une obfervation exa&e de cc quo nous appellons Ceremonies. Us y font u attachcz,qu’ils feroient fcrupule de manquer aux plus petites ; ce qui elt fort embarraflant: car ces Ceremo¬ nies font infinies à la Chine. I e Ce¬ remonial chez eux ne regie pas icu- lcment comme parmi nous la ma- Tome 111. K
uS Eclair cif.furies honneurs rendu s nierc Seles circonilanccs desa&ions du cuitc religieux ; les devoirs pu¬ blics qu’on rend aux Princes, aux Ambafl'adeurs &: aux premiers Ma- giftrats; &: cercaineífonôions écla- tantes que la couítume ou les loix preferivent : mais il s’ccend à tous les eftats à tons les devoirs ’ ;s plus 1 communs de la vie civile. lAnfe- ricur í çait cc qu’il doit rendre à fon íuperieur, Pegai à fon égal. Tout eít marque avcc foin , & s’obfcr- ve avcc exa&itude; parceque quel- que vaines & quclque ridicules que nous paroiíTent ccs Ceremonies, ils ^ les regardent comme un point ef- fentiel de leur morale; ils s’y atta- chcnt ferupuleufement ; ils les ad- mirent: &c enteftez de 1’antiquité , ' ils font íi jaloux de ces ufages, que \ bien loin de fouffrir qu’on y appor- tcquelquechangement,ils traitent '4 de gens groííicrs &: de barbares les eftrangers qui les ignorent. C’eft ce qu’on a vu à Ninchou, ou ‘ les Plénipotentiaires de la Chine \
a Confucius & aux Morts. zip dc Mofcovic fe trouvcrcnc pour ter¬ miner les difterens qui cíloicnt en¬ tre les deux Empires. Les manicres Europécnnes parurent li ridicules aux Chinois, qu’un de leurs Plc- nipotentiaires ne put s cmpclcher dc dire : Nous avons affaire à une Nation bien grofsiere: ne diroit-on pas que cesgcns-lajvrtent dufinds des fo- refts ? bien loin d'avoir parmi eux au- cun principe de la veritable civilite, ils ne fe wettent pas en peine de I’ap- prendre, & ils ne f°ttt pas we fine tou- cheT^de celle que nous pratiquons. Ces Ceremonies qui accompa- gnent les actions publiques &: parti- culicres,ont caufédans les commen- cemens beaucoup d’embarras aux Predicateurs dc l’Evangilc.Accoui- tumez dcs l’cnfance 'a les regarder en Europe conime le figne d’un cul- te relimeux, elles leur paroifloient à la Chine, pleines dc luperftition. Les Jefuitcs, qui ont portc les pre¬ miers la foy dans cet Empire , & qui v ont travaillé fculs durantcin- 1 X Kij
no Echircif. furies honneurs rendus quante ans, furent d’abord frap- pez du Ceremonial que les Chi- nois gardenc pour honorcr leurs Mores, & de ce que les Sçavans tic les Mandarins pratiquent pour marquer qu’ils reconnoiiTenc Con¬ fucius pour lcLegiflatcur ,leMaif« tre & le Do&eur de toute ’a Na¬ tion. Us s’ailemblcrent ^.ufieurs fois, &£ curent de longues confe¬ rences fur une maticre li delicate fi importante , ils l’examinerent a- vec loin; &: aprés s’en eftre parfai- tement inilruits pendant pluiieurs annécs, ils prirent le parti d’inter- dire quelques-unes de ces Ceremo¬ nies aux Clirefticns, parcc qu’elles leur fembloient tenir de la fuper- Ifition & dc l’idolatrie; mais ils ré- folurent en mefmc temps de leur permettre, cclles qu’on regardoit commc des honneurs purement ci- vilstavernflantcepcndant lesChre£ tiens dc ne les pratiquer que quand ils nc pourroient s’en difpenfer s’obligcant à defapptouver tout ce
a. Confucius & ciux Morts. ^ zii qui paroifl'oit fuperftitieux, & a te- moigner publiqucment, lors qu ils fe trouveroient dans la compagnie des Paycns, qu’ils n’y prenoientau- cune part. Afin que Voftrc Alteife Sereniifime ait le plaifir de jugcr d’une maticre qu’on a agucc pen¬ dant ] lufieurs annécs,il eft necel- fairc dentrer dans unc plus grande difeuflion. Ilya deux fortes de Ceremonies inftituées en Phonneur de Confu¬ cius. L’une confute (implement a fe profterner&àbattre neuf fois laterre du front devant une eipece de car¬ touche au’onexpofe fi-ir une table a- vec des bougies allumccs & des caí— folettcs,&: ou le nom decePhilofo- phe eft écrit en gros cara£tcres.Dans les premiers temps on rendoit ces honneurs à la ftatué mefmc de Con¬ fucius : rnais les Empereurs, voyant quele peuple donnoit aveuglement dans l’idolatrie ; &: voulant empef- cher qu’on ne mift cc grand homme au rand des Idoles,fircnt fubftttucr
iiz EcUircif.fur les honneurs rendus
â Confucius & aux Morts. nj ceftres: car l’eftime 8c la veneration qu’on a pour ce celebre Doftcur eIt fi grande , qu’on luy rend les incl¬ ine s devoirs qu’aux Ernpereurs de- funts. Ilva trois temps 8C trois manic- res differ entes d’honorer les Morts. Le premier temps eft avant la ic- pultutw, 8c voici ce qui fc pratique alors. On expofe le corps dans a Salle on met unc table devant le cercucilj&l’on place fur cettc ta¬ ble, ou l’image du defunt , ou ce Cartouche done j’ay parle , dans lequel ion nom eft ecrit; ce qu on accompagne de chaque cofte de fieurs, de parfums, ÔC de bougies qui bruflent. Ceux qui viennent fairc dcs complimens de condo- léance faluênt le defunt a la ina- niere du pais i c’cft-a-dire qu » s fc profternent, & qu’ds frappent la terre de leur front devant cette ta¬ ble , fur laquellc ils mettent cnfuite quelques bougies & queues pai- fums, qu’ils apporcenttou ours a-
2.14 Eclair cif.furies honneurs rendus vcc eux felon la couftume. La fcconde Ceremonie s’obfcrve de fix cn fix mois, Dans routes les j families qui font riches on a un ap- parrement qu’on appeile Tfu-tangi, e’eft a-dirc l’appartcment dcs An- ccftrcs. Sur unc rabie placéc contrc la muraille, Sc chargee de'.radins fcmblables à ceux d’un ^...el, on voir l’image du plus confiderable des Anccftrcs, & les noins de tous les hommes, les femmes Sc les cn- fans de la famillc rangez des deux collcz , Sc écrits fur de petites ta- i blectes ou planches de bois de la i haureur d’environ une palme, avee IV'ge, la qualité, l’employ Sc lc jour de la more d’un chacun. •* Tous les parenss’aifemblent dans cette Salle deux fois l’annee auPrin- temps Sc cn l’Automne. Les plus ri¬ ches meccent fur la table des vian- < des,du ris,des fruits,des párfums,du vin Sc des bougies avec Iesmefmes complimens, Sc à peu-prés avec les f mêmes ceremonies que celles qu’on , r
à Confucius & aux llorts. nj pratique, quand on fait ces iortes de prefens aux Gouvcrneurs, qui prennent poflcilion de lcurs Gou verncmens; aux Mandai ins des pre¬ miers ordres le jour deleur naiilan- ce; &C aux perfonnes qu on veut ho- norer , 8c à qui on veut donner a man» r en ceremonie. • Pour le peuple , qui n’a pas le moycn d’avoir dans la maifon un lieu deíliné 'a ces ufages, il place dans 1’endroit le plus propre de Ion logis les noms de fes Anceltres,e- crits de lamaniere dont jel’ay rap- porté , fans pratiquer les ceremo¬ nies dont je viens de P^ler. Les Chreftiens mettent au-dellus de ces • noms une croix ou quelque image de devotion , lorfqu’ils n ont pas d’autre lieu ou les placer avec de- cence. . La troifiéme Ceremonie ne («pra¬ tique qu’une fbis l’aniiee. c«mme les tombeaux de'- Morts f°nt des villes, 8c fouvent dans les mon- tagnes, les enfansyvont avec lcurs
12.6 E claircif.fur les bonne nrs rendus parens, du moins une fois tous les ans vers le commencement du mois de May; Jà aprés avoir arraché les herbes &c les broílailies qui envi- ronnene la tombe de leurs peres, ils leur donnent les mefmes marques de douleur & de rcfpcct qu’ils a- voient fait à leur more, tk. n et tent fur leur tombeau du vin & ucs vian- des, dont ils font enfuite un repas. Voilà , Monseigneur, ce que les Chinois obfervent par une eouftume eftablie depuis les pre¬ miers temps de la Monarchic. Ceil un ufage, dont on ne peut fe difpcn- íer, a moins que de vouloir paífer pour un homme fans honneur fans reconnoiílancc pour fes Ancef- tres. Comme le plus cífentiel des devoirs ala Chine,eft d’infpirer aux enfans un profond refpect:, & une piet<»tendre pour leurs parens; à quoy les portent naturellement ce qu’ils voycnt fairc à leurs peres avec tant dcxa&itude & de foin à 1 egard de leurs Aaceftres j rien n’eft plus
à Confucius dr aux Moris. 2-7 odicux,ni plus infamant parmi cux, que iingratitudc cnvers ccux qui leur ont donne la vie. Jene pavlc point icy de pluficuis autres couftumes fupccftitieufes, ou approchantcs de la l'uperftition quc quclques Chinois idolatres adjoii- tent q 'elqucfoisa ccs Ceremonies. ^ parce que ces ufages ne font pas communs à route la Nation> que les Chrcftiens peuvent s’abftenir de les pratiquer > 6c que les Miifionnaires lie leur ont jamais permis de sen i'ervir. Les Chreftiens font plus; car quand ils fe trouventdans lacom- pa^nic des Payens3Sc qu ils ne peu¬ vent les empefeher d’obferver ces ceremonies iupetftitieufes,ils les dc- favouént, 6c proteftent publique- ment qu’ils n’y prennent aucune part. Que fi quelques-uns feduits par le mnuvais exemple des idola¬ tres ne fc font pas comportez dans ces occafions avec la fidehte qu us devoient, on ne doit pas s en pren¬ dre à ccux qui leur enfeignent une
zz8 Eclaircif. fur les honneurs rendus do&iine contraire , mais au dé- reglcmenc dc ces Chreftiens pcu fi- délcs. II nc s’agit done pas icy de ces Ce¬ remonies fuperftitiufes que les Je- fuites ont interdites aux Chreftiens dans tous les temps: mais fculement de celles qu’ils leur ont pe; nifes; parcequ’ils les ont toujours regar- dees , commc des honneurs pure- ment civils. Quelques Religicux de Sr Dominique & de S* François, 1631. eftant entrez dans la Chine long- temps npres les Jefuites, regarde- rent ces Ceremonies quon permet- toit aux Chreftiens, non pas com- me des ufages d’un culte purement civil, maus comme des Ceremonies d’un cirltcreligieux, plein defuper- ftition & d’idolatrie: d’ou ils con- clurent que les Chinois faifoient de Confucius, & dc 'eurs Mores autant de Divinitcz, & que par confequent on dçvoft regardcr les lieux defti- nez à les honomr, comme devrais Temples; les prefens qu’on leur of-
à Confucius & aux Moris. 2.2.9 fie, comme des facrifices •, les tables qui íervcntàcetufage, comme cs Autels; & tout ce qu’on fait en cet- te occafion comme une fupcrllition grofliere, une vraye idolatrie &: un lactileee deteílable. Les )efuitcs & les Religieux les plus» onfiderables de ces deux Or- dresioit pour lc nombre,íoitpour la capacite, lefquels s’eiloicnt donne le loifir d’examiner plus z fond ces ufaacs, furent furpris qu on leur fit un crime d’une chofe fort innocen- te:puifqu’ilsnc permettoient rien, clans tous ces honneuvs qu on rend à Confucius & aux Morts, que ce qu’on pratiquoit teus les jours en ce pais-là à 1’égard des perfonnes vi- vantes,à quil’on vouloit mar quer de 1’eftime &de la confideratton.Ceux, qui n’efto;ent pas \ , > nvouant, comme ilsfaifoient}qu o n’artribuoittiendedivm&defuf- naturei à ces perfonnes v vantes par teus ces honneurs, il n eítoit pas moins certain qu’on ne reconnoif.
i $0 Eclaircif. furies honneurs rcndus ioit ricn non plus de divin & dc ilir- naturcl dans Confucius ni dans les Moics ; Sc que par confequent les honneurs qu on leur rendoit ef- toicnt purementcivils, Sc n’avoient lien de fuperftitieux. Ainfi,Monseigneur, route cette queftion, qui fit bcauc up de bruit dans ces temps-la, Sc qui cn a fait encore bcaucoup depuis, fe ré- duit à fçavoir quel eft leientiment commun des Chinois touchant Confucius Seles Motts5 s’ils leur at- tribuent quclque forte dc divinitc Sc de pouvoir plus grand quo celuy C|u’ils avoient durant leur vie; s’ils efperentdeux quclquechofe; s’ils leur font des priercs, See. Ccux, qui regardent Confucius Sc les Morts coniine des Divinitcz, produifenten leur faveur quelques paftages tirez des Ceremoniaux,& tics autres Livres de la Chine , Sc apportent les témoignages de quei¬ mes gens de Lettres Chinois, qu’ils "difent avoir répondu conforme-
à Confucius dr aux Moris. z$t ment à leur opinion. Lesjefuites ceux qui lcs iinvent, oppofent ci¬ tations à citations, &: fçavans à fça- vans: de forte que cette divcrfite de fcntimens a pvoduit de part& d’au- trc fur cette maticre dcs volumes entiers pleins d’erudition Chinoifc, & de 'aifonncmcns Theologiques. Si Voiue Alteífe fçavoit la langue Chinoife, fes lumiercs font fi feures &; fa penetration fi vivc , qu’il ne nous faudroit point d’autre ]uge pour prononcer fur cette importan¬ te queftion. Mais en attendant que le commerce que nous cfperons qu’¬ il y aura deformais entre la France & la Chine pour les Sciences & pour les beaux Arts, auifi-bien que pour la Religion , nous ait mis en eftat de peuvoir decider en Europe ecs queitions par la leflure des li¬ vres Chinoisen leur propre langue; fouftrez , Monseigneur, qne je prenne une autre route, qui fera plus courte,& qui nc fera pas moms feurc.
zy~ Edit ireif.furies honneurs rendus A juger de cette queition par ce qui fc prcfented’abordal’efprit, lc préjugé ell en favour des Jefuites. IIs eíloient à Ja Chine plus decin- quante ans avant tons les autres Miflionnaircs : ils y ont toujours e£- té en plus prand nombre; plufieurs y ont palle trente & quarar tr ans j ils elloient établis dans la Ville ca- pitaledcl’En pire,5crepnnduspref que dans touces les Provinces. Ils ont eu commerce avec les plus ha- biles gens dc la Nation,Chrciticns & Gcntils. Ils ont non-feulement traduit, mais compofé cnChinois un grand nombre d’Ouvrages eili- mrz par les plus fçavans du pais, •’ & loiicz mcfme par leurs adverfai- res : au lieu que ccux-cy avolient / qu’ils n’ont aucun de ces avanta- §CS* Pour detruirc done ce prcjuge, qui oil out entier du coílé des Je¬ fuites, il faudroit d’autres preuves que I*autorité de ccs nouveaux Mif- fionnaires, fur laquelle feuie on pre-
■ a Confucius & aUX Morts. 233 tend eonvaincre les Jefuitcs d aveu- glement volontairc, & de prevari¬ cation honteufe, dans une maticre qui touche le fond de la Religion. On ne peut gucres compter fur les écrits de leurs ad ver fai r es; la paííion s’v fait trop fentir 5 ils y font tl0P paroi.'rc d’aigreur & d’emporcc- ment, pour ne s’y pas rendre lul- peds. Mais fans examiner icy les ignorances* groifiercs, 6c les mau- vais raifonnemens qu’on y trouve, quel fond peut-on faire fur des au¬ teurs , qui fc contredifcnt eux-mcl- mes, & qui détruifent d’une main ce qu’ils elevent dc 1’autre. . A les entende par ler , les CI11- nois regardent Confucius & leurs Morts commc autant de Divinitcz. Ces tablcttes, qui font chargees de leurs noms,&qui reprefentent leurs perfonnes,font de veritablesldolcs; les parfums qu’on bru{le,lesvi* n es qu on leur prcfente,de veritable* fa- orifices •, & tous ces honneurs qu on leur rend, autant de facrilegcs abo-
*54 EclainifJuries honneurs rendas minables ? &: ccpendant ces mefmes gens, qui déclament dans leurs li¬ vres avec tanc de violence concre ces ufiges, fone les premiers à a- voiier qu’on pent les obferver, &: à les pratiquer eux-mefmes dans les occaíions qui fc prefencent; e’eit-a- dire,lorfque la bicnféancc or.fc rcí- pciíl qu’on doit à quelquemore de qualiré oud'unrangdiftingue, de¬ mande qu’ils aillent felon la coulhi- me, faire les complimens de con- dóleancc, qui confident entr’autreS chofes à fraper plufieurs fois Ia cerre du front devant ccc écritcau,qui re- prefence ia perfonne du défunt. N’cft-ce pas ce que toute la ville de Canton a veu faire au PereFran- '■ çois Varo Dominicain , qui a tant écrit contre le fentiment des Jefui- tes, & de ceux qui les fuivent. On l’a veu Iuy & ceux de fon Ordre,qui eíloient de fon opinion, s’acquitcr de ces devoirs decivilitc, & nesen faire aucunfcrupule, quand 1’occa- don sen prefencoic:peuc-ilyavoir
a Confucius & oux Monts, ztf unc contradittion plus manifcftc? comment accorder cctte conduite avcc dcs ientimens ii oppofcz ? Car cnfin , fi les Anceftres &: les Molts font dcs Divinitez; eft-il permis dc fc proftcrner* devant leurs images pour lcur faire honncur : 2£ s’il eft perm ' dc lefaire , comme ccs Peres 1’avouciit; comment peut-on due qu on les regarde comme des Ido- les?& commentapiés celas cnrap- porter à des gens qui s accordent u peu avcc cux-mefmcs? / Mais fans entrer dans ccs preju- ( gez,fans s’en croire auxjefuitesdans une affaire qui les regai de;arrcftons- nous an jugement desDoroinicains. Si l’on montre que le plus grand nornbre dc ccs Peres, les plus habi- les &: les plus éclairez, &: ceux fur ■ tout dont l’autoritc eft incontefta- I ble, ont cfté conftamment dans les mefmes fentimens que lcsjefuites, i nc pourra-t-on pas s’en fier a leurs lumiercs, &: s’en tenir à leurs dcci- ftons contre Pautorite d un petit l
í]6 Eclaircif. furles honneurs rendus nombre de Religieux de ce mefmc Oi dre,qui ont regardé les honneurs qu on rend à Confucius & aux Morts, comme une vraye idolatrie. De plufieurs temoignages que je pourrois rapporter icy, je n’en choi- íiray que deux outrois qui me pa- xoiílcnc convaincans. Je commence par cehiy de ce grand fervi tcurdeDicu D.Gregroi- re Lopez Evcfque de Baíiiée, & Vi- caire Apoitolique d5uneparcie dela Chine, &cnfuiteEvefque titulaire de Pekin, qui cft mort en odeur de faintetc entre les bras dcs Tcfuites Franço s , lefquels ont cu le bon- heur de demcurcr quelque temps avec Iuy à Nankin , & de luy rendre les derniers devoirs. Sa qualité de Chinois naturei, de premier Reli- gteux , de premier Preftre , & de premier Evefque de fa Nation; mais íurtout cellc de Dominicain&de plus ancien des Miniftres de 1’Evan- gilc a la Chine, donne à íon témoi- gnage une autorité, qui le doit ren-
if *1 •% à Confucius & mx Morts. 137 ore inconteftable. II avoir etudié toute fa vie la matiere dont il s’a- j git, Si jamais pcrfonne n’cn a cite i mieux inftruit. Pourcftreconvain- cu que ce grand homme a roujours efté du fentiment des Jefuites, fur ce qui rcgarde lcs honneurs qu’on rend à Confucius,8iauxMorts,on n’a qua lire les lcttres qu’il a écri- tcs fur ce fujec au Pape, aux Car- dinaux de la Congregation de la Propagande & au General de fon Ordrc. D’un grand nombre qu’on a entre les mains, jen’en rappor- 1 teray icy que deux, l’une au Saint Pere Innocent XI. l’autrc à la Sa- pcree Congregation : parcc qu’elles I tcontiennent cn fubftance tout cc , fqu’il y a dans lcs autres parraport à l’aftairc dont il s’agit ; &: je les donneray routes entieres, de peur i que ft j’en ufois autrement , on ne fonpçonnaft que j’en euftc rétran- ché quelque chofe , qui fuft favo¬ rable aux Partifans du fentiment contraire : cn voicy une tradu&ion
2,38 Eclair cif.fries honneurs rendus f faite avec cxa&itudc fur l’original latin , qu’on garde dans les Archi¬ ves de la Sacrée Congregation. Jc fu plic feulementVoftre Alteile Sere- nifliine dc ne pas croire en lifant ces Jettres, que tout l’ordre de ce zelé Miilionnaire foit refponfable des mauvais traitemens, que q cJqucs particulars,&: mcirne un Snperieur, ont fait i fa perfonne ; puifquc le plus grand nombre &: les plus di¬ gnes Hi jets de ce faint Ordre ef- toient de foil fentiment. Lett re de D. Gregoire LopcT^Evêque de Bafilée, Vicaire Apoftolique de la Chine, à nofre Saint pere le Pa¬ pe Innocent XI. X Res-Saint Pere, ” Je fis fçavoir l’annee paflee à " Vôtre Sainteté qu’ayant receu l’or- » di e qu’elle medonnoit d’accepter le ” titre d’Eveque de Balilee & la qua- " lice dc Vicaire Apoilolique dans la
/ j à Confucius dr aux Moris, x^ Chine,ç i’avois acccpcé par obeií- „ «nce , majgré ma foibiefle, men «« grand âgc, Ec mon incapacite pour « Un cmpioi ii rclcvé. Jeluy inandois « encote queítant venu à Manilie « pour pafler à Siam ou je devois eí- „ tre facré, les Auditcurs Royaux de „ certe v. ’le capicales des Philippines „ s’eftoient oppofcz à mon dellcin. „ Maisaprés avoir furmontéccsoblla- cies avee la grace dc Dicu ; j’cn ay „ trouvé de plus grands du coité des „ Reli gicux dc mon Ordre.Car 1c Pe- „ re Antoine Calderon de la Proviu- „ ce du faint Koíaire, dont jc íuis Rc- „ ligicux sell fort anime centre moy; „ pcrfuadé que j’cftois oppolé à ccr- „ Caines opinions des Peres de mon „ Ordre touçhant les points , dont a on diípute depuis loqg-tcmps à la « Chine, & qu’on examine à Rome, « & attache aux fentimens contrai- « ,res, qui font ceux des Percs de la « Compagnie de Jefus. J’en envoye » Une ample information aux Emi- « nentiíTimes Cardinaux de la facrce «
140 Eclainif. furlesbonneurs rendas » Congregation de la propagation dé * la foi, qui cn feront le raport à Voí- m tre Sainteté. „ C’eft pour cela que lefufditPro- u vincial m’a outrage de parole,& m’a u empefchc jufqu’a prcíent de pou- u voir rcpalfcr à laChine,en me tenant u comme en prifpn dans un couvent „ de mon Ordrc, d’ou m cftant dé- » robé fccretement, je fuis venu me w refugier chez les Pcres Auguftins. m Le mefme Provincial m’a encore » menace que , íi je pretendois rc- u tourner à la Chine à la favour de >, quelques perfonnes du dehors, il „ m’ofteroit auparavant 1’habit de m 1’Ordrc , & rappclleroit à Manille u tous les Religieux de mon Ordre, „ qui font àla Chine. Celtpourquoy „ je fupplie trfs-humblement Voftre u Saintetc qu’il luy plaife d’ordon- „ nerde rnoyce qu’il luy femblera le „ plus convenable à la plus grande^ „ gloire & au plus grand fervice de » Dieu & de la fainte Eglife Romai- » ne. Que lcSeigneurconferve voftre perfonnc
n Confucius & aux Morts. 241 peilonnc, T r e s S. Pere, dans « une pcrpetuelle profperité. A Ma- nillelc 11. dc Juinde lannée 1684. « Jc baííe crés-humblement les picds « de Voftrc Sainteté. « F. Grego ire Lopez Evcf- cjúc dc Bafilee, Vicaire Apoílolv que dc Nankin 8c de Corec. Voicy la lettrc qu’il ccrivit en m.cfme temps aux Cardinaux dc la íiicréc Congregation. E Minentiflimcs 8c. Rcverendiili- « mes Seigneurs, MeíTeigneurs les « Cardinaux dc la facrée Congrega- « tion pour la propagation de la foi. « Lc Tres-Saint Pere In- « noccnt XI. m’a charge d’un far- « dcau bien pefant, 8c. beaucoup au- « deíTus de mes forces; lorfque fans « aucun merite de ma part, il m’a éle- « vé à la dignité d’Evefque de Bail- « léc, &:qu’jlma flit Vicaire Apoílo- « lique de fix des plus riches 8c des « Tome III. L
142- Eclair cif.fur les honneurs rendus n plus coníideiables Provinces de' w 1’Empire de la Chine, íçavoir des u Provinces de Nankin, de Pekin, de w Chanfi, de Chenji, de Honan, de \ » Chanton Sc du grand Royaume de » Corée, ainfi quil cft porte par les » Lcttres Patentes de Sa Saintetéex- » pcdiées à Rome pour la feoonde » ibis le douziéme du mois d Oclo- » bre de l’anncc 1679. lefquellcs j’ay » rcceues à la Chine au mois de Dc- » cembre de l’annee 1681. pajla voye » dcrilluftrillime Seigneur Louis La- m ncau Evefque dcMctellopis &: Vi- caire Apoftolique de Nankin Sc de » i7/w.aL’cmp!oi dontje me voischar- , » gc par-la, me donne beacoup d’in- » quietude,Sc m’obligc de rendre à »» Vos Eminences un comptc exact de » ce qui me regarde,& de ce qui m’cft » arrive par les pieges du Demon, » ccc ennemi accouftumé a s’enri- » chir de nos dépoiiillcs,&:qui fouffre » avee impatience qu’on lui enleve » unfi grand Butin par l’etabliilemcnt a Ce Prelat fait fa refidcncc ordinaire à Siam.
P à Confucius & aux Moris. 2.4» du Royaume dc Dieu dans laChine. « Aufli-tofl: que j’eus receu les Let- « tres Apoltoliques&: Coníiftorialcs, « par lefquellcs fa Sainteté m’ordon- « ne exprcíTément d’acccpter ces cm- « plois, en me preílant, Sc en me dc- «« clarant mcfme avec menaces que jc <• rcpoi. Irois à Dieu de routes les fui- « tes, Sc du tort que mon refus caufe- « roit à tant d ames à la Chine: fobéis « avcug!émcnt,&: je pliai lesépaulcs « avec humilité, dans 1’efperance que « le Seigneur me donneroit la force « & les lumicres, dont j’aurois befoin, « pour combattre, Sc pour vaincre « les puiílànces de fair Sc les légions « infernal cs. « Jecommcnçay par comrnuniquer « leslettresque j’avois reccucsà mon « Supcrieur lc Pere Pierre d’Alarcon « Vicaire-Provincial à laChine, la- « quelle eíl de la dcpendancc de la « Province du faint Rofaire aux Phi- « lippines. Ce Pere en confcra avec « les Rcligieux de 1’Ordre, qui cf- « toientlcs plusprochcs, Sc confulta «
2,44 Eclúrcif furies honneursrendus » par letcres ceux qui eftoient plus » éloignez : aprés avoir examine les » Bullcs Apoiloliques &: leDccrct du » tres-Rcvercnd Pere Jean Thomas « Roccaberti General de l’Ordrc des » Frercs Prefcheurs , par lequelil en- »»joitinoit au Pere Provincial de ladi- „ tc Province duRoiaire de rr • don- » nerun compagnon fçavantenTheo- u logic avee unc peniion convenable » pour l’un &: pour l’autre: tous d’un » comraun confentcmcnt, me laiil'c- » rent la liberte d’acccptcr l’Epifco- ^ » pat. Je l’acccptay en ciFct, &: je me » chargeai dc cc pefant fardeau, dont » je mcfcnsaccablé , &: qui ne con- » vient point à des épaules aufli foi- >• bles que les miennes. « Ces Peres dans la mefme aiTem- » bléc furent d’avis que je partiiTe in- w ceilamment pour Manille.3 Je me „ mis done cn chemin dans l’cqui- » page dans lequel les plus pauvres a C’cft la ville Capitate des Iiles Philippines, auiquellcs Philippe fccond Roi d’Eipagnc donna ion nom.
à Confucius & nux Mor/s. 145- MiiTionnaircs one couftumc de« voyager je vins par la Province « de Canton à Macao, qui appartient « aux Portugais, & qui efl: Ja feule « ville par ou il nous foic libre de « fortir de la Chine &: d’y entrer. ]c « fus centraint d’y demeurer cache, «
i^6 Eclaircif. Juries honneursrendus »»je m’y embarquai avec lc Pcre Pier- » re d’Alarcon, lequel avoit abandon¬ ai né les Rcligieux done ileftoit fupe- » rieurà la Chine, fous pretexte dc » merendreferviceàManille,& s’é- « Coit offert dc m’accompagncr enla' »> place du Perc André Lopés mon * compagnon ,qui eftoitmort Scpuis » peu. On me rcceut aManilleavcc »> une joyc univerfelle. Les Ecclcftaf- » tiques Sc les Seculiers me donne- » rent mille marques d’eftime Sc dc » bicnveillance. ]e choilis pour ma » demeure un Convent de mon Or- # » dre , hors la ville, dans le faux- » bourg des marchandsChinois, que >» les Eipagnols appcllent Parian, u Ce fut alors que le Fere d’Alar- « con,qui m’avoit fuivi depuis laChi- » ne pour me perdre , commença par « me drefler des pieges, femant la zi- *t zaniepour revolter mesfreres con- » tre moy, &faifant tous fes efforts » pour me fairearrefter àManille, w pour empefeher que je ne fufiè fa- « cré,& que jeneretournailc jamais à » la Chine.
a Confucius & mix Morts. 147 II en écrivit au Pcre Antoine « Calderon Provincial dc cctcc pro- « vincc du faint Rofairc, allcguant « pour raifon que j’.cftois ami desPc- « res Jefuites de la Chine, & que j’ef- « tois de leur fentiment fur certains « points de controverfes, qui regar- « dent h culte civil, la religion, l’ido- « latrie Si la fefte des gens de lettres. «« Ces Rcligicux par un faux zcle fe « mirent dans Teiprirquc e’eftoit un « aftVont&un deshonneur pourmon « Ordrc, que moy qui fuisChinois dc « naiilance, & par confequcnt plus « intelligent dans les cara&eres du « pays, plus fçavant dans la langue, & « plus habile dans la lefture des livres « de la Chine qu’aucun des Euro- « péens; qui fçais déchiftrer lc nom- « bre prefque infini de ces IcttresChi- « noifes, &: qui cn connois mieux les «« iignifications hieroglyphiques j je « ne fuife pas dc leur fentiment, &: « que jç fuiviíTe en pluficurs cho- « fes celuy des Pres dc laCompagnic « dc Jcfus, fans confidcrcr que fa- « L iiij
148 Eclat rdf.fries honnctirsrendus « mour dc la verité doit 1’emporter * w fur toutes lesautres confiderations. » Us voudroicnt ccs bons Religeux, » qu’un homme dc foixante&: dix ans w.c'ommemoijle plus ancicn Miifion- M naire dc Ja Chine, qui s’clt applique « depuisquaranre ans aeette forte de » controvctfc, devint lc difei Ac de » quelques-uns, qui nc font encore u que des écoliers, en felaiftimt ainfi *» cnaportcr à tous vents, au lieu de » nc chercher que le bien des ames. m Ce qui les all fort animez con- » tre moi, eft apparemmont un livre » que j’ay compoie depuis pen furcet- » te maticre par les ordres rciterez de » mon Supcricur, ou j’ay fait voir que » ces Peres Miilionnaircs de mon Or- m dfe dccournoient aneantiftbient » en plufieurs endroits le vrai fens des » livres dc laPhilofophie dcs Chinois, » par la fignification pretendue litre— « rale, qu’ils leur donnoient en les tra- w duifant; qu’ainfi ils fe trompoient » eux-mcfmcs à plaiiir, jettoient ** les autres dans l’crreur, fe prccipi-
a Confucius (f aux Morts. 249 tant dans un abifme de difficultez, * d’ou Ton nc fçauroit íòrcir. « Jc ne laiíle pas auíTi d’cftre cn « plufieurs autres chofes d’un fenti- « menc oppolé à celui des Jefuites:« mais j’ay travaillé dc tout raon pou- « voir à, concilier les opinions diffe- « rentes-.dc ccs deux Ordres,& à lcs « mcttre parfaitement d’accord pout « faire cciTer lcs fcandalcs parmi le « troupeau du Scigneunafin que nous #♦ attachant exá&ement à une meímc « doòtrine, nous puiflions paroiítrc « auxyeux desGentils de dignes Mi- « niftres de Dicu Se des difpcnfatcurs «z.petr. 4. fidéles dc íês graces. Voilà ce qui « m’a attiré I’inimicic des Religieux « dc mon Ordre, cc qui les a porte « à mcdécrier, àfe déchaincr contre « moy, Se à faire des intrigues pour « me perdie, commc íi j’eilois un » payen Se un publicain. •• Cependant le Pere Provincial ar- « riva à Manille avec un air mena- « çant Se uri cfpric irriré. J’allay luy « rendre viíite: il me rcceut avec des « L v
150 Eclairciffuries hoHneurs rendus » paroles plcines de mépris & d’011- » trages me traitant comme Ton infe- « rieur, & me faifanc dcs repriman- w dcs des reproches comme à un « criminei coupable de peché mor- » tel. « II me demanda d’abord com- » ment j’avois eu la hardieflc >d’ac- »> ceptcr l’Epifcopat fans fa perm if- w fion, &: pourquoy j’en avois pris Jcs m marques , fçavoir le bonnet Cleri- » cal & le chapeau verd ? Je répondis w a la premiere qucíHon, que pour » 1’Epilcopat, je l’avois accepté mal- « gré moy, pour obeir au comman- », dement de noftre tres-faint Pcrc *» Ic Pape, & du tres-Reverend Pe- ** re General. A quoi lePereProvin- » cial repliqua, que jamais je ne rc- » tournerois à la Chine, ni comme »> Evcique , ni mefme comme fimplc »» MiiTionnaire. Que ii j’eilayois de ic » faire à la favour de quclqu’un dir » dehorSjilm’oftcroitauparavant l’ha- » bit del’Ordre, &rappclleroittous •> les MilTionnaires de la Chine. A ces
à Confucius & atix Morts. 2.51 paroles jedcmeuray dans lefilence, « pénetré dc douleur , hi perfuadc « qu’on avoic rcíolu ma perte. « Alors coníidcrant que j’cftois un « étranger , charge d’annecs 8i trcs- « pauvrc, deftitué dctoutíecourshu- « main , hai dc mcs proprcs Frcres, « qui nt.chcrchoicnt qu’à me derrui- « re, &: qui ne fe mettoicnc nullcmenr « cn pcinc des Bullcs Apoftoliques, «« ni des ordres du Reverend Pcre Ge- « ncral, dont ils empcfchoicnt 1’cxc- <* cucion; jemis toute mon efperancc « cnDieu , hi je rcfolus malgré moy « de demcurer àManille. C eft dc la « que pour faire fçavoir la peinc hi « 1’embarras ou je me trouvois , j ay « pris la liberte d ecrirc il y a déja « aílez long-temps, au Saint Pere & a « Vos Eminences, rant par la nouvclle *« Efpagnc que par Siam ,ceft-à-dire « par la voye desllluftriilimes Sc Rc- « vercndiílimes Evêques d:Héliopo- « lis, de Metellopolis hi. d’Argolis,« afin que Sa Saintete hi vosEminen- « ces euilenc la bontc dc pcnfcr a f*
Z) i Eclaircif:furlcs honneurs rendus » m’affifter dansmonextreme dcl'oia- »cion. » Au relic, me voyant ainfi captif » !k comme aneanci, je pris patien- > ce,&:je demeuray encore quelque > temps dans le Convent dc Parian, . pour voir ft l’Aflemblee du Cha- > pitre, qui fc devoit tenir ih ce - temps là, nc me feroit point naif- > tre quelque jour pour fortir d’un ■ cilar li pitoyable. Mais helas j jc vis ■ bientoft qu’il n’y avoit point d’au- ■ tic reflource que de ne m’en pro- ■ mettle aucune du code des hom¬ ines , defquels il n’y avoit point de lalut à efperer pour moy; rant lc cocut dc mes freres eftoit endurci à mon égard. Car le Chapitre s’c- tantallhnbléle 2.ie. d’Avri! de cette arinéc 1684. on y a fait paroiftrecn- core plus d’emportement &: dc vio¬ lence contre moy ; ce qui m’a fait craindre quelque nouvelle tem- pcile. J’avois de juftes raifons de foupçonnci le deflein que ccs Pe¬ tes avoient dc me rcleguer dans la
à Con fitei us Cr uux M or!s. 2. tf Province de Cagayun, qui eft la « partie la plus cloigne de cettc Iile »* de Manille vers le Scptencrion, Si « de m’y laifler cn exil fans affillan- « ce, fans confolation,& Ians efpe- « ranee de rccourncr jamais àla Chi- « nc. Lcur penfée eftoic quebientoif « je fim.ois la mes jours accablé de « chagrin Si d’annecs, Si qu’ils fc dé- »« feroient ainii de moy, me regardant « fans fujec, commc un ennemi de « monOi drc.Cctcc cruellerefolution « vine enfin à ma connoiflance. C eft,i pourquoy fuivant lc preccpte du « Sauvcur, j’ay pris le parti de me ca- n chcr;&cn ayant trouve l’occafion, « 3 ay difparu , Si mc .fuis venu met- »• tre fous la protection du Docteur « D. Diego Calderon, Si Serranoau- « jourd’huy Doyen de cctte Audicn- « ce fouvcrainc du Roy d’Eipagne « aux Philippines. Cc Seigneur m a « reccu avec beaucoup de bonte, & « aprés avoir traité de mon affaire « avec fes Collogues dans 1 Audience « Royalc, il m’a mis fous la garde ties •*
ij4 Eclair cif.furle honneurs rendas » dcsPeresAuguftinsdu célebre Con- » vent de Manille, dit de S. Paul,ou je » dcmeure prefcntemcnt comblédes >» favcurs continuclles de ces chati- * tables Rcligicux ,‘cn attendant que m tout foit difpolc pout nion retour » à la Chine. J’cfpcrc que ce fera » bien-toft, par le feours que me u donnent les Percs Provinciaux des » autres Ordres, & fur tout le Re- » verend Pcre Jofeph Duque Pro- « vincial des Auguítins, qui s’intc- » refle plus que perfonne à ce voya- »* ge. Jc fouhaite à Vos Eminences » Illuftriflun.es une continuelle prof- « perité pour le bien de la íainte « Eglifc Romaine. A Manillc le on- >• ziémc de Juin de 1’année mil fix « cent quatre-vingt-quatre. De Vos Eminences, Le tres-humble & tres-obci'ilant ferviteur F. Gregoike Lopez Evefque de Bali- Ice Sc Vicairc Aoftoliquc dc Nankin & de Corée.
a Confucius & aux Morts. zyy Je ne marqueray point icy 'a voi- tre Altcflc Sercniifime, Monfei- gneur, les reflexions qu’il y auroit 1 à faire fur ccttc lettre : parcc que rien néchape à vos lumieres &: à voftre penetration. Permettez-moy feulemcnt d’ajouter un mot d’e- clairc.iTement fur ce que D.Grcgoi- re Lopez dit qu’il n’cftoit pas cn tout de l’opinion des Jefuites. Cc n’cft pas qu’il leur fuft contraire en ce qu’il y a d’eflcnticl dans ccttc dil- pute; qui eft de fçavoir ftConfucius & les Morts font des Idolcs; ft les, honneurs qu’on leur rend i la Chi¬ ne, fuivant les loix dc l’Empire, font un eulte rcligicux •, ft cc qu’on met devant leur nom ou leur figure, doit eftre regardé commeunfacri- fice. Car on fçait aflez que, s’il euft cfté cn cela du fentiment de ceux d’entre les Dominicains, qui fai- foient pafler les Jefuites pour des fauteurs d’Idolatrie, il n auroit pas approuvé la conduite des Jefuites ni fuivi leur exmple; & que s ^ eu^
z/ Eclaircif. farles honneursrendus cru ccs Ceremonies fuperfticieufes, il nauroie pas permis anx Chreí- eiens, quiclloicnc fousfa conduite, de les praciquer. Or il cft conftant, Sc nos advcrfdires n’cn difeonvien- nent pas, que ce íainc homme n’a jamais faie aux Chrcílicns aucun fcrupule de ccs pratiques, ni uvanc fon Epifcopat, lorfquc tous les Mii- íionnaircs eílanc en prifon à Canton# durant la períecution d ’fdTK-tjuam- fasn, il adminiílroit prefque íeul les Sacremcns aux fideles; ni depuis ce temps-là, lorfqu’cn qualirc d’Evei- que&de Vicaire Apoftolique, il a eu le pouvoir Sc lautorité de défen- dre ce qu’il auroit regardé comme une impieté Sc nn facrilcgc. Bicn loin dinquiecer furcelales Jefuires ou leurs Chrcílicns, il a permis les inclines chofcs àceux qu’il condui- foir. Je displus; lorfquc le refpcdt Sc labienfcancc lc demandoiene. il alloit luy-mefmerendre aux Mores les devoirs fúnebres, done nous avons parlé.
<1 Confucius & nux Morts. 157 Une conduite fi fuivie&fi uni¬ forme fait aílêz voir que, s’il cí- toit d’un fentirnent different de 1 ecluy des Jefuites, cc n’eftoit que ílir des quertions incidentes, qui nc regardoient perint lc fonds ni 1’eílentiei de ccttc controvei fe. Au- trçmeòt ni ccs Dominicains, dont i! parle, nc 1’auroient pas traité , comme un cnnemi de leur Ordre & comrne un prophanc; ni les Je¬ fuites nc Tauroient pas toujours regardé, ainfi qu’ils ont fait; com- mc leur pere & leur protc&eur. Mais e’eft que la diverfite des fen- timens fur des queftions problema- tiques & de peu d’importancc, n empefchoic pas ccs Miflionnaircs d’avoir pour ce faint hominc rout lc refpeft &c toute la foumiflion qu’ils luy devoient •, ni cetEvcfquc de regarder les Jefuites, comme dc vcricab'cs Miniilrcs de l’Evangi- lc, qui enfeignoient aux fidcs li¬ ne doctrine pure &C fainte, & qui faifoient par tout de grands fruits
158 Eelaircif.fhrles honneurrendus dans cctte Miffion. Car c eft ainfi qu’il cn parle dans fes lettres, & en- . tr aucres dans celle qu’il écrivit dc la Chine le dixiéme de Septembrc de 1 annee 1686. auxCardinaux de la mcfme Congregation, ou il leur propofe la plufpart de ces Jefuites, commedcs ftijets qu’il juse-diencs de l’Epiicopar. Je nc vois qu’unc fcule chofc, Monfcigneur, qui puft diminuer dans refprir de Voftrc Altelle la force de cc témoignage. Ce feroic dc dourer, ftD. Gregoire Lopés ef- toitcfte&ivement plus habile dans Ja connoiftance des livres Chinois par raporc à la matiere, done nous , parlous, que ceux d’entre fes con¬ freres , qui luy cftoienc oppoicz; bC | ft le chagrin de fe voir ft maltraité n’auroit point quelque parta lama- nierc dont il parle d’eux, lorfqu’il I les reprefente comme des novices ou des ccoliers en fait de langue, qui detournoient & aneantijjoient en plu- Jieurs endroits le vrai Jèns des livres
à Confucius & tux Moris. a 5^ de la Philofophie des Chinois, fur la fignifcation prétendué litterale quits leur donnoient en Lcs traduifitnt, fe tromfant ainfi cux-mefines à plaifir, & jcttant les autres dans I’erreur. A ccs deux foupçons, Monfei- gneur, je pourois oppofcr deux prc- jurrez qui vous paroiftront bien fores, l’un, que ceux, qui auroient inccreil de rendre icy fufpc&e la vertu & la bonne foy de ce Rcli- gieux, luy font la jufticc de publier que e’eftoit un tres-faint homtne, dune douceur charmante & dune fimplicité merveilleufe : cara&ere bien oppofé à celuy qu il faudroit luy donner, pour croire quén écri- vant à fon Superieur Sc.au Vicaire de Jefus-Chrift, il euft voulu trahir fa confciencc 6c la veritc dans une affaire fi importante. L’autre pré- jugé eft que D. Grcgoire Lopes, comme )e l’ai deja remarque, eftoit Chinois naturelj qu’il avoit demeu- rc toutc fa vie a. la Chine •> que de- puis. quarante ans qu’on difputoit
i6o Eclair cif.fur les honneurs rendu-' fur les ceremonies du pays, il avoit efté temo in de toutce qui fc difoic do part & d’autre 5 & qn’il eftoit beaucoup mieux inftruit de cctte matiere que ceux dc fes confreres, qui eftoient du fentiment oppofé aux Jeiuites. Ainii ioit qu’on repat- dc la connoiflànce de la Iangfàe Chi- noiie, d’eu dependia déciíion de cctte queftion; foit qu’on fade at¬ tention à la matiere, dont il s’a- gifl'oit,la préfomption eft touteen- tiere de Ion cofté. Mais nous n’en ibmmes pas re- duits, Monfeigneur, à de fimpics peíomptions ou a des préjuwoz : vous voyez par la lectrcquece Rc- ligieux écrit à la facrée Concrcga- tion qu’il avoit eu ordre defes fupe- ricurs dc la Million de la Chine d’e- ’ crireiur Jes points contcftcz entre cux &: lesjefuites:& nous apprenons dune autre lettre qu’il écrivit à fon General le quinziéme de May de Januec 1684. que e’eftpar unc de¬ liberation commune des Million-
à Confucius & aux Morts. 161 naircs de fon Ordre qu’il fut choiii, comme lc plus capable de s’en bicn acquirer. Voicy les propres paro¬ les de cctte lctcre fidellemcnc tra- duites. Cccte refolution eftant prife , « (qu’il accepteroit I'Epifcopat & la" qualité de Vicaire Apojlolique) on " travailla premierement à procurer « la paix, l’union, & la bonne incclli- « genc.c entre les Peres Miifionnaircs « dc noftre Ordve &: cenx de la Corn- “ paonie dc Jefus, touchant les dii- “ putes, lcsécvits&les informations « pour laCourdeRome fur certains « points,quircgardcntle culte &: la « Religion, par rapport i ce qu’on « appcllcIcsTemples dcs DoCtcurs dc « la Chine &: dcs Anceftres. Sur quoy « on conclut que les plus anciens Mii- « lionnaires dcs deux Ordres, qui cf- « I toient dans cctEmpire, &: moy en « particulier comme cftanc Chinois « naturel, fort age , Miifionnaire dc- « puis quaranteans, qui aveclacon- « noiflancc dcs caracteres, dcs livres
i6z Eclaircif. fur les honneurs rcndtts m claífiques &: dcs fcienccs du pais, »» avois 1’expericncc dc ces fortes d’af- .» fairesj nousferions chacundenof- ** tre cofté nosécrits,nos informations »> & nos manifeíles, dans le deífcin de » convenir fur ce qu’il y auroit dc m plus certain cnccs matieres; & qu’- w aprés que j’y aurois fouícrit. on re- « prefentcroitpour laderniere fois à » ia Sainteté leftat des chofes, afn » qu’il luypluíl marquer, à quoy l’on »* s’en devoit tenir; & que par ce M nioyen nous viífions la íin dcs fean- » dales que caufoient ces difputes, » an grand dommage de pluíicurs ” ames. La chofe sexecuta comme ” on 1’avoit projcttéc. Je pris fur moy ” ce travail, j’y donnay toute l’ap- » plication que demandoit 1’impor- ” tance de 1’affaire, la regardant com- ** me mon affaire propre, parce que ” jc me voyois chargé dc la conduitc « desames. MaisquelquesReligicuX » denoffre Ordre & de noftre Miifion, " jeunes gens fins experience, venus « depuis peu dans cet Empire, qui
à Confucius dr aux Moris. i6$ ncn fçavoient Sc qui n’en fçavcnt « pas incline encore parlcr la langue, « beaucoup moins lire Sc entendre les « livres clalliqucs, jufqucs-là qu’un « d’eux a quitté la million; qu’un au- « He a voulu en faire aucanc par de- « fefpoir d’apprendre cette langue; « cesRe^gicux, dis-je,voyantquc fur « Certains articles je contrcdiiois cc <• Su’ont penfé &: ceric quelqucs Pc- « res de nofhcOrdre, quoique je l’aye « fait par 1c fcul amour de la veritc, Sc •*
2.(í4 Eclaircif. fur les honneurs rendus rapporcàla matiere, dontil s’agir, nauroit-on pas raifòn de regarded cequ’ilen diroit,comme nnc dcffai- te inventée aprés coup & fans raifòn pardes gensqui one intereftà par¬ lor ainfi de ce grand hommc. Mais cetce démarche feroit aíléz •. inutile, «à moins qu’en le c'jndam- nanr, on nevouluft auííi condam- ner Ie plus grand nombre &les plus confidcrableiMillionnaircs de 1’Or- dre de faint Dominique , qui juí- qu’alors avoient travaillé à la Chi¬ ne i puifqu’ils ont eu les mefmes idées que D. Grcgoire Lopes, SC qu’ils nefe font pas moins déclarez que luy pour le fentimene & la prati¬ que des Jefuircs. Pour cn eftre perfuadé, Monfei- gucur, il nefautquejecterlesyeuX fur les réponfes du Pere Jean de Paz, celebre Dominicain de Manille. El¬ ies font dans lafecondc partie de ti dcjfenfe des nouifeaux Chrefiiens & ÍJZ‘ 3*4- des Miffionnaircsde la Chine. Ce Do¬ minicain eftoit un habile Thcolo- gien
à Confucius dr uux Motts. gicn, qui s’eltoit diftinguc par Ton „ erudition dans l’Univerfite dc Ma- „ nillcjdont il avoit cftc deux fois Re- « 1 &eur. II eftoit coníulté,non-íeulc- « ment des Philippines, ou il demeu- « roit, mais encore de tout l’Orient; « & lesVicaires Apoftoliques deSiam, « du TOnquin &: dc la Cochinchine « s’adrcil'oient fouvent à luy. On le « confideroitdans Ton Ordre comine « tin homme du premier merite , il « en avoit rempli les plus confidera- « bles emplois, car il avoit gouverné « le fameux Convent de faint Tho- « tnas d’Aquin de Manille, & mcfmc « toute la Province avee beaucoup dc « fageile. Commc tous les Domini- « cains, qui alloicnt ala Chine, par- « toient des Philippines,ils y avoient « toutes leurs correfpondances r ils y « envoyoient tous leurs memoires Sc « I toutes leurs relations, &: ceux d’en- « treeux qui quittoient cette million, « fe rctiroientordinairement àManil- « le. Ainfi il n’y avoit pas de lieu au « mondcjou Ponfuil mieuxinitruitde * Tome III. M
i66 Eciaircif. furies honneurs rendus. ce qui fe paiiòit à la Chine, Scfui touc des difputes, dont ils’agic. Le Pcre de Paz en avoir une parfaite connoiil'ance, & il avoir vú tout ce que les deux partis avoicnt ccrit fur cctte importante queílion. Voicy comine il s’en explique aux Miífion- naires Dominicains àxxTonqua, qui 1’avoient confulté fur leurs douces. véfenfe „ Jc tiens pour conftant, dit-il, clu on ne regarde point Confucius chreftitmj» comme un Dieu dans le Tonquin, s- P,nt- „ au moins felon 1’idéedu public. Ce u qui m’en fait juger ainli , clt que „ dans la Chine , ou cePhilofophe a u vefeu, ou fa dodrine a toujours cílc, u comme elle cft encore aujourd’huy, „ en plus grande eítime que par tout „ ailleurs, &c d’ou elle s’eft répandue „ dans le Tonquin aulli-bien que dans t, les Provinces voifines: à la Chine, /> dis-je,on neluyattribueneanmoins „ ni la divinité, ni aucune puiflance „ plus qu’humajne, fnivant lacréance #1 commune de ceux du pays. « Cell ce que j’ay fccu avec cerci-
à Confucius dr aux Morts. x6y tude par pluíieurs relations des Re- « ligieux dcnoftre Ordre, qui dcmcu- « rent dans ce Royaume-là. Car ils « aíleurenten premier licu,quequand <* íesChreftiens proteftent enprefen- « ce, des Gentils de nc rcconnoiftre « Confucius ni comme unDicu, ni « comrje ayant aucun pouvoir, mais « implement de 1’honorer comme « Dodeur; ceux-cy les écoutent fans « s’offenfer dun tel difcours. c, En fecond lieu on trouvc dans « Çes relations de nos Religieux dc la « Chine qu’un Neophyte ayant un « ]our protefté cn prefence de plu- « fieurs infideles, qu’il ne pretendoit « rendre à Confucius que ce qu’un « difciple rend à fon maiftre, & non « pas l’honorer, comme ii e’eftoit un « pieu, ou qu’il puft quelqucchofe: « a Qc difcours les Chinois eclatans « de tire , Penfez,- votu done, luy di- ** rcnt-ils aucun de nous attribu'c rien ** de tout cela à Confucius ? nousfçavons « aJfef cjue e’eftoit un homme comme »« nous autres, dr ft nous luy tendons «
z68 Eel air cif fur les honneurs rendu s w nos reflects , cejt /implement comme » des dijciples à leur maifire, en 'vetiê » de la doctrine excellente qu-il nous t » U ijfée. » Enfin les mefmes Rcligicux rap- » portcnc quc ii quelque Chrcftien du •I nombre dcs gens de lettres nc fc .» crouve pas felon la couftumC^pour w faire ces inclinations profondesde' .. vant le nom de Confucius,les Gen- » tils à la vetité l’accufent d’eftre in¬ i' grat envers leur maifire, maisnon « pas d’avoir peu de religion, ni d’ef- » tre infidele ielon les principes de » leur fe61c. w A quoy il faut ajouter que les » fçavans de la Chine Infidcles font » ordinairement profeflion d’Atheil- »» me, ne recon noiflant aucune fub- w fiance, ni aucune vertu que celles » qui tombent fous les fens, de mef- » me que les Saducécns qui nioient « la refurrcâ:ion,& qui n’admettoient *> ni Anges ni efprits. Or il n’eft p*lS » poiTiblcqu’eftant dans cette perfua- » fion , ils croyent que Confucius,
à Confucius & aitx Morts. 169 qui eft more depuis long-tcmps, ou « Que fon ame íoic en eftat de leur « rairedubien , ni quiJs cfpercnt de « luy quelque cliofe. « Puis done que ceux qui s’atta^ « client particulieremcnt à honorer « Confucius, &: qui entrent pourcec « cífec ans cc qui s’appclle fon tem- « ple ou fa falle , font des gens de « lettrcs,c’cft une confcquence nccef- « faire de dire, que fuivant lc fenti- « tnent public des Chinois, il n’cft re- « gardénicommeDicu nicommere- « veftu d’aucun pouvoir : ceux-mcf- •* mes, à qui il appartient propre- « ment de lc reverer, nc reconnoif- « fent en luy rien de fcmblable. - « Quelques pages apres, lePcrede Paz ajoute,quc ccqu’ilvient de di¬ re , qu’a la Chine on n’attribue à Confucius ni la divinité ni aucun Pouvoir , il lc dit felon le commun ihid. rapport des mini [Ires de 1'Evangile, 329- qui font a la Chine. II parle de ecux de fon Ordrc qu’il Et aillcurs, fur la avoit deja citcz. fcptiéme deman- M iij
170 Eclaircif. furies honnears rendas «3e touchant le culte des Anceftres, fçavoir s’il n’y avoir point d’idola- trie dans les honneurs qu’on rend à ces petits tableaux, ou font écrits leurs noms; parce que les paycns,di- foit on,s’imaginent que les ames des defunts s’y trouvent rccllcmer t pre- fentes, il témoignenecroirenulle- ibid. ment 1c fait. Pourmoy, dit-il ,jefuis convaincu que ces Payensne croyentpas celt non plus que les Chrefiens ou qu~ au moins ce n'ef pas leur commune opinion i car pouríuit-il, puifque U plufpart pretendem que les ames ne font ni des efprits ni des ejhes im- mortels, comment pourroient-ils croire qu’apres la mort du corps elles fujfent encore dans ces tableaux. Ce que je dois faire icy remar- quer a Voftre AlteíTe Sérenifíime, Morifeigneur , c’eft qu’il ne s’agit pas feulement du fuffrage particu¬ lar dece fameux Dominicain, qui feroit dun grand poids,eibant auf- íi éclairé & auili inftruit qu’il YcC- toit; mais du fuffraqe commun dês
í? Confucius & âu$ UoYts. z?i Miiíionnaires dc lon Ordre,com¬ ine il l’afleure luy-mefme. Le te- moignage de cet habile do&eur eft d’une autorité d’autant plus gran¬ de , qu’il avoit leu & examine rou¬ tes les relations des Dominicains, qui eftoient dans des fentiments conúaires aux ]eiuites,& tousles mernoires de ceux, qui leur eftoient favorables; 8c que e’eftoit fur ces pieces authentiques, qu’il avoir pro- noncé en faveur de des derniers; comme on n'en peut dourer apres ce que je viens de dire. II faut done que le Perc de Paz ait regardé ceux, qui eftoient oppofez aux Jciuites, comme des gens, qui ne meritoient pas qu’on fift attention i ce qu ils difoient; puifque fans y avoir aucun égard, il a tenu pour conftant ce que les partifans des Jefuites fou- tenoienr. Or il eft evidentque,fi parmiles auteurs de ces relations, le Pere de Paz en avoit connu quelqucs-uns , qui cuftent cu la reputation d eftie M iiij
zji Eclair cif.furles honneurs rertdus aílez habiles, pour balancer Pauto1* rité du parti contraire ; il nauroit pas dir ablolumenc & fans reftri- dion, comme il a fait, que cc qu’ils conibattoient eft une chofe certai- ne & inconteftable. Il faut done que ce Pere fuft perfuadé, aufli-bien que D. Gregoire Lopez , que ccuMif- fionnaires oppofcz aúx fentimens desjefuites n’avoient nil’experien- ce ni la capacite requife, pourren- dre mcfme leur opinion probable, & que e’eftoit des gens , qui eon- damnoient ce qu’ils n’entendoient pas. Au rcfte le Pere dc Paz n’eft point le feul garant qu’on ait de ce fait important. Le Reverend Pere Do¬ minique de flint Pierre, autrement dit Sarpetri , fameux miflionnaire de la Chine,eft un témoin irrépro- chable,que lc plus grand nombre des Peres Dominicains de la Chine eftoit du fentiment des Jcfuites fur ce qui regarde Confucius & les Morts. Son témoignage eft dcciftf.
à Confucius & mix Msrts. 273 On cn peut juger par ce que j cn vais dire. Durant la perfecution d'Yam-qua- 5 Jicn, ce Religieux fut relegue a Can- £» 106}. ton avec les autres Miflionnaircs, On les mit tous dans la mail on des Jcfuites j 011 on les tint enfermez pendant cinq ou fix ans, Durant un fi long fé jour, ils firent entr’euxdi- Vcrfcs Conferences fur les affaires de leurs mifiions. Le Pere dc faint Pierre ,qui s’y trouvoit avec les Pe¬ res Navarrette Sc Leonardi fes con¬ freres , propofa la queftion, qui re- garde les honneurs qu’on rend a . Confucius Sc aux Morts. On di - , puta , & l’on parla beaucoup fur cette matiere. Enfin apics tine’ longue difcuflSon , de vingt-trois qu’ils eftoient , vingt conclurent que le parti le plus fage qu’en pou- Voit prendre , eftott dc s en ^cnir aux réponfes que la facrce Con¬ gregation avoit données en 1656, fur les demandes du Pere Mam- ni Jefuite Sc que le Pape A’.exaa- Í ,
Z74 Eclaireif.Juries honneurs rendus dre VII. avoir approuvées. Par ces réponfes on permettoic aux Neophytes 1’ufagc des ceremo¬ nies, dont nous parlons. Le Pere Navarrette Dominicain fe declara concre ce fentiment; & aprés l’avoir long-temps combattu de viveyoix, il entreprit avec le Pere Antoine de faintc Marie Francifcain de le faire encore plus fortement par écrit. Cette declaration duPercNavarret- te donna lieu à de nouveaux écrits. Le Pere Brancati Jefuite , l’un des plus anciens MiiTionnaires de la Chine cn fit un fi folide &; fi con- vaincant, que le Pere Navarrette ouvrit enfin lcsyeux àlaverité, &£ fe rendit. II alia trouver le Pere An¬ toine de Govea Vice-Provincial des Jefuites, & apres luy avoir avoiié dc bonne foy que la folidité des raifons du Pere Brancati 1’avoit perfuadé, il luy mit en main le jour mcfme facie fuivant.
I a Confucius dr urtx Morts. 2/> ACTE donnt au Fere Antoine de Goveaje- Juite Vice-Provincial de la Chine far le Reverend Fere Dominique Navarrette Suferieur des Religieux Dominicains , frifinniers four la Foj a Canton en 1669. M On Reverend Pere, Comme voftre Paternité fera« peut-eftre bicn aife de communi- « I quer cctte affaire au Reverend Pere « Vifiteur, je mets icy par ecrit ce que « je vous en ay dir aujourd’huy de vi- « j Ve voix : fçavoir que pour ce qui re- « garde les Morts, les écritcaux, & tes « ceremonies funcbres,nous fuivrons « au pied de la lettre,fansnous en éloi- «* I gner d’un feul point, tout ce qui fut «■ arrêté dans RaíTemblée de vosPeres, « qui fe tint à Harn-tcheou , an mois « d’Avril de Tannee 1641. A Regard « de Confucius nous permettrons ce « que vos Peres permettent de prati:- « M V]
176 Eclaircif. fur lei horiíieUrs yetldus „ quer en retranchant Ies deux cere- „ monies folcnnelles que la Compa- „ gnie nc permet pas non plus. Et a- » fin que tout fc paíTe dans un eíprit m de charité , Òc que Ton voye que „ nous fommes dans les mefmes fen- „ timens, il fcmble qu’il eft à propos „ de fpecificr tout cecy dans l’adcord 3> que nous faifons. m Pour les nomsÇhinois dcCham- » ti & des efprits, eftant afteurez que « la chofe a efté propofée à voftre „ Reverend Pere General, & comme „ je cróis auífi, a la facrée Congrcga- „ tion de la propagation dc la foy, », nous en attendrons la reponfe : « jufqu’a ce qu elle foit venue, nous ^ « nous conformcrons à cc qui a cC- „ té reglé parmi vous. Si vous ju- a, gczà propos dc changer,nous chan- | 3> gerons auífi, on nous evitcrons de j w parlcr dc ces matieres : dumoinsfi 3j nous en parlons, ce fera dc telle ma- » niere, qu’il n’en arrivera point de » trouble. Que s’il fe prefente à l’a- w venir quelques nouvcllcs difficul-
a Confucius & auxMorts. 2,77 tez, on ne terminera rien fans I a- « voir propofé auparavant à ccluy, « qui fera pour lors Vice-Provincial: « de cettc Million. Par ce moycn tou- « tes chofcs pourront s aceommoder ** al’amiable &: fans bruit. Plaife a « Noftre-Seigneur de conferver vo- <« tre Çàternité, corame je le fouhai- tc, Sc que ce foit avec un grand pi o- « grés &: avecun grandaccroilfetnent « de la Million. Cez9. dc Scptcmbrc « de 1’année 1669. Lc rres-humblc icrvitcun. de Voftrc Paternicc F. Dominique Na- tarrettE- Cettc demarche duPereNavar- rette donna de la joye aux lelui- tes, dans l’efperancc que tous les Million naircs ,eftánt du mcfmc fen- timent, agiroient de concert,tra vaillcroient avec unc nouvelle ar¬ dour au.falut des Ames. Quoyqu 1 -• fuflent dix-neuf Jeimtes dans la prilon de Canton, aucun d cux n a-
Eclaircif.fur les honneurs fendas voicentendu parler de Tadembléc de Ham-tcheou , que citoic le Pere Navarrette, ni des réfolutions qu’- on y avoir prifes. Lc Pere de Govea chcrcba inutilement l’afte de cerre aflemblée dans lcs archives de la Compagnie, il ne l’y trouva ppint, Ainíi il pria le Pere Navarrettc de vouloir bien le luy communiquer. Ce Pere le fit, & voicy Ia traduftion de la copie EfpagnoIeqtPil luy don¬ na, ajoutant qu’il en avoir une en Porcugajs * mais qu’il avoir des rai- íons pour ne la pas montrer. COPIE de ejuelques points arrejlez, dans une uijjemblée des Peres de la Compa¬ gnie de Jefus en la vi lie de Ham- tcheou, Cap:tale de la province de Cbekiam au mo is d' Avril de l‘an- née 164.2. „o N a delibere fur ce qui regar- » de les dcfunts, fur lc Tiao, & fur les *» complimcns de condoleance, qui
à Conflict us & aux Morts. VJ9 font en ufage parmi lesChinois ala « mort de leurs amis. Le fentiment « des Peres a efté quo nous fortunes «*- tous obligez d’expliquer ncttemcnt ** aux Catechumcnes ccrtaines cho- «« fes, qui font des abus &£. des fupcr-«» ftitions manifeftes,corame font cel- - les-cy^i0. Oft'rir des prieres anx Ido- « les.zo.Tirer au (ort devant lecer- « cuéil de leurs morts. 3°.Leur deman- « f der fecours pour foy, pour fes en- « fans & fes petits fils , on fuppofer qu’ils foient en eftat de lc donner. « 4°. Croire quc leurs ames fe trou- « vent dans les petits tableaux , ou « leurs noms font ecrits, & non pas«» ■ en paradis ou encnfcr. 50. Lcuro - •* t frir des viandes , s’imaginant que « ces ames en gouftcnt, ou qu elles le <• repaiífent de la furr.ée, qui en fort, « * oude cellc des parfums. 6°. Brufler « de la monnoye de papier dorc, & « i Chofes femblables, comme fi ce- « la pouvoit leur fervir dans 1 autre » itionde. x Et parcc que cc font-la autant»
2,8o E ciai rei/'.furies honneurs rendus „ d’erreurs evidentes, nous fommcs „ obligez de Jes détromper , & de „ leur faire entendre qu’on ne leur „ permet {implement que les civilitez. „ & les ceremonies de pure police, „ établies pour marquer 1’obéiíTance „ & lcrefpeft qu’on doit à fes parens* » comme s’ils vivoient encore, ain- „ íi qu’ils 1’expliquqpt eux-mefmcs » dansleurslivres: sii su jú vàm jilsú » 99 99 99 » & çien. Au regard des compliments de condolcance, l’avis des Peres a cílé qu’on les pent permettre dela ma- nicre qu’ils fc pratiquent, comme on l’a fait jufqu’iey. Quelques-uns* ontdit qu-’il nelesfalloit permettre,. que quand on nc pouvroit pas fai¬ re autrement; mais que s’il y avoir quelque fujet de douter, nonsde- vions toujours tafeher d’introdui- re , autant qu’rl fera poflible , les- coufíames de 1’Europc &: les fubíli- tucr à celles de la Chine. Pour le Tiao, qui confifte à ac- compagner les complimens de eon-
a Confucius & ciux llorts. z%z doleance , de parfums 6c de bou- •» gies,avec de profondes reverences devant le defunt 6c dcvant ies pro- chcs : l’avis comxnun a eile qu on le pouvoit permcctre aux Chref- tienSjComme on a fair par le paile. Quelques Peres oncdit qu’ilfalloit “ en uiCr avec circonfpe&ion, 6c que, “ quand on ne pourra pas s en diipen- fer, il vaudra mieux pour l’ordinai- “ re, fur tour files parens, qui nous « invitcnt, font Chreftiens,aller re¬ citer desprieres dans leurs maiionsy 6c leur faire enfuite de bouche les “ cbmplimens de condoleancc : s ils font pauvres, leur donner quelques aumones, quelques paftilles, ou des “ bftuoies ordinaires, afin qu’ils les “ faiTcnt brufler devant une image “ pour les ames de leurs defunts. 11 fera bon d’introduire dans ces - nouvelles Chrefticntez l’ufage deja « ctabli dans plufieurs Eglifes, qui eft d’inftruire les Chreftiens , quand - leurs parens font morts, de mettle f* quclqucL image ou du mions unc * t
181 Eclair ciffuries honneurs rcndus * croix, ou un nom dc Jefus fur la ta- " ble ou bruflent les parfums, & dc- ” vant laquclle on a couftume de ie *> prolterncr. w De plus on a delibere, s’il ne fe- » roic pas à propos d’ajouter quelque w chofe au catéchifme ; & Ton eft « convenu qu’il feroic bon er. prc- « micr lieu d’cxpliquer un peu plus ” lcs rnocs Tien chit kiao yao, commc »> l’avoienc remarqué les Peres du ” Nord. 2.0. Sur ces paroles , defcendit " ^/'«jQ'mjd’expliquerdavanrage ce " que c’eft quc le Paradis, f. d’ajou- •» ter les ncufmaniercs, dont on peuc » participer aux pechez d’autruy, SC " les douzc fruits du faint Efprit, ** comme dans les Catéchifmes 3e 1 * l’Europe, telsqu’on les a prefcnte- ** rnent en Portugais. *» On a encore efte d’avis quc nous " fuflions tous conformes dans la ma- ” niere dc fupputer les fept ages du ** monde, nous attachanc à celle du *’ MartyrologeRomain,fuivantla dc- ** claration& 1’approbationdcsTbco-
it Confucius & aux Morts. 2.83 logicns deRome qu’on nous envoya «» en 1Í40. tant parce que c’eft l’uia- « ge dc l’Eglife, quc parcc que cette « iupputation s’accorde mieux avcc « les Annales de la Chine. De plus on «* a réfolu que dans les livres,qui font « dcja-imprimez , on corrigeroit ce « qui icfoit neceftaire pour cclaraftn « dc ne point donner occaGon aux *• Chinois de rcvoquer en doute ce « qui regarde noftre faintc foy , s ils <► voyoient quc nous ne fuilions pas « d’accord fur un point auifi conGde- « rable queceluy-la. Or voicy com- « me on compte les années dans le « Martyrologe au 15® Decembre jour « de la Nativité de noftre Seigneur Je- *» fus-Chrift. Uannée dcpuis la creation du mon- *• de. 5199“ Depuis le deluge. 2-957 " Dcpuis la naiflance d’Abraham. « z o 15 •• Depuis Moyfc & la Gertie dcs Ifrae- *« " litcs de l’Egyptc. 151 o « Dcpuis '-,,,e David fut oint Roi. **■ 1032.
i$4 Eclair cif.furleshonneurs rendu i » Tout cecy eft dans le texte origin » nal, qui eft en Portugais. En foy de ^ quoy j’ay figné cn cecte maifon de „ Canton le premier d’Oiftobre de l’an- » nee 1669. F. Dominique Navarrette. Le Pcre de Govea confuka les Jefuites, qui eftoient avecluy, fur cct écrit & fur celuy du Pere Na¬ varrette. Voicy la rcponfe qu’il don¬ na à ce Pere. R E P 0 N S E d'1 Pere Antoine de Govea Vice-Pro¬ vincial des Jefuites de la chine, fur les deux ccrits precedents du Reverend Pere Navarrette Superieur des Dominicains de Canton. M On Reverend Pere, •> Pour répondte à 1’écrit que Vof- » trcPaternitcm’a mis entre les mains » le jour de l’Archange faint jVIichel,
a Confucius & aux Morts. iSy jour tres-propre pour établir une rt paix folide encre lesMiflionnairesE- „ vangeliques dc la Chine, qui doic n cftre pour eux un grand l'ujec dc re- „ joii-fiance: je vous diray cn premier n Heu que nous recevons avcc touce „ l eftipne &, touce la joye poflible la n réfol-tion fi religieuíe & íi defirée tt qu’a pris Voftre Paternité,lorfqu’el- „ lc vcuc & promet de fuivre la me- „ thode, dant les Peres de la Compa- „ gniedcjefus fe ferventdepuis qua- „ rre-vingtsans,pourprefcher l’Evan- „ gile, &: pour convertir lcsChinois. „ C’eft par le moycn de cette metho- „ de,que feparant le bon d’avec le „ niauvais, lc cultc legitime qui ap- „ parcient 'a Dieu, d’avec la fupcrfti- (< tion &: I’idolatire , on a ouvert la „ porte à tou? les Gentils pour pou- « voir entrer dans 1’jEgliie > on ncle „ pourroit pas faire , fi Ton ne diftin- „ guoit dans les ceremonies &: dans „ les eouftumes de la Chine ce qui „ n’eft que civil, d’avec cequi eft lu- ,< perfticicux. Voftre Paternité expri- ,«
18 6 E cl ain'tf,fur ks honnetm rtndus » me tout cela en pcu de paroles danS » fa declaration qu’on ne fçauroit m trop loiier. Car rout, oudumoins t» ce quily a deplus ncccílaire, con- »»íifte dans lcs honneurs qu’on rend u à Confucius 6c aux Mores. Pour 1 c »» rcílc, il n’eft pas befoin de le fpeci- m fier icy: puifque les Religie-’x de » voítre Ordre 6c dc noitre Compa- m gnie font tous à cet égard pairai* »» tement d’accord. Pour 1’aflcmblée que les Jefuites m tinrent à Ham-tcheou au mois d’A- « vril de 1’année 1641. comme vof- » tre Paternité le marque, aucun de - nous, que je fçachc, n’en a con- »> noiífancc. Le Perc Jean François » Ferrari , qui demeuroit en noftre »» maifon de Ham-tcbéou dans 1'année « 6c mcfme dans le mois «n qucftion, ** aíleurc qu’il ne s’y tint aucune af- w femblée. Peut-eíhe que les quatre .« Pcres , qui demeurerent en cet- •» te maifon aprés le depart du Pcre « Ferrari, traiterent entre eux des * points, done on parle, fans que
a Confucius & MX Morts. z87 Ce fuft une aflemblée reglée. Caríí <* c>cn euft eílé une, ileft conftant que « lc Pcre Vice-Provincial l’auroitpu- « bliée aufli-toft par route la Vice- «« Province ; quc l’original en feroit « denieuré dans les Archives, &: quc « nous en aurions eu tous connoif- « fancc. <* Aprés tout, puifque Voftre Pa- « Bernice cite cerre Aflemblée, il n’y « apointd’apparencequ’elIcn’aic pas « ché faite encre quelques particu- «*. Pcrs. C’cll pourquoy, comme vous «« promettez de iiiivrc au pied de la ««. ftttre ce qu’on y regia,nous rcce- « v°ns avee plaifir 1’oft‘re & la réfo- «« lution de Voftre Patcrnité, parce «* lc contenu de cctte piece eft «* precifement cc que nous avons tou- « )°urs pratique , aufl'i-bien que nos « anciens MilPionnaires : e’eft-a-dire « nous avons permis ce qui eft *« purement Civil ou de Police ; & « Sue nous avons rejette ce qu’il y a « iuperftitieux, foit dans les com- « pbmens de condpleance pour les «
Eclair cif.furies honneurs rendus „ Molts, foit dans les écritcaux, oil „ font leurs noms , foit dans les Ce- j „ remonies en I’honneur de Confu- „ cius. „ C’cft-la ce qu’il y a d’eiTentiel, „ &: de quoy il s’agit entre nous. Le „ rcfte, dont il eft parlé dans cetcte „ deliberation ,n’eft plus uner atiere „ de difpute. (Ce qui fuit regarde /<* /imputation des années depuis la ere a-' tion du monde.) a Au regard du mot de cbam-ti: on » difputa autrefois, ii Ton devoir s’en » fervir pour nommer le vray Dicu > » & quoy qu’il y cult des raifons plau- » iibles de part & d’autre, & que ecu* »> qui croyoientqu’ondevoit s’en ief* ^ » vir, commc les Peres Alfonfc Va~ » gnoni, Jules Aleni, Diego Pantoja »> &RodrigueFigucredo, fuflent des » plus fçavans qu’il yeuft àlaChine, „ fans faire tort à perfonne ; cepen- ! „ dant le Pere André Palmeiro Vi»' m teur ordonna par un preceptc en „ vertu de la fainte obe'iflance, leq»^ » il revoqua auili-toft aprés, ne la»' fant
i Confucius dr aux Morts. 189 fant qu’une iimple dcfenfe, il or- « donna, dis-je , qu’aucun de nos •• Peres n’employait dorefnavant le « nom deC/M7«-//,foitdans la compo- « fition des livres, foie dans les inftru- « &ions ou dans les exhortations; ce « qu’on a garde depuis ce temps-la. « Map parce que le Reverend Pere « Antoine de fainte Marie3, fe pre- « Valant dun traité du Pere Longo- « bardi qu’on avoir fupprimé, nous « a fait un procés fur le mot de Chaw- « condamnant les livres du Pere « Matthieu Ricci &: des autres Jefui- .< tes, parce qu’ils ont dit que par le « niot dc Chaw-ti, on pouvoit cn- « tendre le nom de Dieu; quelques « uns de nos Peres ont cru ciire obli- « gcz de montret par letémoignage *« des livres Chinois, qu’on pouvoit
í9o Eclairciffur les honneurs rendai „ donner ce nom au vray Dieu. „ Pour ce qui rcgardc les deuX M Ceremonies íolennelles, qui fe pra- „ tiqucnt dans la íalle dite de Con- „ fucius, afin d’evitcr jufquaumoin- „ dre danger, & jufquà lapparcncc „ meíme de íuperftition, nous nous w en tenons à ce quont Qbíerv^.nos •> ancicns Peres, qui eft d cn inter- „ dire lufage aux Chreílicns, &: de » leur dcfendre meíme d’y eftre pre- - fens. „ Enfin pour ce que voftrc Pater- u nice rapporcc de 1 aílcmblce de » Ham-tchéou, que les Miílionnaires „ font oblig rz d’expliqucr aux Ca- m tcchum nes les points qu elle mar* w que : nous obfervons lur cela ce „ que la facrée Congregation de la M piopagation de la foy a répondu au „ treizieme doute du Pere Jean Ba- „ ptifte deMoralés. Voicy les termes „ de l’un & de 1’autre. on demande ,filorfque les Catechu• menes font prefts à recevoir le haptef me, les Minijlres de I'Evangtle font
à Confucius & aux Morts. zyi de leur declarer oiivcrtcment & diJhnElement, que les facrijiccs & toutes les autres chofts fufdites leur font défendues ; quand mefme cctte declaration devroit ejlre Juivie de quclque inconvenient : comme par exemple quils ne voudroient plus fe faire baptifer ; qu’il s'éleveroit une ftrfecution ,• que les Minijlres de l‘E- uangile feroient cxilez. ou mis i tnort. L’avis dcs Jfualificateurs a ejlc, que des Minijlres de I’Evangtle font obli- £eZj d'enfeigner qu’il n’efl permis de fcrifier qu à Dieu feul; quon doit rcnonccr au culie dcs Demons & des ldoles i que tout ce qui regarde ce culte n efi que faujfetê, & repugne a la do- riric du Chrijtianjhe : Jur quoy il fiut entrer dans le detail, felon que 1 eff tit du Catechuméne plus ou moins ottvertle demandera, ayant égard cn tnejme temps aux autres circorjlances, a ía co lit ume & aux dangers, qui fourroient s’y nncomrer. yi Canton e v*ngt-troiJiime d’0£tobre de N ij
1$ i Eclair cif./sir les honneurs rendas net mil fix cens foixante - ncuf. Dc Voftre Paternité Le trcs- humble fervitcuE Antoine de Govea. Le Pcre Navarrette ne parla point au Pere Sarpetri ion Confrere de l’accord qu’on vienc de rappor- ter. On nefçait pas ce qui le porta, à en uler ainfi: mais il eft certain quc le Pcre Sarpetri n’apprit cet accord qne quclques jours aprés,&: quece furent les Jcfuitcs, qui l’cn infor- merent. Comme il eftoit de leur fen- timent depuis qu’il s’cftoit cclairci de la verité dans les Conferences qu’on avoit eués fur cc fujet, il vou- lut prendre part à ce quc fon fupe- rieur venoit de faire. Void ce qu’il écrivit &: ce qu’il iigna de fa main au pied des A&es qu’on vient dc rapporter,
à Confucius & aux Morts. DECLARATION du Reverend Pere Dominique de faint Pierre dit Sarpetri, au fujet de l’í- cr it precedent dn Reverend Pere Navarrette fon Superieur, donnée au Reverend Pere Antoine de Go¬ re.. Vice-Provincial des fefuites de la Chine. M On Reverend Pere, J’ay une extreme joye, &: je fu is » tres-édifié des bonnes intentions •• & dc la íainte réíolution de mon ** Superieur le R. P. Navarrette, fur « ee qui regarde la matieres dont nous « avons difputé. Car quoyqucjsc Re- « verend Pere ne m’ait point fait part « de la dernicre réfolution qu’il a « prife, peut-eftre parce qu’il a vou- « In par là mortider le dciir trop ar- « dent que j’enavois; ou pour d’au- f tres raifons dc prudence qu’il au- « ra ciics d’en ufer ainfi: il me iuffit «• N iij
*94 Eclair cif for les homeurs rendut *» pour ma confolacion davoir veu w le papier qu’il a écrit& figné deíã m main , &: que vous avez eu la bori-, « té de mc communiquer. je decla- *» redonc,&: je promets en laprefen- *» ce dc Eticu & de Jefus-Chrift à vof- m tre Paternitc & aux autres Peres , » que j’cxecuterai pon&ucllemc ;t cc m que mon dit Pere Superieur pro- » met dans ccr écrit; parce que c’eft » fa volonté &: celle du Pere Vicai- » te Provincial, qui s’en eft rappor- « té à luy pour fon fufttage; & par- w ce que je fuis perfuadé que çet- * te réfolution eft tres-avancageufe » pour la propagation de noftre íain- •> te foy, & pour 1’union entre les » Miílronnaires des deux Ordres; &: m tres - utile pour remedier au fcan- w dale que l’ui'age contrairc a fait nai- « tre : que cette pratique s’accor- « de parfaitcment avec le jugement *» de ma confcience, les decrets de »» nos Chapitres Generaux , la lettrc ** de noftre Reverend Pere General »» aux Miflronnaires de la Gbinc qui
â Confucius & aux HoYts. 19 j eft imprimée i & qu’ellc eft confer- « me à ce que nous a confeillé & or- « donné le R. P. François de Paulc « Commiilàire du fainc Office, alors •« Provincial de noftre Province ; & « à ce qui a efté réfolu à la plura- « lire <^es voix dans TaíTemblee que « noui einfmes à Lanki 3, tout ce que « nous eftions de Miffionnaires de « 1’Ordre dc S. Dominique; enfin par- « ce que e’eft une chofe que j’ay ar- « demmentdcfirée,&quc}’ay deman- « dée avec beaucoup d’inftance par « mes lettres à noftre Reverend Pere « General & àNofleigneurs Ics Emi- « nentiffimes Cardinaux de la propa- « gacion de la Foy.Fait dans cette mai- « fon de Coiian-chéou-fou b le 4C d’O- « ílobre de 1’année 1669. « F- Dominique Marie de íãinr Pierre. " <* On voit par cet A
Z9& ^claircijJuries honniurs renduf rale la plus nombreufe qu’ils euf- Tent jamais faire en ce pa'is-la , & qu’ils y approuverent à la pluralité dcs voix le fentimcnc des jefuites touchanc les honneurs qu’on rend à Confucius &: aux Mores. Aprés un témoignage auili authentique que ccluy du Pere Sarpecri, cai ne parle pas fur le rapport d’autruy, mais comme témoin oculaire d’une aftairc, à laquellc il a eu beaucoup dc part j je ne crois pas que per- fonne s’avife de s’inferire en faux contre ces pieces. Si cela arrivoir, il feroit facile de defabufer les 1 gens, & d’en venir à une demon- ítration oculaire. Ce n’efl: pas la pre¬ miere fois qu’on s’eft offert à le fai- I re. Durant le procés qu’on fit alio- ] me aux Jefuites, au fujet du livre intitule, Defenjè des nouveaux Chre¬ tiens; c’eft-à-dire durant l’efpace I dc plus de deux ans que lix Com- miilaires examinerent avec foin tout ce que leurs advcrfaircs a- yoienc trouvé à redire darjs ce li-
a Confucius & aux Morts. 2.97 Vrc ; fans que cec examen ait pu donneT actcintc à ricn de cc qu’il y avoir d’eifentiel dans les prcuves que les Jefuices one apportées en faveur de leurs Millions: durant cc procés, dis-je, ii iong &: ii ex¬ traordinaire dans routes fes cir- confances, ceux qui prefentoienc les memoriaux contre les Jefuices, voyant bien que l’A&e du Perc Navarrette, done l’autcur de la dé- fenfe avoir rapporté un cxcrait, eiloit unc piece déciíive pour ces Peres ; prirenc le parti de s’inf- crire en faux dans le i8e de leurs Articles, & demanderent qu’il fufl: rctranché du livre : mais on les ar- refta par cette réponfe, à laquellc il n’y a point eu de Replique. L’Original de cette lettre(c'efll'a- « itc du Fere Navarrette) a eílé montre •• aux Reverends Peres Dominicarns « de la Chine; & l’un d’eux (le Fere •• Sarpetri ) en a donné unc attefta- •» tion en forme que nous avons entre •• les mains avec la copie dcla lettre « N v '
198 EcLúrclffurteshonneursrendu* » mcfme, au pied de laquclle eft Tap- „ probation &: le confinement dudic „ Pere Sarpetri , pour tout ce que „ contient ccttc lettre de ion Su- „ perieur le Pere Navarrettc: parce „ qucce font, dit-il, des choles tres- „ avanrageufes pour procurer le bien « de 1’Eglife, Sc pour reparer le rcan- „ dale qu’a produit la diveríké de „ fentimens; & tres-conformes à la „ raifon, aux decrets de nos Chapitres m Generaux, au refulcat de l’Ad'em- „ blée de tous nos Miffionnaires, Sc „ aux Ordrcs du Reverend Pere „ Commiffiaire du faint Office , qui „ eft prefentement noftre Provin- „ cial. „ Cet écrit eft ftgne de la propre „ main du Pere Sarpetri. Voilà ce „ qu’on répond à ceux, qui font paf- „ fer pour fuppofée la lettre du Pere „ Navarrette , contenant l’approba- m tion que luy & lesautres Peres Do- „ minicains ae la Ghine donfierent u aux fentimens & à la pratique des " Jefuitcs. Ceux qui en foulvneront
a Confucius dr dttx Moris. 199 fiavantage, pourronc voir quelques autres ecrics du Pere Navarretcc , que nous avons cn original, &: qui i fcronc juger combicn on a cu de tort de combattre les Jefuites par nn témoignage tel que lc ficn. Ce font les tcrmes d’un éerit Italic qui fut donné le 7ede Jan¬ vier de l’annee 1693. aux Commif- faires nommez par le Pape, aufi- quels on fit voir les pieces, dont il y eft parle. Comme il s’agit ici d’un point eflentiel, fouftrez, Monfeigneur,que j’ajoute encore une preuve, qui fuf- firoit feule pour faire voir la verité de ce que jay l’honneur de dire à Voftre Altelfe Sereniffime. Le Perc Navarrette ayant pris le parti de fè fauver de fa prifon de Canton, vint a Macao, dans la refolution de re- pafler en Europe. Ce qu’il execu¬ ta peu de temps aprés, íàns s’em- baraifer de ce qu’il venoit de faire, Le Reverend Pere Vincent Ptoc Vicaisf* Provincial des Dominican^ NV);
30o Eclaircif. furies honneurs rendut avoic donné parole a, qu’on s’en tien- droic à l’accord du Pere Navarret¬ te. Mais quelques-uns dc fes Con¬ freres, qui eítoient à la Chine , fi- rent difficulté de s’y foumettre. Le Pere Leonardi, l’un des trois Do¬ minical ns releguez à Canton avcc Jes Jefuites, fur de ce nomb.e. II avoic refufé d’abord auifi bicn quo le Pere Navarrette, de figner l’Ar- ticle,que les Miifionnaires prifon- niers pour la foy avoienc arrefté dans leurs Conferences de Canton, & il nc pouvoit encore s’y refou- dre depuis l’accord : apparemmcnc parce que le Pere Navarrette, s’efc tanc repenti bientoft aprés des a- vances qu’il avoit faites, l’avoic con- confirmé avant fon depart dans fa premiere refolution. Quoy-qu’il en foit, le Pere Sar- pctri, zelé défenfeur du fentiment a Voyczlalettrcquele R. P. Sarpetri tfcrivic i la íãcréc Congregation de la propagation de la foy le u. de Novembrc 1668. elle ell imprimde dans Ia íècondc partie de L defenfe des nouveau* Chrefttem page 116. ,
à Confucius dr uux Morts. jof dês Jefuites, ne fe contenta pas d’a~ voir íigné l’accord conclu par Ton Superieur, il compofa un Traité pour en rendre raifon aux autres Miflionnaires dc fon Ordre, qui eftoient à la Chine, &: pour les por¬ ter à ratifier ce qu’on avoir fait en leur lom.Ily a prés dc dix ans que cc traité a efté rmprimé en noftre langue dans la fecondc partie dc U Vefenfe des nowvtaitx Chrefiiens, fans que depuis ce temps-la pcrfonne, non pas mefme ceux qui y avoient le plus d’intereft, ayent ofé le ré- voquer en doute , ni s’infcrire en faux eontre un monument ii au- thcntique de la verité de cét ac¬ cord du Pere Navarrette avec les ^ Jefuites. Voicy les propres paroles du Pere Sarpctri, comme elles fe trouvcnt au commencement de fon traité. Je m’aflcure, dit-il en farlant de page us, fes Confreres, que lorfqu’ils au-ront bien confidcrénos raiibns5non feu- lemenrils trouvcront quej’ayfuffi-
Jo i Eclair clf.fuv les honntursrendus- m famment juftifie cequi s’eft fait icy? » (a Canton) mais encore ils íèront w bien-aifes,que j’aye£ait unc chofe, » à laquclJe ils jugerontqu’ilseftoicnt w pcut-eftrc plus obligez que moy ? » puifqu’ils ont cfté Superieurs de ». cetteMillion, & que je ne lay ja- » roaisefte.J’cfpereenfin qu’flsfc.ont n exccutér ce que lc Pere Navarrette,. u en vertu du pouvoir qu’ils luy en » ont donnc, a réíblu avec le Vice- w Provincial dc la Gompagnie, rou- » chant les moyens dexonferver Pu- * » nion & la conformíté entre les Mif- «•- iionnaires des deux Ordres. K' 2SS-»> II eft bon de dire en paflant m ajoute-t-il, que quand il n?y auroic » point d’autre inconvenient que cc ». dernier, à ne pas obferver cequi a » efté réíblu dc concert par noftre ». Pere Navarrette avec lc Pere Vice- ». Provincial de la Compagnic, il n’er? *> faudrort pas d’avantage pour nous' * obliger de nous conformcr àla pra* ». tique des Peres Jefuites. » Il marque ailleurs le te^os dc
i Confucius & aux Morts. 505 cecaccord, &aquelleoccaíion on * lc fk. La pluípart des preuves, dit-il> « fur lefquelles ces Peres fe fondent, »ía£e2r9i fone tirées du livre appellé Li-ki, « lc Pere Navarrctte noftre Superieur ««• ayant lu leur juftification dans le « traité du Pere Brancati, il rria ou- « vertete chemin, mc dit-il, je fuis fâ- « ché de n avoir pas feu cela plufojl. « Le Pere Sarpetri finit lòn traité, « coinme il l’avoit commence , par « exhorter fes Confreres àratifier cet « accord. C’eft, dit-il, pour la fatis- u page 31^ factton des Religieux de faint Do- « minique mes freres, que j’ay écrit « tout cecy : &: je les conjure aulíi « pour 1’amour de Dieu, & par la cha- « rite qu’ils ont pour moy, qu’apres <• avoir bien confideré mes raifons, <• òc de quelle importance il eft que « la conduitc des Miniftres de l’E- « vangile foit uniforme, ils approu- •* vent celle qu’on a tenué, & qu’ils « reçoivent avcc joye 1’accord qui a « eftc fait en lcur nom par lc Pere « Navarrctte avcc lc Pere Vicc-Pro-
304 Eclair cif.furies honnCurs rendu s. •> vincial dc la Compagnie de Jefus. Vous voyez bien, Monsei¬ gneur, que pour s’infcrire en faux contrc le témoignage de ce Dominicain, il ne fufhroit pas de le fairepailer pour un ignorant, ou mcfme pour un méchant homme5 mais qu’iJ faudroit le regarder ~om- mc un homme , qui a perdu 1’eC prit. Ce feroit un tres-méchanc homme d’atcribuer àfon Superieuf contre fa propre confcicnee un Ade fuppoie, &: de prendre Dieu à temoin dune telle fourberie. Mais ne feroir-ce pas une extravagance outrée,de faire un ouvrage exprés pour perfuader à fes Confreres de la Chine de fouferire un Ade, qu’ils auroient tous vu, dés qu’on lelenr eult prefenté, n’eftre pas de la main duPcrreNavarrette, dont ils con- noiífoient parfaicement récriturej de leur dire que dans leur AiTcm- blée de Lanki, oil ils s’eftoient tous trouvez peu d’annees auparavant, ils avoient conclu à la pluralité des
a Confucius & aux Moris. 30 j voix en faveur du fentimcnt des Jefuites : d’ajoufter cnfin que c’ef- toic conformément aux ordres rc'i- terez de leur Provincial, Sc en ver- tu de la procuration , que Ton Vi- . caire Provincial à la Chine avoir donnée au Pere Navarrete pour paile'javecles Jefuitesl’accord qu’il venoit de faire. Comment un horn- me aufli fage & aufli éclairé que l’eftoit le Pere Sarpctri, euft-il pu efperer de leur impofcr fur -tons ces faits, s’ils n’avoient efté conftans Sc de nocorieté publique ? II eft done vray, Monsei¬ gneur, que quand il n’y auroit plus ni original ni copie authemi- que de l’accord du Pere Navarrettc avee les Jefuites, le feul traité du Pere Sarpetrien feroittoujoursune preuve incontcftablc. Ainfi nos ac- cufateurs font à plaindrc, d’avojr efté reduits à contcfter la verité de cet accord, Sc de ne l’avoir con- teftee que fur le témoignage du Pcrc Navarretce. Car il eft vray que
joí Bclãircif furleshonneurs rendas ce Miflionnaire,quis’cík>itenfui de la Chine deux mois aprés avoir faie cet accord, a écric depuis, eftanc en Europe, un volume entier fur ccs controverfes , dans lequel il condamne tout ce qu’il avoir ap- prouvé par fon Acte, Sc renouvclle conrre les Jefuites les mefm«_s ac- eufations qu’il avoir reconnnés fauf fes à la Chine. Mais par malheur pour ccux qui lecirent &quis’ap- puyentfur fon témoignage, la vc- rite de cc dernier fait, ne derruir pas celle du premier. Jeveux dire qu’en niant ce qu’il avoir avoiic a la Chine, & cn faifant 1c contraire de cc qu’il avoit fi folemncllement prom is * il n’a pu empefeher que cet aveu & cctte promcile nc de- meurent toujours écrirs Sc fignez de fa main ■, que les écrirs de fon Confreren’enfoientun monument éternel; & qu’enfin fon propre li¬ vre nc foit la piece la plus authen- tique qu’on puiffe apporter , pour montrer qu’il ne merite -’■foil
à Confucius & aux Morts. 307 luy donne aucunc créancc en tout ce qu’il die au defavantage des Je- fuices. Ce fait eft trop coníiderable par rapport aux •affaires dont nous par- • Ions , pour n’en pas donner des preuves. Ce livre du Pcre Navar- retteJeft aujourd’huy comme ub fonds inépuifable, d’ou l’on tire de- quoy remplirles livres de la Mora¬ le Pratique, &: les autres libellcs qu’on fait contre les ]efuites. Lc nom de cet Ecrivain fert à autori- fer & les calomnies de ceux qui font precede, parce qu’il les ramafle rou¬ tes; &: cclles qu on emprunte de fon livre, ou qu’on appu'ie fur fon témoignage. C’cftapparcmmentcc qui luy fait donner par fes parti- fans le titre d' illuftrt Navarrette. II eft done important de faire con- noiftre par l’ouvrage mefme, quel eftoit le caraftere de cet Auteur. Oublicz-donc, Monseigneu r>, ft vous le pouvez, &c fon A£tc de Cant'"' lc temoignage du Pere
308 Eclaircif.\fur les honneurs rendu! Sarpctri Ton Confrere, pour juger du Pcrc Navarrctte par 1c Pere Na- varrette mefme. On ne peut pro- duirc de témoin qui foie moins fufpeddans ce qui le rpgardc. lime feroit aifé de rapportcr icy plufieurs traits de fon ouvrage, qui nc font que trop convaincans; je nc vn’ar- refteray qu’a celuy qui regardc l’cn- droic de fon livre, done on apré- tendu fe fervir pour confondre plus haucement l’Apologiilc de nos Mif- iions. De toutes les ceremonies, que les Cliinois ont établies en l’hon- neur de Confucius, j’ay ditau com¬ mencement de cetéclairciffement, que les Jefuitcs n’ont laiile prati- quer auxChreftiens,que cellc done on nc peut fe difpenfer, lors qu’on prend les degrez. Cette ccremonic confifte à fe profterner devant le nom de cePhilofophe écrit cn gros caraderes dans une efpecc de ta- bletce. Quclque perfuadez quefuf- fent lesjefuites, que la ccrémo-
a Confucius & dux Marts. 305) Aie qu’on fait tous les fix mois,en ’prefentant à ce famcux Dodteur des viandes, dcs fruits, Sc des ctcffes, 1; ne cient pas plus de l’ldolatric, que cellequel’on fait au mefme temps . en rhonneur des Anceftresj ils n’onc pas cependant tenu la mefine con- duitejfur la pratique dc ccs deux ceremonies. Ils ont permis aux Chrcftiensde s’acquirer commc les autres des devoirs qu’on rend i fes Anceftres, parce qu’on ne peut s’en difpenfer, fans s’attirer l’inimi- tiéde tous fes parens, Ians decrier nôtre íàinte Loy , &c ians la rendre 1 odieufc à routeJa nation : mais ils ont détourné les gens de Lettres t qui ontembraflé lcChrillianifme, &qui font (bus leur conduitc, d’af- filter à la cérémonie qu’on fait tous les fix mois en rhonneur de Con¬ fucius, parce qu’il n’y a aucune obligation de s’yflfcrouver, &: que d’ailleurs on eft bien-aile d’eloigner les Chreftiens du danger de parti— ciper à que les Payens peuvenc
jio Eclairciffuries honneurs rtndus y meiler quclqucfois de prophane &:defupcrftitieux. Unc conduitc fi refervée devroir, ce femble, former un puiflant pré- jugé cn fiveur des Jefuices. II n’y a guere d’apparence que des gens, qui interdiíent à leurs Ncophires des ufag^s qu’ilscroyenc innccens, fuflbnc capablcs de leur permettre d’autres ceremonies à peu prés fem- blables, s’ils n’eftoient afleurez mo- ralcmcnt qu’il n’y a rien de crimi¬ nei. Le Pere Navarrette a fcnci la force decc préjugé. Mais bien loiq d’avoiier que les Jefuices dcffen- doient aux Chreftiens d’aifilter aux ceremonies, qu’on fait tous les fix mois en l’honncur de Confu¬ cius , parce qu’il euft fallu par cec aveu condamner quelqucs-uns de fcs freres; il a mieux aime,contre fes propres lumiercs, renouvellcr cettcaccufation^jpuoi-qu’il encuft reconnu la fauíTete à laChine: mais Dieu,qui prend plaifir à confondre les calomniateurs, a pcrmis que la
iJI t * Confucius dr aux Morts. 311 memoire a manque à cet Ecrivain d’une manierc ft puoyable, qu’il ne s’eit pas fouvcnu d’avoir nié dans un cndroit de Ton livrc, ce qu’il a poíitivemcnt avance dans un autre. En voicy la prcuve. Au commencement de la dou- ziémej page du fecond tome. Le Pere Navarrette voulant montrer qu’il eft utile qu’il y ait des difpu- tes entre les Miflionnaires de la Chine (e’eft le llijct du chapitre ) pretend qu’un des bons cifets que ces difputes ont produit, c’ejlque farce moycn nous avonsfeeu, dit-il, nous autres Domimcains dr Francif Cains, que jamais ctux de la, Compa- gnie navoient permit à leurs Chref tiens d’afifler aux facrifices folemnels que les gens de lettres font à leur mat1 *re Confucius; quoy-que ces Peres, du moins la plufpart, JUppofcnt que ce ne font pas des Jacrifccs. Supimos los de Las dos Religiones que los de la Com¬ panies nunca avian permittido 4 fus Chrijlianos afijlir a, les folenncs fa-
jl i Ed air cif. furies honnenrsrendus crificios, que los Letrados haz.cn it Jii maeftro Confucio : no olfante que los dichos Padres, a lo menos los mas, Juponen que no fon facrifcios. f>xg. 369• De plus il fe plaint en trois ou gfo. +s3- quaere endroits de ce que les Je- fuites avoienc attendu, dit-il, trente &: quarante ans à s’expliqudr fur cela, &: à faire connoiftre leur fen- timenc. Un filence fi concerte ne peutvenir felon luy que d’une pu¬ re malice &C d’unc conference caute- rifée i ce font fes termes. Noentien- do efas conciencias cauterizadas. Mais cc que Ton ne pourroit jamais croi- re, fi Ion n’avoit le livre entre les mains, eft qu’il leur reproche ce prétendu filence dc trente ans, pen de lignes aprés avoir rapporté luy- mcfme le texte d’une de leurs Apo¬ logies publiée dc fon propre aveu fog. +S2. dcs fan nee 1641. ou il eftditen ter- +íi% mes exprés que jamais lesJefuiteS n’ont confcnti que leurs Chreftiens oífriíTent à Confucius ni des vian- des ni des étoffes. Pcut-on voir une con*
a Confucius & aux Morts. 31» contradiction plus manifeitc ? Voilà quel eltoit le Pcre Navar¬ ette; un homme- capable d’impo- Ter aux Jefuites concre fes proprcs Jumicres , dcs choies lelon luy tres- , criminelles, be avcuglé par la paflion dcmedire jufqu’a nc pas faire refle- xipq.qu’il ies declare innoccns de ce qu’il venoit de leur imputer un .moment auparavant. Quand il luy plailtj ceft un iniigne menionge que les Jefuitcs aycnc toujours de- courné leurs Neophytes des deux Ceremonies folemnellcs qu’on fait cn 1’honneur dc Confucius : be j quand il a d’autres vciies, e’eft une verite qu’ils ont diifimu'ee par pu¬ re malice, plutoft qUe d’ofter ic icandale que caufoit leur preten- du filence. Icy ce n’eft que depuis iieuf ou dix ans qu’ils fe fontavifez Qc le dire; & là il y a prés de qua- rante ans qu’ils le publient dans curs Apologies. C’cft ainfi que le ere Navarrette fçavoit concerrer ics acçufations, & voilà quelle ef- 7 w//c x a I, Q
314 Edaircif.Juries honnem rendus coit la delicatcfle de la confidence
a Confucius & mx Morts. dcs faits qu’ils avancent? Je nc m’ecarte point dc mon fu- jet, Monfcigneur, &: ricn n’eil plus avantageux i ]a cauie dcs Jefuites, que d’avoir fait connoiftrc 1c Pcre Navarrcttc. Animé commc il citoic centre cux, on peut lcn croitc, qu.-id il parle en leur faveur, & lc regarder en effet commc un témoin irrcprochablc.Ceft done la force dc la verite ,qui Jui a arraché l’approba- tion authentique qu’il donna an fen- timent & à la pratique desjefuites qu’il avoir fi long-temps combattuc: & quand il a voulu détruire ce qu’il avoir ii folidement ctabli par un a- fte public, cctte mefme verité l’a force malgré luy de juftifíer lesjc- fuites, en fetrahiflant Juy-mcfme. Je marquerois icy en particular tous les Dominicains qui ont efté du fentiment dcs Jefuites, & qui ont pris leur parti contre leurs propres frercs, fi je nc craignois dc fatiguer Voftre AltefTc Sereniflime. Je n’en ay m-dne qUe trop Jjt fur des
3i6 Eclaircif fur Us homeurs rendus moignages des preuves incon- teftables, pour luy pcrfuader que lc plus grand nombre &: la plus faine parcie des Miilionnaires del’Ordrc de faint Dominique eftoit dans les mefmes fcntimens que les Jefuites fur les Ceremonies de la Chine. Sur quoy jc vous fuplic, Monfeigr eur, de me permettre de faire encore quelques reflexions. La premiere que la défenfe & la juftification des jefuites eft en cette occaflon la défenfe ôc la juilifica- tion de l’Ordrc de faint Dominique: puilquc les plus grands hommes que ce faint Ordre ait fourni à la Chi¬ ne, fuivoient les idées &: la prati¬ que des Jefuites, fureequi regarde les honneurs qu’on rend à Confu¬ cius &: aux Morts. C’eil done une ctrange fupercherie que I’on fait au public, de dire, cn parlant de ces contcftations, que les Jefuites font feuls de lêur cofté contrc tous les autres Miilionnaires. La fauíTeté eft • manifefte aprés le detail an* ;e viens
4 Confucius & anx Morts. 317 de faire: & j’oie dire que, quand Ics 3efuites nc feroient jamais cntrcz dans la Chine, la difpute done il s’a- gic,n y auroit pas efté moins vive en¬ tre les autres Miílionnaires, à moins quc les cenfcurs de la pratique des 3cfuites ne l’cuflent approuvée dans leu:; propres frercs; ce qu’ils au- roient fait apparemment aprés tant d eclairciflemens conformes aux ré- ponfes des fouverains Pontifes & de la facrée Congregation de la propa¬ gation de la foy: car on fçait aflez quc certaines gens n’ont motive cet- te pratique criminelle, que parce qu’ils vouloient abfolumenr que les Jefuircs fuflent coupablcs. Ma feconde reflexion eft que, quand le témoignage deD. Gregoi- re Lopez , foutenu des fuffrages du plus grand nombredesMiflionnai- rcs & des Superieurs mcfme de fon Ordre, ne feroit pas une demonftra- tion evidente dans la matiere dont rl s’agit; on ne peut nier quece ne foit im oréjugé aflez fort & aflez O iij
}i§ Eclaircif.furies homeurs rendas puiílant pour rendre 1’opinion dcs íéfui tes la plus probable: ce qui dés- là rend leur conduitcirreprochable fur lcs Ceremonies de la Chine: &: bicn loin d’y trouvcr à rcdire, on au- roit fuiet de fe plaindre d’cux, &: de les rcgarder comme des prévari- cateurs, s’ils en avoient ulé au ce¬ ment. Car fuivant la regie plcine de fa- geíle que la facvée Congregation de la propagation de la foy a donnée aux Miílionnaires de ces pais - là, c’eft aflez quun ufagc ne foit pas évidemment contraire a la Religion & aux bonnes tmeurs a, pour devoir lc tolerer dans les Neophytes. Or a Nullum íludium ponitc, nullâquc ratione fua- dete illis populis.utritus fuos, confuetudines & mo¬ res mutent.modò ne fint apertiífimè rcligioni & bo¬ nis moribus contrariar. Quid enim abfurdius quám Calliam, Hirpaniam,aut Italiam,vcl aliam Europa: partem in Sinas invehere ? non hxc, íèd fidem im- portate, qux nullius gentis ritus aut confuetudines, quac modò prava non fint, aut refpuir, aut lardit.imo verò Carta teíla cflè vult. Exeerpta ex injlruclione mifsA a S.Congregat/onc de propag fid. ad lric.ApoJl. Jndir.s proficifcentes pag. 14..
à Confucius & nux Marts. 319 ceil ce quc lcs jeiuites ont obier- vé avec exa&itudc. De toutes les ceremonies Chinoifes, ils n’ont per- mis aux Chretiens que ce qui leur a paru licite, aufli-bien qu’aux Do- , xninicains qui les ont fuivi .• Par con- fequent ils n’ont rien permis qu’on puif-'e dire inconteilablement eftre mauvais. Leur precaution a efté mefine ii grande,quede toutes lcs Ceremonies, qui font cn tres-grand nombre à la Chine, ils n’ont permis que celles, dont on ne peut abfo- lument fe difpenfer; fans donner aux infideles du mépris de l’c- j loignement pournoiire religion, & fans expofer les Chreíliens à des in¬ conveniens tres-fâchcux, & mefmc à la perfecution. II faut ravoiier,Monfeigneur, & I c’eil ma troiíiéme reflexion , rien n’eft plus étrange que la prevention que nous voyons tousles jours dans certains efprits, qui parlent avec une autorité & une hardiefl'e capa¬ ble d’impofcr, quoyqu’ils ne jugenc
310 EcUircif.fur Its honnturs rendus jamais que par une paflion aveugle; qui ne leur permet pas de voir ce qui eft le plus évidenc.Si lcs ]efuitcs, qui ont les premiers porté la foy à la Chine, &: qui y ont travailléfculs pendam Cinquantc ans, euíTent def- fendu à leurs Neophytes de rcndrc à Confucius &: aux Morts lcs l on- ncurs que les loix prefcrivent; &c que parcette conduite, ils euíTent exclus du Chriftianifmc cette mul¬ titude innombrable de Chinois, de Cochinchinois, & deTonquinois, qui 1’ont cmbraíTc : íi d’autres Mif- fionnairesfemblables à ccs Domini- cains, dontj’ay parle, venant aprés eux , euíTent découvert Tillufion d’une conduitc íi contraire aux re¬ gies de la facréc Congregation, qui font celles de la charité & du bon fens; quclles plaintes, quelles inve- ôives, quelles terribles impreca¬ tions n’auroit-on pas fait de tous coftez contre ces Jefuites? Avec quel feu &: quel zele ne Jeur demande- roit-on pas compte dans lessor a-
à Confucius dr aux Morts. 311 les pratiques de la perte de taut d'a- mes, aufquelles ils auroient fermc la porte de l’Eglife Sc du Cicl par un pur enteftement Sc par un faux point d’honneur ? II eft done evident que lesjcfui- tes ne pouvoient fc comporter avee plu. de fageilc & de circonfpe&ion, qu’ils ont fait fur ce qui regardclcs Ceremonies de la Chine : puifque tous les honneurs qu’on rend à Con¬ fucius Sc aux Morts ne font que dcs honneurs purement civils,qui n’in- tcreifent en rien la religion; commc en font perfuadées routes les perfon- nes éclairées Sc habilcs dans la le¬ cture des livres Chinois, quand el- les fe font données la peine d’appro- fondir ccttc matiere. On ne peutfans injuftice en faire un crime aux Jefuites, ni faire pafler pour des prevaricatcurs indignes de leur miniftere SC dcs fauteurs d’ldo- latrie, le faint Evefque D. Gregoire Lopez , tant d’illuftres Domini- cainc ni rant defervensMiflionnai- O v
311 Eclair cif.fur les honnenrs, &c. res qui fe font facrifiez, & qui ic facrificnt encore tous les jours pour lefalut dcs ames; ni mettre au nom- bre des Idolatres tant de vertueux Chrefticns, done les j>ayens mefme font publiquement l’eloge. Je n’ay fait qu’ebaucher cette ma- ticre dans cet éclairciílemcnt, r:ais j’en ay aifez dit pour faire connoif- tre la verité, & pour juftifier les Mif- iionnaires & les nouveaux Chref- tiens de la Chine des calomnics qu’on leur impofcavcctant dema- lignité.
eclairciss’ement o DONNE' A MONSEIGNEUR LeDuc du Maine, S V R Lethonneurs que lesChinoisrendent a Concern & aux Morts.
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àkkkkkkkkkkkkkkkkkkkàkk «?*>í <4* k« «W«W ««sifcsWécjW <*>* ÇÇÇtÇÇÍtíTítííí^fÇÇTft? AVERTISSEMENT. LE s Lettres qui ont paru depuis dcux ans fous le ti ire de nou- veauy Memoires de la Chine , & le Portrait hijlori que de 1’Empereur, qui gouverne aujourd’huy ce vajle dr jio- rijfant Empire quon a fait imprinter quelque temps aprés, ont excité la cu- riojité du public , qui a appris avec plaijir les particularitez, d’an pays, qui no us avo it ejléfepeu connujufqti a pre- fint, & qui merite fifcrrt de 1’ejlre. Sur tout, lesperfonnes z*élées pour la Reli¬ gion , n’ont pu efire indijferentes à ce qui ejl rapporté dans ces áeux ouvra- gts , q»e I’Empereur de la chine par an Edit public enregifiré dans les pre¬ miers Tribunaux, a permis $c prefcber du d’embrajjer la religion chrejlienne dans totes fes états. Elies ont fouhaitc *voir une connoiffance plus ex able d’un tenement aufsi avantageux a I’exal- tati*-' y>nfrefaintefoy que celuy-U, * ij
C'efi pour fatisfaire leur ztle qu'on a fait imprinter un recit fidéle de ce qui s'efipafse dans cette importante affaire. Pluficurs ay ant vu dans ces me fines li¬ tres dr de quelques autres l’explica¬ tion des Ceremonies que les chinois ob- fervcnt pour honorcr la memoire de leursAnceJhes & telle du Do clear Con¬ fucius ancien Philofophe refiecn de tout temps par to ate la Nation , & ay ant oiii parley des contefiations arri- vées a cette occafion cntre les Mifsion- naires de la Chine , ont pareiUement defiré avoir fur cela un cclairciffement. C’ejl ce qui a donné lieu de joindre 1‘ouvrage fuivant à I’hifioire de l‘E- dit de I’Empereur de la chine en fa¬ vour de la religion chrefiienne. ECLAIR-
$S» €» €2* msmmmmn TABLE des matieres. A ACcord du P. Navarrettc avcc lcs Je- íuites, 275. Accufation du Gouvcrncur de Lingan con- trc les Chreftiens, 27. Lc P. d’Alcala Dominicain eíl interrogé > 31. 94. Ambafíadcur de Moícovie à la Chine,202. An. le nouvel An Chinois, ceremonies à cciujet, 122. Articles donnez par l’Eirpereur pour 1’inf- tru&iondc íès peuples, 21. Articles de 1’AÍIèmblée de Ham-tcheou, 278. AíTcmblécs d’hommes Sc de femmes dé- fcndues à la Chine, 71. B Bonzes, feclc Idolatre, 6. 72. Voyez. la Preface. Boris Czar de Mofcovie , 198. Lc P. Bouvet Jeíuite, 108. 118. il reçoic des marques d’eftime de 1’Empereur, lí9* ilretourne à la Chine*, 214.
Table dcs Maticres, C Cam-hi- F'oyez. /’E?npereur. Cangue dcs Chinois, ce que c’eft, 91. Cara&ere du Viceroi de Chekiam, 12. Du P. Gerbillon Jefuite, 76- Du P. Inrorcetta Jefoite, 51. Du P. dc Paz Dominicain, 264. Du Prince Sofan , 77. Ceremonies. Les Chinois font fori atta- chcz à leurs ceremonies, 217. en quoi confident les ceremonies inftituces en l’honneur dc Confucius & dcs Morrs, 221. 223. ceremonies dunouvel An Chi¬ nois, 122. ceremonies pour former les fccaux, 123. Cham-ti, difpute for ce mor, 288. Chao officier de I’Empercur , 109. La Chine a conforvé long-temps la con- noiílànce du vray Dieu, 104. Chinkio auteur de la premiere perfccution contre les Chrcfticns, 5. Chintalcn Medccin Chreftien eft maltraité pour lenom dc Jcfus-Chrift, 47.90. Les Chreftiens fo preparent au martyre, 8 6. ils mettent le nom de Jefus fur leurs pones, 144. ils font dcs prieres publi¬ ques pourobtenir la liberte de la Reli¬ gion Chreftiennc, 138. leur joy.c aprés l’avoir obtenuc, 212. Quuichi Empercur Tartarc fait la con-
Table des Matieres. queftcde la Chine, 8.21. Conferences des Miillonnaires fur les affai¬ res de la Religion, 2-73. Confucius, cérémonies pour l’honorer, 35. ião. les Chinois ne reconnoifloit rien de divin ni de furnaturel dans ce Philo- fophe, 166.17.9. La Cour des baftimens, 135. laCourdcs Rir-s, V.Rites, la Cour des tributs,i88. Czars de Molcovie, 158. 202. D Dominicains, leur entree à la Chine, 228. les fentimens de quelques - uns de ces Peres fur les honneurs qu’on rend à Confucius & aux Morts, 228. Eclairciflement fur les honneurs que les Chinois rendent à Confucius &c aux Morts, 217. Edit en faveur de la Religion Chrefticnne , 183. Egliíède Ham-tcheou, fa defeription, 65. E^life des femmes , 71. E Empereur de la Chine donne des inftru- &ions à les Peuples, 22. il donne des marques de fon eftime aux Peres Gcr- billon & Bouvet, 169. il reçoit la re- queftedes Jefuites en faveur de la Reli¬ gion Chrefticnne, 170. il autorife la Re¬ ligion Chrefticnne par un Edit, 191. il
Table des Matieres. fait publicr cct Edit par tout ion Empire* ill. F lcs Femmes dc la Chine ont des Eglifes? particulieres >71. elles fe font un agree¬ ment d’avoir les pieds petits, 72. Le Fo, Idole dc la Chine ,115. V. la Pre¬ face. G * LeP. Gcrbillon Jefuite, ioncaradere, fes fervices, 76. 108. il reçoit dc l’Empe- reur dcs marques d’eftime, 169. il fait la paix de Nipchou, 108. Le P. dc Govea Jefuite, 274. fa réponfe au P. Navarrette, 284. Le P. Grimaldi Jefuite eft fait Preiident du tribunal dcs Mathcmatiques , 108.133. H Les haines des Chinois íbnt éternelles, 44* Ham-tcheou villc, 19. jo. ion Eglifc la plus belle de la Chine, 65. fon lac dclicieux, 54* Hochan, fede Idolatre, i£j. V. la Pre¬ face. Honneurs qu’on rend à Confucius & aux Morts, iio* Horde, ce que e’eft, 19 7* I Jean Czar de Moicovie, 202. Les Jefuices prefehent lcs premiers l’Evan-
Table des Matieres. gilc à la Chine, no. ils s’adreiTent £ TEmpereur pour faire cefler la pcrfecu- tion du Viceroi de Chckiam, ioi. l’Era- pereur ne leur répond pas favorablc- ment, 114.ÍIS lui preíêntent une requefte cn faveur de la Religion Chreftiennc, 118. elle eftrenvoiée à la Cour des Ri¬ tes, 127. mauvais fucccs de cette requef¬ te, 952. ils demandetit permiftion d’en prelenter une nouvelle, ijj.ilsobtien- nent la liberte de la Religion Chreftien¬ nc, 183. ils en remercienc l’Empereur, 17?* Images, les Payens mettent Ies Images de leurs Idolcs fur les portes de leurs mai- ions, 144. L’Imprimerie de la Chine eft fort differen- tedelanoftre, 57. Le P. Intorcetta Jcfuitc, fon caracftcre, 19. 51.il fubit diveríês interrogations, 53. L Lamas Preftres Idolatres, 3^. Livres Canoniques & Clafliqucs, 17. on grave les livres à la Chine, 57* GregoireLopez Eveíque de Bafiléc, ia mort, 23 6. la. lettre au Pape Innocent XI. 238. fa lettre aux Cardinaux de la Congregation de la Propagande, 241. fa lettre à ion General, 161- il eft du fenti-. ment desjefuites fur les honneurs qu’on
Table des Matieres. rend à Confucius Sc aux Morts, M Mancheous, Ieur pays , 185. ils font la guerre aux Mofcovites, 201. Mandarins, leur nombrc, 5. divers degrez du Mandarinac, 185. Midionnaires emprifonnez & exilezpour la foy i Canton, 7. les plus conlidcra- bles Midionnaires del’Ordre dc .'>• Do¬ minique font du fentiment des Jefuites fur ce qui regarde Confucius Sc les Morts, 235- Monument de Signanfou en faveur de la Religion Chrcfticnne, 104. Morts, ceremonies inftituées pour hono- rer les Morts, 223. Mofcovites, leurs conqueftes vers 1’Orient, i<)6. leur guerre avec les Chinois, 201. ils font la paix avec cux, 210. N Le P- Navarrette Dominicain combat Ic fentiment des Jefuites lur Confucius Sc fur les Morts, 274. ion accord avec eux, 275. les contradictions lur ce qui regar¬ de les Jefuites, 311. Nipchou villc, 106. la paix dcNipchou, 210. O Chaque Officier en chef a unfccaud’Of¬ fice, 123.
Table des Afatieres. Ouíàngouci, íà rebellion , 167, P Lc P- de Paz Dominicain, ion cara&crc, ltf4- fo réponíes aux Miilionnaircs du Tonquin, l66, Le P. Percyra Jcfuite va erw Tartaric avec lcs Plenipotentiaires derEmpercur,io8. 204. Perfer ;tion contre les Chrcilicns, y, Pierre Czar dc Molcovie, 202. LcP.deS.Pierre Dominicain. T.Sarpctri. Pre/idcnr du Tribunal des Mathemati- quesj 8. 108. preiident de laCourdcs Rites, 139. 1 roteclion dcs Grands venale à la Chine, 4 5. 1 ■ R ha Religion Chreftienne preíchée à la Chi¬ ne des lcs premiers temps, 103. connue ious le nom de la loi de Dicu, 157. per- fccutée par le Viceroi de Chckiam ,12. par le Gouverneur de Chcpin-hicn,ioo. par Chinkio, y. par Yam-quam-ficn, 7. auroriieepar un Edit public, 183. La Religion dominante a la Chine eft celle des fçavans, 29. V. la Preface. Religieuíês Payennes dcreglécs, 7y. Rcqueftes desjeíítitesà l’Empereur dela Chine, 127. Le P. Ricci Jcfuite fameux Miflxonnaire,
Table des Adatierlt. j. fon livre liir la Religion, xo f LaCourdes Rires, 9-13?. porteun Arreft concrcla Religion Chrcfticnnc, 148. en donne un fecond en (a faveur, lequel eft confirme par l’Empereur , 183. • S Lc P. Sarnetri Dominicain, 272. fait tm traité lur les honneurs qu’on rend a Confucius & aux Morts, fa declaration fur 1’accord du P. Navarrcttc ion Con¬ frere, Les feeaux font fort en uíac;c à la Chine, 123. cércmoniedefermcr les fccaux,n4- Le P. Adam Schall Jefuitc eft fait Prcfi- dent du Tribunal des Mathemaciques, S.famorr, IJ1, Scáte, les differences fectes de la Chine, V. la Preface. Le Prince Solan, fon caractere, 77. il f fait lc Protcdteur dc la Religion Chre- tienne, 79. il écrit au Viceroi dc Che- kiam, 80. il en eft mccontcnt, 147- j* parle à 1’Empereur en faveur dcs Je(lu¬ tes, 163. il harangue la Cour des Rites, 174. il eft nomme Plénipotcntiaire pour le traitc dcNipchou, 2 0 4* T Taoflè, íc
Table des Matures. la Chine, iSj. ils multiplicnt tous les O fficiers des Tribunaux de la Chine , 139. ils font la guerre aux Mofcovitcs, 201* Temples des Bonzes dccriez, 72. Theodore Czar de Mofcovic, 198. Lc TiaodesChinois, enquoi il confide, 280. Le Tribunal des Colaos, 137. lc Tribunal der Mathcmatiqucs, 124. maniere de proceder à la Chine dans les Tribunaux, jo. V Le P. Vcrbicft Jcfuirc eft fait Prcfident du Tribunal des Mathcmatiques, 10.131. Le Viccroi de Chekiam, ion caractere, il pcrfecute les Chreftiens, 12. il frit un placard contre la Religion Chreftiennc, 34. il prononcc un arreft contre ellc,i43. Lc P. Vifdelou Jefuite, 9^. 140. X S- François Xavier porte le premier l’Evan- gile au Japon, 1. il entreprend de con- vertir la Chine, il meurt, 2. Y Yam-quam-ficn auteur de la fcconde perfe¬ ction contre les Chreftiens, fa mort,-7. 9- r
Extrait du Privilege du Roy. PAr Lettrcs patentes donnecs à Paris lc u. dc Deccmbrc 1697. & llellées : ll eft permis an ■ R. P. Charles L e Gobien dela Compagnie de J e s u s, de fairc imprimer un Livre contenant 1 ' Hiftoire de tout ce qui s’eft pafte au fujet At l’Edit que I’Empereur de la Chine a donnéen favour de la Kelgion Chrétienne, &c. & ce pendant Ie temps & cípacc de dix années confecutives, á coi-jpter du jour que ledit Livre aura cílé achevé d’lriipiimer pour la premiere fois, avee deifenfes , &c. Et ledit R. P. Le Gobien a cede lc Privilege cy- deflus àjEAN Anisson Dircileur de I’lrn- primerie Royale. It cgift re fur lc Livre de la Comvnitnauté Acs l>n~ frimeurs & Lilraires de Paris, le 13. May lffffS. Signe, Ballard, Syndic. Achevc d'imprimcr pour la premiere fois, le 31. May 1Í9S.