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  • LE PERE GABRIEL DE MAGALHÃES UN JESUITE PORTUGAIS EN CHINE AU XVII* SIECLE
  • CULTURA MEDIEVAL E MODERNA XIV IRENE PIH LE PERE GABRIEL DE MAGALHÃES UN JESUITE PORTUGAIS EN CHINE AU XVIIE SIECLE FUNDAÇÃO CALOUSTE GULBENKIAN CENTRO CULTURAL PORTUGUÊS PARIS 1979
  • COMPRA 251433
  • AVANT-PROPOS Je suis reconnaissante au Professeur R. Etiemble de m'avoir suggéré comme sujet de thèse les mis- sions des Jésuites portugais en Chine. De nombreux problèmes en relation avec ce travail mintéressaient depuis Venfance. J'ai grandi au milieu de deux tradi- tions: chrétienne et confucéenne. Chinoise, née à Changhai à une époque ou Vinfluence occidentale se faisait sentir dans tous les domaines, j’ai eu une éducation chrétienne dans une école ou j'ai aussi appris ma première langue étrangère: Vanglais. J’ai quitté la Chine à l'âge de 11 ans pour le Brésil, ou j’ai retrouvé le même partage: à Vécole on lisait la Bible et à la maison on citait Conjucius. Mes parents res- taient profondément attachés à la morale confucéenne, fondée sur la piété filiale et la loyauté envers la famille. II West donc pas étonnant quun sujet traitant de Vinfluence du christianisme sur la Chine m'ait retenue: dans quelle mesure les Chinois du XVIV siè- cle pouvaient-ils concilier le christianisme avec leur éducation confucéenne ?
  • L’aspect philosophique et religieux (les premiers contacts importants entre les pensées occidentale et orientale) n’est pas le seul intéressant. La pénétration des missionnaires en Chine impliquait évidemment toute une politique. Toute étude, si breve soit-elle, de Vexpansion chrétienne, que ce soit en Extrême-Orient, aux Indes, en Afrique ou en Amérique, montre les liens étroits qui existent entre Vapostolai et les activités commerciales. Ma thèse vise à mettre en lumière ces liens. Au lieu de m’égarer dans un cadre anonyme, j'ai décidé de suivre le Père Gabriel de Magalhães, qui a vécu tous les problèmes des Jésuites dans cette con- frontation dramatique entre deux civilisations oppo- sées. Mon travail repose sur Vanalyse des documents originaux. Je remercie la Compagnie de Jésus dont j'ai pu, à Rome, fréquenter les bibliothèques et con- sulter les archives. Le privilège d'accéder à cette col- lection privée est rarement accordé. Le Professeur VIII
  • Charles Boxer a eu la grande amabilité de me mon- trer, lui aussi, les manuscrits originaux de sa biblio- thèque et de me donner de très précieux conseils. Par ailleurs, j’ai également examiné de nombreux documents à Madrid et à Lisbonne. Quand j'ai utilisé en français des expressions maladroites, Pierre Ker- louégan a eu la gentillesse de me le signaler et de me proposer des corrections. Je suis particulièrement reconnaissante au Prof. José V. de Pina Martins, directeur du Centre Culturel Portugais de Paris, pour son appui et ses encourage- ments. Cest lui qui a pris Vinitiative de proposer mon travail pour la publication. J’exprime enfin ma grati- tude à la Fondation Calouste Gulbenkian, qui a eu la générosité d'accueillir ma thèse dans une de ses collections. Londres, octobre de 1979. IRENE PIH IX
  • PREMIERE PARTIE
  • INTRODUCTION ARRIVEE DES JESUITES EN CHINE La prise de Ceuta en 1415 par les Portugais marque le début d’une ère nouvelle, celle des grandes Découvertes. Poussé par le Prince Henri, dit le Navigateur, les Portugais progressent le long des côtes d’Afrique: en 1482 Diogo Cão découvre le Congo et en 1487 Bartholomeo Dias atteint le Cap de Bonne Espérance. Le 24 mai 1498 Vasco da Gama débarque à Calicut: la route des épices est enfin ouverte. Après les explorateurs viennent les con- quérants, et c’est ainsi qu’avec la prise de Goa par Albuquerque en 1510, et de Malacca en 1511, on voit setablir les bases de futur empire portugais. Les défaites successives de l'Islam et la conquête de terres nouvelles prirent une grande importance aux yeux du monde chré- tien, et surtout aux yeux du Saint-Siège qui ne mésestimait pas les activités des Portugais. A partir de ce moment-là, les intérêts de 1'Eglise et ceux du Roi du Portugal ne vont plus faire quun. C’est ainsi que le Pape Martin V dans les Bulles Sane charissimus et Cum charissimus, promulguées le 4 avril 1418 et 1419, recon- nait que toutes les terres prises aux maures par les Portugais leur appartiendraient. Le 8 janvier 1455, dans la Bulle Romanus Pon- tifex le Pape Nicolas V étendit ce privilège en accordant au sou- verain portugais et à ses descendants le droit de conquérir et de soumettre les royaumes et toutes les terres des Infidèles. II leur concéda en outre le droit de fonder des diocèses sur les terres conquises et de les pourvoir du personnel nécessaire. Ainsi, toute la juridiction spirituelle appartenait pour toujours au Portugal. Les droits de Patronage ont été confirmés par Léon X dans 3
  • plusieurs documents, notamment la Bulle Dum fidei constantiam du 7 juin 1514 et la Bulle Prcecelsce devotionis du 3 novembre 1514. Cette Bulle étendait les privilèges extraordinaires. En échange, les Rois du Portugal s’engageaient à répandre la foi catholique, à soutenir les missionnaires et à bâtir des églises. « Les Papes étaient déjà trop occupés par les affaires de Rome et de 1’Europe pour pouvoir, matériellement parlant, son- ger à convertir les infidèles.»1 L’un des plus grands privilèges du Patronage était le droit qu’avaient les rois portugais de nom- mer les évêques dans les diocèses qui relevaient de leur souve- raineté. Un autre privilège non moins important était de pouvoir interdire à tous les missionnaires qui se rendaient aux Indes de prendre une autre route que celle partant de Lisbonne et de les obliger à prendre un navire portugais. Ainsi, cet ensemble de pri¬ vilèges assuraient aux rois portugais un monopole pour tout ce qui concernait les choses religieuses. On voit donc combien étaient étroits les liens entre la papauté et le trône. De même, on verra plus tard les missionnai¬ res et les commerçants s'entraider pour faire progresser leurs intérêts respectifs. Déjà en 1508, le Roi Emmanuel Ier avait ordonné à Diogo Lopes de Sequeira qui partait de Lisbonne pour Malacca, de s’in- former soigneusement sur les « Chijns ». Sequeira arriva à desti- nation en juillet 1509, mais il fut obligé de quitter Malacca, pour éviter d'y être capturé par les habitants, avant même d’avoir pu prendre des contacts suffisants avec les trois jonques chinoises qui se trouvaient alors au port. Mais il avait eu le temps de s’apercevoir que les Chinois ne lui étaient pas hostiles. Deux ans plus tard, lorsque Afonso de Albuquerque conquit Malacca, il devait confirmer cette première impression. Albuquerque put éta- blir des rapports très cordiaux avec les Chinois qui, une fois rentrés dans leur pays, chantèrent les louanges des Portugais. La première expédition officielle en Chine fut faite par Fer- não Peres de Andrade qui débarqua à Canton en 1517. Sa visite donna une très bonne opinion des « Folangki » aux commerçants et aux mandarins de Canton. Malheureusement ces premières im- pressions furent vite anéanties par 1’arrivée de Simão de Andrade, 1 Silva Rego, A. da, Le patronage portugais de VOrlent, p. 13. 4
  • deux ans plus tard. C etait le frère de Fernão Peres, mais il n’en avait pas le tact ni la politesse ; c’était même un homme arrogant et brutal. Son air de conquérant irrita les Chinois à tel point que la rupture des relations sino-portugaises qui s’ensuivit dura plus de trente ans. Ainsi, les Portugais, se voyant expulsés de la côte du Guang- Dong, furent obligés de transférer leurs activités commerciales sur les côtes du Fu-Jian et du Zhe-Jiang. Là, ils purent se livrer à un commerce de contrebande, avec, la plupart du temps, la complicité des mandarins locaux. Ils étaient bien accueillis, car les Chinois tiraient un grand profit de ce commerce clandestin. La découverte du Japon en 1543 fut à 1’origine d’un nouveau marché pour les Portugais, ce qui les obligea à chercher une base pour leur trafic entre Malacca, la Chine et le Japon. Ainsi, en 1554, Leonel de Souza passa avec les autorités chinoises un accord verbal qui permettait désormais aux Portugais de tenir une foire annuelle sur l’ile de Lampacao. En 1557, ils s’installèrent défini- tivement à Amacao, c’est-à-dire la baie de la déesse Ama. Les Portugais appelèrent leur ville Macao. On pense que c’est pour être remerciés davoir chassé les pirates qui venaient piller les côtes chinoises que les Portugais obtinrent des Chinois 1’autori- sation de se fixer à Macao mais cette explication est toujours controversée. Macao devint bientôt une ville très prospère, surtout grâce au voyage annuel vers le Japon. Ce voyage était vendu par le Roi de Portugal à un capitaine-major qui devait conduire une nao au Japon. La nao est une grande caraque appellée par les Japonais Kouro Fune, le Vaisseau noir. Elle quittait Goa en abril ou mai, chargée de produits européens : cristaux, verrerie, horloges, lai- nage, vin, etc.... A Malacca, une partie de la cargaison était échangée contre du poivre et du santal. La nao arrivait à Macao entre les mois de juin et d’aout. Là, elle prenait de la soie chinoise et aussi de l'or, mais c’est la soie qui formait Ie plus gros de la cargaison destinée au Japon. Au retour, la nao rapportait de 1’argent dont une grande partie était troquée contre de la soie chinoise. A la base de ce commerce, on trouvait donc la soie et l’or chinois que l’on échangeait contre 1’argent japonais. Ce com¬ merce qui procura d’immenses profits aux Portugais avait été rendu possible par la situation politique de 1’époque. Les empe- reurs Ming avaient interdit à leurs sujets de commercer avec le 5
  • ^f'^4 Japon par suite des activités des « Wa-Ko » [ ±5 ], pirates japonais qui pillaient continuellement la côte chinoise. Puisqu’il était inter- dit aux Chinois de faire du commerce outre-mer, les Portugais eurent à jouer le rôle d’intermédiaires. Grâce aux bénéfices lais- sés par ce commerce, Macao atteignit rapidement son apogée. Mais si Macao a été le centre du commerce en Extrême- Orient, elle deviendra également le quartier général des mission- naires et jouera un rôle de premier plan dans 1'évangélisation de la Chine. A cette époque, la Chine était fermée aux étrangers barbares. Ce pays consentait seulement à recevoir quelques ambassades, prétendument pour lui rendre hommage et payer tribut. En fait, des marchands profitaient des circonstances pour troquer une partie de leurs cadeaux contre des marchandises beaucoup plus précieuses. Les Chinois ne 1’ignoraient pas, mais ils autorisaient ce trafic uniquement pour conserver à l’Empire du Milieu des apparences de grandeur. Jusque-là, les tentatives des missionnaires pour pénétrer la Chine étaient demeurées vaines. Déjà, en 1551, François-Xavier s’était rendu compte que la civilisation japonaise était issue de la civilisation chinoise, et que la conversion de l'Empire du Milieu entrainerait celle du Japon. Les bonzes ne lui avaient-ils pas répondu que le christianisme ne pouvait être vrai puisque les Chinois ne le professaient pas. C’est ainsi que François-Xavier décida d’aller évangéliser la Chine. _tJ|| En aout 1552 il arriva à 1’ile de Shang-Chuan [±5], non loin de Canton, oú les marchands chinois venaient trafiquer avec les Portugais. Pour deux cents cruzados2, un de ces marchands chinois promit de le conduire à Canton. Mais au moment du départ, il lui fit faux bond, effrayé sans doute d’aller contre la loi qui interdisait de transporter des étrangers à 1’intérieur de la Chine. François-Xavier, voyant réduit à néant tout espoir de jamais pénétrer en Chine, mourut de fatigue et de décourage- ment dans la nuit du 2 décembre 1552. Dautres après lui essayèrent de percer ce mur d’isolement, mais sans plus de succès. Un frère franciscain a commenté quel- 2 Le « cruzado » était une pièce d'or portugaise utilisée surtout en Orient comme moyen d’échange. Le Père João Rodrigues S.J. estime qu’il était en .valeur 1’équivalent d’un tael d'argent chinois. 6
  • ques années plus tard : vouloir pénétrer la Chine, avec ou sans soldats, c'est tenter d'arriver à la lune !s Et ne disait-on pas à Macao qu’il était plus facile de blanchir un nègre que de con- vertir la Chine! II faudra attendre 1'arrivée d’un Jésuite italien, Allexandro Valignano, Visiteur de la Province du Japon, pour donner un nouvel élan aux missions. II arriva à Macao, pour la première fois, en 1577 et il y séjourna neuf mois pendant lesquels il put observer et comprendre le caractère chinois, ce qui allait lui per- mettre de mettre au point une nouvelle méthode de travail pour les missionnaires. Il recommanda de s’accommoder aux mceurs et aux coutumes de la Chine tant que celles-ci n’iraient pas à 1'encontre des príncipes chrétiens. Il insista pour que les futurs missionnaires jésuites connaissent la langue et la civilisation du pays. Les Jésuites de Macao, encore imbus de 1’esprit européen, trouvaient ces idées si déraisonnables qu’ils refusaient de colla- borer avec lui. Il fallut donc recruter d’autres pères pour appli- quer cette nouvelle méthode dapostolat. Michel Ruggieri, un autre jésuite italien, fut la première recrue. II arriva à Macao en juillet 1579. Valignano était déjà parti pour le Japon, mais il avait laissé à Ruggieri des instructions précises pour qu’il apprenne à lire, à écrire et à parler le Chinois. Avant de continuer, il est bon d’ajouter que déjà en 1575, le frère Martin de Rada, qui n’était pas jésuite mais augustin, avait compris 1'importance de bien connaxtre la Chine. Il avait pu entrer au Fu-Jian en 1574, et réunir une centaine d'ouvrages chi¬ nois traitant de Ia description de 1’Empire, de son antiquité et de sa chronologie, de ses méthodes de gouvemement, des cérémo- nies et des rites, de la médecine, de 1’astronomie, des religions, et de bien d’autres choses encore. On lui doit d’être le premier à offrir de la Chine un image authentique. Ruggieri gagna Canton en novembre 1580. II entra dans la ville avec des commerçants portugais qui à cette époque avaient 3 «La una que no se inquieten mas sobre la venida a China, por¬ que es por demas y es querer tomar el cielo con las manos y dar de cabeza, ny con soldados ny sin ellos, porque ya todo lo han provado aca primero los Portugueses y no ha abido remedio.» Lettre de Petrus de Alfaro, datée de Canton le 13 octobre 1579. Sinica Franciscana, II, p. 180. 7
  • 1’autorisation d’y venir commercer deux fois par an. A cette occa- sion il gagna 1’affection des mandarins en observant 1 etiquette chinoise. Les mandarins exigèrent alors qu’il fút présent à toutes les audiences publiques. Malheureusement ses confrères, les Jésuites de Macao, n’ap- précièrent pas ses éfforts et ne voyaient pas 1'avantage que le père Ruggieri tirait de ses études de Chinois. Ce manque de com- préhension et de sympathie venait surtout du Supérieur des Jésuites. Valignano, voyant son entreprise en danger par suite de 1'attitude de ses confrères, renvoya le Supérieur lorsqu’il revint à Macao en 1582 et décida en même temps que les Jésuites des- tinés aux missions de Chine auraient désormais un certain degré dautonomie. Cette année-là, Ruggieri fut invité par le Zong Du * des deux Guangs (Guang-Dong et Guang-Xi) à venir s’établir à Zhao-Qing [*5]. Mais ce même Zong Du ayant été remplacé par un autre, Ruggieri et son compagnon, le P. Pasio, furent obligés de rentrer à Macao. L’année suivante, assuré de 1’amitié du préft de Zhao- Qing, Ruggieri lui présenta une requête, demandant lautorisa- tion de s’installer dans cette ville. La permission obtenue, Ruggieri, accompagné du jeune Matteo Ricci, fonda la première résidence de 1’Eglise Catholique à 1’intérieur de la Chine, le 10 septembre 1583. A Zhao-Qing les deux pères agirent avec une prudence qu’ils savaient indispensable pour le succès de leur entreprise. Ils déci- dèrent dadopter la tenue des bonzes pour faciliter leur tâche. Bientôt ils se rendirent compte qu’il était plus facile de séduire les mandarins avec la Science et la technique européenne que d’avoir affaire au peuple xénophobe, qui avait d’ailleurs mani- festé à plusieurs reprises son hostilité à 1’égard des deux pères. Aussi Ricci dut-il consacrer une partie de ses activités à cons- truire des cadrans solaires et des mappemondes. Ricci était 1’homme qu’il fallait pour mettre en pratique les méthods définies par Valignano concemant 1'évangélisation de la Chine. C’était un homme doué de patience, de tact, et d’intelli- gence, qualités que les Chinois savaient apprécier. Ricci resta six ans à Zhao-Qing ou il gagna la faveur de plusieurs manda- 4 Les Zong Du [ ±5 ] étaient les vice-rois des Provinces. 8
  • rins, et lors de la persécution de 1588 menée contre les étrangers, ils vinrent porter secours aux deux pères. Entre-temps, Ruggieri quitta cette ville pour se rendre à Rome, dans 1’espoir d’y orga- niser une ambassade pontificale pour la Chine. En 1589, l’arrivée d’un nouveau vice-roi, Liu Jie-zhai, fit partir Ricci pour Shao-Zhou [*5], ville située dans le nord de la pro- vince de Guang-Dong. Là, il se fit un ami de Qu Ru-kui [ *5 ] 8, fils d'un très grand lettré. Celui-là, épris des Sciences européennes, devint le disciple de Ricci qui lui enseigna les mathématiques et 1’astronomie. Cette amitié valut au P. Ricci de nombreuses rela- tions parmi les mandarins de Shao-Zhou. En outre, Qu Ru-kui fit connaitre le talent de son maítre partout ou il allait. Pendant ce temps, Ricci comprit que pour pénétrer le cercle des lettrés, il fallait abandonner les habits des bonzes, car ceux-ci étaient méprisés et considérés comme les pires des débauches Désor- mais Ricci adoptera le costume des lettrés, lui qui était déjà considéré comme un grand lettré de 1’Occident. En 1595 Ricci s'établit à Nan-Chang [*=»], capitale du Jiang- Xi. Cette ville était tout particulièrement propice à son apostolat intellectuel, car Nan-Chang était la ville la plus fréquentée par les lettrés. De plus, en tant que ville métropole, elle recevait tous les trois ans les nombreux candidats aux Ju Ren [ ^ ] 7, qui y venaient pour passer des examens. Ces lettrés, attirés par la répu- tation de Ricci vinrent lui rendre visite ; lui-même avait été bien accueilli par les plus hautes personalités, tels le vice-roi, le préfet et beaucoup d’autres. Ces contacts directs avec les savants chinois 5 Connu sous le nom de Qu Tai-si [±5] dans les rapports contem- porains des Jésuites. * Le bouddhisme n’eut pas la faveur des Ming qui adoptèrent un régime strictement confucéen. 7 Le Ju Ren est 1’équivalent de la licence. Le concours pour ce deuxième degré littéraire a lieu tous les trois ans dans la capitale de chaquc Province, à une date fixe pour tout Tempire. L‘examen dure de vingt cinq à trente jours, et se compose de trois épreuves. Voir Biot, E., Essai sur Vhistoire de 1'instruction publique en Chine et de la Corporation des lettrés, deuxième partie, p. 510. 9
  • devaient nécessairement mener à des discussions sur les problè- mes fondamentaux de la philosophie, de la morale et de la reli- gion. Car si ces lettrés, disciples de Confucius, étaient attirés par la Science et la technique européennes, c'était uniquement par curiosité ; ils tenaient beaucoup plus à 1’étude de la philosophie et de la morale. Ricci, pour se ménager leurs bonnes grâces, 3Oiim composera le Traité sur Vamitié (Jiao You Lun [s=s]), sujet très cher au cceur des Chinois. II se servira de la logique scolastique pour confondre ces lettrés qui ne connaissaient pas le syllogisme ni les autres modes de raisonnement. Malgré tous les succès obtenus à Nan-Chang, Ricci songea à se rendre à Pékin. II avait compris que les missions seraient toujours à la merci des mandarins, et que, seule, la faveur de 1'empereur pourrait leur assurer une certaine stabilité. Son pre- mier voyage à Pékin, en 1598, fut un échec. L’heure n’était pas propice aux étrangers. La cour se trouvait en effet déchirée par une lutte achamée entre eunuques et mandarins. En outre, la menace que faisait planer sur la Chine Timpérialisme japonais rendait suspects tous les étrangers. Ricci dut donc rebrousser chemin. Deux ans plus tard, il eut à nouveau 1'occasion de se rendre a Pékin. Une fois sur place, Ricci se trouva au cceur des intrigues fomentées par les eunuques et les mandarins. Le Tribunal des Rites [ *+ ] 8 qui était responsable des étrangers lui était hostile : il recommanda à 1’Empereur Wan Li [ s=s ] de renvoyer les étran¬ gers. Mais 1’Empereur, sans doute séduit par les cadeaux de Ricci, lui permit de rester9. De plus, depuis 1588, 1’Empereur s’était • IfB 8 L’administration de 1’empire chinois est partagée entre six Tri- bunaux, chacun ayant une fonction différente: le Li Bu [sç1]. Tribunal des Mandarins ; le Hu Bu [ ±5 2 ], Tribunal des Revenus ; le Li Bu [***], Tribunal des Rites; le Bing Bu [±ç«], Tribunal des Armes; le Xing Bu [s=55]. Tribunal des Crimes; le Gong Bu [±ç8], Tribunal des CEuvres Publiques. Le Tribunal des Rites s’occupe des cérémonies et des rites publics ainsi que des sacrifices. II reçoit les délégués des pays étrangers; il est également responsable des prêtres et des nonnes. * II fut tout particulièrement séduit par les horloges, et comme il n‘y avait personne qui savait les remonter, 1’Empereur voulut garder le Père dans sa capitale. 10
  • rendu solidaire des eunuques contre les mandarins. Ceux-ci insis- tèrent pour qu’il désignât son fils ainé, Zhu Chang-luo [*=?], comme héritier du trône, mais 1’Empereur, soutenu par les eunu¬ ques, voulait désigner le fils qu’il avait eu de sa concubine pré- férée. L’Empereur, à 1’arrivée de Ricci, allait céder sur ce point aux pressions des mandarins, ses ministres. Ainsi, en permettant au Jésuite de rester malgré la désapprobation du Tribunal des Rites, il trouva là sans doute une satisfaction en remportant cette petite victoire sur ses ministres. Ricci ne quittera plus Pékin et il achèvera de définir sa mé- thode d’apostolat qui sera celle que suivront ses successeurs. A cette époque, la doctrine officielle était 1’interprétation maté- rialiste que Zhu Xi [*=?], à 1’époque Song, avait formulée du confucianisme. La philosophie de Zhu Xi était à 1’origine du conformisme officiel et intellectuel. Ricci, en étudiant les quatre livres canoniques attribués à Confucius10, au lieu de s’en tenir au commentaire de Zhu Xi, va directement aux textes canoniques ou il découvre des pensées proches du Christianisme. Il va réfu- ter les interprétations matérialistes et positivistes de la philoso¬ phie du Zhu Xi et se servira uniquement de livres classiques pour expliquer le Dieu chrétien. Ricci avait tant de respect pour la pensée confucéenne qu’il allait jusqu’à adopter des termes tirés de ces livres pour traduire le nom de Dieu, car les Chinois ne possédaient dans leur vocabulaire un mot qui correspondait au concept de Dieu. On appellera Dieu par les expressions Shang Di [ *=?1 ] ou Tian [ sfc*2 ]. Mais si les Chinois ne firent aucune difficulté pour inclure une divinité de plus dans leur panthéon, ils répugnèrent en re- vanche à accepter l’idée du Christ, Fils de Dieu, sanglant et nu sur sa croix comme n’importe quel malfaiteur. Ricci, pour ména- ger leurs susceptibilités, et aussi pour faciliter leur conversion, n’aborda pas tout de suite la Passion du Christ. Autre problème beaucoup plus grave : celui des rites chinois. Les Chinois pratiquaient depuis toujours le culte des ancêtres et celui de Confucius. Ces rites étaient à la base même de la structure sociale, et on ne pouvait s’y soustraire sans être frappé d’ostracisme, sans compter d’autres conséquences plus cruelles 1 2 ^ 1 mm 2 mm 10 Le Shu Jing [t*1], le Li Jing [±ç*], le Shi Jing [±5*], et le Chun Chiu [ ±5 4 ]. 3 4 m®. u
  • encore. Comment accommoder ces cérémonies avec la religion chrétienne ? Ricci qui fréquentait surtout des lettrés matérialistes se persuada vite que ces rites « n etaient certainement pas idolâ- triques et peut-être même pas superstitieux. »11 La méthode de Ricci était sans doute audacieuse. Ses accom- modements étaient trop nouveaux pour être acceptés par ses confrères. Ils auront de graves conséquences, puisqu’ils seront à 1’origine de controverses entre les missionnaires avant dabou- tir à la Querelle des Rites. II faut dire cependant que c’est grâce à la largeur d’esprit de Matteo Ricci que les missionnaires ont pu trouver un point dappui en Chine. II n'est pas inutile de citer ici quelques observations sur ifcW-fô Ricci faites par un Chinois, Shen De-fu [*5]. Cet homme est surtout connu par ses esquisses et ses commentaires sur les écrivains de la période Ming, dans son ceuvre intitulée Ye Huo SíJ&fPi B*en [*=*]• Shen De-fu avait fait la connaissance de Ricci à Pékin et écrit à son propos : C’est un homme hors du commun. A son arrivée en Chine iSUj il habita d’abord la Baie de Xiang-Shan [±5]. Pendant vingt ans il apprit à parler et à lire le Chinois. Lorsqu’il arriva à Pékin il avait déjà des cheveux gris... Aujourdhui, des érudits chinois, ses disciples, sont dispersés dans tout 1’Empire, et on les trouve plus spécialement à Jing-Ling (Nankin). Son enseigne- ment de la Loi Divine n'est qu'une hétérodoxie occidentale, comme disent les Bouddhistes. Cet enseignement est pourtant étrange, charmant et émouvant. On a tort de croire (que Ricci avait projeté) de sonder la Chine dans l’attente de découvrir les signes d’un soulèvement militaire. Dans un second paragraphe Shen De-fu écrit: Li Xi-tai (Ricci) faisait de grands efforts pour convertir les Chinois à sa doctrine. II attaquait surtout les Bouddhistes. Une fois il m'a dit: « Dans votre pays vous avez eu Confucius, c’est le Saint de la Chine. Mais il est mort à 1'époque ou en Occident on chassait encore le rhinocéros. De même Çakyamouni est le saint homme de Pamis. Mais lui aussi est mort, dans la douleur, 11 « Sta tutto questo fuori di ogni idolatria, e forse anche si puo dire non essere nessuna superstizione.» D'Elia, Pasquale, S.J., Fonti Ricciane, I, p. 118. 12
  • appuyé contre l'arbre boddhi. Ainsi comment est-il possible q'un Bouddha existe encore aujourd’hui.» Lorsque je n'étais pas de son avis, je n'avais pas 1'impres- sion qu'il fút contrarié. II avait très bon caractère et avait le pouvoir de calmer les impatients. On le sent si magnanime qu'on n'ose s'opposer à lui. II mange et il boit généreusement. Ce qu'il fait, il le fait bien. II ne pratique pas l'art de mettre de 1'argent de côté et pourtant il semble en avoir amplement pour satisfaire ses besoins quotidiens, et il ne manque de rien. Pour cette raison on le soupçonne de s'adonner à 1'alchimie. Cela n’est pourtant pas le cas...12 M. Wolfgang Franke fait observer que c’est surtout l’extra- ordinaire personalité de Ricci, et non pas ses doctrines, qui a séduit Shen De-fu et d’autres Chinois de cette époque. Le passage ci-dessus nous montre un Ricci plein de bonne humeur (histoire du rhinocéros !), de tolérance, et de patience. C etait un gros man- geur, ce qui constituait un avantage non négligeable pour se faire des amis, car les Chinois aimaient surtout discuter à table et la vie sociale se concentrait autour des banquets. Ricci lui-même confirme ceci dans sa lettre adressée à Girolamo Costa le 28 octo- bre 1595 : « Deux ou trois fois par semaine je suis invité [à diner] et quelques fois à deux endroits dans la même journée, et je suis tenu daller à l’un et l’autre... mais heureusement j’ai un bon estomac. »13 Dautre part, on découvre dans les observations de Shen De-fu que les Chinois avaient des soupçons sur lui. En tant qu’étranger on aurait pu le prendre pour un espion. Et il n’y a rien d’étonnant à ce que les Chinois aient pu le croire alchi- miste étant donné ses activités scientifiques, techniques et astro- nomiques qui avaient dailleurs grandement émerveillé les Chi¬ nois eux-mêmes. Ricci mourut le 3 mai 1610. Sa tâche était-elle accomplie ? II croyait avoir laissé à ses sucesseurs « une porte ouverte ». Après lui, les pères Jacques Pantoja et Sabbathino de Ursis ont pu rester à Pékin en s’occupant toujours de mathématiques. En décembre 1610, quelques mois après la mort de Ricci, les astronomes du Qin Tian Jian [*=?], le Tribunal des Mathéma- 12 13 Studia Sino-Altaica: Festschrift fur Erich Haenisch, pp. 72-75. Opere storiche, II, p. 186. 13
  • tiques14, se trompèrente dans la prévision d’une éclipse. Ils se défendirent en alléguant que Terreur était due aux règles de cal- culs héritées des Anciens et dont ils ne s etaient pas écartés. Xu Guang-qi [*=?], l'un des plus grands mandarins chrétiens, saisit cette occasion pour faire progresser les missions. II per¬ suada le Tribunal des Rites de demander à TEmpereur qu’il chargeâ les Jésuites de corriger le calendrier. De Ursis et de Pan- toja, ayant obtenu cette autorisation, ils se crurent alors plus ou moins assurés de rester à Pékin et ils commencèrent immédiate- ment leur travail. Mais les astronomes, jaloux de cette faveur et soutenus par les intrigues des eunuques, firent annuler cette décision. Un peu plus tard éclata une persécution générale, sus- ífc flf citée Par Shen Que [*5], vice-président du Tribunal des Rites à Nankin ; elle dura six ans (1616-1622), et malgré cela, une partie des pères put rester sur place, mais en cachette. Au même moment, les incursions des Tartares devenant de plus en plus fréquentes et menaçantes15, des mandarins chrétiens, tels Xu Guang-qi et Li Zhi-zao [*?], proposèrent à TEmpereur de solliciter 1’aide des étrangers de Macao qui possédaient une arme nouvelle. Cette proposition fut approuvée par le Bing Bu [*=?], le Tribunal des Armes, qui envoya Michel Zang et Paul Song à Macao pour obtenir des Portugais quatre ca- nons avec leurs artilleurs. Mais, cette fois encore Topposition de Shen Que fit échouer cette démarche. A la cour, il avait réussi à réveiller les craintes sur Téventualité d’une conquête de TEm- pire par les Portugais. En effet, deux des quatre canons, une fois arrivés à Pékin, ayant explosé, causant la mort de plusieurs Chi- nois, Shen Que en profita pour accuser les chrétiens. Mais à la chute de Shen Que, en septembre 1622, on pensa de nouveau à faire appel aux étrangers. Cette fois on proposa d’invi- ter les Jésuites à Pékin comme conseillers militaires. Dabord, les pères eurent quelques scrupules, mais finalement, songeant aux avantages que les missions pourraient retirer de leur séjour offi- 14 Ce Tribunal est responsable de la publication annuelle du calen¬ drier. II dirige les observations astronomiques, prévoit les événements célestes et interprète les phenomènes naturels. 15 En 1621 Shen-Yang [ ±511 et Liao-Yang [ ±52 ] furent pris par les Mandchous. - M 2 mm 14
  • ciei à Pékin, ils décidèrent de se prêter à ce jeu. Le 25 janvier 1623, le Père Longobardi, accompagné du Père Adam Schall, arriva à Pékin et s'installa dans la maison de Ricci près de la porte sud-ouest de la Ville Impériale. Le 21 juin 1629, une nou- velle erreur dans le calcul d’une éclipse du soleil persuada le Tribunal des Rites de la supériorité des Européens en cette matière, eux qui avaient prédit correctement cette éclipse. Le fait que Xu Guang-qi était le vice-président de ce Tribunal faci¬ lita le projet de réforme de Tastronomie chinoise et musulman à la lumière de Tastronomie occidentale. En effet, Télaboration du Calendrier était une affaire d’Etat! Les Chinois croyaient que la vie humaine avait un rapport direct avec les astres. Si 1'homme mène une vie en harmonie avec 1’ordre universel, il atteindra au bonheur. Ainsi les Chinois, avant de se lancer dans une affaire importante, consultaient toujours les astres pour voir s’ils leur étaient favorables. Lune des tâches les plus importantes du gou- vernement était donc de dresser chaque année le calendrier. Pour ces raisons, la publication de ledit impérial du 27 septembre 1629 permettant aux Jésuites de faire partie du Qin Tian Jian, le Tri¬ bunal des Mathématiques devait marquer le commencement d’une nouvelle phase dans Thistoire des Missions en Chine. Le P. Johanne Terrenz, Tune des plus grands mathématiciens de son époque, fut le principal auteur de cette réforme. Sa mort, survenue quelques mois plus tard, fut une grande perte pour les Jésuites. On le remplaça par le P. Jean Adam Schall et le P. Giacomo Rho. Le P. Schall allait faire une carrière très bril- lante. Sous la nouvelle dynastie des Qing, il deviendra directeur du Qin Tian Jian et mandarin de première classe. La vie de cet illustre Père est bien connue. Le P. A. Vaéth a publié une excellente biographie19, dont le P. J. Duhr tira une adaptation française ”. Schall, avec Ricci et Verbiest, ont toujours été considérés comme les trois pilliers des missions en Chine. Mais la tâche des historiens modernes n’est pas de créer des « géants ». Si j'ai choisi d’écrire la biographie du P. Gabriel de 18 Vaeth, Alfons, Johanti Adam Schall von Bell, S.J., Cologne, 1933. 1T Duhr, Joseph, Un Jésuite en Chine. Adam Schall, astronome et conseiller impérial, Bruxelles, 1906. II existe également de cet ouvrage une adaptation en anglais due à Rachel Attwater, Adam Schall, a Jesuit at the Court of China, London, 1963. 15
  • Magalhães, le plus grand adversaire de Schall, ce n’est en aucune manière avec 1’intention de ternir la gloire de ce dernier. Mais étudier un personnage de second plan qui fut néanmoins intime- ment mêlé aux événements auxquels on s’intéresse, contribue très souvent à enrichir la connaissance que l'on a d’une époque. Le P. Magalhães est un Jésuite portugais qui a vécu trente- sept ans en Chine, de 1640, date à laquelle il arriva à Macao, jusqu'à sa mort, en 1677. Cette période a vu la chute de la dynas- tie chinoise et letablissement d'une dynastie de barbares mand- chous, les Qing. Ce fut une époque douloureuse. La Chine s’est d’abord trouvée déchirée par des guerres civiles entre les forces du gouvemement impérial et les chefs-bandits tels que Li Zi- cheng et Zhang Xian-zhong; et, plus tard, par des luttes entre la dynastie Mandchoue établie au nord de la Chine, et les par- tisans de la dynastie Ming au sud. Ceux qui étudient 1’histoire de cette période trouveront dans les rapports du P. Magalhães des témoignages directs. Ces documents sont d’autant plus précieux que les Chinois se sont tus trop souvent à cette époque. On sait qu’un étranger, nourri d’une civilisation entièrement différente, remarque souvent des choses qu’un homme de pays passe sous silence car elles lui sont trop familières et il ne voit pas l'intérêt de les mentionner. Magalhães nous offre un double avantage : d’abord c'est un étranger qui a séjourné en Chine ; ensuite, il a très bien connu ce pays puisqu'il y a vécu jusqu’à sa mort. D’autre part, son long séjour à la cour de Pékin (1648- 1677) lui permit d’entrer en contact direct avec les dirigeants du pays. Ainsi, il put regarder de très près le fonctionnement de la machine politique, concentrée dans la capitale. Cette expérience fut très utile pour les supérieurs lorsqu’ils durent prendre des décisions concernant les missions. 16
  • CHAPITRE I VOYAGE DU P. GABRIEL DE MAGALHÃES DE GOA A MACAO, ET DE MACAO A HANG-ZHOU On ne sait pratiquement pas ce que fut Ia vie de Gabriel de Magalhães jusqu’à son arrivée en Chine, à 1 age de trente et un ans. En effet, à part les quelques rares renseignements que le P. Louis Buglio nous a donné dans son « abrégé de la vie et de la mort du R. Pere Gabriel de Magaillans » \ aucune autre source ne vient combler cette lacune. Le Pere Gabriel de Magallans, Portugais, nâquit l'an 1609 de parens nobles et pieux2. II passa ses premieres années dans la maison d'un de ses oncles qui estoit Chanoine, et qui prit soin de 1’élever dans la piété et la crainte de Dieu. II étudia ensuite dans les Ecoles de la Compagnie de Jesus, de la celebre Université de Conimbre, ou émeu par le bon exemple de ces Peres, il resolut de quitter le monde, et fut reçú dans la Com- 1 Cet abrégé se trouve dans Nouvelle Relation de la Chine, pp. 371-385. 2 Ses parents étaient Manuel Calvo de Magalhães et Maria de An¬ drade Leitão. Son grand-père, Antonio Calvo, fut gentilhomme de la mai¬ son royale. Parmi les membres de sa famille, plusieurs s'étaient distingués comme ecclésiastiques. «Le Dominicain Frei Manuel de Magalhães, de Pedrógão Grande, fut missionnaire à Goa, et le Frère Agostinho de Maga¬ lhães, lui aussi Dominicain, avait exercé la charge de Vicaire Général à Goa et de Grand-Inquisiteur. Dans la Compagnie de Jésus se trouvaient des parents à lui: Dr. António de Magalhães, professeur de Coimbra, puis missionnaire en Inde, et les Pères Manuel et Eugênio de Magalhães qui avaient servi en Métropole. Dans le clergé séculier se sont distingués les Pères Baltasar et Pedro de Magalhães, tous les deux originaires du 2 17
  • pagnie à l'âge de seize ans3. Estant encore Novice, il demanda d'estre envoyé aux Missions des Indes Orientales; ce qui ne luy fut accordé qu'aprés qu'il eut achevé ses études de Rheto- rique et de Philosophie. II arriva en 1634 à Goa, ou il fut aussi- tost employé à enseigner la Rhetorique aux jeunes Religieux de la Maison. Deux ans aprés il demanda instamment d'estre en¬ voyé à la Mission du Japon; ce que ses Superieurs luy accor- derent avec beaucoup de peine, à cause du progrez extraordi- naire que ses écoliers faisoient sous un tel Maítre4. On se demande pourquoi Magalhães a tellement insisté pour aller au Japon à une époque ou les persécutions contre les Chré- tiens faisaient rage dans ce pays. Les missionnaires ne pouvaient y entrer que déguisés en marchands portugais5 et, une fois sur place, ils devaient se cacher au risque d etre pris et de mourir pour la gloire de Dieu. Ce fut sans doute son zèle apostolique qui le poussa dans cette voie. Un autre Portugais, Sebastião Manrique, de 1’ordre de Saint- Augustin, brúlait aussi du même désir de se rendre au Japon, malgré tous les obstacles et les dangers et, pendant un temps, ils vont suivre le même chemin. En 1636, Manrique se trouvait également à Goa, et c’est surtout grâce à son récit Itinerário de las missiones orientales qu’on peut avoir quelques indications sur le voyage que Magalhães allait faire 1’année suivante à Macao. Ils quittèrent Goa sur le même navire; malheureusement, à Ma- lacca, ils prirent des chemins différents et l’on ne sait plus rien de Magalhães jusqu’à son arrivée à Macao. Le vice-roi des Indes avait décidé d’envoyer quatre galions à Malacca oú l’on manquait de vivres. A la suite d’une dispute à propos du commandement de la forteresse entre le Capitaine de la Forteresse, D. Diogo Coutinho Docem, et le Capitaine de Mer, Luis Martins de Sousa Chichoro, soixante-six Portugais s’en- tretuèrent. Le roi d’Achin, profitant de cette querelle, rompit les Pedrógão Grande, le premier comme chanoine de Braga et de Coimbra, le second comme doyen d'Evora.» Farinha, A.L., Trinta e sete anos nas Missões da China (Vida do P. Gabriel de Magalhães), pp. 10-11. Voir égale¬ ment Bibliotheca Lusitana, II, pp. 314-316. * D’après la notice de Bibliotheca Lusitana, il fut reçu le 24 mars 1624. Donc il avait quinze ans. 4 Nouvelle Relation de la Chine, pp. 371-372. 5 Voir Boxer, C.R., The Christian Century in Japan, pp. 327-328, 266-270, 384. 18
  • rapports amicaux qu’il entretenait avec les Portugais. Sous la pro- tection de cette flotte, étaient partis aussi quelques vaisseaux, chargés de marchandises destinées aux Philippines. Magalhães et Manrique se trouvaient dans la patache appartenant à un cer- tain Antonio Corrêa Buenas-razones. Manrique écrit: Je me suis décidé à faire le voyage sur ce bateau, étant donné qu'à cette époque il était impossible pour des religieux de se rendre au Japon sans passer par les Philippines, puisque la route de Macao leur était fermée. Cela était dú au fait que les Portugais de Macao avait conclu avec les Japonais un accord selon lequel ils s’engageaient à ne pas transporter des religieux vers le Japon sous peine de mort et de voir leur bateau con- fisqué. Pour cette raison, les missionnaires qui devaient suivre ce chemin au bout duquel ils allaient arroser de leur sang les plantes de la conversion (fanées par nos péchés, et à cause des ambitions sans borne de certaines gens) cherchèrent les iles Phi¬ lippines, et la ville qui porte le nom très sacré de Jesus de Manila, d’oú ils pouvaient partir, sans être contrôlés, à cause de la guerre qui se poursuivait depuis quelques années entre les espagnols et les Japonais8. En effet, à la suite d’un édit impérial publié en 1636, les Portugais avaient été chassés du port de Nagasaki. On sait qu’ils leur était absolument interdit de faire passer en fraude des religieux au Japon. On ignore si Magalhães avait toujours 1’intention de s’y rendre pour y chercher la palme du martyre. II semble plutôt qu’au moment ou il quitte Goa il est déjà destiné aux missions de Chine, car Manrique, en parlant de lui, indique que c’est dans ce pays qu’il se rend \ 0 «... en este determinè yo passar, por no poderé por entõces los Religiosos passar a Japõ, si no por via de Phelipinas, a respeto de estar impedido el passo por via de Macan : porque los Portugueses deste puerto entre las capitulaciones que aviã hecho con los Iapones, fue que no llevarian en sus embarcaciones ningun Religioso sob pena de la pena capital, y confiscacion de las hazicndas. Con esto era forçado a los Reli¬ giosos missionários, que avian de passar a regar con su sangre aquellas plantas y marchitas por nuestros pecados, y por la demasiada ambicion de algunos, veniren a buscar las Islas Phelipinas, y la Ciudad del San¬ tíssimo nombre de Iesus de Manila, de donde se salia sin ningun impedi- miento, por aver algunos anos que los Castellanos estavan en guerra con los Iapones.» Manrique, S., Itinerário de tas missiones orientales, pp. 260-1. 7 «Tambien yua de la compania el Padre Gabriel de Magallanes, que passava a la China.» Ibid., p. 264. 19
  • A cette époque, 1’Eglise catholique prenait un nouvel essor en Chine. Shan-Xi, grâce aux efforts du P. Vagnoni qui y fonda une résidence en 1634, devint bientôt l'un des centres des activités mis- sionnaires. En 1635, le P. Etienne Le Fèvre prêcha 1'Evangile dans la Province de Shen-Xi ou il resta jusqu a sa mort. Deux ans plus tard, le P. Antonio de Gouvea fonda la première communauté chré- tienne de la Province de Hu-Guang tandis que le christianisme gagnait également beaucoup de terrain à Shang-Hai. L’installa- tion des Jésuites à la cour comme mathématiciens apporta une impression de sécurité aux missions, et partout on voyait 1’espoir s’épanouir. Par suite de cette expansion, on avait donc de plus en plus besoin de missionnaires pour travailler à la vigne du Seigneur. Les deux missionnaires portugais embarquèrent à Goa le 27 avril 1637. Les vents étant favorables, ils furent bientôt en vue de l’íle de Pulo Butum en passant par Nicobar ou l’on avait échangé des étoffes contre des ambres de première qualité. En approchant de 1’ile de Pulo Butum, ils aperçurent trois vaisseaux hollandais auxquels ils ne pouvaient échapper car le vent venait de tomber. II s’ensuivit une bataille dont Manrique nous a fait une description pittoresque et détaillée. On convoqua tout ceux qui étaient capables de porter une arme; ils étaient seize, et parmi eux se trouvaient sept ecclésiastiques, trois Augustins, dont Manrique; un Dominicain ; un Jésuite, Magalhães ; un Francis- cain et un prêtre séculier. Les membres de ces divers ordres, devant la menace des hérétiques, oublièrent les querelles qui les opposaient en Chine comme au Japon et s’unirent pour battre ces «chiens abjects », ces « hérétiques », ces « pirates » et ces « ennemis de Dieu »8. La bataille dura près de trois heures. Des deux côtés on avait subi de lourdes pertes, et les Portugais étaient sur le point d etre vaincus lorsquun vent soudain leur permit de prendre la fuite. La patache arriva à Malacca le jour de la Fête-Dieu, le 11 juin. La présence d’un navire hollandais à la sortie du port empêcha les Portugais de repartir immédiate- ment. Quelques jours auparavant, les Hollandais avaient capturé un « Gelia » portugais. Cette perte gênait considérablement le capitaine-général car il avait confié à ce bateau qui se rendait en Chine des informations qui indiquaient aux vaisseaux des mar- s Ibid., p. 266. 20
  • chands un lieu de rencontre oú ils trouveraient à les attendre une flotte descorte pour aller à Malacca9. Ce renseignement était suffisamment important pour qu’on la fasse porter par un autre bateau. Mais on ne trouvait pas de volontaires pour cette entreprise car, avec Ia fin de la mousson, un tel voyage faisait courir un grand risque. Enfin, le Capitaine Antonio Paes Brandão vint offrir ses Services. Manrique, impatient de continuer son voyage, accepta la proposition de Brandão, et décida de partir avec lui. II nous rapporte quun frère lai, franciscain, les accom- pagna dans ce voyage10. Manrique ne faisant pas mention de Magalhães, on peut conclure que ce dernier est resté à Malacca. En tout cas, on sait qu’il ne put pas se rendre à Macao cette année-là. II est intéressant d’ajouter que Manrique, une fois arrivé à Manille, perdit tout espoir darriver un jour à destination, c’est- à-dire au Japon. En effet, alors qu’il était à Manille le Capitaine Aleixo de Mesquita, venant de Macao, demanda avec insistance au gouverneur des Philippines, Dom Sebastian Hurtado de Corcuera, d’interdire le départ des missionnaires pour le Japon. La raison en était que les Japonais menaçaient de cesser tout commerce avec Macao si les prêtres continuaient à arriver sur leur territoire, même s’ils venaient de Manille, car les Japonais savaient que les deux villes, Macao et Manille, étaient soumises au même roi”. II n’y a aucun moyen de savoir quand et comment Magalhães quitta Malacca, mais il semble qu’il soit arrivé à Macao en 1639. Là, Magalhães enseigna un an la philosophie et 1’arrivée d’un man- darin chrétien lui donna 1'occasion d’entrer en Chine. Magalhães ayant obtenu 1’autorisation de son supérieur, quitta Macao et arriva à Hang-Zhou, capitale de Ia Province de Zhe-Jiang12. Le P. João Monteiro, dans sa Lettre Annuelle de 1641 adressée au P. Mutio Viteleschi, annonce que le P. Gabriel de Magalhães et le P. Joseph de Almeida sont arrivés à Hang-Zhou cette année-là 9 Ces renseignements montrent clairement qu’à cette époque les Hollandais constituaient une véritable menace pour les Portugais dans 1’Océan Indien et la Mer de Chine. 10 Itinerário de las missiones orientales, pp. 268-269. 11 Ibid., p. 280. 12 Pfister écrit qu'à cette époque Magalhães devait partir pour le Japon, mais le visiteur profitant de la présence du mandarin chinois, le retint pour 1'envoyer plutôt à Hang-Zhou. Notices biographiques et biblio- 21
  • *i3c et qu’ils ont commencé leur étude du Chinois sous la direction du Frère Gomez1S. Pourtant, d’après le P. Pfister, Magalhães est arrivé à Hang-Zhou en 164014. En tout cas, nous conservons une Lettre Annuelle de 1640, écrite par Magalhães et signée le 30 aout 1641, alors qu'il se trouvait à Hang-Zhou15. II est donc clair qu’il a passé au moins une grande partie de 1’année 1641 dans cette ville. C’est la première lettre écrite de Chine par Magalhães et comme il s'agit de la lettre annuelle, elle ne contient qu très peu de renseignements sur lui-même. II y est question de 1'état des missions dans les différentes Provinces en fonction des infor- mations recueillies dans les rapports des pères. Magalhães rapporte les événements qui se sont déroulés à Fu-Zhou, capitale de Fu-Jian : Un reliigeux de 1’ordre de Saint François, Fr. Francisco de Ascalona de Jesu, est arrivé dans la capitale. II a vécu quelques années à Fu-An Its]18. Après que ses confrères eurent été ban- graphiques, p. 252. Ceei semble impossible, puisque le 5 juillet 1639, le shogun Iemytsu prit la décision de supprimer tout commerce avec Macao, et désormais il ne fut plus permis aux Portugais de pénétrer au Japon sous peine de mort. 13 « Rezidirão nesta Igreja alem do Padre Manoel Dias superior, os Padres Gabriel de Magalhaens, e Joseph de Almeida que este anno entrarão, atendendo a lingua e lettras sinicas, e o Irmão Gomez que os ensinava.» Cette lettre est conservée à la Biblioteca National de Lisbonne, Manus¬ critos, 723, fl. 13. 14 Pfister, Louis, S.J., Notices.... p. 252. 13 L’original se trouve dans ARSI, Jap-Sin 161, ff. 230-237. II y manque pourtant la « Residência de Su chuen » et la « Residência de Nam cham, província de Kiam si». Une copie plus complète se trouve à la Biblioteca d'Ajuda, dans les volumes intitulés « Jesuítas na Asia e China », 49-V-12, ff. 511-520. On trouve égalemcnt une version italienne due au Père Fran¬ cisco Brancati. Elle est datée du même jour, 30 aoút 1641, mais provient de Changhai au lieu de Hang-Zhou. Elle fait partie de l'« Annua da Vice- província de China de 1640» conservée à la Bibliothèque National de Lisbonne, Manuscritos, 722, ff. 176v-188v. Je me suis servi de la copie d'Ajuda. 38 Fu-An était une ville situé au nord de Fu-Zhou. Le Père Domi- nicain, Angelo Cocchi, y chercha asile en 1623 lorsque les autorités du Fu-Jian voulurent le renvoyer à Formose. Le Père Juan Bautista de Mo- rales, Dominicain, et le Père Antonio Caballero a Santa Maria, Franciscain, le retrouvèrent un an plus tard dans ce village. En 1637 un groupe de missionnaires Dominicains et Franciscains est arrivé à Ding-Dao, parmi 22
  • nis1T, s’apercevant qu’il retirait peu (Tavantages pour les Mis- sions parce qu'il ne connaissait pas la langue et qu’il ne pouvait s'accommoder des coutumes Chinoises, il décida de rentrer à Manille d’ou il était venu. Le Père [Aleni] chercha à le traiter avec la charité due à un religieux d’une si sainte religion et qui se voyait exilé de son pays seulement pour 1’amour de Dieu. II remercia le Père pour sa générosité. Un jour, au cours d’une conversation, il avoua que si les pères de la Compagnie avaient procédé en Chine de ia même manière que ceux de son ordre et que les Dominicains, il n'y aurait aujourd'hui en Chine ni pères ni chrétienté, et cela malgré tout leur zèle. Que notre Seigneur récompense son bon cceur pour avoir dit la vérité. Qu'il pardonne à ses confrères et à lui de n’être pas parvenu plutôt à cette connaissance, et de n’avoir pas suivi le chemin que des hommes si savants et si saints [les Jésuites] ont ouvert il y a soixante ans, malgré le danger, le fouet, la prison et la faim, non seulement aux prix d'un travail qui consistait à prêcher le saint Evangile mais encore tout en continuant d'étu- dier la langue. Ils se sont distingués dans la rédaction et la tra- duction de livres saints et en introduisant les Sciences de 1'Occi- dent; tout cela d’une grande utilité pour les chrétiens et aidait à la conversion des paíens qui admirent et vénèrent notre Science dans laquelle ils découvrent la lumière, la sagesse et le chemin qu’ils ne trouvent point dans la leur. Que ces religieux fassent attention à ce que Dieu ne leur demande pas de compte pour avoir fait courir des risques tant de fois à la Chrétienté non seulement dans la Province de Fou-Kien d’oú nos pères, à cause d’eux, furent bannis quelques années avant mais aussi dans toute la Chine. Cette année encore, en 1640, le P. Julio Aleni a été obligé de quitter la Capitale [Fu-Zhou] pour échapper à la fureur de An cha Si [±5], la Justice Suprême de la Province. ££ Certains ennemis des missions avaient protesté auprès de lui contre la Loi Divine, et [cette persécution] est toujours en vigueur grâce au zèle aveugle de ces religieux. Leur peu d’expérience valut qu’on présente au Roi [1’Empereur] des pétitions dirigées non seulement contre eux, mais aussi contre nous. II est certain que si le Roi avait donné suite à 1'une de ces pétitions, nous serions tous morts ou bannis. Ainsi, en cherchant le martyre (comme semblent le vouloir ces religieux) nous perdrons notre bien universel, qui aujourd’hui est constitué de milliers de Chré¬ tiens et de nos espérances bien fondées de voir dans peu d'années tout 1'Empire se convertir. Ainsi, voyons s’il est conforme à la lesquels se trouve Francisco de Escalona. Magalhães semble avoir con- fondu les deux villages, centres des activités de ces intrus. 17 Les Dominicains Juan Bautista de Morales et Francisco Dias furent expulsés à Macao. Les autres pères avaient quitté la China volontairement. 23
  • raison et à la bonne théologie de perdre un bien si grand et si universel pour un bien particulier, si on peut appeler cela un bien puisqu'il ne serait plus un bien, mais plutôt un très grand mal >*. 18 «A esta Metropoli veyo hum Religiozo da ordem do Seraphico Padre S. Francisco, chamado Fr. Francisco de Ascalona de Jesus, o qual tendo estado alguns annos nas terras de Fogan, depois de desterrados seus Companheiros; vendo que não era de proveito a Christandade, assim por não saber a lingoa, que não podia bem aprender, como por falta de costumes Sinicos, aos quaes se não sabia accõmodar, se determinou de voltar para Manila de onde viera. Procurou o Padre de o tratar com a caridade devida a Religioso de tão santa Religião, e que só por amor de Deos, andava desterrado do seu natural. Aggradeceo elle o amor e obras do Padre. E hum dia estando ambos praticando, confessou que elle enten¬ dia que se os Padres da Companhia tivessem procedido na China com o modo de seus Companheiros, nomeando os da sua ordem, e de S. Domin¬ gos, ainda que todos com bom zello, não haveria hoje na China, nem Padres, nem Christandade. Nosso Senhor pague a este Religioso este bom animo, que mostrou, em confessar a verdade. E a elle, e seus companheiros perdoem não virem mais cedo em conhecimento delia, e não seguirem na Christandade da China o caminho que primeiro que elles secenta annos, homens tão lettra- dos e santos abrirão a poder de muitos perigos, açoutes, prizoens, fomes, e trabalhos, não só nos caminhos e pregação do Santo Evangelho, mas ainda no continuo estudo da lingoa, em que faz insignes, no compor e traduzir os Livros Santos, espirituaes, e das Sciencias de Europa em Lin¬ goa e Lettras Sinicas, com que se approveitão muitos os Christaons, e convertem os Gentios que admirão e venerão a grandeza, a Sciencia de nossos Livros, nos quaes descobrem a Luz, saber, e caminho, que nos seus como errados não podem achar. Vejão pois os taes Religiosos não lhe peça Nosso Senhor conta de risco em que por tantas vezes, pozerão, não só a Christandade de Fo Kien, donde os Padres, por seu respeito, os annos atràz forão desterrados; e este de 40” o Padre Julio Aleni se sahio da Metropoli por dar fuga ao bravura do Ganchaçu, que he a maior Justiça da Província, a quem certos inimigos aprezentarão contra a Ley de Deos huma petição ainda em vigor dos zellos pouco considerados dos ditos Religiozos, porque nella se fazia delles menção; mas a toda a Chris¬ tandade da China, pois desta sua pouca experiencia nasceo o darem se contra elles, e contra os nossos, e a Luz de Deos Memoriaes na Corte a EI Rey, que se aceitava algum, estaríamos todos mortos, ou desterrados; no que ainda que intereçassemos o bem particular do Martírio, que parece estes bons Religiozos buscavão, perdiasse o bem universal da Christandade, que hoje he de milhares, e milhares de Christaons, e as Esperanças que temos tão bem fundadas de que poucos annos andados se converta todo este Império a seu Criador. Pello que vejão se hè conforme a rezão e boa Theologia, perder hum bem tão grande, tão commun, e universal, por hum 24
  • Ce texte est particulièrement intéressant, car nous avons égale- ment une lettre du Fr. Francisco Escalona dans laquelle il raconte les mêmes événements mais contredit totalement Magalhães. Escalona se vante davoir gagné Aleni à son point de vue, et, par la suite, celui-ci, prêchant à ses néophytes, condamna les cérémo- nies dont usent les Chinois pour honorer leurs ancêtres. Nous nous entretímes religieusement et nous évoquâmes les principales sortes d'honneurs que les Chinois rendent à leur ancêtres. Au cours de ces conversations et de ces disputes qui se prolongèrent plusieurs jours, et qui étaient l'objet de mes visites, le Dieu Tout-Puissant... changea le cceur du P. Julio Aleni. Le résultat fut que le dit père modifia son opinion et que, dans son église, lors du premier dimanche de carême, il fit un prêche aux Chinois chrétiens sur la tentation, leur expliquant que c’était tromperie et mensonge du diable de conserver sur des autels des reliques de ses parents et de ses ancêtres et de mêler des croix à leur images; que l'on doit aimer uniquement Dieu, le servir et le craindre et espérer seulement en Lui qui distribue la récompense ou le châtiment étemel18. Pour comprendre combien ces deux textes sont importants, il faut revenir un peu en arrière et expliquer brièvement pourquoi l’arrivée en Chine des missionnaires de l’Ordre de Saint-François et de Saint-Dominique a été la cause de nouveaux déboires pour les missions. La méthode de conversion formulée par Valignano et définie plus tard par Ricci, était beaucoup trop hardie, car elle était contraire à toutes les idées couramment admises par la plupart des Chrétiens d’Occident. La plus grande menace qui planait sur bem particular, se bem se lhe pode chamar, pois ja então não seria bem, mas grande mal.» Jesuítas na Asia, 49-V-12, ff. 515-515v. 18 « ...comunicamos y conferimos religiosamente los principales pun- tos de las honras que dan los Chinos a sus abuelos etc., y en estas pláticas y disputas nos detuvimos algunos dias en que yo le iba a ver con este fin, y Dios todopoderoso... trocó el corazon del P. Julio Aleni; y lo que resultó fue, que mudó de opinion dicho padre y predicó en su iglesia el primer domingo de cuaresma de la tentación a los Chinos cristianos, diciéndoles que era engano y embeleco del demonio tener en altar puestas las tablillas de sus padres, abuelos y parientes, y entremedias las cruces y imágenes; que sólo se debe amar a Dios, serville y temelle, y que en sólo él se ha de esperar; que tiene prémio e castigo para siempre.» Sinica Franciscana, II, pp. 281-282. 25
  • cette méthode venait des missionnaires établis aux Philippines, oú les Européens, qui y dominaient par la force, imposaient facile- ment la religion chrétienne à un peuple frute. Déjà Valignano avait prévu ce danger et obtenu du Pape Grégoire XIII, le 28 janvier 1585, la promulgation de la Bulle Ex Pastorali Officio, qui donnait aux Jésuites, à 1'exclusion de tous les autres Ordres, le monopole d evangéliser le Japon. Autre raison de cette décision : 1’intense rivalité que nourissaient mutuellement le Portugal et l’Espagne20. Valignano a donc voulu éviter une lutte ouverte. Mais, en 1608, cette décision devait être modifiée par le Pape Paul V qui enleva cette restriction concernant les Ordres Men- diants. En 1626, les Espagnols de Manille occupèrent le nord-est de Formose et y construisirent un fort appelé San Salvador à 1'intérieur duquel les Dominicains firent édifier une église et une résidence. De là, les Dominicains et les Franciscains purent effec- tuer plus facilement leur entrée en Chine. Leur arrivée fut mal vue par les Jésuites, non sans raisons d’ailleurs. En effet, ces missionnaires trop zélés, ignorant les coutumes du pays, semaient, partout oú ils allaient, dissension et confusion. Ils voulurent tout de suite prêcher publiquement le Christ cru- cifié en portant sur eux des croix. Ils napprouvaient pas les pré- cautions et les accommodements des Jésuites. Ils étaient scanda- lisés par le fait que ceux-ci permettaient à leurs néophytes de pratiquer les rites en 1'honneur de leurs ancêtres. En 1637, leur arrivée à Fu-Zhou déclencha une véritable persécution contre tous les missionnaires, y compris contre Manuel Dias, le supé- rieur, et Julio Aleni. Les Dominicains et les Franciscains, et parmi eux Escalona, arrachèrent à cette occasion toutes les affiches anti- chrétiennes, et marchèrent dans les rues en proclamant que la doctrine de Dieu était la seule vraie, que toutes les sectes et les idoles de la Chine étaient fausses, et qu’il s’agissait de tromperies dont le Diable se servait pour emmener ses victimes en Enfer, etc.... Ces manifestations firent redoubler les persécutions. Aleni et Dias durent quitter la ville. En 1639 seulement, Aleni, par son tact et grâce à ses amis mandarins, put calmer la tempête. Escalona lui aussi revint bien- tôt à Fu-Zhou et il chercha asile chez Aleni. 20 Voir Cummins, J.S., The traveis and controversies of Friar Domingo Navarrete, pp. Li-Liv. 26
  • Que le P. Aleni se soit rangé aux vues du Fr. Escalona ou que ce soit 1’inverse importe peu pour la suite des événements puisqu'au fond Aleni n'a jamais rien changé à son enseignement et que le Fr. Escalona n’a certainement rien appris de ses mal- heureuses expériences car il continua à prêcher Jesus Christ crucifié dans les rues du Guang-Xi ou, d'ailleurs, il ne resta pas longtemps. II rentra à Manille en juin 1640, après un long détour par la Cochinchine. II est possible qu'Aleni, pour éviter des dis- cussions qu'il savait inutiles et déplaisantes, ait concédé à Esca¬ lona que 1’opinion des Dominicains et des Franciscains à legará des rites chinois était plus sure pour le salut des nouveaux Chré- tiens. Mais comment Magalhães a-t-il pu prendre connaissance du prétendu aveu que fit Escalona à Aleni ? II est invraisembla- ble qu'Aleni lui ait fait part d’un tel changement chez Escalona qu'on sait attaché obstinément à ses idées. Peut-être Magalhães a-t-il été trompé puisqu’il n’a disposé que de renseignements de seconde main. On sait en effet que les lettres annuelles étaient souvent revues et corrigées par dautres pères21; il n’est donc pas impossible que les Jésuites aient parfois trouvé plus com- mode, pour gagner à eux les lecteurs de leurs lettres annuelles, de farder quelque peu la vérité. Ce texte est encore intéressant car il nous montre quelle a été la position de Magalhães sur la méthode d'apostolat. Il était convaincu de la nécessité d’avoir une connaissance profonde de la langue et de la civilisation chinoises, de l’obligation de s'accom- moder aux moeurs du pays, et de l’importance d’y introduire les Sciences occidentales. La présomption et l’orgueil des Chinois sont bien connus ! Magalhães est le premier à le reconnaitre, lui qui rapportera plus tard que les Chinois ne pouvaient pas croire qu’il put exister d’autres cultures et d’autres Sciences que les leurs. Zhong-Guo zhi wai hai you dao [ ** ] ce qui veut dire : est-ce possible qu’il y ait une autre voie en dehors de celle de la Chine ?22 Ainsi, avant que la religion chrétienne puisse être acceptée comme une doctrine vraie, il fallait convaincre les Chi¬ nois que la Science européenne n’était pas inférieure à celle de leur pays et peut-être même qu’elle lui était supérieure. 21 Le Père Francis Rouleau le mentionne dans son article « The Death of Stephen Faber, S.J.», AHSI, XXIX, p. 135. 22 Nouvelle Relation de la Chine, p. 78. 27
  • L’année 1640 avait été une bonne année pour les missions. Partout on en voyait les fruits. C’est aussi cette année-là que le F. Francisco Furtado, vice-provincial, envoya le P. Louis Buglio au Si-Chuan pour y fonder une mission, ce dont Magalhães parle dans sa lettre annuelle25. Magalhães nous donne une description intéréssante de la Province de Si-Chuan. II la considérait comme 1’une des plus riches du pays, avec une position géographique favorable aux missions. De là, pensait-il, on pouvait étendre 1’apostolat non seulement aux trois autres Provinces : Guang-Xi, Gui-Zhou et Yun- Nan, mais aussi aux nations voisines. Magalhães voyait en Si- Chuan un point de départ pour de nouveaux champs d’apostolat. En effet, deux ans plus tard, Buglio étant tombé malade et ayant besoin daide, Magalhães allait s’offrir pour le rejoindre et le seconder dans cette nouvelle mission déjà florissante. II quitta Hang-Zhou le 4 mai 1642 et arriva à Cheng-Du, capitale de Si- Chuan, le 28 aoút. Son voyage dura donc presque quatre mois pendant lesquels il ne manqua pas de noter ses impressions qu’il transcrira plus tard dans sa relation sur la Chine : « As doze Excellencias ». 23 Jesuítas na Asia, 49-V-12, fl. 511 v. 28
  • CHAPITRE II LES PP. MAGALHÃES ET LOUIS BUGLIO A LA COUR DU TYRAN ZHANG XIAN-ZHONG DANS LA PROVINCE DE SI-CHUAN. LEUR VOYAGE A PEKIN AVEC LES TROUPES DU PRINCE HAOGE Au Si-Chuan, Magalhães fut d’un grand secours pour le P. Buglio ; ils travaillèrent ensemble à la vigne du Seigneur. Ils fondèrent des églises à Bao-Ning-Fu ’] et à Chong-Qing [*=>2]. Parmi leurs nombreux néophytes se trouvait un mandarin mili- taire, nommé Thomas Yan [*=?3] qui plus tard allait les aider au moment des troubles. Magalhães, en même temps, s’appliqua à étudier la langue chinoise et il pouvait d'ailleurs se féliciter d'avoir toujours auprès de lui l’un des plus grands sinologues du XVIIo siècle, le P. Buglio. Grâce à lui, nous savons que Magalhães a appris le Chinois « avec beaucoup de facilité » \ Pendant deux ans, le P. Buglio et son nouveau compagnon exercèrent leur saint ministère avec une joie qui allait de pair avec le nombre grandissant des baptêmes. Mais, à la fin de 1’année 1643, éclata contre la religion chrétienne une persécution suscitée par les bonzes. Ceux-ci, venus de toute la Province, s’étaient ras- semblés dans la Capitale Cheng-Du [ *=? ] au nombre de quatre mille pour accuser les pères devant les autorités provinciales, 1 Nouvelle Relation de la Chine, p. 373.
  • principalement devant le An Cha Si2. Une telle persécution, orga- nisée comme elle le fut, s'explique sans doute par la jalousie que provoquait le succès du Christianisme dans le peuple. II semble pourtant qu’elle ne fut pas suscitée uniquement par les bonzes, mais aussi par les lettrés puisqu'ils s’y trouvèrent mêlés. Pfister explique que cette persécution a été encouragée par des manda¬ rins à qui les deux pères avaient refusé le baptême, car, s'ils étaient attirés par le Christianisme, ils n’étaient guère prêts à abandonner la polygamie. Et c'était pour se venger qu’ils avaient décidé dappuyer les bonzes dans leur entreprise3. Bien que la polygamie ait toujours été un obstacle très sérieux à la conver- sion des Chinois, cette idée de Pfister (sans doute tirée des rap- ports écrits par l’un de nos pères) semble insuffisante pour expli- quer un tel événement. Les lettrés avaient saisi que 1’enseignement des mission- naires menaçait le fondement même de leur pouvoir. II ne faut pas oublier qu’à cette époque tout 1’empire était troublé par des révoltes, par des soulèvements et par une famine qu’avait causée une terrible sécheresse. C etait le désordre partout. II était déjà évident que la dynastie approchait de sa fin. Mais par quoi serait-elle remplacée ? * On pouvait facilement imaginer que des rebelles survenus en un tel moment avec des préten- tions au trône se serviraient de doctrines nouvelles pour appuyer leur cause et renverser 1’ordre établi. C’est pourquoi tout enseignement nouveau était considéré comme dangereux. On peut donc soutenir que ces lettrés, à lapparition d’étrangers prêchant une doctrine qui pouvait leur nuire, avaient choisi, pour le moment, de faire cause commune avec les bonzes 2 Le An Cha Si s’occupe de la surveillance générale des Provinces, non seulcment de 1'administration judiciaire, mais aussi de 1‘inspection. Voir Hucker, C.O., «Govemmental organization of the Ming dynasty», Harvard Journal of Asiatic Studies, XXI, pp. 53-54. * Pfister, p. 231. * Au moment de crises semblables, chaque Chinois se demande si le 5Çf^j- Tian Ming [±5], c’est-à-dire le mandat du Ciei, s’est retiré de la dynastie actuelle, et si c‘est le cas, à qui parmi les aspirants revient le Tian Ming. Voir Meadows, T.T., The Chinese and their rebellions, p. 18. 30
  • pour accuser les pères de rebellion. Le An Cha Shi [ ], c’est- à-dire le premier commissaire de An Cha Si, tout d'abord ne prêta pas trop d’attention aux innombrables libelles que ces bonzes faisaient afficher partout dans la ville. Mais il s’aperçut que son iefus de prendre au sérieux une affaire qui ne lui tenait pas à coeur faisait redoubler les efforts des bonzes. Les manifestations de ces demiers, appuyés par les lettrés, risquaient de tourner à la révolte. Aussi, le président, craignant que dautres mécontents ne profitent de cette occasion pour ajouter au désordre, décida- t-il d’intervenir. II ordonna de faire châtier les deux pères avant de les bannir de la Province. C’est le mandarin militaire Thomas Yan qui vint alors à leur secours en ordonnant à ses soldats de les protéger et en leur demandant d’aller en ville arracher toutes les affiches qui ataquaient la religion chrétienne; lui-même alia intercéder auprès du président. Pendant ce temps-là, les pères rédigeaient des écrits pour défendre leur cause. Heureusement, sur ces entrefaites, arriva de Pékin un man¬ darin nommé Wu Ji-shan [ ±5 ]. Et comme il avait été chargé par le P. Adam Schall, qui habitait à la cour, de remettre quelques lettres au P. Buglio, il prit immédiatement connaissance de la situation très pénible dans laquelle se trouvaient Buglio et Maga¬ lhães. II ne tarda pas à leur porter appui. Ce qu’il rapporta de la cour, ou les Européens avaient la faveur, impressiona fortement les mandarins. En effet, déjà à cette époque, le P. Schall jouis- sait d’un grand prestige du à ses connaissances sur les éclipses et les mathématiques. C’est donc ainsi que le témoignage d’un mandarin venu de la cour réussit à faire cesser cette persécution. Magalhães écrit que ce mandarin, après Dieu, fut la cause prin- cipale de la victoire des pères contre leurs persécuteurs. Mais peut-être vaut-il mieux dire que c’est le prestige à la cour du P. Schall qui a sauvé les deux pères. On remplaça les libelles séditieux par des apologies des mandarins chrétiens tel Xu Guang- qi et Michael Yang. Le gouvemeur de la ville priva de sa charge le supérieur des bonzes8. Ses partisans, se voyant sans chef ou peut-être manquant de moyens pour prolonger leur séjour dans la capitale, quittèrent la ville. Ainsi prit fin cette persécution ; 5 Les supérieurs bouddhistes ou taoistes étaient alors soumis à l'auto- rité civile. Voir Groot, JJ.M. de, Sectarianisme and religious persécution, pp. 104-107. 31
  • m mm 1 2 áCe 3 *n® 4 « 5^1. si elle s etait poursuivie, elle aurait sans doute fini par chasser les deux missionnaires de la Province de Si-Chuan, ce qui aurait été une grâce de la Providence si l’on considère ce qui devait arriver plus tard ! Le calme qui suivit fut de courte durée car bientôt cette Pro¬ vince devint le théâtre du carnage le plus horrible avec 1'arrivée du rebelle Zhang Xian-zhong [*=?]. Magalhães nous a laissé un récit très complet, et surtout très vivant, de cet épisode déchi- rant: « Relação da perda e destruição da Província e Christan- dade de Su chuen », écrit à Pékin le 18 mai 1649a. Nous sommes en 1644, année qui a vu la chute de la dynastie Ming [t*1] remplacée par une dynastie barbare appelée Quing [í=s*]. Déjà en 1630, après la grande famine survenue au Shen-Xi en 1628, des groupes de brigands et de rebelles, originaires pour la plupart de cette Province, parvinrent à grouper autour d’eux des paysans mécontents. De ces groupes surgiront deux person- nages qui connaitront un certain renom : Li Zi-cheng [ *=f ] et Zhang Xian-zhong, tous deux venus de Shen-Xi. Le premier, après avoir ravagé plusieurs Provinces, se fixa en 1643 dans la capitale du Shen-Xi, Xi-An-Fu [±ç 1], qu’il appella « Métropole de 1’ouest ». Au début de 1'année 1644, il se fit proclamer roi avec Yong Chang [*=t2] pour titre, et son royaume il 1’appella Da Shun [*53]. Aidé par ses conseillers mandarins, tels Li Yan [±54] et Niu Jin-xing [s=s5], et profitant du désordre qui régnait à la cour, il décida d’avancer avec son armée vers le nord. Il prit Shan-Xi sans aucune difficulté, et le 25 avril, il réussit à occuper Pékin. Lautre révolté, Zhang Xian-zhong, était soldat dans 1’armée du gouvernement lorsqu’il fut condamné à mort, sans doute pour avoir participé à des soulèvements, chose fréquente à cette épo- que. Mais il fut épargné par un officier supérieur que son appa- rence avait impréssionné. Zhang ne tarda pas à rejoindre les « « Relação da perda e destruição da Província e Christandade de Su chuen », Jap-Sin 127, fl. 3. Ce rapport est toujours conservé dans les Archives des Jésuites à Rome, Jap-Sin 127, ff. 1-35. Magalhães est 1’auteur d'un autre récit intitulé « Relação das tyrannias obradas por Can hien- chungo, famoso ladrão da China » en 1651, et que le P. Martin Martini a repris en partie dans son livre De bello tartarico. Le P. Dunyn-Szpot s’est servi du même manuscrit pour son oeuvre qui pourtant ne fut pas publiée. Aujourd’hui, on ne trouve plus les manuscrits originaux de cette relation. 32
  • rebelles et, en 1630, il forma une bande dont il devint le chef en même temps qu’il prenait le nom de Ba Da Wang [ *5 ] \ AJZ.1E La première phase de sa révolte se caractérise par des incur- sions et des pillages. Seul le butin 1’intéresse et il ne cherche guère à occuper une position stable. Bien que les forces rebelles fussent inférieures à celles du gouvernement, il était difficile de les supprimer car elles se rassemblaient et se dispersaient dans les montagnes au gré des dangers. En 1635, treize chefs rebelles, et parmi eux Li Zi-cheng et Zhang Xian-zhong, se réunirent à Rong-Yang [ *5 ] dans le He-Nan. Cette assemblée avait pour objet de mettre sur pied une action concertée contre les forces gouvemementales mais les rivalités internes chez les rebelles ne permirent pas d'arriver à un tel accord. Le gouvernement, de son côté, affaibli par la corruption et incapable de tenir tête aux rebelles, acceptait souvent leur rendition lorsqu’il parvenait à en vaincre quelques-uns. Mais en agissant ainsi uniquement au nom de la paix, il savait très bien que c’était un marché de dupes car les rebelles ne tenaient jamais parole et passaient à la révolte à la première occasion, gagnant à leur cause les groupes de mé- contents qu’ils rassemblaient sans peine. Une telle attitude nous montre 1’instabilité générale de la situation à cette époque. C’est ainsi qu’en 1639, après sa défaite, Zhang demanda 1’autorisation de capituler en présence de Cheng Hong-fan t**1] (celui qui lui avait évité la peine capitale) ce qui1 lui fut accordé. Mais, envoyé par la suite à Ku-Cheng O?2],2 MM 7 Magalhães raconte qu'à cette époque il y eut dans la Province de Shen-Xi huit crimineis qui furent condamnés par le mandarin; ils échappè- tent au chatiment en s'exilant, puis devinrent des bandits. Mais comme ils n’avaient aucune confiance entre eux, se trahissant les uns les autres, ils ne se trouvèrent plus bientôt que deux: Li et Zhan (Jap-Sin 127, fl. 1). Le second nom que s'était donné Zhang, Ba Da Wang, signifie littérale- ment «les huit grands rois ». Ainsi il est possible que Magalhães se soit trompé, pensant qu’il s'agissait des huit crimineis. Parsons dans son article « Overtones of Religion and Superstition in the Rebellion of Chang Hsien- chung » démontre que ce nom trouve peut-être son origine dans les Bod- dhisatvas Ba Da Ming Wang [±5] qui étaient les gardiens de Vairocana. Ils avaient l’air farouche, ce qui peut être la raison pour laquelle Zhang avait adopté ce nom, lui que se croyait le gardien d'un Dieu courroucé. Sinologica 4, p. 174. 3 33
  • Hou-Pei8, à la tête de forces gouvemementales, il ne tarda pas à trahir pour entrer de nouveau dans 1’illégalité. Bientôt, Li et Zhang, qui étaient parvenus à éliminer leur rivaux, restèrent les deux rebelles les plus redoutables. Mais, malgré les pourparlers qu’ils entamèrent en 1633 et qui les amenè- rent à sunir pour faire front aux forces gouvemementales, ils étaient déjà l’un et 1’autre trop puissants et trop ambitieux pour saider mutuellement. En 1643, Zhang pénétra dans la Province de Hu-Bei. II avait __ alors un tel pouvoir qu’il songea à se fixer. II se nomma Roi de l’ouest, Xi Wang Os1], et essaya d’établir un gouvemement à 2 SÇfi Wu-Chang [s=s2] dont il changea le nom pour 1’appeler Tian- 3 ^hou-Fu [*53]. Son rival. Li, devenu le maitre du He-Nan deux ans auparavant, chercha, pour sa part, à étendre son pouvoir car il considérait avec envie les succès de Zhang. De cette lutte pour le pouvoir, Li sortit vainqueur; Zhang en effet, se voyant á:H:£ pressé d’un côté par les forces de Zuo Liang-yu [s=s], général Ming, et de l’autre par Li, fut obligé dabandonner le Hu-Bei pour entrer dans la Province de Hu-Nan. II s'établit à Chang- Sha [ *5 ] d’oú il contrôlait une grande partie du Hu-Nan et une portion du Jiang-Xi central. C’est ici que débute la seconde partie de sa carrière de rebelle. Au commencement de 1’année 1644, Zhang réunit son armée à Yue-Zhou, au Hu-Nan, et se dirigea vers le Si-Chuan en remon- tant le fleuve Yang-Zi. Il ne rencontra aucune opposition de la part des troupes gouvemementales qui craignaient davantage Li Zi-cheng. En effet, celui-ci se trouvait alors à la tête d’une immen- se armée qui savançait vers Pékin. Les officiers de la Province, prévoyant la chute prochaine de la dynastie, ne voulurent pas prendre position jusqu’à 1’avènement d’un pouvoir plus stable. Zhang décida de marcher vers l’ouest pour éviter de rencontrer son rival qu’il savait plus fort que lui, et en même temps pour échapper à la pression du gouvemement. Dans la lointaine Pro¬ vince de Si-Chuan, il savait qu’il pourrait devenir le maitre incontesté. e A cette époque les Provinces du Hu-Nan et du Hu-Bei ne faisaient qu’une seule Province, celle du Hu-Guang. Hu-Bei est la partie nord et Hu-Nan la partie sud. 34
  • Magalhães nous rapporte comment la nouvelle de la prise de Pékin par Li, suivie du suicide de l’empereur Chong Zheng [±5], avait bouleversé le peuple de Cheng-Du. Les offi- ciers et les mandarins, ne sachant plus à qui se vouer, étaient démoralisés au plus haut point. Profitant de cette situation, Zhang put traverser la Province de Si-Chuan jusqu’à la ville de Chong-Qing sans rencontrer aucune résistance. Chong-Qing fut prise le 25 juillet 1644 et il se dirigea alors vers Cheng-Du, la capitale. Après trois jours de siège, il entra dans la ville dont il s empara le 9 septembre. Magalhães nous raconte le suicide du Prince, le Shu Wang [*5J] dont le fils ainé qui s'était soumis à Zhang reçut de lui le titre de Duque, Guo Gong [±**]. Le préfet (Zhi Fu |>=5s]) de la ville et le visiteur (An Yuan [*=s 4]) °, malgré les prières du Tyran Zhang, ne voulurent jamais se rendre, et furent coupés en morceaux. On peut dire, néanmoins, qu’en dépit de sa haine pour les mandarins —haine qu’il manifestera plus clairement par la suite— Zhang fit, au début, des efforts pour les gagner à sa cause et obtenir d'eux un soutien sans lequel il lui était impossible d etablir un gouvernement. Le 15 septembre, Zhang se fit couronner Roi du Grand Royaume de l’Ouest 0=5’] avec le titre de Da Shun 0=s2]. Cheng- Du devint la Capitale de l’Ouest [*=í 3]. II occupa le palais du Prince Shu, et il forma un gouvernement entièrement inspiré des précédents et qui comprenait par conséquent le Grand Secréta- riat, le Ministre de la Gaúche et de la Droite, les six Tribu- naux, etc.... En effet, Zhang avait des prétentions dynastiques. A cette époque, Li Zi-cheng venait detre vaincu par les forces du géné- ral chinois Wu San-gui [ *=♦ ] et des Mandchous,0. Ces derniers, , 2 132: 3 « 4 m 2 3 ffiS * Il y a dans chaque Province, pour une durée d’un an, un visiteur délégué par 1‘empereur et appelé An Yuan. 10 Wu San-gui est le général qui en 1644 commandait les troupes à Liao-Dong. Lorsque Li Zi-cheng menaça Pékin, 1'Empereur ordonna à Wu San-gui de venir au secours de la capitale, mais Wu tarda à venir. En apprenant en route que Pékin était déjà prise par Li, Wu San-gui décida de se rendre à Shan-Hai Guan avec ses troupes en attendant la suite des événements. On dit que c’est pour 1’amour d'une concubine enlevée par Li que Wu décida de s'attaquer à Li. Pour cela il fit appel aux Mandchous qui furent trop heureux d'en profiter pour rentrer en Chine. 35
  • ' mm 2 m après s’être débarrassés de Wu, s’emparèrent du trône chinois. Mais à cette époque leur pouvoir netait pas encore assis dune façon définitive. Ainsi, les prétentions de Zhang n etaient pas tout à fait sans fondement. Magalhães écrit: « II [Zhang] commença à gouverner avec tant de générosité, de justice et de grandeur qu’il séduisit tout le monde. »11 Parmi ses mandarins se trouvait Wu Ji-shan qui était le magistrat de Cheng-Du lorsque la ville fut prise par Zhang. Wu Ji-shan « voyant que [Zhang] gouvernait bien, et que toute la Province de Si-Chuan, bannières déployées, se livrait et se rendait à lui dans la joie et le plaisir, se persuada que sans doute cet homme deviendrait le seigneur absolu de tout 1’empire. Ce senti- ment était partagé par beaucoup d’autres mandarins, éprouvés et instruits dans le gouvemement et les changements des dynas- ties en Chine. »12 II se range du côté de Zhang et exerça le fonc- tion du président de Li Bu, le Tribunal des Rites. Mais que faisaient les deux pères pendant tout ce temps ? Avant 1’arrivée du Tyran à Cheng-Du, la population pour échap- per à sa fureur s’était réfugiée dans la montagne. Buglio et Maga¬ lhães, sur le conseil de leurs amis et de leurs néophytes, étaient allés se cacher dans la ville du Liu Ge Lao [*=?2] à Mien-Zhou [*=s2] (ce Liu Ge Lao était déjà mort). Un mois après la prise de Cheng- Du, voyant que le désordre continuait, les deux pères décidèrent de quitter la Province de Si-Chuan pour aller à Jiang-Nan ou ils espéraient pouvoir exercer leur ministère avec plus de profit. Ils vendirent quelques vêtements pour subvenir aux frais du voyage et partirent en suivant le Yang-Zi. Mais en arrivant au port ou ils devaient s’embarquer, ils apprirent 1’arrivée d’un général en- voyé par Li Zi-cheng pour soumettre la Province. Dans le combat qui s’ensuivit, il fut vaincu par Zhang13. Ainsi le port était con- 11 « Começou seu governo com tanta liberalidade, justiça e grandeza que a todos cativou... » Jap-Sin 127, fl. 2v. 12 «... vendo seu bom governo, e que toda a Província de Su chuen a bandeiras despregadas, com allegria e gosto se lhe entregara e sogeitara, se persuadio, e com elle muitos Mandarins experimentados e lidos no governo e mudanças de Reynados nesta China, que sem duvida este homem veria a ser absoluto senhor de todo o Império.» Jap-Sin 127, fl. 3. 12 Parsons écrit que Zhang rencontra de 1'opposition de la part des Ming, des autres bandits, et de ce général, allié de Li Zi-cheng, qui con- testaient son pouvoir dans cette Province. Mais ces groupes n'étaient pas 36
  • trôlé par des gardes et les pères ne purent embarquer. Ils furent obligés de rebrousser chemin et de retourner à Mien-Zhou dans la montagne. Entretemps, Wu Ji-shan, qui était alors président du Tribu¬ nal des Rites, se souvint des deux pères. Wu, comme on le sait, venait de Pékin et connaissait le P. Schall (n’est-ce pas lui qui avait porté ses lettres à Buglio) et avait sans doute été impres- sioné par les connaissances que le P. Schall avait des mathéma- tiques et de 1'astronomie. Schall était alors chargé de la réforme du calendrier chinois et avait une solide réputation à la cour. Wu songea à faire entrer Buglio et Magalhães dans le Tribunal des Mathématiques qui dépendait du Tribunal des Rites. II chanta si bien les louanges des deux Jésuites auprès du nouveau Roi que celui-ci donna sur-le-champ à ses soldats 1'ordre daller les chercher et de les ramener à la cour comme « hôtes du lointain et grand Ouest ». Les deux pères furent d’abord logés dans le Guang Lu Si [ *=* ]14. Lorsqu’ils rencontrèrent Zhang Xian-zhong pour la première fois ce demier les traita avec beaucoup de bienveillance. Après leur avoir posé de nombreuses questions sur 1’Europe, il calma leur crainte et leur donna espoir en leur promettant « quune fois passés les quelques mois nécessaires pour apaiser et arranger les affaires du royaume, il élèverait une très belle église ou l’on adorerait le Seigneur du Ciei et de la Terre; mais il craignait seulement que ses Chinois ne soient trop mauvais et ne veulent pas suivre et garder la Loi Divine. »15 suffisamment forts pour constituer un vrai ménace à Zhang. Voir «The Culmination of a Chinese Peasant Rebellion », The Journal of Asian Studies, XVI, p. 391. 14 Magalhães écrit: « Le Tribunal appelé Quãm lo su, c'est-à-dire, des Hôtelleries Royales, a soin de preparer le vin, les bestes, et tout ce qui est necessaire pour les sacrifices, pour les banquets, et pour ceux que le Roy traite et défraye, soit qu’ils soient Chinois ou Etrangers. Ce Tribunal est aussi associé de celuy des Rites.» Nouvelle Relation de la Chine, p. 232. 15 «... que passados alguns mezes, que lhe erão ainda necessários para aquietar e consertar os negocios do Reyno, avia de levantar huma fermosa Igreja em que se adorasse o Senhor do Ceo, e da terra, e que só temia que os seus Chinas erão muito mãos, e não quererião seguir e guardar a Santa Ley.» Jap-Sin 127, fl. 3. 37
  • II est certain que Zhang ne comprenait rien au Christianisme, et s’il parle d’adorer « le Seigneur du Ciei et de la Terre » et la « Loi Divine », il ne songe ni au Dieu Chrétien, ni au Christia¬ nisme. Zhang, comme la plupart des rebelles-conquérants, avait compris que pour avoir la faveur du peuple, il fallait donner à son action un fondement religieux. N’avait-il pas reçu du Ciei la mission sacrée de remettre ce peuple dans le droit chemin. Plus tard, lorsqu’iI mènera une politique fondée sur la terreur, il invoquera, pour se justifier, la colère divine. Zhang était le vengeur du Ciei. Mais il confond le Dieu des Chrétiens avec celui dont il se réclamait. II dira aux Jésuites : « Votre Tian Zhu [*=?], m'a emmené au Si-Chuan pour châtier les bonzes et les autres méchants qui ont voulu vous tuer. »16 Dautre part, en promet- tant de faire construire une église, avait-il voulu garder les pères auprès de lui ? Toujours est-il que les deux Jésuites furent davan- tage séduits par ce fait que par toutes les autres marques d’hon- neur qui leur furent données. Sa bienveillance fut telle qu’il donna aux deux pères des robes de mandarin, ce qui les gêna beaucoup ; bien qu'ils aient protesté en alléguant que l’état de mandarin ne convenait pas à leur condition de religieux, Zhang ne voulut pas tenir compte de leurs scrupules et leur expliqua que c'était uniquement un honneur qui ne s’accompagnerait pour eux d’aucune charge. Ainsi Buglio et Magalhães, pour ne pas 1'irnter, finirent par accepter ces honneurs qui rendaient ambiguè leur situation auprès du Tyran. En outre, il leur donna le titre officiel de Tian Xue Guo 3*^11101] Shi [*=?], c'est-à-dire, Maitre du royaume de la Loi du Ciei, avec à chacun, une pension; toutes ces marques d’estime qui allaient plus tard leur valoir tant d’ennuis, ils n’avaient pu les refuser. Ils croyaient d’ailleurs que la faveur dont ils jouissaient auprès du nouveau Roi aiderait surement à répandre le Christianisme. Magalhães écrit à ce propos que le peuple, en effet, était tout prêt à se convertir : il n'attendait que la décision royale de fonder 1'église, décision que le Roi avait rendu quasi publique17. 14 «O vosso Tien chu, que he o mesmo que Deus, me trouxe a Su chuen para castigar os bonzos e outros maos que vos querião matar.» Jap-Sin 127, fl. 6. 17 « E na verdade era tão grande a expectação e aballo do povo daquella Metropoli, que para todo se fazer Christão, não faltava mais que 38
  • Les Jésuites étaient déjà réputés pour leur Science des mathé- matiques et de 1’astronomie. Zhang ne perdit pas de temps ; quelques jours après, il demanda aux pères de lui construire deux sphères, une de la terre et une du ciei, ainsi quun cadran solaire horizontal. Tout devait être de bronze. II leur fallut huit mois pour les fabriquer18. Magalhães fait une description détaillée de ces instruments et ajoute avec fierté qu’ils étaient dans leur genre les meilleurs que la Chine ait jamais vus. Malheureuse- ment, ils furent perdus dans 1’incendie de Cheng-Du19. Le titre que Zhang avait donné aux deux Jésuites, Tian Xue Guo Shi, Maitre du royaume de la Loi du Ciei, avait à leur yeux une signification religieuse. La «Loi du Ciei », pour eux, c’était le Christianisme. Or, il est possible qu’en leur donnant ce titre, Zhang ait songé aux connaissances en astronomie qu’on leur attri- buait; ainsi « Tian Xue », L’Etude du Ciei, pourrait être 1’équi- valent de 1’astronomie. Pour Zhang, comme pour la plus grande partie du peuple, les astres avaient une influence directe sur le destin, ce qui explique 1’intérêt excessif que le Tyran portait à une Science capable de le renseigner sur les intentions de son Dieu, et aussi de lui faire connaitre sa destinée. Magalhães cite d’innombrables exemples qui prouvent d’une manière indubita- ble que Zhang était superstitieux : II avait donné des ordres pour que l'on cherche dans toutc la Province ceux qui avaient une connaissance de tian wen di li [±51], yin yang [±52] et suan ming [±5*]. Ces hommes n’étaient que des escrocs qui, au nom des mathématiques, trompaient les Chi- nois pour assurer leur subsistance. En général, ils n'en savaient guère plus que nos gitans —ceux qui lisent 1'avenir dans la 1 3££H!i3I 2 mm 3 m deitar o Rey os primeiros alicesses a Igreja, que tão publico erão os mimos, e a promessa que delia nos fizera.» Jap-Sin 127, fl. 3 v. 19 Magalhães connaissait à fond la mécanique. Plus tard, à la Cour de Pékin il construirá d’autres instruments astronomiques, des horloges notamment qui, en Chine, occupaient la place d’honneur. Les Jésuites ayant compris 1'utilité pour eux de connaitre l'art de la mécanique, se mirent donc à recruter pour la Chine des missionnaires qui y entendaient quel- que chose. 19 Jap-Sin 127, fl. 7v. 39
  • main— et racontaient des mensonges conformes aux quatre aphorismes, le nombre et la position des astres...20. Le Tyran, au courant des activités du P. Schall, avait pensé que les deux Européens qui se trouvaient alors à sa cour lui rendraient les mêmes Services. II avait donc beaucoup insisté pour que les deux pères lui annoncent la date des éclipes. Plusieurs fois ce Tyran nous avait demandé, et même forcé à lui dire, quand il y aurait une éclipse du soleil ou de la lune. Finalement, poussés plus par son insistance que par notre désir, nous lui disions que les mathématiques n'étaient pas de notre domaine, qu'à ce moment nous n'avions pas de livres capables de nous renseigner, et que celui que nous avions avait disparu avec d'autres affaires à Ia prise de ville. Pourtant, nous nous souvenions de mémoire que cette année-là il y aurait deux écli- pses, une le 14 de la première lune, et l'autre le 15 de la sixième lune; de celles qui suivraient, nous ne nous souvenions pas, ni n’avions le moyen de les prédire. II fut satisfait de nos paroles, surtout l’autre jour, le 14, quand il vit à la date prévue, l’éclipse de la lune21. Mais la faveur dont jouissaient les deux pères ne dura pas longtemps, car le Tyran commençait à douter deux. « Nous soup- 20 «Tinha este tyranno passado vários mandados, que per toda a Província lhe buscassem e trouxessem todos os que sabião tien ven ti li; yn yam; e suonmim. São estes homens maraos e emburulhadores que com titulo de mathematica enredão e enganão os Chinas, a fim de ganhar de comer e passar a vida. E sua sciencia ordinariamente se chega, não passa a dos nossos, não digo judiciários, mas siganos que veem a mão e vos dizem, aveis de ter tal ou tal successo, patranhas que confirmão com quatro aforismos, numero e posição das estrellas... » Jap-Sin 127, fl. 4v. 21 «Varias vezes nos tinha este tyranno perguntado, e quasi forçado a que lhe dicessemos quando avia de aver ecclypse do sol ou da lua; te que nos, levado mais de sua importunação que por vontade, lhe disse¬ mos, que nem a mathematica era sciencia que nos professássemos, nem ao presente tínhamos livros per que pudéssemos estudar; que era verdade que antes tínhamos hum, mas que na entrada da cidade, com as mais alfayas da casa, desapparecera; e que só de memória nos lembrava que naquelle anno avia dous ecclypses, hum aos 14 da primeira, e outro aos 15 da 6.* lua, e que dos que se seguião nos não lembrava, nem avia modo de podermos vir em seu conhecimento. Ficou elle muito contente; e muito mais quando a outro dia, que erão os quatorze assinados, vio o ecclypse da lua.» Jap-Sin 127, fl. 4 v. 40
  • çonnions le Tyran » écrit Magalhães « de devenir méfiant, pen- sant que nous lui cachions des livres qui ni lui ni ses diseurs de bonne fortune ne pourraient comprendre. Ce soupçon, nous allions découvrir qu’il était bien fondé. »22. Quelques jours après que les pères lui eurent offert des instruments astronomiques, il trouva deux occasions de leur manifester sa méfiance. La pre- mière fois, on accusa Buglio et Magalhães d’avoir dérobé un livre sans jamais le rendre. En fait, les pères n’avaient jamais pris ce livre. La seconde fois, le Tyran leur intima 1’ordre de lui apporter des livres de mathématiques que le P. Schall, le P. Rho et d’autres pères avaient écrits à Pékin. Le Tyran, devenant de plus en plus pressant, leur ordonna, un autre jour, de lui faire porter tous les livres de mathématiques écrits en Chinois, soit par des pères, soit par des gens du pays. Ils obéirent immédiatement et portè- rent au Tyran tous les livres dont ils avaient la garde à la maison. Plus tard, il fit appeler les deux pères pour leur annoncer qu’il venait de se procurer un livre traitant des éclipses si bien qu'ils n’auraient plus désormais d’excuse pour échapper au travail qu’il attendait d'eux23. Les pères furent obligés de lui expliquer que ce livre du P. Saa traitait de religion et non pas des éclipses. Mais le Tyran n’était toujours pas persuadé que les pères n’avaient pas de livres de mathématiques. Beaucoup plus tard, à 1’époque ou le Tyran allait quitter le Cheng-Du, lorsque les pères lui demandèrent 1'autorisation de se procurer un cheval pour porter leurs livres traitant de religion, il ne dissimula plus sa méfiance et ordonna aux deux pères de venir lui présenter tous les livres qu'ils avaient pour voir ce qu’ils contenaient. Quand les pères essayèrent de les lui expliquer, un eunuque fit remarquer qu’ils pouvaient dire n’importe quoi puisque personne ne connais- sait 1’écriture occidentale. Peu après, perdant patience parce qu’il ne trouva point de livres de mathématique, Zhang accusa ouvertement Buglio et Magalhães de refuser de prévoir les 22 «... pois tínhamos grande sospeita que este tyranno concebera alguma desconfiança de nos lhe escondermos os livros que nem elle nem os seus siganos entendião. A qual sospeita alcansamos depois ser bem fundada. » Jap-Sin 127, fl. 8 v. 22 Jap-Sin 127, fl. 9. 41
  • éclipses. Ses ministres dès lors commencèrent à exercer sur eux une pression, leur enjoignant de trouver le livre des éclipses. Les pères leur répondirent qu'ils avaient déjà tout fait pour cela mais que ce livre était sans doute perdu pour toujours puisque le Tyran avait incendié la ville tout entière (c’est ainsi qu’il allait se venger de ce peuple qui, selon lui, voulait lui nuire.) « Un livre dune telle importance, » fit observer un eunuque « comment se fait-il qu’en prenant la fuite pour la ville de Mien-Zhou, vous ne 1’ayez pas emmené avec vous ? » 24 Les pères répondirent que pour eux ce livre n’avait pas une grande valeur, et qu’ils n’étaient pas venus en Chine pour s’adonner à 1’astronomie. L’eunuque répliqua que les livres qui traitent de la Loi Divine importent peu ! Devant cette attitude, les pères voulurent justifier leur religion mais se heurtèrent à un mur d'incompréhension Pour ce Tyran, le Tian Zhu, maitre du Ciei, représentait toujours sa divinité personnelle : « Moi aussi je suis homme de la Loi de Dieu, » dit-il aux pères « et si vous me donnez votre , . barbe, alors je serai comme vous, un parfait chrétien. » **. Le pré- 7PJnP sident du Xing Bu [*=51], le Tribunal des Crimes, Li Shi-ying [*=?2] 2 qui avait été prêtre taoiste, ajouta alors à 1’adresse du Tyran : « qu’avez-vous besoin de dire que vous êtes chrétien ? Votre Altesse est le Tian Zhu lui-même. »27 Enfin, le Tyran, pour ama- douer les deux Jésuites, leur dit: « Prenez patience, et supportez- moi encore quelques années, jusqu’à ce que je sois le maitre de toute la Chine, et alors je vous laisserai partir, et vous reviendrez avec des hommes qui connaissent les mathématiques, et des livres qui en traitent. » II est donc clair que 1’espoir nourri par les pères, en ce début règne, de convertir la Province de Si-Chuan était mal fondé. D’ailleurs, il ne leur fallut pas longtemps pour s’en rendre compte, 24 « Hum tal livro como este, tão importante, quando fugistes para a villa de Mien cho, como o não levastes com vosco ? » Jap-Sin 127, fl. 19 v. 22 Jap-Sin 127, ff. 19v-20. 2« « Olhai, eu também sou homem da Ley de Deus, e se vos me der¬ des dessa vossa barba, então ficaria eu como vos, perfeito Christão.» Jap-Sin 127, fl. 20. 21 «... pera que ha de dizer christão, Vossa Alteza he o mesmo Tien chu.» Jap-Sin 127, fl. 20. 42
  • car six mois après les premières faveurs, les deux pères, voyant que le Tyran ne faisait rien pour construire 1’église qu’il avait promise, lui rappelèrent, mais en vain, sa promesse. Magalhães explique cette mauvaise volonté par le fait que, déjà à cette époque, le Tyran songeait à abandonner le Si-Chuan, ayant été très déçu par des révoltes menées contre lui. En fait Zhang ne s’est jamais intéressé véritablement au Christianisme. II se rap- prochait beaucoup plus du Taoisme, peut-être parce que cette secte, plus que les autres, Bouddhisme et Confucianisme, était liée à une multitude de croyances superstitieuses très populaires. Prudence et adresse ont marqué le début du règne de Zhang. On a déjà vu comment il avait essayé de se concilier les lettrés en les invitant à participer à son gouvernement. Parson rapporte que parmi les neuf personnes qui avaient servi comme présidents de ses divers Tribunaux, quatre étaient des Jin Shi28 et deux autres étaient d'un rang inférieur. Sept dentre eux étaient origi- naires de Si-Chuan et avaient déjà occupé des postes officiels. Wu Ji-shan était le membre le plus éminent de ce groupe. Zhang avait aussi réorganisé son armée, et avait augmenté les effectifs en recrutant un grand nombre d'habitants du Si-Chuan. Mais le pouvoir militaire fut toujours aux mains de ceux qui avaient été ses premiers compagnons d’armes : Sun Ke-wang t*?1], Li Ding-guo [*=?*], Ai Neng-qi et Liu Wen-xiu, qui, tous les quatre, étaient ses fils adoptifs**. Malgré 1’existence d’une administration civile, Zhang assura toujours son pouvoir grâce à l’armée. Lorsqu’il se rendit compte qu’il ne pouvait se fier dans son armée aux éléments originaires du Si-Chuan, il décida de changer de tactique, et au lieu de suivre 28 Le Jin Shi correspond au grade de docteur. Les concours pour ce grade ont lieu à Pékin tous les trois ans. De plus, 1’empereur peut orga- niser des concours extraordinaires s'il pense qu‘il n'y a pas asscz de Jin Shi disponibles pour le Service public. Seuls les licenciés (Ju Ren) qui n’ont pas accepté de charges administratives sont admis au concour de Jin Shi. m Parson, J.B., «The Culmination of a Chinese Peasant rebellion...» The Journal of Asian Studies, XVI, p. 392. 43
  • les conseils pacifiques de ses généraux Sun Ke-wang et Li Ding- EEjfeJfê guo, il écoutera plutôt Wang Zhao-ling [±9}, partisan dune poli- tique fondée sur la terreur. L’infidélité des recrues du Si-Chuan apparut lors de la campagne de Han-Zhong [ s=s ] en 1645. Maga¬ lhães écrit à ce propos : La ville de Han-Zhong qui se trouve à la frontière du Shen-Xi et du Si-Chuan, était la forteresse et la clé de ces deux Provinces. Le Tyran a voulu s’en emparer pour s'assurer présentement de la Province du Si-Chuan, et plus tard, pour avoir libre entrée dans celle de Shen-Xi; et à cet effet, il envoya une grande et puissantc armée pour la prendre. Mais ceux qui commandaient 1'armée [de Zhang] s'y prirent de telle manière qu'ils corrom- pirent les soldats du Tyran, pour la plupart originaires de Si- Chuan ; al moment du combat, à un signal donné, ils abandon- nèrent donc leur propre camp et entrèrent à Tintérieur de la ville. Cet événement fut la cause de 1’égarement du Tyran et marqua le début de la destruction de la Provincie de Si-Chuan... Ainsi, pour satisfaire la fureur et la haine qu’il avait conçues, le Tyran ordona de tuer tous les soldats originaires du Si-Chuan; ils étaient si nombreux qu'en quatre jours on fit passer cent quarante mille hommes de vie à trépas. II en fit écorcher tout vifs un grand nombre, et laissant les têtes jointes à la peau du corps qu'il remplit de paille, il les envoya dans les villes oú ils étaient nés pour effrayer et avertir les habitants. Pourtant, c’est le contraire qui arriva, car les pères voyant leurs fils, et les fils voyant leurs pères si cruellement justiciés, ils prirent, peinés à bon droit, les armes contre le Tyran. Mais celui-ci étant plus habile, plus expérimenté et plus puissant, il les écrasa bien vite80. 30 « He a cidade de Han chum que está nos confins de Xen si e Su chuen, fortaleza e chave destas duas Províncias. Dezejava o tyranno fazerse Senhor delia para de presente segurar a de Su chuen, e adiante, ter livre entrada na de Xen si; e a este effeito, mandou hum grande e poderozo exercito para a tomar, mas os que estavão de presidio se ouverão de modo que corromperão a soldadesca do tyranno, que era a maior parte de Su chuen, que no tempo do combate, feito certo sinal dos muros, deixadas as próprias estancias, se passarão para dentro da cidade. Foy este successo principio e causa deste tyranno se perder a si, assolar e destruir a Província de Su chuen, tão barbara e cruelmente, como adiante diremos. Pello que, para satisfazer a furia e rayva que concebera, mandou logo matar toda a soldadesca que tinha de Su chuen, que era tanta, que só em 4 dias matou cento e quarenta mil homens. Esfollou vivos a muitos, e deixandolhe as cabeças unidas as pelles que enchia de palha, os man¬ dava a sua própria cidade ou villa, pretendendo com isto metter medo e acautelar os mais. Porem, socedeolhe ao contrario, porque os pays vendo 44
  • Ainsi, il semble que cet épisode malheureux détermina la conduite à venir de Zhang avait daboutir à l'échec total de son administra- tion à Cheng-Du et à 1'extermination du peuple du Si-Chuan. II est certain que malgré son effort pour s’attacher les man¬ darins dont il avait besoin pour gouverner, Zhang éprouvait tou- jours de la rancceur à leur égard. Et cela se comprend si l'on tient compte des conditions qui étaient celles de la dynastie Ming sur sa fin, caratérisée surtout par la corruption et l'inéfficacité de la classe gouvernante. Zhang, comme beaucoup dautres, en fut victime. Pourtant, si Zhang tenait vraiment à voir ses rêves dynastiques se réaliser, il était indispensable que s’établisse entre lui et les mandarins, qui s’appuyaient sur les préceptes confu- céens, une coopération très étroite. Mais convaincu qu’il ne pour- rait maitriser le peuple quen utilisant la force, il recourut immé- diatement à des moyens violents pour imposer son autorité. Dans cette nouvelle étape, les mandarins ne tinrent aucun rôle impor- tant, et le Tyran, libéré de ses scrupules, n’hésita pas à les sacrifier. La première victime citée par Magalhães n’est autre que Wu Ji-shan. Celui-ci, comme nous 1'avons dit auparavant, était le pré- sident du Tribunal des Rites. Il était le maitre de cérémonie dans le sacrifice du Ciei au moment du solstice d’hiver. Le Tyran qui croyait que le succès de son gouvemement dépendait de la minutie avec laquelle s’effectuait ce sacrifice, fit tailler en pièce le malheureux Wu parce qu'il lui avait semblé que la feuille grâce à laquelle on instruisait le Ciei du sacrifice qu'on allait lui faire, était trop petite. Wu ne fut pas le seul à exciter le courroux du Tyran et il ne fallut pas longtemps pour que beaucoup d’autres le suivent dans la mort. Zhang, devenant de plus en plus féroce et avide de sang, organisa un immense massacre. Pour attirer les lettrés dans le piège qu’il avait préparé, il les convoqua tous à sa cour sous prétexte de vouloir leur faire passer un examen afin de choisir os filhos, e estes a seus pays justiçados tão cruelmente, com justa dor e sentimento, tomavão as armas contra o tyranno, que como mais destro, veterano, e poderoso, dava logo nelles, e os destruía; » Jap-Sin 127, fl. 5. 45
  • parmi eux les meilleurs à qui offrir des charges dans son gou- vernement. Magalhães écrit: Ces Chinois sont si aveugles dans cette matière, et ils ont un si grand appétit pour la gloire qui s’attache à la fonction de mandarin qu'il sont tous venus se mettre entre ses mains tout en connaissant très bien les cruautés dont il était capable à l'égard de tous ceux qui avaient quelque odeur de lettré. Et lui, se parjurant et abusant de leur bonne foi, leur donnant pour pinceau le sabre, et pour encre leur propre sang, il les fit déca- piter au nombre de treize mille31, sans en épargner un seul32. Parsons ajoute que la méfiance de Zhang pour les lettrés s’accrut lorsqu’il eut appris par ses espions que plusieurs citoyens éminents de la capitale avaient envoyé un message secret à Li Zi-cheng, son rival, 1’invitant à s'emparer du Si-Chuan33. II est à remarquer que ces Chinois ne voulurent pas soutenir les con- quérants mandchous ni les partisans des Mings mais qu'ils pré- férèrent faire appelle à un autre chef-rebelle, celui-là même qui avait renversé la dynastie chinoise. Les lettrés ne furent pas les seuls victimes ; avec eux périrent les eunuques et les bonzes **. Cette politique de terreur, une fois 31 II ne faut pas se fier à ce chiffre. II est sans doute vrai que Tchang a fait tuer un grand nombre des lettrés, mais dire qu’il en avait décapité treize mille est une exagération conventionnelle pour traduire 1'horreur du massacre. En effet, le nombre totale des mandarins dans la seconde moitié de la dynastie Ming est évalué à dix ou quinze mille. « The number of junctioning civil officials multiplied repeatedly throughout the Ming period. Exact statistics are not available, but it appears reason- able that in the latter half of the Ming period the number lay between 10,000 and 15,000.» Hucker, C.O., « Govemmental organization of the Ming Dynasty», p. 12. 32 « São tão cegos estes Chinas nesta matéria, e tão appetitozos da gloria de mandarim, que sabendo as anothomias e crueldades que o tyranno fazia em todos os que tinhão algum cheiro de letrados, e com tudo todos se lhe vierão entregar e meter nas mãos. E elle dandolhe per pincel a catana; e per tinta seu proprio sangue; como fementido cha- mandoos a falsa fé, os degollou sem perdoar a hum só que per todos forão treze mil homens.» Jap-Sin 127, fl. 12 v. 33 «A case History of Revolt in China... », Oriens Extremus, III, p. 92. 34 Le P. Magalhães qui gardait contre les bonzes une rancune due aux persécutions qu’ils avaient suscitées voulurent voir dans leur massacre un effet de la justice de Dieu. II rapporte, non sans une certaine délecta- 46
  • commencée, va suivre son cours et touchera bientôt la population elle-même. Magalhães rapporte comment, dans la nuit du 22 no- vembre 1645, le Tyran reçut la nouvelle qu'une grande armée venant de Shen-Xi marchait contre lui. Le lendemain matin il convoqua ses capitaines et ses mandarins pour leur dire que les habitants de Cheng-Du 1'ayant trahi en faisant cause commune avec 1’ennemi, il avait pris la décision de les supprimer. II fit alors réunir toute la population devant le pont qui se trouvait à 1’extérieur de la porte du Sud. En traversant cette foule qui lui demandait grâce, il fut un moment attendri mais la haine l'em- portant, il cria à ses bourreaux de mettre à mort tous ces rebel- les. Leurs corps furent jétés dans le Yang-Zi qui fut teinté du rouge de leur propre sang et ils en obstruèrent si bien le cours qu’on ne put y naviguer pendant des jours. Sun Ke-wang, le fils adoptif de Zhang, rapporte Magalhães, en apprenant ce carnage, fut si vivement touché qu’il cria avec émotion : « Oh peuple, celui qui t’a égorgé a du même coup anéanti nos espoirs. Ta mort a mis fin aux travaux de tant dannées ; Et toi, père insensé, tête sans corps, roi sans peuple, comment peux-tu t’appeller roi ? » 33 Magalhães, qui avait une grande considération pour Sun, écrit qu'il était doué de patience et de gentillesse; qu’il était très aimé du peuple, et que le Tyran aurait du suivre ses conseils *®. Après la mort du peuple de Cheng-Du, Zhang fit décapiter tous ses mandarins à 1’exception de ceux qui étaient venus avec lui des autres Provinces avant la prise de Si-Chuan. Magalhães continue que Zhang voulut repeupler la capitale, en ordonnant à ceux qui habitaient aux confins de la ville de venir s’y établir. Mais il était déjà trop tard ; Cheng-Du, sans mandarins et dépeuplée, n’avait plus aucune apparence de capi¬ tale. Zhang, se rendant compte que son gouvernement n’avait pas réussi à s'imposer au Si-Chuan, forma le projet de quitter tion, comment un bouddhiste, principal responsable dc la persécution con¬ tre les pères, fut pris et présenté au Tyran, en présence des deux pères, puis condamnée et mis à mort. Jap-Sin 127, fl. 16 v. 35 « Ah povo, povo! quem te degollou igualmente cortou nossas espe¬ ranças. Comtigo acabarão os trabalhos de tantos annos. E tu, inconsi¬ derado Pay, cabeça sem corpo, Rey sem povo, como te podes chamar Rcy?» Jap-Sin 127, fl. 11. 33 Jap-Sin 127, fl. 11. 47
  • cette Province pour aller envahir la Province voisine de Shen-Xi. Dailleurs il disposait toujours dune puissante armée sur laquelle reposait tout son pouvoir. Pour éviter de laisser pareille force inactive et aussi pour redonner espoir à ses soldats, il n’eut d'autre solution que de se lancer dans une nouvelle conquête et de réaffirmer ses prétentions dynastiques. Une autre raison qui justifie cette décision, c’est Ie fait que Si-Chuan était géographi- quement isolée si bien que si Zhang voulait vraiment devenir maitre de la Chine, il lui fallait étendre son pouvoir vers le nord, en direction de Pékin. Zhang donna alors de nouveaux titres à ses quatre fils adoptifs : le premier, Sun Ke-wang, il 1’appella Ping Dong Jiang Jun t *5 ], c’est-à-dire général qui subjugue l’est, et il lui ordonna de conquérir le Shan-Dong, le Liao-Dong, la Corée, le Japon et les Tartares de l’Est. Au second qu’il nomma Fu Nan Jiang Jun t4=5 í. c’est-à-dire restaurateur du Sud, revenait le devoir doccu- per Nankin, Gui-Zhou, Yun-Nan, Tonkin, Cochinchine et Manille. Le troisième, nommé Ting Bei Jiang Jun [ *=s ], c'est-à-dire géné¬ ral qui controle le Nord, devait conquérir Pékin, He-Nan et les Tartares du Nord. Le quatrième, Li Ding-guo, nommé An Xi Jiang Jun t*5]. c’est-à-dire général qui apaise l’Ouest, devait conqué¬ rir le Shan-Xi, le Shen-Xi et les Tartares de l’Ouest. Magalhães remarque que 1’éloquence et la force de persuasion du Tyran était telles que personne ne doutait de ses paroles. Le 26 février 1646, jour du nouvel an chinois, Zhang se vêtit de la robe d'empereur et fit savoir à tout le monde qu’il voyait des signes dans le ciei qui annonçaient encore des guerres dont il sortirait finalement vainqueur pour devenir empereur de toute la Chine37. Une autre fois il prétendit avoir trouvé une feuille de papier dont les bords avaient été brulés par des éclairs et sur laquelle était écrit son avenir, c’est-à-dire qu’il deviendrait empe¬ reur. Ayant ainsi convaincu ses soldats du sort illustre qui 1'atten- dait, il divisa son armée en cinq groupes et, en prélude à ses nouvelles conquêtes, il extermina toute la population de cette Province, n epargnant que quelques villages afin que son armée qui devait nécessairement passer par là, puisse y trouver de quoi 87 Jap-Sin 127, fl. 13 v. 48
  • subsister. De retour dans la capitale après ce massacre, il exhorta ses soldats à tuer leurs épouses et leurs filies afin qu'ils soient libres pour faire la conquête de 1'empire, étant donné qu’une fois empereur, il leur offrirait les plus belles femmes. Et pour donner le bon exemple, il tua toutes ses propres femmes sauf ses trois reines et leurs serviteurs. Magalhães écrit que Zhang fit élever une pierre sur laquelle était inscrite que Li Zi-cheng avait tué le vrai empereur Chong Zheng à la prise de Pékin et qu'il avait causé de graves dommages dans tout le royaume : c’est pourquoi lui, Zhang, envoyé du Ciei, venait secourir le peuple. II avait déjà secouru huit Provinces, et celle de Si-Chuan seulement n’avait pas voulu écouter son saint enseignement; aussi en avait-il tué tous les habitants. Mais ce carnage n’est en rien comparable à celui qui suivra son acces- sion au pouvoir3S. 38 V. H. Donnithome n'hésite pas à faire de Zhang un «religious maniac who conceived himself as inspired by an outraged heaven to execute its vengeance by destroying the people.» («The Golden Age and the Dark Age in Sze chwan, II: Chang Hsien-chung and the Dark Age », Journal of the West China Border Research Society, X, p. 156). Cette idée se trouve renforcée par le fait qu'on a mis au jour une pierre sur laquelle est inscrit le poème suivant: Tian yi wan wu yu ren * Ren wu yi wu yu tian » Gui shen ming ming Zi si zi liang Le Ciei prend les dix mille choses pour les accorder aux hommes. Les hommes n’ont rien à offrir au Ciei. Les dieux sont perspicaces. Examinez-vous et jugez-vous vous-mêmes. Coincidence heureuse, Magalhães parle du même poème dans sa Relation. Cela se passa justement à 1’époque ou Zhang songeait à partir pour le Shen-xi. S’adressant un jour aux deux pères, il leur expliqua que le Ciei, courroucé par les péchés du peuple chinois, punissait ce demir tous les deux ou trois siècles en lui imposant un changement de dynastie. A ce propos, il envoya aux deux pères deux poèmes écrits de sa propre main : celui que reçut le P. Buglio n’était autre que 1'inscription relevée sur la pierre dont on vient de parler (voir Jap-Sin 127, fl. 13 v). La légende ins- pirée par les cruautés de Zhang ajoute à ce poème une demière ligne ou l'on trouve le mot «tue» écrit sept fois. C’est pourquoi ce poème est toujours connu sous le nom de «la plaque de sept fois tue» [±5]. 49 4
  • Le 3 septembre 1646, il fit bruler son palais. II fit mettre à mort dans son armée tous ceux qui étaient malades et tous ceux dont les traits du visage annonçaient, croyait-il, un malheur pour son armée. II est vrai qu’il arriva au Tyran d'éprouver du remords. Magalhães fait remarquer qu’une fois, il blâma son ministre (sans doute Wang Zhao-ling) de 1’avoir poussé à une telle extrémité. Le 12 septembre, Zhang quitta Cheng-Du pour marcher vers Shen-Xi. Pourtant, il ne savança pas tout de suite vers le nord, mais marcha dabord vers l’est. II fut obligé de suivre la route qui traversait les montagnes car les villes situées entre les deux Pro- vinces étaient entièrement détruites, et il n’y avait plus d’habi- tants ni de provisions. Magalhães écrit que Zhang avait épargné Jlggg la ville de Shun-Qing [ *=f ] afin que ses soldats puissent y trou- ver de vivres. Il y arriva le 17 octobre, deux jours après ses géné- raux qu'il avait chargés de briser toute résistance. Voyant que Zhang arrivait avec ses troupes, les habitants décidèrent de mettre feu à leurs provisions et à leurs richesses plutôt que de les lais- ser au Tyran. La ville fut prise après des scènes sanglantes au cours desquelles les soldats du Tyran se rendirent coupables des pires outrages. De là, Zhang continua sa marche vers l’est et jHIHUl camPa a Feng-Huang-Shan [ *5 ]. Il avait choisi d’hiverner en ce lieu car il projetait d’aller mettre le siège devant la ville de Han- Zhong [*=»], sur la frontière de Shen-Xi, au printemps de l'année suivante, lorsque le temps serait favorable. Les deux pères, quant à eux, s’attendaient à ce que le Tyran les renvoie puisqu’il n’avait guère besoin d’eux pendant ses con- quêtes. Mais se rendant compte qu’il ne les laisseraient pas partir, ils décidèrent de lui demander 1'autorisation de rentrer à Macao. Ils en furent dissuadés par leurs chrétiens —et notamment par le beau-père du Tyran qui avait été converti par les deux Jésui- tes — car ils savaient que le Tyran ne tolérait pas qu’on veuille le quitter, sinon pour le trahir. Mais les deux pères préfèrèrent risquer leur vie plutôt que de continuer à être les témoins de scènes si atroces. L’avenir ne leur semblait pas meilleur, et que pouvaient-ils attendre sinon dautres carnages et encore plus de désolation. Aussi, le 3 décembre 1646, présentèrent-ils une requête au Tyran pour lui expliquer qu’ils étaient venus en Chine pour prêcher le Christianisme et non pour faire des mathématiques auxquelles ils ne connaissaient rien : ils lui demandèrent donc de les laisser partir pour Macao. Ils affirmaient qu’ils reviendraient 50
  • lorsque la Chine serait en paix pour prêcher la Loi Divine et, alors, ils emmeneraient avec eux des mathématiciens — ainsi que des livres d’astronomie— qu’ils mettraient à son Service. Tout dabord, Zhang fit semblant d’accéder à leur désir. II voulut même leur offrir de 1’argent pour le voyage, mais il les avertit des dangers qu’ils allaient courir, ajoutant que les gens du Si-Chuan les tueraient en cours de route. Quand les pères lui répondirent qu’ils ne craignaient pas les gens du pays et qu’ils navaient pas besoin dargent, le Tyran perdit patience et leur dit qu’il ne voulait plus les laisser partir, car cela n’était pas raisonnable. II fut même tellement irrité par leur demande que quelques heures après il envoya chercher les domestiques des pères, y compris Antonio le Macaiste, et les accusa davoir conseillé aux deux pères de présenter leur requête pour ensuite les tuer et s’emparer de leur argent. Et il les condamna à mort bien qu’ils aient protesté de leur innocence, soutenus en cela par les deux pères. Ces derniers furent sévèrement réprimandés ; on les accusa d’ingratitude, et lorsqu’ils se défendaient en alléguant qu’ils n’étaient pas venus chercher la gloire mais qu’ils étaient là pour sauver les âmes des Chinois, le Tyran, pris dune rage violente, cria : « Tuez, tuez ces deux misérables esclaves. »39 Magalhães se voyant condamné à mort et voulant à tout prix mourir martyr dit à haute voix avec une grande ferveur: « Nous sommes des religieux, et nous n'adorons qu'un seul Dieu tout puissant, le Seigneur du Ciei et de la Terre ; vous nous mettez à mort bien qu'innocents, et je crains que ce même Seigneur ne vous châtie ensuite. »40. Après ces paroles ils furent conduits au lieu du sup- plice, et on les aurait sans doute mis à mort si le premier fils adoptif du Tyran, Sun Ke-wang, n etait venu à leur secours, et, par ses instances, navait obtenu leur pardon41. Ainsi Zhang les rappela, et après les avoir chargés d'injures il leur dit qu’il les s® « ... xa, xa chi leam co nu çay [±5]; mata estes dous cativos e fX • escravos.» Jap-Sin 127, fl. 27 v. 10 « Mas eu que dezejava, para maior consolação, ainda que indigno de tanto bem, que nossa morte fosse conhecido martyrio, disse em alta voz, depois de ja amarrados pello verdugo: Nos somos religiosos, que servimos à hum só Deus todo poderoso. Senhor do Ceo, e da terra, vos innocentemente e sem culpa nos mataes, temo que o mesmo Senhor depois vos dé hum grande castigo.» Jap-Sin 127, fl. 23 v. « « Carta Annua de 1658 », Jesuítas na Asia, 49-V-1408, fl. 231. 51
  • grâciait car ils étaient étrangers. Ils furent livrés à six soldats qui devaient exercer sur eux une surveillance de tous les instants si bien que les pères ne pouvaient rien faire sans témoins. On voulut même leur retirer tous leurs couteaux pourqu’ils ne puis- sent attenter à leurs jours. Mais la rage du Tyran n’était pas encore assouvie, et le lende- main il les fit amener devant lui, uniquement pour le plaisir de les humilier et les injurier. II accusa tous les missionnaires de n etre que des vagabonds et des imposteurs qui vont de royaume en royaume et y restent tant qu’ils trouvent de quoi y gagner leur vie. II ajouta que le P. Matteo Ricci était au moins un grand mathématicien, mais que, eux deux, n’étaient d'aucune utilité. Sa colère à leur égard se transféra bientôt sur les Européens en général; il raconta comment un roi d'Europe avait offer à l’Em- pereur de Chine quatre siècles plus tôt un flambeau de cire dans lequel était cachée une bombe, et comment le piège fut découvert grâce au génie des Chinois. A ce sujet, il dit à ses mandarins que Ricci avait mis au point une pièce dartillerie à Pékin qui explosa lorsquon s’en servit et que son inventeur périt dans cette acci- dent *2. Zhang ordonna aux pères de lui construire une nouvelle sphère sur laquelle seraient placées toutes les étoiles. Néanmoins, on les surveillait toujours avec rigueur. Il y avait partout des espions prêts à les dénoncer à la moindre occasion. On les accusa de passer la plupart de leurs nuits en prière sans qu’on put comprendre ce qu’ils disaient. Le Tyran avait interdit la prière sous peine de mort, craignant sans doute qu’on ne conspirât contre lui *3. Les deux Jésuites refusèrent de céder à cette menace, alléguant que la prière était un commandement de Dieu devant lequel s'éfface tout ordre humain. Ils ajoutèrent que leur prière était très sainte et qu’on ne pouvait pas la comparer à celle des Bouddhistes qui n’était que tromperie. 43 Ce sont les cannons que les Portugais de Macao avaient envoyés à Pékin en 1621 qui explosèrcnt et tuèrent plusieurs personnes parce que les artilleurs chinois ne savaient pas s’en servir. 43 Malgré ses superstitions religieuses, Tchang se méfiait des bonzes car ces demiers avaient plusieurs fois conspiré contre lui, ce qui expli¬ que cette interdiction. 52
  • Un autre différend s’éleva à propos de la sphère. Les pères avaient mis la ligne équinoxiale en obliqúe; un mandarin du Tribunal des Mathématiques crut y voir un erreur et le fit savoir tout de suite au Tyran. Buglio et Magalhães essayèrent dexpli- quer à ce dernier que la véritable façon de construire les sphères célestes était bien la leur, mais le Tyran ne voulut pas les écouter et prit parti pour ses mandarins. La discussion dura trois jours pendant lesquels on chercha à prouver que les pères avaient fait une erreur volontaire pour que le Tyran, lorsqu'il se servirait de la spère, commit des fautes contre le Ciei et perde ainsi son royaume. Zhang en voulut alors beaucoup à Buglio et Magalhães et les soupçonna de vouloir le trahir. Voyant que tous étaient contre eux, les deux pères en vinrent à penser que Zhang songeait à se débarasser deux, étant donné 1’extrême dédain avec lequel il les traitait et la façon dont il avait fait resserrer leur surveil- lance. Plus tard, après la mort de Zhang Xian-zhong, ils apprirent par un eunuque, leur ami, que le Tyran avait en effet décidé de les tuer une fois la sphère terminé44. Le 3 janvier 1647, Buglio et Magalhães allèrent le voir pour lui demander quelle décision il avait pris à propos de la sphère lorsqu’on lui annonça soudain que quatre cavaliers descendaient la vallée en direction du camp. Magalhães rapporte que le Tyran ne voulut pas croire cette nouvelle jusqu’au moment ou les cava¬ liers apparurent. Alors, pour se rendre compte de la situation et sans savoir que c’étaient des Mandchous, il s elança à cheval au devant d’eux, sans casque et sans cuirasse, armé seulement dune petite lance et accompagné de sept ou huit soldats, eux aussi fort peu armés. A peine avait-il vu les Mandchous qu’il fut atteint dune flèche qui lui transperça le cceur45. Si les Mandchous ont pu surprendre Zhang, c'est grâce à la trahison de Liu Jin-zhong [ *=s ]. C'était un de ces officiers que le Tyran avait chargé de la défense des frontières Shen-Xi et 44 II est bon de retenir que ni Magalhães ni Buglio dans son « Abregé de la vie et de la mort du R. Père Gabriel de Magaillans » n’ont prétendu qu'ils étaient condamnés à mort à 1'arrivée des troupes tartares. Pourtant le Père G.H. Dunne écrit: « Condemned to die, they were saved on January 3, 1647, by the sudden arrival at Hsichung, in Szechwan, of the advance guard of a Manchu army.» A Generation of Giants, p. 326. 45 Jap-Sin 127, fl. 25. 53
  • Si-Chuan; et comine il était lui-même originaire du Si-Chuan, il supportait mal les cruautés que Zhang faisait subir à ses compa- triotes. Lorsque le Prince Haoge46 arriva à la frontière sud du Shen-Xi, Liu se rendit à lui et guida les Mandchous vers 1’endroit ou Zhang avait établi son camp. C’est lui aussi qui désigna Zhang à 1’archer mandchou pour qu’il le vise directement. Magalhães écrit que le Prince Haoge n’avait quune petite armée d’à peine quatre mille hommes qui se déplaçaient tous à cheval, ce qui explique la rapidité de leurs mouvements. Si les Mandchous n'avaient pas agi par surprise, ils n’auraient jamais pu remporter une telle victoire car ils étaient trop peu nombreux pour sopposer avec succès à 1’armée du Tyran ; de plus, celui-ci avait une importante cavalerie, des armes et des provisions en quantité alors que les Mandchous et leurs montures étaient fati- gués par trois jours de marche pendant lesquels ils n’avaient pris aucune nourriture 47. Malheureusement, le Prince Haoge, après la mort du Zhang Xian-zhong, au lieu de parachever sa victoire en neutralisant les vaincus, les laissa fuir, croyant à tort que ses ennemis, privés de leur chef, se disperseraient. Au contraire, ils se regroupèrent et peu de jours après, parvinrent à franchir le Yang-Zi et s’organi- sèrent de nouveau. A cette nouvelle, Haoge lança une armée à leur poursuite, mais il était déjà trop tard, car ils avaient eu le temps de passer dans d’autres Provinces, celles de Kui-Zhou et de Yun- Nan. Une partie de cette force rebelle se ralliera à la cause des Mings du Sud pour combattre 1’ennemi commun, les Mandchous. Magalhães rapporte que dans cette entreprise les Mandchous perdirent un grand nombre de soldats. Les uns furent tués par des habitants du Si-Chuan qui leur étaient hostiles, les autres moururent soit de faim, soit de maladie. Magalhães relève encore dans la conduite du Haoge deux fautes qui eurent des résultats désastreux pour 1’armée mandchoue. La première a été de diviser larmée en trois groupes. En effet, sachant qu’au delà des fron- tières nord et sud de la Province de Si-Chuan se trouvaient d’un côté des rebelles et de 1’autre un territoire pas encore soummis, 44 Haoge était le fils ainé d'Abahai, et l’oncle du jeune empereur Shun Zhi. En 1646 il reçut le commandement de 1’armée pour aller occuper le Shen-Xi et le Si-Chuan. 47 Jap-Sin. 127, fl. 26 v. 54
  • Ie Prince Haoge décida, après avoir gardé un tiers de son armée auprès de lui, de confier à ses deux cousins (on les appellera désormais les « Régulos », ce qui signifie prince en Portugais) les deux autres tiers qui iraient l’un vers le Nord, 1’autre vers le Sud. Mais ces troupes furent défaites par suite de leur infériorité numé- rique. La deuxième faute, toujours selon Magalhães, c’est qu'après sa victoire sur le Tyran, à Feng-Huang-Shan, le Prince Haoge aurait du se fixer à cet endroit car il y trouvait en suffisance de quoi nourrir son armée, et de là il aurait pu gouverner et paci- fier la région. Au contraire, il choisit de parcourir la Province, causant ainsi une grande souffrance à son armée et également au peuple du Si-Chuan. Mais revenons aux événements qui ont suivi immédiatement la victoire des Mandchous pour savoir ce qu’il est advenu des deux pères. A peine la nouvelle de la mort de Zhang Xian-zhong fut-elle connue dans le camp que soldats et mandarins prirent la fuite. Buglio et Magalhães, se voyant libres, ne suivirent pas les fugitifs mais se sauvèrent dans une autre direction, ce qui ne les empêcha pas d etre bientôt pris par les Mandchous. Dans la confusion et comme ils étaient étrangers, on ne soccupa point d'eux. D’autres survinrent qui leur tirèrent des flèches. Maga¬ lhães fut blessé à un bras ; le P. Buglio fut légèrement touché à la tête et eut la cuisse droite transpercée. Voyant que leurs blessures n'étaient pas mortelles, ils décidèrent de regagner leur tente et de s'y cacher jusqu'au moment ou une accalmie leur permettrait d’aller se livrer aux Mandchous. Finalement, les deux pères abordèrent deux Mandchous qui étaient occupés à rassembler les chevaux abandonnés par les troupes du Tyran. Ces deux Mandchous les emmenèrent devant leur capitaine qui leur demanda quel était leur métier. Les pères répondirent qu’ils savaient construire des sphères solaires. Mais le capitaine ne comprenait pas ; ce fut 1’interprète chinois qui lui expliqua qu’il s’agissait d’instruments astronomiques semblables à ceux que Tang Re-wang fabriquait à Pékin. En entendant mention- ner le nom chinois de leur confrère, le P. Adam Schall, les pères furent bien contents de pouvoir prendre de ses nouvel- les et d’apprendre qu’il était toujours vivant. On les emmena ensuite devant le Prince Haoge et celu-ci apprenant qu’ils étaient les compagnons du P. Schall, les traita avec beaucoup de bien- 55
  • veillance48. II les confia aux soins du secrétaire d’un Ge Lao chi- nois, mais celu-ci, très mesquin, les traita si durement qu’ils souffrirent de la faim. Quatre jours après la victoire, les trompettes sonnèrent le départ de 1’armée. Les pères voulurent savoir ce qu’on allait faire deux, mais devant 1’indifférence qu'ils rencontrèrent, ils se décidèrent quand même à suivre l'armée, faute d’une autre solu- tion. C’est alors qu’ils furent appellés par le Prince Haoge qui chargea ses deux cousins, les Régulos, de s’occuper d’eux. Pen- dant plus d’un an, les pères suivirent 1’armée mandchoue et durent supporter toutes sortes de peines : les rigueurs du temps, les difficultés du chemin, et surtout la faim, car les troupes mar- chant à travers la Province ravagée de Si-Chuan ne trouvèrent point de vivres. Le Régulo qui était chargé du P. Buglio 1’avait recommandé à un capitaine chinois de Liao-Dong qui dabord le traita sans douceur, se plaignant davoir à nourrir un étranger qui ne servait à rien. Mais la patience avec laquelle Buglio supporta son malheur toucha le cceur du capitaine qui traita le père avec davantage de bienveillance. Le Régulo de Magalhães le confia à l’attention d’un grand capitaine mandchou, mais celui-ci ne s’occupa guère de lui et 1'abandonna aux soins de son cuisinier 48 Schall voyait dans cet incident encore un exemple du prestige de 1'astronomie européenne auprès des Mandchous. II ne doute pas que c'était son propre renom qui avait sauvé les deux pères. II écrit à ce propos: «Le P. Gabriel de Magalhaens avait été capturé par les Tartares dans l'armée de ce cruel tyran qui avait occupé le Seutch'oan et il allait être décapité à 1’instant. Un Tartare avait déjà saisi d'une main sa chevelure et de 1'autre brandissait son sabre lorsqu'un autre Tartare arrivant par hasard et voyant sa barbe le délivre, car le Père, à qui il avait demandé s’il connaissait Tang Iaowang [Schall], lui avait répondu d'une voix trem- blante que non seulement il le connaissait, mais que c’était son frère ainé. Non seulement il eut la vie sauve ainsi que son compagnon, mais tous deux, ayant été amenés au prince [Haoge] qui apprit qu’ils étaient vrai- ment mes compagnons, furent traités par lui avec une extrême bienveil¬ lance non point comme des prisonniers de guerre, mais presque comme ses propres compagnons. Le Père le reconnaít dans une lettre qu’il nTécrivit alors pour me remercier et dans laquelle je trouve cette exclamation: « O bienheureux calendrier, c’est à toi que nous devons la vie.» Tellement la réforme de l’astronomie avait adouci les esprits chez ces soldats.» Relation Historique, p. 194. 56
  • qui se comporta grossièrement avec le pauvre père, le laissant presque mourir de faim, 1'obligeant à faire toutes les plus basses besognes. Heureusement pour Magalhães, cette situation ne dura pas longtemps, car un jour 1'interprète chinois de son Régulo le voyant dans une telle situation eut pitié de lui et le recueillit sous sa propre tente. En outre, il en avertit le Régulo, son mai- tre, qui s’occupa désormais de plus près du sort de son « pro- tégé ». Un mois après le début de leur « captivité », Magalhães et Buglio furent amenés devant le Prince Haoge qui voulait s’enqué- rir de leur état. Ils saisirent cette occasion pour lui demander des nouvelles de leur fidèle compagnon, le Macaiste Antonio, qui se trouvait alors, avaient-ils appris par un forgeron du Tyran, dans un camp mandchou. Le jour ou les Mandchous vainquirent 1'armée de Zhang, Antonio était enchainé à un autre prisonnier. Cela remontait au jour oú les deux pères avaient présenté leur requête au Tyran pour s’en aller à Macao. Antonio, mis aux fers, avait échappé à la condamnation à mort en se disant fils adoptif de Magalhães. A 1’arrivée des Mandchous, son compagnon fut tué d’une flèche, et lui, avec d’autres, fut emmené devant le Prince Haoge. On lui demanda ce qu’il savait faire, et il répondit qu’il était respon- sable des cadrans solaires. Les Mandchous décidèrent de le gar- der auprès deux avec quelques autres tandis que tout le reste des prisonniers, quatre cents hommes originaires du Si-Chuan, était renvoyé. Un peu plus tard, quelques uns de ceux qui avaient été gardés prirent la fuite si bien que les autres, et parmi eux Anto¬ nio, furent immédiatement enchainés. A la demande des deux pères, le Prince Haoge, s’étant informé du sort d’Antonio, le fit amener devant lui. Parlant des deux pères, Haoge lui demanda qui étaient ces deux Européens, comment et pourquoi ils étaient venus en Chine, quelles étaient les coutumes d’Europe. Voyant que les réponses d’Antonio ne contredisaient pas celles des pères, il Tautorisa à se joindre à eux. Il arrivait juste à temps pour soigner Magalhães qui allait tomber sérieuse- ment malade quinze jours plus tard. C’est à ce moment-là que les deux Régulos partirent pour remplir la mission dont Haoge les avait chargés48. Celui de Magalhães le laissa, avec Antonio, 49 Voir ci-dessus, p. 55. 57
  • à la charge d'un autre capitaine mandchou. Celui-ci voyant que 1’armée elle-même manquait de vivres ne leur donna pas toujours la ration qui leur était due et Magalhães, aux prises avec la maladie et la faim, serait sans doute mort sur la route s’il n’y avait eu Antonio pour se dévouer à le soigner. Une fois arrivés à Chong-Qing, le P. Magalhães, se croyant à 1’article de la mort, demanda au capitaine qu’on 1’abandonnât dans la ville oú, au milieu des ruines que Zhang y avait laissées, on avait érigé quelques huttes. II rattraperait l’armée, préten- dait-il, après avoir repris des forces, sinon il se laisserait mourir dans la ville. Le capitaine au lieu d'accéder à cette demande, les confia aux soins d’un des domestiques du Régulo, soit qu’il ne voulait pas assumer la responsabilité de sa mort, soit qu’il ait voulu se débarrasser du père, étant donné la pauvre condition dans laquelle se trouvaient alors les troupes mandchoues. Cette fois, Magalhães et Antonio tombèrent en de bonnes mains car, tant qu’il y eut quelque chose à manger, le domestique ne les priva de rien. Mais cette situation ne dura pas longtemps. En effet, les vivres s’épuisèrent bientôt et toute 1’armée eut à en souffrir. Beaucoup de chevaux moururent de fatigue et de faim ; la monture de Magalhães succomba elle aussi et celle qu’on lui donna était au bord de lepuisement. Après une longue marche d’un mois, 1’armée mandchoue pénétra dans la ville frontière du Shen-Xi, sans drapeau et en débandade. Cette ville était brúlée et sans habitants ; on n’y trou- vait que quatre compagnies de soldats chinois, placées là par les Mandchous. Magalhães et Antonio, qui avaient parcouru tout le camp sans pouvoir trouver de vivres, décidèrent daller de 1’avant et, pour changer de monture, sadressèrent à un des officiers chinois qui ne put leur donner satisfaction. Au cours de la conversation qui s’ensuivit, 1’officier, qui était musulman, se mit à croire que Magalhães 1'était aussi. Mais le père portugais le détrompa bien vite et lui expliqua les différences qu'il y a entre les deux reli- gions : « Car si vous adorez un seul Dieu comme nous, » lui dit-il, « vous niez la Trinité qui est la base de notre croyance; et vous n'acceptez pas que le Fils, seconde personne de la Sainte Trinité se soit incarné et se soit fait homme. II faut y croire, pour votre Salut.» L’officier musulman lui répondit: « Cela, je ne le sais pas et je ne veux pas le savoir, car notre Mahomet ne l'a 58
  • pas écrit dans le Coran. »50 Magalhães ne voulut plus poursuivre cette conversation, car il était convaincu que « discuter avec un musulman était du travail perdu. »01 Néanmoins, 1’officier le traita avec une bienveillance qui surprit notre Jésuite. II lui offrit douze gâteaux de farine et de miei, « ce qui fut pour moi le plus grand cadeau que j’aie jamais reçu de ma vie », écrit Magalhães. Devant tant de bonne volonté, Magalhães lui demanda de lui ven- dre un peu de maís, ce que fit l’officier, et à un prix très bas. Et à défaut de cheval, il lui donna suffisamment dorge pour nour- rir pendant deux jours sa pauvre rosse. En arrivant à la ville suivante, il naurait qu’à demander à un de ses amis, mandarin, de lui procurer autant dorge qu’il lui faudrait. G>râce à cette aide, Magalhães put gagner la ville de Han-Zhong, après huit jours de route. Là, le père Buglio rejoignit Magalhães. En empruntant un peu dargent que le P. Schall rembour- sera plus tard à Pékin et en vendant quelques objets person- nels, ils purent subsister tout au long des quarante jours qu’ils passèrent à Han-Zhong. Ils vécurent là sans difficultés, ce qui permit au P. Magalhães de se rétablir. De Han-Zhong à Xi-An-Fu, le trajet dura neuf jours. Arrivés dans cette dernière ville, capitale de Shen-Xi, les pères se ren- dirent directement à la mission ou ils furent accueillis par les PP. Ignacio da Costa et Etiènne Le Fèvre avec la plus grande démonstration de joie. Ils y restèrent deux mois et prétendaient que leur présence ne fut pas inutile car il fallait toujours craindre que l’armée victorieuse des Mandchous ne prenne possession de 1’Eglise pour la saccager, comme à son habitude. Buglio et Maga¬ lhães, en tant que membres de 1’entourage du Prince Haoge, pour- raient protéger 1’Eglise contre les Mandchous. En outre, des Chi- nois qui avaient apposé à la porte de 1’Eglise une plaque qui 50 « ...porque se vos adorais à hum sò Deus, como nos, negais que seja Trino, que he o que nos confessamos; nem conheceis que o Filho de Deus e 2.‘ pessoa da Santíssima Trinidade encarnou e se fez homem que he necessário confessar para a salvação. Tornou elle: Isso não sei eu, nem quero saber, pois nosso Mahoma o não deixou escrito no seu Alcorão...» Jap-Sin 127, ff. 32v-33. si « Eu por não perder tempo, pois sabia disputar com o mouro era trabalho vão...» Jap-Sin 127, fl. 33. 59
  • calomniait les Chrétiens prirent peur et demandèrent pardon aux Jésuites lorsqu’ils saperçurent que Buglio et Magalhães avaient la faveur de Haoge et que celui-ci envoyait chaque jour des gens à la mission pour y parler dune carte géographique commandée par lui aux deux pères. Pour échapper à d’autres menaces, Buglio et Magalhães de¬ mandèrent au Prince Haoge de bien vouloir leur offrir sa pro- tection en faisant don d'une plaque favorable à la religion chré- tienne. Haoge chargea le vice-roi de protéger 1’église contre dautres attaques, sachant bien que sa propre protection s’arrête- rait à son départ. Aussi le vice-roi fit-il afficher la plaque oú il louait non seulement la Loi Divine, mais aussi ceux qui 1'ensei- gnaient. Magalhães nous rapporte que les pères de cette Mission n’avaient jamais reçu de meilleurs éloges. Buglio et Magalhães quittèrent Xi-An-Fu le 12 janvier 1648 pour aller à Pékin. Ils traversèrent les Provinces de Shen-Xi et de He-Nan, et atteignirent Pékin le 20 février de la même année. Malheureusement, cette arrivée inopportune à la cour allait appor- ter aux deux pères de nouvelles déceptions. Le P. Schall se croyait dans une situation difficile, car il ne voulait pas risquer 1’avenir des missions en défendant Buglio et Magalhães qui, selon lui, passaient pour des prisonniers de guerre aux yeux des Mand- chous. Un peu de malentendu et beaucoup de mauvaise volonté furent à 1’origine dune haine implacable entre les deux pères dune part, et le P. Schall dautre part. La querelle qui allait diviser ces hommes allait bientôt diviser tous les Jésuites et menacer sérieusement 1’existence des missions de la Compagnie. 60
  • CHAPITRE III ARRIVEE DES PP. MAGALHÃES ET BUGLIO A LA COUR DE PEKIN. LEUR QUERELLE AVEC LE P. JEAN ADAM SCHALL La querelle entre le P. Schall et le P. Magalhães est sans doute l’un des épisodes les plus malheureux de 1’histoire des missions en Chine. Elle eut pour conséquence de diviser les Jésuites au moment même ou ils devaient le plus sunir et s’accor- der pour faire front aux attaques de leurs rivaux, Dominicains et Franciscains, qui critiquaient leur méthode d evangélisation. Là ou les Jésuites auraient du lutter coude à coude, ils se sont trouvé divisés par des haines intérieures ; là ou ils auraient du agir par amour de la vérité, ils ont agi plutôt par passion. Les accusations que ces deux Jésuites formulèrent l’un contre l’autre ont été beaucoup plus véhémentes et plus outrées que toutes celles formulées par leurs ennemis les plus acharnés. Je vais tenter de donner de cette querelle une version aussi complète que me le permettent les documents que j’ai pu consulter à ce propos. En effet, ces dissensions internes, riches denseignement, sont très révélatrices des difficultés qui assail- laient les Jésuites à une époque oú la Chine elle-même était la proie de guerres sanglantes. J’ai montré dans le chapitre précédent comment les pères Buglio et Magalhães ont, grâce à 1’arrivée inattendue de 1’armée mandchoue, échappé à la fureur du tyran Zhang Xian-zhong et, après la mort de ce dernier, comment ils sont tombés aux mains du vainqueur; c'est seulement en apprenant qu’ils étaient les compagnons du P. Schall que le Prince Haoge, chef de 1’armée 61
  • mandchoue, les a traités avec bienveillance. Le P. Vaêth, S.J., dans sa biographie Johann Adam Schall von Bell, S.J. explique com- ment le P. Schall, en apprenant qu’ils étaient captifs, prépara sur le champ une requête pour obtenir leur libération. Mais le vice- provincial du nord, le P. Francisco Furtado, lui déconseilla de l'envoyer à la demande des deux prisonniers qui estimaient qu’une telle démarche pourrait offenser le Prince Haoge, plein de générosité à leur égard ; ils préféraient être libérés à Pékin sur 1’intervention de Haoge lui-même *. Malheureusement, ils igno- raient que Haoge était hai par Dorgon, régent du jeune empereur. Haoge était le fils ainé d’Abahai, et aurait du lui succéder sur le trône. Mais il s’était effacé par peur de son oncle Dorgon qui était le quatorzième fils de Nurhaci, et considéré comme le plus doué parmi ses frères. Dorgon, au lieu de monter sur le trône, crut plus habile de soutenir le neuvième fils d’Abahai, Fu Lin, qui n’était qu’un enfant de cinq ans, en se nommant lui-même régent. Mais Dorgon, qui craignait de voir Haoge menacer son pou- voir, chercha à s’en défaire. Aussi, dès 1’arrivée de Haoge à Pékin en 1648, Dorgon trouva le moyen de porter contre lui une grave accusation. Magalhães rapporte qu’en arrivant à Pékin, Haoge y fut très froidement accueilli, et ne fut reçu ni par l’em- pereur, ni par le régent. Au bout de quinze jours seulement, Dorgon le convoqua et, en présence de 1'empereur, lui reprocha d’avoir causé la perte de tant de ses soldats, victimes de la faim, de la maladie, conséquences de ses décisions néfastes*. Haoge, exaspéré, jeta, en signe de défi, son bonnet à terre. On lui con- fisqua ses biens, on lui retira ses titres et, un mois plus tard, une fois construite la tour destinée à servir de prison pour les personnes de sang royal accusées de lèse-majesté, on alia le cher- cher pour l'y enfermer. C'est alors qu’il se donna la mort®. Ainsi, les deux pères, Buglio et Magalhães, ne pouvaient plus compter sur Ia bienveillance de ce Prince. 1 Vaêth, A., Johann Adam Schall von Bell, S.J., p. 254. * On se souvient que Magalhães lui-même, malgré son affection pour ce Prince, avait relevé des fautes dans la façon dont il avait conduit sa campagne. • Jap-Sin 127, ff. 35-35 v. 62
  • A leur arrivée à Pékin, ils cherchèrent à rejoindre leur con- frère et voulurent être emmenés chez le P. Schall. Pourtant, leur requête ne fut pas satisfaite et on les conduisit au contraire au Li Bu, le Tribunal des Rites. Le P. Vaèth nous raconte que Schall s’empressa daller au palais du Prince ou il apprit que les deux religieux étaient considérés comme des rebelles et des traitres, puisqu’ils avaient occupé une fonction officielle à la cour de Zhang Xian-zhong. Schall, averti de ne pas prendre parti pour les pri- sonniers sous peine d’être à son tour soupçonné, leur reprocha alors leur imprudence, et leur déclara qu’ils auraient du choisir la mort plutôt que d’accepter les charges offertes par un rebelle. Mais Schall blâma surtout le P. Furtado. En effet, alors qu'au Shen-Xi la décision dépendait encore de la bienveillance du Prince Haoge, il leur aurait été facile d’obtenir leur libération ; mais maintenant, à Pékin, les circonstances leur étaient peu favo- rables. Le bruit courait que les deux pères étaient même les « ins- pirateurs moraux » de la cruauté du Tyran, et qu’ils avaient été officiers dans 1'armée rebelle. Comme tels, selon le droit en vigueur, ils étaient passibles de mort4. Buglio et Magalhães furent très peinés de voir leur propre confrère les renier, eux qui s’étaient attendu à être accueillis chaleureusement par lui après tant de souffrances, et ils donnè- rent à la conduite de Schall à leur égard une tout autre inter- prétation. Dans sa « Relação do que socedeo na Corte de Pekim ao P. Francisco Furtado, Superior do Norte, e aos Padres Luis Buglio, et Gabriel de Magalhães dos 20 de Fevereiro de 1648 te os 25 de Outubro de 1649 »®, adressé au visiteur Miguel de Aze¬ vedo, Magalhães écrit que, dès leur arrivée, le P. Schall avait interdit aux Chrétiens daller leur rendre visite, sous prétexte que les choses nallaient pas bien pour eux. II leur avait également envoyé quelquun pour leur demander de dire qu'ils n etaieni pas ses frères, ni même des gens de sa connaissance. II leuj signala de plus qu'il était venu les voir, mais que, en route, il avait rencontré un mandarin qui 1’avait prévenu de ne pas se risquer à rendre visite aux deux prisonniers. Par la suite, un des familiers de Schall leur apprit que ce dernier n’était pas sorti ce jour-là, mais qu’il avait envoyé son domestique Jin-Xiao [*=s] * Vaeth, A, op. cit., p. 254. 5 Jap-Sin 142, n° 20. 63
  • 7$ fri pour savoir ou l’on avait installé les deux pères. En apprenant cela, Buglio et Magalhães qui navaient jamais voulu croire qu'ils étaient considérés comme des prisonniers, commencèrent à se méfier de Schall®. Magalhães accusa ce dernier davoir trompé les Chrétiens en répandant des mensonges sur .Buglio et lui- même, ainsi que d’avoir laissé dans 1'ambiguité le titre que le ®0IÍ Tyran leur avait donné, celui de « Guo Shi »[**], ou « Maitre du royaume ». Le P. Schall, écrit Magalhães, avait prétendu que jjífSfi Buglio et Magalhães étaient plutôt des « Jun Shi» [±5], ou « Maitre des batailles »; ces « Jun Shi » avaient également comme fonction de découvrir par des pratiques superstitieuses les con- ditions les plus propices pour livrer le combat7. Le P. Buglio, qui était alors considéré comme le meilleur sino- logue parmi les Jésuites, explique dans sa lettre au vice-provincial Manuel Dias8, que le titre de « Tien Xue Guo Shi » donné à eux par Zhang, voulait dire « Maitre du Royaume de la Loi du Ciei ». Ce titre n’était absolument pas contraire à leur état religieux puisqu’on donnait des titres semblables aux prêtres bouddhis- tes 9 et qu’on avait ajouté les deux caractères « Tian Xue » qui ne signifient rien dautre que la religion catholique. De plus, il explique que ce titre était purement honorifique et ne comportait aucune des charges du mandarinat. Car, en Chine, tous les man¬ darins appartenaient aux neuf ordres 10, en aucun desquels on ne retrouve le titre de « Guo Shi ». Buglio dit encore qu’à 1’époque oú on leur avait donné ce tire, le roi légitime11 était mort, et que le pays était la proie de bandits rebelles. Mais, vingt jours après 0 Jap-Sin 142, ff. 4v-5. » Jap-Sin 142, fl. 5. 8 Jap-Sin 142, n° 10. 9 Le titre de Guo Shi était un titre porté par les moines bouddhistes et remonte à 1'époque des Qi septentrionaux (550-577). Ce titre fut connu des occidentaux parce qu'il fut porté par le célèbre lama 'Phags-pa, l'ami de l'empereur mongol Khoubilai Khan. Voir Paul Pelliot, « Les kuou-che ou 1 ZfclÊr ' maitres du Royaume ’ », Toung Pao, XII, pp. 671-676. 10 Tous les mandarins civils (wen guan [ ±511) étaient classés en 2 Apq neuf ordres (jiu pin [ ±5 2 ]). Chaque ordre était subdivisé en deux degrés : le premier, zheng [tç*l, et le second cong [ ±5 4 )• 11 Chong Zheng, le dernier empereur des Ming, s'est suicidé le 25 avril 1644, lorsque Li Zi-cheng prit Pékin. 64
  • avoir appris que la dynastie Ming survivait encore dans le Sud du pays, Buglio et Magalhães adressèrent une requête au Tyran pour lui demander de les laisser partir, ce qui excita sa colère12. Et pourquoi leur reprocher, estime Buglio, davoir accepté un titre purement honorifique, alors que Schall lui-même avait accepté la charge de directeur de Qin Tian Jian; et, de plus, c’était un Chinois qui leur avait donné leur titre, tandis que Schall avait reçu sa charge d’un Mandchou, c’est-à-dire d’un en- vahisseur que les Chinois haissaient profondément, et cela tout en sachant que la dynastie chinoise était encore sur le trône. Cette charge, souligne enfin Buglio, était réprouvée par la reli- gion catholique1S. On voit ici combien les Jésuites étaient divisés et même déchirés en cette époque d’anarchie qui voit expirer la dynastie chinoise, alors que celle des Mandchous n’est pas encore solide- ment établie. Les missions de Chine vacillent sous le soufflé des tempêtes politiques. La mort d'un roi suffit à anéantir les fruits de tout leur patient travail; mais, dans le désordre provoqué par un changement de dynastie, il n’est pas étonnant de voir les Jésuites désunis et incapables d’adopter une ligne de conduite commune. II faut assurer coute que coute 1'avenir des missions, que la victoire revienne aux envahisseurs Mandchous, à un rebelle qui fondera une nouvelle dynastie, ou qu’elle reste entre les mains des Mings. Les Jésuites ne doivent pas se compromettre. Le P. Henri Bernard-Maitre écrit à ce propos : « II reste un fait indé- niable, c’est que le parti des lettrés fidèles à la dynastie Ming, était en rapports cordiaux, intimes même, avec certains jésuites. Le P. Sambiasi se vit offrir de participer au gouvernement impé- rial par le prétendant (Long Wu [ *=? ]) qui essaya de résister dans le Foukien à 1’invasion des Mandchoux [szc] ; le P. Martini reçut une situation officielle parmi les mandarins ; les PP. Kofler et Boym furent parmi les conseillers intimes du dernier des Ming, ils baptisèrent sa mère, sa femme et son fils. »14 Le P. Sambiasi 12 Jap-Sin 142, n° 10, f. 2v. 1S Ibid., ff. 2 v-3. La présidence du Tribunal des Mathématiques sera la cause des conflits qui allaient plus tard opposer les Jésuites les uns aux autres. w Bernard-Maitre, Henri, S.J., Sagesse Chinoise et philosophie chré- tienne, p. 125. 65 5
  • fut d'abord nommé ambassadeur par Hong Guang [ *=? ] qui avait été proclamé empereur par les partisans des Mings à Nankin. Celui-ci le pria daller à Macao pour obtenir le secours des Por- tugais. Mais Hong Guang fut capturé par les Mandchous lorsque Nankin succomba en 1645, et il mourut à Pékin 1'année suivante. zfjjJíjgg Entretemps, Zhu Yu-jian [ *=? ] avait été élu empereur des Mings à Fu-Jian et avait pour titre de règne Long-Wu. II connaissait intimement le P. Sambiasi et 1’invita à collaborer à son nouveau gouvernement, ce que le père accepta. Sous le dernier empereur Ming Yong Li [ *5 ] Sambiasi avait le titre de Maitre du peuple1B. On va voir le P. Schall prendre de plus en plus d’importance à la cour des Mandchous et devenir le conseiller même de l’em- pereur Shun Zhi. Dans ces conditions, pourquoi Buglio et Maga¬ lhães n’auraient-ils pas accepté de coopérer avec Zhang, qui aurait pu, lui aussi, accéder au pouvoir ? En effet, le fondateur de la dynastie Ming, Zhu Yuan-zhang [ *=» ] était lui-même d’origine paysanne et, à 1’occasion, avait pris la tête d’un groupe de rebel- les composé essentiellement de bandits, de vagabonds et de pay- sans affamés. On se souvient de Li Zi-cheng, rival de Zhang Xian zhong, qui aurait pu lui aussi fonder sa dynastie si Wu San-gui, avec l'appui des Mandchous, ne 1’avait chassé de Pékin. II est intéressant de se demander quelle aurait été la réaction de Schall si Li Zi-cheng avait gardé le pouvoir ! Mais avant de continuer, il me semble bon d'éclaircir deux points. Dabord, il s’agit d’analyser le rôle quavaient joué les deux Jésuites auprès de Zhang Xian-zhong, et ensuite de savoir s’ils étaient considérés comme des traitres et des rebelles par les Mandchous. Pour ce qui est du premier point, je crois que Magalhães et Buglio avaient en effet coopéré à 1’administration que Zhang avait mise en place au Si-Chuan. Daprès leur propre témoignage le titre de « Guo Shi » n’était qu'honorifique et ne comportait aucune charge. Pourtant, ils recevaient de Zhang une pension, et portaient des robes de mandarins ; ils étaient souvent appelés en cônsultation par le Tyran, et, selon toute apparence, leur situa- tion n’était guère différente de celle des autres mandarins. Que leur titre fut officiel ou seulement honorifique importait moins 15 Pfister, p. 141. 66
  • encore dans un régime aussi mal défini que celui de Zhang. II est vrai qu’au moment ou ils furent pour la première fois amenés devant le Tyran, ils n'avaient pas pu agir autrement sous peine de s'aliéner Zhang. Dailleurs Zhang n’était pas anti-chrétien, tout au contraire, il avait même promis dappuyer les pères dans leur tâche apostolique. Et bien que, par la suite, il n’eut pas tenu sa promesse, il ne mit jamais aucun Chrétien à mort à cause de sa religion. II est bon de rappeler que son propre beau-père était Chrétien. Sans doute Buglio et Magalhães auraient fait volontiers le sacrifice de leur vie au nom de Dieu qu’ils prêchaient, mais jamais 1’occasion ne s’en présenta. Le deuxième point est beaucoup plus difficile à éclaircir. Si on se fond uniquement sur les rapports de Magalhães, il faut croire que les chefs mandchous n’ont jamais considéré les pères comme des rebelles ni comme des traitres. Pourtant, rappelons-le, malgré 1’étroite surveillance dont ils étaient 1’objet de la part de Zhang, Buglio et Magalhães n’avaient pas été condamnés à mort avant 1’arrivée des Mandchous et ils n’étaient même pas à pro- prement parler au nombre des prisonniers M. Aussi, aux yeux des Mandchous, n etaient-ils pas absolument hors de cause. Mais, dès que ceux-ci surent qu’ils étaient des compagnons du P. Schall, qu’ils étaient venus en Chine, comme lui, pour prêcher la reli¬ gion chrétienne, ils les traitèrent avec bienveillance, et les firent bénéficier d’un régime différent de celui des prisonniers des Mandchous. Le P. Schall lui-même rapporte ce qui suit: « ... tous deux, ayant été amenés au prince [Haoge] qui apprit qu’ils étaient vraiment mes compagnons, furent traités par lui avec une extrê- me bienveillance non point comme des prisonniers de guerre, mais presque comme ses propres compagnons. »17. Si les Mand¬ chous avaient considéré Buglio et Magalhães comme des rebelles, ils est probable qu’ils les auraient immédiatement mis à mort, au lieu de les emmener à Pékin. Dailleurs, pendant tout le voyage les pères jouirent d’une relative liberté. A Xi-An-Fu, le fait qu’ils rejoignirent leurs confrères à 1’Eglise montrait clairement qu’ils étaient des religieux venus en Chine pour prêcher 1’Evangile. 14 Le Père G.H. Dunnc écrit à tort: « Condemned to die, they were saved on January 3, 1647, by the sudden arrival at Hsi chung, in Szechwan, of the advance guard of a Mandchu army.» op. cit., p. 326. 17 Relaíion Historique, p. 194. 67
  • Haoge avait même chargé le vice-roi de protéger les Chrétiens de Xi-An-Fu. En outre, Magalhães rapporte : « Et il lui est arrivé de nous dire que non seulement il ferait en sorte que le P. Buglio et moi nous restions à Pékin, mais aussi qu’il avait 1’intention de persuader son frère le Roi [Shun Zhi] dappeler à sa cour trente pères d’Europe. »18. II n’est donc pas possible que Haoge ait considéré les deux Jésuites comme des traitres. Dailleurs, s’il en avait été ainsi, toute la bienveillance du Prince Haoge naurait pas suffi à obtenir leur libération au Shen-Xi, comme Schall semble le croire. La première lettre écrite par le P. Schall au P. Brancati pour annoncer 1’arrivée des deux pères ne contenait aucune des accusations qu’il allait plus tard porter contre eux, entre autres, qu’ils étaient considérés comme des traitres. A cette occasion Schall écrit tout simplement: II y a dix jours que venant du Si-Chuan sont arrivés ici les deux pères, Guo Shi de Zhang Xian-zhong. Je ne les ai pas encore vus, car ils sont retenus au Li Bu [le Tribunal des Rites], et aussi bien les Tartares que les Chinois m’ont conseillé de ne pas aller les voir avant que le Roi ne soit averti de leur arrivée. J’espère en Dieu que leur affaire tournera bien puisque les Tar¬ tares savent déjà qu’ils sont mes compagnons; et le fait que les étrangers sont rattachés au Li Bu, cela est évident19. En effet, tous les étrangers qui arrivaient à la cour étaient auto- matiquement logés à l'Hôtellerie Royale, le Guang Lu Si qui dépendait du Li Bu. Que Schall ait voulu prendre des précautions et attendre que la situation des deux prisonniers de guerre soit 18 «...e vez ouve em que claramente nos disse que não só avia de fazer que os Padres Luis Buglio e eu ficássemos em Pe Kim, mas que pretendia persuadir a seu irmão Rey, que chamasse 30 Padres de Europa para que todos residissem nesta Corte.» Jap-Sin 127, fl. 35 v. 19 « Ca chegarão os Padres de Suchuen, quei sus do cham hien chum haja dez dias, não os vi ainda por estarem recolhidos no ly pu, e assi Tartaros como Chinas que me aconselhão não os va ver antes de ser el Rey avisado da sua vinda; Espero em Deos que não lhes irá mal seu negocio, pois ja sabem os Tartaros que são meus companheiros, e os estrangeiros claro está que pertencem ao ly pu...» Jap-Sin 142, n° 6, fl. 2. 68
  • devenue plus claire avant d’entrer en contact avec eux semble parfaitement légitime *°. Mais que Schall ait cru devoir les renier dès leur arrivée parce qu’on les lui avait présentés comme des traítres et des rebelles me semble invraisemblable. Buglio et Magalhães étaient loin de penser qu’à la cour on les prenait pour des rebelles et des traítres. Voyant comment se comportait le P. Schall vis-à-vis d’eux, ils commencèrent alors à penser que c’était peut-être de lui que venaient tous leurs ennuis. A la suite des visites que leur rendirent des Chrétiens et Antonio le macaiste en qui Magalhães avait pleine confiance 8\ leurs soup- çons augmentèrent. Aussi décidèrent-ils de lui écrire pour lui reprocher de n etre pas encore venu les voir, alors que rien ne s’y opposait. Ils se plaignirent aussi qu’au lieu de les secourir Schall répandait des nouvelles mensongères sur leur compte. A la suite de cette lettre, le P. Schall conçut, nous rapporte Magalhães une haine farouche à 1 egard des deux pères, et spé- cialement à régard de Magalhães qui 1’avait écrite22. Une lettre de Schall, « Da vinda e tardança dos Padres Luis Bulho, e Gabriel de Magalhaens na corte »23, datée du 16 octobre 1648, confirme 20 Son scrupule est d’autant plus justifiable que d’autres Jésuites soutenaient les partisans des Ming au Sud de la Chine. II est possible que les Mandchous soient au courant, si bien que toute imprudence peut rendre sa loyauté suspecte aux yeux des Mandchous. 21 Antonio, le jeune macaiste qui s’était trouvé au Si-Chuan avec les Pères et qui avait été ramené avec eux à Pékin par les Tartares habitait alors dans la maison de Schall. C’est lui essentiellement qui rapportait à Magalhães tout ce qui se passait chez ce demier. Schall se plaignait que Magalhães lui avait envoyé un «nègre » qui lui reprochait toutes sortes de vilanies devant ses serviteurs et devant beaucoup d'étrangers. (Vaèth, op.cit., p. 259). II n'y a pourtant aucune raison de mettre en doute les renseignements foumis par Antonio à Magalhães puisqu’il avait le courage de reprocher publiquement à Schall ce qu’il rapportait ensuite à Magalhães. Bien súr, il aurait pu se taire et ne rien dire pour éviter d'aviver la que- relle. Mais à cette époque-là, il était jeune et ignorait encore que toutes les vérités ne sont pas bonne à dire. II faut également souligner que 1'insolence de Jin-Xiao, le domestique du P. Schall, n’était pas faite pour calmer son ardeur. 22 Jap-Sin 142, n° 20, fl. 5. 23 Une copie de cette lettre se trouve à la Bibliothèque d'Ajuda, Jesuítas na Asia, 49-V-13®«, ff. 613-616. 69
  • ces premiers reproches déclarés que les deux pères avaient adres- sés au P. Schall. II rapporte que dix-huit jours après 1’arrivée des deux pères, ceux-ci lui écrivirent une bien longue lettre pour lui dire qu’ils ne se trouvaient pas à la cour en tant que crimi¬ neis, et pour lui reprocher de n'être pas allé les voir24. A lire cette lettre pleine d'indignation, il est clair que Schall ne nourris- sait guère daffection pour les deux pères. II n’hésite pas à les accuser davoir accepté les honneurs du Tyran pour vouloir se venger des bonzes qui les avaient persécutés quelque temps auparavant et de s’être habillés en grands mandarins pour se pavaner devant tout le peuple. II les blâme de leur lâcheté, car après avoir vu le Tyran faire mourir tant de gens, ils avaient continué à accepter les honneurs qu'il leur prodiguait. Le P. Buglio, sans doute pour obtenir plus de renseignements ou pour éviter une querelle née de malentendus, alia voir le P. Schall chez lui. Celui-ci, apprenant 1’arrivée du P. Buglio, se fâcha violemment et déclara que le P. Buglio, en venant lui ren- dre visite, allait contre la loi du pays puisque 1’Empereur avait interdit aux deux pères de se rendre à la maison de Schall ainsi qu’à 1’Eglise. Aussi ne voulut-il pas recevoir Buglio; mais finale- ment, pour adoucir le ressentiment de ce dernier, il ordonna à son domestique de raccompagner le père en le faisant passer devant la porte de sa cellule. Ainsi, il pourrait toujours prétendre l’avoir rencontré par hasard, et par conséquent, n'être pas allé à 1’encontre des réglements ! Schall reçut donc Buglio, mais si durement que celui-ci le quitta très affligé et stupéfait de trouver tant d’inhumanité chez un religieux25. A cette occasion, Schall avait agi en effet comme si les deux pères étaient considérés comme des crimineis si bien que cette visite pouvait le compro- mettre. Mais Magalhães prétend quon ne leur avait jamais défendu d’aller ni à 1’Eglise ni à la maison du P. Schall. Schall lui-même affirme dans une lettre datée du 16 octobre 1648 qu'il les avait invités à la maison, et ajoute qu’ils se sont vus fré- quemment2a. 24 23 2« 70 Ibid., fl. 613. Jap-Sin 142, n° 20, fl. 5v. Jesuítas na Asia, 49-V-1391, fl. 164 v.
  • Magalhães rapporte que trois ou quatre mois après leur arrivée à Pékin, les Mandchous voulurent renvoyer les deux pères au Si-Chuan, car ils navaient pas coutume de garder parmi eux des étrangers. Buglio et Magalhães déclarèrent alors qu’ils ne pouvaient rentrer chez eux par cette Province mais que leur route était celle de Jiang-Xi. Cette dernière Province étant alors en rebellion, les Mandchous songèrent à les envoyer à 1’Eglise. Un mandarin mandchou du Li Bu vint parler au P. Schall de ce projet, mais celui-ci prétendit ne pas connaitre les deux pères. Plus tard, trois mandarins chinois du Li Bu lui ayant demandé si les deux pères étaient ses frères, Schall répondit que l’un s’appellait Li (c'est-à-dire Buglio), 1’autre An (c'est-à-dire Maga¬ lhães), et lui-même Tang (le nom chinois de Schall) : ils ne pou¬ vaient donc être frères. Lorsque les mandarins insistèrent pour que Buglio et Magalhães vinssent habiter chez lui, il répondit: « la décision dépend du Roi. »27 Les deux pères expliquent le reniement du P. Schall par le fait qu’il ne voulait pas d’eux pour compagnons dans la même maison. Le P. Buglio, dans sa lettre du 17 mai 1649, adressée au vice-provincial Manuel Dias, écrit notamment: J'avoue à Votre Patemité que depuis plusieurs mois je m'efforce de trouver les motifs [d’une telle conduite], car je ne peux pas me persuader qu'elle soit celle d’un membre de notre Compagnie. La vérité dont je n’ai pu me convaincre, le P. Tri- gault, longtemps avant, 1’avait apprise au P. Furtado (comme celui-ci nous l'a dit lui-même). La raison d’un tel comportement n'était autre que le refus du P. Jean Adam de nous vouloir à la maison. Le P. Jean Adam en est arrivé là après que le P. Fur¬ tado lui écrit de nous destiner aux mathématiques, ce qui n'était pas notre désir. C'est alors qu'il se mit à comploter contre nous, au grand dommage de la Compagnie et scandalisant les Gentils aussi bien que les Chrétiens28. 27 Jap-Sin 142, n° 20, fl. 6v. 28 « Confesso de mim a Vossa Paternidade, que estive alguns meses lutando com migo, pera buscar rejoés [stc], não me podendo persuadir, que ouvesse tal cousa em hum da Companhia. O que eu nunca me podia persuadir, muito antes significou o P. Trigao ao P. Furtado (como o mesmo 71
  • Magalhães, de son côté, rapporte 1’explication que lui a donnée un Chrétien chinois selon qui Schall craignait surtout qu’on ne découvre ses fautes de conduite. Le bruit courrait que Schall avait des rapports sexuels avec son domestique Jin-xiao. Les malentendus entre les pères de Pékin devinrent de plus en plus aigus. Ils se méfiaient les uns des autres. Tout était inter- prété dans le plus mauvais sens. On ne voyait plus qu’intrigues et calomnies. Buglio et Magalhães, souhaitant mettre un terme à cette affaire regrettable, décidèrent de demander 1’intervention du vice-provincial du nord, le P. Furtado, qui se trouvait alors à Shen-Xi. Ils lui écrivirent donc une lettre, le priant de venir à Pékin pour les aider, et aussi pour mettre un frein aux grandes dépenses que faisait Schall, alors que les autres pères mouraient de faim. Sans doute avaient-ils saisi cette occasion pour se plain- dre du P. Schall auprès du vice-provincial Furtado. Ils donnèrent cette lettre au P. Schall pour qu'il la fasse parvenir au P. Fur¬ tado. Mais Schall 1’ouvrit et la lut. II n’essaya pas même de cacher cette indiscrétion, car lorsque Buglio alia à la Maison quelques jours plus tard, il lui reprocha sans détour de lui faire mauvaise réputation. II dit à Buglio : « Vous ne pouvez pas le nier, puisque j’ai ici une lettre ou vous me déshonorez. »29 Schall sexcusera plus tard davoir ouvert cette lettre en alléguant qu’à cette épo- que le P. Furtado n etait plus le vice-provincial du nord, ce qui est une bien piètre excuse ! De Si-Chuan deux « jogues »30, c’est-à-dire, des yoghi, vinrent à Pékin avec les deux pères, puis obtinrent d’être renvoyés aux P. Trigao nos contou) que a causa de tudo isto não era outra, se não que o P. João Adam não nos queria em casa: deu occasião o P. Furtado no principio escrevendo ao P. Joao Adão, que nos applicasse a Matematica: cousa tanto alhea do nosso desejo. De cà se comesou a urdir esta rela [?].... com tanto discredito da Companhia, escandalo assim de gentios, como de Christãos.» Jap-Sin 142, n° 10, fl. 1 v. 29 «Não podem negar, não; aqui tenho as cartas em que me des- honravão.» Jap-Sin 142, n° 20, fl. 7 v. 80 D'après S.R. Delgado, les «jogues » sont des ascètes hindous. On donne généralement ce nom aux pénitents et aux mendiants hindous qui font des pérégrinations. Le fait que Magalhães fasse référence à ces pcr- sonnages ne manque pas d'intérêt car, pour autant qu’on peut le savoir, c'es le seul témoignage que l'on ait, nous prouvant que les «jogues » sont allés jusqu’en Chine. 72
  • Indes. A cette occasion, le P. Schall, toujours selon Magalhães, négociait avec le mandarin du Tribunal des Rites, par 1'intermé- diaire dune tierce personne, pour faire renvoyer les deux pères aux Indes avec les deux yoghi, alléguant que c’était une bonne destination pour eux puisque là-bas ils trouveraient des terres sou- mises à leur Roi, c’est-à-dire le Roi du Portugal. C’est pourquoi les Mandchous ont essayé de persuader Buglio et Magalhães de partir avec les deux yoghi. Mais ils opposèrent un refus, disant que ce n’était pas leur destination, qu’ils ne connaissaient pas cette route, et, en outre, qu’ils seraient obligés, pour s’y rendre, de traverser des régions occupées par les Maures qui leur étaient hostiles. Magalhães qui à cette époque ne voulait plus voir que le pire dans toutes les actions de Schall, prétend que celui-ci, en voulant envoyer les pères sur des chemins dangereux, cherchait uniquement à se débarrasser d’hommes qui avaient été témoins de ses fautes. Ce qui me semble plus proche de la vérité, cest que Schall voulait en savoir davantage sur les possibilités de tracer une itiné- raire terrestre entre la Chine et 1’Europe. Découvrir cette nouvelle voie d’accès était, à cette époque, une des préoccupations des Jésuites. En effet, le voyage par mer était trop couteux en vies humaines, en temps et en énergie. En outre, le trajet entre 1’Inde et la Chine était beaucoup plus dangereux qu’entre 1’Europe et 1’Inde. Les Jésuites voulaient donc trouver une route terrestre plus rapide et plus sure pour relier 1’Europe à l’Extrême-Orient. De plus, on voyait augmenter la puissance maritime des Hollan- dais dans 1’Ocean Indien et dans la mer de Chine. En 1622, ils avaient essayé de prendre Macao, et, 1’année suivante, avaient fait le blocus de Goa. Tout cela rendait plus urgent le besoin de trouver cette route intérieure. Schall, lorsqu’il était à Xi-An-Fu, entre 1627 et 1630, prêta beaucoup d’attention à ce problème. Xi-An-Fu était le point daboutissement des caravanes de l’Asie Centrale31. Schall fit la connaissance de Mirjudin, chef dune caravane, auprès de qui il se renseigna sur la possibilité de trouver cette route intérieure. 81 Tous les cinq ans 1’Empereur de Chine permettait à une grande caravane d’étrangers —et tous les trois ans à une petite— de se rendre de Xi-An-Fu à Pékin en guise d’ambassades qui lui payaient tribut. Xi-An- Fu était le quartier général de ces caravanes. 73
  • En 1629, il donna à ce sujet un rapport très détaillé dont il existe deux copies abrégés dans les Archives des Jésuites à Rome32. Schall décrit en détail la route suivie par les caravanes, mais men- tionne également deux autres routes, l’une vers le nord-ouest de 1’Inde, 1'autre vers le Bengale et passant par l'est du Tibet. Vingt- six ans plus tard, le 18 février 1656, le Général Goswin devait envoyer deux pères, Albert d’Orville et Johann Grueber, pour explorer les routes mentionnées par le P. Schall. Sans doute, entretemps, ni le Général de la Compagnie, ni les supérieurs, ni Schall n’ont totalement oublié ce projet. Schall voulait faire partir Buglio et Magalhães pour les Indes avec les deux yoghi afin de recueillir des renseignements précis sur les possibilités de trouver cet itinéraire intérieur. Pourtant il ne devait pas igno- rer les dangers inhérents à un tel voyage. Remarquons ici que si les deux pères étaient effectivement considérés comme des traitres il ne pouvait être question de les laisser partir. En 1648, quelques jours avant Noél, 1'Empereur qui sapprê- tait à faire élever un temple à ses ancêtres, accorda un pardon général, notamment à tous ceux qui avaient été capturés au cours des guerres ou qui avaient collaboré avec les rebelles. Selon Maga¬ lhães, Schall, à cette occasion, redouta une trop grande bienveil- lance de l’Empereur qui pouvait envoyer les pères habiter sa maison sans lui avoir demandé son approbation. Schall avait conseillé à ses deux confrères de profiter de cette mesure pour demander à l'Empereur de leur pardonner leur collaboration avec le Tyran. Mais les deux pères, pleins de méfiance à legará de Schall, pensaient que celui-ci voulait, par ce moyen, les forcer à se reconnaitre comme des crimineis si bien qu'ils ne tinrent pas compte de cette proposition. Buglio alia voir le P. Schall pour lui parler d’une requête à l’Empereur, dans laquelle il de- manderait d’être envoyé avec Magalhães à 1'Eglise de Pékin ; mais Schall s’y opposa fortement et insista pour que ce soit plutôt à l’Eglise de Shan-Dong. Mais là encore, ils ne voulurent suivre le conseil du P. Schall. D'ailleurs, le P. Michel Trigault, qui se trouvait alors à Pékin, leur déconseilla la Province de Shan-Dong qui était en rébellion; ainsi, une telle demande ne pouvait qu’augmenter les soupçons de la nouvelle dynastie à leur égard. ** Jap-Sin 143, ff. 2-7, 9-19 v. 74
  • Ils décidèrent donc de demander la Maison de Pékin, ou celle de Gan-Zhou [ ±5 ] ou de Xi-An-Fu. La réponse leur arriva bientôt: « Vous êtes de nouveaux venus ; comment pouvez-vous demander daller ici ou là ? Soumettez-vous aux ordres que vous donnera le Tribunal des Rites. »33 A ce propos, le P. Vaêth observe pour sa part que Buglio et Magalhães étaient évidemment empri- sonnés pour trahison puisque ce pardon général d’ou étaient exclus uniquement les parricides et les traitres n’apporta aucune amélioration à 1’état des deux pères. Mais, plus loin, il ajoute : « Si Buglio et Magalhães étaient traités correctement, c’était plu- tôt par considération pour Schall, et aussi parce que, dans les hautes sphères, on ne les considerait pas comme des traitres. Mais on ne pouvait pas les laisser en liberté dans la Capitale, parce que le gouvemement devait tenir compte de 1'opinion des mandarins à un époque ou les combats faisaient encore rage dans tout le pays. »34 II est bien difficile de concilier ces deux affirma- tions, car si les Mandchous avaient considéré les deux Jésuites comme des traitres authentiques au point d etre exclus du par¬ don général, il les auraient emprisonnés au Xing Bu, Tribunal des Crimes, en attendant de les juger et de les condamner à mort. D’ailleurs, il me semble que la question, aux yeux des Mandchous, était plutôt de savoir si on devait garder les deux Jésuites à la cour ou les envoyer à Macao ou ailleurs d’oú ils pourraient rentrer chez eux. Magalhães rapporte qu’après la réponse faite à la requête des deux pères, Schall vint prévenir le P. Trigault, qui sapprêtait à quitter Pékin, que les deux prisonniers ne pourraient venir prendre congé de lui, qu’on avait mis des soldats pour les sur- veiller car les Mandchous commençaient à se méfier d'eux et prétendaient déjà qu’ils voulaient s’enfuir étant donné qu’ils avaient demandé qu’on les envoie à Gan-Zchou ou à Xi-An-Fu. Magalhães explique que Schall avait inventé cette histoire pour que le P. Trigault rapporte au vice-provincial et à d’autres pères *! « Vos sois sin gin [±5], isto he, sois ainda novos, ou vindos de novo jjjf^ no que toca a quererdes ir para este ou para aquelle lugar, ouvi o que vos ordenar o supremo mandarim das Cortezias.» Jap-Sin 142, n° 20, fl. 9 v. •* Vaeth, op. cit., p. 255. 75
  • 1'état dans lequel se trouvaient les deux pères. Le départ du P. Trigault était prévu pour plus tard, mais Schall vint le presser de partir immédiatement, pensant ainsi pouvoir cacher ce départ à Magalhães et Buglio. Mais heureusement pour eux, ils furent prévenus par un Chrétien chinois qui vint leur dire que le P. Trigault allait partir et leur demander daller à la Maison sans tarder pour le rassurer sur leur situation et lui ôter toute affliction **. Mais cette lutte sourde ne pouvait durer plus longtemps. Des deux côtés, on était allé trop loin pour songer à faire la paix. Le 9 mars 1649, la querelle éclata. Magalhães, qui se trouvait dans la Maison de Schall, le pria, en présence du P. Longobardi, d’intervenir en leur faveur auprès des mandarins, surtout auprès de l'un d’eux, son ami, un Ge Lao. Schall lui répondit sévèrement: « Vos Révérences furent des mandarins de ce bandit; vous vous êtes couchés dans la boue, et maintenant vous voulez que je me salisse en me mettant là-dedans pour vous libérer. » 38 A ces mots, frappé de douleur et plein de zèle face à tant de dissimulation chez lui [Schall] qui connaissait pourtant très bien la vérité mais qui, emporté par ses désirs et par une inten- tion diabolique, non seulement ne voulait pas la dire mais encore la cachait pour nous affliger sous des raisons trompeuses et insolentes, je [Magalhães] répondis: «Je sais bien que Votre Révérence peut [nous aider] mais elle ne le désire pas; aussi, je prends Dieu à témoin et vous affirme qu'en cette affaire Son jugement ne peut m’être que favorable37. 35 Jap-Sin 142, n° 20, fl. 9v. 38 Une lettre du P. Schall, datée du 16 octobre 1648 confirme ces paroles: « ... elles se deitarão na lama, e eu sou que os sujei...» Jesuítas na Asia, 49-V-1398, fl. 613. 37 «VsRs forão mandarins daquelle ladrão, deitarãose na lama, et agora querem que eu me suge et metta nella para os livrar... O que eu ouvindo, tocado de dor, et zelo que me causava ver sua dissimulação, et que conhecia elle muito bem a verdade, mas só levado de seus appetites, et intento danado, não só a não confessava, mas ainda com rezoês capea¬ das et insolentes a cobria, et nos magoava, lhe tomei: Pois eu sei muito bem, que VR pode, et que não quer; do que tomo a Deus per testemunha ; et cito a VR para nesta matéria estar comigo a juizo diante da Divina Justiça.» Jap-Sin 142, n° 20, fl. 10. 76
  • Magalhães décrit alors la colère de Schall qui, après l’avoir in- jurié, lui cria de ne plus jamais entrer dans sa maison. Maga¬ lhães avec non moins de véhémence lui répondit: Une fois, vous nous avez injustement défendu d'entrer chez vous; nous vous avions alors obéi car nous ne savions pas encore très clairement ce qui se passait, bien que déjà nous le soupçon- nions. Maintenant, la Maison que Votre Révérence prétend être à elle n’est pas la sienne mais celle de la Compagnie, et quand j’y viens, ce n'est pas chez vous que je vais, mais à la Maison de la Compagnie. Ainsi Votre Révérence ne peut pas m'interdire d'y venir chaque fois que j‘ai à le faire38. Quelques semaines après, le 2 avril, le P. Furtado arriva à Pékin. Malheureusement son arrivée, au lieu de mettre fin au scandale, aggrava plutôt la situation. II semble que dès le début Furtado s’est rangé du côté des deux pères par suite de 1’accueil assez froid que lui avait réservé le P. Schall. Toujours selon Magalhães, 1’arrivée de Furtado avait froissé le P. Schall, car celui-ci naimait pas que l’on sache qu’il avait un supérieur, et aussi parce que la présence d’un père dans sa Maison pouvait limiter ses mouvements et « 1’empêcher de satisfaire ses appé- tits. »39 En effet, 1’animosité entre Furtado et Schall datait de bien avant l’arrivée du pemier. On se souvient que Schall avait essayé d’obtenir la libération des deux pères lorsqu’ils se trou- vaient au Shen-Xi sous la protection de Haoge. Mais Furtado lui avait ordonné de ne pas présenter sa requête sous prétexte que les deux pères préféraient 1’intervention directe de Haoge en leur faveur. A cette occasion, Schall, avec sa franchise habituelle, avait fait savoir à Furtado qu’il avait fait un faux pas. D’après Buglio, Furtado avait en outre écrit au P. Schall de garder les deux pères à Pékin afin de 1’aider dans ses activités scientifiques. 38 « Ja VR huma vez nos prohibio a entrada nesta caza tão injusta¬ mente ; obedecemos então, porque ainda não sabiamos tão claramente; postoque ja o sospeitavamos o que passava; agora nem a caza que VR a boca cheia, diz ser sua, he sua, mas da Companhia; nem eu a ella venho como a couza de VR, mas como a cousa da Companhia; e assi não me pode VR prohibir o vir eu a ella quando et todas as vezes que eu quizer.» Jap-Sin 142, n° 20, fl. 10. 89 Jap-Sin 142, n° 20, fl. 11 v. 77
  • Schall avait sans doute vu dans cette démarche une atteinte à son prestige. II est clair que la présence de Furtado à Pékin avait pour but de porter secours à Buglio et à Magalhães. Schall le prévint qu’il n’était pas correct d’aller voir les deux prisonniers. Mais comme Furtado ne tenait pas compte de ces avertissements, Schall lui envoya des mandarins pour 1’avertir de la véritable situation des deux pères. Toujours selon Magalhães, il lui envoya également Longobardi, à qui Schall faisait croire ce qu’il voulait (Magalhães fait allusion à l’âge très avancé de Longobardi) pour lui dire de rentrer à Shan-Xi, d’oú il était venu, avant que l'Em- pereur et les mandarins ne viennent lui chercher querelle. Mais Furtado continua d'ignorer ces menaces ; Schall prétendit alors qu’un mandarin de Li Bu était venu lui dire que dans sa Maison se trouvait un homme, appellé Fu [*=s], c’est-à-dire le P. Fur¬ tado, qu’il devait immédiatement renvoyer avant qu’ils ne soient traduits tous les deux devant le Tribunal des Crimes. Voyant que Furtado nattachait pas plus d’importance qu’avant à cette seconde menace, Schall appella un Chrétien chi- nois à qui il confiait toujours ses affaires, et lui donna à corriger le brouillon d’une requête qu’il voulut transmettre au mandarin de Li Bu et dans laquelle il demandait de faire chasser le P. Fur¬ tado de la Maison et de la Cour. Mais le Chrétien, devant une si mauvaise action, refusa ses Services au P. Schall. Celui-ci fut donc obligé d'avoir recours à 1’argent pour parvenir à ses fins et suborna un mandarin de deuxième ordre. Celui-ci fit mettre deux Mandchous pour surveiller les deux pères pendant quelques jours, puis convoqua Furtado au Tribunal ou il lui fut ordonné de ne plus rendre visite aux deux prisonniers ; mais le mandarin nosa pas lui dire de quitter Pékin. Pendant ce temps, Schall nadressait la parole ni à Longobardi, ni à Furtado, et ne prenait même pas ses repas avec eux. Le P. Longobardi le confirme dans sa lettre au vice-provincial du 22 mai 1649. Il écrit en effet: « ... il [Schall] a fait je ne sais quel serment de ne pas parler avec lui [Furtado], serment qu’il tient en ne venant pas manger avec nous ... »40 Schall empêchait même qu’on vienne leur rendre 40 «... e mais fez não sei que juramento de não falar com elle, o que guarda, não vindo comer com nosco... » Jap-Sin 142, n° 12, fl. 1 v. 78
  • visite, pensant ainsi que cette sévérité inciterait Furtado à s’en aller de lui-même. II y avait alors à Pékin les pères Longobardi, Furtado, Buglio, Magalhães et Ferrari (celui-ci arriva à la cour le jour même oú Furtado fut convoqué devant le Tribunal). Exaspérés par la con- duite de Schall, ils décidèrent de prendre contre lui les mesures qui s’imposaient. Ainsi, le 20 mai 1649, les cinq pères signèrent une pétition qu'ils adressèrent au vice-provincial et dans laquelle ils lui conseillaient de renvoyer le P. Schall de la Compagnie. On 1’accusait notamment des fautes suivantes : (1) d’avoir agi comme s'il avait été le propriétaire de la Maison et d’avoir fait des dépenses qui surpassaient celles des mandarins ; (2) davoir provoqué du scandale en matière de chasteté, puisque sa bienveillance débordante à régard de son domestique avait fait naitre des soupçons aussi bien chez les Chrétiens que chez les paiens ; (3) d’avoir manqué d'obéissance à ses supérieurs; (4) d’avoir ouvert les lettres des pères, empêchant ainsi ces derniers de s’adresser librement à leus supérieurs ; (5) d’avoir cherché à chasser son supérieur de la cour et d’avoir agi pour qu’on surveille davantage les deux pères; (6) de s’être laissé nommer mandarm*1. Avant de continuer, voyons de plus près 1’accusation portée contre la chasteté du P. Schall. On lui reprochait de s etre com- porté avec son domestique dune façon telle quon supposait 1’existence de rapports sexuels entre eux. Précisons ici que Maga¬ lhães n’avait pas accusé Schall d’homosexualité, mais de causer du scandale en laissant soupçonner qu’il entretenait des relations contre nature avec son domestique. Divers faits venaient étayer cette hypothèse : n’avait-il pas pris son domestique en croupe un soir qu’il rentrait d’un banquet, ce qui est la coutume chez les homosexuels chinois ? Ne traitait-il pas ce domestique comme un 41 Jap-Sin 142, n* 11. 79
  • égal, accédant toujours à ses moindres désirs, attitude contraire à 1’étiquette chinoise ? On rapportait aussi que Jin-xiao, le domes¬ tique, avait osé reprocher à Schall de ne plus vouloir de lui sous prétexte qu’il s’intéressait à un autre. Magalhães, porté sur le commérage, rapporte que le P. Schall avait avoué que Jin-xiao avait eu une fois des rapports sexuels avec un Tian Wen Sheng [*=?], c'est-à-dire un élève de lecole des mathématiques. Soulignons que Magalhães lui-même avoue qu’il prétend seulement avertir les supérieurs de ce qu'il a entendu mais dont il n’a jamais été le témoin. Magalhães mérite d etre blâmé pour avoir donné trop d'importance à des bruits qui favo- risèrent le scandale. Mais Schall n’avait-il pas moins tort pour sa part d’avoir favorisé les rumeurs en accordant une attention démesurée à son domestique. II aurait dú agir avec davantage de prudence, estime le P. Dunne, qui écrit à ce propos : II [Schall] avait laissé peu à peu Pan Jin-xiao, son major- dome, devenir son confident. Ce fut là son point vulnérable. II manqua de discrétion en donnant son avis à Pan sur plusieurs personnes, y compris quelques Jésuites. Le majordome, probable- ment flatté par 1'amitié de Schall, abusa de la confiance du Père. II eut une attitude impertinente envers plus d’un visiteur que Schall avait lui-même critiquée. II essaya même d'imiter le franc- parler naturel de son maitre qui se fit plus d’un ennemi à cause de lui42. Schall alia jusqu’à adopter comme son petit-enfant le fils de son domestique Jin-xiao à qui il donna son propre nom. En se confes- sant avant de mourir, Schall reconnut avoir été trop bienveillant à legará de son domestique. Revenons à la lettre des cinq pères dans laquelle on trouve encore : « On pense que s’il accepte d’abandonner sa charge et de 42 « He [Schall] had allowed P’an Chin-hsiao, his majordomo, to Work his way into the position of a confidant. This proved to be his vulnerable spot. He was indiscreet in freely expressing his opinion about various people, including some of his fellow Jesuits, to P’an. The latter, probably flattered by SchalPs friendship, abused his confidence. His attitude toward more than one visitor about whom Schall had expressed himself critically was impudent. He even attempted to imitate Schall’s natural bluntness of speech. Schall made more than one enemy because of P'an.» Dunne, G.H., opcit., p. 329. 80
  • chasser son domestique, même s’il ne se corrige pas de ses autres fautes, on devra dissimuler [nos autres griefs] jusqu a ce que la Compagnie se trouve des amis à Pékin. »*3 II faut faire en sorte, avant de le punir de ne pas mettre la Mission en danger. Et la lettre se poursuit pour dire que, si on le renvoie, il faudra 1’avertir que dès lors il ne peut plus garder la Maison, car elle appartient à la Compagnie, et s’il n'accepte pas, qu’on l’excommunie. Le P. Schall affirmait en effet, que la maison lui appartenait car tous les biens de la Compagnie avaient été pris par les Mand- chous lorsqu’ils avaient conquis 1’Empire chinois; ainsi, pré- tendait-il, ce qu’il possédait aujourd’hui avait été donné par les Mandchous à lui et non pas à la Compagnie. Longobardi écrit deux jours plus tard au vice-provincial Manuel Dias qu’il serait bon denvoyer ces informations au P. Vi- siteur qui se trouvait alors à Macao. Mais si on ne peut y par- venir par suite des révoltes à Canton, il suffirait au vice-provincial d’envoyer deux lettres aux pères de Pékin, l’une de monition et 1'autre de démission ; et l’on garderait celle de démission pour la donner au P. Schall s’il ne se corrigeait pas **. Schall était sans doute au courant de ce qui se tramait contre lui, et pour comprendre son comportement à venir, il faut savoir qu’il se sentait victime d’un complot et qu’il voulait se défendre en utilisant tous les moyens dont il disposait. Entretemps, Furtado décida d’envoyer Ferrari dans les Pro- vinces du Sud pour informer en détail le vice-provincial de la situation à Pékin et pour savoir comment agir vis-à-vis de Schall **. La réponse du vice-provincial arriva le 2 septembre. Il fallait que le Père supérieur du nord rédige un rapport officiel sur les raisons pour lesquelles le P. Schall devait quitter sa fonction de directeur du Tribunal des Mathématiques ainsi quune liste de ses fautes qu’il enverrait au P. Schall pour qu’il puisse ou se 43 « Julgamos mais in Dno [?] que obedecendo elle em deixar o officio e lançar o moço fora ainda que se não emmende no mais, por agora se dissimula com elle teque a Companhia em Pekim possa acquirir ami¬ gos...» Jap-Sin 142, n° 11, fl. lv. ** Jap-Sin 142, n° 12, fl. 1 v. 45 Longobardi ajoute qu'en partant vers le Sud, le Père Ferrari avait pour mission de trouver 1’argent nécessaire à l’achat d’une maison à Chan-Tong. 81 6
  • défendre ou se corriger. Furtado voulait bien obéir au vice-pro- vincial mais craignait quelque éclat de Ia part du P. Schall qui pouvait facilement lui nuire puisqu’il n’était pas muni de la lettre de démission 1’autorisant à prendre des mesures sévères contre Schall. Le P. Longobardi, confesseur de Schall, lui remit dabord une note qui le priait dabandonner les fonctions qu’il remplis- sait à la cour chinoise et lui fit savoir que le P. Furtado était en train de préparer un rapport officiel à son sujet. Le P. Schall voulut savoir alors ce que Furtado lui reprochait. Furtado croyant que Schall songeait sincèrement à se corriger, lui communiqua, dans la soirée du 12 septembre 1649, la liste des fautes qu’il avait relevées à son encontre. Magalhães, dans sa lettre du 28 décembre 1649, écrit que Furtado n avait donné à Schall que les dix raisons pour lesquelles il devait quitter sa fonction, omettant, pour le moment, la liste des fautes concernant la conduite4®. Mais Schall, qui s'était introduit subrepticement dans la cellule de Furtado pendant que ce dernier disait la messe, avait pu lire la liste des fautes qu'on lui reprochait ainsi que différents rap- ports de Magalhães et de Buglio destinés à renseigner le supérieur du nord sur sa conduite. Schall en avait profité pour dérober une liste des fautes attribuées à son domestique Jin-xiao47. A la lecture de ces documents, Schall songea alors à se débar- rasser de Furtado. Le lendemain, il se rendit chez un mandarin qu’il avait déjà suborné et le gagna à sa cause une seconde fois. Le 14 septembre au matin, ce mandarin envoya à 1’Eglise un inter- prète du Tribunal des Rites qui chassa Furtado avec beaucoup de violence. Heureusement pour lui, il fut recueilli par un Chré- tien chinois, Zhang Plácido. Celui-ci, avec son beau-frère Li Mar- cello, se rendit alors à 1’Eglise pour persuader Schall de rappeller Furtado, car le fait d'avoir chassé son supérieur pouvait être cause de scandale. Mais Schall lui répliqua: « Même si je vis dix mille ans, jamais je ne consentirai à ce qu’il entre dans cette maison. »48 Zhang Plácido voyant qu’il n’y avait pas moyen de convaincre Schall de revenir sur ses paroles, s’emporta contre lui. N'était-il pas plus mauvais que les bonzes puisque jamais 48 Jap-Sin 142, n° 22, f. 7v. 47 Jap-Sin 142, n° 20, fl. 13 v. 48 « Ainda que eu vivo dez mil annos, nunca consentirei que elle mais entre nesta caza,» Jap-Sin 142, n° 20, fl. 14 v. 82
  • un d'entre eux n’avait chassé son supérieur d’une façon aussi ignoble ? Comment pouvait-il encore dire la messe et remplir d’autres ministère tout en commettant des péchés si graves con- tre Dieu ? II prévint le P. Schall que s'il ne rappelait pas Fur¬ tado, tous les Chrétiens viendraient le lendemain protester auprès de lui et si, par la suite il s’obstinait, plus personne nassisterait à sa messe. Schall ne tint pas compte de ces menaces si bien que Zhang Plácido passa à 1’action. Très tôt, un matin, il se mit devant la porte de 1’Eglise pour empêcher les Chrétiens d’aller entendre la messe du P. Schall et tous assistèrent peu après à la messe du P. Longobardi. A la fin de cette messe, ils réclamèrent le P. Schall. A son arrivée tous les Chrétiens s’agenouillèrent et Zhang Plácido, frappant le sol de la tête selon la coutume chinoise, lui demanda de rappeler son supérieur et de renvoyer son domestique qui était à 1’origine de tant de scandale. Après que Zhang Plácido eut fini son discours, dautres Chrétiens s'en prirent à Schall non moins sévèrement. Comment croire que Schall, avec son caractère violent, sar- castique et coléreux, allait supporter en silence ces insultes, ces reproches et ces affronts publics ? II ne voyait en tout cela quune machination de Magalhães, aidé de Furtado, pour dresser les Chrétiens contre lui. Mais ajoutons également que la plupart des vieux Chrétiens à la cour ayant été baptisés depuis assez long- temps c’était vraisemblablement des Chinois convertis avant l’arrivée des Mandchous. Il est donc possible qu’ils aient conçu une cetraine aversion à l’égard de leur père spirituel en le voyant prendre le parti des Mandchous puisqu’il acceptait une charge importante dans leur gouvernement. Magalhães écrit que Schall lui fit dire par Longobardi qu'il navait plus d’égards pour le P. Furtado, le supérieur, ni pour Manuel Dias, le vice-provincial, que s’il voulait, il pourrait nuire à Magalhães, à Buglio, ainsi quaux Chrétiens, Zhang Plácido et Li Marcello, enfin que ce n etait pas correct pour le P. Furtado de rester chez ces deux Chrétiens chinois, et qu'il devait se rendre à Shan-Dong ou dans n'importe quelle autre Province49. <9 Jap-Sin 142, n° 20, fl. 18. 83
  • Schall ne voulait pas reconnaitre le P. Furtado comme son supérieur. Le P. Dunne, pour excuser la conduite de Schall vis-à- vis de Furtado explique : « ... avec la mort du P. Aleni et la nomi- nation comme successeur du P. Manuel Dias, le Général avait supprimé le poste de supérieur du nord. Schall avait sans doute eu connaissance de cette nouvelle, mais pas Furtado.» 00 Cela n’est pas tout à fait conforme à ce que disent, pour leur part, Buglio et Magalhães. Buglio dans sa réponse du 16 avril 1649 au vice- provincial Manuel Dias, écrit en effet: « Le P. Francisco Furtado, supérieur du nord, est arrivé à cette cour le 2 avril; il arriva fort à propos. II a trouvé ici les lettres de Votre Paternité par lesquelles nous avons su qu'il est [nommé] supérieur du nord, car depuis le 7 mars jusquau 2 avril le P. Jean Adam [Schall] ne nous avait pas fait part de cette nomination, ni à nous, ni au P. Longobardi. »61 Magalhães écrit de son côté dans une lettre de 1649 adressée au visiteur : « Les lettres du P. vice-provincial Manuel Dias sont arrivées le 7 mars à cette cour. Et le P. Jean Adam avait caché la nomination au poste de supérieur du P. Francisco Furtado, sans rien dire ni au P. Longobardi, ni à nous jusqu’au 2 avril, jour ou est arrivé le P. Francisco Furtado, supérieur du nord. »62 Dans cette même lettre, Magalhães dit que la lettre du P. Brancati au P. Buglio annonçant la nomination de Manuel Dias comme vice-provincial est arrivée le 27 aoút 1648. On alia prévenir immé- diatement le P. Schall qui n’était pas encore au courant5S. Maga¬ lhães, dans sa lettre du 30 octobre 1649 au visiteur Miguel de Azevedo, écrit que le P. Furtado « a abandonné le titre de vice- 30 Dunne, G.H., op. cit., p. 332. 31 « Aos 2 d’Abril chegou nesta Corte o P. Francisco Furtado, Supe¬ rior do Norte; a sua vinda foi acertadissima, achou aqui as cartas de Vossa Paternidade polas [sic] quaes soubemos ser elle Superior do Norte que desde os 7 de Marzo ate aos 2 de Abril nem a nos, nem ao P. N. Lon¬ gobardi, o P. Jo Adam deu notitia de tal superiorado.» Jap-Sin 142, n° 9, fl. 1. 32 « Chegarão as cartas do Padre Vice Provincial Manuel Dias ao 7 de Março a esta corte. E o Padre João Adão encubrio o superiorado do Padre Francisco Furtado, sem dizer, nem ao Padre Longobardo, nem à nos cousa alguma até os dous de Abril, dia em que chegou o Padre Francisco Fur¬ tado superior do Norte.» Jap-Sin 142, n° 32, fl. 10 v. 33 Jap-Sin 142, n” 32, fl. 5. 84
  • provincial et pris celui de supérieur du nord. »84 Ainsi, dès le 27 aout 1648, on savait à la cour que le P. Manuel Dias était devenu vice-provincial, en remplacement du P. Aleni, vice-pro- vincial du sud, et du P. Furtado, vice-provincial du nord8S. Dautre part, on avait noramé Furtado supérieur du nord. Schall avait appris cette nouvelle le 7 mars, mais ne 1’avait divulguée qu’à 1’arrivée du P. Furtado. Donc, on peut conclure que seulement entre le 27 aoút 1648 et le 7 mars 1649, Schall pouvait à juste titre penser que Furtado n’était plus son supérieur. Mais après le 7 mars, lequivoque étant levée, Schall n'avait plus dexcuse pour se comporter comme il le fit vis-à-vis du P. Furtado sous pré- texte que ce dernier n'était plus son supérieur. De plus, à la cour, le P. Futrado avait toujours été reconnu par les Chrétiens comme supérieur ; et Schall aurait du en tenir compte. Le P. Furtado resta quarante jours dans la maison de Zhang Plácido avant daller se réfugier dans la montagne, à un jour de Pékin, auprès d'un eunuque chrétien. On cacha ce fait au P. Schall qui crut Furtado de retour au Shan-Xi56. II est certain que cette campagne menée par Magalhães con- tre Schall produisit son effet sur les supérieurs et sur les autres pères car, quelques mois plus tard, le vice-provincial envoya Martin Martini à la cour pour « aider le P. Jean Adam dans son apostolat et dans son travail de mathématicien. »87 En fait, on pensait plutôt à faire remplacer Schall par Martini. L’existence de la mission dépendait des connaissances des pères en astro- 54 « Chegou aos dous de Abril a esta corte o Padre Francisco Furtado, que deixou o titulo de Vice Provincial, et tomou o de superior do Norte ... » Jap-Sin 142, n“ 20, fl. 11. 83 Le P. Pfister écrit qu'à partir de 1641 «les difficultés que la con- quête des Tartares apportait à 1’administration, les guerres civiles et la piraterie qui désolaient les provinces, la peste jointe à la famine, forcèrent le visiteur et ses consulteurs à diviser momentanément la vice-province en deux parties. Le P. Furtado resta chargé pendant sept ans de la partie septentrionale, qui comprenait les provinces de Pékin, Chan-si, Chan-tong, Chen-si, Ho-nan et de Se-tch’oan; les autres provinces: Nankin, Fou-kien Hou-koang, Tchè-kiang, Kiang-si, et les deux Koang, furent confiées au P. Aleni. » Pfister, p. 152. 38 Jap-Sin 142, n” 20, fl. 18 v. 31 « Veyo o Padre Martino Martines à esta corte per ordem do Padre Vice Provincial Manuel Dias, para ajudar ao Padre João Adão, assi na Mathematica, como na Christandade.» Jap-Sin 142, n° 22, fl. 2 v. 85
  • nomie, car c’était grâce à elles qu’ils avaient accès à la cour. Bien entendu, le père responsable de cette Science avait un grand pou- voir au sein de la mission. Schall, par son comportement, s'était rendu suspect aux yeux de certains pères, et personne ne doutait qu’il fut responsable, dans une grande mesure, du renvoi de Fur¬ tado. Schall, quant à lui, se doutait bien de la véritable raison pour laquelle Martini se trouvait à la cour. II était persuadé que l’on ferait tout pour le chasser de cette cour et même de la Com- pagnie. C'est pourquoi il se prépara à la lutte. Magalhães écrit que Schall chercha tout d'abord à feindre. Lorsque Martini arriva, il lui fit savoir qu’il abandonnerait la dignité de mandarin et qu’il avait 1’intention de lui confier la cor- rection du calendrier avant de demander aux supérieurs la per- mission de rentrer en Europe *8. Martini crut facilement ces décla- rations de Schall qui étaient conformes aux souhaits des supé¬ rieurs et qui lui permettraient datteindre le but qu'il recherchait. Pourtant, dix-neuf jours après larrivée de Matini, Schall envoya une requête contre les pères dont Magalhães fit une tra- duction annotée qu'il expédia non seulement aux pères de la mission de Chine, mais aussi aux supérieurs de Macao et d'Euro- peB®. Dans cette requête, le P. Schall écrivait à propos de Furtado : Dans la deuxième lune de l'anné présente, un compagnon de la même Loi, le P. Francisco Furtado, venant de la Province de Shan-Xi, est arrivé à la cour. Et parce qu’il n’est pas correct que Francisco Furtado s'y rende en cachette et sans l'ordre du Roi, moi, votre vassal, je le fis savoir au Tribunal des Rites, qui le renvoya rapidement. A propos de Martini, Schall avait écrit: Dans cette même année, le 24 de la dixième lune, un autre compagnon de la même Loi, Martin Martini, est venu des 58 Jap-Sin 142, n" 22, fl. 2 v. 59 C'est là un exemple qui montre combien Magalhães avait aidé le scandale à se répandre, ce que certains Jésuites en Chine lui rcprochèrent d'ailleurs, car de telles querclles ne pouvaient que nuire à la Compagnie. Le Père Dunne, en effet, ne nous rapporte-t-il pas qu'un Dominicain des Philippines, le P. Vittorio Riccio, avait envoyé à Rome, en 1651, un do- cument dans lequel il réclamait que des mesures sévères soient prises con¬ tre le Père Schall. Dunne, G.H., op. cit., p. 336. 86
  • régions du Sud à cette cour. Moi, votre vassal, j’ai en vérité grande crainte que cela ne soit convenable, en ces temps si troublés, considérant que les régions du sud ne sont pas encore en paix, et que les autres Provinces sont encore infestées de voleurs et de rebelles; le dit Martin Martini, même s'il est Européen, n'est pourtant pas venu directement de son pays à cette cour, puisqu'il a déjà habité dans une autre Province, et que maintenant il va et vient [sans autorisation]. Et Schall continuait: Moi, votre vassal, j’ai encore deux compagnons de la même Loi, qui se trouvent à 1’Hôtellerie Royale oú ils rcçoivent de grands bénéfices du Roi qui les nourrit. Ils ont été amenés de la Province de Si-Chuan à la cour par les troupes royales. Moi, votre vassal, je ne sais ce qu'ils ont fait dans cette Province; pour cette raison, je n'ai pas osé leur rendre visite à 1'Hôtellc- rie Royale, et aussi parce que je voulais observer les lois et les règles du Roi. Maintenant mes compagnons de la même Loi qui habitent dans les autres Provinces vont et viennent comme des fourmis à cette cour, je ne connais pas leurs intentions, ni ce qu'ils prétendent y faire, et il ne m’appartient pas de les empê- cher de venir. C'est pourquoi, moi, votre vassal, avec beaucoup d'attention et de soin, j’ose vous faire parvenir cette requête et vous deman- der d'intervenir [pour dire] s'il convient ou non qu'ils viennent, s’il convient qu’ils restent ou s'il faut attendre que toute la Chine soit en paix pour les autoriser ou non à venir80. 80 « § 20 No Prezente anno, na 2.* Lua, Francisco Furtado, meu com¬ panheiro da mesma Ley veyo da Província de Xan si a esta corte. E por¬ que não convinha que Francisco Furtado de si, as escondidas, e sem ordem do Rey, vivesse nesta corte, eu, vosso vassallo, o fiz a saber ao Tribunal das Cortezias, que logo o mandou embora. § 30 Neste mesmo anno, aos 24 da 10.* Lua, outro meu compa¬ nheiro da mesma Ley, Martino Martines, veyo das partes do Sul a esta corte. Eu, vosso vassallo, cudando neste tempo tão emburulhado, e que as partes do Sul ainda não estão em paz, e que as outras Províncias tem ainda muitos ladroês et rebeldes, e que o dito Martino Martines, ainda que he homem de Europa, com tudo não veyo de sua terra a esta corte per caminho direito, mas primeiro morou noutra Província, e agora vay e vem deste modo, na verdade tenho grande receyo, e duvido muito, que não he isto cousa conveniente. § 40 Eu, vosso Vassallo, tenho mais dous companheiros da mesma Ley que estão na Hospedaria Real, onde recebem grandes benefícios do Rey, que os deixou e os sustenta. Elles forão trazidos da Província de Su chuen pella soldadesca real. Eu, vosso vassallo, não sei o que elles 87
  • A la suite de cette requête, le P. Schall et le P. Martini furent convoqués devant le Tribunal des Rites. On demanda à Schall qui était le P. Martin Martini, et si 1’Empereur pouvait 1’employer à quelque chose. Schall repondit: « Un homme qui est venu à la cour de lui-même, en cachette, et qui, de plus, n'est pas un homme de ce royaume, quel emploie peut-on lui donner ? » Le mandarin lui demanda également si Martini était un homme honnête ou non. Schall répondit: « J’ignore s’il est honnête ou pas, car je ne peux pas lire dans son cceur; je sais seulement qu’il n’est bon à rien. » Lorsqu’on demanda à Martin Martini pourquoi il était venu à la cour, Schall sempressa d'intervenir : « Je lui ait fait dire de ne pas venir, mais il n’a pas voulu m’en- tendre. »01 Martini répliqua qu’il était venu seulement à 1’Eglise que la Compagnie avait reçue en héritage de P. Ricci. « Puisque j 'ai ici une maison qui est la mienne autant que celle du P. Schall, pourquoi ce dernier voudrait-il que je n’y entre pas ? » Tout ce dialogue fut rapporté à Magalhães par le macalste Antonio Fer- nandez et un de ses compagnons qui en avaient été les témoins. A la suite de ces intérrogatoires, le Tribunal des Rites, en ce qui concerne 1'affaire de Martini, donna au Régent, le Prince Dorgon, la réponse suivante : Nous avons examiné 1'affaire de Martin Martini qui nous a déclaré: «Au cours du règne précédent, la 16c année du Roi Chong Zheng, à la fc lune, je suis venu habiter la ville de Hang- lá fizerão por isso me não attrevo a ir à Hospedaria Real a visitallos e também porque quero guardar as Leys e regras do Rey. § 50 Agora meus companheiros da mesma Ley que morão nas outras Províncias, vão e vem à formiga a esta corte; e todos querem comigo morar juntamente. Eu, vosso vassallo, não sei o seu intento, nem o que nisto pretendão; e não está em mim impedillos que não venhão. § 60 Por isso eu, vosso vassallo, com muito tento e diligencia, me attrevo a dar este memorial, e pedirvos que deis hum santo talho a este negocio; ordenando se convém que venhão ou não ? Se convém dei- xallos ou não ? Ou esperar que toda a China esteja em paz, e então con- cederlhes que venhão ou não ? » Jap-Sin 142, n° 22, ff. 2 v-3. 61 « Hum homem que veyo à corte per si, et as escondidas, e alem disto, he homem de fora do Reyno, que uzo pode ter?... Que elle seja bom ou mao, como posso eu saber seu coração ? Só sei que não he de prestar... Eu lhe mandei dizer que não entrasse, mas que estivesse fora, porem elle não me quis ouvir.» Jap-Sin 142, n° 22, ff. 5 v-6. 88
  • Zhou. La dynastie actuelle ayant fait appel à Jean Adam Schall pour arranger la nouvelle règle des mathématiques, mon vice- provincial me dit: ‘Martin Martini, vous aussi vous connaissez la nouvelle règle82; allez donc à la cour aider Jean Adam.’ C’est donc pour cette raison que je suis venu à la cour. Si le Roi veut utiliser mes Services, je resterai et j'habiterai ici; s'il ne veut pas, je rentrerai.» Nous avons interrogé Jean Adam qui nous a répondu: « Cet homme n’est pas de ce royaume; on ne peut donc 1'employer.» Comme il nous semble que Martin Martini n'est pas de ce royaume, et qu'il est venu à la cour lui-méme, en cachette, il est difficile de le recevoir et de l'employer. Pour cette raison, nous voulons le faire partir immédiatement *13. La décision du Régent Dorgon fut conforme à cet avis. Ainsi on peut rendre Schall responsable davoir provoqué 1’éloignement des deux pères. Furtado et Martini. Même le P. Vaèth n’a jamais pardonné cela au P. Schall. II écrit à ce propos : « Il est súr que Schall ne fit rien pour protéger les deux pères, qu’il approuva leur éloignement, et qu’il y a vraisemblablement contribué par son opinion indignée. »94 Je crois pouvoir aller plus loin et dire que Schall fut 1’instrument de 1’expulsion du P. Furtado et du renvoie du P. Martini. 62 Le Père Martin Martini avait étudié les mathématiques sous le P. Kircher. Voir Pfister, p. 256. 03 « Examinando nos o negocio de Martino Martines, conforme o que elle mesmo de boca disse, he assi: No Reynado passado aos 16 annos do Rey çum chim, na 6.* lua cheguei a morar a cidade de Ham cheu. Agora porque o presente Reynado uza de João Adão no concerto da nova regra da mathematica, por isso o meu Vice Provincial me disse: Vos Martino Martines também sabeis a regra nova; pello que ide a corte a ajudar a João Adão. E esta he a rezão porque vim a corte. Se o Rey quer uzar de mim, estarei e morarei aqui, se não quer uzar de mim, tornarei ei outra vez para donde vim. E perguntando nos a João Adão, respondeo: Este homem he de fora do Reyno, não tem uzo algum. Pello que conforme a isto, nos parece que como Martino Martines he homem de fora do Reyno, e veyo a corte per si, e as escondidas, he difficultozo recebello e uzar delle, e assi com aperto e pressa he bem que se torne.» Jap-Sin 142, n° 22, p. 5. 84 « Es ist sicher, dass Schall nichts tat, die beiden Patres zu schiitzen, dab er ihre Entfernung billigte und in seiner damals gereizten Stimmung wahrscheinlich dazu beigetragen hat.» Vaeth, op. cit., p. 257. 89
  • Quelles ont été les réactions des autres pères devant cette querelle qui se propageait comme un fléau et risquait de mettre en cause 1’existence même de la mission en Chine ? Malgré les apparences, Schall ne manquait pas de défenseurs. Les trois con- sulteurs du vice-provincial, les pères Gravina, Brancati et Smo- guleski, dans un mémoire de mai 1650eB, on essayé de justifier la position du P. Schall en condamnant Magalhães et Buglio pour avoir donné trop facilement crédit à des propos sans fon- dements tenus par les Chinois. L’expérience qu’avaient ces con- sulteurs de la Chine les avaient rendus méfiants vis-à-vis de ses habitants. Daprès eux, en Inde, on admet qu’il faut le témoignage concordant d’au moins douze indigènes pour qu’un fait soit con- sidéré comme vrai. Avec les Chinois, ajoutaient-ils, il faut prendre beaucoup plus de précautions !88 De plus, ils insistaient sur le fait que les accusations de Magalhães étaient sans valeur étant donné sa partialité. Dautre part, les consulteurs faisaient remarquer que Buglio et Magalhães n’habitaient pas la maison de Schall et que les pères qui avaient habité longtemps avec lui n'avaient rien remarqué de répréhensible dans sa conduite. Ils blâmèrent surtout Magalhães d’avoir porté ses accusa¬ tions non seulement devant les supérieurs, mais aussi devant des frères et même devant des laícs. Les consulteurs prièrent les deux parties de garder désormais le silence. Brancati dans un long mémoire au Général Caraffa, en date du 27 septembre, décrit 1’origine de cette querelle, et arrive à la conclusion que toutes les accusations contre Schall ne sont que purs mensonges ! Plus tard, le P. Smoguleski adressa également un rapport au Général Picco- lomini, daté du 3 juin 1652, dans lequel il innocentait le P. Schall. II suggérait au Général d’éloigner Magalhães de Pékin pour faire cesser la querelle. De son côté, le P. Gravina écrit: «Schall a un caractère très difficile, surtout parce qu’il a été seul trop long- 05 Jap-Sin 142, n° 14. *• « Sinas cum sint in maledictis et mendaciis peiores quam Indi, ut bene novimus omnes, haudquaquam sine vera probatione credendum.» Vaeth, op.cit., p. 260, n. 37. Le P. Brancati était parmi ces missionnaires qui s'opposèrent à 1'ordination des Chinois sous prétexte que ceux-ci étaient pleins de vices et peu fermes. (Voir Bontinck, F., La lutte autour de la liturgie chinoise.... p. 22). Avec une telle opinion des Chinois, il n'est pas surprenant que Brancati n'ait pas eu confiance en leur témoignage. 90
  • temps. Son comportement à l’égard de Furtado et de Martini n’est pas à approuver, mais quant au reste, il est innocent. »67 Dans une lettre confidentielle, datée du 12 décembre 1653, le Général, qui navait encore rien reçu de Schall ni du visiteur, écrit que Schall ne pouvait pas être chassé de la Compagnie, et que si l’on tentait une chose pareille, elle n’aurait aucune valeur68. Le P. Vaéth fait remarquer que les plus hautes instances de Rome n’ont jamais pris au sérieux les plaintes qu'on leur adres- sait, tout comme d’ailleurs les supérieurs résidant en Chine, à 1’exception du P. Furtado. Et quelle a été l’attitude, dans toute cette affaire, du vice- provincial Manuel Dias ? Etant donné sa charge, il adopta une position très prudente. D'une part, il ne resta pas sourd aux accu- sations portées contre Schall par Magalhães, Buglio et Furtado puisqu'il envoya le P. Martin Martini à la cour dans 1’intention de lui faire occuper la place de Schall. Dautre part, à la lettre que lui avaient adressée les cinq pères pour chasser Schall de la Compagnie, Manuel Dias ne donna jamais la suite qu’avaient espérée les cinq plaignants. Le P. Vaèth écrit qu’en 1650 Maga¬ lhães reçut 1'ordre de réparer les torts qu’il avait causés au P. Schall et que le vice-provincial déclara que toutes les plaintes reposaient seulement sur des inventions. Mais la lettre de Smo- guleski datée du 3 juin 1652, semble montrer que le vice-provincial n’a pas été entièrement de 1’avis de ses consulteurs. Smoguleski conseilla au Général Piccolomini de ne pas trop écouter le vice- provincial, celui-ci n’étant plus à la hauteur de sa tâche à cause de son âge et de sa cécité; il fallait croire davantage, disait-il, des pères tels que Brancati et Gravina qui jugent avec impar- tialité la querelle. La lettre de Schall daté du 12 juin 1652 et adressée au Général est encore plus révélatrice. Après avoir accusé Magalhães davoir été 1'instigateur du scandale qui ruinait les missions en Chine, Schall continue : « Malgré cela, non seule¬ ment il [Magalhães] n’est pas mis à l’écart comme la constitution 87 « Schall hat einen sehr schwierigen Charakter, hauptsachlich des- halb, weil er zu lange allein war. Sein Verhaltcn gegen Furtado und Mar¬ tini ist nicht zu billigen. Aber in aliem ubrigen ist er unschuldig.» Vaèth, op.cit., p. 261. 88 ARSI, Lus 3711 (Assist Jusit Epist Gener Soli 1601-1674), fl. 394 v. 91
  • le demande, mais encore, comme s’il avait bien mérité de la patrie, lui qui n’a même pas prononcé son quatrième vceu8S, nos supérieurs tardent à prendre une décision. Et même le vice-pro- vincial Manuel Dias vous a écrit pour vous recommander Maga¬ lhães qui a reçu une réponse favorable pour prononcer son quatrième vceu. » 70 II est bon de rappeller que Manuel Dias était Portugais comme Furtado et Magalhães, les deux plus grands adversaires de Schall, et que les missions de Chine étaient placées sous le patronage de leur pays. Lopinion de Longobardi aurait pu être d'une grande utilité, car il habitait avec Schall, mais, à cette époque, Longobardi était âgé de quatre vingt-dix ans et, comme Magalhães l’a montré plusieurs fois, il n’était pas difficile pour le P. Schall de lui faire croire n’importe quoi. De même, on peut dire qu’il n'était pas plus difficile à Magalhães de gagner à ses vues le bon vieillard. Nous conservons sur ce sujet deux lettres de Longobardi écrites de sa main tremblante. Malheureusement il change dopinion d’une lettre à 1’autre. Dans la première lettre, datée du 22 mai 1649 7l, il épousait le point de vue de Magalhães et de Furtado. II reprochait à Schall davoir péché par désobéissance. N’avait-il pas dit qu’il ne reconnaissait pour supérieurs que Dieu et Saint- Ignace ?72 Dans cette lettre, Longobardi demandait au vice-pro- vincial de faire porter le courrier par un homme sur, en lui demandant de ne pas le donner au concièrge de la Maison de Schall afin que ce dernier ne puisse se 1’approprier7S. 90 Magalhães ne devait prononcer son quatrième voeu que huit ans plus tard. II passa son examen en février 1660. Voir Jap-Sin 162, fl. 55. 70 « ...et auctor eius Magalhaês, non solum non separatur ut consti- tutiones preecipiunt, sed quasi de Republica optime meritus, cum ad pro- fessionem 4 votorum non admitteretur, a nostris superioribus dilatum est, donec sollicitante P. Emmanuele Dias Vprol. epistola Sociorum in eius favorem ad PV scripta, responsum et assensum in 4 votorum professionem referant... » Jap-Sin 142, n° 40, fl. 1 v-2. 71 Jap-Sin 142, n» 12. 72 «... Porque aquelle amigo saido ja fora de sia [sic], diz que não conhece outros superiores senão a Deus e ao Santo Padre Ignatio.» Jap-Sin 142, n» 12, fl. 1 v. n « Somente digo que as cartas de VR he necessário mandarse ca por hum moço fiel e bem entendido, instruindo o que nao dee as cartas ao nosso porteiro, pôr não chegarem as mão do amigo [Schall] que ...?... abrillas, .» Jap-Sin 142, n° 12, fl. 1 v. 92
  • Dans la seconde lettre, datée du 17 aoút 1652 et adressée au P. Brancati pour qu’il la lise au vice-provincial qui était aveugle, Longobardi prend le parti du P. Schall. II demande qu’on ren- voie Buglio et Magalhães de Pékin le plus vite possible car, à la cour, ils avaient contre eux 1’empereur, les mandarins et les prinches mandchous, mais personne pour les aider 74. II raconte comment ces deux pères ont pu construire une maison avec 1’argent que leur avaient donné les Chrétiens de Pékin et dans laquelle se réunissaient les adversaires de Schall. Ceux-ci préten- daient que ce dernier n’avaient pas rempli son devoir. Les Chré¬ tiens ne fréquentaient plus 1’Eglise du P. Schall car ils avaient entendu Buglio et Magalhães dire que les messes célébrées par le P. Schall n'avaient aucune valeur puisqu’il avait été excom- munié pour n’avoir pas observé les commandements 7B. La maison des deux pères, poursuit Longobardi, est située dans un quartier de prostituées. Mais il est vrai, ajoute-t-il, qu’il n'y en avait pas lorsque Buglio et Magalhães avaient acheté le terrain. Ainsi « quel endroit pour prétendre y élever une magnifique église ! »78 De plus, le célèbre pirate Zheng Zhi-long [ *=? ] considéré à la cour comme un rebelle, avait donné de 1’argent pour la construction de cette église 77, ce qui ne pouvait que nuire aux deux pères. Ils s’étaient lancés dans cette entreprise sans avoir consulté Schall et Longobardi78. Longobardi rapporte avoir rendu visite aux deux pères pour leur demander de ne pas répandre des infamies contre un reli- gieux. II affirme qu’en matière de chasteté le P. Schall est abso- lument irréprochable; il était son confesseur depuis quatre ans, et Schall ne 1’avait jamais entretenu d’un pareil sujet. Mais Buglio et Magalhães lui répondirent qu’il est très possible que Schall ait volontairement omis de confesser ce péché-là. Aussi Buglio et Magalhães sont-ils allés jusqu’à accuser Schall davoir menti en confession. Longobardi écrit que Schall, après avoir pris con- naissance de cette accusation, déclara qu’il ne pourrait plus se 74 Jap-Sin 142, n° 29, fl. 1 v. 73 Jap-Sin 142, n° 29, fl. 1. 70 « Pois que lugar he esta pera alevantar a Igreja magnifica que pretendem ? » Jap-Sin 142, n° 29, fl. 1 v. 77 Voir Rougemont, F. de, S.J., Relaçam ... de Império da China, p. 23. 78 Jap-Sin 142, n° 29, fl. 1 v. 93
  • réconcilier avec les deux pòres et que si le Général l’y obligeait, il naccepterait jamais de le faire, dut-il être renvoyé de la Com- pagnie79. II écrit également que les deux pères étaient des captifs, se fondant pour cela sur deux mandats de 1’Empereur. Le premier avait été délivré lorsque les deux pères étaient arrivés à la cour du Si-Chuan; on avait alors voulu les renvoyer de Chine, mais comme ils refusaient, 1’Empereur les avait donnés comme esclaves à un chef tartare80. Le second mandat avait été délivré deux ans et demi plus tard quand le maitre des deux pères, voulant se défaire d’eux, avait invité tous les mandarins du Li Bu à un grand banquet pour leur demander qu’on envoie les deux pères à 1’Eglise de Schall. Mais 1'Empereur n’y consenti pas et les laissa comme esclaves auprès du chef tartare. Longobardi continue sa lettre en disant que le « Régulo » qui avait emmené les deux pères du Si-Chuan à la cour de Pékin (donc le Prince Haoge) avait donné ce deuxième mandat impérial au P. Schall. En outre, même ce Régulo, le seul à être favorable aux deux pères, les appelle hui zhi, c’est-à-dire, des esclaves81 et il parle de Magalhães comme d’un menteur. Une lecture, même rapide, de cette lettre nous montre com- bien Longobardi a pu confondre les événements. Son grand âge en est sans doute la cause. D’abord, c'est seulement deux ans après leur arrivée à la cour, selon Schall, que Buglio et Magalhães ont été livrés comme « esclaves » au chef tartare. Le P. Vaèth écrit qu’ils furent traités néanmoins avec beaucoup de considéra- tion82. Ensuite, le Régulo qui avait amené les deux pères du Si- Chuan, c’est-à-dire le Prince Haoge, était mort depuis longtemps. 79 « Quando o Padre Adamo soube o dito dos Padres, ficou attonito e magoado sobre modo, dizendo se tal conceito formão elles de mim, como posso em toda minha vida ajuntarme com elles em caso que nosso Padre Geral quizesse obrigarme a isso, eu nunca poderei fazello, ainda que me custasse ser dispedido da Companhia.» Jap-Sin 142, n° 29, fl. 1 v. fêHl.tíi 80 Ce chef tartare n‘est autre que Tong Tu-lai [±5], originaire du Liao-Dong. II avait grandement aidé les Mandchous dans leur conquête de la Chine. [ÕJ^. 91 Hui zhi [ ±5 ] veut dire tout simplement « musulman » en Chinois. 82 Vaêth, op. cit., p. 257. La lettre même de Longobardi nous apporte une preuve des égards dont ce « chef tartare » témoigna aux deux Pères puisqu’il les autorisa à construire une maison et une église. Et s’il avait 94
  • car il s'était suicidé peu après son retour à Pékin, comme je l’ai dit plus haut. En effet, les deux pères n’étaient pas devenus des esclaves au sens ou nous 1’entendons généralement. Ils étaient plutôt les servants d'une des bannières, la bannière bleue chinoise, celle de Tong Tu-lai [ *=* ], et ils faisaient partie de la maison de ce der- nier8\ Enfin, si Buglio et Magalhães avaient été réellement des esclaves, de quel droit les supérieurs de la Compagnie auraient-ils pu leur ordonner de quitter Pékin ? En 1653, Manuel Dias envoya Francisco Brancati à Pékin pour enquêter sur la situation. Brancati y resta près de deux mois et fit parvenir un rapport daté du 20 juillet, signé également par Longobardi qui lavait le P. Schall de toute accusation84. II écrit dans ce rapport: Je trouve que les accusations touchant la réputation du P. Jean Adam, profès de la même Société, et supérieur de la maison de Pékin, sont des mensonges, des calomnies proférés par quelques personnes mal intentionnées qui veulent semer 1’ivraie parmi les frères de la Compagnie, et donner libre cours à leurs langues parce qu’ils n’avaient pas atteint les buts par- ticuliers qu’ils espéraient atteindre avec l’aide du P. Schall. J’affirme et certifie qu'en réalité toutes les accusations sont le fruit de 1'imagination et la fantaisie de quelques méchants hom- mes. Même les pères Buglio et Magalhães m’ont dit qu’ils n’avaient pas été les témoins de telles choses chez le P. Jean Adam, mais qu’ils avaient seulement entendu des sottises qui sont, comme je le dis et 1'affirme, des mensonges85. donné une fête en 1'honneur des mandarins ce ne fut sans doute pas pour se débarrasser des deux Pères mais plutôt pour répondre à leur désir qui était d'aller habiter dans 1'église du P. Schall. 83 Voir Lo-Shu Fu, A Documentary Chronicle of Sino-Western Rela- tions, p. 5. 84 Jap-Sin 142, n° 5. 85 « Ich fand, dass alie Beschuldigungen betreffend den Ruf und guten Namen des P. Johann Adam, Professen derselben Gesellschaft und Oberen des Hauses Peking, Liigen und leichtfertiges Gerede (mentiras e aleves) einiger ubelwollenden Menschen waren, die unter Briidem der Gesellschaft Unkraut sãen wollten und der Zunge die Zii gel schiessen liessen, weil sie besondere Absichten, die sie mit Hilfe des P. Johann Adam verwirklichen wollten, nicht erreichten. Durch Gegenwãrtiges beglaubige und bekrãftige ich, dass in Wahrheit alie Beschuldigungen auf Einbildungen und Erfin- 95
  • II ajoute pourtant que Schall aurait intérêt à améliorer son carac- tère. Rappelons également que Brancati avait déjà son opinion sur la question bien avant même de partir pour son voyage qui n avait pour but que de le confirmer dans son jugement et sur- tout d’arrêter la querelle. Brancati s’était toujours montré le plus enthousiaste défenseur de Schall. Les supérieurs, voyant que cette querelle dégénerait peu à peu, cherchèrent surtout à étouffer cette affaire car leur souci primordial était de protéger les mis- sions. Or comme Schall 1’avait si souvent affirmé, le sort de ces missions était lié au travail qu’il accomplissait comme astronome de la cour. On avait trop à craindre si l’on venait à perdre le P. Schall, dautant plus que son prestige ne cessait d'augmenter. En 1651, à la mort du Prince Dorgon, l’Empereur Shun Zhi prit le pouvoir et fit de grandes faveurs au P. Schall. Le 5 octobre 1651, j;^ il reçut le titre de Tong Yi Da Fu [ *=? ]. Ses parents et ses grands- parents furent également anoblis88. En revanche, Manuel Dias n’a jamais voulu écarter les deux pères de Pékin. Le P. Vaéth rapporte que ces derniers retirèrent les accusations les plus graves, mais ne purent pas s’accorder avec le P. Schall. Pourtant on conserve une lettre de Magalhães, écrite dix ans plus tard, dans laquelle il énumère une fois de plus toute les fautes de Schall; malgré le temps, il n’avait rien oublié puisqu’il répétait les mêmes accusations. La visite du Visiteur Simão da Cunha à Pékin en 1659 fut à 1'origine de cette nouvelle attaque. Il avait en effet proposé de nommer le P. Schall supérieur du nord. Magalhães s’opposa énergi- quement à cette initiative et envoya un mémoire au Visiteur dans lequel il faisait état de 31 raisons qui devaient 1’inciter à ne pas nommer Schall à ce poste. Magalhães lui reprochait toujours d’avoir commis des fautes contre la morale, d’avoir manqué à 1’obéissance, de s'être cru propriétaire unique de la maison, d’avoir chassé le P. Furtado, son supérieur, d’avoir écrit un mémoire contre le P. Martini et d’avoir empêché les pères de pouvoir recourir à leurs supérieurs en gardant leurs lettres par devers dungen dieser iibelgesinnten Menschen beruhen. Auch die Patres Ludwig Buglio und Gabriel de Magalhães sagten mir, dass sie nichts Derartiges in P. Johann Adam gesehen, sondern nur auf das albeme Geschwãtz gehõrt hãtten, das, wie ich sage und bekrãftige, Liige und leichtfertiges Gerede ist...» Vaèth, op.cit., p. 262. 86 Relation Historique, p. 210. 96
  • lui. En ce qui concerne la chasteté, Magalhães navait rien retiré et il faisait toujours allusion à la prétendue homosexualité de Schall. II note même que le P. Schall a toujours avec lui à la maison, à la messe, à table et plusieurs fois au lit les deux fils de son domestique. Magalhães voyait d’un mauvais oeil les complaisances de Schall à 1’égard de Jin-xiao, son domestique. II ajoute que celui-ci est devenu mandarin, dignité que Schall a obtenue de 1’Empereur pour lui. Magalhães regrette surtout les folies dépenses de Schall pour Jin-xiao. II rapporte, non sans amertume, que les maisons du domestique étaient contiguès à 1’Eglise. Schall voulant agran- dir le domaine de Jin-xiao, fit construire aux dépens de la com- munauté des maisons plus confortables que celles des pères87. Cette lettre est importante car elle nous révèle 1’attitude de Magalhães à 1'égard du Visiteur. II laisse entendre que ce dernier, Simão da Cunha, n’osait pas s’opposer à Schall, et que, par peur de 1’offenser, il n’osait même pas aller chez Magalhães. Ce der¬ nier avait spécialement demandé au Visiteur de venir le voir pour parler de la nomination de Schall comme supérieur du nord. Mais le départ du Visiteur était proche et il ne vint pas. Dans sa lettre du 18 mai 1660, adressé au Général, Magalhães est beaucoup plus véhément dans ses plaintes contre le Visiteur. II suggère au Général qu’à 1’avenir on choisisse les visiteurs avec plus de précaution et 1’informe que le présent visiteur, Simão da Cunha, a très mal agi en autorisant le P. Schall à continuer doccu- per son poste de directeur du Tribunal des Mathématiques sans avoir consulté au préalable les PP. Buglio et Magalhães88. Le visiteur Cunha, continue Magalhães, essaie d’imposer 1’unité en interdisant qu'on attaque Schall dans son titre de directeur du Tribunal des Mathématiques, et cela pour chercher à se mettre bien avec lui. Et c’est encore pour faire plaisir au P. Schall que le Visiteur veut le nommer supérieur du nord. Enfin, pour le flatter dans sa vanité, il invite le P. Schall à se laisser peindre par le P. Grueber en robe de mandarin80. Magalhães accuse le 87 « Edificou estas casas com grandes gastos e despezas, e com grande perda dos bens da Religião; porque alem do que nellas gastou, occupou c território da Nossa Casa e Igreja.» Jap-Sin 162, fl. 42 v. 88 Jap-Sin 162, fl. 55. 89 Jap-Sin 162, fl. 55 v. 7 97
  • Visiteur de chercher à amadouer le P. Schall en lui offrant des cadeaux ainsi qu’à ses domestiques et en les couvrant de paroles flatteuses. Pour excuser le P. Schall, le Visiteur affirme que Fur¬ tado n etait plus le supérieur à 1’époque ou Schall 1'avait chassé90. Magalhães, au contraire, affirme que Furtado était le supérieur légitime et considéré comme tel par tout le monde. Le Visiteur Simão da Cunha soutenait donc le P. Schall, et c'est lui qui va déléguer Grueber à Rome pour demander quune décision définitive soit prise en ce qui concerne le manda- rinat du P. Schall. Cet appui du Visiteur portugais à la cause du P. Schall s'explique par le fait qu’il n'avait pas oublié que, trois ans plus tôt, Schall avait rendu un grand Service au Por¬ tugal en faisant échouer, à la cour de Pékin, une ambassade hollandaise qui était venue pour tenter d’établir des liens com- merciaux avec la Chine. Si ce droit avait été accordé, il aurait porté un rude coup à l’économie de Macao. Schall, à cette occa- sion, avait prouvé sa fidélité à la cause portugaise et montré 1’étendue de son influence auprès des Mandchous. Mais ce ne fut pas tout. En 1659, plusieurs pères Jésuites, arrivés d’Europe à Macao, cherchaient à entrer en Chine. De plus, le P. Simão da Cunha venait de recevoir de Rome les lettres qui le nommaient visiteur et il ne pouvait pas obtenir 1’autorisation de sortir de 1’Empire pour remplir sa charge. Le P. Schall adressa une requête à 1’Empereur dans laquelle il demandait 1’autorisa- tion de faire venir à la cour quelques pères qui pourraient le remplacer dans les travaux des mathématiques. Cette requête fut acceptée si bien que, le 2 aout 1659, les PP. Grueber et Diestel purent gagner Pékin01. En outre, le Visiteur Cunha put se rendre à Macao aux frais du trésor public. « Le 15 juin 1659, de Macao, le P. da Cunha raconta au Général de la Compagnie les résultats de cette heureuse intervention du P. Schall. » 92 C’est pourquoi il nest pas surprenant que le Visiteur ait voulu le ménager. Essayons maintenant d’y voir plus clair dans la querelle qui opposa Schall et Magalhães, querelle qui dérangea 1’existence de plusieurs personnes. Schall était violent, impatient, intolérant et 90 Jap-Sin 162, fl. 55 v. 91 Relation Historique, p. 400. 92 Relation Historique, p. 400, n. 2. 98
  • ce côté de son caractère se heurta dramatiquement à la suscepti- bilité de Magalhães. Une fois née 1’antipathie entre les deux hom- mes, leurs relations ne purent que devenir de plus en plus mau- vaises. Magalhães jugeait trop rapidement les gens à qui il avait affaire; il ne voyait que le bon ou le mauvais côté des gens et rarement les nuances qui existent entre les deux. Il ne lui fallut pas longtemps pour se convaincre que le P. Schall n’était quun menteur, un tricheur, un traitre, enfin, le « fils ingrat et déjà dégénéré de 1’esprit de son saint Père [François Xavier] »®s et qu’il était « si aveugle et perverti que la lumière lui semble des ténébres. » 94 Schall, de son côté, soit par orgueil, soit par vanité, soit par entêtement, n’avait rien fait pour modifier les premières impres- sions de Magalhães ni pour arriver à une bonne entente. Le fait que Schall avait aussi indisposé contre lui-même le P. Buglio ne parle pas en sa faveur. Magalhães fut choqué de trouver une si mauvaise conduite chez un autre Jésuite auprès de qui il comptait trouver protection, amour fraternel et loyauté complète. Et il blâma le mandarinat du P. Schall qui lui avait valu une telle dé- chéance. Il pensait que ce haut poste avait gonflé le père et lui fait perdre toute humilité chrétienne. Effectivement, le P. Schall qui avait vécu si longtemps à Pékin, presque seul, avait développé davantage son esprit d’in- dépendance. Il était devenu pénible pour lui de se soumettre à la discipline qu'exigeait la Compagnie. Schall avait sous ses ordres un grand nombre des mandarins et d etudiants ; et 1’étiquette de la hiérarchie chinoise était si rigide qu’il pouvait difficilement faire coexister son état de religieux, avec les vceux de pauvreté et d’obéissance, et celui de grand mandarin de la Chine. Le P. Schall se sentait en quelque sorte 1'obligé de son Em- pereur mandchou et lui devait fidélité en tant que son mandarin. Une fois, rapporte Magalhães, il avait dit au macaiste Antonio Fernandez qu’il « estimait et préférait davantage garder les lois du Roi barbare et palen que les lois et les règles de la Compa- 93 «...como filho ingrato e ja degenerado do spirito de seu santo Pay... » Jap-Sin 142, n° 22, fl. 6v. ®« « Tão cego e transtornado está, que a luz lhe parecem trevas ? » Jap-Sin 142, n° 22, fl. 4v. 99
  • gnie. »95 Magalhães rapporte encore quune autrefois Schall lui avait reproché ainsi qu’à Buglio d etre des lâches, ajoutant qu’ils auraient díi défendre Zhang Xian-zhong jusqu'à la mort plutôt que de fuir et de se rendre aux troupes mandchoues. « Moi oui, » ajouta-t-il « jai une dignité d'Allemand, et je reconnais le Tartare pour mon Roi et mon Seigneur. Qu'il me le commande ou même s’il ne le fait, si 1'occasion se présente, je mourrai pour lui. »98 Sans doute le P. Schall croyait au code chevaleresque de la fidélité. II avait, par exemple, raconté 1'histoire d’un homme qui avait fait un pacte avec le diable selon lequel ce demier le servirait pendant toute sa vie en échange de son âme (Faust). Mais à 1’heure de sa mort, un prêtre 1’exhorta à revenir à Dieu. Faust refusa car le Diable 1’avait servi fidèlement et s’il venait à changer davis, il aurait manqué de parole. Magalhães rapporte la morale de cette histoire, selon le P. Schall: « Oui, c’est ça la fidélité pour nous, Allemands ; même au Diable nous sommes fidèles.»97 Une autrefois il avait répondu à Antonio Fernandez : « Quel est le commandement le plus important et lequel doit-on garder, celui de la Compagnie ou celui du Roi ? Eh bien, sachez qu'ici on doit garder celui du Roi, puisque je suis son mandarin. »98 Et Magalhães rapporte encore, non sans malice, que le P. Schall avait dit au P. Trigault que si le P. Francisco Sambiasi, partisan des Ming, venait à cette cour, il lui ferait couper la tête99. Il voulait signifier par là que Schall était plus loyal à son nouveau maítre, l’Empereur mandchou, qu'à ses compagnons Jésuites. 9S « Que mais estimava e mais queria guardar as leys do Rey barbaro e gentio, que as leys e regras da Companhia.» Jap-Sin 142, n° 22, fl. 4 v. 90 « Eu si, accrescentou, que tenho brios de Alemão, que conheço ao Tartaro por meu Rey e meu Senhor. O qual não só se me mandar, mas ainda que me não mande, se ouver occasião, ei de morrer por elle.» Jap-Sin 142, n° 20, fl. 5v. 97 « Isto sim, esta he a fidelidade dos nossos Alemaês, que ainda ao mesmo demonio são tão fieis.» Jap-Sin 142, n° 32, fl. 7. 98 « Qual he maior ordem, et qual se deve guardar, a da Companhia, ou a do Rey ? Pois sabei, que aqui se ha se guardar a do Rey, pois eu sou seu mandarim ... » Jap-Sin 142, n° 20, fl. 5 v. 99 «... que se o Padre Francisco Sambiasi viesse a esta corte lhe avia de fazer cortar a cabeça.» Jap-Sin 142, n° 22, fl. 4. 100
  • Le P. Schall justifiait sa conduite en croyant que la meilleure façon de faire progresser les missions en Chine, c’était de cultiver 1’amitié et par conséquent de gagner la protection des mandarins et de 1’Empereur. Et c’était son rôle, à lui. Si Schall avait profité de son haut poste pour protéger les PP. Buglio et Magalhães lors de leur arrivée à la cour, ils se seraient sans doute fait une autre idée de sa charge qu’ils auraient reconnue comme étant un bienfait et non pas une malédiction. Malheureusement, cette querelle ne se limita pas à des atta- ques d'ordre personnel, mais s’étendit dune façon plus grave et plus gênante à un autre domaine: 1’édition du calendrier chi- nois. Pour pouvoir exercer leur apostolat et se maintenir à Pékin, les Jésuites furent dès le début obligés de s’adonner aux mathé- matiques et de corriger 1’astronomie chinoise. La publication annuelle du calendrier était 1’une des plus importantes fonctions du gouvernement, cela parce que la Chine confucéenne croyait que la vie humaine devait s’accorder sur terre avec les phéno- mènes célestes. On s’adonnait en Chine, depuis toujours, à l’étude de 1'astronomie; mais, à l’arrivée des Mandchous, cette Science avait si peu évolué qu’on y trouvait beaucoup derreurs, spéciale- ment dans les règles de calcul des éclipses. Au début de la dynas- tie mongole (Yuan), on avait introduit les mathématiques arabes. Les astronomes arabes continuèrent à occuper une place d’hon- neur pendant la dynastie Ming (1368-1644), et ils faisaient encore partie du Tribunal des Mathématique à 1 epoque ou les Jésuites semployaient déjà à corriger le calendrier. Mais, selon Schall, leurs calculs étaient aussi inexacts que ceux des Chinois. II arriva quen 1629 le Tribunal des Mathématiques se trompa dans 1’annonce d’une éclipse de soleil. C’était considéré comme une faute très grave, et le président du Tribunal fut immédiate- ment averti. Les mathématiciens se justifièrent en avouant qu’ils avaient scrupuleusement suivi les règles du calcul chinois. Le Docteur Xu Guang-qi, considéré comme le pilier des missions en Chine, était à cette époque l'un des présidents du Tribunal des Rites, auquel était rattaché le Tribunal des Mathématiques. In songea aussitôt à profiter de cette occasion pour affermir les mis¬ sions. Comme il avait constaté que cette éclipse de soleil avait été prédite avec exactitude par le P. Jean Terrentius, il le fit savoir à 1’Empereur en ajoutant que les règles du calcul chinois étaient erronées et qu’on devait corriger l’astronomie avec 1’aide 101
  • des Européens. Dès que 1’Empereur y consenti, le Docteur Xu et le P. Terrentius commencèrent à rectifier les erreurs de 1’astro- nomie. Mais à peine ce père s etait-il mis au travail que la mort vint le surprendre; c’était le 13 mai 1630. Son ceuvre fut reprise par le P. Schall et le P. Rho. Les deux hommes travaillèrent avec discrétion, sans rencontrer d'obstacles. Dès qu’on eut vent de leurs recherches, des jalousies se firent jour, des critiques et des oppo- sitions naquirent. Tant que le Docteur Xu protégea les deux Jé- suites les cabales n’allèrent pas loin. Mais il mourut le 8 novem- bre 1633, et sa disparition fut une grande perte pour la Compagnie. Un autre Chinois, Li Tian-jing [±?], succéda au Docteur Xu. Schall lui reprochait d etre trop « amateur de la paix »10°. Sa timidité favorisa de nouvelles attaques de la part des adversaires des Jésuites qui s’étaient groupés autour d’un vieillard appelé Wei Gong [ ±5 ]101. Celui-ci profita du fait qu’il avait été autrefois le maitre de Li Tian-jing pour prendre 1’offensive. Li céda sous cette pression et présenta une supplique à 1’Empereur dans la- quelle il demandait la permission pour Wei Gong de créer sa propre école de mathématiques. Cette démarche fut à 1'origine de nouveaux déboires pour les Jésuites car cette académie, une fois fondée, devint le centre d’oú partirent les intrigues contre les pères mathématiciens. La mort du P. Rho, survenue le 26 avril 1638, laissa Schall tout seul pour s’occuper de la réforme de 1'astronomie. Il dut continuer la lutte contre d’autres adversaires qui, poussés par la jalousie et la haine, attaquèrent non seulement la Science euro- péenne, mais aussi le Christianisme, aidés en cela par les bonzes. II eut également à se méfier d’une des sections du Tribunal des Mathématiques formée uniquement d'eunuques102, et dont la tâche était d’observer les phénomènes célestes et d’en informer tout de suite 1’Empereur. Ces eunuques favorisaient les adversai- 100 Relation Historique, p. 26. 101 Wei Wen-kui [ ]. 102 A la fin de la dynastie Ming, le pouvoir des eunuques avait atteint son paroxysme. II y avait alors plusieurs bureaux à 1’intérieur du palais contrôlés uniquement par les eunuques. Ils furent envoyés dans tout 1’empire pour commander les troupes, surveiller la rentrée des impôts et assurer d’autres responsabilités aussi importantes. 102
  • res des Jésuites, et comme ils étaient les seuls à pouvoir aborder 1’Empereur directement, il leur était facile de le rendre hostile à 1’astronomie européenne. Plus gênant encore pour Schall était cette quatrième division du Tribunal des Mathématiques qui était le bureau des Mahomé- tans, le Hui Hui Ke [*5]. Les astronomes musulmans en vou- [5J[nj|$|. laient à Schall de les avoir évincés, et ils ne cessèrent de cri- tiquer violemment les mathématiques européennes. Toutes ces intrigues devaient continuer jusqu’à la fin de la dynastie Ming. Si Schall a pu faire face à toutes ces attaques, ce fut grâce à la supériorité de ses calculs astronomiques. C’est sous la dynastie mandchoue qu’il termina ses correc- tions, et, le 30 novembre 1644, il put offrir au premier Empereur mandchou le nouveau calendrier. La nouvelle dynastie accueillit Schall à bras ouverts. II nous signale que les Mandchous ont tou- jours eu beaucoup d egard pour les astronomes, et avant même d’être les maítres de la Chine, ils avaient déjà entendu parler de Schall. Rien de plus naturel, donc, de voir Schall accéder aux plus grands honneurs sous cette dynastie étrangère. Celle-ci n’avait pas les préjugés des Chinois qui voyaient en Schall comme un affront à leur prestige national. Si 1’autre dynastie étrangère, celle des Mongols, avait adopté Tastronomie arabe, les Mandchous vont adopter celle des Européens. Dorgon, le Régent, ne perdit pas de temps. Il nomma Schall directeur du Tribunal des Mathé¬ matiques, Jin Tian Jian Jian Zheng. Mais Schall qui avait quelques scrupules à recevoir un titre qui était contraire à son état religieux, ne voulut pas accepter cette dignité. Il écrit à ce propos : S’il est de notre profession de n'accepter aucune dignité, toutefois cette présidence, en tant qu’occupation purement litté- raire, est permise même en Europe à la Compagnie: témoin les Académies qui, avec, tous leurs privilèges et juridictions, sont sous la dépendance de notre Compagnie, leur Recteurs Magnifiques 1'emportent par plusieurs points en dignité sur cette présidence. Pourtant, à cause de cette apparence même de dignité et des insignes de magistrat qu'elle comporte, je résolus de la refuser absolument. A deux ou trois reprises je m’en excusai dans une supplique que je présentai, prétextant ma profession religieuse et alléguant mon insuffisance. Ce fut inutile, et l’em- pereur commençait à se fâcher en cherchant la cause d’un refus si opiniâtre. Aussi notre Supérieur général, redoutant de voir 103
  • 1’empereur soupçonner quelque mauvaise intention, m'ordonna d'accepter non seulement la dignité mais aussi toutes ses char- ges, corame de se présenter au palais aux jours déterminés avec tous les présidents des autres tribunaux, de présider chaque jour le tribunal pour 1'expédition des affaires, de porter les insignes de mon office et le reste. II affirmait prendre sur lui entière- ment cette affaire de la dignité, et il me demandait de me con- former uniquement à la volonté impériale10S. L’Empereur dispensa le P. Schall de toutes les charges de la cour en raison de ses devoirs religieux. Cette nomination apporta aux missions des bénéfices excep- tionnels. Mais en dépit de cet avantage, il se trouva des Jésuites qui napprouvèrent pas tout à fait la présence de Schall à ce poste. Le P. Aleni, vice-provincial du sud, fut le premier à expri- mer des doutes dont il fit part au P. Furtado, vice-provincial du nord. Peu après, Aleni envoya une lettre au P. Schall pour lui faire savoir que la publication du nouveau calendrier avait causé un certain scandale parmi les Chrétiens, et même chez les pères, parce que ce calendrier comprenait une partie qui traitait des jours fastes et néfastes, ce dont Schall en tant que directeur du Tribunal des Mathématiques était directement responsable. Le P. Furtado qui avait ordonné à Schall d’accepter la charge, se justifia dans une lettre adressée de Shan-Xi au P. Visiteur le 25 octobre 1648. Furtado affirmait que Schall avait refusé à maintes reprises la présidence du Tribunal des Mathématiques. Mais 1’Empereur qui ne voulait pas accepter ce refus avait commencé à perdre patience. Le P. Furtado, craignant quelque suite fâcheuse pour les missions, obligea donc le P. Schall à accepter. Mais pour éviter le scandale, on avait mentionné à la fin du calendrier que le P. Schall n’était responsable que des règles du calcul. Schall avait en outre écrit un livre ou il expliquait que la nouvelle règle européenne ne traitait que des mouvements célestes et ne soccu- pait pas des superstitions attachées au calendrier. Furtado expli¬ quait qu’on avait tiré ce livre à de nombreux exemplaires qui avaient été répandus dans toutes les Provinces ou il était aussi connu que le calendrier. « A celui qui ne se contente pas de cette solution, » ajoutait Furtado, « je réponds que si on peut étouffer un scandale par un moyen qui n’en fait pas naitre un autre, il ,os Relation Historique, p. 156. 104
  • faut chercher à 1'étouffer; mais si on ne peut y parvenir quau prix d’un autre scandale et d’un péché plus grave, on ne doit pas dans ce cas utiliser ce moyen, mais on doit plutôt essayer de le dissimuler. »104 Ainsi, « beaucoup de princes dissimulent leurs péchés pour en éviter d'autres plus grands encore. »105 A la fin de cette lettre, suit une note du P. Longobardi, datée de Pékin, le 7 juin 1652, qui explique que le P. Schall avait transcrit cette réponse du P. Furtado concernant le calendrier chinois et que Longobardi lui-même avait vérifié que chaque mot correspondait à la lettre originale du P. FurtadoI08. Cette question semblait donc réglée lorsque Magalhães, un an plus tard, remit la question sur le tapis. Dans un rapport long et détaillé (il comprenait 38 pages in-folio dune écriture serrée) daté du 6 septembre 1649107, il exposait son point de vue, et donnait dix motifs selon lesquels Schall devait renoncer à sa charge. Dabord, disait-il en substance, un membre profès de la Compagnie de Jésus n’a pas le droit, en vertu de son quatrième voeu, d’accepter des dignités ecclésiastiques ou séculaires ; de plus, le fait d etre directeur du Tribunal des Mathématiques rendait le P. Schall responsable de pratiques superstitieuses. Magalhães essaya de prouver que non seulement le calendrier mais aussi le Tribunal des Mathématiques traitaient de la superstition. Il accusa Schall de s etre rendu maintes fois coupable de pratiques superstitieuses, et que sa charge l’y obligeait très souvent. Ce qui nous surprend, c’est que Magalhães avait déjà réussi à convaincre le P. Furtado de 1’illégalité de cette présidence puis- que ce dernier avait officiellement approuvé ce document. Une semaine plus tard, le soir du 12 septembre 1649, Furtado remit à Schall un document qui contenait dix arguments 1’invitant à 104 « A quem com isto não se contentar, respondo que quando o escân¬ dalo se pode tirar por meyo de que se não siga outro escandalo ou peccado mayor, devo procurar tiralo por esse tal meyo; mas quando não he tiravel se não por meyo de que provavelmente pode resultar mayor escandalo ou peccado, em tal caso não posso nem devo tiralo, antes devo dissimular com elle.» Jap-Sin 142, n° 8, fl. 1 v. 105 «... como se ve em muitas couzas em ambas as Respublicas Eccle- siastica e secular, em que os Príncipes dissimulão com muitos peccados pera evitar outros maiores,» Jap-Sin 142, n° 8, fl. 2. 108 Jap-Sin 142, n° 8, fl. 3 v. i»’ Jap-Sin 142, n° 14. 105
  • donner sa démission10®. Ce document n’était rien d'autre que la liste officiellement dressée par Furtado selon les ordres du vice- provincial Manuel Dias et qui allait avoir pour conséquence de pousser Schall à chasser Furtado de Pékin comme je l'ai signalé précédemment. Les dix arguments de ce document ne diffèrent guère de ceux exposés par Magalhães dans son rapport. Rien de surprenant à cela puisque la graphie de ce document nest pas celle de Furtado mais celle de Magalhães. II était dit également dans ce document que le vice-provincial Manuel Dias et neuf autres pères de la Compagnie estimaient que le P. Schall devait quitter sa charge. Mais ce n’était pas tout à fait conforme à la réalité puisque le vice-provincial, on le sait, en réponse à la lettre des cinq pères, avait seulement ordonné à Furtado d’envoyer à Schall un rapport officiel sur ses fautes afin qu’il puisse se défendre ou se corriger. L’attitude du P. Furtado nous montre qu’au problème posé par le calendrier chinois venaient se mêler des rancunes person- nelles, ce qui ne simplifiait pas la recherche d’une solution. Cétait en outre un problème d'autant plus difficile à régler qu’il méritait d etre examiné avec le plus grand soin. Furtado n’ignorait pas que la présidence du Tribunal des Mathématiques allait faire naitre des doutes chez les Chrétiens chinois et chez les pères. Aussi avait-il voulu écarter ces doutes en publiant le livre dans lequel Schall déclarait ne s’occuper que de la partie scientifique du calen¬ drier ; mais il savait à 1’avance que cela ne suffirait pas. Sa déci- sion fut prise uniquement en considération du bien des missions. Mais les circonstances changèrent, et Furtado en vint à se méfier de Schall en qui il ne voyait plus un protecteur mais plutôt un ennemi des missions. Schall n’avait-il pas essayé d’éloigner de la cour les deux pères, Buglio et Magalhães, et son attitude vis-à-vis de Furtado lui-même n’était-elle pas désagréable à 1'extrême ? A ses yeux, il était sans doute préférable de courir le risque de déplaire à 1’Empereur plutôt que de confier 1’avenir des missions à un homme qui leur était hostile. A la lumière de ces éléments, 1’attitude de Furtado nous devient compréhensible. 108 Jap-Sin, 142, n° 16. 106
  • Magalhães observe que la charge de Schall 1’obligea très souvent à participer directement aux pratiques superstitieuses des Mandchous car le Tribunal des Rites avant de se lancer dans une affaire, demanda toujours 1’avis de Schall en tant que directeur du Tribunal des Mathématiques, pour savoir si le jour désigné était propice ou non. On lui demanda, par exemple, quel était le jour favorable pour entreprendre la construction du Temple des Ancêtres impériaux, le Tai Miao, quand on devait offrir des sacri- fices, etc.... A toutes ces demandes, Schall devait donner une réponse. De plus, les Mandchous, prenant Schall pour un astro- logue, 1’interrogeaient toujours sur leur destin pour savoir, par exemple, s'ils allaient mourir à la guerre ou réussir leurs exa- mens, etc.... Magalhães reprocha sévèrement à Schall dencou- rager ces superstitions en y collaborant. II est vrai que parfois Schall s’en servait pour atteindre des buts honorables. II ne le nie pas lui-même. En effet, à la fin de 1’année 1649 Dorgon qui voyait son pouvoir s’accroitre de plus en plus, voulut construire pour sa propre gloire une nouvelle ville, et pour cela, il imposa au peuple de nouveaux impôts et de nouvelles charges. Aucun mandarin n’était favorable à ce pro- jet qui pouvait faire naitre une opposition dans le peuple chinois et mettre en danger 1’Empire à peine conquis. Mais personne n’osa s'opposer ouvertement à Dorgon. Schall décida alors d’inter- venir. « C’est pourquoi moi seul » écrit-il « ému par ce danger et touché de compassion pour les malheurs du peuple, je pris cette affaire sur moi, sans oser cependant donner ces raisons, mais en alléguant dautres motifs suivant 1’aspect du ciei et de la terre. Je lui envoyai un mémorial pour commencer à lui persuader de ne pas poursuivre son oeuvre, car il 1’avait déjà commencée, et les édiles aussi bien que les préfets, s'en occupaient activement. On dit qu’à la lecture de ma supplique il s’emporta brusquement et prononça ces mots : ' Pourquoi celui-là seul me fait-il opposi¬ tion ?' Un des sénateurs présents lui aurait répondu : ' Seigneur, c’est par office et selon son droit qu’il s’exprime, il ne semble pas en dépasser les bornes et, si on ne lui accorde aucune créance, à 1'avenir il ne voudra plus rien dire. ’ A ces mots il commença à se calmer peu à peu et à réfléchir sérieusement sur cette ques- tion, puis le lendemain il me convoqua au palais pour me faire dire que ‘ c’était mon devoir de lui faire ces observations et qu'il n’y avait aucune faute de ma part; c'est pourquoi il renon- 107
  • çait à la construction de la ville. ’ En même temps, il envoyait des ordres pour arrêter les travaux et renvoyer tous les ouvriers. »109 En 1653, lorsque 1’Empereur Shun Zhi chassa 1’impératrice pour tomber dans les bras dune concubine, Schall décida, pour le biens de 1’Empereur, d’inventer une divination pour 1’avertir de se méfier des femmes, sinon de grands désastres pourraient se produire110. Des démarches de ce genre, malgré les bonnes intentions quelle recouvrait, excitèrent encore plus la critique contre Schall. Mais Schall, fier et obstiné, n’était pas disposé à abandonner une ceuvre à laquelle il avait consacré tant d'efforts et pour laquelle il avait du subir tant dattaques. Aussi s’engageat-il dans la lutte pour se défendre. Dans une lettre datée du 4 novembre 1649 et adressée aux consulteurs, il expliqua sa position et jus- tifia son titre. Les trois consulteurs, Gravina, Smoguleski et Bran- cati prirent le parti de Schall. Ils pensaient en effet qu’il pouvait exercer sa fonction et garder la présidence sans aucun scrupule, car cette charge n etait en rien contraire aux canons de la Com- pagnie. Brancati fut le plus éloquent défenseur de Schall, et il adressa plusieurs lettres au Général de la Compagnie pour le disculper. Ainsi, les Jésuites se trouvaient divisés en deux champs : dune part Magalhães, soutenu par Buglio, Trigault, Longobardi, Ferrari, Le Fèvre et Ignacio da Costa,n, dautre part Schall et ses défenseurs, les pères Gravina, Smoguleski, Brancati, et plus tard le P. Martini. Schall voyant la faiblesse de sa position, rédigea un long mémoire, la grande apologie, qui fasait front aux attaques de Magalhães. II 1’acheva le 7 mars 1652 et 1’envoya au Général Picco- limini. Schall n'admettait pas que celui qui avait le titre de direc- teur du Tribunal des Mathématiques fut tenu pour responsable des prétendues superstitions contenues dans le calendrier. De plus, ces pratiques superstitieuses n'étaient en effet qu’une tra- dition et ceux qui s’occupaient de la partie traitant des jours fastes et néfastes ne faisaient rien dautre que reprendre une 109 Relation Historique, p. 190. 110 Rosso, A.S., Apostolic Legations to China..., p. 116. 111 Le P. Aleni mourut en 1649, et le P. Furtado quatre ans plus tard, en 1653. 108
  • coutume millénaire. Schall ne voulait même pas admettre que le Tribunal des Mathématiques pratiquait la divination. Mais ici, Schall est allé trop loin dans sa défense car le choix des jours fastes et néfastes qui fasait partie des tâches du Tribunal était sans aucun doute fondé sur des superstitions très profondes et n etait pas le respect d’une vieille tradition comme le laisse enten- dre le P. Schall. Le P. Dunne, à ce propos, écrit avec raison : II n’y a pas de doute que le calendrier était utilisé à des fins superstitieuses aussi bien que civiles et légitimes. On déter- minait selon le calendrier les jours fastes pour certains actes publics. La question était de savoir si les responsabilités de Schall en tant que chef du bureau astronomique 1'impliquait dans une espèce de coopération illicite avec la superstition112. Le 3 aoút 1655, le Général de la Compagnie institua une commission composée de cinq professeur du Collège Romain pour élucider cette question. La conclusion de cette commission fut défavorable à Schall. Elle disait que si la partie du calendrier rédigée par Schall ne concernait pas la superstition, du moins sa charge de directeur du Tribunal des Mathématiques pouvait- elle le rendre indirectement responsable des activités de ses subordonnés qui, eux, tenaient compte des superstitions. Malheu- reusement la commission ne prit aucune décision définitive si bien que Schall garda sa charge sous prétexte que les autorités de Rome n’avaient pas été suffisamment instruites sur le vrai caractère de ses activités au Tribunal des Mathématiques. Et ainsi la controverse continua. II fallut attendre jusqu’au lcr jan- vier 1664 pour voir une nouvelle commission, composée de quatre professeurs du Collège Romain, reprendre 1’examen de cette affaire. L’Apologie de Schall et la circulaire du P. Simon da Cunha servirent de base aux débats. Cette fois, la conclusion fut favo- rable au P. Schall qu’on autorisait à assumer sa charge. Le 112 «There was no question that the calendar served superstitious as well as legitimate, civil purposes. Propitious days for certain public acts were determined in accordance with the calendar. The question was whether SchalTs responsibilities as head of the astronomical bureau in- volved him in a species of illicit co-operation with superstition.» Dunne, G.H., op. cit., p. 336. 109
  • vicaire du Général, Jean Paul Oliva, en rapportant cette décision au P. Cunha, lui signala que, en ce qui concerne le quatrième vceu qui interdisait à un Jésuite d’accepter une dignité, le P. Schall n’avait rien à craindre puisque sa dignité n’avait quun caractère académique. Enfin, le pape lui-même mit un point final à ces débats en faisant savoir qu’il était possible pour un religieux d etre directeur du Tribunal des Mathématiques. Mais en 1666, lorsque Schall mourut, il n’avait sans doute pas encore eu connaissance de ces décisions. On peut en effet le supposer car deux mois à peine après sa mort, Magalhães avait encore écrit au Visiteur Luis da Gama pour le persuader qu’à l'avenir, si 1’Empereur voulait offrir à un Jésuite la charge du directeur du Tribunal des Mathématiques, il faudrait refuser ”\ et cela à 1’époque ou non seulement le Christianisme, mais même 1'astronomie européenne, étaient proscrits en Chine! Luis da Gama, convaincu par Magalhães, défendit au P. Verbiest d’accepter cette charge, même s’il en recevait 1’ordre formei de 1’Empereur. Heureusement, les lettres de Rome arrivèrent à temps pour sauver Verbiest et les missions d'une situation scabreuse. Quant à Magalhães, il n’est jamais revenu sur sa position initiale. Il était sincèrement convaincu qu’un religieux ne pouvait pas, sans mauvaise conscience assumer la charge de directeur du Tribunal des Mathématiques et il ne fut pas le seul de cet avis. 113 Jap-Sin 142, n° 59. 110
  • CHAPITRE IV AMBASSADE HOLLANDAISE EN VUE D’OBTENIR LA LIBERTE DU COMMERCE EN CHINE. COMMENT LES JESUITES REUSSIRENT A CONSERVER LE MONOPOLE A MACAO En 1655, la Compagnie des Indes Orientales décida d’envoyer une ambassade à la cour de Pékin en vue dobtenir la liberté du commerce en Chine. Le conseil de Batavia avait choisi pour cette délicate mission les seigneurs Jacob de Keyser et Pierre de Goyer. Avec une suite imposante et munis des plus riches cadeaux pour l'Empereur, ils quittèrent donc Batavia le 14 juin 1655. Les Portugais de Macao, lorsqu’ils eurent connaissance de cette dé- marche, ne tardèrent pas à intriguer pour déjouer les desseins des Hollandais hérétiques, leurs ennemis. II est certain qui si ces derniers avaient pu mener à bien leur projet, ils auraient ainsi porté un coup fatal aux habitants de Macao dont la richesse était en grande partie fondée sur le monopole du commerce avec la Chine. Mais avant d’entrer dans le détail de cette ambassade qui allait concerner de si près nos Jésuites à Pékin —Schall, Maga¬ lhães et Buglio— revenons brièvement sur 1’arrivée des Hollan¬ dais en Chine et sur la rivalité à laquelle elle donna lieu entre trois grands peuples maritimes : les Portugais, les Espagnols et les Hollandais. Les Hollandais apparurent pour la première fois sur la côte chinoise en 1601. Ils commencèrent aussitôt à négocier avec les 111
  • Chinois pour obtenir d’eux 1’autorisation de faire du commerce. Mais leurs efforts furent inutiles. En effet, les autorités chinoises des Provinces méridionales avaient reçu les ordres les plus sévè- res pour empêcher les étrangers barbares de pénétrer dans l’em- pire chinois. De plus, les Portugais de Macao, pour faire échouer les plans des Hollandais, s’étaient plu à les décrire comme des gens dangereux et indésirables. Voulant se venger des Portu¬ gais, les Hollandais envoyèrent deux navires qui arrivèrent devant Macao en 1603 mais les Portugais supportèrent si vaillamment les bombardements que les Hollandais finirent par se retirer. Lannée suivante, un Hollandais se joignit à une ambassade siamoise à Pékin avec 1’intention douvrir des négociations avec la cour, mais sans succès. Au même moment, une seconde flotte, placée sous le commandement de 1’amiral Van Warwijk, partit pour Macao mais, assaillie par un typhon, elle fut obligée de se réfugier aux iles Pescadores. Là, Warwijk écrivit aux autorités chinoises du Fu-Jian pour obtenir la permission de faire du commerce, mais on lui répondit qu’il fallait tout dabord verser une somme considérable pour obtenir une audience. Warwijk resta quatre mois et demi aux Pescadores et, ayant perdu tout espoir de négocier avec les Chinois, s’en retourna aux Indes. Après lui, 1’amiral Cornelius Matelief alia jeter 1’ancre à Lan-Dao mais les Chinois refusaient de 1’écouter à moins qu’il ne quitte Lan- Dao. Lorsqu’il se résolut à le faire, en gagnant 1’ile de Pehoe, les Chinois ne voulurent plus négocier avec lui. II y eu encore d’autres tentatives qui furent aussi vaines. Finalement, les Hollandais décidèrent de prendre par la force ce qu’ils n’avaient pas pu obtenir par la discussion. C'est ainsi qu’en 1622 le gouvemeur général Jean Pietersz Coen donna à Cornelius Reyersz le com¬ mandement d’une flotte de seize voiles avec mission dattaquer Macao. Les vaisseaux hollandais mouillèrent devant cette ville le 19 juillet 1622, et pendant cinq jours, Reyersz bombarda le fort Saint-François, puis fit débarquer ses soldats. Mais les Portugais, aidés de leurs esclaves noirs, résistèrent si courageusement que les Hollandais furent obligés de lever le siège \ Reyersz, n’ayant pu prendre Macao, se dirigea alors vers les Pescadores qu’il occupa sans difficulté. A partir de là, il fit des incursions le long de la côte chinoise, s'empara d’un grand nom- 1 Voir Boxer, C.R., Fidalgos iti the Far East, pp. 72-92. 112
  • bre de jonques, et força ses prisonniers à travailler à la cons- truction dune forteresse à Pehoe. Les Chinois ne tardèrent pas à s’apercevoir du péril que constituait le voisinage dune puissance occidentale et, pour tenter d eloigner les Hollandais, se mirent à négocier avec eux. Les Chinois expliquèrent à ces barbares que s’ils voulaient commercer avec eux, ils devaient dabord quitter les Pescadores qui faisaient partie du domaine impérial, mais qu'ils pouvaient se rendre sur une ile voisine, 1’íle Formose, qui ne faisait pas partie de 1’empire chinois. C’est à cette condition seulement que les Chinois accepteraient denvoyer des marchan- dises dans cette ile ainsi qu’à Batavia. Mais les pourparlers échouèrent et il fallut cent cinquante jonques de guerre et quatre mille hommes pour persuader Maarten Sonck, le successeur de Reyersz, d’évacuer les Pescadores. Les Hollandais démolirent le fort qu’ils avaient construit et transportèrent les matériaux sur la côte sud-ouest de Formose oú, en 1624, ils construisirent un fort qui fut appelé Zelandia. Cest ainsi que les Hollandais occupè- rent cette ile dont la position stratégique allait leur permettre facilement d’intercepter les navires des Portugais entre le Japon et Macao, et ceux des Espagnols entre Amoy et Manille. A Formose, les Hollandais développèrent rapidement leur commerce en échangeant des épices, des étoffes, du coton et des lingots d’argent contre du sucre, de la soie et de la porcelaine. Les Hollandais qui étaient si friands de ces marchandises, se les procuraient soit auprès des marchands chinois qui se rendaient à Formose, soit à Amoy, dune façon clandestine, grâce à la com- plicité du gouvemeur de Fu-Zhou et des mandarins, complicité que l’on avait gagnée par des présents. Cette demière façon de faire était de beaucoup la plus rentable car les marchandises achetées à Formose auprès des marchands chinois coutaient plus cher. Sur ces entrefaites, les Espagnols, voyant leur commerce menacé par 1'arrivée des Hollandais à Formose, décidèrent de s'établir eux aussi sur 1’ile. Cest pourquoi le gouverneur de Manille, Don Fernando de Silva, mit sur pied une expédition qui quitta les Philippines en février 1626, et débarqua à Ji-Long, dans le nord de Formose, quelques semaines plus tard. Là, les Espagnols construisirent un fort qu’ils appelèrent San Salvador et le port lui-même fut appelé Santíssima Trinidad. Trois ans 8 113
  • après, en 1629, les Espagnols construisirent un second fort qu'ils appelèrent Santo Domingo. Pieter Nuyts, alors gouverneur de Formose, alarmé par ces activités, envoya un rapport aux autorités de Batavia dans lequel il leur conseillait d'envoyer une expédition pour détruire la colo- nie espagnole de Formose. Les autorités de Batavia, peu pressées d’agir, semble-t-il, attendirent jusqu’en 1641 pour envoyer une expédition contre les Espagnols qui, malgré leur courageuse résistence, durent se rendre faute du renfort attendu de Manille. Et ainsi les Hollandais restèrent seuls maitres de Formose. Mais cet état de choses ne dura pas longtemps, car au mo- ment ou les Hollandais commerçaient paisiblement à Formose, des événements se déroulaient sur le continent chinois qui vien- draient bientôt troubler cette quiétude. On a déjà vu comment la dynastie chinoise des Ming fut renversée par les Tartares en 1644. Toutefois, certaines Provinces du sud de la Chine refusè- rent de reconnaitre 1’autorité des Mandchous, auxquels elles opposèrent une vive résistance. Au nombre des opposants se trou- vait un homme qui remporta quelques succès en tenant tête à 1'armée mandchoue : c’était le grand commerçant et pirate Zheng ífr Cheng-gong [±5], connu aussi sous le nom de Koxinga, fils de Zheng Zhi-long2. II commandait une flotte redoutable et était devenu le maítre incontesté de la mer. II payait ses soldats sur les bénéfices qu’il retirait de son commerce avec Malacca, Java, Manille, Macao, Formose et le Siam. Entretemps, les misères de la guerre civile et la crainte des Mandchous avaient obligé un grand nombre de Chinois à cher- cher refuge à Formose. A 1’inverse des indigènes formosans, ces immigrants supportaient mal le joug des Hollandais. Ceux-ci, pour leur part, soupçonnaient ces nouveaux arrivants, qui leur étaient hostiles, de conspirer contre eux avec l'aide des habitants du Fu-Jian. En réalité, ces immigrants entretenaient des rapports 2 Zheng Zhi-long avait d'abord embrassé la cause des Ming à la chute de Pékin en 1644. Mais en 1646 il décida de se rendre aux Mandchous parce qu’il ne voyait plus d'espoir pour les partisans des Ming. Pourtant, son fils ne voulut jamais le suivre, et resta fidèle à la dynastie chinoise. Les Hollandais 1'appelaient Koxinga car il fut surtout connu comme Guo Xing Yc, ce qui vcu dire Seigneur qui porte le nom impérial. Ce privilòge lui fut accordé par le Prince de Tang. 114
  • secrets avec Koxinga et 1’incitaient à faire la conquête de l’íle, en lui promettant leur appui. En 1652, ces Chinois se révoltèrent contre les Hollandais qui écrasèrent dans le sang cette insurrection3. Les historiens hollan¬ dais prétendent que cette révolte fut suscitée par Koxinga. Cela n’est pas impossible car ce dernier, pour venger ce massacre, chercha à isoler Formose en défendant à ses sujets daller faire du commerce sur cette íle. Cet événement acheva de convaincre les Hollandais que leur situation à Formose n'était pas sure. Le premier avertissement remontait à 1646 lorsqu’une jonque chinoise arrivant à Nagasaki, avait prévenu les Hollandais qui se trouvaient là que les Chinois, fuyant la conquête mandchoue, avaient les yeux fixés sur Formose. Koxinga lui-même avait pleinement conscience de 1’importance stratégique de cette íle dont la possession lui permettrait de dominer sans entraves les mers baignant la Chine. Cette menace d’invasion ne constituait pas le seul souci des Hollandais. En effet, depuis leur arrivée à Formose, ils n’avaient pas le droit de commercer avec la Chine si ce n’est, d’une façon clandestine, avec Amoy qui était alors le quartier général de Koxinga. C’est ainsi que les Hollandais songèrent à s’adresser directement aux nouveaux conquérants pour obtenir le droit du commerce en Chine. En 1653, le P. Martin Martini, de passage à Batavia alors qu’il se rendait à Rome, fit savoir au Conseil hollandais que les nouveaux maitres de la Chine, les Mandchous, avaient proclamé la liberté du commerce à Canton pour tous les étrangers *. En * Voir Campbell, W., Formosa undcr the Dulch, pp. 63-64. * Les Portugais de Macao avaient le monopole du commerce mais c'est seulement en 1653 qu’ils obtinrent, grâce à Shang Ke-xi [±5], l'auto- risation des Mandchous de se rendre à Canton avec leurs marchandises. Le P. Martini était mal informé car il semble croire que cette ville était ouverte à tous les étrangers. On peut se demander pourquoi Martini qui était Jésuite, et qui par conséquent aurait dú soutenir les Portugais de Macao, a donné une telle information aux Hollandais. Le Professeur Cum¬ mins écrit à propos de ses sentiments anti-portugais : « Returning to the Mission from Rome in 1658 Martini was overheard in Macassar saying enough to eam him a solemn denunciation from a leading Portuguese [Francisco Vieira de Figueiredo] who wrote complaining to the Viceroy oi Goa... » (Cummins, J.S., op.cit., p. Lii, n. 2). II semble que l'on appré- 115
  • * 2 3 MT apprenant cela, le grand conseil de Batavia décida de faire de nouvelles propositions au gouvernement chinois et ordonna au gouverneur hollandais Nicholas Verburgh, d’envoyer un repré- sentant à Canton. L’arrivée dans cette ville du marchand Frédéric Schedel alarma fortement les Portugais de Macao qui firent tout ce qu’ils purent pour indisposer les autorités chinoises contre les Hollandais, leurs concurrents 5. Pourtant, les deux vice-rois8 qui soutenaient les Hollandais autorisèrent Schedel à établir un comptoir à Canton. Mais l’ar- ciait peu le P. Martini chez les Jésuites, et plus spécialement chez les Jésuites portugais. 5 Jean Nieuhof écrit à propos de ces menées: « Le gouverneur et le Conseil de Makoa, voulans étouffer cette negociation dans sa naissance, n'avoient pas seulement tasché de gagner 1'affection du dit Haitouw par de riches presents, et fortes persuasions, mais avoient envoyé expresse- ment un Ambassadeur vers Kanton, pour remonstrer amplement aux Gou- vemeurs, que les Portugais en Makoa estoient bien informez que certains peuple étrangers, connus sous le nom de Hollandois, avoient envoyé un Vaisseau vers la Ville de Kanton pour demander le pouvoir et la liberté de negocier dans la Chine, mais qu'ils se trouvoient obligéz pour le bien de 1'Estat, de faire promptement sçavoir aux Puissances Superieures, que ces gens là estoient d’un naturel matois, et rompu dans les mauvaises pratiques; Que n'ayans pas presque de terre en leur pais, ils en cher- choient d'autres parmi le monde pour y planter des Colonies; Que leur mestier estoit de pirater sur mer, et de faire des invasions sur la terre; Qu'ils estoient rendus fort puissans, voire redoutables à tous leur voisins par leurs brigandages; et que maintenant ils ne cherchoient que sous des faux pretextes de mettre le pied dans leur Royaume, pour le maistriser, ou pour en remporter un riche butin. Cét Ambassadeur pour se témoigner encore plus zelé à tout ce qui concernoit le bonheur des Chinois, dit que les Hollandois devoient estre fuis comme des écueils, et comme des mons- tres, puis que sous des amusements de Charybdes, et de Syrenes ils avoient subjugué Taiwan, et qu'ils avoient mesme eu des entreprises sur Makoa... II avança en outre qu'ils avoient fait une étroite alliance avec le Pirate Koxinga, un des grands ennemis de la Couronne, et que par ainsi on devoit tenir pour suspectes les propositions de ces madrez ; » L'Ambassade de la Companie Orientale des Provinces Unies..., p. 46. Nieuhof n'a rien exagéré, car en effet les Portugais tenaient cette sorte de propos à l’égard des Hollandais. Les Jésuites à Pékin se serviraient des mêmes arguments auprès des autorités à la Cour pour faire échouer 1’ambassade hollandaise. 8 Les deux « vice-rois » étaient Shang Ke-xi, le Ping Nan Wang [ ±51 ] (Prince qui pacifie le Sud); et Geng Ji-mao [±5 *], le Qing Nan Wang [s=5s] (Prince qui subjugue le Sud). Tous les deux étaient des Chinois originaires de Liao-Dong. Dès le début, ils avaient pris le parti des Mand- 116
  • rivée d’un visiteur de Pékin changea tout. II fit savoir aux vice- rois qu’ils avaient eu tort de permettre aux Hollandais de s'établir à Canton sans 1’autorisation de 1’Empereur. Aussi les vice-rois furent-ils obligés de congédier les Hollandais, mais non sans remettre au gouverneur de Formose deux lettres dans les- quelles ils lui conseillaient d’envoyer un ambassade à Pékin, seul moyen, daprès eux, d’obtenir 1'autorisation de faire du com- merce à Canton7. Le conseil de Batavia, confiant dans 1’amitié des deux vice- rois, renvoya Schedel à Canton, en compagnie de Zacharie Wagenaer, pour redemander la permission de commercer, mais en vain. On leur fit dire que « veu que les Hollandais n'estoient pas munis de Lettres, ni de Presens pour l’Empereur en Peking, quon ne pouvoit pas recevoir, ni écouter leurs pretensions, et que toute la faute estoit sur eux, puis qu’ils en avoient esté serieusement et clairement advertis par les Lettres qu'on avoit escrites au Gouverneur de Batavie. »8 Les Hollandais comprirent donc que pour obtenir le droit de faire du commerce en Chine, il leur fallait une autorisation officielle de la cour de Pékin. A cette fin, la Compagnie des Indes Orientales décida en 1655 d'envoyer une ambassade à Pékin dont il nous reste trois témoignages. Le sieur Jean Nieuhof, maitre d’hôtel dans la suite des ambassadeurs, nous a laissé une rela- tion de ce voyage®. On possède également du P. Magalhães, qui se trouvait alors à Pékin, une lettre destinée à Antonio de Camera, capitaine-général de Macao, dans laquelle il raconte comment les Jésuites ont déjoué les desseins des Hollandais. Cette lettre, chous et, ensemble, avaient à maintes reprises vaincu les forces des Ming, surtout dans la Province de Guang-Dong. Voir Hummel, pp. 635-636. 7 La lettre du Shang Ke-xi à Nicholas Verburgh se trouve dans le Ming Qing Shi Liao [±5] et a été traduite en anglais par Mlle Lo Shu-fu, §13 íi-ííflJfty A Documentary Chronicle of Sino-Western relations (1644-1820). Dans cette lettre le Ping Nan Wang fait savoir au gouverneur de Formose que le droit de faire du commerce dépendait uniquement de 1’Empereur et que lui et son compagnon, le Qing Nan Wang ne pouvaient leur donner cette auto¬ risation. Op. cit., pp. 11-12. Le Qing Nan Wang avait de son côté envoyé au gouverneur une lettre presque identique. 8 Nieuhof, L’Ambassade .... p. 49. 9 Nieuhof, Jean, L'Ambassade de la Compagnie Orientale des Provin- tes Unies vers Vempereur de la Chine..., Amsterdam, 1665. 117
  • traduite en Anglais par Ogilby, se trouve dans An Embassy from the East-India Company of the United Provinces, to the Grand Tartar Cham, Emperor of China, pp. 299-317. Pourtant elle ne fut pas publiée sous le nom de son auteur, mais tout indique claire- ment qu’elle est de la plume de Magalhães10. Le P. Jaccano di Metello, S.J., en avait tiré une traduction italienne intitulée « Re- latione del successo dello Imbasciata, che Giovanni Maetsuyker Generali de gli Olandesi nell’ índia Orientale mando da Batavia all' Imperatore delia Cina, e Tartaria à 20 di Juglio 1655. chie- dendo il comercio di mercantia ne’ porti del suo Império. Cavata daquella che scrisse il P. Gabriele di Magaglianes delia Comp. di Giesú, assistente nella Corte di Pekim nella Cina. »11 Enfin, dans cette même lettre Magalhães cite longuement une lettre du P. Schall adressée au P. Visiteur à propos de 1’ambassade hol- landaise12. Les ambassadeurs hollandais, une fois arrivés à Canton, eurent quelques démêlées avec les vice-rois. On leur dit qu’on ne pouvait pas les recevoir en audience sans l’autorisation de la cour. Pendant qu’ils attendaient, les Hollandais furent 1’objet de propositions de la part des mandarins. Ceux-ci leur signalèrent « que pour faire reiissir avec plus d’assurance et de facilité leur entreprise, qu’il estoit expedient, voire necessaire qu’ils fissent present à Messieurs du Grand Conseil de 1’Empire13 de trois cens mille toeis d’argent14, et aux principaux Mandarins et autres Officiers de 1'Estat de quelque autre somme considerable. »13 Les ambassadeurs, pour être quittes de ces perpétuelles deman¬ des, promirent aux deux vice-rois 135 taels d’argent16. « Le présent de 135 taels d'argent fait aux deux Vice-rois et au Du Tang ”, » nous rapporte Nieuhof, « fit de merveilleux effet 10 Voir Boxer, C.R., The Great Ship from Amacon, p. 19, n. 52; et Vaèth, A., Johann Adam Schall von Bell, S.J., p. 226, n. 42. 11 Jap-Sin 126. 12 Nieuhof, An Embassy to China..., pp. 306-310. 12 Autrement dit, le Li-Bu, Tribunal des Rites, qui s'occupait de toutes les affaires concemant les étrangers. 14 Le tael d’argent était la monnaie d’échange en Chine. 15 Nieuhof, UAmbassade.... p. 72. „ Ibid., p. 72. Wdk 17 Le Du Tang [ ±=ç1 ] est une autre denomination de Xun Fu [ ±?2 ], c'est-à-dire gouvemeur de Province. Voir Hucker, C.O., op. cit., pp. 3941. 118
  • auprès de 1’Empereur de la Chine ; tant est-il vray que tout obeit à 1’argent, qui rend tous les oracles. »18 En effet, la somme payée par les Hollandais alait se montrer en fait à beaucoup plus, car 3500 taels d’argent furent versés aux deux vice-rois qui devaient les distribuer aux mandarins du Li Bu19. D’après Nieuhof, quelques mois plus tard, on reçut la réponse de 1’Empereur. Sa Majesté accordait la liberté du commerce aux Hollandais, et les invitait à Pékin pour venir lui rendre hommage de cette grâce20. En réalité, la cour avait seulement autorisé les Hollandais à se présenter à Pékin. Ce sont sans doute les man¬ darins qui pour obtenir encore plus d’argent des Hollandais avaient ajouté que lautorisation de commercer était accordée. Les Portugais, voyant que leurs intrigues n’avaient pu réussir à Canton contre 1’argent des Hollandais, ne tardèrent pas à faire appel aux Jésuites résidant à la cour. II est bon de rappeler ici que les missions des Jésuites en Orient étaient placées sous le patronage des Portugais, ce qui explique pourquoi il était de leur intérêt d’appuyer la cause de Macao. En effet, avant même que les Hollandais aient obtenu 1’auto- risation de partir pour Pékin, les deux Jésuites, Magalhães et Buglio, avaient déjà commencé d’intriguer pour faire échouer la requête concernant les Hollandais que le Ping Nan Wang vice- roi de Canton, avait adressée à 1’Empereur*1. Mais on fit com- prendre aux deux pères que les Hollandais s’étaient ouvert les portes de la cour à 1’aide de leur argent. Sans perdre courage, Magalhães et Buglio, pensant pouvoir sauvegarder leurs intérêts 18 L'Ambassade .... p. 75. ’» Ibid., p. 206. 88 Ibid., p. 75. 21 Le Ping Nan Wang avait adressé une requête le 19 novembre 1655 à la cour en faveur des Hollandais. II y est dit que les Hollandais étaient venus en 1653 pour présenter tribut mais qu’on les avait repoussés puis- qu’ils n’avaient pas de lettre de créance. Cette fois, ils sont revenus munis de ce qu’il faut, malgré le danger et les difficultés du voyage. «II seems to me that their sincerity toward (our) civilisation should not be met with strong opposition, otherwise we might discourage the remote barbarians from admiring the grandeur of this superior Empire.» Lo Shu-fu, A Doeu- mentary Chronicle.... p. 16. 119
  • grâce à leurs relations, contactèrent un Ke Li [ *5 ]22 qui leur promit dadresser sans tarder une requête à l’Empereur, sans dout parce qu’il pensait pouvoir tirer profit des pères en leur rendant un si grand Service. Mais voyant que les deux Jésuites ne lui offraient rien, il leur retira son aide en leur faisant com- prendre qu’en Chine les mandarins ne prenaient jamais de ris¬ ques sans contrepartie. II s'en présenta aussitôt un autre qui, moyennant 200 taels, se faisait fort dadresser une requête à 1’Empereur sans pouvoir garantir toutefois qu’elle serait approu- vée. Aussi, pour obtenir à coup súr 1'approbation impériale, de- manda-t-il 600 taels de plus. Magalhães promit dautant plus faci- lement cette somme que Macao, la ville portugaise, habituée à négocier avec des Chinois dont on ne pouvait rien obtenir sans argent, avait fait savoir au Jésuite quelle s’engageait à payer n’importe quelle somme pour parvenir à enrayer la menace hol- landaise2S. Avant dentreprendre toute démarche, le mandarin voulut déjà toucher une partie de la somme promise. Buglio et Maga¬ lhães ne possédant pas encore la somme, le marché semblait devoir être annulé lorsque les pères eurent 1'idée d’offrir au man¬ darin deux riches vêtements que 1’Empereur leur avait autrefois donnés. Le mandarin les reçut volontiers en contrevaleur de 150 taels, mais découvrant peu après 1’origine de ces vêtements, il fut si scandalisé qu’on eút osé lui vendre un cadeau de l’Em- pereur qu’il rompit toute négociation avec les deux pères. Ne pouvant parvenir à leurs fins par 1’entremise des manda¬ rins, faute d’argent, les deux pères résolurent alors de faire courir 22 Le Ke Li (ou Ke Dao [ ]) est un corps d’inspecteurs chargés de surveiller les six Tribunaux. II est divisé en six départements, un pour chaque Tribunal, d’ou ils tirent leur nom. Ex.: Li Ke, Xing Ke, Gong Ke... etc. Les Ke Dao ont beaucoup de pouvoir parce qu'ils s’occupent de toutes les requêtes avant de les soumettre aux Tribunaux. Les Ke Li ont le droit de changer le contenu des requêtes. En outre, ils assistent aux audiences impériales, et souvent sont choisis par TEmpereur pour exécuter des mis- sions secrètes et importantes. Voir Hucker, C.O., op. cit., pp. 52-53. 28 « Considering the weightiness of the Mattir (sic), and the Liberty which your Lordships gave us in your Letters, to undertake for any Sum of Money that we found necessary to effect this Business, with our Engage- ment that the City of Maccow should made good the Payment, we promis’d him the whole sum: » An Embassy.... p. 301. 120
  • certains bruits sur le compte des Hollandais afin de présenter ces demiers sous un jour défavorable et de les discréditer dans 1’esprit des autorités chinoises. Ils les présentèrent donc comme des pirates de la mer qui avaient pris Formose par la force, y avaient élevé des forteresses et avaient tué en moins de trois ans plus de 300.000 Chinois, habitants de l’ile ou commerçants venus du Fu-Jian 2\ Sous prétexte de faire du commerce, racon- tèrent encore les deux Jésuites, les Hollandais avaient envahi Java et s'y tenaient toujours malgré les efforts du roi pour les en chasser. Cette tactique, qui visait à faire des Hollandais une menace pour la Chine continentale, était en fait une arme à double tranchant. En effet, il n’est pas interdit de penser que les Chinois, à ce récit, ont pu établir un rapprochement entre la conduite des Hollandais à cette époque-là et celle des Portugais venus eux aussi de la lointaine Europe et qui pouvaient donc constituer une menace pour 1’empire chinois. Le 17 juillet 1656, les Hollandais arrivèent enfin à la cour dont ils s’étaient ouvert la route grâce à leurs largesses. Dans sa lettre, Magalhães rapporte qu’ils n’avaient pas hésité à offrir de riches et considérables présents aussi bien aux nobles et aux mandarins qu’aux plus humbles des gens qui navaient fait que d’allumer leurs pipes. Leur désir de plaire était tellement grand qu’ils allèrent même jusqu’à donner 40 taels aux bonzes pour la construction d’un temple”. Un an avant leur arrivée à la cour, nous apprend encore Magalhães, un interprète accompagné d’un Chinois de Canton avait été envoyé à Pékin pour s’occuper des affaires des Hollan¬ dais. Avec 1’argent reçu de ces demiers, ils gagnèrent à leur cause plusieurs mandarins de la cour et, parmi eux, le président mandchou du Tribunal des Rites28. Cette ambassade avait tout l’appui des autorités cantonnaises parce que non seulement elles avaient reçu beaucoup dargent à cet effet mais encore parce qu'elles espéraient tirer un gros profit d’un commerce éventuel avec les Hollandais. Schall écrit à ce propos que 1’entourage tout 24 Sans doute Magalhães fait ici allusion à la révolte des Chinois de 1652 dont il a été question plus haut. 23 An Embassy.... pp. 303-304. 23 Connu sous le nom de Guen Ko-te dans les documents contem- porains des Jésuites. 121
  • entier des vice-rois de Canton était dévoué aux Hollandais, fai- sant partout connaítre quel bénéfice les mandarins retireraient à commercer avec ces gens. II est donc clair, poursuit Schall, que les autorités de Canton avaient appuyé cette ambassade de tout leur pouvoir comme s'il s'était agi de leurs propres affaires27. En dépit de ce puissant concours, les « malicieuses menées » des Jésuites finirent par faire naitre des soupçons à l'égard des Hollandais dans 1’esprit des autorités de Pékin. Dès leur arrivée, ils furent sans cesse importunés par des mandarins qui les inter- rogeaient sur la géographie de leur pays et sur la forme de leur gouvernement. En effet, les Jésuites avaient fait croire aux Chi- nois que la Hollande n’était pas sur terre, mais sur l’eau et que ses habitants n’étaient en conséquence que des pirates de la mer. De plus, ils avaient fait passer les Hollandais pour des rebelles en racontant qu’ils s’étaient soulevés contre leurs souverains de droit, les Espagnols, et qu’ils avaient renié leur religion. A peine les mandarins eurent-ils fini de questionner les am- bassadeurs hollandais que ceux-ci furent priés de se présenter devant le Tribunal des Rites avec leurs présents. Le P. Schall, convoqué lui aussi, allait servir d’interprète. On leur demanda d’oú provenaient tous les cadeaux qu’ils venaient offrir, et sans doute par suite de la présence du père Jésuite, ils durent avouer se les être procurés non en Hollande mais aux Indes. Evidemment ce n’était pas une bonne recommendation pour eux de parler de leurs possessions en Inde. Les Hollandais, en cette occasion, mon- trèrent quelque gêne à expliquer les fonctions du gouvemeur de Batavia. Le P. Schall se rendant compte que les Hollandais avaient les bonnes grâces des mandarins, rappela à ces derniers, en Chinois, que leurs hôtes n’avaient pas de roi puisqu'ils 1’avaient renversé, qu'ils étaient gouvemés par un prince de six ans et que c’était sur le conseil non de ce prince mais des autorités de leur pays qu’ils étaient venus dabord aux Indes, puis en 27 « All the Friends and Servants of the Kings of Canton were diligent Attendants unto the Dutch, perpetually praising and extolling them, and proclaiming the great Benefit which the Mandorins (sic) would receive by Commerce with these Men; by which it was apparent, that those of Canton had undertaken the management of this Embassy, which they per- form’d with all their Power, as if it had been their own proper Business : » An Embassy .... p. 307. 122
  • Chine28. Pendant qu'il donnait toutes ces explications, Schall fut interrompu par 1’arrivée d’un messager de l'Empereur qui le convoquait dans son palais car sa Majesté voulait apprendre de lui « si les Hollandais avoient un Pais, et de combien de lieues il estoit éloigné du sien ; en outre, si le Prince d'Orange estoit dans son premier pouvoir; si les Estats des Provinces Unies gou- vemoient avec luy, et en quelle façon, et avec quelle authorité, etc. »29 Schall profita de cette occasion pour dire à 1'Empereur que si les Hollandais venaient à mettre pied en Chine pour y faire du commerce, cette présence constituerait une grave menace pour le pays car partout ou ils allaient ils construisaient des forts et occupaient 1’endroit grâce à leurs canons et leurs fusils. II ajouta que cela avait été une grande imprudence de les laisser venir à Pékin puisqu’en chemin ils avaient eu le loisir de noter quels étaient les endroits vulnérables de la Chine intérieureso. Mais puisque la cour avait autorisé les Hollandais à venir jusqu’à Pékin pour y présenter tribut à l’Empereur, et qu’ils avaient apporté de riches présents à sa Majesté, letiquete chi- noise commandait de les recevoir en audience et de les traiter avec la bienveillance due à tous les étrangers venant rendre hom- mage à l’Empereur. Selon Nieuhof, l’Empereur, après que les Hollandais eurent été reçus au Li Bu, lut leurs lettres de créance et en fut si satisfait qu'il envoya deux mandats au Li Bu, le premier pour faire savoir que sa Majesté accepterait de recevoir les ambassa- deurs en audience, le deuxième pour commander au Li Bu de « donner promptement une resolution favorable sur la Requeste presentée par nos Ambassadeurs. »81 Nieuhof nous a laissé une traduction de cette seconde lettre, et voici le passage qui nous concerne: ...je vous commande, Chancelier, et vous tous mes Con- seillers, qu’à leur requeste qu'ils font par cette Ambassade, qui est de pouvoir aller, et venir dans ce mien Royaume, vous ússiez à prendre et arrester une ferme, prompte et favorable resolution, dont vous m’en aviserez au plutôt32. 28 An Embassy.... p. 307. 20 L’Ambassade .... pp. 202-203. 80 An Embassy .... p. 308. 81 L'Ambassade .... p. 204. 82 L’Ambassade .... p. 205. 123
  • Les Hollandais qui croyaient être venus à la cour pour remercier 1'Empereur de leur avoir promis 1’autorisation de commercer (comme leur avaient fait comprendre les mandarins de Canton) avaient pensé que 1’expression «aller et venir dans ce mien Royaume » signifiait le droit d’entrer en Chine pour faire du Commerce. Malheureusement pour eux, cela ne fut pas le cas, car par « aller et venir » l’Empereur voulait signifier seulement la route que les Hollandais pouvaient prendre pour se rendre à la cour afin d’y payer tribut. On ne peut se tromper sur les intentions de l'Empereur si l’on se rapporte au mandat chinois qui se troiive dans le Qing Shi Lu [ *=s ] : Nous avons lu en entier la requête du gouverneur général hollandais. Les Hollandais sont épris de justice et nous offrent leur loyauté. Ils parcourent les mers pour présenter tribut. Ils méritent vraiment nos louanges. Que le Tribunal des Rites décide en fonction de cette demande, de Titinéraire des porteurs de tribut, de leurs lieux d’entrée et de sortie35. Les Hollandais se rendirent compte de leur erreur lorsquon les convoqua au Li Bu pour leur demander s’il leur serait pos- sible de venir à Pékin chaque année pour rendre hommage à 1’Empereur sans qu’il soit fait mention du commerce. Les Hollan¬ dais leur répondirent alors qu’ils s’efforceraient de se présenter à Pékin tous les cinq ans si l’on voulait bien leur accorder le droit d’aller tous les ans à Canton pour y commercer. A cet égard, le Tribunal était divisé : d’un côté il y avait les Mandchous qui étaient favorables aux Hollandais, de 1’autres les Chinois qui s’opposaient à tout commerce avec ces étrangers dangereux. Ces derniers conseillèrent de ne laisser venir en Chine les Hollandais quune fois tous les neuf ans pour payer tribut et rendre hom¬ mage à l’Empereur. Cette fois encore, Schall est mêlé à cette affaire. II nous rapporte que le 6 aout l’Empereur le convoqua à fin de prendre avec les Ke Li une résolution sur le problème des Hollandais. ** «We read over the memorial of the Dutch govemor-general. The Hollanders admire justice and offer their loyalty. They sail seas to present tribute. They indeed deserve Our praise. Let the Board of Rites deliberate the route for the tribute bearers and their entrances and exits according to this petition.» Lo Shu-fu, A Documentary Chronicle.... p. 19. 124
  • On lui montra un décret tout rédigé mais pas encore signé de l’Empereur qui accordait aux Hollandais la liberté de commerce en Chine, étant donné tous les avantages que le pays pourrait en retirer. Schall s’opposa avec véhémence à ce décret, soutenu en cela par les Ke Li chinois. Cette opposition décisive de la part de Schall indisposa contre lui le président mandchou du Li Bu34. Pourtant, il n’osa se dresser contre Schall, car on savait à la cour combient l'Empereur lui faisait confiance. De plus, Schall avait fait savoir clairement au président mandchou que l’Empe- reur suivrait ses conseils en cette affaire35. Le 21 aoút, le Li Bu envoya à l'Empereur un décret dans lequel il était dit que, vu la distance séparant la Hollande de la Chine ainsi que le cout et les dangers du voyage, on autorisait les Hollandais à ne venir présenter tribut quune fois tous les cinq ans, mais qu’on ne pouvait leur accorder la permission de commercer en Chine. Deux jours après, 1’Empereur publia un décret pour faire savoir aux Hollandais de venir seulement une fois tous les huit ans pour le saluer. Ainsi, malgré cette magnifique ambassade, 1’espérance des Hollandais dobtenir le droit de commerce fut encore une fois déçue et ils ne pardonneront jamais aux Jésuites de s’être dressés si farouchement sur leur route car ils n’ignoraient pas le rôle prépondérant joué dans cette affaire par le P. Schall. Nieuhof écrit à ce propros : « Qui eút regardé le P. Adam de ce costé là ? II avoit desja receu dans ses griffes trois cens toeis dargent pour sopposer à nostre entreprise. »36 II est très possible que le P. Schall ait reçu cette somme, remise à lui par la ville de Macao, étant donné qu’elle avait déjà autorisé Magalhães à promettre n’importe quelle somme aux mandarins pour faire échouer cette ambassade. D’ailleurs, les supérieurs des Jésuites n’ont pas été sans tremper dans cette affaire. Il est même possible que l'un 84 «The Tartar President was both amaz'd and incens’d at my Answer; he was Son-in-law to one of the Vice-Roys of Cattlon,» An Em- bassy.... p. 310. 85 «I advis’d him to be very careful what he did in it, for I had spoken privately with the Emperor, who had commanded the Coli to consult with me about it; whereby he intended nothing else, than that they should follow my Sentence in it, and not recede from it.» An Em- bassy .... p. 310. 86 L'Ambassade .... p. 206. 125
  • d'eux ait confié à Schall la mission dont il vient si bien de s’acquitter. N’a-t-il pas écrit au Visiteur: « II est certain qu’il aurait suffit de 3000 taels pour offrir à 1’Empereur un présent qu’il aurait mieux accepté que tous ceux des Hollandais et par conséquent pour confirmer la faveur à notre égard et barrer la route à ces hérétiques. Mais nous sommes trop loins de Macao pour aviser ses habitants de ce qui se passe et il est probable que l’on ne nous aurait pas écoutés ; néanmoins, jassure Votre Révérence que, autant que me le permettra mon pouvoir, je n’épargnerai ni mon savoir-faire ni ma peine pour présenter ces Hollandais sous leurs vrais traits d’origine. »57 Ce passage nous montre clairement la complicité des supérieurs. Ces événements laissèrent également des empreintes sur les Jésuites de la cour. On a vu au chapitre précédent la discorde que régnait parmi eux mais il est évident qu’ils surent saccorder pour faire face à un ennemi commun. Magalhães rapporte qu’ils sont souvent allés chez le P. Schall pour discuter avec lui des affaires des Hollandais58. Ils surent dailleurs si bien cacher leur désaccord que les Hollandais ignorèrent tout des accusa- tions que les pères s'étaient lancées entre eux peu de temps aupa- ravant, sinon ils se seraient fait une joie de les divulguer partout en Europe. Cependant la lettre de Magalhães témoigne encore de beau- coup de jalousie à legará du P. Schall, car il ne voulait pas que tout le mérite de la victoire retombât entièrement sur ce dernier. C'est pourquoi il écrivit au capitaine-général de Macao pour lui faire savoir que cette ville devait beaucoup au P. Jean Vallat qui navait cessé de solliciter le P. Schall en 1’exhortant à tout faire auprès de 1’Empereur pour 1’amour du Portugal et en lui four- nissant les arguments nécessaires à la défense de cette cause89. 37 « Certain it is, that three thousand Tays were sufficient to make a Present to the Emperor, more acceptable than all the Dutch have brought, thereby to confirm the Emperor's Favor to us, and interclude all Ways to these Herecticks; but we are at too great a distance from Maccoa, to acquaint them with these Passages, and probably we might not be heard; nevertheless I assure your Reverend Fatherhood, that as far as my Power will extend, I will spare neither Art nor Labor to paint out these Hollanders in their true and native Colours.» An Embassy.... p. 309. 38 An Embassy.... p. 306. 39 An Embassy.... p. 306. 126
  • En même temps Magalhães a voulu convaincre ses compatriotes qu'il n'avait pas joué un rôle négligeable dans cette affaire. Ne fut-il pas le premier avec Buglio à avoir aborder le président chinois du Li Bu pour lui demander son appui ? Ils lui avaient offert un livre de géographie pour lui montrer oú se trouvait Formose et lui expliquer tout ce que la Chine avait à craindre du voisinage des Hollandais. Toujours selon Magalhães, ce pré¬ sident leur avait promis que les Hollandais n’obtiendraient jamais le droit de commercer en Chine et, précise le Père, c’était en partie grâce à son opposition que 1’affaire avait tourné au d'ésa- vantage des Hollandais40, car, explique-t-il, toutes les affaires importantes ressortissaient aux six tribunaux au point que, par- fois, 1'Empereur lui-même ne pouvait aller contre leurs déci- sions 41. Cette affirmation est fort différente de ce qu’a dit le P. Schall pour qui toute décision finale dépendait de l'Empereur, ce qui est en effet exact. Mais ce succès n’était-il pas dú surtout, affirme Magalhães, à 1’extrême bienveillance de Dieu, car « pou- vait-il oublier la piété d'une telle ville [Macao].»42 Dieu était pour les Portugais catholiques contre les Hollandais hérétiques et II avait donné aux PP. Buglio et Magalhães un pouvoir de persuasion tel qu’ils purent détoumer des Hollandais les Chinois et les Mandchous43 Si, à cette époque, les pères Jésuites de la cour s'en orgueil- lirent davoir, par leurs intrigues, entravé les desseins des Hol¬ landais, quelques années plus tard, un autre Jésuite, le P. A. Greslon dans son Hisíoire de la Chine sous la domination des Tar tares, publiée à Paris en 1671, ne se montre pas aussi empres- sé de faire retomber sur la Compagnie de Jésus toute la gloire de ce succès. II écrit à ce propos : « Ces messieurs [les Hollan- 40 «And as he promis’d, so he likewise perform’d, with other Chi¬ neses of his Party withstanding the Tartars, and anon producing the Book to them, whereunto they all gave great estimation and credit, because it was written in the Chinese Language.» An Embassy.... p. 305. 41 An Embassy.... p. 306. 42 « Can God forget the Piety of such a City,» An Embassy... p. 317. 4S « Hitherto whatever Father Lodowick Balion and myself have done to defeat the Hollanders, if it were not according to our Wishes, it was according to our Power, and by Divine Assistance it prov’d sufficient in our laying open the Qualities of this Nation, to alienate the Affections of the Chineses from them and many Tartares too ...» An Embassy... pp. 305-6. 127
  • dais] ont cru que le Pere Adam, qui estoit si bien dans 1’esprit de 1’Empereur, les avoit empesché dobtenir la liberté du comer- ce : mais ils ont pu reconnoistre depuis, que le seule jalousie, que les Tartares et les Chinois ont conceué des Estrangers, qui sont puissans sur Mer, suffisoit pour ruiner tous leurs desseins. »** En réalité, les autorités de Canton favorisaient beaucoup le commerce avec les étrangers puisque c’était un moyen de grossir le trésor public. Les Mandchous, lorsqu’ils prirent le pouvoir, trouvèrent les finances de la Chine dans un mauvais état car une grande partie du trésor qui se trouvait à Pékin avait été emporté par Li Zi-chang. Les généraux du Sud avaient surtout besoin dargent pour continuer la guerre contre les partisans des Ming. Dailleurs, le commerce avec les étrangers servait aussi à remplir leurs propres poches ! Mais à la cour, la situation était différente. A cette époque, 1'ennemi numéro un des Mandchous était Koxinga qu’ils n’avaient pu encore vaincre. Le 6 aout, 1’Empereur avait signé un décret interdisant à quiconque de faire du commerce en mer pour empê- cher tout approvisionnement des pirates : L’Empereur avait décreté: «aux vice-rois, gouverneurs et commandants en chef des Provinces de Zhe-Jian, Fu-Jian, Guang- Dong, Jiang-Nan, Shan-Dong et Tian-Jin: Le traítre pirate Zheng Cheng-gong et d'autres se sont échap- pés et cachés sur le coin de mer le plus éloigné. Jusqu'à pré- sent, nous n’avons pas réussi à les vaincre. Cela est sans doute du à des traftres qui, pour en tirer profit, ont eu des contacts secrets avec eux. Ils leur ont foumi de la nourriture et d'autres produits. Si nous ne promulgons pas de nouvelles lois pour empê- cher cela, comment nous débarrasserons-nous de ces pirates ? Désormais, vice-rois, gouverneurs et commandants en chef des Provinces sus-nommées doivent surveiller tous leur subor- donnés, civils et militaires, et interdire tout départ de navires marchands... Dans chaque port des régions côtières oú des bandits peuvent prendre pied en débarquant de leurs bateaux, grands et petits, les vice-rois, gouverneur et commandants en chef des Provinces doivent donner des instructions à ceux de leurs subordonnés qui gardent ces ports pour surveiller les points stratégiques et empêcher les bandits de débarquer soit en cons- truisant des barricades de terre soit en érigeant des palissades. Bref, ils devront partout assurer une stricte surveillance et n’au- 44 Greslon, A., Histoire de la Chine.... p. 19. 128
  • toriser aucun bateau à entrer dans le port ni aucun bandit à débarquer. Si les traítres continuent à travailler pour leur pro- pre profit et à négliger leur devoir, alors tous les officiers et soldats des postes militaires particulièrement désignés pour cette tâche seront punis selon la loi martiale; les vice-rois, gouver- neurs et commandants en chef des Provinces sus-nommées pour- ront être également punis. Je vous ordonne de mettre immédiatement en application ce décret.» *s. II fut publié au moment même oú les Hollandais cherchaient à envoyer leurs vaisseaux à Canton pour y faire du commerce. Dans ces conditions, ce que disaient les Jésuites des Hollandais ne pouvaient qu’accroitre les soupçons des mandarins de la cour. Cela dit, on peut conclure que même sans 1’action vigilante des Jésuites, il est douteux que les Hollandais auraient pu obtenir ce qu’ils étaient venu chercher. 15 «The Emperor decreed: ‘ to the viceroys, govemors, provincial commanders-in-chief of Chekiang, Fukien, Kwangtung, Kiangnan, Shan- tung and T’ien-tsin: The pirate-traitor, Cheng Ch’eng-kung, and others escaped and hid themselves in a comer of the uttermost parts of the sea. Hitherto We have failed to annihilate them. Certainly this must be because treacherous people secretly communicate with them for profit. They provide them with food and commodities. If We do not promulgate new laws to prohibit this, how can We clear out the pirates ? Hereafter: viceroys, governors, and provincial commanders-in- chief of the above-mentioned provinces are ordered to supervise all their subordinates, both civil and military, and to prohibit the sailing of merchant ships on the seas... In every port of the coastal regions, where landing can be made from the bandits’ small and large boats, the said viceroys, governors and provincial commanders-in-chief must all instruct their subordinates who guard these ports to survey the topography of the strategic points and prevent the landing of bandits either by building earth barricades or by erecting palisades. In short, they should everywhere keep a strict guard and never allow a single sail to enter the port nor a single bandit to land. If they continue to seek their own profit and neglect their duty, then all the officers and soldiers of the military posts particularly responsible for this assignment shall be punished according to martial law, and the viceroys, govemors and provincial commanders-in-chief of the said provinces shall also be liable to punishment. You are ordered to carry this edict into effect immediately.» On trouve ce décret dans le Ming Qing Shi Liao, traduit par Lo Shu-fu, dans A Documentary Chronicle.... pp. 20-21. 129 9
  • Les Jésuites, de leur côté, allaient souffrir des conséquences de ce succès qui valut à Schall de se faire un ennemi en la per- sonne du président mandchou du Li Bu appelé Guen Ko-te. En effet, le Père Franciscain Antonio de Santa Maria nous rapporte qu'en sopposant aux Hollandais, Schall setait attiré la haine non seulement de Guen, mais aussi des mandarins de la cour qui voulaient favoriser 1’ambassade hollandaise, étant donné les riches présents qu’ils avaient reçus et ceux qu’ils comptaient recevoir si 1’affaire venait à réussir **. Guen était apparenté aux plus grands personnages de 1’Empire, et plus tard il usera de ses puissantes relations à la cour pour nuire au P. Schall. Dans cette hostilité le P. Antonio a voulu voir 1’origine de la persécution qui allait survenir quelques années plus tard. 48 Sinica Franciscana, II. p. 510. 130
  • CHAPITRE V FIN DU DERNIER PRETENDANT CHINOIS, YONG-LI. MORT DE I/EMPEREUR MANDCHOU SHUN ZHI. EMPRISONNEMENT DU P. MAGALHÃES C’est à partir de 1655 que les deux pères venus de Si-Chuan commencèrent à jouir de la faveur impériale. Le P. Buglio dans son « Abrégé de la vie et de la mort du R. P. Gabriel de Magail- lans » rapporte ce qui suit: Ils furent sept ans à la Cour avant que d’estre connus du Roy: mais ce Prince ayant appris qui ils estoient, en témoigna beaucoup de joye, et leur donna une maison, une Eglise, des revenus et de 1'argent pour leur vestemens. Le Pere Magaillans, pour témoigner au Roy sa reconnoissance de tant de bien-faits, s'occupoit jour et nuit à luy faire plusieurs ouvrages curieux et ingenieux...1 1 Nouvelle Relaíion de la Chine, p. 378. Pfister écrit pourtant: « L’em- pereur, sachant qui ils étaient, leur donna, en 1653, une maison avec des revenus, de 1’argent pour leurs vêtements, et la permission de bâtir une église à 1'européenne. Elle fut nommée Tong-t’ang, et dédiée au Sauveur des hommes. Madame Justa Tchao et un régulo de la famille impériale en firent les frais.» Notices..., p. 237. Pfister précise que ces détails sont tirés du récit du P. Dunyn-Szpot; car ailleurs il rapporte que ce fut sept ans avant que les pères fussent connus de 1’empereur, fondant cette affir- mation sur l'« Abrégé de la vie et de la mort du R. Père Gabriel dc Ma¬ gaillans ... », de P. Buglio dans la Nouvelle Relaíion..., pp. 371-385. 131
  • On a déjà vu comment Magalhães avait été chargé à la cour de Zhang Xian-zhong de fabriquer des instruments astronomiques. II va désormais mettre son talent de mécanicien au Service de la cour mandchoue. On sait que 1’Empereur lui avait commandé une horloge et l’avait envoyé en 1656 à Macao pour acheter de 1’acier et des ressorts quon ne trouvait point à Pékin. Le P. Ma¬ nuel Jorge écrit le 12 mai 1658 de Nankin que le P. Magalhães avait été envoyé à Macao avec le titre de Qin Chai [*? ], c’est-à- dire haut commissaire de 1’Empereur. II était accompagné d’un Mandchou qui avait le même titre, et tous les deux avaient été reçus avec beaucoup d’honneur par les mandarins des Provinces. II rapporte en outre que Magalhães avait quitté la cour un mois après la décision de l'Empereur concernant le droit de commerce des Hollandais, c’est-à-dire à la fin du mois de septembre 1656s. Le P. Manuel Jorge dans sa lettre ajoute que la construction de l’horloge avait couté plus de 4 mille cruzados et employé cin- quante ou soixante personnes3. Depuis que le P. Matteo Ricci avait fait cadeau de deux hor- loges à l’Empereur de Chine, l’engouement des Fils du Ciei pour ces « cloches auto-sonnantes », les zi ming zhong [ ], navait jamais diminué. Mais ces horloges n’avaient pas, pour eux, duti- lité pratique comme c’est le cas en Europe; ce n’était pour les Chinois que des jouets merveilleux et des objets de curiosité. Aussi, celui qui fabriquait ces jouets n’était-il considéré que comme du artisan de première classe et ne jouissait pas du même prestige que 1’astronome dont le talent était indispensable à la Chine. Les années 1656 et 1657 marquent 1’apogée de Schall qui était devenu, grâce à ses connaissances en astronomie, l’un des personnages les plus importants de 1’Empire. L'Empereur Shun Zhi 1’avait en grande amitié. II lui rendait souvent visite au 2 Le P. Schall, par 1’entremise des messagers du vice-roi de Nankin, avait fait parvenir une lettre ainsi que le décret de 1'Empereur au P. Ma¬ nuel Jorge, supérieur de la Maison de Nankin, afin que ce demier les transmettent au P. Magalhães en route pour Macao. C'est donc lui qui apporta la bonne nouvelle à ses compatriotes de Macao qui le reçurent magnifiquement. « Annua da Vice Província da China 1657 », Jesuítas na Asia, 49-V-1458, ff. 149v-150. * Ibid., fl. 169 v. 132
  • Xi Tang4, et Schall eut 1'occasion de 1’instruire des mystères de la religion catholique car Shun Zhi était un homme intelligent qui aimait les études et le savoir. II avait une âme très religieuse. Mais malgré sa sincère affection pour Schall, il ne fut pas séduit par le Catholicisme et tomba peu après sous 1’influence de Chan Bouddhisme. C’est en 1657 que Shun Zhi, au cours d une chasse, fit la connaissance d'un prêtre bouddhiste, appelé Xing Chong [*=sl. Cette rencontre, semble-t-il, avait été préparée par les eunuques. L’Empereur, persuadé par Xing Chong que dans une existence antérieure il avait été un prêtre bouddhiste, protégea dès lors cette secte. Il invita souvent Xing Chong à Pékin pour donner des conférences, et lui donna le titre de Ming Jue Zhan Shi [ ±5 ] 5. SP II est certain qu'à partir de 1658 1’influence de Schall auprès de Shun Zhi diminua considérablement. Magalhães, dans ses Lettres Annuelles de 1658, 1659 et 1660 nous rapporte les événements qui se sont passés à la cour jusqu’à la veille de la mort de 1’Empereur. Beaucoup dentre eux, dail- leurs, ont revêtu une grande importance pour les missions puis- que la situation des Jésuites en Chine dépendait étroitement du bon vouloir de 1'Empereur. Dans la Lettre Annuelle de 1658, il écrit que les mandarins mandchous sont fortement opposés à Shun Zhi qui faisait peu cas deux et protégeait les eunuques dont les flatteries savaient gagner les faveurs du maítre". En effet, lorsque les Mandchous s’emparèrent de Pékin, Dorgon, le Régent, avait chassé la plupart des eunuques, et ceux qui restaient avaient été remis à la place qui était la leur, celle de domestique. Pour- tant, le rôle qu’avait joué Wu Liang-fu [*5], un eunuque, dans la lutte pour le pouvoir entre la faction de Dorgon et celle de 4 En 1650, le P. Schall, aidé financièrement par 1’empereur Shun Zhi, avait construit une église de style baroque. Cette église s’appelait Tian Zhu Tang I±51,], c'est-à-dire Église Catholique. Mais avec la cons- truction d’une deuxième église, celle des PP. Buglio et Magalhães, appellée 1 le Dong Tang [±5*], l’Eglise de l'Est, celle du P. Schall prit le nom de 2 Xi Tang [±5S], c’est-à-dire Église de 1’Ouest. 5 Voir Hummel, op.cit., p. 257. 3 Í5'!j£ 6 Jesuítas na Asia, 49-V-1488, fl. 226. « Estam os grandes dos Tartaros, que são jà poucos, muito desgostosos e ainda enfadados do Rey pello mao trato que lhe dá e pouco cazo que delles faz. He o Rey mancebo, e como tal, gosta de lizonjas que os eunucos sabem fazer...» 133
  • l’Empereur, lui valut de gagner la confiance de Shun ZhiT. Petit à petit 1’influence des eunuques à la cour grandit, et, en 1653, l'Empereur fit établir dans le Palais même treize bureaux qui furent exclusivement contrôlés par des eunuques. Magalhães affirme que ce sont eux qui avaient encouragé 1'Empereur à s’intéresser au Bouddhisme. En effet, les eunuques avaient intérêt à agir de la sorte. Pour ces hommes castrés il est certain que le Bouddhisme offrait plus d’attrait que le Confucianisme orthodoxe qui ne leur laissait aucune place dans la société. Les eunuques qui avait dú remarquer les penchants mystiques de Shun Zhi, 1’ont sans doute poussé dans cette voie. Magalhães raconte que Shun Zhi avait invité à plusieurs reprises un bonze très connu à venir à Pékin (sans doute Tong Xiu), mais ce dernier pour exciter le désir de l’Empereur, refusa ces invitations. En effet, Magalhães écrit, « 1’Empereur, en six mois, avait envoyé quatre ambassades avec ordre, la demière fois, de ne pas revenir sans le bonze. » 8 Tong Xiu vint à la cour en 1659, et y resta quatre mois, de mars à juin. II eut une telle influence sur Shun Zhi que ce dernier se proclama son disciple ! Un autre prêtre bouddhiste, Dao Min [*5], qui avait su égale- ment plaire à l’Empereur, séjourna à la cour de novembre 1659 à juin 1660. Tong Xiu revint à Pékin à la fin de 1660 et y resta jusquau mois de mars, c’est-dire un mois après la mort de l’Em- pereur. Ainsi, pendant ses dernières années, Shun Zhi fut toujours entouré des bouddhistes. Mais les eunuques et les bonzes ne furent pas les seuls à avoir de 1'influence sur Shun Zhi pendant ces années-là. Une femme pour qui l'Empereur s’était pris de passion, allait jouer également un rôle important auprès de lui. Magalhães rapporte qu’elle était la femme d'un tartare noble •. Au cours d’une visite 7 Voir Hummel, op.cit., p. 256. » « ... e vay em seis mezes que o Rey mandou a quarta embaixada ordenando aos Embaixadores que não tomassem sem o bonzo.» Jesuítas na Asia, 49-V-14««, ff. 226 v-227. 0 Pour 1’historien chinois de la fin du XIXe siècle, Chen Yuan [4=5], le mari de cette femme n’était autre que Bombogor, le demi-frère cadet de 1'Empereur. (Hummel, op.cit., p. 257). Bombogor mourut le 22 aout, un mois avant que cette femme n'entre dans le palais. C’est 1’époque ou les ambassadeurs hollandais se trouvaient à Pékin. Ils attendaient d’être 134
  • à la reine-mère voulue par 1’étiquette de la cour, 1’Empereur 1’ayant aperçue, lui adressa la parole. Son mari ayant appris ce qui cetait passé, lui en fit le reproche. La femme, lors dune autre visite à la reine-mère, raconta tout à 1’Empereur qui se sentit offensé et chercha 1’occasion de se venger. Prenant prétexte d’une peccadille, il gifla le mari en public. Le pauvre homme ne put survivre à cet affront et mourut peu après. Sans tarder, sa femme10 fut appelée au Palais ; elle devint la concubine préférée de Shun Zhi, et fut élevée au titre de Don Gong [ *=? ] qui la plaçait immédiatement derrière Tlmpératrice11. A 1’instigation des eunuques, Shun Zhi, trois ans plus tôt, avait répudié lTmpé- ratrice qui était la nièce de la reine-mère. Magalhães rapporte qu'il avait agi ainsi pour épouser la sceur de l’ex-impératrice12. Cela est faux; en réalité, la reine-mère avait tout arrangé pour que 1’Empereur épouse sa grand-nièce, cela sans doute pour qu'elle-même puisse garder son influence auprès de 1’Empereur. Et il semble bien que les rapports de l’Empereur et de sa mère eurent à souffrir de cet épisode. La décision de 1’Empereur d'augmenter le pouvoir des eunuques à la cour avait été pris pour contrebalancer 1’influence de la reine-mère. Shun Zhi voulut encore répudier la seconde Impératrice, mais 1’opposition, sou- tenue par sa mère et les mandarins, 1’emporta. Cela nempêcha pas 1’Empereur de combler Tong O Fei, sa concubine préférée, de tous les honneurs qui n’étaient pas dus à son rang. Tong O Fei donna naissance à un fils le 12 novembre 1657, et Shun Zhi le désigna comme son successeur sur le trône. Mais le petit prince mourut le 25 février 1658, et sa mère ne lui survécut guère puisqu’elle rendit son demier soupir deux ans après. Shun Zhi ne put se consoler de cette mort. Magalhães dans sa Lettre Annuelle de 1660, année ou mourut Tong O Fei, écrit à ce propos : La guerre qui cette année a cessé dans toutes les Provinces de cet empire est passée dans le Palais, ou le Roi continue à reçus en audience par 1’Empereur, mais la mort subite de ce frère fit différer cette cérémonie. Voir Greslon, A., op.cit., p. 208. 10 Cette femme appartenait au clan Donggo, et s’appelait Tong O Fei [ tç1 ], c’est-à-dire épouse issue du clan Donggo. Elle reçut le titre posthume dTmpératrice Xiao Xian [±s2]. 11 Jesuítas na Asia, 49-V-148*, fl. 227. 12 Jesuítas na Asia, 49-V-1488, fl. 227. 1 2 mÊLjá 135
  • m la faire à lui-même et aux siens, à propos de cette veuve, qui étant peu fidèle, ou plutôt traitresse à son mari, fut la cause de la mort de ce demier. Et avec sa bonne apparence, ses flatte- ries et ses parures, elle avait inspiré au jeune roi une telle affection que celui-ci, malgré le désir de sa mère, les conseils des Grands, la prit, au scandale de toute la cour, pour femme et pour seconde reine, comine nous 1'avons dit dans la Lettre Annuelle de 1658; et en cette année 1660, au début de Juin, elle tomba malade, et en peu de jours, finit la vie de cette Tartare fourbe; elle troqua les couleurs, les mots et les gestes avec lesquels elle trompa perfidement, ou pour mieux dire, elle avait volé, comme un voleur, la majesté, le titre, la grandcur et la dignité de reine contre l'horreur, le silence et la laideur de la mort. Si, au cours de la maladie, le Roi avait dépassé les limi¬ tes en se montrant excessif dans les preuves d'amour et de regret, pour sa mort, il fit tant d'extravagances que tout le monde le prit pour fou furieux13. Magalhães rapporte encore que 1’Empereur coupa sa natte, signe d’une très grande douleur chez les Mandchous, à la mort d’un père par exemple. II voulut même se tuer pour accompagner sa concubine, mais empêché en cela par la reine-mère et par ses mandarins, il força trente personnes, des dames du palais et des eunuques qui faisaient partie de 1’entourage de Tong O Fei à se donner la mort pour servir leur maitresse dans 1’autre monde14. Pour pleurer cette mort, il obligea tous les princes du sang et les 13 «A guerra, que neste anno cessou em todas as Províncias deste Império, se passou para o Passo, onde o Rey a fes continua a si, e aos seos; por respeito daquella Viuva, que sendo pouco fiel, antes traidora a seo Marido, fora cauza de sua morte. E com seu bom parecer, lizonjas, e enfeites inspirou taes affectos no Rey mancebo, que contra a vontade de sua May, conselhos dos grandes, e com escandalo de toda a corte, a recolheo por mulher, e por segunda Raynha, como dissemos na Annua de 1568. Neste anno de 60, no principio de Junho adoeceo, e em poucos dias, acabou os de sua vida esta Tartara embusteira, e trocou com o horror, silencio e fealdade da morte, as cores, palavrinhas e gestos com que fermentida enganava, ou para melhor dizer, com que, salteadora, fur¬ tava a magestade, o titulo, a grandeza, e dignidade da Raynha. Em cuja enfermidade, se o Rey passou os termos e excedeo nas mostras de affeição e sentimento; por sua morte, fes taes e tantos desatinos, que todos o julgavão por doudo e furiozo.» Jesuítas na Asia, 49-V-14133, fl. 674. 14 Cette coutume, appelée shun zang [ s=y ] était abandonnée par les Chinois qui 1'avait trouvée barbare. Mais les Mandchous 1’obser- vaient encore. 136
  • mandarins de la cour, ainsi que leurs familles, à porter le deuil pendant un mois et le peuple pendant trois jours. II fit des dépenses extraordinaires pour les funérailles. Le cercueil couta plusieurs milliers de cruzados. Un palais, des maisons, des bijoux et de riches vêtements furent brulés pour que la reine ne man- quât rien dans 1’autre monde. II avait ordonné de suspendre toutes les affaires du gouvernement, « si bien que pour 1'amour d’une mauvaise femme, il paralysa toute la vie d’un si grande Empire. »15 Lenterrement fut entouré dune grande pompe selon les rites des bonzes. D’après les récits des Jésuites, Tong O Fei avait beaucoup favorisé les bonzes et c’est surtout sous son influence que l’Em- pereur commença à inviter les bonzes à venir à la cour18. Pour- tant, il semble au contraire que cetait plutôt 1’Empereur qui avait persuadé Tong O Fei d'adopter le Chan Bouddhisme ”. A sa mort, 1'Empereur se fit raser la tête et se proclama ouvertement disciple des bonzes. Heureusement, Tong Xiu arriva fort à propos pour empêcher l’Empereur d’accomplir toutes les cérémonies de la prêtrise. Magalhães, lui aussi, parle de 1’inter- vention de Tong Xiu. II écrit que ce dernier, pour calmer 1’oppo- sition des Mandchous, persuada l’Empereur de cesser de faire tant de dépenses en 1’honneur de la défunte, car le dieu d'enfer, voyant qu'on lui sacrifiait tant de richesses, ne laisserait plus la reine sortir de son domaine18. L’amour que Tong O Fei sut inspirer à Shun Zhi devint légendaire. L'histoire la plus connue, et admise par un grand nombre des savants chinois, veut que l’Empereur désolé de la mort de sa bien-aimée, chercha la soli- tude en se retirant dans un monastère bouddhique19. 13 « ... de sorte que empachou os negocios de hum tão grande Império, por amor de huma pellice, de huma má mulher.» Jesuitas na Asia, 49-V-14185, fl. 674 v. 18 Relation Historique, p. 406. 1T Hummel, op. cit., p. 257. 18 « Porque o Pagode do Inferno, vendo que vos fazeis tantos gastos e dispendeis tantas riquezas, dirá a alma da Raynha. Tu, para onde poderás ir que melhor estejas. Tudo quanto se pode dezejar, tudo aqui tens, pera que querer tomar de novo ao mundo ? Pello que Senhor, cessai com tudo, e logo o Deos do Inferno deitará a Raynha fora daquelle lugar.» Jesuitas na Asia, 49-V-14138, fl. 676. 18 Backhouse, E. & Bland, J.O.P., Les Empereurs Mandchous, p. 33. 137
  • Pendant ces années-là, Schall fut de plus en plus tenu à 1’écart et l’on ne suivit plus ses conseils. Néanmoins, 1'Empereur garda amitié et respect pour son astrologue Occidental. Schall, voyant qu’il ne pouvait détoumer l’Empereur du bouddhisme par la raison et le bon sens, eut recours aux phénomènes céles- tes pour le menacer20. Mais ni ses prédictions de désastres, ni ses prières ne purent sauver Shun Zhi. Magalhães qui voyait dans la personne de l'Empereur une véritable menace pour les missions, interpréta sa mort survenue quelques mois après la disparition de Tong O Fei comme une divine protection. Mais avant de parler de la mort de Shun Zhi, il faut consi- dérer un instant 1'état général de 1’Empire qui pendant ces années-là va subir des changements importants. Magalhães, écri- vain prolifique, ne manque pas de nous renseigner dans ses Lettres Annuelles sur ce qui s’est passé au sud de la Chine. A la mort de Shun Zhi, les ultimes espoirs, pour les Ming, de se rétablir étaient sur le point de s’éteindre. Le dernier pré- tendant chinois, Yong Li, sou tenu par deux généraux, Qu Shi-si 1 MíÇfB [*=sa] et Jiao Lian [*=?*], des Chrétiens chinois, et appuyé par 2 fêjgj ceux de Macao qui lui envoyaient de temps à autre des canons, put tenir tête aux Mandchous pendant quelques années21. Mais sa propre lâcheté et son incapacité 1’obligeaient toujours à pren- dre la fuite chaque fois que l’armée mandchoue approchait. A partir de mars 1649, les forces des Mings furent défaites à plusieurs reprises. A la fin de 1650, les Mandchous prirent Canton et Gui-Lin. Qu Shi-si22 fut capturé et exécuté. Yong-Li, vaincu dans le sud de la Chine, chercha un refuge en fuyant vers l’Ouest. 20 Relations Historiques, pp. 408-410. 21 Les Portugais de Macao avaient tout d’abord offert leur aide aux partisans des Ming, sans doute parce que les Provinces du Sud étaient encore sous la domination de ces demiers. Mais le concours de Macao ne suffisait pas pour rétablir les Ming. Aussi, les Portugais qui avaient perdu espoir de voir restaurer Ia dynastie chinoise, finirent par prendre le parti des Mandchous. Le 8 février 1651, les habitants de Macao présen- tèrent officiellement leur soumission à la nouvelle dynastie, et ce fut à partir de cette année-là seulement que les Portugais payèrent des rede- vances sur la terre au gouvernement Qing. 22 Qu Shi-si était un neveu éloigné de Qu Ru-kui. II fut baptisé par le P. Aleni et prit le nom de Thomas. 138
  • A Yun-Nan il fut invité par Sun Ke-wang à établir sa cour à An-Long [*?], Gui-Zhou. II y arriva le 15 mars 1652 et y résida quatre ans, sous la protection de Sun Ke-wang. Ce der- nier n’était autre que le fils adoptif de Zhang Xian-zhong, le Tyran de Si-Chuan. Ce fut sur son intervention, on s’en souvient, que les deux pères, Buglio et Magalhães, échappèrent de justesse à la mort. Magalhães raconte comment, après la mort de Zhang, ses soldats prirent la fuite vers le sud, et entrèrent sans résis- tance dans les Provinces de Yun-Nan, Gui-Zhou et de Hu-Guang25. Le reste de 1'armée de Zhang, vaincu par les Mandchous au Si- Chuan, décida de continuer la lutte en faveur de la dynastie Ming. Dans la Lettre Annuelle de 1658, Magalhães, relatant ce que le sort avait réservé à Sun Ke-wang, écrit que ce dernier fut élu Roi24 par ses soldats, et qu'il gouverna pendant quelques années avec beaucoup de prudence et de justice. Pourtant, le Roi Yong-Li, vaincu à Canton, se retira et s’enfuit dans les Provinces de Yun-Nan et de Gui-Zhou. Sun, rapporte Magalhães, « avec une prudence plus quordinaire, ne songeant qu’au bien commun, s’oubliant lui-même, appela ses mandarins et leur parla ainsi: ‘ Le Roi Yong-Li, détruit et vaincu par les Tartares, est le vrai Roi de la Chine, seigneur par la nature et par la raison. Si nous prenons les armes contre lui, il nous arrivera ce qui est arrivé à notre père [Zhang Xian-zhong]. Il vaut mieux que nous nous soumettions et le reconnaissions pour notre vrai Roi, et que nous unissions nos forces pour résister aux Tartares, notre ennemi commun. Et même si vous me choisissez pour votre roi et seigneur, je cède mon droit et lui offre le royaume, la couronne et le sceptre. ’ » 25 28 Jesuítas na Asia, 49-V-1498, ff. 229v-230. 2* Sun avait pris le titre de Ping Dong Wang [ á=? ], c'est-à-dire Prince qui pacifie l’Est. 25 «O que vendo o novo Rey, com prudência mais que ordinaria, lem¬ brada só do bem commun, esquecido de si, chamando seus Mandarins e Capitaens lhes fallou desta maneira. O Rey Yum Lie que pelos Tartaros destruhido e vencido he o verdadeiro Rey da China, Senhor e por natureza, por rezão. Se contra elle tomamos as armas socedernos ha o que socedeo a nosso Pay. Melhor he sogeitarnos e reconhecer nosso Natural e verda¬ deiro Rey, e ajuntando as forças resistir ao Tartaro commun inimigo. E ainda que vos me escolhestes por vosso Rey e Senhor, eu cedo do meu direito e lhe offereço o Reino, a Coroa e o Septro.» Jesuítas na Asia, 49-V-140®, fl. 230. 139
  • En réalité il semble que Sun, ayant offert sa protection à Yong-Li, garda pour lui tout le pouvoir: le Roi Yong-Li ne fut qu'un jouet entre ses mains26. Pendant ce temps-là, le second fils adoptif de Zhang, Li Ding- guo, combattait les Mandchous à Hu-Nan, Gui-Lin, Guang-Xi et Hu-Guang. Mais ses succès ne tardèrent pas à exciter la jalousie de Sun puis son antagonisme. Le 20 octobre 1657, les deux armées se rencontrèrent à San-Cha et Li Ding-guo vainquit Sun. Maga¬ lhães ajoute que Li envoya à Sun sa femme et ses enfants en lui disant qu’il faisait cela pour lui montrer que lui, Li Ding-guo, était plus fidèle à son frère [Sun] que celui-ci ne 1’était à l'égard de leur Roi [Yong Li]. II le blâma detre traítre au Roi, et lui reprocha davoir chercher à sarroger les droits de la couronne. On ne sait pas si cela est un mensonge qu’on avait lancé contre lui [Sun] ou si en effet le frère ainé [Sun], repentant, avait prétention de se faire Roi de nouveau. Ce que tout le monde croit, et que l‘on publie, c'est que le frère cadet avait inventé ce mensonge par haine et pour se venger, [car] le frère ainé lorsqu’il était Roi, et ensuite Suprême Capitaine, l’avait puni plusieurs fois pour son manque de prudence. [Li], pro- fitant d'une bonne occasion lorsqu’il [Sun] était sans soldats et négligent, soudainement et traitreusement lui fit la guerre et le vainquit27. Ainsi, continue Magalhães, Sun, se voyant « sans Royaume, sans Roi, et sans soldats, sans honneur, et dans le risque de perdre la vie, n’avait d’autre remède que daller à la frontière tartare; il s’y rendit avec sa famille ainsi qu’avec environ cinq cents soldats qui avaient voulu 1’accompagner. »28 II arriva à la cour 1’année 26 Hummel, op.cit., p. 679. 27 «O que não sabe se foy falso que lhe levantou, ou que na ver¬ dade o Irmão mais velho, arrependido se pertendia levantar e fazer outra vez Rey. O que todos crem, e sua gente aqui publica he que o Irmão mais novo em odio e vingança de o Irmão mais velho quando era Rey, e depois Supremo Capitão geral o castigar por vezes de seus erros em prudência, por esta cauza lhe levantou aquelle falso e tendo boa occasião em que elle estava sem soldados e descuidado, de repente, e a traição, lhe deu batalha e o venceo.» Jesuítas na Asia, 49-V-1468, fl. 230 v. 28 « Vendo-se Sun co vam, que este he o nome do Irmão mais velho, sem Reino, sem Rey, sem soldados, sem honra e arriscado a perder a vida, não teve outro remedio que caminhar com sua familia, e couza de 500 sol- 140
  • suivante et fut reçu par 1’Empereur avec beaucoup d’honneurs. On lui conféra le titre de Yi Wang [±=s]. Magalhães, toujours plein d eloges pour Sun Ke-wang, écrit à son propos: ... notre Seigneur a voulu récompenser par 1'honneur et le repos qu’il a maintenant du bien et de la vertu qu'il a toujours pratiqués, comme il le montra lorsqu’il était en compagnie du Tyran, réprimant toujours quand il le pouvait, sa furieuse cruauté, et après, au lieu de se garder le titre de roi, il préfère servir son Roi et son seigneur, et lui conserver les Provinces pendant douze ans28 contre les Tartaresso. A 1’arrivée de Sun à la cour, les pères Buglio et Magalhães allè- rent lui rendre visite plusieurs fois puisqu’ils se connaissaient depuns longtemps ; et Sun les reçut « avec beaucoup de joie et d’honneur. »31 Le portrait que Magalhães a fait de Sun Ke-wang reste néan- moins sujet à caution car 1’histoire chinoise le présente plutôt comme un homme sans scrupules et dévoré d’ambition. S’il avait accordé sa protection à Yong Li, ce fut, semble-t-il, pour satis- faire ses propres ambitions en se servant d’un représentant de la dynastie Ming. Dès le début, il convoita le titre de Qing Wang [ *=f ] qui pourtant ne lui fut pas accordé. Peu à peu, voyant son pouvoir sagrandir il en vint à sarroger les prérogatives impé- dados que o quizerão acompanhar pera as fronteiras dos Tartaros a que se entregou,» Jesuítas na Asia, 94-V-1468, fl. 230 v. 28 Le Roi Yong Li arriva à An-Long, Gui-Zhou en mars 1652, et Sun Ke-wang fut vaincu à la fin de 1657. II protégea donc le Roi pendant six ans au maximum et non pas pendant douze ans. II s’agit sans doute d'une faute de transcription car ces lettres annuelles conservées à la Bibliothè- que d'Ajuda ne sont pas dcs originaux, mais de copies datant du XVIII' siècle. 30 « Quiz lhe nosso Senhor pagar com a honra e descanso que agora tem, o bem e a vertude que sempre foy inclinado, como mostrou enquanto esteve em Companhia do tiranno, reprimindo sempre, emquanto podia, sua furia e crueldade; depois em lugar a dignidade de Rey, a seu Rey c Senhor Natural servillo, e concerve lhe as Províncias por espasso de doze annos contra os Tartaros,» Jesuítas na Asia, 49-V-1408, fl. 231 v. 3J Jesuítas na Asia, 49-V-1498, fl. 231. 141
  • riales : il fit construire un temple ancestral, et institua une éti- quette à la cour82. Les Mandchous voulurent sans doute profiter de la rupture entre Sun et Li pour anéantir plus facilement le dernier Ming. En effet, on avait fait publier partout que les Mandchous se préparaient à la guerre pour que Sun puisse se venger de son ennemi Li. Ce genre de nouvelle eut surtout pour résultat de semer le désordre dans le camp de Li Ding-guo qui avait encore sous lui un grand nombre d’officiers et de soldats dont les sym- pathies allaient toujours à Sun Ke-wang. Le stratagème des Mandchous, en transformant en conflit de personnes la lutte opposant deux dynasties, pouvait provoquer une division dans le camp de Li. Cette tactique peut expliquer le rapport de Maga¬ lhães selon lequel, à la cour, on avait fait savoir la perfidie dont Li Ding-guo avait témoigné à 1’égard de Sun. Mais en réalité, malgré les honneurs qu'on accordait à Sun, on se méfiait de lui, puisque ses propositions d’aller en personne mater la rébellion de sud furent toujours rejetées3S. Cette même année, les armées mandchoues pénétrèrent dans la Province de Gui-Zhou. Yong Li, accompagné de Li Ding-guo se réfugia dans la Province de Yun-Nan. Au début de 1659, 1'armée impériale prit Yun-Nan-Fu. En mars de cette même année, Yong Li quitta la Chine, et s’enfuit dans le pays voisin de Birma- nie ou il fut traité en prisonnier avant d’être livré aux Mandchous, au début de 1662. Avant de quitter la Chine, Yong Li, qui était alors soumis au pouvoir de Sun Ke-wang, fit appel, pour se libérer, au pirate bien connu Koxinga, et lui demanda de soutenir la cause des Mings contre les Mandchous. En 1657, Yong Li lui conféra le titre de Chao Wang [±5] M. Lannée suivante, Koxinga réunit sa plus grande armée et put ainsi prendre plusieurs villes sur la côte de Zhe-Jiang. Malheureusement 1’arrivée d’un typhon l’em- pêcha de pénétrer dans le Yang-Zi, si bien que le 11 septembre, il fut obligé de se retirer. Mais en 1659, après avoir pris Jin-Jiang et Gua-Zhou, il engagea une bataille devant la ville de Nankin 32 Hummel, op.cit., p. 679. 33 Hummel, op. cit., p. 679. 34 Hummel, ob.cit., p. 109. 142
  • mais fut défait, le 9 septembre, avec de lourdes pertes en hommes et en navires 3\ Cette défaite 1’obligea à se retirer à Amoy; et bien que 1'année suivante il réussit à repousser les Mandchous qui essayaient d’attaquer Amoy, ses forces étaient si diminuées qu’il avait cessé detre une grave menace pour les Mandchous. Ainsi, on peut dire qu’à la mort de Shun Zhi, presque toute la Chine était soumise à ses conquérants. Magalhães nous a laissé sur la mort de 1’Empereur un rap- port intitulé « Breve Relação da morte e eleiçam do emperador da China e Tartaria »*•. L'Empereur était tombé malade le 29 janvier 1661, et l'on sut, six jours après, qu’il avait la petite vérole. Le même soir, un pardon général fut proclamé en faveur de tous les prisonniers, sans exception37. Selon Magalhães, Shun Zhi avait voulu choisir un neveu38 pour lui succéder; mais comme les princes du sang s'y étaient opposés, le choix tomba sur le troi- sième de ses huits fils Xuan Ye [*=?], qui prit le titre de règne de Kang Xi [ *5 ] 3\ Magalhães raconte que la mère de Kang Xi J||JE était elle aussi une veuve que l’Empereur avait prise pour con- cubine. Mais cette femme, après avoir donné le jour à un fils, perdit la faveur de Shun Zhi, si bien que Kang Xi fut élevé hors du Palais, vivant avec sa mère et sa grand-mère maternelle 35 Rougemont, op.cit., pp. 28-39. 18 II y a deux copies de cette Relation, dont 1’original se trouve à la Real Academia de la Historia, Madrid, Jesuítas, Legajo 22, ff. 19-20. Cette Relation suit celle qui a pour titre « Relação da prizão e liberdade do Padre Gabriel Magalhães da Companhia de Jesus em Pekim, Corte da Gram China e Tartaria». Voir El Archivo del Japon du Père Josef Franz Schutte, p. 332. La copie du XVIIIC siècle se trouve à la Bibliothèque d'Ajuda, Jesuítas na Asia, 49-V-15, ff. 24-25 v. 37 Ce décrét fut limité plus tard par les régents. 88 «Illeto [?] ». Je n'ai pas pu identifier ce nom. II est possible que ce «neveu » soit Giyesú, le premier prince Kang [±5], petit-fils de Daisan, donc neveu de 1’Empereur Shun Zhi. En 1659, il fut fait héritier du titre et des privilèges de Daisan. Voir Hummel, op.cit., p. 270. 89 Selon le P. Schall, Shun Zhi lui avait demandé son avis pour 1'élection d’un successeur, et Schall, en accord avec la reine-mère, indiqua Kang Xi. Magalhães ne mentionne pas 1’intervention de Schall à cette occasion. Kang Xi fut choisi parce qu’il avait déjà eu la petite vérole; il était donc imunisé contre cette maladie fatale dont un grand nombre de membres de la famille impériale avaient été atteint. 40 La mère de Kang Xi était la filie de Tong Tu-lai. Buglio et Maga¬ lhães après leur arrivée à Pékin furent envoyés chez Tong Tu-lai en tant 143
  • Magalhães écrit qu’entre les mois de décembre 1660 et jan- vier 1661, un grand nombre des princes du sang moururent de la petite vérole. Parmi ceux qui échappèrent à cette maladie mor- telle, se trouvait un cousin de I’Empereur, âgé de trente ans. Au soir du 5 février, voyant 1’Empereur au seuil de la mort, il voulut prendre congé de lui et lui demanda la permission de rentrer chez lui. Mais 1'Empereur craignant qu’il ne complote contre sa per- sonne, 1'autorisa seulement à se retirer dans une chambre du palais; il justifia cet ordre en arguant qu’il pourrait ainsi plus facilement le convoquer et le consulter sur les affaires de 1’état, et l’avoir à ses côtés à 1’heure de la mort. Et dès que ce grand prince fut sorti, l’Empereur convoqua tous les autres princes, et proclama Kang Xi son successeur. Il nomma également quatre régents pour gouvemer à la place de son fils qui n’avait alors que huit ans. Ces quatre régents étaient: Soni, Suksaha, Ebilun et Oboi41. Magalhães écrit dans sa « Breve Relação » combien le peuple, les mandarins et les princes de la cour se réjouirent de cette mort; les missionnaires eux-mêmes n’en furent pas moins con- tents car pour tout le monde, explique Magalhães, Shun Zhi se montrait de plus en plus tyrannique. Il n’acceptait plus les con- seils qu'on lui donnait et s'emportait facilement contre ceux qui voulaient lui en donner. Il était devenu violent et autoritaire. Il avait également indisposé les princes mandchous par des dépen- ses injustifiées qui vidaient le trésor royal et par la protection qu’il accordait aux eunuques42. Les habitants de Pékin en vou- que membres de sa bannière. Ainsi, les deux pères ont du avoir une cer- taine intimité avec la maison de Tong Tu-lai. Kang-Xi avait effectivement vécu hors du Palais Interdit. Voir Hummel, op.cit., pp. 327-328. 41 Dans les rapports contemporains des Jésuites : Soni, Sucama, Ebi- cum et Patorocum. EE.ÉE 42 Shun Zhi, avant de mourir, avait fait appeler Wang Xi [ s=f1 ] ,-H-rv ministre de Han Lin Yuan [ ±5 2 ], pour rédiger son testament. Ce testa- JL ment fut détruit par la reine-mère et les quatre régents, qui en firent un autre dans lequel 1‘Empereur se blâmait d’avoir été si extravagant avec sa concubine, d‘avoir préféré les mandarins chinois aux mandarins mand- 144
  • lait à leur Empereur pour ses fréquentes sorties de chasse à 1’occasion desquelles tout commerce se trouvait à chaque fois interdit4J. Magalhães ajoute : Nous aussi nous nous réjouissons, et avec nous, toute la Chrétienté, car [l'Empereur] était si pénétré de Bouddhisme (comme c’est dit dans la lettre annuelle de ’60), il écoutait et faisait tant cas des bonzes, que nous craignions qu'un jour il ne prit quelque mesure tyrannique contre la sainte loi de Dieu, ce qui serait probablement advenu s'il n’était mort. En effet, il avait préparé un livre qui contenaient des mots d'hostilité aux mathématiques et aux Sciences européennes, propos habi¬ tueis à beaucoup de Chinois malveillants et aux bonzes. Ces mots étaient: ‘ guetter le ciei avec un tuyau 44 comme la grenouille voit et regarde le ciei de sa mare, seul endroit qu’elle connait, voilà ce que sont les Sciences d'Europe; et ainsi quelle com- paraison peuvent-elles avoir avec nos Sciences et nos trois lois, celles des Dao Shi [±5], des bonzes et des lettrés?’ Cela, et £g[j5fl d'autres sottises pareilles, voilà ce que disait le Roi dans le livre qu'il avait fait, ou que les eunuques et les bonzes lui avaient dicté ou préparé45. II est peu probable que 1’Empereur Shun Zhi ait personnelle- ment pris position contre les mathématiques des Européens. En chous, et d’avoir remis en place des bureaux contrôlés par les eunuques. Peu après la mort de 1’empereur, Wu Liang-fu [ ±53 ], 1'eunuque favori de Shun Zhi fut exécuté. Voir Hummcl, op. cit., p. 258. 43 En effet, les premiers empereurs mandchous partaient à la chasse, divertissement militaire par excellence qui convenait particulièrement à ces conquérants au repos. 44 Par «tuyau », il faut entendre téléscope. 45 « Folgamos nos também, e com nosco toda a Christandade; por¬ que como estava tão entrado do Pagode (como se disse na Annua de 60) ouvia e fazia tanto cazo dos Bonzos, tinhamos medo, que hum dia sahisse com alguma ordem tyranica contra a Santa Ley de Deos, como he mais que provável sairia se não morresse. Pois a tinha feito hum Livro, em que dizia algumas palavras contra a Mathematica, e Sciencias Europeas, couza ordinaria, que os Chinas malévolos e Bonzos sempre dizem. As palavras do Livro erão: Espreitar com hum canudo o Ceo, como a Ram, que do charco, que só sabe, e conhece, vé, e olha para o Ceo: Estas são as Sciencias de Europa; e como sejão taes, que comparação podem ter com as nossas Sciencias, e 3 Leys, dos Tao su, Bonzos, e Letrados ? Estes, e outros semelhantes disparates, dizia o Rey no Livro, que tinha feito, ou os Eunucos, e Bonzos lhe ditarão e fizerão.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 20. 145 to
  • tant qu’Empereur de Chine, il aurait pu facilement renvoyer le P. Schall et le remplacer par des astronomes chinois ou musul- mans s’il avait été persuadé de 1’infériorité de la Science euro- péenne. II est beaucoup plus probable que les eunuques ou les bonzes avaient eux-mêmes rédigé le livre auquel Magalhães fait allusion avant de 1’attribuer à 1’Empereur afin de montrer que le Fils du Ciei s etait affranchi de 1’influence des Européens, c’est- à-dire de l’influence du P. Schall. On peut discuter l'affirmation de Magalhães selon laquelle la mort de Shun Zhi a empêché la persécution des Chrétiens. Magalhães fonde son argumentation sur les deux points suivants : dabord, 1’Empereur qui était un bouddhiste convaincu devait avoir gardé quelque hostilité à legará des Chrétiens. Ensuite, Shun Zhi qui se montrait de plus en plus tyrannique, pouvait être amené, étant donné sa violence et son intolérance, à per- sécuter les Chrétiens. En fait, si étrange que cela puisse paraitre à un père Jésuite, c’est à 1’attrait de 1’Empereur pour le Bouddihs- me que le Christianisme devait d etre provisoirement toléré en Chine. J.J.M. de Groot a montré clairement dans son livre Secta- rianism and religious persecution in China que la Chine a presque toujours été soumise à un régime issu du Confucianisme ortho- doxe qui refusait toute coexistence avec une autre religion de doctrine contraire. Cest pourquoi le Bouddhisme na été vrai- ment florissant en Chine que durant le règne des empereurs particulièrement favorables à cette croyance ou aux époques qui ont vu le pays sous domination étrangère. En effet, les boud- dhistes suivant 1’exemple de leur fondateur qui avait lui-même abandonné sa famille, quittaient leurs parents pour vivre à 1'écart du monde. En agissant ainsi, ne commettaient-ils pas, aux yeux des confucéens, le plus grand péché contre le príncipe sacré de # Xiao [*=?], la piété filiale ? Un bonze ou une nonne bouddhiste qui gardaient le célibat n’allaient-ils pas encore à 1’encontre de ce précept confucéen qui veut que chaque personne ait des des- cendants mâles pour le sacrifice des ancêtres ? Mencius a dit: « Trois choses sont contre le Xiao, mais la plus mauvaise c’est de navoir pas de postérité. »40 Dans un pays ou les lettrés déte- 44 Voir Groot, JJ.M. de, Sectarianism and religious persecution in China, p. 51. On verra plus loin que Yang Guang-xian, le persécuteur des Chrétiens, adressera à peu pròs les mêmes reproches aux pères jésuites. 146
  • naient leur autorité des examens qu’ils avaient passés et qui portaient uniquement sur les classiques confucéens, tout ce qui s'opposait au confucianisme était considéré comme hérétique et dangereux pour 1’état. Les successeurs de Shun Zhi adopteront la doctrine officielle confucéenne et ne toléreront pas 1’existence d’autres formes de cultes qu’ils considéraient comme subversives. Pour un lettré confucianiste, le Christianisme autant que le Bouddhisme avait des principes opposés à ceux du Confucianisme. Ainsi, le fait que Shun Zhi avait accordé sa préférence à une religion difficile- ment tolérée par les lettrés, a du sans doute rendre moins rigou- reuses les persécutions contre toute religion non orthodoxe. Deux mois à peine après la mort de Shun Zhi, Magalhães fut accusé devant le Du Bu Si [ *=? ]47 d’avoir mis à 1’abri dans WJ son Eglise 1'argent d’un gouverneur municipal. Or, ce gouverneur était lui-même accusé de trahison et d’avoir volé cet argent au trésor royal. A ce sujet Magalhães a laissé un long rapport intitulé « Relação da Prizão et liberdade do Padre Gabriel de Magalhães da Companhia de Jesus em Pekim, Corte da Gram China e Tartaria »48 dans lequel il nous fait part de tout ce qui sest passé. Parmi les convertis de Pékin se trouvait une dame chinoise appellée Justa. Son mari passa du côté des Mandchous lorsque ceux-ci prirent la Province de Liao-Dong qui était sa province natale. II fut envoyé à Shen-Xi, ou il devint vice-roi, avant de trouver la mort en combattant les rebelles. L'Empereur, pour 47 « Tu pu [Du Bu Si] est comme le Tribunal du grand Prevost de 1’Hôtel. II a deux emplois; le premier d‘arrester les voleurs et autres malfaiteurs, et de leur faire leur procez, et alors s’il les trouve innocens, il les delivre, et s’il les juge dignes de mort, il les livre au Tribunal criminei.» Nouvelle Relaíion de la Chine, p. 237. 48 L'originale de ce texte se trouve à la Real Academia de la His¬ toria, Jesuítas, Lcgajo 22, ff. 1-18 v. La copie du XVIII' siècle se trouve à la Bibliothèque d'Ajuda, Jesuítas na Asia, 49-V-15, ff. 1-24. L'original est dans un mauvais état et les feuilles sont quelque peu rongées. C'est pourquoi là ou je n’ai pu déchiffrer le texte, je me suis servie de la copie d’Ajuda. 147
  • récompenser la famille de ce brave, nomma son fils, Simão, gouverneur d'une ville en le dispensant des examens nécessaires pour obtenir un tel poste. Justa, après la mort de son mari, s’ins- talla à Pékin, oú elle reçut bientôt le baptême. Magalhães rapporte qu’elle sut gagner lamitié des pères par sa dévotion, sa piété et sa générosité à l’égard des Chrétiens moins fortunés quelle49. Le fils, après avoir été gouverneur de deux villes pendant sept ans, fut nommé en 1658 Zhi Fu, c’est-à-dire préfet de Ning-Guo L±ç], ville très riche de la Province de Jiang-Su. Justa avant de partir le rejoindre dans le Sud, alia voir Buglio et Magalhães dans leur Eglise et leur demanda de garder quelques effets per- sonnels. Les deux pères ayant accepté, elle revint quelques jours plus tard à 1'Eglise accompagnée de sa servante, appelée Rosalia, et portant deux caisses remplies de vêtements et de pièces de soie entre lesquels se trouvaient glissés 14 mille cruzados. Les pères acceptèrent bien volontiers de prendre les caisses mais refusèrent absolument de garder 1'argent. Justa se plaignit tant de navoir personne à qui le confier qu’à la fin les deux pères se laissèrent fléchir. « Nous leur permimes à elle et à sa servante, » écrite Magalhães, « d’enterrer le dit argent dans un endroit secret de cette Résidence. »50 Buglio et Magalhães n’ignoraient pas com- bien il était imprudent d etre les gardiens de cette somme. Mais s’ils prirent ce risque c’est bien parce qu’ils ne pouvaient pas refuser de rendre Service à une Chrétienne et à une bienfaitrice exceptionnelle. 49 Justa et son fils Simão furent baptisés à la fin de septembre 1649. Cétait l’époque à laquelle faisait rage la querelle entre les Jésuites de la cour. Schall venait de chasser le P. Furtado de sa maison, ce qui avait poussé les Chrétiens chinois de Pékin à le condamner publiquement. Parmi ces Chrétiens se trouvaient Simão et Justa, tous les deux convcrtis depuis quelques jours. Cela ne les avait pas empêchés de montrer leur ferveur de nouveaux baptisés et de sermonner le P. Schall, lui conseillant de renvoyer son domestique, de rappeler son supérieur, le P. Furtado, etc.... (Jap-Sin 142, n° 20, ff. 17-18). II n’est donc pas surprenant que Justa ait gagné toute la confiance et le dévouement du P. Magalhães. D’ailleurs, Justa avait offert de 1’argent pour la construction de Dong Tang, 1’église des PP. Buglio et Magalhães. Voir Pfister, p. 237. 50 « ... permittimos, que ella com sua criada, enterrasse a dita prata em hum lugar escuzo desta Residência.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 1 v. 148
  • Lannée suivante, en 1659, Koxinga, secondé par le général Zhang Huang-yen [**] 51 envahit, à la tête dune puissante armée, la Province de Jiang-Su. Avant de mettre le siège devant Nankin, ils avaient pris plusieurs villes de cette Province. Koxinga prit les villes de Gua-Zhou t**1], Zhen-Jiang [s?*], et Zhang gagna les villes de Wu-Hu [±5*], Tai-Pin 0=s4], Ning-Guo [±53] et d’autres ®2. Simão, le préfet de Ning-Guo, prit la fuite pour Nankin ; sa mère qui s'était d’abord retirée à Zhe-Jiang, l’y rejoignit seule- ment après que Koxinga eut été défait devant cette ville. L’année suivante, en 1660, elle regagna la cour. Magalhães raconte que Simão fut obligé de quitter Ning-Guo non seulement parce qu’il n'avait pas assez de soldats pour la défendre, mais encore parce que le peuple voulait livrer la ville à Koxinga et pour empêcher le préfet d’intervenir, voulait I’attacher. Les habitants de Ning- Guo ne furent pas les seuls à procéder de cette façon. En effet, lorsque le général Zhang Huang-yen remonta le Yang-Zi, le peu¬ ple et les mandarins de plusieurs villes vinrent se soumettre à lui. Sans doute avaient-ils cru un moment 1’armée de Zhang et de Koxinga capable de restaurer la dynastie chinoise5S. Cinq serviteurs accompagnèrent Simão dans sa fuite mais 1’abandonnèrent ensuite pour regagner la cour. Ils vinrent voir Julia, la sceur de Simão (Justa, la mère, était alors dans le Sud), et lui montrèrent une lettre destinée à Koxinga, signée de Simão lui-même, scellée de son sceau et par laquelle, prétendaient-ils, il livrait la ville de Ning-Guo au pirate. Ils la menacèrent d’accuser son frère devant les Tribunaux si elle refusait de leur donner la liberté. Julia qui ne savait pas lire, appela son petit cousin qui confirma que la signature et le sceau étaient ceux de Simão. Ainsi Julia, pour ne pas trahir son frère, rendit la liberté aux serviteurs qui avaient présenté un faux uniquement à cette intention. Julia prit la lettre et la brúla ®4. mm 2 mm 3 mm 4 5 mm 31 Zhang Huang-yen fut l’un des plus fidèles partisans des Ming. Depuis 1645 il soutenait le Prince de Lu, le frère du demier Empereur Ming. En 1664, trahi par un de ses lieutenant il fut pris et exécuté par les Qing. 32 Hsieh Kuo-chen, « Removal of Coastal population », Chinese Social and Political Review, XV, p. 561. 33 Keene, D., The Battles of Coxinga, p. 49. 31 Jesuítas, Legajo 22, ff. 2-2 v. 149
  • Justa en arrivant à la cour fut assaillie par cTautres serviteurs qui voulurent d’abord lui extorquer de 1’argent par des menaces ; ne pouvant y parvenir, ils prirent contact avec la suivante, Rosa- lia, pour tenter de perdre leur maitresse. Rosalia leur ayant appris que Justa avait déposé des caisses contenant une grande somme d’argent dans 1’Eglise des Pères, ils décidèrent d’accuser Simão d’avoir volé quatorze mille cruzados au Trésor Publique de He-Jian [ ], ville ou Simão avait été gouverneur auparavant, et d’avoir déposé cet argent chez les pères Jésuites. A propos de cette affaire, Magalhães fut cité devant les juges le 9 avril 1661. Le P. Buglio, parti en mission, était absent si bien qu’il ne fut pas sommé de comparaitre. Magalhães écrit que Rosa¬ lia et les deux accusateurs, accompagnés de deux petits magis¬ trais, avaient pénétré la veille dans 1’Eglise pendant son absence. Ils prirent dans les caisses pour acheter les mandarins siègeant au Tribunal la somme de 3000 cruzados; le reste, soit 11 mille cruzados, ils le déposèrent au Du Bu Si. Le président du Tri¬ bunal, voyant qu’il sagissait là d une affaire d’argent « que les Tartares estiment comme si c'était de la rebellion »”, n’osa pas prendre de décision, et envoya 1’affaire devant le Tribunal des Crimes, le Xing Bu ”. Justa et Julia furent également citées. Entretemps Simão fut accusé à Nankin d’avoir livré la ville de Ning-Guo à Koxinga. Selon Magalhães, cette accu- sation de haute trahison n etait fondée que sur la fausse lettre fabriquée de toutes pièces par les serviteurs pour obtenir de Julia leur liberté. Comment une lettre qui n’existe plus, puisqu’elle a été brúlée, pouvait constituer une preuve de rébellion est un point qui m’échappe, d’autant plus que Magalhães n'apporte aucune précision supplémentaire à ce sujet. Je rappelle à cette occasion que la fuite ou la défaite étaient, en ce temps-là, punies de mort. Le fait que Simão ait fui sa ville était suffisant pour le con- damner. 55 «...que os Tartaros estimão, como se fosse de rebellião...» Jesuítas, Legajo 22, fl. 3. 30 Ce Tribunal est divisé en 14 bureaux, qui correspondent aux 14 Provinces de la Chine. La Province de Pékin n'a pas de bureau à elle, car, dit-on, là ou habite 1’Empereur, il ne devait pas y avoir de crimes. 150
  • L’affaire de Magalhães fut envoyé devant le bureau de Nan- kin du Tribunal des Crimes, parce que le crime dont on le char- geait concernait directement Simão, accusé à Nankin de haute trahison ; et comme c’était une accusation grave, on avait nommé, pour juger ce cas, deux présidents supplémentaires, ceux des bureau de Guang-Dong et de Shen-Xi. Selon Magalhães, les juges étaient, dès le départ, hostiles aux accusés, et tout fut fait, pen- dant le procès, pour leur nuire. II affirme que les magistrais nont jamais voulu 1’écouter alors qu'ils furent très attentifs à ce qui disaient les accusateurs. Le juge de Guang-Dong alia même jusqu’à prendre à part les accusateurs pour leur indiquer ce qu’il fallait dire afin de faire condamner les accusés. C’est ce qui explique qu'au cours du procès les accusateurs changèrent sept fois la nature du crime qu’ils reprochaient à Magalhães et à Justa87. Magalhães fut d’abord accusé d’avoir reçu une somme de 14 mille cruzados que Simão avait volée au Trésor Public de la ville de He-Jian dont il fut le préfet. Cette première accusation fut probablement faite avant que Simão fút accusé à Nankin. Ensuite, les accusateurs affirmèrent que cet argent n’avait pas été déposé dans 1’Eglise des deux Jésuites en 1658, mais en 1660, une fois Justa revenue de Ning-Guo à la cour de Pékin. Cela supposait donc que cet argent avait été acquis injustement par Simão à Ning-Guo ou à Nankin. Les accusations devenant de plus en plus graves, les accusateurs dirent que Justa, en venant du Sud, s’était arrêtée dans une ville, à deux jours de marche de la cour, ou elle avait livré trois caisses à deux hommes et à Rosa- lia, en leur ordonnant de les porter à 1'Eglise puisque les Pères devaient se servir de cet argent pour suborner les mandarins. Enfin, ils firent venir un faux témoin, un parent de Justa, qui pour 150 cruzados, affirma faussement que sur 1’ordre de Justa et de Simão, 14 mille taels avaient été pris dans le Trésor Publi¬ que et envoyés au P. Manuel Jorge, alors supérieur de la maison de Nankin. Celui-ci devait faire parvenir cet argent aux Pères de la cour pour le donner aux mandarins afin de les rendre favo- rables à Simão dans son procès. Les accusations prirent de plus en plus d'ampleur, et ris- quaient de compromettre les missions mêmes car elles suppo- 57 Jesuítas, Legajo 22, fl. 3v. 151
  • saient la complicité des Jésuites dans une affaire de haute trahi- son. Heureusement, nous dit Magalhães, on put réfuter les accu- sations faussement lancées contre le P. Manuel Jorge, sans quoi ce dernier aurait été sans doute cité lui aussi devant le Tribunal. Magalhães écrit que pendant tout le procès, les juges furent particulièrement injustes et cruels à l’égard des accusés. Le 12 avril, on mit le P. Magalhães à la torture pour le forcer à recon- naitre qu’il avait pris 1’argent afin de corrompre les mandarins : on lui serra les pieds dans une machine de bois, mais en vain. On le tortura une seconde fois, le 10 mai, sans qu'on put obtenir de lui cette fausse confession. Magalhães explique 1’injustice et la cruauté dont il fut victime par la cupidité des membres du Xing Bu. Les mandarins avaient compté sur Justa et sur le Père pour recevoir une grosse somme dargent, ce qui ne s’est pas produit, alors que les accusateurs leur avaient offert une grande partie de 1’argent volé dans les deux caisses8S. Au fait, ce que Magalhães n'a pas compris, ou n'a pas voulu comprendre, c’est que les accusations lancées contre eux ne pro- venaient pas uniquement de la malveillance des domestiques ou de la cupidité des mandarins mais avaient aussi une explication d’ordre politique; elles ne s'appliquaient pas uniquement à la famille de Simão et au P. Magalhães mais également à tous les habitants de Jiang-Su. Au début de l’année 1661, le magistrat de Wu-Xian t**1], Ren Wei-chu 2] par sa façon aussi cruelle qu’injuste de percevoir les impôts, suscita des protestations chez nombre d’élèves et de lettrés. Ceux-ci s’assemblèrent devant le Temple de Confucius le 4 mai et présentèrent une pétition au gouverneur du Jiang-Su, Zhu Guo-zhi [ *=* ], qui demandait le ren- voi du magistrat. Mais ce gouverneur ne prit aucune mesure con¬ tre le magistrat puisque ce dernier n’agissait que sur son ordre. Au contraire, il envoya un rapport à Pékin pour accuser les élèves et les lettrés d’avoir provoqué des émeutes à propos des impôts. A cette époque-là, les régents regardaient déjà dun mauvais ceil les habitants de Jiang-Su. Ces nouveaux maitres de la Chine, voyant s’affermir leur pouvoir, se montrèrent beaucoup moins tolérants à legard des opposants et soupçonnèrent les Chinois d’être peu favorables à leur dynastie. C’est pourquoi, profitant 68 Jesuítas, Legajo 22, fl. 3v.
  • de 1’occasion, ils méditèrent de punir les habitants de Jiang-Su, eux qui s’étaient si traitreusement rendus au pirate Koxinga lorsque ce dernier avait envahi cette Province en 1659. Après avoir reçu le rapport du gouverneur, les régents se pressèrent d’envoyer à Nankin des magistrais pour juger non seulement les responsables de la manifestation devant le Temple, mais aussi une centaine de personnes accusées de s etre rendues à Koxinga80. Le procès commença à Nankin au début du mois de mai et un grand nombre daccusés furent condamnés à mort. II est très possible que parmi eux se soit trouvé Simão qui, selon Maga¬ lhães, fut condamné à mort à Nankin pour avoir livré la ville de Ning-Guo à Koxinga. Magalhães rapporte que six cents hom- mes furent à cette occasion condamnés eux aussi à mort et exécutés *°. Ainsi, on peut comprendre que les accusations lancées contre Simão, contre sa famille et contre Magalhães étaient direc- tement liées aux désordres politiques à Jiang-Su, car les régents voulaient purger 1’Empire de ses éléments douteux. Nous avons une lettre du P. Philippe Couplet, écrite à Fu- Zhou et datée du 15 février 1663, dans laquelle il relate Tempri- sonnement de Magalhães et la condamnation à mort de Simão. On ne sait pas ou il avait obtenu ses informations, des Pères de la cour ou des Pères résidant à Nankin, ou encore des gazettes chinoises, mais sa version diffère de celle du P. Magalhães. II écrit: Ce qui est arrivé après leur départ [Grueber et Dorville] concerne le Père Gabriel Magalhães, qui, avant l'arrivée de l'in- terdit de Rome, avait de nouveau accepté de garder une somme d’argent à titre de prêt d'une certaine vice-reine, chrétienne et charitable: et il fut finalement découvert que les mandarins d'une certaine ville qui était sous 1'administration de son fils, Simão, avaient offert de 1'argent à ce dernier pour qu’il ne les accuse pas d’avoir eu des négociations secrètes avec 1’ennemi sur la côte; c’est pourquoi par ordre du Tribunal Suprême de 59 Hummel, op.cit., p. 165. 90 « Pois com a sentença de morte, que derão contra Simão, junta¬ mente degollarão seiscentos homens, que tantos morrerão per esta causa. » Jesuítas, Legajo 22, fl. 8. 153
  • la Justice, 1’argent fut enlevé de 1'Eglise, et le Père emprisonné et torturé...81 La lettre du P. Couplet me semble éclaicir un point essentiel, c’est que Simão a été accusé, condamné et exécuté pour avoir eu affaire à Koxinga. L’implication de Magalhães dans ce procès constituait évidemment un grave danger pour les missions, car on peut supposer que les Mandchous, pendant le procès, avaient soupçonné les Jésuites d’avoir trempé dans des intrigues politi- ques, et plus précisément, d’avoir en quelque sorte offert leur appui à Koxinga. Dans une époque aussi troublée que celle-là, il nest pas étonnant que tous ceux qui avaient eu des rapports avec les rebelles fussent devenus des suspects. II est probable que les rapports amicaux que Buglio et Magalhães entretenaient avec 'If Yi-guan [ ±5 ]02, le père de Koxinga, avaient provoqué des soup- çons chez les Mandchous, car il ne faut pas oublier que Yi-guan à l’âge de 18 ans était allé vivre à Macao ou il fut l'« esclave » d’un Portugais. Là, il reçut le baptême sous le nom de Nicolao OT. Si la religion catholique ne l’a pas beaucoup marqué, il apprit énormement au contact des marchands portugais ; il ne tarda pas à les imiter si bien qu'il eut des navires à Manille, au Japon, au Siam et aux Indes. Il garda par la suite beaucoup d’amitié pour les Portugais et alia même transporter les marchandises portu- 61 «... ‘tgeen naderhandt voorgevallen is, is van Vater Gabriel Maga- lhaas, dewelcke eer dat het verbot van Roome was gecoomen weder aengenomen heeft te bewaeren het uytgesette gelt, van seechere alder christelijck en weldadighst onder Conninginne ten laasten is ontdeckt geworden, datter eenigh gelt gegeven was van de Mandorijns van seechere stadt, staende onder het gebiet ven sijnen sonne Sijmon, i namentlijck: op dat hij haar li niet en sonde beschuldigen over heimel, ’t samen span- ninge die sij met den vijandt aan de zeecant gehouden hadde weshalven door bevel van het hoogste gerichte, het gelt vijt de kerck wegh genoomen zijnde, is de vater gevangen ende gepijnicht geworden.» Cette lettre est conservée dans les archives de la Compagnie hollandaise des Indes Orien- tales, à l’Algemeen Rijksarchief te ’s-Gravenhage, K.A. 1131, ff. 336-346. L'extrait cité ici se trouve: fl. 337 v. 82 Zheng Zhi-long [ t=? ] était connu des Jésuites et des Portugais du Macao sous le nom de Yi-guan, son nom d'enfance. 03 Rougemont, op.cil., p. 7. 154
  • gaises au Japon dans ses navires, car après 1638 il fut interdit aux Portugais daller au Japon04. Lorsque Yi-guan décida d’abandonner la cause des Mings pour prendre le parti des Qing, les Mandchous ne manquèrent pas de le combler de titres ; mais en réalité, ils étaient pleins de soupçons à son égard. Déjà, en 1655, il avait été accusé detre le complice de son fils Koxinga et de lui servir despion. En 1657, Huang Wu [*=s], ancien général de Koxinga, accusa Yi-guan davoir des Communications secrètes avec son fils. II affirma que si ces Communications entre père et fils avaient été entièrement coupées, Koxinga aurait été vaincu. Magalhães, dans sa Lettre Annuelle de 1658, fait mention de Yi-guan. Il rapporte qu’en 1656, on 1’accusa d'avoir communiqué secrètement avec son fils, et par la suite, on l’exila avec toute sa famille en « Tartarie » (Ninguta, Kirin). Mais les Mandchous, craignant de voir Koxinga délivrer son père, ramenèrent Yi-guan à Pékin ou il fut mis en prison et chargé de neuf chaines65. « Dure captivité, dure prison ! Mais bien méritées pour tous les maux qu’il a faits. Pourtant nous espé- rons et nous demandons au Seigneur davoir pitié de lui pour tous les bénéfices et les aumônes que dans cette cour il nous a faits, dans le temps que nous étions victimes de vexations, pauvres et persécutés. »08 L'amitié de Buglio et Magalhães pour Yi-guan était assez ancienne. Le P. Rougemont écrit que les deux pères, à leur arrivée à Pékin en 1648, venant de Si-Chuan, rencontrèrent Yi-guan qui « les traita en tout avec le plus grand respect, vénération et bien- veillance. Il leur rendit visite personnellement, et voyant de ses yeux la pauvreté oú ils se trouvaient, s’occupa tout d’abord de leur procurer un domicile, et là, arrangea une église convenable, et finalement il les pourvit de serviteurs, et des meubles néces- 84 Boxer, C.R., « The Rise and Fali of Nicholas Iquan », Tien Hsia Monthly, XI, pp. 428429. 65 Jesuítas na Asia, 49-V-148*, fl. 236 v. 88 «Duro cativeiro, duro prizão! Mas bem merecida pellos muitos males que tem feito. Posto que esperamos e pedimos a nosso Senhor que se compadeça delle, pelo muitos benefficios e esmola que nesta Corte nos fez, em tempo em que estavamos avexados, pobres e perseguidos.» Jesuí¬ tas na Asia, 49-V-1488, fl. 237. 155
  • saires, avec une âme bienveillante et généreuse. » 4T Les deux pères n'oublieraient pas cette bonté initiale, et à leur tour, ils 1’aide- ront dans le besoin. Le P. Rougemont rapporte encore que Yi- guan, au moment ou il était abandonné par tout le monde, se souvint des deux Pères et leur envoya un homme de confiance pour leur demander deux ou trois cruzados. Et cette aumône, que même ses amis les plus intimes n’avaient pas osé lui faire par risque des représailles, Buglio et Magalhães n’hésitèrent pas à la faire®8. Si de la part des Pères, un tel geste ne pouvait parai- tre que normal, les circonstances dans lesquelles ils 1’avaient accompli recommandaient plutôt la prudence. Ainsi, étant donné les liens existant autrefois entre Yi-guan et Macao et compte tenu de 1’amitié que les deux Jésuites avaient pour Yi-guan, il est probable que les Mandchous aient soupçonné Magalhães d’avoir été un agent de liaison entre Yi-guan et son fils Koxinga et davoir utilisé à cette fin les Services dautres Pères Jésuites résidant dans le Sud. Cela explique 1’intention des Mandchous de compromettre le P. Manuel Jorge, supérieur de la maison de Nankin. Je rappelle que c’est en cette même année 1661, le 24 novem- bre, que Yi-guan et sa famille furent mis à mort à Pékin par les Mandchous. Dans sa « Relação da Prizão e liberdade » Maga¬ lhães rapporte : « Quand je suis entré en prison, j’y ai trouvé plusieurs hommes qui étaient les obligés de ce grand mandarin qui, dans la dynastie précédente, avait été le maitre des mers et dune grande partie de la Province de Fu-Jian, celui qu’à Macao on appelle Yi-guan. [Ces hommes] allaient être décapités après pour avoir eu à la cour des rapports avec le dit manda¬ rin. » 89 On voit par là combien les mandarins mandchous étaient méfiants. 87 «... tratouos em tudo com extraordinário respeito, veneraçam, e benevolencia, visitou os em pessoa, e vendo com seus olhos a pobreza em que ambos estavão, tratou primeiramente de os acomodar em hum domi¬ cilio, e nelle concertou huma acomodada Igreja, e ultimamente os proveo de criados, e de todas as alfaias necessárias com animo benigno, e liberal. » Rougemont, op.cit., p. 23. 88 Rougemont, op. cit., p. 43. 89 « Quando entrei no Cárcere, achei nelle alguns homens da obriga¬ ção daquelle grande Mandarim, que no Reynado passado era Senhor dos mares, e de muita parte da Província de Fo Kien a quem em Macao 156
  • Le P. Buglio, malgré la responsabilité qu’il avait dans cette affaire, évita néanmoins la prison et la torture puisqu'il était absent le jour de 1’arrestation. Magalhães affirme que les accusa- teurs savaient parfaitement que ce n etait pas lui, mais le P. Bu¬ glio, qui avait recueilli l'argent et qui avait vérifié la somme70. II rapporte que pendant le procès, lorsquon voulut aller arrê- ter le P. Buglio, il trouva des raisons pour excuser son compa- gnon. Si Magalhães dans sa « Relação » a mis en lumière la res¬ ponsabilité exacte de Buglio et son propre rôle pour innocenter Buglio devant la justice chinoise, c’est sans doute pour se jus- tifier devant les Jésuites, car les deux autres Pères résidant à Pékin, Verbiest11 et Schall, n'interprétaient pas cette affaire de la même façon. Verbiest, dans sa lettre du 13 avril 1661 adressée au Général Goswin Nickel, accuse Magalhães davoir trahi le P. Buglio par son imprudence. Je reproduis cette lettre intégrale- ment parce quelle est révélatrice de 1’attitude de Schall et de Verbiest. Peu avant le départ de Pékin des PP. Albert d’Orville et Jean Grueber, commençant leur route par terre vers 1’Europe, un triste messager nous est venu, qui rapporta comment le Père Gabriel de Magalhaens, Portugais, 1’après-midi du 8 avril 1661, a été emmené en prison par des ministres de la cour de justice, qu’ils appellent Xing Bu, hors de notre deuxième mai- son que nous avons ici à Pékin et qui est indépendante de celle ou le P. Jean Adam Schall a demeuré un temps avec moi. La raison en était que le susdit Père conservait en dépôt une im¬ portante somme d’argent d'une dame qui était la mère d’un gouvemeur municipal de la Chine du Sud, dans sa maison, c’est- à-dire dans 1’Eglise de notre Société (ainsi appellent-ils notre maison); or, cet argent aurait été acquis par fraude par le susdit gouvemeur. Aussi le Père fut-il accusé de complicité, jeté en prison et soumis à terrible torture. II révéla aussi, imprudem- ment, le nom de son compagnon, le P. Louis Buglio aux Chinois : il était alors à quatre jours de route de la maison, parti en chamavão y quon; os quaes depois forão degollados — per terem nesta Corte trato com o dito Mandarim.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 12 v. 70 «Crecia este meu temor, porque os Autores sabião muito bem, que não eu, mas o Padre Luis Buglio fora só, o que recolhera e sabia a contia da prata, e ao recolher delia, em tudo se achara presente.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 10 v. 71 Le P. Ferdinand Verbiest arriva à Pékin le 9 juin 1660. Voir Pfister, pp. 338-362. 157
  • mission. Fut aussi accusé pour la même raison le P. Emmanuel Jorge, Supérieur de notre maison de Nankin, comme le P. Ma- galhaens l’est de Pékin, Portugais lui aussi, chez qui vraisem- blablement le susdit gouvemeur, alors de passage à Nankin et déjà convoqué à ce tribunal, avait deposé la plus grande partie de cet argent. II est fort à craindre que le P. Louis Buglio ne soit, par les ministres de la justice, arraché à sa mission et jeté en prison ainsi que le P. Emmanuel Jorge lié à 1’homme de Nankin, et surtout que 1'affaire n’expose notre religion à plus grand scan- dale et ne fasse courir à la Mission tout entière les plus graves périls. Le P. Jean Adam, le voudrait-il au plus haut point, ne peut intervenir. Car chez les Chinois accordcr son patronage à un coupable ou à un accusé équivaut presque à se déclarer son complice, si bien qu'en un tel cas ne pourrait venir en secours le frère au frère, le père au fils. Votre Révérence voit en quelle situation 1’imprudence de quelques hommes jette la Mission toute entière. Nous sommes tous dans 1’anxiété, ne sachant quelle issue aura l’affaire. J’espère cependant me fier totalement à la bonté de Dieu, qu'Il sauvera au moins notre maison et le P. Jean Adam, qu'Il le gardera de tout péril: en lui repose toute cette Mission...12 72 « Paulo antequam PP. Albertus d’Orville et Joannes Grueber Pekino decederent iter terrestre in Europam apertur, tristis nobis nuncius ad- venit, qui retulit quomodo P. Gabriel de Magalhaens Lusitanus 8 aprilis sub vesperam anni 1661 a ministris tribunalis institia, quod Hing-pou appel- lant, ex altera domo nostra quam hic Pekini habemus, quaque independens est ab hac in qua P. Joannes Adamus Schall mecum modo moratur, ad cárceres abductus sit. Causa fuit quod supradictus Pater magnam pecu¬ nia summan dominas cuiusdam, quas mater erat gubematoris alicuius civi- tatis in australi Sina, domi suas, id est in ecclesia illa nostra Societatis (sic domum nostram hic appellant), in deposito servaverit, qua; quidem pecunia malis artibus a supradicto gubernatore dicitur acquisita. Undc supradictus Pater tamquam complex accusatus et in carcerem abductus fuit, ac gravi tortura subiectus. Prodidit etiam in aute socium suum P. Judovicum Buglio Sinibus, qui tunc temporis 4 dierum itinere domo aberat ad missiones excursione facta. Dicitur etiam accusatus ob eamdcm causam P. Emmanuel Jorge domus nostra Nankinensis Superior, sient P. Magalhaens est Pekinensis; Lusitanus etiam, apud quem scilicet supra¬ dictus gubemator, qui tunc Nankini versabatur, iamque ad Aulam hanc evocatus, maiorem pecunia eiusmodi summam deposuerat. Valde timendum est ne et ipse P. Ludovicus Buglio a ministris institia ex missione iam ad easdem cárceres imo et P. Emmanuel Jorge Nankino vinctus huc adducatur, adeoque hac res maximam et turpissimam notam in[iciat] religioni nostra, ac totam Missionem gravi periculo ex- ponat. P. Joannes Adamus, etiamsi maxime velit, sese interponere non 158
  • Cette version des événements diffère de celle donnée par Maga¬ lhães, ce qui indique que les Pères de Xi Tang [ *5 ] n ignoraient gjlg bien des détails de 1’affaire, surtout en ce qui concerne le P. Ma¬ nuel Jorge. Verbiest a sans dou te cru que ce Père y avait été mêlé de quelque façon, alors quen fait il n'y était pour rien. Verbiest semble avoir obtenu ses informations sur cette affaire directement des mandarins mandchous. C'est là encore une preuve qu’à cette époque les deux Pères de Xi Tang n’avaient que bien peu de rapports avec les deux Pères de Dong Tang. De plus, Simão et sa mère Justa avaient autrefois critiqué le P. Schall devant tous les autres Chrétiens. Schall, qui ne devait pas avoir gardé un bon souvenir d'eux croirait sans difficulté qu’ils étaient en effet coupables. Mais Verbiest n’avait pas tort sur un point, à savoir que cette affaire risquait de compromettre les missions en Chine. Magalhães de son côté, tout en se justifiant et en étant con- vaincu qu’il allait mourir pour la défense d’une famille innocente et chrétienne74, n’en avait pas moins compris combien sa con- damnation mettrait en danger toute la Mission. II écrit à ce propos : « A la fin de ma prison, lorsque j'ai su que la sentence était celle de mort, je ne regrettais pas la mort; mais ce qui menlevait tous les sens, le sommeil et 1’appétit, ce qui maffli- geait sans remède, sans repos, enfin, affliction indicible, inex- potest. Nam apud Sinas rei alicuius sine accusati dumtaxat patrocinium suscipere, idem paene est ac se complicem eius declarare, adeo ut ne frater fratri, nec pater filio in simili casu tuto possit succurrere. Videt Pater- nitas Vestra in quantum discrimen aliquorum hominum imprudentia totam Missionem adducat. Nos omnes hasremus iam suspensi nec scimus quem exitum íuec res sit habitura, Spero tamen fore et omnino confido in divina bonitate, ut nobis saltem hanc domum et P. Joannem Adamus salvum nobis et ab omni periculo immunem servet, in quem modo tota hsec Missio inclinata recumbit... » Verbiest, F., Correspondance.... pp. 104-106. 73 D'après une lettre du P. Gouveia, datée de 1653 (Jap-Sin 162, fl. 2), le Dong Tang, c’est-à-dire 1’église des PP. Buglio et Magalhães, était fré- quentée par le peuple alors que 1‘église du P. Schall, lc Xi Tang, était surtout fréquentée par les mandarins et les courtisans. 14 « Basta que cheguei a tanta felicidade, que ei de morrer morte de garrote, morte tão affrontosa, per defender a innocencia, a justiça, e amparar huma familia christaã.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 16 v. 159
  • 1 H&ã] 2 3 plicable, c'était 1’affront, le discrédit, la mauvaise opinion de la Sainte Loi, de ses prêtres et du renom de 1’Europe qui, avec ma mort, je suppose, peuvent s’ensuivre. »75 Peu après la condamnation de Simão à Nankin, le Xing Bu donna sentence contre Justa, Julia et contre le P. Magalhães : « Justa, mère de Simão, gouverneur rebelle de la ville de Ning- Guo, avait apporté du Sud quatorze mille cruzados et les avait rendus au Père pour suborner les mandarins. Nous avons tor- turé deux fois le Père, et bien qu’il n’ait rien avoué, néanmoins 1'argent se trouva dans sa maison. Etant donné cela, Justa et le Père savaient clairement que Simão, le fils, était un rebelle; et ils ont osé entreprendre de le sauver après un tel crime par la subornation. Ainsi, selon les lois qui prescrivent que ceux qui couvrent les rebelles et ne les dénoncent pas doivent mourir, il convient que le Père et Justa soient condamnés à mort par la strangulation. »76 Cette sentence fut envoyée aux quatre régents. Ces derniers convoquèrent les trois tribunaux, le San Fa Si77, pour qu’ils réexaminent la sentence. Les trois tribunaux, après s’être consultés, prononcèrent la même sentence. Les quatre régents, après avoir reçu le rapport du San Fa Si, donnèrent le 30 décembre la sentence suivante : que Justa et Julia soient 75 «... no fim de minha prizão, quando soube que a sentença era de morte. Não sentia morte, não sentia a prizão, a affronta própria; mas o que sentia, ou para melhor dizer, o que me tirava os sentidos, o sono, e o comer, o que me affligia sem remedio, sem descanso, emfim afflição indicivel, inexplicável, era a affronta, descrédito, o ruim conceito da Ley santa, de seus pregadores, e do nome Europeo, que com minha morte, suppunha se seguiria.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 11. "> « Justa may de Simão, Governador rebelde da cidade de Nim que, trouxe das partes do Sul quatorse mil cruzados e os entregou ao Padre para peitar os Mandarins. Demos tormentos ao Padre per suas vezes: o qual ainda que não confessou, a prata se achou em sua caza. Supposto isto Justa, e o Padre claramente sabião de Simão seu filho ser rebelde. E com tudo se attreverão a intentar com peitas ao livrar do tal crime. Pelloque, conforme as Leys que ordenão que os que encobrem os rebeldes e os não manifestão sejão mortos, o Padre e Justa, ambos convém morrão morte de garrote.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 6 v. 77 Le San Fa Si [ s=*1 ] est composé de trois tribunaux, le Du Cha Yuan [±5*], c'est-à-dire le Tribunal des Censeurs; le Da Li Shi [±ç*], c’est-à-dire le Tribunal de la Révision; et le propre Tribunal des Cri¬ mes, le Xing Bu. 160
  • étranglées conformément à la sentence qui a été prononcée con- tre elles, « en ce qui concerne le Père, quoiqu’il ait gardé 1’argent, il n’y a pourtant aucun indice qu’il ait suborné les mandarins, ou commis un crime ou même des fautes dans cette affaire. Cest pourquoi nous le considérons comme libre de tout crime et de châtiment.»78 Ainsi, tout est bien qui finit bien quand on a la grâce de Dieu. Selon Magalhães, son emprisonnement et sa miraculeuse libération n'eurent dautre résultat que daugmenter la gloire de Dieu, puisque tout le monde fut persuadé que, seule, 1’interven- tion de la Providence avait pu le sauver. Par conséquent, le Christianisme, loin d’avoir pâti de cette affaire, en sortait raffer- mi, car, écrit Magalhães « si avant nous étions connus de quel- ques-un qui connaissaient la Loi de Dieu et qui fréquentaient cette Eglise, maintenant elle est fréquentée et connue de toute la cour, des ducs, des marquis, des princes et des comtes, des mandarins, des gentilhommes et du Roi ...»TO Mais Magalhães n’oublie pas 1’intervention humaine, et il cite tout dabord le P. Buglio comme celui à qui il doit sa libéra¬ tion. Les deux fils du Prince Haoge étaient également intervenus auprès du président du Tribunal des Crimes en faveur de Maga¬ lhães. Le P. Buglio rapporte qu’il était allé voir ces deux princes pou solliciter leur aide et, immédiatement, ils accédèrent à son désir en faisant venir auprès d’eux le président du Xing Bu à qui ils demandèrent de faire de son mieux pour sauver le P. Maga¬ lhães. Le président leur fit savoir que la sentence de mort était déjà prononcée et qu’il ne pouvait rien y changer. Pourtant, il promit d'intercéder auprès des quatre régents pour épargner la vie du Père. Peu après, le président vint dire au prince cadet, « celui qui avait pris cette affaire très à cceur, [faisant preuve] 78 «O padre, ainda que recolheo a prata, não tem sinal algum de ter peitados os Mandarins, nem commeteo crime ou falta alguma no nego¬ cio. Pelloque o damos per livre de culpa, e pena.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 6 v. 70 « Porque se de antes éramos conhecidos de alguns, e delles a Ley de Deus conhecida e esta Igreja frequentada; agora he frequentada e conhecida de toda esta Corte, de Duques, Marquezes, Régulos e Condes; dos Mandarins, dos Gentihomens e Grandes do Rey...» Jesuítas, Legajo 22, fl. 11. u 161
  • d’une tendresse et d’un amour incroyables »80, que les régents acceptaient de grâcier le Père. Le prince envoya immédiatement son eunuque au P. Buglio pour lui annoncer la bonne nouvelle. Pourtant, quelques jours après, le San Fa Si confirma la sentence de mort contre Justa, Julia et Magalhães. Le P. Buglio dès qu’il apprit cette nouvelle, alia voir les deux princes qui rappellèrent auprès d'eux le président du Xing Bu pour se plaindre; mais celui-ci leur dit de n’avoir aucune crainte et il leur garantit que le Père ne serait pas mis à mort81. En effet, le San Fa Si allait rarement à 1’encontre de la décision du Xing Bu. Puisque 1'ultime décision dépendait uniquement des quatre régents qui venaient de promettre que le Père aurait la vie sauve, on n'avait donc rien à craindre de la nouvelle sentence prononcée par le San Fa Si82. La veuve de Tong Tu-lai, c’est-à-dire la grand-mère du jeune Empereur, avait elle aussi donné son appui, rapporte Maga¬ lhães 83. On se souvient que les deux pères faisaient partie, depuis 1650, de la maison de Tong Tu-lai en tant que serviteurs de sa bannière. Aussi, sa veuve avait-elle éprouvé une certaine obliga- tion à décharger le P. Magalhães de tout soupçon de trahison. Enfin, rapporte toujours Magalhães, il y avait les quatre régents qui favorisaient les Pères, surtout Souksaha qui était leur voisin et les connaissait bien. Magalhães écrit à ce propos : « Il a été le premier à prendre Taffaire en main et à entonner 1’antiphone lorsqu’on décida de la dernière sentence; il avait parlé de nous avec honneur aux trois autres régents, qui tous ensemble approu- vèrent ce qu’il proposait. »84 Pourtant quatre ans plus tard, les Jésuites, sans plus de difficulté, accusèrent Souksaha d’être le persécuteur le plus sévère de la religion chrétienne. 60 «... o que tomou o negocio muito a peito, e com um affecto e amor incrível...» Jesuítas, Legajo 22, fl. 9v. 81 Jesuítas, Legajo 22, ff. 9v-10. 82 L’amitié que les cnfants du Prince Haoge portaient aux pères Buglio et Magalhães nous laisse supposer que le mauvais accueil fait aux deux pères à leur arrivée du Si-Chuan en 1648 est en partie dú à la dis- grâce dans laquelle était tombé le Prince Haoge, leur bienfaiteur. 88 Jesuítas, Legajo 22, fl. 9v. 84 « Este foi o primeiro que tomou a mão, e levantou a antiphona, quando se tratou da ultima sentença, e fallou de nos honradamente aos outros 3 governadores, que todos, une ore, approvarão o que elle pro¬ pusera. » Jesuítas, Legajo 22, fl. 9. 162
  • CHAPITRE VI PERSECUTION DES CHRETIENS SUIVIE DE LEUR REHABILITATION Koxinga avait inspiré une telle terreur aux nouveaux maitres de la Chine, les Mandchous, quen dépit de leur retentissante victoire remportée devant Nankin en 1659, la crainte qu’ils éprou- vaient n’avait pas diminué si bien qu'ils tentèrent par tous les moyens de le supprimer. Ce désir les poussa à prendre des mesu¬ res extrêmes. En 1660, sur proposition du vice-roi du Fu-Jian, Li Shuai-tai [±?], un édit fut publié qui ordonnait à la popula- tion vivant sur la côte de cette Province de se replier vers l'inté- rieur. L’année suivante, on ordonna à tous les habitants de la côte des cinq Provinces du Sud de se retirer à quatre lieues de la côte que l’on dévasta. Ces mesures avaient pour but dempê- cher tout rapport entre Koxinga et le continent. Un nouveau décret, promulgué en 1662 et qui interdisait toute navigation, fut rigoureusement appliqué par les autorités. Cette même année, les habitants de Macao reçurent également l’ordre dabandonner la ville et de se replier à l'intérieur de la Chine. Cette dernière mesure, si jamais elle était observée, sonnerait la fin de la petite colonie portugaise qui vivait uniquement du commerce. Mais encore une fois, 1’influence des Pères Jésuites à Pékin vint à leur secours. Sur 1’intervention du P. Schall, les Portugais obtinrent 1'autorisation de rester dans leur ville, mais on leur interdit abso- lument de faire du commerce. En vérité, à ce moment-là, ces mesures draconiennes se trouvaient déjà sans objet puisque Koxinga occupait Formose, qu’il avait prise aux Hollandais en 163
  • février 1662. Quatre mois plus tard, il devait mourir subitement, âgé de 39 ans. Pendant ce temps, Macao, privée du commerce, dépérissait lentement. L’influence des Jésuites à la cour n'y pouvait rien ; de plus, elle n'allait pas tarder à devenir nulle. On est à la veille de cette grande persécution contre les prètres européens qui allait éclater en 1664. En effet, 1’attaque se préparait déjà, et c’est en 1656, à 1’occasion de la venue de 1’ambassade hollan- daise, que les premiers signes d’hostilité apparurent. Comme on l’a vu au chapitre IV, le P. Schall avait fortement irrité le pré- sident mandchou du Li Bu, Guen \ à propos de 1’autorisation de commercer que sollicitaient les Hollandais. Ce dernier songea dès lors à lui faire perdre sa charge de directeur du Tribunal des Mathématiques. Mais n’osant pas 1’attaquer ouvertement puisque Schall jouissait encore de la faveur de 1’Empereur, il se servit d’un Mahométan appelé Wu Ming-xuan [*=?] qui avait la répu- tation d etre un bon mathématicien. Celui-ci fit savoir à Guen que le P. Schall setait trompé dans son calendrier lorsqu'il affirmait que Mercure ne paraitrait pas à Pékin aux mois davril et de mai de cette année-là, c’est-à-dire 1657. Guen, voyant là une occasion de nuire au P. Schall, pressa le Mahométan de présenter une requête contre le Père et 1’assura de son appui. Wu accusa donc le Père de s etre trompé dans ses calculs et proclama que Mercure allait paraitre le 14 et le 15 mai. Pourtant, ces jours-là Mercure ne parut pas ! Wu fut donc emmené au Xing Bu pour être jugé. On le condamna à être décapité. Mais fort heureusement pour Wu, un pardon général fut proclamé pour célébrer la guérison de lTmpératrice-mère, atteinte de variole2. Quelques mois plus tard, la mort du petit prince héritier, fils de la favorite de Shun Zhi, fut 1’occasion pour ces deux ennemis, Guen et Schall, de s'affronter publiquement. La respon- sabilité des funérailles revenait au président du Tribunal des Rites. Le Tribunal des Mathématiques, dont Schall était le directeur, 1 A.S. Rosso a voulu voir dans ce nom celui de Engedder [tç]. (Apostolic Legation.... p. 120). Mais cette personne était morte en 1636 (voir Hummel, pp. 224-225). 2 Relation Historique, p. 392. 164
  • eut à choisir l'heure des funérailles : ce fut dix heures du matin, le 25 février 1658, et cela daprès le livre classique des jours fastes et néfastes. Mais Guen, pour on ne sait quelle raison, « peut-être par simple négligence »3, recula l'heure de 1’enterre- ment jusqu’à midi, bien qu’entre-temps les membres du Tribunal des Mathématiques 1'eussent averti qu'il était déjà plus de dix heures. Alors Guen, pour se disculper ou pour faire accuser le P. Schall, falsifia la dépêche qu’il avait reçue du directeur du Tribunal des Mathématiques. En apprenant cela, Schall présenta tout de suite une requête à 1’Empereur, non pas en son nora, mais en celui de Jean Li Zu-bai [ *=? ], son assesseur ; il affirmait que les mandarins de son tribunal avaient observé les règles du livre classique d’après lequel ils avaient choisi pour 1’enterre- ment dix heures du matin. On découvrit par la suite que la dépê¬ che avait été falsifiée. Guen fut déclaré coupable et perdit sa charge, mais échappa à la mort grâce à ses relations parmi les plus illustres familles de la cour. Cela ne fit qu’augmenter la haine de Guen contre Schall, et il jura de se venger *. Le P. Magalhães dans sa lettre au Visiteur, Simão da Cunha, datée du 17 février 1659, relate Ionguement ces événements. II écrit: L’année dernière est mort le Tai Zi [±5], c’est-à-dire le 'fc-f- Prince Héritier du Roi. Le Suprême Tribunal des Rites avait donné ordre au P. Jean Adam de désigner le jour, 1’heure de 1'enterrement d’après les bonnes et mauvaises fortunes, selon sa fonction. Le P. Adam indique dans sa dépêche, revêtue du sceau de son tribunal, le jour et l'heure, c’est-à-dire, dix heures du matin. A l’heure dite, le P. Adam envoya ses mandarins avertir en personne le Suprême Mandarin Tartare du Tribunal des Rites [Guen]. Celui-ci s'emporta contre eux et les traita de tous les noms; et pour quelque intérêt particulier à lui, ne voulut pas enterrer le Prince à dix heures, mais à midi. Quelques mois plus tard, on commença à dire à la cour qu'on n'avait pas suivi les règles de bonne et mauvaise fortune, qu’on n’avait pas enterré le Prince à dix heures comme le veut cet art aussi frivole que diabolique. Ces rumeurs étant parvenues aux oreilles du P. Jean Adam, celui-ci, craignant que le Roi ne vienne à 1'apprendre et le charge de cette faute, la rejetta le premier sur le Suprême Mandarin des Rites, en adressant au Roi une requête contre lui; 8 Relation Historique, p. 396. 4 Voir Greslon, A., op. cit., pp. 25-26. 165
  • il y disait que, lui, le P. Jean Adam avait écrit dans sa dépêche, revêtue de sceau de son Tribunal, qu'il fallait enterrer le Prince à dix heures, mais que le Suprême Mandarin des Rites l'avait fait enterrer à midi. Suivirent des disputes qu’on ne finirait de raconter. Le Suprême Mandarin des Rites fit détruire la dépêche du P. Jean Adam, et voulut en falsifier une autre, mais il n’y parvint pas. Pour finir, le Suprême Mandarin risqua de perdre sa vie, mais le Roi lui pardonna, en respect de ses mérites et de ses ancêtres; cependant, on lui enleva sa charge et il fut privé de voix active et passive. Deux mandarins de ce même Tribunal des Rites moururent des suites de la violence et la cruauté de leurs tourments. Un greffier devint boiteux à cause des tortures qu’il subit. Plus de dix mandarins furent exilés dans les régions du Leao-Tong, et deux furent condamnés à mort mais se trou- vent encore en prison. Tous ces maux et ces morts sont la con- séquence de 1’accusation portée par le P. Jean Adam ... C’est incroyable comme on a parlé et comme on parle encore à la cour contre le P. Jean Adam à cause de cette affaire. Avant, il avait les Tartares pour lui, mais maintenant ils sont contre lui. Et sachez, Votre Révérence, que le P. Jean Adam n’a pour lui que le Roi, et si un jour ce demier lui tourne le visage, tout sera fini car il n’a pour lui ni les Tartares ni les Chinois. Je vous rapporte cela à cause de la gravité de 1'affaire. Dire la bonne aventure, repondre quel est le bon ou le mauvais jour pour quitter la maison, pour se marier, pour être enterré, quel est le bon endroit pour creuser la fosse, pour construire une nouvelle maison, c’est-à-dire, 1’endroit ou passent les tours et les détours du Dragon fatal qui occupe toute la terre et qui est la cause de la bonne fortune etc., cette Eglise-là est un théâtre public et une tente ou se vendent des superstitions comme celles-là et d’autres semblables®. 5 « Morreo o anno passado o Tai çu, isto he, o Príncipe Morgado do Rey. Mandou o supremo Tribunal das Cortesias ao Padre João Adão, que per rezão de seu officio apontasse o dia, e hora, em que juxta for- tunam bonam, vel malam, convinha entcrrallo. Dco o Padre João Adão sua certidão, firmada com o sinete, e sello de seu officio, do dia, e da hora, que erão as 10 da manhãa. No ponto das quaes os Mandarinetes sogeitos ao Padre João Adão per seu mandado forão em pessoa avizar o supremo Mandarim Tartaro do Tribunal das Cortezias. Elle se enfadou com elles, e lhe chamou alguns nomes; e per algum seu particular interesse, não quis enterrar o Príncipe as 10 horas, mas enterrou o as 12. Dahi a alguns meses se começou nesta Corte a fallar que se não guardara a ordem da dita, ou desdita; que se não enterrara o Príncipe as 10 horas, como ensina aquella tão frívola, como diabólica arte. Chegarão estes ruges as orelhas do Padre João Adão, que temendo que o Rey os soubesse, e lhe puzesse a elle a culpa, o Padre João Adão primeiro a poz ao Supremo Mandarim 166
  • Daprès cette version du P. Magalhães, il semble que c’est le P. Schall qui a fait le premier pas pour accuser Guen, avant même davoir été mis en cause par ce demier, et c'est seule- ment après que Schall eut déposé sa requête que Guen, craignant alors une sanction, décida pour sa défense, de falsifier la dépê che originale. Magalhães semble croire que si Schall n’avait pas réagi le premier comme il l’a fait, cette tragédie ne se serait pas produite. Il y a un point à éclaircir: Guen, en retardant l’heure de 1’enterrement, avait-il, ce faisant, prémédité de nuire au P. Schall, comme on peut le croire en lisant Relation Histo- rique : « Ainsi le plan malencontreux est encore plus funeste à celui qui l’a imaginé [Guen] et l’on voit tomber les premiers dans la fosse ceux qui l'ont d’abord creusée. »8 Cela me semble improbable, car Guen n’ignorait pas quelle responsabilité il das Cortezias, dando contra elle hum memorial ao Rey, no qual dizia : que avizando elle Padre João Adão com certidão firmada com o sello de seu officio, convinha se enterrasse o Príncipe as 10 horas, elle supremo Mandarim das Cortezias o fizera enterrar as 12. Ouve grandes dares e tomares, que seria infinito contar. O supremo Mandarim consumio a cer¬ tidão do Padre João Adão, e pretendeo fingir outra, mas não lhe valeo. Per fim o Supremo Mandarim esteve arriscado a perder a vida, mas o Rey lhe perdoou, respeitando seus merecimentos, e de seus antepassados; tiroulhe porem o officio, e a privou de voz activa e passiva. Dos outros Mandarins do mesmo Tribunal das Cortezias morrerão dous com a força e crueldade dos tormentos, e tratos. Ficou hum escrivão estrangulado e coxo dos mesmos tratos. Forão desterrados para as terras do Leao tum mais de des Mandarins. E forão dous condenados á morte, que ainda estão no Cárcere. Todos estes males e mortes procederão da accusasão [sic] que o Padre João Adão fez... Não he crivei quanto se fallou e falia nesta Corte contra o Padre João Adão per amor deste caso. Antes tinha os Tár¬ taros per si, agora estes estão contra. E saiba VR. que o Padre João Adão só tem per si o Rey, que se este hum dia lhe vira o rosto, tudo está aca¬ bado, porque nem Tartaro, nem China achava per si. Refiro isto a VR, pella graveza do caso, que quanto ao dizer buenas dichas, responder qual seja bom dia, qual mao, para sair de casa, casar, enterrar; qual seja bom lugar para a cova ou para edificar casas de novo, scilicet, o lugar por onde passão as voltas e roscas do Dragão fatal, que occupa toda a terra, e hé causa da boa fortuna etta. hé aquella Igreja hum publico thea- tro, e tenda onde se vendem estas et semelhantes superstições.» Jap-Sin 162, fl. 42. Magalhães s’est servi de cet incident pour montrer ao Visiteur jusqu'à quel point la fonction du P. Schall le rendait responsable des superstitions. « Relation Historique, p. 398. 167
  • endossait, lui qui était. président du Tribunal des Rites. On peut donc raisonnablement supposer qu’il s’agit d'une négligence de sa part. Quoi qu’il en soit, Schall n’avait pas eu tort de chercher à éviter dès le début des ennuis susceptibles de s'abattre plus tard sur lui. Ironie du sort: malgré le soin qu’il prit en cette occasion, Schall n’en allait pas moins être condamné à mort cincl ans Plus tard lorsqu’il fut accusé par Yang Guang-xian [ *=? ] d’avoir violé les règles de 1’astrologie chinoise en choisissant un mauvais endroit et une mauvaise date pour les funérailles du Prince Héritier ! Reconnaissons tout ce qu’il y avait d’arbitraire dans la justice chinoise; il semble quelle était souvent rendue en fonction de la politique générale du pays à un moment donné et non pas selon des lois établies à 1’avance. « Le P. Adam profita de ce que le départ de cet adversaire [Guen] jusque-là si redoutable lui donnait enfin libre accès auprès du Roi; il résolut donc de s’adresser à celui-ci avec sa confiance habituelle et si souvent récompensée. »7 Le Père, pré- textant son grand âge, demanda à 1’Empereur 1’autorisation de laisser entrer à la cour des Jésuites mathématiciens. Cela lui fut accordé si bien que le 2 aoút 1659 les PP. Grueber et Diestel arrivèrent à Pékin. En même temps, 1’Empereur avait autorisé le P. Martini à quitter Macao pour aller à Hang-Zhou ou il arriva le 11 juin, et le P. Simão da Cunha, récemment nommé visiteur, à être conduit à Macao aux frais du trésor public. Tou- tes ces allées et venues des Jésuites n’échappèrent pas à l’atten- tion de leurs adversaires. Tant de liberté accordée à des prêtres étrangers allaient encore faire grandir leur irritation. II y avait à la cour un vieillard appelé Yang Guang-xian qui était rempli daversion pour la doctrine chrétienne et qui croyait de son devoir de la dénoncer et d’en débarrasser définitivement la Chine. II était soutenu par Guen, 1'ancien président mandchou du Tribunal des Rites, et par les mahométans qui en voulaient aux Jésuites mathématiciens de les avoir remplacés au Tribunal des Mathématiques. En 1659, Yang publia un livre intitulé Bi Xie Lun [*=?], c’est- à-dire « Réfutation d’une doctrine pernicieuse ». Ce livre a trois parties. Dans Ia première, son auteur soutient qu'il n’y a point de Dieu Créateur du Ciei et de la Terre. Les Pères se sont servis 7 Relation Historique, p. 398. 168
  • des mots wu shi wu zhong [*5], c’est-à-dire ni commencement ni fin, pour exprimer 1'éternité de Dieu. Yang, en interprétant à tort le mot wu auquel il donne le sens de « néant», conclut que le Dieu chrétien tire son origine du néant et n’est donc qu’un néant. Tout Chinois qu’il était, il trouvait que c'était une igno¬ minie que Jésus soit né sans père. Il ne pouvait pas admettre également 1’existence d'un paradis et d’un enfer, et il estime que s’il est vrai que pour entrer au paradis il faut être Chrétien, Dieu nest pas juste. Dans la deuxième partie Yang affirme que la Loi de Dieu est contraire aux doctrines orthodoxes chinoises puisqu’elle détruit les Wu Lun [*5], c’est-à-dire les cinq ordres, base de la société chinoise8. Il prétend que les Chrétiens n’honorent pas le Roi, car ils enseignent que le Ciei matériel n’est quune création de Dieu, donc son esclave, et puisqu’en Chine 1’empereur est considéré comme le fils du Ciei, le Tian Zi [*?], il ne serait donc que le fils d’un esclave !9 II prétend également que les Chrétiens con- « Les cinq relations sociales sont celles entre le souverain et son ministre [±5 ’], entre père et fils [±521, entre frère ainé et frère cadet [±5S], entre époux et épouse [±=?4], entre ami et ami [±5®]. * Déjà à 1’époque de Mencius, le terme « Fils du Ciei » n’était que symbolique. L’emepreur de Chine était considéré comme le chef légitimc parce qu‘il avait reçu pour ses vertus, le Mandat du Ciei [±5®]. Ce Mandat pouvait lui être retiré une fois ses vertus disparues. Le terme « Fils du Ciei» ne lui attribuait pas une origine divine. Le mot « Tian » a provoqué chez les Européens les plus grandes controverses qui ont abouti à la querelle des Rites. Certains ont prétendu que, par ce mot, les Chinois entendaient la voute céleste, d‘autres ont affirmé que le mot « Tian » signifiait souvent la divinité suprême. II sem- ble qu’à une période pré-confucéenne, le ciei était une force suprême, personnifiée, capable de punir et de récompenser. Mais sous 1’influence du rationalisme, le ciei perdit peu à peu cet attribut divin ct fut plutôt identifié à un príncipe de la nature ayant en soi sa cause et son énergie. Les missionnaires employaient 1'expression Tian ou Tian Zu [s*], c’est-à-dire maitre du Ciei, pour traduire le Dieu chrétien. Mais puisque ce mot Tian est très ambigu, il fallait expliquer que le Dieu chrétien n'était pas ce Ciei visible et matériel mais l’Etre Suprême, Créateur de toute chose, y compris le ciei visible. D’autre part, il n'était pas question d’accep- ter que 1’empereur chinois fut le fils de Dieu, car le fils de Dieu est Jésus-Christ. 1 ms 3 5K 6^p- 169
  • damnent le mariage puisqu’ils affirment que Jésus est né d’une vierge et que, d'autre part, les prêtres gardent le célibat. Yang accuse les prêtres d’avoir violé les lois de la nature en abandon- nant leurs parents ,0. II les accuse d’obliger les nouveaux con- vertis à bruler les tablettes oú son inscrites ces cinq lettres : 5c ' Jt!i ' ^ ® tian, di, jun, qin, shi [*=s], c’est-à-dire ciei, terre, roi, parents, maitres n. II reproche aux Chrétiens d’adorer un malfaiteur, cru- cifié pour ses crimes; et, très confucéen en cela, il se demande comment Jésus peut gouverner le monde, lui qui ne put se gou- vemer lui-même. Dans la troisième partie, il accuse les Pères de vouloir se rebeller et davoir des rapports secrets avec les habitants de Macao. Il affirme que les Pères avaient gagné les mandarins à leur cause non par des arguments d’ordre religieux, mais par les cadeaux qu’ils leur firent et dont la plupart étaient des curiosités d’Europe. Ce livre est intéressant, car il contient toutes les objections qu’un Confucéen orthodoxe pouvait faire au Christianisme, c’est- à-dire, qu’il est incompatible avec le Confucianisme ! Puisque la doctrine de la Loi de Dieu constitue une grave menace pour la doctrine de la religion d’Etat, il est évident que cette nouvelle religion constitue aussi une menace pour l’Etat lui-même. Dail- leurs, quand il soutient que les Pères nourrissent de noirs des- seins contre la Chine, Yang n'est pas très loin de la vérité. Le P. Manuel Jorge, Jésuite portugais qui avait dit à 1’ambassadeur hollandais envoyé en Chine en 1656 que ce pays pourrait facile- ment être pris par dix mille Européens, lui conseilla d’attendre que les Chinois convertis soient devenus plus nombreux. Un autre Jésuite portugais, Antonio Gouvea, affirme que Saint François- 10 Pour les Chinois, le lien le plus étroit et le plus sacré est celui qui unit le fils à ses parents. Aussi, quitter ses parents était considéré comine très blâmable, puisque cela allait à 1’encontre du príncipe Xiao ^ [ ±5 ], c’est-à-dire la piété filiale. On avait accusé les prêtres bouddhistes d’avoir pêché également contre le prince Xiao, et surtout son fonda- teur qui avait donné un si mauvais exemple en abandonnant son royaume (donc, ses sujets) et sa famille. 11 Les Jésuites considéraient ces tablettes comme des objets de supers- tition. 170
  • Xavier lui-même avait déclaré que le Christianisme en Chine ne pourrait se propager s’il n etait protégé par les mousquets,s. Yang Guang-xian ne tira que très peu cTexemplaires de son livre qu'il offrit à ses collègues les plus intimes. C'est pourquoi les Pères Jésuites de la cour n’avaient pas cru nécessaire de le réfuter, et avaient préféré 1'ignorer. Mais entre-temps, l'Empe- reur Shun-Zhi mourut et peu à peu, à la cour, on changea d’atti- tude vis-à-vis des Chrétiens. Le Bi Xie Lun se répandit de plus en plus et devint lecture courante à Pékin. Plusieurs grands man¬ darins de la cour en approuvèrent le contenu; il gagna bientôt les Provinces. Les Pères crurent alors qu'ils ne pouvaient plus laisser sans réponse un livre qui attaquait leur religion d’une manière si directe. Pour défendre le Christianisme les PP. Buglio et Magalhães composèrent une Apologie institulé Tian Xue Zhen Quan [±5], Vraie explication de la loi de Dieu. Ce livre fut imprimé en 1664 sous le nom de Jean Li Zu-bai, mandarin chré- tien du Tribunal des Mathématiques et assesseur du P. Schall. II fut accompagné d’une préface de Xu Zhi-jian [*=»], Jin Shi [ *=s ] depuis 1655, dans laquelle, lui qui n’était même pas Chré- tien, loue sans réserve la religion chrétienne. Ce livre essayait de prouver que le Christianisme était la religion la plus parfaite et la plus ancienne, parce qu’elle avait été reçue de Dieu et non inventée par les hommes ! Malheureusement, les Pères, dans leur zèle, n’avaient pas fait cas de la susceptibilité des Chinois. Ils disaient, en effet, dans leur livre, que Fu Xi [±5], le premier Empereur de Chine tirait son origine d’Adam comme tous les autres hommes, qu'il était venu de la Judée et qu’il avait enseigné la Loi de Dieu en Chine13. Leur manque de tact était tel qu’ils allèrent jusqu'à affirmer dans leur apologie que toutes les doctri- nes contenues dans les livres chinois n etaient que de petits rayons et de faibles émanations de la Loi de Dieu, laquelle était 12 Boxer, C.R., «Portuguese and Spanish rivalry in the Far East during the seventeenth century », JRAS, pp. 93-94. 13 La tradition chinoise veut que Fu Xi ait régné en 2952 avant J.C., c’est-à-dire 200 ans après le Déluge universel, selon la Version des Septante. Les Pères des Missions en Chine avaient obtenu 1‘autorisation de suivre la Version des Septante. 171
  • sans aucun doute plus ancienne que toutes les autres Sciences de la Chine ! Comment tant de mépris pour les traditions sacrées de la Chine aurait-il pu s’étaler sans que ses auteurs ne s’attirent les foudres des mandarins confucéens ! La réplique de Yang Guang-xian fut immédiate. Bu De Yi 'T'Í#E1 l^], c’est-à-dire je ne peux pas me taire : c'est le titre d’un nouvel ouvrage qui permit, cette fois, à Yang de se poser en Champion des traditions chinoises. Tout au début de ce livre, il s’en prend à Xu Zhi-jian qui avait osé affirmer dans la préface de 1’Apologie des Jésuites quune religion étrangère est préféra- ble aux doctrines chinoises, surtout aux doctrines confucéennes. Quant à Jean Li Zu-bai qui avait laissé imprimer le livre à son nom, il est accusé par Yang de haute trahison. Ce dernier dit que 1’Apologie avait été publiée pour exciter les Chrétiens à la révolte, car si les premiers Empereurs de la Chine, comme l’affirme ce livre, venaient d'Europe (Yang croyait en effet que la Judée était en Europe) cela supposait que les Européens avaient quelques droits sur la Chine. II accuse tous les Chrétiens d etre des rebelles, les prêtres d etre des agitateurs venus d’Europe pour prêcher au peuple la révolte. Il dit que le P. Schall n’avait accepté sa charge que pour pouvoir faire entrer plus facilement des Pères en Chine14 et y répandre la Loi de Dieu. Il avance que les Pères sont entrés en cachette, se sont établis dans les endroits stratégiques des quinze provinces pour les explorer, et qu’ils ont relevé la carte du pays pour en faire éventuellement la con- quête1S. Le P. Greslon écrit que Yang, avant de présenter sa requête, avait déjà gagné à sa cause les plus grands mandarins de la cour 14 On a vu ci-dessus que ce fut grâce au P. Schall que plusieurs Pères avaient pu entrer en Chine en 1659. 15 Le P. Navarrete écrit: «Lorsque la persécution commença, les Pères Jésuites recueillirent toutes les copies qu’ils purent trouver de ' athlante' du P. Martini parce qu’ils craignaient, à juste titre, que si 1‘une d'entre elles venait à tomber aux mains de notre ennemi, cela aurait suffit pour nous achever tous, car toutes les Provinces de 1'Empire y étaient décrites.» Voir Cummins, J.S., op. cit., p. 248, n. 2. 172
  • en leur versant de grosses sommes dargent foumies par les bonzes et les mahométans1$. Le P. Greslon continue: II [Yang Guang-xian] sonda mesme l'esprit des 4 gouverneurs par 1'entremise du Guen ly pou [président du Li Bu], qui estoit allié du lcr d’entr’eux, et ennemy mortel du P. Adam cõme iay desia dit, pour scavoir cõment sa requeste seroit reçúe; et le Guen ly pou les ayant recõnus desia mal affectiõnés au P. Adam, et a níe stê loy, anima Yam q. s. [Yang Guang-xian] a la pre- senter au plustost, luy promettant sa faveur, et celle de ses amis qui estoient puissants à la cour17. A cette époque, la nouvelle dynastie était suffisamment solide pour que ses maitres songent à imposer l’orthodoxie confucéenne, seul fondement de 1’autorité suprême. Donc, il n’est pas étonnant que les quatre gouverneurs aient donné leur appui à Yang Guang- xian. II est même possible que ce demier nait été qu’un instru- ment dont ils se servirent pour chasser le Christianisme de la Chine. Le 15 septembre 1665 Yang présenta une requête contre le Christianisme et contre les prètres : L’homme d’Occident, Tang Re-wang [Schall] était un dis- ciple de Jésus qui avait été le chef des bandits dans le Royaume de Judée. Sous la dynastie Ming, il est venu à Pékin en cachette 16 Les Jésuites avaient une si grande haine pour les bonzes que, sans peine, il les croyaient toujours prêts à leur nuire. A ce propos, selon le P. Navarrete, Dominicain, le plus injuste de ce qu'on a écrit sur les persécutions est d'alléguer que les bonzes avaient recueilli des millions de ducats pour subomer les mandarins du Tribunal des Rites contre les Chrétiens. « Esto se averignò en la Corte, y no se hallò otro fundamento, que averlo oído un Christiano a un Infiel en una taberna. Solo con esto lo creyeron algunos, como si fuera verdad Evangélica, y por tal la han divulgado y impresso. La rezon fuerte, que ay en cõtra, es, que por aquel mesmo tiêpo perseguian tambien a los Bõços... » (Tratados Históricos, p. 349). Navarrete n'a pas tort. Les régents avaient dès le début montré de la méfiance à 1’égard des Bouddhistes et des Taoistes. 17 Fonds Français 14688, fl. 48. Ce manuscrit se trouve à la Bibliothè- que Nationale de Paris, Ms. Fond Français 14688, et fut imprimé à Paris cn 1671 sous le titre de Histoire de la Chine sous la domination des Tar- tares. Pourtant, le manuscrit a été abrégé et le livre ne contient pas tout le texte original. Une grande partie de ce manuscrit est tiré directement, presque mot à mot, des lettres du P. Magalhães. Néanmoins, il contient de petits renseignements qui ne se trouvent point chez le P. Magalhães. 173
  • . j 2 mm 3 &MW 4 mm 5 et non pas comme porteur des tributs envoyés par son pays. Le mandarin hérétique Xu Guang-qi, qui convoitait les curiosités des étrangers, l'avait recommandé à la cour au lieu de lui impo- ser 1'interdiction de navigation (selon laquelle les étrangers ne pouvaient pas entrer en Chine). Par la suite Tang Re-wang se fit passer pour auteur de calendrier afin de continuer à propager l’hérésie. Sa conspiration est bien établie par le fait qu'il a ordonné à un mandarin, Li Zu-bai, d’écrire un livre hérétique intitulé Tian Xue Zhen Quan oú il est dit que les habitants des dix mille pays à l'est et 1'ouest étaient les descendants des héréti- ques [les Juifs], que l'un d'eux était devenu au Royaume du Milieu [Chine] 1'Empereur Fu Xi, et que les six classiques et les quatre livres ne sont que des commentaires sur la Bible hérétique! N'est-il pas évident que Li Zu-bai trahit son propre pays en suivant les doctrines d'un autre pays ? La culpabilité de 1'auteur qui écrit un tel livre hérétique ne doit jamais être pardonnée. Le chef de cette conspiration est Tang Re-wang; celui qui a demandé aux autres d'écrire la préface du livre était Li Zai- ke [Buglio] [±51]; celui qui a écrit la préface était Xu Zhi-jian. Finalement, les hommes qui ont publié et fait distribuer ce livre étaient Nan Dun-bo [Verbiest] [±^2], An Jing-ming [Magalhães] [í=s3], Pan Jin-xiao et Xu Qian [±5 «] [1’eunuque Paul Xu Gong] [±58]. Ils ont répandu leurs croyances hérétiques à travers Ji-Nan, Huai-An, Yang-Zhou, Zhe-Jiang, Jiang-Ning, Su-Zhou, Chang-Shu, Shang-Hai, Hang-Zhou, Jin-Hua, Lan-Xi, Fu-Zhou, Jian-Ning, Yan- Ping, Ding-Zhou, Nan-Chang, Jian-Chang, Gan-Zhou, Canton, Gui- Lin, Chong-Jing, Bao-Ning, Wu-Chang, Xi-An, Tai-Yuan, Jiang Zhou, Kai-Feng et la capitale impériale. II y a en tout trente églises. En plus de ces Occidentaux en Chine, il y en a encore dix mille qui occupent Macao de Xiang-Shan comme base pour accueillir ceux qui viennent d’Europe et faire partir ceux qui vont à l'ex- térieur. Tang Re-wang, en se faisant passer pour auteur de calen¬ drier parvient au-delà de la porte du Palais d'Or et s'engage à espionner les secrets de notre cour. S’ils ne complotent au-dedans et au-dehors de la Chine, pour quelle raison établissent-ils des églises catholiques dans la Capitale, ainsi que dans les endroits stratégiques des Provinces et pour quelle raison publient-ils ce livre hérétique qui trompe le peuple à travers tout 1’Empire ? En outre, ils osent écrire ces cinq caractères, yi xi yang xin fa, selon les nouvelles méthodes occidentales, sur la couverture de notre calendrier. Evidemment ils cherchent secrètement à miner la supériorité reconnue de notre calendrier et à honorer le leur en montrant au public que maintenant 1'Empire Da Qing suit 174
  • le calendrier européen. Ils visent à détruire notre Confucia- nisme et à glorifier leur Catholicisme. A présent les assemblées des bouddhistes et des taoistes sont absolument interdites par un édit public. Eux seuls osent défier les injonctions de la cour. Chaque église tient à pcu près soixante assemblées par an, et à chaque assemblée les occidentaux bap- tisent de vingt à trente personnes; à chacune d'elles on donne une tablette d'or et une bourse brodée [des agnus Dei]... Ces vingt dernières années, ils ont fait un million de dis- ciples à travers 1’Empire. Quel est leur dessein ? Evidemment ils préparent depuis longtemps la révolte. Si nous ne les suppri- mons pas bientôt, alors nous laisserons grandir un tigre qui causera notre perte ...18 18 «The Westerner, T’ang Jo-wang, was a posthumous follower of Jesus who had been the ringleader of the treacherous bandits of the King- dom of Judea. In the Ming Dynasty he carne to Peking secretly and not as a tribute-bearer for his country. The heretical courtier, Hsii Kuang-ch’i. coveted the foreigner's curiós and recommended him to the Court, instcad of enforcing the prohibition against navigation (that foreigners might not enter China). Thereafter T’ang Jo-wang posed as a calendar-maker in order to carry on the propagation of heresy. His conspiracy is well established by the fact that he ordered an (Chinese) official, Li Tsu-pai, to write a heretical book, entitled the T’ien- hsueh Ch'uan-kai saying that inhabitants of the ten thousand countries both in the East and in the West were descendents of the heretics (i.e., the Jews), that one of them had become (the ancient) Emperor Fu-shi (of China) in the Middle Kingdom, and that both the Six Classics and the Four Books (of China) are only commentaries on the heretic (Jewish) scripture! Does not Li Tsu-pai openly betray his own country in follow- ing the doctrines of another country ? The guilt of the author who writes such a heretical book should never be pardoned. The ringleader of this conspiracy is T’ang Jo-wang; the man who asked others to write a preface to the book was Li Tsai-k’o (Louis Buglio); the man who wrote the preface was Hsii Chih-chien. Finally, the men who published and distributed this book were Nan Tun-po, An Ching- ming (Magalhaens), Pan Chin-hsiao and Hsii Ch'ien. They have also spread their heretical beliefs throughout Tsinan, Huai-an, Yang-chou, Chen-chiang, Chiang-ning (i.e., Nanking), Su-chou, Ch’ang-shu, Shanghai, Hangchou, Chin-hua, Lan-hsi, Fu-chou, Chien-ning, Yen-p’ing, Ting-chou, Nan-ch’ang, Chicn-ch'ang, Kan-chou, Canton, Kueilin, Chungking, Pao-ning, Wu-ch’ang, Hsi-an, T’ai-yiian, Chiang-chou, K'ai-feng and the Imperial capital. There are thirty churches in all. In addition to these Westemers in China, another ten thousand occupy Macao of Hsiang- shan as a base for welcoming those who come from Europe and for sending out those who go abroad. T‘ang Jo-wang, under the guise of calendar-making, reaches beyond the gate of the Golden Palaces and engages in spying out the secrets of 175
  • Cette requête fut reçue au Tribunal des Rites qui la présenta le même jour aux quatre régents; et en attendant leur réponse, Yang fut retenu prisonnier au Tribunal. Dix jours plus tard, la réponse des régents arriva : ils ordonnaient au Li Bu, le Tribunal des Mandarins et au Li Bu, le Tribunal des Rites dexaminer sérieusement la requête de Yang car 1’affaire était d'une grande importance. On libéra Yang; les quatre Pères, Schall, Verbiest, Buglio et Magalhães, avec ceux qui étaient cités dans la requête, furent conduits au Tribunal des Rites pour y être entendus. On sépara les accusés en deux groupes pour qu’ils ne puissent com- muniquer pendant leur interrogatoire. C’est vers cette époque-là que le P. Schall eut une attaque de paralysie qui 1’empêcha de parler si bien que le P. Verbiest fut pendant tout le procès son interprète. Pendant une douzaine de jours, on les interrogea sur la prétendue rebellion; les juges firent grand cas de 1’Apologie de Buglio et Magalhães, livre écrit, selon eux avec 1’intention d'inciter le peuple à se révolter. Ils voulurent savoir combien d’exemplaires avaient été imprimés et si on en avait envoyé à Macao. Et puisque Yang Guang-xien avait affirmé que 30.000 soldats étaient déjà arrivés d’Europe à Macao pour faire avec ses habitants la conquête de la Chine, les régents our Court. If they (Westerners) do not have intrigues within and without China, why do they establish churches both in the capital and in strategic places in the provinces and why do they publish this heretical book to seduce the people throughout the Empire ? Furthermore, they dare to write five characters, i-hsi-yang-hsin-fa according to the new Western methods on the cover of our calendar. Apparently they secretly seek to undermine the recognized superiority of our calendar and to honor their own by showing the public that now the Ta-Ch’ing Empire is following the European calendar. They aim at destroying our sacred Confucianism and at glorifying their Catholicism. At present, meetings of both Buddhists and Taoists are strictly forbidden by the Imperial edict. They (Catholics) alone dare to challenge the injunction of the Court. Each church holds about sixty meetings annually and at each of whom is given a gold tablet and an cm- broidered purse... During the last twenty years they have won over one million disci- ples who have spread throughout the Empire. What is their purposc ? Evidently they have long prepared for rebellion. If we do not eradicate them soon, then we ourselves rear a tiger that will lead us to future disaster... » Lo Shu-fu, A Documentary Chronicle .... pp. 35-36. 176
  • envoyèrent secrètement un agent à Guang-Dong pour vérifier si cela était vrai. Les Mandchous, en effet, n etaient pas du tout tranquilles au sujet de Macao. Ils connaissaient la supériorité des canons des Européens ! De plus, les haibtants de Macao étaient alors réduits à un tel état de désespoir par 1’interdiction de naviguer qu’on pouvait craindre d’eux une révolte. C'est pourquoi pendant le procès on interrogea les Pères avec beaucoup d’insistance pour savoir s'ils avaient des rapports étroits avec la ville de Macao. C'est sans doute à cause de ces accusations quon avait augmenté le nombre des soldats pour garder le Guan-Zha [*5], mur qui sépare Macao de Qian-Shan [±5]. C’est encore vers cette époque qu’on décida d’appliquer la loi de 1662 à cette ville. On ordonna donc à tout le peuple de Macao de quitter cette ville et de venir en Chine continentale. Les juges s'étonnèrent vivement de voir les Chrétiens se rassembler à des jours déterminés ; il faut savoir quen Chine, toute assemblée, quelle quelle fut, était très mal considérée par les autorités qui voyaient là un foyer de rebellion. Ils voulurent savoir quel était le nombre des églises en Chine et ils deman- dèrent combien Tong Guo-qi *] et Xu Zuan-zeng [^52] en avaient fait construire ; et ce jour-là, les Pères mentirent pour ne pas nuire à leurs bienfaiteurs. Ils interrogèrent ensuite les Pères sur la doctrine qu’ils prê- chaient en se montrant là particulièrement exigeants. Ils firent traduire du Chinois en Mandchou le livre intitulé Tian Zhu Jiao Yao [ ], c’est-à-dire le sommaire de la doctrine chrétienne, parce que Yang Guang-xian, dans son accusation, avait dit que cetait un livre enchanteur et monstrueux. A l’issue de cet interrogatoire, on renvoya les Pères chez eux ou ils restèrent un mois sans être dérangé. Mais, le 12 novembre, ils furent de nouveau appellés devant le Tribunal des Rites qui les fit mettre en prison sur ordre des quatre régents. Les Pères crurent d’abord que ce traitement si rigoureux et si inattendu était du aux raisons suivantes : BflíW tíJUl 1 vmwr 2 tratir ...la lre que peut estre les habitans de Macao, a raison de la grãde necessité, et de 1’extreme misere ou ils estoient reduits, depuis que les Tartares leur avoient interdit la navigaõn, et osté la liberté du cõmerce avec la Chine, se seroient peut estre soulevés, et auroient fait quelque acte d’hostilité. La 2e que peut estre quelqu'un les auroit accusés de quelque secret intelligence, 12 177
  • ct coniuraõn avec certains Moscovites qui avoient esté pris sur la frontiere auprés de la grãde muraille qui divise cet empire de la Tartarie, et avoient esté émenés prisõniers a la cour, ou ils n'estoient arrivez que le jour precedent; et parce que ces gens la ont assés de ressemblance avec nous et dãs la barbe, et dãs les traits du visage, il y avoit quelque suiet de craindre que les Tartares ne prissent pour des gens de mesme nation que nous. Une 3' pensée qui leur venoit, estoit touchãt les Hollan- dais qui estoient arrivés il y avoit desia quelque temps avec 3 ou 4 vaisseaux a la province de Fu-Jian, a dessein d‘y establir leur cõmerce, que peut estre ils ne nous eussent rendu quelque mauvais Office dãs ce Royaume cõme ils avoient fait autrefois dãs le Japon; et qu’ayans appris que nous estions desia accusés de rebelliõ, ils n‘eussent peut estre parlé contre nous, et con- firmé les Tartares dãs ce soupçon19. Mais rapidement ils se rendirent compte que la raison de leur incarcération était autre, car, au cours du procès qui s’ensuivit, les juges ne parlèrent plus de rebellion, mais traitèrent seule- ment de questions relatives à la religion et aux mathématiques de 1’Europe. Encore ne firent-ils qu’effleurer les mathématiques pour ne s’intéresser qu’au problème de la loi de Dieu. C’est pour cette raison que les seigneurs Xu Zuan-zeng et Tong Guo-qi furent appellés à la cour pour se justifier sur les églises qu’ils avaient bâties. Au grand chagrin des Pères, le seigneur Xu Zuan- zeng, en cette occasion, se montra assez lâche au point de renier sa religion; mais il n’en fut pas moins dégradé et privé de sa charge de mandarin. Tong Guo-qi, grâce à 1’influence dont il jouissait à la cour, fut acquitté. Le 4 janvier, le Tribunal des Mandarins et le Tribunal des Rites se prononcèrent en déclarant fausse et pemicieuse la Loi de Dieu. Ils accusèrent les Pères de corrompre le peuple et les envoyèrent au Xing Bu, le Tribunal des Crimes, pour y être jugés. Les autres accusés, considérés comme les complices des Pères, subirent un sort identique. Le même jour, les quatre régents, au nom de 1’Empereur, firent publier un édit dans tout le royaume. II déclarait Yang Guang-xian innocent parce que ses accusations contre la Loi de Dieu s’étaient montrées exactes et ordonnait aux Zong Du20 darrêter tous les Européens qui se trouvaient en 19 Fonds Français 14688, fl. 55 v. 90 Les Zong Du étaient les vice-rois des Provinces. Au début ils étaient des commandants-en-chef délégués specialement dans les Provinces pour régler sur place un problème militaire urgent, tel qu'une rebellion ou une 178
  • Chine pour les conduire à la cour afin d’y être interrogés. De plus, il commandait quon brnle tous les exemplaires de Tian Xue Zhen Quan et de Tian Zhu Jiao Yao, les agnus dei, et les médailles. Le Xing Bu condamna le P. Schall à être étranglé pour avoir été le chef de la promulgation d’une fausse doctrine; les trois autres Pères furent condamnés à recevoir chacun 40 coups de bâton, puis à quitter le pays. Vingt jours plus tard, le San Fa Si examina cette sentence, la confirma et 1’envoya aux quatre régents pour qu’ils prononcent un jugement définitif ; mais ils ne donnè- rent jamais leur réponse. Entre-temps, on examina la question des mathématiques euro- péennes puisque Yang Guang-xian avait affirmé qu’elles conte- naient des erreurs et qu’il fallait plutôt en revenir à l’ancienne règle chinoise qui, selon lui, était plus exacte; et en cela il était soutenu par les Mahométans qui étaient jaloux des Européens. Les autorités chinoises savaient bien qu’il fallait proscrire la religion des occidentaux, mais puisqu’ils reconnaissaient que l’astronomie occidentale était supérieure à celle des Chinois, ren- voyer les Pères revenait à priver la Chine de leurs connaissances. Les juges, autrement dit les quatre régents, estimant que la menace dune nouvelle doctrine était plus grande que 1'utilité de la Science occidentale, décidèrent de sacrifier à cette dernière. Mais comme il était très délicat de condamner 1’astronomie euro- péenne qui avait été jusque là considérée comme supérieure à celle des Chinois, les autorités, pour que plus tard on ne les accuse pas davoir mal agi, voulurent prononcer leur jugement après s etre entourés des plus grandes précautions, d’abord au Tribunal des Rites, puis dans les assemblées générales. A ces assemblées, on ne convoquait les plus grands mandarins et les princes que pour traiter des affaires dune grande importance. Avant de proscrire 1'astronomie européenne, on réunit dix ou douze de ces assemblées. Ayant donc déclaré que cette Science était erronée, ils décidèrent de reprendre les règles chinoises. invasion; leur juridiction comprenait donc souvent plusieurs Provinces. Plus tard, cette charge devint plus ou moins fixe. Ces Zong Du avaient aussi un poste dans Tadministration régulière du pays; ils ont souvent le titre honorifique de ministre du Tribunal des Armes et de Du Yu Shi [±5], c‘est-à-dire censeurs du Du Cha Yuan. Voir Hucker, pp. 4042. 179
  • Mais beaucoup plus fâcheuse que la condamnation prononcée contre la religion et 1'astronomie européennes était 1’accusation que Yang Guang-xian porta contre la personne de Schall. II l'accusait davoir choisi, en 1658, une date, une heure et un lieu défavorables pour les funérailles du Prince Héritier, ^n^ES-TT davoir utilisé le Hong Fan Wu Xing [s=í ]21 au lieu du Zheng Wu IEZlÍT Xing [*5], causant ainsi la mort peu de temps après de la seconde reine, mère du Prince Héritier, de la reine, mère de l’Em- pereur régnant, et de l'Empereur Shun Zhi. Sans doute le P. Schall songeait-il à anéantir la famille impériale ! Avec lui furent également accusés Jean Li Zu-bai, son assesseur, quatre mandarins chrétiens du Tribunal des Mathématiques et deux autres mandarins paiens, tenus eux aussi pour responsables de ce mauvais choix22. Ainsi donc, une affaire qui avait été classée six ans plus tôt, le jour oú Guen, président du Tribunal des Rites avait été condamné, était aujourdTiui remise en question, mais uniquement pour que l’on puisse en faire porter toute la res- ponsabilité au P. Schall en tant que président du Tribunal des Mathématiques, ce qui permettrait d’innocenter Guen. Magalhães nous a dit combien la requête de Schall, pré- sentée au nom de Li Zu-bai, avait soulevé contre lui les Mand- chous de la cour; et maintenant ceux-ci voyant la position délicate dans laquelle il se trouvait, en profitaient pour tenter de le supprimer. II n etait pas facile de prononcer la peine de mort contre une personnalité tel que Schall sous prétexte qu’il était le chef de la propagation d'une nouvelle loi; il fallait une accusation plus grave pour le condamner. Les Mandchous, très 21 Le Hong Fan Wu Xing a été écrit à 1’époque des Tang par le moine bouddhiste Yi Xin. On dit qu’il dressa une liste des jours fastes qui était en fait la liste des jours néfastes afin dc provoquer, par là, la ruine des maisons royales des barbares du nord. Voir Lo Shu-fu, A Do- cumentary Chronicle.... p. 452. 22 Un fait important ressort de ce procès: les cinq mandarins chré¬ tiens vont être condamnés pour avoir participé directement au choix du jour, de 1‘heure et du lieu des funérailles; cela suppose donc qu‘ils étaient en relation étroite avec la section du Tribunal décidant des jours fastes ct néfastes. Par conséquent, même s’ils ne croyaient plus qu’il y avait des jours fastes et des jours néfastes, ils avaient néanmoins contribué d'une façon directe à maintenir une superstition proscrite par TEglise catholique. 180
  • superstitieux et pleins de soupçons vis-à-vis des étrangers, furent fort impressionnés par cette nouvelle accusation. Schall n’était-il pas le Tong Xuan Jiao Shi [ ±5 ], c’est-à-dire le maltre qui cora- prend les mystères, titre qu’il avait reçu en 1653 ra. II était donc facile pour cet étranger de se servir de sa connaissance du ciei pour rompre l’harmonie de l'ordre naturel et ainsi causer la chute de la nouvelle dynastie24. Pendant le procès au Tribunal des Rites, les accusés, saisis d'une grande frayeur, se défendirent mal et firent des réponses contradictoires, « les uns disans, ie ne me trouvay pas a cette élection, et en ce temps la j'estois malade, les autres, i’estois absent, les autres ie n’estois pas encore de la classe qui a soin des élections, un autre disoit, ie n'estois pas encore bien versé dãs cette matière, et je ne faisois que suivre le suffrage des autres. »25 Toutes les raisons que Schall pouvait donner pour se justifier ne servirent à rien ; le Li Bu, Tribunal des Rites, recon- nut tous les accusés coupables et envoya 1’affaire devant le Xing Bu qui condamna le P. Schall et les cinq mandarins chrétiens à la mort la plus atroce : être coupés en dix mille morceaux. Les deux mandarins paiens furent acquittés. Ving jours plus tard, cette sentence fut examiné par le San Fa Si qui, après 1'avoir confirmée, Tenvoya aux quatre régents. Ceux-ci convoquèrent 1’assemblé générale pour réexaminer cette sentence et donner un arrêt définitif. Mais le jour ou les princes et les mandarins se réunirent pour se prononcer, il y eut un terrible tremblement de terre, si bien que toutes les affaires de 1’Empire furent sus- 23 A partir de 1661, on changea ce titre contre celui de Tong Wei Jiao Shi [ í=s1 ] pour éviter d’employer le nom personnel de 1’Empereur Xuan Ye [±5*]. 21 En effet, les astronomes ont toujours été soupçonnés, en Chine, de comploter contre la dynastie régnante. Le calendrier chinois devait com- prendre tous les chiffres symboliques, et le calendrier d‘une nouvelle dynastie devait être élaboré à partir de certains chiffres qui représentaient des pouvoir magiques capables d’avoir une bonne influence sur cette dynas¬ tie. «This point makes understandable the belief which continued into modem times — that to develop a new calendar is a revolutionary act, committed by persons who have already planned to depose the dynasty.» Eberhard, Wolfram, « The political function of Astronomy and Astronomers in Han China », Chinese Thought and Institutions, pp. 65-66. 25 Fonds Français 14688, fl. 69. 1 m&m 2 181
  • pendues et que l’on publia un pardon général. Cela se passait le 16 avril. En conséquence, les trois Pères furent libérés, mais le P. Schall et les cinq mandarins, tous condamnés pour haute trahi- son, ne bénéficièrent pas de cette mesure. A propos de cette affaire, on peut lire dans le Da Qing Shi Lu [ *5 ] ce qui suit: 1 mm * mm 1 ífcín® 2 *§£«: 3 £Pllft < 5 6 mm Auparavant Yang Guang-xian, étudiant officiel de Xin An Wei [íç1]. Hui Zhou Fu [±5*], Province de Jiang-Nan, 9’était adressé directement au trône en présentant son livre qui com- prenait deux essais, l’un sur les dix erreurs de la nouvelle mé- thode d'astronomie de Tang Re-wang, l'autre sur le choix des dates (et des lieux) des funérailles. II faisait remarque que Tang Re-wang avait, à tort, suivi le Hong Fan Wu Xing. Sa requête et son livre furent envoyés aux princes et minis¬ tres du conseil d’état pour être examines. Ceux-ci étudièrent en détail toutes les accusations. En ce qui concerne les dix erreurs, Yang Guang-xian et Tang Re-wang défendirent 1’exactitude de leur méthode. Pourtant, établir le calendrier est une chose très compliquée; par conséquent, personne ne pouvait dire qui avait tort et qui avait raison. Néanmoins, ils (les princes et les minis¬ tres) savaient que la vieille méthode chinoise divisait chaque jour en 12 heures qui comprenaient 100 quarts et que Tang 1’avait remplacée par un jour de 12 heures mais qui ne comprenaient que 96 quarts... En outre, Tang Re-wang avait présenté un calendrier qui comprenait seulement 200 ans. Toutefois, le Ciei avait béni sa Majesté Impériale pour qu'elle puisse jouir d'un règne infini; par conséquent, le calendrier de Tang Re-wang était mal venu. Finalement, lorsque ce demier choisit la date et le lieu des funérailles du Prince Rong (de premier ordre), il se servit de Hong Fan Wu Xing au lieu de Zheng Wu Xing. L’orientation du tombeau du Prince, ainsi que la date des funérailles allaient à 1'encontre des superstitions. Cétait de la plus haute importance (pour 1’avenir de la maison régnante). En conséquence, le conseil d’état avait prononcé sa sen- tence: «Le directeur du Tribunal des Mathématiques, Tang Re- wang, le chef de la section de Thorloge d’eau, Du Ru-yu [±5 ■]; le secrétaire du Tribunal, Yang Hong-liang [±52] ; le chef du Service du calendrier, Li Zu-bai, le Chuen Guan Zheng, Song Ke-cheng [±5S], le Qiu Guan Zheng, Song-Fa [±5*], le Dong Guan Zheng, Zhu Guang-xian [±ç8], le Zhong Guan Zheng, Liu You- tai [±=s«] sont tous condamnés à être exécutés par démembre- ment... L’édit impérial disait: Tang Re-wang est le gardien officiel du sceau impérial du Tribunal des Mathématiques, mais il n'a pas accordé suffisamment d’attention au choix de la date des 182
  • funérailles (ni au lieu) du Prince Rong (de premier ordre), par conséquent, il mérite d’être exécuté Toutefois, nous le compre- nons car il est spécialisé dans l'astronomie, si bien que le choix des dates et des lieux de funérailles ne fait pas partie de ses obligations. En outre, puisqu‘il Nous sert depuis longtemps et qu’il est très âgé, nous ordonnons qu’il ait la vie sauve. Du Ru- yu et Yang Hong-liang méritent d'être exécutés. Toutefois, nous nous souvenons qu'ils ont travaillé de bon cceur au choix du Mausolée Rong, du Mausolée Fu, du Mausolée Zhao et du Mau- solée Xiao; nous leur accordons aussi la vie sauve. Nous vous ordonnons, princes et ministres des neuf Tribunaux, de voir soigneusement quelle peine on doit infliger à Tang Re-wang et aux autres accusés. Puis faites-nous savoir ce que vous avez décidése. 2,1 « Previously Yang Kuang-hsien, an official student of Hsin-an-wei, Hui-chou Fu, Kiangnan Province, had appealed directly to the throne, and had presented his book, which consisted of an essay on the ten errors (Tse-mti lu) of T'ang Jo-wang's new method of astronomy and another essay on the Selection of Burial Dates (and sites) (Hsiian-tse-i). He pointed out that Tang Jo-wang had wrongly applied the Hung-fan Wu-hsin. His memorial and his book were sent to the princes and ministers in the state-council for deliberation. Thereupon they investigated his charges one by one. Concerning the ten errors, Yang Kuang-hsien and Tang Jo-wang each defended his own accuracy. However, the method of calendar- making is very complicated; therefore nobody could distinguish who was right and who was wrong. Nevertheless, they (the princes and ministers) knew well that the old Chinese method divided each day into twelve hours which consisted of one hundred quarters (K'o) and that Tang had changed it into a twelve-hour day with but ninety-six quarters... Moreover, Tang Jo-wang had presented a calendar including only two hundred years. However, Heaven was said to have blessed His Im¬ perial Majesty so that the would enjoy an infinite reign, and therefore Tang Jo-wang’s calendar was improper. Finally, when he selected the burial date and geomantic site of Prince (of the first order) Jung, he used the Hung-fan Wu hsing instead of the Cheng Wu-hsing. Both the direction of the Prince's tomb and the date of his burial violated superstition. This was of vital concern to (the future of the reigning house). Accordingly the state-council pronounced sentence : ‘ The Director of the Board of Astro¬ nomy, Tang Jo-wang, the department head of water-clock section, Tu Ju-yii, the secretary of that said board, Yang Hung-liang, the department head of calendar-making, Li Tsu-pai, the Ch’un-kuan-cheng, Sung K'o-ch’eng, the Ch'iu-kuan-cheng, Sung-Fa, the Tung-Kuan-cheng, Chu Kuang-hsient, the Chung-kuan-cheng, Liu Yu-t'ai, are all sentenced to be executed by dismemberment... The Imperial edict stated: ‘ Tang Jo-wang is the Of¬ ficial Keeper of the Seal of the Imperial Board of Astronomy, but hc has not paid proper attention to the selection of the burial date (and 183
  • L’assemblée général se conformant aux ordres de 1'édit impé- rial, examina de nouveau cette accusation et déclara qu’il fallait bannir le P. Schall, son fils adoptif, Pan Jin-xiao et les deux man¬ darins paiens, Du Ru-yu et Yang Hong-liang, après les avoir battus à coup de bambou et emprisonnés. En définitive, l'édit impérial décida ce qui suit: Li Zu-bai, Song Ke-cheng, Song-Fa, Zhu Guang-xian et Liu You-tai seront décapités. La sentence de flagellation, d’emprison- nement et de bannissement portée contre Tang Rc-wang, Du Ru-yu, Yang Hong-liang et les autres est annulée. Puisque nous leur pardonnons, le fils adoptif de Tang Re-wang, Pan Jin-xiao, et les membres des clans de Du Ru-yu, Yang Hong-liang sont aussi dispensés de la flagellation, de l'emprisonnement et du bannissement. Nous approuvons le reste de la sentence telle que vous 1'avez prononcée27. Le P. Schall fut donc libéré le 8 mai. Les cinq mandarins chré- tiens furent mis à mort; leurs femmes et leurs enfants furent exilés suivant la sentence portée contre eux. Peu après, on ferma 1’Eglise du P. Schall et on enleva toutes les images et les tableaux dans le Xi Tang (1'église du P. Schall) et dans le Dong Tang geomantic site) of Prince (of the first order) Jung, therefore he indeed deserves to be executed. However, We sympathize with him because he specializes in astronomy and the selection of burial dates and sites does not lie within his province. Moreover, since he has served Us for many years and is very aged, We ordered his life spared. Tu Ju-yii and Yang Hung-liang also deserve to be executed. However, We remember that they served willingly in selecting the burial sites of the Mausoleum Jung, Mausoleum Fu, Mausoleum Chao, and Mausoleum Hsiao, and their lives are also spared. We order you, princes and ministers of the Nine Boards, to deliberate carefully as to what penalty should be inflicted upon Tang Jo-wang and the involved persons. Then report to Us again'! » Lo Shu-fu, A Documentary Chronicle.... pp. 37-38. 27 «Li Tsu-pai, Sung K’o-ch'eng, Sung-Fa, Chu Kuang-hsien and Liu Yu-t’ai are ordered to be decapitated. The sentences of flogging, imprison- ment and banishment imposed on Tang Jo-wang, Tu Ju-yii, Yang Hung- liang and those others are retracted. Since they are pardoned, the adopted son of Tang Jo-wang, P’an Chin-hsiao, and the involved clansmen of Tu Ju-yii, Yang Hung-liang are also freed from flogging, imprisonment and banishment. The remaining sentences are approved as you passed them. » Lo Shu-fu, A Documentary Chronicle..., p. 38. 184
  • (leglise des PP. Buglio et Magalhães). On interdit absolumen’ aux Pères de réunir les Chrétiens et de célébrer la messe. Pendant ce temps-là, tous les autres missionnaires dispersés à travers les différentes Provinces de Chine furent emmenés à la cour, comme 1’ordonnait ledit impérial. Pourtant, ils n’arrivèrent pas tous ensemble, mais séparément. Certains Pères purent gagner la cour en toute liberté, mais d'autres eurent à subir des mauvais traitements, selon que les autorités de leur Province leur étaient favorables ou non. II y eut au total 25 prêtres : ving Jésuites, quatre Dominicains et un Franciscain. Quatre Dominicains res- tèrent cachés à Fu-Jian. Une fois à Pékin, ils furent tous envoyés à Dong Tang, la maison des PP. Buglio et Magalhães qui devinrent responsables d’eux. Le P. Schall habitait, seul, le Xi Tang, jusqu’au moment ou il eut un accident; le P. Verbiest obtint alors la permission d’aller le soigner. Selon le P. Greslon, tous les Pères étaient théo- riquement nourris aux frais de 1’Empereur, mais en fait, ceux qui en avaient la charge ne leur donnaient pas toujours la ration autorisée. Pourtant le P. Domingo Navarrete rapporte que pen¬ dant les deux mois et demi qu’il se trouva à Pékin, du 28 juin au 13 septembre 1665, toutes les dépenses des Pères furent portées sur le compte de 1’Empereur; mis à part le poisson, la viande et le vin, ils eurent en abondance du riz, du bois, des fines herbes, de 1’huile, et du dou fu [*5] envoyés par les autorités. Daprès Navarrete, lorsque les missionnaires furent renvoyés de Pékin, les Pères qui restèrent à la cour étaient munis pour longtemps de riz, de bois, d’huile et de vinaigre Le 6 septembre, ils furent tous convoqués devant le Tribunal des Rites ; le P. Buglio, leur porte-parole, entretint les manda¬ rins des incommodités dont souffraient les Pères et demanda qu'on les renvoyât au plutôt. Les missionnaires étaient gardés à Pékin en tant que prisonniers. II était donc préférable pour eux de quitter la Chine et d’aller se mettre au Service dautres missions plutôt que de se morfondre à la cour chinoise. Quelques jours tard, selon l'ordre impérial, les Pères furent livrés au Tri¬ bunal des Armes, le Bing Bu [ *=? ] pour être envoyés à Guang- 28 «... de manera, que quando partimos, quedarão los Padres de la Corte proveidos para mucho tiempo, de arroz, lena, azeyte, y tãbien vinagre.» Tratados Históricos.... p. 353. 185
  • Dong. Le P. Navarrete écrit qu’en arrivant à Guang-Dong le vice- roi (Lu Xing-zu) leur dit que 1'Empereur lui avait donné ordre de les envoyer à Macao, mais « à présent, » dit-il, « nous sommes en désaccord avec cette ville; en attendant, restez ici et jaurai soin de vous ; lorsque 1’affaire de Macao sera réglée, je vous y enver- rai. »29 A cette époque, on avait ordonné pour la seconde fois aux habitants de Macao soit de quitter leur ville pour venir à Guang Dong, soit de quitter la Chine, la permission accordée en 1662 de rester dans leur ville n’étant plus valable. Sans doute, les autorités de la cour avaient 1’intention de chasser les Pères de la Chine en les envoyant à Macao ; mais la situation dans cette ville n etant pas sure à ce moment, il fallait provisoirement laisser les Pères à Guang-Dong. Selon ce même ordre impérial, seuls les quatre Pères de la cour devaient y rester. La décision de laisser à Pékin les quatre Pères de la cour peut s'expliquer par le fait que les Mandchous pouvaient éventuellement avoir à faire appel à leurs connaissan- ces scientifiques si jamais la règle ancienne venait à se montrer fausse. II se peut aussi que les Mandchous craignaient de ren- voyer des hommes qui en savaient beaucoup sur les affaires de la Chine et qui pouvaient le divulguer80. Le Tribunal des Rites ordonna à Yang Guang-xian de prendre la charge de directeur du Tribunal des Mathématiques en rempla- cement du P. Schall. Mais comme il avait peu de connaissances en astronomie, il adressa plusieurs requêtes au Tribunal des Rites pour quon le dispense de cette charge en alléguant qu’il était trop vieux et trop malade, avouant même qu’il ne connaissait rien aux calculs astronomiques. Mais le Li Bu naccéda jamais à cette demande. Il fut donc obligé d’accepter cette charge. On nomma aussi un président mandchou, Ma Hu [3=5], pour être son col- lègue. Magalhães écrit qu’avant les persécutions, le Tribunal des m «EI Emperador me manda os ponga con la gente de Macao, aora estamos en pleyto con aquesta Ciudad, quedad aqui en el interin, que yo tendre cuidado de vosotros, compuesto el negocio de Macao, os embiare allà.» Tratados Históricos.... p. 350. 80 Le P. Navarrete explique qu’on avait laissé les quatre Pères à Pékin parce que tous avaient mangé du riz de 1'Empereur et donc étaient devenus ses obligés. «...quedaron cn la Corte los quatro, que avian vivido en ella. Todos ellos avian comido racion del Rey, y por esto les 186
  • Mathématiques n’avait quun directeur, le P. Schall. Lorsqu’il perdit sa charge au profit de Yang Guang-xian, on décida de nommer en plus un président mandchou qui serait le dépositaire du sceau du TribunalM. On va voir par la suite que Yang aurait beaucoup de difficulté à obtenir la collaboration des mandarins de son Tribunal qui préféraient à la règle ancienne adoptée par Yang la règle européenne qu’ils avaient apprise du P. Schall. Le président mandchou, Ma Hu, sur une suggestion de Yang, adressa une requête dans laquelle il demandait de prendre pos- session du Xi Tang, la maison du P. Schall, car, disait-il, elle convenait tout à fait pour s’adonner aux mathématiques. Les quatre régents approuvèrent cette requête mais ordonnèrent de faire dédommager le P. Schall ou de lui acheter une autre maison, ce qui ne se fit pas. On chassa néanmoins les PP. Schall et Ver- biest et on les envoya habiter avec les deux autres Pères au Dong Tang. Les Pères vécurent des heures bien difficiles ; ils furent les témoins de la démolition de 1’Eglise de Dong Tang et cela ne suffisant pas, on voulut même leur prendre les sépultures sous prétexte qu'il y avait au milieu d’elle une petite église. Les Pères purent cependant conserver ces terres en enlevant toutes les images saintes de la petite église. A cette époque, ils furent étroitement surveillés avec défense de quitter leur maison ; on allait les contrôler régulièrement pour être sur qu’ils ne pratiquaient pas leur religion. Nous avons plusieurs lettres de Magalhães dans lesquelles il a rapporté en détail aux Pères exilés à Guang-Dong tout ce qui se passait à la cour. II était très important que ces missionnaires soient renseignés sur ce que l'on pensait d’eux à la cour car 1’avenir des missions en Chine était en jeu. Les lettres de Maga- dexaron alli, segun la razon de estado del Chino.» Tratados Históricos, p. 350. ” Le P. Schall n'était pas le président du Tribunal proprement dit. II n’en fut jamais que le directeur. 187
  • Ihães datées du 11 octobre 166682 et d’avril 166788 nous rapportent la condition à la cour après le départ des autres Pères. II écrit que Yang Guang-xian, tant que vécut le P. Schall, ne cessa de le persécuter en adressant plusieurs requêtes contre sa personne. Alors que tous les missionnaires étaient encore à Pékin, il avait déjá présenté une requête par laquelle il accusait le P. Schall davoir pris dans la bibliothèque royale un livre de mathémati- ques. Cela était grave aux yeux des Chinois ; les livres de mathé- matiques avaient pour eux une grande importance car ils croy- aient qu’ils contenaient tous les secrets du ciei. Cette affaire traina longtemps ; le P. Schall fut cité devant le Tribunal des Rites ou il reconnut qu’il s'était en effet servi de ce livre, 1’avait fait porter au Tribunal des Mathématiques, et que, par la suite, il avait ordonné à son domestique Jin-xiao de le remettre dans la bibliothèque royale. Là-dessus, Jin-xiao fut interrogé et assura qu’il avait remis le livre au même endroit. On le chercha partout dans la bibliothèque sans pouvoir le trouver. Jin-xiao offrit alors plus de 600 taels aux mandarins qui firent preuve de tant de diligence qu’on retrouva rapidement le livre dans une caisse. Yang accusa Schall d’avoir imprimé en cachette et sans 1’auto- risation de l'Empereur le calendrier royal, d’en avoir donné des exemplaires à son domestique pour les vendre et davoir ainsi réalisé d’importants bénéfices. Le P. Schall put prouver son inno- cence ; en effet, il avait auparavant adressé une requête au Li Bu pour faire une nouvelle impression du calendrier car les anciennes planches étaient trop abimées, ce qui fut approuvé par un édit impérial. Yang Guang-xian, toujours infatigable, adressa une nouvelle requête, non pas en son nom mais au nom d'un Dao Shi s\ dans laquelle il accusait le P. Schall d’avoir commis volontairement des erreurs dastronomie dans le but d’anéantir les Mandchous 32 « Relação em que se conta o succedido na Corte de Pe Kim, depois que os Padres delia partirão». L’original se trouve à la Real Academia de la Historia, Madrid, Jesuítas, Legajo 22, ff. 204-209 v. Une copie du XVIII' siècle est conservée à la Bibliothèque d’Ajuda, Jesuitas na Asia, 49-V-1532, ff. 305-319. 33 Jap-Sin 162, ff. 169-174 v. 34 Les Dao Shi sont les maitres taoistes. Le taoisme à partir des Han postérieurs s’identifia de plus en plus à un culte magique et devint une religion populaire qui flattait le gout du peuple pour la superstition. 188
  • et surtout la famille impériale. Schall, prétendait-il, avait déjà tué 1'Empereur Shun Zhi, les deux reines et le Prince Héritier; et voilà que le jeune Empereur régnant aurait dú aussi mourir, mais, par chance, Yu Wang [ ], le dieu qui a soin du ciei, avait 5£j|l ce jour-là accordé un pardon général à tous ceux que la mort allaient appeler, ce qui avait permis à l’Empereur d’y échapper de justesse. Ce Dao Shi fut jugé par le Tribunal des Rites et envoyé au Xing Bu pour être châtié puisqu’il avait osé parler, dans sa requête, de mort prochaine de l’Empereur. Mais, explique Magalhães, comme il avait 1’appui de Yang Guang-xian qui de son côté était protégé par les régents, le Xing Bu, n’osant le con- damner, se contenta de le renvoyer après lui avoir fait donner 40 coups de bâton. Yang, malgré ces échecs, ne se découragea pas. Le P. Schall avait laissé dans le Xi Tang un globe céleste qu’il n’avait pas achevé. Yang, 1’ayant trouvé, remarqua qu’il y manquait le Di Xing [s=s], c'est-à-dire 1’avant-dernière étoile de la queue de la petite ourse considérée par les Chinois comme 1’étoile impériale. II voulut adresser une nouvelle requête pour accuser le P. Schall d’être un rebelle : il ne reconnaissait pas l’Empereur de Chine puisqu’il n’avait pas voulu mettre sur son globe 1’étoile de l’Em- pereur. Il porta sa requête à Ma Hu, président mandchou du Tribunal des Mathématiques pour qu’il y mette le sceau du Tri¬ bunal ; mais Ma Hu refusa en lui expliquant que le globe n etait pas encore achevé, qu’il y manquait non seulement 1’étoile impé¬ riale mais aussi une grande partie des autres, et qu’en outre, il y avait au palais plusieurs globes dus au P. Schall sur lesquels se trouvait le Di Xing. Après avoir entendu ces remarques, Yang renonça à cette accusation. A la suite de toutes ces requêtes, Schall fut obligé de comparaitre deux fois devant le Tribunal des Rites. Il mourut le 15 aout 1666 à l'âge de 77 ans. Après sa mort, les Pères eurent quelques difficultés à garder ce qu’il possédait. Le P. Schall avait une petite propriété dans le district de la ville de « Leam hien »**, pas très loin de Pékin. Un mandarin d’une ville proche de cette propriété songea à pré- senter une requête au Hu Bu [±5], le Tribunal des Revenus Publics, pour obtenir cette propriété puisque le P. Schall était :l5 Peut-être s’agit-il de la ville Liang-Xiang [ ±5 ]. Voir Playfair, G.M.H., The Cities and Towns of China ..., p. 201. 189
  • mort. Cela donna beaucoup de souci aux Pères car cette pro- priété leur procurait une rente assez importante. Ils décidèrent fê[l]lll donc de solliciter auprès de Tong Gu Shan [ *5 ]36 qui était parent de ce mandarin, une lettre de faveur. Voyant cela, le man- darin abandonna son idée et présenta ses excuses en disant qu’il ignorait que la propriété appartenait aussi aux PP. Buglio et Magalhães *7. Mais peu de temps après, ayant appris la mort du P. Schall, un homme qui occupait plusieurs maisons de cette propriété imagina de s’en emparer. A cette fin, il s’adressa à un domes¬ tique du quatrième fils du régent Soni et le persuada de se rendre à Ia propriété pour dire aux paysans qui labouraient les terres que le P. Schall, avant de mourir, avait vendu, par manque dargent, ces terres au quatrième fils du régent qui 1’avait chargé de ramasser le revenu de ces terres. Les Pères, rapidement mis au courant de ces menées malhonnêtes, demandèrent à leur ami, 1'eunuque Paul Xu, d’en avertir 1'intendant du troisième fils de Soni, Songgotu. Cet intendant, à son tour, en parla à l’intendant du quatrième fils de Soni. Ce demier intendant donna donc un billet à l’eunuque Paul pour qu’il le remettre au domestique du quatrième fils et dans lequel il lui ordonna de rentrer pour rendre compte de ses actions. Un autre Chrétien, appellé Luc, accompa- gna l’eunuque Paul à la propriété de « Leam hien ». Une fois arrivés, ils invitèrent plusieurs fois le domestique à la maison sous prétexte de traiter avec lui d'affaires importantes. En fait, ils voulaient, devant tous les paysans rassemblés, lui transmettre les ordres de son intendant. Mais il ne consentit jamais à venir. Pour l’attirer, le Chrétien Luc alia le persuader que 1’intention de l’eunuque Paul et de lui-même était seulement de partager avec lui le revenu de cette année; et comme il avait beaucoup dautorité sur les paysans, Luc 1’invite à bien vouloir venir jus- qu’à leur maison. Le domestique se laissa fléchir. Tous deux parvenus à la maison, l’eunuque Paul montra au domestique le *® Gu Shan c’est la forme abrégée du Gu Shan O Zhen [±5], titre qu’avaient les chefs des huits bannières. Je n’ai pas pu identifier Tong 1 Gu-shan. Ce ne peut être Tong Tu-lai qui est mort depuis 1658; peut-être 2 "" s’agit-il d’un de ses fils, Tong Guo-gan [±5'] ou Tong Guo-wei [±5 *], tous les deux s’étaient intéréssés au Christianisme et avaient eu des rapports intimes avec les missionnaires. Voir Hummel, p. 794. 37 Jesuítas, Legajo 22, fl. 208 v. 190
  • billet de 1'intendant, en présence de tous les paysans rassemblés pour cela, et lui commanda de le suivre à la cour pour sexpliquer. Mais voyant 1’état lamentable dans lequel il se trouvait, Paul et Luc eurent pitié de lui, et lui permirent de retourner seul chez son maitre, lui épargnant ainsi 1'affront d'être emmené à la cour comme un prisonnier. Mais l’homme qui s’était servi de ce domestique pour par- venir à ses fins ne perdit pas courage. Quelques jours avant le nouvel an, il rendit visite à Yang Guang-xian, porteur d’un riche présent, et lui dit que cette propriété, tout comme la maison et leglise du P. Schall, appartenaient au Tribunal des Mathéma- tiques. II lui proposa donc d’adresser une requête pour prendre possession de la propriété au profit du Tribunal des Mathéma- tiques. Mais Yang qui avait accepté le cadeau ne donna pas suite à cette proposition. Entre-temps, le mandarin de « Leam hien » mourut et les Pères surent gagner les bonnes grâces de son succes- seur en lui offrant douze petits cadeaux, six d’origine chinoise qu'il refusa, et six d'origine européenne qu'il accepta “. Un jour, au mois de septembre 1666, un capitaine mandchou entra brusquement dans la maison des Pères pour la fouiller minutieusement. Cela fait, les Pères apprirent de ces hommes qu’ils cherchaient un bonze que les quatre régents voulaient capturer. C etait un bonze errant qui avait parcouru les rues de Pékin en criant à haute voix que les Mandchous ne tarderaient pas à perdre 1’Empire à cause de leur tyrannie et de leur injus- tice39. Le fait detre venus le chercher chez les Pères et d’avoir fouillé si longuement leur maison nous montre que les Mand¬ chous mettaient les Pères catholiques sur le même pied que les bonzes sectaires ou hérétiques, et à leurs yeux, les Pères res- taient des gents dont il fallait se méfier. En décembre 1666, Yang Guang-xian adressa une requête dans laquelle il demandait qu’on démolit 1’église du P. Schall, et qu’avec les matériaux on construisit une tour pour 1'observa- tion des étoiles, activité très importante dans 1'astronomie chi¬ noise. Mais comme on était en hiver et que la terre à cette époque est gelée, on dut attendre le printemps pour lancer cette entre- prise. Mais le 16 avril 1667, le jeune Empereur déclara qu'il 88 Jap-Sin 162, ff. 170-170 v. 39 Jesuítas na Asia, 49-V-1532, fl. 317. 191
  • voulait désormais gouverner lui-même, si bien qu’une fois cette déclaration connue, on ordonna à tous les Tribunaux de suspendre leur activité. C’est pour cette raison que 1’église du -Cpft P. Schall fut épargnée car le Gong Bu [*5], le Tribunal des CEuvres Publics, ne pouvait alors rien entreprendre. Les Pères qui avaient mis dans le jeune Empereur tout leur espoir de voir le Christianisme se rétablir en Chine, considérèrent cela comme un bon augure. « Si rien que par son désir de gouverner, le nou- veau Roi peut faire tant qu’une église soit conservée, que ne pouvons-nous attendre qu’il construise Iorsqu'il commencera à gouverner ! Puissent ces églises [qu’il construirá] être aussi nom- breuses, sinon plus, que celles construites par Constantin. »40 Mais dans 1’immédiat, cette déclaration ne changea en rien 1’attitude des autorités envers les Pères, bien au contraire. Buglio écrit dans sa lettre datée du 13 juillet 1667 que les mandarins du Tribunal des Rites, plus hostiles aux Pères que jamais, avaient de nouveau fait afficher à la porte de Dong Tang une sentence contre la religion chrétienne qui interdisait aux Pères de prêcher et même de sortir de leur maison. Cela se passait le 21 mai. Le quatrième prince, ami et protecteur des PP. Buglio et Maga¬ lhães, exhorta ces demiers à patienter encore un peu et leur promit de les favoriser dès que le jeune Empereur prendrait le pouvoir. Mais il leur conseilla de ne plus attaquer les bonzes car leur enseignement était répandu en Chine depuis déjà longtemps. « II nous a dit qu’il était davis de laisser les croyances en Chine telles quelles sont et de laisser chacun choisir celle qui lui sem- ble bonne puisque la Chine est grande : il nous a fait comprendre que le fait que des Chrétiens aient attaqué les lois des pagodes [le bouddhisme] nous avait beaucoup nui. »41 Dans sa lettre du 15 septembre 1667, Buglio mentionne une Apologie qu’il avait écrite pour réfuter les accusations portées par Yang Guang-xian dans son livre Bu Te Yi contre le Catholi- cisme. Buglio écrit qu'il avait changé le titre de son Apologie et 1'avait intitulée Bu Te Yi Bian [ ]. Il y avait ajouté six ou huit 40 « Se com só o dezejo do Governo tanto pode o novo Rey, que conservou huma Igreja, quantas podemos esperar que edifique depois que comece a governar! Tantas sejão, e mais que as que edificou Cons- tantino.» Jap-Sin 162, fl. 174 v. 41 « Nos disse que o seu parecer era de deixar as Leys na China como primeiro, e cada hum tomasse o qual quiser pois a China hè grande: 192
  • pages « qui prouvaient que notre religion est la vraie. »42 II la fit revoir par un lettré chrétien qui avait supprimé ce qu’il esti- mait être de trop. II semble que cette Apologie n’ait été ni im- primée ni publiée à cette époque. D’ailleurs, dans cette même lettre, Buglio conseillait aux Pères exilés à Guang-Dong de ne pas imprimer ni publier pour le moment dapologies, car cela risquait de faire plus de mal que de bien. II faut attendre, ajou- tait-il, que les choses saméliorent à la cour4S. En fait, le réta- blissement des missions en Chine nallait intervenir quune fois reconnue la supériorité de 1’astronomie des Européens sur celle des Chinois et des Mahométans. Venons-en maintenant aux mathématiques, sujet d’une impor- tance capitale pour 1'avenir des missions. Depuis que Yang avait la charge du Tribunal des Mathématiques, il voulait réintroduire quelques cérémonies de la tradition chinoise attachées aux supers- titions, et qui pour cette raison avaient été abandonnées par les Européens. Parmi elles s’en trouvait une, la cérémonie du Grand Printemps, qui se pratiquait de la manière suivante : tous les ans, les mandarins du Tribunal des Mathématiques enterraient un vase, le col tourné vers le bas, dans une salle préparée à cette intention. Au jour de l’équinoxe de mars, en présence de l’Empe- reur, des princes et des mandarins, ils déterraient le vase d’oú sortait une grosse fumée que l’on disait être 1’esprit, l’air et le soufflé du Printemps. Mais en fait, lembouchure du vase était reliée à 1’extérieur par un conduit souterrain, creusé auparavant et dans lequel, le jour de la cérémonie, on versait de l’eau qui, au contact de la chaux vive contenue dans le vase, provoquait un échappement de vapeur. Magalhães écrit qu’en 1666 Yang Guang-xian présenta une requête pour rétablir cette cérémonie. Elle fut acceptée et on se lança dans les préparatifs. II ne restait plus qu'à mettre la chaux vive dans le vase, mais comme on était entouré d'espions à la solde des quatre régents, Yang n’avait pas pu aller jusquau bout des préparatifs. C'est pourquoi les esprits du printemps ne daignèrent pas sortir cette année-là ; et Yang fut obligé de présenter une requête dans laquelle il s’excusait de cet échec en prétextant qu’on avait perdu les vraies règles pour deu nos a entender que nos fiz muito mal que os Christãos dizião muito mal de Ley dos Pagodes.» Jap-Sin 162, fl. 176 v. « Jap-Sin 162, ff. 191-191 v. ÍS Jap-Sin 162, fl. 191 v. 193 13
  • faire sortir l’air du printemps. Les quatre régents, après avoir examiné le vase, « hochant la tête, dirent: ' on a abusé des dynas- ties avec cette cérémonie pendant plus de deux siècles. ’ Et ils ajoutèrent: ' A partir de maintenant, quon ne célèbre plus cette cérémonie inutile. ’ » Et Magalhães continue : « Cet épisode eut un retentissement dautant plus grand à la cour que le P. Ferdinand Verbiest s'était opposé à cette cérémonie au cours de quatre dis¬ putes à 1’intérieur du palais impérial, en affirmant que c’était une observation inutile et ridicule pour savoir quel jour le soleil allait entrer dans tel ou tel signe. »** Toutefois, puisque Yang Guang- xian avait dans cette même requête promis de rechercher des hommes qui connaitraient cette cérémonie et pourraient la réta- blir correctement, les quatre régents, malgré 1’ordre qu'ils avaient donné publiquement darrêter le déroulement de cette cérémonie, demandèrent, en privé, au Tribunal des Rites de faire rechercher ces hommes qui connaissaient les règles de cette cérémonie. Dans une lettre écrite en avril 1667, Magalhães reparle de cette céré¬ monie. Yang, en effet, sans perdre courage, voulut encore tenter 1’expérience. Mais, cette fois, il voulut la faire en privé, sans témoin, dans une salle particulière qui n’était autre que la bibliothèque du P. Schall. Aux frais du trésor public, il fit revê- tir les murs de grosses planches et y colla quantité de papier pour supprimer toute fente susceptible de laisser passer des esprits étrangers qui pourraient altérer les vapeurs. Au milieu de la salle, il fit creuser une fosse profonde « dans laquelle lui tout seul, sans aucun arbitre ou témoin, il attendait les signes du Prin¬ temps qui jusqu'à maintenant ne sont pas sortis. Mais lui au bout de trois jours est sorti, aussi ingorant qu’auparavant des príncipes mathématiques. II est sorti malheureux et mélancoli- que, sexcusant de sa folie ignorance, pour ne pas dire enfantil- lage, en disant que les esprits et les vapeurs n’étaient pas sortis ** «Mandarão os Governadores trazer os vazos diante de si; que visto e considerado, acenando com a cabeça disserão. Este enganou o Reynado passado duzentos e mais annos. E acrescentarão: Daqui em diante, não se uze mais esta inútil ceremonia. Tanto mais foi celebre nesta Corte esta acção, quanto o Padre Fernando Verbiest em 4 disputas dentro do Passo do Rey, se tinha a ella opposto, dizendo, que era ridícula e inútil observação para com ella se saber o dia em que o sol entra neste ou naquelle sino.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 205. 194
  • par la faute des vases : ils n’étaient pas réglementaires et n’avaient pas été fabriqués de la même matière que ceux des anciens ... Pour colorer et couvrir sa grossière et bestiale ignorance, et con- server ses prétentions il adressa l’an passé [1666], année ou il fit 1'expérience sans la réussir, une requête aux régents dans laquelle il déclarait avoir déjà découvert la règle et la façon de faire les vases adéquats pour faire sortir les fumées et l’air annonciateur du Printemps. »43 II dit donc qu’il lui fallait une certaine terre prise aux environs de telle ville, dans telle province; qu’il lui fallait mélanger à cette terre tant de milliers de grains de gao liang [ *=f ] provenant de tel endroit dans telle province, et que ce devait être des grains jumeaux et pas encore múrs. Pour faire ce mélange, il lui fallait des fleurs de roseaux de telle forme et de telle couleur, et.... Les quatre régents ordonnèrent au Tri¬ bunal des Rites daller faire chercher ce dont Yang Guang-xian avait besoin dans les endroits qu’il avait indiqués. Magalhães ajoute que les mandarins des provinces, à cette occasion, se montrèrent durs avec les paysans car ce que voulait Yang n’était pas facile à trouver ! Ce que nous rapporte Magalhães de cette cérémonie de Prin¬ temps n’est pas très clair. En effet, si Yang Guang-xian n’avait pas réussi son expérience la première fois puisque la présence despions 1’empêcha de mettre la chaux vive dans le vase, comme nous le raconte Magalhães, cela suppose qu'il a voulu tromper les autorités en voulant leur faire croire que Tesprit du Prin¬ temps était un phénomène surnaturel. Or, ce n etait pas le cas sinon il aurait du réussir sa seconde tentative faite seul et sans témoins. En étudiant le texte de Magalhães, il semble plutôt que 45 «... no meio do pavimento abrio huma cova em quadro bem pro¬ funda, na qual elle só, sem arbitro algum ou testemunha, esperou os sinaes de Primevera que até gora não sairão. Mas elle no fim de 3 dias, se sahio tão ignorante de seus princípios mathemáticos como entrou. Sahio mofino e malenconico, escuzando sua douda ignorância, por lhe não chamar meninisse, dizendo que não sairem os spiritos e exhaltaçoés era tudo falta dos vasos que não erão competentes, nem feitos da matéria de que os antigos os fazião... Para córar e cobrir sua grossa e bestial ignorância e conservar o credito de seu assumpto [sic], deo o anno passado quando fez, e não lhe secedeo a experiencia, hum mémorial aos Governa¬ dores, que ja alcansara a regra e modo de fazer os vasos requeridos e competentes para delles sairem os fumos e ares pronosticos da Prima¬ vera. » Jap-Sin 162, fl. 171. 195
  • Yang ait cru en 1'utilité de cette cérémonie « pour savoir quel jour le soleil allait entrer dans tel ou tel signe »40 sans toutefois trouver le moyen scientifique de produire ces vapeurs, dites esprit du Printemps. Magalhães rapporte encore que pour Yang Guang-xian cette cérémonie représentait « la base de toutes les mathématiques de laquelle dépendaient tous les calculs et opé- rations de cette Science.»47 Entre-temps, la discorde avait grandi parmi les mandarins du Tribunal des Mathématiques. D’abord, il devenait clair peu à peu que les relations entre le président mandchou Ma Hu et Yang Guang-xian n'étaient pas des meilleurs. Ma Hu, à 1’opposé de Yang, navait pas de préjugé systématique contre tout ce qui n’était pas issu des anciennes traditions de la Chine; mais étran- ger lui-même, il était plus objectif dans ses jugements, et malgré son ignorance en astronomie, il ne lui était pas difficile de com- prendre que les mathématiques occidentales étaient plus déve- loppées que celles de la Chine ou que celles des Mahométans. C’est pourquoi il n’approuvait pas toujours 1’acharnement dont faisait preuve son collègue, non seulement à l’égard des mission- naires mathématiciens, mais aussi à legard des quelques manda¬ rins chrétiens de son Tribunal. Yang avait accusé Bao Vito et « Yam ta çu », deux chrétiens de son Tribunal, davoir volé dans le trésor public 800 taels dargent que l’Empereur avait donnés pour acheter le papier nécessaire à 1’impression du calendrier. II accusa en outre Bao Vito davoir voulu le suborner en lui offrant 12 taels que lui, Yang Guang-xian, n’avait pas accepté. Ma Hu qui avait le sceau du Tribunal ne consenti pas à le lui donner pour présenter sa requête d’accusation. Yang Guan-xian fut donc obligé de la présenter directement, à genoux, devant la porte du palais48. 48 Jesuítas, Legajo 22, fl. 205. 47 «Aquella cerimonia tão inviolável, e tão celebre, para com os Chinas, que Yam quam sien tanto louvava e engrandecia, dizendo ser o fundamento de toda a Mathematica, e a qual dependião todas as medidas e operações desta Sciencia.» Jap-Sin 162, fl. 171. 48 Magalhães explique ce coutume: «Está ...?... o Passo do Rey huma coluna, diante da qual se ajoelhão, per espaço de tres dias, os que querem dar Petição Real; que se dá, quando nos Tribunaes se faz mani¬ festa injustiça ou lhe não querem receber a petição. Porem com encargo, que antes que o Rey lhe receba, e veja o que nella dis, há de levar 196
  • Après avoir examiné la requête, le Xing Bu déclara Bao Vito et « Yam ta çu » innocents, mais les quatre régents condamnè- rent Ma Hu à payer 30 taels et ses assesseurs 20 taels parce qu’ils n’avaient pas voulu accepter la requête de Yang Guan- xian
  • res de papier qui lui étaient restées après 1’impression du calen- drier et en tira environ 40 écus52. Mais après avoir reçu des lettres venant des Pères de la Cour il nous donne une autre ver- sion des faits. II affirme que Bao Vito ayant reçu 1’argent du vendeur « pour ne se pas laisser vaincre en courtoisie, luy dõna en eschange les rougneures de ce même papier qui estoient restées après 1'impression du Kalendrier. »53 On voit par là que 1’accusation de Yang Guang-xian n’était pas sans fondement puisque Bao Vito avait réalisé des bénéfices illicites. N’empêche qu’à la suite de cette affaire, Yang se heurta à 1’antagonisme d’un grand nombre de gens à la cour car il semble que les mandarins aient cessé de collaborer avec lui. Magalhães rapporte quune fois prononcé la sentence contre Bao Vito, Yang essaya d'apaiser les mandarins chrétiens de son Tribunal et leur parla en ces termes : « Ne soyez pas étonnés si je punis Bao Vito, car j’ai des raisons pour le faire. II murmure contre moi à pleine bouche et par tout, et dit à tout le monde mille méchancetés et mille mensonges [à mon égard]. Mais n'allez pas supposer que j’ai de la haine contre vous, ou que je ne veux pas de la nouvelle règle; je vous ordonne plutôt de 1’étudier. Et ce que vous ne comprenez pas, allez le demander à Nan Xian Sheng [ *=* ], au Maítre Verbiest. » 54 Yang Guang-xian adressa également plusieurs requêtes en faveur des mandarins de son Tribunal. Il demanda et obtint 1’augmentation de la rente versée aux membres du Tribunal des Mathématiques. Yang présenta encore une requête dans laquelle U soutenait que pour attirer les étudiants des mathématiques à son Tribunal, l’Empereur devait augmenter le salaire, donner de plus hautes dignités et laisser accéder à la charge de mandarin à la cour et dans les Provinces les mandarins de ce Tribunal. SJ Fonds Français 14688, fl. 133. ** Fonds Français 14688, ff. 3-3 v. 31 « Não me estranhais fazer eu castigar Pao Vito, pois tive rezão para o fazer. Elle murmurava de mim a boca cheia e em todo o lugar, e a todos dizia mil males, mil mentiras. Nem daqui concebais que eu vos tenho odio, e nem quero a regra nova; antes vos ordeno que a estudeis. E o que delia não entendeis, ides perguntar ao Nan sien sim, ao Reve¬ rendo Padre mestre Fernando Verbiest.» Jap-Sin 162, fl. 170 v. 198
  • A la suite de cette requête, plusieurs mandarins et personnalités, convaincus que Yang obtiendrait des quatre régents ce qu’il demandait, envoyèrent leurs enfants au collège des mathémati- ques. II y eut au total 150 nouveaux élèves. Pendant plusieurs mois, les quatre régents ne donnèrent pas suite à cette requête. Finalement, ils ordonnèrent que le Tribunal des Mathématiques qui jusqu’alors était de cinquième ordre, passe au troisième ordre; que le président mandchou soit compté parmi les manda¬ rins du troisième ordre, et ses assesseurs parmi ceux du quatrième ordre. Ils ordonnèrent également que tous les autres mandarins mandchous aient une promotion, mais qu’en revanche Yang Guang-xian, ses assesseurs chinois et tous les autres mandarins chinois du Tribunal, restent dans les mêmes ordres quaupara- vant85. Cela dut être bien dur pour Yang de se voir, lui et ses compatriotes, humiliés de la sorte par les membres dune dynas- tie étrangère ! Pourtant Yang Guang-xian ne pouvait échapper à ce fait, que 1’astronomie et les règles de calcul chinoises étaient pleines d'erreurs ! Magalhães rapporte que Yang s’était trompé à 1’occa- sion de deux éclipses. La première était une éclipse de lune, le 17 juin 1666, qu’il avait manquée de deux quarts, et la seconde, le 2 juillet, une éclipse de soleil pour laquelle il s’était trompé de trois quarts ■*. Selon la coutume, on envoya deux requétes aux quatre régents pour les informer de ces erreurs, mais ils n’y donnèrent jamais réponse car, après avoir interdit l’astronomie européenne, ils étaient bien obligés maintenant de se taire. De plus, Yang Guang-xian n’avait que de très faibles connaissances en astronomie, comme il l’avait lui-même reconnu dans plusieurs requétes adressées aux régents pour refuser la charge de président du Tribunal des Mathématiques. Magalhães n’a-t-il pas écrit que Yang savait autant de mathématiques que sa mère !87 C'est pour- quoi Yang navait dautre choix que de solliciter la collaboration des astronomes mahométans. II s'adressa à Wu Ming-xuan88 pour 5» Jap-Sin 162, fl. 171 v. 50 Jesuítas, Legajo 22, fl. 206. 57 «...porque sabe tanta mathematica quanta sabia sua may... » Jesuítas, Legajo 22, fl. 206 v. sa Wu Ming-xuan est ce mahométan qui en 1657 accusa le P. Schall cTavoir commis des erreurs dans le calendrier. Mais par la suite, il fut 199
  • lui demander de préparer un livre astronomique qui contiendrait « omnes ejusdem anni mutuos aspectus lunae cum planetis et stellis fixis et planetarum inter se »59 et de le présenter au Tribunal des Rites. Celui-ci commença dabord par refuser en alléguant que Wu avait été déjà condamné : on ne pouvait donc accepter ses Services. De plus, fit-on remarquer, ce livre devait être préparé par les mandarins du Tribunal des Mathématiques, et Wu n’en faisait pas partie. Pourtant, sans doute à la suite d’une intervention particulière, le Li Bu 1’accepta et le présenta aux quatre régents en expliquant que, puisque personne n’était capable de préparer ce livre, on pouvait accepter celui de Wu, et que si, par la suite, on concluait qu’il était bien fait et cor- respondait avec les mouvements des astres, on pourrait nommer Wu mandarin du Tribunal des Mathématiques (c’est ce qui advint plus tard). En outre, Yang avait fait entrer cinquante jeunes Maho- métans au Collège des Mathématiques60. Magalhães écrit que le calendrier publié par Yang Guang-xian la dixième lune de 1666, et fait daprès les règles anciennes, était rempli d’erreurs. Quelques jours après sa publication, le régent Souksaha, le voisin des Pères, leur fit demander s'ils avaient vu le calendrier de Yang Guang-xian. II voulut en même temps savoir ce qu’ils en pensaient, mais comme ils ignoraient quelle était sa disposition à leur égard, ils lui répondirent qu’ils ne se mêlaient pas de ce qui ne les regardaient plus61. Parmi les centaines d’erreurs contenues dans ce calendrier, il y en avait de si évidentes que même les Mandchous, qui pour la plupart ignoraient 1’astronomie, les avaient aperçues. Par exemple, le calendrier disait que le 26 de la deuxième lune, le jour et la nuit seraient d egale durée, et que lequinoxe tomberait le 28 de la deuxième lune, ce qui revenait à dire qu’il y aurait deux équinoxes de printemps ! Jadis, dans le calendrier du P. Schall, on trouvait les heures du lever et du coucher du soleil dans chaque Province. Yang Guang-xian ne le fit que pour la cour, et encore, avec une erreur très grave. En effet, il avait prouvé que c'est lui-même qui s’était trompé. II fut néanmoins sauvé à 1’occasion d'un pardon général. 59 Jesuítas, Legajo 22, fl. 206 v. «o Jap-Sin 162, fl. 172. «> Jap-Sin 162, fl. 171 v. 200
  • effectué ses calculs en se servant de 1’ancienne règle prévue pour la hauteur de Nankin, ou se trouvait autrefois la cour de la Chine, qui est au 32c degré, alors que Pékin, la nouvelle capitale, est au 40“ degré. Le calendrier de Yang Guang-xian ne marquait que les degrés des planètes, mais pas les minutes. Par suite de cette lacune, le vice-roi de Shan-Xi adressa une requête contre Yang. Mais une fois cité devant les régents, Yang s'excusa en ces termes : « Pourquoi serais-je coupable puisque la règle ancienne ne les indique pas ? » 82 On discuta publiquement à la cour des erreurs contenues dans le calendrier, ce qui marqua l’échec défi- nitif des anciennes règles de 1’astronomie chinoise. Yang Guang- xian commença à céder sur ce point, et, à la première lune de 1667, il rassembla tous les mandarins de son Tribunal, partisans des règles anciennes et leur déclara que « la nouvelle règle euro- péenne existait encore, et qu’il était en son pouvoir de se servir de la vieille et de la nouvelle. »*s Un peu plus tard lorsqu’on se mit à critiquer le résultat de ses calculs concernant 1'équinoxe qui était proche, il rassemble ces mêmes mandarins et leur dit: « J’ai accusé le Père Jean Adam, j'ai proscrit la règle européenne et j’ai rétabli 1’ancienne en pensant quelle était correcte et que vous autres vous en saviez quelque chose. Mais maintenant, je vois que vous n’en savez rien, et que 1’ancienne règle a beaucoup d'erreurs. »61 En fait, après que Yang Guang-xian eut avoué qu’il était inca- pable de mettre au point le calendrier, on confia cette tâche à 1’astronome mahométan Wu Ming-xuan avec 1’espoir que ses cal¬ culs seraient exacts. Examinons maintenant de plus près la personnalité de Yang Guang-xian, lui qui a joué un rôle primordial dans ces événements. Les Pères, qui ont été ses victimes, ont porté contre lui un juge- ment trop sévère et pas tout à fait juste. Yang était originaire de She-Xian [*=*], An-Hui. Lorsqu’il était jeune, son Père qui avait 82 « Eu que culpa tenho nisso. A regra antiga não os tem.» Jap-Sin 162, fl. 171 v. «* « ...que a regra nova e Europea ainda estava, e que estava nelle uzarse da velha ou da nova.» Jap-Sin 162, fl. 171. «« « Eu accusei o Padre João Adão, anihilei a regra Europea, e intro¬ duzi a regra velha, cudando que era certa, e que vos outros sabieis alguma cousa. Agora vejo que não sabeis nada, e que a regra velha tem muitos erros. » Jap-Sin 162, ff. 171 v-172. 201
  • remarqué la fougue de son caractère, lui avait interdit de se pré- senter aux examens civils qui permettaient d’entrer dans le gouver- nement parce qu’il le jugeait peu fait pour cette carrière. A la mort de son père, Yang préféra céder à son frère cadet ses droits héréditaires. Plus tard, alors qu’il était à Pékin, il adressa une requête à 1’Empereur dans laquelle il accusait de corruption deux ImfStl mandarins, dont l’un était le ministre Wen Ti-ren [±5], favori peu scrupuleux de 1’Empereur. Et pourtant, il savait bien que cette requête contre l’un des plus grands personnages de la cour risquait de lui attirer les plus graves ennuis8*. II y avait une coutume en Chine qui autorisait le peuple à presenter des requê- tes directement au trône en frappant à la porte du palais sans passer par les divers tribunaux. Mais pour éviter à 1’Empereur d’être dérangé avec des requêtes injustifiées, celui qui en présen- tait une devait recevoir d’avance 40 coups de bambou. Yang Guang-xian avait sans doute présenté sa requête de cette façon, car il est peu probable qu’il ait trouvé un Tribunal pour appuyer une requête contre le ministre favori. A cette occasion, il avait apporté avec lui son cercueil pour le cas ou il serait mort sous les coups. A la suite de cette requête, il fut bastonné et exilé à Liao-Dong, mais il put revenir en 1644, lorsque les Mandchous prirent la Chine. Ces faits nous montrent un Yang Guang-xian intrépide et sincère. Il était très attaché aux traditions superstitieuses de la Chine qui ont subi 1’influence de la pensée taoiste, ce qui est prouvé par sa volonté de rétablir la cérémonie du Printemps. Enfin, les récits MxR des Jésuites nous apprennent qu’il connaissait le Feng shui [*=?]08 et l’art de 1’exorcisme87. Ces connaissances lui avaient valu 95 Hummel, pp. 889-890. 99 Littéralement « Feng shui» signifie le vent et l’eau. C’est une doc- trine philosophique qui tire son origine du Confucianisme et surtout du Taoisme. Selon cette doctrine, le bonheur de chaque région, de chaque ville ou de chaque maison, dépend de la configuration de la terre, des montagnes, des rivières, etc.... qui les entourent; ces formations peuvent être améliorées par des moyens humains, par exemple, changer le cours d'une rivière, et surtout par la construction de temples. De la même façon, on peut détruire le « Feng shui» d’une maison en construisant une autre maison ou un mur dans un endroit néfaste. 97 Ces connaissances donnèrent sans doute beaucoup de pois à 1'accu- sation qu'il lança contre Schall lorsqu'il lui reprocha d’avoir choisi une heure néfaste pour 1'enterrement du prince héritier. 202
  • 1'amitié de plusieurs personnages de la cour, dont Souksaha. Le P. Buglio écrit que les grands mandarins du Li Bu, Tribunal des Rites, Chinois et Mandchous, ont eu de 1’amitié pour Yang Guang-xian parce qu’il connaissait le feng shui68. II écrit dans sa lettre du 15 septembre 1667 qu’après la mort de Souksaha dont Oboi était la cause, ce demier reçut la visite des fantômes de Souksaha et de tous ses fils qui voulaient le faire périr. Oboi eut recours à Yang Guang-xian pour lui trouver des gens qui savaient exorciser les diables C'est sans doute encore parce qu’il connaissait le feng shui, qui n’est pas sans rapporte avec le choix des jours fastes et néfastes, quon 1’avait obligé, malgré ses protestations, à assumer la charge de président du Tribunal des Mathématiques. Yang avait lui-même avoué ne rien connaitre aux mathématiques. Magalhães, en réponse aux Jésuites exilés à Guang-Dong et qui s’inquiétaient des chances quavaient les mathématiques euro- péennes et la religion chrétienne d'être rétablies, écrit dans sa lettre du 24 avril 1667, c’est-à-dire après que 1’Empereur eút déclaré vouloir gouverner seul: « En ce qui concerne la sainte Loi, vu comment vont les choses et en les considérant uniquement avec les yeux et la prudence humaine, pour le moment nous avons peu à espérer... Pour ce qui est des mathématiques, il semble qu’il sera plus facile de les rétablir, car on parle beaucoup à la cour des erreurs de la vieille règle que même Yang Guang-xian reconnait... Soyons patients, et bientôt, avec le nouveau gouver- nement nous verrons ce qu’il adviendra de nos affaires. »70 "8 Jap-Sin 162, ff. 177-177 v. Le P. Greslon nous apprend que lorsque Yang Guang-xian fut exilé à Liao-Dong pendant le regne de 1’empereur chinois Chang-Zheng, « pour gagner sa vie, il comança [síc] a exercer l’art de deviner, et par ce moyen s'insinua peu a peu dãs les maisons des grands.» Et il continue: « Et cõme les Tartares sont superstitueux au dela de tout ce qu’on se peut imaginer, et font un cas non pareil de l’art de deviner, ce supost de Satan [Yang Guang-xian] les sçeút tellement enchan- ter par ses iongleries qu'ils le regardoient cõme un hõme extraordinaire, et de qui la conservation estoit extremement importante pour le bien de 1'estat.» Fonds Français 14688, fl. 43. «® Jap-Sin 162, fl. 192 v. 70 «Quanto a Santa Ley, vistas as cousas como vão, e considerados só com olhos e prudência humana, pouco temos, per agora, que esperar ... Quanto a Mathematica, parece será mais facil de resuscitar. Por que se falia muito nesta Corte dos erros da regra velha, e até o mesmo Yam 203
  • Kang Xi n’avait que 13 ans lorsqu'il décida de gouvemer sans les régents. Cette décision fut prise compte tenu de la situa- tion politique à la cour, situation que les Pères n'avaient pas saisie, car ils ne considéraient les choses qu’en fonction des per- sécutions menées contre eux. Magalhães, comme les autres Pères de la cour, étaient convaincus que Souksaha, le régent qui était leur voisin, était des quatre régents le plus empressé à les per- sécuter. C’est peut-être 1’amitié que ce régent avait pour Yang Guang-xian qui les amena à cette conviction. Pourtant, on peut remarquer dans les récits laissés par les Pères de la cour que plusieurs fois Souksaha sut faire preuve à leur égard, sinon d’ami- tié, du moins de courtoisie. Dans sa Iette du 11 octobre 1666, Magalhães écrit quaprès le départ des autres Pères pour Guang- Dong, Souksaha leur demanda plusieurs fois de venir le voir chez lui et envoya souvent ses eunuques chez eux pour faire répa- rer ses horloges. A 1’occasion de Pune de ces visites, Souksaha traita les Pères avec beaucoup d’attention ; il leur offrit des fruits et des gâteaux puis leur demanda de construire pour lui une machine pour enlever l’eau d’un puits71. « L’autre jour, il fit ren- dre visite au P. Jean Adam pour lui offrir en cadeau des pêches, des pommes ainsi qu’un certain petit fruit noir et sauvage sem- blable à ce que, au Portugal, nous appelons des myrtilles, et qui lui venaient des montagnes de la Tartarie. »72 Mais les Pères n'avaient pas confiance en Souksaha, ils le croyaient de mauvaise foi, d’autant plus que leur ami, le premier prince, les avait prévenus de se méfier de Souksaha. Ils le soup- çonnaient d’être fourbe et « de vouloir être en bonne intelligence avec les deux partis »7S, c’est-à-dire Yang Guang-xian et les Pères. Dans sa lettre d’avril 1667, Magalhães nous rapporte encore ceci: « Enfin, comme j’ai déjà écrit à Vos Révérences, il [Souk- quam sien, os reconhesse... Tenhamos todos paciência, que cedo com o novo governo, veremos o em que aõ de parar nossos negocios.» Jap-Sin 162, fl. 164. 71 Jesuítas, Legajo 22, fl. 207 v. 12 « Ao outro dia, mandou vizitar o Padre João Adão com hum pre- zente de pecegos, maçam, e huma certa frutinha preta e agreste, seme¬ lhante a que em Portugal chamamos murtinhos, que lhe vem dos montes da Tartaria.» Jesuítas, Jegajo 22, fl. 207 v. 72 «...quer estar bem com ambas as partes.» Jesuítas, Legajo 22, fl 208. 204
  • saha] veut montrer qu'il a pour nous de bonnes intentions. Cela, il l'a montré hier, 29 avril, en nous envoyant par le même eunu- que une théière de thé nouveau. » 7* En fait, Souksaha n'était pas le régent le plus puissant, et les Pères se trompaient lorsqu’ils pensaient que c'était surtout lui qui s’achamait contre eux. En effet, le régent qui tenait les rênes du gouvernement était Oboi. II avait 1'appui d’un autre régent, Ebilun, qui comme lui, appartenait à la bannière jaune bordé. Le premier régent, Soni, était déjà d’un âge très avancé et s’occupait peu du gouvernement. Souksaha qui appartenait à la bannière blanche s’était, dès le début, attiré lmimitié de Oboi qui, avec 1’appui d’Ebilun, prit le plus d’importance. L’hostilité entre Oboi et Souksaha ne fit que grandir et ce fut sans doute la raison pour laquelle Souksaha s’abenta du palais impérial; il voulait éviter Oboi pour n'avoir pas à se heurter ouvertement à lui. Il n’était pas seul, d’ailleurs, à craindre le pouvoir d’Oboi. La reine-mère, elle aussi, s’inquiétait de voir le gouvernement entre les mains du seul Oboi. Magalhães écrit qu’au début de décembre 1666, la reine-mère convoqua les quatre régents, leur faisant dire que, bien portants ou pas (la maladie était, chez eux, un prétexte fréquent pour s'absenter) ils devaient se transporter au palais parce qu’elle voulait discuter avec eux de choses très importantes. « Ils sont venus, et tous ensemble [passant] dune chose à une autre, peu à peu, se disputèrent, s’en prenant tous à notre voisin [Souksaha]. Só [Soni] qui est le premier et le plus âgé et qui est le beau- père75 de 1’Empereur, lui dit: ‘ Lempereur nous a laissés tous pour gouverner 1’Empire, mais jusqu’à présent vous seul avez gouvemé, faisant tout ce que vous voulez sans écouter 1’opinion des autres. Mais désormais on fera le contraire, on ne fera que ce qui est juste et vous patienterez. ’ Patorocum [Oboi]7S, plus hardi... fut plus dur dans ses paroles lorsqu'il lui dit: ‘ Et qui êtes-vous pour prendre des attitudes si hautaines ? Ne savez-vous 74 « Enfim, como ja escrevi a VsRs, elle quer mostrar que nos tem boa vontade. Esta mostrou hontem 19 de Abril em que pello mesmo capado nos mandou hum bule de cha novo... » Jap-Sin 162, fl. 174v. 73 Soni dont Magalhães fait allusion ici n’était pas le beau-père de 1’Empereur, c'est son fils ainé qui était le beau-père de Kang Xi. 78 Les Jésuites appelaient Oboi, Patorocum. 205
  • pas que vous n etes que notre captif de guerre ? ' (le voisin [Souk- saha] était un Tartare du Royaume de Yehe, et ceux qui sont maitres de la Chine sont des Mandchous qui avaient autrefois assujetti ceux de Yehe...) Enfin, il ajouta : ‘Vous êtes de l’en- tourage du neuvième Prince [Dorgon].' Ce fut ce neuvième Prince qui gouverna la Chine lorsque son neveu, qui était 1’Empereur défunt, n’avait pas encore lage [de gouverner]. Après la mort du premier, ses restes furent exhumés et jettés dans la rivière parce que l’on considérait qu’il avait trahi lorsqu’il avait voulu se faire lui-même empereur. L’accusateur, celui qui avait découvert ce crime et ce secret, était le régent voisin77. Le voisin ayant entendu ces paroles si graves, si piquantes et si lourdes, quitta le palais, et jusqu’à aujourd'hui, 20 avril [1667], il n’y est plus jamais rentré, au début pour se montrer offensé, et ensuite à cause de la maladie provoqué par la passion et le ressentiment. »73 Si l'on en juge par ce que l'on sait de la situation politique à cette époque, on est amené à supposer que les paroles adressés par Soni à Souksaha, rapportées par Magalhães et citées ci-dessus, 77 Les quatre régents avaient gagné la confiance de TEmpereur Shun Zhi pour avoir vaincu la faction du Prince Dorgon après la mort de celui-ci en 1651. Suksaha avait été l'un des protégés de Dorgon, mais après sa mort il témoigna contre son ancien protecteur en affirmant que Dorgon avait la prétention de se faire empereur. 78 « Vierão, e juntos, de negocio em negocio, pouco a pouco vierão em piques e em palavras, e todos contra o vizinho. O Só, que he o pri¬ meiro e mais na idade, e sogro do Rey, lhe disse: O Rey nos deixou a todos para governar o Império, e vos ategora o governaste só, fazendo o que quereis sem ouvir o parecer dos outros. Daqui per diante se fará o contrario, farse ha o que for justo, e vos tereis patiencia. O Patorocum como valente (que isso quer dizer o seu nome) foi mais fero no fallar, dizendo: E vos quem sois para tomardes tanto bico, não sabeis que sois nosso cativo que vos tomamos na querra ? (he o vizinho Tartaro do Reyno yehe, e os que são senhores da China são do Reyno Man cheu, que antiga¬ mente sogeitarão o yé hé...) Em fim, accrescentou: sois gente do nono Regulo. Foi este nono Regulo o que governou a China em quanto o sobri¬ nho, que era o Rey passado, não teve idade, cujos ossos depois de morto forão desenterrados, espalhados e deitados no rio a titulo de traydor per se querer a vida levantar se por Rey, sendo o accuzador e descobridor deste Crime e segredo o governador vizinho. Ouvido tão grave e verda¬ deiro remoque e palavras tão pezadas, se sahio o vizinho do Passo, e nunca mais té hoje 20 de Abril, que escrevo esta, nelle entrou. Ao prin¬ cipio per se mostrar sentido e aggravado, depois per doença acquirida da paixão e sentimento que tomou...» Jap-Sin 162, ff. 172v-173. 206
  • sont plutôt celles dont se servit Souksaha pour réprimander Oboi, car, à ce moment-là, c’était lui seul qui gouvemait et non pas Souksaha ; et Oboi, piqué par ses propos, lui répondit dans les termes rapportés par Magalhães. L'erreur commise par Magalhães s'explique par le fait qu’il n'a pas assisté en personne à cette réunion, et qu’il se contente de rapporter ce qu’il a entendu raconter par la suite. II a sans doute confondu les noms de Souk¬ saha et de Soni qui, prononcés par des Chinois, se rassemblent fort par leur sonorité. Dans leurs lettres, les Pères appelaient Soni « Só lao yé » [*=?'] et Souksaha, « Sú lao yé » [«=? *]. On peut croire quune altercation opposa Oboi et Souksaha en présence de la reine-mère et du jeune Empereur. Oboi sorti vainqueur et Souksaha, dès lors, rentra dans 1’ombre définitivement. Oboi profita immédiatement de cet avantage pour régler comme il 1’entendait plusieurs affaires. En particulier, il changea la répartition des terres au profit de sa propre bannière, le jaune bordé, au désavantage de la bannière blanche à laquelle appar- tenait Souksaha ’9. Magalhães rapporte qu'à la fin de février 1667, Oboi ordonna à « Sunahai », président du Gong Bu, Tribunal des Travaux Publics, de s’occuper de cet échange. Sunahai, qui était un parent de Souksaha, alia prendre congé de ce demier avant son départ et lui dit qu’il savait qu’il marchait vers la mort que Oboi voulait pour lui. Souksaha le consola, 1'encouragea, et tout en lui promettant sa protection, lui dit de ne pas consentir à cet échange. Mais pour ne pas donner 1’impression de désobéir à Oboi, Sunahai partit quand même. Une fois arrivé sur place, voyant de quelles injustices et de quelles vexations étaient victi- mes les villageois à qui on volait meubles et maisons si bien que beaucoup d’entre eux n’hésitaient pas à fuir en abandonnant leurs terres, Sunahai décida dadresser une requête dans laquelle il sopposait à cette mesure. La requête fut également signée par le Zong Du des trois Provinces, Pékin, Shan-Xi et Shan-Dong, et par le Jun Men [ ]80 de Pékin. Elle faisait part de la profonde ™ Les trois régents, Soni, Oboi et Ebilun appartenaient à la bannière jaune bordé, placée sous 1'Empereur Shun Zhi. Seul Suksaha appartenait à la bannière blanche qui était celle du Prince Dorgon. 80 Le Jun Men était encore une autre appelation du Xun Fu [*=?]. Au début de la dynastie Ming, les Xun Fu étaient des délégués spéciaux envoyés par 1’empereur dans les diverses Provinces, à des endroits straté- 207
  • misère que causerait aux villageois cet échange et rappelait que l'Empereur défunt avait expressément défendu tout échange des terres des huit bannières. Oboi, ayant reçu cette requête, fou de rage, fit capturer les trois signataires et les envoya au Xing Bu pour y être jugés et punis. Le Xing Bu, pour apaiser la colère de Oboi condamna les trois mandarins à être privés de leur charge et à recevoir chacun cent coups de fouet de cheval. Le président du Xing Bu alia en personne chez Oboi pour lui faire part de ce jugement. Mais Oboi, au comble de la fureur, renversa d’un coup de pied un tabouret ,et lançant sa chaise en arrière, ordonna, sans autre forme de procès, de faire étrangler les trois hommes dans leur prison, ce qui fut fait sur le champ. Magalhães ajoute : « Je ne peux expliquer à Votre Révérence le regret qu’il y eut dans toute la cour à cause de cet événement si imprévu et si injuste. Le régent, notre voisin, lorsqu’il le sut, cogna sa tête contre les murs en criant: ' Sunahai, Sunahai, je t’ai tué, je t’ai tué, je tavais promis de t'aider, mais je navais ni le temps ni la possibilité de le faire, Sunahai, je t’ai tué.' »81 Mais là ne sarrêtent pas les injustices d’Oboi. A la fin du mois de mars, on fit passer à la cour un examen aux mandarins. Cet examen avait lieu d’habitude tous les cinq ans environ, selon la volonté de 1’Empereur; en fonction du résultat, on récompen- sait les mandarins qui le méritaient et l’on punissait les incapa- bles. Au mois d’avril, on publia la liste de tous les mandarins privés de leur charge; il y en avait 70, et parmi eux, rapporte Magalhães, 16 étaient parmi les plus grands de la cour, pour la plupart de la bannière blanche et parents ou amis de Souksaha82. C’est ainsi que Oboi réussit à éliminer tous les partisans de ce demier. giques. Mais au milieu du XVe siècle les Xun Fu s'étaient fixés dans diffé- rentes régions, et ils étaient plutôt des gouverneurs provinciaux chargés des affaires civiles et militaires. Ils avaient également le titre nominal de censeur-en-chef. Voir Hucker, pp. 3941. 81 « Não posso explicar a VR o sentimento que ouve em toda esta Corte per este Caso tão repentino, e desusado. O governador vizinho quando o soube, dava com a cabeça pellas paredes e gritava: Sunahai, Sunahia, eu te matei, eu te matei. Eu te prometti de te accudir, mas nem tempo, nem modo tive de o poder fazer. Sunahai, eu te matei.» Jap-Sin 162, fl. 173 v. 82 Jap-Sin 162, ff. 173 v-174. 208
  • Quelques jours plus tard, le 16 avril, 1’Empereur déclara qu’il allait gouverner lui-même et donna ordre au Tribunal des Rites, et ce Tribunal au Tribunal des Mathématiques, de choisir le mois et le jour propices. Sans doute 1'Empereur craignait-il de voir Oboi devenir trop puissant s’il attendait davantage pour gouver¬ ner lui-même. Cependant, ce ne fut que quelques mois plus tard, le 28 aout 1667, que l’Empereur prit le pouvoir. Un mois avant était mort le premier régent, Soni. Buglio, dans sa lettre du 15 septembre 1667, rapporte que Souksaha se voyant totalement impuissant, présenta à l’Empereur une requête dans laquelle il lui demandait, sous prétexte qu’il était malade, la permission de se retirer du gouvernement et daller garder la sépulture de l’Em- pereur défunt8\ Le P. Greslon écrit à ce propos : « L’Empereur trouva fort mauvais qu’il eust presenté cette requeste, et soup- çona qu’il y auroit sans doute quelque mauvais dessein caché soubs une demande si extraordinaire; et les autres deux gou- vemeurs qui en vouloient a Soukama [Souksaha], attizans le feu de la colere de ce jeune monarque, et le confirmans dans le soup- çon qu’il avoit conçêu contre luy, il 1’envoya prendre lr iour de septembre, et l’ayant fait conduire au Him pou [Xing Bu] ordona qu’on luy fist son procez, et qu'il fust examiné par les Princes du sang, et par tous les grands mandarins de la cour, qui avoient tous contre luy une hayne mortelle, et furent ravis d'avoir une si belle occasion de se venger... »85 En vérité, ce n’était pas l’Empereur qui voulait condamner Souksaha, mais Oboi. Bien que l’Empereur eut pris le pouvoir, c’était toujours Oboi qui gouvemait. Ses partisans à la cour étaient nombreux et puissants. L’Empereur lui-même le craignait et n’osait pas aller à 1'encontre de ses décisions. C'est Oboi, par ses machinations, qui fit juger et condamner Souksaha. Buglio dans sa lettre rapporte qu’on le condamna dabord à cent coups de bâton et à la confiscation de ses biens. Cette sentence ayant été trouvée trop légère, il y eut un second jugement à 1’issue duquel lui et son fils qui avait présenté la requête en son nom, furent condamnés au supplice de Lin Chi [ ±5 ], c’est-à-dire à être coupés en mille morceaux. Ses autres enfants furent condamnés à avoir la tête tranchée, ses femmes et les femmes de ses enfants s* Jap-Sin 162, fl. 190 v. 85 Fonds Français 14688, fl. 13 v. 14 209
  • envoyées en éxil. L’Empereur, voulant adoucir le sort de Souksaha, le condamna a être étranglé, ce qui était considéré comme une mort beaucoup moins honteuse. La sentence fut exécutée le 4 septembre 1667 ®*. Buglio rapporte que c'est auprès des eunu- ques du quatrième Prince, qui fut un des juges, qu’il a obtenu tous ces renseignements sur le procès de Souksaha87. Puisque les Pères considéraient ce dernier comme le principal responsable des persécutions, ils voyaient dans sa mort une juste punition. Buglio écrit à ce propos : « II a voulu éteindre la Loi de Dieu et c'est sa postérité qui a été éteinte. »88 Par la suite, Oboi et Ebilun furent élevés aux plus hautes dignités. Mais ils n’en jouirent pas longtemps. Le jeune Empereur, sachant que pour le moment il n'était pas assez fort, adopta une attitude prudente à legará de Oboi en attendant le moment pro- pice pour s'en débarrasser. II y parvint en 1669, avec 1’aide de Songgotu, troisième fils de Soni. C’est cette année-là que furent rétablies à la cour les mathématiques européennes. Sous la Régence (1661-1669) les persécutions contre le Chris- tianisme furent très rigoureuses. Les missionnaires ont essayé d’en expliquer les raisons, mais parce qu'ils étaient divisés entre eux sur beaucoup de points et notamment sur la méthode d’apos- tolat, ils se rendirent les uns les autres responsables de ce qui arrivait. Le P. Domingo Navarrete, Dominicain, rapporte que les Jésuites avaient publié des déclarations signées affirmant que les Dominicains et les Franciscains avaient causé la perte des mis- sions en Chine. Navarrete lui-même navait pas perdu son temps et s etait procuré de semblables certificats qui accablaient les Jésuites. II était, pour sa part, tout à fait convaincu que les Jésuites, en se mêlant d’astronomie, avaient provoqué cette persécution. Et avec Navarrete, un grand nombre de mission¬ naires étaient persuadés que le P. Schall était le premier responsable.89. Plusieurs Jésuites étaient du même avis, et parmi 88 Jap-Sin 162, ff. 190v-191. 81 Jap-Sin 162, fl. 192 v. 88 « Queria elle estinguir [sic] a Ley de deus e foi estinta [sic] a sua geração.» Jap-Sin 162, fl. 191. 89 Le Père A. Thomas écrit: « En définitive son élévation ne servit ni à lui, ni à la mission de Chine : à lui, elle valut 1’oublie de ses devoirs religieux; à 1‘Eglise de Chine, elle valut la persécution de Yang Kouan- sien.» Histoire de la mission de Pékin, I, p. 112. Le Père Navarrete rap- 210
  • eux, évidemment, se trouvait le P. Magalhães pour qui la haine conçue par certains à legar du P. Schall était à 1’origine de cette persécution. Le Père Franciscain Antonio de Santa Maria Ca- ballero était lui aussi de cet avis90. Magalhães écrit, dans sa lettre d’avril 1667, qu’après la mort du P. Schall, il n’y eut plus de requêtes contre les Pères, et que dès lors on les traita avec plus de respect. Cela fit croire à cer¬ tains que les régents avaient ordonné à Yang Guang-xian de ne plus calomnier les Européens. « D'autres disent quavec la mort du P. Jean Adam est morte aussi la haine de Yang Guang-xian et dautres adversaires, puisque tous les autres Pères des missions étaient aimés et estimés de tous ; et moi je vous dis, que la raison et la vérité de la [sainte Loi] est si évidente que même les mau- vais gens sont obligés, sinon de la suivre, du moins de la recon- naitre et de la vénérer. »91 Magalhães insiste que ce n'est pas la doctrine chrétienne qui avait provoqué cette persécution mais plutôt le désir de se venger du P. Schall. Ce point de vue n'est pas juste, comme on va le voir par la suite. Mais il ne manquait pas de Pères pour croire que 1’Apologie préparée par Buglio et Magalhães avait mis le feu aux poudres. Navarrete rapporte: «Tous les Pères de la Société ont dit plusieurs fois en ma présence que le petit livre publié par les quatre Pères qui résidaient dans la ville impériale était la seule cause de ce désastre. »92 Cette Apologie, rédigée par Buglio et Magalhães, fut sans doute approuvée par Verbiest et Schall avant d’être publiée ; du moins, ils en avaient eu connaissance, d’autant porte: « Dixo el Padre Govea al Padre Canari, estando yo junto con ellos. EI Padre Mateo Ricci nos metiò en China con la Mathematica; y el Padre Iuan Adamo nos destierra aora con la suja.» Tratados Históri¬ cos .... p. 361. 90 «...omnes in Adam peccaverunt», écrit le P. Antonio de Santa Maria, Sinica Franciscana, II, p. 510. 81 « Otros disem, que com a morte do Padre João Adão morreo tam¬ bém o odio em Yam quam sien, e mais adversários, pois os mais Padres da Missão de todos erão amados e estimados. E eu digo, que a rezão e a verdade he tão forçosa, que até os maos obriga, senão a seguilla, pello menos a conhecella e vénérála.» Jap-Sin 162, fl. 170 v. 92 «... dixeron vezes a mis oídos todos los Padres de la Compania, que el librello, que facaron en la Corte los quatro Padres Iesuitas, que vivian en ella, fue la total causa de aquella ruina, y perdicion.» Tratados Históricos.... p. 361. 211
  • qu’elle parut sous la signature de Jean Li Zu-bai, assesseur du P. Schall. Outre ces rivalités qui mettaient aux prises les Jésuites et les ordres entre eux, il faut mentionner celles qui se produisaient entre Espagnols et Portugais et qui n'ont pas été sans influencer les critiques des uns et des autres. Ainsi, Navarrete, se fondant sur les accusations de Yang Guang-xian, en déduit ceci: « Aucun de ces articles n’est particulièrement dirigé contre les Francis- cains, les Dominicains ou les Espagnols. II [Yang Guang-xian] parle contre les Portugais et la ville de Macao; ainsi, que tout le monde soit persuadé que nous avons eu notre part de persé- cution dune manière passive et non active ; et les Chinois n’ont pas nourri de haine particulière contre les Espagnols contraire- ment à ce que certains ont écrit et fait savoir. »93 En réalité, toutes ces raisons ont, en quelque sorte, contri- bué à provoquer la persécution. Sans doute 1’hostilité manifestée par Guen à l'égard du P. Schall et la publication de l’Apologie des deux Pères furent-elles à 1’origine directe des attaques ; mais la véritable cause est en fait beaucoup plus profonde et par con- séquent plus dangereuse pour les missions, et trouve son explica- tion dans la politique d etat menée par les régents. Dès leur arrivée au pouvoir, les régents s’étaient montrés dune nature peu tolérante, comme on l’a vu au chapitre précé- dent. C’est pendant leur règne que fut consolidée la dynastie Qing puisque toutes les révoltes avaient été en grande partie écrasées. Les régents eurent donc tout le temps d’affermir leur pouvoir. Ils se faisaient les champions de 1’orthodoxie confu- céenne en se déclarant hostiles à tout ce qui n’était pas conforme à cette doctrine. Ils se méfiaient surtout des assemblées du peu- ple qui pouvaient constituer autant de foyers de conspiration contre la dynastie étrangère. C’est à la lumière de cette précision qu’il faut chercher à comprendre la persécution contre les Chré- tiens. Et jajoute que ces demiers ne furent pas les seules victi- 93 « En todos estos cargos, ninguno se haze en particular a Francis- cano, ní Dominíco, ni menos a Castellano alguno. Habla contra Portugueses, y su Ciudad de Macao, con que estaràn todos persuadidos, a que solo entramos passive en la persecucion, y non active, y enterados de que el Chino no tiene el especial odio a los Castellanos, que algunos han escrito, y publicado.» Tratados Históricos.... p. 357. 212
  • mes puisque, à cette époque, toutes les sectes religieuses furent combattues avec beaucoup de rigueur. Magalhães lui-même y fait allusion dans sa lettre du 11 octobre 1666, quand il parle d une secte qui « professe la rebellion et veut créer des rois et des empereurs. »04 Cette secte, écrit Magalhães, avait déjà rassemblé pour la révolte 15.000 hommes dans la Province de Pékin et elle avait aussi élu un roi. Cette conjuration, continue Magalhães, fut découverte par un jeune homme qui, sous la torture, révéla le nom des conjurés. Aussitôt les régents « sous prétexte de par- tager des terres entre plusieurs familles tartares nouvellement arrivées, envoyèrent des soldats qui surprirent les conjurés dans leurs cachettes, au nombre de dix-huit, et ou ils ne laissèrent aucun homme vivant, sauf des garçons et des femmes qu'ils emmenèrent captifs à cette cour. »95 04 « Entre estas seitas ha huma que professa rebellarse e criar Reòs e Emperadores.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 208 v. Cette secte n’est autre que la secte du Lotus Blanc, Bai Lian Jiao [fc?1]. Elle avait été fondée par Hui Yuan [ 2 ] à la fin du IVe siècle. Ses membres cherchaient le salut dans la Terre Pure [±=?s] d'Amitabha. Cette secte a joué un rôle important dans le bouddhisme chinois sous le nom de Lian Zong, Doctrine du Lotus, ou sous celui de secte de la Terre Pure. D’après Pelliot, peu avant 1133, le bonze Mao Zi-yan [ 4=5 4 ] profitant de la respec- tabilité et la popularité de 1’ancienne école du Lotus, fonda la secte héréti- que du Lotus Blanc. Sous la dynastie Mongole, elle fut persécutée par les autorités. Ce fut à la fin de la dynastie Yuan que ses membres se révoltèrent. Leur chef, Han Shan-tong [ ±5 ] proclama qu’une grande catastrophe ne tarderait pas à se produire, et que le Bouddha Maitreya naitrait dans ce monde. C’est là une nouvelle forme du Lotus Blanc, annonçant la venue de Maitreya. Han Shan-tong gagna à ses idées beaucoup de monde. Quelques chefs du Lotus Blanc déclarèrent que ce dernier était le maitre désigné de 1'Empire du Milieu. Mais il fut capturé et mis à mort par les autorités. Son fils Han Lin-er [ ±51 ] se proclama empereur, et, à sa mort, cette dignité fut transferée à Zhu Yuan-zhang [±5*], qui plus tard allait fonder la Dynastie Ming. Pourtant, celle-ci, comme celle qui la précéda, persécuta la Société du Lotus Blanc, la considérant comme un élément très dangereux pour l’état. A partir de 1566, ses membres se révoltèrent. Ils étaient suffisamment nombreux et organisés pour menacer sérieusement la dynastie. Ses chefs eurent souvent le titre d’empereur. Voir Pelliot, «La secte du Lotus blanc et la secte du nuage blanc», D.E.F.E.O., III, pp. 304-317; Groot, Sectarianism..., pp. 162-174. 95 «...que em continente, com titulo de repartir terras e algumas famílias Tartaras que tinhão vindo de novo, mandarão soldadesca, que de repente derão nos lugares dos conjurados que erão dezoito, nos quaes , 2 3 4 mm 213
  • Les Pères, ceux de Pékin comme ceux qui se trouvaient en exil à Guang-Dong, attendaient donc avec impatience que Kang Xi supprime la Régence et rétablisse sinon leur religion, du moins leurs mathématiques, comme plusieurs princes amis des Jésuites de la cour le leur avaient fait espérer. Et en effet, dès que le jeune Empereur se crut suffisamment fort pour s’opposer à Oboi, il voulut entreprendre la préparation d'un calendrier exact. Lo Shu-fu écrit: « Ils [les Jésuites] s’étaient apparemment servis d’un jouet inventé par Verbiest, une machine à vapeur, qui pou- vait faire avancer sur l’eau un petit bateau et faire de la musique ; ils avaient ainsi procuré tant de plaisir à un prince du sang, le frère de 1'Empereur, qu’il les aida à rentrer au Tribunal des Mathématiques. »84 Magalhães dans sa lettre du 2 janvier 166987 ne mentionne pas ce fait. De plus, les Pères ne savaient pas exacte- ment qui avait favorisé leur retour en parlant d’eux à l’Empereur, et ils avaient dabord pensé que c’était le quatrième Prince. Mais peu après, on vint leur dire en grand secret qu'ils devaient cette faveur au « deuxième mandarin du Tribunal des Rites, Tartare d une grande influence, nouvellement entré dans ce Tribunal. »88 II n'est pas impossible que ce « grand Tartare » soit Songgotu qui, en 1668, fut nommé vice-président en second (donc le deuxième mandarin) du Li Bu, non pas le Tribunal des Rites, mais Li Bu, le Tribunal des Mandarins. Magalhães a pu confondre ces deux Tribunaux dont les noms se prononcent de la même façon en não deixarão homen vivo, tirando meninos e molheres que trouxerão cati¬ vos para esta Corte.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 209. 96 « They apparently used an invention of Verbiest, a toy steam engine which could propel a toy boat through the water and make music, and thus pleased a prince of royal blood, the Emperor’s brother, so much that he helped them return to the Imperial Board of Astronomy.» Lo Shu-fu, A Documentary Chronicle.... II, p. 451. 97 II y a une copie de cette lettre faite en Chine avant le 8 mars 1669 et qui a été authentifiée à Macao par le Visiteur Louis da Gama. Cette copie se trouve dans les Archives des Jésuites à Rome, Jap-Sin 162, ff. 269- 273 v. Elle a été publiée dans la Correspondance, de F. Verbiest, pp. 130-153. II y a également une traduction française de 1’époque, avec des variantes, qui se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris, Ms. Fonds Français 14688. 98 « Oje nos disserão em muito segredo, que fora o 2.“ mandarim do tribunal das cortezias, Tartaro de grandes partes, e que de novo entrou neste tribunal.» Jap-Sin 162, fl. 273. 214
  • Chinois. S’il en fut ainsi, on peut penser que le retour des Jésuites au Tribunal des Mathématiques a encore été une manceuvre ima- ginée par Songgotu, pour gêner Oboi. Magalhães écrit dans divers rapports combien il était occupé par la fabrication de jouets et d’horloges auxquels les Princes et les grands de la cour tenaient tellement. Dans sa lettre du 2 janvier 1669, Magalhães demanda aux Pères exilés à Guang-Dong et au visiteur Luis da Gama d’envoyer à leurs confrères de la cour des jouets et des curiosités « car c’est incroyable ce que l’on peut [obtenir] et gagner avec ces choses-là. »09 Ajoutons que le jouet mécanique mentionné par Lo Shu-fu, fut sans doute fabri- qué par le P. Magalhães qui était le plus doué pour la mécanique. Magalhães, dans sa lettre du 12 octobre 1667, décrit au visi¬ teur Gama les cadeaux que les trois Pères de Pékin avaient pré- parés pour offrir à 1'Empereur. Le P. Buglio, qui était alors supé- rieur de la maison, fit trois tableaux dont l’un représentait un palais chinois et les deux autres un palais et un jardin européens. Le P. Verbiest, pour sa part, avait fabriqué un levier capable de soulever de très grands poids. Quant à Magalhães, il avait mis au point une horloge à automates très compliquée avec des soldats qui se déplaçaient en musique. Les Pères avaient encore ces cadeaux par devers eux quand Magalhães écrivit sa lettre du 2 janvier 1669, car ils voulaient leur offrir au bon moment, c'est- à-dire quand l'Empereur déciderait de confier aux Pères la res- ponsabilité des mathématiques ,0°. Voilà donc comment furent rétablies en Chine les Mathéma¬ tiques européennes. Magalhães rapporte que le jour de Noél 1668 quatre mandarins arrivèrent à 1’aube chez les Pères avec des ordres de l’Empereur. Après les avoir isolés, ils leur demandèrent de la parte de l’Empereur qui, parmi eux, con- naissait les mathématiques. On leur désigna le P. Verbiest. Ils lui montrèrent alors le calendrier que Yang Guang-xian avait fait pour l’année 1669 et lui dirent que l’Empereur lui ordonnait d’indiquer les erreurs qu’il contenait. Le P. Verbiest BB «... porque não he creyvel [sic] quanto se faz,, e quanto se acquire com estas couzas,» Jap-Sin 162, fl. 273 v. lo® « Tanto que o Rey resolver e determinar a mathematica, e dar o cuidado delia ao Padre, daremos o prezente ao Rey, que está lá apare¬ lhado ; » Jap-Sin 162, fl. 273 v. 215
  • s’exécuta aussitôt en montrant plusieurs erreurs bien évidentes. Les mandarins s’en retoumèrent informer l'Empereur, et, le même jour, après le coucher du soleil, ils revinrent chez les Pères pour leur ordonner de se présenter le lendemain au palais. Les Pères obéirent et, à la cour, se trouvèrent en présence de tous les mandarins du Tribunal des Mathématiques, ainsi que de Yang Guang-xien, du Mahométan Wu Ming-xuan, d’un Ge Lao chinois qui s’était toujours montré hostile à eux et des quatre mandarins qui s’étaient présentés chez eux la veille. On leur lut l’ordre de 1’Empereur qui disait: « Moi, l’Empereur, je vous ordonne tous doublier et dabandonner les questions, les injures et les malveillances passées, et, avec un cceur sincère et pur, de choisir une règle mathématique qui ne soit plus [source] de doute ni d’erreur, mais qui soit la vraie et la meilleure. »101 Cette conférence dura jusqu’au soir. A la fin, le président mandchou du Tribunal des Mathématiques, c’est-à-dire Ma Hu, prit la parole et dit: « Messieurs, à quoi bon se disputer sur ce que la plupart d’entre nous ne comprennent pas ... La vraie règle mathématique est celle [qui calcule avec exactitude] les éclipses que nous voyons de nous yeux et les mouvements des planètes d’oú dépendent toutes les opérations mathématiques. La règle européenne a tous ces mérites. Pourquoi donc nous disputons- nous pour en chercher une autre qu’on ne pourra trouver. »103 Tous les mandarins mandchous étaient d’accord pour suivre la règle européenne, et finalement les trois adversaires des Pères, Yang Guang-xian, Wu Ming-xuan et le Ge Lao chinois, durent céder. La décision une fois prise, on rédigea un texte en Mand¬ chou et en Chinois pour en informer 1’Empereur qui convoqua tout le monde devant lui. II demanda à Yang Guan-xien s’il 101 « Eu Rey vos ordeno a todos, que deixadas e esquecidas questões, injurias e malevolências antigas, com coração verdadeiro e limpo, esco¬ lhais e determineis huma regra mathematica que não tenha duvidas nem erros ; mas seja verdadeira, e a melhor que possa aver. » Jap-Sin 162, fl. 270. 102 « Senhores, para que nos cansamos em disputar o que pella mayor parte não entendemos ?... A verdadeira regra da mathematica he aquella cujos ecclipses que vemos com nossos olhos são justos e certos, e cujos movimentos dos [sic] planetas de que dependem todas as mais operaçoés mathematicas, são certos e verdadeiros. Todas estas excellencias tem a regra europea. E assy para que nos canssamos em disputar e buscar outra que não poderemos achar ? » Jap-Sin 162, fl. 270 v. 216
  • acceptait, conformément à la décision prise, la règle européenne. Et Yang lui répondit: « Votre Majesté ne peut pas se servir de ces hommes car ils ne soccupent que de rebellion. Ils se sont d’abord emparés du Japon puis des Philippines, et ces années passées, ils ont pensé prendre votre empire, faisant construire avec 1’argent et le sang des pauvres des églises qui sont autant de forteresses [dressées] contre Votre Majesté; et si je ne les avait découverts, ils auraient déjà réussi dans leur perverse inten- tion. Leur loi est diabolique et comme telle, ne professe que la rebellion, tout comme ceux qui adorent un homme qui a été cru- cifié parce qu’il était rebelle ... »103 Yang Guang-xian signifiait par là que, tout en reconnaissant la supériorité des mathématiques européennes, il ne fallait pas s'en servir car, dans ce cas, on serait obligé de garder les Pères qui en profiteraient pour continuer à prêcher une doctrine dangereuse pour la Chine. Mais 1’Empereur, à cet instant, ne songeait qu’à trouver une règle sure pour élimi- ner toute erreur dans le calendrier et il reprocha à Yang son impertinence. Après cette réunion, 1’Empereur ordonna plusieurs fois de faire 1’expérience de 1’ombre et du style, dabord à 1’observatoire, puis au palais et de nouveau à 1’observatoire. Chaque fois, les calculs de Verbiest se montrèrent justes. On rapporta ces faits à 1’Empereur qui s’en réjouit et ordonna au P. Verbiest d’exami- ner le calendrier et le livre des mouvements des planètes préparés par Wu Ming-xuan1* Jap-Sin 162, fl. 269. 217
  • te. Cela fait, 1’Empereur, pour départager Wu et Verbiest, nomma vingt ministres au nombre desquels se trouvait Ma Hu, le prési- dent mandchou du Tribunal des Mathématiques ; à leur tête, il P*a?a Tu-Hai [*?]. Une fois de plus les calculs de Verbiest furent exacts et ceux du Mahométan inexacts. Aussi, ce conseil d’état donnat-il comme avis de confier à Verbiest la préparation du calendrier de la neuvième année du Kang Xi. Mais 1'Empereur trouva que le conseil ne s’était pas montré assez sévère avec Yang Guang-xian qui avait commis des erreurs dans le calendrier. II envoya alors 1'ordre suivant aux juges: Précédemment lorsque Yang Guang-xian accusa Tang Re-wang [Schall], les princes et les ministres du conseil d’état avaient déterminé clairement quels étaient les points sur lesquels Yang Guang-xian avait raison et en conséquence approuvèrent ses suggestions, et quels étaient les points sur lesquels Tang Re- wang avait tort, et en conséquence décidèrent de cesser d'utiliser (ses calculs). Dans le cas présent, vous n'avez pas examiné soi- gneusement pourquoi le conseil d'état avait décidé jadis d’abolir [la méthode occidentale] ni pourquoi aujourd’hui vous décidez de la rétablir sans vous être renseigné davantage auprès de Ma Hu, Yang Guang-xian, Wu Ming-xuan et Nan Hui-ren [Verbiest] avant de Nous envoyer votre requête. Cela est incorrect. Nous vous ordonnons de délibérer à nouveau à propos de cette affaire108. Daprès ce texte, il est très probable que Kang Xi songeait à discréditer les deux régents, Oboi et Ebilun (les deux autres étaient déjà morts). C’est quelques mois plus tard que 1’Empe- reur ordonna 1’arrestation d’Oboi. Songgotu dressa contre lui une liste de 30 crimes ; on le jeta en prison ou bientôt il mourut. Le 8 mars 1670, l’Empereur décréta qu’on se servit de la méthode européenne pour le calendrier, et à cette occasion, Yang 105 « Earlier when Yang Kuang-hsien accused T'ang Jo-wang (Schall), the princes and ministers in the state-council determined clearly on what points Yang Kuang-hsien was right and accordingly approved his sugges¬ tions, and on what points Tang Jo-wang was wrong, and accordingly con- sidered how to discontinue (his calculations). You have not now carefully investigated why formerly the state-council decided to abolish (the Western method) nor why you now decide to restore it without further inquiry among Ma Hu, Yang Kuang-hsien, Wu Ming-huan and Nan Huai-jen before memorializing to Us. This is improper. We order you to deliberate this matter again! » Lo Shu-fu, A Documentary Chronicle.... p. 44. 218
  • fut renvoyé. Le 17 avril, Kang Xi, suivant en cela la décision de son conseil, nomma Verbiest vice-président du Tribunal des Ma- théma tiques. Les trois Pères de Pékin, lors de la chute de Oboi, présentè- rent une requête à 1’Empereur dans laquelle ils prétendaient que Yang Guang-xian avait été partisan de Oboi et en avait profité pour accuser faussement le P. Schall et d’autres astronomes. Cette affaire fut donc revue par le conseil d’état présidé par le prince Giyésu qui se prononça pour la peine de mort contre Yang et pour la restitution à Schall de son titre de Tong Wei Jiao Shi [*=?]. Cet avis fut envoyé à 1’Empereur qui décréta ce qui suit: Yang Guang-xian mérite la mort, mais nous avons compas- sion pour son âge avancé et nous lui sauvons la vie. Son épouse et ses enfants échapperont également à 1'exil. Les vingt-cinq missionnaires, y compris Li An-tang [Antonio de Santa Maria de Caballero] et les autres, ne doivent pas être appelés à la capitale. Seulement Nan Hui-ren et les autres (Pères de la cour) peuvent pratiquer le Catholicisme comme avant. Pourtant, nous craignons que dans les Provinces ils (les Européens) puissent reconstruire des églises et convertir notre peuple à leur religion; aussi, nous ordonnons que cette pratique soit rigoureusement interdite. Nous approuvons les autres points de votre délibération10S. A partir de ce moment-là, le Tribunal des Mathématiques n’allait cesser d’être dirigé par des Européens. Un des résultats de ces controverses fut que Kang Xi prit un intérêt tout spécial aux études scientifiques ainsi qu’à la culture occidentale. Pour cette raison, il porta une affection très sincère aux Jésuites et les favo- risa autant qu’il put. Mais la religion catholique en Chine, comme l’édit de 1669 nous le montre, sorti amoindrie de ces conflits. 104 « Yang Kuang-hsien should be put to death, but We sympathize with his old age and spare his life. His wife and children are also exempt from exile. The twenty-five missionaries, including Li An-tang and others, should not be summoned back to the Capital. Only Nan Huai-jen and the others (Europeans in the capital) may practice Catholicism as before. How- ever, We fear that in the provinces they (Europeans) may again set up churches and convert our people to their religion; therefore, We order that this practice be strictly prohibited. The other points We approve as you have deliberated.» Lo Shu-fu, A Documentary Chronicle.... pp. 45-46. 219
  • Les avertissements donnés par Yang Guang-xian concemant les dangers que faisait planer sur letat la religion catholique ne furent pas ignorés. Se servir des Européens pour leurs connais- sances scientifiques tout en surveillant étroitement leurs acti- vités apostoliques, telle fut la politique de Kang Xi vis-à-vis des missionnaires. Trente-six ans plus tard, en 1706, lorsque les mis- sions en Chine prirent tant dampleur qu’elles finirent par dé- plaire aux mandarins, 1'Empereur, pour mieux contrôler la va-et- vient des missionnaires, décréta qu'ils devraient tous être munis dorénavant d’un certificat officiel s’ils voulaient rester en Chine. Mais, en 1670, les trois Pères restés à Pékin ne ménagèrent pas leurs efforts pour gagner la faveur et la confiance du jeune Empereur. Le P. Magalhães travaillait jour et nuit comme ouvrier mécanicien. Le 18 avril 1670, il écrit: « En un an, j'ai distribué vingt ‘ canuchales' et cinquante paires de lunettes, trente horloges de soleil et j’ai réparé presque toutes les horlo- ges de cette cour qui sont plus de 80. »107 Mais ce ne fut pas tout. Une lettre du P. Verbiest au P. Philippe Couplet, datée du 20 aout 1670, nous renseigne que vers le mois de juin, le Gong Bu, Tribunal des Travaux Publics, par ordre de l’Empereur, envoya trois ou quatre fois les PP. Magalhães et Verbiest près du célè- MSIÍiS bre Pont Lu Gou Qiao [*=?]. II s’agissait de faire passer sur ce pont quelques énormes pierres tombales destinées au mausolée de l’Empereur défunt Shun Zhi. Mais le Gong Bu craignait que le pont ne cédât sous le poids de ces pierres, d’autant plus qu’en 1668 deux piles avaient été emportées par les inondations. Les deux Pères furent chargés d'inspecter 1’état du pont et d'explorer le lit du fleuve pour voir si on ne pouvait pas tracer à 1'aide de machines un passage à travers les sables du torrent. Finalement, les Pères estimant que ce dernier moyen serait trop dangereux, décidèrent de transporter les pierres sur 1'autre rive du fleuve à 1'aide de moufles et de cabestans qui donneraient aux chariots un mouvement lent et régulier et leur éviteraient les secousses violents que provoque toujours un grand nombre de chevaux et de mulets. 10T «De sorte que dentro de hum anno, tenho despendidos vinte canuchales (?), e sincoenta pares de oculos, trinta relogios de sol, e con sertados relogios de quasi todos os desta Corte, que são mais de oitenta.« Jesuítas na Asia, 49-IV-62128, fl. 745 v. 220
  • Pourtant, malgré le désir commun à tous les Pères de vou- loir se concilier les bonnes grâces de 1'Empereur afin de rétablir la religion catholique, il y avait quelques dissensions au sein de leur communauté à Pékin. II y avait dabord, pour les séparer, la question du titre de directeur du Tribunal des Mathématiques. Les récentes persécutions avaient montré aux Jésuites jusqu'à quel point les missions en Chine étaient tributaires des mathé¬ matiques. Néanmoins, plusieurs Jésuites continuèrent à avoir des scrupules sur ce point; parmi eux se trouvait le Visiteur Luis da Gama. Celui-ci, qui avait reçu de ses compagnons de la cour la nouvelle que l’Empereur ne tarderait pas à avoir recours aux Jésuites pour corriger le calendrier, défendit à Verbiest d’accepter le poste de directeur du Tribunal des Mathématiques. Le Général Oliva ayant été renseigné par des Jésuites qui se trouvaient et Chine sur ce qu etait la situation dans ce pays, autorisa Verbiest à accepter cette charge si jamais l’Empereur venait à le lui ordonner. Mais à la cour de Pékin, le P. Magalhães, pour sa part, con- tinuait à affirmer que le fait d’accepter cette charge était con- traire au réglement de la Compagnie et à la morale de 1’Eglise. Le P. Pfister note : « II [Magalhães] ne cessa de le [Verbiest] poursuivre comme coupable d'ambitus devant les supérieurs, qui durent, pour mettre un terme à ces attaques, soustraire Verbiest sur ce point à son autorité, lorsqu’il était supérieur de la maison de Pékin. »108 Autre problème, celui de 1’argent. Verbiest, dans sa lettre du 23 janvier 1670 explique la situation au P. Philippe Couplet. II lui écrit en flamand parce qu’il ne voulait éveiller « ni suscepti- bilité, ni défiance » !109 Autrement dit, il ne voulait pas que les 108 Pfister, p. 254. Rappelons que Verbiest était le successeur et le défenseur du P. Schall. II voyait sa liberté limitée par la surveillance des deux pères qui auparavant avaient attaqué Schall pour avoir assumé la fonction de directeur du Tribunal des Mathématiques, fonction qui n’avait pas plus leur approbation aujourd’hui qu’avant. io» « Ferdinand Verbiest», Revue des Questions Scientifiques, LXXI, p. 382. Traduction de H. Bosmans. 221
  • PP. Buglio ou Magalhães puissent savoir de quoi il sagissait dans cette lettre. Le P. Verbiest rapporte : Je suis directeur des mathématiques; ceci veut dire : que les travaux faits par nous trois [Buglio, Magalhães et Verbiest] me sont le plus souvent attribués à moi seul, en bien, comme en mal; que dans les procès publics mon nom s'écrit le pre- mier, celui des autres Pères après le mien, en appendice; que lorsque nous envoyons tous trois en commun des présents, plu- sieurs des principaux mandarins me répondent à moi seul... C’est à moi qu’on s’adresse toujours; moi que les mandarins visitent; moi, auquel ils demandent des présents et dont ils s’attendent à en recevoir... Pour être à même de remplir complètement et avec dignité ma charge j'ai donc, par écrit, sollicité la permission du père vice-provincial de disposer, soit de 1'argent du traitement qui m’est annuellement payé par le roi, soit d'autres revenus de la maison. Mais cette permission devrait m’être accordée avec beau- coup de prudence. En cTautres termes, le père vice-provincial devrait écrire « tam quam ex proprio motu », sans laisser soup- çonner ma lettre aux autres pères d’ici...110 Heureusement, il n’y avait pas que des sujets de discorde entre les Pères de la cour de Pékin qui, en revanche, étaient à lunisson sur dautres questions relatives à 1’avenir des missions en Chine. Les persécutions des années 1665-1669 avaient posé de nouveaux problèmes aux missions. Le plus urgent à résoudre était celui du clergé autochtone. En effet, lorsque les prêtres euro- péens furent chassés de partout, seul le prêtre chinois, Grégoire MlCM Luo Wen-zao [ *=? ] put subvenir aux besoins des Chrétiens sans être inquiété par les autorités. Les missionnaires exilés à Guang- Dong ont pu discuter à loisir de ce problème ainsi que de beau- coup d’autres concernant 1’avenir des missions. La plupart des Pères songèrent alors au bref du Pape Paul V, le « Romanas Sedis Antistes » et voulurent 1’appliquer. Ce bref obtenu grâce aux efforts du P. Trigault en 1615 accordait aux missionnaires en Chine le droit de traduire l’Ecriture Sainte en Chinois littéraire, et permettait aux prêtres chinois de célébrer la Messe, de réciter les Heures Canoniques, dadministrer les sacrements et d’accom- plir dautres fonctions ecclésiastiques dans leur propre languem. Ibid., pp. 381-382. 1,1 Bontinck, F., op.cit., pp. 40-42. 222
  • Pourtant, on nusa jamais de ces privilèges parce que les mis- sionnaires étaient tous trop occupés pour se lancer dans la tâche si difficile de la traduction. Mais les récentes persécutions rappe- lèrent aux missionnaires combien il importait d’avoir un clergé indigène. Certains missionnaires étaient contre 1’ordinations des Chinois, prétendant que ceux-ci étaient pleins de vices et peu constants. Parmi ceux qui tenaient à cette opinion figuraient les Pères Claude et Jacques Notei, Michel Trigault, Canevari, Bran- cati, Gouvea, de Ferrari, Le Favre et les Pères portugais de Macao. Dautres missionnaires admettaient le besoin de former un clergé chinois, mais craignaient de ne pouvoir rendre dans leurs traductions le sens exact des mots latins. Parmi ceux qui firent remarquer que le seul moyen de for¬ mer un clergé chinois était de se servir du privilège du Pape Paul V qui autorisait une liturgie chinoise, se trouvaient les trois Pères de Pékin. En 1667, ils avaient transmis au vice-provincial Pacheco « quelques points pour la conservation et 1’accroissement de cette Chrétienté. »112 Ils conseillaient dordonner quelques Chinois lettrés et de les dispenser d’apprendre le latin à cause des grandes difficultés qu’ils rencontreraient. II fallait donc traduire quelques messes essentielles ainsi que le bréviaire romain118. La question que posaient les missionnaires, celle de savoir si les lettrés chinois devaient se servir du Latin ou du Chinois revêtait une très grande importance. Si les Chinois uti- lisaient le Latin, il ne serait plus nécessaire de se servir du pri¬ vilège de Paul V. Mais faire apprendre le Latin aux Chinois posait un double problème : dune part, les lettrés chinois déjà âgés en étaient incapables ; dautre part, il serait presque impossible de recruter de jeunes Chinois étant donné 1’inutilité pour eux de la langue latine et les grands avantages que leur offraient en revanche 1'étude des classiques chinois. Autre difficulté: l’ensei- gnement dune langue étrangère en Chine ne pouvait manquer de faire naitre des soupçons et de provoquer des persécutions. A Pékin, les Pères décidèrent dentreprendre la traduction des livres liturgiques afin de faire usage du privilège de Paul V. Cette tâche fut confiée au P. Buglio, le meilleur sinologue de cette époque, et, en 1670, parut à Pékin la version du Missel ”2 Jap-Sin 124, ff. 112-112 v. 1IS Bontinck, F., op.cit., pp. 110-111. 223
  • Romain. Malgré les difficultés, Buglio continua son travail et entreprit de traduire le bréviaire. Les PP. Magalhães et Verbiest non seulement 1’approuvaient mais encore 1’encourageaient dans cette tâche. C’est aussi en 1670 que 1’ambassade portugaise arriva à Pékin. La raison pour laquelle on avait décidé de déléguer un représen- tant portugais à la cour mandchoue remontait à 1667 lorsque les autorités décidèrent dappliquer les décrets de 1662 interdisant toute navigation et voulurent obliger les habitants de Macao à quitter leur ville et à rentrer en Chine. Macao fut d’autant plus considérée comme ville suspecte que Yang Guang-xian avait accusé ses habitants de conspirer contre l’état. Manuel de Salda¬ nha fut choisi comme ambassadeur dans le but daméliorer la situation à Macao, ainsi que celle des missionnaires. Macao fut chargé de tous les frais de cette ambassade qui selon le P. Navar- rete, fut suggérée par les Jésuites1W. II est très possible que les Pères de la cour y aient vu un moyen de faire apprendre au nouvel Empereur de Chine par 1’intermédiaire de 1’ambassadeur portugais qu'il se trouvait des Pères mathématiciens à la cour, et par là, de favoriser le rappel des missionnaires. L’ambassadeur arriva à Guang-Dong dès le 21 novembre 1667 ; il y fut mal reçu et ne put obtenir 1’autorisation daller à Pékin. Lo Shu-fu écrit: « Lattitude de la Régence vis-à-vis des mission¬ naires et des Portugais fut manifestement la cause de sa longue détention à Canton. »113 Aussi, lorsque Kang Xi remit en faveur les Jésuites de la cour, en 1669, 1’ambassadeur et sa suite obtin- rent la permission daller à Pékin. Magalhães écrit le 18 avril 1670 : « Je ne peux pas décrire à Votre Révérence la grande expectative ou se trouvent 1’Empereur, les princes, les grands [seigneurs] et tout le peuple pour voir et recevoir Monsieur 1’Ambassadeur. Nous avons des garanties et des promesses qu'il sera traité avec beaucoup d'honneur et de courtoisie. Mais je ne sais pas s’il apportera autant de cadeaux 114 Voir Cummins, J.S., op. cit., p. 272. 115 «... the existing atittude of the Peking regency toward the mis- sionaries and the Portuguese unquestionably was responsible for his long detention at Canton. » Lo Shu-fu, « The two Portuguese embassies to China during the K'ang-Hsi period », Toung Pao, XLIII, p. 81. 224
  • qui puissent satisfaire à tant despérances et de désir. »114 Les trois Jésuites avaient beaucoup fait pour ia réussite de cette ambassade; elle fut très bien reçue à la cour, et bien que les présents offerts à l’Empereur n’aient pas été aussi riches que ceux offerts par les Hollandais en 1656, les Portugais furent traités avec beaucoup plus de bienveillance. Le succès de cette ambassade à Pékin fut sans doute du aux Jésuites de la cour. Mais cette ambassade n'eut guère d’utilité. En effet, en 1670, la situation à Macao s'était nettement améliorée. En 1669, le tils de Koxinga, Zheng Jing [ *=? J avait été expulsé d’Amoy et de Quemoy et ne constituait plus une menace pour le gouverne- ment mandchou. Les autorités de Guang-Dong avaient présenté plusieurs requêtes à 1’Empereur pour lui demander 1’autorisation de naviguer et pour sopposer au déplacement des habitants de la côte. Les Pères Jésuites à la cour avaient conseillé à 1’ambassa- deur de n’adresser aucune plainte à 1'Empereur. Aussi, pendant toute 1’audience, l’ambassadeur avait-il seulement mentionne que la situation à Macao était mauvaise, ce à quoi on lui répondit que l'Empereur était déjà au courant de tout. Du problème des missionnaires exilés à Guang-Dong, 1’ambas- sadeur ne toucha mot. Sans doute les Jésuites n’avaient plus estimé opportune 1'intervention de 1’ambassadeur portugais, car, aux yeux des Chinois, elle ne pouvait que mettre en valeur les liens existant entre les missionnaires et la ville de Macao. D’ail- leurs, les trois Pères avaient déjà pris eux-mêmes des initiatives pour obtenir le retour dans leurs églises des missionnaires exilés à Guang-Dong. « Les trois Pères de la cour ont plusieurs fois adressé des requêtes au Tribunal des Rites, afin que ce dernier les présente au Roi, mais le Tribunal n'a jamais voulu les accepter, disant qu’il n’osait pas proposer une chose qui allait contre le décret royal: pourtant, récemment il dit [aux Pères] de désigner deux ou trois Pères mathématiciens parmi ceux qui restaient à na « Não posso explicar à Vossa Révérencia a grande expectação em que está o Imperador, Régulos, e Grandes, e todo o Povo para ver, e receber o Senhor Embaixador. Temos grandes prendas e promessas que seja tratado com muita honra e cortesia. Mas não sei se trará tantos brin¬ cos, que possão satisfazer á tantas esperanças e dezejos.» Jesuítas na Asia, 49-IV-62128, fl. 745 v. 15 225
  • Guang-Dong, afin qu’il les propose au Roi pour les faire appeler à la cour. »117 Le P. Magalhães écrit que le président et le vice- président du Tribunal des Rites ont demandé aux Pères, le 16 avril 1670, si parmi les missionnaires de Guang-Dong, il y en avait qui connaissaient les mathématiques. La réponse ayant été affir- mative, ils voulurent que les Pères présentent une requête pour les faire venir118. Le lendemain Magalhães écrit au vice-provincial: « Votre Ré- vérence nous ordonne de ne pas indiquer les noms des Pères qui doivent venir comme mathématiciens. Effectivement il faut faire attention, et c’est ce que nous faisons. Nous ne pouvons pas nous dispenser de donner des noms. Que le Père vice-pro- vincial baptise [les mathématiciens] de ces noms-là, ici tout revient au même. »1,9 En fait, le vice-provincial voulait garder la prérogative denvoyer à la cour ceux qui lui paraissaient les plus utiles pour les missions en Chine; celles-ci ne dépendaient-elles pas des Pères mathématiciens à la cour ? Magalhães continue : « Toutefois, nous proposons à Votre Révérence qu’au nombre de ceux qui viendront figure le P. Christiano Enriques [le Père C. Herdtricht] qui est attendu de notre grand prince, le quatrième prince qui très souvent parle de lui. »120 Entre-temps 1’influence du P. Verbiest grandissait auprès de 1'Empereur. A la fin de l’année de 1670, il présenta même une 117 «...i tre Padri delia Corte molte volte hanno dato sopra ciò memoriale al Tribunale de Riti, acciò questo lo rappresentasse al Rè: ma il Tribunale non hà voluto mai accetarlo, dicendo che non ardiva proporre cosa contraria al Real Decreto: però ultimamente disse, che nominassero due, ò tre Padri Matematici di quelli che dimoravano in Cantòne, che 1'haverebbe proposti al Rè per essere chiamati in Corte...» Lettre du Père C. Herdtricht au Père Intorcetta, datée du 23 novembre 1670. Compen¬ diosa Narrazione, p. 142. 1.8 Jesuitas na Asia, 49-IV-62128, fl. 745. 1.9 « V.R. nos ordena que não apontemos os nomes dos Padres que houverem de vir com titulo de Mathematicos, na verdade necessária ad- virtencia. Assim o fazemos. E não nos possamos escuzar de nomealos, o Padre Vice-Provincial os baptize com os nomes e sobrenomes que de ca forem, por que tudo vem à ser o mesmo.» Jesuitas na Asia, 49-IV-62128, fl. 747. 229 « Propomos porem à V.R., que no numero dos que vierem, entre o Padre Christiano Enriques, per quem está esperando, e muitas vezes falia nelle o nosso grande príncipe, o 4.° Regulo.» Jesuitas na Asia, 49-IV-62128, fl. 747. 226
  • supplique demandant le retour des exilés et 1’édit du 7 janvier 1671 autorisa les missionnaires de Guang-Dong à revenir dans leurs missions. Ce fut encore sur le conseil du P. Verbiest (il en avait sans doute reçu 1’ordre de ses supérieurs) que les PP. Chris- tian Herdtricht et Philippe Grimaldi furent appelés à la cour pour s’occuper des travaux d’astronomie et de mécanique. En 1672, le P. Thomas Pereira fut invité par 1’Empereur à venir à Pékin, étant donné ses talents pour la musique. II y arriva en janvier 1673. Le P. Pereira était, en outre, un excellent technicien. Maga¬ lhães dans sa lettre du 19 septembre 1673 adressée au visiteur écrit: « Après 1’arrivée du P. Thomas Pereira, il y a quelques mois, j’ai remis au dit Père (qui à vrai dire est très habile de ses doigts) la boutique avec tous ses instruments ... »121 Dans cette même lettre il écrit qu’il était bien content d etre débarrassé de la charge de supérieur, charge que le P. Verbiest prit à sa suite. Etant donné ses opinions sur la présidence du Tribunal des Mathématiques, la fonction de supérieur n’était guère pra¬ tique pour lui. Magalhães était déjà un vieil homme de soixante- trois ans, qui, à cet âge, ne changerait plus d’idées. Il se méfiait même des faveurs que 1’Empereur prodiguait à son astronome préféré, se souvenant sans doute de ce qu’il était advenu au P. Schall; à ce propos, il écrit au visiteur: J’ai beaucoup estimé la prudence de Votre Révérence dans sa lettre à propos des faveurs royales. Car je crains, et j’ai tou- jours craint 1’envie, comme dit Votre Révérence. Et si parmi nous [les Européens] elle est si ordinaire et si insolente, au point d’avoir même ravagé les saints, que fera-t-elle parmi les paiens qui en outre sont si barbares et si malicieux ? De plus, il suffit que ces faveurs viennent du Roi, et celui-ci est bien jeune, pour qu'on craigne avec beaucoup de raison qu’elles ne soient pas durables122. m «... depois da chegada do Padre Thomas Pereira alguns mezes, entreguei ao dito Padre (que tem na verdade muito boas mãos) a botica com todos seus instrumentos...» Jap-Sin 162, fl. 356. 122 « Estimei muito a prudente cautela que V.R. toca na sua, acerca dos favores reaes. Porque temo, e sempre temi, o que V.R. dis, inveja. E se entre nós ha esta tão ordinaria, e tão insolente, que ainda aos Santos abrazou, que fará entre gentios, e estes tão barbaros e maliciosos ? Quanto mais que basta serem favores de Rey, e este menino, para com muita rezão se temer, que não sejão duráveis.» Jap-Sin 162, fl. 356 v. 227
  • Le P. Magalhães mourut à Pékin le 5 mai 1677. Ses dernières années furent tranquilles bien que depuis trois ans les plaies qu’il avait eues aux pieds lorsqu'on le tortura en 1661 lui aient causé de nouvelles douleurs. Les Services qu’il avait rendus à 1'Empe- reur comme spécialiste de la mécanique lui valurent des obsè- ques solennelles ,2S. ,2S Voir «Abrégé de la vie et de la mort du R. Père Gabriel de Magaillans », Nouvelle Relation de la Chine, pp. 380-385. 228
  • CHAPITRE VII PORTRAIT DU P. MAGALHÃES Après avoir suivi Magalhães en Chine depuis 1640 jusqu’à sa mort, essayons maintenant de cemer le caractère de ce Jé- suite portugais à qui certains reprochèrent davoir « un esprit étroit aux évidences simplistes » \ Magalhães nous a laissé une correspondance privée suffisamment abondante pour en tirer à ce sujet quelques indications. Mais il ne faut pas perdre de vue que Magalhães était Jésuite, Portugais et qu’il vivait au XVII' siècle, ce qui est essentiel pour letude de son personnage. Dès le début de 1’établissement des missions en Chine, les Jésuites portugais avaient été comme un frein pour leurs con- frères Jésuites qui faisaient preuve de plus d’initiative. Déjà, à Macao, le P. Ruggieri avait été gêné dans ses efforts par des Jésuites portugais de cette ville. Le P. G.H. Dunne note de son côté : « Ils étaient trop profondément imprégnés d’européeanisme. (A Macao, les Chinois convertis furent obligés de prendre des noms portugais, de s’habiller à la portugaise et d’adopter des coutumes portugaises). »2 Au Japon, le provincial portugais, le P. Francisco Cabral, mit en état d’infériorité les candidats japo- nais à la prêtrise en leur interdisant de suivre les cours de philo- sophie et de théologie. Le P. Ricci critiqua cette attitude. 1 Duhr, Joseph, S.J., Adam Schall, p. 152. * « They were too deeply imbued with the spirit of Europeanism. (In Macao Chinese converts -were required to take Portuguese names, ■wear Portuguese clothes, adopt Portuguese customs.» Dunne, G.H., op. cit., p. 18. 229
  • Quelques années plus tard, lorsque le P. Trigault obtint du Pape Paul V les privilèges de la liturgie chinoise, ce furent encore les supérieurs portugais qui s’y opposèrent. Le visiteur Francisco Vieira et le P. Valentim Carvalho, devenu recteur de Macao, étaient particulièrement hostiles à ces grands privilèges, et cela, malgré les persécutions de Shen Que. C’était en 1617*. Lors de la seconde persécution générale (1665-1669), les missionnaires reprirent 1’idée de former un clergé autochtone, mais les mission¬ naires portugais s’opposèrent, pour la plupart, à ce projet*. Le visiteur portugais Luis da Gama s’était, lui aussi, attiré les critiques de ses compagnons qui le présentent comme « un homme vertueux, mais d’esprit assez étroit, très prévenu contre les Chinois dont il ignorait les usages, autoritaire, entêté, mais exécutant correctement et sans murmures les ordres qu’il rece- vait d'en haut, quand d’aventure ils contre-disaient ses idées. »5 II faut ajouter cependant que tous les Jésuites portugais ne peuvent être accusés d etroitesse d’esprit. Cela est surtout vrai pour ceux qui travaillaient à 1’intérieur de la Chine, à 1’inverse de ceux qui habitaient Macao, la ville portugaise. Pourtant, un grand nombre d’entre eux avaient effectivement agi dans les pays de mission placés sous patronage portugais comme si le Catholicisme ne pouvait pas dépasser le cadre européen. Je pense qu’une telle attitude peut s’expliquer de la manière suivante. Plaçons-nous d’abord sur le plan religieux. A une époque ou 1’Europe était déchirée par des guerres de religion, il n’est guère surprenant qu’on ait redouté tout syncrétisme (ce qui cons- tituait en Chine à cette époque-là un danger réel) susceptible de provoquer un nouveau schisme dans 1'Eglise catholique romaine. Il faut ajouter que dans la péninsule ibérique, le Catholicisme avait revêtu une forme particulièrement rigide ; 1’inquisition était plus redoutable en Espagne et au Portugal que partout ailleurs en Europe. Plaçons-nous maintenant sur le plan politique. Un grand nom¬ bre de Jésuites portugais étaient d’abord Portugais avant d’être * Bontinck, F., op. cit., p. 63. 4 Bontinck, op.cit., p. 118. 3 Bosmans, H., « Lettres inédites de François de Rougemont », AHEB, XXXIX, p. 8. 230
  • Jésuites. La Chine, aux yeux du Portugal, était placée sous sa sphère d’influence par suite des privilèges du Patronage Portu- gais, et les Jésuites, surtout ceux de nationalité portugaise, devaient en tenir compte. Aussi, lorsqu’un supérieur portugais prenait des mesures contraíres à la méthode dapostolat qui voulait qu’on s’accommode aux mceurs du pays ou s’opposait à mettre les indigènes au même rang que les prêtres européens comme c'était le cas pour le clergé autochtone, il ne s’agissait pas là uniquement d'étroitesse d’esprit, mais surtout de la crainte de voir diminuer 1’influence, le prestige et 1’autorité du Portugal. C’est à la lumière de ces données qu’on peut tenter de tracei un portrait du P. Gabriel de Magalhães. On l’a surtout critiqué pour s’être opposé à ce qu’un membre de la Société tienne la charge de directeur du Tribunal des Mathématiques. C'est d'ail- leurs à propos des controverses sur la légalité de cette charge que le P. Duhr a parlé d’étroitesse d'esprit. Pour la défense de Magalhães, rappelons que ce problème a été soulevé tout d’abord par un Jésuite Italien, le P. Aleni, en 1648. Plusieurs Jésuites de nationalité différente croyaient que cette charge était difficilement conciliable avec les príncipes de 1’Eglise et de la Compagnie. Leur scrupule était justifié dans la mesure ou le calendrier chinois était surtout un almanach que consultaient le peuple et les mandarins pour savoir quels étaienl les jours fastes et les jours néfastes. La question était donc de savoir jusqu’à quel point les Jésuites pouvaient ignorer cette pratique superstitieuse alors qu’ils retiraient de grands avantages de cette dignité profane. Ajoutons que ces avantages ne s'appli- quaient pas uniquement aux Jésuites missionnaires, mais s'éten- daient même aux habitants de la ville portugaise de Macao. Magalhães ne contestait pas 1’importance des connaissances ma¬ thématiques et astronomiques pour les missions. Mais il croyait qu’il suffisait pour un Jésuite de s’occuper de la partie mathéma- tique, c'est-à-dire des calculs astronomiques, des prédictions d'éclipses, etc..... sans accepter pour autant la charge de direc¬ teur qui rendait son titulaire, aux yeux des Chinois, responsable du calendrier-almanach. En 1660, il écrit: « Il faut envoyer à cette Province [de Chine] six membres de la Société qui doivent avoir la meilleure instruction en mathématiques. Pourtant ceux-ci doivent être surtout omés de vertus solides, de peur que par la suite ils se gonflent et tombent dans le piège du diable. Car, 231
  • 1 2 ici, la foi chrétienne dépend uniquement des mathématiques, si on laisse de côté Dieu notre protecteur. »" On voit par là que la crainte de tomber dans la superstition n’a pas été le seul souci de Magalhães. Le mandarinat était par lui-même nocif à 1'état de religieux. II est certain que 1’imprudence du P. Schall qui profitait de sa situation d’interprète des astres pour avertir l’Empereur ou les mandarins ne pouvait qu’accroitre les craintes des Pères Magalhães et Buglio. II est regrettable que le problème de cette charge se soit posé en 1648, époque à laquelle la querelle entre le P. Schall et ses deux compagnons avait déjà éclaté. Le P. Magalhães, par suite des préjugés qu'il nourrissait contre le P. Schall, avait porté le débat au niveau de la polemique et on peut lui reprocher davoir mélangé ses griefs personnels avec les problèmes théologiques qui exigeaient une analyse beaucoup plus objective. Sur dautres questions concernant les missions, Magalhães se montre beaucoup plus souple, notamment à propos de la création d’un clergé autochtone en Chine, création à laquelle s’opposait un grand nombre de ses compatriotes. Dans 1’affaire concernant la méthode d’apostolat qui allait aboutir à la fameuse controverse sur les rites chinois, et qui, déjà, divisait dune part une grande partie des Jésuites et de 1'autre les Dominicains et les Franciscains ainsi que quelques Jésuites dissidentes, Maga¬ lhães suivit la majorité des Jésuites qui, comme Ricci, croyaient pouvoir rapprocher la doctrine chrétienne des textes classiques anciens confucéens. Dans son livre, « La Nouvelle Relation de la Chine », Magalhães cite la première phrase du Da Xue [±**] et donne le commentaire du Zu Xi [±*2]7. Les deux caractères zhi shan [±s*], qui selon Zu Xi, signifient summum bonum, le but, qui est la perfection, Magalhães les interprétait comme n'étant autre chose que Dieu : ... les lettres Chi et Xett signifient souverain et suprême bien qui contient et comprend tous les autres. Ce qui est un attribut 6 «Oportet mittere in hanc Provinciam Socios qui Mathematicis optime sint instructi. Hi tamen, prceter alios, solidis virtutibus adornen- tur; ne postea elati, in laqueum incidant diaboli. Res enim Christiana, unum si Deum excipias Protectorem, ab una pendet Mathematica.» Jap- Sin 162, fl. 55. 1 Nouvelle Relation..., pp. 103-105. 232
  • qu'on ne peut donner à aucune créature, quelques avantages qu'elle ait, mais seulement à Dieu seul8. Plus affirmatif encore, il écrit: « Ce texte est un témoignage évi- dent que les anciens Chinois connoissoient qu’il y avoit un Dieu. »9 L’explication que donne Magalhães pour les caractères zhi et shan montre qu’il n avait pas du tout saisi le sens des mots ni la pensée de la phrase. II est indéniable que 1’esprit nationaliste fut un des plus grands obstacles pour les missions. On reprochait surtout aux Portugais et aux Espagnols ce «malecdictus spiritus nationalis. »10 En toute justice, je ne crois pas qu’on puisse accuser le P. Maga¬ lhães de cette faute. Sa grande amitié pour le P. Buglio, Italien, avait sans doute contribué à atténuer en lui 1’esprit nationaliste. Dans sa lettre du 18 mai 1660 adressée au Général il écrit: « Qui ne sait que le nationalisme est la racine de la discorde. »11 II continue en accusant le visiteur Simão da Cunha d’être nationa¬ liste et rapporte à ce propos que les Pères B. Diestel et J. Grueber avaient parlé du Roi du Portugal d’une manière désagréable dans la Résidence des Pères à Macao. Lorsque le visiteur apprit cela, il devint furieux et écrivit au P. Magalhães pour lui ordonner de se montrer « le plus zêlé défenseur de la réputation portugaise. ‘ Fermez leur gueule, Votre Révérence. ’ »12 Magalhães rapporte encore que le visiteur avait déclaré que les Portugais ne considé- raient pas le saint empereur romain13 comme empereur mais uniquement comme roi de Hongrie, parce que ce dernier avait trahi Don Duarte. Magalhães lui répondit que, lui, Portugais, le considérait comme empereur puisque ce titre avait été confirmé 8 Nouvelle Relation .... p. 106. 9 Nouvelle Relation..., p. 106. 10 Voir Dunne, G.H., op. cit., p. 169 et p. 236. ” «Nationalitatum seminarium esse discordiarum quis ignoret ?» Jap-Sin 162, fl. 55 v. 19 «... et ad me ex via in Curiam litteras dedit aspérrimas, in quibus inter alia, mihi iuberat ut Lusitani nomini accerumum me ostenderem defensorem addiditque: Açame os V. R.* Verbum/Açamar/Lusitane idem est ac si diceret: nodo, et capistro illorum ora cohibeat V. R.\» Jap- Sin 162, fl. 56. 18 Sigismond, Saint Empereur Romain en 1410 et Roi de Hongrie en 1386. 233
  • par le pape et sacré par 1’Eglise14. II est vrai que cette lettre avait été écrite pour rendre le visiteur antipathique au Général de la Société. Mais elle ne montre pas moins que Magalhães faisait passer 1’autorité de 1’Eglise avant celle de son pays. L’intense rivalité et 1’aversion mutuelle entre Portugais et Espagnols sont bien connues. En Chine, à cette rivalité nationale, s’ajouta 1’antipathie entre les ordres —Jésuites contre Domini- cains et Franciscains — ce qui accrut la discorde parmi les mis- sionnaires. Malgré cela, Magalhães ne s’est pas montré particu- lièrement hostile aux Dominicains ou aux Franciscains espagnols qui cherchaient alors à briser le monopole de 1’apostolat en Chine. Le P. Domingo Navarrete, dont les vues sont partiales et qui critiqua abondamment les Jésuites et les Portugais, n’a pour- tant rien rapporté contre le P. Magalhães. Au contraire, il semble que les heures passées avec lui à Pékin pendant les persécutions ont été des plus cordiales. Les PP. Buglio et Magalhães avaient pour leur part, soigné avec dévouement le P. Coronado, Domini- cain, pendant ces moments difficiles. Après 1'exil des mission- naires à Guang-Dong, Magalhães écrit à ses compagnons pour leur rapporter ce qui se passait à la cour, et, dans sa lettre de 1666, il n’oublie pas ses autres frères dans la détresse : « Nous envoyons aux Révérends Pères, Fr. Antonio de Santa Maria, Fr. Domingo Navarrete, Fr. Domingo de São Pedro, Fr. Phelippe Leonardo, des souvenirs et des salutations particulières. »1S Dans sa lettre du 15 aout 1668, Magalhães ne tarit pas d’éloge pour le Dominicain chinois, Gregorio Lopez’®. On a encore de lui une lettre adressée au P. Buenaventura Ibanez, Franciscain, et datée du 20 janvier 1673 dans laquelle il regrette la mort du P. Antonio de Santa Maria. II écrit: ... Votre Patemité ressentira une grande consolation en appre- nant qu'il [Antonio de Santa Maria] est passé à une vie meil- « Jap-Sin 162, fl. 56. 15 « Mandamos aos Reverendos Padres Frei Antonio de Santa Maria, Frei Domingo Navarrete, Fr. Domingo de São Pedro, Frei Felippe Leonardo, particulares lembranças e saudades.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 209. l® Cette lettre a été publiée par Dr. Benno Biermann, « Fr. Gregorio López, Op. », Zeitschrift fiir Missionswissenschaft und Religionswissenschaf, XXXVII, pp. 275-283. 234
  • leure; là ou il est maintenant (comme je le tiens pour certain) il est en sécurité et plein de sollicitude pour ses frères qui militent encore dans cette vallée de larmes. Nous ne pouvons croire autre chose de la part d'un religieux si grand, d'un mis- sionnaire si apostolique, d'un homme si remarquable, honneur et gloire, sur le plan des lettres et des vertus, de sa sainte et séraphique religion; il jouit non seulement de la récompense de ses nombreuses et saintes vertus, mais aussi de la couronne du martyr qu'il a obtenue en mourant, toujours exilé et empri- sonné. Ainsi, Notre Seigneur a voulu le payer de son grand travail et de son dévouement par une mort si glorieuse. Et nous qui sommes encore là, nous devons nous forcer à ceuvrer et à vivre comme lui-même ceuvra et vécut17. Tout indique que les rapports entre Magalhães et les Pères des autres ordres furent tout à fait amicaux. Cette sympathie s’explique en partie par le fait que ces derniers, pour la plupart, avaient le même point de vue que Magalhães sur plusieurs questions concernant les missions; ils estimaient notamment que le mandarinat du P. Schall, tout comme sa façon de vivre, étaient peu convenables pour un religieux. Mais il ne faut pas en déduire que le P. Magalhães a été un modèle d’impartialité et de tolérance. Lorsqu’il semble ne pas être victime de son orgueil national, il succombe alors à son orgueil personnel qui le rendait excessivement susceptible. Les lettres dans lesquelles il dénonce le P. Schall sont loin d’être impartiales, malgré sons désir de se justifier. Dans sa lettre au visiteur, il s’excuse par avance en ces termes : « J’instruis Votre Révérence des choses qui suivent, d'une part pour satisfaire une obligation, et dautre part, parce que le P. vice-provincial me l’a ordonné, ayant égard, lui et moi, uniquement à 1’honneur, et au 17 «...pero tambien tendrá vuesa Patemidad gran consolación, en oir que él se pasaba á mejor vida, á dó está (como lo tengo por cierto) ya seguro de sí, y solícito de sus hermanos, que aún militamos en este valle de lágrimas; ni otra cosa podemos creer de un tan gran Religioso, tan apostólico Missionário, y de un tan insigne varon, honra y gloria, por sus partes, letras, y virtudes de su Santa Seráfica Religion, él se goza, no sólo del prémio de sus muchas y santas virtudes, sino tambien de la corona del martírio, que alcanzó muriendo aún en el destierro y prisión; en que quiso nuestro Senor pagarle sus grandes trabajos y servidos con tan gloriosa muerte; y á nós, que aún estamos en campo, animamos á obrar y vivir, como él obró y vivió,» Archivum Franciscanum Histori- cum, III, p. 46. 235
  • Service de Dieu et de la Compagnie, au bien de nos âmes et à celui de la mission. Après cet avertissement, je prie Votre Révé- rence de lire avec un esprit calme et impartial. »18 En dépit de cette mise an garde, Magalhães, dans la suite de cette lettre, se montre passionné et loin d etre « impartiel ». II est vrai que Schall parlait sans réfléchir et souvent blessait les gens par son insolence. Magalhães, pour sa part, ne perdait pas de temps pour critiquer le P. Schall qu’il citait sans prendre la peine de rappeler les circonstances et, souvent, à seule fin de dresser les supérieurs contre le Père. Par exemple, il répète de nombreuses fois dans ses lettres que Schall méprisait et injuriait tous les Pères qui travaillaient dans les missions de Chine, qu’il appelait les PP. Longobardi et Furtado des « vieux de Suzanne », et que les noms dont il se sert pour les autres Pères de la mis¬ sion sont de pures ignominies. A 1’occasion d’une requête adressée par Schall à l’Empereur au sujet de 1’entrée des Pères à Pékin, Magalhães accuse sans hésitation de vouloir chasser tous les prédicateurs et d’étein- dre la Chrétienté en Chine. Il lui reproche encore d’avoir laissé entendre dans cette requête que les Pères étaient des rebelles18. Enfin, à la lecture de ces lettres, on découvre un Magalhães outré et amer qui voyait en Schall un ennemi puissant. Ses accu- sations étaient systématiquement orientées afin de minimiser la valeur de Schall. Malgré ses divers sermons sur la notion chrétienne de par- don (rendre le bien pour le mal), Magalhães n'a pas toujours su faire preuve de charité. Son attitude s’inspirait plus souvent de la formule « ceil pour oeil, dent pour dent » que de la parole évan- gélique : « tendez 1’autre joue ». II concevait Dieu comme un jus- ticier. Lorsquen 1661, Magalhães fut emprisonné pour avoir gardé 1’argent de Justa il profita de cette incarcération pour prêcher aux prisonniers. II donna huit cruzados aux geôliers pour qu’ils enlèvent les lourdes chaines des deux domestiques des Pères 18 « Das cousas abaixo escritas aviso a VR, assi por satisfazer a minha obrigação, como por assi mo ordenar o Padre Vice Provincial; só attendendo elle e eu a honra et serviço de Deus, et da Companhia, bem de nossas almas et da Missão. O qual avizo, peço a VR. lea com animo quieto et desapaixonado.» Jap-Sin 142, n° 20, fl. 3. 19 Jap-Sin 142, n° 22, ff. M v. 236
  • qui avaient faussement témoigné contre lui et Justa comme exem¬ ple que « les Chrétiens non seulement ne se vengent pas de celui qui leur a fait du mal et oublie le mal, mais encore lui font le plus de bien possible. »20 Les prisonniers furent très édifiés, rapporte Magalhães. Mais trois bonzes qui étaient également en prison les avaient détournés de la vérité. Dieu les punit: deux des bonzes eurent la tête tranchée et le troisième fut coupé en dix mille morceaux. Et Magalhães ajoute ce commentaire : « Et ne lui restant que les os et les entrailles, on lui donna un coup de couteau dans le cceur, terminant ainsi les tourments tempo- raires de ce bonze fourbe pour commencer les tourments éter- nels, bien mérités pour son obstination et sa ténacité ... »21 Son intolérance pour les «hérétiques » et les « schismatiques » prend une tournure aussi vigoureuse. A propos de 1’échec des ambassa- des russe et hollandaise en 1656, il écrit, sans mâcher ses mots : « Et il est très juste que les Hérétiques Hollandais et les Schis¬ matiques Russes devaient partir avec de la haine et du dégoút, pour qu'ils ne causent pas de scandale auprès de la nouvelle Chrétienté implantée ici, et pour qu’ils ne soient pas, par leur mauvais exemple, une cause de critique pour la religion d'Eu- rope. » 22 Magalhães semble donc ne pouvoir concevoir qu’un Dieu Justicier. Il voyait la main de Dieu partout: que Simão ait été fausse¬ ment accusé, c’est parce qu’il était coupable d’autres fautes. « Merveilleux et caché est le Seigneur dans ses oeuvres et dans ses divins jugements », écrit-il. A propos de la mort de deux inno- centes, Justa et Julia, Magalhães justifie Dieu de la manière suivante : « Nous avions peur que ces dames chrétiennes, en gar- dant leur vie et en se voyant sans fils, qui était unique, sans 20 «’ que os Christãos, não só não tomão vingança de quem lhe faz mal, e se esquecem do mal que delles receberão; mas ainda lhe fazem todo o bem que podem.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 6. 21 « E ficando lhe só os ossos, e entranhas, lhe derão huma facada no coração, com que o Bonzo Embusteiro acabou seus temporaes tormentos, e começou os eternos, bem merecidos per sua obstinação e pertinên¬ cia ... » Jesuítas, Legajo 22, fl. 6 v. 22 «...and very just is it, that Hereticks and Schismaticks should depart with hatred and disgust, that by their ill Example they might not give Scandal to the new Christianity here Planted, nor cause the Religion of Europe to be ill spoken of.» An Embassy.... p. 317. 237
  • frère, sans richesses, sans maison, sans fortune, sans pouvoir, pauvres et captives, succombent à une grave tentation de foi, vivant parmi des idolâtres dont toutes les actions conduisent vers les biens de cette vie et les appétits du corps. »23 Quant à Magalhães lui-même, lorsqu'il fut condamné à mort avant que la sentence soit confirmée, il écrit: « II mest venu une pensée que je crois plus que probable, c’est que Notre Sei- gneur a permis ma souffrance pour soulager celles des deux Chrétiennes, Justa et sa filie Julia, car daprès le proverbe por- tugais, souffrir à plusieurs est un réconfort... Pour cette raison, je rends à mon Dieu et mon Redempteur des grâces infinies que ma mort sert au salut de deux âmes qu’Il a crées et rache- tées. »21 Mais Dieu n’a pas permis qu’il meurt « pour la Vérité, la Justice, afin de favoriser et défendre une famille chrétienne. »25 Au contraire, Dieu a voulu, par la miraculeuse libération de Maga¬ lhães, édifier et encourager les Chrétiens chinois qui, selon lui, ont tous interprété cet événement comme étant un acte divin. Ce qui rend Magalhães parfois désagréable c’est la suffisance qu’il avait de sa personne. II est très conscient de lui-même et du rôle qu’il joue. Ses rapports et ses lettres sont remplis de notes autobiographiques et trahissent un plaisir particulier à parler de soi. Et il insiste spécialement sur les privations, les souffrances et les tourments qu’il eut à subir. Il décrit les instru- ments de torture dont il fut victime, les douleurs physiques et 22 « Tínhamos medo, que se estas Senhoras Christãos ficassem com vida; e se vissem sem filho, que era unico, sem Irmão, sem riquezas, sem cazas, sem fazendas, e sem poder, pobres, e cativas, poderião cair em grave tentação de fee, vivendo entre idolatras, que todas suas acçoês dirigem aos bens desta vida, e appetites do corpo.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 8 v. 24 «... me occorreo huma consideração, ou pensamento, que tenho per mais que provável; e he que permittio Nosso Senhor este meu trabalho, para allivio das duas Christaãs Justa e Julia sua filha. Porque conforme o Rifão Portuguez: Mal de muitos gozo he... Pello que dou a meu Deus, e meu Redemptor, graças infinitas de com minha morte ser de prestar para a salvação de suas almas, que elle criou, e remio.» Jesuítas, Legajo 22, ff. 16 v-17. 25 « Padeço, Reverendos e Charissimos Irmãos, morte affrontoza, pella verdade, e justiça; por favorecer e defender huma familia Christaã.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 17 v. 238
  • les états d’âme qu’il éprouva avec force détails. II a tendance également à se mettre en valeur devant ses supérieurs. II se vante souvent d'avoir la protection des princes et des grands man¬ darins de la cour. II fait part de la dévotion et de 1’amour que les Chrétiens chinois ont pour lui. II souligne 1’importance de son travail de réparateur des horloges et d’ingénieur mécanicien. Et souvent, même lorsqu’il fait preuve d’humilité, ce n’est pas sans une certaine affectation. Après avoir été condamné à mort par le San Fa Si, en 1661, tout en sachant que les chances d’échapper à ce châtiment étaient bien grandes, il rédigea un testament, « Carta ultima, e como testamento do grande peccador Gabriel de Magalhães sacerdote, e filho indigníssimo da Companhia de Jesus. »20 Pour un homme qui se croyait au seuil de la mort — à condition qu'il 1’ait cru— et qui fasait sa dernière confession, ses paroles sonnent creux. On n’y trouve pas un homme qui se penche sur son passé, qui se repent de ses fautes qu’il peut, en cet instant, savouer, mais plutôt quelquun súr de sa propre droiture. En ce qui concerne la querelle avec le P. Schall, il écrit tout simplement dans son testament: « Je prie le P. Jean Adam de me pardonner toutes les impertinences et les importunités que je lui ai faites, car elles sont nées de bonne intention, et pas dune intention sinistre. Je lui promets de lui être plus utile à la cour du Ciei (vers laquelle, confiant dans la Divine Miséricorde, je suis en route) que je ne lui fus à la cour sur terre. »27 Magalhães fut un homme très pieux qui se soumettait scru- puleusement à toutes les dévotions d'ou il tirait véritablement consolation et joie. Sa foi en Dieu est totale. Cest ainsi que, dans sa prison, en 1661, il avait baptisé un brigand qui avait auparavant subomé un geôlier avec une somme de 60 taels. Mais ce demier, après avoir pris 1’argent, avait dénoncé Pedro, le brigand, aux autorités. Pedro songea à se venger puisqu’il avait un reçu du geôlier prouvant qu’il lui avait donné les 60 taels. ™ Jesuítas, Legajo 22, ff. 17v-18v. 27 « Rogo ao Padre João Adão, que me perdoe todas minhas imper¬ tinências, e moléstias, que lhe tenho dado, que nacerão de bom animo, e não sinistro intento. Eu lhe prometto de lhe ser de mais prestar na Corte do Ceo (para onde, confiado na Divina misericórdia estou de caminho) do que lhe fui na Corte da terra.» Jesuítas, Legajo 22, fl. 18 v. 239
  • Magalhães exhorta le brigand à pardonner, ce qu’il fit. Et pour montrer qu’il était sincère, il brúla le reçu qui s’éleva intact jusqu’à ce quun Chrétien le brisât. « Je crois, en vérité, » écrit Magalhães, « que Notre Seigneur a permis ou a voulu exprès cette ascension pour gagner ces âmes. » “ Magalhães croyait ardemment en sa mission apostolique. II était plein de zêle et son objectif essentiel était la conversion des âmes29. Ils avaient converti un assez grand nombre de gens, dont la plupart des gens du peuple pour qui les deux Pères étaient une source de consolation spirituelle. Leur résidence de Pékin était surtout fréquentée par d’humbles Chrétiens alors que celle du P. Schall était plutôt fréquentée par des mandarins 30. Les deux Pères Buglio et Magalhães vivaient modestement, malgré les accusations selons lesquelles les Jésuites en Chine vivaient dans le luxe et la facilité. Dans ses lettres, Magalhães se plaignait souvent de manquer dargent. En 1656, pour suborner les mandarins à 1’occasion de la venue de 1’ambassade hollan- daise, les Pères n’avaient que deux robes, cadeaux de 1’Empereur. Et en 1661, pour couvrir les dépenses de prison, Magalhães navait que 1’argent donné par Justa à 1’eunuque Paul pour ses affaires privées ; celles-ci ayant échoué, il s’en servit alors pour aider Magalhães. Magalhães sut aussi s'attirer beaucoup d'attachement de la part de certains Chrétiens chinois. A cet égard, rappelons-nous son voyage de Si-Chuen à Pékin au cours duquel le Macaiste Anto- nio Fernandez le soigna avec une affection et un dévouement difficilement égalables. L'eunuque Paul, pour sa part, ne fut pas moins fidèle à Magalhães lors de son emprisonnement, en 1161, 28 «Creio, na verdade que permittio, ou que de proposito quis, e ordenou Nosso Senhor aquella subida, para ganhar estas almas... » Jesuí¬ tas, Legajo 22, fl. 15. 29 Pfister note: « Avec son inséparable compagnon le P. Buglio, outre le soin qu'ils avaient des chrétiens de la capitale, il cultivait sept chré- tientés dans le Tcheng-ting fou, deux à Pao-ting fou, une à Ho-kien fou, et une autre dans les montagnes. Ils avaient aussi quatorze stations dans les villes murées, dont plusieurs possédaient une église, sans compter celles qui était dans les bourgs et les villages.» Op. cit., p. 253. 30 Voir la lettre du P. Gouvea, datée de 1653, Jap-Sin 162, fl. 2. 240
  • au point même de voulouir mourir à sa place*1. Enfin, 1'amitié et rharmonie qui régnèrent entre Buglio et Magalhães sont une autre preuve de 1’attachement qu'il pouvait inspirer. Magalhães nous a laissé de nombreux récits qui sont de trois sortes : lettres annuelles, lettres privées et quelques relations détaillés sur les événements qui l’ont concerné directement. Pour mieux comprendre, expliquons le système de correspondance en vigueur chez les Jésuites. Ignace de Loyola, le fondateur de la Compagnie de Jésus, qui était un organisateur de génie, avait saisi toute 1'importance dune correspondance régulière pour affermir la hiérarchie à l’in- térieur de 1’ordre et y exercer à ses différents niveaux un controle parfait. II est certain que les lettres envoyées par les missionnai- res des pays lointains, et qui contenaient des descriptions et des informations curieuses, offraient de 1’intérêt pour un public beau- coup plus vaste que celui des divers supérieurs de la Compagnie. Le Père João Correia-Afonso fait remarque que Loyola se sentait très souvent gêné lorsqu’il devait montrer ces lettres à de hautes personnalités. C’est pourquoi il fut décidé de faire écrire des lettres différentes selon les sujets à aborder. Loyola ordonna qu’on consignât soigneusement dans la lettre principale des faits qui pouvaient être présentés à n’importe qui. Elle ne devait con- tenir que des choses édifiantes susceptibles d’exercer une influen- ce favorable sur les activités des Jésuites, tandis que les affaires concernant uniquement la Compagnie devaient être traitées dans une feuille separée, connue sous le nom de « hijuela »82. C’est donc surtout par ces rapports confidentiels que l’on obtient des informations tout à fait exactes sur letat véritable de la situation. Magalhães avait conscience, en rédigeant ses lettres annuel¬ les, de leur valeur de propagande. Elles sont donc impersonnelles et ne révèlent rien de leur auteur. Les écrits polémiques et apo- logétiques de Magalhães trahissent clairement sa formation sco- 81 L’eunuque Paul avait préparé une requête pour le présenter direc¬ tement à 1’Empereur sans passer par les Tribunaux, ce qui lui aurait valu 40 coups de bambou. Dans cette requête, il offrait sa propre vie comme garantie de la vertu et de 1’innocence du P. Magalhães. II n’attendait que la dernière sentence pour la présenter. Jesuítas, Legajo 22, fl. 14. 82 Correia-Afonso, J., Jesuit Letters and Indian History, pp. 34. 241 16
  • lastique et rhétorique **. II a tendance à fonder son argumenta- tion davantage sur les doctrines de 1’Eglise que sur la raison naturelle. II prend souvent ses exemples dans 1’histoire classique et dans la Bible. II fut un écrivain ordonné et soigné. Nous avons de lui des manuscrits à letat de brouillon; on peut donc suppo- ser que souvent il relisait et recopiait ses lettres. II avait aussi l’habitude dannoncer le sujet dont il allait traiter. Sa formation de prêtre lui fait souvent écrire de longues tirades sur la morale. Dans 1’ensemble, ses lettres sont très intéressantes. Lorsque Ma¬ galhães rapporte un événement, il 1'accompagne de nombreux détails si bien que les faits ne sont jamais séchement exposés. II y a des digressions qui agrémentent les longs récits. Par exem¬ ple, dans sa « Relação da prizão e liberdade », il donne plusieurs exemples pour expliquer comment quelques juges habiles ren- daient la justice à la manière de Salomon. Ailleurs, il parsème ses lettres de petits papotages qui donnent un ton léger à ses lettres, sans doute pour amuser les Pères à qui il écrit. Quand Magalhães parle d’un événement dont il n’a pas été le témoin oculaire, il n’en utilise pas moins le style direct et le pronom personnel à la première personne. Il rapporte des con- versations mot à mot, fait parler un roi, un prince ou un man- darin, sans se soucier de 1’exactitude historique. C’est ainsi, lors- qu’il décrit la scène au cours de laquelle les régents Oboi et Souk- saha se heurtèrent en présence de la reine-mère, il cite les paroles d’Oboi comme s'il avait été là en personne et comme s’il avait tout noté, ce qui n’a pas été le cas. Lorsqu’il traite d evénements auxquels il a été directement mêlé, il n’est pas étonnant de trou- ver sous sa plume un dialogue abondant. Cette façon decrire vaut à Magalhães d'avoir un style dramatique et vivant. Et c’est à souligner, car Magalhães avait beaucoup de facilité pour classer les gens par catégories, pour les typer, exagérant même leurs défauts comme leurs qualités, ce qui donne ce côté théâtral ou les personnages ont des caractéristiques qui les différencient nettement. Parfois il atteint un très haut degré d’émotion, pure dans sa sincérité. En plus de son abondante correspondance, Magalhães nous à laissé un livre sur la Chine, intitulé « As doze Execellencias do ss On se souvient qu’il a enseigné la rhétorique à Goa, et plus tard, la philosophie à Macao. 242
  • Império da China ». C'est son supérieur, le P. Francisco Furtado qui, en 1650, lui avait commandé cette ceuvre (probablement pour 1’occuper à écrire une histoire de la Chine plutôt que des écrits contre le P. Schall). Mais cet ouvrage, par manque de temps, ne fut terminé qu’en 1668. Les manuscrits furent rapportés à Rome par le procureur Philippe Couplet34. Ce dernier présenta les manuscrits au cardinal d’Estrées qui les fit traduire en français par 1'abbé Bernou. Malheureusement, la moitié des manuscrits fut brúlée, et on dut se servir du brouillon. « As doze Excellencias » fut publié à Paris en 1688 sous le titre de Nouvelle Relation de la Chine. Le livre connut sans doute un grand succès puisquil parut une seconde édition l'année suivante puis une troisième 1’année daprès, en 1670. II fut également traduit en anglais et publié à Londres dès 1688 sous le titre de A New History of China. Quelques années plus tard, le Fr. Jacinto de Deus, Macaiste Franciscain, qui s etait procuré un exemplaire de « As doze Ex¬ cellencias », le plagia totalement pour 1'insérer dans son livre intitulé Vergel de Plantas e Flores. Ce livre fut terminé en 1679 mais ne fut publié qu’en 1690, à Lisbonne. La fraude ne fut découverte qu’en 1911 par Sousa Viterbo35. Pour les Jésuites qui travaillaient en Chine, il importait d'avoir une bonne connaissance de ce pays, de ses coutumes, et de son peuple. L’expérience personnelle de Magalhães lui permit, en ce qui concerne, d’entrer en contact avec les Chinois. Qu’a-t-il pensé de ce pays et de ce peuple ? Puisque « As doze Excellen¬ cias » était, dès 1’origine, destiné à la publication, ce livre a sans doute été revu et corrigé par dautres Pères de la mission, les « revisores ». Comme les lettres annuelles, il devait surtout servir à gagner la sympathie des lecteurs européens à la cause des mis- sions ainsi que leur aide financière. La Chine était donc présentée sous un jour favorable. Il y est question de ses grandes riches- ses, de 1’architecture somptueuse, des monuments exquis, de son excellent système de gouvernement, de la politesse, de 1’industrie, 84 Le P. Couplet avait été envoyé à Rome par le Vice-Provincial, le P. Verbiest, afin de faire exécuter le privilège de Paul V, d’obtenir de nouveaux missionnaires pour la Chine et de régler cette question si péni- ble de la soumission des Jésuites aux Vicaires Apostoliques, qui étaient Français pour la plupart. 85 Viterbo, Souza, O Oriente Portuguez, VIII, p. 52. 243
  • de la culture, de 1’intelligence des Chinois, de la beauté et de la profondeur de la langue, et.... Pourtant certaines critiques sont déjà exprimées dans «As doze Excellencias» avec beaucoup d’insistance. Magalhães a été frappé surtout par la cupidité et 1’orgueil des Chinois. A propos de la vente des fonctions, il écrit: « ce sont les Gouverneur de 1’Empire, les Colao [Ge Lao], ou Conseillers d’Etat, et les six Tribunaux suprêmes de la Cour, qui vendent secrètement les charges aux Vice-rois et aux grands Mandarins des Provinces. »3S. Ainsi, ces grands mandarins, pour obtenir 1’argent nécessaire à 1'achat de leur charge, aussi bien que par avarice, « se dédommagent et s’engraissent au dépens du miséra- ble peuple »37 « L'or, 1’argent, les pieces de soye et les autres presens servent de Loix, de raison et de Justice; ou plutost la Justice, la raison et les Loix se vendent comme en plein Marché et à 1’encan. »38 Or, malgré 1’excellence du système de gouverne- ment, 1'injustice en Chine est un fait indéniable pour Magalhães. « Si les Mandarins dans le jugement des procez, agissoient con- formement aux Loix et à 1’intention de leur Prince, la Chine seroit le pays du monde le plus heureux et le mieux gouverné : Mais autant qu’ils sont exacts dans 1’observance exterieure des forma- litéz que nous avons dites, autant sont-ils interieurement méchans, hypocrites et cruels. Leurs artífices et leurs fourberies sont en si grand nombre, quun volume entier ne suffiroit pas pour les expliquer. Ainsi je me contenteray de dire, pour en donner quel- que idée, qu’il est très-rare de trouver un Mandarins exempt d avarice et de corruption. »39 Cette opinion est sans doute fondée sur son expérience avec les mandarins de la cour. Lors de 1’ambassade hollandaise, les PP. Buglio et Magalhães avaient prié un inspecteur, par 1’inter- médiaire d’un chrétien d’adresser une requête contre les Hollan- £fji!í dais. Ce Ke Li [ ] répondit au chrétien: « Monsieur, si ces Pères peuvent 1’ignorer parce qu’ils sont étrangers, vous qui êtes du pays, vous devez connaitre la manière de faire des affaires dans cette cour, à savoir que les requêtes que moi, ou quelquun du 36 Nouvelle Relation de la Chine, p. 166. 37 Nouvelle Relation de la Chine, p. 167. 38 Nouvelle Relation de la Chine, p. 206. 30 Nouvelle Relation de la Chine, pp. 199-200. 244
  • même bureau présente, proviennent de deux raisons : ou c’est pour nous venger de nos ennemis ou c’est parce que nous avons reçu une grosse récompense de celui au nom de qui nous présen- tons la requête; pourtant je n’ai reçu aucun tort des Hollandais pour me venger deux, ni aucune somme des Pères pour me lan- cer dans tant de difficultés et dangers pour eux. »*° Les Chinois, explique Magalhães, sont des matérialistes con- vaincus, ce qui explique la cupidité dont ils font preuve. Leur bonheur consiste à être mandarin, car cette dignité leur vaut pres- que automatiquement 1’argent, les femmes, le luxe, les honneurs et la gloire. Et cet attachement au bonheur terrestre s’explique par le fait qu'ils n’ont « aucune connoissance du vray Dieu, ni des peines et des recompenses éternelles de 1'autre vie... »■" Et pas seulement les mandarins sont victimes de ce matérialisme, mais aussi les gens du peuple : « II faut savoir que les Chinois sont tellement avides d’argent et de richesse qu’ils ne font atten- tion à rien pour les avoir. II y a même des Chinois qui, pour 1’argent, de leur propre volonté subissent les fouets que méritent les condamnés. »*2 Les Chinois, explique encore Magalhães, débordent d’un orgueil illimité : « Ils estiment au souverain degré leur Empire et tout ce qui leur appartient, et méprisent au dernier point les Etrangers et tout ce qu’ils ont d'avantageux, quoyqu’ils en ayent tres-peu ou point du tout de connoissance : Et il ne faut pas s'en étonner, puisque 1’orgueil ne vient que de 1’aveuglement et 10 « Sir, if those Padrees who are Strangers be ignorant, yet you who are Natives must be acquainted with the manner of doing Business in this Court, to wit, That whose Petitions either I, or any other in the same Office with me, do exhibit, proceeds ahvays from these two Reasons; either that we may avenge our selves of our Enemies, or that we are hir'd to it by some great Reward from him in whose Name the Petition runs: Now I have receiv'd no Injury from the Hollanders to be aveng'd of, nor any Gratuity from those Padrees, that I should thrust my self into so much difficulty and danger for them.» An Embassy.... p. 301. Nouvelle Relation de la Chine.... p. 255. 42 « Mas para se entender esta Maranha se ha de saber que sam os Chinas tam baixos e tam decejosos de prata e de riquezas que em nenhuma couza reparão pellas aver. Ha Chinas que por dinheiro que lhe dão levão de boa vontade os açoutes que os condenados merecem.» Jesuítas na Asia, 49-V-14®8, ff. 224 v-225. 245
  • de 1’ignorance. »43 Mais Magalhães justifie cet orgueil de la façon suivante : « Les grandeurs et les avantages extraordinaires de ce Royaume contribuent beaucoup à remplir 1’esprit des Chinois de folies imaginations et d’un orgueil dans égal. »44 Néanmoins, « il semble que Dieu ait pris plaisir à châtier et à confondre l'orgueil incroyable de cette Nation, en 1’assujetissant à un petit nombre de barbares, pauvres, rustiques et ignorans : de mesme que si pour punir 1’Europe, Dieu la livroit au pouvoir des Cafres d’Angole ou de Mozambique. »43 Dans sa lettre annuelle de 1658, Magalhães, plus favorable aux Chinois quaux Mandchous, rapporte la victoire de ces der- niers et la fuite de Yong Li, dernier prétendant ming. Avec un legret tout à fait sincère, il écrit: « Qui se serait persuadé il y a quelques années, qu’un empire si vaste, des Provinces si peuplées, et si riches en toutes choses, [un peuple] si avisá en littérature et en courtoisie, [un pays] si bien pourvu, si puissant, si noble et si ancien, allait en peu de temps terminer en tant de misère et commencer une si dure captivité ! » w Dans cette même lettre, il écrit: « Cest une grande douleur et une grand pitié de voir ce pays dans un tel état; pays qui méprisait même les plus politi- ques, aujourd’hui méprisé et abaissé par les plus barbares du monde. »47 Et il continue : « Le dernier Roi Yong Li a péri, et avec lui sa mère, dame chrétienne; son fils, 1’héritier légitime, grâce à qui les Chinois espéraient retrouver 1’Empire, et les chré- tiens qu’il publie la Loi de Dieu... »** Mais les guerres civiles. 43 Nouvelle Relation ..., p. 75. 44 Nouvelle Relation .... p. 79. 45 Nouvelle Relation..., p. 204. 46 « Quem se persuadiria poucos annos antes, que hum Império tam estendido em Províncias, tão povoado de gente, tam rico de drogas e fazendas, tam político em letras e cortezias, tam abundantes, tam poderoso, tam nobre e tam antigo, havia em breve tempo de accabar en tanta mizeria e começar tão duro cativeiro! » Jesuítas na Asia, 49-V-14®8, ff. 232-232 v. 47 « Grande dor e grande lastima he ver esta nação em tal estado; nação que ainda as mais políticas desprezava, desprezada agora e abatida pela mais barbara do mundo.» Jesuítas na Asia, 49-V-1408, fl. 232 v. 48 «... pereceo o ultimo Rey Yum lie com sua May, Senhora Christaã, seu filho legitimo herdeiro, de que esperavão os Chinas restituísse o Im¬ pério, esperavão os Christãos publicasse a Ley de Deos...» Jesuítas na Asia, 49-V-14®8, fl. 233. 246
  • fruits de la jalousie et de 1’ambition, avaient perdu les Chinois, et en même temps « nous ont coupé les espérances que toute cette chrétienté avait dans le petit Prince chrétien. »49 Dans 1’ensemble, Magalhães présente les Chinois comme un peuple très matérialiste et par conséquent ambitieux, avide de biens et de gloires terrestres. En 1’absence d’un idéal spirituel capable de mettre un frein à ce matérialisme, il y avait néanmoins un code social très rigide qui réglait les rapports individuels et collectifs. C’est un peuple soucieux par-dessus tout de 1’étiquette sociale, estime Magalhães, qui sous des aspects courtois, cache les plus bas instincts, ce qui explique son hypocrisie. Les Chinois sont dotés d’une grande intelligence et son capables de saisir les idées les plus profondes. Ils sont très industrieux et travail- leurs. Bref, estime Magalhães, la Chine constituait un terrain favoable au Catholicisme, car l’intelligence de ses habitants leur permettait de comprendre les mystères les plus profondes de la doctrine catholique; et une fois convertis, leur matérialisme, racine de tous leurs maux, serait à jamais vaincue. La Chine ne serait donc plus « frivole, fausse et palenne. » II est inévitable que Magalhães ait vu la Chine avec les yeux d’un missionnaire catholique, et cela est surtout vrai lorsqu’il donne son avis sur les religions et sur les idées religieuses des Chinois. Ses critiques du Taoisme et du Buddhisme montrent qu’il ignorait totalement la philosophie de ces deux écoles de pensée. Mais ses préjugés sont tellement évidents quon n'est pas abusé, car ses lecteurs d’aujourd’hui savent prendre, quand ils 1’abordent, les précautions nécessaires. Par ailleurs, il nous a laissé une image vivante de la Chine du XVIIC siècle. Excepté les quelques chapitres de la Nouvelle Relation de la Chine tirées directement des livres chinois, par exemple, ce qui concerne le système du gouvernement, le palais interdit et le nombre des temples, tout le reste provient d’expériences personnelles, de commerce quotidien avec les Chinois, de papotages entre voisins. C'est grâce à ces témoignages-là que ses rapports peuvent avoir un intérêt pour l’historien. 49 «... nos cortarão as esperanças, que no Príncipe menino, como em Príncipe Christão, tinha toda esta Christandade.» Jesuítas na Asia, 49-V- 14*8, fl. 233 v. 247
  • Les lettres de Magalhães sont remplies de petites phrases chi- noises, ce qui indique qu’il était pénétré de cette langue. II devait dailleurs parler assez couramment le chinois. Les expressions qu’il emploie dans ses lettres sont pour la plupart des expres¬ sions familières. Lorsqu’il traduit une phrase chinoise il a ten- dance à 1'expliquer plutôt qu’à la traduire. Dans son livre, Nou- velle Relation de la Chine, il consacre un chapitre entier aux lettres et à la langue chinoises. II y explique correctement la for- mation des mots et des phrases chinois. Mais il s’est trompé sur les tons pékinois. En effet, il a noté onze tons différents de po°°, alors qu’il n'y en a que quatre non aspirés et quatre aspirés. Il a écrit un « Traité de la langue chinoise » à 1’usage des missionnaires qui arrivaient en Chine81. Les livres qu'il écrivait en Chinois furent toujours corrigés par des Chinois, comme ce fut le cas, d’ailleurs, pour tous les autres Pères qui écrivirent dans cette langue. Magalhães avait une grande admiration pour la lan¬ gue chinoise. Il ne cesse de la louer comme la langue la plus belle, la plus gracieuse, sachant exprimer les idées avec une clarté et une force merveilleuse. Mais quand il affirme que le chinois est plus facile à apprendre que le latin, le grec et les langues européennes, il montre beaucoup d’optimisme. C’est Magalhães qui a dit: « II est certain qu’une personne qui étudiera avec application et avec une bonne méthode, pourra dans un an fort bien entendre et parler la Langue Chinoise. »82 II semble ici qu’il exagère beaucoup ! Pour conclure, ajoutons ces quelques remarques. Les Jésuites en Chine, au milieu du XVII' siècle, travaillaient dans des con- ditions très difficiles. D'une part, il y avait eu le changement de dynastie qui avait abouti à la domination des étrangers mand- chous. Comme nous 1'avons vu, la division des puissances au Nord et au Sud de la Chine avait, dans une certaine mesure, divisé les Jésuites eux-mêmes, certains soutenant les Mandchous, d’autres les Chinois. Dautre part, le Portugal n’était plus à même de protéger les missions placées sous son patronage qui finirent par manquer d’argent. C’en était fini des beaux jours de la puissance portu- 50 Nouvelle Relation, p. 91. "> Voir Nouvelle Relation..., p. 91. 32 Ibid., p. 97. 248
  • gaise. C'étaient les Hollandais qui avaient alors la suprématie dans les mers du Sud, si bien qu’ils interceptaient souvent les lettres des missionnaires. La correspondance des Jésuites en souffrit donc beaucoup puisqu’une grande partie du courrier n’arriva jamais à destination. Lorsque tout allait pour le mieux, il fallait cinq ou six ans pour obtenir une réponse de Rome. Même à 1'intérieur de la Chine, les moyens de communication étaient bien précaires, étant donné l'éloignement entre la résidence des supérieurs et celles de ses subordonnés, étant donné aussi la guerre civile qui compliquaient les relations entre les diverses Provinces. L'absence d'une autorité suprême, capable de prendre rapidement sur place une décision définitive, avait provoqué et prolongé le désordre et la division parmi les Jésuites. En fin de compte, on peut dire que la Chine du XVIIC siècle n’était pas un pays facile à convertir. La doctrine chrétienne n’était pas compatible avec 1’orthodoxie confucéenne, base de la société chinoise. En Chine, il n’y avait pas de pouvoir spirituel pour contester celui de l’état. Aucune institution ou hiérarchie religieuse ne fut tolérée. Le culte religieux était affaire per- sonnelle. Les Jésuites furent acceptés en Chine parce qu’ils étaient en même temps astronomes, savants et techniciens. Mais il arrivera un moment ou le menace que fera peser le Catholicisme sur cet état confucéen éclipsera toute considération de leur utilité. D’ailleurs, même si les prêtres avaient réussi à implanter petit à petit le christianisme en Chine en s’adaptant à toutes les coutumes, traditions, moeurs et pensées de ce pays, ce com- promis leur aurait couté cher, le risque était grand, en effet, d'aboutir à une sorte de syncrétisme, rendant leur religion plus enchinoisée que la Chine christianisée. 249
  • .
  • DEUXIEME PARTIE QUELQUES MANUSCRITS IMPORTANTS DU P. GABRIEL DE MAGALHÃES
  • Les manuscrits que je présente ne sont pas annotés mais j’espère pouvoir le faire dans un avenir proche. Je tiens à faire remarquer que les quelques lettres reproduites ici ne représentent qu’une partie des écrits du Père Magalhães. Si je les ai spécialement choisies, c’est parce qu'elles offrent un intérêt particulier et peuvent être appreciées tels qucls. Pour rendre plus aisée la lecture de ces manuscrits, j'ai procédé à quelques changements. D’abord, j’ai modifié quelque peu la ponctuation, ajoutant ou supprimant des virgules ou des point-virgules selon le cas. J’ai également développé les abréviations sauf pour les titres, VR. (Vossa Reverência) par exemple, que j’ai laissés sous cette forme. J’ai supprimé les majuscules abusives qui ne pouvaient que gêner le lecteur. Enfin, j'ai replacé les tildes des diphtongues nasales sur la première lettre au lieu de la laisser sur la seconde. Ainsi « relaçaõ » est devenu « relação ». Pour les mots chinois qui se trouvent dans les manuscrits, j’ai pris la liberté d’ajouter les caractères chinois en marge.
  • 1 RELAÇÃO DO QUE SOCEDEO NA CORTE DE PEKIM AO PADRE FURTADO, SUPERIOR DO NORTE E AOS PADRES LUIS BUGLIO ET GABRIEL DE MAGALHÃES DOS 20 DE FEVEREIRO DE 1648 TE OS 25 DE OUTUBRO DE 1649 [ Jap-Sin 142, n° 20 ] Ao Padre Miguel de Azevedo Visitador das Províncias de Japão et China : Depois de sinco annos de trabalhos, et perigos, que VR. veria nas Relações passadas; chegamos aos 20 de Fevereiro de 1648 a esta Corte de Pe Kim et cudando chegávamos ja ao fim e porto dezejado, nos acha¬ mos ainda ao alto e no maior aperto et rigor de nova tormenta a qual, quanto menos esperada, tanto mais trouxe de afflicção, e porisso mais perigosa, porque aquelle que por caridade et justiça a devia evitar, con¬ tra justiça et caridade foy causa delia. Confesso que nas Relações passa¬ das contei a VR. nossos trabalhos com gosto, pois estes per estranhos, et por amor do Senhor padecidos, he gosto, et allegria contallos. Mas nesta o faço mais com dor et afflicção que com vontade, e mais por satisfazer a vontade do Superior et minha obrigação, que dezejo de con¬ tar riscos et transes que contados servem mais de affligir que alliviar. E a rezão desta novidade et sentimento he, que: Filii Matris mea pugna- verunt contra me. Hum irmão nosso, filho da mesma may, a Companhia, europeo, sacerdote, religioso, professo e 4 votos, pregador da Ley de Deus, o bom Padre João Adão, sem caridade, sem justiça, et sem nenhuma humanidade, primeiro com embustes, mascara de piedade, et soccolor de acudir ao bem da Christandade, et Companhia, e depois deixada a car¬ ranca et persona que fingia, abertamente, com tantas sem rezões, per- siguio em tal extremo a seus Irmãos, que alem de os negar por taes, et não os querer admittir em caza, lhe fez per vezes, gastando para isso prata, por rigorosas vigias, per via de gentios, et idolatras; e pellos mesmos, dando para isso grossas peitas, chegou a deitar com tanta des- 253
  • honra sua, descrédito da Ley de Deus, et escandalo dos Christãos, et gen¬ tios, o Padre Furtado, seu Superior da caza et Igreja desta Corte. Pera maior noticia do que avemos de dizer, bem he a tenha VR. de algumas cousas que forão disposição et causa do miserável estado, a que este Padre tem chegado. Depois que este Padre entrou na China, sempre deu trabalho aos Superiores, et estes sempre o vigiarão, do que ha muitos exemplos; mas eu só porei aqui hum, que serve mais a nosso intento. Quando o Padre João Adão foy chamado a Pe Kim pello Doutor Paulo, per ser repentina a chamada, não pode o Padre Manuel Dias, que então era Vice Provincial, impedir sua vinda, posto que mandou com muita pressa ordem a Pe Kim ao Padre Nicolao Longobardo, que ainda que o Padre Adão tivesse chegado a esta Corte, que logo a vista daquella ordem, sem mais apellação, nem detença, o tornasse a mandar para a Provincia de Xen si, donde viera. Porem o Doutor Paulo, Padre Longobardo, et Jacome Rho intercederão por elle, ficando por seus fiadores, et assi, posto que forçado, veyo o Padre Vice provincial em sua ficada nesta Corte. Exemplo que assas nos mostra quanto os súbditos ão de deixar livre vontade aos Superiores, que sempre obrão movidos pello spirito santo. Porque se este Padre então não ficara nesta caza, por ventura, que des- cuberto, pello tempo, mais seu ruim proceder, nunca a ella viera, nem chegara ao estado a que chegou. Daqui pode VR. collegir qual elle seria naquelles tempos; pois he certo que quando os Superiores tal ordenão de hum súbdito, que ha muita rezão de assi ordenarem e fazerem, e as historias que se contão do que elle naquella caza et Provincia fez, davão boa matéria et funda¬ mento as cautellas et vigias que sobre elle ja então os superiores punhão. Do como se elle ouve nesta de Pe Kim, em quanto súbdito, boa testemu- ii. 2 v nha são os superiores et os muitos e bem logrados annos || do Padre Nicolao Longobardo, que per tantos soffreo suas impertinências et ruim proceder; et qual este fosse, pode VR. conhecer de hum só exemplo que apontarei, não referido per outros, mas pello mesmo Padre Adão. Fazia eu (contou o Padre Adão) relogios, oculos et canuchales [?], et este Lao teu 9U [±5], isto he, velhorro (fallava do Padre Longobardo) tomava o preço delles, et não me queria dar hum tael para comprar marfim. Mas eu fiz huns oculos, et vendidos as escondidas, et o procedido delles metti num tijolo debaixo dos pés da meza, et dali pouco a pouco fuy repar¬ tindo a prata aos bichos de caza sem que o velhorro o soubesse. Desta et de outras causas que averia, parece naceo o prohibirem os superiores, que não lhe entrassem moços de pouca idade no seu cubículo. Et o tratar o Padre Manuel Dias Vizitador, et outros superiores per muitas vezes de tirarem este Padre desta Corte, o que não teve effeito, a falta de sojeito que pudesse ter cudado da Mathematica. Depois de feito superior desta residência, senhor de muitos brincos de grande preço, que nella estão, da caza et vargens que o Rey deu. E fora já de olhos que o vigiavão, largou a redea ao natural, que antes escondia, mais por medo que per dezejo que tivesse de se vencer. E assi chegou a ficar todo feito, como dizem, a sua vontade, desobedecendo em muitas cousas, e estas graves et de consideração aos superiores. Pello que 254
  • o Padre Francisco Furtado, que então era Vice Provincial do Norte, tratou de o tirar desta Corte, e por outro Padre, mas as revoltas do Império, que logo socederão, não pode effeituar o que dezejava. Neste meyo tempo, socedeo matarem os ladrões o Rey natural, e faze- rense os Tartaros senhores desta Corte, dando ao Padre João Adão, ou procurando elle o officio e mandarinado, que agora tem, sem ordem, nem beneplácito dos superiores; antes contra o beneplácito e ordem destes, deu memoriaes ao Rey, e gastou prata nos Tribunaes para aver de subir a maiores dignidades, que alcansou, et ainda agora pretende e procura alcansar. Pouco antes de os Tartaros tomarem a China, recebeo em caza hum moço de pouca idade que foy, et he, a total ruina deste bom Padre, e causa de muitos males; de quem se dizem tantos, et em matéria tão feya, quanto VR. poderá ver nas informações que desta Corte forão ao Padre Manuel Dias, Vice Provincial, que sem duvida as terá ja inviadas a VR. Estribado em seu avesso natural, et na má companhia deste moço, não soffria a boa dos Padres seus companheiros. E assi pouco aturavão com elle os que os superiores lhe punhão, assi porque estes não podia soffrer a leberdade [sic] de seu ruim proceder, et os ruins custumes de seu moço, como porque este Padre com suas subdolas e affeitadas rezões persuadia aos superiores que lhe não estava bem tal et tal companheiro; e a verdade era, que não queria testemunha de suas faltas, o que bem mostrou mandando daqui o Padre Joseph de Almeida, forçando e virando a este effeito a ordem do superior, só porque já o Padre começava a abrir os olhos, e conhecer de suas faltas e maldades de seu moço, o que bem mostrou não nos querendo em caza, e deitando delia o seu supe¬ rior, como adiante se dirá; o que em fim claramente mostrou, escrevendo ao Padre Vice Provincial, Manuel Dias, que não lhe mandasse compa¬ nheiro, porque não tinha delle necessidade. E depois de deitado o supe¬ rior de caza, lhe mandou dizer, entre outros desatinos, que nem o Padre superior, nem o Padre Vice Provincial tratassem se lhe mandar compa¬ nheiro, porque o não avia de admittir em caza. Nem os companheiros são de muito fruto, pois elle os amarra, vigia, e poem de cerco de tal sorte, que não são senhores de fallarem com hum Christão, o que adiante ficará mais claro, quando fallarmos do inaudito, baixo, et insoffrivel trato que fez aos Padres Superiores, et Nicolao Longobardo. Calavão os superiores, et não castigavão, por não poderem mais suas faltas. Et elle publicava os progressos que fazia, e mais do que fazia na Mathematica e outras cousas pella Província; e os Padres cudando era elle o que devia, et conforme ao que de si escrevia, lhe respondião com euge, euge, que elle recolhia, et quanto mais lhe vinhão, tanto mais deze¬ java, sem nunca se dar por satisfeito. Com o que chegou a tanta pre- sumpsão de si, e a tão refinada soberba, origem de todos os males, quanto em breve se não pode explicar. Et para não enfadar, e magoar a VR. com o sceno, et multidão das faltas e crimes deste pobre Padre, só porei aqui || os pontos em geral, que os Padre Francisco Furtado, 3 superior do Norte, tinha apparelhados para lhe dar, para que elle visse o em que errava, e o de que se devia emendar. Porem sua muita paixão não esperou que o Padre superior lhos desse, pois em vendo os que lhe 255
  • deu acerca de seu officio, logo pos em execução o danado animo que, muito avia, tinha de o deitar fora de caza. Nelles verá VR. qual he o estado, e miséria a que tem chegado este Padre, que eu só nesta tratarei do que elle contra o Padre superior, e contra nos disse, e obrou, deixando o mais a consideração de VR., que tudo pode arguir destes apontamentos. Apontamentos que o Padre Francisco Furtado, superior do Norte, per ordem do Padre Manuel Dias, Vice Provincial, tinha apparelhados para dar ao Padre João Adão. Das cousas abaixo escritas aviso a VR., assi por satisfazer a minha obrigação, como por assi mo ordenar o Padre Vice Provincial; só atten- dendo elle e eu a honra et serviço de Deus, et da Companhia, bem de nossas almas et da Missão. O qual avizo, peço a VR. lea com animo quieto et desapaixonado. 1. He VR. notado de demasiado em gastos, assi no vestir de sua pes¬ soa, saindo de caza a vizitar hospedes com vestidos de dragões etc. como no ornato de sua caza. E muito mais nos gastos que tem feitos tão extraordinários na horta, comprando flores et arvorinhas muito custozas em tempo que os Padres morrem de fome na Missão. Não sabe VR. que de huma linha mal gastada ha de dar conta a Deus ? Mas não he isto tanto (com ser muito) de notar, quanto o pouco affeito et spirito de pobreza que VR. tem, e seu fallar et obras mostrão. Pois veja VR. não caya no erro de proprietário. Pois o ser proprietário consiste em hum religioso fazer e dispor à sua vontade de tudo o que tem, sem ordem, et dependencia do superior. O que bem se vé, pois não são os superiores senhores de dispor da prata, fazendas, et cousas desta caza, nem VR. dá conta dos gastos delia. Vesse mais em VR. dizer mui¬ tas vezes que nada he da Companhia, mas que tudo he seu, e acquerido por seus trabalhos et suores, não se lembrando dos que tiverão os mais Padres, que nesta caza trabalharão. E quando só VR. trabalhasse, aviasse de lembrar que: quidquod monachus acquerit, monasterio acquirit. 2. Na castidade basta o que ouvimos para a Companhia, et supe¬ riores avizarem a VR. que tire a occasião de tão grande infamia et labeo, que VR. poem na pureza da Companhia, e limpeza que deve professar hum sacerdote pregador da santa Ley. Pello que primoquoque tempore deite VR. et despida de caza o moço cin hiao, para que não seja causa de tanto mal, e de outros muitos, que agora não aponto. O qual se attre- veo a dizer per duas vezes a VR. que VR. já o não queria, pois tinha outro em que punha os olhos, et empregava sua affeição. As palavras, perque se explicou, VR. as sabe, e me não attrevo a por aqui. Pois se o moço publicamente disse estas palavras, que quer VR. digão os outros ? VR. mesmo confessou, sabia que os de fora dizião que este moço era muen çu, isto he, moço de ruim uzo de VR. Mais, disse VR. que temia que se o deitasse da Igreja, iria o moço fallar hu xua [±5], isto he, des¬ propósitos, pellas cazas dos Régulos. Lembresse VR. do feito e dito do gentio Emperador, que livre em juizo sua molher da calumnia de adul¬ tera que lhe impunhão, com tudo lhe deu libello de repudio e a deitou 256
  • do Passo, dizendo: A domo Céesaris non solum crimen, sed criminis sus- picionem abesse debere. Pois se hum gentio queria sua caza tão limpa, quanta limpeza requere a caza de Deus ? Dá VR. mais escandalo nesta matéria, mostrando em caza, e man¬ dando mostrar per seu criado aos de fora figuras deshonestas. E fallando nesta matéria taes, tão feyas e tão continuas palavras, que nem hum secular se attreverá a vomitalas, quanto mais hum religioso de tanta idade, autoridade, et professo na Companhia, e mandando cantar cantigas pouco honestas diante de VR. com escandalo dos Christãos. 3. Quanto a obediência, não quero apontar a VR. cazos, só lhe peço metta a mão na || consciência, e se faça juiz de si proprio, e achará fi. 3 v assas que julgar e de se emendar. Mais lhe peço não se arrisque a cahir no peccado de Desobediente, e refractario, que consiste em hum religioso fazer o que quer, e como quer, sem pedir ordem, nem ouvir a ordem dos superiores. E saiba VR., que tem chegado a tal estado, que não se attrevem os superiores a ordenar a VR. o que lhe convém a esta caza e Christandade, pois ja se lhe ordenarão muitas, a que não só não obedeceo, mas se queixou com palavras bem pezadas e mal soantes com os de fora. 4. E como quer que VR. falte tanto na substancia da Religião, que são os votos, não parece VR. religioso, mas secular. Considere VR. seu trato, seu modo, seu fallar, et suas pretenções de subir a maiores dignidades, do que não fallo aqui por já o ter feito nos apontamentos do officio. Bem vé VR. não está com a humildade religiosa fazerse pintar em vida, por e pendurar suas imagens na sala. 5. He VR. notado de spirito de soberba, et dos erros que delia nacem, que são desprezo dos outros Padres, et muita estimação de si, do que ha muitos exemplos, mas só aponto hum. Tirou VR. de muitos livros os nomes dos outros Padres, deixando só o de VR. No que VR. também mostrou spirito de inveja, de que também he muito notado. 6. He VR. notado de furioso, assi no fallar, como nos meneyos e gestos. 7. He VR. notado de vingativo, do que ha muitos exemplos. 8. He VR. muito desattentado em chamar nomes muito feyos, assi aos Christãos, como aos gentios, em prezença et auzencia. E em fallar do mesmo Rey com risco de se fazer mal a si et a toda a Missão. 9. Mostra VR. não ter a intensão recta no obrar, pois diz que quanto faz, he por dous fins: Mim, Li [±5], isto he, honra e proveito. 10. He VR. notado de homem de dous rostos, para prova do que ha muitos exemplos e historias. Indigna cousa certo da simplicidade reli¬ giosa e estimação europea. 11. He VR. notado de pouco attentado no fallar de seus Padres e Irmãos. 12. Muito mais he notado de livre no fallar de seus superiores, e dos Padres velhos desta Missão, dizendo que são todos huns velhos velhacos, e de dous em particular, que erão velhos de Susana. Veja VR. que são palavras estas muito indignas de quem todos os dias celebra et recebe o Senhor em sua boca e peito. 13. Também se nota e tem apanhado a VR. em muitas mentiras, do que não faltão poucos exemplos et em matérias de importância. 257 17
  • fl. 4 m t 14. He VR. notado de cubiçoso e avarento, em particular para com seus Padres e Irmãos. 15. He VR. notado de largar palavras desattentadas e mal soantes em matéria de religião. 16. Alem do que ja disse nos apontamentos do officio, he VR. notado, que sem ser obrigado por rezão do officio, levanta figuras et dá outras repostas em que se mette a julgar e adivinhar successos que dependem do livre alvidrio. Cousa tão repugnante aos sacros cânones, e tão alhea do estado religioso. 17. He VR. notado de muitos banquetes, os quaes, ainda que se não prohibem, estranhasse a demasia. Notasse exceder VR. algumas vezes nelles no beber, e assentarse nelles com molheres ruins e receber delias vinho. Estranhasse também fazellos VR. per seu sem ge [±?], isto he, no dia de seu nacimento, e tantos como fez este anno com autos e musicas. E muito mais fazer comeres e beberes té alta noite, deixando a este effeito os de fora dormir em caza, com não pequeno escandalo dos que o souberão. Solicita cin hiao com consentimento de VR. os mandarins de Kin Tien Kien [±5], para que sayão com prata para fazer o dia do nacimento de VR. E com o mesmo consentimento || de VR. fazem, e celebrão os mesmos mandarins o nacimento de cin hiao, do que todos se queixão. 19. Considere VR., que na administração de seu officio faz taes cou¬ sas, que se o Rey as souber, arrisca VR. muito sua honra et ainda sua vida. 20. Não tem VR. cudado da Christandade, do que ha gravíssimo escan¬ dalo nos Chistãos; maxime dizendo VR.: Pera que ha cansar ? Assi como assi não são Christãos, levar boa vida, pa leao [±5]. E do mao tratamento que cin hiao fez assi aos Christãos, como aos gentios, naceo morrerem alguns sem bautismo et confissão, dizendo cin hiao aos que pedião os sacramentos: O Padre está occupado. O Padre está bebendo em ban¬ quete. Daqui vem mais, serem tão poucos os que vem buscar a santa Ley, pois há queixas que na Igreja os mais ricos e bem vestidos são admittidos, e que os pobres e malvestidos, não. Pello que muitos Chris¬ tãos dizem: Melhor nos he rezar em caza, e assi o fazem. E os gentios : Porque o Padre já não he como di antes, e seu criado muito peyor, e assi que avemos de ir fazer à Igreja ? 21. He VR. notado de contar historias ruins que causão escandalo, principalmente de Europa. E o mal he que se nota as conta VR. para capear e colorar suas faltas e as maldades de seu moço. 22. Pellas continuas matinadas, pesquizas, e mexericos de VR. com os Christãos et moços de caza, he falia comua entre os Christãos: Tam pu xi tien chu tam leao [±5*], xi xi fi chi tam [±ç4], isto he, a Igreja já não he Igreja, mas taverna de murmurações. 23. Não podem dous homens, ou sejão Christãos, ou moços nesta caza fallar sós, que não sejão accusados a RV. e logo reprehendidos de fallarem e murmurarem de VR. Ha logo matéria de murmuração, pois V.R. tanto se teme ? 24. Poem VR. espias as portas dos Padres, et muitas vezes per si mesmo escuta, para ouvir o que se falia de VR. e suas cousas. E o que he mais de sentir, que poem as mesmas espias, e per si mesmo muitas 258
  • vezes se poem de traz das portas, cantos, e janellas a espreitar e escutar os que vem fallar com o superior. E se VR. sabe que algum Christão vem fallar com os Padres ou superior, logo o reprehende com palavras bem escandalosas. Daqui nace não se atreverem os Christãos a vir ao cubículo dos Padres, nem do superior, ou se vem alguma vez, he as furtadelas, e se fallão alguma palavra, he em voz baixa, et mais por acenos que exprimindo palavras. E logo se voltão, dizendo baixamente a causa de se não deterem. Cousa certo assas escandalosa aos de fora, et molesta para os que vivem nesta caza. 25. Pello grande escandalo que ha entre os Christãos et gentios da vida e proceder de VR., não faltou quem dicesse: Lao Tam xi tien chu kiao [±5'] ti çui gin [s=s *], isto he, o Padre João Adão he o primeiro que §j[ não guarda a Ley de Deus. E eu com meus ouvidos ouvi dizer a hum óíjfp / Christão diante de alguns outros : 0 Padre João Adão, que nos devia guiar e levar ao Ceo, nos impurra para o Inferno. 26. Impedio VR., abrio et leo cartas que ião dos súbditos para o superior. Caso tão grave na Companhia. 27. Impedio VR. o recurso dos súbditos para com o superior, et a communicação do superior para com os súbditos. 28. He publica voz e fama entre Christãos et gentios, et ainda man¬ darins, que VR. não só não procura a Uberdade dos dous Padres, que estão na Hospedaria Real, mas que a impedio per muitas vias. Como foy procurar no Tribunal dos Ritos e Cortezias que puzessem guardas aos ditos Padres. E de tudo ha muitas provas. Mas a mim só me basta dizer VR. a hum Padre dos que vierão a esta Corte, que ainda que os Tartaros quizessem por os ditos Padres em caza, que VR. os não avia de aceitar, e a outro Padre: que avia VR. de procurar com que fechassem et pren¬ dessem mais aos ditos Padres do que estão. Bastame mais dizer VR. a muitos Christãos e gentios que os Padres forão Kiun su [±=f], isto he, Mestres de Campo daquelle tyranno. E aos moços de Macao em Português, que os Padres forão Mestres de Campo daquelle Ladrão, || o que he fi. 4» testemunho tão falso et tão gravíssima offensa de Deus. 29. Por eu procurar a liberdade dos Padres, fez VR., dando para isso peitas com o Siu ti, mandarim pequeno das Cortezias, que me cha¬ masse ao Tribunal com tanta afronta minha, et da Companhia, procurando de me deitar fora desta Corte, expondo nisto a grande perigo toda a Missão, negoceando este ponto, e o procurar por vigias aos Padres com o upo Yam, et com o mandarim de VR., gentio de familia Tu. Sendo o corretor destes caminhos infemaes Cin hiao. Pondere VR. a graveza desta acção, et veja a quanto se arrisca se os superiores maiores a souberem. E advirta quanto pejo, quanta infamia se segue a VR., et a toda a Companhia, se em Macao, índia et Europa se publicar tão injusta et iniqua pretenção. Porem Deus que sempre favorece a Justiça, permittio que não viessem a effeito dezejos tão fora de caminho, parece para deixar a VR. lugar a se emendar. Pello que meu Padre amantíssimo, approveitasse VR. da occa- sião: dé volta, torne ao caminho et estrada real da verdade et virtude que ainda está a tempo de emenda, e de se poder tudo abafar. Nem dé VR. occasião a se dizer: que se fia VR. no tempo. Pois he certo o rifão 259
  • fl. 5 que diz: Deos não poem tempo em mudar tempo. E assi não perderá VR. seu credito, nem arriscará o da Companhia, nem o bem e progresso desta Missão. De cada hum destes pontos se referem, et ha muitos exem¬ plos, que por justas causas não aponto. Atequi os apontamentos. Alguns dias antes que partissimos de Sigan fu para esta Corte, escre- veo o Padre Francisco Furtado, que então era Vice Provincial, ao Padre João Adão, que tanto que os Tartaros nos despachassem, logo mandasse ao Padre Luis Buglio para Nan Kim, para ter cudado daquella caza et Christandade que estava sem Padre, et a mim me tomasse por seu com¬ panheiro. Desta ordem collegio que lhe querião os superiores pór compa¬ nheiro et olheiro que elle tanto repugnava. E como ja estava per suas muitas faltas disposto a insolências, ficou obstinado em nos não querer receber em caza, que chegou a fazer o que adiante se dirá. O que supposto, vamos ao intento de nossa narração. Chegamos pois, como dizia, com sinco annos ja de tribulações, et cati¬ veiro a esta Corte, e logo fomos agazalhados no Li pu, que he Tribunal et passo do Supremo mandarim das cortezias. Lugar onde se recebem todos os hospedes de respeito, assi naturaes do mesmo Reyno como estrangeiros, onde estamos substentados et tratados com muita liberali¬ dade et cortezia. Ao outro dia de nossa chegada, ordenou o Padre João Adão a todos os Christãos que nenhum nos viesse vizitar, dando por rezão que nosso negocio estava muito mal parado, et logo despachou hum dellcs, que nos viesse dizer, como veyo, que de nenhum modo dicessemos que éramos seus irmãos, nem cousa sua. Ficamos assombrados da embaixada, pois não viamos rezão de o Padre assi se alienar de nos, nem sabíamos ainda seu intento que era de nos não querer em caza; nem podíamos ter noticia do sogeito. Demos com tudo graças a nosso Senhor por tão bons princípios de hospedagem que neste bom Padre achamos. Mandounos mais dizer, que logo no dia de antes em que chegáramos, viera para nos vizitar, mas que na rua pouco longe do Passo em que estavamos, encon¬ trara hum mandarim seu amigo que lhe dissera que de nenhum modo nos viesse vizitar, porque se arriscava, pois nosso negocio não estava bem parado. Muito mais novos e confuzos ficamos com esta embaixada, por¬ que a boa consciência que tínhamos, et o bom tratamento que os Tar¬ taros nos fazião, per huma parte nos asseguravão, et per outra o recado que o Padre Adão nos mandou, nos fazia temer et arrecear, te que pas¬ sados alguns dias, quando ja começávamos a duvidar do Padre João Adão, et a saber dos males et falsos que de nos dizia, perguntamos a hum moço de caza, se no dia em que chegamos a esta Corte, sahira o Padre João Adão fora de caza, et se viera para nos vizitar ? Respondeo, nesse dia, posto que o Padre Adão || mandou seu moço cin hiao (como na verdade mandou) ver onde VsRs. se agazalhavão, não sahio fora de caza. Esta foy a primeira mentira em que na matéria de nossa liberdade o apanhamos. Naquelles dias vinhão muitos mandarins do mesmo Tribunal em que estavamos vizitarnos, et todos nos perguntavão se viera já o Padre Adão vemos ! E outros estranhavão como elle ja não tinha vindo, ao que nos 260
  • ficavamos calados, ou mudavamos a pratica, pois não tínhamos que res¬ ponder, affligindonos de cada vez mais, pois viamos que o Padre se afas¬ tava de nos, et não viamos a causa de tão desuzada alienação. Entre estes vinha sempre pella tarde passalla com nosco hum mancebo, grande mandarim, o que, como per suas espias soubesse o Padre João Adão, mandou per hum de seus officiaes gentios dizerlhe: (era elle conhecido do Padre) quem vos mette com aquelles dous homens ? Não vos vem bem ir fallar com elles com tanta familiaridade. O que ouvindo o mancebo, deixou de nos ir mais vizitar. E com rezão, pois podia mui bem discor¬ rer: se hum seu mesmo natural (quando não soubesse outra rezão de nossa obrigação et liança) me avise que não trate com elles, devem ser homens de ruim sospeita e peiores obras. Logo no primeiro dia em que chegamos a esta Corte, et nos seguintes, começou o Padre Adão a descobrir o veneno que tinha escondido, posto que com capa et soccolor de acudir ao bem commum, dizendo aos Chris- tãos mil mentiras et falsos de nos, vg. que foramos mestres do reyno daquelle ladrão. Mas vendo depois, et sabendo que o nome fora honroso et conveniente, assi a letrados estrangeiros como a pregadores da Ley de Deus, com grande payxão começou a aquivocar nos nomes chinas de que su [±5'], que he o mesmo que mestre do reyno, et de kiun su [±=s 2], que he o mesmo que mestre de campo, ou apozentador de campos et exercitos, mas com este addito de mais, que per via de arte supersticiosa, estes kiun su, isto he, mestres de campo chinas, dizem quando et como convém dar batalha, qual dia et a que hora, et que capitão convém ir na retaguarda ett. Este officio, dizia o Padre Adão a seus mandarins, a Tár¬ taros, a gentios et Christãos, fizéramos nos, estando com aquelle ladrão. Levantou et disse mais aos Christãos, que nos com medo daquelle tyranno, queimáramos os breviários, imagens santas et missal. E a hum que he o melhor desta Christandade, que se vinha vemos et ouvir nossa missa, que fan kiao [s=?], isto he, que ficaria herege. Donde se segue que nos chamou hereges, como bem se ve. Duvidavão, et se escandalizavão ao principio os Christãos de nos, pello que ouvião ao Padre Adão, porem depois que conhecerão a paixão, não ouve nenhum que não ficasse certo da verdade, et nos não viesse vizitar, edificandosse et consolandosse muito com nosco. Começarão alguns a vir 15 dias pouco mais ou menos depois de nossa chegada, pellos quaes, pellos moços de caza, et per Antonio Fer- nandez estudante, soubemos o que elle de nos et contra nos et mais Padres dizia. Posto que grandemente o estranhamos, não nos persuadindo a que nacesse tanta sem rezão das entranhas et intento a que aspirava, de commum consentimento, lhe escrevi hum chito em que lhe davamos rezão aos males que dizia et imposturas que nos punha. E pediamos, ou nos queixávamos, porque nos não vinha vizitar, pois não avia rezão de o não fazer, et muito menos de dizer tantos males sem verdade et sem rezão de seus irmãos, devendo encubrilos quando os ouvesse. Porem elle das rezões que lhe apontamos, que devia ouvir, fez peçonha et con- cebeo de nos tal odio, principalmente de mim, que fiz o escrito, quanto suas palavras et obras depois mostrarão, e eu não posso explicar, lar- gandosse em todo o genero de impropérios contra nos, e continuando com ' ffl® 2 w® m. 261
  • os falsos e imposturas. Humas vezes dizia, fizéramos mal em estar com aquelle tyranno, et que ouveramos antes de morrer. E respondendo lhe os Christãos: os Padres fizerão là muitos Christãos e muitos serviços a Deus, e quando o tempo e prudência o pedio, lhe pedirão licença para se voltarem, pello que tirou a pelle aos moços que servião na Igreja, e deu cem açoutes no estudante Antonio Fernandez, e mandava cortar a cabeça aos Padres. Tomava o Padre João Adão: quando isso fizerão foy tarde, e fora de tempo, devião de o fazer logo. Outras vezes, não lem- fi. s v brando do que tinha dito j| dizia : que bem mostráramos ser huns fracos, et para pouco, que se elle là estivera, avia de fazer aquelle tyranno Rey da China, e que se chegasse ao perigo a que chegou, avia de tomar hum mosquete et defendelo ate morrer, e não como nos, que foramos ingratos aos benefícios que nos tinha feito, fugindo e entregandonos aos Tartaros. Eu si, accrescentou, que tenho brios de Alemão, que conheço ao Tartaro por meu Rey et meu Senhor. O qual não só se me mandar, mas ainda que me não mande, se ouver occasião, ei de morrer por elle. E a este tom outros muitos despropositos em que só mostrava a paixão et dezejo que tinha de per facta, et infacta se afastar de nos. Neste meyo tempo foy o Padre Luis Buglio a caza, para lhe fallar, et o informar do que passava. Sabendo que o Padre chegara, começou a gritar et a fazer mil gestos et meneyos furiosos, dizendo que o Padre quebrava as Leys do Reyno, et assi ordenou a seu criado, dizendo: delhe de comer, et mandao embora, que eu não me quero ver com elle, o que ouvindo o Padre Buglio, se foy saindo para fora; mas elle deu ordem a seu criado, que encaminhasse o Padre pella porta do seu cubículo, para que como a cazo, et não de proposito o visse. Assi se fez, et foy tão soberbo et desabrido o gazalhado, com que recebeo hum religioso de tanta virtude, que vinha de tão longe, et com tantos trabalhos padecidos por amor de Deus et Companhia, que o Padre com não menos humildade et paciência que preça et desconsolação se sahio, et veyo para a Hospedaria Real, como attonito de ver tão deshumana, et nunca uzada acção na Com¬ panhia. Dizer o Padre Adão que o Padre Luis Buglio quebrava as Leys do Reyno foy insolência sua, nem o podia dizer de outra cousa senão porque o Padre fora a caza contra a ordem et prohibição, que elle dizia, nos tínhamos do Rey, de não irmos a caza et Igreja, o que era paixão sua et falso que levantou, pois nunca nem per sombras tal nos prohibirão. Mas para que VR. saiba quanto elle despreza as ordens santas da Com¬ panhia, et estima as Leys de hum gentio, de quem se professa por vassallo e servidor, quero contar aqui a VR., ainda que seja fora de meu intento, o que passou nesta matéria com Antonio estudante. Ordenou o Padre João Adão que nenhum dos de caza nomeasse ao Padre Vice Provincial por 1 Lao ye [íz?1] (titulo a modo china, que se dá ao Padre Vice Provincial 2 para distinção dos mais Padres, que se chamão somente per ye [±52], como he custume et ordem da Missão) mas que só a elle, Padre Adão, chamassem Lao ye, pois alem de em sua caza não aver outro maior que elle, era mandarim do Rey, a quem só se devia o tal titulo. Soccdeo pois, que hum dia Antonio Fernandez estudante nomeou por ta lao ye ao Padre Vice Provincial diante do Padre Adão, o qual muito enfadado lhe disse: 262
  • e bem, como vos attreveis a chamar assi em minha presença a outro ? Respondeo o estudante: porque assi he custume da Missão, et ordem dos superiores. Tomou o Padre João Adão: qual he maior ordem, et qual se deve guardar, a da Companhia, ou a do Rey ? Pois sabei que aqui se ha de guardar a do Rey, pois eu sou seu mandarim, et só a mim me ão de chamar ta lao ye. Ex aqui, meu PadreVizitador, a humildade ou souberba do Padre Adão, e as Leys do reyno de que elle se queixa nos quebramos. Per vezes lhe mandamos pedir o necessário para dizermos Missa no lugar onde estavamos, mas elle não só os não quis dar per muitos mezes, mas ainda affirmou que nem os xim hao [iç1], isto he, os nomes de Jesus et Maria, nem o chen li tan [s=p2], isto he, a taboada, ou kalendario dos santos, nos queria dar; e accrescentou que se no seu Tribunal rezasse e dicesse Missa, o avia de prohibir. E assi perdemos per sinco mezes o santo sacrifício et consolação da Missa, e sendo assi que a pudéramos naquelle Tribunal celebrar, como nesta Hospedaria Real agora celebramos com edificação dos mandarins e de todos os que os sabem. Vendo que elle nos não queria dar o necessário para dizer Missa, determinamos de ir dizella a caza, pello menos aos dias de festa. Assi o fizemos, indo ora hum, ora outro, ora ambos. O que elle levando mal, procurou primeiro com car¬ ranca que nos fazia, e ainda descortezias, afastamos daquelle intento, porem nos não fazendo cazo de suas sem rezões, continuamos, e fomos celebrar por espaço de hum mez, teque elle não podendo mais soffrer que nos fossemos || et viessemos, mandou, ou enganou a santa et antiga innocencia do Padre Longobardo que nos escrevesse hum escrito em que nos ordenava que não fossemos mais a caza. As rezões que dava (que todas forão suggeridas pello Padre Adão, como depois o Padre Longo¬ bardo confessou) todas erão injustas et mentirosas. Com tudo obedece¬ mos, et ficamos privados do santo sacrifício e consolação que tinhamos em o celebrar, e de quando em quando nos irmos consolar com nossos Padres e Irmãos. Logo em chegando a esta Corte, por no caminho me ter desapparecido hum chen tião [±5], isto he, lambei, lhe mandei pedir alguma cousa em que de noyte me encostasse, pois não podia dormir em terra, por estar ainda doente com febre et os pés inchados. Respondeo que quem tanto tempo dormira sem lambei, dormisse também agora sem elle; posto que passados 8 dias o mandou. No primeiro verão que aqui estivemos, lhe pedimos de esmola humas cabayas interiores. Respondeo: estamos aqui no Cotto [?] ? Mandeilhe pedir mandasse consertar hum barrette que me dera o Rey. Respondeo diante de hum seu mandarim seca et desabrida¬ mente : quem lho deu, que lho conserte. Pedio lhe o Padre Luis Buglio que lhe mandasse consertar huma cabaya. Respondeo: que pedíssemos estas cousas ao Rey, et aos Tartaros, pois dizíamos que elles nos tra- tavão bem. Pedilhe emprestada huma cabaya exterior, para ir vizitar o Regulo com que viera de Su chuen, não a quis emprestar. Pedia a hum Christão, que a emprestou com os olhos de alma et vontade liberal. Destas repostas nos dava muitas quando lhe mandavamos pedir alguma cousa, em que elle nos magoava tanto quanto mostrava estar frio no amor et caridade da Companhia. Ao principio posto que dava estas repostas, (I. 6 ttfis 263
  • dava com tudo o que se lhe pedia, mas depois que vio, perdia o feitio, como elle dizia, dava as repostas, et nâo as cousas. Porque dizia elle: eu davalhe estas cousas, cudando escrevessem elles bem de mim ao Sul, mas eu tenho alcansado que nada escrevem. Tão cego et voluntário et malacustumado estava este Padre nesta matéria, que procedendo do modo que procede, dizendo et fazendo contra nos tantas sem rezões, queria forçamos a que escrevessemos delle cartas de louvores. O que de boa vontade faríamos, se achássemos matéria de escrever. Dizia muitas vezes aos Christãos et seus mandarinetes, que com nosco não queria nada, que quando muito nos mandaria algumas cousas de comer (que ao principio mandava, pello fim, que ja disse) porque dizia elle, com os Padres quanto mais afastado, tanto melhor. E he accioma seu, que avendo de tratar com os Padres, melhor he tratar com os Chris¬ tãos, et com estes antes com os gentios. E que só avia de tratar de acudir a seu moço cin hiao, porque este só tratava de acudir a elle. Padre Adão. Bem o tem feito, pois pello não apartar de si, tem chegado a deitar seu superior fora de caza, et a outros desatinos que adiante se dirão. Quando lhe rogavamos nos pedisse para caza, pois os Tartaros nos não mandavão por não saberem a necessidade que avia entre nos. Res¬ pondia : quem há que não saiba o amor et necessidade que ha entre nos, todos sabem que somos irmãos et os mesmos mandarins o conhecem. Quando lhe pedíamos que nos viesse vizitar, respondia que não convinha, por não se manifestar por cousa nossa, porque se se manifestasse, arris¬ caria muito a Companhia et Missão. E nestas contradições era tão ordi¬ nário, quanto não he facil escrever. Nem nos era possível argumentarlhe com ellas, sob pena de sair em gritos et maiores insolências, como per muitas vezes experimentamos. Porque como elle não pretendia saber a verdade, mas encubrila, não podia soffrer que nella se lhe fallasse. Rogan- dolhe huma vez o Padre Buglio, que nos pedisse, porque logo os Tar¬ taros nos mandarião para caza. Respondeo: muitas sem rezoens mc tem feito os Tartaros, que muito he, me fação esta também; e assi se elles quizessem mandar a VsRs para caza, ja o terião feito. Temeose logo no principio que o Rey nos puzesse em caza, e assi começou a dizer, que se o Rey o quizesse fazer, que elle avia de ver como avia de ser, porque sua caza não era tronco. E como posso eu, accrescentava, compadecerme et recolher em minha caza homens que tanto mal me querem. Arguia elle que lhe queríamos mal porque lhe fallavamos as verdades, ou porque não o lizongeavamos, doença de que este pobre Padre está tão entrado, que não só não pode ouvir cousa que fi. 6» não seja || louvores seu, mas nem louvores dos outros, diante delle se podem referir. E a este fim, dizia aos Christãos, que nos mentíamos em dizer que padecêramos muito em quanto estivemos com aquelle tyranno, pois levaramos la muito boa vida; e que só depois de lhe pedirmos que nos queríamos ir, per espaço de hum mez, tivéramos algum trabalho, accrescentando que nos mentíamos em tudo, como os mais Padres, que todos fazem o quinto voto de mentir. Nem ha que espantar cudar ou dizer o Padre Adão da synceridade dos Padres esta mentira, pois não abre 264
  • boca que verdade falia; et he tal o conceito que nesta Corte tem, que nos envergonhamos muito, ouvindo o que os gentios et Christãos delle dizem nesta matéria. Poucos dias depois do Padre Buglio ter ido a Igreja, fuy eu também aprovar ventura. E como eu lhe dicesse o que convinha, ao outro dia, referindo a hum mandarim Christão o que eu de presença lhe dissera, et mandara dizer no escrito, de que acima fallei, accrescentou : se hum homem que nunca vos conheceo, nem vio, vos escrevesse hum chito de desafio, e a primeira vez que vos vio, vos desafiasse, que faríeis ? Pois sabei que o gan hoei çu [tç] he este. Chamoume per este nome em odio et desprezo, porque o meu sobre nome china he gan: do mesmo ouvera nesta Corte hum Mouro, que isso quer dizer a letra hoei. Desde aquelle dia, assi diante dos Christãos, como do estudante, me não nomeou per outro nome senão por gan hoei çu, isto he, o gan mouro; et per outros nomes tão ridículos et odiosos como este. Nem eu lhe estranho este et outros titulos com que me honra, quando me lembro que os Judeos cha¬ marão ao Senhor seductor et samaritano; nem os sinto tanto quanto senti dizer o mesmo Padre Adão diante de mim, que os Padres velhos desta Província erão huns velhos velhacos. E em presença das amaveis et veneráveis cans do Padre Longobardo, com furia et temeraria ousadia, dizer, que o mesmo Padre Longobardo et o Padre Superior Francisco Fur¬ tado erão dous velhos de Susana, e outras injurias et nomes afrontozos, de que ordinariamente serve a todos os Padres da Província. Tres ou quatro mezes, pouco mais ou menos, de chegarmos a esta Corte, tratarão os Tartaros de nos despachar, e como he custume seu, de mandarem para sua terra todos os estrangeiros, depois de os tratarem et honrarem per alguns mezes, assi nos quizerão fazer a nos, pretendendo fossemos outra vez para a Província de Suchuen, cudando ser aquelle nosso caminho. Porem respondendo nos, que não podíamos ir para nossa terra por aquella Província, et que nosso caminho era pella Kiam si, que então se rebellara, tratarão de nos por na Igreja. E a este fim foy fallar com o Padre João Adão hum Tartaro companheiro na dignidade do supremo mandarim das cortezias. O qual perguntou ao Padre Adão: se nos conhecia ? Respondeo, que não. Se éramos da mesma caza et do mesmo Reyno ? Respondeo que não, e seu criado que estava junto accrcs- centou: o meu Padre he de hum Reyno muito longe do desses homens. Concluyo o Padre Adão: esses homens eu não os conheço, porque eu ha trinta annos que estou na China, et elles entrarão ha pouco; eu estou nesta Corte, et elles vem agora de Su chuen. Em fim, nem elles me conhecem, nem eu a elles, nem tenho que fazer com elles. Passados alguns dias depois desta pratica, forão a Igreja tres mandarins chinas, supremos das cortezias (ha agora nesta Corte, em cada Tribunal, duas ordens de mandarins, huma de Tartaros, et outra de Chinas) e disserão ao Padre Adão: aquelles dous homens de Europa que estão agazalhados no nosso Tribunal são vossos Irmãos ? Respondeo o Padre Adão: como podem ser meus Irmãos, se hum he de sobre nome et familia Li, outro, gan, e eu tam ? alludindo ao custume china, que não ha dous Irmãos terem diversos sobre¬ nomes. Instarão os mandarins, como aquelles que sabião tudo muito bem. 265
  • Ainda que assi seja, chamayos para caza, e acabarse há tudo. Concluyo o Padre Adão: isso está na vontade do Rey. Como se o Rey lhe ouvesse de fazer força para nos meter em caza; ou elle a devia fazer, e pedir de merce ao Rey que nos mandasse para caza, ou pello menos não repugnar quando o Rey nos mandava. Não quero enfadar a VR., nem gastar papel «■ i em contar as mentiras e refolhos || que forjou sobre estas duas idas dos mandarins; como aquelle que lhe remordia a consciência, com que addebat peccata peccatis, et a nos affligia, vendo que não só nos negava, nem queria tão claramente, mas ainda fingia et levantava falsos et praticas, dizendo que os mandarins fallarão taes et taes cousas contra nos. Antes que soubéssemos o que tinha passado, perguntamos a hum letrado que tinha amigos no mesmo Passo das Cortezias: porque rezão tratando o Rey de nos por na Igreja, o não tinha feito ? Respondeonos: porque forão perguntar de vos ao Padre Adão, et acharão nelle cha kia pjggç hoa [±5], isto he, refolhos et mentiras. Que he o mesmo que dizer: os Tartaros sabem muito bem que vos outros sois todos Irmãos et a mesma cousa, et o Padre Adão negou, que vos não conhecia ett. Como vos avião de metter em sua caza ? Nestes mesmos dias perguntou hum Christão, mandarim do Padre Adão, a outro mandarim do mesmo Tribunal das Cortezias : aquelles dous homens de Europa que estão no vosso Tribunal, porque os não manda o Rey para a Igreja ? Respondeo: ja ha dias o quis +r/dbgg fazer o Rey. E a esse effeito foy o ço xi lam [±5] (nome do officio do mandarim tartaro que fora a Igreja) fallar com o Lao tam, isto he, com o Padre Adão, mas elle disse que os não conhecia, et negou serem seus Irmãos; et assi não se attreverão a lhos metter em caza contra sua von¬ tade. Porem o Adão, accrescentou o mandarim que era tartaro, cuda que engana os Tartaros et que pode encubrir serem elles seus Irmãos, et serem todos a mesma cousa. Mas em fim, elle sui xi [±5], isto he, elle conforme o mundo e tempo, faz bem, pois elles são pobres, et elle (fraze própria sua) te fu quei C±?], isto he, está muito rico. Este mesmo Christão nos disse que a rezão de o Padre João Adão nos não querer em caza, era porque temia que descobriríamos suas faltas, et as maldades do seu moço que elle pretendia cafelar et encubrir. E accrescentou, que nos desenganássemos, que elle sabia de certo que de nenhum modo avia de vir o Padre Adão em nos irmos a caza. Porque faliando eu hum dia com o Padre Adão sobre VsRs, lhe disse: ja que não he possível virem os Padres para a Igreja, não está bem a honra de VR. estarem elles ali; et assi denos VR. licença aos Christãos para que lhe procuremos ou huma varella vazia, ou humas cazas de que fação Igreja, et preguem a santa Ley, a que vierão a China. Respondeome o Padre Adão, levantandosse com furia da cadeira, et batendo com os pés et com as mãos! Ainda vos quereis que estes homens fiquem nesta Corte ? He este Christão homem de muita experiencia nos Tribunaes desta Corte, e que sabe tramar et dar talho muito facil a huma maranha, das quaes se valem estes gentios ordinariamente em seus negocios. Com este tratava et se aconselhava sempre o Padre Adão em matéria de seu officio et suas pretenções de subir; et também neste nosso negocio et em deitar o Padre superior de caza, mas elle, ainda que para as outras 266
  • cousas se não negava, nestas se deitou de fora; antes deu nesta matéria muitos et bons conselhos ao Padre João Adão, que elle não quis ouvir; e assi o Christão se afastou totalemente, querendo antes perder algum interesse que do traçar et tramar lhe vinha, que consentir et ter parte em tão grandes maldades. Nestes meyo tempo, antes que soubéssemos, posto que o sospeitavamos o assima referido, escrevemos ao Padre Francisco Furtado, que então era Vice Provincial do Norte, que estava em Pu cheu [±5], Provinda de ^jg,ty| Xan si, que viesse depressa acudir nos, et refrear este Padre, que se dizião delle grandes faltas, e também para que viesse reprimir os grandes gastos que fazia na horta, em que gastou mais de 7 centos taes, fazendo possos et tanques com cartimprosas et brincos de agoa, comprando custo¬ sas arvorinhas de flores, muitas per sinco et seis taes, e par [?] comprou destas, que custou desaseis taes, et isto em tempo que todos os Padres da Missão morrião de fome. Mandamos estas cartas ao Padre João Adão que nos mandou dizer, que ainda que o seu maço estava ja fechado, que com tudo o abrira detraz, et as mettera dentro, et as mandara ao Padre Vice Provincial. Logo do modo de fallar, sospeitamos (postoque não cremos, por ser crime ]| tão grave) que elle retivera et abrira as cartas ; mas elle n. 7 v nos tirou o escrupulo, referindo com rayva et furia (dizendo que nos o deshonravamos et lhe tiravamos sua boa fama) algumas palavras ao estudante das que nos escrevíamos ao Padre Vice Provincial; e muito mais nos desenganou, quando indo a caza o Padre Luis Buglio, queixan- dosse de ambos, e muito mais de mim, disse ao Padre, apontando para a cabeceira da cama, onde tinha as cartas: não podem negar não, aqui tenho as cartas em que me deshonravão. Em fim elle as abrio, leo, et reteve, et ainda hoje tem. Se de antes se mostrava apaixonado em nossas cousas, desque leo as cartas se tornou furioso, faliando de nos a torto et direito, quanto lhe vinha a boca sem temor dos homens, nem de Deus, dizendo que nos éramos huns mancebalhões, que viéramos a esta Corte para o deshonrar, e que lhe não constava fossemos da Companhia, que devíamos ser alguns vadios et vagamundos. Et ao estudante disse: os Tartaros se cansão e matão para accommodalos, e eu se estivera em minhas mãos, logo lhes ouvera de cortar a cabeça, pois estiverão com aquelle ladrão. Porque se não forão com aquelles dous Jogues caminho da índia? Não he aquelle muito bom caminho. Disse isto o Padre João Adão, que nos mandasse para a índia com os dous Jogues, dizendo que aquelle era nosso caminho, e que ali tínhamos gente et terras sogeitas ao nosso Rey. Assi o procurarão os Tartaros, pretendendo persuadimos fossemos por aquelle caminho. Respondemos que aquelle caminho não era o nosso, nem viéramos por elle, nem o sabíamos. Tornarão os mandarins: ja sabemos não viestes por ali, mas não falta quem diga que também podeis ir para a vossa terra por aquelle caminho. Respondemos: nos somos sacerdotes et pregadores da Ley de Deus, a quem os mouros, per cujos Reynos et terras avemos de passar, aborressem et querem muito mal; se vos quereis que nos elles matem, podeisnos obrigar a que façamos o tal caminho. O que ouvindo o supremo mandarim das cortezias tartaro 267
  • (tem os Tartaros grande odio aos mouros) disse: ja que assi he, não he bem que dous homens tão bons como estes os mandemos per caminho tão perigoso, et que eiles nunca fizerão; como se abrir o de Kiam si, os mandaremos para Macao. Considere VR. quem tem melhores entranhas, se hum barbaro gentio, que se compadeceo de nos, ou o Padre João Adão, que procurava fazemos ir per tão incerto caminho, onde era certa a morte ? que era o que elle pretendia, para que não pudéssemos ser tes¬ temunhas de suas faltas et desordens. Publico, pois pellos gentios et Christãos, que o Padre Adão nos não quizera em caza, foy grande o escandalo; et logo os Christãos, assi os que de antes vinhão, como todos os desta Corte, começarão a frequentar o lugar onde nos agazalhavamos, posto que todos às escondidas, porque se o Padre Adão sabia que alguém vinha, logo o reprehendia, chamava nomes feyos, et ameaçava que lhe avia de fazer mal. Os quaes começarão a depor taes cousas das faltas publicas, et nome feyo que este bom Padre tem nesta Corte, e das maldades de seu moço, que nos era difficultoso o crelos. E perguntandonos aos Christãos: porque rezão não tinhão avi- zado ao Padre Longobardo et ao Padre Almeida, para que eiles escreves¬ sem ao Padre Vice Provincial, que viesse por remedio no que pudesse. Responderão: porque na Igreja não se pode fallar com os Padres, por¬ que se alguém de nos o faz, logo o Padre Adão sospeita falíamos suas cousas, et não só com os Padres, mas nem com os moços de caza, nem os mesmos moços podem dous fallar sos, sem que sejão accuzados ao Padre, reprehendidos, et perguntados de que falia vão. Quando os Padres sahem a confessar, ou dizer Missa a nossas cazas, sempre levão espias, que vem depois dizer o que se falia. E assi nos era impossível avizar aos Padres do que passava. Agora que nosso Senhor trouxe a VsRs, o fazemos, dezejosos de acudir pella honra de Deus, et sua santa Ley, que ha quasi setenta annos o Padre Matheos Ricio de boa memória trouxe a esta Corte, e os mais Padres continuarão com tantos trabalhos, et agora vemos tão deshonrada et abatida. || Pello que do que nos vimos et experimentamos, do que os melhores, mais antigos et fervorosos Christãos, et sobre todos seis, que comungão muitas vezes, et dous delles são cabeça de duas confrarias, que ha nesta Corte, exemplo et columnas desta Christandade, hum chamado Li João, que alem de ser homem de vida irreprehensivel, he bom letrado, et como tal, tem ajudado muitos livros dos Padres. O outro Cham Plácido, a quem não faltão os bens desta vida, mas muito mais tem da graça divina, homem de muito respeito, assi per sua presença, que he veneranda, como per sua muita virtude, que de todos he conhecida et respeitada, et tido commummente por pay et espelho desta Christandade, do qual fadare¬ mos largamente adiante quando contarmos a batalha que elle teve com o Padre João Adão, et como recebeo et sostentou em sua caza ao Padre Superior, depois de deitado da Igreja. Aquellas cousas, como dizia, que experimentamos, et ouvimos a estes Christãos, apontamos et conservamos, esperando daria nosso Senhor occasião e portador que seguramente as levasse ao Padre Vice Provincial, a quem não podíamos escrever por via 268
  • do Padre Adão, porque temíamos apanhasse estes, assi como apanhara as primeiras que lhe escrevemos. Socedeo que temendosse os Tartaros por serem poucos, dos Chinas que moravão dentro desta Corte, os deitarão fora delia. Naquelle dia foy Antonio estudante a caza, et o Padre Adão com seu moço cin hiao, lhe disserão: venha agora o Padre Francisco Furtado acudir et amparar estas cazas, motejando et zambando hum et outro do Padre Vice Pro¬ vincial. Sorriose o estudante, et o Padre Adão lhe tornou furiosamente: ridesvos, parece que o gan hoei çu (nome ordinário, como ja disse, com que me nomeava) vos mandou que viesseis aqui rirvos de mim, co u, co u [±ç], pallavras são estas et injurias muito pezadas na China. Porem não só de mim, mas de todos os mais Padres da Missão disse o mesmo; murmurando de todos; et tomando por exemplo ao Padre Francisco Ferrari, que nos annos antes vindo de fora a esta Corte, na porta da cidade lhe perguntarão, cujas erão humas cangas que trazia ? Respondeo, Tam jo vam ti [±5], isto he, do Padre João Adão. Basta que elles se valem de meu nome para suas mercadorias, e depois ainda me dão mao grado, co u, co hen [±ç]. E tornando contra o estudante, rematou: ide, e dizei ao gan hoei çu, que escreva (alludia as cartas que tinha apanhado) et mande chamar o Padre Francisco Furtado, para acudir a esta caza, que em elle vindo, eu me sahirei com a minha lao po [±5], isto he, com a minha molher para fora; et elles ficarão senhores de sua caza. E a este tom disse tantos, et taes despropositos et desatinos, que voltou o estu¬ dante tão escandalizado, que chegou a dizer, lhe parecia estava o Padre Adão bêbado, por estar muito abrazado no rosto, et vir aquella hora de hum banquete; e que nunca vira homem secular fallar tão solta et des- bocadamente. Os Padres, rematou o estudante, vivem enganados com este Padre, cudão delle huma cousa, et elle he outra. Sabendo eu, que o Padre João Adão me deshonrava diante dos Chris- tãos et seus mandarins com nomes tão injuriosos como feyos, fuy a caza levado de escrupulo et caridade, darlhe satisfação, se ouvesse rezão de aggravo. Cheguei, et pondome de joelhos, com muitas lagrimas, lhe pedi perdão, se em alguma cousa o tinha aggravado. Não olhe VR., lhe disse. Padre de minha alma, et meu superior, minhas imperfeições, mas olhe para a honra de Deus, et para o bem da Companhia et Missão; se tenho dado causa de sentimento, aqui estou, deme VR. a penitencia que lhe parecer, que para tudo estou apparelhado, com tanto que se não quebre a caridade, nem se dé matéria de escandalo aos gentios et Christãos. E a estas accrescentei outras rezões, que poderião mover ainda o mais duro coração. Mas elle, aut stet marpesia cautes. No discurso da pratica, lhe pedi fallasse por nos, pois ja confessava que éramos innocentes, et que os Tartaros nem tinhão, nem dizião contra nos cousa alguma. Res¬ pondeo : si, pedirei, mas não concederão a petição, et se a concederem, quererão, quererão. Com esta figura de repitição, et reticência nos confirmou no que sospeitavamos, que este Padre alem dos motivos assima apontados, não nos queria pedir, nem admittir em caza, porque os Tar¬ taros lho não reputassem por beneficio, porque como este Padre esteja tão cego em suas pretenções, cudava lhe queria o Rey pagar || com > njfg fl. 8. 269
  • nos mandar para caza, os merecimentos que elle em tantos et tão impor¬ tunos memoriaes representou ao Rey, pedindo novas merces, mandarina- dos et dignidades; de tal sorte que o Rey se enfadou, et lhe ordenou que não pudesse dar outros memoriaes, senão os que pertencessem et tratas- sem de chen nien [±5], isto he, de adivinhações et superstições, os quaes da muitas vezes, offendendo nisto a Deus tão gravemente, et a pureza de sua santa Ley, como largamente digo no tratado que fiz do officio do Padre João Adão. Veja VR. quaes sejão as entranhas deste Padre, que das lagrimas que derramei, et da sogeição que lhe mostrei, levado só de caridade, et dezejo de seu bem, fazia elle depois farça, et passos de rizo com seu moço, mandarinetes et Christãos. Depois de eu com lagrimas et rezões, et o Padre Luis Buglio com rezões, lagrimas et mansidão lhe pedirmos que ja que per si o não queria fazer, que pello menos per via de terceiro fizesse com que se dicesse aos Tartaros que tínhamos na China outras Igrejas. Respondeo, que si, que assi o faria; et depois de varias mentiras et refolhos que tesseo, nos mandou dizer que sete ou oito pessoas do Tribunal das Cortezias (soube¬ mos depois que naquelles dias não fallara com mandarim algum daquelle Tribunal) lhe disserão que os Tartaros se ategora avendo caminho, nos querião despachar; agora ainda que o aja, o não querem fazer. Não nos affligia tanto o com que nos ameaçava, pois sabíamos era falsidade et mentira que forjava, mas o não fazer escrupulo de affligir a seus Irmãos tão affligidos per tantas vias, et com tão continuados trabalhos ; maxime, considerando nos que avia poucos dias elle mesmo tinha confessado ao Padre Buglio et a mim, que os Tartaros não tinhão cousa alguma contra nos. Mas a paixão não lhe dava lugar a concordar o que depois dizia, com o que antes tinha dito. Pedimos lhe, et o estudante, muitas vezes, que supposto elle estar ja livre, o mandasse para qualquer outra Igreja desta Missão, para o afas¬ tarmos dos olhos dos Tartaros. Não se pode explicar as maranhas et repostas equivocas que nesta matéria uzou, tudo a fim de impedir a partida do estudante desta Corte. Teque ultimamente se declarou (que he o que nos não só sospeitavamos, mas como cousa certa praticamente) dizendolhe: se eu vos agora mandar, sei muito bem que não querereis fallar, onde quer que fordes, de mim huma boa palavra, mas direis muitos males, pois não vos quero mandar. Deste exemplo pode VR. argumentar quam recta seja sua intenção nos mais negocios. Vindo huns mandarins a caza ver a horta et brincos de agoa, ficou o Padre Adão muito cheyo de si, et disse aos moços de caza: isto si, isto he saber fazer as cousas. Se os Padres não vem à China mais que para com a cabecinha torta rezar pello breviário, melhor he deixarense ficar em Europa, et fechados num cubículo fazerem vida retiradas. Por¬ que não fazem o Padre Buglio et Magalhães huma horta como esta ? Et com tudo o Padre Buglio murmura de mim, et o gan hoei çu muito mais. Pois sabei, accrescentou, (e isto estando o estudante presente) que faço muita merce aos Padres, tendo tantas grandezas, brincos, cazas, horta, prata, et mandarinados, não ter comigo na cama huma molher. 270
  • Pedindolhe eu, que acabasse de fallar por nos. Respondeome: que se nos confessássemos que fizéramos mal em estar com aquelle tyranno, que então pode ser fallaria. Fallacia sua, com que pretendia confessásse¬ mos nos contra o que entendíamos, et conhecessemos culpa onde a não avia, para lhe darmos argumento et sermos testemunhas contra nos de sua paixão. Dissenos hum Christão que estava elle et todos os mais muito escan¬ dalizados de como o Padre Adão tratava et fallava dos Padres, apontando o que em particular dissera do Padre Superior, Francisco Furtado, sci- licet, que a confraria que elle nesta Igreja instituirá, que parecia con¬ fraria de hiam pa lao lh [±*], isto he, de hum labrego e aldeão. E nota- rão os Christãos a paixão com que isto dizia, et a rayva que tinha contra seu superior no estender e palpitar do pescoço, et outras acções furiosas. Daqui veyo a dizer outro Christão, que he dos melhores, et o melhor letrado desta Christandade, de que ja assima falíamos, que nunca ouvira ao Padre Adão dizer hum pequeno bem dos outros Padres, mas sem¬ pre muitos males. || "• 9 Gabouse muitas vezes o Padre Adão que era fiel et amigo dos amigos, que sendo o Chim chi lum [±5] mandarim tão grande, et porisso tão vigiado dos Tartaros com guardas, et muita soldadesca, com tudo, per medias acies, o fora visitar, et lhe mandara hum presente. E a seus Irmãos não só nunca os quis visitar, mas nem conhecellos por taes. Pedirão os Jogues que aqui estavão et vierão com nosco de Su chuen, a hum Lamba grande dos Tartaros do Oeste, para que os despachasse. Fallou, et forão despachados. Acharão huns barbaros et gentios noutro barbaro et idolatra de diversa nação et reyno, entranhas de compaixão; et nos só achamos no Padre João Adão desconsolações, et cada dia matéria de novas afflicções, et trabalhos. Disse o Padre João Adão per muitas vezes, que se o Padre Vice Provincial lhe mandasse que deixasse o officio, que avia de dizer aos Tartaros, que o Padre Vice Provincial não queria que elle tivesse o sello, nem fosse mandarim, e que depois avia de fogir, para que os Tartaros pegassem et entendessem com o Padre Vice Provincial; se bem o disse quasi hum anno antes, melhor o fez, como adiante se dirá. Contando o estudante Antonio Fernandez ao Padre Adão nossos tra¬ balhos naquelle tyranno, et no caminho, tomou o Padre Adão com esta historia. Em Europa ouve hum solteador, o qual se converteo a Deus, et fez muitos milagres. Depois a Justiça o apanhou, et secundum allegata et probata, o justiçou. Ja VR. vé o que com esta historia queria dizer. Estas erão as consolações ordinárias que tínhamos de hum religioso, nosso irmão et superior. Fallouse em vir o Irmão Francisco Ferreira para esta Corte, et caza. Acerca da qual vinda, alem de outros muitos despropositos, disse o Padre João Adão este: se elle vier, eu lhe farei xeu go ti quei kiu [±5], guardar minha inviolável ordem. A qual era, que nos não avia de vir vizitar; gabandosse que avia ja então hum anno que aqui estavamos, et que todos os de sua caza guardarão o tal ordem; et que se o Irmão a não guar¬ dasse, logo o avia de mandar embora. 271
  • Trouxerão os Tartaros a esta Corte hum Ingrez, que tomarão na Província de Kiam si; e perque elle não sabia a lingoa, o puzerão com nosco, dandolhe, como he custume, hum Tartaro que o acompanhasse. O qual Tartaro, vendo que com seu entrar et sair nos molestava, foy dizer ao mandarin das Cortezias: eu tenho cudado daquelle Ingrez; porem aquelles dous Padres rezão, et estudão, et não folgão que eu entre et saya. Respondeo o mandarim: se assi he, entregai o Ingrez aos Padres, que elles já sabem nosso modo, et elles terão cudado delle. Assi se fez. Isto contamos ao Padre Nicolao Longobardo, que ao outro dia da chegada do Ingrez, nos veyo vizitar, accrescentando eu: ve VR. quam bem os Tar¬ taros tratão este homem, pois ainda o Padre Adão ha de tomar daqui occasião para dizer mal de nos. Dictum factum. Disse aos Christãos : em fim os Tartaros tem olho, todos os que apanhão entre os ladrões poem juntos. Rebellarãose algumas Províncias, et noutras muitas cidades. Tomando occasião o Padre Adão, que por estar tudo emburulhado, et os caminhos empedidos, era difficultozo nosso despacho, e que poderíamos nos folgar de que os Tartaros perdessem, et os Chinas vencessem, maliciosamente disse: agora si, que sairão os Padres depressa. Respondeolhe Antonio estudante: aos Padres não se lhe dá de este ou aquelle Rey, só dezejão t aja paz et quietação, para pregar a Ley de Deus, que he o a que vierão flvlFJbrfáífl à China. Tomou o Padre Adão: na te hao mim teu. Kiuan cham hien .... , , ., chum [±5]; Kiuan na Ingrez, isto he, bellissima copa et causa, dizem que os wJ‘jtifnk,h trouxe à China. Se assi he, porque não vão converter aquelle seu famoso ladrão, porque não convertem aquelle Ingrez que está com elles ? Tão alheo está este pobre Padre do spirito da Companhia, et tão sepultado no vetemo de seus appetites, et nas honras deste mundo que estranha, ou não cré dos filhos da Companhia que vierão à China só a pregar a santa Ley de Deus, et não a buscar honras et commodo de vida. Pouco antes do Natal do anno passado de 1648, sahio o Rey, per occasião de levantar huma varella a seus antepassados, com hum perdão geral, no qual entre outras cousas, dizia, que perdoava a todos os que 11. 9 » tinhão apanhado na guerra et batalha, que se tinhão dado || aos ladrões. Temeo grandemente o Padre João Adão, que como o Rey per esta occa¬ sião fazia muitos benefícios, também sem lhe pedirem beneplácito, nos mandaria para a Igreja. E assi nos solicitou que dessemos huma petição, na qual pretendeo duas cousas. A primeira, que puzessemos nella numa tira de papel vermelho as palavras referidas do perdão. Pretendia este bom Padre com isto, que nos confessássemos per culpados, para que os Tartaros depois nos tratassem como a taes, et duvidassem de nos. Porem nos que entendemos a maldade, não viemos no que pretendia; et depois perguntando a hum Christão letrado, se persignou et suspirando disse: que maldades são estas do Padre Adão, que queria que os Tartaros duvi¬ dassem de VsRs. E com rezão, pois podião dizer: o Rey vos trata como a hospedes, et estrangeiros, e vos vos metteis, et tendes em conta de rebeldes ? A 2.* foy, que querendo o Padre Luis Buglio que foy a caza para consultar a petição, pedir nella que nos puzessem nesta Igreja de Pe Kim, de nenhum modo vinha nisso o Padre Adão, antes instava que 272
  • pedíssemos a Igreja de Xan tum. Ao que acudio o Padre Miguel Tri- gauth [sic], que então estava nesta Corte: não convém, pois aquella Pro¬ víncia toda está rebelde. Concluyo o Padre Buglio: dar esta petição não he de fruto, pois sabemos que os Tartaros nos não ão de mandar para outra Província, pois não sabem nosso modo de viver, et assi cudão que como estrangeiros, não teremos com que passar a vida; só nos fica o por et pedir esta caza, no que elles facilmente virão, se não ouver quem nos impida. Em fim pedimos esta caza de Pe Kim contra vontade do Padre Adão, com as de Kiam cheu et Si gan fu. Tinha ja o Rey, como depois soubemos, (quando o Padre Adão nos negou por seus Irmãos, nem quis em caza) determinado que avendo occasião, et estando o cami¬ nho aberto, nos mandassem para Macao, pello que não estava no man¬ darim ordenar de nos cousa de novo. E assi respondeo a petição estas formaes palavras: Vos sois sin gin [±$], isto he, sois ainda novos, ou vindos de novo, no que toca a quererdes ir para este ou para aquelle lugar, ouvi o que vos ordenar o supremo mandarim das Cortezias. Ao outro dia, depois de dada, et despachada a petição à tarde, estan- dosse o Padre Miguel Trigault apparelhando para partir ao outro dia pella manhaa cedo, lhe disse o Padre Adão: VR. sabe o que passa ? Estão os Padres em grande aperto, tem guardas et vigias muito apertadas; não poderão virse despedir de VR., et a rezão de estarem assi he, porque duvidarão os Tartaros delles, dizendo que querião fugir, por pedirem na petição ir para as Igrejas de Kiam cheu et Si gan fu. Ficou o Padre Trigao muito affligido, cudando assi passava; quando passada meya hora, entrei no cubículo do Padre Trigao. O qual attonito, et quasi sem falia, me perguntou, como pudera eu vir ? Respondendo eu, que nunca nos fora prohibido o sahir, como et a onde queremos, quanto mais, que sabendo que VR. avia de partir pella manhaa, vim eu hoje despedirme de VR., et amanhaa muito cedo virá o Padre Buglio, como foy. Então me contou o Padre Trigault o que o Padre Adão lhe dissera, caindo igualmente na maranha, assi com que pretendera que pedíssemos na petição a caza de Xan tum, como também no falso que levantara, dizendo que os Tartaros duvidarão de querermos fugir, et nos tinhão tão rigorosamente prezos, tudo afim de o Padre Trigao ir com estas tintas e levar esta fama ao Padre Vice Provincial, et mais Padres; porque a este effeito, tendo de antes determinado outro dia da partida do Padre, de repente naquella tarde, avizou et deu pressa ao Padre que se partisse, cudando não sabe¬ ríamos nos de sua partida, nem poderíamos fallar com elle. Mas nosso Senhor trouxe naquella tarde hum Christão que nos disse estava o Padre de caminho, para que eu com muita pressa fosse a caza, et tirasse ao Padre Trigao daquella afflicção et confusão, e ficasse mais claro, posto que ja o estava bastantemente nas traças et embustes deste bom Padre. Rogoulhe o mesmo Padre Trigault per muitas vezes, não só como religioso et Irmão, mas como patrício, que nos quizesse levar para caza, ou pello menos fazer com que sahissemos para outra Christandade. Nunca o quis fazer, dandolhe repostas subdolas et tergiversantes, teque hum dia, || levado dos importunos rogos do Padre, lhe disse que sim, que logo sahia fora a fallar com o mandarim das Cortezias sobre nosso ffA fl. 10 18 273
  • negocio. Sahio, et foy visitar outros hospedes que não achou, e assi se voltou para caza, affirmando ao Padre que fora fallar com o dito man¬ darim. Porem, de seu modo de fallar, et porque ja tinha experiencia de seus refolhos, entendeo o Padre que elle mentia, et que o enganava; et assi per via de seu moço fez diligencia, et soube onde o Padre Adão fora naquelle dia; et contandonos o Padre Trigault esta historia, nos o confirmamos mais, dizendolhe que o mandarim das Cortezias, com quem elle lhe dissera fora fallar, estivera todo aquelle dia junto ao lugar onde nos estavamos, em banquete com outros mandarins. Pello que o Padre Trigao, para de todo ver o que tinha nelle, tornou a apertallo com mais efficacia. Mas elle tirada já a marcara, et rebuço, com que te então o enganava, lhe disse: desenganesse VR., que ainda que os Tartaros me queirão por os dous Padres em caza, que eu os não ei de aceitar. Voltou o Padre Trigault para sua Christandade muito escandalizado, não só do que alcansou acerca de nosso negocio, mas muito mais do ruim proceder et vida que vio fazia o Padre João Adão. E assi, levando nossas cartas et informações que tínhamos feitas, esperando esta tão boa occasião, como assima fica dito, et elle dando as suas, como testemunha de vista, fez com que o Padre Francisco Furtado, que ainda então era Vice Provincial, com muita pressa se partisse para esta Corte. Mas em quanto elle não chega a participar da perseguição, et tormenta que cor¬ ríamos, et lhe estava apparelhada, continuarei eu as continuas afflicções com que este bom Padre nos affligia. Foy o Padre João Adão aos 9 de Março chamado pello colao que governa para lhe explicar hum sonho. Voltou da Missão, estando eu em caza, et perguntandolhe eu o para que fora chamado. Respondeome, que para cousa de governo. Saindo eu de caza, disse o Padre Adão ao Padre Longobardo : eu fallei ao colao naquelle que está na Hospedaria Real que tem os olhos verdes (fallava de mim) et o colao virou a cabeça, não querendo ouvir fallar nelle. E no mesmo dia disse a hum Christão, que o colao lhe dissera: aquelles dous que estão na Hospedaria Real, porque não vão para a Igreja ? E que o Padre Adão lhe respondera : seu negocio ainda não está limpo. Veja VR. quam versipella he este bom Padre, que jamais falia verdade, mas conforme as pessoas com que falia, assi he a pratica que tesse, não se envergonhando de contar a mesma his¬ tória per termos contradicentes. Et he tal nesta matéria, que dizem os Christãos, et seus mandarinetes: Tam lao su ti sin [±5 ‘] na pu cho [±5 *], isto he, não podemos saber qual seja a verdade nas cousas que nos diz o Padre Adão. Neste mesmo dia, querendome ja despedir delle, diante do Padre Longobardo, lhe disse: VR. tem tantos amigos, et destes he hum o Co lao, compadeçasse VR. de seus Irmãos, pois lhe será facil com huma palavra trazemos para caza. Respondeome insultando et motejando; VsRs. forão mandarins daquelle ladrão, deitarãose na lama, et agora querem que eu me suge et metta nella para os livrar, et a esta, accrescentou outras cousas nacidas de seu impedimido coração. O que eu ouvindo, tocado de dor, et zelo que me causava ver sua dissimulação, et que conhecia elle muito bem a verdade, mas só levado de seus appetites, et intento danado, não só
  • a não confessava, mas ainda com rezões capeadas et insolentes a cobria, et nos magoava, lhe tornei: pois eu sei muito bem que VR. pode, et que não quer; do que tomo a Deus per testemunha, et cito a VR. para nesta matéria estar comigo a juizo diante da Divina Justiça. Não posso explicar a VR. a perturbação que este bom Padre teve, fazendosse branco et tar¬ tamudo; mas depois que pouco a pouco foy tomando cores, as tornou logo a mudar com furia et rayva nunca vista, chamandome muitos nomes afrontozos, que eu ouvi sem lhe responder huma só palavra; por fim, com grandes gritos et meneyos me disse, que nunca mais lhe entrasse em sua caza. A isto me pareceo responder, dizendolhe: Ja VR. huma vez nos prohibio a entrada nesta caza tão injustamente, obedecemos então, por¬ que ainda não sabíamos tão claramente, postoque ja o sospeitavamos o que passava; agora nem a caza que VR. a boca cheia diz ser sua, he sua, mas da Companhia, nem eu a ella venho como a cousa de VR., mas como a cousa da Companhia, e assi não me pode VR. prohibir o vir eu a ella quando et todas as vezes que eu quizer. E dito isto me despedi delle. Mas elle em silencio se ficou, sem me acompanhar hum passo, ||
  • me querem bem, eu tudo sei fazer. E per fim de tantas glorias rematou: 1 Che te Pu hoei xui fe *1 y° co lao po [±5*]. No principio do Reynado s dos Tartaros, veyo a esta Corte o Padre Vice Provincial, Francisco Fur- iU tiíáe tado, et sendo avizado dos Christãos de algumas faltas do Padre Adão, parece o amoestou delias. Pello que, voltado o Padre Vice Provincial, disse o Padre João Adão aos Christãos: Sabeis vos o que me disse o Padre Vice Provincial, pois disseme que todos vos outros sois huns vu cim £±5], isto he, ingratos et desagradecidos, e que nenhum amor me tendes, pois conservando eu esta caza et Christandade, acquerindo hum mandarinado de tanta honra, et fazendo tantas cousas ett., com tudo vos outros lhe fôreis dizer mal de mim. Respondemos aos Christãos que isto nos con¬ tarão, que estivessem certos, que não podia o Padre Vice Provincial dizer tal cousa. Ao que elles tornarão: Assi o cremos, et só o contamos, para que VsRs. vejão que não falia o Padre Adão palavra que diga verdade. E nos alcansamos mais do que os Christãos alcansavão, porque todas estas maranhas et urdiduras era por inimizade et tedio aos Chris¬ tãos para que não denunciassem mais delle ao Padre Vice Provincial quando aqui viesse. Se o Padre João Adão dizia mal de nos nesta Corte a gentios et Chris¬ tãos, não o fazia menos nas cartas que escrevia aos Padres da Missão, escrevendo nellas mil falsos e mentiras, humas com que desfazia em nossa fama et honra, outras com que corava et capeava suas faltas et desordens. Donde vierão alguns Padres a nos escrever et notar de cousas em que nos achamos assas novos, pois nunca per nos tinhão passado. E Padre ouve, que nos escreveo carta tão aspera et desabrida, quanto nos sentimos, et estavamos innocentes do que nella o tal Padre, ou o Padre Adão, por elle, nos impunha. O qual Padre, vindo depois a esta Corte, vendo, et palpando que o que o Padre Adão lhe mandara dizer, et elle nos escrevera, era tudo falso, e nacido de animo danado, nos pedio perdão, et deu satisfação. Mas nos lhe tornamos que não era necessária para com nosco aquella demonstração, pois sabíamos (como na verdade assi o cudavamos da virtude et santo zelo do tal Padre) que tudo nacera de boa tenção et dezejo de acertar, e que só estranharamos, que conhe- cendonos elle tantos annos antes, não ouvera de crer ao Padre Adão tão facilmente em matérias tão graves, e maxime, não sabendo de nosso II. 11 negocio, nem o que j| dizíamos ou podíamos dizer. Em fim, nos nos viamos de todas as partes rodeados de afflicções. Reteudos pellos gentios, accusados et arguidos sem rezão de nossos Padres e Irmãos, com contí¬ nuos achaques et doenças, deixados do superior, que per hum anno não pode saber o que passava, por as cartas serem tomadas et impedido o recurso pello Padre João Adão. E por este, cada hora, éramos affligidos et desconsolados, não só com o que cada dia dizia et fazia contra nos, mas com os exemplos et historias que de sua má vida et proceder ouvia- mos, viamos et palpavamos, que tudo para nos erão lanças de dor et frechas de sentimento. Nem a VR. lhe pareça que o que eu aqui disse, e adiante dicer he muito, pois fallando sem encarecimento, não chegará a huma de dez partes do que este bom Padre disse, e fez contra nos, pois não avia dia que não tivéssemos sobressaltos et afflicções por elle causadas, 276
  • et tão grandes que nos tiravão muitas vezes o comer et dormir. Porem, a estes trabalhos não falta o Senhor de quando em quando com a conso¬ lação e fortaleza de animo, lembrandonos que não padecíamos em vão, nem soffriamos per Rey et Senhor desagradecido et sem amor, mas por nosso bom Deus, et grão Remunerador, que nos ama muito et que per hum, como o prometteo, nos pagara cento. E assi, com a graça do Senhor, diziamos ao mesmo Senhor: Da domine patientiam et auge dolorem. Estando deste modo, de todas as partes rodeados de trabalhos, et faltos de humana consolação, chegou aos dous de Abril a esta Corte o Padre Francisco Furtado, que deixou o titulo de Vice Provincial, et tomou o de superior do Norte, conforme a ordem do Padre Geral que nesta Corte achou. Chegou, não para por remedio as desordens et má vida do Padre João Adão, et fazer com que sahissemos deste prolongado cativeiro, como cudavamos, mas para ser nosso companheiro nos tra¬ balhos que padecíamos. Chegou o Padre superior, e porque hum bicho de caza levou a nova ao Padre Adão, dizendo: Fu lao ye lay leao [fcç], isto he, o Padre grande (custume, como ja disse, da Missão) he chegado. O Padre Adão o reprehendeo, et disse: quanto lao ye ha nesta caza et Missão ? só eu sou lao ye, et todos os mais são ye. Boa humildade, por certo, em 6.‘ feira de Payxão, em que Christo, nosso bem, tanta mostrou. Logo em chegando o Padre superior, et depois per muitas vezes, disse o Padre João Adão a vários Christãos que o Padre Francisco Furtado ja não era hoei cham [±5], isto he, maioral (fundandosse maliciosamente em ter deixado o titulo de Vice Provincial) et que avizandoo elle, que ja acabara seu officio, o Padre Furtado fa kie [±5], isto he, se affligira muito, et mostrara muito sentimento, et ainda arrependimento de ter vindo a esta Corte. E não só com os Christãos mostrou esta grande paixão de não querer reconhecer superior, mas em nossa presença, e do estudante, nunca chamava ao Padre Francisco Furtado per superior do Norte, mas o Padre Furtado, ou, ni muen ti hoei cham [±5], isto he, vosso maioral, ou lao teu çu [±5], isto he, aquelle velhorro. Queixou se aos Christãos et ao estudante, dizendo: este lao teu çu veyo a esta caza de repente, sem de antemão me mandar dizer que vinha, que cudava ? parece imaginava me avia de achar com huma molher na cama ? As mesmas queixas, sem medo, nem vergonha, deu ao Padre superior, que lhe respondeo com a inteireza et brandura custumada: Não u'e custume na Companhia quando os superiores fazem suas vizitas, av>- zarem primeiro a caza onde ão de ir, quanto mais que quem dá estes awzos, he para lhe aprestarem as cazas et gazalhado, o que eu escuzo, pois sou hum pobre religioso que com hum buraco et com qualquer commodidade me contento. Foy tanta a malenconia et paixão que tomou o Padre Adão com a vinda do Padre superior, que se bem mostrava nas palavras, rosto car¬ regado, et malenconico, muito mais a mostrou nos insolências que fez. Fechava em roda todas as portas que ião para o seu cubiculo, et nelle se estava só, et só admittia seu moço cin hiao, para consultarem seus desatinos. Não comia muitas vezes com os Padres, mas só, e quando comia com elles, nem huma só palavra fallava. E a este proposito, mm? 277
  • ssmba-* D. 1t » mm estando o estudante presente, deu ordem a seu criado que lhe desse de comer apartado: porque, accrescentou, eu estou no meyo daquelles dous velhorros, estes são: o Padre superior, et o Padre Longobardo, como se estivesse amarrado a dous corpos mortos. Et rematou: Che sie ya su hoei te fe1] lao teu çu la so go fe2], go y lao fum ti kiuen go [±5*], yao ciu y co ta po [±54], histo he, estes velhorros da Compa¬ nhia de Jesus me enfadão muito, porem pouco me dá delles, que em fim ei de vir a fazer o que me aconselha o Fum colao, que he cazarme com huma molher tartara. || Davalhe muita pena, et levava mal a soberba deste bom Padre saberse et cudarse nesta Corte que elle tem superior, et que estar elle em caza, a cujo respeito não podia largar a redea a seus appetites. Davalhe mais muita pena persuadirse que podia o Padre superior livramos et nos ir para caza; e para impedir o que temia, logo em chegando o Padre superior, lhe poz medos que não era bem virnos vizitar, et vendo que não podia prohibillo, como fizera aos Padres Trigault et Longobardo, sospeitando que o Padre superior tratava já de nossa liberdade com efficacia, fingio mentiras et enredos que fulano et sicrano, et maxime o Fum colao disserão taes et taes cousas contra nos. Os quaes falsos e mentiras não quero aqui referir, assi por não enfadar a VR., como porque ja toquei algumas delias nas informações que mandei ao Padre Vice Pro¬ vincial. As quaes mentiras et refolhos não se attrevendo de as referir em pessoa ao Padre superior, lhas mandou contar per vezes per dous man¬ darins seus, afim de lhe metter medo, et o resfriar no negocio de nossa liberdade. Mas como visse que o Padre superior não desistia, et que tudo se fazia as escondidas delle, por se temer sua maldade, tanta foy a furia et diabólica paixão, que arrebentou nos desatinos seguintes. A malenconia deste homem, a taciturnidade, as consultas com seu criado cin hiao, as vigias, et espias que ião et vinhão, bem mostravão que andava aquelle coração impedimido machinando alguma grande mal¬ dade. E assi chamou hum Christão de quem sospeitava, se ja o não sabia, que era o cabeça do negocio, de quem o Padre superior et nos nos fiavamos, et lhe disse furiosa et desbocadamente. O Padre Furtado, que cuda ? Quando chegou, veyo a este meu cubicolo et fezme puon co yc [±5], isto he, meya reverencia. Isto não he despresarme ? Isto não he ter muita soberba ? Que cuda elle, que cuda ? Pedeme que acuda pellos dous que estão na hospedaria real; acudir per aquelle sim li ti [±5] ainda o fizera, mas por aquelle sim gan ti [±5], de nenhum modo o farei. Et accres¬ centou, se elle aperta muito comigo, eu farei e publicarei libellos infama- torios contra elle, et deitallo ei fora da Corte, ainda que com isto não pregue a Ley de Deus. Mas porque o que elle então pretendeo foy sombra do que depois obrou, e porque ja desta tão iniqua acção fis particular Relação que mandei ao Padre Vice Provincial, apontarei aqui só em geral as cousas principaes para depois poder contar mais largamente o como elle poz em effeito sua danada pretenção. Primeiro, per meyo de seus mandarins, et per via da santa innocencia do Padre Longobardo, a quem facilmente enganava et persuadia o que queria, mandou dizer ao Padre superior, que 278
  • se fosse outra vez para a Província de Xan si, donde viera, antes que o Rey et mandarins entendessem com elle. Vendo que não dava o Padre superior pello primeiro recado, mandou o segundo, fingindo que hum mandarim do Li pu lhe mandara dizer que em sua caza estava hum homem per nome Fu (isto he, o Padre superior) que lhe mandasse se sahisse depressa, antes que ambos fossem levados ao Tribunal dos culpa¬ dos. Mas o Padre superior, que sabia tudo era maldade sua, assi como não dera pello primeiro, não deu também pello segundo recado. O que vendo o Padre Adão, chamou o Christão de que assima falíamos, destro et expe¬ rimentado em tramar et urdir semelhantes cousas et lhe mostrou hum borrão de huma petição que queria dar ao mandarim das cortezias, para que lhe emendasse, em que dizia muitos males, et lhe pedia deitasse o Padre superior desta caza et Corte. Porem, o Christão lhe estranhou muito a graveza do peccado, et totalmente se alienou et afastou do Padre João Adão. O qual vendo que nenhum destes caminhos lhe soccederão, se valeo do maior poder que tem a China, que he a prata, e assi peitou huma cao li, isto he, upo, como lhe chamão em Macao, que fosse fallar com os escrivães, e officiaes pequenos do Tribunal das Cortezias, que fizessem com que se nos pozessem apertadas vigias, e que não nos deixassem sahir de caza, nem ir à Igreja, nem permittissem que o Padre superior viesse onde nos estavamos. Mas elles lhe responderão que o não podião fazer, pois o Rey nos tratava como a hospedes, e o Padre superior era nosso ta lama [±5], histo he, nosso maioral, que nos vinha vizitar, o que elles não podião impedir. Pello que o Padre João Adão mandou hum mandarim seu gentio et cin hiao seu criado com prata e peças a caza de hum mandarim pequeno do Tribunal das Cortezias, homem de mao et avarento nome nesta Corte, o qual pello interesse, ao outro dia fez com que nos puzessem dous Tartaros de vigia, que tivemos alguns dias e chamou o Padre superior ao Tribunal, et vendo que lhe respondia hum pouco || desenganado, não se attreveo a lhe dizer que se fosse de caza et da Corte, mas só lhe mandou que não viesse mais vizitar nos. Soffreo o Padre superior esta afronta com muito animo et consolação. No mesmo dia em que o Padre Adão fez ir ao Tribunal das Corte¬ zias o Padre superior, pretendendo deitallo desta Corte et caza, chegou a ella o Padre Francisco Ferrari, que veyo fazer sua profissão. Ao qual nos primeiros dias enganou de modo com suas doces refolhadas pala¬ vras que o bom Padre cudava que tudo fora causado como o Padre Adão dizia, do perigo em que nos estavamos et no commercio que o Padre superior tivera com nosco. Mas como a maldade se não pode en- cubrir per muito tempo, em breve conheceo o Padre Ferrari quanta avia no Padre Adão et em suas acções; et assi o Padre Ferrari se afastou de suas praticas et começou a zelar et ainda amoestalo. Pello que o Padre Adão, que antes com palavras doces et mimos fingidos tratava ao Padre, começou a queixarse delle, et seu moço muito mais, et a pressar sua tomada, que não foy tanto que não ficasse o Padre Ferrari com plenário conhecimento de sua maldade et danada pretenção et tão danada que sem pejo algum disse ao Padre Ferrari, que não avia de xmm.
  • parar até não deitar fora o Padre superior. E partido já o Padre Ferrari, disse a hum Christão: Ja deitamos fora o Li, isto he, o Ferrari; agora não falta mais que o Fu, isto he, o Padre superior; que quanto o Lum lao teu çu, isto he, o velhorro Longobardo, vay pouco em que elle esteja ou não esteja. Voltado pois o Padre Ferrari, por espaço de 40 dias não comeo o Padre João Adão com os Padres superior et Longobardo, mas só, comendo muito bons bocados, pella manhãa bollos finos com muito bom vinho, ao jantar et noyte, porco et galinha assada; et o Padre superior et Lon¬ gobardo huma pouca de carne de vaca salgada, dada per onças, tão mal cozido et consertada que a que os Padres, pella não poderem tragar, deixavão, nem os moços a podião comer, de sorte que nos era necessário mandar de quando em quando de nossa pobreza alguma cousa com que os santos velhos acudissem a fome et necessidade que padecião. E nesta matéria fez tantas baixezas quantas eu me envergonho escrever aqui, posto que elle não se envergonhava de as fazer. Tudo isto era afim que com o ruim trato se enfadasse o Padre superior et se fosse de caza, que era o que elle pretendia. Neste mesmo tempo não fallava com os santos velhos. E neste par¬ ticular fazia bem, pois não era digno de tão santa conversação quem tão mal vive; e assi como o que tem os olhos offendidos não soffre a luz, assi o Padre Adão, pella ma consciência, não podia soffrer as luzes et inspirações que pode ser accommetterião seu endurecido coração com as santas praticas dos Padres superior e Longobardo; e assi como ja deixado de Deus, queria antes viver em suas trevas et cegueira, que arris- carse a cobrar a vista de alma, ouvindo os bons conselhos et praticas que sempre ião ordenadas ao trazerem ao caminho da salvação. Foy o Padre superior dizer Missa a caza de hum Christão, et fallando da nossa liberdade, respondeo o Christão: Não se afflija VR., que quando menos o cudarmos, ha nosso Senhor de livrar os Padres, porque se nosso Senhor quizer, yum yi [±5], isto he, he lhe muito facil. Estas palavras ouvio o espia, (que ordinariamente, como ja assima disse, manda o Padre Adão com os Padres, quando vão a caza dos Christãos) et logo lhas veyo referir. Et o Padre Adão chamou o bom Christão, et afrontandoo de nomes, lhe deu huma boa reprehensão, arguindo de elle dizer, que o livramos era a Deus facil. Tinha aos Padres superior et Longobardo postos, como dizem, de cerco. Se vinhão hospedes mandarins, Tartaros ou Chinas, et querião ver os Padres, respondia que não era necessário. Et se o hospede apertava /]Njgf muito, dizia. São huns velhos que não sahem dos cubicolos, pu pien [±5], isto he, não he conveniente vos vejaes com elles. Se algum Christão lhe entrava no cubicolo, logo era reprehendido, et ainda ameaçado, et servido de nomes et injurias. Não podíamos, quando iamos a caza, fallar com o Padre superior et Longobardo, nem o estudante, que o Padre João Adão se não queixasse, et perguntasse que consultavão et murmuravão delle ? Em fim, erão tantas as vigias nas portas, pellos cantos et janellas, que não podia, nem querião, nem os moços de caza, não digo entrar nos seus cubicolos, mas nem ainda parar hum pouco diante delles. E assi estavão 280
  • os santos velhos como prezos, et sós, mas acompanhados de santa paciên¬ cia et merecimentos. || fi. 12» Vendo o Padre João Adão et seu moço (como aquelles que ja cegos não entendião que só aos demonios deita fora, et aos varões santos, et santos anjos, que os acompanhão, chama et convida o jejum) que com o mao trato et abstinência não obravão, nem alcansavão o que querião, continuarão com as traças antigas et urdirão outras de novo, com as quaes, per fim, alcansarão o que pretendião. Mandou o Padre João Adão a hum Christão, que he Li João, hum dos melhores et o melhor letrado desta Christandade, de que assima ja fallei, que fosse persuadir ao Padre superior que se sahisse da Corte. Respondeo o Christão que se não attrevia ao fazer. Tornou o Padre Adão : Pois se vos não attreveis a fazer o que vos mando, não vos attreveis mais a entrar no seu cubículo, nem a fallar com elle. Deste Christão se fiava, et com elle se aconselhava o Padre superior e nos nas cousas necessárias assi à caza et Christandade, como em matéria de nossa liber¬ dade. Huma de duas cousas pretendeo o Padre Adão. 1.*, que vindo o Chris¬ tão no que lhe mandava, sem duvida persuadiria ao Padre superior o irse da Corte, pois com elle se aconselhava. A 2.\ que quando o Christão o não quizesse fazer, que pello menos lhe podia metter medo, para que não fallasse mais, nem ajudasse ao Padre superior et a nos. Não sei encarecer a VR. quantos meyos tem tomado este bom Padre para fazer da sua parte et facção a este bom Christão, ja com louvores, dizendo ser elle o melhor da Christandade, et que valia per cem Christãos, ja com queixas et esquivanças, dizendo que lhe queria mal, et que o per- siguia, ja com nomes, chamandolhe furiosamente de vesgo, por ter elle huma bellida num olho, et outros nomes feyos; mas muito mais com feros, et ameaças, que lhe ha de fazer mal, tirarlhe o mandarinado, et ainda fazer cortar a cabeça. Porem de todos estes medos et invenções, nenhum cazo o fez o bom Christão, antes cada dia se anima mais a favorecer et ajudar em tudo et como pode aos Padres. Referi aqui, ainda que fora de meu proposito, o como o Padre Adão trata este tão grave et bom Christão para que VR. como de argumento a fortiori, conheça o que elle faz a todos os Christãos. Aos quaes (tirando seu criado, et hum seu mandarinete, anão de corpo mas gygante nas maldades, que he o Figulo, Architecto et pintor de todas ellas) tem odio et aborrecimento inexplicável. Nem he de estranhar muito, quando elle o tem noucreal a seus Irmãos et Padres, e a tudo o que he cousa da Companhia, como suas palavras et obras mostrão. A este Christão, com o mesmo intento que seu Amo, procurou cin hiao, per via de terceiro, persuadir que exhortasse ao Padre superior se fosse desta Corte. E depois, a muitos Christãos et mandarinetes do Padre, disse, queixandosse que os Padres superior et Longobardo erão causa do escandalo que avia entre os Christãos et que por isso o seu lao ye, isto he, o Padre Adão, tinha muita tristeza, et que com ella não comia nem bebia; et que elles Christãos, para bem commum, e paz de todos, devião persuadir aos dous lao teu çu, isto he, velhorros, que se sahissem da Corte. Nesta, et noutras praticas chamava ao Padre superior et Longobardo 281
  • lao fu, lao lum. E o mesmo faz a todos os mais Padres da Província, attrevimento et descortezia nunca uzada na China. E não só destes ter¬ mos uzava este moço insolente, com o favor de seu amo, mas de outros mais baixos et desprezativos quando nomeava os Padres superior et Lon- gobardo et mais Padres. Queixandosse et dizendo o Padre João Adão mal do Padre superior, como custuma, a dous Christãos, tomou seu criado cin hiao a pratica, e muito agastado, dando huma palmada na meza a que estava assentado o Padre Adão, disse: Os dous velhorros só tratão de fazer mal ao meu Padre Adão, e acrescentou, gritando: Fazem isto e dizem são pregadores da Ley de Deus ? Que Ley de Deus ? Dizem vem acudir as almas dos outros, et não acodem as suas, amanhãa irão caminho do Inferno. E dito isto, sahio a porta da rua, atraz do Padre João Adão que ia para fora, e batendo com os pés e mãos, começou a gritar em alta voz: Basta que por amor de dous mestres de campo de hum ladrão, ão estes velhorros de affligir et tratar mal ao meu Padre Adão, o qual ouvia tudo, calava *i. 13 et approvava. || Chamava o Padre João Adão ao Padre superior per desprezo: Kieu Uctitl?- xi che tel» isto he, redemptor do mundo, alludindo et insultando que elle nos viera acudir et que não pudera. E a este tom, quando o estudante lhe pedia vinho para dizermos Missa ou alguma outra cousa, com furia et desprezo dizia: Ide pedir estas cousas ao vosso Kieu xi che. Dizia aos Christãos que nosso Senhor mostra muitas vezes a maldade dos homens nos membros do corpo. E trazia por exemplo ao Padre superior et a mim que temos os olhos azueis, que por isso elle. Padre Adão, nos não podia ver. No mesmo dia em que o Padre Adão fez ir o Padre superior ao Tri¬ bunal das Cortezias, et a nos fez por guardas et vigias, chegou, como assima fica dito, o Padre Francisco Ferrari, a quem disse o Padre Adão: os dous que estão na hospedaria real tem agora dous Tartaros de vigia, mas o mal he que os Tartaros vendo que elles são bons homens, logo os deixão, nem tratão de os vigiar. Depois de ter esgotados os nomes et impropérios, deixando os falsos et mentiras, se passou a temeridades, dizendo aos Christãos: Quem me vem aqui inquietar ? dous mancebalhões de pouca idade que nem da Companhia, nem da Missão sabem. Pois aquelle sim li ti, isto he, o Padre Luis Buglio, hontem (alludindo que avia pouco fizera nesta Corte profissão) entrou na Companhia, et o outro gan hoei çu, ainda não entrou, nem he da Companhia. De sorte que os Christãos começarão a duvidar, se éramos nos religiosos, antes a cudar seriamos nos, como os estudantes, que nesta Missão se crião para entra¬ rem na Companhia, et nos perguntarão como passava a cousa, e expli- candolha, ficarão muito tristes, et escandalizados de sua obstinada paixão. Porque ja vou sendo muito comprido em matéria, que só causa tedio et tristeza, deixo o mais que he muito o que podia referir, por me appres- sar a contar o ultimo desatino, se he o ultimo, a que chegou o Padre Adão. Mas para que VR. saiba o como elle estava disposto a esta, et ainda maiores maldades, quero aqui por, não authoridade et testemunho alheo, mas o que elle de si, por sua própria boca confessou. Os Padres todos, 282
  • disse o Padre Adão, não fazem senão rezar et pedir a Deus que me abra et allumie a alma et coração, et com tudo não vejo ategora effeito algum. Em fim, estou ja em tal estado, que me não falta mais que cazarme et tomar huma molher. E ao Padre Longobardo, ingenuamente confessou que sabia muito bem que per amor de 4 cousas se ia ao Inferno. As quaes explicou o santo velho, dizendo serião, 1.*, per ter hum officio que repugna tanto a Ley de Deus. 2.*, per ter impedida nossa liberdade. 3.*, pella prata que gasta malgastada. 4.*, per amor do moço que em caza tem, com tanto escandalo. Estas cousas confessou de si, poucos dias antes que deitasse da Igreja o Padre superior. Tinha o Padre superior et nos avizado et informado ao Padre Vice Provincial do officio et faltas do Padre Adão; mas depois, pella graveza do crime de querer deitar o superior, et outras muitas faltas que delle se souberão, pareceo ao mesmo Padre superior, com consulta dos mais Padres que estavão nesta Corte, que o Padre Francisco Ferrari fosse ao Sul et informasse o Padre Vice Provincial para ver e ordenar o como se avia de proceder com este Padre. Neste meio tempo, foy o Padre supe¬ rior et mais Padres descobrindo et conhecendo do sogeito de tal modo que todos julgavão (et deste mesmo parecer erão os melhores, et bem entendidos Christãos) que de nenhum modo quereria o Padre Adão deixar o officio, nem deitar o moço, nem obedecer a cousa alguma, antes tinha- mos todos por certo que se avizassem, ou lhe mandassem qualquer dos pontos assinados, avia de deitar o superior fora, persiguirnos mais, et fazer outros desatinos. E assi, determinou com nosco o superior que o mais acertado era esperar pella reposta das informações que levou o Padre Francisco Ferrari; et apparelharse o Padre superior primeiro de modo que quando o avizasse, et elle não obedecesse, et o quizesse deitar fora, primeiro o Padre superior se saisse, para evitar peccados públicos do mesmo Padre, et escândalos dos gentios et Christãos, deixando o nego¬ cio a Deus, que lhe daria o remedio como et quando lhe parecesse. Neste meyo tempo, temendosse o Padre João Adão que virião cartas do Padre Vice Provincial, ordenou ao porteiro que se viessem cartas do sul, quaesquer que fossem, lhas levasse com muita cautela, et segredo, sem que o Padre superior, nem pessoa outra o soubesse. Socedeo que aos dous de setembro veyo a reposta das primeiras informações, que o Padre superior et nos mandaramos ao Padre Vice Provincial, et permittio nosso Senhor que ao dar das cartas ao porteiro, estava presente hum moço do Padre superior. Levou o porteiro as cartas ao Padre Adão, o qual a primeira cousa que lhe perguntou foy: se vira alguém de caza || 13 * aquellas cartas ? Respondeo o porteiro: vio as o moço do Padre superior. Chamou então o Padre Adão seus consultores que são seu moço cin hiao et o Anão de que assima fallei; et com elles consultando a tarde inteira, entre as mais cousas que determinarão, parece foy não poder o Padre Adão deixar de dar as cartas ao Padre superior, pois ja o seu moço as vira, nem ainda era tempo de manifestar tão abertamente seu intento et desobediencia, et assi trez ou 4 horas depois da chegada das cartas, por mais não poder, as entregou ao Padre superior. Nellas ordenava o Padre Vice Provincial, que o Padre superior do norte 283
  • fizesse huns apontamentos das rezões que avia para o Padre Adão deixar o officio et outros de suas faltas, et ambos lhos desse para que o Padre Adão ou se emendasse, ou se tivesse que responder, respondesse et satis¬ fizesse ao que se lhe oppunha. Queria o Padre superior per huma parte obedecer a ordem do Padre Vice Provincial, por outra, temia chegasse o Padre Adão ao que assima dissemos, et elle depois chegou. Neste mesmo tempo, lhe deu o Padre Nicolao Longobardo, como seu confessor, amigo et companheiro de tantos annos, hum papel com pias et santas rezões em que o persuadia a que deixasse o officio. O qual o Padre Adão tomou, et para saber o que o Padre Vice Provincial et superior contra elle tinhão, com refolho et fingida sojeição, mostrou folgar com o papel, et disse: E bem só VR. me aviza ? Não sou eu filho da Companhia et religioso, porque me não aviza também o Padre superior do que tem contra mim ? O que ouvindo, a santa innocencia do Padre Longobardo, respondeo: O Padre superior está fazendo huns apontamentos para dar a VR., et logo muito allegre, foy dizer ao Padre superior, que o Padre Adão mostrara sogeitarse ao papel que lhe dera, et querer obedecer ao que lhe mandassem, contando juntamente o como se queixara de o Padre superior o não avizar de suas faltas. E não parou aqui a malicia do Padre João Adão, se não que muitas vezes solicitava ao santo velho que desse pressa ao Padre superior a que lhe desse os apontamentos que lhe queria dar. Por estas rezões pareceo ao Padre superior que o Padre João Adão estava arrependido et disposto a lhe dar os apontamentos que ordenava o Padre Vice Provincial, et assi se poz a fazellos. Mas pello muito dezejo que o Padre Adão tinha de sua emenda, não lhe soffreo o coração esperar que o Padre superior lhos desse mas elle mesmo, indo o Padre superior dizer Missa a caza de hum Christão, abrio com chave falsa o cubicolo do Padre superior et leo os apontamentos que estavão na meza, et porque sabia que lhos avia de dar, os deixou, et furtou hum rol das faltas do moço cin hiao, muitos escritos et outros papeis de negocios que o Padre superior tinha consultado com os Padres, et nos daqui lhe tínhamos man¬ dado. Os quaes levou, et per então se calou. Voltou o Padre superior para caza, et logo achou menos o rol das faltas; et posto que sospeitou o que o Padre Adão fizera, não acabou de se persuadir a tanta maldade, nem tinha então bastantes provas para lho dizer, et muito mais, porque elle dava sinaes de emenda et solicitava os apontamentos per via do Padre Longobardo, como assima dissemos. Pello que pareceo ao Padre superior fazer sua obrigação, et darlhe primeiro os apontamentos do officio, et se elle mostrasse emenda, darlhe depois os de suas faltas. Deolhe pois o Padre superior os apontamentos do officio aos 12 de setembro à noute. Os quaes lidos, deixados os refolhos, et humildade que fingia, disse ao Padre Longobardo, que no seu papel continha huma here¬ sia, a qual era, dizer o Padre velho nelle, que o Rey China não podia obrigar ao Padre Adão a fazer sub pena peccati o officio que fazia. Porque, dizia o Padre Adão, podem os Reys temporaes mandar sub pena peccati o que lhe parecer, ainda aos ecclesiasticos et religiosos, como se (ainda que os Reys possão mandar alguma cousa subpeccato) lhe pudesse 284
  • o Rey China mandar sub pena peccati fazer hum officio que de si he tão escandaloso et peccaminoso, et contrario a Ley de Deus ett. Não he lugar este de tratar et decidir semelhantes questões. Ja VR. pode ver onde esta sua subdola et equivoca maldade, que só o avia com a muita idade, et maior innocencia do Padre Longobardo. Disse mais furiosa et desboca- damente, que os apontamentos que lhe dera o Padre superior, tinhão muitas mentiras, e que nelles o obrigavão a deitar o officio fora, em termo de oito dias; mas que elle nem o officio, nem o moço avia de deitar fora; que responderia a elles, et a resposta que a não avia de dar ao Padre superior, mas mandala ao Padre Vice Provincial, et depois esquecendosse desta promessa, disse que se lhe não dava do Padre 11. u superior, et Vice Provincial, mas que responderia et escreveria a Roma, do que também se esquecendo, disse per muitas vezes, que não tinha dever com a Companhia, nem com os superiores delia, que só tratava de se fazer hum chum chin [±5], isto he, vasallo fiel do Rey Tartaro. Muitos despropositos fallou o Padre Adão naquelle dia, et depois acerca do papel do Padre Longobardo et apontamentos do officio, os quaes despropositos, porque seria infinito referilos, só quero por aqui humas palavras que o Padre Longobardo dizia no seu papel, et o fruto que delias tirou o Padre Adão; et deste desproposito et maldade pode VR. vir em conhecimento dos mais. Em cazo que o Rey (dizia o Padre velho) per sua cegueira, queira fazer mal a VR., não perderia VR. nada nisso, mas antes ganharia muito, pois seria specie de Martyrio, padecendo propter justitiam, de não querer offender a Deus. Atequi o Padre Longobardo. Que fruto tirou o Padre João Adão de tão santas palavras, de tão santa amoestação ? Foy dizer aos Christãos et seus mandarinetes, que o Padre Longobardo cha¬ mava no seu papel ao Rey, cego, et que por isto o avia de accusar, et fazer que lhe cortassem a cabeça. Esta reposta que deu ao Padre Longobardo, foy aos 13 de setembro, o qual dia gastou todo em consultas com os seus dous conselheiros, de que assima falíamos et em fazer libellos infamatorios contra o Padre superior, nos, et mais Padres da Missão. No mesmo dia, ja quasi noute, foy o Padre Adão com quantidade de peças de seda, et prata a caza do mandarim que como ja assima dissemos, da primeira vez chamara o Padre superior ao Tribunal das cortezias, et dandolhe tão grossas peitas, alcansou delle o que pretendia, et logo diremos. E assi se voltou para caza duas horas ja andadas da noute, que gastou com o Anão, seu con¬ sultor (que esta et as duas seguintes dormio na Igreja) traçando o como avião de pór por obra ao outro dia a deitada do Padre superior, et con¬ tinuando na obra dos libellos infamatorios, et memoriaes que contra todos os Padres pretendia dar ao Rey. Ao outro dia, que forão 14 de setembro, pellamanhãa, mandou o man¬ darim peitado hum tum su [±5] (que he o mesmo que interprete do Tri- bunal) à Igreja, o qual juntamente com o Padre João Adão et seu criado cin hiao, forão ao cubiculo do Padre superior, et com grande império, deshumanidade et descortezia, mandou ao Padre superior que saisse da Igreja, dizendo: estas cazas não são vossas, mas são de João Adão, que he mandarim do Rey, que fazeis vos aqui ? Sahivos, sahivos com muita 285
  • pressa, porque quero levar reposta a quem me aqui mandou. Disse então o Padre superior, olhando para o Padre Adão: onde ei de ir ? pois os caminhos estão cheios de ladrões, et soldadesca, com as muitas revoltas que vão; como me ei de por ao caminho, não tendo huma caixa para os gastos delle ? Tornou o Padre João Adão: Ha sinco mezes que consultaes, et ainda não consultastes este ponto ? O que ouvido, começou o Padre superior a recolher seus papeis, et cin hiao, criado do Padre Adão, a dar lhe pressa, et solicitar a saida, não se apartando do cubículo do Padre superior, com tanta insolência, quanta o Padre superior soffreo e o Padre Longobardo estranhou, que entrando no cubículo et vendo o que o moço fazia, disse: Que faz aqui este Demonio ? Sahiose o Padre superior para fora, deixando pella pressa que lhe davão, alguns vestidos et outras cousas, et atraz delle, et como impurrandoo, os trez ministros de tão iniqua acção, scilicet, João Adão, seu moço, et o Interprete; seguirão também ao Padre superior à longe alguns moços de caza, derramando muitas lagrimas de dor et sentimento de verem tanta maldade, injustiça et sem rezão. Deste modo foy exposto o Padre superior per seu súbdito, o Padre João Adão na rua, só, et desemparado de todo o soccorro humano, mas não lhe faltou o divino; pois no mesmo instante apparecerão na rua 3 Christãos, dos quaes hum he criado antigo da Igreja, et agora serve de fora ao Padre Adão, et tem cudado de arrecadar as rendas de suas vargens, o qual dando grandes vozes na porta da Igreja, disse: Que cousa he esta ? Que desatino he este ? que faz o Padre João Adão ? Deita a seu superior fora de sua caza et Igreja. Que há de dizer toda esta Corte ? que honra he a sua ? et qual a da santa Ley de Deus, que ha 70 annos que com tantos trabalhos os Padres tem pregado ? Por ventura he o Padre supe¬ rior algum ladrão, ou mao homem, para assi ser tratado ? para assi ser deitado ? Pois eu não tenho medo de João Adão, eu ei de alimpar este II. v negocio, mas que || me custe a vida. Estas et outras palavras disse este bom Christão com grande zelo et maiores vozes. O que tudo ouvio o Padre João Adão et o Interprete que estavão detraz da porta da rua, ambos brancos et tranzidos com o medo que lhe causava ao Padre João Adão a má consciência que o accusava, et a ambos o temerem que aquelle Christão encaminhasse ao Padre superior ao Tribunal das corte- zias, porque se temião elles disto muito, como aquelles que obrarão tanta maldade à força de prata, e peitas; et per via de hum mandarim pequeno et sem ordem dos principaes; os quaes se soubessem tanta mal¬ dade, não só a estranharião, mas ainda castigarião, como merecia. Nem se derão per seguros, teque per espias souberão que o Padre superior não fora para o Tribunal. Ficou o Padre João Adão muito contente, desabafado, triumphante et vitorioso; et todo aquelle dia gastou em fallar desatinos et urdir novas maldades, fazendo papeis em China, et libellos infamatorios, em que dizia grandes males, falsos et mentiras do Padre superior do Norte, Padre Nicolao Longobardo, de nos, et dos mais Padres da Missão, dizendo que tratavamos de rebellião contra o presente Reynado. Ao outro dia pella manhãa, saindo da sacristia de dizer Missa, disse aos seus criados muito rizonho: Agora si, que estou desabafado daquelle velhorro. Elle queria 286
  • que deixasse eu este officio, que ha seis annos tenho, et em que gastei tantos suores et trabalhos para o ter, e queria que padecesse eu huma tão grande afronta; pois eu agora o deitei fora; et ainda que nisso padeça alguma vergonha, per fim fiz minha vontade, et estou desabafado et con¬ tente. Este foy o fruto que tirou da Missa, et este o quarto de recolhi¬ mento, e esta a pureza de consciência com que chegou et celebrou tão soberano et inaffavel mysterio. Ficou, como dizíamos, o Padre superior na rua, sem saber para onde avia de ir, nem onde se recolher; mas os 3 Christãos que a cazo se acharão presentes, o recolherão numa caza ali perto, e logo avizarão a Cham Plácido, que he aquelle velho et bom Christão de que assima falía¬ mos, et adiante fallaremos; et por elle não estar em caza, Nympha, sua molher, apparelhou hum apozento com muita pressa, et mandou convidar o Padre superior, que foy, et achou tão grande amor et caridade em estranhos quanta deshumanidade et impiedade experimentara nos seus. Mandou logo a boa Christaã avizar et chamar Plácido, seu marido, que estava fora hum dia de caminho, que veyo voando, et com muito zelo et amor, offereceo elle et seu cunhado, Li Marcello, sua caza, fazenda et pessoas, não só para sustentarem ao Padre superior, mas por tão santa causa arriscarem tudo, dizendo que permittira nosso Senhor dar o Padre Adão tão grande erro para elles terem tão grande acerto et ventura de serem hospedes et terem em sua caza a seu pay spiritual, com o que toda sua familia ficava tão rica et approveitada quanto suas almas experimentavão. O que dito, se forão os dous Christãos à Igreja para verem se com boas rezões et mansidão, podião tornar o Padre João Adão ao caminho da verdade, et persuadillo a que conhecesse seu erro, pedisse perdão, et chamasse outra vez o Padre superior para caza. Entrarão, et fingindo não sabião o que passava, depois de outras praticas, disse Cham Plácido: onde está o Padre superior, que fui ao seu cubículo et não o achei ? Respondeo o Padre João Adão: esse velhorro, com os dous ladrões que estão na hospedaria real, et todos os Christãos hoai leao su [tç], isto he, tem danado et deitado tudo a perder. Mandoume que dentro em oito dias deixasse o sello et officio; mandoume que deitasse de caza o meu moço cin hiao. Muita merce lhe fiz, em lhe não fazer cortar a cabeça a todos quatro. Tomou Plácido: Não he agora tempo de questões, nem de res¬ ponder a essas cousas, mas de VR. com muita pressa chamar outra vez para caza o Padre superior, antes que na cidade et Tribunaes se saiba tão grande erro, et com bons termos dar satisfação ao que elle lhe ordena. O que ouvindo o Padre João Adão, com furia se levantou da cadeira, et batendo com os pés et mãos, disse: Ainda que eu viva dez mil annos, nunca consentirei que elle mais entre nesta caza, nem deitarei meu moço fora delia. E bem mostraes serdes vos hum bruto et que não sabeis o que dizeis, pois me aconselhaes taes cousas. Quem vos mette com minha caza ? Respondeolhe Plácido com muita mansidão. Eu ategora, sabendo muitas faltas de VR., nunca lhes quis dizer, assi porque VR. era meu pay spiritual, como também porque VR. não soffre que o avizem, mas só quer que o louvem. Porem agora nem VR. he ja meu pay spiri- 287
  • II IS tual, pois deitou com tanta afronta da caza que não || he sua, a seu et meu pay spiritual, et porque ja não ha rezão de o temer, lhe ei de dizer o que entendo, para que VR. caya no erro, et se emenda, et não de tanto escandalo quanto dá a esta Christandade, avendo de lhe dar muito exemplo. Como pode VR. dizer que os Padres et Christãos tem deitado a perder tudo; pois VR. não só não quis receber os dous Padres em caza, querendo os Tartaros polos nella, mas os impedio a elles a sairem, et a nos os Christãos a procurarmos sua saida. Há dous annos que os tem VR. fechados. Faz nisto sua vontade, satisfaz a furia de seus appetites, et não teme o Divino Juizo, que lhe há de perguntar não só per estes males, mas pellas almas que se perdem, et que os Padres neste tempo podião ter convertidas et bautizadas ? Nisto se pode ver quem tem deitado a perder tudo, os Padres et Christãos ou VR. ? Tornoulhe o Padre João Adão mali¬ ciosamente, como custuma: Não ei de arriscar minha vida por acudir as suas. Respondeo Plácido: Bem fora está essa reposta do que VR. ja numa pratica naquella Igreja nos ensinou, trazendo por exemplo para no6 per¬ suadir, ao amor et caridade a que mostrara o santo Moyses, pedindo ao Senhor que antes o riscasse a elle do livro da vida que castigar a seu povo tão rigorosamente; quanto mais, que sabemos muito bem que o não acudir VR. aos Padres, não he medo de perigo, pois não ha rezão de o aver, mas paixão de VR., et medo de companheiros que sejão teste¬ munhas do que VR. et seu moço cin hiao fazem. Porem deixando este ponto, tornemos ao que agora tanto importa a gloria de Deus, et honra de VR., que he chamar VR. seu superior para caza, et com bom modo, dar satisfação et responder ao que elle lhe manda. Pois ainda está VR. a tempo de acudir a tão grande erro; porque se VR. fez isto, como sabemos fez, per via de prata et mandarins pequenos, não tem nenhum inconve¬ niente o tornar a chamar o Padre superior. Se per via do principal man¬ darim das cortezias, como VR. diz, também não he inconveniente, pois assi como elle veyo em VR. deitar a seu superior, também, antes mais facilmente virá em VR. o tomar a recolher; quanto mais, que em ponto de tanta importância, não ha inconveniente que possa impedir sua exe- cusão. Respondeo o Padre João Adão: Se aquelle velhorro me entra mais em caza, logo o mandarim lhe há de cortar a cabeça. Ouvida esta reposta tão impia et obstinada, entrou o bom velho Christão em zelo, et alcansando que o Padre João Adão não he daquelles que se levão per brandura et rezão, mas por ameaças et rigor, accres- centou: Ainda que em toda esta pratica VR. bateo com os pez, et com as mãos, e me chamou muitos nomes, não se me deu disso, cudando viria no bem que lhe eu persuadia, mas ja que vejo que per maldade et obstinação, quer continuar em tão grande peccado, não posso deixar de lhe dizer o que sei et entendo. Digame, Padre Adão, veyo VR. com tantos trabalhos de Europa, caminho de tantas mil legoas a pregar a Ley de Deus, ou a buscar mandarinados, honras et commodidades desta vida ? Mandouo a esta Corte o superior para acudir por elle et pellos mais Padres, ou para fazer mal aos Padres, et a elle deitar de caza ? Digame, em que se distingue VR. dos bonzos ? Ou para melhor dizer, como não se envergonha de ser peior que os bonzos ? Pois até hoje não sabemos 288
  • que bonzo algum deitasse tão ignominiosamente fora da varela a seu maioral. Confessa VR. ja o que o bonzo velho confessou a seu discipolo, que lhe estranhava a má vida, que elle as escondidas fazia, dizendolhe: Filho, não te canses, todas estas cousas que per fora fazem os bonzos, e eu te mando fazer, são huma mera patranha, nem tem outro uzo mais que ganhar de comer; et assi não trates de outra cousa se não de levar boa vida. Assi he VR., assi nos ensina agora. Diz Missa, pratica, et amoes- tanos; et não só as escondidas, como os bonzos, mas ainda ás publicas, vive como Deus sabe, et toda esta Corte murmura. Que cousa he isto, se não dizernos que o santo sacrifício da Missa, o bautismo, mais sacra¬ mentos et preceitos de santa Ley que tudo he patranha et invensão de ganhar vida ? Se estes santos mysterios são verdades, como creyo são, como diz VR. Missa ? Como faz os mais ministérios, commettendo tão grandes peccados, sem se querer emendar ? Se são patranhas, como mos¬ tra seu ruim proceder, porque nos não desengana ? porque he tão cruel que só para si quer os gostos desta vida ? guei xin mo tam co [±5] go muen ti cum fu [±5], isto he, para que nos engana et impede nossos gostos. Ensinanos que não tomemos concubinas, que não procuremos os gostos desta vida, et VR. vive tão mal ? Que he isto, senão ser como os bonzos d ou peyor que a mesmos bonzos ? Pois elles, como cegos, não seguem o verdadeiro caminho, et o que seguem, lhe mostra ser errado, se apagão dos gostos desta vida; mas VR. que sabe que a Ley santa que ensina he verdadeira, et com tudo, com tanto escandalo a offende, et despresa seus mandamentos et preceitos, não he ser peyor que os Bonzos ? Pois desenganasse, que nos cremos todo quanto ensina a santa Ley, et que nem por amor de VR. entramos nella, mas pella verdade, et rezão, que nos convence, nem per sua má vida et exemplo avemos de deixala. Só protesto que eu e meu cunhado que aqui está, lhe pedimos com toda a instancia que podemos, torne em si, et chame seu superior para caza, et deite delia este moço, causa et escandalo de tantos males, et que se o não quizer fazer por amor de nos, que amanhaã lhe ão de vir fazer a mesma petição todos os Christãos, e que se ainda os não quizer ouvir, que lhe não avemos de ouvir sua Missa. Respondeo o Padre Adão: A Missa eu ei de dizella, pois não tenho peccado que me impida, pois o peccado todo he seu desse velhorro. Se vos e os Christãos a quizerdes ou não quizerdes ouvir, está em vos, que a mim pouco se me dá disso. Quanto ao chamar esse velhorro para caza, não ha que tratar, nem menos de deitar fora o meu moço, não avendo rezão para isso; pois he muito bom filho, et assi não he justo fazerlhe tão grande aggravo. Ao que Plácido tornou : VR. parece que com o peccado que commetteo em deitar seu superior de caza, ficou fora de si. O que dorme acorda, et o bêbado torna depois em si, et se arrepende dos desa¬ tinos que na bebedisse fez; e VR. ainda não acorda ? ainda está fora de si ? Pois apparelhesse, que se se não emenda, et se com toda a pressa não chama seu superior, que avemos de escrever et entalhar em taboas esta et outras muitas maldades suas, que sabemos; et as avemos de pre¬ gar nos lugares públicos et levar pellos Tribunaes desta Corte, para que todo mundo saiba et estranhe tanta maldade. E depois ha de vir hum 289 II. IS v 19
  • mao homem que para isto está determinado, et quando VR. dicer Missa, ha de pegar de VR. et o ha de arrastar pella Igreja até a porta da rua, et em presença de muitos, lhe ha de rasgar os vestidos sagrados, pois não he digno de os vestir, quem tão mal vive. Disse isto o Christão para lhe meter medo, que na verdade teve alguma, mas tão obstinado estava aquelle coração, que só olhava a satis¬ fazer sua furia et paixão; e assi como não queria fazer o que o Christão lhe aconselhava, et por outra parte, temia farião o que lhe ameaçavão, tirou então dos libellos infamatorios et mostrandoos aos dous Christãos, disse: estes ei eu de publicar, et ei de fazer com que cortem a cabeça aos dous velhorros et aquelles dous ladrões, que estão na Hospedaria Real, pois me mandarão que em espaço de 8 dias deixasse hum officio que tanto trabalho me custou em o acquerir. Tornou Plácido: muita merce fará VR. aos Padres, se por tão santa causa os fizer matar. Respondco o Padre João Adão, dando huma rizada: Boa graça esta essa. Quereis dizer que serão martyres se os eu fizer matar; pois não serão martyres, não; porque os dous da Hospedaria Real morrerão por murmurarem de mim, e os dous velhorros pellos ouvirem, et me persiguirem. Concluyo Plᬠcido : Dizer eu o que tenho dito, não me moveo respeito algum parti¬ cular, mas o zelo e amor que tenho a santa Ley, que com este tão feyo peccado de VR. vejo tão abatida et desacreditada; et em perigo de se acabar o fruto dos trabalhos do Padre Matheos Ricio, et dos mais Padres, que por espaço de 70 annos, cultivarão esta Christandade, et VR. agora per seus appetites num momento deita a perder sem temor dos homens, nem de Deus, do que o mesmo Senhor, quando nesta vida dissimula, lhe ha de dar na outra gravíssimo castigo. Dito isto, se sahirão os dous Christãos, et encontrando na porta da Igreja aquelle Anão, que era o escrivão et autor dos libellos infamatorios. Li Marcello o tomou pella mão, et chamandoo per seu nome, que só o nome tem de Christão, disse : João, vos fazeis aquelles libellos contra os Padres, fazeinos merce de nos escreverdes também com elles, et adverti, que eu me chamo Li xin hiuen; e que com minha molher et mais familia, somos 21. E meu cunhado se chama Cham xui yu, e com toda sua familia são 27. Todos queremos morrer com os nossos Padres, pois não he bem que os pastores morrão, n 16 et as ovelhas fiquem. || Ao outro dia pella manhaã muito cedo, veyo o velho Plácido à Igreja, et se poz a porta, não permittindo que Christão algum entrasse a ouvir a Missa do Padre João Adão, a qual acabada, entrarão et ouvida a do Padre Nicolao Longobardo, sahirão, que per todos erão 64 Christãos, et unidos num coração et levados de santo et bom zelo, se forão à sala dos hospedes, et mandarão chamar o Padre João Adão, que vindo, postos os Christãos todos de joelhos, et batendo a cabeça, fallou o velho Plácido desta maneira: Vimos aqui todos os Christãos, para pedirmos a VR. que ponha os olhos na gloria de Deus, na honra de VR., et dos mais Padres, e no bem desta Christandade, pois todas estas cousas dependem de VR. mudar de parecer, et chamar outra vez para caza o Padre superior. O erro que VR. commetteo, pode ser foy repentino, et ainda que estra¬ nhado, muito mais louvado et de estimar será o acerto de chamar a seu 290
  • superior. Edifiquenos, VR. em depressa deixar seu erro, ja que tanto nos escandalizou em o commetter. Veja VR., que os Christãos et fer¬ vorosos tem occasião de se tomarem tibios, et os novos et tibios de mais se resfriar, et os gentios de maldizer et murmurar. E dos males et peccados que daqui se seguirem, será VR. causa principal, et como a tal, castigara nosso Senhor rigorosamente. Pello que todos com os giolhos et cabeças em terra, pedimos a VR. que deixada toda a paixão, deite este moço tão escandalozo, fora da Igreja, et torne a chamar o Padre superior. A esta petição tão justa et santa, respondeo o Padre João Adão com gritos et com as mentiras et palavras subdolas, com que sempre urde et tesse suas praticas et obras, dizendo: Aquelles dous que estão na Hospedaria Real estiverão com aquelle Ladrão, e assi eu não lhe posso acudir, posto que fiz, quanto pude, fallando por elles aos Régulos et mandarins, et elles persuadirão ao velhorro do Furtado que me man¬ dasse deixasse o officio em espaço de 8 dias. (E a estas, accrescentou outras muitas falsas, mentiras et insolências, que por brevidade deixo, e que se entenderão do que os Christãos lhe responderão, como adiante se verá.) Pello que, continuou o Padre Adão, eu tomei paixão, e fuy dizer ao mandarim supremo das Cortezias, que elle me mandava deixasse o officio do Rey, et o mandarim me respondeo: Isso não se pode fazer, esse velhorro não sabe o que diz, quer que lhe cortem a cabeça ? Pera tirarmos questões, idevos embora, que eu mandarei logo lá hum homem que o deite fora de vossa caza, e ficará tudo acabado. Instou Plácido: He verdade foy paixão repentina, agora que VR. ja ve o erro que fez, torne a chamar o superior. Ao que tornou o Padre João Adão com gritos et furia, dizendo que não se cansassem, que nem avia de deitar o moço fora, nem chamar o Padre superior. Continuou então Plácido com o seguinte; e pedindo audiência aos Christãos, disse: Saiba VR., Padre João Adão, que o Padre Francisco Furtado, supe¬ rior do Norte, está em minha caza, et que não tenho medo, nem de VR., nem de suas ameaças. E virando para os Christãos : Saibão VsMs. que o que o Padre João Adão agora aqui disse tudo he falsidade et engano, porque eu perguntei tudo ao Padre superior, et a outras pessoas que forão testemunhas de vista et ouvido. E fallando com o Padre Adão, disse: Quanto ao que VR. diz, que fallou pellos Padres aos Régulos et mandarins, esta era a obrigação de VR.; porem sabemos que fez o con¬ trario, dizendo sempre muitos males que nos Padres não avia, do que nos todos, os Christãos presentes, somos boas testemunhas; et assi como VR. a nós nos dizia cousas tão falsas dos Padres, assi et muito peyores as diria, como per outra via nos consta disse, aos Régulos et mandarins. E senão, digame VR., a que fim, quando os mandarins tartaros per huma vez, et os mandarins chinas per outra, vierão a esta Igreja, per¬ guntar a VR. se conhecia os dous Padres ? Respondeo VR. que os não conhecia, que não erão seus Irmãos, que não erão do mesmo Reyno, nem da mesma caza, nem cousa sua. Tomou o Padre Adão, ja sem rebuço, confessando o que de antes negava: Assi he, et assi respondi. Instou Plácido: Pois não he isto hum grande peccado de VR. ? não he huma grande maldade ? que se dissera, como convinha dizer, que erão Irmãos, 291
  • da mesma caza ett., logo os avião de mandar para caza. E o estarem os Padres ha dous annos reteudos, não he VR. o que os retem ? E as almas que elles podião ter convertido, não ão de pedir justiça de VR. ao Senhor? Digame VR. mais, a que fim || deu peitas para que os Tartaros posessem vigias apertadas aos Padres, para que não pudessem sahir de caza, nem viesse a esta Igreja, nem communicassem com o Padre superior. Faz VR. estas maldades, et commette estes peccados, et ainda cuda nos engana, dizendo que fez et aconteceo por livrar os Padres ? Quanto dizer VR. que o Padre superior apertara muito com VR. et que porisso o accusara ao supremo mandarim das cortezias, não sei com que verdade VR. possa dizer isto, pois sabemos que o dizer VR. que lhe mandara que deixasse o officio dentro em oito dias, não passa assi, pois no papel que o Padre superior deu a VR., dizia que era ordem do Papa, que os que tivessem livros prohibidos, os deitassem fora dentro em 8 dias, os quaes 8 dias se podem estender ainda à muitos mezes, com tanto que faça VR. logo todo o possível per lançar de si o officio. E isto está muito claramente escrito nos apontamentos, mas VR. só toma o que lhe serve, para capiar sua paixão, que foy tanta, que mal esperou et dissimulou hum dia, mas logo deitou fora seu superior, acção com que destruyo et deitou a perder o u lun, isto he, as sinco ordens, com que se governa todo o mundo. VR. he religioso et está sogeito a seu superior, se VR. tem peccado, et seu superior o não reprehende, fica elle também obrigado ao tal peccado. O Padre superior fez sua obrigação, VR. não só não fez o que devia, pois devia obedecer, ou dar rezão, se a tivesse, mas furiosamente deitou seu superior fora de caza, acção per certo que nem hum gentio se attreveria a fazer, não digo a pessoa de tanta idade, auto¬ ridade et obrigação per tantos titulos, mas nem a hum desconhecido. Diz VR. que o Padre superior apertou muito com VR. para que deixasse o officio, et por isso o deitara fora. E os dias passados, que VR. pretendeo deitalo fora, et o fez ir ao Tribunal das Cortezias, em que apertou com VR. ? Pois assi como então, sem apertar com VR., só levado de sua má inclinação et cega paixão, o pretendeo deitar, assi com a mesma agora sem elle apertar com VR., o deitou fora; quanto mais que nenhuma cousa, nem aperto algum, quando o ouvesse, era causa bastante para VR. chegar a tão iniqua et escandalosa acção, e assi não cuda VR. que nos engana. Quatro ou sinco dias antes que o Padre superior desse a VR. os apon¬ tamentos do officio, foy o mesmo Padre superior a minha caza dizer Missa da confraria da Senhora, e VR., entretanto, com chave abrio a porta do seu cubículo, et furtoulhe muitos papeis de segredo, et importância. Em que cousa tinha então o Padre superior apertado com VR., para que fizesse tão grande desatino et commettesse tão grande peccado ? Res- pondeo o Padre João Adão: se eu não abrisse o seu cubículo et não tomasse estes papeis, como poderião elles chegar às minhas mãos ? E dizendo isto, puxou por elles, et começou a ler: Fulano et Fulano, nomeando alguns Christãos, dos quaes se temia, erão os que denunciavão suas cousas, ameaçandoos que lhes avia de fazer mal. E este foy o arre- 292
  • pendimento de tão grave peccado, mostrar os papeis que furtara sem temor de Deus, nem vergonha dos Christãos. Continuou Plácido. O que se diz nesses papeis não cude VR. que he hum só, nem dous, ou tres, mas todos os Christãos, et ainda gentios desta Corte o dizem et publicão. Tornou o Padre Adão: Tudo quanto se diz he falso, pois eu não tenho peccado algum, et muito menos o que dizem de meu moço cin hiao. Instou Plácido: Não he este lugar, nem tempo para contar todas as faltas de VR., mas vejamos só a quotidiana obrigação de VR. Veyo VR. de Europa para salvar almas. Mandoulhe o superior que estivesse nesta Corte, deudhe estas cazas, et os brincos dclles para cha¬ mar com ellas os gentios et depois mandalos para sua caza com a santa Ley no coração. E VR. que faz ? Vem hum gentio et pergunta pella santa Ley, et VR. deixando sua obrigação, mostralhe seus brincos et horta, et praticalhe taes praticas, que nem hum devasso secular tal falia, o que vendo o gentio, que vinha buscar saude para a alma, se vay dizendo mal, et escandalizado da santa Ley pello que ve et ouve a VR. Isto não he peccado ? Isto não he ser peyor que os Bonzos ? que em fim estes quando ides à sua varela, vos praticão suas patranhas, et de nenhum modo fallão palavras indecentes, como VR. falia, e ainda VR. diz que não tem peccado ? No que toca ao moço de VR., digame VR., que quer dizer assentarse elle no chão, et encostado aos pes de VR., olhando com olhos quebrados para VR., cantar cantigas lascivas et deshonestas ? Que quer dizer tra- zello VR. nas ancas de cavallo com escandalo dos que o virão ? Que querem dizer aquellas trovas que se fizerão num Tribunal desta Corte, murmurando || com palavras baixas et ridículas do trato e amizade «• n que dizem VR. tem com seu criado ? Et alem destes et outros muitos cazos et historias que VR. sabe et leo no rol que apanhou no cubículo do Padre Superior, das quaes, se VR. as nega, não faltão entre os pre¬ sentes muitas testemunhas que se VR. quizer, logo dirão o que virão et ouvirão. E como o Padre João Adão se calasse, como aquelle que não tinha que dizer a tanta evidencia. Concluyo o velho Plácido: Se isto he verdade, como he, como diz VR. Missa ? Como recebe o Senhor em seu peito todos os dias ? Pois tomo a dizer a VR. o que já atraz disse: O Padre superior está em minha caza, nem temo a VR. nem suas ameaças, antes o que diz, que lhe há de fazer cortar a cabeça, et aos dous Padres que estão na Hospedaria Real, sera fortuna grande dos Padres et minha et de toda minha familia, se em tão ditoza sorte os acompanhar; porem não tem VR. tanto poder, nem o Rey et mandarins virão jamais em tão grande maldade. Se VR. não deita este moço fora, et não chama seu superior, de hoje em diante o não conheço por meu pay spiritual, nem quero participar em cousa alguma com VR. E o mesmo farão todos os que se presão de serem Christãos, et zelosos da gloria de Deus, et honra dos nossos Padres et Mestres, de que VR. tão monstruosamente tem dege¬ nerado. Acabou Plácido sua pratica, et logo outros Christãos fizerão as suas. Entre os quaes forão 2 velhos de muita idade, et maior zelo. O l.°, per nome Jacinto, disse: Como consente VR. à sua ilharga e meza aquelle Anão ? Sendo elle tão mao homem, que he o tramador et urdidor de 293
  • todas estas maldades et erros que VR. commette. Não vejo a VR. tratar com mandarins et pessoas graves, nem acconselharse com bons, mas tratar, beber, comer, tomar conselho, et passar as noutes em cantares et come- zanas com este Anão, com escandalo da vizinhança que fora de horas ouve os tambores et estrondo na caza de Deus. E isto he virtude ou peccado ? Permittir VR. que seu criado cin hiao se ponha à porta da capella da Senhora quando se faz a confradia das molheres, et esteja vendo et roubando com maos olhos a pudicícia das molheres alheas, dizendo, a molher de fulano he feya, e a de fulano, o que fermosa molher! A isto chama VR. innocencia de seu criado ? Chamolhe eu desaforo muito grande, et gravíssimo peccado et escandalo, et causa de muitas molheres não virem ouvir Missa, nem confessarse. O 2° velho, per nome André, disse: Ficou aqui hum ponto que estes senhores não tocarão. Disse VR., que esta caza et Igreja são de VR., et que a Companhia et o Padre superior já não tem nellas cousa alguma, nem no que nellas está. E as rezões que VR. dá são estas. Diz VR. aos Tartaros et hospedes que quanto está de brincos, livros, et curiosidades de Europa, tudo VR. comprara na sua terra, et trouxera comsigo, e que as cazas conservara VR., assi quando os ladrões tomarão et fugirão de Pe Kim, como quando os Tartaros vierão ao principio, et este anno dei¬ tarão o povo China fora dos muros. Primeiramente sabemos que os brincos et livros et mais cousas que nada VR. trouxe, nem comprou. As cazas guardou as Deus de fogo, pois queimando os ladrões as vizinhas, nunca puderão queimar a Igreja que VR. deixou, fugindo para fora dos muros, onde achou maior perigo que na Igreja que deixara, e assi se tomou et a achou conservada per Deus. E VR. esquecido deste beneficio que foy obra Divina, attribue tudo a si. Depois, quando os Tartaros vierão, et quando deitarão o povo, nem pretenderão deitar a VR. fora, nem isso lhe fallarão huma palavra. E assi não vemos que VR. tenha esses merecimentos et trabalhos, et quando os tivesse, convinha assi, et nem por isso pode dizer que as cazas et tudo o mais he seu, pois tudo he da Companhia. E muito menos pode VR. dizer isto da Igreja, a qual foy feita pello Padre Matheos Ricio de boa memória, a quem eu servi per muitos annos, et cujas santas mãos recebi a agoa salutifera do bautismo. Melhor será a VR. humilharse, confessar a verdade, pois conforme sua regra, et o que professa, não pode dizer que huma linha he sua. Entregar tudo à dispo¬ sição do superior, et chamalo para Caza, et deitar delia este moço que he causa de tanto escandalo et de tantos males. Acabarão os dous velhos, e logo hum mancebo tartaro de vinte annos, que avia poucos mezes se bautizara, per nome Simão, disse: Padre João Adão, minha pouca idade, et menos tempo de Christão pedião não fallasse fi. 17» em presença de tantos Christãos tão antigos, et de || tanta autoridade, mas o zelo da verdade que conheço, et a que nosso Senhor me trouxe per sua misericórdia, et o amor que VR. et aos mais Padres trouxe de tão longe, só a nos ensinarem tão santa et celestial doutrina, me obrigão. Devia VR. Padre João Adão de advertir que vay muito, ou tudo está na cabeça a respeito das mais partes do corpo, se esta não governa, todo o corpo perde o governo et meneyo necessário. Como quer VR. que eu, 294
  • mancebo de pouca idade, et Christão de quatro dias refreye meus appeti- tes, se vejo que VR. solta a redea aos seus. Tome VR. ao caminho devido, et dé nos exemplo. Veyo de Europa para nos encaminhar ao Ceo, et agora nos convertidos de hontem o encaminhamos para o mesmo Ceo, et VR. não quer se não ir para o Inferno ? Grande lastima por certo ! Em grande perigo poem sua salvação, et a de muitos. Pergunto a VR. se VR. nesta sua horta tivesse huma flor de estima, et visse que se ia secando, avia de buscarlhe o pè, et achando o bicho que lhe roya a rais, et era causa de ella se secar, por certo que com muita pressa avia VR. de deitar fora o tal bicho. Pois assi passa, assi deve VR. fazer a este bicho peçonhento do moço de VR. que dana et faz secar a fermosa flor da santa Ley; deitey o VR. fora com presteza, et chame a seu superior, et tudo ficara como de antes; todos nos confessaremos por discipolos de VR. Converterse ão muitos ao Senhor, que minha may et eu temos abalados, os quaes se souberem o que VR. agora faz, sem duvida tomarão atraz, et nos fica¬ remos envergonhados, a santa Ley abatida, et VR. devedor destas almas, com estes peccados et com outros muitos que delles se seguirão, dos quaes nosso Senhor lhe pedirá muito estreita conta. Ouvio o Padre João Adão todas estas rezões com os olhos em terra, porque se ao principio se mostrou furioso, depois com a multidão et con¬ fusão de suas faltas, ficou como mudo, et fora de si. E assi com sinaes, não de emenda, mas de desesperação et obstinação, indo com ambas as mãos ao pescoço, respondeo: Conforme o que vos todos dizeis, não me fica outro remedio senão enforcarme. E assi se recolheo ao seu cubículo, e os Christãos se sahirão todos attonitos et pasmados, et entre si dizião: Vos vedes, que duro et impedirnido coração. Outros, que já o Padre João Adão não parecia homem, mas cão danado, que não conhece dono et senhor, mas ja morde neste, ja naquelle. E outros: Vos vedes quam pi ti [±5], isto he, quam acourado et encorreado tem o rosto que fefi'] com se lhe dizerem tantas et taes cousas, nunca se lhe fez a face vermelha! Saidos os Christãos, huma Senhora tartara, molher que fora de hum Vice Rey, Christaã de pouco tempo, per nome Justa, et may do mancebo de quem assima falíamos, chamou ao Padre Adão a capella da Senhora. F depois de huma gravíssima pratica, concluyo: Padre João Adão, com pressa chame VR. seu superior para caza, et deite fora este moço. Veja VR. que não só os Christãos et Chinas gentios, mas todos os Tartaros fallão et murmurão de VR. taes cousas, quaes eu, et todos os que dezeja- mos o bem da Christandade, nem com o rosto cuberto, podemos ouvir. Murmurão de VR. que he cubiçoso, e nesta matéria trazem et contão muitas historias. Dizem que he VR. muito soberbo, que trata mal aos homens. Que he hum emburulhador, dando repostas emphibologicas quan¬ do diz a bonadicha, com o que só pretende ganhar prata, peças de seda, et outros presentes. Mas sobre tudo se murmura do ruim trato que VR., dizem, tem com seu moço. E na verdade as historias que se contão et a affeição que VR. lhe tem et mostra, são bastante occasião de se crer o que se diz. E se não, onde ha hum filho por amor de seu criado deitar fora de sua caza a seu pay ? OPadre superior não he pay de VR. ? Não 295
  • II. 18 m&m digo a seu Pay, mas onde ha deitar à seu Deus de caza et da alma, por amor de hum vil e baixo criado ? Pois este he VR., que por não apartar de si seu criado, deitou fora seu superior, e nelle a seu Deus, a quem elle representa, et VR. muito offende. Tome em si, Padre João Adão, não nos escandalize aos que de novo recebemos a santa Ley, não nos faça duvidar de sua || verdade. Não queira cudemos he VR. et os mais Padres, como os Bonzos. Não queira que creamos que não tinha na sua terra que comer, et que só a este fim veyo a China. Não queira VR. confirmar a todos o feyo nome que tem de homem vicioso, principalmente na matéria de seu criado. Não queira que se confirmem no titulo que dão a VR. os Régulos et grandes desta Corte de hoen cham lao teu çu [±5], isto he, velhorro emburulhador. Veja VR., que tenho muitas almas, et cazas de Tartaros inteiras, abaladas et convertidas, a que querem receber a santa Ley. E se ouvirem et souberem esta maldade de VR., que todos tomarão atraz com descrédito da santa Ley, e deshonra minha; que me deitarão em rosto, et dirão: Que Ley nos trazíeis a caza ? Tal mestre, tal Ley. A estas, et outras muitas rezões que deixo, que esta grave Christaã com eloquência natural que tem, lhe soube accumular, respondeo o Padre João Adão hum tão desatino, que não me attrevo eu aqui a referillo. Porque se elle levado de sua obstinação, não temeo vomitalo, temo eu, et tremo escrevello. Do que não padeceo a boa Christaã pouco escandalo, posto que depois, sendo informada da verdade, conheceo a maldade e endurecidas entranhas do Padre João Adão. A quem vendo, não approveitava, deixou, et se sahio toda lastimada et desconsolada de ver seu tão miserável estado, e que nenhum sinal dava de se poder jamais arrepender. Não parou aqui a dureza et obstinação do Padre João Adão, mas continuou com varias traças do deitar ao Padre superior fora da caza dos Christãos Plácido et Marcello, e totalmente desta Corte; ja mos¬ trando aos Christãos libellos infamatorios contra elles, et contra nos, e memoriaes em que nos queria accusar, et a todos os Padres da Missão de crime laesa maiestatis, se o Padre superior se não partia, já enganando e mostrando livros a santa innocencia do Padre Longobardo, que dizia forão feitos pello Padre Francisco Sambiasi em serviço do Rey China que reynara em Nan Kim, nos quaes livros dizia estavão os nomes do Padre Manuel Dias, Vice Provincial, do Padre Francisco Furtado, superior, do Padre Sambiasi, do Padre Julio Aleni, do Padre Luis Buglio et Gabriel de Magalhães, et que a todos nos avia de fazer cortar a cabeça. Ja dizia, que tal mandarim dera hum memorial contra nos por termos estado com aquelle ladrão, que ja dera a seu criado cin hiao tresladados em China todos os papeis que tomara ao Padre superior para que elle accusasse aos Padres do que nelles se dizia. E outras infinitas maldades que cada dia fingia, ameaçando os Padres et a todos os Christãos que favorecerão tão santa causa; o que tudo deixo por não enfadar a VR., e porque bem se deixa alcansar do que fica dito o que se podia dizer. Por alguns inconvenientes que se temião, forão os Christãos seus mandarins verse com o Padre João Adão com cortezia, et palavras em que lhe mostravão a antiga sogeição. E o fruto que elle daqui tirou foy com muita soberba, furia et agastamento, dizerlhes: Nem em Europa, 296
  • onde o povo sostenta os seus sacerdotes, se attrevem a govemarlhe sua caza et pessoas, quanto mais vos a mim, que me não daes huma caixa para minha sostentação. Pello que daqui em diante, ainda que me vejaes furtar, tratar com mas molheres, et fazer outros peccados semelhantes, não seja nenhum tão attrevido, que me diga alguma cousa, segui a Ley que he santa, não se vos dé do que me virdes fazer. Depois que o Padre João Adão soube que o Padre superior estava em caza dos dous Christãos Plácido et Marccllo, não se pode explicar as traças que urdia, os medos que punha, as ameaças que cada dia fazia, instando sempre que se fosse o Padre superior desta Corte, de cujo effeito, alem de outros desatinos, mandou ao Padre superior per via do Padre Longobardo, os que se seguem. l.°, que se lhe não dava nada do Padre superior, Francisco Furtado, nem do Padre Vice Provincial, Manuel Dies. 2.°, que não avia para que lhe mandassem Padre algum por com¬ panheiro. 3.°, que se quizesse, que podia fazer mal aos dous Padres que estão na Hospedaria Real. 4.°, que podia fazer mal aos dous Christãos Plácido et Marcello. 5.°, que não estava bem o Padre superior em caza daquelles Christãos, que se fosse para a Província de Xan tum, ou para qualquer outra parte que lhe parecesse. Ultimamente referi o Padre João Adão que elle fora ao supremo man¬ darim das cortezias accusar ao Padre superior || por lhe mandar que fl-18 v deixasse o officio, no que este pobre Padre commetteo dous peccados. l.°, confessando sem vergonha, nem arrependimento de si huma maldade tão grande, só afim de com isto metter medo, et mais facilmente persua¬ dir ao Padre superior sua saida da Corte. 2°, levantandosse assi hum falso, et mentindo tão abertamente, dizendo que fora accusar o Padre superior ao supremo mandarim das cortezias. Do que consta evidente¬ mente o contrario (alem de outras rezões que por brevidade deixo) pellas seguintes. Primeira, porque aos 13 de setembro à noute foy o Padre João Adão a caza daquelle mandarim como ja assima dissemos, et não o achando em caza, peitou seus criados com amarrados de caixas, que lhe fossem buscar seu amo, ao qual em vindo, deu quantidade de prata, et peças de seda, pedindolhe que deitasse o Padre superior fora da Igreja, et o mandarim lhe prometteo que o faria, como ao outro dia fez, como ja dissemos. Isto foy referido pellos mesmos moços de caza que acom¬ panharão o Padre Adão nesta empreza. 2.°, que Simão, aquelle mancebo Christão tartaro, de que assima fallei, tamque aliud agens, perguntou ao Interprete que deitou o Padre superior da Igreja: Ouvi dizer que tal dia vos achareis numa matinada em caza de João Adão, que couza foy aquella ? Respondeo o Interprete: Não foy outra cousa se não que João Adão tem odio et inimizade com hum velho da sua terra que estava em sua caza, et pu hao y su [±5], isto he, não lhe ficava tão bem deitallo elle mesmo fora, et assi valeose de nos. Instou Simão: Sabe o supremo mandarim das cortezias disto ? Tomou o Interprete: Elle he homem de Reyno estranho, et assi bastamos nos para o deitar fora; que necessidade ha de fallar nisso ao supremo mandarim ? Terceira, que à instancia de Cham Plácido, hum Tartaro, amigo do mandarim que recebera as peitas, por rodeos lhe fallou neste negocio, et o mandarim confessou a mesma 297
  • verdade, posto que com refolhos et não tão simplesmente como o Inter- 'L' Prete, dizendo: Na lao gin yeu lh sin [±5], isto he, esse velho he homem de dous corações, pois não quer que João Adão sirva ao Rey, mas lhe manda que deixe o officio. Instou o Tartaro: Deitar o velho fora foy ordem do Li pu ta tam, isto he, do supremo mandarim das cortezias ? Tomou o mandarim: Que dizeis ? Se o supremo mandarim o soubesse, avia de cortar a cabeça a esse velho. Esse era o intento de João Adão, dizello ao supremo mandarim, mas eu lhe disse, para que quereis fazer tanto mal a esse pobre velho estrangeiro ? basta que eu volo deite fora de caza, et assi mandei a caza de João Adão hum Interprete do nosso Tribunal, o qual fez logo sahir o velho. 4.°, porque se na verdade fora per via do supremo mandarim, et elle ouvisse o que o Padre Adão finge lhe dissera, isto he, que o Padre superior tratava com nosco de fazer gente, et de rebellião, et que lhe mandava deixasse o officio, avia o man¬ darim de examinar a causa, pois era tão grave; e ou nos avião de dar a todos por livres, et ficar o Padre Adão, como ja se vé. Ou nos avião a todos de fazer muito mal, et maxime a nos, que estamos em seu poder. E pello menos nos avião de por rigorosas vigias, que nos nunca tivemos, senão postas pello Padre Adão, como assima fica dito. E esta ultima vez que as puzerão, não durarão mais que o dia em que deitarão da Igreja o Padre superior, et o seguinte, porque como forão postas pello mandarim pequeno, que não tem poder para isso, não durarão mais que para mostrar que dava effeito, et pagava a prata et presentes que se lhe derão. Referi tão miudamente este ponto para que VR. venha em conhecimnto das traças et urdiduras do Padre Adão, das quaes uzou em todos os cazos que ficão atraz; e eu de proposito deixei, por não ser infinito em as contar. E também para se ver quam infallivel he o dito do spirito santo: Abyssus abyssum invocat. Pois ja VR. vé quantas maldades encadeou et accumulou o Padre João Adão para aver de capear et concluir seu danado intento, et nunca vista, nem ouvida maldade. Esteve o Padre superior perto de 40 dias em caza dos dous cunhados Plácido et Marcello, tratado com muita reverencia, amor et liberalidade, e depois, para dar vezante à furia et tormenta que cada dia ameaçava o Padre Adão, se foy a huns montes que ficão ao Oeste desta Corte hum dia de caminho, a caza de hum eunucho Christão, onde está escondido do Padre João Adão que cudou se fora já o Padre superior para a Pro¬ víncia de Xen si. Em quanto o Padre superior esteve em caza dos dous Christãos Plácido et Marcello, posto que estava fora dos muros, fomos o Padre Luis Buglio e eu algumas vezes, as escondidas do Padre João Adão, consolamos com nosso pay, superior, et companheiro nos trabalhos e per- fi. 19 siguição; D agora que está no monte, o fazemos per cartas et gente do eunucho, que muitas vezes vão et vem. Em Roma et em Japão andavão os sacerdotes et pregadores pellos cantos et cazas dos Christãos, pellas cryptas et cavernas dos montes escondidos à furia dos gentios et princepes tyrannos. Na China anda hum sacerdote pregador et superior pellas cazas dos Christãos et entre os montes escondido de seu súbdito, et fugindo da persiguição que contra elle levantou o Padre João Adão, sacerdote et reli¬ gioso, o qual rebellando a Deus et a Companhia, vira as armas, que são 298
  • letras, cazas, lugar et poder que Deus et a Companhia lhe deu para acudir et ampara a santa Ley, seus pregadores et Christãos, contra os Christãos, contra os pregadores, et santa Ley. Este he meu Padre Vizitador, o estado a que tem chegado hum sogeito, professo de 4 votos da Companhia. Grande dor! grande lastima por certo! E não he tanto de sentir o que tem feito este pobre Padre, et o estado em que agora está, mas a disposição que mostra a sair com alguma grande monstrosidade, porque assi ameação suas obras, et muito mais suas desenfreadas, feyas et infernaes palavras que cada dia, cada hora, et momento vomita, com que escandaliza aos Christãos et a nós nos faz temer et tremer. Nosso Senhor per sua misericórdia lhe abra os olhos et torne ao caminho da salvação, para que não desacredita a santa Ley, não afronta o bom nome da Companhia, et não seja escandalo et ruina desta Christandade. Na santa bênção et santos sacrifícios de VR. muito me encommendo. Pe Kim, e Hospedaria Real. 30 de Outubro de 1649. De VR. em o senhor filho indigno. Gabriel de Magalhães. 299
  • 2 LETTRE AU VICE PROVINCIAL DE CHINE 28 DECEMBRE 1649 [ Jap-Sin 142, n« 22 ] Pax Xti «■ 2 Ao Padre Manoel Dias, Vice Provincial da China, et aos mais Padres da Missão. Em quanto as cousas do Padre João Adão só forão publicas nesta corte, só avizamos delias os superiores. Porem como agora elle mesmo as publicou a toda a China, dando contra todos os Padres ao Rey o memorial que com esta vay, nos pareceo conveniente dar a VsRs. huma breve noticia do que passou nesta matéria, assi para que VsRs. fiquem desenganados e acabem de crer que o que ategora se escrevia era só ombra do que o Padre João Adão obrava, como também para que VsRs. vendo tão monstruoso memorial não cayão de animo, nem concebão o medo e ruim successo que elle ameaça. Pois (como VsRs. delle podem ver) avendo o Rey de fazer cazo do que nelle se diz: ou aviamos todos de ser mortos, ou ao menos desterrados da China. Porem nosso Senhor, que quer esta sua vinha e rebanho, ordenou tudo de modo que os mandarins não só não fizerão cazo do que no memorial se dizia, antes conceberão que tudo era inveja et maldade do Padre Adão que o dera. Pedia a ingra¬ tidão deste Padre para com Deus e Companhia, que nesta dessemos a VsRs. conhecimento de seu feyo nome nesta corte, e sua vida; porem de tudo estão ja os superiores avizados, e só basta saberem VsRs. como querendo nos o Rey por em caza, elle nos não quis receber nella: levan- tandonos muitos falsos, e fazendo per vezes que nos puzessem os Tár¬ taros apertadas vigias, prohibindo e fazendo mal aos Christãos que nos vinhão vizitar, e pondo vigias para espreitar os que vinhão, e outras muitas sem rezões e injustiças. Abrio, leo, e reteve as cartas que manda- vamos para o Padre Vice Provincial. Tomou, abrio, leo, reteve et ainda agora tem todas as cartas que do Padre Vice Provincial Manoel Dias, et 301
  • mais Padres, trouxe o Padre Martino Matinés para o Padre Francisco Furtado, superior do Norte, et para nos. Estando o Padre superior Fran¬ cisco Furtado em caza de hum Christão dizendo Missa, abrio o Padre João Adão com a chave falsa o cubicolo do Padre superior e lhe furtou muitos papeis, entre os quaes forão alguns chitos que erão repostas do que o Padre Superior nos perguntava e consultava acerca dos negocios do Padre João Adão e Christandade. Porque o Padre superior Francisco Furtado per ordem do Padre Vice Provincial lhe deu liuns apontamentos que com esta vão, em que lhe mostrava que não podia elle ter o officio que tem, dizendolhe que se tivesse que responder, respondesse, tomou occasião o Padre João Adão para per via de hum mandarin pequeno do Tribunal dos Ritos, per peitas que lhe deu, deitar o Padre superior fora da Igreja. Isto he summariamente o que passou ate a vinda do Padre Martino Martines, acerca do que só advirtimos a VsRs. duas cousas: 1.*, que estejão VsRs certos que em tudo se procedeo com muito tento et pru¬ dência, e fora de todo o rigor, antes com excessos da brandura, como muito bem sabem os superiores que o obrarão; 2.*, que toda a causa do Padre João Adão nos não querer em caza, de deitar delia seu superior, e ao Padre Martino Martines, et, ultimamente, dar este memorial, não foy outra senão porque quer livremente gozar dos gostos desta vida, e viver a sua vontade. E como sabe que se huma vez vem a cair nas mãos dos superiores, ha de ser castigado, como suas grandes faltas merecem, porisso pretendeo de todo izentarse da Companhia e evitar o perigo a que se expunha, tendo em caza superiores e padres que pudessem de algum modo opporse e descobrir suas maldades, não aos superiores, pois estes ja os não teme, mas ao Rey et mandarins de quem teme o tirem do officio, e fique outra vez nas mãos e poder da Companhia. Et para alcansar este fim, deu este memorial, e fez tanto de potência com a vinda do Padre Martines, a quem temeo mais perque per sua Mathe- matica et outras muitas partes, era mais accommodado para por em effeito o que a Companhia dezejava, et elle mais temia. Este pensamento não he só nosso, mas confissão própria sua, pois assi o disse a muitos Christãos et aos mesmos mandarins do Tribunal das Cortezias. O que ti. 2 v supposto, o negocio do memorial foy desta maneira. Veyo o Padre Martino Martines a esta corte per ordem do Padre Vice Provincial Manoel Dias, para ajudar ao Padre João Adão, assi na Mathematica como na Christandade. Chegou à Igreja e a primeira cousa que o Padre João Adão fez, foy uzar de suas traças et embustes, em que he destrissimo, para enganar o Padre Martines. O que lhe foy tão facil quanto o Padre vinha alheo de aver tal sogeito na Companhia, e quanto mais (como ja dissemos) se temia das partes do Padre Martines, tanto mais accrescentou de suas artes e empofias. Porque como o Padre sabe Mathematica, e tinha bons e poderosos amigos e conhecidos, temiasse o Padre Adão que per via delles soubesse o Rey do Padre, e o mandasse ficar na corte e igreja. Pello que enganou et encancelhou ao Padre que não sahisse de caza, nem se visse com mandarim algum. E foy lhe armando castello de vento, e fazendo promessas tão alheas da verdade 502
  • quanto contrários a seu intento. Prometteolhe que logo avia de chamar o Padre Superior do Norte para caza, e depois, a nos. Prometteolhe que avia de largar o officio aos mandarins de Kin tien Kien [±5], e ao Padre Martino entregar o cudado da regra nova. E que depois avia de pedir huma patente aos superiores para se ir para Europa, pois lhe não con¬ vinha estar na China. Com estas e outras muitas promessas que por brevidade deixo, foy enganando e detendo ao Padre Martines (que as creo facilmente, assi porque não conhecia o sogeito como porque ellas podião persuadir a qualquer bom animo qual era o do Padre, pois tocavão o alvo a que o Padre Martines aspirava e os superiores dezejavão) per espaço de 19 dias, que lhe bastarão para sobomar e comprar os man¬ darins, fazer e dar o memorial que deu, à força do qual, antes de ter saido o ultimo despacho do Rey, foy o Padre Martino chamado pello mandarim das Cortezias que lhe disse: O Rey por agora não usa de vos, quando fordes necessário, vos chamará. A China toda he do Rey e vos também sois vassallo do Rey ; ide, e morai em qualquer terra e lugar da China que quizerdes. Com este despacho foy o Padre Martino para caza, de que logo o Padre Adão o procurou deitar, como ao outro dia, que forão 15 de dezembro, deitou com tal pressa et deshumanidade, quanta o Padre Martines, que tudo soffreo com paciência, melhor poderá contar. Versão do memorial que deu o Padre João Adão ao Rey contra os Padres desta Missão. 1) Eu João Adão que tenho o titulo de Tai po su [Tai Chang Si] [±5], e como de antes tenho cudado do Tribunal que tem cudado de respeitar ao Ceo (isto he, do Tribunal Mathematico), por respeito de cousas solidas e verdadeiras, com muito tento dou este memorial. Eu, vosso vassallo, no primeiro anno deste Reynado, recebi grandes benefícios de vos, pay do Rey, que govemaes em seu lugar (falia com o Regulo que governa, tio do menino Rey, a quem o mesmo menino deu titulo de pay). Eu, vassallo vosso, estou e moro dentro da Corte, na minha própria Igreja. E con¬ forme a regra e custume antigo de estarmos dous homens nesta Igreja, por isso me concertei com Nicolao Longobardo, companheiro da mesma Ley, para morarmos ambos e rezarmos pella vida do Rey, sem aver dentro outro algum dos mais companheiros da Ley, que estão nas outras Províncias. 2) No prezente anno, na 2.* Lua, Francisco Furtado, meu compa¬ nheiro da mesma Ley, veyo da Província de Xan si a esta corte. E por¬ que não convinha que Francisco Furtado de si, as escondidas, e sem ordem do Rey, vivesse nesta Corte, eu, vosso vassallo, o fiz a saber ao Tribunal das Cortezias, que logo o mandou embora. 3) Neste mesmo anno, aos 24 da 10.* Lua, outro meu companheiro da mesma Ley. Martino Martines, veyo das partes do Sul a esta Corte. Eu, vosso vassallo, cudando neste tempo tão emburulhado, e que as partes do Sul ainda não estão em paz, e que as outras Províncias tem ainda muitos ladrões et rebeldes, e que o dito Martino Martines, ainda que he 303
  • homem de Europa, com tudo não veyo de sua terra a esta Corte per caminho direito, mas primeiro morou noutra Província, e agora vay e vem deste modo, na verdade tenho grande receyo, e duvido muito, que não he isto cousa conveniente. 4) Eu, vosso vassallo, tenho mais dous companheiros da mesma Ley que estão na Hospedaria Real, onde recebem grandes benefícios do Rey, que os deixou e os sustenta. Elles forão trazidos da Província de Su chuen "•3 pella soldadesca real. Eu, vosso vassallo, não sei || o que elles lá fizerão, por isso me não attrevo a ir à Hospedaria Real a visitallos, e também porque quero guardar as Leys e regras do Rey. 5) Agora meus companheiros da mesma Ley, que morão nas outras Províncias, vão e vem à formiga a esta Corte, e todos querem comigo morar juntamente. Eu, vosso vassallo, não sei o seu intento, nem o que nisto pretendão, e não está em mim impedillos que não venhão. 6) Por isso eu, vosso vassallo, com muito tento e diligencia, me attrevo a dar este memorial, e pedirvos que deis hum santo talho a este negocio: ordenando se convém que venhão ou não ? Se convém deixallos ou não ? Ou esperar que toda a China esteja em paz, e então, conce- derlhes que venhão ou não ? 7) Pello que peço a Vossa Alteza, pay do Rey, que governaes em seu lugar, que mandeis ao Tribunal das Cortezias que examine este negocio, para que eu, vassallo vosso, possa saber o como me ei de aver nelle. Aos 29 da 10.* Lua, no 6.“ anno do Rey, dou este memorial. Verti em Português este memorial com as repostas do Rey e Tribunal das Cortezias, que adiante vão, não para VsRs., os que estão na Missão, pois na fonte e letras Chinas podem ver a energia e maldade delle, o que da versão que vay ao pé da letra, se não pode tão facilmente conceber. Pello que assi como a verti para os superiores da Macao, e Europa, assi he necessário explicar mais ao miudo o intento do autor, e dar o germano sentido às letras e modo de fallar, para que lá possão alcansar a quanto tem chegado hum religioso, deixado e desemparado da graça de Deus, e conhecer o paternal cudado e providencia que o mesmo Senhor tem de seus servos e pregadores de seu Evangelho, tirando bens donde o inimigo infernal procurava forjar tão grandes males, como se podião temer deste memorial. Dis pois o Padre João Adão no l.° § [paragrafo], que a rezão que o moveo a dar este memorial forão quen su [4=5], isto he, cousas solidas e verdadeiras. De sorte que os falsos e mentiras que o Padre João Adão diz et levanta contra seus Padres e Christandade chama cousas solidas e verdadeiras. Grande paixão! grande cegueira! Bem alheo está do cami¬ nho da verdade, quem a hum libello infamatorio tão falso e mentiroso como este, dá titulo de solido et verdadeiro. Dis mais no mesmo §: y Kieu ^'e >sto he, conforme a regra e custume antigo ett. Queria aqui o Padre João Adão persuadir aos Tartaros que avia custume posto pello Reynado passado de estarem só dous Padres na Igreja. Grande mentira e falsidade! Pois per muitas vezes estiverão trez, quatro, e mais Padres nesta Corte. E se elle entende que era custume estarem só dous Padres Mathematicos, nisto mesmo se contradiz, que por isso o Rey lhe avia de 304
  • por o Padre Martines, e não o Padre Longobardo. Mas elle só pretendia tapar o caminho aos Padres, e para capear sua maldade, expoz a santi¬ dade do Padre Longobardo, de quem elle, como muitas vezes tem dito, se não teme, porque per seus muitos annos et innata candura, não pode ver nem notar seu ruim proceder. Dis mais no mesmo §: Sui yo tum Kiao yeu Lum hoa min [±5], isto he, por isso me concertei com Nicolao Lon- 'TítX [?(] %!i h gobardo, ett. Outro falso e mentira. No tempo do Reynado passado, he certo não fez o Padre João Adão este concerto de estar só com o Padre Longobardo nesta caza, pois consta terem estado nella outros muitos Padres. Depois que vierão os Tartaros, também não ouve tal concerto, pois todo o 2° anno esteve aqui o Padre Francisco Furtado, o 3.°, o Padre Joseph de Almeida. E no cabo do 3.°, veyo o Padre Longobardo da Pro¬ víncia de Xan tum. Por ventura este concerto estava no querer do Padre João Adão ou no dos superiores ? Quanto mais, que como podião vir em tão iniquo concerto os santos annos, a muita virtude, o grande zelo da Missão do Padre Nicolao Longobardo ? Quae est conventio lucis ad te- nebras ? Diz no 2° §, que o Padre Francisco Furtado viera na 2.‘ Lua a esta Corte da Província de Xan si. Grande maldade! Naquelle tempo estava toda aquella Província rebellada, e o dizer o Padre João Adão que o Padre Francisco Furtado viera então daquellas partes, foy por duvida, et dizer que vinha de entre os levantados. Maldade que se aqui a deu só a entender, claramente a disse quando da primeira vez pretendeo dei¬ tar o Padre superior da Igreja. Quando adiante falia do Padre Martino, porque vinha da Província de.Che Kiam, e Ham cheu, que estava em paz e que não podia causar sospeita, não disse || vinha o Padre daquella 3 v Província, mas das partes do Sul, onde avia revoltas. E perque ao tempo que o Padre superior veyo de Xan si, aquella Província estava rebellada, por isso a nomeou. Diz mais no mesmo §: porque não convinha que Francisco Furtado de si, às escondidas ett. Acha o Padre João Adão que morar seu superior nas cazas e Igreja da Companhia, o faz de si, às escondidas! De sorte que todos que ategora morarão, e o mesmo Padre Francisco Furtado, que tantos annos et per tantas vezes, veyo e esteve nesta Corte, nunca morou às escondidas, sempre pedio licença ao Rey, et só desta vez o não fez ? E porisso o Padre João Adão, levado de escrupulo, foy accusar a seu superior a hum mandarim e Tribunal gen¬ tílico, fazendo com que o deitasse com tanta deshonra e deshumanidade, fora da caza, que com consentimento do Rey, a Companhia ha 50 e mais annos tem nesta Corte. Grande infidelidade! Nunca vista ingratidão! Disse hum Christão com lagrimas e suspiros: Basta que a seu superior, a seu companheiro que veyo com elle de Europa na mesma nao, que entrou com elle no mesmo anno na China, he João Adão tão ingrato e infiel. Notem VsRs os degraos, per que pouco e pouco, foy o Padre João Adão subindo ou decendo ao abysmo de tanta maldade. Quando a pri¬ meira vez pretendeo deitar o Padre superior da caza, tratou tudo com hum mandarim pequeno do Tribunal das Cortezias, mas per via de ter¬ ceiros ,e por então não alcansou mais que ser chamado o Padre superior 305 20
  • 3$m 4 -jfiM fl. 4 ao Tribunal, afrontado e reprehendido de nos vir vizitar. Quando depois o deitou, deceo mais hum degrao, e levantou per hum pouco a vizeira e mascara, indo em pessoa à caza do sobredito mandarim, obrigallo, com prata e rogos, para que acabasse de vir no que lhe pedia. Ultimamente, quando quis dar o memorial, descobrio de toda a carranca e persona que fingia, e foy dizer ao mandarim grande das Cortezias, que elle pedira a tal mandarim, seu subordenado, que lhe deitasse fora hum velhorro que lhe emburulhava sua caza, e que o importunava a que deixasse o officio, e não servisse ao Rey. Tomou attrevimento para dizer isto ao mandarim das Cortezias, pella benevolencia e agradecimento que o tal mandarim lhe mostrava, por o Padre João Adão lhe curar sua may velha de huma doença, de que estivera muito perigosa, o que fez para lhe ficar mais corrente e facil o que pretendia, que era deitar fora o Padre Martines, e tapar o caminho ao Padre superior e mais Padres; e esta foy a rezão de metter no memorial o Padre superior. O que diz no 3.° § tudo está claro; só tem necessidade de explicação aquellas palavras que dizem: Ainda que he homem de Europa, comtudo ett. Queria o Padre João Adão dizer nestas palavras que o Padre Martino Martines estivera primeiro na Provincia de Fo Kien, e que fora mandarim do Rey China Lum vu [±^], pretendendo com isto que duvidassem os Tartaros do Padre ett. Isto disse aos Tartaros no Tribunal das Cortezias, a muitos Christãos, e gentios. E ainda hoje affirma, que tem em seu poder a chapa do mandarinado que o dito Rey dera ao Padre Martines, para a mostrar aos Tartaros se o Padre pretendesse mais estar nesta Corte. Traças e chimeras com que pretende por medo aos Padres, e fortificarse na arrochela e gencura de suas maldades. Agradeça elle a muita prata que gastou, e aos mandarins que subornou, o successo que teve de suas pretenções, que, quanto ao que affirma e diz do Padre e de sua chapa, são cousas de riso (quando elle tivesse a tal chapa) para os Tartaros, que actualmente estão uzando de muitos mandarins, que o forão não só dos verdadeiros Reys Chinas Hum quam [s^1] e Lum vu [±ç2], mas dos ladrões Li çu chim Dfc»3] e Cham hien chum [±^4]. Donde fica claro, com quanta mais vontade admittirião ao Padre, que se lhe veyo offerecer à Corte, se nella não achara o peccado de Adão, ou ao menos com a graça e favor de seus amigos mandarins viera prevenido para lhe resistir. Dis no 4.° §: Tenho mais dous companheiros ett. Muitas graças ao amor et charidade do Padre João Adão, que ja conhece por companheiros aquelles que o anno passado negou por irmãos e companheiros. Quando os Tartaros nos querião por em caza, a pés juntos dizia: Não os conheço, não são do mesmo Reyno, nem da mesma || caza. Eu entrei ha 30 annos na China, et elles entrarão ha pouco. Eu estou ha 20 annos nesta Corte, e elles vem agora da Provincia de Su chuen. Em fim, nem eu a elles os conheço, nem elles a mim. E agora quando accusa a seus Padres et Irmãos, ja os conhece por companheiros, mas para que os conhece ? para os accusar. Para que os conhece ? para lhe fazer todo o mal que pudesse. Notem VsRs. no mesmo aquellas palavras: Que os deixou, e sostenta. A letra lieu [±5], isto he, deixar na China, e naquelle lugar, 306
  • está com muita emphasi. Tem dous sentidos, hum, que os deixou na Hospedaria Real, outro, que os deixou, isto he, que os não matou. E este he o sentido que os mais dos Chinas lhe dão, e na verdade, o primeiro sentido não fica tão corrente, pois não se pode estimar por beneficio deixar dous homens num lugar onde estão sem sua liberdade. Provasse este animo com o que elle disse ao Padre Miguel Trigao, e a outros, que, se o Padre Francisco Sambiasi viesse a esta Corte, lhe avia de fazer cor¬ tar a cabeça. E de nós ao tempo que os Tartaros nos querião por na Igreja, disse a Antonio estudante: Os Tartaros se cansão pellos accommo- dar, e eu, se estivera em mim, ouvera os de matar, pois estiverão com aquelle ladrão. Nosso Senhor lhe pague este animo e dezejos, com o trazer, como sempre lhe pedimos, ao caminho da salvação. Notem VsRs. mais, no mesmo §, aquellas palavras : Eu não sei o que elles lá fizerão. Não podia claramente de nos dizer maiores males do que deu a entender naquellas palavras. Poucos dias antes que o Padre João Adão desse este memorial, vizitando hum grande mandarim, que sabe de nós, lhe disse o mandarim : Aquelles dous Padres que estão na Hospedaria Real, por¬ que os não pedis ao mandarim das Cortezias e os não levaes para caza ? Respondeo o Padre João Adão : Esses homens são muito maos. Em quanto aquelle ladrão os não teve à sua ilharga, era mais humano, nem matava tanta gente, mas depois que estes homens chegarão à sua presença, matou todo o povo daquella Província, e quantos esfollava, e retalhava, todos erão per conselho e persuasão destes homens. Disse a muitos man¬ darins, que nos foramos Kiun su [±5], que he o mesmo que mestres de j|fg||j campo ou apozentadores de exercitos, mas com este addito, que per via de siganisses e judiciaria, semelhantes homens dispõem os exercitos. O mesmo disse em Português aos moços de Macao que morão nesta Corte, affirmando que foramos mestres de campo daquelle tyranno. Estes, e outros muitos falsos, que por brevidade deixo, era o que naquellas palavras queria dizer o Padre João Adão. Pois porque os não exprimie no memorial ? Porque malicia de reixa velha, e de cudado tudo previ, a tudo acode. Porque sabia muito bem ser tudo falso, e temia que exa¬ minando o Rey o negoceo (este conselho, como depois soubemos, lhe deu hum marao que lhe fez este memorial) e achando a verdade, seria arguido de refalsado. E assi mais disse, dizendo não sabia o que nós fizéramos, pois dava a entender fizéramos muitas maldades, do que se apontara alguma, em que podia ser convencido de falsario. Acaba o mesmo dizendo que, o não nos vir vizitar, he porque quer guardar as leys e regras do Rey. Falia attrevida, por não dizer mentirosamente. Que leys, ou que regras poz o Rey Tartaro para que os hospedes que elle agazalha nesta Corte, e Hospedaria, não sejão visitados per quem os quer visitar ? Affirmamos a VsRs. com toda a verdade, como testemunhas de vista, como aquelles que vimos nestes dous annos nesta Hospedaria, hospedes do Reyno Amodeo; lambas do Reyno de Uzangue; jogues da índia; pelles de peixes; Tartaros do Norte; Tartaros do Oeste; lamas ou lambas do Reyno Amodeo [?]; lambas do Reyno de Uzangue; jogues da índia; mandarins Chinas trazidos de outras Províncias, como nós; a todos os quaes, posto que (como he custume do Tartaro) lhe punhão a porta 307
  • fl. «V tfitfí# Tartaros que lha vigiassem, nunca lhe prohibirão o sair, nem aos que vinhão vizitalos, o entrar. Nem a nos, até o dia de hoje, tal nos prohi¬ birão. E, se alguém nos prohibio, foy o Padre João Adão, que per vezes gastou caixas e prata para fazer que nos puzessem Tartaros de vigia. Boas testemunhas são os Padres superior Francisco Furtado, || Nicolao Longobardo, Miguel Trigao, et Francisco Ferrari, que vierão a este apo- zento algumas vezes, sem que ninguém lho prohibisse; e só o Padre João Adão lho prohibia, pello que vierão algumas vezes contra sua vontade, et às escondidas. Boas testemunhas são todos os Christãos desta Corte, que em que p- as vigias, prohibições, e ameaças do Padre João Adão, vão e vem a esta Hospedaria. Boas testemunhas são mandarins e toda a sorte de gentios Tartaros e Chinas que continuamente nos visitão. Porem, demos que seja assi, que estejamos prezos, e aja as leys e regras do Rey que o Padre João Adão diz. Quaes são mais poderosas ? Quaes obrigão mais ? As regras et leys de hum Rey gentio, ou as Leys da charidade ? Se nos estivessemos no tronco e amarrados para sermos mortos, avia o Padre João Adão de buscar meyos para vizitar e consolar a seus irmãos. Mas, para que me canso em negocio que VsRs. tão bem entendem, e que elle tanto contradiz, como aquelle que disse a Antonio Fernandez estu¬ dante : Que mais estimava e mais queria guardar as leys do Rey bar- baro e gentio, que as leys e regras da Companhia. Remettome às infor¬ mações que forão ao Padre Vice Provincial, onde se conta esta historia. Daqui pode VsRs. collegir qual esteja o animo e consciência deste Padre, que não avendo as taes leys e prohibições, dis no memorial que, pellas guardar, nos não vinha vizitar, não porque as ouvesse, mas porque, mali¬ ciosamente, pretendia incitar ao Rey que duvidasse de nos e que nos trocasse a Hospedaria Real em tronco, e a liberalidade e largueza deste lugar, em estreiteza e rigores da prizão. Cheguemos ao 5.” § onde o Padre João Adão falia em commun de todos os Padres da Missão; e notem VsRs. aquellas letras Chinas siu siu lay [±^], que com serem tão maliciosas e emphaticas no China, não acho no Português cousa que as explique, se não o sentido que lhe dei: vão e vem à formiga. Pretendeo pois o Padre João Adão nestas palavras, signi¬ ficar ao Rey que todos os Padres da Missão pretendem rebellarse, pois esta frazi usão os Chinas quando aquelles de quem duvidão, tratão de rebellião, vão e vem às cidades e lugares com que se pretendem levantar. Bem confirmou este danado intento nas palavras que se seguem no mes¬ mo §. Eu, vosso vassallo, não sei o seu intento, nem o que nisto pretendão. Nem nesta matéria ha que duvidar; pois, antes que desse o memorial, per muitas vezes disse, e ameaçou, que avia de accusar a todos os Padres de crime laesa maiestatis. Caso he este certo, digno de grande dor e sen¬ timento, e de ser chorado com lagrimas de sangue. Que he isto, ja o Padre João Adão se esquece da charidade religiosa ? Ja deixou a piedade chris- tãa ? Ja perdeo o primor europeo ? Tão cego e transtornado está, que a luz lhe parecem trevas ? O intento santo de converter as almas, que trouxe seus Padres e Irmãos a este Reyno, com malicia nunca vista, com ingra¬ tidão incrível, com temeraria ousadia, affirma ser intento de rebellião ? Não se desconsolem VsRs. Padres Amantíssimos de verem este homem 308
  • tão ingrato à Deus, e à nossa santa May, a Companhia, que o criou com tantos trabalhos e industria, e o poz neste lugar para defender seus Irmãos e pregadores, de elle como rebelde, virar as armas do saber, prata, cazas, livros, e brincos, que Deus e a Companhia lhe deu para defensão de sua santa Ley et Christandade, contra Deus, contra a Compa¬ nhia, contra a santa Ley e Christandade. Consolense VsRs. muito. Padres Amantíssimos, companheiros nos trabalhos e persiguição, pois podemos todos dizer neste cazo, o que santo Agostinho disse, e hoje, dia em que esta faço, a santa Igreja reza dos santos innocentes. ... profanus hostis nunquam beatis parvulis prodesse potuisset obséquio, quantum profuit odio. Mais ajuda a nossas almas, e mais ha de approveitar à Missão, este Herodiano e viperino odio do Padre João Adão, que todos os favores que elle nos podia procurar. Porque como continua o mesmo santo: Quan¬ tum iniquitas abundavit, tantum gratia benedictionis refundet. Sentença he de nosso santo e grande Pay: que quando nos virmos mais persiguidos, então nos tenhamos por mais seguros. Depois de grande tempestade, sempre se segue bonança. Esqueçãose VsRs. dos presentes trabalhos, e apparenlhense para os futuros trabalhos, não de persiguição, mas de bau- tizar e pregar. Pois como he custume de Deus, e esperamos de sua Divina Misericórdia, donde o inimigo das almas procurava || a perdição delias, dahi ão de sahir maiores frutos et proventos para o celeiro do Senhor. Muitas graças devemos, et em muitas obrigaçoens estamos ao Padre João Adão, pello tento e diligencia, como diz no 6.° §, com que se attreveo a dar este memorial, e pello cudado com que solicita ao Rey, para que determine se convém deixar ou botar os Padres desta Corte, e conseguin¬ temente de toda a China. E muito mais he para agradecer a Providencia para o tempo adiante, que mostrou nas ultimas palavras deste § duvidando se, depois de toda a China estar em paz, avião os Padres de ser admittidos ou deitados. Furiosa paixão, apaixonada furia! Que por se ver livre das reprehensões dos superiores, por se eximir dos olhos dos Padres, não teme commetter tão grande insulto, não teme offender e deixar a seu Deus, não teme deixar e magoar sua santa may, a Companhia que o criou, não teme quebrar a caridade que deve a seus Irmãos, não considera a infamia que na China, entre os gentios e Christãos, em Macao, índia, e Europa, se lhe ha de seguir deste horrendo feito. Quanta in uno faci- nore sunt crimina! Quantos estes sejão, VsRs. os podem melhor con¬ siderar que eu escrever. Versão do despacho que deu o Regulo que governa, ao sobredito memorial. Eu, o Real Pay, Regulo que governo em lugar do Rey, mando ao Tribunal das Cortezias que examine e consulte o que convém neste negocio, e depois tome a informamos. Não ha que notar neste despacho, mais que saberem VsRs. que o Regulo de que aqui se falia, e he o que agora em lugar do Rey governa, ao tempo que o Padre Adão deu o memorial, e sahio este, e o despacho fi. s 309
  • ultimo que adiante se porá, não estava na Corte, como ainda ao tempo que esta faço não está. E assim teve o Padre João Adão lugar a sair com o effeito de seus intentos; pois como todos affirmão, sc o Regulo estivesse na Corte, nunca viria em mandar outra vez delia a hum homem estrangeiro, que de tão longe se vinha offerecer ao Rey, e de tantas partes quantas tem o Padre Martino Martines, e muito mais tendo ja o Regulo perguntado os annos atraz ao Padre João Adão, se avia outro Padre que soubesse Mathematica, e o Padre Adão respondido que não. Pello que, como todo o governo ficou nos Co Lao, teve o Padre Adão modo (como todos cudão, por verem ao Padre Adão levarlhe grossos presentes) de peitar ao Fum co lao, que poz este e o ultimo despacho de que adiante fallaremos. Versão do memorial que deu o Tribunal dos Ritos ao Rey, acerca do exame e consulta que lhe mandou fazer sobre o memorial do Padre João Adão. Deixando as primeiras regras que todas são termos tabaliões, e que não fazem a nosso intento, diz assi o Tribunal das Cortezias : Exa¬ minando nos o negocio de Martino Martines, conforme o que elle mesmo de boca disse, he assi: No reynado passado, aos 26 annos do Rey çum chim [±5], na 6.* Lua (introduzem o Padre Martines que falia de si), cheguei a morar à cidade de Ham cheu. Agora, porque o presente rey¬ nado uza de João Adão no concerto da nova regra da mathematica, por isso o meu Vice Provincial me disse: Vos, Martino Martines, também sabeis a regra nova, pello que ide à Corte a ajudar a João Adão. E esta he a rezão porque vim à Corte. Se o Rey quer uzar de mim, estarei e morarei aqui. Se não quer uzar de mim, tomarme ei outra vez para donde vim. E perguntando nos a João Adão, respondeo: Este homem he de fora do Reyno, não tem uzo algum. Pello que conforme a isto, nos parece que, como Martino Martines he homem de fora do Reyno, e veyo à Corte per si, e às escondidas, he difficultozo recebello e uzar delle, e assi, com o aperto e pressa, he bem que se torne. Ultimo despacho do Rey ao exame e consulta que fez o Tribunal das Cortezias sobre o memorial que deu o Padre João Adão. A vontade do Real Pay, Regulo que governa em lugar do Rey, he que, em tudo se conforme || com a consulta do Tribunal das Cortezias. Se ouvesse de escrever a VsRs. as traças et enredos, e o que o Padre João Adão fez, para que o exame, consulta e despacho fosse qual elle dezejava, e em parte alcansou, tinha necessidade de muitas folhas de papel. E per outra parte, bem entendo satisfaria aos Padres da Missão, com dizer que tudo o Padre João Adão alcansou com prata e peitas grossas, pois VsRs. sabem muito bem, que acabão estas impossíveis com 310
  • estes gentios; mas porque esta vay também para os superiores de Macao, e Europa, onde não sabem tão miudamente quanto possa neste Reyno, Regina pecunia, porisso me pareceo tocar em breve algumas cousas. Como o Regulo que governa, como ja assima disse, não estivesse na Corte, ficou o campo franco ao Padre João Adão para com prata, sangue dos pobres religiosos, e brincos da caza e Igreja, comprar os mandarins pequenos do Tribunal dos Ritos; e com seu animo vingativo et temeraria ousadia em dar memoriaes ao Rey, metter medo aos maiores do mesmo Tribunal para que todos viessem, como vierão, no que elle queria. Ajudou também muito a seu intento o Fum co lao, a quem, como ja dissemos, deu grossas peitas, o qual, em nome do Regulo auzente, pos os despachos aos memoriaes. E como quer que este co lao sabe tão intrinsecamente o intento a que viemos à China, como aquelle que teve em sua caza, alguns mezes, o Padre João R—, que antigamente veyo a esta Corte, deu talho de tal sorte, que nem quis deitar os Padres da China, nem fazerlhes mal, como pedia e intentava o memorial do Padre João Adão, nem quis des- contentalo de todo, como aquelle que recebera suas peitas. E assi só veyo no que o Padre João Adão mais immediatamente dezejava, que era deitar desta Corte ao Padre Martino Martines, e nelle serrar as portas a todos os mais Padres, para que, em quanto este inimigo da Companhia viver, não possão mais vir (como elle diz) inquietallo. Forão chamados os Padres Adão e Martines ao Tribunal dos Ritos; e entrando só o Padre Adão, a primeira cousa que disse, foy: Que fazeis, senhores, porque não pondes guardas àquelles dous homens de Europa que estão na hospedaria real, pois sem ordem sahem fora, et emburulhão tudo. Elles vierão a esta Corte, e pretenderão ir para minha caza e tirarme delia, e como o não puderão fazer, mandarão chamar este que agora veyo, para que alcansasse o que elles não puderão alcansar. Como consentis estejão sem vigias ? No mesmo instante mandou o mandarim das Cor- tezias hum Tartaro a nosso apozento, e perguntando quanto avia que não tinhamos Tartaros na porta, e dizendolhe nos que avia mais de hum anno, levou esta reposta ao mandarim, o qual tomou a mandar perguntar ao mandarim desta hospedaria, o qual respondeo: Que necessidade tem de vigias dous homens que nunca sahem de caza, nem à porta de seu apo¬ sento, e que todo dia e noyte não fazem outra cousa se não rezar e estudar, dos quaes neste Tribunal e hospedaria, todos dizem tantos bens e virtudes, quantos eu ouço, e nestes dous annos tenho experimentado. O que ouvido pello mandarim das Cortezias, fazendo pouco cazo das instancias do Padre João Adão, não poz os Tartaros e vigias que elle requeria. Perguntou logo o mandarim ao Padre João Adão, quem era o Padre Martino Martines, e se podia o Rey uzar delle em alguma cousa ? Respondeo o Padre João Adão: Hum homem que veyo à Corte per si, et às escondidas, e alem disto, he homem de fora do Reyno, que uzo pode ter ? Eu não tenho em que o ccupar. Instou o mandarim: Este homem he bom ou mao ? Tornou o Padre João Adão: Que elle seja bom ou mao, como posso eu saber seu coração ? só sei que não he de prestar, nem tem uzo algum. Acabadas estas perguntas, chamarão o Padre Martino Martines, e lhe perguntarão donde era, como viera, ett. ? E respondendo 311
  • o Padre a tudo, e dizendo os lugares da China onde estivera, acudio o Padre Adão, dizendo en China: Porque não dizeis vos também que esti¬ vestes em Fo Kien ? Queria dizer que o Padre Martines estivera naquella Província com o Rey China Lum vu, e intentava por duvida aos Tartaros do Padre Martines, como ja assima fica tocado. Perguntando mais os Tartaros: Porque vos viestes logo mettcr nesta Corte ? Acodio o Padre João || Adão : Eu lhe mandei dizer que não entrasse, mas que estivesse fora, porem elle não me quis ouvir. A todos respondeo o Padre Martines : Entrei na Corte e vim direito à Igreja, porque he commua a todos nos, pois ha 70 annos que o Padre Matheos Ricio com beneplácito do Rey, afundou, e todos ategora morarão nella sem prohibição alguma; e tendo eu aqui caza, que he tanto minha, como de João Adão, porque avia de ficar fora ? Antes, se ficasse fora, teria João Adão mais que forjar e que dizer. O que dito, mandarão sahir o Padre Adão, e continuarão com o exame do Padre, que não foy mais que perguntarenlhe que cousa sabia, e quem o mandara a esta Corte. Em fim, em summa, o que fica dito no memorial do mandarim das Cortezias, assima referido. Neste mesmo tempo, mostrou o Padre Martines huma chapa que o Padre Adão lhe mandara, os annos atraz a Ham cheu, e mostrandoa aos Tartaros, disse : Esta chapa não he de João Adão ? Este nome não he seu ? Este sinete não he o de seu officio ? Como diz agora, que me não conhesse ? Se me não conhece, como me mandou esta chapa ? (Poderá o Padre mais argu¬ mentar : se eu venho de partes onde ha ladrões, se servi a outro Rey, se não vim de Europa, per caminho direito, como me mandou esta chapa ? Como fia a chapa e sinete do officio que o Rey lhe deu, de hum homem de que elle dis taes cousas ?) Bem virão os mandarins a força do argu¬ mento, mas como estavão peitados, e erão os pequenos, os que fazião este exame, com muita pressa fizerão que o Padre recolhesse a chapa, da qual não soube o supremo mandarim das Cortezias, assi como não soube, ou não quis saber, mais que o que assima fica apontado. Todas estas cousas soubemos per Antonio Fernandez, estudante, e hum nosso moço que estiverão presentes; e depois per hum mandarim que esteve tãobem pre¬ sente, e foy hum dos que assistirão às perguntas. O qual com amizade, nos disse: O mandarim das Cortezias bem dezejava de deixar aquelle homem, porque parecia tinha boas partes, e todos no Tribunal ficarão delle muito satisfeitos, mas como João Adão disse, que elle não tinha uzo, e accrescentou que elle viera de si, e às escondidas, à Corte, não se attre- veo o mandarim deixalo; e muito mais, porque todos tem medo de João Adão, porque dá memoriaes sem pejo, nem medo. O mandarim supremo das Cortezias esperava que João Adão, pello menos dicesse: Ainda que este homem agora não tem uzo, pode o ter ao diante, e assi, pode o Rey, se lhe quizer fazer merce, dcixallo aqui, e darlhe alguma renda, quando não, eu o sostentarei, e terei por entretanto em minha caza e Igreja, porque então ficava lugar ao mandarim de deixar e favorecer o Padre, mas como João Adão disse que não conhecia, nem sabia se era bom ou mao homem, e que era de fora do Reyno, como se avia o mandarim de attrever a deixallo, vendo que hum mesmo seu natural duvidava delle ? Concluyo este mandarim amigo: Todos sabem no Tribunal das Cortezias, 312
  • que tudo isto são invejas de João Adão, e medo que tem, que vos outros lhe tomeis a caza e renda. Vos outros estaes seguros, que não ha de tardar muito que o Regulo que governa, não saiba de tudo. João Adão não he bom homem, como todos no Tribunal e Corte sabe; vos outros soys tão bons, claro está, que o Ceo (fraze sua) vos há de acudir. Por não gastar tempo em cousas que VsRs. bem alcansão do contado, podem VsRs. ver que não pretenderão, nem os mandarins do Tribunal das Cortezias, nem o Co lao, outra cousa mais que aquietar a João Adão, como aquelles a quem he tão notoria sua vida e proceder, e que não quer em caza companheiros que lhe impidão seus gostos e vontades; que avendo elles de examinar, conforme o memorial pedia, ja VsRs. veem, que outro avia de ser o exame, outro o despacho e execução delle. E notem VsRs. o modo de fallar do mandarim das Cortezias, que tudo deita às costas do Padre João Adão, temendosse e prevenindosse para que se o Regulo que governa vier a saber o que passou, tenha a escusa na mão. Muitas cousas se podião aqui notar e dizer, porem todas deixo à con¬ sideração de VsRs, só não posso deixar de fazer a saber a VsRs., que o dia em que o Padre João Adão deu este memorial, foy aos dous de Dezembro, dia do grande Apostolo do Oriente. De sorte que, no dia em que nosso santo Pay, San Francisco Xavier, morreo por entrar na China || H. 6 v et annunciar a este Reyno o santo Evangelho, nesse mesmo, o Padre João Adão, como filho ingrato e ja degenerado do spirito de seu santo Pay, pretendeo deitar delia todos os pregadores et extinguir a Christandade. Grande lastima! Grande dor! Grande sentimento! Negoceo he este, que mais se explica com silencio e lagrimas, que com palavras e escrituras. De todas estas cousas devemos dar continuas graças ao Senhor, que sempre dos males tira maiores bens. l.° Porqu.e significando o Padre João Adão no memorial, que todos os Padres tratavão de rebellião, rezão de estado, e negoceo tão sospeitozo a qualquer nação, quanto mais à China, que nesta matéria he tão meticulosa e vidrenta, com tudo, nem per som¬ bra, assi os mandarins do Tribunal das Cortezias, como os Co lao, fallarão nesta matéria, donde se colhe que alcansão elles muito bem ser só paixão e furia do Padre João Adão. 2. ° Que tão longe estamos de que o Padre João Adão com este memorial nos faça mal per via do Rey, que antes ficamos mais seguros. Pois per este memorial souberão os Tartaros e Rey, que estão os Padres nas mais Províncias, e com tudo, não só não bulirão com elles, mas ainda mandarão ao Padre Martino Martines que livremente fosse e vivesse onde quizesse. 3. ° Saber o Rey que ha outros Padres que sabem Mathematica, o que he de grande importância para a conservação desta residência de Pe Kim e mais Christandades. Pois sabendo o Rey que ha outros mathe- maticos, ser lhe ha mais facil não uzar do Padre João Adão, quando nosso Senhor disponha as cousas de modo que, ou elle caya da graça do Rey, que será fácil, pello odio que todos lhe tem, e a seu ruim proce¬ der, ou quando nosso Senhor, contrito de seus peccados, o leva para si, não ha duvida que ha o Rey de chamar outro Padre, pois a regra nova se não pode conservar sem mathematico europeo. 313
  • fl. 7 4. ° Que he de grande importância que nosso Senhor, com sua divina Providencia, quis que o Rey não deixasse por agora o Padre Martines nesta Corte, para ficar livre aos Padres o não aceitarem ao tempo adiante, este tão indigno officio. O que não ficaria tão corrente, se o Padre Martino agora ficasse nesta Corte, por que avendo de aceitallo, seria errar peior priore, como ja se vé. Se o não aceitasse, tinha o Padre João Adão que levantar, arguir, e accusar, e os Tartaros (que não se podem logo no primeiro encontro fazer capazes) que duvidar. 5. ° Que temos todos muita rezão de allegria, pois alcansamos parte de nosso intento, perque deixamos Europa, que são os trabalhos soffri- dos por amor do Senhor. E estes, tanto mais de estimar, quanto são cau¬ sados per hum nosso Irmão, religioso, e Europeo. Soffrer, Padres Aman¬ tíssimos, persiguições de tyrannos, barbaros, e gentios, mimo he grande que nosso Senhor faz a seus servos ; mas levar com paciência, persiguições nacidas daquelle, que per tantos titulos era obrigado a buscamos favores e descanso, he mimo exceptione maior. Pello que, não cessemos todos de dar muitas graças ao Senhor, por tão avantejadas merces; e de lhe pedir, continua e efficazmente, que abra o entendimento e olhos dalma ao Padre João Adão para que, deixado o caminho da perdição, torne com bem seu, e allegria nossa, ao da salvação. Huma só cousa nos magoa, e dá assas que cudar, e he que quanto com este memorial ficão os Padres da Missão mais seguros da parte do Rey, como ja assima disse, tanto mais expostos a intentos danados de maraos que vendo, que na Corte quem nos devia favorecer e chamar, nos persegue e deita delia, poderão tomar animo para tentarem alguma mal¬ dade contra os Padres e Christandade. Mas nisto mesmo, posto que acaute¬ lados, tenhão VsRs. muita consolação e confiança, que não tardará muito o favor e ajuda do Senhor, que per hum pouco se esconde, para depois se manifestar com maior gloria sua, grande bem de nossas almas, e avantejado fruto da Christandade. Posto que ja no principio desta adverti a VsRs, que estivessem certos que, em tudo se procedera com o Padre João Adão com muita brandura e prudência, comtudo, como o negoceo he tão || grave, e VsRs. estão tão longe, me pareceo informalos mais miudamente neste ponto. He mui provável que o Padre João Adão escreva ao Padre Vice Provincial et a VsRs., o que disse a sessenta Christãos, (que juntos na Igreja o admo- nirão e reprehenderão de seu modo de viver, e principalmente, de deitar delia o Padre Francisco Furtado, superior do Norte, como ja escrevi noutra relação) scilicet: Que forçado e apertado, fizera o que fez. Rezão tão iniqua e maliciosa como todas suas mais acções. Se não, diga o Padre João Adão quem o forçou e apertou, para que antes que nem o Padre superior Francisco Furtado, nem nos sonhássemos de vir a esta Corte, dar hum memorial contra o Padre Francisco Sambiasi, que então estava em Nan Kim com o verdadeiro Rey China, Hum quam. Ao qual memorial respondeo o Rey Tartaro: Elle está lá e vos cá, quem vos mette com elle, tende cudado de vossa mathematica e basta. Que mal lhe tinha feito, ou em que apertou o Padre Francisco Sambiasi ao Padre João Adão, para dizer ao Padre Miguel Trigao, Antonio Femandez, estudante, e a outros. 314
  • que se o Padre Sambiasi viesse a esta Corte, lhe avia de fazer cortar a cabeça ? Quem o apertou, para no mesmo tempo, pouco mais ou menos, dar hum memorial contra os Portuguezes. Ao qual respondeo o Rey Tartaro: Nossas armas defensivas são muito fortes, as offensivas muito agudas, e assi não ha para que fallar nas bombardas de Europa. E para que tomemos a agoa mais alta: Quem apertou ao Padre João Adão a, no cabo do reynado passado, contra expressa ordem nesta matéria do Padre Francisco Furtado, que então era Vice Provincial deste Norte, fundir artelharia; e depois de estar mettido na obra, insultando, dizer a hum Christão: Eu fundo esta artelharia, mandai vos agora dizer ao Padre Fur¬ tado, que eu a faço e que me venha impedir. Quem forçou o Padre João Adão dous mezes pouco mais, depois de chegarmos a esta Corte, men- tindonos sempre et enganandonos, que fazia et acontecia, por nos levar para casa e, no mesmo tempo, querendonos o Rey por nella, a dizer que nos não conhecia, nem éramos da mesma terra, e que com nosco não tinha que fazer. E quem o forçou a nos levantar tão grandes et exurbi- tantes falsos, dos quaes escrevi nas relações alguns, e outros deixei por brevidade. Quem forçou ao Padre João Adão, sinco ou seis mezes depois de estarmos nesta Corte, a tomar, abrir, ler, e reter as cartas que daqui escrevíamos ao Padre Francisco Furtado, Vice Provincial do Norte, que então estava na Província de Xan si, sendo assi que te então, como nem depois, nunca lhe demos occasião a tão grande desmancho; antes iamos naquclle tempo muitas vezes vizitallo, e elle mesmo nos solicitou et quodam modo forçou a escrever aquellas cartas, e nos mandou dizer que as mandara com as suas. E dahi a poucos dias, sem temor de Deus, nem pejo da mentira, com gritos e furia ett. mostrou ao Padre Luis Bulho o lugar onde as tinha, referindo o que nellas diziamos. Quem forçou ao Padre João Adão muito tempo antes que viessemos a esta Corte, a abrir, e ler huma carta do Padre Francisco Ferrari para o Padre Francisco Furtado, Vice Provincial, e outra do Padre João Monteiro para o mesmo Padre Francisco Furtado, Vice Provincial, a qual leo no cubicolo e meza do Padre Vice Provincial, que, ja naquelle tempo, tinha elle tal a cons¬ ciência, que entrava e lia as cartas no cubicolo do superior em sua auzen- cia. Quem forçou ao Padre João Adão a dizer, em minha presença, que todos os superiores erão huns velhos velhacos ? Quem o forçou, ou em que o offendeo o Padre Julio Aleni, para ordenar ao seu porteiro que se o dito Padre viesse à porta o não deixasse entrar, mas lhe desse com hum pao, tantas, ateque se fosse ? Em que o apertou o Padre Manuel Dias, Vice Provincial, para diante dos Christãos o não chamar por outro nome senão per: yam hia çu ? [±5]. Quem o forçou a dizer no rosto ao Padre Nicolao Longobardo, que elle e o Padre superior, Francisco Furtado erão huns velhos de Susana ? E destas proposições infinitas, e outras tão indignas como attrevidas e temerárias, assi contrarias à limpeza e casti¬ dade, como à religião, que deixo por brevidade. Quem apertou ao Padre João Adão para pretender, como prctendeo deitar fora desta Corte a primeira vez ao Padre superior, Francisco Furtado, fazendo que fosse chamado e afrontado, per hum mandarim pequeno do Li pu [±5] ? A i§ p|$ rezão de toda esta iniqua acção, o mesmo Padre João Adão a deu, dizendo 315
  • que se o Padre Francisco Furtado pretendia fazemos livrar, e se não ia desta Corte, que elle o avia de fazer ir, ainda que com isso se arriscasse a não pregar a Ley de Deus. Mandarão por ventura os superiores ao Padre João Adão alguma cousa em virtude de obediência ? ou pozerãolhe alguma excommunhão ? derãolhe alguma penitencia ? ameaçarãono com castigos ? Não. Pois em que o apertarão? Ja VsRs. veem que, o que obrigou ao Padre João Adão a fazer os desatinos referidos, he sua muita furia e paixão, e dezejos de viver à sua vontade. Bem se segue logo que quem o forçou e apertou a fazer o referido, o forçou também a abrir o cubi- «i. 7» culo || do Padre Francisco Furtado, superior, com chave falsa e tomarlhe muitos papeis de segredo; isto mesmo o forçou a deitar o superior fora de caza, dando para isso grossas peitas; isto a dar ao Rey o memorial que deu contra os Padres todos da Missão, e a deitar fora o Padre Martino Martines desta Igreja, e Corte, gastando para este effeito muita prata; isto a procurar, e com prata, fazer por muitas vezes, por nos guardas e vigias, accusandonos ao mandarim que nos sahiamos de caza, e que tramavamos maldades. A occasião que tomou para deitar o Padre supe¬ rior de caza forão as dez rezões acerca de seu officio que com esta vão, nas quaes vejão VsRs., se há huma palavra de que elle se possa queixar, e dizer que o apertarão. E com tudo diss sobre ellas tantas mentiras aos gentios e Christãos, quantas seria infinito referir. Additur, que elle mes¬ mo, per via do Padre Longobardo, solicitava e apertava com o Padre superior a que lhe desse as taes rezões, dizendo: Não sou eu religioso, porque me não aviza o Padre superior do que tem contra mim ? Per estas e outras fingidas palavras se persuadio o Padre superior, Francisco Furtado a lhe dar as ditas dez rezões que lhe deu, deixando trinta ou mais pontos de suas faltas e proceder, que conforme a ordem et parecer do Padre Vice Provincial, Manuel Dias, tinha apparelhadas para lhe dar, mas não lhas deu, por esperar e ver como elle se avia com as dez rezões de seu officio, matéria que he tanto de Deus, e em que elle não tinha rezão de sentimento, mas era pura disputa, como VsRs. nellas podem ver. Causa são os excessos assima referidos, não só de rigorosas penitencias, mas cárceres perpetuos; e com tudo, nunca o Padre superior, Francisco Furtado lhe deu huma pequena reprehensão, por ver e temer prudente¬ mente que não estava elle delia capaz, e menos de emenda. Está ja claro que os superiores o não forçarão, nem apertarão. De nos, os superiores o poderão dizer. E nos só dizemos que, como podíamos nos forçar e apertar ao Padre João Adão a fazer taes desatinos ? Nem elle diz, nem pode dizer outra cousa, senão que escrevemos e avizamos aos superiores suas faltas. Se isto he matéria de aperto, VsRs. o julguem que no mais sempre dissimulamos, nem em cousa alguma lhe demos occasião de sen¬ timento, antes per vezes com lagrimas nos olhos, e giolhos em terra, e com palavras que moverião o mais duro coração, lhe pedimos nos levasse para caza, ou fizesse ir para outra Christandade, e acudisse pella honra da Companhia, e sua, pella gloria de Deus e bem da Missão. Em fim, como podem dous religiosos a quem elle tem forçados nesta Galá, a quem 316
  • elle, há dous annos tem prezos, cativos e apertados, forçalo e apertar com elle, a que fizesse tantos e taes desatinos ? Pe Kim, e Quam lo su [tç]. 28 de Dezembro de 1649. De VsRs. em o Senhor Servo indigno Gabriel de Magalhães. 317
  • . ■
  • 3 LETTRE AUX PERES VISITEUR ET VICE PROVINCIAL DE CHINE [ Jap-Sin 142, n° 32 J Aos Padres Vizitador e Vice Provincial da China. ' Apontamentos do modo de viver e proceder do Padre João Adão nesta Corte, na Christandade, na Mathematica, e do nome que tem, e como se ha em sua pessoa. Não pretendemos nestes apontamentos referir a VR. miudezas, mas as cousas mais necessárias e que mais avultão, para que VR. delias possa collegir as mais e o lastimozo estado das cousas da Companhia nesta Corte, ao qual VR. com o cudado paternal procure acudir com toda a pressa e remedios efficazes, para que não venhão os males a tresbordar de monte a monte, que quando se lhe queira acudir, seja impossível a medicina, pois do modo e quam kim [±5] que vemos, tememos que tão jtw grande trovada venha a deitar pedra, e que de tão grandes novidades, e modos nunca vistos de proceder, arrebente algum monstro que desdiga com o nome da Companhia e credito da santa Ley. Quanto ao como se há o Padre João Adão na Christandade. Procede o Padre João Adão com os Christãos de tal modo que todos andão como ovelhas espalhadas e sem pastor, tão frios e desconsolados, quanto elles experimentão, se queixão, e nos com grande lastima vemos e sentimos. E tem chegado a tanto este ponto que os frios se esfriarão mais, e os fervorosos e crentes entre si dizem: Que avemos de ir fazer à Igreja ? Melhor nos he cada hum rezar em caza em nossos oratorios. Outros dizem: Antigamente quando em nossas cazas ou fora, tinha- mos desgostos e desconsolações, hiamos à Igreja, e communicavamos com o Padre nossas afflicções, voltávamos consolados e animados. Agora vamos à Igreja, e pello que vemos, ouvimos, e mao tratamento que nos faz, 319
  • assi o Padre João Adão, como seu moço cin hiao, sahimos affligidos e desconsolados. Outros: Não ha duvida que a Ley de Deus he santa e verdadeira, mas este modo do Padre na Igreja nos toma nosso coração tão frio como a mesma neve, e nos dá matéria de duvida e afflicção de spirito. Outros: Como nos ha o Padre João Adão de acudir em nossas neces¬ sidades e trabalhos se não acode, podendo, aos seus Padres ? E porque não posso aqui referir per miudo as repostadas que o Padre e seu moço cin hiao dão aos Christãos, e a aspereza com que os tratão, refirirei alguns cazos dos quaes, como de premissas, se poderão collegir os mais. Estava huma Christaã de parto, sem poder deitar a criança. Mandou pedir ao Padre João Adão huma relíquia de Santo Ignacio; mandoulhc, mas não sahio a criança. Tornou a Christaã a pedir outra relíquia do mesmo santo ao Padre Longobardo, mandoulhe, e logo deitou a criança, posto que morta. Veyo hum irmão do marido da Christaã denunciar ao Padre Adão o que passara. O Padre então muito enfadado respondeo: As relíquias de Santo Ignacio tem entre si alguma distinção, para vos pedir¬ des outra ao Padre Longobardo ? E se tem distinção ou excellencia, maior he a da relíquia que vos eu dei, que era osso do Santo, que a que vos deu o Padre Longobardo, que era só huma carta do mesmo Santo. Pois sabei que foy venturoza sua may (que tão pouca ou nenhuma fé tem) porque se parira macho, e vivesse, avia de ser mao homem, e se parisse femea, e vivesse, avia de ser concubina de outros, e má molher. Seis males nesta pratica. l.° Desconsolar a Christaã e toda sua caza, que estava affli- gida pella morte da criança. 2.° Chamar nomes a molher, dizendo, vu M-im sin te [±ç], isto he, molher sem fé. 3.° Metterse temerariamente em dizer e pronosticar futuros e infortúnios que dependem da liberdade humana. 4.° Mostrar grande stimulo de inveja com o Padre Longobardo. 5.° O escân¬ dalo que de todas estas cousas se segue aos Christãos, afastandoos de virem, não só a pedir semelhantes divinos soccorros, mas omnino da Igreja. 6." Accreditar as cousas tão reprovadas e ainda perigosas da Ju¬ diciaria. Encaminhou hum Christão antigo a hum velho gentio para se fazer Christão. E como quer que o velho per idade e doença não pudesse andar, allugou hum carro, e nelle veyo à porta da Igreja, pedindo ser 1 'Ffíjfjjj admittido. Cin hiao, criado do Padre, com aspereza e palavras mal com- 2 postas, o mandou embora, dizendo que o Padre pu te hien [rt?1], isto he, qUe estava occupado. Tomou o velho, que levado do mao tratamento que 3 'he fizerão, foy dizendo: Tien chu kiao [±52], xin mo tien chu kiao ? e outras palavras semelhantes, escandalizado da santa Ley. E dahi a pou- fi. i v cos dias, morreo o miserável velho, perdendosse aquella alma. | Adoeceo o moço que tinha cudado do cavallo do Padre João Adão. E estando para morrer, mandou pedir confissão, e o moço cin hiao res¬ pondeo : O Padre pu te hien, isto he, não tem vagar. E assi morreo o pobre sem confissão. Destes cazos e outros semelhantes muitos. De sorte que os que vem (que são muito poucos) à porta para se fazerem Christãos, se vem bem vestidos, são admittidos. Se são gente 320
  • pobre, de povo, e mal vestidos, são rebotados. Nesta matéria ha grave escandalo nesta Christandade. Queixarãosse os Christãos que o Padre não tinha cudado delles, nem das obrigações da Christandade, e que todo o tempo gastava com a horta e brincos de agoa, e em outras cousas semelhantes. Fez então o Padre Adão huma pratica que constou de dizer mal da nação China em geral, e em particular dos Christãos de Pe Kim. E não se dando per satisfeito, em particular lhes dizia: E bem, gasto eu na horta e brincos vossa prata, ou da Companhia ? Tudo o que gastei he meu, tudo são suores meos. Como se a deformidade estivesse só no gastar a prata. Ha grande escandalo entre os Christãos de o Padre Adão ser tan çay [£5], idest, cobiçoso de prata, e neste ponto contão muitas historias da prata e caixas de suas confradias que deixo per perluxas, só apontarei duas. Fez o Padre Adão huma pratica na qual se queixou dos Christãos que não davão prata à Igreja, e que elle viera de Europa, caminho tão comprido e de tantos trabalhos, e que os Christãos não só não lhe davão cousa alguma, mas que elle comprava os Christãos, ao menos cada hum per dous taes, pois quando se bautizava hum Christão, gastava o Padre tanto em cera, tanto em contas, tanto em imagens ett. E que os Christãos antigos erão causa de os novos não trazerem nada à Igreja, pois lhe dizião que na Igreja não se tomava nada ett., a qual pratica ouvindo hum sieu çay [£5], que de novo se tinha feito Christão, nunca mais veyo à Igreja. Adoeceo a hum gentio hum filho. 0 pay com muito sentimento lhe dezejava a vida, e depois de vários remedios sem effeito, pretendia cha¬ mar os bonzos, o que vendo hum Christão seu conhecido, lhe disse: Ides errado, melhor he buscar a fonte limpa que he o Tien chu. Eu irei à Igreja e pedirei ao Padre que venha rezar, e estai certo que se tiverdes fé, com a reza nosso Senhor dará a saude dezejada a vosso filho. Foy o Christão à Igreja convidar o Padre João Adão, que com furia e gestos respondeo: go xi ni muen ti nu çay ? [£5] isto he, sou eu vosso escravo e cativo, para vos servir e fazer estas cousas de graça ? Se me não der duzentos taes (era o gentio rico) não ei de ir rezar. E a este tom accres- centou muitas palavras. Sahiose o Christão attonito e desconsolado. Depois veyo hum mancebo, também Christão, tien ven sem, discípulo na mathe- matica do Padre, o qual conhecia o gentio. A este disse o Padre Adão: Ide, e dizeilhe me dé duzentos taes, que eu irei rezar por seu filho. Accrescentou cin hiao, moço do Padre, presente o mesmo Padre: Fazei que vos dé mais, porque tudo o que passar de duzentos taes, vos dara o Padre para ciu cin [£5], isto he, para tomardes molher e vos cazardes. He este mancebo pobre mas bom Christão, e como tal, se sahio da Igreja benzendosse e persignandosse do que vira e ouvira, não querendo fazer o que o Padre e seu moço lhe aconselhavão. Desta e de outras continuas emburulhadas que o Padre Adão e seu moço urdem e tessem vierão os Christãos a dizer: Tam pu xi tien chu tam [t?1], xi xi fi chi tam [£5*], isto he, a Igreja não he caza e templo de Deus, mas caza ou taverna de murmurações. E na verdade tem rezão, pois he tal o modo de proceder, que nem os de fora vir, nem os de caza m - 321 21
  • viver podem, pois são continuas as vigias, todos são espias, não podem dous homens fallar sós que não sejão malsinados e perguntados de que fallão, assi pello moço cin hiao como pello Padre. Em fim, he a Igreja huma perpetua confusão, ordinárias queixas, zelos sem proposito, sem cheiro de religion, mas tudo huma solta secularidade que parece à letra aquillo de Christo Senhor Nosso. Domus mea domus orationis vocabitur, vos autem fecistis illam speluneam latronum. Pello que os Christãos, levados de zelo, fé, Christandade, e amor que tem ao Padre João Adão (de quem dizem que mi leao [±5], isto he, que está illuzo e escurecido) fizerão entre si consulta, e tem assentado, e destes hum quer deixar o mandarinado para ficar mais izento, e todos juntos, cay chun, querem avizar o Padre para que se emende, e não dá matéria de escandalo aos puzillos Christãos, nem seja occasião aos gentios a mur¬ murarem da inculpável vida dos mais Padres, e reputarem a pureza da santa Ley, como as mais seitas e erros dos gentios. Este fervor dos bons Christãos, nos não attrevemos nem a condenar, pois he nacido de bom zelo, e fraterna caridade, nem a approvar, pois duvidamos do succes- so e emmenda dezejada. E assi, como elles differem o avizo para a »i. 2 primavera, não lhe dissemos cousa || alguma neste ponto, pretendendo avizar, como nestes avizamos a VR., para que nos ordene o que lhe parecer, e conforme a ordem de VR. os dessuadiremos ou deixaremos dar comprimento a seu intento. Quanto ao como se ha o Padre João Adão na Mathematica. Tem o Padre João Adão cudado e officio de Kim tien kien chim tam [4=5], assi, e da maneira que o tinhão nos tempos passados os gen¬ tios, fazendo e obrando ou mandando fazer as couzas annexas ao tal officio. No qual (não particularizando ainda suas obrigações) concorre o Padre João Adão directé, claré et evidentemente para todas as supersti¬ ções que o Rey, mandarins, e povo obrão, fallando assi das que estão no Kalendario como fora delle. Esta universal está clara no officio e obrigação que tem e exercita o Padre Adão, e do que dissemos no tratadinho de 6 rezões com que pretendemos provar que não pode hum sacerdote religioso ter este officio, pois tudo o que ali dissemos que não pode o tal religioso, exercita de facto o Padre João Adão. Vesse mais claramente no que se segue. Assiste o Padre João Adão aos exames de yn yam [±5], isto he, aos exames dos que tem cudado das superstições apontadas no tratado, como nos consta per pessoa que vio hum destes exames. E dado que o Padre não pergunte, (do que não nos consta que pergunte ou não pergunte, só consta de sua assistência) manda perguntar e examinar, e conforme o que vé, ou o de que he informado, approva ou reprova para official e seu mandarim o examinado. He o Padre muitas vezes perguntado pello Li pu (sendo este per¬ guntado primeiro pello Rey, que esta he a ordem e stilo china) qual dia conforme a dita ou desdita seja bom ou mao para emprender algum negoceo. E o Padre per si responde, ou manda responder. E nesta matéria 322
  • parece não obra com consciência quieta, pois procura esconder as ditas respostas e obras, como fez neste anno averá 3 ou 4 mezes, indo manda¬ rins do Li pu à Igreja perguntar ao Padre quando seria bom dia para levantar o Tay miao [±5], isto he, o Templo dos antepassados do Rey. E estando os ditos mandarins com os de Kim tien kien na Igreja, inqui¬ rindo e escrevendo a reposta, cin hiao, moço do Padre Adão, prohibio ao estudante Antonio que naquelle dia foy a caza, a entrada do lugar onde os mandarins estavão, vigiando com muitas cautelas para que não entrasse e soubesse o que se fazia. Aos 10 ou 12 de Dezembro deste presente anno foy o Padre Adão chamado ao Li pu, e perguntado que dia seria bom ou mao para se fazerem as ceremonias no Templo assima dito ett. Do que fomos infor¬ mados per pessoa que esteve presente a pergunta. E o Padre Adão tor¬ nando para caza disse ao Padre Miguel Trigao, fora perguntado de não sei que escolha ou negoceo de mandarim, calando a pergunta do dia. Accusa aos delinquentes, conforme a obrigação de seu officio, e estes chegão as vezes a risco de serem mortos, como de facto chegou hum Tartaro ou China do Leao tum, sim yam, accuzado pello Padre. Accusou o mesmo Padre, depois de estarmos nesta Corte, hum homem que de Nan Kim trazia Kalcndarios particulares, o qual foy prezo e não soube¬ mos que castigo lhe derão, ou que lhe socedeo. Só sabemos que estão annexas a seu officio muitas obrigações a esta semelhantes. Accusa, reprehende e castiga os que tem debaixo de sua jurisdição. Poem sello, sinete, e seu nome no Kalendario com o que (ainda que não aja outro inconveniente) concorre para obra ex se peccaminosa, como he a promulgação do dito Kalendario em que estão as superstições no tratadinho apontados e outras muitas de que esta cheio. Manda abrir as taboas da impressão, imprimir e enquadernar, castiga, paga, e appremia os officiaes que fazem bem ou mal a Impressão e enquadernação do dito Kalendario. Da de graça, e vende o dito Kalendario, que de si não he cousa indifferente, como he o cheiro e cordeiro que se dá ou vende ao gentio e Judeo, mas contem superstições que determina té opponuntur fidei. Nem se pode dizer que só da e vende a verdadeira mathematica; se não digamos que se pode vender e dar em Europa hum livro de boa doutrina semeado de heregias e paganismos. Pode porem dar aos Padres ou Christãos que sabe só uzão da verdadeira mathematica. Assiste o Padre no Passo Real todos os annos, pessoal, e solennemente ao acto da promulgação no dia em que o Rey o dá e espalha aos man¬ darins e povo, o que he publica e manifestamente confessar e declararse por author delle, alem de concorrer tão solennemente para sua promul¬ gação. Isto he, quanto ao que toca a seu officio, vamos agora as cousas particulares que o Padre faz proprio motu, sem aver quem a isso o obri¬ gue, quero dizer, que podia, sem offender ]j a obrigação de seu officio, 11 ■ 2 * deixar de fazer as taes cousas. He o Padre João Adão perguntado pellos Tartaros e Chinas, vg. se na guerra lhe socederá bem ou se vi vira ? qual dia seja bom para levantar cazas, e vai lhe ver o sitio, matéria em que estes gentios tem muitas superstições, e posto que o Padre diga que lhe dá aquellas repostas levado 323
  • m m E3& de outras rezões (que não sabemos) com tudo os gentios lhas perguntão só com o intento nas suas superstições, com as quaes, e as quaes o Padre favorece, augmenta e concorre, dandolhe as ditas repostas. Levanta figuras a muitos grandes, assi Tartaros como Chinas. E a gente ordinaria, a todos os que lho pedem, ve a mão e diz a bonadicha. Donde veyo a nos dizer hum criado do Torum vam (que he o mais velho e maior Regulo dos Tartaros, e conhecido do Padre) que o Padre Adão não era tido por bom homem, pois andava com cousas de suon min [±5], isto he, judiciário ou sigano, gentes que neste Reyno he tida e avida por canalha e fez do povo. Accrescentando, que seu senhor, o dito Regulo, dissera que o Padre só tratava de enganar com estas patranhas os Tar¬ taros, queixandosse o dito Regulo do Padre, pois mettera na cabeça a sua filha ser ella Tay yn sim [±5], isto he, a Lua, e que a rogos da mesma filha, o Padre sacrificara a Lua. O que não se pode crer fosse sacrifício, mas levantar figura, que o Padre faz a cada passo. Posto que aquella pes¬ soa (defendendo e escuzando nos o Padre, como era rezão) instou per muitas vezes que ouvera altar, cabra, e tudo o mais que estes gentios uzão em semelhantes abominações. Em fim, dá o Padre João Adão occa- sião a se cudarem delle tão horrendas cousas, e a se ter delle tão ruim conceito. Esta he aquella Hoam cu [±5], isto he, molher da caza real, a quem o Padre João Adão allega em todos seus enredos, fazendoa ja irmaã do Regulo que governa, ja tia do Rey, ja poderosa no que o Padre quer ett. Esta he a que (diz o Padre) o avizou que não desse mais memoriaes de se escuzar do mandarinado. Esta he a que sempre, quando logo chega¬ mos a esta Corte nos allegava, que per sua via avia de fazer e acontecer, o que tudo depois que soubemos o que passava, nos foy causa não de esperanças, mas de rizo. Esta he a que o Padre a boca cheia chama sua filha. Esta he a que nos allegou, sempre com mil nomes e titulos, que fazia e acontecia nos negoceos do Padre Adão, que convinha tratar ou não tratar de nossa liberdade, sendo ordinariamente o Mercúrio destas embaixadas cin hiao, moço do Padre. Porem saiba VR. que esta molher não pode nem vai, não digo eu para com o Regulo que governa (porque os que sabem do governo tartaro se rirão se tal ouvirem) mas nem com hum mandarim pode cousa alguma. E quando o Padre João Adão allegar com a Hoam cu custumada, saiba VR. que he esta molher, e delhe suas quebras. Accrescentou mais a dita pessoa em confirmação do que tinha dito, que praticando hum dia com o Padre João Adão, lhe dissera que ja não cria que as estrellas tivessem dominio nos homens, porque assi lho tinha dito no caminho de Su chuen e pien co, isto he, com argumentos con¬ cluirá o negoceo o Padre Gabriel de Magalhães, e elle grandemente fo [4=5], isto he, se sogeitara a rezão. O Padre Adão lhe tornou: O que eu digo e faço he doutrina certa. O Padre Magalhães não sabe o que diz. Hum filho desta molher que era que cum [±5] per merecimentos de seu pay que foy grande capitão tartaro ordinário, mas levantado per seus feitos, estando gravemente doente, mandou perguntar ao Padre Adão: que dizia de sua vida ? Respondeo o Padre: De trez partes tendes huma 324
  • de vida, mas desta doença não aveis de morrer. Passados trez ou 4 dias, morreo o miserável. Bem se vé que quem de tres partes de vida tem duas de mortes que morrerá, e alioquin disse o Padre que viviria. Ja se ve o que pretende o Padre João Adão nestas repostas, das quaes dá muitas tão amphibologicas como esta, que deixo porque desta se entendem as mais. Huma vez, estando eu presente, lhe mandou hum Regulo perguntar não sei que cousa, das que estão no Kalendario. E o Padre o pedio e o resolveo, e vendo que lhe podia eu notar, tomou: Eu sempre lhe res¬ pondo as avessas do que está no Kalendario. E cudou que com isto me satisfazia. Dis o Padre João Adão que lhe era mais facil saber o mim [±5], isto he, dita ou mofina dos Tartaros || por serem mais lhanos e brutos, que a dos Chinas e Europeos, por serem mais trincados e atilados. Foy o Padre João Adão vizitar hum Regulo que subira a maior digni¬ dade. E perguntando o Regulo : como logo soubestes ? Respondeo o Padre : si, eu sei, porque ha poucos dias vi sahir huma estrella grande e fermosa, e logo delia conheci que ella significava a vos, e esta vossa tão boa fortuna. Este he o modo de proceder do Padre João Adão na Mathematica. Donde se pode ver quam impossibilitada a este respeito esteja nesta Corte a Ley de Deus. Pois as primeiras vistas que vos vedes com os homens, logo vos mostrão a mão. Se lhe dizei que não sabeis. Respon- demvos: O Padre Adão sabe, e vos não ? Que lhe avemos de responder ? Se lhe dizemos a verdade, e o que os Padres ja tem escrito nos livros, que tudo aquillo são mentiras, patranhas sem fundamento e invenções de ganhar prata, como ganhão infinitos suon mim [±5], isto he, siganos, gente vadia e emburulhadora, e como tal estimada pellos Chinas. Não seria isto dizer mal do Padre Adão, e claramente chamarlhe sigano, vadio e emburulhador ? E não somos nos sós os que reparamos neste tão grande inconveniente, mas também os muitos annos e veneráveis cans do Padre Nicolao Longobardo que com assas sentimento nos apontou esta difficuldade. II. 3 Quanto ao nome que tem o Padre João Adão nesta Corte, e como se há em sua pessoa. Bem se deixa ver do assima dito, qual seja o nome e fama que o Padre João Adão tem nesta Corte. Porem, para que VR. saiba quam publico elle he, veja a seguinte numeração, que nos veyo à noticia per 4 Christãos, 3 delles mandarins, fallando todos pella mesma boca. Se dantes disserão os Christãos o Padre João Adão tinha bom nome, agora 1 o tem muito feyo, e fama de mao homem. Porque se dantes era reputado 2 per cim [i?1], isto he, de mãos limpas e sem cobiça, agora he tido por tan [±52 ], isto he, por cobiçoso. Se diantes era tido per xen [±5®], isto he, bom, de boas entranhas, agora he reputado por pao [stç4], isto he, cruel. 4 Se diantes era reputado por hien fe!], isto he, letrado, grave, modesto, 5 virtuoso, sesudo, agora he tido por uan [±5*], isto he, brincão, hao m * m & g 5c 325
  • ms * fJM > ^ fl. 3» cieu [±5], isto he, homem que folga e se entrega ao vinho. Se deantes tratava com pessoas graves e mandarins, agora brinca em caza e bebe com rapazes e moços ta çu, ta lo, cham [±5], isto he, tocando tambores e bacias e cantando ate a meya noute, com notável escandalo dos Christãos e gentios que isto sabem. Depois que estamos nesta Corte per duas vezes chamou o Padre Adão moços de Kim tien kien, daquelles que chamamos de tauxia [?], com os quaes passou duas noutes na Igreja, (dormindo estes moços em caza) em muzicas, tangeres, comeres e beberes, a isto parece alludião os Christãos. E o que he mais para sentir e chorar com lagrimas de sangue, accrescentarão os Christãos, se dantes o Padre era casto, agora he publica voz e fama que hao se [±5], isto he, que anda envolto em gostos des- honestos, e estes não só de molheres, mas ainda de rapazes. Perdoa VR. escrevermos aqui estas cousas, indignas certo de papel, pois sabe, que a obrigação que temos ao credito deste bom Padre qua frater noster est, a fama da Companhia e honra da Ley de Deus nos obriga. Perguntando nos aos Christãos onde ouvirão e como sabião estas cousas ? Respondeo: Posto que não cremos que assi seja, com tudo o quam kim [±5] e modo de proceder do Padre nos persuade ao cudarmos; alem disto, accrescentarão, he pratica entre os Christãos, e Chu xin pe (he este hum que só tem nome de Christão, mandarim do Padre, e hum de seus conselheiros, grande marao e emburulhador, e como tal esteve há poucos dias com o cutello na garganta) disse que o Padre tinha feyo nome para com os mandarins Chinas, que dos Tartaros não sabia. O que dito, apontarão as rezões que avia de se cudar tal do Padre, que são as seguintes. l.° por verem o modo de proceder, e intelligencia que há entre o Padre e cin hiao seu moço. 2° porque vindo o Padre de noute de banquetes, trazia o seu moço cin hiao comsigo nas ancas do cavallo, custume, parece, dos que commet- tem semelhantes peccados. 3.° Porque assenta consigo à meza o seu moço cin hiao, como fez no cieu ki deste presente anno na nossa sepultura, e isto presentes muitos Christãos. E em Kim || tien kien, tribunal do Padre, sendo o Padre convidado a banquete pelloa Tartaro, sim yam, o qual indo dis¬ pondo os hospedes, também deu lugar ao dito moço do Padre, dizendo maliciosamente: Tam lao su ti quon kia [±5*], cim ço, cim ço [±5*], isto he, mordomo do Padre, assentaivos, assentaivos, que foy dar huma bofetada no Padre, que tal queria e consentia, pois não há tal cortezia na China. E o Padre a levou e sofreo, deixando assentallo e comer banquete. Ja que falíamos neste homem, saiba VR. de caminho quem elle he. Hé filho de hum Tartaro do Oeste, e de huma China do Leao tum; homem grande marao e emburulhador. Este foy pello Padre accuzado de crimine mortis, e esteve com o baraço ou cutello no pescoço, porem elle e o Li pu sahirão com quantidade de prata com que lhe perdoarão a morte, e o tirarão de Kim tien kien. Depois o Padre Adão movido per seus respeitos inconsiderados, sendo aconselhado pellos Christãos que o não fizesse, deu hum memorial ao Rey, em que dizia que este Tartaro tinha partes, e como tal, podia o Rey uzar delle. Approvou o Rey o 326
  • memorial, e mandou que servisse na Mathematica, onde serve de espia, e quanto o Padre faz e não faz, vay metter no bico do Li pu. Deste tem grande medo o Padre, e este he o que o Padre João Adão allega, que hum Tartaro, que hum ta gin [±5], que hum mandarin me disse tal e tal cousa. Que tal he o Padre João Adão, que com os que lhe dezejão todo o mal, como este lhe dezeja, se abre, e a estes dá credito, e toma por abonadores de seus enredos. Com este nos allegava, hora com titulo de hum Tartaro, hora com titulo de ta gin, isto he, pessoa grande dos Tartaros, hora com titulo de mandarim, e depois não se lembrando destes titulos, nas mesmas cousas nolo allegava per seu nome, cousa que nos deu muito conhecimento para sabermos as traças do Padre João Adão. Este foy o que disse ao Padre que pu yao tem ta [±5], isto he, não tenhas 'F-VSjfêflii compaixão delles, dizendo o Padre, e affirmando o cin hiao seu moço com juramento que hum Tartaro dissera isto, e depois o nomeou. Este o que disse ao Padre que não convinha irmos a caza, pello que nos prohibio a ida e entrada da Igreja. Este o que lhe disse que o Rey nos não avia de largar, por estarem ainda em Su chuen a gente daquelle ladrão, e isto no mesmo tempo em que o Rey nos queria mandar para Macao per via de Su chuen. Bastava saber o Padre João Adão quem he este homem, e que vontade lhe tenha para lhe não dar credito, nem fallar estas e outras cousas com elle, mas porque são para sustentar o mao animo que o Padre tem a seus Padres e Irmãos, por isso as ouve e allega ett. Pello que saiba VR., que quanto o Padre Adão allega contra nos, que ouvio aos Tartaros, pella maior parte são ditos deste marao. O qual (assi nolo affirmarão os Christãos) emburulha o Padre nesta e nas outras cousas per duas rezões. l.° Pello odio que tem ao Padre, e assi em tudo nretende desacreditallo e deitallo na lama. 2° Particularmente em nosso negoceo, porque temia que ficando nos, ou hum de nos na Igreja, se lhe cortão as esperanças de poder vir a ter cudado da mathematica, como pretende. Na primeira rezão tínhamos nos dado; a 2.* nos apontarão os Christãos que corria entre elles por certa, e que a este fim este marao mette na cabeça ao Padre grandes castellos de vento, e medos com qu faz seu negoceo, impedindo nossa ida à Igreja; e por detraz murmura e desfaz no Padre nesta e nas mais matérias. Avizounos huma pessoa do Torum vam (Regulo de que assima falíamos) que disséssemos ao Padre Adão que se não fiasse deste homem, pois era espia do Li pu, e andava bus¬ cando, fraze sua, fum fum lh, isto he, gretas e faltas no Padre para o accusar, e lhe fazer mal, como cada dia, e depois de nos estarmos nesta Corte, fez muitas vezes, e nem por isso este bom Padre se emmenda. Levados da caridade, avizamos ao Padre, posto que com duvida (que ven¬ cemos levados do amor que devemos e temos ao bom Padre e Companhia) de o Padre lho dizer, assi como disse, ou foy causa que se lhe dicesse o bom conselho que hum Christão lhe deu, que não desse o memorial que assima dissemos, pois lhe cairia o mal em caza, como de facto cahio, e agora o não pode deitar fora, e este Tartaro depois ficou com má vontade ao dito Christão. E nesta matéria de lingoa terceira, he este bom Padre muito desattentado. 327
  • (I. 4 1 m-mwm 2 mmm 4. ° Porque sofre que os de fora lhe mandem a cin hiao hum tie [*=?] de vizita ou agradecimento, igualmente como ao Padre, como mandarão os netos do siu colao este anno que aqui vierão. 5. ° Porque quando o Padre manda presente aos Régulos e mandarins, igualmente manda o seu moço. E muitas vezes para que o seu avulte mais, e para nisso o Padre lhe dar gosto e proveito, tira do proprio, e accrescenta no do moço. | 6. ° Porque cin hiao veste não só sedas, mas vestidos de dragões, hoam hiua [±5], isto he, botas de couro fino e amarello, cousa na China nunca uzada em moço de caza. O que vendo hum mandarim, indo este moço fallar com elle, perguntou depois delle ido: Quem he este que agora aqui veyo ? Responderãolhe os circunstantes : Tam jo vam ti quon kia [±5J], he mordomo do Padre Adão. Tornou elle: mu yam ye hao [±52], isto he, não he o carão mao, não he a presença ruim. Palavras são estes com que os Chinas declarão semelhantes torpezas. 7. ° Porque huns mandarins chinas disserão taes palavras em que clara¬ mente derão a entender que o Padre passava a vida com semelhantes gostos. E ja pode ser que por este e outros respeitos, vg. o modo de proceder, e pouco tento no fallar do Padre, omnino os mandarins chinas se tem delle afastado de modo que ja não vem à Igreja, o que o Padre João Adão per si tem notado, e dado queixas diante de Christãos, e ainda diante dos Padres Miguel Trigao e Luis Buglio. 8. ° Porque não he crivei quanto defira o Padre João Adão a este moço em todas as cousas, que parece lhe tem dado alguma beberagem que assi lhe tem transtornado o entendimento e affeiçoada a vontade. E nesta matéria são tantas as historias que seria necessário muito tempo e papel. Mas bastara duas ou trez. Estava em Kim tien kien hum mandarim Christão que só o nome tem de Christão, a quem antes o Padre João Adão não podia ver. Que fes este marao para ganhar e affeiçoar o Padre ? Metteose de gorra, como dizem, com o moço cin hiao, e fizerãose a modo china, kie pay ti hium [±5], isto he, Irmãos. Não se pode explicar quam depressa cahio em graça e favor do Padre: Não ha mais Flandres. 9° Escreverão dous mandarins (que são dos melhores Christãos desta Corte) hum memorial dos negoceos e officio do Padre, e porque parece Tft&'MÍ 0 escreverão çu çao sie [±5], isto he, não tão pollidamente, queriaos o Padre accusar ao Li pu (estas são as occupações da Christandade). Pedi¬ rão estes dous Christãos por vezes, com os joelhos em terra, ao Padre perdão do erro (dizendo entre si que se se avião depois de accusados de ajoelhar no Li pu e Him pu, que melhor era ajoelharense a seu pay espiritual, e alcansar delle o perdão) jamais o Padre lhe quis perdoar. Teque elles se valerão do moço cin hiao per via daquelle seu Irmão de que assima falíamos. A rogos do qual cin hiao, logo o Padre se dobrou e lhe perdoou, dizendo aos Christãos em presença do moço, que se elle não fora, que de nenhum modo lhe perdoaria. 10. Devia ao Padre Adão hum Christão por o Padre lhos ter empres¬ tados dezoito taes, o qual, que he marao (he este Cham, João curto) convidou a banquete a cin hiao, e no banquete lhe fallou do conheci¬ mento dos taes, e logo cin hiao (que tem em seu poder vestidos, prata. 325
  • e tudo quanto ha na Igreja) tomou o conhecimento, e em presença do dito Christão, o resgou. O que sabendo depois o Padre João Adão, deu tudo per bem feito, perdoando ao Christão a divida in solidum, só por não desgostar a seu moço cin hiao. 11. Porque confessando o Padre João Adão a huma molher em caza deste moço cin hiao, a qual caza está entre a Igreja grande e a Igreja de Nossa Senhora, onde se fazia a confradia das molheres. E posto que na verdade ouve alguma rezão (como informados soubemos) de ir ali confes¬ sar aquella molher, he de grande sentimento duvidarem os Christãos de seu xin fu [s=ç], isto he, pay spiritual, palavras que elles disserão contando esta historia. Isto he o que os Christãos disserão, veja VR. agora o que nos vimos e ouvimos. 12. A hum moçozinho tien ven sem, presente o estudante, disse o Padre: Tu ainda não tens filho, nem o sabes fazer. Se eu tivera a molher que tu tens, ja ouvera de ter dous filhos, assi tamanhos, apontando com a mão a altura e grandeza delles. Não se lembrando que noutra occasião dissera que fizera bem de se fazer religioso, pois sabia de sua estrclla que se cazara, não avia de ter filhos. 13. Estando o Padre Luis Buglio e eu presentes, mostrou o Padre Adão a hum bicho de caza as verendas de hum homem pintado, pergun- tandolhe que cousa era aquillo ? E estranhandolhe nos a acção com gravi¬ dade no rosto, e virando as costas, e pratica, tomou o Padre, dizendo : Assi se provão os bichos se são simplices ou não. 14. Mostra o Padre figuras deshonestas aos hospedes, como são molheres publicas da índia. Molheres de cafres com as verendas dos homens penduradas ao pescoço; como em nossa presença mandou mos¬ trar pello seu moço cin hiao, não sei a quem. Estão todas estas figuras num livro que compuzerão os olandezes da primeira viagem que fizerão à índia. 15. Vindo à Igreja hum Regulo, perguntou ao Padre João Adão: Quem era cin hiao ? Respondeo o Padre xi go tu ti quon kia ti [4=5’], isto he, he hum meu discipolo que tem cudado da caza. Tornou o Regulo: Sabe letras ? Respondeo o Padre: hoei che fan, ci y co [±^2] gay gay siao siao || ti lao po [±5*], isto he, sabe comer arroz, e soube escolher e cazarse com huma pequenina e linda molher. E logo o Regulo perguntou se a molher estava em caza ou não ? 0 que referindo nos ao Padre Nicolao Longobardo, o velho com notável presteza tomou : E bem, não pode o Padre Adão chamar de noute essa molher à caza ? 0 porque o bom velho dissesse isto, se levado do que lhe nos contávamos, ou per outras causas que elle sabe, elle deve ter avizado a VR. Poucos dias depois de chegarmos a esta Corte, indo eu a caza, perguntei ao Padre se sabia cin hiao fazer relogios, (ouve occasião para esta pergunta) respondeo o Padre: Que sabe ? Sabe elle fazer filhos. 16. Tem o Padre João Adão dito ao Estudante e moços per muitas vezes: Sendo eu tão grande mandarim, tendo estas cazas, esta horta, tan¬ tas honras e tanta prata, muita merce faço aos Padres não ter comigo huma molher na cama. St# jmmmm fl. «V 329
  • 17. Quando o Rey deitou este anno o povo e mandarins chinas para fora dos muros desta Corte. Sem fallarem, nem entenderem com o Padre João Adão, começou a dizer nesta matéria tantas cousas e tão furioso que não faltou quem dissesse estava o Padre bêbado (viera elle aquella hora de hum banquete) e como tal, fora de si, e depois de muitos des¬ propósitos, rematou: Venhão agora cá os Padres, venha o Padre Vice Provincial tomar, conservar e viver na sua caza, que eu logo me sahirci com a ntinha ta po [±5], isto he, com a minha molher tartara para fora dos muros. 18. Estando eu ainda em Su chuen (cousa que me deu certo assas que sentir e padecer) alem de outras questões, que tive com o Regulo com quem eu vinha, acerca do modo de proceder na Mathematica do Padre, dizendo o Regulo, que o Padre fazia o que eu agora por meus peccados, com meus olhos vejo, e então não cria; tivemos huma em que o Regulo dizia que o Padre João Adão tinha molher, e que por sinal (fraze própria éfcTffltiS que uzou) chai leao leam co [±5], isto he, da qual tem ja dous filhos, o que eu então não cri, mas agora cahio na rezão do Regulo dizer isto, e ser publico em sua gente, que alem do assima apontado, he a muita soltura do Padre João Adão em fallar nesta matéria. Deos Nosso Senhor lhe dé, labia circunstantia, cor mundum, et contritum. Doutro modo, não sei em que parará esta tragédia. Se olhamos o ser este bom Padre religioso. Não sei como se possa dizer delle que guarda os votos. Pois na castidade fica claro seu pro¬ ceder. Posto que não saibamos o que passa in re, mas só pretendemos informar os superiores do que se diz, e da occasião que o Padre dá para delle vehementer se sospeitar algum ruim caminho nesta matéria. Na pobreza, publico e evidente he seu proceder, assi aos Christãos como aos Padres e superiores que estiverão nesta caza. Vesse na multidão de vestidos de seda que este bom Padre tem e uza, pois se sabe que só pao çu [±5’], alem de cabayas, gao çu [sr?2] ett., terá vinte e mais. Vesse no trato de sua caza e cubicolo, que não parece de religioso pobre, mas de rico ~v':secular, uzando em sua cadeira de gualdrapa, ou paramento de seda de flores que a cobre de alto à baixo, e nas mais, que tem no cubicolo de coxins de veludo preto broslados de flores. Vesse em seu comer que num dia, sem occasião de hospedes ou banquetes, gasta logo huma cabra, num gentar [stc] elle só hum pato. E isto não per huma ou duas vezes, mas muitas e muitas vezes, e em poucos dias sabemos se consumirão decenarias de galinhas e patos. Vesse na horta, poço, tanque, brincos e certimprozas de agoa em que gastaria quatrocentos e mais taes, com¬ prando vazos de arvorinhas e flores de tres, quatro, sinco, e seis taes; e isto não hum, mas muitos, fazendo tão grandes gastos em tempo em que todos os Padres da Província morrem de fome. E nesta matéria he tão grande a devassidão, quanto se não pode em breve explicar, não tendo cudado de nada, mas tudo deixa ao seu moço cin hiao, que gasta e dis¬ põem da prata, e de tudo o mais a seu gosto, e se he fiel ou não, muitas historias podia referir, mas deixoas porque tudo se collige do que fica dito, e do que adiante se dirá. 330
  • Se olhamos ao affeito e spirito da pobreza deste bom Padre, parece ser proprietário, pois o seu fallar e obrar assi o mostra. Pois o ser pro¬ prietário consiste em hum religioso fazer e dispor à sua vontade de tudo ou parte do que tem, sem ordem e dependencia do superior. Como o Padre se aja nesta matéria, os superiores o sabem, pois não são senhores, nem se attrevem a dispor da prata, fazenda e cousas desta caza. E o bom Padre a boca cheia diz que nada he da Companhia, mas que tudo he seu, e acquerido per seus trabalhos e suores, não se lembrando dos trabalhos do Padre de boa memória, o Padre Matheos Ricio, dos Padres Longobardo, Terencio, Pantoja || Ro, e outros, cujos frutos elle agora colhe e goza, attribuindoos a si, como não devera. E quando fosse, como elle diz, ouverasse de lembrar que: quidquid Monachus acquirit, monasterio acquirit. Se olhamos a sua obediência, seu continuo fallar, mostra qual ella seja, pois não se pode encarecer quam desbocadamente sinta e falle dos superiores. Os quais sabem muito bem qual este bom Padre seja nesta matéria, e quam refractario, pois se não attrevem a lhe ordenar o que convém a sua pessoa, e o que convém ao bem desta caza, Christandade e Missão. Bem se ve sua obediência em dizer, como disse, que se os Padres apertavão muito com elle, que avia de chamar os Frades para esta Missão, e lançarse com elles. Bem se ve em não querer agora conhecer ao Padre Francisco Furtado por Vice Provincial das partes do Norte, conhecendoo por tal, (pois não ha duvida de elle o ser, antes podia o dito Padre ter muito escrupolo se deixasse officio, se não a seu tempo e juridice) assi nos, como os mais Padres destas residências. Que obediência tem quem abrio as cartas que daqui mandamos para o Padre Francisco Furtado, Vice Provincial, e as leo e reteve ? E para que se veja quam falso seja o que o Padre João Adão diz, que as abrio porque ja o Padre Francisco Furtado naquelle tempo não era Vice Provincial, vejasse as rezões seguintes. 1.* Porque não só então, mas ainda agora, 36 de Dezembro, que isto escrevo, he legitimo Provincial o dito Padre, como fica claro do assima dito. 2.* rezão, seja a historia como passou este negoceo, e delia se verá a obediência e empofias do Padre João Adão. Escrevemos, o Padre Luis Buglio e eu, ao Padre Vice Provincial, Francisco Furtado, aos 17 de Agosto, per via do Padre João Adão que nos mandou dizer pello Estu¬ dante, que ainda que o seu maço estava ja fechado, com tudo o abrira, mettera nas costas delle as nossas cartas, e juntamente com as suas as mandara. Logo então pello modo de fallar, duvidamos se averia algum refolho e empofia, posto que nos não persuadíamos (nem ainda depois que tivemos maiores sospeitas) que poderia este bom Padre despenharse em tão grave matéria. Passados alguns dias foy o Padre Adão referindo a Antonio algumas palavras das cartas para o Padre Vice Provincial, dizendo, ou fingindo, que o Padre a quem as nos tínhamos escritas, lhas tinha remandadas ett. Ultimamente refirio claras e formaes palavras das cartas ao Padre Luis Buglio, dizendo que as cartas estavão em seu poder, apon¬ tando o lugar onde ellas estavão. Mas para que se veja que não pode dizer (que he o em que parece se fia para cafelar seu peccado) o que fl. s 331
  • agora diz, isto he, que o Padre Francisco Furtado não era ja então, isto he, ao dar e mandar das cartas provincial: as cartas mandamos ao Padre João Adão aos dezoito de Agosto pella manhaã, e a nova de aver novo Vice Provincial o Padre Manuel Dias, veyo aos vinte e sete do mesmo Agosto, nove da sétima lua china, pellos netos do Siu Colao, numa carta do Padre Francisco Brancato para o Padre Luis Buglio, e nos mandamos a nova ao Padre Adão que a não sabia. Se neste meyo tempo que vay de 18 de Agosto para 27 do mesmo mez, o Padre João Adão abrio nossas cartas, ja se ve que culpa commette quem abre cartas do superior. Se por ventura diz (o que lhe não ouvimos dizer) que as não reteve, mas que até os 27 do dito mes, não ouvera commodidade de as mandar, por¬ que mentio dizendo que as mandara naquelle dia 18 do mesmo mes do modo que assima fica referido ? 3.* Quanto mais, e seja a terceira rezão, que se aos 28 quando veyo a nova do novo Vice Provincial, abrio as nossas cartas, e dado que o Padre Francisco Furtado acabasse seu officio, como podia o Padre João Adão abrir cartas que levavão sobre escrito para o Padre Vice Provincial ? Porque as não mandou assi fechadas ao novo Vice Provincial ? Pello que avizamos l.° a VR. que se ponha todo o remedio em procurar que não mandem os súbditos a esta caza carta alguma de importância, nem para outros particulares, nem para os superiores que estejão noutras partes, pois correm perigo serem vistas, como foy huma do Padre Francisco Ferrari para o Padre Vice Provincial, Francisco Furtado, a qual confessou o Padre João Adão vira e lera, dizendo porem que vinha aberta, como se o escuzasse da culpa o ser a carta (de hum que não he seu súbdito) para o Vice Provincial aberta ou fechada. Calumniava o Padre Adão de mentirozos a todos os Padres da Missão, e que todos tinhão prata ett., trazendo por testemunha esta carta do Padre Ferrari na qual dava o dito Padre conta ao Padre Vice Provincial, que tinha tantas cangas, tanto arroz, li. 5 v de prata ett. || e que tendo o Padre Ferrari couzas e mantimentos para 2 annos, com tudo lhe pedia ordenados ett. E que assi como elle mentia, amesquinhandosse, mentião os mais ett. Destes sinaes poderá VR. chui [±5] a dita carta, para ver se foy aberta ou fechada, posto que não se escuze do crime quem lé carta de superior, ou seja aberta, ou fechada. Avizamos 2° a VR. que os superiores que vierem a esta Corte, tenhão muito tento nas cartas e papeis de importância, para que não sejão vistos pello Padre João Adão, como vio huma carta do Padre João Mon¬ teiro que escrevia ao Padre Vice Provincial, Francisco Furtado, a qual confessou elle vira na meza e cubículo do mesmo Padre Vice Provincial Francisco Furtado. Se olhamos o como se ha este bom Padre na guarda de seus sentidos, e ouvimos aquillo do Apostolo Sãotiago: Qui existimat se religiosum esse, non refraenans linguam suam, hujus vana est religio, temos matéria de muitas lagras e sentimento, vendo quam soltamente falia este bom Padre em todas as matérias, a torto e a direito, não perdoando a bons e maos, a súbditos e superiores, bem o tem estes experimentado, e a nossa custa, bem o experimentamos nos, que depois que entramos nesta Corte, jamais achamos neste bom Padre huma palavra de consolação em que mostrasse 332
  • dezejar nosso bem, e da Companhia, antes todos os dias matérias de afflicções spiritos, e palavras de vingança, murmurando de nos a redea solta com os Christãos, seus mandarinetes, e moços, e Deus sabe se com os gentios, de sorte que pello que nelle vemos, julgamos per vezes que está este bom Padre arriscado a peccar contra o spirito sancto, pois cada hora e momento afflige a seus Irmãos affligidos com sem rezões, com mentiras e empofias que forja, com testemunhos que levanta. No que cudamos, como ja esteja tão devasso e accustumado, não advirte, nem íaz escrupulo. Que levante falsos, muitos exemplos podia apontar, só quero por aqui dous. l.° Disse a hum Christão (não sabemos que o dissesse a mais) que nos com medo daquelle tyranno que buscava livros de rebelliões, tomamos os Missaes e Breviários, Imagens santas, e vestidos da Missa, e os queimáramos. E isto disse com tanta exageração e energia, que o Christão ficou com hum conceito nequissimo de nos. E com rezão, pois o Padre nos não fazia menos que hereges e retrocedidos, que com medo dos tormentos, queimávamos as cousas sagradas. O que tudo he falso, pois nunca aquelle Ladrão buscou livros semelhantes, e ainda que os buscasse, que tem que fazer os santos livros, e estes de letras europeas, com livros de rebellião, e estes Chinas ? Que podíamos nos temer, pois sabíamos que o Ladrão os não entendia ? Clara está aqui a paixão, clara a falsidade. O que passou foy assi. Depois daquelle tyranno matar o povo da Metropoli e toda a Província, deitou pregão que se sahisse sua gente da cidade, por¬ que a queria abrazar. Tomamos então os paramentos da Missa, Imagens e alguns livros, assi europeos como nossos chinas, e os levamos fora da cidade para o arrayal, onde pedimos ao tyranno hum cavallo para levar todas estas cousas, não o quis o tyranno dar. Pello que tornamos a fazer escolha dos livros, e os repartimos nos cavallos em que nos e Antonio vínhamos, e os mais queimamos, por não ficarem naquellas vargens a serem pizados dos cavallos et in ludibrium da soldadesca, como depois forão os que trouxemos; pois quando os Tartaros tomavão o arrayal do tyranno, todos os rasgarão e deitarão pello campo, os quaes eu com assas dor e sentimento, trez dias depois da batalha, com bem trabalho e pressa, por me darem grande os Tartaros que querião caminhar com o exercito e estar aleijado do braço, andei recolhendo livros e santas imagens, tudo pizado, trilhado dos cavallos e tudo cheio de lama e immundicias. As quaes cousas levei ao Regulo em cuja bandeira vinha, e lha pedi quisesse levallas na sua bagagem. Não quis elle. O mesmo pedi ao hospede com que me agazalhava, também não quis. O que visto, escolhi alguns que com muito trabalho acarretei per todo aquelle tão trabalhozo caminho, e os mais queimei, conformandome com o que a santa Igreja em seme¬ lhantes cazos ensina. E prouvera a Deus que tivéramos queimado tudo, quando estavamos naquelle tyranno, pois não virião os livros sagrados e santas Imagens, e sobre tudo hum Cruxifixo de marfim que eu trazia, a poder e barbaras mãos dos Tartaros e gentios, pois nos não foy possível achar, nem saber de tão santas cousas, com dor e desconsolação grande de nossos corações. O que supposto, que tem o Padre João Adão que calumniar ? Certo que tinha muito de que se consolar, compadecer, e 333
  • contar aos Christãos destes e muitos outros trabalhos. E não fallar tão falsa e pezadamente, quebrando a caridade, e escandalizando os Chris¬ tãos. E se tem que notar, avise os superiores para que elles saibão, e ponhão remedio aos erros, quando os ouvesse, com os meyos que para isso tem e uza a Companhia. 2° falso, e que nenhum genero tem de fundamento mais que pouco escrupulo e muita liberdade no fallar do Padre João Adão foy que, pre- zente seu moço cin hiao, disse ao Estudante que os Tartaros nos apa¬ nharão atraz, e seguindo huma molher daquelle tyranno. O como os Tar- fi « taros nos apanharão, foy || como contamos no Informação que man¬ damos a VR. E este dito está tão longe da verdade quanto nos naquelle dia, não digo eu molher do tyranno, mas nem outra alguma vimos de seus arraes. He verdade que não sabemos que o Padre João Adão dissesse, nem fallasse nesta calumnia a outra pessoa mais que ao Estudante e seu moço, donde cudamos o diria para lhe queimar e a nos o sangue, porem são pezadas e graves zombarias estas. Se não foy o que disse com sua simplicidade o mesmo Estudante, que como o Padre João Adão sempre traz na boca molheres e historias de molheres, que não era muito que forjasse esta patranha, conforme aquillo: Tractant fabrilia fabri. Nesta e noutras matérias em que este bom Padre falia tão inconsideradamente, quanto nos tenhamos padecido e cada dia padecemos, a Deus Nosso Senhor tomamos per testemunha, que tudo sabe, e os superiores poderão saber se quizerem, pois tudo temos apontado e agora não escrevemos, assi por serem infinitos, e cousas nossas que todas deixamos a Deus, como porque do dito fica clara a paixão deste bom Padre, a quem os superiores não devem dar credito tão facilmente, mas com tento, informandosse pri¬ meiro do que passa, pois he certo que quem em cousas tão graves falia tão falsa e inconsideradamente, com menos escrupulo fallara em matérias de menos importância. Que forje, e cada dia machine empofias e mentiras, testemunhas podem ser os que com este bom Padre tratão, o credito que nesta matéria tem nesta Corte, e os Padres e superiores que delle tem noticia. Pois na matéria de nossa liberdade tem complicados tantos enredos, ditas tantas mentiras, quantas se não podem contar, nem escrever, se não em muito papel. Bem se pode ver isto nas duas que tesseo quando os mandarins forão a caza tratar de nos porem na Igreja, como contamos na Infor¬ mação que mandamos, e infinitas com que cada dia nos enganava, dizendo que fazia, procurava, e fallava com fulano e sicrano, o que tudo evidente¬ mente achavamos serem mentiras e empofias. Das quaes só duas quero por aqui, por não trazerem, nem supporem tantos enredos e historias quantas suppoem as outras, que podia escrever. Dous ou trez dias depois de chegados a esta Corte, vendo o Padre Adão que nos nos podíamos queixar de elle nos não vir ver, nos mandou dizer que logo no primeiro dia em que chegáramos, viera para nos ver, mas que chegando à porta do ya muen do Li pu, hum mandarim lhe dissera: não entreis, esperai mais alguns dias para ver em que seu negoceo para, então vireis. Cre¬ mos, porque ainda estavamos com os olhos fechados e cudavamos trata- vamos com hum sacerdote e religioso que nos dezejava bem, e a Compa- 334
  • nhia, e não só cremos, mas ainda comessamos a duvidar de nos, e se averia alguém que pretendesse, ou per odio que tivesse ao Padre, ou por outro respeito, fazemos mal. Porem, passados poucos dias que fomos tomando noticia do sogeito e suas traças, cahimos na conta, e pergun¬ tando a gente da Igreja se naquelle dia em que chegamos a esta Corte, sahira o Padre para nos vir ver ? Foy nos respondido: O Padre Adão não só não sahio para vizitar a VsRs., mas naquelle dia não sahio fora de caza, posto que mandou cin hiao que fosse ver onde se agazalhavão VsRs. O que sabido dahi per diante, sempre fomos com o plumo na mão, como dizem, dando ou não dando credito ao que dizia o Padre João Adão. Depois de vir o Padre Miguel Trigao, per muitos dias andou enga¬ nando o Padre, que lhe pedia fallasse per nos, e nos livrasse. Respon- deolhe: Si, não olhando suas faltas e culpas passadas, eu farei quanto puder, fallarei com o Li pu ett. Que fes ? Sahiose de caza e foy fazer tres vizitas, huma dentro dos muros a caza de hum Tartaro, ou China do Leo tum, que tinha os annos atraz sido mandarim de Kim tien kien, e as outras, a duas pessoas fora dos muros, e com nenhuma das tres fallou, pois nenhum achou em caza, como fomos informados per pessoa que o acompanhou nesta saida, e assi se tornou para a Igreja. E sem nenhum temor de Deus, foy dizer ao Padre Trigao que aquella manhaã fora fallar com o Li pu de nos. E que o Li pu lhe respondera que o xe chim vam [±5], [Tgjffirp isto he, o Regulo que governa, estava de nojo, por lhe morrer hum filho, pello que não era tempo de lhe fallar nestas cousas, quanto mais que nos estavamos muito bem, que tínhamos caza em que morar, vestidos, e que comer ett. E convidou ao Padre Trigao que nos não communicasse o que passara, por nos não dar pena. Ja fica claro que o Padre não fallou com o Li pu, pois não foy a outra parte naquelle dia, quanto mais que o Li pu naquelle mesmo dia, como sempre, em sendo manhaã, veyo ao seu Tribunal, e pellas nove horas foy convidado a banquete a este de quam lo su, onde esteve até noute fechada. Ao tribunal do Li pu não veyo pella manhaã o Padre Adão, pois foy aos lugares referidos, alem de nos nos informarmos veri- dicamente se viera o Padre aquella manhaã ao dito tribunal. A este de quam lo su não veyo, como somos testemunhas || de vista. Pois logo fl. 6» mentio sem nenhum temor de Deus. Dizer que ao Regulo que governa lhe morrera hum filho, posto que procuramos sabello, não achamos rasto disso, donde viemos a cudar que o Padre bautizou o filho (que naquelle dia morreo) de hum Regulo pequeno, conhecido do Padre, por filho do Regulo que governa; quanto mais que todos aquelles dias erão de allegria, pois o Rey levantava o Tai miao [±5], nem o Regulo por successos par- ticulares deixa o governo commum. Nem o Li pu avia de dar semelhante reposta, pois he fora de todo o custume china, e menos trataro, que não fallão nestas cousas. Mas o Padre João Adão pretendeo enganar ao Padre Trigao, imaginando que o Padre não poderia saber estas cousas, e assi informaria ao Padre Vice Provincial, que o Padre Adão fazia per nos o possível ett. Avizar ao Padre Trigao que nos não contasse o passado, não foy por temor que tomássemos sentimento, mas porque pretendia enganar a caridade do bom Padre, que apertava com elle nos acudisse. 335
  • e temia que nos, como muitas vezes temos feito, descubrissemos seus enredos. E a este effeito, de enganar o Padre, e per sua via os superiores, mandou hum Christão (que cudamos ser aquelle grande marao Chu xin pe de que assima ja falíamos) para que fallasse de nos, e contra nos ao Padre Trigao; traça, parece, que o Padre Adão forjava alguns dias antes, quando fallando de nossas cousas com este marao no seu cubicolo, como começou a ouvir o Estudante Antonio, e o Padre João Adão, para que Antonio não ouvisse, o mandou embora, e a mim depois me disse, que o mandara, porque fallava com o Christão de seus negoceos, sendo assi, que fallava de nos, como Antonio ouvio. Quot crimina in uno facinore ! Pois certo que este he hum dos menos intricados enredos, dos muitos que em nosso negoceo este bom Padre tem tessido. Quam facil e desbocado seja este bom Padre no fallar, podesse ver no que diz contra seus superiores, e contra o Rey que agora serve. Contra os superiores he manifesto a todos os que o conhecem, pois não ha ouvirlhe dizer huma boa palavra (assi como de nenhuma outra pessoa alguma) mas huma continua navalha, ou roda de navalhas de murmura¬ ção. E basta só nesta matéria, entre outras muitas cousas, o que eu lhe ouvi dizer: que os superiores erão huns velhos velhacos. Não se offenda VR. da palavra que não teria o bom Padre o intento que ella significa, porem denota sua liberdade nesta matéria, quanta VR. e os mais supe¬ riores, com assas paciência terão experimentado. Contra o Rey, basta hum exemplo. Averá ao tempo que isto escrevo 3 ou 4 dias, que fallando o Padre Adão com huns Tartaros graves acerca do Kio li, onde os Tartaros actualmente entravão, assi como fazião nas mais cazas da cidade, e cudando o Padre que elles querião o Kio li, com muita furia e gritos largou estas palavras : Chao tim kim po go [±ç], go ye kim po chao tim [±5], isto he, o Rey me trata mal, e como não devera, eu também tratarei mal ao Rey. Palavras são estas que se forem as orelhas do Rey, bastão para se concluir Adão, e per seu peccado, todos os mais Padres, Christandade e Missão. Qual seja o moço cin hiao, do que fica dito, se pode collegir, e de duzentas e mais historias que os Christãos sabem e contão; e de humas poucas de pancadas que ele o anno passado deu em seu proprio pay, que he cozinheiro na Igreja, o que tudo deixo, só digo que este moço he a Petra scandali desta Christandade, e o que traz ao Padre Adão trans¬ tornado e fora de si. A este moço chama o Padre João Adão seu filho, e seu siam cum [±5] a boca cheia, diante de Christãos, Tartaros e Chinas. A este diz que ha de deixar tudo quanto tem. Deste se fia e confia. Este he o seu fidelissimo conselheiro, a quem, dis, que ama, e que o moço o ama também, prepondoo no amor, fidelidade e em tudo, aos Padres e Irmãos da Companhia, dizendo que destes não ha que fiar, porque todos são huns mentirozos, e que os Padres professos fazem o quinto voto de mentir. Este moço he a causa de tantas urdiduras e tesseduras, dezellos, historias, desgostos entre os de caza, Christãos, mandarins, e o Padre, de que cada dia se ouvem trovoadas e terramotos na Igreja, que o não parece, mas bazar e praça de mundanos. 336
  • Do assima dito fica assas claro qual seja o espirito deste bom Padre, que em tudo parece secular, do que ha escandolo, assi nos de caza, como nos de fora, pois o chim chi lum [±5] chegou a dizer que o Padre Adão não só não parecia Padre da Companhia, como os outros Padres, mas que nem chegava a hum Português secular de Macao. E hum Bengala que serve em caza, disse, que nunca vira secular como o Padre, princi¬ palmente em matéria de vingança e crueldade. E na verdade tem rezão, pois não he crivei quanto domine neste bom Padre o spirito de vingança. Bem o mostrou em dizer que queria fazer matar o Padre Sambiasi || e 7 o dar contra elle dous memoriaes; dizer que se elle fosse os Tartaros, ja nos avia de ter mortos, allegrarse com a morte de outros, sofrer e folguar [sic] que seu moço cin hiao lhe desse os parabéns per prizão e trabalhos de outros, a quem o Padre tinha rancor e má vontade. E destes infinitos exemplos em que nos temos boa parte, pois per vingança e odio que nos tem, fomentado de seus respeitos e intentos particulares, nos não quer livrar, antes he causa de nos não podermos claramente com os Christãos e outros meyos tratar de nossa liberdade. Também nos tem dado assas que chorar, ver que este bom Padre esteve 4 mezes, desde 27 de Julho que foy o dia em que se foy para Xan tum o Padre Longobardo, ate 25 de Novembro, sem se confessar, podendo elle (ja que tão obstinadamente não quer vir vemos) fazello, não só mandandonos chamar, mas indo nos neste meyo tempo à Igreja muitas vezes, e algumas com dezejo e a fim de elle poder chegar mais facilmente ao sacramento da confissão, a que finalmente chegou, dia de santa Cathe- rina. Muito mais nos tem dado matéria de desconsolação suas falias e proposições que in matéria fidei soão muito mal. Como dizer: Levame eu agora boa vida nesta minha caza, brincos e horta, depois de morto lá se avanha [sic] Deus com minha alma. Contou huma historia de hum Alemão a quem o diabo prometteo de servir toda a vida em tudo o que quizesse, porem, com condição que a alma do tal Alemão, depois de morto, avia de ser do demonio, e alem desta e outras condições, metteo o demonio no conserto que não avia o Alemão de ouvir conselho bom de pessoa alguma, e muito menos de sacerdote. Socedeo que à hora da morte hum sacerdote exhortava o miserável Alemão que se tomasse a Deus, e deixasse o trato e desfizesse o concerto do demonio. O que ouvindo o miserável, estando hum pouco perplexo no que faria, finalmente se resolveo, dizendo: Toda minha vida fuy fiel ao demonio, que mo foy também, não quero agora perder minha fidelidade, melhor me he entregar minha alma ao demonio, como lhe prometti, o que dito, espirou o infe- lix [sic] e miserável. Contada a historia, accrescentou o Padre Adão: Isto sim, esta he a fidelidade dos nossos Alemãos, que ainda ao mesmo demo¬ nio são tão fieis. Duras proposições por certo! E ruins de tolerar, se se lhe não desse quebra com outro menor mal que he (parece donde nacem) o pouco tento e muita liberdade que este bom Padre tem no fallar. Estas são as cousas mais necessárias, e de mais consideração que a consciência, caridade ao bom Padre, e fidelidade a Companhia nos obrigou a avizar a VR., para que com toda a pressa se faça o possível para remediar e acudir a este bom Padre, e conseguintemente a honra de Deus, 337 22
  • Hf S credito da Companhia, e ao proveito das almas e puzillos Christãos que padecem muito escandalo e detrimento no caminho da Christandade e virtude, protestando neste particular que só pretendemos avizar aos supe¬ riores o que ouvimos, e não de affirmar (exceptuando aquillo que dizemos que nos mesmos vimos) que assi passa na verdade, principalmente na matéria da castidade, pois não he nosso intento accusar, nem que os superiores castiguem, mas que com bons remedios curem e acudão ao bom Padre, que alioquin tem tão estremadas partes, tem feitos tantos e tão excellentes livros, assi mathematicos como da Ley, tem tão venerável e aprazível presença, tão destro na lingoa china, e em particular nas pra¬ ticas que lhe são tão fáceis, como na lingoa materna, no que sou boa testemunha, que ouvindolhe huma fiquei summamente allegre e satisfeito, tem bellissimas mãos e outras partes que se as ornasse com o exemplo de vida e spirito que se espera de hum pregador da Ley de Deus, seria huma pedra de inestimável preço, seria proveito seu, fructificaria muito nas almas, honraria a Companhia, e daria muita gloria a Deus. A quem seja louvor para sempre. Amen. Depois de acabados estes Apontamentos nos avizou hum Christão o que se segue, que por ser de tanta consideração, não podemos deixar g de avizar a VR. Celebra o Padre todos os annos o sem ge [±5], isto he, nacimento de cin hiao, seu moço, e este anno o celebrou com mais festa e publicidade. Muitos Christãos e mandarins de Kim tien kien mandarão ao dito cin hiao a sua caza cousas e prata de prezente, e mandarim ouve que escreveo no tie fe1], ou papel de cortezia: van sem [±5•], que he cortezia que se faz a pessoas exceptione maiores, e outros escre¬ verão outras cortezias que não dizem com hum criado, e menos faze- renlhas os mandarins, os quaes todos confessão que fazem isto por mais não poder, e para poderem viver, pois sabem que se o não fizerem, este moço || se há de vingar, e sabem que fazendoo, dão grandíssimo gosto ao Padre Adão de quem dependem, e se o não fazem, tem medo que o Padre se vingue delles. E de facto este anno cin hiao ajuntou todos os amarradinhas de prata que os mandarins mandarão ou não mandarão. Dos quaes hum mandarim, e belíssimo Christão, que todos os annos atraz custumava mandarlhe prata, como os outros, este armo o não quis fazer, dizendo: Nunca Deus tal queira, que estando os Padres do modo que estão, sendo impedidos por este mao homem para que não venhão para a Igreja, que concorra eu para acção em que se lhe dá maiores brios e mais azas para enganar ao Padre Adão e fazer maiores males. Ja este Christão foy accuzado ou notado pello moço ao Padre Adão de faltar este anno com cortezia, porem não sabemos ainda o como se vinga¬ rão delle. Com occasião do nacimento do criado, accrescentou o Christão o seguinte do nacimento do Padre Adão. Pello nacimento do Padre Adão fintãose os mandarins do Padre cada hum em 8 mazes, que per tudo virião a ser trinta e mais taes, os quaes gastão em espaço de quatro ou sinco dias em comeres e beberes, alem de dous dias de banquetes, e autos que se fizerão na horta e caza do Padre Adão. De tudo o assima dito, disse este Christão, há grande escandalo, assi entre os Christãos e man- 338
  • clarins, que por mais não poderem, concorrem para estas festas, maxime os pobres que são obrigados a pedirem a dita prata emprestada, como também entre os gentios. E como a cousa seja tão publica, temem os mesmos Christãos que chegue hum cazo e outro as orelhas do Rey e man¬ darins maiores, do que se seguira algum grande dano ao Padre, e por elle, a toda a Missão, pois não há tão exurbitante custume na China celebrar o amo com solennidadc o sem ge do criado, quanto mais, fazer hum mandarim do Rey, qual he o Padre, que os mandarins do Rey, quaes são os de Kim tien kien, celebrem o nacimento de seu criado, dandosse e chamandosse titulos e van sem, ett. E muito mais se os mandarins maiores e o Rey souberem que nos roes da paga e renda que o Rey dá aos mandarins de Kim tien kien andem addições pertencentes a prata que se ajuntou para celebrar o nacimento do Padre Adão. Porque como quer que ao tempo do nacimento do Padre, os mandarins pobres pedissem a prata emprestada aos mais ricos, ao tempo que receberão a renda do Rey, puzerão esta addição. A fulano e fulano convém mais tanto, pello que emprestarão a fulano e fulano pello nacimento do Padre João Adão. A qual addição vendo hum gentio do tribunal do Li pu, disse: O, para fazer o seu sem ge, o Padre Adão keu quon fum [±5], isto he, agancha, arranha a renda dos mandarins ? Atequi são apontamentos que aos 6 de Janeiro de 1649 mandamos ao Padre Francisco Furtado, que então era Vice Provincial do Norte. Os que se seguem, soubemos depois, nos quaes não guardo a ordem atraz, pois pella pressa do portador, não me he possível reduzillos a suas clas¬ ses, mas só os aponto com a ordem do tempo em que os soubemos. No dia em que chegou o Padre Miguel Trigault a esta Corte pella manhaã se tinha morta huma cabra, para a noute se cantar e fazer (como lhe chama o Padre Adão) nao [±5], isto he, matinada; porem a vinda do Padre Trigao impedio tudo. No mesmo dia em que se partio o Padre Trigao, disse o Padre Adão: Há muito que não tomamos hum regabofe, nem fazemos huma matinada. E assi se fez, cantandosse e com- mendosse até a meya noyte com a Cham gay çu, e com os moços de caza. Dizem os moços de caza, e principalmente o porteiro, que a Igreja çam te kin [±5], isto he, que vay na Igreja muita sugidade. Dizem isto pella pouca limpeza e muita luxuria de cin hiao, criado do Padre Adão, o que também redunda sobre o Padre, que sabe tudo e não o castiga, antes defende. « Avizarão, ou parece se temeo o Padre Adão, que os Christãos aviza- rão ao Padre Vice Provincial, Francisco Furtado, alguns defeitos do Padre Adão, e para lhe tapar a boca, que o não fizessem mais, urdio o que se segue. Depois de ido o Padre Francisco Furtado, disse o Padre Adão aos Christãos: Sabeis o que me disse o Padre Vice Provincial ? disseme isto: Os Christãos são huns vu cim [tç], isto he, sem amor e agradecimento, que conservandolhe VR. esta Igreja, sendo mandarim, e fazendo tantas cousas ett., com tudo me vierão dizer mal, xi fi [±5], de VR. (grande maldade por certo!) E respondendo nos ao Christão |j que isto nos con- 8 tou, que não era possível dizer o Padre Vice Provincial tal cousa, tomou o Christão: Se assi he, o Padre Adão não abre boca que falle verdade. 339
  • 1 2 1 2 3 1 2 m mmr 'b±&A • Mffi Vindo agora o Padre Francisco Furtado a esta Corte, lhe perguntamos se passara ou dissera o referido aos Christãos, se persignou e benzeo, dizendo: tão sem consciência me fazem VsRs., que ainda duvidão se poderia eu dizer tal cousa. Tirou o Padre João Adão no fim do annopassado do Nui lin tay e hoam cu, que está dentro do Passo Real, às escondidas, e boca da noyte, tres carros de cousas, entre as quaes forão 3 caixões de couro grandes, e hum mie siam [±5»], e 16 leu 2] de carvão. 0 que tinhão os caixões não se sabe. Cazo he este de morte, se se souber. Por este e outros cazos tem o Padre nome tão ruim que tem nesta Corte de cobiçoso e avarento. Reprehendendo o Padre Adão, (ou fingindo que o reprehendia, como se sospeita) a cin hiao, seu criado, diante de hum mandarim que o accu- sara de hum delicto, não se querendo ajoelhar, o dito mandarim o repre- hendeo. E o moço tomou ao Padre: Lao ye yui leao [±5 ’] sin xam ti gin [fc?2], pu yao leao go ma? [±5*] Palavras (sin xam) são estas com que os Chinas explicão sugidades. Alludia este madrasso, parece a hum bicho que naquelle tempo o Padre tinha tomado em caza, e de quem se murmurava que também o Padre tinha com elle ruim trato, assi como com cin hiao. Como fica mais claro no que se segue. Deu o Padre JJoão Adão a sun lhe, que he o bicho referido, alguma prata as escondidas (dizendolhe que o não soubesse cin hiao) para com¬ prar vestidos. Tandem soubeo cin hiao (enredos ordinários nesta matéria) que não só se queixou per fora, mas em presença de outros, e no rosto disse ao Padre Adão : Lao ye heu gay sun lh [±5l], su fam ke ta in çu [±5 *]. Tratava cin hiao muito mal (como a todos os mais) a hum moço de caza que tinha cudado de cavallo, que levado do mao tratamento, se queria ir de caza. Soubeo o Padre Adão, que como o avia mister, lhe fallou e rogou que se não fosse. Respondeo o moço: Servir a VR. tenho muito gosto, mas servir a cin hiao, não posso. Tomou o Padre: Não se vos dé nada delle, tomai estes sinco mazes e comprai hum barrete, mas não digaes a cin hiao que eu vos dou esta prata. De sorte que não he o Padre João Adão senhor da caza, da prata, e tudo o mais, mas cin hiao, e se o Padre dispõem ou faz alguma cousa sem sua licença, leva sua reprehensão. Daqui vem a duvidar muito os Christãos, e dizerem que sem duvida deve o Padre Adão alguma cousa a este moço. Isto ficará mais claro adiante. Allugando hum Christão hum burrinho, como he custume nesta Corte, para ir fazer hum negoceo, o que tinha cudado do burrinho disse ao Christão, passando pella Igreja, que se dizia por fora que o Padre Adão tinha ruim trato com cin hiao, seu criado, pois era senhor da caza, vestia e cavalgava ett. Ao que o bom Christão, acudindo pello Padre, respondeo: Não he isso que vos dizeis, mas tratao o Padre tão bem porque elle lhe tem cudado da caza com diligencia. Veja VR. que até na boca dos can kio ti anda o ruim nome do Padre, que sera na dos mandarins e Tár¬ taros que o conhecem. Mostrou cin hiao dous in poi [±5], isto he, copos ou chavanas lavradas de prata a hum e mais Christãos, gabandosse que o Padre Adão lhes dera no dia da festa de seu nacimento, sem ge. O qual sem ge de seu criado 340
  • faz o Padre com grande escandalo celebrar. Notasse nesta acção dar o Padre a seu criado chavanas de prata, cousa que se não faz senão a mandarins e pessoas muito grandes no dia de seu sem ge, donde se argumenta a grande paixão e affeição, ou prizão em que este moço tem ao Padre. Notasse mais que o dar estas chavanas de prata, foy inter- minis no mesmo tempo em que mandou o Padre Miguel Trigault sem prata, escuzandosse que a não tinha. Disse o Padre João Adão que se não fora Christão, que nem huma caixa avia de dar aos Padres, porque melhor he (diz elle) tratar e dala aos Chinas. Isto diz muitas vezes, fazendo numeração: Avendo de tratar com os Padres, antes com os Christãos; com os Christãos, antes com os gentios. E neste ponto, fallando em particular do Padre Trigao, disse que se lhe desse mais prata, que elle Padre Adão seria hum vam pa. E sobre este negoceo chamou tantos nomes a este Padre e aos mais da Missão, como cada dia faz, quantos eu não quero aqui escrever, pois são cousas que o Padre Adão engola per modum salivae. E nesta matéria disse o melhor Christão que tem esta Corte, que nunca ouvira ao Padre Adão dizer hum pequeno bem dos mais Padres, senão muitos males. Entrou o Padre João Adão em caza de seu moço cin hiao (de dia porem) sem moço, nem outra || companhia, mas só, em tempo que lá estava huma irmaã da molher de cin hiao, com a qual he publica voz e fama tem este moço cin hiao ruim trato, alem de a ter dado por cie [«=;] a hum gentio. Notasse entrar o Padre em caza de seu moço com quem dizem tem ruim trato, quanto mais estando lá aquella molher, e muito mais não avendo lá que fazer em matéria de Christandade, e se a ouvesse, porque não leva testemunhas ? ou porque não vay à Igreja da Senhora ? Mora nesta Corte hum tum ciam [±5’] do Padre Adão, sim cham [±5*], a cuja caza indo outro tum ciam que viera de Xan si, sim chu, e que de presente o Padre Adão mandou morar na Igreja, o sim cham ti [±53] lhe disse: Que fazes, homem, melhor te he morar fora, pois a Igreja, pellas revoltas e matinadas de cin hiao, está tal que se não pode nella viver. Isto de boca em boca veyo ter as orelhas de cin hiao, e elle o disse ao Padre Adão, que chamou o sim cham ti, que dissera aquellas palavras, e lhe mandou dar quinze pançu [±5]. Destas historias cada dia, e ainda peiores, pois he ordinário dar cin hiao pancadas nos de fora, chamaolhe nomes no que he destrissimo, e seu pay, (que he cozinheiro na Igreja) e afrontallos, e per fim, para acalentar o menino, o Padre Adão chama as partes agravadas, e uzando do poder e Ki [±5] de mandarim, faz que poi li [±5], batão cabeça, banqueteem a cin hiao; grande escandalo nesta matéria. Disse o Padre João Adão, que se o Padre Vice Provincial apertasse muito com elle, que avia de dizer aos Tartaros que o Padre Vice Pro¬ vincial não queria que elle tivesse cudado do in [±5], nem fosse mandarim, e que depois avia de fogir para que os Tartaros pegassem e entendessem com o Padre Vice Provincial. Não tenha VR. medo que elle o faça. E se o fazer, saiba que nesta matéria são os Tartaros muito capazes, e que bastará dizerlhe que elle se fizera mandarim sem ordem do seu Ta lama [±5], e que siu cum sem ordem do Ta lama que lhe tinha mandado que «1. 8 v 1 RiC WT m nm. ÉP *mm 341
  • w H. 9 -38 servisse ao Rey com diligencia, mas que não fosse mandarim, para os Tartaros venerarem e estimarem muito nosso intento, e a elle o terem na conta, que elle merece, e em que o tem todos os Chinas, e muitos Tartaros ja agora, pello que sabem, pois nada se esconde. Mostrou a hum mandarim Christão hum vidrinho de agoa (cudamos seja certa agora com que se doura cobre) dizendo: go pu pa kium [í=j] querendo dizer que com aquella agoa fazia quanta prata queria. Aceres- centou, que estando em Europa, elle com mais nove pessoas se fizerão discipolos de hum mestre de fazer prata, porem que depois de muito tempo, vendo os nove que ço pu chim [±5] deixarão o mestre, e que só elle Padre Adão ficara na escola, pello que o mestre folgando e louvando muito o Padre de fiel, e constante, lhe descobrira aquelle segredo, e assi, que sabia muito bem fazer prata. Disse mais, que o Padre Terencio quando morrera, deixara hum ampulla desta agoa, e que dissera aos circunstantes : Esta agoa desse ao Padre João Adão, porque só elle sabe uzo delia. Conta estas historias e patranhas só afim de tirar delias matéria de vaydadc, doença que este bom Padre tem ja tão funda, que parece incurável, e não advirte que mente tão sem temor de Deus, e engana e escandaliza não só aos Christãos, mas ainda aos gentios com estas e outras histo¬ rias (que deixo que são muitas nesta matéria) mettendosse na quadrilha daquellas que na China pretendem fazer prata, a qual arte os Chinas tem por sie xo [±5], arte diabólica. Chamando o Rey aos 24 da 12 lua china, 5 de Fevereiro deste presente anno de 1649, todos os mandarins para os avizar de cousas de governo, correo fama que erão chamados para o Rey lhe dar xam [±ç], isto he, fazer merces. Pello que com muita pressa foy também o Padre Adão. E tanto que entrou no passo, começarão todos a se acotovellar e mur¬ murar, dizendo: Basta que o Lao tam [í=»] todo o anno não apparece neste passo, e hoje porque se cudava vínhamos receber xam, logo veyo com tanta pressa. Veja VR. em que estado e reputação estamos. Disse o Padre Adão que se o Irmão Ferreira (fallavasse então em elle vir para esta Corte) viesse, que lhe avia de fazer guardar: yao xeu go ti quei kiu [±5]. O qual era que não nos viesse ver ao Quam lo su; gabandosse que avia hum anno que aqui estavamos, e que todos os moços de sua caza guardarão seu quei kiu. (Enganasse, que alguns vierão às escondidas, e todos os mais, tirando o seu cin hiao, nos tem pedido perdão muitas vezes de não virem por medo do Padre). E que se o Irmão Fer¬ reira o não guardasse, que logo o avia de despachar, e mandar para donde viera. Está livre deste trabalho, e muito mais o Irmão que foy ditozo em não vir, pois nos compadecíamos delle, e lhe temíamos grandes desgostos, se viesse. Cin hiao, criado do Padre, ameaçou e disse (em auzencia porem) que queria dar pancadas || em Antonio Fernandez Estudante. E a rezão das pancadas era porque o Estudante o chamava proprio nomine (cin hiao) e não o chamava ta ye [±5*], lh ye [í=?*], poon ta ye [±5*], como os outros de caza e de fora. Os quaes titulos sabe, quer, consente, e ainda lhe chama o Padre João Adão per si mesmo, sendo assi, que este ma- 342
  • drasso chama em auzencia aos Padres Nicolao Longobardo: Lao Lum, e ao Padre Almeida, Lao Muy, e assi aos demais. Avizou hum Christão ao Padre Adão do ruim trato que cin hiao seu moço tinha com hum bicho da Igreja cham y, e com hum tien ven sem [±5] avendo nestes tratos oçuelos [?] e abraços, tem [±5]. E que cin hiao deixara ficar este tien ven sem em sua caza huma noite, e que tinha outros ruins tratos ett. Deus borre! que males não disse desse Christão o Padre João Adão; e como quer que não tivesse que dizer delle, por elle ser o melhor e mais letrado Christão desta Christandade, virou contra hum seu primo com irmão, moço de pouca idade, dizendo, fulano que me vem aqui dizer mal de meu moço, e que me quer governar minha caza, porque não governa seu irmão, a quem também acharão abraçando e beijando a outros ? Que diz VR. a isto, que mestre de espirito ? Que cura de Christandade ? Que pregador da Ley. Primeiramente, este moço he tido e avido per moço limpo, e de virtude, e se tivesse alguma fra- quesa (que todos crem não ouve) a que fim o Padre João Adão lha des¬ cobre, e o infama ? Com infamar os bons, pretende accreditar e alimpar os maos, como he seu criado ? Se o moço hé limpo, e não commetteo tal erro, com que consciência o Padre Adão lhe levanta estes testemunhos ? Não parou aqui o Padre Adão, mas para hum go, como lhe chamão os Christãos, começou a dizer mil impertinências, dizendo que fazer seu criado cin hiao aquillo huma ou duas vezes, que não era com ruim tenção, mas que era cin gay ti y su fe]; inda mal, porque era tanto e tinha tanto de cin gay! Onde há tal amor na China, que não seja torpe ? Onde há tal custume, que não seja abominável ? Confessou o Padre Adão logo quando este Christão o avizou, que era verdade que cin hiao huma vez tivera ruim trato com aquelle tien ven sem, mas que ja estava emmendado e que era uan xua [±5], sendo assi que naquelle mesmo tempo confessou o mesmo tien ven sem a seu tio, tien cum [±5], eunucho Christão (que o reprehendeo e tirou desta má conversação) que avia 2 annos que elle e cin hiao tinhão entre si ruim trato, e daqui nacia sempre, antes e depois de se confessarem, e consul¬ tarem e perguntarem (como forão per muitas vezes ouvidos) vos como dissestes ou eu como ei de dizer? ett. Contou o Padre João Adão a estes moços tien ven sem e a seu moço cin hiao como na sua terra avia custume de siam pao, siam cin [tç], tudo afim de capear as velhacarias deste seu moço. E ja pode ser que daqui tomassem elles occasião, como também de outras muitas histo¬ rias pay lay ti [±^] que o Padre cada hora conta, para serem tão devas¬ sos nesta matéria. E porque o Padre João Adão soube que estas cousas de cin hiao che¬ garão as orelhas de Antonio Femandez, temendo que elle no los dissesse, o ameaçou, dizendo que avia de escrever aos Padres do Sul, que elle não prestava para nada, chamando mil nomes aos de Macao, e nomeando hum fulano faria que aqui nesta Corte se ouvera mal, tão desentoadamente, que o Estudante que conhece ja o humor da bestia, fingio que não sabia nada, e perguntandolhe o Padre se o sabíamos nos, e tomandolhe o Estudante que não, desabafou logo, e tomou com elle as boas, mas con- * 343
  • 1 2 fl. 9 v mn rTSI * tinuou com historias e impertinências, só afim de escuzar e encubrir as velhacarias do seu criado que estava presente, dizendo em Europa e Macao tãobem há Kien in ti >], isto he, adúlteros, tem [±52]; quan¬ tas vezes vay ella cuberta e com o bioco no manto e o outro pega delia, e a leva para hum canto da Igreja ett. Respondeo o Estudante: Não só na Igreja, mas nem fora delia tal vi, nem ouvi. Tornou o Padre: Vos viestes menino ett. E querendo o Estudante defender e ir por diante, o enter- rompeo o Padre Adão: Não digais nada. Respondeime só a isto: porque rezão se matão lá muitas vezes huns aos outros ? Ao que o Estudante se calou, e persignandosse, se sahio. Bom cathequista e pregador tem a Companhia, (graças a Deus, que assi o permitte) nesta Corte, j He publica voz e fama que cin hiao he muen çu (isto he, moço de ruim uzo) do Padre Adão. E o mesmo Padre Adão, tão sem vergonha (perdoeme VR. o termo — ? — como de zelo e amor que tenho a minha santa May, a Companhia) confessou a hum Christão que sabia muito bem que se dizia per fora isto delle, Padre Adão, porem que com tudo isso, que o não podia deitar fora, ao que o Christão o amoestava. E a rezão de elle o não querer deitar fora, (que nos ja há muito, e os Chris- tãos a sospeitavão) deu o Padre João Adão, e confessou a outro Christão que he sagas e ardilozo, e como tal, levando a este bom Padre per seus tortos (digamos assi) pretendia persuadirlhe que deitasse este madrasso fora da Igreja. Em fim, no cabo de grandes disputas e consultas, disse o Padre Adão: Eu o deitara fora, se não temera que elle depois hu xua [±5] com os Régulos e Tartaros, com quem tem entrada. Donde manifesta¬ mente se colhe o que sospeitavamos que este bom Padre deve, e porisso teme. Avizou o mesmo Christão de que assima falíamos ao Padre Adão, que se murmurava, que em sua presença consentia, e ainda mandava cantar cantigas deshonestas, vg. go ti quai quai [4=5] ett. Respondeo o Padre Adão: Nan te £±5], que não aja eu de espalhar hum pouco a malenconia. Vos outros ainda não sabeis (accrescentou o Padre Adão) ye su hoei pi pu te xim fam ci co cu hoei, querendo dizer, que a Com¬ panhia que era mais larga no Instituto que as outras religiões. Deme VR. licença de neste passo lhe chamar hum nome. Phocio emburulhador, que com estes ditos e repostas quer encubrir suas desordens, pondo tacha na limpeza, santo rigor e viridi observância de nossa santa May, a Companhia. Outro Christão avizou a hum moço de caza, que supposto elle ajudava à Missa, não era bom cantar aquellas cantigas deshonestas quando o Padre o mandava. Este aviso ouvio hum bicho do Padre Adão, que lho foy contar. Logo ali, em auzencia do Christão, o Padre lhe chamou muitas ruindades como co u, tem [s^]; e ao outro dia, vindo elle ouvir Missa, o chamou, servindoo muitos nomes e afrontas, e que lhe queria governar sua caza ett., o que o Christão sofreo com muita paciência sem responder huma palavra. Note VR. que se o Christão notou ao moço, dizendo que quem ajuda à Missa não convinha cantar aquellas cantigas, quanto mais estranhará dizer Missa quem as ouve e manda cantar ? Trouxerão os Tartaros hum Ingrez das partes de Nan fam [4=5!, e por elle não saber a lingoa, o puzerão com nosco, dandolhe, como he 344
  • custume, hum Tartaro que o acompanhasse. O qual Tartaro, vendo que nos não folgamos de seu entrar e sahir na cazinha em que estamos, foy dizer ao Li pu: Eu tenho cudado daquelle Ingrez, porem aquelles dous Lama gay cim [±5], não folgão que entre e saya. Respondeolhe o Li pu: se assi he, entregai o Ingrez aos Padres que elles ja sabem nosso quei kiu [tç], e elles terão cudado delle. Assi se fez. Isto contamos ao Padre Longobardo aos 3 de Fevereiro, hum dia depois que viera o Ingrez. Accres- centando eu : vé VR. quam bem os Tartaros tratão este Ingrez, pois ainda o Padre Adão há de cao [±5] a esta occasião para dizer mal de nos. Dictum factum. Disse ao outro dia o Padre Adão aos Christãos. Hoan xi [±5] os Tartaros os que tomão entre os ladrões, todos os poem juntos; que¬ rendo dizer que todos éramos maos. Pus isto aqui, que nos pertence a nos, para que VR. veja as entranhas deste bom Padre, e como se pode crer o que elle diz, que fez, e faz por nos livrar quanto pode; faz elle o possível por nos desacreditar e fazer mal em todas as occasiões. Porem, seguros estamos, estamos sub potenti manu Dei, de maiores tyrannos fomos ja tyrannizados, de maiores trabalhos acossados, e de tudo nos livrou a particular Providencia Divina. Murmurasse que o Padre não só consente e folga, mas ainda per via de cin hiao, força aos mandarins de Kim tien kien que (mo nay ho [±5]) sayão, como saem com caixas e prata, como no sem ge do Padre, festa das lanternas e outras muitas occasiões que cin hiao busca para este effeito. Cui [?] aos homens a que mandem presentes à Igreja, e nesta matéria ha muitas historias, mas sobre tudo se murmura e nota ao Padre da baixa avareza ou cobiça com que aceita dos que lhe mandão || sem¬ pre a maior parte, e as melhores peças do presente, cousa tão pouco uzada, como VR. sabe, entre os Chinas, e per poupar 4 caixas responde com tie [tç] velhos de sinco dobras, avendo de ser de seis, o que tudo os Chinas notão e murmurão. Em fim, não he crivei o conceito que este Padre tem de tan cay ti [±ç]. Temem os Christãos e mandarins de Kim tien kien que venha a saber o Li pu que hum mandarim sogeito ao Padre, mandarim do Rey, Kie pay ti hium [±5] com cin hiao, criado do Padre, pois he cousa estranhada e nunca uzada na China. Temem mais que se saiba que cin hiao aceita peitas dos mandarins ett. Se se isto sabe com as mais cousas, que sera m. & n. 10 de nos ? „ Amarrou o Padre João Adão num Kia çu [±5] a hum moço que veyo W~r com o Padre Longobardo da sayda que o anno passado fez, ao qual quis , jfrm Kia quen [t?1] e çan chi [s=s*], para o que mandou pedir çan çu aos Tartaros, que guardão as portas da Cidade. O qual castigo só pode dar 2 o Rey, e de todos os Tribunaes, só o Him pu. Soubesse este cazo no Li pu, posto que o que o soube foy hum mandarim pequeno, a quem sospeitamos, tapou a boca o Padre Adão com dadivas. He cousa ordinaria do Padre João Adão, que em avendo algum defeito, ou historia em caza, logo na pratica se desculpa a si, e seu moço, e morde nos Christãos que com bom animo o avizão, como fez ja per vezes depois de aqui estarmos, de sorte que em avendo historia em caza, ou entre o Padre e os mandarins, na pratica que se segue, esperão todos 345
  • «r m- ^I3B alguma comparação ou parabola em que o Padre ou se desculpa, ou se vinga. Deixo alguns exemplos que nesta matéria poderia apontar, por não parecerem tão feyos (posto que o sejão a respeito do lugar e digni¬ dade) e por ir a outros. Dia de entrudo deste presente anno de 1649, fez cin hiao que os man¬ darins de Kim tien kien, velint, nolint, sahissem cada hum com quatro¬ centas caixas, e apparelhassem banquete ao Padre Adão, em lugar da festa das lanternas que cahia na quaresma. Assi se fez, e levarão tie [±5] à 2.* feira, o qual o Padre aceitou. A 3.*, querendo ja xam sie £±5], o Padre fingidamente disse não aceitava o banquete. Os mandarins vierão, e pon- dosse de joelhos, rogarão ao Padre que o aceitasse, pois estavão ja os gastos feitos, e que ja que assi era, que não se cantaria, nem averia auto (cudavão elles fazia o Padre estes repiquetes de verdade). Ao que o Padre tornou, se se não cantar, não aja convite, se se não cantar, todos vos outros sois huns vam pa. Nan te [±5], que todos vos outros tendes vos sas molheres, e os que comem hum banquete tem junto de si huma piao çu [±5], isto he, má molher, e toma o vinho que ella lhe dá, e olha para ella e folga ett. Só eu por ser religioso não ei de tomar hum rega- bofe de huma musica ett. Em fim, taes e tantas cousas forão as que disse, que chegou hum Christão a dizer, e este o melhor Christão da roda, que o Padre naquelle dia pu siam y co lao su [±5], isto he, que não parecia mestre da Ley, sacerdote, e Padre da Companhia. Disse o Padre João Adão (alem de outros despropositos) diante de cin hiao, do Padre Trigao: co u, co u [±5], se não fora sacerdote, lhe ouvera de dar duas bofetadas. E porque? Porque o Padre Trigao lhe dissera que não bastavão 50 taes que o Padre Adão lhe dava para os ordenados dos Padres de Xen si, e Xan si. Teve cin hiao há poucos dias, como sempre, huma grande matinada com hum carvoeiro à porta da Igreja. E fez elle seu pay, cozinheiro na Igreja, sua molher, e a may de sua molher tantas sem rezões e tão grande barbare, que foy forçado o Padre Adão a sair fora, e pegando com suas mãos na molher e sogra de cin hiao, as recolheo, e fechou em sua caza; e não se attrevendo a reprehender a cin hiao, que era o touro de capa, pegava o Padre branda, e suavemente delle, com voz baixa e amo¬ rosa, encurvando o corpo, lhe dizia: cin hiao, cin kiu pa, cin hiao, cin kiu pa. Depois de entrado, se assentou num cubículo junto da portaria, foy o Padre Adão por duas vezes, mansa e medrosamente amoestallo, que fosse dormir a sua caza, e aquelle madrasso se deixou estar assentado sem fazer cazo do Padre. Em fim pello que virão os darva [?] no modo com que se ouve o Padre Adão com este moço, disserão: Sem duvida que jgtf este Lao ye tem feito alguma cousa muito ruim de que este nu çay [±5] sabe, e por isso tem tanto medo delle. A outro dia, depois de não querer vir por trez ou quatro vezes ao chamado do Padre, tandem veyo, e fallan- 11.10 » dolhe o Padre na matinada || passada, elle virou sobre o Padre, dizendo: go kem gin kia jem te1!» Pu xi puon kia ti fam çu [±5*] (fallava de si, que he sim puon) mas, guei ni ti fam çu [±5*], atuando ao Padre sem ^ nenhum medo, nem vergonha. E apos isto, bateo tanto com os pés, e disse ... tantas cousas, que o Padre, todo cortado de medo, mandou sun lh (que 346
  • he o outro confidente, de que atraz falíamos) que fosse afagar o menino. De sorte que os meneyos e modo com que se ouve o Padre com este moço neste entremez, abieve in paramiam [?], pois assi os da rua, como os de caza fazem agora auto de suas acções. Sexta feira da Paixão, 2 de Abril, chegou o Padre Francisco Furtado à caza. E porque hum bicho da Igreja lhe chamou Fu lao ye (ouvio cin hiao, e foy dizello ao Padre Adão) o Padre Adão chamou o bicho, e lhe deu huma reprehensão, dizendo: quantos Lao ye há nesta caza ? só eu sou Lao ye, os mais todos são ye. Boa humildade por certo, e bom ponto de meditação da Paixão de Christo, Senhor nosso, em cujo dia estava. Chegarão as cartas do Padre Vice Provincial Manuel Dias aos 7 de Março a esta Corte. E o Padre João Adão encubrio o superiorado do Padre Francisco Furtado, sem dizer, nem ao Padre Longobardo, nem a nos cousa alguma até os dous de Abril, dia em que chegou o Padre Fran¬ cisco Furtado, superior do Norte. O que isto argumente e signifique, não tem necessidade de commento. Fallando hum Christão da Ley de Deus, e exhortando a hum gentio a entrar nella, lhe tornou o gentio: Pa, co gin him co gin ti su [±5], que Ley he essa, como pode ser boa, se o que a prega tem dedo meminho, isto he (frazi china) tem cie [±ç], que foy o mesmo que dizer que como o Padre seja religioso de profissão, não tem chim te [±=y], nem claramente molher, mas que tem outras ett. Aos 7 de Fevereiro deste presente anno, no fim da ultima lua do anno china, veyo num carro cuberto huma viuva do Leao tum, só, sem companhia alguma, e entrando em caza de cin hiao, foy logo chamado o Padre Longobardo, não com titulo da viuva, mas com titulo de confessar a sogra de cin hiao, que confessada, se sahio o Padre Longobardo, e depois foy o Padre João Adão, e foy também hum hoçu de comer e vinho, e esteve só com ella o Padre João Adão. Sinco deformidades, 1.*, ser a molher viuva, e vir de sua caza e entrar na de cin hiao só, sem moça nem moço seu algum. 2.*, entrar primeiro o Padre Longobardo, que parece foy para facilitar, capear, e cohonestar a ida depois do Padre Adão. 3.*, não constar que viesse fazer esta viuva a caza de cin hiao, se con- fessarse, porque o não fez com o Padre Longobardo que foy primeiro ? E se queria confessarse com o Padre Adão, porque o não chamou a sua caza, ou porque não foy à Igreja da Senhora, lugar ordinário de confis¬ sões de molheres ? quanto mais, que se não faz o sacramento santo da confissão com bandejas de iguarias e bules de vinho. 4.*, entrar e fallar o Padre João Adão com esta viuva sem testemunha alguma, contra a regra da Companhia, contra a cortezia e policia china, dando matéria de escân¬ dalo ao Christão que isto vio. 5.*, entrar o Padre Adão a fallar com esta molher em caza de cin hiao, moço tão vicioso e mal acustumado, e de quem se murmurão cousas tão graves, maxime, dizendosse que elle he muen çu do Padre João Adão. Não pretendo nesta historia e nas mais desta matéria dizer ou affirmar que ouvesse alguma cousa menos decente, mas só pretendo informar a VR., para que conforme a prudência de VR. e mais superiores, conforme o Instituto santo da Companhia, julguem o que lhe parecer, e appliquem a mezinha ou cautério necessário. m& 347
  • Achouse o Padre João Adão num banquete com molheres, ou molher publica, de cuja mão aceitou e bebeo vinho. Aos 30 da 2.* lua china, e 11 de Abril, derão os mandarins de Kim tien kien banquete (dos custumados e acqueridos per cin hiao) com musica de hi çu [±5] ao Padre João Adão na Igreja. Ao outro dia, 12 de Abril, festa de Nossa Senhora dos Prazes não sahio o Padre Adão a fazer ço ye. que por 3 rezões devia sair. 1.*, porque lhe vinhão agradecer ter aceitado o banquete do dia de antes. 2.*, por aquelle dia ser o primeiro da 3.* lua em que os mandarins vem fazer reverencia ao seu tam quon [±=ç]. 3.*, por ser chen li ge [±5]. Desde este dia até hoje, 14 de Abril, não se vio o Padre Adão com pessoa de fora, e com os de caza (tirando a ta nay nay £±5], assi chamão a cin hiao, criado do Padre) nem à 2: nem à 3.* feira. Vay grande escandalo nos Christãos que dizem ficou o Padre Adão bêbado, e que cahira ou marrara com a bebedisse, e escalavrara o rosto, como na verdade tem escalavrado, e hum olho muito inchado, rezão por¬ que não appareceo estes dias. 348
  • 4 COPIA DE HUMA DO PADRE GABRIEL DE MAGALHÃES "•« PARA O PADRE SIMÃO DA CUNHA, VIZITADOR DAS PRO¬ VÍNCIAS DE JAPÃO E CHINA, PARA VER NOSSO MUITO R.“ EM CHRISTO PADRE GERAL [Jap-Sin 162] 1.* via Pax Xti. Tres annos e mais há que não escrevemos desta Corte aos superiores o que aqui passa, assi porque taedet animas nostras talia scribere, como porque são cousas que não tem remedio. Com tudo são alguns casos tão graves de presente, que me pareceo offenderia gravemente a fideli¬ dade que todos devemos a nossa santa May, a Companhia, e que poderia ter grave matéria de scrupulo, se não avizasse a VR., não para lhe ponha remedio, que não pode ser, mas para que VR. saiba o que passa, e o que faz o Padre João Adão, assi em seu officio e mandarinado, como em outras acções particulares. l.° Morreo o anno passado o Tai çu [±5], isto he, o Príncipe Mor¬ gado do Rey. Mandou o supremo Tribunal das Cortezias ao Padre João Adão, que per rezão de seu officio, apontasse o dia, e hora em que juxta fortunam bonam, vel malam, convinha enterrallo. Deo o Padre João Adão sua certidão, firmada com o sinete e sello de seu officio, do dia e da hora, que erão as 10 da manhaã. No ponto das quaes o§ mandarinetes sogeitos ao Padre João Adão, per seu mandado, forão em pessoa avizar o supremo mandarim tartaro do Tribunal das Cortezias. Elle se enfadou com elles, e lhe chamou alguns nomes, e per algum seu particular interesse, não quis enterrar o Príncipe as 10 horas, mas enterrou o as 12. Dahi a alguns meses se começou nesta Corte a fallar que se não guardara a ordem da dita, ou desdita; que se não enterrara o Príncipe ás 10 horas, como ensina aquella tão frívola, como diabólica arte. Chegarão estes ruges as orelhas do Padre João Adão, que temendo que o Rey os soubesse, e lhe puzesse a elle a culpa, o Padre João Adão primeiro a poz ao supremo mandarim das Cortezias, dando contra elle hum memorial ao Rey, no qual dizia: que avizando elle. Padre João Adão, com certidão firmada 349
  • com o sello de seu officio, convinha se enterrasse o Príncipe as 10 horas, elle, supremo mandarim das Cortezias o fizera enterrar as 12. Ouve gran¬ des dares e tomares, que seria infinito contar. O supremo mandarim consumio a certidão do Padre João Adão, e pretendeo fingir outra, mas não lhe valeo. Per fim, o supremo mandarim esteve arriscado a perder a vida, mas o Rey lhe perdoou, respeitando seus merecimentos, e de seus antepassados; tiroulhe porem o officio, e o privou de voz activa e pas¬ siva. Dos outros mandarins do mesmo Tribunal das Cortezias morrerão dous com a força e crueldade dos tormentos e tratos. Ficou hum escrivão estrangulado e coxo dos mesmos tratos. Forão desterrados para as terras do Leao tum mais de des mandarins. E forão dous condenados á morte, que ainda estão no cárcere. Todos estes males e mortes precederão da accusasão que o Padre João Adão fez. Se isto decet á innocencia, san¬ tidade e religião de hum sacerdote, vel non decet, VR. videat. Não he crivei quanto se fallou e falia nesta Corte contra o Padre João Adão per amor deste caso. Antes tinha os Tartaros per si, agora estes estão contra. E saiba VR. que o Padre João Adão só tem per si o Rey, que se este hum dia lhe vira o rosto, tudo está acabado, porque nem Tartaro, nem China achava per si. Refiro isto a VR. pella graveza do caso, que quanto ao dizer buenas dichas, responder qual seja bom dia, qual mao, para sair de casa, casar, enterrar, qual seja bom lugar para a cova ou para edificar casas de novo, scilicet o lugar por onde passão as voltas e roscas do Dragão fatal, que occupa toda a terra, e hé causa da boa fortuna etf. hé aquella Igreja hum publico theatro e tenda onde se vendem estas et semelhantes superstições. Estando eu no cubicolo com o Padre João Adão avera 25 dias, João, aquelle seu criado (causa de tantos males, e que agora he ja mandarim, que o Padre João Adão lhe alcansou do Rey) ordenou a hum moço, que fizesse depressa despachar hum Tartaro que pedia hum bom dia para fazer não sei que negocio; e em alta voz, me prezente, disse: Can ge çu, xi yao kin ti [±5], isto he, o que importa he dar lhe depressa a reposta se o dia he bom ou não etf. Eu me callei, e me sahi por não ver com meus olhos fazer o que com os ouvidos ouvia fi 42v ordenar que se fizesse. Sahime, e callei me, como sempre fazemos, posto que dezejei de lhe dar || então huma punhada com que lhe quebrasse os dentes, aquelle madrasso, causa de tantos males, e satanas, que pella redea leva ao Padre João Adão caminho do Inferno. 2. " Furtou, (como dizem) a molher deste mesmo criado João alguns taes a sua sogra, e sobre isto ouve entre elles grande matinada, e por¬ que João parece se inclinava mais em favor da may, a molher se quis enforcar. Pera apaziguar as princesas, passou naquella tarde lá o Padre João Adão, e para tirar a contenda, deu 100 taes de prata fina à molher de João. E para lhe fazer maior mimo, bebeo e comeo com todos, jugando com a molher de João os copos de vinho, dizendo ambos juntos, y lh, _ , — , — san [szj], isto he, quando bibebant, digitis micabant, que vem a ser o que Padre Luis Buglio dis se chama em Sicília jugar amurra. Quid sacerdote indignius ? 3. ° Tinha este mesmo João hum criado bem estreado. Com este, como se murmura, tinha sua molher trato. Deitou João este moço fora. 350
  • Depois de despedido, huma criada, moça do mesmo João, deu com a lingoa nos dentes, e disse a seu amo, que vira sua molher rem habere com o dito criado. Pello que João com sua molher tiverão grandes mati- nadas e desgostos. E a molher, não estando João em caza, para se vingar da criada, lhe poz huma mordaça na boca, e com hum ferro abrasado lhe queimou pudenda faminea, e as solas dos pés, e lhe fez tantos mar- tyrios e crueldades, te que a matou, e emburulhada nua em huma esteira, a deitarão fora dos muros. Foy publico este caso, não só nos vizinhos, mas ainda aos porteiros que guardão as portas da cidade que estão quasi de fronte da nossa Igreja. Ouve sobre isto grande matinada em casa do João. Para os aquietar, foy là o Padre João Adão, que não sei que desta vez lhe desse prata, mas também comeo e bebeo com elles, e jugou com a molher de João copos de vinho, digitis micavit, jugou amurra. Mas que he isto em comparação do que se segue ? Na mesma caza deste seu criado João, comeo e bebeo o Padre João Adão com duas molheres publicas, e jugou o mesmo jogo de micare digitis com ellas. E lhe de merce hum tael e alguns amarrados de moedas de cobre. Grande vergo¬ nha nossa ! grande escandalo ! grande descrédito ! 4. ° Ja VR. saberá que as cazas deste seu criado João erão contíguas à Igreja, e erão da Igreja, e ficavão para o leste da porta das nossas cazas. Agora por estas serem pequenas, ao oeste das mesmas nossas cazas edificou o Padre João Adão à sua custa huma fcrmosa morada de cazas, muito melhores que as nossas, e que podem ser passo de hum grande mandarim. Edificou estas cazas com grandes gastos e despezas, e com grande perda dos bens da religião; porque alem do que nellas gastou, occupou o território da nossa caza, e Igreja. E pos hum padrasto que assombra e deshonra nossas cazas, nosso credito e bom nome. E com grande escandalo de toda esta Corte, a cuja vista, e murmurações as cazas estão expostas, tendo nos nisto assas que soffrer, que callar e padecer vergonha, pellos muitos despropositos que a grandes e pequenos, a gentios e Christãos, continuamente ouvimos. 5. " Os dou Padres Alemães escreverão de Macao, e pedirão ao Padre João Adão, que querião vir para esta Corte, promettendo lhe muitas cousas que trazem. O Padre João Adão os manda vir per ordem do Rey, como VR. pellas suas veria. Sabemos pella experiencia que temos, que elle e elles se ão de arrepender, como VR. verá ao diante; assi como todos os que ate gora vierão ,se arrependerão. Temos grandíssimo medo, que se os Padres, ou alguns delles, não for verdadeiramente religioso, que pouco a pouco se vá deixando entrar da golodisse em que o Padre João Adão agora está cercado, e tão mettido: quero dizer nos erros e mentiras da judiciaria, e esta China tão frívola, tão falsa, e tão gentílica. Estas cousas começão pouco a pouco. Pelo que pedimos a VR. que pro¬ veja de modo que não venha a ser o erro posterior peior que o primeiro, ordenando aos Padres em virtude de obediência, ou como lhe parecer, que de nenhum modo se mettão nestas matérias, senão ficaremos per¬ didos. Não me estranha VR. este meu zelo, porque fallo como experi¬ mentado do que cada dia vemos e ouvimos, do que cada dia patimur et erubescimus. Só nos ficão humas esperanças, e são: que se os Padres 351
  • forem, como creio serão, religiosos, que se não metterão neste attolla- deiro; e então irão pello mesmo caminho que tem ido todos os que ate gora cá vierão. Se se metterem, ou quizerem metter, como dizem, sua carta na baralha, não serão admittidos do Padre João Adão, o qual nem per umbram compatiens consortis erit em cousa muito leve, quanto mais em negocio donde elle cuida tira tanta honra e proveito. De nenhum modo saibão os Padres que eu escrevo a VR. estes pontos, porque não sabe VR. que traças, que modos, e industria sagacíssima tem o Padre João Adão para fazer dizer e desentranhar intima cordis aos compa¬ nheiros que lhe vem, e depois que sabe tudo, assovialhe, como dizem, às botas. Pello que até VR. será bem dizerlhe, o que lhe dicer de tal modo, que o não contem elles depois ao Padre João Adão, e faça peço¬ nha, como custuma. Nos aqui sempre callamos e soffremos, quando os companheiros do Padre João Adão logo veem. E depois elles, quando caem na conta, se arrependem, como se arrependerão os últimos, o Padre João ti. 43 Valat e o Padre Cláudio Motel, aos quaes depois || consolamos e aju¬ damos, como a nossos Irmãos, no que podemos. Deus nosso Senhor per sua Divina misericórdia, ponha sua mão neste negocio, e o ordene a maior gloria sua, e bem de suas Christandades. Na bênção e santos sacrifícios ett*. Pe Kim 17 de Fevereiro de 1659. De VR. em o Senhor Gabriel de Magalhães. 352
  • 5 1/ febr. Peking Gabriel de Magalhães [ajouté par une autre mainJ COPIA DE HUNS APONTAMENTOS QUE O PADRE GABRIEL DE MAGALHÃES DEU AO PADRE SIMÃO DA CUNHA, VIZI- TADOR DE JAPÃO E CHINA. PARA VER NOSSO MUITO R.°° PADRE GERAL IJap-Sin 162] 1.* via Porque os dias passados VR. me fallou em fazer ao Padre João Adão superior do Norte, e per eu não poder nessa caza (onde tudo são espias, e as paredes fallão) dizer livremente o que entendo, pedi a VR. quisesse vir consultar este ponto a nossa caza; e vejo que a partida de VR. se vai chegando, e VR. não vem. Pello que me pareceo, para gloria de Deus, e bem da Companhia, propor a VR. os pontos seguintes. Não convém, nem pode VR. fazer superior do Norte o Padre João Adão. 1* Por estar privado de voz activa e passiva per Bulia do Summo Pontífice Innocentio 10 acerca do triénio dos superiores da Companhia. Porque vindo a Bulia mandada pello Padre Sebastião de Amaya, então Visitador, o Padre João Adão não deu por ella, nem deixou o superio- rado ao Padre João Valat, que era seu companheiro, mas como de antes, se ficou, como se não ouvera Bulia nem decreto do Summo Pontífice. De sorte que para o Padre Álvaro Semmedo, então Vice Provincial, de algum modo evitar tão grande peccado, e sua continuação, foy forçado, depois de tres mezes, a tirar daquella caza o Padre João Vallat, e man- dalo para esta nossa. 2. ° Porque está excommungado, por fazer mal a seu superior, o Padre Furtado, ajuntandosse [sic] para isso de Princepes e ministros seculares. Consta esta excomunhão de huma Clementina que traz o Padre Avila de cens. 3. ° Per manifesto proprietário, dizendo ser seu, e não da Companhia, tudo quanto tem e possue. E assi procede, como se fosse senhor abso- H. 44 23 353
  • luto. De sorte que os superiores nem perguntar, nem dispor se attrevem de huma caixa, como VR. experimenta. 4. ° Por dar grave escandalo em matéria de castidade, bebendo e jugando com molheres publicas, e com a molher de seu criado per mui¬ tas vezes; mandando fazer autos e comedias torpes e indecentes em sua presença. E fallando ordinariamente nesta matéria muitas palavras muito mal soantes. Deixo per brevidade muitos exemplos e indícios que nesta matéria ha. 5. ° Per ser desobediente, e refractario, de que ha tantos exemplos, e he cousa tão clara, que não he necessário decer ao particular, como VR. muito bem sabe. 6. ° Por dar occasião a se cudar mal delle em matéria de fee, sol¬ tando proposições mal soantes como: tenha eu prata e minha horta, que depois de minha morte, faça Deus o que quizer de minha alma. Outra: Exhortando o o Padre Miguel Trigault, quando nos annos atraz veyo a esta Corte, a fazer esmolas aos mais Padres que padecião necessidades em tempo que não vinhão os ordenados de Macao, dizendo, que com aquellas esmolas poderia escusar em parte as penas do Purgatório, que erão muito grandes. Respondeo o Padre João Adão: que erão exaggerações de clé¬ rigos, scilicet, o dizer erão grandes as penas do Purgatório. Isto contou o Padre Miguel Trigault ao Padre Francisco Furtado, então superior do Norte, e o Padre superior nolo referio em huma consulta. 1° Per publico escandaloso, e pello feyo nome que tem nesta Corte, de cobiçoso e brincão. 8. ° Per ser hum sigano adivinhador, e per rezão do officio, cabeça de siganos adivinhadores. De sorte que he essa Igreja huma tenda publica, onde se vendem continuas e superstisiosas adivinhações. 9. ° Per viver como hum secular, e peior que hum secular, como VR. com seus olhos vé. 10. Per accusar no Tribunal a seu superior, o Padre Francisco Fur¬ tado, e fazer que fosse chamado ao Tribunal, e nelle publicamente repre- hendido et affrontado. 11. Per deitar da Igreja, vil e affrontosamente (ajudandosse dos magistrados gentios) a seu superior com escandalo de toda esta Corte. E acabando de o deitar fora, foi dizer Missa, e esta acabada, disse em presença de alguns Christãos, agora si, que estou ja desabafado e livre daquelle velhorro. 12. Por dar hum memorial contra o Padre Martino Martines, em virtude do qual foi desterrado desta Corte. 13. Per muitas vezes dar memoriaes ao Rey, pretendendo novas e maiores dignidades, indo contra o voto que tem como professo. 14. Per impedir o recurso dos súbditos para com o superior, l.° to¬ mando, abrindo, lendo, e retendo as cartas dos súbditos para o supe¬ rior ; 2° impedindo, per via de gentios, que o superior não pudesse ir fallar com seus súbditos, nem estes fossem fallar com seu superior, fazendo para este effeito, que seu superior fosse presentado, reprehendido, e affrontado per mandarins gentios. Pode VR. argumentar o que seria naquelle tempo, do que agora vé, pois VR. não se attreve a fallar com hum 354
  • súbdito, nem vir a nossa caza, per medo e respeito do Padre João Adão. 15. Perque accusou per muitas vezes a seus Irmãos ao Tribunal, levantandolhe muitos e graves falsos, fazendolhe todos os males, avexa- ções e dano que podia, gastando para isto prata, e dando muitas peitas com escandalo gravíssimo dos gentios, que publicamente disto fallavão e murmuravão. 16. Per destruir huma Igreja que a Companhia tinha nesta Corte. 17. E pera destruir esta Igreja, accusar a seus Irmãos ao Tribunal, onde forão chamados, julgados, affrontados, e privados da dita Igreja e cazas. 18. Per em presença de todo o Tribunal, dizendose em juizo, (a que o Padre João Adão assentado assistia, e nos como reos, de joelhos) mal da santa Ley, elle se callou, acudindo nos e hum Christão que se achou presente, pella honra e verdade da santa Ley. 19. Per publicamente naquelle juizo, impia e maliciosamente levantar hum falso, dizendo aos mandarins que hum de nos lhe chamava nomes affrontosos, sendo assi que de joelhos, e com as lagrimas no rosto, fallan- do em Português, lhe pedia misericórdia ett*. || fi. 44» 20. Per ser muito devaço em comeres e beberes, jugando, cantando e brincando nelles, como he notorio, do que VR. tem visto alguma cousa, e dissimulado muito. 21. Per se embebedar, e vir para caza bêbado de noute, fazendo cam- betas no cavallo, em que veyo para caza sostentado de seos moços. 22. Perque sospeitando vinha VR. a esta Corte com alguma ordem de nosso Rdo. Geral, contra e acerca de suas cousas, ordenou publica¬ mente a seus moços e criados, que nenhum chamasse a VR. pello titulo com que ne«ta Missão custumão chamar aos superiores maiores, e man¬ dou dar a VR. o peior cubicolo de toda a caza. E ameaçou furiosamente que deitaria a VR. Padre Vizitador fora, como deitara ao Padre Fran¬ cisco Furtado superior, pois agora era mais poderoso do que então. Isto disse em presença minha, e do Padre Bernardo Diestel. Muitas graças a VR. que logo em chegando, se declarou, dizendo que só vinha para ver o Padre João Adão ett*., e assi procederão as cousas hum pouco mais favoráveis. Digo isto a VR., porque me consta que o sabe VR. per outra via. 23. Per em huma consulta dizer que seu parecer era: que ja tinha dado ordem que se o Padre Bernardo Diestel fizesse alguma cousa a algum moço, acudissem todos, e lhe dessem muita pancada. Como VR. ouvio. 24. Per ser continuo detractor e murmurador dos superiores, dos Padres, dos Christãos, e de todos, como VR. ouve cada dia. 25. Per ser vingativo e de mas entranhas, de que ha muitos exemplos. 26. Per ter sido causa de mandarins grandes e pequenos perderem seus officios, serem dous mortos, hum estrangulado, e muitos desterrados, dando para isto memória ao Rey em que os accusou. 27. Per ser soberbo, e vaidoso com grave escandalo dos Christãos e dos gentios, do que ha muitos exemplos. 355
  • 28. Per ter em seu serviço, sostentar, defender, e amparar, com titulo de filho, hum moço de vida e custumes escandalosos. 29. Per em caza, na Missa, na mesa sempre, e muitas vezes ter consigo na cama dous meninos, filhos do dito moço, a que o Padre João Adão chama netos, com grande escandalo de todos, como VR. vé e hé boa testemunha. 30. Per ser prodigo e esperdiçado, distraindo e dando os bens da religião ao sobredito criado, como são as cazas tão sumptuosas que de novo lhe fez, com extraordinários gastos no território e paredes meias de nossas cazas e Igreja. E fora dos muros, dandolhe terras e vargens da Companhia, e fazendo com o dito moço, sua molher, e os dous meni¬ nos, seus filhos, gastos e despesas exurbitantes, com as quaes poderá sostentar os Padres do Norte, ou pello menos acudir ás muitas necessi¬ dades que padecem. E de tudo isto VR. vé e sabe, se não tudo, algu¬ ma cousa. 31. Per ser falsario, mentiroso, semeador de zizanias, emburulhador, e versipelle. Como consta de muitos quotidianos exemplos, e de seu modo de proceder. O sobre dito mostra a impossibilidade, absurdo e injustiça que se commetteria se o Padre João Adão fosse feito superior. O que segue mostra os grandes inconvenientes que delle ser superior, se seguirião. I. ° Por que se seguiria grande escandalo dos Christãos. 2° Ruim exemplo aos Padres e Irmãos, para não serem os que devem, vendo que semelhante homem he superior, e que sendo elles des- traidos, também o poderão ser. 3° Seria matéria de escandalo aos outros religiosos que vivem nesta China e sabem quem e qual seja o Padre João Adão. E vendo que VR. o faz superior, julgarão o governo da Companhia por apaixonado e não santo e justo. 4. ° Que conforme sua natureza e condição, tomará occasião do poder de superior para se vingar dos súbditos à sua vontade. 5. ° Darse há occasião aos súbditos de não obedecerem, nem a elle, nem aos outros superiores legítimos e verdadeiros. 6. ° Renovarse ão as matinadas e escândalos antigos, e se cauzarão outros de novo. 7. ° Que todos os erros que se seguirem, se darão em culpa a VR., pois achando tudo em paz, fora causa de novas questões e desgostos. 8. ° Que confiança poderão ter os súbditos com tal superior, que em tudo deve ser exemplo e modelo de toda a religião, virtude e santidade ? 9. ° Darse há occasião a se dizer que na Companhia, ou per esperança, ou per medo, se vendão os superiorados, dandosse injustamente a indignos. 10. Que sendo VR. superior, e superior exceptione maior, confessa que viver nesta caza hé viver em hum Inferno, e que hum dia lhe parece hum anno. Como poderão os súbditos levar tal pezo ? II. Porque isto seria entregar as ovelhas ao lobo. Seria dissipar, e não consolidar; destruir, e não edificar. 12. Ainda que VR. dis que fazendoo superior, elle ajudará então os Padres e Christandades com prata e com favores. Não querem os servos 356
  • de Deus taes favores e tal prata, attropellandosse a honra de Deus, a limpeza da Companhia e da justiça. Façasse o que pede a rezão, a reli¬ gião, a prudência, e a justiça, que nosso Senhor acudirá a seus servos, e a suas Christandades, como ate gora, sem elle, acudio. Tomo per testemunha a Deus que sabe e vé os corações, e a VR. a quem tenho em lugar de Deus, que o que assima fica escrito, tudo hé com zelo e desejo da gloria de Deus, bem da Companhia, e da Missão. E que desejo ao Padre João Adão todos os bens dalma e corpo, como se os desejasse para mim; e que o desejo servir e ver hum grande servo do Senhor. Daqui vem que o modo com que com elle trato (como VR. he boa testemunha) he de o aggradar, e darlhe gosto em tudo o que a consciência e religião me permitte. Porque assi entendo ser necessário, pois não há, nem hé conveniente outro remedio. De VR. em o Senhor Súbdito e servo indigno Gabriel de Magalhães. 357
  • 6 LETTRE AU P. GENERAL 18 MAI 1660 [ Jap-Sin 162 J Rdo. admodum in Xto. P. Generali Via 18 Maii 1660 Peking Gabriel de Magelliaes Pax Xti. Anno 1656 iussu Sinarum Imperatoris Macaum perveni. Ibi rogatus ab uno vel altero ex nostris, ut VRti scriberem de quaestionibus et queri- moniis inter duas Provintias Japoniam et Sinicam circa pecunias ortis: Ego tamen illa dissentionum et zizaniae inter frates semina pertaesus, VPti ex Quamtum Metropoli principio anni 1657 cripsi, tum, quae mihi occurrerunt de coadunandis un unam Provinciis, tum de Macaensis Colle- giis et nostro in Curia statu, et alia. Modo occasione adventus in Curiam P. Simonis á Cunha utriusque Provinciae Visitatoris scribam pauca per- necassaria. lum. Maximas refero gratias VPti ob singularem privilegium, quo me affecit, indignissimum Societatis abortivum; scilicet me ad examen ad gradum admittere. Subii igitur examen, et aliis rite persolutis 1° Fe- bruarii anni Domini 1660 quattuor votorum Professionem feci. Quo bene¬ ficio ita me fateor obligatum ut nec verbis, nec calamo me possim expli- care. Faxit [sic] tamen Deus, quod tantae VPti benignitati, et Dei sic volentis misericórdia non sim ingratus. 2um. Divina favente gratia Res Christiana in hoc Sinensi Império indies crescit, et Sanctae Fidei Lux et cognitio dilatatur. Nam praeter- quamquod in omnibus quindecim Provinciis, unam si excipias Quei cheu, erecta sunt templa, licet aliqua propter bella et Imperii revolutiones, et Patrum obitum collapsa sint et destructa, Deus optimus Maximus in hac Curia duobus templis, non ut olim clausis et in abscondito repositis, sed publicis et omni populo semper expositis et apertis dignoscitur et adoratur. Deinde cum Curia haec sit Imperii totius frequentissimum Em- porium, ad quod toto anni tempore Mandarini, Mercatores, Negotiatores, n. ss 359
  • Litterati et totius generis homines, ita plenis viis conveniunt acsi in nostra Europa nundinarum frequentiam adspiceres. Hi igitur, negotiis peractis, ad patria [sic] redeuntes ex visis et auditis in Curia, vel augent antiquam, vel novam afferunt notitiam Salvatoris. Pereunt tamen miserae oves quia deficiunt Pastores. Circa hoc aliqua mihi visa sunt VPti proponenda. lum. Patrum parvus numeras; pecuniae et reram penúria ad quotia- nos [sic] sumptus valde impediunt rem Christianam. 2um. Si Patres et sumptus plurimi, conveniens esset ut per omnes Províncias dilataremur. Si tamen et Patres et sumptus pauci, nullo modo convenit per varias Províncias et locos disparatos dilatari. Nam virtus divisa remissius agit. Patres non possunt succurri in suis morbis ac necessitatibus; Provincialis non potest tam facile ad illos ire nec mittere; et aliae quamplurimae difficultates. Ad Residentias, quas nunc habemus, non sufficiunt Patres. Quid si novas in remotis partibus procuremus ? Commodius est, inci- piendo e Civitate (quam cheu quae est Metropolis Provintiae quam tum) Quam tum usque ad hanc Curiam, in Civitatibus quae sunt in via vel prope viam a destris et a sinistris quinque vel sex dieram itinere, domos et templa extraere. Quibus civitatibus ad Christum converversis, ad alias hinc, inde possumus propagari. Hoc tamen, ut dicebam pro temporis angustiis et necessitate. Nam si Patres multi, si sumptus copiosi, facili totum Imperium poterit occupari. 3um. Convenientissimum esse in una domo ad mininun esse duos ex nostris; sic unus alterius custos et testis, se ad invicem in periculis, in tribulationibus, in necessitatibus adiuvabunt, consolabuntur. 4um. Tunc temporis opportebat plurimos in hanc vineam mittere operários dum tam óptima datur occasio. Imperator gaudet nos¬ tris. Tartari adhuc bellis, et acquirendi conservandique imperii solicitu- dine distracti, de Religione param aut nihil advertunt; et sic sensim sine sensu Res Christiana propagabitur. 5um. Patres mittendi, sint tum mitiori indole, tum probata virtute et optimo ingenio ac litteris adorna- tis: sic enim gentis Litteratos, virtutem et naturam docilem pluris — ? — accomodabimur, quapropter magna debet fieri diligentia delectus mitten- doram. Alioguin, non solum nihil agent, sed cum magno neophitoram gentiliumque scandalo sociis erant impedimento. 6um. oportet mittere in hanc Provinciam Socios qui Mathematicis optime sint instracti. Hi tamen, praeter alios, solidis virtutibus adornentur; ne postea elati, in laqueum incidant diaboli. Res enim Christiana, unum si Deum excipias Protectorem, ab una pendet Mathematica. 3um. Lcx Sancta in hac Curia tam Sinis quam Tartaris omnibus quidem nota, sed plurimis invisa, praesertim Sinis propter praesens scan- dalum et lapidem offensionis. Hinc est quod mortuo P. Joanne Adamo aliquam timemus tribulationem. Speramus autem, adventu in Curiam P. Ferdinandi Verbiest, qui, ut fama est, omni virtutum et litteraram genere, praecipue Mathematicas [sic], instraitur, omnia ad aedificationem reformabit. Sic ego homo; Deus autem sicut illi placuerit, disponet. 4um. Rogamus Vptem. ut maxima fiat diligentia in eligendis harum partium Superioribus Maioribus; quippe qui si non fuerint experti, mites, prudentes et integerrimi, cum VPtas. longe absit et nullibi alias detur recursus, inexplicabiles errores cum in Re Christiana tum in sociis guber- 360
  • nandis commitent. Dico hoc, quia P. Simon a Cunha, utriusque Provintiae Visitator, adventu suo in hanc Curiam, non una sed multis se implicavit inadvertentiis. 1* Approbavit P. Joannem Adamum posse tuta consciência exercere Praefecturam Mathematices; quae tot scatet superstitionibus et erroribus contra legem Dei et bonos mores: et hoc tot annis controver- sum, uno ictu oculi sancivit, et declaravit, sine consultatione, sine peritis in lingua, litteris ac moribus Sinarum. Hic Patrem Ludovicum Bulium, nec me, qui tredecim iam annos in hac Curia vivimus, Sinarum Littera- rum, linguaeque, ac praecipue Kalendarii, ad quod particulare adhibui- mus studium, aliquam habemus peritiam, consultavit. Immo, haec omnia nos celare procurabat. Ego tamen, ubi decretum casu accepi, P. Visita- torem admonui, rogans ut peritos ac veteranos Missionis Patres de hoc negotio consuleret, nec se praecipite tanto errore impliceret; et Rem Christianam, Societatemque non parva nota ac crimine foedaret. Possunt enim caeteri Religiosi, qui in hac degunt Missione, et omnia sciunt, coram Summo Pontífice Societatem arguere, et Pontifex illis Examen || nego- tiis commitere. Et tunc quonam modo vel quibus rationibus poterit se Societas purgare ? Cum sole lucidius sit Praefecturam esse superstitiosam. Deinde addidi: sufficit ad hoc, tu VR. P. Joannem Adamum quietum et sibi charum reddat, quod illi haec dicat: Ego nec prohibeo nec audeo Praefecturam approbare. Hoc faciam. Patribus omnibus rigurose praeci- piam ne ulterius de hac matéria ad VRam. scribant nec illum molestent. VRa iterum suas rationes et fundamenta Roman mittat. Ego etiam ad NRum. P. Generalem scribam. Pater enim Visitator nihil ad haec dicebam, sed silentio omnia involvens, de aliis sermonem fecit. Pater igitur Ludo- vicus Bulius Tractatum fecit brevem sed uberem, qui rem satis explicat, et Patris Visitatoris fundamenta (si fundamenta possunt appellari) fací¬ limo [sfc] negotio confutavit. Non tamen Tractatum Patri Visitatori osten- dit, quia non est capax. Immo cum ex hac Curia discederet, et P. Ludo- vicus Bulius illi epistolas ad VPtem. traderet Romam mittendas, videns inscriptionem foris esse ad P. Generalem, me coram ad P. Ludovicum Bulium dixit: Videat VRa quid scribat. Decretum hoc quo Praefecturam approbat cum epistola ad P. Ignatium a Costa VProvincialem misit ; addito alio decreto, quo Sociis iubet primum decretum de Praefectura approbatione ratum — ?— et simul prohibet ne ad alios, nec ad ipsum P. VProvincialem, sed solum ad se unum Visitatorem vel ad Nostrum Rdum. P. Generalem de hoc negotio aliquid scribant vel proponant. Prae- tendens in hoc omnes vias claudere, omnem lapidem movere, et suum decretum firmum, et P. Joannem Adamum placatum, amicum, et ad favo¬ res, quos ab illo extorquebat, inclinatum redderet. Ego tamen Tractatum P. Ludovici Bulii vera asserentem, et ut se res habent a parte rei, approbo et confirmo. Et si fuerit necessarium, ex certa scientia quam habeo, iurabo in verbo Sacerdotis, ea quae in meo Tractatu (titulo: de Praefectura Mathematices) quam P. Franciscus Furtadus annis praeteritis Romam misit assero de eadem Praefectura, et quae in illa administranda agit P. Joannes Adamus, omnia se habere, et de facto quotidie agi et exerceri, ut verba sonant et non alio modo. »l. 55» 361
  • 2* P. Visitator P. Joannem Adamum Borealium Provinciarum supe- riorem facere intendebat. Me unum de hac re consuluit. Ego haec illi respondi. Res gravíssima. Locus ineptus ad consulendum. Domus enim huius parietes et pavimenta suas etiam habent aures et linguas. Cum VRa nostram Damum inirit tunc de hoc negotio, adhibito P. Ludovico Bulio, sermonem faciet. Ad haec P. Visitator: Bene, vadat VRa et tentet P. Lu- dovicum utrum assentiat, vel non; Ego enim volo P. Joannem Adamum Superiorem constituere, quia seio maximam illum in hac re consola- tionem habere. Cum igitur muitos dies, quin P. Visitator ad nos venisset, expectaremus, timentes ne Patrem Joannem Adamum sua facilitate Supe¬ riorem declararei; ego, habito cum P. Ludovico Bulio consilio, unum supra triginta capita impedientia et duodecim inconvenientia scripsi, et P. Visitatori legenda tradidi. Quibus lectis, volens nolens, destitit ab in- cepto: Capita haec Lusitano idiomate exarata, ita ut P. Visitatori legenda dedi, mitto VPti. 3‘ P. Visitator P. Joannem Adamum rogavit ut sui Iconem Magistra- tricum vestibus omatum depingere curaret. Annuit P. Joannes Adamus; et P. Joannes Grueber optimis, ut potuit, coloribus P. Joannis Adami effi- giem adumbravit; quam P. Visitator gratissime accipiens, nobis etaliis visendam exposuit, et secum Macaum portandam affirmavit. Viderat P. Visitator rationes et capita supra dieta : sciebat multa quae audierat, manibus palparat, et oculis viderat in illa domo, quam nobis praesentibus pluries infemum vocavit, suspirans et dicens quo die et qua hora illi locus esset ab illo inferno exeundi. Sciebat etiam P. Visitator P. Bernar- dum Diestel sibi dixisse (hoc bis P. Visitator nobis narravit) habere 24 capita, propterquae dignus erat P. Joannes Adamus, qui igni traderetur. Sciebat, audierat, viderat haec: nihilominus Imaginem P. Joanni Adami fecit depingi. Ad quid igitur ? Ad nihil; nisi ut P. Joannem Adamum sibi gratum faceret, (nulla enim hic alia causa, nullum motivum assignari aut excogitari potest) et aliguos favores Civitati Macaensi abs Regulis qui in Quam tum Metropoli degunt, procuraret. Et tam nim us erat P. Visitator in alliciendo P. Joannis Adami animo ut non solum illi, quacumque porta data, sed etiam illi servo nequam, tantorum causa malorum, et aliis secundi ordinis servis, verbis et munusculis adularetur. 4* P. Visitator coram quinque Patribus et uno Fratre Pekini degen- tribus, dixit et declaravit P. Franciscum Furtadum, eo tempore quo illum P. Joannes Adamus e nostra domo expulit, non esse verum et legitimum Superiorem, eo solum titulo (siquidem alius non apparet) ut enormem illam P. Adami actionem excusaret. Ac si liceret quod P. Joannes Adamus fretus brachio saeculari gentili Sacerdotem et Societatis alumnum e domo Societatis tam foede expelleret, ego tamen in faciem restiti, asserens illum fuisse verum et legitimum Superiorem, vel saltem esse tunc tempo- ris ab omnibus habitum ut legitimum, nec fuisse qui dubitaret. 5* Secretum, quod in occultandis subditorum defectibus debet esse- sacratissimum, me coram multoties revelavit. Die una, ingrediens illius cubiculum, ex abrupto mihi haec dixit. Nunc iste puerulus (digito signans filium minorem illius servi nequam) apud me Fratrem N. accusavit quod sibi osculum daret. Et idem seorsim dixit P. Bemard Diestel, non sine 362
  • nostro tam de Fratre quam de P. Visitatore scandalo. Mihi in particulari colloquio dixit. P. Bemardum Diestel et Joannem Grueber, antequam Societatem ingrederentur, haereticos fuisse ac haereticorum hominum filios. Additur quod ordinarie male loquatur de subditis tam superioribus quam particularibus. Et non solum de superioribus sibi subditis, scilicet utriusque Provinciae Provincialibus, sed etiam de Provincialibus et Visita- toribus defunctis, comparans semper próprias actiones cum aliorum superiorum actionibus, próprias semper absolvens et alienas deprimens. De P. Francisco Sambiasi, viro quidem religioso, et in hac Missione multis profícuo ac satis benemerito, cum audientium scandalo dixit cum ad illum litteras vellet scribere, prius se signo crucis praesignare, et alia huiusmodi passim. 6* Nationalitatem seminarium esse discordiarum quis ignoret ? Quan¬ tum P. Visitator nationalis sit, non possum paucis explicare. Quae Macai circa Provinciam Japonicam et Sinicam egisset, nihil hic scimus. Quod tamen ex illius congressibus, cum de his sermonem faceret, percepimus; addictum et inclinatum nimie ad Provinciam Sinicam se ostendebat, haec, et illa iactans sefecisse et ordinasse contra Japonicam: quod maximum est inconveniens in tanto Superiore, qui debet esse || Júpiter omnibus idem. Ei tamen, quae proprie est nationalitas, nempe Lusitanae rei ac nomini addictissimus est. Unum vel alterum de hac matéria proferam exemplum. Patres Bernardus Diestel et Joannes Grueber Macai, et in Residentiis, ad quas in via cum in Curiam tenderent, devertebant, aliqua protulere Lusitani Regis et nominis vel indigna vel male sonantia. Cum postea uno vel duobus mensibus trasactis P. Visitator Sines intrasset a sociis de his admonitus, excanduit, et ad me ex via in Curiam litteras dedit aspérrimas, in quibus inter alia, mihi iubebat ut Lusitani nomini acerrimum me ostenderem defensorem addiditque: Açameos VRa. Ver- bum/Açamar/Lusitane idem est ac si deceret: nodo, et capistro illorum ora cohibeat VRa. Similitudinem desumens ab illo laqueo sive capristiolo quo venatores solent ora damularum cuniculos venantium ligare. Illum in hac Curia non sine scandalo omnes audivimus asserentem haec: Post- quam Rex Ungariae Nostrum Dominum Eduardum Castiliae tradidit, Lusi¬ tani omnes illum non Imperatorem, sed Ungariae Regem solum nomina- mus. Cui ego, cum Lusitanus sim, nec me poeniteat esse Lusitanum, illum Imperatorem et dico et nomino, et Sacram eius Maiestatem a Sumo Pontífice iuste concessam, et ab Ecclesia tota sancte ratam et stabilitam fateor, veneror ac suspicio. Haec et omnia, quae supra retuli, non ex malitia agit aut dicit, sed ex quadam sibi innata, fluida et inexplicabili facilitate, qua omnia inadvertens miscet et confundit. Ad haec unum additur. Quod semper diffidens, et de dubius sit; quippequi non ignorat súbditos ipsum bene noscere; vel saltem ipsa súb¬ ditos de ipsius gubernandi imperitia dubitare semper dubitat; et rursum ex hoc ânimos capit ad magna facienda. Quod quidem maximum est inconveniens. Nam ex hoc oritur, quod multa, quae candide subditi illi proponunt, ea, vel existimet, vel ad minus, dubitet contra se esse dieta. Ex hoc iterum oritur, quod stomachatus facta et infecta subditis obiciat, et verbis asperrimis, satis superque inconsideratis súbditos afficiat et (I. 56 363
  • exasperet. Ille tamen, ut uno verbo me explicem, non est capax. Et propter hanc incapacitatem (quae toti Missioni et nobis satis nota, etiam ante- quam illum cum P. Visitatore congressum haberemus) Epistolam, quam ob casus gravitatem afflictus et zelo ductus ad ipsum anno 1659 mitten- dam scripseram; ipso, quo mittenda erat tempore, repenti mihi dubium occurit an Epistolam mitterem vel non mitterem: et cum solvendi dubii causa P. Ludovicii Bulii consilium quaereret, illi mihi haec respondit. Non mittat RVa, quia P. Visitator non est capax. Igitur Epistolam apud me servavi, illamque nunc mitto VPti. Ex qua aliquantulum perspicuum erit quae et qualia curet P. Joannes Adamus in sua Mathematices Prae- fectura. Fateor quidem me timens ac tremens haec de meo Superiore scribere. Indulgeat tamen VPtas filiolo huic suo; quippequi (ut sinico utar verbo mo hai ho) idest non possum aliter agere; quandoquidem Societatis, et Missionis amor et zelus urgent me. 5um. Uti a Patribus Bernardo Diestel et Joanne Grueber accepimus, multum desiderat VPtas e Sinis Romam terestre iter aperire; ut sic de rebus huius Missionis facilius et commodius possit informari. Quod in hac matéria seio et sentio breviter exponam. Tríplice ex loco ex índia poterit quis iter instituere in Sinas. 1* Ex pérsia semper per terras et Regna Tartarorum, quos Sine dicunt occidentales, usque dum pervenias in hanc Curiam, quam Mauri dicunt Cambalu, idest Regis Sedem, sive Regiam ; et Tartari occidentales cum toto simul Império dicunt per revin- dictam [?] Hara Kitai. idest Nigros Barbaros, et ex hac appellatione nomen Catai sive Catais deductum est. 2° Ex Indostan sive Mogor partim per Maurorum terras, partim per Regnum Tumet sive Thibet, partim per confinia Tartarorum occidentalium usque dum pervenias ad Civitatem Can cheu, quae sita est in confinibus occidentalibus Provintiae Xen si. Haec civitas est clavis sive ars [?] munitissima quae Provintiam claudit et securam reddit a Maurorum incursibus. Distant enim ab illa quatuor vel quinque leucas confinia Maurorum, qui Chahalamahan a Sinis et Tar- taris nominantur. 3o Ex Bengala per Regnum Laos usque dum pervenias ad Provinciam Yun nan. Vel si ex Laos per Regnum Usuçam parum divertas ad Aquilonem, pervenies ad Provinciam Su chuen. Sed nihil ad nos de hoc itinere, cum sit inutile et incommodum nostris; et solum illud agant Bonzis, quos índia Jogues et Sine Lama vocant. 4o Possumus addere locum ex Moscovia, semper iter agendo per Regnum Astracam ad Caspii maris ora aquilonaria situm ; deinde per Regna Tartar, Ablai, Ortus, et alia, usque dum pervenias ad Regnum Tumet, et ex hoc in Curiam hanc. Hoc tamen iter ineptum ob maxima incommoda, quae facile iter hoc consideranti patebunt. Anno Domini 1656 (ut per Relationem, quam ex Quam tum Metropoli misi VPtem certiorem feci) Moscoviae magnus Dux in hanc Curiam Legationem ordinavit. Hoc anno 1660 ad principium Maii iterum Moscovitae ad hanc Curiam pervenere; et 14° eiusdem mensis vocati sumus P. Ludovicus Bulius et ego imperatoris iussu ad Supremum Colao Tribunal, quod est intra Imperatoris Palatium, ut Moscoviae Ducis Litteras legeremus et interpretaremur; quibus prolatis unam Moscovitico, alteram Maurorum Charactere exaratam esse novimus; et sic nec legere, nec interpretari potuimus, nec certo scire quid Moscovita praetendat. 364
  • Suspicamur tamen agere cum Imperatore de restituendis sibi aliquibus hominibus Moscovitis, qui in hac Curia captivi sunt; et de statuenda vel pace vel pacto circa illam arcem, quam ad Orientem huius Curiae prope Aniane fretum in Tartarorum Orientalium terris, gemarum piscatu, martarum et aliarum animalium pellibus cupidi et allecti Moscovitae extruxerunt. Cui historiae hic supersedeo, qui satis de ea dixi in Annua anni 1658. Igitur 3um. et 4um. iter ineptum. Quantum ad primum. Potest quidem fieri si ex Pérsia in hanc Curiam; non vero ex hac Curia in Persidem incipiatur. Quoniam quot nomines in Cafila sive Caravana intrant non solum Curiam sed portas Maurorum illorum qui sunt in confinibus Peki- nensis Provinciae, tot, cum ad própria redeunt, debent exire. Et sine Imperatoris expressa licencia nullus hic potest permanere: igitur qui ex Pérsia Pekim veniunt, Pekim in Persiam possunt remeare; non tamen qui Pekim degunt, possunt absque licencia Imperatoris ex Pekim exire ad Regna externa, ac per inde nec in Persiam iter instituere. Nec Socii pos- sumus hanc facultatem apud Imperatorem procurare, quoniam, exceptis aliis mille incommodis, e ipso dubii et suspecti haberemus; praeterquam- quod multis aliis iter hoc laboret difficultatibus. Quantum ad secundum, scilicet ex Mogor ad Civitatem Can cheu in Província Xen si. Hoc iter saepe faciunt Armeni, Mauri, Mogores, et alii Mercatores. Hoc iter olim fecit olim Frater noster Goes, ut videre est apud P. Trigault. Nam ingressus et egressus illic facilis. Plurimos nihil- ominus labores, multas habebunt difficultates iter hoc agentes, maxime si fuerint ex Societate. Nam maiori de parte iter faciunt cum Mauris, et per Maurorum || terras, qui cum sint Christiani nominis hostes, et tan barbari aegre ferent Christianos, et multo minus Christianorum Sacer¬ dotes sibi in via associari. Et si illos admittant, titulo Mercatorum admit- tent. Debend igitur nostri merces portare, quas Mauri portant. Ad quod magna expensa erunt necessária; acperinde non semper, sed raro hoc iter aggredi et fieri poterit. Si tamen VPtas determinate vult hoc iter ape- rire, nihil commodius videtur quam huius Missionis superioribus ordinare ut in Civitate Can cheu Mauris vicina Redidentiam procurent constituere, saltem ad aliquod tempus, in qua nostri iter et itineris commoda, diffi¬ cultates et caetera huiusmodi plane ac certius poterunt explorare. Aliud tamen datur iter facilius et commodius, quod, ut existimo, VPtem non latet. Scilicet ex Europa in Novas Hispanias. Ex his in Philippinas. Ex istis in Provinciam Fo Kien. Hoc omnium facilimum et commodissimum, siquidem ex Fo Kien singulis annis duplici navigatione Februario scilicet et Novembri Sinae in Philippinas navigant. Et ex his in Sinas Maio et Septembri iterum renavigant. Hoc iter agunt Patres Dominicani et Fran- ciscani. 6um. Patres qui proximis annis Sinas ingressi sunt non illam habent linguae ac letterarum peritiam sicut primi illi Patres. Ex quo multa seguuntur difficultates. Nam olim Patres, ubi primum Sinas ingressi, sex menses, vel annum integrum, pro cuiusque captu, nostros audiebant. Cum vero iam linguae et litterarum prima haberent principia, Superiores Litte- ratum Sinam argento conductum Domi alebant, qui Patres linguae ger- II. 56 v 365
  • mana idiomata, letterarum, librorumque suorum recôndita edocebant. Quapropter Patres illi tantum in lingua, et plus in litteris profecere. Quot et quales libros composuere! Quantum gloriae, honoris, scientiae et boni nominis tum Sanctae Dei Legi, tumsibi et nobis peperere! Nunc, quia sumptus pauci; vix enim semper emendicando, possumus sustentari; ideo diligentiae illae nullae; et licet, qui linguam optime calleant, sint plu- rimi, litterati tamen pauci. Unus pro cunetis Pater Ludovicus Bulius hic est. Qui sine controvérsia, sine aliorum invidia, in Litterarum Sinensium peritia primus, et in Missioni nulli secundus. Mirandum certe; quippequi in Re Christiana semper occupatus, totam nihilominus Primam Divi Tho- mae Partem transtulit, et hoc praesenti mensi maio absolvit, tanta dex- teritate, peritia et Characterum positione et dispositione, ut Litterati Sinae, quibus opus comittit revisendum, nihil aut parum notent emen- dandum. Opus sane egregium, et apud Sinas magno stupore, reverentia et Europae scientiarum conceptuhabitum et acceptum. Et si non timerem nimius fieri, certe transferrem et hic apponerem Prologum, quam Co Lao, qui Imperatori nunc assidet, in Primam hanc Divi Thomae partem a P. Ludovico Bulio translatam dedit. Ex qua VPtas videre poterat tum gentis acutissimum ingenium, quae tam dificiles quaestiones ita facile perpicit; tum laudes et encomia, quae summus iste Magistratus in Pro- logo de Sancta Lege, de Patribus, et Europae scientiis publicavit. Quae tam Sanctae Religionis dilatationi, quam Patruum in toto hoc Império stabilitate magnum afferunt emolumentum. Ego vero velut anser inter olores, meum etiam opusculum, iam ab hinc multis annis, ad médium prope duxi; sed propagandae Fidei minis- teriis et in Horologiis Imperatori conficiendis, atque adaptandis, aliisque manuum operibus, quibus vivimus occupatus, opus interruptum relinqui. Nunc vero Imperatoris occupationibus cessantibus, Deo et sanctissima Matre adiuvantibus, illud uno, vel altero anno, absolvam; absolutum VPti mittam, ut si libuerit, praelo faciat mandari. Dixi hoc, quia Pater Bemardus Diestel et Joannes Grueber, cum initia operis vidissent et ex illo aliquem fructum percipissent, solicite ut opus consumarem me iterum atque iterum convenerunt ac rogarunt; affirmantes opus hoc tandiu desi- deratum, VPti fore gratissimum. Opus tamen sic se habet. Prima pars. Brevis Ars de Sinarum Lingua et Litteris. 2* Commentaria cum Characte- ribus et Characterum nominibus, grammatica, et sensu in quatuor illos celebres libros quos Sinae dicunt Su xu, quibusque nostri primo Sinarum ingressu dant operam. Quibus absolutis, et praelo datis, Patres sine labore, sine Magistro linguam et litteras facílimo negotio addiscent. Nolit igitur VPtas in hoc pravae nationis mari tota die et tota nocte laborantes filios suos, et praecipue me omnium minimum oblisci, sed sanctae Benedictioni, sanctissimisque Sacrificiis ac orationibus commendatos habere. Pekim 18 Maii 1660. VPti in Domino Filius, et servus humilimus Gabriel de Magalhães. 366
  • 7 LETTRE AU P. VISITEUR 12 OCTOBRE 1667 [ Jap-Sin 162] Padre Vizitador «. 194 Pax Xti Aos 4 de Junho recebi a ultima de VR., escrita em 15 de Janeiro deste presente 1667. Em Abril, escrevi a VR. huma bem comprida. Depois, ainda que o Padre superior escreveo per duas ou 3 vezes, eu o não fiz, assi porque tem para comigo os Chinas perdido o credito em matéria de cartas, como também pella precisa occupação em que estive quasi todo este anno, com tudo, sempre nas do Padre superior puz huma lembrança, pera que VR. entendesse que não era descuido meu, nem falta de vontade, mas de tempo e possibilidade. Agora que ja o principal está acabado, graças a nosso Senhor, quero fallar hum pouco com VR. por pena e —?—, ja que não posso de presença audire e reddere vocem. E seja a primeira cousa, dar noticia a VR. do prezente que temos apparelhado para dar ao Rey. O Padre superior, Luis Buglio, com sua industria e assistência tem feito 3 quadros de altura e medida de hum homem, de bastante pintura e muito boa perspectiva. O primeiro, hum passo china que tirou do que o Padre João Grueber pintou os annos atraz nesta caza, o qual naquelle tempo foi muito celebre nesta Corte. 2° Hum fermoso passo europeo. 3.” Huma bem distribuída horta europea. O passo china se poem no meio, e os europeus de huma e outra banda. E todos fazem huma belíssima e magestosa vista. O Padre Fernando Ver- biest tem acabado hum instrumento de leva com que facil e engenhosa¬ mente se podem levantar grandes pesos. O serralheiro tem per suas mãos preparado hum relogio, e dous homens que caminhão e voltão, abrem a boca, bolem com os olhos, mãos e pez, e hum delles offerece ao Rey huma boceta de pedras preciosas que elle com suas mãos abre. Está o relogio em huma torre de altura de dous homens e meio, feita com muita arte e brincada com muitas columnas, grades, frizos, janelas e balaustas etf. No meio quasi da torre está o relogio, e sobre elle huma 367
  • II. 194 V II. 195 sala de doze columnas, e sobre a sala huma cupula, os altos da obra dourados e os plainos de finissimo vernis vermelho. O relogio consta de muitas rodas, quaes de pao, quaes de ferro e de latão. Tem 3 ordens de rodas. 1.* do tempo. 2.* que dá as horas. 3.* faz musica e mova muitas figuras que || estão repartidas pella torre. A musica consta de seis can¬ tigas, que a arbitrium se tocão ora huma, ora outra, em 7 sinos que estão dispostos per solfa, e tocados, fazem huma suavíssima harmonia, de que pasmão estes Tartaros e Chinas. No remate da cupula está hum homem vestido á tragica com huma bandeira em huma mão, e montante na outra. A este responde seis do mesmo trage [sic], bandeiras e espadas ao pé da cupula sobre os capiteis de seis columnas. Os quaes quando se toca a musica, voltão muitas voltas com graça e ligeireiza, meneando suas espadas, e ondeando suas bandeiras. Só differem, que o Capitão, que está no alto da cupula, volta gravemente e devagar e os outros 6 com pressa e com donaire. No meio da sala está huma cidade cujos muros são de tijolo, como são todos os da China, mas de tijolos de azul transmarino, e as fissuras de riscas de fina prata. Em sima dos muros, e a meia voltão continuamente seis homens vestidos como Olandezes, com suas espadas na cinta, e mosquetes no rosto, aponta¬ dos para o inimigo que cerca a cidade. Este consta de 3 companhias e 3 bandeiras, cada companhia tem 4 homens. Hum leva a bandeira; dous, arco e frechas; e o 3.° espingarda; e assi os mais. E todos doze em forma e som de guerra caminhão ao redor da cidade, que tem seis faces e seis portas, a cada huma das quaes, quando passão per diante, se virão e tirão os soldados, ou frechas, embebendo o arco, ou apontão a espin¬ garda. Quasi no fim da musica e batalha, se abrem as portas dos muros e cidade, e apparecem dentro os magistrados e povo da cidade, que ven¬ cidos, de joelhos se entreguem e rendem vassallagem. Tanto que o relo¬ gio torna a dar as horas, e começa de novo a musica e a batalha, se vão os rendidos, e apparece soldadesca de pé e de cavallo, que dada sua vista, se fecha a porta da cidade, e se continua a musica e batalha, no fim, se abre a porta ett. tudo como antes. A volta da cupula per dentro está toda forrada de seis espelhos grandes, e o entremeio de doze columnas peque¬ nas, em que per dentro se estriba a cupula estão seis animaes, 3 terres¬ tres, como leão ett*., e tres volatiles, como pavão, ett*., e seis espelhos quadrados, e todos feitos de laminas de latão. Huns e outros representão assi os animaes, como as figuras, soldadesca referida, e toda a machina. E com a reflexão ad invicem multiplicada representão tudo in infinitum, que na verdade fazem huma allegre e admiravel vista, particularmente quando as figuras se movem. Estes são os meos trabalhos de 7 mezes e mais. Queira nosso Senhor seja para gloria sua, e bem desta Chris- tandade. |) Avera 10 dias que hum Christão (pessoa grave que foi mandarim do Rey, e agora hé gentilhomem de hum Regulo, primo com irmão do Rey, o qual todos os Padres conhecerão nesta Corte) nos disse que ouvira dizer a outro gentilhomem do seu Regulo que avia dous ou 3 dias che¬ garão de Cantão dous homens Tartaros, mandados dos que tem cuidado de vigiar o mar, para darem hum memorial ao Rey na forma seguinte. 368
  • Estando nos nas prayas do mar junto a Macao, onde morão os homens de Europa, vimos hum dia huma Nao de estremada grandeza, e ao segundo outra como a primeira, a ambas mandamos embarcações para lhe inti¬ mar a ordem de Vossa Magestade ett.*, porem ellas dispararão bom¬ bardas e mosquetes sobre as nossas embarcações, que se retirarão, e ellas entrarão na barra de Macao, contra a ordem e pramatica [sic] de Vossa Magestade ett\ Tivemos grande susto e sobresalto com esta nova, porque como estes barbaros são tão ciosos e sospeitozos, temíamos que ouvindo a tal pratica, fizessem das custumadas ett". Porem logo ao outro dia ficamos sem medo e sem receio, porque mandamos fazer diligencia no Tribunal supremo das armas, onde de necessidade avia de ir este memorial, e nos responderão que nem este ponto, nem outro tocante a Macao se tratava no Tribunal, depois da ordem que fora, que como de antes ficassem os Portuguezes naquella cidade. Em fim servio o sobre¬ salto de nos avisar que chegarão embarcações da índia e que provavel¬ mente viria nellas a embaixada, de que VR. me escreveo na carta de 15 de Janeiro passado. Deus traga a dita embaixada, que creio será de grande bem para essa cidade e para esta Christandade. E o Rey a esti¬ mará muito, por ser a primeira depois que tomou o governo. Da dos Olandezes, e como forão intimados, que nunca mais tornas¬ sem, e de tudo o mais escreve, e tem escrito o Padre superior. Com esta vai hum borrão de varias novas que eu tinha há muito feito. Vão em borrão, porque não tenho tempo para as tresladar, pella pressa que da o portador. Meu Padre Visitador, meu Reverendíssimo e Amantíssimo Padre, aporte com Deus, e ordene que todos os Rdos. Padres e caríssimos Irmãos desse santo cott° e facão [sic] o mesmo para que nosso Senhor se compadessa desta sua Christandade e deste grande Império, que se huma vez a Ley santa nelle se publica, todos os vizinhos, Japão, Tum Kim, Cochinchina, Tartaros leste e do oeste, todos se ão de converter. Não se esqueça VR. do cravo orgão, e tudo o mais que ouver de curiosidade ett*. Na bênção e santos sacrifícios. Pe Kim 12 de Outubro de 1667. De VR. em o Senhor Súbdito, Servo Connoviço, Condiscípulo, e filho Gabriel de Magalhães. 24 369
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  • INDEX
  • AVANT-PROPOS . VII PREMIERE PARTIE Introduction — Arrivée des Jésuites en Chine . 3 Chapitre I — Voyage du P. Gabriel de Magalhães de Goa à Macao, et de Macao à Hang-Zhou 17 Chapitre II — Les PP. Magalhães et Louis Buglio à la cour du Tyran Zhang Xian-zhong dans la Province de Si-Chuan. Leur voyage à Pékin avec les troupes du Prince Haoge. 29 Chapitre III — Arrivée des PP. Magalhães et Buglio à la Cour de Pékin. Leur querelle avec le P. Jean Adam Schall. 61 Chapitre IV — Ambassade hollandaise en vue d'obtenir la liberté du com- merce en Chine. Comment les Jésuites réussirent à con- server le monopole à Macao 111 Chapitre V — Fin du demier prétendant chinois, Yong-Li. Mort de Vempereur mandchou Shun Zhi. Emprisonnement du P. Ma¬ galhães 131 Chapitre VI — Persécution des Chrétiens suivie de leur réhabilitation ... 163 Chapitre VII — Portrait du P. Magalhães . 229 DEUXIEME PARTIE QUELQUES MANUSCRITS IMPORTANTS DU P. MAGALHÃES 1. Relação do que socedeo na Corte de Pekim ao Padre Furtado, Superior do Norte e aos Padres Luis Buglio et Gabriel de Magalhães dos 20 de Fevereiro de 1648 te os 25 de Outubro de 1649 . 253 385
  • 2. Letlre au Vice Provincial de Chine, 28 décembre 1649 . 301 3. Apontamentos do modo de viver e proceder do Padre João Adão nesta Corte, na Christandade, na Mathematica, e do nome que tem, e como se ha em sua pessoa. 319 4. Copia de huma do Padre Gabriel de Magalhães para o Padre Simão da Cunha, Vizitador das Provindas de Japão e China, para ver nosso muito Rdo. em Christo Padre Geral. 349 5. Copia de huns apontamentos que o Padre Gabriel de Magalhães deu ao Padre Simão da Cunha, Vizitador de Japão e China. Para ver nosso muito Rdo. Padre Geral. 17 février 1659 . 353 6. Lettre au P. Général, 18 mai 1660 359 7. Lettre au P. Visiteur, 12 octobre 1667 367 BIBLIOGRAPHIE 1. Manuscrits inédits. 373 2. Imprimé . 375 INDEX 385 386
  • ESTE VOLUME XIV DA COLECÇÀO CULTURA MEDIEVAL E MODERNA FOI COMPOSTO, IMPRESSO E ACA¬ BADO NAS OFICINAS GRÁFICAS DE BARBOSA & XAVIER, LIMITADA, BRAGA. INICIADA A COMPOSIÇÃO A 20 DE DEZEMBRO DE 1978, ACA¬ BOU DE IMPRIMIR-SE EM IGUAL DIA E MÊS DO ANO DE 1979
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